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CHRONIQUES DE POURPRE - Page 4

  • CHRONIQUES DE POURPRE 553 : KR'TNT 553 : DAVID A. LESS / DOWNLINERS SECT / FLEET FOXES / SEWERGROOVES / DEOS / ERIC CALASSOU / POGO CAR CRASH CONTROL

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 553

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    05 / 05 / 2022

     

    DAVID A. LESS / DOWNLINERS SECT

    FLEET FOXES / SEWERGROOVES

    DEOS / ERIC CALASSOU

    POGO CAR CRASH CONTROL

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 553

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http://krtnt.hautetfort.com/

     

    Less is more

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             Tiens, c’est bizarre, personne n’a parlé de Memphis Mayhem: A Story Of The Music That Shook Up The World, le petit book de David A. Less. Ni Record Coll, ni Shindig!, ni Uncut, ni Vive Le Rock, ni Mojo. Personne ! C’est en écoutant l’album live d’Alex Chilton accompagné par Hi Rythm (On The Loose) qu’on a découvert son existence. What ? A Memphis Mayhem ? Rapatriement d’urgence. Pinpon pinpon les pompiers !

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             On attend un Stanley Booth ou un Robert Gordon. C’est un petit gros qui radine sa fraise. Oh il a une bonne bouille, pas de problème. Sur l’illusse, on le voit serrer la pogne de Ben Cauley. Comme ses collègues Booth et Gordon, Less se passionne pour Memphis et va trouver les gens pour les interviewer. Le seul problème, c’est que tu n’apprendras rien de plus que ce que tu sais déjà : Ben Cauley raconte comment il est le seul survivant des Bar-Kays après que l’avion d’Otis soit tombé dans le lac Monona, Howard Grimes raconte qu’il voit arriver Al Green chez lui avec une valise pleine de billets par un soir de tempête, l’exécution du Dr King au Lorraine Motel, Stax, Chips, Uncle Sam, Dan Penn, Willie Mitchell, Dickinson, ils sont tous là, il n’en manque pas un seul. Qui peut le moins peut le plus, Less is more. Comme il sait que tout a été épluché en long en large et en travers, il a opté pour un autre angle. Il s’est posé la question de savoir ce qui pouvait bien faire la spécificité du Memphis Beat, en dehors des artistes. Son petit book est le résultat de sa cogitation.  

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             Pour lui, le Memphis Beat est le résultat d’une équation qui mixte des professeurs d’école, des églises, une radio, un disquaire, quelques clubs et deux ou trois studios d’enregistrement. La mythologie de Memphis ne s’arrête pas à Elvis, Jerry Lee, Big Star, Isaac Hayes, Ann Peebles et Al Green. Elle prend racine dans le jazz et le gospel et prend forme grâce à Sun, Stax, Hi, American, Ardent, Red Hot & Blue, Poplar Tunes, Club Handy et The Plantation Inn. Une conjonction magique qu’on retrouve aussi bien sûr dans l’histoire de Londres, de Detroit, de la Nouvelle Orleans, de New York et bien sûr de Los Angeles, dont on a longuement parlé la semaine dernière. Et comme tous ces endroits, Memphis a sa spécificité et c’est d’elle dont nous parle l’ami Less.

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             Less situe en partie les racines du Memphis beat dans les quartiers noirs et bien sûr les écoles noires. Dans l’entre-deux guerres, la ségrégation règne à Memphis, on ne mélange pas les torchons avec les serviettes. Ça convient très bien aux Blacks qui n’ont pas à fréquenter les petits blancs dégénérés. Ils jouent de la musique entre eux. Lee pense que les Bar-Kays représentent la fin de cette tradition d’orchestres noirs des quartiers noirs, souvent en concurrence sur des bases non pas de jalousie haineuse comme chez les blancs, mais d’excellence artistique. Less cite l’exemple de la rivalité qui existe entre Dub Jenkins & His Playmates et The Chickasaw Syncopators qui représentent deux écoles noires, Manassas et Booker T. Washington (attention, rien à voir avec le Booker T. des MGs). Tout vient de là, de ces deux écoles. ET des professeurs de musique, qui y jouent le rôle qu’ont joué les fameux professeurs de piano dans les quartier pauvres de la Nouvelle Orleans. Ce sont les mêmes vieux crabes qui repèrent des talents et qui forment les gosses pour qu’ils deviennent des pros. Lee rencontre le vieux Dub Jenkins, un saxophoniste vétéran de toutes les guerres. Ne perdons pas de vue que les gens de cette génération viennent du jazz. OU du gospel. Une fois formés, les jeunes blacks vont faire carrière à New York, qui est alors, dans les années 40, la capitale mondiale du jazz. Less cite l’exemple de Jimmie Lunceford. L’un des personnages clés de la scène de Memphis, Floyd Newman, a fait ses études à Booker T. Washington. Newman donnera ensuite sa chance à Isaac Hayes. Andrew Love qui va faire partie des mythiques Memphis Horns vient lui aussi de Booker T. Washington. Less nous rappelle au passage qu’Andrew Love joue sur 83 disques d’or. Ça veut dire ce que ça veut dire. Les Memphis Horns jouaient pour tout le monde à Memphis, pour Stax, bien sûr, mais aussi pour Chips chez American et Willie Mitchell chez Hi.

             Less est allé jusqu’à retrouver les noms des fameux professeurs, le plus important étant selon lui Professor McDaniel à Manassas, auquel succédera Matt Garett. Parmi les élèves les plus illustres sortis des pattes de ces professeurs, Less cite Booker T. Jones, Maurice White qu’on va retrouver dans Earth Wind & Fire et bien sûr l’immense Isaac Hayes.

             Après les écoles, Less attaque les clubs et nous raconte que des gamins blancs comme Mose Allison ou Steve Cropper traînaient dans les parages du Club Handy sur Beale Street. Ils écoutaient la musique de l’extérieur, car bien sûr, ils n’avaient pas le droit d’entrer.

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             Côté blanc, il se passe en gros la même chose que dans les quartiers noirs. Cropper, Duck Dunn et Don Nix font connaissance à Sherwood Elementary, où ils sont scolarisés. Ils commencent à jouer ensemble en 1955, l’année où Uncle Sam vend le contrat d’Elvis à RCA. Les trois blanc-becs vont former les Mar-Keys avec un autre gosse qui se débrouille bien avec sa guitare, Charlie Freeman, qu’on va retrouver plus tard dans les Dixie Flyers. Un jour, un autre gamin vient trouver Cropper pour lui dire qu’il aimerait bien jouer dans son groupe. Cropper lui répond qu’il ne cherche personne en particulier. Cropper lui demande toutefois de quel instrument il joue. L’autre dit qu’il joue du saxophone. Alors Cropper lui dit qu’il n’a pas besoin d’un joueur de sax. Il lui demande toutefois depuis combien de temps il en joue. L’autre répond trois mois. Et il ajoute aussi sec que son oncle et sa mère ont un studio d’enregistrement. Cropper tend l’oreille. Hein ? Quoi ? Le joueur de sax s’appelle Packy Axton, le fils de Miz Axton. Comme le studio intéresse Cropper, il engage aussitôt Packy. Bon prince, et même assez débonnaire, Cropper ajoute : «But man, he turned out to be one of the best saxophone players for soul and feel.»

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             Cropper revient aussi sur l’histoire de «Last Night», le premier hit des Mar-Kays qu’on attribue à Chips. Selon lui, c’est l’organiste Jerry Lee Smoochy Smith qui a amené le riff en studio. Less ajoute que le crédit comprend cinq noms : Packy, Chips, Smoochy et deux vétérans du Plantation Inn, Floyd Newman et Gilbert Caples. «Last Night» sera le premier hit de Stax et le mètre-étalon, avec «Green Onions», du Memphis Beat.

             Un Memphis Beat que Less tente d’expliquer, au plan technique. Certains musiciens jouent on top of the beat, c’est-à-dire sur le beat. D’autres jouent un peu en retard, later on the beat. Charlie Watts avait remarqué que les Stones jouaient légèrement later on the beat. La zone de confort pour les musiciens s’appelle the pocket. Selon Less, les musiciens noirs de Memphis trouvent leur pocket later on the beat. Less cite d’autres exemples, notamment «Twist & Shout», que les Beatles jouent on the beat et les Isley Brothers further back and relaxed. Avec «Walking The Dog», les Stones sont behind the beat. Selon Less, la version de Rufus Thomas est la parfaite illustration du Memphis Beat. Les MGs le jouent encore plus behind the beat que n’osaient le faire les Stones. On dit qu’Al Jackson rattrapait miraculeusement les cuts qui menaçaient de s’écrouler dans le chaos, notamment l’«In The Midnight Hour» de Wilson Pickett. Less cite encore l’exemple d’Abbey Road, l’album des Beatles que les MGs ont repris. Ils jouent «Come Together» laid back in the beat alors que les Beatles le jouent on top of the beat. C’est une notion qui a l’air cucul comme ça, mais qui est essentielle. Ça se joue au centième de seconde, seuls les musiciens sentent la différence. Tu es dessus ou tu n’es pas dessus. Si tu apprends à jouer un riff de Soul sur une basse avec un pro, il va t’écouter le jouer pendant une heure. Il fera non de la tête jusqu’au moment où tu sauras le jouer correctement. Et à ce moment-là, tu comprendras ce que veut dire savoir jouer un riff de basse just behind the beat. Il faut te le figurer et là tu sauras le jouer.

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             Less évoque les musiciens de jazz, mais aussi les vieux bluesmen noirs comme Gus Cannon. C’est Dickinson qui raconte l’histoire de Gus à Less. Gus bosse comme jardinier pour un patron blanc. Quand Gus dit qu’il a dans le passé enregistré des disques pour RCA, le patron blanc lui répond : «Yeah Gus, sure. Cut the grass.» Dickinson avoue avoir vu chez Gus, encadré au mur, un certificat BMI pour «Walk Right In» vendu à un million d’exemplaires. Less ne parle pas beaucoup de Dickinson dans son book, c’est dommage. On est surtout là pour ça. Mais on grapille quand même des petites infos, notamment le fait que Dickinson entretenait une relation cordiale avec Lenny Waronker, le président de Warner Bros. On apprend aussi que le nom de Mud Boy & The Neutrons est une fantaisie inventée par Ry Cooder dans le cours d’une conversation, et l’entendant, Dickinson lui demande s’il peut l’utiliser. La statuette qu’on voit sur le premier album de Mud Boy est une œuvre de John McIntire réalisée avec de l’argile extraite du fleuve Mississippi. Less nous dit ce qu’on sait déjà de Mud Boy, que l’album est sorti en France sur New Rose (merci New Rose) et que le groupe s’est arrêté avec la mort violente de Lee Baker.

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             Avec les écoles noires, l’autre racine du Memphis Beat c’est bien sûr l’église et le gospel. Less évoque des grands bluesmen devenus révérends, comme Robert Wilkins ou encore Gary Davis. Et bien sûr Al Green qui ouvre à Memphis son fameux Full Gospel Tabernacle Church. Less remonte jusqu’à la formation du COGIC (Church Of God In Christ) en 1907 et indique que Sister Rosetta Tharpe en fit partie. Less la cite car elle est née à Cotton Plant, à 100 bornes de Memphis et à 19 ans, elle épouse le pasteur Thomas Tharpe. C’est elle qui révolutionne le son du gospel avec sa guitare électrique et sa disto. C’est elle qui ramène le gospel dans les salles de spectacles et qui impressionne Elvis, Little Richard, Jerry Lee et Cash.

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             Quand Less interviewe Jack Clement qui comme chacun sait bossa pas mal pour Uncle Sam, il lui pose une drôle de question : «Savez-vous quand Sam est devenu fou ?». Oui, Jack sait. Il indique que c’est arrivé après sa dépression et les électrochocs. Less trouve la réponse pertinente, car, dit-il, il fallait être fou pour inventer le rock’n’roll. Ça tombe sous le sens. Inventé par un fou, le rock’n’roll allait donc rendre les gens complètement fous. Il s’amuse bien, notre pépère Less. Un vrai boute-en-train. Il serait même capable de nous sortir des bonnes blagues, du style «Sais-tu ce qui sépare l’homme du singe ?».

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             Après les écoles noires et le gospel, il attaque la radio avec un autre personnage clé, Daddy-O-Dewey Phillips et son fameux Red Hot & Blue radio show qui a lancé Elvis. Less indique que le show de Daddy-O-Dewey n’était pas seulement sur les ondes, il était aussi dans le studio, car ses admirateurs venaient le voir faire le clown derrière sa vitre. C’est lui qui a fait découvrir le blues et le rhythm & blues à toute une génération de Memphis kids. À cette époque, Ahmet Ertegun et Jerry Wexler faisaient la tournée des radio-DJs pour placer les singles Atlantic. Ahmet Ertegun : «On faisait la tournée. À l’époque, il n’y avait pas trop de disc jockeys, un ou deux dans chaque ville, à raison de deux ou trois villes par état. Alors vous faites le voyage. Vous apportez les disques à ces gens-là. » Ils débarquent donc dans le studio de Daddy-O-Dewey qui les fait asseoir et qui déclare en direct : «Je reçois à l’instant un couple de voleurs de disques originaires de New York. Ils ne savent pas que Leonard Chess est passé la semaine dernière et qu’il a tout barboté.» Ahmet demande alors si Leonard a déjà chanté au micro l’une des chansons qu’il vend sur Chess. Daddy-O-Dewey dit que non. Alors Ahmet lui dit qu’à la différence de Leonard le renard, il connaît toutes les chansons qui sortent sur Atlantic et qu’il pourrait les chanter. Et qu’il peut aussi chanter l’une des chansons de Leonard. Ah bon ? Et pouf, il chante «Hoochie Coochie Man». Daddy-O-Dewey est plié de rire. Il en tombe de sa chaise nous dit Less qui nous fait assister à cette rencontre qui est celle de deux titans de l’histoire du rock. Comme Daddy-O-Dewey devient une sommité, on lui propose d’animer un show télé, Pop Shop. Il a pour co-animateur un étudiant en art nommé Harry Fritzius qui se balade dans le studio avec un masque de gorille. L’émission dégénère si vite qu’elle est supprimée. 

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             Et puis voilà le disquaire, le fameux Poplar Tunes de Joe Cuoghi et John Novarese, tous deux issus de la petite communauté ritale de Memphis. Cuoghi commence par vouloir faire le commerce de bananes, mais quand il reçoit son premier container de bananes et qu’il l’ouvre, des milliers de tarentules s’en échappent. Alors il laisse tomber les bananes pour se lancer dans la vente de disques. Ça s’appelle Poplar Tunes parce que le magaze, comme dirait Laurent, est situé sur Poplar Avenue. Poplar Tunes va tenir 75 ans, bien après que les poètes Cuoghi et Novarese aient disparu. Dans les années 50, ces mecs-là inventent le métier de disquaire. Après la fermeture du magaze, ils organisent des soirées spéciales avec Daddy-O-Dewey, Bob Neal, Sam Phillips et des gens de passage comme Ahmet Ertegun et Jerry Wexler. Elvis vient tous les jours chez Poplar, au moment de sa pause repas du midi, pour écouter des disques. C’est là qu’il fréquente Bob Neal qui sera son premier manager. Cuoghi et Novarese embauchent Frank Berretta pour tenir le magaze, alors ils peuvent se consacrer au développement de leur petit biz. Ils commencent par s’associer avec un gros distributeur de juke-boxes, ce qui est pour eux le meilleur moyen de placer des disques. En 1957, ils démarrent un label, Hi, avec des mecs qui ont traîné chez Sun, Homer Ray Harris, Quinton Claunch et Bill Cantrell. Au même moment, Lester Bihari, l’un des quatre Bihari Brothers, s’installe à Memphis pour lancer Meteor. Et un employé de banque amateur de country lance Satellite Records. C’est Jim Stewart et Satellite va devenir Stax.

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             Cuoghi et ses trois associés montent Hi pour lancer un certain Carl McVoy. Quand les Beatles débarquent aux États-Unis en 1964 pour leur première tournée, ils demandent que le Bill Black Combo joue en première partie. Mais Bill Black n’est plus dans le groupe à cause du pet au casque qui va l’emporter l’année suivante. Reggie Young fait partie du Combo et il aura la chance de fréquenter John, Paul, George and Ringo. Young dit que sur scène, le Combo était bombardé de détritus par la foule qui ne voulait pas d’eux. Eh oui, le Bill Black Combo jouait une série d’instrumentaux. Ils servaient ensuite de backing-band aux Righteous Brothers, à Jackie DeShannon et aux Exciters. Les Beatles arrivaient après. Comme Satellite et Sun, Hi était un label destiné à promouvoir des artistes blancs et du rock’n’roll. C’est Packy Axton qui ramène des blackos chez Satellite qui devient Stax, et de son côté, Uncle Sam avait compris qu’il n’irait nulle part avec les blackos et qu’il lui fallait des blancs qui chantent comme des noirs.

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             C’est après la disparition de Cuoghi en 1970 qu’Hi va devenir un label de Soul. Ray Harris démissionne de sa fonction de président et vend ses parts d’Hi à Willie Mitchell. L’avocat Nick Pesce devient président et Willie vice-président. Willie commence à orienter le label vers la Soul. Ce trompettiste/arrangeur est depuis longtemps le leader d’une big band célèbre dans la région. En 1964, il a commencé à former Teenie Hodges qui vient d’une famille de 11 enfants, dont trois paires de jumeaux. Comme Reggie Young et Bobby Emmons qui bossaient pour Hi se sont fâchés à cause d’un problème de fric et sont partis bosser avec Chips chez American, Willie  met en place le house-band de ses rêves avec les trois frères Hodges, les batteurs Howard Grimes et Al Jackon et son gendre Archie Turner aux keyboards. 

             Et puis le Memphis Beat va s’écrouler comme un château de cartes. Stax est coulé par les fucking banquiers en 1975, Hi est vendu à Cream Records en 1977 et Chips ferme American à Memphis pour aller tenter le diable à Atlanta.

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             Less termine sa tournée des popotes avec le studio Ardent et John Fry. Le premier studio Ardent est sur National Street. Dickinson et Terry Manning bossent alors pour Fry. En 1971, John Fry ouvre un Ardent plus moderne sur Madison Avenue. Il bosse énormément pour Stax qui est alors submergé et reçoit des clients de prestige comme Led Zep, Zizi Top, Tonton Leon, Cheap Trick qui a toujours la trique et Journey. Less sort son mouchoir pour nous rappeler que John Fry a cassé sa pipe en bois en 2014, mais apparemment, sa femme Betty Fry a pris la relève.

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             En guise de cerise sur le gâtö, Less nous sert Tav et ses Unapproachable Panther Burns. Visiblement il adore cette histoire de paysans du Mississippi qui en eurent marre de voir une panthère noire bouffer leur bétail et qui réussirent à la coincer dans un champ de canne à sucre. Ils mirent le feu et on entendit les hurlements de la panthère brûlée vive. Less dit que ses cris étaient nerve-racking, c’est-à-dire éprouvants pour les nerfs, comme l’est - c’est Less qui le dit, pas nous - la musique de Tav Falco - Panther Burns shows were often nerve-racking - Pour apporter de l’eau à son petit moulin, Less explique que Tav recrutait des gens qui ne savaient pas jouer de leur instrument et qui n’avaient aucune aspiration commerciale. Le seul qui savait jouer dans les Panther Burns, c’est Alex Chilton, qui lui était encore plus fasciné par le suicide commercial, tellement les pratiques du music biz l’écœuraient. Hilare, Less ajoute que Tav grattait une gratte horribly out of tune. On sait aussi pour l’avoir vu maintes fois scène que Tav adore chanter faux, surtout «Goldfinger». Mais c’est ce qui fait son charme, n’est-il pas vrai ? En tous les cas, merci à David Less de nous avoir emmenés faire un tour à Memphis et de finir avec un invité aussi attachant que Tav Falco. Au lieu de regarder des conneries à la télé, lisez son livre. Ça ne vous prendra que quelques heures.

    Signé : Cazengler, David lèche (cul)

    David A. Less. Memphis Mayhem: A Story Of The Music That Shook Up The World. ECW Press 2020

     

    Sect shop

     

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             C’est en octobre 2004 qu’on les vit à Paris pour la dernière fois. Ils jouaient à la Maroquiqui et comme on était en avance, on les vit arriver au bar du restau, en haut.

             Don Craine et Keith Grant en chair et en os ! Cheveux blancs, mais pas chauves. Quelle prestance ! On reconnaissait immédiatement les rockers anglais, même ceux du troisième âge. Don Craine était haut comme trois pommes. Il n’avait pas l’air d’être un mec facile. Mais celui qui dégageait le plus, c’était bien sûr Keith Grant, le grand bassman à tête de Lord Anglais. On ne voyait que lui, sur les pochettes des Downliners Sect, avec son air empreint d’un ennui distingué. Il avait les cheveux blancs comme neige et coupés en épis comme ceux du Rod The Mod de la grande époque. Vraiment ce qu’on appelle une gueule. Il portait un jean noir clouté comme celui d’un bandito mexicano et des chaînes brillaient sur ses grosses boots noires. Tout en lui n’était que luxe, calme et rock’n’roll. Il était resté dans le bain, aucun doute là-dessus. Pur nock’n’roll animal.

             Sur scène, ce fut malheureusement une autre histoire. Du cousu de fil blanc. Tous les classiques du r’n’b y passaient. Keith Grant monopolisait le micro. Don Craine ne chantait que très rarement et grattait ses poux avec un conformisme sidérant. Rien n’échappait à l’ornière des douze mesures. Keith Grant jouait un bassmatic très caoutchouteux, la main posée à plat sur les quatre cordes. Ils tapèrent pourtant une fantastique version de «Little Egypt», mais la salle se vidait. Les papys n’arrivaient pas à stopper l’hémorragie. En l’espace de deux ou trois morceaux, la salle s’était vidée. Les Downliners jouèrent le tout pour le tout en envoyant la reprise d’un morceau qu’aucun groupe de rock n’avait jamais osé reprendre, le fameux «Hey Hey Hey Hey» de Little Richard, l’un des brûlots explosifs qu’il enregistra en 1958 sur Specialty. Keith Grant le prit au chant avec une merveilleuse aisance et traîna héroïquement ses vieux companeros vers le sommet de l’Olympe.

             Ce soir-là, les Downliners ont fini leur show devant une poignée d’inconditionnels, avec un tel professionnalisme enragé que les bras nous en catacombaient.    

             On ressort ces vieux souvenirs pour rendre un dernier hommage à Don Craine qui vient de casser sa vieille pipe en bois. Après la fin des Downliners et des Pretties, on peut dire qu’il ne reste plus grand-chose. Ainsi va la vie. Tu nais, tu vis et tu meurs. Les Downliners ont en plus rayonné.      

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             S’il est un groupe culte en Angleterre, c’est bien Downliners Sect. Don Craine a trouvé le nom sur un B-side de Jerry Lee. Ils naviguaient exactement au même niveau que les Pretties. Mêmes influences : Bo Diddley et Jimmy Reed ! Il suffit d’écouter leur explosif premier album, The Sect, paru en 1964. Don Craine y porte déjà le headcoat qui va faire sa légende et que portera dix ans plus tard Wild Billy Childish en guise d’hommage. Dès «Hurt By Love», on est embarqué dans le meilleur gaga sixties, le plus raw qui soit avec celui des Pretties - I say yeah yeah - Pur jus de gaga râpeux de gruyère râpé de rat d’égout. Puis Keith Grant nasille «One Ugly Child» et invente le gaga de nez gras. Plus loin, on tombe sur une bombe nommée «Our Little Rendezvous». Keith le wild cat y fait un numéro sauvage et pulse à fond son bassmatic, alors que Terry Gibson tape un solo rusé comme un renard. Ils font aussi une version parfaitement sauvage de «Too Much Monkey Business». Chez les Downliners, on sait jerker le shake, baby. Ces mecs ont le génie du son. Ils terminent cette face effarante avec un appel à la secte, «Sect Appeal», magnifique clin d’œil à Bo, l’apanage du Bo punk. Rien d’aussi sauvage dans l’histoire du rock ric et rac ! Ils vont à la B comme d’autres vont aux putes et tapent un «Baby What’s On Your Mind» emprunté à Jimmy Reed. C’est admirable de yeah-yeah-yeahterie. Puis Keith mène le bal des «Cops & Robbers» du grand Bo. Plus loin ils re-dépassent le bornes avec «Bloodhound» - I’m a bloodhound baby and I won’t give up - Fantastique dégelée de punkitude ! Retour à la sauvagerie avec «I Wanna Put A Tiger In Your Tank», pur jus de gaga noyé d’harmo et véritable apanage du chant de nez. Voilà le grand bristish beat ! Ils referment ce fumant chapitre avec un «Be A Sect Maniac» à la Bo.

             Charly a réédité cet album dans les années 70 en rajoutant «Little Egypt» sur l’A.      

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              Par contre, leur second album fut une déception. Paru l’année suivante, The Country Sect portait bien son nom, car nos amis y proposaient une curieuse série d’hillbilly songs. S’ils cherchaient à dérouter l’auditoire, c’était réussi. Bravo ! En plein dans le mille ! Don Craine y chantait deux ou trois balladifs kitschy d’une voix de stentor gominé. «I Got Mine» fut choisi comme single and it promptly sank like a stone, comme le dit si bien Mike Stax dans Ugly Things

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             The Rock Sect’s In paru en 1966 est l’un des albums classiques du grand gaga britannique. Il faut les voir taper dans l’«Hey Hey Hey Hey» de Little Richard ! Ah les brutes, ils osent ! C’est joué à l’élastique du British beat, comme à la Maroquiqui. Ils en font même autre chose. «Outside» est un joli shoot de wild gaga digne des Pretties et on passe aux choses extrêmement sérieuses avec un «Comin’ Here Baby» effarant de prescience garagiste, on a là le pur esprit de cave sixties, avec un break au centre, une idée que vont repomper les Deviants. L’autre bombe de l’album s’appelle «Why Don’t You Smile Now». Ils font du Lou Reed avant le Velvet. C’est du pur jus de gaga psyché infesté de fuzz rampante. Toute l’esprit de la Sect se concentre dans ce cut malade. S’ensuit un «Don’t Lie To Me» franchement digne des Pretties. Une dernière bombe pour finir : «I’m Looking For A Woman». C’est du Bo bardé de reverb. L’essence du son emporte les langueurs monotones et Keith Grant fait un véritable festival avec sa basse.  

             Fin de la première époque. Les Downliners vont resurgir dix ans plus tard pour un nouvel épisode.

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             Showbiz paraît en 1979. L’album sonne comme un disque de pub-rock. On y trouve du boogie rock anglais bien sonné («Let’s Ride»), du rock seventies («Break Up», le wild gaga est parti faire un tour à la campagne), du rock joué à la cloche, comme chez Atomic Rooster («Out Of School»), et du vrai pub-rock à l’ancienne («Play My Guitar»). On trouve de l’autre côté une petite merveille nostalgique, «Richmond Rhythm & Blues» - Take a trip to the Station Hotel with me baby - C’est chauffé à l’harmo et assez fulgurant.

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             Paru en 1991, The Birth Of Suave pourrait bien être l’un des grands disques classiques du British beat, au moins pour quatre raisons. Un, «Everything I’ve Got To Give» qui est du pur jus de gaga avantageux, relancé à chaque coin de rue. Deux, «Outisde» - You left me outside ! - pièce unique de wild gaga. Trois, «One Ugly Child» avec son admirable chant de nez de petite frappe, vraiment digne des Pretties et vrillé d’un solo de fuzz. Quatre, «Sect Appeal», joué au Diddley beat parfait, yeah avec ses gros glissés de basse et sa monstrueuse présence. On peut ajouter une cinquième raison, qui est la raison d’état, celle de la fuzz, avec en B «Why You Don’t Smile Now», absolument noyé de fuzz, spectaculaire de putréfaction garagiste. Arrrgghhh ! Ils finissent avec le «What’s Wrong» de Jimmy Reed et ils l’explosent. Ils jouent comme des sales petites frappes invétérées.

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             La même année paraît Savage Return. On y trouve un «Piccadily Run» digne de Bo, explosif et solide à la fois, prodigieux clin d’œil à Saint-Bo. Ah ces Anglais, comme ils ont pu idolâtrer Bo Diddley ! Le cut mythique de l’album s’appelle «Eel Pie Memories», Keith Grant évoque les bons souvenirs et les black boots - Sounds looking good - Venant de la Sect, c’est une offrande suprême - Music in the trees - Ils font aussi une version spectaculairement bonne de «Down The Road Apiece». Keith cherche à imiter Chuck, en chantant ça sous le boisseau. On retrouve du beau monde sur «Bad Penny» : Eddie Phillips (Creation) et Jim McCarty (Yardbirds). Ils font de la pure Stonesy, avec des chœurs de vainqueurs. Et quand Eddie Phillips part en solo, il redevient le plus grand guitariste d’Angleterre. Tout le reste de l’album est solide, bien foutu, du son, rien que du son. On en boufferait à s’en faire péter la panse. Ils tapent aussi dans le meilleur gaga d’Angleterre avec un «Talking About You» bien sonné des cloches. Matthew Fisher joue du piano sur la reprise de «Bye Bye Johnny» : rien de neuf sous le soleil de Papa Satan.

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             Showbiz paraît en 1998. Sur la pochette, on voit nos amis de la Sect entassés sur un side-car. Ils font un «Wild Time» presque glammy dans l’approche. On sent que nos amis s’amusent bien. Mais on sent aussi les pros. L’affaire se corse avec «Mismanagement», plus punky et même visité par un killer solo. C’est admirable de sectarisme et digne des Vibrators. On retrouve l’excellent «Richmond Rhythm & Blues» - Take a trip to the Station Hotel with me/ The Rolling Stones they’re gonna burn the house - Fantastique énergie ! On a le même genre de densité que chez Third World War, et leur inventivité passe par du boogie carnassier. Il tapent plus loin «Showbiz» à la cocote punk et c’est plombé au stomp de beat sectaire. Encore un cut solide truffé de solos. Oh ils font un break énorme et on voit la machine repartir au cocotage des enfers. Nous voilà aux confins de Motörhead. La frénésie règne et ça repart inlassablement. On a là une vraie dynamique de vainqueurs. Ils jouent plus loin «Out Of School» à la cloche de glam. Ils sont d’une incroyable véracité véracitaire, et ça suit à l’harmo, c’mon ! Quand on commence à écouter «Playing My Guitar», on ne se méfie pas, car ça sonne un peu comme «Johnny B. Goode». Mais Keith Grant joue ses gammes avec la lancinance d’un bagnard et ça tourne à l’énormité - My guitar/ My guitar ! - Keith Grant sait chanter un hit, on le sait depuis des lustres. Les Downliners nous sortent là un autre punk-rock à la Vibrators, incroyablement bien foutu !        

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             Que dire de Dangerous Ground sinon que c’est encore un disque énorme ? En plus, l’ami Art Wood a peint la pochette. Les Downliners proposent pas moins de cinq bombes sur ce disque, à commencer par «Keep On Rocking», une énormité cavalante. On sent les Anglais bien formés à Richmond. Ils sonnent comme les Pirates. Voilà ce qu’on appeler a high octane blend of r’n’b.  Ils rendent hommage à Bo avec «Escape From Hong Kong» et «In The Pit». Puis on tombe sur la bombe suivante qui est en fait le morceau titre, un gaga-cut bien plié au bombast d’ambiance rampante. S’ensuit une autre bombe intitulée «Lucy’s Bar Room». Del Dwyer fait un véritable festival, il chauffe le cut à blanc. Il arrose cette somptueuse rythmique de guitar licks éclatants. Encore deux belles bombes pour finir : «Quicksand» et «Deamon Lover». «Quicksand» pourrait sortir du Crusade de Mayall. Les Downliners vont chercher le guttural pour honorer ce boogie blues d’excellence définitive. Tu vas aussi te régaler de «Deamon Lover», fantastique shoot de rocky road pulsé au beat anglais et plein de son. Pur jus de rave-up. Ces mecs ont du génie.

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             Certains veinards auront réussi à mettre la grappin sur l’album des F.U.2. (Fuck You Too) intitulé Punk Rock. On retrouve nos amis Don Craine et Keith Grant sur la pochette, en compagnie du batteur policier Stewart Copeland, de deux autres mecs et d’une épingle à nourrice. L’album est surprenant de qualité et on pense encore aux Vibrators. Ils tapent «Playing My Guitar» qu’on va retrouver sur Showwbiz et comme on sait à qui on a affaire, un cut comme «Tax Exile» prend tout de suite du relief. Ils traînent avec eux des vieux restes de british beat et on entend même un harmo. Pure merveille que ce «Manic Depression» monté sur le riff du «Really Got Me» de Dave Davies. Ils ressortent les vieilles recettes miracles. Ils font du sixties punk, ce qu’ils ont toujours fait, d’ailleurs - Drop your dress/ Show your Breasts/ Change your adress - La B est encore plus sauvage. Ils tapent «Stars In The Streets» au gaga-maxima - Looking for trouble - Ils retournent le punk à leur avantage. Il faut entendre ce «Move Around» joué au tambourin. C’est quasiment stompé et magnifique de santé sectaire. Rien à voir avec le mauvais punk anglais. Keith Grant fait une belle intro de basse pour «Rock Club (Down The Roxy)» et ils partent aux échanges de voix, comme les Buzzcocks de Spiral - Yeah I’m going over there/ Do you wanna dance/ Do you wanna dance - Ils jouent à la cloche le fantastique «Out Of School», un cut qu’on va aussi retrouver sur Showbiz. Ils terminent avec «Fuck You Too», une magnifique fin de non recevoir.

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             Be A Sect Maniac est une très belle compile. On profite d’ailleurs de la photo qui orne la pochette de leur quatrième album paru en Suède, Downliners Sect. On y voit Ketih Grant porter l’un de ces incroyables taille-basse à carreaux qu’on portait alors. Pas mal de déchets sur cette compile, mais on se régale de «Baby What’s Wrong», avec son gros son de cave saturé de basse et amené à la violence gaga maximaliste. C’est le son des Pretties, mais chanté à la dépouillarde dégénérée. Ils swinguent ça à l’ancienne avec du poil à gratter dans le chant. Une autre merveille se niche de l’autre côté : «Glendora». C’est le gaga des primates, et des filles font les chœurs. C’est épais et salement bien produit à l’écho du temps. La perle se trouve au bout de la B : c’est le reprise de «Roll Over Beethoven». Ils en font un cut punk monté sur une basse en dominantes haletantes. Pur génie.

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             Le maxi The Sect Sing Sick Songs offre un intérêt purement anecdotique, car Don Craine et Keith Grant optent pour la parodie, avec notamment «Leader Of The Sect» - Is she really going out with the leader of the sect ?/ I don’t know already - Il faut souvenir que l’humour de la Sect est ravageur. Et dans «Midnight Hour», on entend un solo de piano magique.

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             Par contre, le maxi Burning Snow édité sur un petit label espagnol n’a rien d’anecdotique, ne serait-ce que parce que Mike Stax rédige des liner notes. Il a raison de le redire : on parle de Jagger/Richards, de May/Taylor, il faut aussi parler de Grant/Craine ! Ce maxi est un enregistrement live qui explose avec «Before You Accuse Me». Quel fantastique hommage à Bo ! Keith Grant joue sa bassline bien devant. Oh la perfe ! Il swingue comme un dieu du rock anglais - Before you accuse me/ Take a look at yourself - Ils tapent ensuite dans Jimmy Reed avec «Baby What’s Wrong». C’est leur son, c’est le son du pur British Beat dans tout son éclat. De l’autre côté, Keith Grant chante «I’m A Lover Not A Fighter» à la pure méchanceté. Il sait encore jiver un vieux classique. Ils tapent aussi dans «Dust My Broom». On a là une vraie version de rêve gorgée de jus, d’incidence, de rage gaga et e puissance motrice. S’ensuit un «One Ugly Child» glorieux et vainqueur. Les Downliners sont de fatidiques blasteurs de vieux beat anglais. Ils terminent avec Bo et un «Nursery Rhymes» noyé de slide. La bassline roule sous la peau du beat tendu vers l’avenir. C’est hélas ruiné par un solo de batterie. Mais bien sûr, on leur pardonne cette faute de goût.

    Signé : Cazengler, Saucisson Sect

    Don Craine. Disparu le 24 février 2022

    Downliners Sect. The Sect. Columbia 1964       

    Downliners Sect. The Country Sect. Columbia 1965

    Downliners Sect. The Rock Sect’s In. Columbia 1966       

    F.U.2. Punk Rock. Les Tréteaux International 1977

    Downliners Sect. Showbiz. Sky Records 1979

    Downliners Sect. The Birth of Suave. Hangman Records 1991

    Downliners Sect. Savage Return. Promised Land 1991

    Downliners Sect. Showbiz. Indigo Recordings 1998       

    Downliners Sect. Dangerous Ground. SteadyBoy Records 2011

    Downliners Sect. Be A Sect Maniac. Line Records 1982

    Downliners Sect. The Sect Sing Sick Songs. Line Records 1983

    Downliners Sect. Burning Snow. Penniman Records 2000

     

     

     L’avenir du rock - Foxes on the run

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             Tous les ans, l’avenir du rock envoie un chèque à la Société Protectrice des Animaux. Il signe de son nom et mentionne au dos, de sa belle écriture violette : de la part d’un bienfaiteur. Aussi loin qu’il s’en souvienne, l’avenir du rock a toujours adoré les animaux, il fut un temps où il chantait «Call Me Animal» chaque matin sous la douche. Il porte encore ce collier de chien qui remonte à son adolescence, son vieux côté Wanna Be Your Dog. Ouaf ouaf ! Son animal préféré ? Sans doute le singe. Il adore se gratter les puces et manger des bananes en l’honneur de «Monkey’s Gone To Heaven» ou du fringuant «Monkey Man» des Stones. Ah il adore aussi imiter les oies lorsqu’il marche dans la rue, cot cot cot, en mémoire de Mitch Ryder et de son fameux «Long Neck Goose». Mais ce qu’il adore par-dessus tout, c’est montrer sa petite queue de rat à ses fiancées en chantant le vieux «Rat Crawl» de Third World War. L’avenir du rock est un sacré boute-en-train. Il lui arrive aussi de grimper dans un arbre pour aller y croasser, non pas en hommage à La Fontaine comme on pourrait le penser, mais en l’honneur de Captain Beefheart, avec les premiers couplets d’«Ice Cream For Crow». Si tu le vois se rouler dans la boue, c’est parce qu’il vénère les cochons, comme Pussy Galore au temps de «Pig Sweat». Dans le domaine animalier, l’avenir du rock est intarissable, il pourrait bzz-bzzzer autour du pot de miel et se proclamer King Bee, esquisser le Chicken Walk en souvenir d’Hazil Adkins, hurler à la lune comme Wolf et s’approcher à pas de loups d’un poulailler pour s’ y introduire comme un renard, en souvenir du «Fox On The Run» de Sweet, ou peut-être même en l’honneur des Fleet Foxes, allez savoir.

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             Le premier album des Fleet Foxes date de 2008 et n’a pas de titre. Robin Pecknold et ses amis créent leur buzz à coups d’acou et à la petite voix blanche. Le son grouille d’échos superbes et un solo de guitare s’en va résonner dans l’ombilic des limbes. Voilà en gros comment on pourrait résumer l’art subtil de Fleet Foxes. Ajoutons à cela qu’ils savent se montrer très inventifs et développer une belle énergie. Le pire, c’est qu’on se régale. Il semble que Robin des bois veuille réinventer l’Americana, c’est en tous les cas ce que tendrait à prouver «Ragged World», cut puissant et magnanime, plein d’allant et d’allure, d’avant et d’après, comme chatouillé par des petits arpèges tendancieux. On irait même jusqu’à dire qu’on entend l’Americana du futur, celle qui débouche sur le grand large, ou le grand néant, c’est comme tu veux. En magasin, ils ont aussi la power pop de « Quiet Houses ». Ils y vont franco de port, ils sont sérieux, comme devaient l’être les femmes de chambre en 1850. Le point fort de l’album s’appelle «Your Protector». Ils ramènent pour l’occasion du Wall of Sound. La compo se fait désirer, mais c’est l’intention qui compte. On s’éprendra aussi d’«He Doesn’t Know Why». Pourquoi ? Parce que noyé de son. Robin des bois sait travailler son mythe. Il joue la carte poignante du there’s nothing I can do et du nothing I can say. Ça marche à tous les coups. Robin des bois est un mec très intéressant, très protéiforme, il fait tout avec un esprit d’à propos, il module bien ses wah wah et ses oh oh oh. Sans doute est-ce pour lui une façon de se faire respecter. Il fait son truc à la sensiblerie, comme le montre «Oliver James», un cut qui éclot à l’aube des temps. 

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             Si tu en pinces pour les ambiances, Helplessness Blues est l’album idéal. Rien que pour «Grown Ocean», qui se trouve vers la fin. Voilà un cut qui s’anime soudainement, on ne sait pas pourquoi, et ça vire pop racée et toxique. Le mec est bon, il développe une pop puissante, une pop qui respire à pleins poumons. Robin des bois est un mec très christique, tout le monde s’agenouille devant lui, il est à la fois très mélodique et très plombé. Il fait tomber des herses du paradis dans «Montezuma», c’est un son très spirituel. Il tape aussi dans l’exotica à la con («Bedouin Dress») et fait appel aux flûtes du désert, après tu te débrouilles comme tu peux avec cette espèce de son bon esprit, bien enveloppé. Disons que c’est autre chose. Dans le digi, tu as un gros poster qui se déplie, au cas où tu t’ennuierais. Mais le poster ne sert à rien, comme d’ailleurs certains cuts de cet album, zéro shuffle, pas d’émotion dans «Sum Sala Rum», mais Robin des bois veille à chauffer ses cuts et ça le rend intéressant. «The Plains/Bitter Dancer» sonne comme du CS&N, Robin des bois cherche la petite bête. En fait, il ne fait qu’explorer les voies impénétrables. Il gratte ses coups d’acou dans «Helplessness Blues» et concasse son chant. Du coup l’album devient une aventure. Il étend encore son empire avec «Lorelai», il n’a peur de rien, sa pop tient bien au corps, c’est même le psyché des temps modernes, bucolique et puissant. Peut-être faut-il commencer à s’habituer à  l’idée que le psyché mute ? Une idée que caresse aussi Kevin Parker, de Tame Impala. «Someone You’d Admire» est aussi très ouvert sur l’horizon, Robin des bois tartine ses coups d’acou, mais il peut aussi devenir trop aventureux et générer de ci de là des petites zones d’ennui. «The Shrine/An Argument» est l’archétype du cut qui ne sert à rien. Globalement, les Fleet Foxes explorent des nouveaux continents, mais si tu les suis, c’est à tes risques et périls.

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             En 2017, Stephen Deusner nous tartinait six pages de Fleet Fowes dans Uncut. C’est vrai qu’à l’époque, les Foxes faisaient encore le buzz. Deusner annonçait l’arrivée de Crack-Up, un album radicalement différent des précédents. Pas de chansons, cette fois, mais des ambiances, de longs passages instrumentaux, le meilleur moyen de perdre ce qui faisait le charme du groupe, le West-Coast folk-rock d’antan. Le problème c’est que Deunser n’a rien d’intéressant à nous raconter à propos du groupe : pas l’alcool, pas d’overdose d’hero, pas de rien. Robin des bois parle beaucoup de son nombril. Ah on peut dire qu’il l’adore. Deusner dit aussi que Robin des bois a radicalement changé de look en six ans : terminé la barbe de mountain-man et le shaggy hair, Robin des bois porte désormais le cheveu court, il semble se mettre en quête de spiritualité ou de sagesse philosophique. Comme il était végétarien depuis l’adolescence, il ne se sentait pas très bien et pouf, il s’est remis à manger de la viande puis à faire du vélo, du jogging et du surf.

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             On sauve un cut sur Crack-Up : «Third Of May/Odaigahara», qui sonne comme une pop d’avenir du rock, tellement les dynamiques sont élégiaques. C’est comme soulevé par la vague. On sent une ambition démesurée typique de Brian Wilson ou de Jimmy Webb. On se régale aussi d’«On Another Ocean (January/June)». C’est du tiercé gagnant, avec un final en chou-fleur, c’est fin, souterrain, attaché à l’attachement, ça coule comme un fleuve d’or au crépuscule, une aventure sur le Mekong, une fin en soie, un impératif respiratoire, Brian Wilson n’est pas bien loin. «I Should See Memphis» fait aussi dresser l’oreille, car souterrain, gratté par en dessous, tendu à se rompre, c’est évident, les Foxes ont un truc, un sens de la pop orchestrée, ambitieuse et profonde, dans le genre ‘réconcilions-nous avec l’univers’, il n’est pas si méchant que ça, l’univers. Et pourtant, l’album se prend les pieds dans le tapis avec le premier cut, «I Am All That I Need/Arroyo Seco/Thumbprint Scar» : aucune grâce, comme s’ils prenaient les gens pour des cons. C’est pas très gentil de leur part. On envisage même de les virer du lecteur. «Cassius» sonne aussi comme une belle arnaque. Il faudrait les dénoncer, mais ça ne se fait pas. Ce début d’album est assez catastrophique, ils profitent d’un buzz et n’ont rien à proposer : pas de mélodie, pas de son, malgré des efforts qu’on devine désespérés. Ça se réveille un peu avec «Naiads Cassadies», très Midlake, et «Kept Woman», très ambiancier, avec des zones de lumière. Voilà l’histoire : l’album va décoller, mais il faut se montrer charitable et patient. Plus loin, ils proposent un «Mearcstapa» assez balèzoïdal.

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             Le quatrième album des renards paraît en 2020 et s’appelle Shore, comme un shore, c’est-à-dire un rivage. Robin des bois  y ramène sa pop au fil de l’eau. En fait il cherche le secret de la pop qui bande au printemps, c’est en tous les cas ce que «Sunblind» laisse entendre. Il se prend un peu pour le sauveur de la pop, mais il ne sauve pas grand-chose, en vérité. Il faut quand même se montrer tolérant et lui reconnaître une certaine ampleur. Il cultive bien la dérive. Certains cuts ne mènent nulle part. Les Foxes se situent dans un son très sophistiqué qui manque parfois tragiquement de magie. Encore une fois, certains cuts frisent la petite arnaque. Il faut attendre le milieu du Shore, «A Long Way To The Past», pour trouver la viande. C’est une pop de Foxes à laquelle personne n’est encore habitué. Robin des bois se jette dans «Maestranza» comme on se jetait autrefois dans la bataille. Il vise ouvertement l’élégiaque épique. S’ensuit un «Young Man’s Game» énorme. Il pose de nouvelles règles. Désormais c’est comme ça. Il fait du heavy Foxes, il brouille les pistes, mais de manière éblouissante. Globalement, il réussit à créer des ambiances assez spectaculaires. Comme on dit quand on voit un magicien : il y a un truc ! Il amène son «Going-To-The-Sun Road» au grand air, il vise le Todd, l’excellence de la pop atmosphérique. Il est tellement bon qu’il finit par émouvoir et là t’es baisé, car c’est beau. Son truc, c’est la beauté. Son défaut est peut-être d’avoir trop de son et de cultiver les incartades.

    Signé : Cazengler, faux fleet

    Fleet Foxes. Fleet Foxes. Sub Pop 2008

    Fleet Foxes. Helplessness Blues. Sub Pop 2011

    Fleet Foxes. Crack-Up. Nonesuch 2017

    Fleet Foxes. Shore. Anti- 2020

    Stephen Deusner : Crazy Like a fox. Uncut # 241 - June 2017

     

     

    Inside the goldmine

    - Le groove sévère des Sewergrooves

     

             La superficialité qu’on observe chez certaines personnes peut parfois intriguer. On ne sait jamais si elle masque une grande timidité ou une absence tragique d’intelligence. Jiminus semblait cependant fort bien s’en accommoder. Derrière un sourire candide se planquait l’être le plus énigmatique qu’il fût possible de fréquenter. Il n’émettait jamais aucun avis, sauf des avis d’une banalité désarmante, du style «c’est super». Il ne parlait jamais des autres, se refusant le droit de juger, sauf les Rolling Stones, qu’il ne supportait pas. Musique de vieux, disait-il. Il parlait encore moins de lui, au point qu’il semblait avoir banni de son vocabulaire le ‘moi’ et le ‘je’. Raison pour laquelle on appréciait sa compagnie qui nous reposait des rois du moi-je, mais d’une certaine façon, c’était comme de passer d’un extrême à l’autre, ce qui générait au final le même genre de malaise. Et plus on l’observait, plus le mystère s’épaississait, sans qu’il ne donnât à aucun moment l’impression d’en être l’instigateur. Le seul point sur lequel il pouvait se montrer exigent, c’était la technique. Cet autodidacte jouait à l’oreille et avait pendant plusieurs décennies tellement formé sa main gauche au manche qu’elle ressemblait à une sorte de grosse tenaille de chair. Même quand il ne jouait pas, sa main semblait pincer des cordes. Et pour lui, le pincé de corde était une religion, la seule dont il semblait se réclamer. Lorsque qu’il entendait un ré mal pincé, il arrêtait le groupe pour faire reprendre, ce qui peut paraître déplacé quand on joue du trash-punk. Mais à ses yeux, le trash-punk devait rester précis et bien joué. Comme cette exigence était chez lui la seule trace visible d’humanité, on s’y pliait tous. On allait même jusqu’à jouer des fausses notes pour la voir se manifester. Nous comprîmes alors qu’en le mettant en colère, on verrait peut-être surgir sa vraie nature. Lors d’une répète particulièrement intense, nous multipliâmes les couacs, les retards aux breaks et les foirages de fins. Le stratagème fonctionna plus que nous ne l’espérions. La colère le transforma physiquement. Son visage commença par jaunir, puis son menton s’allongea, sa peau se rida comme celle d’une vieille sténo-dactylo, ses lèvres gonflèrent, son sourire se transforma en grimace atroce, les cheveux qu’il avait rares se mirent à pousser. La colère transforme parfois les physionomies mais qui aurait pu imaginer pareille mutation ? Sous nos yeux ronds de stupeur, il devint un ignoble sosie de Jagger, le personnage qu’il haïssait le plus au monde.

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            Dommage qu’il n’ait pas pensé à se transformer en Kurt Dräckes, le chanteur des Sewergrooves. Dräckes est quand même plus joli que Jagger. Mais bon, on se transforme comme on peut, c’est la loi des fables, comme dirait La Fontaine.

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             Le premier album des Sewergrooves date de 1999 et s’appelle Songs FromThe Sewer. On les sent très influencés par les Detroiters de Sonic’s RendezVous. «Yesterday Zest» est du pur jus de Tele incisif, même plombé de chant et même progression d’accords pressés. Ils mêlent à ça leur énergie viking, on sent qu’ils en pincent pour les Detroit stormers. Nouvelle dégelée avec «Do It Again». Ah quelle belle attaque : «Do me a favour !». Ils sont pleins aux as et pratiquent la science mécanique du heavy beat. Leur «Frame Up» est heavy comme un coup de hache viking. On retrouve ce rock viking joué en tension à l’ouverture du bal de B avec «I Don’t Know», ils jouent à pleins tubes et collectionnent les envolées spectaculaires. Comme le font les Sonic’s RendezVous, ils bâtissent la plupart des cuts sur une carcasse d’accords cinglants joués en contrefort d’un pounding soutenu.

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             Paru l’année suivante, Guided By Delight pourrait bien être leur meilleur album. Ils attaquent avec un «Living In Another World» monté sur un authentique pounding sewergroovy. «Do It Like You» sonne comme un hit des Sonic’s RendezVous, avec cette belle inflammation de la mandibule, oui, on croit entendre Scott Morgan ! Ces mecs sont tellement pleins de son et d’allure qu’ils plombent tous leurs cuts aux accords de plomb. Et tout explose en B, avec «Paralysed», belle dégelée emmenée ventre à terre. A-t-on déjà vu une dégelée filer ventre à terre ? Non, et pourtant ça existe. C’est une spécialité des Sewergrooves. «Like Never Before» sonne comme une horreur dévorée de l’intérieur, avec des accords en forme de coups de crocs, c’est d’une hargne peu commune, avec un solo qui coule comme de la morve sur le break. Ils jouent sur les accords de «Down In The Street». Retour aux Sonic’s RendezVous avec «Shoot Em Up», ça étincelle dans l’éclat des coups de taille, c’est un son d’estoc. Avec son intro d’une rare violence, «Break The Chain» sonne comme l’invasion des barbares. Voilà un cut fantastiquement emmené par des dynamiques barbares jusque là inconnues. Ils brisent les reins du cut et le relancent pour repartir de plus belle. A-t-on déjà vu une telle violence ? Non.

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             Paru en 2002, Revelation Time est un album d’un excellent rapport qualité/prix : 7 gros cuts sur 13, c’est rare pour un gaga-disk. Ils sont tout de suite d’actualité avec «Five Times More», ils ramonent la cheminée d’Odin à une fantastique allure, ces démons savent y faire. On peut faire confiance à Kurt, il nous remplit tout ça de wah. Kurt est un hard nut, un besogneux qui ne lâche pas l’affaire, oh no no no no. Ça repart de plus belle un peu plus loin avec «Anything For You», Kurt ressort ses vieux accords de Sonic’s RendezVous et c’est tout à son honneur. Il ramène toute l’ampleur du Detroit Sound. Puis il tape «It’s My Century» dans l’éclat du seventies Sound. Il adore construire des cathédrales. Sur «The Jug», Kurt shake sa chique comme un dieu, c’est bien amené et sans remords. Ces Suédois font du Sewer jusqu’à plus soif. Encore du blast Viking avec «16 Thousand Satellites». Tu ouvres le leaflet et tu as la photo des Sewer en Stooges. Avec «Ain’t Coming Home» ils basculent dans le chaos de génie Viking. Ils terminent avec «Hey Sister (I’m Out Of Here)», Kurt se jette dans toutes les combines, il est de tous les coups de ruckus et finit en apoplexie de power chords. Pure énormité. Une de plus.

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             Saturday Night Tonight We’re Gonna Have Some Fun laisse un peu l’amateur sur sa faim, même si le «Boogie Woamn» d’ouverture de bal laisse espérer quelques belles espérances, car c’est amené au gratté ultimate de boogie tonite - Saturday nite/ Gonna have some fun - mais ça tourne vite au cousu de fil blanc scandinave. Awite ! Tonite ! Il faut attendre «Up The Line» pour retrouver ces bombardements qu’on aime bien. Ils tapent ça à perdre haleine. Quant au reste, c’est du sans surprise, ils nous resservent le fast gaga-punk scandinave plongé dans l’huile bouillante et on voit rapidement apparaître une belle carence compositale. Malgré les cocotes, ils n’ont rien dans la culotte, disons qu’ils jouent un rock très athlétique bien rattrapé au vol. Ils tapent «I Really Love You» au fast drive, ils filent à 100 à l’heure et se montrent assez radicaux avec les radis. Ils commettent en gros les mêmes erreurs que les Hellacopters qui ont fini par nous indisposer avec leur surenchère. Ils terminent avec «No Time For Resignation» et deviennent les cracks de l’ambiance invétérée. Ils se répandent longuement dans l’excellence et collent bien au terrain qui nous intéresse.  

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             Malgré sa belle pochette, Constant Reminder déçoit. Le son est devenu plus lisse. Ça joue à deux guitares. Ils vont chercher les vieilles cocotes sourdes. Mais la prod est plus soignée, on entend les chœurs se fondre dans le son. Le son est nettement moins flamboyant que sur Guided By Delight. Ils visent un autre degré d’impact, un confort plus moelleux, avec ce fondu de chœurs dans le son. Mais aucun cut n’accroche véritablement. Ils ont cependant le goût des belles intros, comme celle d’«I’m On The Run» - You must be joking ! - Et Kurt y va, c’est excellent - I’m like a loaded gun/ And now I’m on the run - Il chante ça à la belle arrache. En B on retrouve un joli shoot de ventre à terre («Look Again»), bien fluide et monté sur un thème poppy étrangement bon. Nouveau shoot de ventre à terre avec «On Fire». Ils adorent up-temper dans la pampa, mais rien n’est plus difficile que de vouloir faire des miracles en permanence.

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             Bien bel album que ce Rock ‘N’ Roll Receiver paru en 2006. On retrouve les Vikings de la légende avec «She’s A Punk (Just For One Day)», le genre de cut qui te met le dos au mur. Radical et sans appel. Les Sewer tapent comme des dingues dans la mythologie Viking, ils chantent à l’excédée, c’est d’une rare violence, ils tirent tout leur crédit de cette violence. Pas de répit, pas de remords, pas de rien. Ce mec Kurt chante à s’en arracher les ovaires, il tombe sur le râble de son cut avec une niaque unique au monde. On le retrouve aux commandes de «Remember Everything», pulsé par des grattés olympiques, ça joue à la violence frustre de vieux Vikings, ceux qui savaient affûter des haches et courir ventre à terre après les paysans normands terrorisés. C’est une énergie particulière rattrapée au poil de menton et battue à la diable. Même traitement pour «Wrote This Song For You», Kurt explose la rondelle en chou-fleur du Song for you, il joue à coups redoublés, c’est exacerbé à outrance, il est sincère, il a vraiment écrit cette Song for you. Pas mal de cuts ne fonctionnent pas, comme par exemple le morceau titre, trop de surenchère et de ooooh de relance. Par contre, ils restent les rois de la montée en température. Disons qu’ils se spécialisent dans le burn-out, comme leurs collègues Hellacopters. Ils ne connaissent que ça, l’odeur de cramé. Ils terminent cet album solide avec «I Sold My Soul To Rock’n’Roll So Help Me Save Me Lord», un stomp qu’il faut bien qualifier de faramineux, car expéditif et convaincu d’avance, c’est le stomp des Vikings, ouvert à tous les excès de violence et on assiste à de fantastiques rebondissements.

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             Paru en 2011, Trouble Station est un sacré coco d’album. Ils renouent avec le Sonic’s RendezVous dès «Oh Trouble», Kurt chante au tremblé de chat perché comme le fit Scott Morgan en son temps. Il maîtrise admirablement ses dérapages contrôlés, même sens de l’emballage et des progressions d’accords sous pression. Encore un joli démarrage avec «Burning Desire». Ils sont excellents dans les départs arrêtés et toujours cette profusion de son et d’énergie, cette curieuse musicalité Viking. Kurt nous refait le coup du départ en solo bien sous-tendu par le pounding des copains. Ils ont une vraie dimension, comme le montre encore «He’s The Destroyer», un cut bien insistant, bien martelé, bien sewervé, belle clameur et belles guitares. Ils ne manquent décidément pas de charisme. En B, ils attaquent «One Of Those Tings» aux accords du MC5. Kurt chante en chef de meute et derrière ça blaste comme au temps du Grande Ballroom. Kurt prend une partie du solo de Wayne Kramer dans «Looking At You», mais sans la montée au note à note. Ils restent dans cette fabuleuse énergie héritée de l’âge d’or de Detroit avec «Touch Of Sympathy». Les accords resplendissent dans l’éclat des violences suburbaines, fabuleux cachet du pounding et killer solo, on a tout ce qu’on peut espérer. Le clairon qu’on entend à l’orée de «Keep Moving» est celui des Stooges.

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             Comme on l’a vu, les Sewergrooves sont les rois de la dégelée, ce que vient encore confirmer No Hidden Tracks, un modeste CD paru à la sauvette en 2012. Ils chantent leur «Trouble» à l’excédée caractérielle et c’est couronné de succès. S’ensuit un «Easy To Pretend» monté à l’harmonie sur fond de beat sévère. Ils avancent à la manière dure, Biribi, baby. Les montées au chant sont des montées inexorables. Chez eux, c’est un peu gaga-punk all the way, notamment dans «Don’t Mess With The Standards». Ils basent tout sur le trop-plein d’énergie. Ils pavent le chemin vers «Ending My Days» de mauvaises intentions, ouvrant la voie à une grosse attaque de proto-punk désordonnée et hirsute. Ils coulent un gros bronze fumant, ils mélangent tout, le chant, les accords, le beat. Ils proposent aussi trois covers : «Smith & Wesson Blues», «I’ve Never Known This Til Now» et «Where The Wolfbane Blows». Le Smith & Wesson est un cut du Tek, et comme d’habitude, c’est pas bon, les Sewergrooves jouent ça au fast-off. L’«I’ve Never Known This Til Now» passe mieux, car c’est du Roky et ils ramènent tout le son dont la Suède est capable, ils tombent dans les délicieux travers texans, ils nettoient ça aux arpèges de vinaigre, c’est un paradis dont les bonnes sœurs n’ont pas idée, l’acid freak paradise, et ça explose. Le Wolfbane est bien sûr celui des Nomads, ils jouent ça au tire-bouchon dans la mélasse de fuzz scandinave et le solo entre comme un ver dans le fruit du jardin d’Eden. Admirable. Tiens, encore une belle échappée belle avec «Tonight Tonight». Ces mecs ont bien choisi leur camp, il visent le swedish trash-gaga punk qu’ils radoucissent aux accents de power-pop.

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             Pour finir, on peut se rincer l’oreille avec ce mini-album paru sur Estrus en 1999, Three Time Losers. «Whole Again» pourrait figurer sur l’un des albums du MC5, tellement c’est bien échevelé. «Dead Letter River» est plus classique, mais ce beau solo d’intraveineuse furtif et mortifère te plaira beaucoup. C’est un son de rouille et de vinaigre, pur jus de Kurt Dräckes. Il faut préciser que ces cuts sont enregistrés chez Tomas Skogsberg, l’homme qui a mis en boîte le mythique album de Supershit 666. En B, «Could’ve Been Dead» reste bien tenu en laisse, chanté d’une voix d’agonisant, c’est encore une fois excellent, très motivé. Et ça continue comme ça jusqu’au bout, avec un son classique et typique de ces années de revival gaga. 

    Signé : Cazengler, Sewergrave

    Sewergrooves. Songs FromThe Sewer. Low Impact Records 1999

    Sewergrooves. Three Time Losers. Estrus Records 1999

    Sewergrooves. Guided By Delight. Low Impact Records 2000

    Sewergrooves. Revelation Time. Low Impact Records 2002

    Sewergrooves. Saturday Night Tonight We’re Gonna Have Some Fun. Sounds Of Subterrania 2002

    Sewergrooves. Constant Reminder. Wild Kingdom 2004

    Sewergrooves. Rock ‘N’ Roll Receiver. Wild Kingdom 2006

    Sewergrooves. Trouble Station. Sounds Of Subterrania 2011

    Sewergrooves. No Hidden Tracks. Pitshark Records 2012

     

    *

    L’on parle beaucoup d’Europe ces jours-ci, Europe par-ci, Europe par-là, à en croire les uns elle est la source de tous nos malheurs, selon d’autres la promesse de tous nos bonheurs, ces genres de discours me fatiguent, il n’y a jamais eu qu’une Europe, encore ne s’appelait-elle pas ainsi, en ces temps-là elle dépassait nos frontières étriquées, je suis de ceux pour qui il n’y a jamais eu, et pour qui il n’y a, et il n’y aura que l’Imperium Romanum, comme tous les rêves il ne meurt jamais. Ceci dit écoutons un peu de musique. Car parfois, les Dieux nous font signe.

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    Justement les voici. Pas tout à fait eux, mais Deos, un groupe de metal basé à Annecy, formé en 2014 qui vient d’achever une tournée ( France et Belgique ) qui les a emmenés le 27 avril dernier au Bacchus de Château-Thierry, c’est en voyant sur le FB de Sabine Meunier que j’ai appris leur existence et que je les avais manqués – j’ai une bonne excuse j’étais dans l’antique Narbonaise. Ce 27 Mai 2022 sortira sur Wormholedeath & Announce le troisième album de DEOS intitulé Furor Bellis, occasion rêvée de réécouter les deux premiers.

    DEOS

    Jack Graved : vocals, bass / Fabio Battistella : guitar / François Giraud : guitar / Loïc Depauwe : drums / Harsh : keyboards 

    GHOSTS OF THE EMPIRE

    ( Septembre 2015 )

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    Overture : note funèbre prolongée sur laquelle s’articulent des tintements de glaives, ce n’est pas pour rien que Deos fait souvent suivre son nom de Legio, nous sommes loin de la Rome décadente, guitares martelantes qui avancent avec la lourdeur des légionnaires chargés de leur barda qui s’en vont étendre les frontières de l’Empire. Le morceau est court mais l’on sent que rien ne les arrêtera. Lupa mater : les fils de la louve entonnent le péan de la victoire, une course échevelée, au pas de charge, rumeurs de gorges en feu, ralentir, guitares et batterie reprennent souffle, cymbales balayées de glaives, la basse gronde, nuées d’orage lâchées sur le monde, attaquent en meutes. Song for courage : battre le fer tant qu’il est chaud, que ton cœur soit une forge dans laquelle tu tremperas tes armes, la meilleure des épées est celle qui bat dans ta poitrine… en contrepoint les larmes de la mort humidifient tes haillons de pourpre, les uns contre les autres, que la haine et l’envie du combat s’exaltent hors de ta gorge, c’est ainsi que résonnent les chants de la victoire, dans cette avancée terrible vers la gloire ou le néant. Attention l’en existe une version live sur YT qui permet de voir le groupe en action, habillé à la romaine, quoique le chanteur avec ses cheveux longs a un côté barbare non déplaisant, le son paraît davantage hypnotique que sur le disque.  Warfield : c’est sur le champ de bataille que se joue le sort de Rome, excitation et puis le calme et le silence juste avant l’assaut, chacun vers son destin, les grognements gloutons de Pluton au fond des enfers, la cavalcade de Mars, à tes côtés ou contre toi, aie confiance, les Dieux s’ils ne décident pas pour toi tranchent en faveur de Rome, elle est la fleur immortelle qui se nourrit de ta fierté et que tu arroses de ton sang, debout et en avant, une trace sanglante te suit jusqu’au bout du monde, une fois le combat engagée, l’appréhension de la peur n’a jamais existé, tu cours, tu fonces, tu enfonces, tu disloques, tu perces, tu tues, sans frémir, sans haine et sans reproche, exultation finale, tu lèves haut l’aigle de Rome sur des monceaux de cadavres. Souviens-toi, malheur aux vaincus ! Pompeii : roulements torrentueux, vocal comme un nuage noir qui obscurcit le jour, pierres et cendres tombent de partout, rythme implacable, nul n’échappera à son destin, la colère ou l’indifférence des Dieux est sans appel, éruption, rythme hachoir qui s’abat sur les malheureux humains, vocal cruel, impuissance des hommes, fin brutale. Cet album ne raconte pas l’histoire de Rome, chaque morceau est à écouter comme une carte postale que les morts de l’Empire nous enverraient depuis les Enfers, une simple image dérobée à un film de plusieurs siècles, c’est à l’auditeur d’interpréter les quelques mots non effacés et de les intégrer à son propre rêve. Britania : c’est aux limites du monde septentrional, en Bretagne, notre Angleterre, que les légions rencontrèrent une résistance désespérée, une fois celle-ci difficilement vaincue, elles s’aperçurent qu’elles n’avaient encore rien vu, les pictes furent intraitables, il fallut tout au nord du pays dresser un mur fortifié qui coupa l’île en deux afin de les contenir et de les isoler. Deos nous livre de bout en bout un chant tumultueux de victoire, désormais Rome était en sécurité. Imperator : un morceau à la gloire de Jules César. Musique écrasante, l’Imperator par excellence se dresse devant nous et Deos conte sa magnificence, son efficience, ses victoires, cet esprit de décision et son intelligence politique qui fit la différence. La batterie aussi lourde que les brodequins de ses légionnaires et le rythme aussi rapide que les déplacements de ses troupes. Mimesis : à voir le titre l’on ne s’attendrait pas à un tel déferlement, quelle est cette mimesis, est-ce celle de Jules César imitant les actions des principaux hégémons grecs, ou celle des membres de Deos s’interrogeant sur la manière dont leur art métallique se doit de donner une forme signifiante de la réalité de l’Histoire de Rome, n’oublions pas que César fut aussi homme de lettres et connaissait Aristote et Platon, mais pendant que nous nous interrogions la musique se calme, l’intensité est maintenant dans le vocal, les mots et les notes sont-ils des atomes parcellaires chargés de la puissance romaine. A notre avis, le plus beau morceau de l’album. Veni vidi vici : célèbre formule auto-glorificatrice de César, le morceau s’inscrit dans ces cavalcades victorieuses qui parsèment l’album. L’on est au plus près de l’action, dans le corps à corps, dans ces glaives que l’on assène sur les corps des ennemis. Incessant cliquètements des épées. Ce que tu veux, tu dois aller le chercher. Britania : ( Acoustic version ) : c’est un plaisir subtil auquel nombre de groupes de metal aime à sacrifier, ne sont pas que des brutes assoiffées de sang, alors ils coupent l’électricité et ils envoient l’acoustique, ici c’est assez réussi car la voix de Jack n’en paraît que davantage chargée de violence.

    IN NOMINE ROMAE

    ( Septembbre 2017 / Buil2Kill Records )

    Une couve qui ne fait pas de quartier. Comparée à celle-ci, celle de Ghosts of  the Empire, malgré son crâne ricanant et le bois de la table qui n’est pas sans évoquer les planches dont on assemble les cercueils est une évocation de la joie de vivre, soyons raisonnable, elle ressemble à une méditation sur la vanité de toute entreprise humaine. Nous ne sommes plus sous la tente d’un Imperator face à la carte qu’il vient d’étudier avant de livrer bataille, l’on peut ainsi envisager la guerre sous son aspect stratégique, voire intellectuel, vue de loin, elle n’est qu’une idée, la voici ici dans toute son horreur, le glaive taché de sang, la main de la future victime, et surtout cette détermination, ce désir de tuer sans pitié, sans culpabilité, un rictus de jouissance aux lèvres… Au cas où vous n’auriez pas compris, c’est écrit en toutes lettres, au nom de Rome. Pour ceux qui font la collection des images pieuses, un trailer de trente-cinq secondes vous présente de manière très peplumique le disque.

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    Armatura dei coragiosi : (armure du brave, n’oubliez pas que l’italien descend en droite ligne du latin) : qui dit italien dit opéra, l’on a droit à un super générique avec cuivres et grands mouvements d’enthousiasme. Pas très long, mais l’on pressent que sur son deuxième opus Deos a mis de la couleur dans son noir et blanc initial.  Pro Iovis Pro Mars : pour Jupiter dieu de la puissance et pour Mars le belliqueux. Entrée monumentale, se mettre sous l’égide de ces deux ouraniens c’est déjà se proposer un destin exceptionnel. Une partition lyrique mouvementée qui vous emporte, entrecoupée de vocaux, vous ne savez si c’est un homme ou un dieu qui marmonne, vous comprenez que c’est important. Caput Mundi : le monde ne possède qu’une tête, elle s’appelle Rome, c’est elle qui commande, qui décide, qui ordonne, ce qui a été invoqué au morceau précédent arrive et déboule sur vous, à toute vitesse, mais vous sentez la lourdeur de son passage, rien ne saurait lui résister. Des voix s’élèvent, il importe peu qu’elles acquiescent ou qu’elles soient mécontentes, le sens de l’Histoire peut parfois s’écrire en lettres de sang. Sapere aude : ose savoir, entrerions-nous dans le domaine de la sagesse, si le morceau commence doucement le rythme s’accélère, le plus important n'est-il pas de savoir oser, de dépasser les limites étroites qui vous emprisonnent et qui sont faites pour être repoussées… Oderint dum metuant : célèbre formule de Caligula, qu’ils me haïssent pourvu qu’ils me craignent, la sagesse n’est-elle pas le péristyle de la folie, les frontières ne sont-elles pas aussi au-dedans de soi, l’humain serait-il le microcosme du macrocosme, cris et assouvissements, roulements égarés de tambour, ne suis-je pas à moi tout seul Rome et le monde. Tragédie intime. Memento mori : lors de son triomphe, un général vainqueur défilait dans son char sous les acclamations du peuple, l’esclave qui tenait une couronne de lauriers sur sa tête lui murmurait souviens-toi que tu n’es qu’un homme promis à la mort… il est si facile d’outrepasser son humanité, de sentir en ses veines couler la puissance des immortels, Rome ne vous monte-t-elle pas à la tête. Le rythme est si rapide que rien ne semble pouvoir l’arrêter, ni dans le monde, ni dans vos méninges. Cincinnatus : une voix raconte l’histoire de Cincinnatus, que l’on vient chercher en son champ afin de lui accorder les pleins pouvoirs de la dictature, en seize jours il défait l’ennemi, et rejoint sa charrue s’abstenant de tout honneur. Même rythme triomphal, mais ce coup-ci ce n’est pas pour célébrer la folie humaine mais la vertu romaine, Si elle peut s’imposer au monde elle peut aussi vous donner des fondations mentales inébranlables. Ainsi vous devenez l’assise de Rome la plus sûre. Laudatio funebris : éloge funèbre, intro musicale magnifique, fermez les yeux, vous voyez le film, le mourant qui agonise, l’appel aux survivants, une scène grandiose avec chœurs et orchestration quasi-symphonique. Imperial et impérieux. Honneur à ceux qui ont assez de caractère pour accepter de mourir pour Rome. Rendre à Rome ce qu’elle vous a donné. Mylae : navire glissant sur l’onde amère, Rome risque gros, inexpérimentée sur mer elle livre combat à la redoutable flotte carthaginoise, scène de film, la batterie martèle la cadence aux rameurs, ahanements et impulsions décisives, choeurs de matelots, Mylae fut la première victoire navale de Rome. Post tenebras lux : voix de basse claironnant la victoire de Rome, lumière après les ténèbres. Cunctator : ce surnom de temporisateur fut donné à Fabius Maximus qui refusa de livrer combat à Hannibal qui marchait sur Rome, non par peur mais par prudence. Après deux défaites écrasantes l’Histoire lui donna raison. Bourdonnement d’abeille qui se heurte contre une paroi de verre, les contraires se rejoignent pour mieux s’opposer, rythmique martelée, il faut parfois savoir se résoudre à renoncer à ses habitudes de victoire pour triompher. Aut vincere aut mori : les mots d’abord, l’on a tendance à réduire Rome à son histoire, ses monuments, sa légende, c’est oublier avant tout qu’elle fut une volonté synthétisée en de courtes formules dispensatrices d’une énergie folle, c’est cette volition du vouloir vivre que tente d’exprimer ce morceau. La musique sort des paroles comme le fruit est engendrée par la fleur, ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort a dit Nietzsche, ce qui vous tue aussi pensaient les romains. Un des meilleurs titres de l’album, une espèce de cantate métallique baignée de la foudre des Dieux.  Delenda Carthago : grandiose, l’obsession romaine, vaincre ou périr, détruire ou être détruit, le disque se termine en apothéose musicale, les dieux ont enfoui Pompéi sous une pluie de cendre, Rome a eu raison de Carthage. Un point partout. Egalité. Incendie au centre. Vae Victis.

    Cet album, paru en 2017, empli de violence mélodique n’est pas sans résonnance avec l’actualité. Il faut l’écouter et le méditer. Rome n’en finit pas d’apporter des réponses aux questions que l’on n’ose pas se poser.

    Damie Chad.

     

     

    SNOW COUNTRY

    ERIC CALASSOU / RAUL  GALVAN

    ( YT / 25 – 04 - 2022 )

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    Tiens, pendant mon absence quelqu’un a posté un truc de country sur mon FB, je ne voudrais pas critiquer avant d’avoir entendu mais l’image ressemble plus à un paysage japonais qu’à une vue des Appalaches, pas étonnant c’est d’Eric Calassou. Les kr’tntreaders lèvent l’oreille, le Calassou on connaît sur le site, ses photos et surtout son groupe, Bill Crane, style rockabilly dissident si vous voulez une étiquette, mais quoi qu’il fait au pays du Soleil Levant ? Rien du tout, pour la simple et bonne raison qu’il s’est installé en Thaïlande.

    J’avoue mon ignorance, j’ignorais jusqu’à l’existence de Raul Galvan, j’ai découvert en écoutant la vidéo, facile à reconnaître même si on ne le voit pas, l’est le seul à jouer. De la guitare classique. Quant à l’Eric – un gars doué, il chante, il joue, il photographe, il peint, il écrit – il n’en touche pas une, s’est contenté de composer, ne l’avait jamais dit mais je me suis aperçu en zieutant les vidéos que Raul Galvan interprète deux autres de ses compositions Valse et In the mood for love. Raul Galvan n’est pas un rocker, s’inscrit dans une autre tradition, celle de Villa-Lobos pour le situer un peu.

    Eric Calassou a composé Snow Country après la lecture de Pays de Neige de Yasunari Kawabata, voici quelques années la lecture de ce court roman de l’écrivain japonais m’a laissé un peu froid. Nous sommes à l’opposé du style manga, tout est dans la subtilité ce qui n’est pas un mal en soi, mais me suis senti étranger à l’atmosphère idéologique trop datée à mon goût de ce récit écrit en 1935, perso je préfère les manieurs de sabre à la Mishima, mais ceci est une autre histoire.

    Quel beau son de guitare, ce Galvan, sait faire résonner ses cordes à la perfection, pas besoin de trois tonnes d’amplis pour donner de l’épaisseur, z’avez envie de vous y enfermer dedans comme un escargot dans sa coquille. Vous donne l’impression d’être un flocon de neige qui se pose sur une branche de cerisier. Réalise un autre exploit, écoutez bien, vous n’entendrez pas le silence, juste la musique, l’on dirait qu’il a collé les notes entre elles, l’obtient cet effet par la résonnance des cordes qui comble les vides. Le mieux est d’écouter sans regarder les images qui se suivent sur la vidéo. Elles sont un peu superfétatoires même si la dernière nous montre la photo de Matsuein l’onsen Geisha qui a inspiré le roman.

    Plus difficile, reste à cerner le mode et le monde du compositeur. Un instant d’âme ou de rêve dévasté. Un pays de neige qui n’appartient qu’à lui, dont il a effacé les traces pour que l’on ne puisse l’y rejoindre. Un Calassou sous le sceau du secret.

    Damie Chad.

     

     

    CRISTAUX LIQUIDES / RESTE SAGE

    POGO CAR CRASH CONTROL

    ( Clip Officiel ) 

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    Encore une trentaine de jours et paraîtra Fréquence Hostile, le nouvel album de Pogo Car Crash Control. En avant-première le 12 avril, z’ont été gentils, nous ont refilé deux des titres, Cristaux liquides et Reste sage. Sur You Tube avec la photo de la couve de l’album. Mais ce n’est pas de cela dont je veux parler, mais de la parution, trois jours plus tard, du clip officiel qui met en scène les deux morceaux.

    En fait je ne veux même pas en parler, juste signaler sa présence. Y aurait beaucoup à dire sur l’évolution du son, mais là n’est pas le sujet. Ce clip est une petite merveille de mise en scène. Aucun crédit ne permet de l’attribuer à son  / ses  concepteurs, c’est dommage l’auraient mérité. Les premiers clips du groupe ont amplement fait connaître les P3C à ceux qui n’avaient pas encore eu la chance de les voir sur scène. Mais là l’on passe à une dimension supérieure. Les plans s’enchaînent d’une manière diabolique. N’hésitez pas à arrêter la vidéo pour vérifier le moindre détail, nous avons affaire à un montage de haute précision, ce qui n’empêche pas de retrouver l’esthétique chère aux Pogo, ce kitch lourdement grossier et nécessairement subtil qui pourfend les représentations sociétales de la vie convenable.

    Les Pogo nous livrent un film de six minutes. Ne leur en faut pas plus pour dynamiter les situations archétypales sur lesquelles sont fondées les réactions humaines. Touchent là à l’essence iconoclastique du rock ‘n’roll. Les images que nous adorons et que nous renvoyons au monde ne sont pas faites pour nous ressembler mais pour déchirer nos existences. Si nous sommes des êtres pour la mort, de quelle mort s’agit-il ? Celle que nous vivons tous les jours, ou celle que nous regardons sur nos écrans. Et surtout, quelle est celle qui tue le plus ?

    Damie Chad.

  • CHRONIQUES DE POURPRE 552 : KR'TNT 552 : GOLDIE ( = GENYA RAVAN ) / SADIES / VALERIE JUNE / BRENDA HOLLOWAY / DANZIG / HURAKAN

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 552

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    28 / 04 / 2022

     

    GOLDIE ( = GENYA RAVAN ) / SADIES  

    VALERIE JUNE / BRENDA HOLLOWAY

    DANZIG / HURAKAN

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 552

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http://krtnt.hautetfort.com/

     

    CETTE LIVRAISON 552 PARAÎT AVEC 5 JOURS D’AVANCE

    N’OUBLIEZ PAS DE REGARDER LA 551

    LA 553 ARRIVERA AU PLUS TÔT

    KEEP ROCKIN’ !

     

    Go Goldie go ! - Part Two

     

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             Comme son nom l’indique, Goldie est une vraie mine d’or : du talent, des drogues, du sexe, du raw, du punk, du groove, du cancer, on trouve tout ça chez elle, à profusion. C’est la raison pour laquelle il faut lire son autobio, Lollipop Lounge - Memoirs Of A Rock And Roll Refugee. Alors attention, car cet ouvrage massif de 500 pages est publié à compte d’auteur. Il est donc horriblement mal foutu, aucune des règles classiques de mise en page n’est respectée, le texte est parfois justifié, parfois en fer à gauche, les illustrations se baladent au gré du vent, rien n’est calé, on a même des paragraphes de redite, et curieusement pas trop de coquilles, comme si le correcteur orthographique avait bien fait son job. L’ouvrage semble sortir tout droit d’un ordi, tapé dans Word, le fameux logiciel de pseudo-traitement de texte qui a maintenu pendant des décennies des millions de secrétaires acariâtres dans la plus glauque des incompétences. Il existe des logiciels infiniment plus ergonomiques que cette horreur imposée à tous les salariés du privé comme du public par les lois du marché américain. On a donc dans les pattes un livre Word tapé par cette pauvre Goldie sur un PC qu’on imagine tellement dépassé qu’un Chinois n’en voudrait pas, même pour le revendre. Ce que les gens ne savaient pas, à l’époque où arrivait l’informatique dans le monde du travail, c’est que le traitement de texte est une technique qui s’apprend, au même titre que la musique ou l’art de peindre, la charpente ou la mécanique auto. Cette technique s’appuie sur la typographie, c’est-à-dire la connaissance des familles de caractères, les règles de mises en page, la gestion des blancs et la recherche des équilibres fondamentaux qui font qu’une page se lira ou ne se lira pas, notamment dans les magazines. Et si on sort de l’édition proprement dite pour aller dans la presse, alors on doit veiller aux équilibres chromatiques, à l’équilibre entre les zones de gris (les textes) et les illusses, ce sont des choses qui s’apprennent et que bien sûr ne permet pas un outil aussi rudimentaire que Word. Il n’est pas fait pour ça. Word ne sert qu’à rendre les secrétaires encore plus acariâtres. Taper des courriers ou des rapports qu’on a même pas écrits n’a jamais favorisé le développement personnel. Bien au contraire.

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             Il n’empêche que ce Word-book s’avale quasiment d’un trait. Goldie qui s’appelle aussi Genya Ravan est devenue par la force des choses l’un des personnages mythologiques du rock américain, et c’est en Angleterre, comme on l’a vu dans le Part One, qu’elle va créer sa légende. Les Américains/Américaines basé(e)s à Londres dans les early sixties ont quasiment tous su défrayer la chronique. On pense à Shel Talmy, P.P. Arnold, Scott Walker et P.J. Proby. C’est bien sûr la période Goldie & the Gingerbreads qui fait le cœur palpitant de ce fat Word-book. Genya revient longuement sur son alter-ego Goldie et ça ravive tout le bien qu’on pensait de la compile Ace récemment parue et épluchée la semaine dernière.

             Mais avant de débarquer à Londres, Goldie revient sur les conditions de sa survie, juste à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’arrivée à Ellis Island d’une famille juive polonaise rescapée de justesse, son père Natan Zelkowitz, sa mère Yadja, sa sœur Helenka et elle, la petite Genyusha. Ils sont passés tous les quatre à deux doigts, nous dit-elle. C’est sa mère qui transforme Genyusha en Goldie, qui sonne «more amelican». Ils restent trois semaines à Ellis Island, le centre de tri new-yorkais par lequel durent passer tous les immigrants, puis tous les réfugiés. On les nettoie, on les vaccine, on les examine et on les évalue psychologiquement. Ils sont ultra-checkés, nous dit Goldie. Une fois acceptés, ils dépendent de l’entraide juive new-yorkaise. La famille Zelkowitz se retrouve nous dit Gooldie dans une chambre at the hotel Marseilles on West 103rd Street, et ajoute-t-elle, un couple called the Solomons paid for that. Car évidemment, les Zelkowitz n’ont pas un rond. Gamine, Goldie chiale toutes les nuits, car elle est traumatisée par ce qu’elle a vécu en Europe. Elle nous plonge ensuite dans la vie d’un quartier juif new-yorkais, tel que l’a reconstitué Francis Ford Coppola dans Once Upon A Time In America.

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            New-York étant New-York, les choses avancent très vite et Goldie ne tarde pas à découvrir la musique et les pulsions de son corps d’adolescente. La musique et le sexe vont être les deux moteurs de sa vie. Elle commence donc par danser le fish avec des garçons, c’est à dire des slows super-frotteurs qui permettent à la fille comme au garçon de jouir en dansant collés l’un contre l’autre, et la chanson qu’elle préfère pour ça, c’est le «Lonely Nights» de Baby Washington & The Hearts. Ben voyons ! La petite Goldie démarre en trombe, elle tape en pleine mythologie. Ceux qui connaissent la compile Ace de Baby Washington & The Hearts savent qu’il n’existe ici bas rien de plus explosif. Goldie évoque aussi les gangs : elle présente Jack India à sa sœur Helenka - A twenty-three-year old gang member from the Club called Jack India - Nous voici donc dans West Side Story.

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             Ses parents reprennent un Delicatessen, c’est-à-dire un petit resto de quartier, et ils embauchent un black pour donner un coup de main. C’est Uncle Louie. Pour Goldie, c’est le messie : «Uncle Louie m’a acheté mon premier tourne-disque et mon premier 45 tours, ‘Shake A Hand’  by Etta James.» Pas étonnant qu’elle ait bien tourné. En 1960, Goldie a 15 ans et elle débarque avec une copine au Brooklyn Paramount pour voir jouer des groupes. Tous les artistes sont noirs jusqu’au moment où une blanche se pointe sur scène. Il s’agit de Lillian Briggs. Goldie n’en revient pas de voir une gonzesse avec une telle voix. C’est là qu’elle décide qu’elle sera chanteuse - I wanted to be her. I wanted that kind of energy and sex, and all of that control - Un peu plus tard, elle rencontre Ginger qui est la batteuse de Mickey Lee Lane. Elle s’appelle Ginger Panabianco, une Italienne. C’est le flash. Elles décident de monter un groupe ensemble : «On a des fantasy names, comme dans les contes de fées, Goldilocks and the Three Bears, the gingerbread house - Pourquoi ne pas appeler le groupe Goldie & The Ginerbreads ?». C’est le même départ en trombe que celui des Doors sur la plage californienne, lorsque Jimbo propose à Ray Manzarek de créer un monde nouveau. Goldie aime beaucoup Ginger, elle la compare à Sophia Loren, elle a nous dit Goldie des gros nibards et les cheveux noirs - And Ginger would really play those drums. She was so intense. The audience would go nuts when I had her do a drum solo - Puis elles rencontrent Margo qui peut jouer à l’orgue les solos de Jimmy Smith - She was hot at the time and a great organ player - Lors d’un concert dans le New Jersey, elles rencontrent Nick Massi des Four Seasons qui les branche sur Florence Greenberg et Scepter Records, qui est alors le grand label indépendant new-yorkais, avec les Shirelles, les Platters, Dionne Warwick, Maxine Brown, Chuck Jackson, les Isleys Borthers, King Curtis et Tommy Hunt. Des meetings ont lieu et Florence confie Goldie & the Gingerbreads au producteur Luther Dixon. Elles crèchent chez Luther et une nuit, Luther appelle Goldie dans sa chambre pour lui parler. Et il lui saute dessus pour la plaquer au sol. Goldie appelle Ginger à l’aide. Ginger arrive dans la chambre avec une grosse lampe qu’elle brandit comme un gourdin. Elle dit gentiment à Luther que s’il ne lâche pas Goldie, elle va lui fracasser le crâne - I will never forget how cool she was - Donc c’est la fin de l’épisode Scepter. Dommage. Goldie écrit à Luther pour lui dire que si elle n’obtient pas l’annulation du contrat avec Scepter, elle va tout cafter à Florence Greenberg qui est, soit dit en passant, la poule de cet canaille de Luther. Goldie obtient aussitôt ce qu’elle demande. 

             Elle profite de l’épisode pour rappeler que les labels pour lesquels elles ont enregistré des single leur ont barboté leurs royalties, tous sauf ATCO. Ahmet Ertegun adorait les Gingerbreads et les respectait. Elles n’ont hélas sorti que trois singles sur ATCO.

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             En 1962, The Harold Davidson Agency les envoie tourner en Europe, en première partie de Chubby Checker. Allez hop, direction l’Allemagne et la Suisse. Elles ne sont que trois, Goldie, Ginger et Margo. Carol McDonald allait les rejoindre un peu plus tard. Elles se retrouvent à l’affiche du Star Club. Quand elles rentrent aux États-Unis, on leur indique qu’une guitariste se produit au Page Three, un club où se produit aussi Tiny Tim. Elles y vont et tombent sur Carol qui leur plait. Elles tournent énormément dans le Nord des États-Unis et au Canada, mais elles refusent comme les Rascals d’aller jouer dans le Sud, à cause de la ségrégation. No way. Elles perdent de l’argent, leur dit leur tourneur, mais pour elles, il n’est pas question d’aller jouer chez les racistes. Quand elles jouent à New York, elles finissent vers 4 h du matin et vont prendre leur breakfast chez Ham ‘N Eggs, au coin de le 52e rue et Broadway. C’est ouvert 24 h/24 et toujours plein de gens du music biz, ce qui paraît logique étant donné qu’en face se dresse le Brill Building.  - All the managers, agents and publishers under that one roof.

             Et puis elles finissent par jouer un soir dans un club appartenant à la mafia italienne, Ungano’s, sur la 70e rue off Broadway. Une petite gonzesse tout droit sortie de Mott Street, qu’on appelle aussi Little Italy, vient les trouver pour les féliciter :

             — My name is Jo Jo. Youse are so fucking good! Youse wanna drink?

             Goldie remarque qu’elle parle comme les wise guys in a mob movie. Elle tape en plein dans le mille, car Jo Jo parle du groupe à son frère Sal qui débarque un soir au club avec son équipe. Goldie est assise à une table après le set et Sal lui fait signe d’approcher. Moi ? Il hoche la tête. Yes. Elle s’assoit à sa table et Sal lui demande si elle a besoin d’un manager.

             — Youse looking for management?

             Goldie pense que ce serait génial d’être managée et protégée par la mafia, mais elle se méfie et répond que non. Alors Sal pousse le bouchon, disant que son père est un gros ponte in the entertainment field et qu’il souhaiterait se développer.

             — Ya never hear of Bernie B.?

             Bon il n’insiste pas, il lui laisse un numéro de téléphone - Look here’s a telephone numba. Bernie B. knows about youse, we seen ya around. He’ll be waitin’ fa ya call - Goldie appelle et demande à Ginger de l’accompagner au rendez-vous car elle a un peu les foies. Évidemment, le bureau de Bernie B. est au Brill Building at 1619 Broadway. Bernie B. leur indique que Sonny Z. va s’occuper d’elles et qu’il envisage de les faire jouer à Vegas. Elles finissent par comprendre que Sonny ne fait pas grand chose pour elles, aussi vont-elles Ginger et elle trouver Sonny et Sal dans leur bureau pour leur demander d’annuler le contrat. Sonny et Sal le prennent très mal :

             — If youse weren’t broads, youse would be in a lotta trouble right now.

             À quoi Sal ajoute : «Yeah, some heads would be broken. Go on, get outta her.» Elles ont du pot de s’en sortir indemnes.

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             En 1964, elles sont quasiment les reines du New York. Goldie fait faire des costumes de scène pour les Gingebreads, de grandes jupes fendues jusqu’en haut et c’est à cette époque que Goldie prend l’habitude de ne rien porter dessous - I didn’t wear a bra. That’s nothing now but in 1964 going bra-less was pretty radical - On la verra même plus tard porter une chemise transparente sur scène. Goldie a des seins fantastiques et elle n’hésite pas à les montrer. Elle veut qu’on la désire. Leur sex-appeal finit par remplir les clubs. Ahmet tombe amoureux d’elles. Puis Jerry Shatzberg les invite à une fête privée chez lui au 333 Park Avenue South - The party was called the Mods and Rockers Ball and was to be the biggest social event in New York City that year - Dans le public, Goldie reconnaît Andy Warhol et David Bailey, le champagne coule à flots et Tom Wolfe signe un hommage à Goldie intitulé The Kandy-Kolored Tangerine-Flake Streamline Baby. Les Stones sont là aussi. Keef dira les avoir découvertes lors de cette party. Goldie avoue en catimini tourner aux amphètes pour pouvoir tenir toute la nuit sur scène - Everyone called the capsules Green Men because of the colour.

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             Et puis c’est la fameuse rencontre avec les Animals détaillée dans le Part One et le départ pour l’Angleterre, où elles ont bien failli exploser. Elles se retrouvent en studio avec Chas Chandler et Eric Burdon, obligées d’enregistrer une pop song, «Can’t You Hear My Heart Beat» qui ne leur plaît pas, car Goldie se dit plus R&B, more Spencer Davis Group than the Supremes. Ailleurs, elle cite aussi Ray Charles comme référence. Elles sont heureuses d’être à Londres en 1964, elles portent leurs costumes à rayures taillés sur mesure et des perruques - Our press agents wanted us to look Mod. Little did they know how Rocker we were! - Elles tournent en Angleterre avec tous les packages de l’époque, Stones, Kinks, Goldie ne donne pas trop de détails sur les plans cul, mais elle n’arrête pas de baiser - Not only did I fuck Mick Jagger, I fucked Peter Quaife of the Kinks, Paul Jones of Manfred Man, Hilton Valentine of the Animals and many many more - Goldie raconte qu’elle en pinçait tellement pour Pete Quaife que la nuit elle se glissait dans sa chambre d’hôtel. Elles prennent énormément de speed et fument du hasch. Elles prennent aussi des Purple Hearts - Purple Hearts also helped my voice - I wouldn’t get hoarse however much I sang - Comme les Green Men, les Purple Hearts étaient de la dexedrine.

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             Elles tournent pendant deux semaines avec les Kinks et aussitôt après la fin de la tournée, elles entrent en studio avec Shel Talmy. Mais la combinaison ne marche pas, car Shel leur propose d’enregistrer des pop songs. La seule chanson qu’elles trouvent bonne et le «Look For Me Baby» écrit par Ray Davies. Elles l’enregistrent mais ça n’est jamais sorti, à l’époque. Elle ne sait sans doute pas que c’est sorti sur une compile Ace consacrée à Ray Davies, Kinked! (Kinks Songs & Sessions 1964-1971). Ahmet Ertegun dit aussi que les meilleurs enregistrements des Goldie & The Gingerbread chez Atlantic ne sont jamais sortis. C’est tout de même incroyable !

             Et puis le groupe commence à péricliter en 1966. L’insécurité règne dans les rangs. Elles vivent à Londres, mais elles s’épuisent en tournées. Elles continuent à jouer, mais le cœur n’y est plus. Voyant l’ambiance se refroidir, Goldie décide de quitter le groupe qui était en fait devenu sa famille.

             C’est là qu’elle devient Genya Ravan. Elle doit se trouver un nouveau nom. Vu qu’elle chante comme une black, elle pense à quelque chose de noir comme le corbeau, raven, qu’elle transforme en ravan. Puis elle rencontre deux mecs, Mike Zager et Aram Schefrin, surtout Aram - sort of cute - qui porte une moustache qu’elle déteste et un chapeau de cowboy. Quand elle les voit ensemble, elle pense à Dustin Hoffman et John Voight dans Midnight Cowboy. Ils montent Ten Wheel Drive. Mike et Aram composent et le groupe décolle.  Premier concert au Bitter End en octobre 1969. Genya se produit sur scène les seins à l’air - A real rock’n’roll attitude. Today they call it punk - Elle est sûre qu’Aram et les autres ont une érection. Le groupe doit jouer à Woodstock mais les mecs de la section de cuivres refusent, car ils ne veulent pas jouer gratuitement. Genya, Aram et Mike n’ont pas assez d’autorité sur eux pour les obliger à jouer à Woodstock. D’ailleurs Genya précise qu’à chaque album des Ten Wheel Drive, ils doivent changer de section de cuivres à cause des tensions. Le groupe a pourtant du succès. Ils jouent souvent au Felt Forum du Madison Square Garden en compagnie de Sly & The family Stone et des Chambers Brothers.

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             Leur premier album s’appelle Construction #1 et paraît en 1969. Sur la pochette, on lit très bien Ten Wheel Drive, mais la mention ‘With Genya Ravan’ est en ultra-light et se lit mal sur le fond rouge. Très bel album. Si tu aimes les chicks raunchy, alors c’est elle qu’il te faut. Elle est aussi raunchy que Janis, sinon plus, et superbement soutenue. Bill Takas bassmatique et Leon Rix bat le beurre à bras raccourcis. Belle équipe, avec en plus une section de cuivres. Solo de sax, Louis Hoff is off ! Et très beau solo d’Aram Schefrin qui va devenir le boyfriend de Genya. Quand on entend jouer Louis Hoff, on croit qu’il est noir. Pas du tout ! Dans le gatefold, on les voit sur scène à Atlanta, ils sont dix et tous blancs. Genya porte un Stetson blanc et un pantalon taille basse blanc qui la rend fabuleusement sexy. Corps parfait. Et puis au plan artistique, il faut saluer la belle évolution de Genya depuis Goldie. Ils font un peu de prog avec «Eye Of The Needle» et le dotent d’un grand final déclamatif à la «Hey Jude», avec une Genya qui s’explose aux quatre vents. Et puis voilà qu’elle nous fait un coup de round midnite avec «Candy Man». Elle chante le jazz au petit sucre dilué dans la torpeur de l’air bleu. La section de cuivres est excellente, on entend des solos de trompette et de sax. Genya attaque sa B en force avec «Ain’t Gonna Happen», elle sait pousser un bouchon, elle sait flatter un beat, avec ses cuivres, elle développe autant de chevaux vapeur que Janis. Genya est tout simplement géniale. Et ça continue avec «Polar Bear Rug», un heavy rock de Soul de blancs, mais ça passe comme une lettre à la poste, c’est pulsé par un bassmatic sauvage, ça joue bien chez les Wheel, ils sonnent comme l’Electric Flag. Et ce bel album s’achève sur un coup de génie, «I Am A Want Ad», ils déclenchent tout simplement l’enfer sur la terre, le drive se transforme en rouleau compresseur avec une harpie devenue folle au volant et ça file au solo de jazz à la folie Parker en surface du mayhem, on ne croise pas de telles fournaises tous les jours, c’est d’une rare puissance et relancé par des percus à la Santana, et ça repart en virée de bord Parker, wow, mille fois wow !

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             C’est sur Bref Replies, le deuxième album de Ten Wheel Drive With Genya Ravan qu’on trouve cette cover mythique du fameux «Stay With Me» qui rendit Sharon Tandy célèbre en Normandie. Genya y grimpe aussi haut que Sharon. On peut même dire que Genya explose Sharon qui explosait déjà Janis. Genya cultive l’ivresse des altitudes. Le reste de l’album est très 1970, très new-yorkais, très carré, très cuivré, elle prend son «Pulse» à la grosse arrache de heavy groove, c’est extrêmement bien foutu, sans concession, Genya chauffe bien sa marmite et Aram passe un très beau killer solo. On salue aussi «Last Of The Line» qui, comme «Stay With Me», éclaire la B. Tout ici est très chanté et très orchestré.

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             Elle enregistre un premier album solo en 1970, Genya Ravan. La pochette est foireuse, mais c’est un album de Soul rock avec un son fabuleusement black, produit par les deux mecs de Ten Wheel Frive, Mike & Aram. Genya s’y sent comme un poisson dans l’eau, elle est extraordinaire de présence. Elle jazze l’«I’m In The Mood For Love» et passe à l’Africana avec «Takuta Kalaba/Turn On Your Love Lights». Elle veut de l’Africana ? Alors elle a les tambours dirigés par Michael Olatunji, elle en fait un hybride faramineux de tribal et de r’n’b, hey hey hey, avec en cerise sur le gâtö un killer solo de guitare de John Platania. La B est encore plus royale. Elle finit son «Lonely Lonely» en beauté. Elle redevient la reine de Pologne et attaque son «Flying» à l’aérien. Elle est sur tous les coups, chaque cut semble taper en plein dans le mille, son flying flirte avec de vieux relents de Stonesy et les chœurs de «You Can’t Always Get What You Want». Puis elle redescend dans la moiteur de la Southern Soul avec l’«Every Little Bit Hurts» de Brenda Holloway qu’a aussi repris Aretha. Genya est d’une rare véracité dans l’intensité. Elle bat Sharon Tandy à la course, elle a le power en elle et elle explose son Bit. On la voit encore grimper comme une black dans les strates de «Bird On  The Wire». Elle est spectaculaire d’allure et d’élan, elle est all over the rainbow, c’est l’une des grandes screameuses du monde moderne, elle n’en finit plus de battre des records d’altitude. Elle finit cet album superbe en mode Soul de rock avec «I Can’t Stand It». Encore du haut niveau, elle est accompagnée par des inconnus, mais Gawd, ces mecs jouent leur va-tout.        

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           Le dernier album de Genya avec Ten Wheel Drive s’appelle Peculiar Friends. Genya l’attaque avec une belle giclée de wild Soul de blancs : «The Night I Got Out Of Jail». Elle a du chien de sa chienne à revendre, et comme sur les deux albums précédents, le son est plein comme un œuf, cuivré à souhait, emmené par une section rythmique black, David Williams au beurre et Blake Hines au bassmatic. Genya est sur tous les fronts, ah comme elle est bonne ! «The Pickpocket» tourne à l’Hendrixité des choses, ça joue dans l’esprit des hard hitters américains d’alors, Blue Cheer and co, à la cloche de bois. Ah on peut dire qu’elle y va la petite Polak. En B, elle ramène avec «Fourteenth Street» une Soul de rock extrêmement bien foutue, ça devient monstrueux de blackitude et c’est repris en chœur par les trompettes. Elle boucle son bouclard avec «Down In The Cold», un fast drive joué cartes sur table, mais pas n’importe quelle table, ce sont les tables de la loi, Genya y va comme si de rien n’était, tonique, invincible, I feel alrite, elle développe l’énergie de Sly Stone.

             Quand Genya s’installe enfin dans un appartement sur la 71e rue, entre Columbus Avenue et Central Park West, elle exige de recevoir 300 dollars par concert. Mike et Aram disent qu’ils n’ont pas les moyens, mais ils parviennent quand même à la payer. Mais pour le groupe, c’est le commencement de la fin. Et ils n’ont plus de management. 

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             En 1973 elle enregistre son deuxième album solo, They Love Me They Love Me Not, avec Jim Price, un mec qu’elle déteste profondément. Bizarrement l’album est bon. Genya dit que Jim Price was pushing on me - It was his material, his musicians, his arrangements, his everything - Elle n’aime pas l’album, elle dit que c’est du Jim Price. Mais non, cocote, c’est du Genya à l’état pur.  Elle chante dans un registre très étendu, elle y va à la clameur dès le «Gotta Tell Somebody» d’ouverture de balda qui est en plus cuivré à outrance. Elle vise l’arrache magistrale. C’est avec «Under Control» qu’elle impressionne le plus. Voilà une grosse compo signée Jim Price qu’elle chante à l’arrache dans la grandeur d’une invraisemblable clameur de chœurs. C’est une merveille d’équilibre genyatrique. Clydie King et Venetta Fields font chœurs, d’où la pertinence de la clameur. Jimmy Miller produit certains cuts, dont l’excellent «Southern Celebration», avec le piano dans le lard de la matière, comme chez les Stones. C’est quasiment de la Stoney d’Exile. En B on la voit s’emporter dans «That Cryin’ Rain». Elle a une façon très polonaise d’exploser en plein cœur du balladif, avec cette niaque épouvantable qui rappelle bien sûr celle de Janis. Jimmy Miller produit «Keep On Growing» avec de la steel et des percus en abondance. S’ensuit «Don’t Press Me», classic boogie rock d’Honky tonk digne des Stones, avec Clydie et Venetta in tow, les reines de Nubie, ce qui nous fait trois reines en tout, avec la reine de Pologne. John Uribe y passe un solo country flamboyant.

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             L’année suivante, elle reprend son vrai nom pour un nouvel album solo, Goldie Zelkowitz. Elle pose cérémonieusement pour la pochette et se donne de grands airs de bohémienne. Pas de musiciens connus cette fois encore, excepté Bobby Keys dans la section de cuivres, et Daniel Kootch Kortchmar à la guitare. Le coup de génie de l’album est une reprise d’«Hold On I’m Coming» de Sam & Dave terriblement ralentie et qu’elle chante par dessus les toits. Elle se montre capable de s’enfermer dans l’excellence d’une vision musicale ultraïque. Pur genius. Son «Get It Back» n’est pas loin du «Superstition» de Stevie Wonder. Et dans «Whipping Post», elle se bat pied à pied avec le chant, elle se montre cette fois encore exceptionnellement élancée et Soulful. Elle fait aussi sa black mama dans «Easy Lady (My Oh My My Mama)», gros boogie-rock d’époque. Elle charge bien son my oh my my mama. On trouve encore un peu de viande en B avec «Letter», un slowah très black, bourré de cuivres et de chœurs et serti d’un solo d’acou d’une extrême délicatesse. Elle y va au so long baby. Genya est l’une des meilleures, il est important de le rappeler. Elle se montre encore imparable avec «Walkin’ Walkin’», un big fat r’n’b de white niggerette avancée. Elle termine cet album attachant avec un «Need Your Lovin’/Peeping & Hiding» qu’elle explose. Oui, Genya Ravan explose le r’n’b, elle a cette énergie faramineuse, elle est pire qu’un mec, wo wow wow - Need your a-loving/ E-ve-ry/ Day - Elle est la reine de la nuit.

            En 1976, elle commence à traîner au CBGB et elle devient pote avec Hilly Kristal, le boss du bar, comme chacun sait. Elle devient productrice de démos pour le compte d’Hilly. Elle commence avec les Miamis, puis les Tuff Darts qu’elle qualifie de glam-punk, mais Sire lui barbote le groupe avant qu’elle n’ait eu le temps de s’en occuper. Elle s’intéresse à un groupe nommé Manster. Puis elle produit le premier album des Dead Boys qui arrivent de Cleveland et que lui recommande Hilly Kristal.

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             Pour Urban Desire, elle pose en petit haut blanc, ce qui nous permet de zyeuter son tatouage d’étoiles dont elle se dit si fière dans son autobio. Elle arrive à faire venir Lou Reed en studio. La première chose que Lou lui balance en arrivant, c’est : «My grandmother bought your records years ago.» Silence de mort dans le studio. Genya encaisse le coup et lui répond, en le fixant dans le blanc des yeux : «Au moins quelqu’un dans ta famille a bon goût. Et toi, est-ce que t’as bon goût ?». Ça le fait rire et ça brise la glace. Ils deviennent potes. Ils enregistrent ensemble «Aye Colorado». Lou entre dans la chanson comme le loup dans la bergerie : il bouffe Genya toute crue. L’autre belle énormité de l’album est le «Jerry’s Pigeons» d’ouverture de balda. On prend cette belle giclé de boogie-rock new-yorkais dans l’œil, Genya la chante au big raw, les guitaristes sont inconnus au bataillon mais ils sonnent comme des crack. Genya est comme à son habitude superbe et héroïque à la fois. Wow, mille fois wow ! Elle reste sur la même lancée pour un autre heavy boogie-rock, «The Knight Ain’t Long Enough». Elle se remet vite en colère avec «Shot In The Heat». C’est un son très 70s, mais elle chante divinement bien et les guitaristes sont fins. Elle boucle son balda avec «Back In My Arms Again» qu’elle chante comme une Black, elle a un sens aigu du feel à la patte et elle sonne incroyablement juste. C’est autre chose que les Slits, if you see what I mean. En B, elle charge la barque de «Cornered», un cut qui semble illustrer la photo du verso de pochette, où un mec en cuir noir la coince dans un coin. Elle y va au ooh baby et fonce dans le tas. Elle est encore au poil avec «Darling I Need You», un beau balladif sevré d’I need you. Elle est comme on l’a déjà dit sur tous les coups. Une vraie louve. Puis on la voit grimper sur «Messin’ Around» comme si elle grimpait sur une barricade. Elle affronte bien la réalité. Sacrée Genya, si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer.

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             De tous les albums qu’elle a enregistrés, elle dit qu’Urban Desire et le suivant sont ses préférés. Ce sont les albums dont elle se dit la plus fière - Those recordings are very me and I was giving my soul to those projects - C’est vrai qu’il y a du monde sur cet And I Mean It paru en 1979. Ian Hunter vient duetter avec Genya sur «Junkman». Il duette comme un dieu, pas de problème, mas la vraie cerise sur le gâtö, c’est le solo de Ronno. Comme il sait si bien le faire, il visite les stratosphères de la mélodicité guitaristique. Il est ceux qui savent monter un solo en neige. «Love Isn’t Love» est beaucoup plus rock, joué au cymbalum de pataphysique par Bobby Chen. Genya devient de plus en plus entreprenante avec «I’m Wired Wired Wired», grâce aux grosses guitares de Conrad Taylor et Lars Hanson, ça joue au double gras double, avec un son anglais bien américanisé. Alors Genya fait comme à son habitude, elle monte ses œufs en neige. Elle ouvre son balda avec un «Pedal To The Metal» bien ancré dans le boogie-rock. Genya y sonne un peu comme Maggie Bell. On la voit encore se battre pied à pied avec «Stubborn Kinda Girl». Elle est âpre au grain, elle est courageuse et y va au yeah yeah yeah. Sa vitalité reste un modèle. S’ensuit un «It’s Me» chargé de son comme une mule arabique. Chaque cut se veut à la fois articulé et classique, bien bâti et surtout chanté aux fleurs de la passion.

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             Puis elle produit Ronnie Spector qui à l’époque n’intéresse plus personne. Elle monte un label nommé Polish Records et compte bien le lancer avec l’album de Ronnie. Phil Spetor demande à rencontrer Genya. Il lui envoie sa limousine et il la reçoit dans sa suite au Plaza Hotel. Quand elle le voit arriver dans la pièce, elle le trouve petit. Totor veut juste savoir s’il peut co-produire Ronnie. Genya répond non. Elle lui dit qu’elle a sa vision de Ronnie et qu’elle ne peut pas la partager. Totor le prend très mal et fait raccompagner Genya chez elle. Ce sera l’album Siren. Genya propose à Ronnie d’enregistrer des choses comme «Here Today Gone Tomorrow» des Ramones. C’est un album douloureux, pour Ronnie comme pour les fans des Ronettes. Genya a pourtant rassemblé une grosse équipe, Cheetah Chrome des Dead Boys à la guitare, Billy «Wrath» des Heartbreakers à la basse et d’autres gens réputés. Elle attaque avec l’«Here Today Gone Tomorrow» des Ramones et enchaîne avec «Darlin’», une sorte de petit hit bien balancé et solidement interprété, mais on est loin des fastes d’antan. Il y a prod et prod. Ronnie tape aussi dans l’«Anyway That You Want Me» de Chip Taylor popularisé par les Troggs, mais la magie brille par son absence. Totor en aurait fait un chef-d’œuvre comme il l’avait fait avec «Try Some Buy Some», c’est évident. Ronnie boucle l’épisode avec «Happy Birthday Rock’n’Roll», où elle recycle des extraits de «Be My Baby».

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             Il faut se lever de bonne heure et avoir beaucoup de chance pour espérer choper cet Undercover paru en 2010. Sorti sur un label improbable, il subit le même sort que ses deux albums Rum Bar : le traitement du pauvre. C’est assez scandaleux que d’aussi bons albums soient aussi mal présentés. Le coup de génie de l’album est une reprise de «Moonlight & Music», un vieux hit doo-wop de Leroy Fann. Alors tu vas dire : «Connais pas Leroy Fann.» Logique, il faut être new-yorkais pour connaître Ruby & The Romantics. Là Genya fait du big Brill, du mythic pur, elle explose le mythe de Ruby & The Romantics et rend un fantastique hommage à Leroy Fann qui fut abattu à New York en 1973. Elle nous emmène dans un autre monde, c’est du heavy doom de doo, tu n’as ça nulle part ailleurs. Elle reçoit pas mal d’invités sur cet album, dont Nile Rogers, le mec de Chic, pour «I Who Have Nothing», encore un coup de génie, puisque voilà un heavy groove bien claqué du beignet, elle monte sur tous les combats, c’est explosif, elle se bat pied à pied. Elle reprend pas moins de trois cuts de Lucinda Williams («Drunken Angel», «Essence» et «Right In Time», belle dégelée de country rock qu’elle chante au maximum des possibilités) et pas moins de trois cuts signés Thomas Jefferson Kaye, «Snake In The Grass», où elle fait son Rod The Mod, «One More Day» et «The Body Song» où elle invite Ian McLagan. Les grosses nappes d’orgues derrière Genya, c’est lui, Mac the crack. Genya ramène du big atmospherix dans «I Don’t Wanna To Talk About It», un vaillant cut co-signé par Emmylou Harris et sur «You Get Lucky», elle  brûle exactement du même feu que Goldie. Elle fait aussi une fantastique cover du «Everything You Did» de Steely Dan. On s’effare de la qualité de ses choix, en matière de covers. Elle boucle avec l’une de ses compos, l’excellent «202 Rivington Street» et elle y va, elle y va jusqu’au bout et le bout est bon. Elle tient vraiment son cut par la barbichette.

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             Avec Cheesecake Girl - Scenes From Lollipop Lounge, Genya Ravan propose une illustration musicale de son autobio, et comme tout ce qu’elle propose, c’est du solide, de l’extrêmement solide. Le morceau titre d’ouverture de bal est un véritable coup de génie, elle attaque ça au ouh-ouh. Elle a tout le répondant qu’on peut bien imaginer, elle se veut définitive, elle grimpe très vite dans les estimes, elle bat tous les records de véracité véracitaire, elle devient la reine de toutes les fournaises. Il faut voir comme elle allume ! L’autre coup de génie de cet album est une reprise du «Do You Know What I Mean» de Lee Michaels. Elle y ramène un power hors du temps, avec tout le shuffle d’orgue du grand Lee Michaels, c’est une cover dévastatrice, c’est Genya qu’il faut écouter, certainement pas les autres prétendues prêtresses du rock new-yorkais. Elle chante au maximum des possibilités du What I mean. Avec «Me & My Yoyo», elle revient au heavy sound de Ten Wheel Drive, un son explosé par des solos de trompettes, Genya Ravan redevient le temps d’un cut la reine des lionnes, elle t’explose le yoyo, les coups de trompettes valent tous les solos de guitare du monde. Tu ne peux pas échapper à cette reine des lionnes. Et quand on écoute «Stoop To High Heaven», on se dit qu’on est content d’avoir croisé la route de Genya la géniale. Elle fout bien le feu, elle monte au plus haut du bonheur de chanter, elle s’arrange toujours pour se fondre dans le son. De nos jours, tu ne croises plus beaucoup d’albums de cette qualité. Ah il faut voir la cover de «Never Say Never Again» du grand McLagan qu’elle sort en fin de parcours. Avec «Angel Of The Odd», elle écrase la Stonesy sous son talon de Cuban heel. Elle sait se montrer extrême et chante jusqu’à la dernière goutte de jus. Final superbe, c’est l’une de ses spécialités. Encore un bel hommage aux Stones avec «Cobberstone/Rolling Stones». Elle y ramène tout le power de la Stonesy. Elle tape en plus une version demented de «Coney Island Baby», avec tout son pouvoir de just about everything, elle explose le glory of love de Lou Reed et entre dans la mythologie. Tout est beau sur cet album, elle va encore t’en boucher un coin avec sa version de «Baby I’m Down» que chantait Leslie West sur son premier album solo, le faramineux Mountain. Elle tape ici dans l’intapable. C’est un hit du gros, mais il y va, elle en a les épaules, elle rend hommage à l’un des plus beaux hits du heavy blues rock américain - Sometimes I listen to the falling rain/ The sound of laughter in the window pane - et elle écrase l’I’m cryin’ avec un génie vocal qui vaut bien celui de Leslie West. Elle est héroïque d’oh yeah. Et puis avec «Route 32», elle nous plonge dans le heavy rock new-yorkais, c’est l’un des meilleurs sons de l’époque, mélange de Diddley beat et de Stonesy, elle déclenche d’incroyables tornades et s’infiltre profondément dans ton subconscient.

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             Paru en 2019, Icon sent le manque de moyens, livré dans le digi du pauvre, c’est-à-dire un carton imprimé recto-verso avec une pastille collée pour centrer le CD. Mais quel album ! Ah elle y va la mémère, elle est encore capable de secouer les falaises de marbre, son «Coming Up The Hard Way» est assez impressionnant. Et puis ça explose avec «Don’t Go In The Bathroom», cette compo de Genya est littéralement ravagée par les power chords, c’est elle la reine du punk, certainement pas Patti Smith, elle développe un power effarant, une énergie du New York City Sound complètement hors des modes. Elle écrase son champignon. On en rêvait et Genya l’a fait. Alors respect. Elle reste bien dans son son avec «Enough Is Enough», on assiste encore une fois à de belles montées de sève. C’est très impressionnant. Elle sait monter au front et finir en apothéose, comme elle l’a toujours fait. Bobby Chen bat le beurre sur cet album et il vole le show avec «He Got Me (When He Got His Pants On)». Il bat le beat des forges. Avec «Kisses In The Dark», Genya fait du heavy Brill de New York City, elle y croit dur comme fer et ramène un solo de sax. Encore une belle dégelée avec «Mean It», big old boogie rock, Genya reste égale à elle même, on fire, fabuleusement déterminée avec la force tranquille de François Mitterrand. Elle rend aussi hommage à Frankie Miller avec «When I’m Away From You». Elle vise la lune et arrive sur Mars. Sacrée Genya, elle n’en finit plus d’édifier les édifices. Elle s’engage à fond dans son groove de Soul, c’est un peu comme si les grands esprits se rencontraient. Belle cover, bien arrosée de pianotis. Elle termine avec un véritable coup de Jarnac, la cover du «Feel For A Pretty Face» d’Humble Pie. Elle vient se frotter à Steve Marriott. Elle est le reflet exact du raw de Marriott, elle est dessus, à tous les sens du terme, raw comme son. Alors bravo !      

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              On reste dans le digi du pauvre avec Genya Live At CBGB paru en 2020. L’album pourrait aussi s’appeler Welcome In The New York City Sound car il n’est fait que de ça. Un premier exemple avec ce «Pedal To The Metal», tiré d’Urban Desire. Il suffit de l’écouter pour en prendre la mesure. Elle navigue à vue. Un sax vient envenimer l’excellent «Eye Of The Needle» (tiré lui aussi d’Urban Desire) et elle passe au r’n’b avec «You Are Lonely», du pur jus de Bert Berns crédité Bert Burns. Cut idéal pour une lionne en rogne comme Genya. Elle sort les crocs. On reste dans le heavy New York City Sound avec «Jerry’s Pigeons», encore un cut d’Urban, c’mon babe, elle est au max du mix, elle bascule dans le doo-wop de génie, elle grimpe au sommet de sa glotte. Elle reprend aussi l’«I’m Flying» des Faces, c’est complètement déconnecté du CBGB, mais elle le flanque d’une belle apothéose. Dans son groupe, elle a deux excellents guitaristes, Josh Radin et Jamie Bannon, et le fidèle Bobby Chen au beurre. Genya reste impressionnante sur tout l’album, always on fire. Elle tire tous ses cuts vers le haut, elle transforme d’improbables boogies en must have been, elle drive tout au c’mon babe, elle adore le heavy boogie, elle s’y prélasse. Genya, c’est Rod au féminin. Elle y va la mémère, elle a tout vécu, elle connaît bien le biz.

    Signé : Cazengler, Genyan-nyan

    Ten Wheel Drive With Genya Ravan. Construction #1. Polydor 1969

    Ten Wheel Drive With Genya Ravan. Bref Replies. Polydor 1970 

    Ten Wheel Drive With Genya Ravan. Peculiar Friends. Polydor 1971  

    Genya Ravan. Genya Ravan. Columbia 1970          

    Genya Ravan. They Love Me They Love Me Not. Dunhill 1973 

    Goldie Zelkowitz. Janus Records 1974

    Genya Ravan. Urban Desire. 20th Century Fox Records 1978

    Genya Ravan. And I Mean It. 20th Century Fox Records 1979

    Genya Ravan. Undercover. Collectables 2010

    Genya Ravan. Cheesecake Girl - Scenes From Lollipop Lounge. Collectables 2012

    Genya Ravan. Icon. RUM BAR Records 2019

    Genya Ravan. Genya Live At CBGB. RUM BAR Records 2020

    Genya Ravan. Lollipop Lounge - Memoirs Of A Rock And Roll Refugee. CreateSpace Independent Publishing Platform 2016

     

    Le marquis de Sadies

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             Depuis 20 ans, les Sadies occupent une place à part dans l’histoire du rock. Ces Canadiens férus de country rockent si bien qu’ils finissent par côtoyer ces rois du boogaloo que sont André Williams, John Langford et John Doe. Il existe quatre albums collaboratifs qui sont des petites merveilles d’équilibre. La country des Sadies n’interfère en rien dans l’art de gens aussi pointus que John Doe ou Andre Williams. Les Sadies amènent une sorte de sang neuf, une nouvelle vitalité à des gens qui en ce domaine n’ont plus rien à prouver.

             L’objet de ce petit clin d’œil aux Sadies est de rendre hommage à Dallas Good, guitariste dandy du groupe, qui vient de casser sa pipe en bois. Nous ne verrons donc plus ses fascinants éclairs soniques zébrer la nuit et nous devrons nous passer de toute cette vitalité sous-jacente qu’il injectait dans le lard des cuts. Ce killer-slinger prodigieusement doué donnait tellement d’allure à son country-rock qu’on le prenait pour argent comptant.

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             En 1999, Dédé la praline enregistre Red Dirt avec les Sadies. C’est l’album d’une certaine ‘nostalgie’, celle d’un temps où Dédé bambino voyageait à bord du camion qui l’emmenait et qui le ramenait. Il vivait en Alabama et travaillait aux champs, comme des centaines de milliers d’autres petits nègres de sa génération - I was born in Bessemer, Alabama, so I have never had it easy, but thanks to Hank Williams, Waylon Jennings, Patsy Cline, Hank Snow and other great recording artists, I was able to survive the hot sun. (...) I love country music and will always keep it in my heart - Il tape «Weapons Of Mass Destruction» sur un groove à la Dealer, mais dans un environnement country et finit au chat perché de la désaille. «I’m An Old Man» sonne comme un gros shoot d’Americana joué dans une ambiance de saloon. Le «Psycho» qu’on trouve ici n’est pas celui des Sonics, mais un fantastique balladif d’ambiance Sady - Oh mama/ Why don’t you wake up - Il boucle cet album avec l’excellent «My Sister Stole My Woman» et les Sadies chargent la barque, on peut leur faire confiance. C’est aussi sur cet album qu’on trouve une magistrale version du «Busted» de Ray Charles popularisé par Schmoll en France. Dédé lui administre un shoot de grosse intensité dramatique.

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             En 2012, Dédé la praline retrouve ses amis les Sadies pour enregistrer l’excellent Night & Day. On y trouve pas moins de trois coups de génie, à commencer par l’«I Gotta Get Shorty Out Of Jail». Dédé y écrase son chant contre les papillons des Sadies. C’est le summum du contraste. Dédé chante comme un voyou, alors Dallas Good rentre dans le lard du son. Merveilleuse association de Black Power et de white sound. Dallas Good suit Dédé la praline au tiguili. Dédé vole encore le show avec «Bored». Il pompe toute l’énergie des Sadies, c’est stupéfiant ! - I don’t use drugs no more/ But I will if - Oh et puis ce «One Eyed Jack» servi sur canapé de country rock, avec tout le power du monde. Les Sadies se fondent dans le génie de Dédé la praline, ça tourne au délire d’excellence. Dédé fait de la politique avec «Mississippi & Joliet» - Who wouldn’t go to Mississippi/ Don’t ever go back/ Stay out of Mississippi/ They don’t like niggers - Au moins comme ça les choses sont claires. Il tape «America» à la voix de vieux Dédé et les chœurs de filles arrondissent les angles. Il descend au fond de son baryton - You better be - Il chante comme un vieux crocodile. Avec «The Seventy Year Old», il passe au heavy blues. Les Sadies déroulent le tapis rouge au vieux Dédé. Dallas Good gratine la pizza sur sa Tele, ça bat tous les records de heavyness. Le chant, oui, mais le son, quelle tombe ! Baby c’est l’apothéose ! Il chante ensuite «Your Old Lady» d’une voix de wild smuggler et les Sadies ramènent énormément de son. Il faut aussi les voir taper le funk de «Don’t Take It» et ils reviennent à leur cher country rock avec «My Baby». Dédé est parfaitement à l’aise avec ce son. On note aussi la présence sur l’album de Jon Spencer, Dan Kroha, John Langford et Matt Verta-Ray. Ouf, on échappe à Auerbach !

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             Mayor Of The Moon de John Langford & His Sadies est nettement moins intense que les deux albums précédents. John Langford est bien gentil, mais Dédé navigue à un autre niveau. Langford propose une pop de revienzy et déclenche chez les Sadies de très beaux réflexes de country rock. «Looking Good For radio» sonne comme un vieux country rock ralenti du cerveau, mais attention, ça grouille de Sadies. Ils radinent bien leurs fraises. Ça donne une espèce de merveille létale. Langford fout le feu à «American Pageant». Les Sadies le suivraient jusqu’en enfer, avec du ruckus sous le boisseau de l’everlasting Dallas Good. C’est assez incendié du bilboquet. Difficile de ne pas baver en écoutant ça. Avec «Strange Birds», ils passent au groove pépère, mais ça reste country as fuck. Langford se paye toutes les audaces du honky tonk à coup de story telling. «Last King Of The Road» est le cut qu’on sauve. Langford redevient pour trois minutes le roi de la power pop. Fantastique envolée, c’est hanté par la guitare de Dallas Good qui du coup ramène toute la wild énergie de l’Americana. Sur «Shipwreck», Langford duette avec Sally Timms. On croit entendre chanter deux vampires. Puis on voit les Sadies étinceler de mille feux sur «Solitary Song». Ces surdoués de la country ont des réflexes mirobolants.  

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             En 2009, John Doe enregistre Country Club avec les Sadies. Il ne pouvait pas rêver de meilleur backing band. Dès «Stop The World & Let Me Off», Dallas Good traverse le son au piercing country honk, c’est d’une grande beauté avec tous ces clap hands, le son est comme zébré d’éclairs de wild country, pas de meilleure concoction, leur démesure s’envole over the rainbow. Alors après, ça devient beaucoup plus classique, mais bien chanté. Avec sa voix chaude, l’ami Doe inspire confiance, il ne fait pas partie de la clique des m’as-tu-vu à la mode. On entend pas mal les frères Good dans cette aventure, ils en connaissant un rayon en matière de country roll. On pourrait même se plaindre du trop de son. Doe duette avec Margaret Good dans «Before I Wake». C’est embêtant tous ces duos, on irait presque croire que Doe se prend pour une superstar. On reste dans le zyva Nashville Mouloud avec «I Still Miss Someone», mais la country de Doe ne marche pas à tous les coups. On s’ennuie sur certains cuts, comme si les Sadies mettaient leur magie en veilleuse. Nouveau try out avec «Take This Chains From My Heart» et cet album dont on attendait monts et merveilles se réveille enfin. Il faut cependant attendre «Are The Good Times Really Over For Good» pour retrouver l’apanage des country men. Dallas Good joue comme un diable, ce qui est en général mieux qu’un dieu. Il joue même à la folie du craze et ça explose enfin. Doe reprend ensuite le «Detroit City» de Jerry Lee - I want to go home - Oui, il ose. 

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             C’est Dédé la praline qui signe les liners de Pure Diamond Gold, un album paru sur Bloodshot en 1999 : «In my life and the things I have experienced, I’ve seen a lot of good bands and I’ve seen a lot of great bands. I’ve played a lot of places on this earth, and I’ve seen a lot of people... But it’s hard to find the Sadies. They’re between the North Amaerican Indians, the African Amarican and the audience of today. You can not find a better bunch of characters, men or musicians than the Sadies.» What an hommage ! Pure Diamond Gold est un album de heavy country rock on the rocks. Idéal pour les cowboys à la petite semaine. Avec «Higher Power», on entre au saloon pour danser la bourrée des cowboys. Les Sadies adorent le petit jive de bluegrass. On les voit s’énerver sur «Only Good One» et «Starling Auto», avec un Dallas Good on the run. Les instros sont tous superbes et on tombe enfin sur une énormité avec «Talkin’ Down», un heavy boogie faramineux, avec Dallas Good en embuscade, alors quand on a un mec comme ça en embuscade, ça donne du killer thrill. Mais la dominante reste le fast country rock de bluegrass («Spark Catcher»). «Striking Creek» sent bon l’Arizona, on sent le vent chaud et l’odeur des cactus. Dallas Good remplit «Venison Creek» de réverb. On les voit aussi flirter avec le beat des Cramps dans «Locust Eater». Il faut bien dire que l’album est assez dense. Vingt cuts, c’est pas rien. Ce démon de Dallas Good s’arrange toujours pour glisser de l’épique dans ses instros («Cloud Rider»). Ils terminent au banjo avec «16 Mile Creek Breakdown» et se foutent du rock comme de l’an quarante.

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             Encore une pochette mystérieuse pour ce Tremendous Efforts qui date de 2001, odyssée de l’espace rock. Les fans du Gun Club se régaleront du «Mother Earth» qu’on trouve vers la fin de l’album. Pur jus d’I can’t come back no more. L’autre grosse stupéfaction garantie, c’est «FLASH», un cut qui vire tiens-toi bien en mode fast bluegrass de killer stuff. Les Sadies font les punks, et pire encore : Dylan goes punk ! Avec la pluie de l’enfer. Dallas Good détruit le rock quand il veut. Du punk Dylanex, on avait encore jamais vu ça ! Ils font aussi une cover de l’excellent «Wasn’t Born To Follow» signé Goffin & King. Les Sadies enrichissent la pop à un point qu’on n’imagine même pas. On se croirait chez Buffalo Springfield. L’autre bombe de l’album s’appelle «Loved On Look», ils jouent ça comme des white Soul boys, au heavy r’n’b, ils sont excellents dans l’exercice de leur fonction, bahbee ! Avec un Dallas encore une fois en embuscade. Wild gaga à gogo ! Les Sadies ont la classe - Bah bah bahbee bah bah - Retour au fast country rock avec «One Million Songs». C’est leur apanage, ils défoncent tout sur leur passage.  

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             Dallas Good fait encore des étincelles sur Stories Often Told, un bel album d’American guitars paru en 2001. Si on ne veut pas mourir idiot, il faut avoir écouté au moins une fois dans sa vie «Mile Over Mecca». Dallas Good nous plonge dans une mad psyché dont on n’a pas idée. Il sort pour l’occasion l’un des pires dooms de l’univers. On accueille cette puissance à bras ouverts. L’autre merveille de l’album est le morceau titre, joué au gratté de deep Sadies. Et ça chante à la perfe, les clameurs de country sonnent comme des sirènes dans le port d’Amsterdam. Tu as encore le full blown des Sadies avec «A#1». Just terrific a walk away, ça dégouline de pureté sonique. «Tiger Tiger» vaut pour une belle énormité de fast heavy Sadies et si on en pince pour la country, alors il faut se caler «Such A Little Word» sous le casque. Ces mecs n’ont besoin de personne en Harley Davidson. C’est du convaincu d’avance. On se régale aussi d’«Oak Ridges», un heavy groove d’Americana chanté au flash Sadique de Dallas Good. Beau baryton.

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             Les Sadies choisissent le noir et blanc pour la pochette de Favourite Colours. Comme tous les dandies, ils cultivent l’art de la contradiction. Alors attention, on croise de sacrées merveilles sur cet album qu’on peut considérer comme classique. Avec «Why Be So Curious», ils sonnent comme les Byrds. Ils sont comme d’usage puissants et inspirés et Dallas Good vient challenger tout ça avec un solo d’attente qui fait tout dégringoler dans l’excellence. Mais ça n’est pas fini. Voilà qu’avec «As Much As Such», ils se prennent pour les Flying Burrito Bros, ils tapent en plein dans le Gilded Palace, même énergie de no way out in the sun. Si on veut entendre jouer l’un des plus grands guitaristes américains, il faut écouter «Song Of The Chief Musician», un beau slab de country rock visité par le jeu aérien de Dallas Good. Ce mec joue vraiment très haut. On se régalera aussi de «Why Would Anybody Live Here», excellent slab de weird cowboy rock gratté à coups d’acou. C’est heavy sous le boisseau du merveilleux. Ces mecs savent développer une petite magie de la vingt-cinquième heure. Ils renouent avec leur cher fast rock dans «Northumberland West», c’est pire qu’au Cap Horn, tu reçois de paquets de bluegrass plein la gueule. C’est du fast, le pire de tous. Les Sadies sont des démons, tu ne le savais pas ? Dallas Good illumine encore «1000 Cities Falling» au bluegrass fever. Il vient aussi hanter « A Good Flying Day» - And it’s gonna be a good flying day/ And I’ll see you again someday - Il revient incendier ce fabuleux instro qu’est «A Burning Showman». Il arrive que les instros parlent plus que les bavards. 

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             Si on veut voir et entendre les Sadies en action, alors il faut se jeter sur In Concert Volume One. C’est un festival de fast country rock, ils tombent à bras raccourcis sur les early Byrds («Why Be So Curious») avec encore en plus de la musicalité, comme si c’était possible. On retrouve tous les autres grands hits des albums précédents : «1000 Cities Falling» (heavy country rock joué au bluegrass energy, une sorte d’épine dorsale de la grande Americana), «Song Of The Chief Musician» (joyau psyché), «Uncle Larry’s Breakdown» (banjo d’Americana) et l’énorme «Tiger Tiger», un vrai hit de r’n’b. Ils jouent «Taller Than The Pines» au Tele carnage et font la fête au village sur «Higher Power». La famille Good danse le jump au saloon. On trempe encore dans l’histoire du Wild West avec «Eastern Winds» et «Stay A Little Longer». On se croirait dans le saloon en construction de The Gates Of Heaven. Michael Cimino n’est pas loin. On salue encore l’incroyable vélocité de «Snow Squad» et des invités viennent chanter sur la fin du disk 1, mais ça vire trop country classique et on perd le vif argent. C’est Jon Spencer qui lance le disk 2 avec «Back Off». Et là attention, on revient aux choses sérieuses. En fait, c’est Heavy Trash qui joue, c’est-à-dire Spencer et Matt Verta-Ray. On perd les Sadies. Spencer fait les présentations : «Mister Dallas Good ! Are you ready ?». Heavy Trash vole encore le show sur «Justine Alright» et sur l’excellent «Talkin’ Down», c’est André Ethier des Deadly Snakes qui chante lead. Puis John Langford prend le micro pour le full tilt boogie d’«American Pageant». Langford est parfaitement à l’aise sur le country rock des Sadies, notamment «Strange Birds». Puis  voilà Neko Case, complètement country sur «Home» et «Hold On Hold On». Elle chante mal, c’est une catastrophe. Et pourtant les Sadies la suivent. Encore une histoire de cul ? C’est au tour de l’excellent Gary Louris de prendre le micro pour «Tail Spin», en mode heavy mid-tempo de folk rock, Louris on le sait est un crack, c’est le mec des Jayhawks, il fait avec les Sadies une pop rock de très haut rang. C’est lui qui tape «Good Flying Day» et la reprise de Syd Barrett, «Lucifer Sam». Pure merveille ! Gary Louris tape dans le saint des saints à coups d’énergie psycho-psyché. D’autres gros coups de semonce encore avec «All Passed Away» et «Story’s Often Told» (Greg Keeler au chant), puis les Sadies explosent sur «You’re Everywhere», sur le heavy boogie de «Food Water Etc» (les trois guitares s’en donnent à cœur joie) et retour de Heavy Trash pour «Her Love Made Me». Ça se termine avec un «Memphis Egypt» explosif. Alors oui, il faut écouter cet album.

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             Encore un fantastique album : New Seasons, paru en 2007, Dallas Good y fait plus d’étincelles que d’habitude, notamment dans ces deux merveilles byrdsiennes qu’on trouve vers la fin, «New Again» et «The Land Between». Il se prête au peu jeu du low riding rockallama des Byrds, c’est un peu comme si les planètes s’alignaient, tout rentre dans l’ordre des choses du rock psychédélique, on ne saurait se lasser de cette belle Americana, Dallas Good serpente dans l’espace avec une perpétuelle effervescence. On reste dans l’épaisse psychedelia des grands espaces avec «The Land Between» et les incursions intestines de Dallas l’Apache. S’il fallait qualifier le rock des Sadies, on pourrait presque parler d’élévation spirituelle. Ils savent aussi rocker dans les brancards comme le montre «The First Inquisition», amené au heavy gaga. Ah il faut entendre Dallas Good tirer la chasse du solo, ça dégringole ! Il fait encore des siennes dans «What’s Left Behind», un big shot de country rock. Dallas intervient, vif comme l’éclair. Tu n’entendras jamais un Tele-man jouer aussi sec à la revoyure. Il joue à 100 à l’heure. Avec «Anna Leigh», on se croirait chez Midlake, même ambiance de fast folk pop inspiré par les trous de nez, c’est chanté sous le couvert, mais aiguillonné par le takatac de Dallas Good. On peut bien le dire encore une fois : Dallas Good is so good. Il faut le voir visiter «My Heart Of Wood», il plane comme un vampire au dessus du cut. Encore de la flying psychedelia dans «A Simple Aspiration». On est gâté avec cet album. Les Sadies sont capables de fourbir la meilleure mad psyché de l’univers connu des hommes.  

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             Comme l’indique son titre, Darker Circles est un album plus sombre. Dallas Good attaque en force avec «Another Year Again», un fast ride d’excellence surnaturelle, gorgé de musicalité. Sa guitare fantôme traverse le ciel et crée les conditions de l’excellence. S’ensuit «Cut Corners», un heavy balladif tentaculaire - Don’t cry to me - Dalla Good cloue tous ses solos sur la porte de l’église. Et pour boucler cette trilogie du diable, voici «Another Day Again», un fast rock emmené sous l’horizon. C’est le real deal du quicksilver. Retour aux fièvres des Flying Burrito Bros avec «Poscards» : même son, même pulsion, même musicalité. Ils assument bien leur fast country pop, comme le montre encore «Idle Tomorrows». Dallas Good le country rocker l’attaque au ta la la puis on revient au saloon de Cimino avec «Choosing To Fly».

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             Internal Sound paraît en 2013 et les Sadies continuent la série des Another («Another Year Again» et «Another Day Again») avec ««Another Yesterday Again», une vieille dégelée de country jelly. Cut intense et beau, gorgé de son à outrance. Ces mecs respectent un impératif invariable de qualité. L’autre gros coup de l’album est un cut de Mike Stax, «Story 19». Oh non, ce n’est pas le «Story 16» des Outsiders, c’est un plan sombre et dégringolé qui s’achève dans une belle apothéose. L’invitée du jour n’est autre que Buffy Sainte-Marie qui vient chanter son «We Are Circling». Alors ça devient mythique. Elle amène les spirits de la culture indienne, alors forcément, avec les Sadies, ça prend feu. Autre cut fascinant : «The First 5 Minutes» d’ouverture de bal, amené au fast gaga d’arpèges stellaires. Attention, les Sadies ne sont pas nés de la dernière pluie, ils savent soigner le cul de Justine, ils flûtent le gaga dans les orifices de la vertu, c’est vite plié et raffiné en même temps. Ils jouent ce fabuleux shake du paradis sur les accords de Gloria. Sur «So Much Blood», les frères Good se partagent les duties du chant, des guitares et de la deep Americana. Depuis qu’ils sont sur Yep Roc, ils font du heavy Sadies de Yep («The Very Beginning»). Ils ramènent du big sound dans «Starting All Over Again», c’est beau comme du Buffalo, délié aux mélodies et au delicatessen de guitares sucrées. Comme ils ont déjà un «Another Yesterday Again», ils ajoutent un «Another Tomorrow Again» assez énervé. On voit plus loin Dallas Good attaquer de flanc «Leave This Town Behind». Fantastique guitar slinger ! 

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             Leur dernier album en date s’appelle Northern Passages. Tu as ça dans les pattes et tu t’attends à de la petite country bien propre sur elle. Mais non c’est du killy killah. Va doucement, Killah, c’est tout bon ! Ils restent dans la tradition des Another avec «Another Season Again» et en profitent pour foutre le feu. Jamais les Sadies n’ont été aussi violents. C’est le MC5. En pire ! Pur hell of the fuck. Du coup, on ne sait plus quoi dire, alors on dit n’importe quoi. Ça joue à l’émulsion d’accords rouges, dans une fournaise inexorable. Rien d’aussi délicieusement brutal ici-bas. Les Sadies détrônent les rois du rock high energy. Tu voulais les voir faire leurs preuves ? Voilà, c’est fait. Puis ils basculent dans le vénéneux avec «There Are No Words», ça dégouline de son, my son, le cut se tortille dans l’huile de friture, Dallas Good sort un son qui dégraisse tout et comme les Sadies sont des marquis, ils te rajoutent une queue country. La dominante de cet album est le heavy country rock visité par la grâce, et la grâce c’est Dallas. Avec «Through Strange Eyes», ils basculent dans la country pop, mais Dallas sort sa dirt disto, quel farceur ! Ça donne un mélange étonnant de free et de bluegrass, joué sous le boisseau, évidemment. Dallas deliver encore the goods avec «Gog Bless The Infidels». Cette fois, ça sonne country junk, ça joue au gratté de Sadies sur la frontière. Mais ça reste du très haut de gamme, comme le montre encore cet «As Above So Below» tapé vite fait, avec un Dallas qui monte au front. La Tele règne sans partage sur cet album, Good is good, viva Donovan, et il profite de toutes les occasions pour jouer des fabuleuses échappées belles. Ces mecs sont décidément très forts, il va falloir s’habituer à leur absence.

    Signé : Cazengler, sadifait ou remboursé

    Dallas Good. Disparu le 28 février 2022

    Sadies. Pure Diamond Gold. Bloodshot Records 1999

    Andre Williams & The Sadies. Red Dirt. Sonic Rendezvous 1999

    Sadies. Tremendous Efforts. Outside Music 2001  

    John Langford & His Sadies. Mayor Of The Moon. Bloodshot Records 2002

    Sadies. Stories Often Told. Outside Music 2001

    Sadies. Favourite Colours. Outside Music 2004

    Sadies. In Concert Volume One. Yep Roc Records 2006

    Sadies. New Seasons. Outside Music 2007   

    John Doe & The Sadies. Country Club. Yep Roc Records 2009

    Sadies. Darker Circles. Outside Music 2010  

    Andre Williams & The Sadies. Night & Day. Yep Roc Records 2012

    Sadies. Internal Sound. Outside Music 2013  

    Sadies. Northern Passages. Yep Roc Records 2017

     

     

    L’avenir du rock - Moon in June

     

             N’allez pas demander à l’avenir du rock ce qu’il fabriquait sur cette plage havraise à quatre heures du matin. Il serait capable de vous répondre qu’il voulait juste humer l’air marin. Le plus drôle de cette histoire, c’est qu’il n’était pas le seul à vouloir humer l’air marin à quatre heures du matin. Au loin, une dame chantait en promenant son chien. Intrigué par l’incongruité de la situation, l’avenir du rock se rapprocha d’elle. La dame chantait «Hey Jude» :

             — Hey Joude/ Don’t mèke it bade/ Tèke a sad song/ And mèke it bettè-è-ère !

             Elle chantait à tue-tête dans l’immense clameur d’un ciel étoilé. Le chien qui devait être un lévrier courait en tous sens, grisé lui aussi par l’air marin. 

             — Hey Joude/ Don’t bi afrède/ You wère mède to go outte/ And gette hè-è-ère !

             Elle hurlait, c’était faux, fabuleusement faux. Elle eut le temps de lui adresser un sourire avant de prendre son élan pour attaquer le final. Elle s’élança et à la grande stupéfaction de l’avenir du rock, elle se mit à flotter dans l’air à environ trois mètres du sol, comme la mariée dans Le Temps des Gitans et c’est là qu’elle poussa un scream terrible qui transcendait tous les autres, y compris ceux de McCartney ou pire encore, de Bunker Hill :

             — Wrrroaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhh !

             Connaissant ses classiques, l’avenir du rock fit les chœurs pour relancer :

             — Na na na na-nanana, nanana na na !

             — Wrrroaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhh !

             — Na na na na-nanana, nanana na na !

             — Wrrroaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhh !

             Cela dura un bon moment. Quand elle en eut marre, la dame redescendit et remercia l’avenir du rock de son concours. Elle déclara s’appeler Valéria, et sa chienne qui n’était donc pas un chien s’appelait Jude, d’où Hey Jude. Elle indiqua enfin qu’elle disposait chez elle d’une excellente bouteille de Bourgogne.

             — C’est à deux pas, il suffit de traverser la route.

             Ravi, l’avenir du rock accepta l’invitation et pour sanctifier cet épisode surréaliste, il sollicita son consentement :

             — Puis-je vous appeler Flying V ?

     

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             Passer de Jude à June sera un jeu d’enfant. Jude et June ont déjà trois lettres en commun. Flying V et Valerie June ont deux autres points communs : le prénom et le scream. June peut elle aussi transcender Bunker Hill. Comme Flying V, Valerie June dispose d’un fort tempérament. Elle ne vit pas à deux pas d’une plage, mais à Memphis. Elle est black, très jolie et, comme le montrent certaines pochettes, elle peut gratter une gratte. C’est une compile Uncut, Rollin’ & Tumblin’ - 16 Tracks Of  The New-school Blues, qui la fit sortir du lot. Le cut choisi par Uncut s’appelle «Shakedown». Alors que fait-on dans ces cas-là ?

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    On file droit sur l’album dont est tiré «Shakedown» : The Order Of Time, paru en 2017. Valerie June est l’héritière directe de Junior Kimbrough, l’un des géants du North Mississippi Hill Country Blues. Elle amène un «Shakedown» si profond, si africain, elle fond le blues dans l’Afrique, c’est explosif et joyeux à la fois, claqué au solo de contre-claque, les renvois sont déments, elle draine tout le power du blues moderne, à cheval sur Kimbrough et Gary Clark Jr. Elle attaque son «Man Down Wrong» au heavy beat et repasse par Kimbrough. Comme Cedric Burnside, elle dispose de toutes ressources pour exploser. Encore un coup de génie avec «Astral Plane», elle illumine le Plane de sa grâce, elle chante à l’immaculée conception, mais de l’intérieur du menton et cette façon qu’elle a de contenir le génie mélodique à l’intérieur du chant la rend unique au monde, elle développe sa magie, dreaming a dream/ Of sweetest things. Avec «Just In Time», elle est aussi puissante que les Ronettes - Your sweet eyes/ They don’t lie - C’est complètement spectorisé - Take my breath away/ And you put me down - Elle est complètement démente de teach me how to play again - We are one/ Just in time - On se régale aussi de son «Long Lonely Road» d’ouverture de bal, sa petite voix nous transperce. Elle fait preuve d’une incroyable persuasion. Elle chante son «Love You Once Made» au chant pincé avec des accents de Nina Simone et de Donald Duck. On l’entend gratter sa gratte. Elle reste fabuleusement intense dans «If And» et chante son «Front Door» de biais. Elle revient en vainqueuse au groove de Memphis avec «Got Soul» - Follow your Soul/ Sweet sweet soul - Superbe déclaration d’intention. 

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             Pushing Against A Stone est un album plus ancien qui date de 2013. Elle tape directement dans le Memphis Beat avec «Working Woman Blues», au all my life de voix perçante, elle fait du chain-gang des temps modernes et les cuivres la rattrapent vite fait. C’est une merveille digne encore une fois de Junior Kimbrough. Puis elle va changer d’ambiance et pour ainsi dire ruiner ses premiers efforts. Elle parvient à ramener un peu d’Africanité dans «Twined & Twisted». Elle sait se montrer puissante quand il le faut. Elle se montre encore fabuleuse d’intériorité avec «Wanna Be On Your Mind». Tout repose sur la force de son sucre. En fait, elle tape dans l’Americana avec des réflexes africains, c’est assez fascinant. Mais bon, certains cuts laissent perplexes comme par exemple «Trials Troubles Tribulations», elle cherche semble-t-il un passage vers les Indes. Mais comme Leon Bridges, elle ne sait pas quelles Indes elle cherche. Alors elle finit par se vautrer avec le rock des blancs («You Can’t Be Told»). L’opportunisme est catastrophique, on le sait. La pauvre Valerie perd le blues ET la Soul. Elle revient à la Soul du fleuve avec «Shotgun», ouf, elle y va doucement, comme si elle avait peur des fantômes. Disons qu’elle dispose d’un potentiel énorme. On attend donc les grands albums.

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             Sorti l’an passé, The Moon And The Stars: Prescriptions For Dreamers n’est pas vraiment le grand album attendu. La pochette déroute un peu, on ne sait pas s’il faut voir Valerie June comme une diva de la Soul ou comme une gravure de mode échappée d’un pressbook de Jean-Paul Goude. Cette robe gonflée à l’hélium n’inspire qu’une confiance limitée. On trouve sur le leaflet une autre photo d’elle, en pied, avec la même robe : elle irradie. Il y a un côté Diana Ross en elle, ce que confirme le «Stay» d’ouverture de bal qu’elle chante avec une vraie pulsion du sucre. Elle fait le choix d’une pop putassière extrêmement orchestrée. Elle semble se battre avec sa prod, elle semble vouloir échapper à tous les genres, elle se barre un peu dans tous les sens, comme le montrent «You And I» et «Colors». Les compos ne sont pas au rendez-vous. Pas de blues ni de Soul dans les cinq premier cuts. C’est lorsqu’elle duette avec Carla Thomas sur «African Proverb» et surtout «Call Me A Fool» que l’album se réveille. Fantastique descente en enfer du paradis. Valerie chante sa Soul au sucre pur, elle y va au Soul searching digne des plus grandes Soul Sisters, elle gueule comme la reine du raw et devient magique. Sa façon de gueuler le sucre est unique au monde. Voilà pourquoi il faut écouter Valerie June. Dommage que les autres cuts ne soient pas du niveau de «Call Me A Fool». Ailleurs, il ne se passe pas grand chose, elle explore des sons. Quand elle chante «Two Roads» de l’intérieur du menton, elle redevient une vraie chanteuse, elle redevient pointue, elle chante exactement comme Esther Phillips, même groove de sucre. «Two Roads» est une merveille chanson sauveuse d’album. Elle chante plus loin «Home Inside» avec la voix d’un ange, du fond d’une chapelle enfouie dans la jungle.

             En mémoire de Laurent, qui trop bourré, ne put pas venir humer l’air marin à quatre heures du matin.

    Signé : Cazengler, Valéry biryani

    Valerie June. Pushin’ Against A Stone. Concord Records 2013 

    Valerie June. The Order Of Time. Caroline International 2017

    Valerie June. The Moon And The Stars: Prescriptions For Dreamers. Fantasy 2021

     

     

    Inside the goldmine - All the way to Holloway

     

             Baby Fuck est complètement cinglée. Elle pique des crises en permanence, alors que tout va bien, elle se plaint du manque d’air dans le quartier, du manque de  «verdure» - J’ai besoin de verdure ! - Tout est prétexte à se plaindre, elle ne va bien qu’au lit, quand on baise. Elle ne semble d’ailleurs vivre que pour ça, pour la connexion coïtale des âmes, malheureusement, la connexion coïtale des âmes ne dure que ce qu’elle dure, et donc le reste du temps se voit consacré aux plaintes et aux complaintes. Et plus elle se plaint, plus elle devient hystérique, c’est un phénomène étonnant, très intéressant à observer, Baby Fuck passe de l’état de tendresse surnaturelle à l’automatisme psychique de l’hystérie surréaliste. La raisonner ne sert à rien.

             — C’est dommage, tu gâches tout. Tu t’énerves vraiment pour rien.

             — Oui mais tu comprends, j’ai besoin de verdure. J’ai vraiment besoin de verdure !

             Toute la difficulté consiste à épurer au maximum le temps partagé, c’est-à-dire le temps des repas, le temps des soirées, le temps des sorties pour en expurger tout prétexte à se plaindre. C’est pourquoi nous allons le plus souvent au restaurant. Elle choisit toujours une bouteille de Santenay et termine son repas par un dessert, et c’est un bonheur que de la voir s’abandonner joyeusement au plus attachant des péchés, la gourmandise. Nous meublons les soirées avec des locations de films, qu’elle préfère érotiques, en écho à sa gourmandise. Et bien sûr, nous multiplions les promenades en bord de Seine, au plus doux de l’après-midi, dans cette lumière changeante de l’Ile de France qu’appréciaient tant Pissaro et Alfred Sisley. Mais Baby Fuck se fout des peintres comme de l’an quarante, elle contemple chaque arbre, chaque reflet de la lumière sur l’eau, chaque fleur, elle s’abandonne au délire contemplatif, elle marche à pas mesurés, respire à pleins poumons et quelques fois elle finit par se fondre dans son extase pour devenir complètement transparente. 

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             La couleur de peau et les histoires de vie différencient radicalement Brenda Holloway et Baby Fuck, mais en trichant un peu, on pourrait leur trouver un point commun : une certaine mystique. Mystique de la verdure pour Baby Fuck, mystique de la Soul pour Brenda qui est, comme on va essayer de le montrer, l’une des plus grandes Soul Sisters du XXe siècle.

             Sur l’illusse, on voit Brenda danser en rose et derrière, sa frangine Patrice entre dans le groove du jerk pour l’accompagner. C’est l’une des plus belles images de l’histoire de la Soul, on la trouve en ouvrant la boîte d’Ace dont on va reparler tout à l’heure, The Early Years - Rare Recordings 1962-1963. Alors là mon gars, ça popotine.

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             Il est évident qu’à une époque Brenda Holloway faisait de l’ombre aux Supremes, et ça n’a pas dû faciliter sa carrière, quand on connaît les états de service de Diana Ross. Sur Spellbound (Rare and Unreleased Motown Gems), belle compile parue en 2017, quelques cuts rivalisent avec les plus grands hits des Supremes, à commencer par «The Star». Brenda y fait sa Ross et c’est encore plus criant avec «I’m Spellbound» sur le disk 2, elle attaque ça au baby I’m spellbound, c’est du pur jus de Motown, elle écrase les Supremes quand elle veut. Cette compile est une vraie mine d’or. Avec «Just Loving You», elle plonge dans le pathos de Motown, mais quelle splendeur ! Avec son Just loving You, elle est au-delà de tout, elle chante à la puissance de la revoyure, elle te brise le cœur quand elle veut. Dès le «Deep Breeze» d’ouverture de bal, elle saute partout, elle gueule comme un putois, vas-y Brenda ! Elle a le feu au cul et elle a raison. Elle sait remonter les bretelles d’un blues, comme le montre «Today I Sing The Blues». Avec «Don’t Compare Me To Her», elle va chercher un heavy groove extraordinaire. C’est d’un niveau très perturbant. Mais c’est avec le r’n’b qu’elle casse la baraque. Elle allume au gros popotin avec «Why Don’t You Tell Her The Truth», et «Baby I’s You» est une merveille de Soul mélodique intimiste, une Beautiful Song de rêve. Elle fait du pur Motown avec «Lucky My Boy» et «I Don’t Want Anybody Perfect». Elle va chercher sa Soul très haut, comme on le voit avec «I Still Get Butterflies». Elle s’y montre héroïque. Le disk 1 s’achève avec «Can’t You Hear Me Knocking», un heavy groove de r’n’b, elle gère bien le rampant, c’est même très moderne pour du Motown, elle flirte avec l’Ike & Tina. Elle est toujours juste au chant des sirènes elle ramène toute sa rémona dans son don’t be cruel, elle lance son again darling à la main lourde, c’est énorme et même faramineux, elle en rajoute tant qu’elle peut à coups d’ouhh-ouhh. En fait, elle va bien au-delà des canons de Motown. Elle fait du Brenda, elle reste excitante au fil des cuts et avance avec la puissance d’une loco. Elle est parfaite. Elle revient sur le disk 2 à son cher r’n’b avec deux versions d’«Have A Little Talk With Myself», elle décide du départ, comme Aretha et Gawd, il faut la voir jerker sa Soul au gros popotin. Elle fait l’Aretha pour Motown. Avec Brenda, c’est toujours d’un degré supérieur. Elle navigue à la pointe de son progrès. Elle tombe sur le râble de «What Good Am I Without You» de tout son poids. Elle redore le blason de Motown avec «Whenever You Need Me» et «You Are My Chosen One», et on en croise encore d’autres jusqu’à la fin de cette redoutable compile. On reste dans la magie Motown avec «Without Love You Lose A Good Feeling», mais avec le beat du pit et les tambourins. Elle termine avec «The Land Of Make Believe», c’est extrêmement pointu, monté sur un beat calypso, elle grimpe dans les hauteurs, Brenda est la reine de Nubie, fantastique petite black pleine de talent et de répondant.

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             Parue sur Ace en 2009, The Early Years - Rare Recordings 1962-1963 est une compile moins évidente. Trop early Soul. Mais quand on ouvre le boîtier, on tombe sur la photo de Brenda et Patrice évoquée plus haut. Dans son texte de présentation, Mick Patrick rappelle que Brenda fut signée par Berry Gordy lors d’une convention de DJs à Los Angeles en 1963, mais elle avait pour consigne de finir ses études avant d’aller enregistrer pour Motown à Detroit. Elle est arrivée à Detroit en plein lancement des Supremes et elle s’est sentie aussitôt marginalisée. Elle dit avoir mis quatre ans à sortir de son contrat. C’est la compile Spellbound saluée juste au-dessus qui rassemble tout ce qu’elle a enregistré pour Motown. The Early Years Rare Recordings, c’est une autre paire de manches. La Soul de 1962 est plus conventionnelle et il faut attendre «Hey Fool» pour trouver du prémonitoire. Elle est tellement en avance sur son époque. Un vrai jerk des catacombes ! Elle duette pas mal avec son découvreur, Jesse James, notamment dans «I Want A Husband», elle revient par la bande, la coquine, le mec est solide, il tient tête et cette chipie de Brenda s’explose les ovaires à chanter par-dessus les toits. Elle fait du sexe pur avec «Candy» - He’s like candy yeah - Elle adore le sucer - I love him ever more - Sa glotte en frémit. On la voit aussi se glisser dans l’écho du son d’«Echo» et ça joue aux guitares Hawaï. Les duos sont fabuleux («I Got A Feeling» et «It’s You»), Hal l’amène et Brenda vient. Le coup de génie de la compile s’appelle «Do The Del Viking Pt1». Ce n’est pas Brenda qui chante mais sa sœur Patrice, avec un baryton devant et des filles derrière. Merveilleuse inventivité.

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             Sur son seul et unique album Motown paru en 1964, Every Little Bit Hurts, Brenda Holloway tape une Soul bien parquée dans le parc, comme celle d’Otis au Sud. Et comme Otis, she shouts it loud. Les slowahs sont des modèles du genre, surtout «Sad Song» - I’m so lonely/ I’m so blue - Elle chante à la glotte tuméfiée mais alerte et ça explose assez vite. Brenda est une exploseuse. Elle amène son morceau titre au super froti-frotah, c’est le grand art de Brenda, elle travaille ça au tisonnier. Il faut la voir se fondre dans la pop de «Too Proud To Cry», elle est fabuleuse de véracité véracitaire et encore une fois, elle te travaille ça au corps et s’en va exploser en plein vol. Elle domine chaque fois la situation, elle danse dans sa tête. Elle travaille son art à la Brenda, c’est tellement excellent que ça devient du sans surprise. Il faut attendre «Embraceable You» pour renouer avec la sensualité, elle demande qu’on l’embrasse et c’est énorme. Puis elle explose l’«Unchained Melody», elle ne peut pas s’en empêcher. Elle fait du pur Motown avec «A Favor For A Girl (With A Love Sick Heart)» et elle renoue avec la magie dans «(You Can) Depend On Me». Oui, ça ne dépend que d’elle, c’est encore une merveille absolue.

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             Paru en 1980, Brand New est un album de gospel, mais comme les albums de gospel d’Aretha et de Candy Staton, il vaut tout l’or du monde. Brenda chante sa foi et elle emmène «You’ll Never Walk Alone» au firmament, comme le ferait Aretha. Même chose avec «The Day Will Come». Brenda maintient la pression de sa puissance et tape dans le gospel batch supérieur. Elle fait ce que savent faire les grandes Soul Sisters, une Soul de gospel, c’est-à-dire une Soul spirituelle. Elle attaque sa B au piano pour chanter «He Touched Me» puis elle revient plus loin à la Soul spirituelle avec «He Can Save You», c’est bien monté en neige avec comme souvent une basse énorme. Elle termine cet album surprenant avec un gospel à l’Aretha, «Help Me Jesus».  

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             Paru en 1991 sur le fameux label Motorcity, All It Takes vaut le déplacement. Brenda y reprend son plus beau hit, «You Made Me So Very Happy». Elle y rentre en reine de Nubie, elle le challenge au premier niveau, elle sait qu’elle est so glad, alors elle va exploser - I’m so glad you came into my life - Elle est terrifiante de présence. Sinon, c’est un album de diskö, mais quelle belle diskö ! Elle gère son «You Gave Me Love» comme une reine du dance-floor et elle nous embarque pour un groove diskoïde de 8 minutes, «Give Me A Little Inspiration», distance idéale pour une reine comme elle, elle drive ça comme Esther Phillips, c’est une absolue merveille, hit diskö imparable. S’ensuit l’encore plus énorme «Hot & Cold», Brenda y va, elle secoue son cul et c’est énorme. On retrouve la grande Soul Sister dans «Every Little Bit Hurts», elle le chante à l’excellence de Motown. On note que Sylvia Moy produit.    

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             Paru en 1999, It’s A Woman’s World est un album plus difficile. Le hit s’appelle «Easier Said Than Done», qu’elle amène au Soul power d’une absolue pureté. C’est même assez inattendu au sortir d’un album si spécial. En effet, elle fait avec les gens qui l’entourent le choix des machines et du programming. Par chance, sa voix prédomine, elle claque bien le baby walk back de «Walk Right Back». Elle se prête bien au jeu du son synthétique, ce qui est courageux de la part de l’ancienne rivale de Diana Ross. Sauf que là, les cuts ne sont plus aussi magiques. L’album est par certains côtés assez putassier. Comme si on poussait Brenda dans les bras de la luxure. Elle fait une espèce de Soul aux vermicelles, on la suit parce que c’est elle, mais bon, il y a des limites. Elle parvient à glisser des petits shoots de feeling ici et là, et à faire autorité dans la daube de «Don’t Keep Runnin’». Pour boucler cet album compliqué, elle se glisse dans un fondu de poireaux, «(When The Time Comes) For Saying Goodbye».   

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             Les compiles de Brenda sont pareilles à des fruits qu’on presse et qui fournissent toujours du jus, encore plus de jus. My Love Is Your Love est l’une de plus belles compiles Soul de tous les temps, c’est un double CD qui n’en finit plus d’émerveiller l’amateur de Soul, même les diskö cuts sont fantastiques, «Give Me A Little Inspiration», diskö des jours heureux et grain de voix si pur, «I’m Gonna Love You», encore l’énergie de la danse des jours heureux, et sur le disk 2, «I’m So Happy», diskö babe is back again, elle chante de tout son petit cœur, «I’ll Never Stop Loving You», heavy dance romp de Brenda, elle remercie toujours ses mecs, I thank you/ I’ll never stop loving you, ça reste la plus belle diskö du monde avec celle d’Esther Phillips, et puis «Hot And Cold», magnifique, on the beat. Si on aime la good time music, alors il faut se jeter sur «For All The Right Reasons», car elle y claque sa chique, c’est tellement plein de vie qu’elle pourrait te faire exploser le cœur. Bon, maintenant, si tu en pinces pour les grandes interprètes des temps modernes, alors il faut te jeter sur «I Got A Bone To Pick With You», qu’elle éclate au sommet du lard, saluée par des coups de trompettes terribles, elle est extravagante et l’orchestre joue ! Ou encore «He’s My Kinda Fella» qu’elle te groove jusqu’à l’oss de l’ass, elle te shake ton cocotier avec un punch tonic but chic. Ou encore «World Without Sunshine», qu’elle tape avec un bonheur inégalé - Darling/ Darling/ Since you’ve been gone - On se prosterne encore devant «Baby Baby Don’t Waste Your Time» et ses chœurs de filles géniales. Et puis on trouve aussi des coups de génie comme «Lend A Hand», fabuleux shoot de diskö blast mais avec la chaleur d’un chant de vétérante. Seules Brenda et Aretha sont capables de déclencher de telles vagues de frissons. Brenda groove la diskö en profondeur ! Avec «Reconsider», elle passe en fast drive, maybe baby, elle est énorme - Baby Baby/ I can take it with a smile - Voilà le génie de Brenda : la Soul magnanime. Encore pire avec «Starting The Hurt All Over Again», elle fait du Martha en fast ride, et ça donne le jerk du diable, elle chante en diagonale dans le flux d’un beat infernal. C’est à tomber de sa chaise. On a là l’un des plus beaux classiques Soul de tous les temps. Elle attaque son «Cashing In» en haut du panier - I’m cashing in on you baby - Elle retourne au diskö beat pour «Stay Close To Me», mais avec un génie qu’il faut bien qualifier de napoléonien. On danse le diskö beat avec Brenda sur «Be A Man», elle est la reine du Saba Dance Floor. Elle fait aussi du Motown avec «Love And Desire». En fait, elle peut tout se permettre. C’est l’apanage des alpages. Quand elle chante «You Gave Me Love» sur un bon vieux diskö beat, on sent presque son parfum - I’m a strong woman now - Et vers la fin du disk 2, elle nous tape une version de son plus gros hit, «You Made Me So Very Happy», une merveille de pur genius qu’elle développe et cette façon de monter dans le chant est unique dans l’histoire de la Soul.

    , goldie ( = genya ravan ), sadies, valerie june, brenda holloway, danzig, hurakan,

             The Artistry Of Brenda Holloway parut une première fois en 1968, aussitôt après que Brenda eût quitté Motown. Ace/Kent Soul réédite cette compile en ajoutant quelques bonus. Cette compile fait aussi suite à celle des Early Years. En 1964, Brenda et deux autres Soul Sisters, Kim Weston et Carolyn Crawford entraient en lice pour la succession de Mary Wells, et c’est Brenda qui début 65 est invitée à Detroit pour chanter sur un single prévu à l’origine pour Mary Wells. Dans le booklet, Keith Hughes raconte le mal de chien que se sont donné les gens de Motown pour lancer Brenda et ce n’est qu’avec son dernier single sur Tamla, l’excellentissime «You Made Me So Very Happy» qu’elle va enfin percer. Elle y explose la Soul. En plus, c’est elle qui signe ce chef-d’œuvre. Elle explose son thank you babe, c’est quasiment du Burt tellement c’est bien foutu - I’m so glad you came into my life - Elle fait sa Aretha et après le pont, elle s’en va swinguer son thank you baby par dessus les toits. La plupart de ses singles sont bons, forcément, mais ce ne sont pas des hits. Elle rentre dans le lard du «Where Were You» pour régler ses comptes - Where were you/ When my love was strong - C’est une shouteuse extraordinaire, elle explose la pulsette d’«Hurt A Little Every Day», elle monte si haut ! Elle fait sa Supreme avec «I’ll Be Available», elle est d’une incroyable véracité. Elle refait sa Ross avec «When I’m Gone» et dans «You Can Cry On My Shoulder», elle dit à son copain qu’il peut pleurer sur son épaule, mais pas de morve. Elle monte bien sa Soul dans les hauteurs de Tamla. La plupart de ces singles sont produits par Smokey Robinson et Frank Wilson. «Just Look What You’ve Done» et «Starting The Hurt All Over Again» sont des énormités, Brenda les embarque avec la puissance d’une loco. Dans les bonus, on craque pour le dernier, «It’s Love I Need», car Brenda y fait de l’Aretha. Et ça prend feu.

    Signé : Cazengler, Brendavoine

    Brenda Holloway. Every Little Bit Hurts. Tamla 1964  

    Brenda Holloway. Brand New. Birthright 1980           

    Brenda Holloway. All It Takes. Motorcity Records 1991    

    Brenda Holloway. It’s A Woman’s World. Volt 1999     

    Brenda Holloway. My Love Is Your Love. Bestway Records 2003

    Brenda Holloway. The Artistry Of Brenda Holloway. Kent Soul 2013

    Brenda Holloway. The Early Years Rare Recordings 1962-1963. Ace 2009

    Brenda Holloway. Spellbound (Rare and Unreleased Motown Gems). SoulMusic Records 2017

     

    *

    Toujours des surprises dans la discographie d’Elvis. Pour une fois il n’y est pour rien, ajoutons à cette innocence fondamentale que je ne suis point trop physionomiste, toujours est-il que regardant la section rockabilly sur Bandcamp, peu fournie, je tombe sur le disque ci-dessous. Le gars a une gueule de vieux countryman qui se prépare à prendre la retraite, je ne le connais point, l’ignorance étant la mère de tous les vices, je me hâte d’obéir à cette sage sentence de Rabelais l’aimable et paillard frère de l’abbaye de Thélème, j’ouvre grand mes oreilles et j’écoute :

    DANZIG SINGS ELVIS PRESLEY

    ( Cleopatra : 2020)

    goldie ( = genya ravan ),sadies,valerie june,brenda holloway,danzig,hurakan

    It’s so strange : avec le Cat Zengler l’on devrait imiter Elvis, écrire une prochaine livraison toute roucoulante, entourée de faveurs rose, spécial pour les filles et l’intituler comme cet EP sorti en septembre 1957, exclusivement réservé au public féminin : Just for you. Certes l’idée ne serait pas de nous, mais ce titre n’est-il pas une reprise de Faron Young, un chanteur de country & western, toutefois chez les westerners pas un des meilleurs pistoleros, puisqu’il a failli se rater lorsqu’il a décidé de mettre fin à sa vie d’un coup de fusil. Belle voix grave d’Elvis musique un peu tremblotante adoucie par les chœurs des Jordanaires, Elvis se fait plus tendre et l’on n’entend plus que lui… Danzig en donne plus, le piano résonne plus fort et la voix est encore plus appuyée. Pousse un peu plus dans les aigus, dans les passages doucereux, l’orchestration s’avère moins plantureuse, plus roots, l’ensemble donne l’impression d’une de ces démos que les compositeurs présentent aux chanteurs pour vendre leurs titres. One night : l’avait les yeux sur les nouveautés Elvis, n’en ratait pas une, Smiley Lewis avait sorti ce titre sur le label Imperial de Dave Bartholomew ( Fats Domino lui doit beaucoup ), la version de Presley date de 1958. Splendide version de Smiley avec un saxophone qui meugle comme une vache abandonnée dans un pré et que l’on a oublié de traire, Smiley chante comme Fats mais avec une voix beaucoup plus grave. La voix d’Elvis gratte à mort, l’a l’air du gars qui s’égosille sous le balcon de sa belle, l’en fait un peu trop, l’a oublié l’objet transexuel saxophonique dirait Mister Freud, la porte s’ouvre pour Smiley. Danzig part perdant dès les premières notes qu’est-ce que c’est que cette guitare simili fuzz et cette voix de ténor italien qui sentimentalise et quasi suppliante. Lui manque l’emphase volontariste des deux premiers. Lonely blue boy : Elvis a enregistré ce titre, de Ben Weisman en 1957 pour le film King Creole, le morceau n’est sorti que vingt ans après sa mort, Conway Twitty (l’est arrivé chez Sun après avoir entendu Mystery Train d’Elvis à la radio) s’était dépêché de l’offrir au public dès 1959. Conway n’y va pas de main morte, y met toute sa fougue virile et son désespoir, derrière lui les chœurs féminins en rajoutent, bleu certes mais ripolin flashy. Interprété par Elvis ce morceau porte le titre de Danny. Morceau un peu passe partout, d’ailleurs dedans vous y trouvez un peu de tout, sauf ce dont vous rêvez. Le Weisman ne s’est pas fatigué. Une guitare qui sonne comme une guimbarde et en avant la musique. Danzig y injecte ce supplément d’âme qui fait tant défaut dans la salade composée de Presley. First in line : un titre de Ben Weisman  (Presley a enregistré entre 1956 et 1971 cinquante-sept de ses chansons ) vous le trouvez sur Elvis le deuxième album du King. Débute par un miaulement à la  Blue Moon, très dépouillé, une bluette simplette, l’orchestration minimale y va mollo, l’on a peu forcé la réverbe sur la voix, ce n’est pas sonique, c’est sunique. Manque toutefois Sam Phillips à la console. L’y va tout doux le Danzig, creuse sa voix jusqu’à six pieds sous terre, ralentit le rythme et les instrus se font tout petits pour entendre le maître chanter. Pour un peu, il nous ferait tpleurer, l’on a envie de lui taper sur l’épaule et de lui dire secoue-toi mon vieux. Baby let’s play house : une des pépites du coffre au trésor de Sun (1955), une adaptation d’Arthur Gunter enregistrée en 1954, Cette version vaut le détour, l’on pourrait la qualifier de flegmatique, Gunter chante comme s’il s’en foutait de sa petite amie, c’est la guitare maigrelette qui se taille la part du lion dans ce morceau. Toute l’urgence du rock’n’roll chez Elvis, la guitare sonne comme s’il y avait le feu au bout du manche. Un chef-d’œuvre. Quelle idée mister Danzig d’introduire cette guitar fuzz qui grince comme une porte dont les gonds manquent d’huile. Quant à la voix, un calque de celle d’Elvis. Lui manque juste le génie. Love me : troisième extrait   de l’album Elvis, Weisman n’y est pour rien, il est signé de Leiber & Stoller chanté dès 1954 par Willy & Ruth. Z’y vont un peu fort, des voix qui grattent et qui criaillent quand elles montent dans les aigus, par contre côté orchestration l’on voit tout ce qui a inspiré les slows sirupeux d’Elvis, y a un solo-break de guitare de six secondes qui vaut le détour. Elvis sort sa voix de velours et c’est dans la poche, sait garder la mélodie lorsqu’il monte (pas trop) dans la tour des aigus, les chœurs rajoutent un doux nappé de chocolat au lait et un coulis de fraise particulièrement sucré. S’en tire bien le zigue Danzig, l’a introduit cette espèce de grincement d’une corde de guitare, c’était un peu le quitte ou double cet empli du sucré vocal et du salé musical. Pas mieux qu’Elvis mais différent, moins démodé. Une esthétique moderne. Pocket full of rainbows : celui-ci est bien de Weisman qui l’a composé pour le film G. I.  Blues (1960) si vous ne connaissez pas Jan & Dean  qui l’ont repris en 1966, c’est que vous n’avez pas lu dans notre livraison 550 du 14 / 04 / 2022 la chronique Du Cat Zengler sur Joel Selvin. Elvis sait faire le joli-coeur, prend sa voix mineure, c’est mignon tout plein, aussi doux qu’une peluche, minaude comme une petite fille, le gars qui compte sur sa gentillesse pour séduire. Dans le fim ça a marché. Vous recommanderais-je d’user d’une telle stratégie dans la vraie vie ? Coup brutal tapé sur la porte de la belle, le Danzig à l’air virilement décidé, cela dure une seconde, ensuite met les pantoufles à sa voix pour ne pas rayer le parquet. L’a des moments où il joue la carte grave du romantisme éculé, en fait ne sait pas trop quoi faire pour convaincre la belle. En tout cas, l’auditeur amusé ne marche pas dans la combine. Fever : un must écrit par Otis Blackwell pour Little Willie John en 56, par Peggy Lee en 58, par Presley sur Elvis is back en 1960 lors de son retour de l’armée. Otis Blackwell écrivit Great Balls of fire pour Jerry Lou, mais aussi All shook up et Return to the Sender pour le King. Un sax qui a dû inspirer la panthère rose, l’a une belle voix Little Willie John, je ne connaissais pas cette version, je le regrette, du coup la version de Peggy Lee nous semble imprimée sur papier glacée, une séductrice frigide mais quelle grâce, quelle classe. Presley vous prend le monstre avec délicatesse, minimum orchestral, pratiquement seuls le claquement-castagnette et la corde de contrebasse qui vibre et quelques percus qui se baladent par-ci par-là, tout dans la magie de la voix, nous trace l’épure du morceau, vous pouvez trouver mieux, mais pas aussi bien. Passe le feeling au blanc, ne crépite pas, étincelle. Un son plus moelleux, la voix devant, lorsqu’e Danzig prononce ‘’fever le mercure monte dans le thermomètre, c’est la seule incartade qu’il se permette, la basse toute seule trois secondes et le vocal très légèrement enroué. Tire son épingle du jeu, mais qui n’y parviendrait pas avec une si belle ritournelle.

     

    When it rains it’s really pours : original de Billy ‘’the kid’’ Emerson ( Williams R. Emerson) en 1954  ( Sun 214 B ) Elvis l’enregistre en 1957 le morceau sortira en 1965 sur l’album Elvis for everyone. La chanson est aussi présente sue l’enregistrement de Million Dollar Quartet. Avec le Kid une belle intro mode gospel, grosse voix, saxophone mégaphone, vocal dents dehors, à-coups théatraux, piano martelé sans pitié, un solo-sax touché-coulé, une tuerie. La version d’Elvis n’est pas mauvaise, mais elle n'arrive pas aux genoux d’Emerson, elle tente de faire bien, mais l’orchestration est décidemment trop quelconquement sixties pour pouvoir rivaliser. Il semble que Danzig soit remonté à la source pose son organe vocal sur la table à la vue de tous, quel dommage qu’il adopte très vite la chicaïance d’Elvis, doit se rendre compte qu’il est dans l’erreur, donne la sensation d’écourter au plus vite. Always in my mind : l’on change d’époque, original de Brenda Lee de 1972, toujours aux aguets, Elvis la reprend la même année. Mireille Mathieu dix ans après. Oui je sais ça fait mal.  N’est plus la gamine-tornade qui balayait les meubles par la fenêtre, l’est devenue une grande dame responsable, vous sortez votre mouchoir pour que tout le monde vous entende pleurer, ce n’est plus une chanson, un mélodrame comme l’on n’en fait plus, versez toute vos larmes de crocodile sur le plancher que l’inondation vous emporte. L’Elvis de Las Vegas ne pouvait manquer une telle dégoulinade, c’est beau, c’est fort, c’est tout ce que vous voulez, vous ne pourrez toutefois vous empêcher de vous précipiter aux genoux de Brenda, Elvis surjoue, quant à Brenda elle mérite l’apostrophe que Napoléon lança au pape, comediante , tragediante ! Elvis n’était pas du genre à admettre sa défaite, sait employer les grands moyens l’en existe une version en public avec orchestre philharmonique, elle vaut le détour, mais je brandis le nom de Brenda plus haut. Le cœur sur la main et le cul sur la commode, Danzig nous refait le coup du rital pleurnicheur, les chœurs et les grandes claques de l’orchestre n’y font rien l’aura la médaille de bronze mais n’est pas digne de monter sur le podium à côté des deux autres. Ne nous convainc pas, ne nous émeut pas. Loving arms : enregistrée en duo en 1973 par Kris Kristoferson et Rita Coolidge. Pas de lézard, ils sont mari et femme ! Elvis la casera sur l’album Good times 1974. S’y mettent à deux, un Kris doucereux et une Rita toute émotionnée, le problème c’est que sur le refrain la voix un peu fade de Kris l’emporte. Faudrait trouver une version avec Rita toute seule, le Kris n’est guère convaincant. Ah ! l’Elvis quel séducteur, l’est tout seul mais l’on y croit, si j’étais une fille j’aurais envie de le consoler. Comme je suis un boy je ne m’attarde pas, suis pas une midinette moi, mais un rocker. Danzig fait mieux qu’Elvis, l’a choppé l’esprit du maître mais il y croit davantage, faut bien que de temps en temps l’élève dépasse le maître sinon ce serait à désespérer de la marche de l’Humanité vers le progrès. Like a baby : retour aux valeurs sûres, deuxième extrait de Elvis is back. Le morceau est de   Jesse Stone, l’auteur de Shake rattle and roll. On respire ! L’Elvis du début quel géant, le nerf de bœuf de sa voix cravache bien fort, au niveau des paroles c’est aussi sirupeux que les dégoulinades précédentes, mais là il vous niaque la poulette jusqu’à l’os. Quant retentit sur la fin cet étrange saxophone à coulisse z’avez envie qu’il vous ait laissé une cuisse. S’améliore sur la fin le Danzig, l’a réintégré le curieux saxophone à coulisse, un peu en sourdine mais ça lui permet de donner de la voix comme un grand méchant loup qui s’apprête à dévorer tout un troupeau d’agnelles innocentes comme l’enfant qui vient de naître. Girl of my best friend : encore un extrait d’Elvis is back (1960) l’original de Charlie Blackwell est paru en1957. Le Charlie n’a pas l’air d’avoir des remords pour braver les interdits, vous lance la canzionette avec tant d’allant et de vigueur que vous ne donnez pas cher de ce sentiment de l’amitié tant vanté par Cicéron. Turpitude morale partagée par Elvis, certes l’a un plus beau timbre que Charlie, mais sa version est trop calquée sur l’original pour remporter la palme de l’originalité. Toujours cette guitare qui tire-bouchonne le fuzz, enfin en voici un qui semble relever les deux premiers. Danzig donne presque l’impression qu’il souffre (pas trop, un peu, pas du tout) de la situation. Nous le classons en numéro 1. Young and beautiful : y a des trucs beaucoup plus difficile à piger que la théorie quantique, là un demi-siècle après j’ai encore besoin que quelqu’un se dévoue pour m’expliquer, comment sur le même EP cinq titres l’on pouvait trouver en face A : Jailhouse rock et en face B : ( trois morceaux ) un masrhmallow sans gluten, ni sucre, ni piment de cayenne ajoutés, aussi insipide. Doit y avoir une raison, cependant je remarque que les reprises de cette bluette sont assez rares. Longtemps que je ne l’avais pas écouté, quelle horreur, quelle affrosité comme qui dirait l’autre. Quand il est monté au paradis Elvis, je suis sûr que Dieu lui a reproché cette mauvaise action. J’ai poussé le vice jusqu’à regarder la version du film avec les images c’est encore plus kitch. Un piano davantage dramatique, c’est meilleur que la version d’Elvis, mais qui pourrait l’écouter deux fois de suite sans éclater de rire.

     

    Dans notre 339ième livraison  du 14 / 09 / 2017 nous chroniquions un disque semblable mais totalement différent, le 100 miles de Jake Calypso, uniquement des morceaux lents du King. Rien de similaire dans le projet. Pour Danzig il coule de source, recherche de l’identique, calque Presley à la virgule près, seule différence une guitare qui fuze, pas trop fort, dans les limites de l’acceptable. Question vocal, copie à l’intonation près, n’a pas le même timbre qu’Elvis, mais leurs voix sont assez proches.

    Pour Jake Calypso l’approche est autre, personnelle. Une espèce de pèlerinage dans les endroits d’Elvis. Un truc intime, l’a enregistré les morceaux plus à moins en catimini et à voix basse dans des lieux dans lesquels Elvis est passé. C’est de retour en France qu’avec quelques complices, les morceaux ont été enrobés de ciselures sonores. Calypso ne cherche pas à faire mieux qu’Elvis, offre sa propre interprétation, sa vision à lui d’Elvis, aussi fragile qu’un rêve d’enfant.

    Entre les deux disques celui de Calypso me touche plus. J’en étais à me demander ce qui avait pu motiver ce Danzig à se lancer dans cette espèce de copier-coller sonore, la curiosité me taraudait la réponse tardait. Peut-être la trouverais-je dans le passé musical de ce type que je ne connaissais pas. En quelques clics j’ai tout compris. Non pas ça me suis-je dit, ça ne cadre pas avec le personnage car ce Danzig je le connais depuis longtemps, l’est sûr que l’on ne s’y attend pas, même mon cerveau, pourtant doté d’une vaste intelligence, n’avait pas fait le rapprochement, mais oui Danzig c’est Danzig ! Glenn Danzig qui était dans les Misfits – beau nom emprunté à cette espèce de western moderne et désespéré de John Huston avec Marylin Monroe et Clark Gable – Glenn Danzig qui plus tard a fondé le groupe Danzig ! Fallait le dire (j’aurais pu lire les notes au lieu de foncer sur le chiffon rouge du nom d’Elvis), moi qui me croyais dans la sphère rockabilly j’étais dans un groupe de metal ! Ce qui explique cette guitare qui de temps en temps prenait des poses orthodoxalement parlant peu rokabiliennes… J’en profite pour refiler les noms des musicos : Glenn Danzig : vocals, guitar / Tommy Victor : guitar / Joey Castillo : drums.  

    Du coup, je chronique le premier disque de Danzig. Mais avant pour prendre la mesure du personnage j’invite le lecteur à regarder sur YT la vidéo Mother par Danzig pour réaliser le hiatus entre l’individue qui chante ci-dessous et celui qui plays Elvis Presley.

     

    MOTHER 93 LIVE

    DANZIG

    ( YT )

    Pas précisément un document rare, plus de quatorze millions de vues en cinq ans. Un montage d’images live, techniquement c’est très bien fait, cela donne une juste idée de l’ambiance qui règne dans un concert metal. Si vous n’aimez pas, vous serez renforcé dans votre idée, rien dans la subtilité, tout dans la brutalité, toutefois si vous pensez que la vie n’est pas obligatoirement un long fleuve tranquille et qu’il existe une certaine beauté dans l’entrechoquement de deux icebergs vous êtes sur le chemin de la compréhension de ce que ces moments dégagent de d’exaltation et d’exultation, ne vous privez pas… Pour les amateurs de haute littérature, il existe la même vidéo avec les paroles en surimpression, elles crachent dur, toute la violence nytroglycérique de la révolte adolescente, très intéressant de faire la comparaison avec The End des Doors aux lyrics vécus et assumés de l’intérieur alors que dans Danzig la donne est totalement bouleversée et se veut une provocation venue de l’extérieur des plus agressives, une véritable déclaration de guerre sans équivoque contre le monde des adultes rejetés sans ménagement dans leur veulerie… Pour ceux qui auraient du mal à être convaincus de la comparaison précédente, le clip Mother 720p HD est à regarder, beaucoup plus ambigu, explore l’autre côté de The End, pas le désir du garçon, celui de la mère, une manière de liquider le complexe d’Œdipe auquel papa Freud n’avait pas songé, n’en dirai pas autant de Jüng. Mais ceci est une autre histoire qui nous entraînerait trop loin.

    Avant de visionner la vidéo, je vous conseille de mémoriser le mièvre et gentillet jeu d’acteur d’Elvis Presley interprétant ses bluettes dans G. I. Blues par exemple. Après cela régalez-vous des images de Danzig, le public d’headbangers en délire certes, les   matamores gesticulations des guitaristes, mais surtout les poses charismatiques de gladiateurs qu’aborde Glenn Danzig, parsemées de clin d’œil christiques, belluaires et porchers dirait Léon Bloy, virilisme outrancier, muscles bodybuildés de quoi alimenter les phantasmes des ligues féministes d’aujourd’hui, une débauche d’infatuation héroïque, genre punching bull qui se joue du monde comme d’un punching ball…

    DANZIG / DANZIG

    ( Def American Recordings / 1988 )

    Eerie Von : bass / Chuck Biscuits : drums / John Christ : lead guitar / Glenn Danzig : vocals  / Ric Rubin : producteur / Non crédité : James Hetfield de Metallica dans les chœurs.

    goldie ( = genya ravan ),sadies,valerie june,brenda holloway,danzig,hurakan

    Ce premier disque de Danzig souffrit à sa sortie de ventes modestes. La pochette partisane d’un minimalisme expressif n’est point des plus attirantes. L’œil se questionne mais ne se rassasie pas. Il fut redécouvert six ans plus tard lors de la sortie en 1993 de l’EP Thrall – Demonsweatlive qui offrait une version live de Mother issu de ce first album.

    Twist of Cain : dès le premier morceau Danzig se revendique comme Charles Baudelaire et Leconte de Lisle de Caïn. Le fratricide, celui qui introduisit la discorde parmi les hommes, à croire que nous ne sommes pas tous frères. Heavy bluezy metal sur l’intro, rien de bien novateur, mais bien foutu, ponctué de refrains qui n’apportent pas grand-chose, tout repose sur la voix claire et puissante de Glenn Danzig, donne autant l’impression de s’adresser à lui-même qu’à vous personnellement, un poil un peu trop entertainment peut-être ce qui ne l’empêche pas de vous surprendre car aujourd’hui de telles paroles seraient growlées à mort, et puis il faut l’avouer ces incitations à la conduites de la main gauches sont très tentantes… Chuck vous beurre les biscuits d’une façon un peu trop insistante lorsqu’il les retourne d’une sèche claque dans le four brûlant, cloches à la Black Sabbath un peu trop superfétatoires à la fin. Not of this world : beau travail de basse underground, toute l’architecture du morceau repose sur elle, comme ces pilotis qui tiennent droit les grands bâtiments édifiés sur des marécages. Idem pour le vocal, qui joue sur le registre de l’altération dramatique et des grands soleils époumonnés. Une batterie tournante qui accélère et une guitare qui module les emballements. Qui parle là, a-t-on envie de questionner, de qui Glenn est-il le porte-voix, qui claironne si fort dans ses cris d’encouragements. Parfois au plein soleil, vous sentez poindre une inquiétude… She rides : plus lourd, moins pressé, effulgences de la lead, une voix un peu à la Morrison, faut au moins cela, c’est la mort qui arrive, elle chevauche vers vous, elle chevauche en vous, elle vous emmènera, étonnant ce Glenn Danzig dont les intonations peuvent aussi bien imiter Elvis que Morrison. N’enfonce pas que des portes ouvertes. Soul on fire : (deux mots diantrement morrissoniens ), tout doux a capella, les anges qui tombent sur la terre se posent-ils dans vos âmes, une manière mythique de présenter les choses, les instruments se collent à la voix du leader, la soutiennent, la renforcent, la commentent, quand il se tait ils allument l’incendie qui ne veut pas prendre dans les landes froides et stériles de son esprit, reviennent à la charge sur le final, la situation est sans doute plus désespérée qu’il n’y paraîtrait. Am I demon : ramdam habituel d’heavy metal, cristallisation mélodramatique, c’est le moment des grandes interrogations, qui suis-je si je n’ai besoin que de moi, belle partie vocale sur shuffle précipité d’enfer, accélérations de basses, crises de lead perçant la chrysalide des aigus, le bouillonnement d’énergie que je ressens provient-il de l’intérieur de moi ou de l’extérieur du monde, solo chriséléphantinesques, tambourinade finale. Drôle de manière de poser les questions essentielles. Mother : un riff mortel, un peu à la Deep Purple, et des éclats de voix à vous transformer les tympans en éclisses de cendres – ce sont eux qui d’après moi ont empêché les fans de se focaliser sur la guitare de Jon Christ, c’est son morceau de bravoure, et pourtant il ne s’économise pas sur le reste du disque.

    goldie ( = genya ravan ),sadies,valerie june,brenda holloway,danzig,hurakan

    Possession : l’intersubjectivité des consciences d’Husserl revisitée in rock. Musique rampante qui s’introduit en vous, les sirènes d’alerte de votre cerveau se mettre à fonctionner, il est trop tard l’ennemi s’infiltre dans vos neurones et piétine vos rêves, une espèce d’incantation forcenée, une sarabande pandémonique, le morceau n’est pas sans m’évoquer par sa force The Wasp ( Texas Radio and the Big Beat ) sur L. A. Woman des Doors. Un sacré-remue-ménage, un pousse remue-méninges surtout. End of time : encore deux mots empruntés à Big Jim, le morceau débute en acoustique avec la voix murmurante de Glenn, l’explosion ne nous fait pas languir, ne s’arrêtera pas malgré des passages de démarches lourdes, une nouvelle mort apparaît, elle ne se presse pas et ne se fait pas attendre non plus, Chris se sent obligé d’un solo voilé de noir, quelle âme Glenn a-t-il perdu, la sienne ou la tienne, les deux mon capitaine. The hunter : une reprise d’Albert King. Vous la dynamitent un peu, John Christ a remplacé la subtilité par la rapidité, personne ne signera une pétition contre, surtout que Chuck vous abat des piles de boîtes de biscuits au bulldozer, Glenn ne gâche pas son plaisir son plaisir non plus, fonce dans le mou du morceau comme si on l’avait privé de sexe pendant deux ans, c’est que le vieux blues c’est séminal. Evil thing : entrée grandiloquente, il parle, il hurle, il essaie de mettre les choses au clair sur un groove bousculé, ce qui est mauvais peut être bon, le titre du morceau indique cependant un penchant assumé d’un certain côté, est-ce pour cela que les musicos intensifient et que Glenn crie plus fort. Le morceau dépasse les trois minutes, lui en aurait fallu deux de rabe pour en exploiter toutes les virtualités.

    Au final un bel album, plus profond que sa facture initialement heavy ne le laissait supposer. Glenn Danzig et le groupe ont déjà un passé, Misfits, Samhain, il est appelé à évoluer, nous y reviendrons.

    Damie Chad.

     

     

    VIA AETERNA

    HURAKAN

    ( Lacerated Enemy Records / 15 – 04 - 2022 )

    ( YT / Bandcamp )

    C’est leur troisième album, Maxime Marechal est sur les trois, mais ce troisième opus nous intéresse par la présence de Danny Louzon, nous avons beaucoup aimé Nakht dont Danny Louzon était le vocaliste. Une voix – le mot paraît démodé, du moins peu approprié à sa manière d’en user - que l’on n’oublie pas.

    Maxime Marechal : guitars / Raphael Darras : bass / Thomas Crémier : drums / Danny Louzon : vocals.

     

    goldie ( = genya ravan ),sadies,valerie june,brenda holloway,danzig,hurakan

    Imperium : ( feat Kyle Anderson from : Brand of sacrifice ) : une musique qui vient de loin, d’un autre royaume, de l’empire des confins, qui s’approche et cette espèce de grognement qui diffuse un message incompréhensible, il est sûr que la chose fonce à une vitesse terrifiante, avalanches battériales, chœurs d’ombres inhumaines, le tout porté par une orchestration lyrique impitoyable et en même temps mélodique, des ruptures, des reprises, des tunnels vocaux, cela déboule et vous paralyse, terriblement séducteur, à tel point que vos facultés d’observation sont phagocytées par cet étrange objet musical dont les angles fuyants empêchent l’analyse de toute pensée. Void : traversée du vide, entrée majestueuse dans les turbulences du néant qui s’agrippe à la machine et l’enserre dans les mâchoires d’orichalque de l’anéantissement, une lutte épique s’engage, au loin au fin-fond, une sirène intergalactique retentit sans trêve, tout se joue dans la voix de Danny Louzon, elle est le lieu du combat, de l’éructation, en elle s’affrontent les reptiles hideux de l’angoisse, du refus, et de la mort qui se bat pour ne pas mourir, un vortex métaphysique de monstres s’entretuant, des sangsues géantes se collent au larynx et s’agrippent aux remugles de la voix pour la faire taire à jamais, mais elle se débat et des giclées sonores de sang éclaboussent vos oreilles. 

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    Abyssal :  (feat Philip Danielsson from : Humanity’s / Last Breath / In Reverence ) : flottements des réacteurs qui s’essoufflent, c’est la grande plongée, une pieuvre géante ventouse le vaisseau et l’entraîne au plus profond des abysses, la voix se creuse minée par d’inquiétantes faiblesses, elle se rétablit pourtant puisant sa force dans les tentacules mêmes de la néantification, osmose complète entre  le vide et le plein, entre l’altérité et l’unicité, monstres vénérables qui grouillent au-dedans de nous et qui parfois dans la tourmente sensorielle parlent tout bas chacun à leur tour et puis ensemble, puisque l’un est ce que n’est pas l’autre, à notre oreille, mais de l’autre côté du tympan en d’horribles inflexions louzoniennes. Charon : au fond du fond, le nocher funèbre hurle sa hargne et sa haine de tout ce qui est vivant, bruissements de cymbales, grognements louzoniens d’une gorge asphyxiée, en apnée, descente, enfermement, recouvrance dans une vase ignoble, seul le bruit de l’univers surnage sous formes de sirènes assourdies à la surface des eaux, dessous serait-ce extinction rébellion.

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    Asmodeus : au fond du rien subsiste le contre-empire des démons, ses paroles ne sont que déglutitions et vomissements incessants, de la bouche sombre déboulent des étrons soniques qui se pressent sur votre raison comme les icebergs sur le Titanic, c’est ainsi qu’il se glorifie d’être le grand exterminateur, le serpent fallacieux et répugnant qui séduisit l’espèce humaine et la rendit esclave d’elle-même, il est l’insulte vivante adressée à l’idée du vivant. La batterie comme déréglée entre en éruption pré-cataleptique cauchemardesque. La voix de Louzon se transforme en murène géante des profondeurs inatteignables. Vagrant :  le monde n’est plus, nous entrons dans la virtualité des possibles, le tout se démultiplie, la musique devient flottements spasmodiques éreintants, l’instabilité du surpassement règne, grands accords pompeux, quelque chose est mort, rien ne ressemble plus aux râles de l’agonie que l’extase du désir surmultipliée, Louzon arrive à exprimer tout ce dont la langue ne possède pas de mots pour le dénombrer, des arabesques sonores se déploient en longs étendards, fétides têtards spermatozoïdaux informes sans but.

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    Resurgence : une autre vie est-elle possible après la mort, le vocal de Louzon devient charognard, un autre lui répond comme surgi de la tête d’un enfant idiot, grand maëlstrom musical, qui touille la marmite élémentale, ce qui n’était que débris exsangues s’agrège, pour fêter ce prodige, la tourmente instrumentale s’apaise, devient presque douce et frémissante de joie. Umbra : reste à traverser l’ombre de lumière noire que l’on est devenu, compression d’atomes inexistants, une énergie folle dégouline de la bouche d’ombre louzonienne, retentissent des trompettes dont les pavillons laissent échapper des flots diluviens d’accomplissements, règne un vent de folie et de surpuissance, transmutation naturelle opérée, le son ralentit l’on s’éloigne de ce que l’on a été, de ce que l’on n’est plus.

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    Via Aeterna : ( feat Raphael Verguin from : Psygnosis / Spectrale / Ricinn ) : nous entrons dans un monde de douceur, mais aussi plus grave, auréolés d’une étrange lumières nous empruntons la chaussée des géants, à chaque pas nous devenons plus grands, notre stature s’exhausse vers le ciel, à moins que ce soit lui qui se rapetisse, que nous atteignons ce point focal où tout s’équivaut, le minuscule devient grandiose, l’océan goutte d’eau, où il n’existe plus de séparation entre les choses, une mélodie s’élève et s’incorpore à ce que nous sommes et ne sommes plus, final grandiose, la partition de l’être et de l’idée de l’être s’achève, aeternalisation éternelle.

             Pour ceux qui veulent une autre approche il existe aussi sur YT trois clips qui permettent de mieux entrer dans cette œuvre dense et compacte. A la première écoute il m’avait semblé que tous les morceaux s’enchaînaient d’un seul tenant, vous ne serez pas étonnés d’y trouver le logo d’Anubis Production.

    Umbra : postée le 03 / 06 / 2021 : il est bon de commencer par celle-ci pour une raison toute simple, on y entrevoit assez bien les membres du groupe.  Attention elle est scénarisée, Danny Louzon tiraillé des deux côtés par d’épais cordages, entre le bien et le mal ou plutôt entre la vie et la mort. Belle mise en scène, esthétique et violente.

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    Asmadeus : postée le 26 / 07 / 2021 : se particularise par l’adjonction des lyrics – ma chronique n’en tient pas compte – des trois c’est celle que je préfère, avec ces changements graphiques qui ne remettent jamais en cause l’unité du clip en son entier. Un travail d’orfèvre.

    Void : postée le 14 / 01 / 2022 : la plus léchée, tient de la première, le groupe joue, l’on y voit surtout le travail de Danny Louzon, les images virevoltent selon un super montage, vous surprennent à tout instant, par contre le scénario qui porte la vidéo, possède un gros défaut, à la première et fugace image du héros, l’on devine la fin de l’histoire. N’empêchent que toutes les trois valent le détour.

             Ii est temps de regarder la pochette, provient de l’œuvre de Nightjar Art qui signe aussi Adam Burcke. Extraite de Fit for an Autopsy / To the Grave. Un squelette vivant dans un tsunami de flammes, entre Terminator aux Enfers et le feu originel et élémentaire d’Héraclite.

    Une œuvre d’une puissance inimaginable. Qui sort de l’ordinaire. Qui tient du prodige.

    Damie Chad.

  • CHRONIQUES DE POURPRE 551 : KR'TNT 551 : LEON RUSSELL / THE SAINTS / CEDRIC BURNSIDE / LEWIS TAYLOR /JALLIES / HELéH / GUIGNOL'S ROCK / PATRICK GEFFROY YORFFEG

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 551

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    21 / 04 / 2022

     

    LEON RUSSELL / THE SAINTS

    CEDRIC BURNSIDE / LEWIS TAYLOR

    JALLIES / HeléH / GUIGNOL’S ROCK

    PATRICK GEFFROY YORFFEG 

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 551

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http://krtnt.hautetfort.com/

     

    Russell & poivre - Part Three

     

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                Tonton Leon a disparu depuis un bon moment, mais il continue de faire l’actu et c’est une bonne chose. Dans sa prestigieuse collection ‘Songwriter Series’, Ace lui consacre un volume sobrement intitulé The Songs Of Leon Russell. Ace qui fait toujours bien les choses a en plus demandé à Kris Needs de tartiner les 20 pages d’un booklet qui du coup prend l’apparence d’un mini-book. Certains objecteront qu’on est loin des 40 pages du booklet de Mick Patrick consacré à Shadow Morton, mais comme le savent ses admirateurs, Kris Needs fait toujours du double concentré de tomates et donc ses 20 pages en valent 40, c’est automatique. 

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             Pour planter son décor, Needs nous ramène au temps de Mad Dogs & Englishmen, lorsque coiffé de son haut de forme et déjà grisonnant, Tonton Leon jouait le maître de cérémonie - ringmaster and musical director - pour le compte de Joe Cocker, lui volant (un peu) le show au passage. C’est Joe qui le dit, pas nous. Joe en conçut même une belle amertume. Après la folie du Mad Dogs & Englismen tour, Tonton Leon va exploser nous dit Needs au sommet du Shelter empire, c’est-à-dire le label qu’il a monté à Los Angeles avec Denny Cordell et sur lequel on va retrouver des géants comme Dwight Twilley et Freddie King. Needs analyse bien les contradictions du personnage : «Même si Russell incarnait les excès de son époque, splendour and panoramic ambition, il avait largement de quoi les assumer, notamment avec son talent d’auteur-compositeur et les classiques qu’il confiait à d’autres interprètes.» Tonton Leon peut monter sur scène avec Dylan et jouer avec les Beatles, pas de problème, nous dit Needs. Il jouait déjà au Gold Star sous la direction de Totor. Et puis vient le calme après la tempête : dans les années 80, Tonton Leon disparaît des écrans. Il continue d’enregistrer des albums, mais dans la plus parfaite discrétion. Il fallait même se lever de bonne heure pour trouver ces mystérieux albums.

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             Needs attribue à Elton John le mérite d’avoir ressuscité la carrière de Tonton Leon, avec un album intitulé The Union. On les voit tous les deux sur la pochette, pareils à deux croque-mitaines. On a snobbé cet album à l’époque à cause d’Elton John qui n’est pas vraiment en odeur de sainteté par ici. Mais comme Needs parle d’une spectacular collaboration, alors on écoute attentivement l’«If It Wasn’t For Bad» qui ouvre le bal de cette compile : si on ne supporte ni la voix ni la personne d’Elton John, c’est vite plié. Suivant !

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             Lorsqu’il replonge dans les éléments biographiques, Needs en tire comme il le fait habituellement la meilleure pulpe. Needs, c’est Tintin reporter, le roi de l’investigation. Tonton Leon est encore ado nous dit Tintin Needs lorsqu’il joue dans les Starlighters à Tulsa, Oklahoma. Voilà que Jerry Lee débarque dans le coin. Il est en tournée, il repère les Starlighters et les engage comme backing band pour repartir à la conquête du pays, car il doit tout reprendre à zéro après la catastrophe d’Heathrow, souviens-toi, lorsque les fouille-merde de la presse anglaise ont découvert que Jerr avait épousé sa cousine de 13 ans. Tonton Leon n’est pas beaucoup plus âgé lorsqu’il débarque à Los Angeles pour y tenter une carrière de pianiste de bar, et pouf, à 17 ans, il enquille sa première session d’enregistrement chez Liberty : il accompagne Johnny Burnette qui tente lui aussi de relancer sa carrière à Los Angeles. Tonton Leon est lancé. On le réclame dans les studios. Il accompagne Jackie DeShannon, Pat Boone, Bobby Blue Bland, Jan & Dean, Bobby Darin, Aretha, les Everly Brothers, puis c’est l’apothéose avec les fausses Crystals, c’est-à-dire Darlene Wright & les Blossoms, au Gold Star, avec Totor et le Wrecking Crew. Attends, c’est pas fini ! En 1964 nous dit Tintin Needs, Tonton Leon se retrouve en studio avec les Beach Boys, Sammy Davis Jr, Dick Dale et Gary Lewis & the Playboys. Justement, la compile propose un cut plus tardif de Gary Lewis & The Playboys, «The Loser (With A Broken Heart)», assez énervé, «Monkees recalling baroque-country pop», monté sur un petit beat de petits mecs, mais il faut se souvenir que Kim Fowley vénérait Gary Lewis & The Playboys. Tintin Needs précise que le Gary en question est le fils de l’acteur soi-disant comique Jerry Lewis. Autre précision de taille : Tonton Leon co-signe ce cut avec Don Nix, et Snuff Garrett, producteur maison de Liberty, supervise l’opération.

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             Tonton Leon est aussi en studio avec les Byrds pour le fameux enregistrement de «Mr Tambourine Man», mais on se souvient que Terry Melcher a viré sa piste de piano pour pousser le bouchon de l’esthétique jingle-jangle. Il n’empêche qu’en 1965, Tonton Leon monte encore sur tous les coups, notamment «the session musician’s dream of playing Frank Sinatra sessions». Puis il accompagne les Beach Boys sur «Help Me Rhonda», Herb Alpert, les Monkees, Bob Lind et Bobby Vee. Oh, Tintin Needs en cite d’autres beaucoup plus obscurs, mais ça, c’est son truc, sa vieille manie d’explorateur de l’underground. Plus c’est obscur et plus ça le fait bicher. Sur la compile, on trouve une cover de «Before You Go» par Bobby Vee. Que faut-il penser ? On ne sait pas.

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             Comme le biz tourne à plein régime, Tonton Leon s’en fout plein les poches et il se paye une belle bicoque sur Skyhill Drive nous dit Tintin Needs. C’est là qu’il héberge ses copains de Tulsa, qu’il ouvre une ère de débauche en mode 24 hour partying et qu’il démarre un projet collaboratif avec Marc Benno, The Asylum Choir, dont on a dit le plus grand bien dans un Part One. C’est à l’organiste Bobby Whitlock que revient l’honneur d’interpréter «Raspberry Rug». Tintin Needs nous rappelle que Whitlock vient de Memphis et qu’il fit ses armes chez Stax sous le mentorat de Steve Cropper, avant de se retrouver keyboardist dans le groupe de Delaney & Bonnie. Il sera d’ailleurs le seul membre resté fidèle à Delaney & Bonnie après que Tonton Leon leur ait barboté leur groupe pour monter la tournée évoquée plus haut de Mad Dogs & Englishmen. Alors bravo Whitlock. La loyauté ne court pas les rues, comme chacun sait. Quant à sa version de «Raspberry Rug», disons qu’elle est assez pop. On croirait entendre les Beatles avec des coups de trombone. Beaucoup plus intéressant, voici la cover de «Groupie (Superstar)». Par Delaney & Bonnie, justement, et la fantastique attaque de Bonnie la géante. N’oublions pas que Bonnie fut une Ikette pour quelques shows, à la demande d’Ike. «Groupie (Superstar)» est aussi l’une des plus belles compos de Tonton Leon. Puisqu’on parle de Stax, il est bon de rappeler que Delaney & Bonnie ont eux aussi commencé sur Stax en 1969, avec l’excellent album Home qui fut nous dit Tintin Needs burried, c’est-à-dire enterré dans la vague du «27-album comeback blitz» imaginée par Al Bell pour relancer le label qui se trouvait alors en difficulté. Pour Tonton Leon, c’est l’album suivant, Accept No Substitute, paru sur Elektra, qui cristallise ses aspirations «in vibrant blue-eyed soul gospel and country». «Groupie (Superstar)» fut enregistré lors d’une session pour Clapton, mais il est beaucoup plus intéressant de savoir que le cut sera repris par les Carpenters. Tintin Needs profite de l’épisode pour se rire des frasques de Delaney Bramlett qui, toujours sous contrat avec Jac Holzman chez Elektra, tenta de signer un contrat avec George Harrison chez Apple, ce qui lui valut d’être viré d’Elektra. Il signa ensuite chez Atlantic mais il fut de nouveau viré après un album.

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             Tintin Needs nous rappelle aussi que Tonton Leon a produit le deuxième album de Joe Cocker, qui fut découvert comme chacun sait par Denny Cordell. Pour illustrer ce passage, la compile propose le «Delta Lady» de Joe Cocker qui d’ailleurs figure sur ce deuxième album sans titre, l’excellent Joe Cocker. Tintin Needs cite une interview de Joe Cocker dans ZigZag, où l’intéressé raconte qu’en entendant Tonton Leon jouer «Delta Lady» au piano, il fut tellement subjugué qu’il tomba de sa chaise. Autre info de taille : Joe Cocker fut enregistré à Hollywood en 1969, lors d’un break aménagé entre deux dates de la première tournée américaine du vieux Joe qu’accompagnait alors le Grease Band. Eh oui, 1969, l’année de Woodstock, où Joe fit des étincelles sur scène avec sa fantastique cover de «With A Little Help From My Friends». Il ne faut pas perdre de vue ce génie que fut le vieux Joe, fils d’un mineur de Sheffield. Tintin Needs est bien d’accord là-dessus puisqu’il parle d’une «life-changing tour-de-force appearance at Woodstock» et d’une «seismic reinterpretation of the Beatles’ With A Little Help From My Friends». Dans son élan, il nous rappelle que Merry Clayton, Bonnie Bramlett, Patrice Holloway, Sherlie Matthews et Rita Coolidge font les chœurs derrière Joe sur «Delta Lady». Il faut d’ailleurs voir le film consacré à la tournée de Mad Dogs & Englismen en 1970, car on les voit sur scène, toutes ces choristes fabuleuses, Rita Coolidge et Claudia Lennear, plus Chris Stainton, Jim Price et Bobby Keys, Don Preston et trois batteurs, Jim Gordon, Jim Keltner et Chuck Blackwell. Et Tonton Leon qui tortille du cul au milieu de cet extravagant manège. C’est là qu’il devient une star in his own right.

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             Tintin Needs nous dit qu’il existe 200 versions d’«A Song For You». Il ne cite pas tous les interprètes, heureusement. Ace choisit la version du «doomed Soul genius» Donny Hathaway, possibly the best of all, surenchérit Tintin Needs qui ne mégote pas sur les surenchères. Il en profite aussi pour retracer le parcours d’Hathaway, découvert par Curtis Mayfield, et ami de Roberta Flack et de Leroy Hutson. Donny chauffe la Song de Tonton Leon à l’haleine chaude, aw comme il l’épouse, comme il la promène, comme il la caresse, comme il la conforme. Tintin Needs profite de l’épisode pour dresser un bel éloge du pauvre Donny qui finira par se jeter de la fenêtre d’un Central Park hotel room en 1979. L’autre grand hit de Tonton Leon, c’est bien sûr «The Masquerade» repris par tout le monde et surtout par George Benson. C’est la version qu’a choisi Ace et qui referme la marche de la compile. Benson y va, il est le grand groover devant l’éternel, sa mouture est absolument imparable. Là tu as l’utter happiness du Benson, les flux mélodiques s’emmêlent les crayons, c’est très spectaculaire. Tintin Needs traite Benson de sensitive genius, il n’est plus à ça près. En plus il a raison. Il a toujours raison.

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             Autre sensitive genius, voici Rumer et sa version de «My Cricket» qu’on trouve sur l’album Boys Don’t Cry. Tintin Needs se régale à rappeler que Burt a invité Rumer chez lui pour faire sa connaissance. Rumer est la reine des temps modernes et Tintin Needs lui taille un costard de reine. Elle est la dernière descendante d’une lignée de très grandes chanteuses américaines, qui va de Jackie DeShannon à Karen Carpenter en passant par Laura Nyro et Lisa Minnelli. En dehors de Tonton Leon, Rumer tape aussi dans Todd Rundgren, Hall & Oates, Terry Reid et Neil Young, excusez du peu. Oh et puis Jimmy Webb dont elle a repris l’excellent «P.F. Sloan». C’est d’ailleurs avec cette reprise qu’il faut bien qualifier de magique qu’on fit connaissance avec Rumer. Ses cinq albums s’inscrivent dans l’avenir du rock.

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             Encore un fabuleux interprète avec José Feliciano qui tape, lui, dans «Me And Baby Jane». Il faut se réjouir de l’entendre chanter, d’autant plus qu’il chante avec tout le feeling du monde. Il faut bien dire que sur cette compile, les interprètes de Tonton Leon sont triés sur le volet. En plus, c’est produit par Steve Cropper, et on retrouve Claudia Lennear dans les backing et Larry Knetchtel aux keys. Tintin Needs nous parle d’une supernaturally powerful voice qui peut transformer n’importe quel cut, tout en unleashing his dzzling virtuosity on Spanish guitar. C’est vrai que José Feliciano est un artiste hors normes qu’on aurait bien tort de prendre à la légère. Tintin Needs dit aussi que José Feliciano est le roi des covers sensitives et cite comme exemple sa cover de «Light My Fire».

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             Et puis Tonton Leon  ramasse tellement de blé qu’il achète une grosse église à Tulsa pour en faire The Church Studio. Il va y abriter Shelter et y accueillir des tas d’artistes, et pas des moindres : Willie Nelson, Dr John, J.J. Cale, Phoebe Snow, Bonnie Raitt et Freddie King. Comme chacun sait, Freddie King a sorti trois album sur Shelter. Don Nix et Tonton Leon sont des inconditionnels de Freddie King. Ils produisent ensemble l’excellent Getting Ready à Chicago. En 1972, big Freddie descend chez Ardent à Memphis pour enregistrer Texas Cannonball avec la crème de la crème : Tonton Leon, Chuck Blackwell, Don Preston, Duck Dunn, Al Jackson, Jim Gordon et Carl Raddle. C’est là que big Freddie enregistre l’«I’d Rather Go Blind» qu’on trouve sur la compile. C’est vite torché, amené au fast drive, farci de tortillettes toutes plus effarantes les unes que les autres, personne ne bat Freddie King à la course. Quatre ans plus tard, à force de tirer sur la corde des tournées, le pauvre Freddie va casser sa pipe en bois.

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             La country est selon Tintin Needs le péché mignon de Tonton Leon. C’est vrai qu’on trouve pas mal d’albums de country dans sa discographie, notamment les quatre volumes d’Hank Wilson avec lesquels nous dit Tintin Needs Tonton Leon s’est tiré une balle dans le pied. C’est-à-dire qu’il a coulé sa carrière mainstream en proposant des albums de pure country. Pour illustrer cet épisode, Ace nous propose une reprise de «Lonesome And A Long Way From Home» par Earl Scruggs & The Earl Scruggs Revue. C’est là où l’Americana se noie dans une mer de notes de banjo. Et puis Tonton Leon s’entend bien avec Willie Nelson, c’est la raison pour laquelle on le voit apparaître avec «You Look Like The Devil». Il y  va le vieux Willie - You look like the devil/ In the morning - Il ne parle pas de sa copine, mais de son batteur. C’est bien vu, mais ça reste de la rengaine country pure et dure, seulement accessible aux fans de country. Pour enfoncer le clou, Tintin Needs cite Tonton Leon qui déclare : «Willie Nelson et moi avons les mêmes racines musicales : Hank Williams, Bob Wills, country black blues.»

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             Tout le monde croit que Randy Crawford est un mec. Pas du tout, c’est une charmante petite blackette et il faut l’entendre interpréter «Time For Love» avec une fraîcheur surnaturelle. Tintin Needs parle d’une distinctive voice. Oui, c’est même une belle entourloupe juvénile, un miracle d’équilibre qui met en valeur l’excellence du groove de Tonton Leon. Randy Crawford vient de Macon en Geogie et a chanté avec George Benson et les Crusaders, donc elle n’est pas née de la dernière pluie. Encore une pure merveille avec Janis Siegel et sa version de «Back To The Islands». Une Janis de rêve, elle est à la fois dessus et dedans. Grâce à Tonton Leon, on découvre d’extraordinaires interprètes.

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             En 1976, Tonton Leon épouse Mary McCreary. Elle chantait dans Little Sister, Sly & the Family Stone’s backing singers. Il existe deux albums de duos de Tonton Leon et Mary McCreary qui sont chaudement recommandés : Wedding Album et Make Love To The Music. C’est Al Jarreau qui tape dans «Rainbow In Your Eyes», le cut d’ouverture du Wedding Album. Al groove sans avoir besoin de chanter et c’est sans doute le meilleur groove de l’univers connu des hommes, avec celui de Marvin Gaye. C’est un super-groupe nommé California qui tape «Love’s Supposed To Be That Way», encore tiré du Wedding Album. Dans California, on retrouve Bruce Johnston, Curt Boettcher et Gary Usher. Puis Maria Muldaur se tape «Make Love To The Music», le morceau titre du deuxième album de Tonton Leon & Mary McCreary. C’est une perle noire, une authentique Beautiful Song, Maria Muldaur y exprime l’explosion du bonheur, c’est dire si les compos de Tonton Leon peuvent être hors normes. Tintin Needs parle de sensual shuffle.

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             Tonton Leon produit en 1979 le seul album de Wornell Jones et ça démarre avec «Something Good Is Gonna Happen To You» qu’on retrouve bien sûr dans la compile : heavy groove, très impressionnant. Tintin Needs parle d’une effortlessly expressive voice that elevates the whole set. Dans les backing, on retrouve Mary McCreary and former Ikette and Gap Band dynamo Maxayn. Comme on le voit, Mary McCreary et Maxayn ne sont pas non plus nées de la dernière pluie.

    Signé : Cazengler, Léon recèle

    The Songs Of Leon Russell. Ace Records 2021

     

     

    Les Saints à l’air - Part One

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             Chris Bailey vient de casser sa pipe en bois. Il occupait un siège au premier rang de l’Académie des princes, à côté d’Iggy et des Stooges, de Johnny Thunders et des Dolls, de Lou Reed et du Velvet. Et puis on voit encore d’autres têtes connues, les Pretties, les Cramps, le Gun Club, Kim Fowley, Jimi Hendrix, Dylan, Syd Barrett, les Stones ou encore les Mary Chain. Les Saints ont énormément compté pour beaucoup de gens en France. Certains ont même monté des groupes pour célébrer leur culte. Les Nuts furent à l’origine un groupe de reprise des Saints. Aussi allons-nous déterrer un conte jadis imaginé en leur honneur. Ce conte constitue la première partie du modeste hommage que nous rendons ici à Chris Bailey.

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             Les brochures touristiques nous racontent que Brisbane est une charmante ville côtière de l’Est de l’Australie. Quelle blague ! Chris Bailey et ses copains s’y ennuient à crever. Rien à faire, nulle part où aller. Ils n’ont pas le sou... Ils ont grandi tant bien que mal dans cette ville qu’ils ont baptisé Security City. L’état de Queensland, dont Brisbane est la capitale, tomba voici quelques années aux mains d’ultra-conservateurs catholiques. Prônant l’ordre et la discipline, ils y instaurèrent une sorte d’apartheid. Une police musclée patrouille en ville, matraque en main. S’ils croisent un vagabond ou un type mal rasé, ils l’embarquent aussitôt en camion, direction Punishment Park. Là, un tribunal spécial accusera le suspect d’incitation à l’émeute et d’atteinte à la sûreté de l’État de Queensland. Le malheureux devra alors choisir entre deux châtiments : soit purger une peine de vingt ans au pénitencier fédéral, soit passer trois jours à Punishment Park.

             Étrangement, les condamnés choisissent tous le séjour à Punishment Park. C’est là qu’on leur donne le programme des trois jours : il s’agit de parcourir 85 km dans le désert, sans eau, pour atteindre un mât où flotte le drapeau de Queensland. On leur explique ensuite qu’ils risquent d’être pourchassés par des policiers armés chargés de les stimuler.

             Amis de longue date, Chris Bailey, Ivor Hay et Ed Kuepper se demandent bien comment ils vont pouvoir quitter cet enfer. Comme ils partagent tous les trois un goût commun pour l’anticonformisme, ils sont en danger permanent. Le soir, Chris rentre chez lui en rasant les murs. Il allume son téléviseur. La chaîne australienne diffuse des images de propagande américaine : les puissants B52 déversent des tonnes de bombes sur le Nord-Vietnam. Ce spectacle révolte Chris. C’est un peu comme si le gros cul boursouflé de l’Amérique lâchait des étrons mortels sur un petit pays du tiers-monde. Pire encore, le gouvernement australien qui est ouvertement pro-américain envoie des troupes se battre contre la menace communiste. En Australie, les réfractaires et les antimilitaristes sont envoyés directement à Punishment Park. Chris ne souhaite pas aller crapahuter dans le désert en plein cagnard et sous les balles des tueurs assermentés. Rien que d’y penser, ça lui donne la nausée. Il éteint sa télé et commence à tourner en rond dans la pièce, répétant mécaniquement I’m stranded, I’m stranded, I’m stranded. Il tourne ainsi pendant des heures, comme un condamné dans sa cellule.             

             — I’m stranded, I’m stranded !

             Bien coincé, en effet. Il connaît déjà les tenants et les aboutissants de la frustration adolescente. Il n’a plus rien à apprendre, de ce côté-là. L’ennui le guette comme un vautour. Une seule solution : quitter ce merdier de Security City. Ça tourne à l’obsession. Cette ville maudite n’a rien à offrir, hormis des usines et des flics armés jusqu’aux dents. Descendre dans la rue pour réclamer une amélioration des conditions de vie ? Il vaut mieux abandonner l’idée tout de suite.

             Pendant que Chris tourne en rond dans sa chambre en psalmodiant I’m stranded, Ed s’occupe activement. Il s’est réfugié dans la musique, afin d’échapper à ce que Dylan appelle le cauchemar psychomoteur. Il s’est auto-proclamé explorateur. D’instinct, il fouille du côté des légendes obscures. Il s’effare de la qualité de ses découvertes : il ne jure plus que par Link Wray et Bo Diddley. Et comme tout le monde, il subit un traumatisme le jour où il découvre le premier album du Velvet. Ed joue un peu de guitare, mais il prend garde à ce que ni les voisins ni les patrouilles de police ne l’entendent. Essayez de jouer «Sister Ray» en sourdine et la trouille au ventre, vous verrez, c’est pas facile. Par contre, Chris cultive des goûts plus simples. Il ne jure que par Elvis. Pour payer le loyer de sa chambre, il travaille un peu. Il vend des stylos en faisant du porte à porte, et comme ça ne marche pas très bien, il complète ses maigres revenus en allant travailler aux abattoirs. Et pour ne pas éveiller la suspicion des patrouilles de police, il porte un costume brun et une cravate. Et sa tignasse ? Il la ramasse sous un petit chapeau mou.

             Il s’arrête chez Ed. Toc-toc... toc-toc-toc. Il frappe les cinq coups convenus à la porte. C’est un code. Ed ouvre.

             — Content de te voir, Chris. Rentre vite, j’ai quelque chose à te montrer ! Ils montent au premier. Chris enlève son chapeau et sa cravate. Ed rallume son ampli, met le volume à deux et joue le riff de «Sister Ray». Emballé, Chris commence à chanter d’une voix rocailleuse :

             — Sister Ray... Sister Ray...

             — Chuuuuuuut ! Les voisins vont nous dénoncer !

             Mais Chris continue. Ed sue à grosses gouttes. Il éteint l’ampli. Trop risqué.

             — Tu veux aller faire un tour à Punishment Park, c’est ça, hein ?

             — Ed, on ne peut pas continuer comme ça ! On mène une vie de chiens galeux. On sort dans la rue la peur au ventre et on se chie dessus dès qu’on croise l’une de ces fucking patrouilles... Il faut monter un groupe, c’est le seul moyen de quitter le pays et d’échapper à tout ça !

             Ed opine du chef, tout en s’épongeant le front avec son mouchoir à carreaux.

             — Ed ! j’ai une idée ! On va appeler le groupe Kid Galahad and the Eternals !

             Ed bafouille :

             — C’est joli, Chris, mais d’une part, c’est trop compliqué, et d’autre part, ça fait trop référence à Elvis... J’aime pas trop la musique de vieux...

             Pris d’une crise de rage, Chris s’arrache une touffe de cheveux et beugle :

             — Et ton Bo Diddley, c’est pas un vieux, avec son gros scooter et ses cheveux mal gominés ? Et l’autre là, le Link Wray, le forain, le roi de l’instru ! Tu rigoles, ou quoi ?

             — Tu mélanges tout... Bo et Link ne sont pas allés tourner des films pourris à Hollywood ! Ils ont su conserver leur intégrité. Pourquoi on ne s’appellerait pas les Rumble, ou les Roadrunners... Ou si tu préfères quelque chose de plus drôle comme les Ray du cul...

             Chris hausse les épaules.

             — Occupe-toi de ton cul et de ta guitare. Je m’occupe du reste. On s’appellera les Saints, comme ça, on ne risque rien. Avec un peu de chance, le curé du coin nous prendra sous sa protection.

             Ils commencent alors à réfléchir, comme le font tous les groupes qui se jettent à l’eau. Où répéter ? Jouer quoi ? Ensuite, il faut écrire des chansons, trouver un batteur, puis trouver un endroit pour jouer sur scène. La routine habituelle. Ils décident de s’installer chez Ivor qui vit dans un quartier moins exposé. Il habite une boutique dont la vitrine donne sur une rue peu passante. Chris a déjà écrit une chanson.

             — Elle s’appelle «I’m Stranded». Ed, dépêche-toi de me mettre des accords là-dessus !

             Ed s’assoit et commence à mouliner des accords sur sa guitare. Chris jubile :

             — Wow, pas mal !

             Ivor et Chris secouent la tête en rythme. Ed est lancé. Il ne s’arrêtera que s’il rencontre un mur. Chris s’excite de plus en plus :

             — Ouais vas-y Ed, continue, quel carnage ! Yeah ! Like a snake calling on the phone/ I’ve got no time to be alone/ There is someone coming at me all the time/ Babe I think I’ll lose my mind/ Cause I’m stranded on my own... yeouuuu !

             Ed enchaîne des riffs fulgurants. Chris l’arrête et glapit :

             — Ed, pourrais-tu mettre un peu plus de son ?

             Posté derrière la vitrine, Ivor s’écrie :

             — Attendez les gars, une patrouille arrive au bout de la rue !

             Quelques minutes passent.

             — Ça y est, ils sont partis, vous pouvez y aller !

             Ed monte son ampli à fond et envoie la riffalama fracasser le ciel. Chris se jette dans la mêlée. Il chante le premier couplet d’une voix énorme et désenchantée. Sa voix rentre dans la fournaise riffique comme dans du beurre. Il chante d’une façon aussi abrasive que Van Morrison au temps des Them. Ils sont tous les trois ravis.

             — On en tient un par la barbichette !

             — Un quoi ?

             — Mais un tube, Ed ! C’est un brûlot aussi hargneux et aussi incendiaire que «Kick Out The Jams Motherfucker» !

             — D’accord, mais c’est pas la peine de tenir un brûlot hargneux par la barbichette si on n’a pas de bassiste...

             — Allons voir Kym Bradshaw.

             Affaire conclue. Kym accepte. Les Saints montent un petit répertoire truffé de classiques dévastateurs, comme par exemple cette reprise du fantastique «Wild About You» des Missing Links, ou encore l’excellent «Kissin’ Cousins» d’Elvis. Ils agrémentent le tout de quelques monstruosités rampantes du genre «Demolition Girl», «No Time» et «Nights In Venice». Ils répètent chez Ivor. Ils calfeutrent bien la pièce du bas, mais ils jouent si fort qu’on les entend à plusieurs kilomètres à la ronde. Les voisins lancent des briques dans la vitrine. Les Saints répondent avec des injures. Très vite, les hélicoptères survolent le quartier. Chris et ses amis voient les unités de la garde mobile se déployer de chaque côté de la rue.

             — Et ceux qui sont habillés en noir, c’est qui ?

             — Je crois que ce sont les gars des unités de contrôle d’émeutes urbaines. Ils tirent d’abord et parlementent après. Des tueurs...

             — Abritons-nous au fond de la boutique, les gars. J’ai un plan.

             Dehors, un officier lance les sommations :

             — Vous avez exactement cinq minutes pour sortir les bras en l’air, bande de communistes ! Deux chars sont stationnés devant la porte. Un bon conseil : n’attendez pas le dernier moment...Top chrono, c’est parti !

             — Bon, vaut mieux pas traîner dans le coin. Tant mieux, parce que maintenant, c’est quitte ou double, d’accord les copains ?

             — D’accord !

             — Dépêche-toi, Chris, il ne reste plus que quatre minutes...

             — On enregistre «I’m Stranded» ce week-end, on le presse à cinq cents exemplaires et on l’envoie à tout le monde, journaux, radios, supermarchés, partout où on pourra. D’accord ?

             — D’accord ! Les quatre mains s’empoignent, scellant l’un des plus beaux pactes de l’histoire du rock. Ils sortent de la boutique par derrière et courent jusqu’à la maison où vit Ed. Ils vont s’y cacher quelques jours. Au terme de quelques péripéties dignes des exploits des maquisards de la Résistance, le disque sort des presses. Ils récupèrent nuitamment les deux cartons de quarante-cinq tours chez l’artisan presseur. Chris, Ivor et Ed écrivent eux-mêmes les adresses sur les grosses enveloppes en papier kraft et vont poster les plis par petites quantités, histoire de ne pas éveiller les soupçons. Les jours suivants sont épouvantablement longs. Ils restent planqués dans la chambre d’Ed et se relaient à la fenêtre pour surveiller la rue. Les flics les recherchent activement. Les jours passent. Toujours aucune réponse des journalistes australiens ni des maisons de disques. Chris est à cran.

             — On devrait déjà avoir une réponse, bordel !

             — Tu rêves, mon pauvre. Les gens d’ici en sont encore à écouter «Smoke On The Water».

             Par contre, ce n’est pas du tout la même chose à Londres. EMI vient de signer les Sex Pistols. Justement, le pli des Saints atterrit sur le bureau d’un directeur artistique. Il écoute «I’m Stranded» et crie au loup.

             — Il nous faut les Saints !

             Un matin, Chris trouve la réponse d’EMI dans la boîte aux lettres. Au moment où il remonte l’escalier, une roquette pulvérise la porte d’entrée. Le souffle de l’explosion envoie Chris rouler dans les marches. Il connaît bien le riff incendiaire, aussi n’éprouve-t-il aucune panique. Deux hommes encagoulés se jettent dans l’entrée. Avant qu’ils n’aient eu le temps de se redresser, Chris leur jette à la tête le grand vase Ming qui décore le palier du premier. Les deux hommes s’écroulent, assommés net. Chris se jette dans la chambre alors qu’une seconde roquette pulvérise l’escalier. Il brandit la lettre de la victoire. Il a les cheveux brûlés et le visage tout noir.

             — On passe sur Radio One, les gars !

             Mais où sont-ils ? Chris voit leurs pieds dépasser. Ils sont cachés sous le lit.

             — Sortez de là, bande de trouillards ! Il faut filer d’ici dare-dare ! Ils envoient la troupe !

             On entend des grosses détonations dans l’escalier.

             — Vite, tirons-nous ! EMI nous attend à Londres ! Regardez, bande de veinards, j’ai la convocation !

             Chris pousse un cri de guerre à la Jerry Lee Lewis, yaouuuuuuuh ! Puis il déplace une petite commode. Dessous se trouve une trappe.

             — Vite ! Vite ! Descendez par là, je vous rejoins !

             Ed, Kym et Ivor se jettent dans l’ouverture. Chris arrache l’évier du mur de la chambre et sort sur le palier. Il tombe sur deux encagoulés occupés à recharger leurs gros fusils d’assaut. Il leur jette l’évier à la figure. Les deux hommes tombent du premier. Chris descend à son tour dans l’ouverture et court comme un dératé tout le long du passage secret. Il débouche dans une grotte où l’attendent ses trois amis. Ils sautent en croupe sur leurs kangourous attelés et filent droit sur Sydney, qui se trouve un peu plus au Sud.

    Signé : Cazengler, saint glinglin

    Chris Bailey. Disparu le 9 avril 2022.

     

     

    L’avenir du rock

     - Cedric a la trique (Part Four)

             En feuilletant son livre d’histoire, l’avenir du rock se surprend à rêver. Ah comme il devait faire bon vivre au temps de l’Empire romain ! Pas comme centurion, parce qu’il déteste les armes, ni comme tribun parce que la politique l’agace, mais comme négociant d’esclaves. Ah tous ces beaux esclaves fraîchement capturés dans les provinces de l’Empire et ramenés à Rome dans ces bonne vieilles cages montées sur des roues en bois ! Il les voit très bien, elles sont de la taille d’un wagon, tirées par des attelages de bœufs, elles avancent en grinçant le long de la voie appienne jusqu’au marché qui se trouve au cœur de Rome, au pied du forum. Il se laisser aller à imaginer le grouillement de vie, le choc des civilisations, le tintement des deniers et des sesterces, les langues exotiques, les corps nus exposés à tous les regards. Rien de vénal chez l’avenir du rock, rassurez-vous, il ne voit pas les esclaves comme des gens qu’on fait travailler à l’œil, qu’on brutalise ou qu’on sodomise, non il les voit comme des êtres extraordinaires, surtout les noirs capturés en Nubie par les marchands arabes. Ils sont tous très spectaculaires et conservent leur dignité. Si l’avenir du rock se voit négociant, c’est principalement pour se réserver les esclaves noirs. Pas question de laisser ces êtres magnifiques tomber dans les pattes de tous ces tarés d’aristocrates, ces Caton, ces Cicéron et ces Pompée de malheur ! L’avenir du rock se réserve les esclaves noirs pour les affranchir. Il les mettra à l’abri dans sa superbe villa de Brindisi qu’il vient de faire agrandir en rajoutant une aile spacieuse pour les y loger. Il va ensuite les vêtir et les nourrir correctement, puis leur donner en gage d’amitié des guitares fabriquées spécialement pour lui dans la province d’Ibérie. Il ne leur demandera en échange de toutes ces faveurs qu’une seule chose : chanter et gratter leurs grattes. Une fois leur consentement obtenu, il ouvrira des cabarets dans toutes les grandes cités de l’Empire pour y organiser des concerts et la plèbe pourra entendre ces affranchis africains chanter le blues. Il est même choqué que personne n’y ait pensé avant lui.   

     

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             De toute évidence, l’ancêtre de Cedric Burnside est passé par les pattes d’un marchand d’esclaves. Un Africain sur le sol de États-Unis, ça veut bien dire ce que ça veut dire. L’ancêtre de Cedric Burnside n’a pas eu la chance de rencontrer l’avenir du rock.

             Depuis l’antiquité et l’apogée de la traite des noirs au XVIIIe siècle, les choses se sont un peu «arrangées», du moins dans les apparences. Les noirs ne portent plus de chaînes mais ils sont toujours aussi mal vus, sauf par les amateurs de blues qui les considèrent comme des dieux, ce qu’ils sont d’une certaine façon. Aux yeux des ceusses qui ont eu la chance de voir Cedric Burnside sur scène, ça ne fait aucun doute. 

             Andrew Perry rappelle dans Mojo que Cedric Burnside a enregistré son nouvel album I Be Trying à Memphis, au Royal Studio de Willie Mitchell, avec Lawrence Boo Mitchell, fils de Willie. Un autre fils de légende participe au festin : Luther Dickinson, fils de Jim. Il ramène dans le son de l’electrifying slide guitar. Alors Cedric peut sortir son robust beat qui est à l’épreuve du temps. Perry conclut sa petite chroniquette ainsi : «Bursnside presents as a guenine one-off - a uniquely rooted artist of rare precision and power.»

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             Dans les liners de son album, Cedric Burnside fait preuve d’une humilité qui dépasse les bornes. Il remercie sa femme et ses trois filles d’avoir toujours cru en lui. D’ailleurs, il s’empresse d’ajouter qu’il écrit ses chansons pour elles. Il remercie aussi les mecs du label pour leur aide et leur support, et bien sûr, il n’oublie pas le principal, God - My savior for blessing me with the gift of playing Hill Country Blues - I Be Tryin ne parle que de ça, d’Hill Country Blues qu’il joue au raw de Como, c’mon now, il claque ses notes à la revoyure d’ongle noir. Luther Dickinson arrive pour «Step In» et on a tout le son du monde, ça ratapoume dans le studio de Willie le fantôme. Oh yeah, Cedric Burnside ratapoume dans l’œil du cyclone. Personne ne peut battre le Memphis beat à la course. Reed Watson bat le beurre sur le morceau titre amené à la Kimbrough. C’est une compo nettement plus ambitieuse. Il faut laisser Cedric Burnside déployer ses ailes. C’est lui qui tatapoume sur «You Really Love Me». N’oublions pas qu’il a démarré comme batteur derrière son grand-père Rural. Il frappe sec et net, au pur jus d’on the beat, the heart of the North Mississippi Hill Country Blues. On retrouve les latences de Junior Kimbrough dans «Love Is The Key», c’est là très précisément que l’hypno se nourrit du gospel batch. Luther revient couiner sur «Keep On Pushing», il ramène le wild electric feel de Memphis, c’est-à-dire des vents de folie. Cedric Burnside se veut plus ambitieux avec «Pretty Flowers», une petite éclosion de beats bucoliques greffés sur la complexité d’une étonnante structure. Il adore visiblement partir à l’aventure. Alors on le suit. Il embarque plus loin «Hands Off That Girl» sur un heavy beat de rêve. C’est du vieux Burnside de derrière les fagots de Como. Il charge bien la barque du punk-blues avec «Get Down». Ah c’est tout de même autre chose que les Black Keys. Hey ! Il faut le voir dégringoler ce heavy punk-blues. Quelle puissance ! Si tu veux sonner comme ça, t’as intérêt à être descendant d’esclave ! Il pleut du son comme vache qui pisse dans cet album. Cedric Burnside claque son riff et chante plus fort que le Roquefort. 

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             Stephen Deusner lui accorde une demi-page dans Uncut. Une demi-page, c’est déjà mieux que rien. Cedric rappelle qu’enfant il battait le beurre pour Big Daddy, son grand-père, et quand sur scène Big Daddy virait les musiciens pour attaquer trois cuts en solo, Cedric se mettait sur le côté pour observer son grand-père - I was listening to his rhythms which were so unorthodox, and I was listening to his vocals, how they were so heavy but so beautiful at the same time - Il flashe notamment sur une chanson, «Bird Without A Feather» qu’il reprend sur I Be Trying - It sounded like he just took little pieces of something that wasn’t even done yet but he made them sound whole - Il dit qu’il a répété ce cut pendant des mois, trying to get the rhythm just right - Bravo Cedric, car le résultat est là, c’est en effet un cut d’une grande complexité. Depuis 30 ans nous dit Deusner Cedric s’efforce de maintenir la tradition du North Mississippi Hill Country Blues tout en la faisant évoluer. Il voulait absolument venir enregistrer I Be Trying chez Boo Mitchell qu’il connaît depuis qu’il est ado. Boo qui est un gentil mec dit un moment à Cedric que le micro dans lequel il chante est celui dans lequel chantait Al Green. Cedric vit ça comme un honneur. Deusner dit aussi de Cedric qu’il affronte les temps modernes avec un sens aigu des responsabilités. Il est le porteur d’une tradition et il sait que le blues doit jouer un rôle dans ce monde entré en dégénérescence : «There’s a lot of crap going on right now and the blues has to speak to that too.»

    Signé : Cazengler, la burne

    Cedric Burnside. I Be Trying. Single Lock Records 2021

    Stephen Deusner : Cedric Burnside. Uncut # 290 - July 2021

     

     Inside the goldmine

    - My Lewis Taylor is rich

     

             Il nourrissait à l’égard de M un sentiment particulier. Une affection qui confinait au spirituel. Comme M lui avait sauvé la vie, il était devenu son frère de sang. Nous savons bien que l’expression est tombée en désuétude, car les contextes se sont assagis, mais pas les circonstances, du moins certaines circonstances, qui restent égales à elles-mêmes, qu’on vive au XXe siècle ou au moyen-âge. Avoir dans la vie un frère de sang est un prodigieux privilège, mais un petit inconvénient altérait ce privilège : les retrouvailles se raréfiaient. Pourquoi ? Des circonstances disons exceptionnelles contraignaient M à vivre en dehors de la réalité, dans cet entre-deux mondes qu’on appelle aujourd’hui la clandestinité. M poursuivait sa chimère qui s’appelait l’aventure, qu’il voulait dangereuse et de tous les instants, ce qui rendait les moments de répit basiques, comme par exemple un verre dans un bar ou un repas au restaurant, illusoires. En de rares occasions, M qui était épuisé venait dormir à la maison et au petit matin, il se joignait à la promenade des chiens. M qui était fort bel homme portait en permanence un bonnet et des lunette noires, ce qui était le meilleur moyen de ne pas passer inaperçu.

             — M, tu sais que tout le monde te remarque, attifé comme tu es ?

             — Tu ne comprends rien, poto, je suis l’homme invisible !

             Puis les rencontres s’espacèrent considérablement. M vivait sur des charbons ardents. Il appelait d’une cabine pour demander d’aller chercher «un truc» chez un mec et de le lui apporter dans un endroit qui était toujours le même : un terre-plein entre deux voix rapides, juste en face d’une station service, en grande banlieue. M attendait sur le terre-plein, assis sur sa moto dont il n’avait pas coupé le contact, prêt à filer à la moindre alerte. Il gara sa bagnole derrière la station service et alla trouver M pour lui filer son «truc», un petit paquet dont le poids indiquait clairement qu’il s’agissait d’une arme. M ôta son casque pour claquer une bise. Dans la lumière rasante de ce matin d’hiver, le bleu de son regard et le casque sous le cuir du bras firent soudain de lui un chevalier jailli du passé. 

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             C’est exactement ce qu’on éprouve à la vue de la pochette du Lewis II de Lewis Taylor. Avec son allure de chevalier en chasuble blanc, cet artiste contemporain semble lui aussi jaillir du passé. Même striking évidence. Comme M, il s’est trouvé plongé dans l’entre-deux mondes, celui de l’underground, malgré une poignée d’albums remarquables qui auraient dû le faire éclater au grand jour.

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    Ce Taylor rich propose une Soul de down beat incroyablement troublante, celle d’un blanc qui se prend pour un black, un black trop black pour être honnête. Il fonctionne par paquets de Soul de 5 minutes, il faut savoir tenir la distance. Une wild guitar agite le groove, l’effet est saisissant. En fait, c’est lui, la wild guitar, il jouait dans la reformation de l’Edgar Broughton Band qu’on voit filmée en Allemagne au Rockpalast en 2008. En plus d’être un fabuleux guitar slinger, ce Taylor rich est l’un des grands white niggers d’Angleterre. Avec «My Aching Heart», il se prend pour un gros calibre de la Soul moderne, son groove bascule vite dans la magie. Il fait du sexe pur avec «You Make Me Wanna» et attaque «The Way You Done Me» aux synthés. Il se prend pour le roi de la Philly Soul et s’emblacke jusqu’au bout des ongles. Il dispose d’une incroyable facilité à sonner black. Il faut le voir travailler la Soul de «Satisfied», il fait de la pure Philly Soul, toute trace de Broughton a disparu. Il tape encore une Soul inexorable avec «I’m On The Floor», il travaille l’expression du pré-groove, et descend systématiquement au barbu, yeah yeah, c’est un démon de la black à la peau blanche. Il bat encore des records de véracité avec le morceau titre, il fait du pur Marvin, il crée exactement le même genre d’ouvertures, ce Taylor rich a beaucoup écouté What’s Going On. Il dérive à la bonne mesure. Fantastique Lewis kid ! Il devient encore plus infernal avec «Blue Eyes» car il attaque à la voix d’ange. Il tombe sur le râble du groove et part en dérive océanique de don’t look at me blue eyes et comme il cela ne suffisait pas, il ajoute So I say goodbye-aye-aye/ For the last time.

             Dans la presse anglaise, une toute petite actualité l’arrache enfin à l’oubli. Dans Record Collector, Paul Bowler lui consacre sa rubrique ‘Under The Radar’ et rappelle qu’en 1996, à la sortie de son premier album, des luminaries comme Elton John, Paul Weller et David Bowie s’étaient prosternés devant lui, Bowie allant même jusqu’à déclarer que cet album était «the most exciting sound in contemporary soul music». Mais l’album ne s’est pas vendu. Bowler explique que ce Taylor rich avait amalgamé la Soul, le funk et la psychedelia pour en faire something fresh and new. Et qu’en plus il jouait lui-même tous les instruments dans son home studio. Bowler nous explique ensuite qu’il fut élevé par une music-mad mother et qu’il avait appris le piano très tôt, à l’âge de quatre ans, puis à l’adolescence, il s’est mis à écouter Captain Beefheart, Faust, Syd Barrett et Cecil Taylor. S’ensuit l’épisode Edgar Broughton Band et pouf, il démarre une carrière solo en tant que Sheriff Jack. Dix ans de break et à 30 ans il redémarre en tant que Lewis Taylor. Et c’est là avec le premier album que le miracle se produit. Bowler parle de croisements entre Jim Hendrix et Marvin Gaye, entre Brian Wilson et Shuggie Otis.   

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             Paru en 1996, ce fameux album s’appelle tout bêtement Lewis Taylor. Nouvel hommage à Marvin, et ce dès le «Lucky» d’ouverture de bal. Il va chercher le c’mon all down the line dans une Soul blanche digne de celle de Marvin, c’est une révélation. Il joue ensuite son «Bittersweet» au doux du groove, avec une rondeur d’ouate jazzy et un peu de wah par dessus. Il tartine ses couches et se prend indéniablement pour Marvin. Il chuinte au doux son what you gonna doooo, c’est très sérieux, ce Taylor rich n’est pas un gadget, il est investi de toute la dignité du peuple noir, il monte dans les hauteurs avec son petit chat perché, rien d’aussi pur et dur. Alors forcément, on entre dans cet album comme dans du beurre. Il groove tous ses cuts jusqu’à l’os du jambon, son «Track» est clairement destiné aux amateurs de Soul de haut rang, il saupoudre son lard d’une pincée de magie, il travaille tout à la black. Jamais on aurait pu imaginer qu’un blanc-bec irait aussi loin dans la Soul. Sa «Song» est une merveille, il développe des sons extravagants, il se montre digne des géants, oh darling oh baby !. Avec «Betterlove», il entre dans le territoire des très grands artistes, il se paye des regains de violence, il voudrait se faire passer pour un offender, il vise le modèle dément, accordons-lui le privilège du génie, I said baby I know, son real white niggarism finit par générer de la démesure, ses vagues te portent et te téléportent. Et ça continue avec «How» embarqué au yeah yeah yeah. On savait l’Angleterre bien fournie en matière de white niggers, mais celui-là bat toutes les expectitudes. Il faut le voir rôder dans le groove de «Right» et il devient enfin le roi du monde avec «Dawn». Alors bienvenue dans le royaume du Taylor rich. Le voilà dans les dynamiques de la Soul de velours, il groove comme un démon des Mille et Une Nuits, il rivalise de sweet Soul avec Billy Paul, il te coule dans son moule, c’est hot, my mind,  comment peut-on croire à une telle perfection ? La marée t’emporte dans un final de non-retour. 

             Mais comme ses albums ne se vendent pas, en 2006 il annonce qu’il arrête la musique et il vient s’installer en France comme plombier. Rien pendant dix ans, puis ce Taylor rich annonçait en 2016 sur les réseaux sociaux qu’il re-rentrait en home studio avec sa femme Sabrina. Et Bowler, emphatique, conclut : «One of the most criminally overlooked artists is returning.»

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             Paru en 2004, The Lost Album réclame la plus haute attention. Dès «Listen Here», ce Taylor rich nous épingle. On croit entendre les arpèges suspendus de Michael Chapman et il chante en plus à la voix d’Angel dust. Il vise la Soul terrifique. Il bosse sa dérive abdominale dans l’excellence de basslines éperdues à l’horizon d’un jour nouveau. Avec «Hide Your Heart Away», il repart en longeant la muraille, il fait cette fois de la pop enchantée et débouche dans une Soul psyché ravissante. Ses montées sont dignes de celles des Beach Boys. Il cherche les hauteurs inexplorées. Sans même le vouloir, il tient la dragée haute à Brian Wilson, car avec «The Leader Of The Band», il file droit sur l’excellence de la persévérance. Il nous noie dans la bienveillance de sa magnificence, cet album correspond à l’idée qu’on se fait du paradis, il gouverne vers le soleil, comme Brian et Croz, tous ces mecs sont des accros du paradis. Il drive sa Soul blanche si bien qu’elle devient parfois poppy, comme le montre encore «Please Help Me If You Can» - I’ve been alway a long long time/ Baby/ You have to understand - Il cherche la vérité et propose une Soul de pop stupéfiante. Il tâte encore du Beach Boys sound avec «Let’s Hope Nobody Finds Us» et retourne à la découverte des ambiances supérieures avec «New Morning». Ce mélange de Soul et de Brian Wison ressemble à un aller simple. Encore une fois, ce Taylor rich a du génie. Il impose un retour au clame avec les accords de clavecin de «One More Mystery», il prépare bien ses effets car voilà qu’explose un master stroke, il strike la pétarade, il s’énerve et claque son chou-fleur, il monte en pression, il swingue son last you see et part en mode ouuh ouuh d’Hey Jude pour plonger dans la violence et virer en vrille de wah.

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             Dans Mojo, Jim Irwin salue la réédition du premier album, «an instant classic». Ado, Lewis Taylor fréquentait un disquaire du comté d’Hertfordshire, au Nord de Londres, et c’est là qu’il s’éprit de l’Edgar Broughton Band - À 11 ans, je les connaissais - Et comme son frère aîné bossait pour Edgar, il recommanda Lewis comme guitariste. Le jeune Taylor partit donc en tournée européenne avec son idole, un Edgar qui comme lui, était un taiseux. Irwin explique aussi qu’à l’époque du premier album, Lewis Taylor avait arrêté les drogues pour composer ses cuts et se replonger dans Tim Buckley et Scott Walker. Comme dirait cette vieille quenelle de Queneau, c’est en lisant qu’on devient liseron.

    Signé : Cazengler, Lewis Taylarve

    Lewis Taylor. Lewis Taylor. Island Records 1996 

    Lewis Taylor. Lewis II. Island Records 2000

    Lewis Taylor. The Lost Album. Slow Reality 2004

    Paul Bowler : Under The Radar. Record Collector # 521 - August 2021

    Jim Irwin. Unlucky. Mojo # 334 - September 2021

     

    *

    Question à deux cent mille euros – ou à vingt centimes – tout dépendra des fonds entreposés dans notre tiroir-caisse. Quel est l’artiste rock ou le groupe rock qui a eu droit au plus grand nombre de chroniques live sur notre site. Ceux qui lèvent le doigt et se hâtent de s’égosiller ‘’Dylan, Bob Dylan !’’ sont des kr’tntreaders de la dernière heure, qui nous suivent à peine depuis un mois, leur sagacité leur a permis de remarquer trois articles sur Dylan ces trois dernières semaines, eh bien non ce n’est pas Dylan… ni les Rolling Stones, ni Gene Vincent, ni Fred Neil, encor moins les Beatles, ni Chips Moman, ni… arrêtez de citer vos chouchous, n’en jetez plus, le vainqueur est déjà désigné, je livre fièrement – car il des nôtres – son nom, vous le connaissez, l’illustre Loser, notre émérite  Cat Zengler qui dans une de ses récentes chroniques remarquait que la formation dont on avait chroniqué le plus grand nombre  de prestations live, c’était… roulements de tambours… les Jallies !

    N'ayez pas honte si vous ne les connaissez pas, n’accusez pas notre Cat Zengler de ne pas savoir compter sur ses doigts, d’abord parce que le Cat Zengler a toujours raison, ensuite parce que vous avez ci-dessous la preuve (une de plus) indubitable de ses dires.

    THE JALLIES

    07 / 04 / 2022

    ( Le Glasgow / Fontainebleau)

    Réponse à une question angoissante : pourquoi les Jallies et pas par exemple les Rolling Stones qui ont manifestement plus apporté à l’Histoire du Rock ‘n’ Roll . Parce que ces treize dernières années les Rolling Stones ont très peu tourné en Seine & Marne, alors que les Jallies sont domiciliées dans cet absolument mirifique département de France puisqu’il détient l’insigne honneur d’abriter votre blogue préféré. Bref une proximité géographique évidente. Mais ce n’est pas tout : les trois plus belles filles seinémarnaises sont membres des Jallies. Vous comprenez que cet argument (hyper-féministe) l’emporte sur le dernier, car au demeurant les Jallies sont un très bon groupe.

     

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    Retour au Glasgow, nous y avons déjà vu à plusieurs reprises, entre autres, les Spunyboys et les Jallies. C’était en des heureux temps sans masque (de fer) et sans pass (no pax) vaccinal, donc, confinement oblige et le fait qu’elles ont, en période de rémission, tourné souvent en Bretagne – elles y ont des fans – voici bien trois ans que nous n’avons assisté à un de leurs concerts. Parfois la vie est absurde et cruelle. Petite particularité grammaticale, en toutes logique nous devrions employer le pronom ‘’ ils ‘’ puisque le groupe est composé de deux garçons et de trois filles, or comme en notre douce et docte langue françoise le masculin l’emporte toujours sur le féminin… oui mais on dit ‘’elles’’, parce que les filles relèguent les guys à l’arrière et qu’elles s’arrangent toujours pour les cacher derrière le décor de leurs beaux corps, heureusement on les entend, et puis il faut l’avouer : elles sont si belles qu’on ne voit qu’elles. Bref l’exception qui confirme la règle. Que confirme les règles de trois.

    Attention changement dans la continuité, les trois garces sont toujours trois, mais depuis quelques mois une nouvelle est apparue : Bérénice. Trop jolie, je lui en veux, elle m’oblige à me livrer à un mensonge littéraire en traficotant le célèbre incipit d’Aurélien, le roman de Louis Aragon : La première fois que Damie Chad vit Bérénice il la trouva franchement belle.  Ce n’est pas bien, mais avec son corps souple et sa chevelure bouclée de brunette, je suis prêt à réécrire le bouquin entier pour qu’il réponde à ma vision.

    Le problème avec les Jallies c’est que vous ne savez plus où donner de la tête. Voici Leslie. Le lys qui vous lie dans la vallée aurait écrit Balzac. Pour Vanessa pas d’héroïne littéraire à citer, c’est elle avec son toupet de cheveux blonds et l’éclair décidé de ses yeux qui héroïse votre vie. J’arrête les compliments elles vont finir par s’en croire. D’autant plus qu’il faut en garder pour les garçons.

    Damie, si tu nous parlais de musique. Tout de suite, bande de jaloux. C’est très simple, si je compare aux Jallies d’avant, une phrase me suffira. Quand elles swinguent, c’est beaucoup plus swing, quand elles rockent, c’est davantage rock. C’était déjà très bien avant, maintenant c’est mieux. Plus fort, plus direct, sur scène elles assènent sec. La set-list n’a pas changé du tout au tout, elle s’est amplifiée, deux sets plus un rappel de trois quart d’heures.

    Le rituel de miel habituel. Une à la caisse claire, une au micro, une à la guitare ou au tambourin. Changent sans arrêt de place. Quand l’une chante, les deux autres jolies-cœurs font les chœurs. Pas tout à fait de la même manière que dans leurs temps préhistoriques, les petites sœurs chantonnent en douceur, des harmonies de rêve, de gaze et de zéphir qui vous subtilisent l’âme et l’emportent l’on ne sait pas trop où, dans des pays de cocagne où à tous les coups l’on gagne.

    Par contre question rythmique, ça nique. Quand c’est lancé, c’est envoyé. Ne se refusent rien, ça fuse franco, ça fonce et défonce, entre chasse au renard et steeple-chase, si vous suivez en tapant du pied, z’avez le palpitant souvent soumis au vent d’autan, autant ça cavale, autant ça contrepointe à rebours et à revers, pas le temps de se perdre dans les contre-temps, c’est pas du n’importe quoi, c’est pas du n’importe couac, tombent pile toutes ensemble, au point voulu, tir groupé, saut de parachute et vol libre de précision. Le swing déteste l’à-peu-près, ou c’est juste ou c’est faux, avec nos trois divas ça ne divague pas.

    Le public ne marche pas, il court. Y a des fanas (musiciens) de rockabilly à mes côtés qui connaissent tous les morceaux par cœur et à qui on a intérêt à ne pas servir du trop cuit ou du trop cru. La rocktissoire, pas d’histoire, elle doit rouler et tanguer dans le bon sens.

    Ne croyez pas qu’il n’y a que les filles dans la vie qui soient intéressantes. Les boys, je sais de quoi je parle, valent aussi le détour. Et ce soir y en a deux que l’on voit mal mais qui savent se faire entendre. D’abord Kros, un slappeur fou. Ecoutez-le trois minutes en fermant les yeux. Vous direz, le mec à la batterie il est fortiche, il ne passe pas son temps à trier les pois chiches, un véritable derviche tapeur, un sorcier des baguettes. Tout faux. Maintenant vous savez pourquoi chez Sun il n’y avait pas toujours un batteur dans le studio, une bonne contrebasse suffit. Un bûcheron, tout en finesse, un karateka qui frappe ses cordes comme si sa vie en dépendait, full-contact avec l’ennemi. Le Kros il lui cherche des crosses à la big-mama, lui fait descendre et remonter les escaliers sur les rotules, les genoux craquent et le bois des marches pète sec et rouspète dur.  

             Je ne veux pas dire que Kros a la tâche la plus facile. Dépense une énergie folle. Pire que dans une cour d’école, mais le rythme quand c’est parti, n’y a plus qu’à suivre le mouvement. Alors que le Thomas avec sa guitare, l’est réduit à la concision.  Dans le swing et le rockab, les solistes c’est comme pour le départ des fusées, z’avez une fenêtre de tir, avant c’est trop tôt, après c’est trop tard. Pour une Ariane, vous avez au pire quelques heures, pour Thomas c’est au mieux quinze secondes, dans lesquelles il faut tout donner, pas le temps de réfléchir, pas le temps d’hésiter, tout et tout de suite. Et ce soir, Thomas nous a offert un festival. Quelle inventivité, quelle diabolique précision, quelle habileté, quelle imagination, l’a à chaque fois le gimmick qui tue et la note qui ressuscite, l’a le plan adéquat qui ne vous laisse pas en plan, fourmille d’idées et de dextérité, regardez ses doigts, le gars il ne joue pas le truc qu’il a déjà fait quinze mille fois, il innove, il imagine, il essaye, il expérimente, il tente, il réussit. Ah les tourterelles devant avec leurs chants délicieux vous les emporteriez chez vous pour les mettre en cage et vous délecter de les entendre  jacasser rien que pour vous, mais Thomas non, c’est un guitar-hero et vous n'aurez jamais assez d’or dans votre coffre-fort pour qu’il condescende, dans votre maison, à gratouiller une corde durant trois secondes pour vous faire plaisir.

             Le Kros ne se contente pas de slapper. L’a tout compris de la vie. Les filles c’est bien, mais il ne faudrait pas que les pinsonnes piquent un somme entre deux chansons. Trois secondes de trop dans un changement de place et hop d’une voix de stentor qui ne veut pas de temps mort, il titille et vous houspille le public à coups de torpilles, ça rugit dans la salle et les gamines recommencent - illico les noix de coco et illica les noix de coca - leurs gammes. Parfois il pousse des hurlements et se lance dans un impro à la Ray Charles. Que n’a-t-il dit ! Sur la fin, se plante devant et vous expédie un Tutti Frutti pur jus séminal, et vous décoche un Hound Dog qui vous laisse une encoche dans les neurones et vous embroche les phéromones.

             Remarquons que les fifilles, ne gardent pas leurs billes dans le sac aux bisbilles, pas moins de quatre pépites émérites de Gene Vincent, du Janis Martin, du Stray Cat, du Wanda Jackson, du Nancy Sinatra, du Annisteen Allen, du Henry Thomas, du Burnette Trio… le pire c’est que quand elles tapent dans leur morceau, Takou par exemple, comparé aux bolides précédents c’est pas du tacot, c’est du solide, ça tient la rampe, ça tient la crampe.

    Publicus excitus. Musicos crevos. Concerto excellentissimo.

    Damie Chad. (Qui n’a pas perdu son latin !)

     

    *

     J’ai ricané en apercevant le titre, tiens encore un truc de doom sur l’enfer, si l’on me donnait un euro à chaque fois que le mot Hell est prononcé dans un morceau rock, je serais riche. J’ai plissé les yeux, au juste faut-il lire  lleléll ou heléh, après vérification cette dernière graphie s’avère la bonne. Bizarre, ce ne sonne pas espagnol, le groupe est de Cordoba, région du centre de l’Argentine, ressemble à de l’hébreu, mon traducteur me dit qu’en effet en cette langue il signifie Salut, mais que le mot est emprunté au soudanais. Je veux bien, délaissons les questions étymologiques, simplement remarquons qu’entre le Salut et l’Enfer, il existe un point de concomitance sémantique. Dommage qu’il y ait toutefois cet accent sur le second E, sans lui le mot serait un magnifique palindrome infernal…

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    Autre particularité, ce n’est pas vraiment un groupe. Plutôt un acte artistique. Sont deux : Matias Takaya : guitare et basse, possède aussi le studio d’enregistrement ( AV recording Studio ) dans lequel l’opus fut perpétré. Gonzalo Civita : vocal et couverture. Troisième homme aux drums : Johan π avec son 3,14  l’a un nom  de batterie électronique.

    Sur son FB, Matias Takaya décrit avec une précision d’entomologiste le résultat de son travail : ‘’ Hoy salio este discazo pesado, oscuro, densos, suicida que hicimos con Gonzalo Civita ‘’ soit en la langue de Villiers de l’isle Adam : ‘’ Aujourd’hui est sorti ce disque lourd, sombre, dense, suicidaire que nous avons commis avec Gonzalo Civita ‘’

    Est-il vraiment nécessaire de lire la chronique après une telle déclaration !

    HELEH / HELEH

    ( Avril 2022 / YT – Bandcamp)

    J’ai toujours un doute lorsque j’aborde un disque de rock chanté en espagnol, c’est l’espagnol qui me trouble, m’apparaît comme un truc exotique, une marque folklorique indélébile, je me dis qu’un quidam étranger qui écoute un opus en français doit avoir le même mouvement répulsif, mais pourquoi ne chante-il pas en anglais… souvent quand je tombe sur des spanish groupes qui m’intéressent mais je ne parviens pas à accrocher et je passe à un autre.

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    Réquiem  : oui c’est sombre et lourd, au cas où vous n’auriez pas compris les paroles s’en chargent, sommes en plein dans un enterrement, le cercueil est déjà dans la fosse, et le narrateur vient de lancer sa poignée de terre, une scène de cinéma ou plutôt d’opéra, funeste et grandiose, très beau récitatif de Gonzalo Civitas, vous ne sentez pas, par sa manière d’articuler les mots, de les transformer en chant, l’écran de l’idiome inhabituel, voix et musique ne forment qu’un. La lenteur d’un convoi funèbre, riff de base et de basse ne varietur, si le chant de Gonzalo s’exhausse, se métamorphose en cri d’oiseau qui plane là-haut, là-bas, très loin, la guitare écume et amertume de chagrin incisif qui sourd dans votre chair, tout se passe dans la tête, les regrets éternels, l’inéluctable consommé, il est trop tard pour avoir mieux agi. Il ne fait pas beau, ni au-dedans de soi ni dehors, l’on entend gronder l’orage, s’élèvent des chœurs, ce n’est pas pour rien que le morceau s’appelle réquiem. Existir : le titre semble mal choisi, la musique s’allonge, s’étire, voix mortuaire, qui parle, moi ou la mort, cet existir est une méditation angoissée sur la mort, ne formerait-elle pas un avec l’existence, arrêt brutal, le chant devient cris désespérés, sludge enkysté en chœurs, la mort n’est-elle pas la vie parfaite que l’on clôt lorsque le couvercle du cercueil se referme sur nous, est-ce au moment de la mort que nous prenons conscience de vivre pleinement puisque nous sommes au bout de l’accomplissement du fait d’exister, ou alors basculons-nous pour toujours dans le néant, à moins qu’une fois annihilé nous remettions nos pas dans notre existence, aussi dévolue au trépas que celle que nous venons de quitter, et nous revenions exactement le même toute une éternité de temps ce qui revient à dire que la vie n’est qu’un autre nom de la mort. Pas très gai, mais magnifique, cette basse qui referme le suaire, cette batterie qui enfonce à coups lents les clous et cette guitare qui les suce avec une voluptueuse angoisse de l’intérieur.  Amar : ne vous fiez pas au titre. Qui parle là ? Est-ce depuis le dessus ou le dessous de la terre. Quelle est cette consolation, d’où vient-elle, de celui qui est parti, de celui qui reste, à moins que de l’un à l’autre elle ne vienne que de moi, une fois mort ou vivant, superbe oratorio avec la voix qui mord le récitatif mortuaire, accélération, plissement, ahanements battériaux, la voix s’étrangle d’énoncer des réalités impalpables, la peur de rester enfermé en soi-même ou dans le cercueil, ce qui revient au même. N’a-t-on pas toute l’éternité pour trouver la réponse… Questionable virtud : pas d’affolement, nous sommes vivants, enfermés dans notre chambre close ( ne serait-ce pas une métaphore d’un autre enfermement ) musique lourde et lente, la guitare devient scie, la voix découpe les stases de l’existence pour les réassembler, l’on change le montage du film, silence l’ion entend comme dans les ciné-clubs la roue mobile du projecteur qui se prend pour un ventilateur en roue libre. Hurlements ? est-ce vraiment du courage que de vouloir remodeler sa vie comme si l’on pouvait modifier la mort, comme l’on range sa chambre. Magnifique performance vocale. Canto jondo. Chant d’impuissance. Lo ven ( Mi infierno ) : bruissement de petit moteur, presque ces appareils sur lesquels on vous branche à l’hôpital, gargouilles vocalisées, des voix qui chuchotent au loin, que l’on ne comprend pas, musique lourde et angoissante, borborygmes cafouilleux dans une gorge embrumée de glaires, une guitare voilée prend de l’altitude, est-ce une âme qui monte au paradis, ne craignez rien, qu’elle descende dans l’enfer de l’existence, ou de la mort, de toutes les manières c’est du pareil au même. La caméra n’en finit pas de tourner… Elle s’arrête en bout de piste. Il n’y a plus rien à filmer. Parfois l’on peut couper le film volontairement avant la fin. C’est juste une autre fin qui ne diffère en rien d’une autre fin.

    Pas très gai je vous l’accorde (de pendu) mais d’une beauté noire et splendide.

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    Pour nous changer les idées regardons la couve. Un paysage, une rivière qui coule au fond d’une vallée. Rien de bien original, si ce n’est ces teintes marron-bistre qui rappellent les les photographies de la fin du dix-neuvième siècle. Oui, je sais c’est vieux tout ça, oui ça ne se fait plus, c’est mort ! Vous ne croyez pas si bien dire, cette rivière anonyme ne serait-elle pas une figuration d’une autre davantage léthéenne, qui coule en un autre royaume.

    Damie Chad .

     

     

    *

    Les deux mots m’ont sauté au visage, dans un tout petit texte qui défilait sur FB, ce n’est pas qu’ils étaient difficiles à comprendre, ce n’est pas que qu’ils sont inusités depuis le treizième siècle, c’est que leur proximité est assez rare, un peu comme si dans la notice de montage de votre machine à laver achetée en kit, vous trouviez les termes diplodocus et éclair au chocolat. Là c’est encore plus incongru. Je vous les livre : rock et politique. Pas de panique, examinons la chose de plus près, en gros le gars affirmait que certains lecteurs se sentaient désorientés par l’éditorial politique qui ouvrait leur blogue rock. Tiens, quelqu’un de courageux, facile de l’identifier, c’est écrit, Le blog de Stevie Dixon, Oh ! la ! la ! un bail que je ne me suis pas promené dessus. Vérifions ! Y a ceux qui disent et ceux qui font. Parfois ce ne sont les mêmes. Comme disait l’autre un petit clic et un grand pas pour l’humanité.

    GUIGNOL’S ROCK # 2487

    (moi qui suis tout fier de nos 550 livraisons, je me sens pitoyable)

    Brèves News in Strange Times à Lyon du 1er au 15 / 04 / 2022. 

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    Pas besoin de chercher bien loin, après la belle pochette du premier album des Beths de passage le 08 avril au Périscope. N’y vont pas le mouchoir dans la poche et la queue entre les jambes. Je recopie :

    ‘’ Ouch, on se retrouve en pleine période électorale… Non, on ne va pas vous faire l'affront de vous dire pour qui voter, mais quand même on va suggérer pour qui ne pas voter, c'est bien le moins… Et comme d'habitude, on s'intéressera uniquement ici à l'aspect sanitaire (et non aux autres scandales liés au président actuel qui déboulent nombreux et costauds, mais sont passés sous silence par la presse bien muselée). Quitte pour nous à rabâcher un peu sans doute. Et comme d'hab' aussi, si ça ne vous intéresse pas vous pouvez passer aux brèves News Rock un peu plus bas’’

    Attention c’est clair net et précis, Guignol’s Rock, ce ne sont pas des guignols, en fait si, puisqu’ils sont lyonnais et que la marionnette qui passait son temps à bastonner la maréchaussée défendait le point de vue des classes laborieuses,

    Bref ne se contentent pas de se déclarer rebelles. Le genre de proclamation qui ne mange pas de pain, qui tout de suite vous recouvre d’une aura romantique qui plaît aux filles. Une position métaphysique de principe qui trop souvent est un paravent qui vous dédouane de toute participation active… à des actes de rébellion…

    Non chez Guignol’s Rock on saute à pieds joints dans l’actualité. Ne font pas non plus de la politcaillerie de bas étage à la petite semaine. Ce n’est pas la mouche tsé-tsé qui les a piqués, c’est pourtant un truc qui pique et à plusieurs reprises, la médecine miracle qui devait nous débarrasser du Covid. Le fameux vaccin anti-épidémique. Ne sont pas pour, j’ai même l’impression qu’ils sont contre.

    Pour parler de mon cas personnel, comme des milliers d’autres j’ai senti l’embrouille, dès l’annonce du confinement, l’intuition qu’il y avait trop d’argent en jeu… Mais bon chacun prend ses responsabilités, je n’y suis pas allé. Respecte ceux qui ont tendu le bras. Leur souhaite simplement de n’avoir pas eu la même mauvaise idée de ma mère huit jours après l’injonction, elle est morte. Un cas extrême certes, mais il ne faut pas oublier tous les cancers, tous les accidents cardiaques, tous les urticaires géants et autres babioles peu sympathiques qui se développent depuis quelques mois dans le pays. Cherchez l’effet, vous trouverez la cause Aristoteles dixit.

    Jusques là l’histoire se tenait. Mal, mais elle tenait. Brusquement la mascarade s’est aggravée. En plus de la troisième piquouze, notre président chéri a inventé un super truc, le pass vaccinal. Pas de pass, pas de concerts rock, pas de restos, pas de bars. De toutes la manières les concerts assis avec un masque… Bref comme beaucoup j’ai passé tout l’été à manifester…

    Je sens les objections, tous des rockers, des ignares, des brutes, des ignorants, ne savent pas quoi trastéger pour se faire remarquer. Chez Guignol’s Rock, passé le premier moment de répulsion épidémique que chacun se doit de ressentir lorsque l’on attente à sa liberté, z’ont bossé, ne vous contentez pas du numéro 2487, déroulez le site, visitez les livraisons antérieures, un travail de bénédictins, vous avez des renvois à des dizaines d’articles sortis d’un peu partout. Lisez, écoutez, regardez, réfléchissez. Z’ont des arguments, font des recoupements, cherchent la logique qui prévaut à ce phénomène… Sûr qu’il est plus facile de tendre le bras pour filer au bistrot. Pour ma part, sans pass j’ai continué à fréquenter mon bar habituel, la solidarité et la résistance active ça existe aussi.

    Evidemment, derrière le pass et le vaccin, y a toute une politique de coercition qui se met en place, tout doucement, l’air de rien, à croire que l’on ne veut que notre bien. Evitez de vous enferrer dans les pensées bisounours.

    Changeons de sujet. Guignol’s Rock nous invite à signer une pétition. Suivez mes conseils de prudence, n’apposez pas votre paraphe les yeux fermés, là Guignol’s Rock exagère. S’agit ‘’ pour lutter contre les inégalités de taxer les riches’’. Quelle folie, si l’on taxe les riches ils deviendront pauvres. Quelle erreur ! Quelle horreur ! Dénonçons ce blogue de terroristes qui veulent affamer toute une partie de la population. Des barbares ! Veulent retourner à la préhistoire, aux tribus de chasseurs-cueilleurs ! Quelle régression sociale ! Des fous furieux, veulent un peu plus de justice en ce bas-monde. Des anticapitalistes ! On devrait les dénoncer, les marquer au fer rouge, et punition suprême les piquer contre le Covid ! Vous vous rendez compte ils appellent même à une manif antipass et anti-Macron. Incroyable mais vrai, ils osent faire de la politique dans un blog-rock.

    Des gens très bien.  En somme. Ne soyez pas étonnés, après la thèse vous avez eu l’antithèse, nous entrons dans la synthèse.  Un blog-rock se doit de causer de rock. Donc après nous être longtemps attardés sur the politic side, regards sur the rock’n’roll side.

    Z’ont de la chance à Lyon, capitale des Gaules, des concerts tous les soirs, et en plus ils osent avouer qu’ils en ont certainement oubliés dans leur recension… Suit un petit article sur Ganafoul, un groupe mythique des french seventies, remontent sur scène plus de quarante ans après leur dissolution. Vous ignorez tout sur Ganafoul, pas de panique, une vidéo est à votre disposition. C’est le principe, pour pratiquement chaque sujet abordé vous avez votre cadeau, exemple sur le festival Salaise Blues vous en avez trois, ou alors sur Printemps Indie vous cliquez  sur Marché gare en vert et hop vous avez le programme, sautons Jazz à Vienne, vidéo de 28 minutes d’un concert des Foxy Ladies, attention sortie imminente d’une vieille bande de Killdozer sur Simplex Records, vidéo à l’appui.  Vous en avez pour quelques heures d’écoute interactives. Vous avez compris le principe. Textes informatifs et maximum de documents sonores, l’antithèse – la seule richesse du monde c’est capacité différentielle - de nos Chroniques de pourpre. Et plouf, mon œil s’arrête pile sur une vignette que je connais bien, celle dessinée par le Cat Zengler en tête de nos livraisons, avec z’à côté le petit texte suivant : Des news rock, rock'n'roll même, dans CHRONIQUES DE POURPRE 549 : KR'TNT 549 : Jugez plutôt du sommaire, c'est quand même assez éclectique…: ROCKABILLY GENERATION NEWS (Ricky Nelson, Tony Marlow, etc dans Rockabilly Génération #21) / BOBBY GILLESPIE (sur son livre, Tenement Kid) + PRIMAL SCREAM / PROCOL HARUM / ENDLESS BOOGIE / BABY LOVE / BOB DYLAN / GOATGOD / JIM MORRISON + MARIE DESJARDINS… Vous vous demandez de quoi ça cause exactement, allez donc y voir… Longues dissertations, mais le mec a un certain style et des idées claires… 

    Stevie Dixon et ses acolytes aussi…

    Damie Chad.

     

      

    Poème pour mon ami Kr'tnt Kr'tnt Damie Chad.

     

    Happy Rock and Roll

    dans son rocking-chair

    à tomates farcies,

    à croquer, à niquer,

    à croque- niquer,

    chroniquant des chroniques

    chromatiques d'enfer

    diatonique craquante.

    En Davy Crockett croqueur

    croquant les rockers-rockeuses,

    à nous faire bouillir les méninges,

    sans même nous ménager.

    A nous déménager

    le parquet des évidences

    pour une danse endiablée

    avec le destin.

    A casser les cailloux tristes

    des solitudes vaporeuses,

    vidant de leur sang

    les armoires mortes

    de la raison.

    Pour enfin écrire

    en rond-de-cuir,

    perçant le mur du son.

    Mais donnant

    sans compter,

    juste pour

    nous raconter

    des musiques

    en bas nylon,

    aux beaux rouleaux

    redondants rock and roll .

    A vous rouler dedans

    les mécaniques,

    jusqu'à "cheveuluruser"

    la banane flambée

    en taie d'édredon

    de derrière les fagots.

    Pour allumer le feu

    des jeunesses éternelles,

    et brûler les ailes

    des certitudes,

    à piller

    le pape Pillon,

    à pilonner

    le diapason,

    puis rameuter

    le quartier

    des illusions,

    bref à danser

    le Rock and Roll

    en quadruple

    quatre saisons.

    P.G.Y Patrick Geffroy Yorffeg