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pogo car crash control

  • CHRONIQUES DE POURPRE 471 : KR'TNT ! 471 : EDDIE PILLER / MOSE ALLISON / ALVIN GIBBS / THE PESTICIDES / THE JUKERS / GENERATION ROCKABILLY / MIKE NEFF & THE NEW AMERICAN RAMBLERS / POGO CAR CRASH CONTROL + SUICIDE COLLECTIF

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 471

    A ROCKLIT PRODUCTION

    FB : KR'TNT KR'TNT

    02 / 07 / 20

     

    EDDIE PILLER / MOSE ALLISON / ALVIN GIBBS

    THE PESTICIDES / THE JUKERS

    ROCKABILLY GENERATION 14

    MIKE NEFF & THE NEW AMERICAN RAMBLERS

    POGO CAR CRASH CONTROL / SUICIDE COLLECTIF

     

    Piller tombe pile

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    Trèèèèèèèèèèès belle compile que ce Soul On The Corner concoctée par deux vieux Mods anglais, Martin Freeman et Eddie Piller. Rappelons qu’Eddie le pillier dirige un label mythique nommé Acid Jazz. Puisque c’est un double album, ils ont chacun leur galette.

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    On voit très vite qu’Eddie Piller préfère le smooth au pas smooth, alors que Martin Freeman va plus sur le pas smooth, mais il ne va quand même pas jusqu’au raw, n’exagérons pas. Ils veillent tous les deux à rester dans les clous d’une Soul on the Corner, celle dont parle si bien Piller dans ses commentaires, la Soul des clubs tard dans la nuit. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard s’il ouvre son petit bal de round midnite avec Bobby Womack et «How Could You Break My Heart», tiré de l’album Roads Of Life. Bobby y dégouline de classe, nous dit Eddie. Bobby tartine une fantastique ambiance de groove souverain, comme il l’a fait toute sa vie et passe même sur le pouce un solo final de Womack guitah. Eddie y va fort, puisqu’il enchaîne avec un autre monstre sacré, Willie Hutch et «Lucky To Be Loved By You», tiré de son premier album, Soul Portrait, paru en 1969. Eddie ne comprend toujours pas pourquoi Willie n’est pas devenu une superstar. Ça le dépasse complètement. Les bras lui en tombent. Il n’est pas le seul à qui ça arrive. Quand on écoute Soul Portrait, on tombe automatiquement de sa chaise. Alors oui, pourquoi Willie Hutch n’est-il pas devenu une superstar ? L’attaque de Loved By You vaut toutes celles des Supremes et même celles du grand Smokey. Willie nous fait le coup de la Soul des jours heureux. C’est un véritable chef-d’œuvre de good time music. Le message d’Eddie est clair : écoutez Willie ! Et ça continue avec l’extrême délicatesse de la sweet Soul de Tommy McGee, avec «Now That I Have You». C’est d’un raffiné ! On se délecte à l’écoute de cette perle noire posée dans l’écrin des falaises de marbre du lagon d’argent. Autant parler de magie de la Soul, ça ira plus vite. Puis Eddie va essayer de nous refourguer ses découvertes de label boss, du style Laville avec «Thirty One», un mec qu’il a découvert par hasard dans la rue et qu’il a signé sur Acid Jazz. Eddie privilégie le soft groove, celui qui coule comme de la crème anglaise bien tiède sur le banana split. Ce que vient d’ailleurs confirmer le «Love Music» de Sergio Mendes & Brazil 77. Comme tous les DJs, Eddie est une véritable caverne d’Ali Baba à deux pattes. Si on commence à l’écouter, on y passe la nuit. Il nous sort des trucs inconnus au bataillon comme Pajoma, puis un certain Goodie dont il ne nous viendrait jamais l’idée d’acheter l’album, au seul vu de la pochette. Ce fin limier d’Eddie nous sort même une Française, Patsy Gallant, qui chante une espèce de petite Soul moderniste. Les compiles servent à ça, mais en même temps, il faut avoir du temps et surtout une mémoire d’éléphant, pour emmagasiner toutes ces infos. Nouvelle découverte avec Arnold Blair et «Finally Made It Home». Eddie ne sait pas si Arnold est un homme ou une femme. C’est vrai qu’on se pose aussi la question. Arnold chante au smooth de classe humide, et pendant qu’on salive à l’écoute de cette merveille, Eddie le renard nous annonce qu’il y a more to come. Apparemment, il va sortir des trucs d’Arnold sur Acid Jazz. Sans doute rééditera-t-il l’exploit de Leroy Huston, dont l’intégrale est reparue sur Acid Jazz. En attendant, nous voilà avec un nouveau chanteur de rêve sur les bras, Arnold Blair chante à l’angle du biseau d’ange de miséricorde, un peu à la façon de Leroy Huston, justement. Cette manie du smooth conduira Eddie en enfer ! Et puis voilà une autre surprise de taille : The Reverend T.L. Barnett & The Youth For Christ Choir et «Like A Ship (Without A Sail)». Aux yeux d’Eddie, il n’existe que trois formes de spiritual music genius : Rastafarianism & Spirtual jazz, but especially gospel. True wall of Soulful Soul. Si on aime le real deal du gospel, on est servi. Il termine sa galette avec un autre roi du smotth, Jerry Butler qui fit partie des early Impressions, l’un des groupes qui a vraiment su marquer son époque au fer rouge.

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    Martin Freeman démarre sa galette avec l’inexorable Barbara Aklin et «A Raggedy Ride». Vintage 68 Soul avec un twist of something, nous dit Freeman la bouche en cœur. Sacré shoot de Barbara ! Elle shake ses envolées belles avec la niaque d’une vraie jerkeuse. Nouveau message : écoutez Barbara Aklin. C’est l’une des Soul Sisters de base. Freeman rend ensuite hommage à Georgie Fame avec un «Daylight» signé Bobby Womack. En bon DJ, Freeman sait que Georgie remplit any dancefloor, garanteed. C’est vrai qu’il ne faut pas prendre Georgie pour une brêle. La version de «Parchman Farm» qu’on trouve sur Mods Classics 1964-1966 est un passage obligé. Puis Freeman tire «Fan The Fire» du premier album d’Earth Wind & Fire et il s’exclame la main sur le cœur : «Good Lord, they were so good !». Il a raison, les premiers albums d’Earth Wind & Fire valent tout l’or du monde, si l’on peut dire. Et comme son copain Eddie, Freeman propose des choses moins intéressantes avant de revenir en force en B avec Donny Hathaway et «Voices Inside (Everything is Everything)». Là c’est facile, car Donny est imbattable. Et Freeman en rajoute une couche en déclarant qu’il est one of the best. Il recommande bien sûr le premier album sur ATCO, Everything Is Everything - Let’s get down now - Donny est avec Marvin l’un des rois du groove urbain, un groove gorgé de blackitude sensuelle. Freeman enchaîne avec Syreeta et «I’m Going Left». Elle sonne comme les Supremes, c’est presque un compliment. On le sait, Syreeta chante avec tout le petit chien de sa chienne et elle tient la dragée haute à G.C. Cameron sur un très bel album, Rich Love Poor Love. Il faut aussi aller l’écouter sur Mowest. Elle est sans doute l’une des dernières à brandir le flambeau du Motown Sound. Puis Curtis Mayfield sort son plus beau smooth pour «Love To Keep You In Mind». Freeman dit que d’écouter Curtis, ça le fait chialer. Il n’est pas le seul. C’est vrai que Curtis semble avoir inventé la délicatesse, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Freeman tente ensuite de nous refourguer Tower Of Power, mais bizarrement, ça ne marche pas. Ça ne marche jamais. Chaque fois que Tower Of Power apparaît sur une compile, c’est le bide assuré. Trop middle of the road ? Allez savoir ! Ceci dit, le principal c’est que ça plaise à Freeman. Nous on est là pour écouter, pas pour la ramener. Freeman tape ensuite dans la crème de la crème avec le Brook de Cotillon. Eh oui, ce hit se trouve sur l’excellent Story Teller de Brook Benton enregistré au Criteria de Miami avec les Dixie Flyers et produit par Jim Dickinson et Arif Mardin. Autant parler d’un méga-big classic. Brook parle de ses chaussures qui, nous dit Freeman, le ramènent inexorablement chez son ex. Nouvelle rasade de Soul avec Tommie Young et «Hit & Run Lover». On a là la good time music des jours heureux, Tommie est une reine de la rue, une soul Sister du Texas. Et comme tout a une fin, voilà Betty Wright qui vient tout juste de casser sa pipe en bois. Freeman nous propose l’un de ses vieux hits, «The Babysitter» tiré de l’énorme Hard To Stop paru en 1973. Freeman nous dit qu’elle n’avait même pas 20 ans, mais son Babysitter tape en plein dans le mille. D’ailleurs, il suffit de voir la pochette de l’album : Betty y réincarne la reine de Saba.

    Signé : Cazengler, Eddie Pinard

    Martin Freeman And Eddie Piller Present Soul On The Corner. Acid Jazz 2019

     

    Fingers in the Mose

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    Dans le docu que lui consacre Paul Bernays, Mose Allison est salué par des fameux compères : Pete Townshend, Van Morrison, Joel Dorn, Frank Black et la belle Bonnie (Raitt) qui va jusqu’à déclarer : «He’s the one who can sing the blues.» Townshend s’émerveille du fait que Mose soit né dans le delta et qu’il ne soit pas noir - He was born in the delta but... he wasn’t black ! - Oui, Mose Allison naquit à Tippo, Mississippi, et il raconte qu’il y avait du country blues partout autour de lui. Son père tenait la grosse épicerie - Tippo General Store, that my father built - Et puis voilà le fin du fin de ce qu’on appelle le Mod Jazz, «Parchman Farm» que Mose enregistra en 1957. Bernays nous laisse en compagnie Gerogie Fame qui en fit certainement la version la plus légendaire - In my nose came the Mose sound - Nous voilà au Flamingo, à Soho, avec une chain-gang song de forçats transformée en hymne de la scène Mod anglaise.

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    Mose Allison vient à la fois du blues et du jazz. Il réalise assez vite que pour vivre de sa musique, il doit aller s’installer à New York. Il y débarque en plein dans la bohème des early sixties - Jazz was very much part of it - Il accompagne Stan Getz et Jerry Mulligan. Un témoin black du docu dit de Mose qu’il est white but soulful, ce qui vaut pour un compliment. Peter Townshend est l’un de ses early fans. Le «Young Man Blues» qu’il joue avec les Who est l’un des grands classiques de Mose, et Townshend avoue que «My Generation» vient de ce tempo jazzy bien rythmé, d’ailleurs il le chante sur un tempo jazz. L’autre grand admirateur de Mose devant l’éternel n’est autre que Frank Black. Souvenez-vous d’«Allison» sur Bossanova. Eh, oui, c’est un hommage à Mose. Frank Black considère même Mose comme un dieu - I know he’s just a man, but you know, I’m not sure about that - Le gros laisse planer le mystère de sa conception - And when the planet hit the sun/ I saw the face of Allison.

    Bon, on va se calmer un peu, car les disques du vieux Mose ne sont pas des plus accessibles. D’ailleurs Atlantic lui fit remarquer à une époque qu’il allait devoir faire un petit effort pour que ses disques se vendent. Le son de Mose est un son très piano-jazz-shuffle, très entre-deux eaux, ni trop ni pas assez, complètement inclassable, moderne et ancien à la fois, dynamique et classique en même temps. Ses albums sont encore plus austères que ceux du James Taylor Quartet qui bénéficie aussi d’une certaine aura chez les connaisseurs, comme d’ailleurs tous les disques Mod Jazz un peu pointus. Mais ça reste un truc de spécialistes. Très compliqué de les recommander. Il ne vaut mieux pas s’y risquer.

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    Par contre, le tribute à Mose Allsion qui vient de paraître est chaudement recommandé, car des ténors du barreau se bousculent au portillon. On doit cette initiative à Fat Possum, le petit label indépendant spécialisé dans le Southern raw blues. L’album s’appelle If You’re Going To The City. A Tribute To Mose Allison, et dans le digi se trouve en complément le docu de Paul Bernays, Mose Allsion: Ever Since I Stole The Blues. L’ensemble constitue ce qu’on appelle généralement une merveille et pour approcher un artiste aussi complet que Mose, rien n’est plus indiqué. C’est Richard Thompson qui se tape «Parchman Farm» - It’s a song about a difficult work - Le vieux Richard joue le shuffle légendaire du pénitencier sur sa guitare, mais il ne décoince pas. Il aurait dû laisser la place à Georgie Fame. C’est Chrissie Hynde qui va décoincer le truc avec «Stop This World». Elle prend les choses au groove de jazz, elle a tout compris. Elle plonge dans le rêve de Mose et caresse le mythe d’une main experte. L’autre invité de marque est Iggy qui prend «If You’re Going To The City» au heavy dumbbeat. Rien à voir avec Mose, mais Iggy l’aime bien, alors il rigole, hé hé hé, il groove un hip-hop à la con. N’empêche qu’il faut faire confiance à Iggy, il chante pour toi, hé hé hé, il devient l’Iggy que l’on sait, Iggy the terrific. Toute aussi terrific, voilà Bonnie Raitt, avec «Everybody’s Crying Mercy». Elle en fait une énormité, elle bouffe Mose tout cru au petit déjeuner, Bonnie est une bonne, ça tout le monde le sait. Elle éclate sa Soul de jazz au Sénégal avec sa copine de cheval, elle est atrocement bonne, c’est une joie de la trouver à la suite de Chrissie Hynde et d’Iggy.

    Taj Mahal ouvre le bal avec «Your Mind Is On Vacation». Il fracasse le vieux boogie comme il fracassait jadis celui de Sleepy John Estes. Ça joue à la stand-up, donc on a le vrai truc, Taj does it right et redonne vie au vieux boogie de Mose. C’est le disque de rêve des temps modernes : Taj Mahal + Mose Allison + la stand-up. Que peut-on espérer de mieux ? Encore un invité de marque avec Frank Black et «Numbers On Paper». Le vieux Magic Band boy Eric Drew Feldman l’accompagne. Le gros placarde son Mose à la poterne du palais. C’est comme ça et pas autrement. On entend aussi la fille de Mose, Amy Allison, accompagnée de Costello, chanter «Monsters Of The ID» d’une voix de canard médusé. Mais dès que Costello chante, ça devient comme avec Stong le contraire du rock. C’est très compliqué à écouter. On en voit d’autres se vautrer, comme par exemple les frères Alvin avec «Wildman On The Loose». Ils ramènent beaucoup trop de guitares, comme s’ils n’avaient rien compris au jazz de Mose. On a aussi Peter Case qui se prend pour un Jazz cat avec «I Don’t Worry About A Thing». Pas facile d’entrer dans l’univers très pur de Mose. Les Américains s’y cassent les dents un par un. Ils sont trop dans l’approximation. Difficile d’évaluer les dégâts. Il aurait fallu confier le dossier à un institut spécialisé dans les statistiques. Ou confier l’ensemble du tribute à Chrissie Hynde, Iggy, Taj et le gros. On voit aussi Loudon Wainwright et Fiona Apple se vautrer en beauté. Par contre, Robbie Fulks joue «My Brain» au dada strut et en fait de l’Americana de haut rang, avec un banjo qui prévaut comme un prévôt dans le mix. Quelle belle déveine de la dégaine ! Jackson Browne s’en sort lui aussi avec les honneurs, il tape «If You Live» au very big sound avec une voix à la Dylan. Il américanise lui aussi le vieux Mose, mais c’est idiot, vu que le vieux Mose est déjà américain. Si Jackson ne s’appelait pas Jackson, on pourrait croire qu’il s’appelle Bob. On tombe plus loin sur une curieuse association : Ben Harper & Charlie Musselwhite. Ils prennent «Nightclub» à la bonne franquette. Comme on l’a vu, l’oncle Ben bouffe à tous les râteliers, mais Charlie, c’est une autre dimension. Il est mille fois plus crédible que l’oncle Ben. Charlie est le punk de Chicago, il explose Mose à coups d’harmo. Il renoue avec l’énergie originelle du grand Mose Allison, et franchement, ça vaut le déplacement.

    Signé : Cazengler, Morve Allison

    If You’re Going To The City. A Tribute To Mose Allison. Fat Possum Records 2019

    Paul Bernays. Mose Allison: Ever Since I Stole The Blues. DVD 2019

     

     

    Le job de Gibbs

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    Après avoir quitté les UK Subs, Alvin Gibbs s’installe à Los Angeles pour redémarrer une nouvelle carrière. Un jour, il reçoit un drôle de coup de fil : Andy McCoy l’appelle pour lui proposer le job de bassman dans le groupe d’Iggy Pop. Wot ? C’est un big deal. On est en 1988, Iggy vient d’enregistrer Instinct et envisage une tournée mondiale de promo qui va durer huit mois. Donc il recrute des mercenaires, à commencer par Andy McCoy qui fit des siennes avec Hanoi Rocks. Et comme McCoy connaît Alvin Gibbs et qu’il le sait basé à Los Angeles, il le met sur le coup. Les autres mercenaires sont le guitariste Seamus Beaghen et le batteur Paul Garisto. Le job est bien payé et les tourneurs offrent des garanties d’hébergement dans les meilleurs hôtels. Le job de guitariste devait revenir initialement à Steve Jones qu’on entend sur Instinct, mais les tourneurs veulent des gens clean pour la tournée : pas de dope, pas d’alcool, pas de rien, et des papiers en règle. Comme Steve Jones n’est pas net, le job revient à Andy McCoy qui réussit miraculeusement à montrer patte blanche.

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    Alors, se régale-t-on de détails croustillants, de scènes de débauche dans les grands hôtels, de hard drive of sex drugs & rock’n’roll ? Curieusement, non. Alvin Gibbs porte sur le cirque de cette tournée mondiale un regard extrêmement puritain, ce qui, d’une certaine façon, l’honore. Pas de voyeurisme à la mormoille. Mais en contrepartie, il nous fait le coup des cartes postales, notamment à Tel Aviv et au Japon, et là, il perd un peu de son panache. Le seul intérêt du book est bien sûr Iggy qui est alors en plein redémarrage avec cet album inespéré que fut Instinct, du big hard drive d’Iggy bien moulé dans son pantalon de cuir. C’est aussi l’époque où Iggy a décidé de calmer le jeu et pour éviter toute forme de dérive, il emmène sa femme Sushi avec lui en tournée. No sex and no drugs, ou plutôt comme l’indique perfidement Alvin Gibbs, just a little bit of sex dès que Sushi s’absente 24 h et a little bit of drugs quand apparaît comme par miracle un joli tas de coke dans la chaleur du backstage.

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    On le sait, le journal de bord d’une tournée de rock est un genre difficile. Avant Gibbs, d’autres se sont frottés au genre, notamment Ian Hunter (Diary Of A Rock’n’Roll Star) et Robert Greenfield (STP Stones Touring Party). Le plus intéressant de tous étant certainement le livre que Noel Monk consacre à la tournée américaine des Sex Pistols (12 Days on The Road/The Sex Pistols And America). En comparaison de ce cauchemar génial que fut la seule tournée américaine des Pistols, le récit de Gibbs paraît un peu fadasse. Et les relents touristiques de certains épisodes ne font rien pour arranger les choses. À la limite, on est content qu’Iggy prenne soin de lui (sauf sur scène où il continue de prendre des risques en se jetant dans la foule), mais en même temps, il manque tout le Search & Destroy de son âge d’or. Mais au fond, la plupart des tournées de rock stars doivent ressembler à ça : séjours dans les capitales du monde entier, gros shows, parties d’after-show avec les célébrités locales et la crème de la crème des courtisanes agréées, grands hôtels et gamelles dans les meilleurs restos, trajets en première classe dans des avions avec des hôtesses coquines, petits écarts de conduite pour les hommes mariés, tout cela finit par être d’une effarante banalité, à tel point que ça ne fait même pas envie. Iggy a semble-t-il passé le cap des excès pour se professionnaliser, car il sait au fond de lui que c’est la seule façon de continuer à exister en tant qu’Iggy. De ce point de vue, il est excellent. Le fait d’engager des mercenaires fait aussi partie du jeu. Un album, une tournée et hop, on passe à autre chose : pas d’attachement, pas d’état d’âme. Iggy navigue en solitaire et tient son cap. Alvin Gibbs nous restitue un Iggy plus vrai que nature. Bon, on sait qu’il chante bien et qu’il est légendaire, mais ce portrait en demi-teinte d’Iggy est un petit chef-d’œuvre d’observation. Gibbs nous parle ici d’un homme extrêmement intelligent qui a choisi d’exercer l’un des métiers les plus difficiles qui soient au monde, celui de rock star, en évitant de se détruire. Et c’est parce qu’il s’est fait plumer par le showbiz qu’il a décidé de réagir en prenant son destin en main. Voilà ce que nous montre Alvin Gibbs, un Iggy en pleine possession de tous ses moyens et résolu à ne plus se faire enculer à sec par ces fucking suits qu’il hait profondément.

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    Alors évidemment, les épisodes un peu gratinés comme cette nuit de débauche avec les Guns N’ Roses dans un hôtel texan et les lignes d’héro d’Andy McCoy retombent comme des soufflés. Le personnage d’Iggy est mille fois plus rock’n’roll que tous ces rois du m’as-tu-vu. D’ailleurs, Alvin Gibbs boucle son book avec un bel hommage à Iggy, le qualifiant de borderline superman projective artist of rare talent, et il demande, dans le feu de l’action : «Qui d’autre que lui aurait pu écrire une phrase aussi sublime que ‘I wish life could be Swedish magazines ?’»

    Il se fend aussi d’une belle intro : «Posez votre smartphone, fermez la tablette et la télé et tous ces outils infernaux qui vous bouffent la vie et prenez le temps de découvrir à quoi ça ressemblait d’être un musicien qui accompagne à travers toutes les grandes villes des cinq continents l’un des plus explosifs interprètes de rock et son double plus posé et plus lettré, James Newell Osterberg Jr.»

    Quand il rencontre Iggy pour la première fois sur le balcon de l’appart d’Andy McCoy, Alvin Gibbs est frappé par sa musculature. Iggy ne porte pas de chemise sous sa veste en cuir. Gibbs découvre ensuite qu’Iggy se lève chaque matin à 6 h pour faire une heure d’exercices, avant de prendre son breakfast avec sa femme.

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    Pendant le segment américain de la tournée, le groupe voyage en bus. Alvin Gibbs s’assoit parfois à côté du chauffeur Jim Boatman et écoute ses histoires drôles :

    — Qui a des cheveux décolorés, deux cents jambes poilues, deux cents bras tatoués et pas de dents ?

    Alvin Gibbs donne sa langue au chat :

    — J’en sais rien, Jim...

    — C’est le premier rang d’un concert de Willie Nelson.

    Jim Boatman en propose ensuite une autre qui concerne Julio Iglesias, mais elle est tellement trash qu’il est impossible de la révéler ici, pour ne pas salir le joli blog de Damie Chad.

    Autre anecdote intéressante : Alvin Gibbs se retrouve dans une party à New York. Il repère Andy McCoy : il est installé dans un coin avec une gonzesse et fume de l’opium. Andy insiste pour qu’Alvin tire une bouffée sur sa pipe :

    — Have some of this !

    Connement, Alvin tire une grosse bouffée et ça lui monte aussitôt au cerveau. Le rush s’accompagne d’un violent mal de mer. Il fonce vers les gogues et en entrant, il tombe sur une blondasse en train de se faire tirer par Johnny Thunders, debout contre l’évier de la salle de bains. Entre deux coups de reins, Thunders lance :

    — What chew want man ? (Quesse-tu veux, mec ?)

    Alvin demande s’il peut gerber dans le lavabo. Thunders lui répond :

    — Hey man take a look, I’m busy here, use the bath. (Hey mec, tu vois bien que je suis occupé, gerbe dans la baignoire).

    Alvin gerbe dans la baignoire.

    Mais c’est bien sûr à Iggy que revient la palme d’or. Dans un taxi qui les raccompagne à leur hôtel, il explique ceci à Alvin : «Je vivais dans une cave sans chauffage et pour bouffer, j’ai joué pendant huit mois de la batterie pour des bluesmen dans les south side clubs de Chicago. Au bout d’un moment, j’ai compris que seul un black pouvait vraiment jouer le blues, tu vois, ils ont ça dans le sang. C’est instinctif. Aucun petit cul blanc ne peut jouer aussi bien qu’eux. Lorsque j’ai compris ça, je suis rentré dans le Michigan pour former les Stooges.»

    Quand ils se retrouvent à Sao Paulo, Iggy et ses mercenaires découvrent que la ville est coupée en deux : d’un côté les gens très riches et de l’autre, la grande majorité des millions d’habitants sont des gens très pauvres. Très très pauvres. Forcement, ce sont les riches qui assistent au concert d’Iggy qui leur lance : «Oui vous avez du blé, des grosses bagnoles, des baraques et des serviteurs, mais vous n’avez pas de cœur, pas de couilles, vous n’avez rien !» et Iggy se tourne vers son groupe et lance : «Play for these zombie motherfuckers ‘You Pretty Rich Face Is Going To Hell !»

    Dans un lobby d’hôtel, Alvin Gibbs assiste à un échange gratiné entre Andy McCoy et Iggy :

    — Hey McCoy, t’as jamais baisé une gonzesse avec une patte en moins ?

    — O man, tu déconnes, je ne pourrais pas, c’est dégueulasse !

    Iggy éclate de rire :

    — T’es qu’une poule mouillée, McCoy, tu devrais essayer, tu vas adorer ça !

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    En parallèle à ses exploits éditoriaux, Alvin Gibbs à bouclé les 26 lettres de l’alphabet avec ses copains des UK Subs et enregistré en plus un album solo : Your Disobedient Servant. Son groupe s’appelle Alvin Gibbs & The Disobedient Servants. On s’en doute, c’est un album assez punk, comme le montre l’«Arterial Pressure» d’ouverture de bal. Il a du monde derrière, notamment Brian James. Joli son. Il faudra attendre «Back To Mayhem» pour vibrer sérieusement. Alvin Gibbs investit sa mission, la cavalcade punk. Il peut aussi faire du glam, comme le montre «I’m Not Crying Now». Il passe au glam avec la mâle assurance du Cid. C’est un régal. Il joue avec «Ghost Train» la carte de l’aristocratie et c’est bien vu. Il est dans le bon turn up de haut rang. Tout aussi bien vu, voici «Camdem Town Gigolo», un cut crépusculaire noyé de chœurs de Dolls. On voit aussi Brian James allumer «Clumsy Fingers». Ces mecs ont appris à ne pas s’arrêter en si bon chemin. Autre belle pièce de Gibbs juju : «Ma!», un cut powerful bardé de grosses guitares, heavy rock de cocote absolutiste - I said Ma! Ma! Ma! - Il sait atteindre des sommets d’exacerbation, il va là où vont peu de gens. Comme disent les Anglais, he delivers the goods. Tout au long de l’album, on le voit veiller sur la véracité de ses amis avec un œil de lynx. Et du son. Il termine avec le big rockalama de «Deep As Our Skin», il y fait son Slade à la petite semaine, au sein d’un beau brouet d’accords. Bien vu, bien flamming, digne des géants du genre. Il jette l’ancre dans l’excellence du British rock.

    Signé : Cazengler, Alvin Gerbe

    Alvin Gibbs & The Disobedient Servants. Your Disobedient Servant. Cleopatra Records 2020

    Alvin Gibbs. Some Weird Sin. Extradition Books 2017

    THE PESTICIDES FIX

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    L'EP est actuellement disponible sur toutes les plate-formes de chargement, l'artefact est en préparation. Mais que ce soit sous forme digitale ou objective cet EP nous serre la gorge, c'est en même temps une bonne surprise et un très mauvais tour du destin. La joie de retrouver nos deux pestes, et cette tristesse de savoir que nous assistons au dernier tour de piste de Djipi Kraken que la camarde peu camarade a radié du monde des vivants. Ecouter ce disque est une manière de le retenir encore parmi nous, en présence de ses deux grandes sœurtilèges, tous trois ils formèrent The Pesticides, nous les avons vus en concert, il leur a suffi d'une seule apparition pour séduire l'assemblée, nous les avions alors chroniqués, et une deuxième fois quelques morceaux trouvés sur le net, et aujourd'hui cet EP, comme un dernier signe de la main, depuis l'autre rivage que hante désormais le Kraken...

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    Death circle : il est des titres prémonitoires auxquels on n'échappe pas, mais l'on a pas le temps d'y songer, une envolée de guitare arracheuse qui emporte tout et dessus la voix des jumelles douce comme du venin de tarentule, et lorsque la fureur s'arrête c'est pour mieux reprendre sa course folle, Djipi et sa guitare jupitérienne vous emportent en un safari sauvage avec nos deux vestales qui rallument les feux de la destruction du monde chaque fois que les flammes semblent s'arrêter dans l'immobilité de l'éternité. Un morceau qui s'écoute et qui s'écoule en boucles fuyantes... Une merveille. Just hold on : avez-vous déjà entendu une guitare couiner le blues comme cela et des jérémiades de jumelles aussi bassement susurrantes et menaçantes, et bientôt voix et musique ne forment plus qu'un nœud de serpents qui s'entremêlent et qui enflent, enflent jusqu'à ce qu'il ne reste plus de place pour ce que nous appelons le monde. Sex share and song : plus joyeux, les fillettes font les fofolles et tirent la langue, Djipi les accompagne, essaie de les devancer, mais c'est déjà fini elles ont gagné la course. Des tricheuses, elle sont parties avant le top départ. Petite distance, une minute treize secondes ! Jessy : un must, voix processionnaires et guitare gouttière qui résonne sans fin, Une espèce de blues primal qui rampe par terre, un serpent sans queue ni tête d'autant plus dangereux que l'on ignore le sens de l'attaque qui viendra. J'ai si peur. Parfois le monde est étrange et l'on a besoin d'une berceuse pour se réveiller. Take me : le réveil des sens. Le poulpe du désir balance ses huit bras en rythme mais vous voudriez davantage, alors les voix se taisent et la guitare s'insinue, et la jouissance vous emporte. What's wrong with me : le Djipi n'en mène pas large, l'essaie de se défiler à l'anglaise, sur la pointe acérée des cordes de sa guitare, mais nos deux mégères vindicatives ne le lâchent pas, l'acculent de leurs voix comminatoires, alors il feule comme un chat en colère et sort ses griffes. Le tout tourne au pugilat, combat de trois tigres rugissants.

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    Dans les sixties avec une idée on faisait un morceau, dans les seventies avec une idée on faisait un album. Ici vous avez au moins trois idées pour chaque morceau. Le trio des Pesticides était un véritable groupe. Un son original, une présence sur scène qui attirait l'œil et médusait. Cet EP est plus que prometteur. Les deux premiers titres sont de véritables bijoux. Et les quatre autres ne déparent en rien.

    Un rock vénéneux, un magnifique tombeau baudelairien pour Djipi Kraken. Qui restera. Mais la vie appartient aux vivants, nous sommes sûrs que les demoiselles Elise Bourdeau continueront le chemin. Leur chemin. Qui n'appartient qu'à elles.

    Damie Chad.

    CHÂTEAU- THIERRY / 27 - 06 – 2020

    PUB LE BACCHUS

    THE JUKERS

     

    2 : PLEIN SUD

    Par les temps qui courent les concerts sont encore rares, donc direction Château-Thierry. Sabine du Bacchus ne passe pas son temps à se plaindre. Elle agit, trois concerts concerts rock en dix jours à son actif. Trop pris vendredi soir pour Boneshaker et leur Motörhead Tribute, donc pas question de rater les Jukers le samedi. Faites le joint étymologique avec juke et vous comprendrez que ce ce sont des amateurs de blues électrique. Ils ne l'ont pas fait exprès, ce n'est pas de leur faute, mais ce soir vous avez cette atmosphère lourde et poisseuse typique du Sud des Etats-Unis, z'avez l'impression d'être immergé dans un roman de William Faulkner, les vêtements collent au corps et dehors ce n'est guère mieux que dedans. Peu de monde au début mais la clientèle ne tardera pas à s'installer et même à s'affaler autour des tables et à consommer moultes boissons rafraîchissantes.

    3 : JUKERS

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    Donnez-moi un point d'appui et je soulèverai la terre s'est exclamé Archimède. Pour le rock et le blues généralement il en faut davantage. Beaucoup d'amateurs pensent que le nombre trois est idéal pour mettre en branle ces boules jumelles de feu et de foudre que sont ces deux musiques du diable. Bref les Jukers sont trois. Ne sont pas tout jeunes, mais ne sont pas tout vieux non plus, aux âmes burinées l'expérience est une valeur sûre. Ne perdent pas de temps pour vous en convaincre. Sans tergiversation ils allument le fire avec Help me de Sonny Boy Williamson. On se demande bien pourquoi car ils n'ont nullement besoin d'aide.

    Rico Masse s'est casé entre le mur et le piano. Question discrétion c'est raté, c'est le batteur et ça s'entend. Ce n'est pas qu'il se complaît à faire du bruit pour se faire remarquer, pas du tout, simplement dès la première frappe il pose son volume sonore. Parfait pour les acolytes. Il est là, toujours là, le magnolia géant en fleurs sur la pelouse d'une plantation, relisez Les étoiles du Sud de Julien Green, l'arbre de vie, une rythmique massive, et fidèle, que rien ne peut arrêter, ni même contrarier. Proposez-lui n'importe quel morceau, il démarre au quart de tour, et illico presto il vous file la cadence du blues, les douze mesures emblématiques du blues c'est un peu comme l'alexandrin dans la poésie française, une fois qu'il s'est infiltré dans votre oreille, vous le reconnaissez sans faute quelles que soient les fioritures rythmiques auxquelles s'amusent les poëtes.

    Hello, voici Mars à la basse. Un mec sérieux. Rien à redire. Il bassmatique sans fin. En apparence dans la lignée mythique des bassistes refermés sur eux-mêmes comme les huîtres sur leur perle. Attention, sur ses cordes les doigts sont lourds et point gourds, mais de temps en temps il laisse tomber un mot, apparemment anodin, mais d'une ironie dévastatrice. Ou alors il se permet un court commentaire fort mal à propos qui comme mise en boîte révèle un grand sens du comique. Le blues ne pleurniche pas toujours, l'est rempli de sous-entendus drôlatiques, un bluesman digne de ce nom n'est jamais dupe de lui-même. Le blues casse et concasse mais sait aussi être cocasse.

    Kris Guérin hérite de la double peine, vocal et guitare. L'est un peu le leader. Décide du choix des morceaux, mais Rico et Hello ne sont pas contrariants, alignent tout de suite la rythmique adéquate, genre muraille de Chine, pas style Jericho qui s'écroule après quelques coups de trompettes, parce que le Kris l'a les doigts qui crisent et qui crissent, vous passent des accords avec lesquels vous êtes obligés d'être d'accord, ne voudrais pas être à la place de sa Freatman bleu pâle, elle en voit de toutes les couleurs, vous la fait tinter comme ces écus d'or pur que dans les temps royaux les grands seigneurs faisaient cliqueter sur les comptoirs des auberges pour s'adjuger la plus belle chambre et la plus accorte des servantes, l'on sent qu'il y prend du plaisir, cherche les difficultés, de The wind cries Mary à Brown Sugar, certes sur Hendrix pas de problème pour une six-cordes mais sur le Rolling, le Keith remue les meubles mais c'est surtout Bobby Keys qui aboule le sbul avec son saxo, et là nos trois gaillards question cuivre ils font sale mine, alors Mister Guérin se démène joliment au four et au moulin, et comme il se charge du chant, il vous fait en prime l'article de la marchandise, pas de la camelote, de bonne came, le Rico n'est pas à la masse sur ses tambours, et Mars emprunte le sentier de la guerre, tellement heureux qu'il lance à la suite les premières mesures de Honky Tonk Woman.

    Un groupe de reprises, du moins ce soir, avec tous les vieux hit-riffs, inusables que votre oreille reconnaît avant même qu'ils ne les aient commencés, mais en plus cette joie de jouer, de prendre un pied d'acier suédois nickelé, it's just bluesy electric rock'n'roll but we like it, et le public aime ça ! Trois sets, le premier bluesy, le deuxième davantage rock, plus le supplément crème chantilly à la poudre noire, les gars se laissent aller, nous montrent un peu de quoi ils sont capables, ce devait être un ou deux morceaux mais ils éternisent le groove. Lorsque vous avez glissé votre jambe dans la gueule d'un croco, il est difficile de la retirer. Personne ne se plaint, après deux mois de confinement l'on salive pour le live ! Bacchussimus ! Un jus de Jukers pour tout le monde !

    1 : ARRIVEE

    Retour au Bacchus. Du monde et du bruit dans l'artère centrale de Château-Thierry, serais-je impatiemment attendu par une population en liesse ! Hélas non, je dois déchanter, une grande fête foraine draine toute une partie de la population familiale de la ville vers ses clinquant manèges tire-fric... est-ce ainsi que les hommes vivent demandait Aragon...

    4 : RETOUR

    Pluies éparses sur le pare-brise. Dans la nuit profonde la teuf-teuf longe des étendues de champs entrecoupés de forêts, un renard traverse la route fort inopinément, plus loin ce sera une biche qui attendra d'être en plein dans le halo des phares pour rejoindre l'autre côté de la départementale, je songe à ce peuple invisible et discret de bêtes qui de terriers en terriers, de hallier en hallier, depuis des siècles et des siècles, vivent en parallèle à nos côtés, pas trop loin de nous, et surtout pas trop près, sans doute ont-elles des préoccupations moins frivoles que le bétail futile des humains, qui a perdu le goût de la vie sauvage.

    5 : REFLEXIONS

    Un regret tout de même, lorsque Rico a branché un petit ventilateur à quinze centimètres de son visage, ils auraient pu embrayer sur Ventilator blues, cela s'imposait ! On leur pardonne parce que leur version hyper deströy de Sunshine of your love valait le détour.

    Damie Chad.

     

    ROCKABILLY GENERATION 14

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    Pan, la semaine dernière le Cat Zengler s'occupait du 13, alors que le 14 tournait sous les rotatives et le voici ce matin dans la boîte à lettres ! Rockabilly rules, rockabilly brûle ! Un numéro maison, par la force du confinement. Pas de concerts, pas de déplacements, courrier au compte-goutte, situation idéale pour une revue-rock !

    Hier soir une question insidieuse me trottait dans la tête, une fois que Saint Jerry Lou aura quitté cette planète l'on pourra clore définitivement la liste des grands pionniers, les figures tutélaires, j'en faisais le compte ; Bo Diddley, Chuck Berry, Little Richard, Bill Haley Elvis Presley, Gene Vincent, Eddie Cochran, Buddy Holly, ceux-là sont indiscutables, l'Histoire les a désignés, neuf ce n'est pas mal mais le chiffre dix avec son assise récapitulative pytagoricienne s'impose. Avec le onze nous sombrons dans la dispersion. Depuis un certain temps dans les conversations, sur les réseaux sociaux, un nom revient avec insistance, Fats Domino, un grand artiste je ne le nie pas, mais trop cool, une certaine désinvolture qui à mon humble avis ne sied pas au style rock, je sens que l'on trépigne dans les milieux rockabillyens nationaux, ne suis-je pas en train de commettre le crime heideggerien de l'oubli de l'oubli, le premier de tous : Johnny Burnette ! O K ! boys ! mais alors que faites-vous alors de Carl Perkins !

    En tout cas, il y en a un qui ne fera pas l'impasse sur Carl Perkins. C'est Greg Cattez, qui tient à chaque numéro la chronique des Grands Anciens, nous livre un splendide article sur Perkins et pour une fois Carl aura de la chance, vu l'interdiction des concerts, l'auteur de Blue Suede Shoes a droit à huit pleines pages, et parmi tous les articles que j'ai lus, celui-ci, qui couvre la carrière entière, tient sacrément la route.

    Un autre veinard du même genre : 12 pages – magnifiques portraits de Sergio Khaz – dévolues à Cherry Casino, enfin pas tout à fait, à Axel Praefcke l'homme qui se tient sous la clinquance du pseudonyme qu'il arbore sur scène, guitariste qui officie notamment avec les Gamblers, Ike & the Capers, et The Round up boy, parle de sa naissance en Allemagne de l'Est, de sa vision du rockabilly qui le porte à rechercher les instruments, le matériel de studio d'époque... pourtant l'on ne sent pas dans ses paroles le puriste revanchard et puritain, un passionné qui raconte son vécu, un bel être humain qui se dévoile.

    Le précédent interview est à mettre en relation avec celle d'une légende du rockabilly européen Sandy Ford, mené par Brayan Kazh, Sandy de la génération de Crazy Cavan, qui évoque bien sûr sa carrière, qui a tout vu et tout entendu, qui n'en garde pas moins les yeux fixés sur futur du rockabilly, l'a les mirettes tournées vers demain, une sourde inquiétude entre les lignes, le public rockabilly qui au bout de quarante ans est composé d'amis... Sympathique mais aussi la preuve d'une certaine raréfaction...

    Une première réponse : celle de Brandon âgé de vingt cinq ans batteur des Rough Boys Rockabilly composé de Jacky Lee ( guitare et chant ) et Jacko Vinour à la basse qui n'est autre que le père de Jacky Lee, un parfait exemple de transmission. Old style never dies !

    Un beau numéro, moins d'articles ce qui a permis à chacun de nous faire part de ce qui lui tient le plus à cœur, ainsi ces réflexions de Cherry Casino sur l'évolution du rock'n'roll qui sont à relire et à méditer.

    Une dernière annonce : la réédition augmentée du N° 4 sorti en janvier 2018, ajout de nombreux documents sur Crazy Cavan qui était déjà sur la couverture.

    Pour terminer trois cerises sur le gâteau : lors de l'édito Sergio nous parle de la connexion qui est en train de s'établir entre Rockabilly Generation News et l'équipe de Big Beat Records, rappelons que BBR a beaucoup fait pour l'éclosion du mouvement rockabilly en France et en Europe. Une véritable épopée qu'il faudra raconter un jour. En attendant sont joints à la revue deux tracts-pub indépendants pour les amateurs et les collectionneurs : l'un consacré à Johnny Hallyday, et le deuxième à Elvis Presley, dans les deux cas de beaux joujoux, pack vinyle CD + picture disc. Rien que les tracts sont en eux-mêmes des collectors.

    Damie Chad.

    Editée par l'Association Rockabilly Generation News ( 1A Avenue du Canal / 91 700 Sainte Geneviève des Bois), 4,60 Euros + 3,88 de frais de port soit 8,48 E pour 1 numéro. Abonnement 4 numéros : 33, 92 Euros ( Port Compris ), chèque bancaire à l'ordre de Rockabilly Genaration News, à Rockabilly Generation / 1A Avenue du Canal / 91700 Sainte Geneviève-des-Bois / ou paiement Paypal ( cochez : Envoyer de l'argent à des proches ) maryse.lecoutre@gmail.com. FB : Rockabilly Generation News. Excusez toutes ces données administratives mais the money ( that's what I want ) étant le nerf de la guerre et de la survie de toutes les revues... Et puis la collectionnite et l'archivage étant les moindres défauts des rockers, ne faites pas l'impasse sur ce numéro. Ni sur les précédents. Une bonne nouvelle tout de même : devant la demande générale, le numéros 4 avec la dernière interview de Cavan Grogan a été retiré. Si vous ne l'avez pas, c'est une erreur.

     

    THE ROYAL

    MIKE NEFF & THE NEW AMERICAN RAMBLERS

    ( CD : Ramblers Records / 2012 )

    Will Duncan : drums, keyboards, vocals / Andy Wild : bass, saxophone, clarinet, vocals / RLS Cole Sackett : trumpet, vocals / Vaughn Macpherson : keyboards, accordion / Esme Paterson : vocals / Megan Fong : vocals / Charles Von Buremberg : mandolin, vocals / Aaron Collins : Vocals / Mike Neff : guitars, vocals

    Ne faites pas les malins, ne dites pas que vous les connaissez. Moi-même jusqu'au moment où le copain – il a joué du banjo sur scène avec eux aux USA – me l'a mis entre les mains j'ignorais jusqu'à leur nom. Viennent de Denver. Colorado. L'état juste au-dessous du Wyoming. Ils ont sorti plusieurs disques. Celui-ci est intitulé The Royal parce qu'il a été enregistré à la New Orleans.

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    Place for us : du tout doux, surprenant sont une dizaine mais Mike Neff est tout seul pour évoquer sa tendre amie, à croire qu'il est dangereux de clamer haut et fort son bonheur. Country soft. Country folk. Des modulations vocales à la Dylan, innocence américaine. Blood-red bottle : country-road vers la New-Orleans, l'orchestration s'étoffe lentement tandis que la rythmique trottine sans faille. La voix raconte autant une chanson de route qu'à boire l'espace intérieur. Ponies : un peu de batterie mais l'harmonica prend son envol tandis que la voix égrène la sérénité de vivre selon ses propres envies. Cross-continent waltz : une voix qui gratte et une guitare qui ronronne, et tout s'apaise, suffit de se laisser bercer, impression de mélancolie, toute douceur comporte quelques relents amers. Typewriter : changement de climat, des cuivres sardoniques sur le rythme des touches de la machine à écrire que l'on enfonce pour donner la parole à ce que l'on a dans la tête, tout cette vie aigre-douce qui s'entête à embrumer et ennuager les souvenirs, petit solo jazzy manière de faire un clin d'œil au bon vieux temps qui est sans doute plus vieux que bon... Faire le point pour ne pas mettre un point final. Providence harbor : un départ dylanien, rien que le titre évoque le Zimmerman, la longueur du morceau, l'harmo la voix qui traîne, des intonations râpées sur les éboulis de la conscience. Toutes les âmes sont tuméfiées et traînent la blessure de ne pouvoir surmonter cette suppuration que rien ne pourra étouffer, même pas une fanfare dans la rue, et les échos perdureront par intermittence jusqu'au bout. Where I'm going : ballade à l'acoustique, tout est dans la voix à la Springteen du gars qui a beaucoup vécu. Après le pont, les zicos se regroupent en sourdine autour de lui, l'est accompagné en douceur, l'important est de faire un bout du chemin avec lui, mais il continuera très bien tout seul. Got a gal : vous croyez partir pour une ballade mais l'eau du blues monte lentement et s'étale comme un océan de tristesse. L'on n'est jamais sûr de rien. Davantage dans le delta que dans le bayou. Company store : parti pour une ballade dylanienne, la vie est comme un grand bazar qui vous offre tout ce dont vous avez besoin et tout ce que vous désirez, mais pourquoi ce rythme des enchaînés de Perchman, sont-ce vraiment vos propres désirs bien à vous, un solo vaseux et visqueux, pour vous faire comprendre que votre existence est engluée jusqu'au cou dans une drôle de manufacture où l'on vous reconfigure selon un modèle qui ne vous plaît pas. Old man winter : le seul morceau qui ne soit pas écrit par Mike Neff, mais par Will Duncan. Des notes aussi légères que des flocons mais la voix de Mike Neff en bleuit quelque peu la blancheur, à l'orée du blues, mais les pas sont étouffés, morceau que l'on serait tenté de nommer pièce musicale, au loin s'élève une une fanfare mortuaire, celle du dernier voyage. Un peu de gaité puisque l'on quitte une vallée de larmes... Let's get married : une chanson joyeuse ne saurait faire de mal après l'élégie funèbre précédente... Faut-il vraiment y croire ? Your love will come : longue introduction musicale, une voix désabusée qui veut  encore espérer en l'impossible. L'espoir rend les fous joyeux et les poëtes tristes.

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    Croyez-vous que la Remington un peu déglinguée sur la couve soit mise là au hasard ? Pourquoi privilégier cet appareil mythique de la littérature américaine et pas une guitare ? Enregistré à la New Orleans, mais cela est un peu anecdotique. L'aurait pu être mis en boîte aussi bien en Californie ou à New York, Mike Neff porte son monde dans sa tête, l'est l'escargot qui ne quitte pas sa coquille, se trimballe avec son monde intérieur dans la valise de ses méninges. Un côté irrémédiablement folk, qui louche un peu vers le blues et le country, comme tout american folk qui se respecte. Une belle voix tendrement éraillée, qui berce et réveille. Vous enferme chez lui, pas à double-tour, mais vous pouvez rester autant de temps que vous voulez. Suis sûr que certains vont en abuser.

    Si vous voulez écouter c'est sur Bandcamp.

    Damie Chad.

     

    POGO CAR CRASH CONTROL

     

    Je sens qu'une partie du lectorat tremble de peur. Il a raison. Avec les Pogo il faut toujours s'attendre au pire. Vous êtes prévenus. Toutefois nous allons procéder par étapes. Je ne voudrais pas gâcher vos vacances, certaines images pourraient hanter votre mémoire, vous troubler durant vos siestes estivales, vous réveiller en pleine nuit, vous empêcher de dormir, à la rentrée avec votre mine de papier mâché puis vomi, et remâché, votre patron vous mettra à la porte, un long avenir de SDF vous attend, c'est bien fait pour vous, vous n'aviez qu'à pas regarder les vidéos des Pogo Crash Car Control !

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    CREVE ! ( Clip )

    ( Novembre 2016 )

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    C'est un ancien clip, date de 2016, un de leurs premiers morceaux, certes les paroles n'ont pas été écrites par Madame de Sévigné, elles vont droit au but, '' Ta gueule ! Crève !'' , normal c'est du rock. La rage adolescente. Si vous voyez ce que je veux dire. Pour les images, au début c'est de tout repos, presque la photographie de campagne pour l'élection de François Mitterrand, l'église et son clocher, petit village de Seine & Marne. Toutefois une drôle d'atmosphère. Il ne se passe rien, comme dans les films avant l'attaque des zombies. Ne respirez pas c'est pire. Bruit de moteur compétition rodéo-car à l'américaine, quand on s'appelle Pogo Car Crash Control, normal on ne s'attend pas à des vues d'un dessin animé de Babar le gentil petit éléphant rose. Carambolages dans la boue. En supplément, protégé par de simple barrières métalliques vous avez le groupe qui joue. La musique colle à l'image. Merveilleusement. Sont énervés comme un troupeau de rhinoféroces dérangés dans leur sieste. Question zique les Pogo ce n'est pas la Petite Musique de Nuit de Wolfang Amadeus Mozart. Derrière eux les bagnoles se catapultent les une contre les autres à qui mieux-mieux. A qui pire-pire.

    Le malheur c'est que dans un clip ce n'est pas ce qui est représenté qui est important mais la manière dont c'est filmé. Et là c'est le parti-pris gore ultime, des gros plans d'images saccadés et tressautant qui vous cisaillent les yeux. Ce qui est bien, car le mec accidenté, l'est totalement énucléé, les voitures lui ont roulé dessus, son visage sanglant vous est jeté à la figure à plusieurs reprises. Mais ce n'est pas le plus grave. Parmi la débauche sanglante d'images choc ce qui est subliminalement insupportable c'est la volupté qui se dégage de toute cette violence. La haine et le désir de mort de l'ennemi sont des jouissances supérieures, Les Pogo ne trichent pas dans l'expression des sentiments. Âmes sensibles s'abstenir. Décapant Rock 'n' roll !

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    Non, je ne vous le repasse pas une deuxième fois. Je ne suis pas cruel. Mais l'on trouve toujours pire. En l'occurrence ici Stazma The Junglechrist. Faudra qu'un de ces jours nous lui consacrions quelques chroniques. En attendant je vous laisse vous recueillir devant la photo du profil FB de Julien Stazmaz qui en compagnie de Romain Perno se s'est amusé  – est-ce ce verbe qui convient – à proposer un remix de :

    CREVE ! ( Clip )

    ( Juin 2019 )

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    Un pas de plus vers l'ignominie. Souhaiter la mort de son ennemi est somme toute très naturel. L'abattre d'un coup de fusil, lui planter un couteau dans le dos, l'écraser avec votre voiture, franchement c'est petit joueur, mesquin et médiocre. Lui en vouliez-vous vraiment pour vous débarrasser de lui si platement ? Non ! Il y a mieux, il y a pire ! En plus c'est vous qui allez vous retrouver très embarrassé avec un cadavre sur les bras ! Non une seule solution : la désintégration !

    Pas si difficile que cela. Cela ne demande pas de gros moyens. Juste un peu d'imagination et de savoir faire. Julen Stazma the Junglechrist nous montre comment l'on peut empêcher la résurrection. Comme dans la Bible, '' Je détiens les clefs de la mort'' mais lui il ferme la porte à double-tour.

    Reprend les mêmes images. En un autre désordre. Pas tout à fait la même musique. Beaucoup de batterie, un gros surplus d'agressivité sonore. Répétitif. Scandé. Un parti pris de débitage. N'est pas pour la réalité augmentée, mais fragmentée. L'image avance et recule. Moins de voitures. Davantage la gueule twistante d'Oliver. La haine est un boomerang qui se retourne contre vous. Ne pas tuer pour avoir un mort, tuer jusqu'à l'idée de la mort. L'a des dents à la place des yeux, sa voix se déforme, devient barrissement, se mue en vagissement, logorrhée de dégueulis verbal, mais le pire c'est l'image qui se parcellise, qui s' émiette, qui déchire en confetti, un seau d'eau sale que l'on jette et qui emporte la réalité du monde avec elle.

    Clip cannibale qui bouffe ses propres images et qui finit par se bouffer lui-même, faute de mieux, faute de pire.

     

    Vous êtes un peu remués. Je comprends. Passons à un autre groupe. N'en soyez pas rassurés pour autant. N'y a que Lola qui n'est pas là. Toute confiante elle a quitté les garçons pour l'après-midi. Elle n'aurait pas dû. Se sont sentis tout bêtes, tout seuls, ils ont fondé un groupe parallèle, nous avons chroniqué leur Ep dans notre livraison 444 du 26 / 12 / 2019. Z'avaient des idées noires, l'ont appelé Suicide Collectif. Sur ce l'infâme Baptiste Groazil, un des dessinateurs les plus doués de sa génération responsable des couves ( trashy dirty mauvais goût ) de Pogo, s'est amusé à confectionner sur le quatrième morceau de l'EP, un petit dessin animé pour égayer les ennuyeuses vacances de nos charmantes têtes blondes.

     

    MOTHER FACES 30 YEARS EN PRISON

    SUICIDE COLLECTIF

    ( Clip de Baptiste Groazil / Juin 2020 )

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    Pour la musique toute la violence des Pogo, de toutes les manières les images de Baptiste Groazil sont si accaparantes que vous n'y faites plus très vitre attention. Un bruit de fond. Mais l'histoire est au rythme du morceau. Déboule à toute vitesse. Un prologue, et quatre scènes dument séparées, le tout en une minute et quarante-cinq secondes. Pour les couleurs principalement des verts glabres, des mauves nauséeux, des roses mortadelles périmées. Pour le sujet... En un siècle futur, enfin maintenant, le héros est mal parti, on lui ouvre le ventre pour voir ce qu'il y a dedans. Un brave garçon, un peu attardé, croit encore à l'amour, notre joli cœur ! L'est tout de suite livré à un groupuscule de ménades qui lui font subir une sacrée séance de massages sauvages. Ce n'est que le début, l'est réduit en esclavage, traité pire qu'un chien. Ravalé au rang d'une bête martyrisée. Consolation du pauvre. A la séquence suivante le voici réduit à l'état d'os du chien que les chiennes en chaleur lèchent avec ferveur. Séance viol collectif. L'est à bout de forces. Tremble de peur. Se retrouve encouronné sur le trône. Sur son front est marqué Suicide Collectif.

    Sexe et société ? Les mâles heures du féminisme ? Par Groazizil ? Je vous laisse déchiffrer cet apologue. Sex and society. Danger zone. Roi des cons, roi des connes... Débrouillez-vous pour ne pas finir dans les prisons de la bien-pensance.

    Damie Chad.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 457 : KR'TNT ! 457 : LORDS OF ATLAMONT / JACKIE McAULEY + FRIENDS / POGO CAR CRASH CONTROL / CRASHBIRDS / MARIE DESJARDINS + FRIENDS / JOHNNY & THE HURRICANES

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

    LIVRAISON 457

    A ROCKLIT PRODUCTION

    FB : KR'TNT KR'TNT

    26 / 03 / 2020

     

    LORDS OF ATLAMONT

    JACKIE McAULEY + FRIENDS

    POGO CAR CRASH CONTROL / CRASHBIRDS

    MARIE DESJARDINS + FRIENDS

    JOHNNY & THE HURRICANES

     

    Altamont là-dessus et tu verras Montmartre

    Part Three

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    D’un simple point vue objectif, les Lords Of Altamont gagnent à tous les coups. Rien qu’en grimpant sur scène, c’est dans la poche. On peut les voir pour la énième fois, leur truc marche à tous les coups. Aucun effort à fournir pour entrer dans leur cirque. Même pas besoin de se pincer. Même pas besoin de réfléchir ni même d’analyser le pourquoi du comment, les Lords coulent de source. Comme si rien n’avait changé depuis 1965 : quelques accords de guitare électrique, deux ou trois petites nappes de Farfisa ici et là, un bon drumbeat bien primaire par derrière et un bassmatic bien monté en épingle, des cheveux longs, un peu de cuir noir, des tatouages, des chansons très simples qui traitent de vitesse, de voitures, de mort sur le highway, de gonzesses et du diable, et voilà, ça suffit. Rien qu’avec ça, les Lords ont de quoi rendre un homme heureux. Just for one day.

    Avec Nashville Pussy, Jim Jones, les BellRays et les Morlocks, les Lords font partie de cette poignée de groupes anglo-américains qui continuent de sillonner l’Europe vaille que vaille. Pour eux, pas question de lâcher l’affaire. Les gens disent que le rock est mort, les Lords affirment le contraire. Le rock ne s’est jamais aussi bien porté. Il sourit de ses trente-deux dents. Il suffit de le jouer pour de vrai et de ne pas prendre les gens pour des cons.

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    Pas de retour en arrière possible pour Jake Cavaliere, depuis qu’il s’est fait tatouer un aigle dans le cou. Il va devoir chanter avec les Lords jusqu’à la fin de ses jours. C’est une façon de s’engager, le même genre d’engagement que prend celui ou celle qui entre dans la fonction publique : c’est pour la vie, avec pour corollaire la savoureuse garantie de la sécurité de l’emploi. Jake Cavaliere jouit du même privilège : il ne perdra jamais son job dans les Lords. Et c’est même encore mieux, car au fond il s’en branle. Il s’en contre-branle. C’est ce qui fait sa force et sa supériorité. Son job ne tient que par son talent, ce qui lui vaut l’intégralité de notre modeste considération. Les compétences sont à la portée du commun des mortels, pas le talent.

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    Et si on se trompait, en prenant le spectacle des Lords au premier degré ? Et si au lieu de n’être qu’un brave petit fantassin de l’armée du rock, Jake Caveliere se prenait pour une rock star ? Il en a travaillé les poses et les impacts, les déhanchés et les rictus, il recycle à sa façon toute la gestuelle mythologique, celle de Jim Morrison, celle de Sky Saxon, et ça va encore plus loin car il y a aussi en lui du Kip Tyler, l’un des mythes les plus brillants et les plus obscurs du rock californien, mais on détectera aussi chez Jake Caveliere un fort relent de Peter Wolf, car «Death On The Highway» vaut bien «Born To Be Wild», les Lords sont dans cette esthétique du biker rock californien, et s’ils reprennent «Slow Death», ce n’est pas non plus un hasard, mon petit Balthazar, car les Groovies font partie de cet ensemble extraordinairement greasy du rock californien, la face cachée du West coasting.

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    Par sa haute silhouette filiforme, Jake Caveliere renvoie aussi au Lord Of Garbage, Kim Fowley. Et par le choix du nom de son groupe, Jake Caveliere établit bien sûr une filiation directe avec les Stones d’Altamont, le cœur de ce que les mythologues avertis appellent the Californian Hell, c’est-dire le jusqu’au-boutisme démonologique poussé dans ses retranchements, l’envers du paradis sous le soleil de Satan. L’autre filiation est bien sûr celle des Cramps dont Jake Caveliere fut le roadie et non, comme il a été dit lors de l’interview, le manager. Les cheveux noir de jais, les lunettes noires, le sens aigu du show, tout ça renvoie incidemment aux Cramps. Les Lords cultivent un petit pré carré extraordinairement fertile. On y trouve aussi Johnny Baker, le Wild One des origines, celui de Laslo Benedek. Si Hunter S. Thompson était encore en vie, aurait-il consacré un ouvrage aux exploits du wild biker Jake Caveliere ? Et Sonny Barger lui aurait-il offert les couleurs du chapitre d’Oakland en gage de considération ? Les Lords voyagent-il en moto de ville en ville avec leurs guitares accrochées dans le dos ? Captain America, Dennis Hopper et Jack Nicholson auraient-ils invité Jake Caveliere à s’asseoir avec eux autour d’un bivouac ? Pourquoi ne voit-on pas Jake Caveliere dans The Sons Of Anarchy ? Et pourquoi Davie Allan & the Arrows ne font jamais la première partie des Lords ? On n’en finirait plus de se poser les bonnes questions, avec ces mecs-là. Ils s’investissent tellement dans leur cirque qu’on ne sait plus où s’arrête le réalisme et où commence l’hypothétisme hypodermique.

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    Le principal, c’est qu’ils jouent. Ah pour jouer, ils jouent ! Vingt ans de métier. Une grosse heure de rock vroom vroom. On est là pour ça. Les Lords t’en donnent pour ton billet de vingt. On voit des têtes bouger dans le public. Les Lords savent travailler la couenne d’une salle. Jake Caveliere fait encore pas mal de pyrotechnics avec son petit Farfisa. Il adore offrir son clavier en pâture aux idolâtres du premier rang. Quand on le voit éclater de rire en faisant le pitre avec son collègue guitariste, on réalise qu’au fond, ils ne se prennent pas vraiment au sérieux. C’est comme au cirque : as-tu déjà vu un clown se prendre au sérieux ? Non, car d’un simple point de vue cartésien, c’est impossible. Un clown triste, oui, mais pas un clown sérieux. Par contre, le clown va faire son job avec le plus grand sérieux du monde, car rien n’est plus difficile que le métier de clown. Ce n’est pas donné à tout le monde de réussir dans cette branche. S’offrir en spectacle demande certaines dispositions, la première étant d’apprendre à être sûr de soi. Le mieux possible. Tu crois que c’est facile de monter sur scène et de faire le con dans un groupe de rock ?

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    À part les Groovies, les Lords tirent aussi un joli coup de chapeau à Wolf, dont ils reprennent «Evil (Is Going On)». Bien sûr, Jake Caveliere n’a pas la voix, mais l’idée l’honore. Ils font leur petit mix habituel en puisant dans tous leurs albums, sauf Lords Take Altamont où se trouvent toutes leurs fabuleuses reprises des Stones. Bizarre, aucune trace de ce big deal dans leur set. C’est bien sûr le dernier album qui est à l’honneur, The Wild Sounds Of The Lords Of Altamont, évoqué en long, en large et en travers dans un récent Part Two. Mais ils mixent savamment les époques, en ouvrant par exemple avec «Live Fast» et en fermant avec l’implacable «Cyclone», tous les deux tirés de Lords Have Mercy, leur deuxième (et excellent) album paru voici quinze ans. Eh oui, quinze ans déjà, tout ce temps qui, comme le dit Erik Satie, passe et ne repasse pas.

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    Signé : Cazengler, Lord of t’as quelle heure al ta montre ?

    Lords Of Altamont. Le 106. Rouen (76). 4 mars 2020

    From Cazengler, wuthering monts :

    Lords of Atlamont : on Chroniques de pourpre : Kn'tnt ! 213 du 11 / 12 / 2014

    Lords of Atlamont : on Chroniques de pourpre : Kr'tnt ! 344 du 19 / 10 / 2017

    Pas d’olé olé chez McAuley

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    Regardez bien la pochette du EP «Gloria» paru en 1965 sur Decca : le petit mec qui se déhanche au fond avec les bras croisés et la mèche sur les yeux s’appelle Jackie McAuley. Il est le keyboard player des Them et son frère Pat, deuxième en partant de la gauche, y bat le beurre. À cette époque, il était aussi vital de connaître les noms des musiciens que de comprendre les paroles des chansons.

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    McAuley ? Un nom quasiment inconnu du grand public. Après la désintégration des Them, les fans de Kim Fowley retrouvèrent sa trace dans les Belfast Gypsies, puis en 1970, il fit un brin de psych-folk avec l’ex-Fairport Judy Dyble dans Trader Horne. C’est à peu près tout. Pas de quoi en faire un fromage. Mais si.

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    L’an passé, on recroisait son nom dans la rubrique ‘On The Shelf’ d’Ugly Things. Tiens tiens, McAuley publie ses mémoires... À compte d’auteur, bien entendu. Les souvenirs d’une cinquième roue du carrosse n’intéressent pas les éditeurs, tout le monde le sait. Le titre ? I Sideman. Il ne s’est pas foulé. Mais bon. Si tu veux choper ce livre, il faut aller sur le site de l’auteur, jackiemcauley.com. I Sideman coûte un billet de vingt et deux clics. Qu’est-ce qu’un billet de vingt comparé à l’univers ? Rien.

    Quand on lit des choses publiées à compte d’auteur, il ne faut surtout pas s’attendre à des miracles. Mais si on part du principe qu’il n’existe quasiment pas de littérature consacrée aux Them, on peut très bien tenter le diable en consacrant une vingtaine d’heures à la lecture d’un livre, aussi mal barré soit-il. Qu’est-ce qu’une vingtaine d’heures comparée à l’éternité ? Rien.

    Contre toute attente, Sideman avale son lecteur comme la baleine avale Jonas. Gloups ! T’as voulu voir Vesoul et t’as vu McAuley ! Il nous chante sa chanson de naguère, celle du temps où il s’appelait Jackie. Grand et bon à la fois. On se cabre. Trop facile ! Mais oui, c’est facile quand on a keyboardé dans un groupe aussi capital que les Them.

    Est-il bien utile de rappeler que l’EP des Them provoqua le plus grand schisme du XXe siècle ? En termes de conséquences, l’impact de «Gloria» équivaut à celui qui fracassa le christianisme en deux blocs, catholiques et protestants, ou encore l’Islam, dont les chiites et les sunnites se disputent encore le dogme. En 1965, la jeunesse américaine dut choisir son camp, non pas entre les Beatles et les Rolling Stones comme voulaient nous le faire croire les médias de l’époque, mais entre les Them et les Beatles. D’un côté, vous aviez les popsters (Beach Boys, Byrds, Monkees, Lovin’ Spoonful et tous les preux shouters d’harmonies vocales) et de l’autre les gueules d’empeignes qui collaient leurs crottes de nez sur leurs guitares : les garage-punksters (Shadows Of Knight, Standells et toute cette faune interlope condamnée à fréquenter les araignées, oui, tous ces groupes improbables qu’on croise sur les Back From The Grave de Tim Warren).

    McAuley ne nous le dit pas expressément, mais les Them ne pouvaient être qu’irlandais. Dans The Commitments, Jimmy Rabitte s’exclame : «Les Irlandais sont les nègres de l’Europe !». C’est d’autant plus criant dans le cas de McAuley qu’il naît pauvre dans une famille nombreuse. L’expression consacrée en langue anglaise est dirt poor. La famille McAuley vit à Belfast et petit, Jackie entend sa mère dire à son père : «My God, on est condamnés à vivre dans ce ghetto pour toujours !» Pas de viande aux repas. Les seuls souvenirs que Jackie garde de sa petite enfance sont le froid et la faim. Du carton dans les chaussures trouées. Pas de manteau en hiver et une paire de chaussettes en guise de gants. Jackie ne lésine pas sur les détails, mais il le fait avec cette dignité dont seuls sont capables les pauvres. Qu’on se rassure, McAuley ne se prend pas pour Zola. Ce n’est que l’histoire de sa vie. Son sens de l’humilité va loin car il explique que ses frères et lui ne demandaient jamais rien à Mom and Dad, car ils savaient qu’ils n’avaient rien. Du coup, ils ne se sentaient pas privés, puisqu’ils n’attendaient rien. L’extrême pauvreté leur semblait ‘naturelle’. Comme Mom and Dad sont musiciens et qu’ils n’ont pas d’autre métier, ils vivent d’expédients. C’est à la fois le malheur et la chance de Jackie, de Pat et des autres qui par la force des choses deviennent multi-instrumentistes dès leur plus jeune âge. Rien à bouffer dans le taudis, alors ils jouent avec le banjo et le piano. Cling cling ! Oh ! Clong clong ! Wow ! Alors que les autres gosses jouent dans la rue, les McAuley jouent avec leur mère. Jackie va quand même à l’école, St Comgalls Catholic School, pour être précis. Il y apprend les deux clés de la survie en Irlande : «Baisse la tête» et «Ferme ta gueule». C’est tout ce qui lui reste de sa scolarité.

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    En 1960, Jackie découvre Lonnie Donegan. Il a quatorze ans. À travers Donegan, il découvre Leadbelly et Woody Guthrie. Alors c’est parti. Pat lui dit un jour qu’un groupe dément joue au Maritime, une espèce de grand hall tout en longueur avec une scène au fond - Who are Them ? What are Them ? - Grâce aux Them, le Maritime devient la Mecque du r’n’b. Les wild shows des Them entrent dans la légende. Van Morrison saute partout, tombe à genoux, jette son tambourin et ses pompes dans la foule qui devient folle - It was just that crazy - Quand Eric Wrixton, le premier keyboardist des Them quitte le groupe parce qu’il est mineur et que ses parents le forcent à finir ses études, Billy Harrison recrute Pat McAuley pour le remplacer, puis quand le batteur Ronnie Millings quitte le groupe à son tour pour bosser et trouver de quoi nourrir ses trois gosses, Pat passe derrière les fûts pour le remplacer. Billy lui demande s’il connaît un organiste et Pat dit yes. Jackie entre dans le groupe en 1964. Il n’a que dix-sept ans. Fier comme un pape. Les Them storment l’Angleterre, raw and hard-hitting - S’il fallait résumer le groupe en un seul mot, ce serait ‘dynamic’ - Les seuls capables de rivaliser de sauvagerie avec les Irlandais, ce sont bien sûr les Pretties.

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    Ça c’est le bon côté des choses. Les hits des Them resteront les modèles du genre jusqu’à la fin des temps, mais l’histoire du groupe atteint un niveau de réalité sordide rarement égalé.

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    La première chose que Jackie remarque au moment où il rejoint le groupe, c’est l’état physique et mental des autres : crevés et fauchés, like penniless beggars, hagards comme des clochards. Bon, Pat et Jackie ont de l’entraînement, mais passé le cap de la vanne, ils ont du mal à piger pourquoi l’un des fleurons du fameux ‘British Boom Beat’ n’a pas de blé. La réponse s’appelle les Solomon. Deux frères connus comme le loup blanc à Belfast. Ils ont commencé par lancer les Bachelors puis voyant les Them casser la baraque au Maritime, ils ont alerté Dick Rowe, le boss de Decca, oui, celui qui a laissé passer la chance de sa vie en hésitant à signer les Beatles. Dans les pattes des Solomon, les Them sont baisés. Signe là, mon gars, oui, là, sur les pointillés. Van signe et les autres aussi. Ils font confiance. Grave erreur. Plan classique à l’époque. Les Solomon empochent tout le blé des ventes et des tournées. Ils expliquent aux Them médusés que leur blé est stocké sur un compte en banque, ‘pour plus tard’. En attendant, ils distribuent un peu d’argent de poche, juste de quoi manger. Et encore. Les Them sont faits comme des rats, comme le furent les Walker Brothers dans les pattes de Maurice King ou Badfinger dans celles de Stan Polley. Ça va loin, car les Them ont signé directement avec les Solomon et non avec Decca, ça veut dire que tout ce qui porte le nom de Them appartient aux Solomon, qui eux ont signé avec Decca. Jackie apprendra plus tard que le père et l’oncle des Solomon sont en plus actionnaires de Decca. En français, ce montage ‘juridique’ porte un joli nom : arnaque légale.

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    Jackie et Pat retrouvent souvent Van dans un petit café proche du City Hall de Belfast. Mais ils n’ont pas assez de blé pour se payer une tasse. Billy Harrison se souvient d’avoir crevé de faim à l’époque. Mon pauvre Billy, c’est d’une banalité ! Il raconte par exemple qu’un jour en tournée, Van chope la grippe et Pat se tape une grosse crise d’asthme. Alors les autres fouillent au fond de leur poches et trouvent de quoi se cotiser pour financer une chambre d’hôtel. Les deux malades peuvent dormir au chaud, alors que Billy et Alan grelottent de froid toute la nuit dans le van. Essayez de dormir dans une bagnole en plein hiver, vous verrez si c’est facile. Ça se termine généralement avec des engelures aux pieds. Billy ajoute qu’ils crèvent tellement la dalle qu’ils finissent par chourer les bouteilles de lait sur les doorsteps, en plein Swingin’ London, à l’époque où on les invite à Ready Steady Go.

    Ils débarquent un jour en studio à Londres, mais l’exaltation de dure pas longtemps car des gros bras de Decca virent Jackie et les autres pour les remplacer par des session men. «Baisse la tête» et «Ferme ta gueule». Jackie et Pat ont bien appris leur leçon. La vraie raison n’est pas liée aux compétences des musiciens, car Jackie et Pat valent largement Bobby Graham et Jimmy Page. Non, c’est pire que tout ce qu’on peut imaginer : Solomon paye les session men, comme ça il ne doit rien aux Them.

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    Écœuré par toutes ces pratiques, Van Morrison réglera ses comptes plus tard dans une fantastique chanson appelée «Big Time Operators» - They were vicious and they were mean/ They were big time operators/ Baby/ On the music business scene - Il décrit ce cauchemar avec tout le génie vocal qu’on peut imaginer.

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    Quand «Baby Please Don’t Go» explose la gueule des pauvres charts anglais, les Them réclament un van plus confortable pour les tournées, par exemple un Mercedes. Non, hurle Solomon. «Je suis juif, il est hors de question d’acheter un produit allemand !» C’est tout ce qu’il trouve comme excuse pour financer à la place d’un van confortable un mini-van Ford d’occase complètement inadapté aux tournées d’un groupe devenu célèbre : deux places devant et les autres derrière, au sol avec le matos. Petite cerise sur le gâteau : le mec qui supervise les tournées en Angleterre n’est autre que Maurice King. Un King qui se régale des pleurnicheries des Irlandais et qui leur répond : «Mais les rockers ne mangent pas ! Ils ne dorment pas non plus !» Manger au restau ? Dormir à l’hôtel ? Pffffff ! Momo adore se foutre de leur gueule. Il les traite de «thick fuckin’ paddies». Jackie ne peut pas encadrer ce sale bonhomme. D’autant qu’il le voit emplâtrer les recettes des concerts. Le pire est que Solomon et King mettent la pression et bookent des concerts sans arrêt partout en Angleterre. La vie des Them commence à ressembler étrangement à celle d’un cotton picker nègre de l’âge d’or de l’agriculture esclavagiste : tu bosses tous les jours de l’aube à la tombée de la nuit pour des nèfles. C’est comme ça. Les Them jouent tous les soirs, travelling up and down without a break. On n’a pas idée de la rapacité des gens du business à cette époque. Elle vaut largement celle des patrons blancs de plantations. Un jour Jackie tombe sur un bel écriteau à la porte d’un Bed & Breakfast : «No blacks, no Irish, no Jews, no Dogs». Il ne savait pas à quel point les Britanniques pouvaient haïr les Irlandais. Au moins comme ça les choses sont claires. Les Them sont souvent obligés de rentrer à Londres pour trouver un endroit où dormir. Et c’est là qu’ils se mettent aux amphètes, juste pour pouvoir tenir. Marche ou crève. Un matin, Jackie ne se réveille pas, et le groupe reprend la route sans lui. Viré.

    Le deuxième à lâcher prise, c’est Pat. Il comprend vite que personne ne récupérera jamais le blé que doit Solomon au groupe. Puis Billy Harrison jette l’éponge à son tour. Van et Alan Henderson tentent de continuer, mais les Them sont morts.

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    Revenons un instant sur la fameuse pochette du EP «Gloria» : on voit dans l’ordre Alan Henderson (bassman cravaté), Pat, Van Morrison et juste derrière lui se tient Billy Harrison, le heavy guitar-slinger de «Baby Please Don’t Go» qu’a longuement interviewé Richie Unterberger dans Ugly Things. Deux fois quinze pages ! Damn it ! Billy ne lésine pas sur les détails. Il nous rappelle qu’à l’origine, Van joue du sax et se passionne pour le blues. Il tape dans la collection de son père qui collectionne les disques des bluesmen les plus obscurs. Avant de rejoindre les Gamblers (Billy, Alan Henderson et Ronnie Millings), Van a déjà roulé sa bosse et joué dans des showbands de tous styles, rock’n’roll, jazz ou country. Mais il ne chante pas. Puis les Gamblers deviennent les Them - Who are Them ? - Ils optent aussitôt pour le raw to the bone - The Rolling Stones, the Pretty Things, the Yardbirds ? Them were ahead of them, We were playing something they hadn’t reached - Billy affirme que les Them avaient une belle longueur d’avance sur les autres groupes, en matière de rawness. Selon lui, les Stones détestaient les Them car ils les voyaient comme une menace. Excepté Brian Jones qui appréciait beaucoup Billy. Les Them jouaient une cover du fameux «Turn On Your Lovelight» de Bobby Blue Bland qui durait une demi-heure, avec laquelle ils transformaient le Maritime en madhouse. Puis Billy se met à foutre des grands coups de pompes dans la fourmilière du mythe : il rappelle qu’il a composé «Gloria» chez sa mère, dans le salon, avec Van et Alan - I made the sound, the riff and the whole thing - Billy s’énerve tout seul - Again it’s that I said : Van was Van, but I was Them. I made the sound of Them - Billy revendique la paternité du son des Them. Et quand Unterberger lui parle des groupes qui ont repris «Gloria», Billy hennit comme l’étalon de Zorro - Non, non non ! Cause they all play these three chords E, D and A and they play ‘em all jerky, it doesn’t roll like that at all - Il a raison Billy de s’énerver, des centaines de groupes ont massacré «Gloria» en jouant bêtement les trois accords - There’s a lot more to it than the three chords. It’s what I used to call three chords and four tricks - Trois accords et quatre trucs. Billy explique que le roll traverse tout le cut. La seule version de «Gloria» qu’il accepte de citer est celle de Van avec John Lee Hooker. Mais tout le reste, non, «cause you don’t have my guitar and you don’t have Van’s voice. Game over.» Il revient aussi sur les changements de line-up et le départ du batteur Ronnie Millings qui était aussi le chauffeur du vieux van. Ronnie parti, qui veut conduire ? Personne n’a son permis. Alors Billy se dévoue. Pas de permis, pas d’assurance, no nothing, et voilà les Them en route pour l’aventure on the mainland, comme ils l’appellent, la Grande-Bretagne - We gotta go and do the gigs - Fin 64, ils font leurs premières télés à quatre, juste avant l’arrivée de Jackie.

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    Ils reviennent en session à Londres en 1965 avec le producteur américain Bert Berns pour enregistrer «Baby Please Don’t Go» et «Here Comes The Night». Billy rend hommage à ce génie du son, un Bert Berns qui harangue le groupe à coups de «Let’s get this cooking, guys !» En studio, Berns crée l’atmosphère, comme il le fit auparavant avec Solomon Burke et Garnet Mimms. Billy explique que son «Baby Please Don’t Go» sort d’un vieil album de Big Joe Williams entendu chez le père de Van, mais l’idée était d’en faire un truc très différent. Something différent... Ça ne vous rappelle rien ? La vieille obsession de Sam Phillips lui aussi en quête du something different. C’est-à-dire le Graal. Billy Harrison cherche exactement la même chose. Il précise que deux batteurs jouent sur «Baby Please Don’t Go» : Bobby Graham et Ronnie. Jimmy Page ? Yes, il gratte sa gratte en rythmique. Billy ne l’aime pas. Il n’a pas besoin de lui. Et Jimmy Page ne l’aime pas non plus. Billy est furieux. Il dit à Berns qu’il n’a pas besoin de ce mec-là pour jouer sur «Baby Please Don’t Go». Il n’y a qu’un seul accord en sol - On and off a G on the bass string - En jouant l’accord sur sa guitare, Page dit qu’il donne du volume au drone. Billy ne réussit pas à le faire virer du studio. Unterberger joue un peu avec le feu quand il demande à Billy ce qu’il pense de cette rumeur qui a longtemps couru : Jimmy Page aurait joué le riff de «Baby Please Don’t Go». Billy saute en l’air. Fuck it ! Ça le met hors de lui qu’un mec comme Page n’ait jamais démenti de lui-même cette rumeur - Fuck ‘im ! He still can’t play it ! - On ne marche pas sur les pieds d’un mec comme Billy.

    Par contre, il n’est pas très tendre avec Jackie - Not that great - C’est vraiment pas gentil. Viré, comme on l’a dit et remplacé par Peter Bardens pour l’enregistrement de The Angry Young Them. Billy affirme que le line-up de ce premier album est le vrai line-up des Them : Van, Alan, Pat, Bardens et lui. Puis le groupe commence à se désintégrer. Ça va très vite, comme toujours. Billy considère les Them comme son groupe, alors il en devient le porte-parole. Il demande à Phil Solomon où passe le blé. En guise de réponse, Solomon menace de renvoyer le groupe en Irlande et de les rayer de la carte. Billy constate ensuite qu’en tournée, Van commence à voyager seul, sans les autres. Jusqu’au jour où il apprend incidemment que Van auditionne des musiciens en douce. C’est là qu’il arrête les frais. Il ne faut pas prendre Billy Harrison pour un con - I just blew the fuck up - Simple as that. Le groupe repart sans lui. Il reçoit une lettre le lendemain. Viré.

    Quand Billy retrouve son calme, la lumière se fait dans sa tête. Il comprend que Solomon voulait se débarrasser de lui. À vouloir défendre les intérêts de ses copains, Billy était devenu le troublemaker qui osait demander des comptes ! Il comprend aussi l’arnaque des crédits de chansons. Comme par hasard, tout est signé Morrison. Facile à comprendre : Van signe les cuts et Solomon le protège. Diviser pour mieux régner. Pratique courante à cette époque. Comme les frères Chess à Chicago, Solomon vit principalement des droits des chansons, ce que les Anglais appellent le publishing. C’est aussi sordide que ça. Étant donné que Billy ne signe pas les compos, il ne vaut pas un clou. Et pourtant il compose. Il fait confiance. Van est un pote. Le résultat de tout ça, c’est que Billy finit par travailler à la Poste. Comme il le dit lui même, il passe du statut de star à celui d’asshole, qu’on peut traduire par moins que rien, si on veut rester poli. Pour couronner le tout, il affirme qu’il n’a jamais vu un seul penny de royalties. Du coup, il se remet en colère. Il est d’autant plus vert de rage qu’il s’est battu comme un délégué CGT au nom des autres qui écrasaient leur banane devant Solomon. On aurait dit des nègres devant le patron blanc. Le même genre de peur bleue. Billy s’étrangle de rage - Solomon ruined a potentially big big group, he really did - Il donne un violent coup de poing sur la table. Cette fois c’est Unterberger qui saute en l’air.

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    L’interview d’Unterberger est capital, car il met en lumière l’importance de Billy Harrison dans l’histoire des Them, ce que ne fait pas Jackie dans son livre. Jackie ne s’étend pas non plus sur un autre épisode capital : la rencontre avec Kim Fowley et la formation des Belfast Gyspsies dont l’album vaut aux yeux des spécialistes tout l’or du monde et pour une fois, c’est vrai. Pat décide de relancer les Them et bombarde Jackie chanteur. Kim Fowley surgit de nulle part, pareil au comte Dracula, nous dit Jackie, et propose de manager le groupe. Jackie ne veut plus du nom des Them, alors Kim Fowley propose les Belfast Gyspsies et leur décroche un deal chez Sonet Records, un label suédois. L’album est aussi indispensable à toute collection qui se respecte que peuvent l’être les albums des Standells ou encore ceux de Pretties. Ne serait-ce que pour «Gloria’s Dream», ce hit parfait qu’on vit renaître récemment sur scène grâce aux mighty Cynics. Jackie chante quasiment comme Van, il lâche un feel alrite dégoulinant de proto-punkitude, il faut voir sa gueule sur la pochette, c’est celui de gauche et Pat se trouve à droite. Il bat le funky night comme un guerrier africain. Ce cut pue l’adrénaline et l’ombre de Kim Fowley plane sur ce festin de délinquance. L’incroyable de la chose est que tout l’album est bon, même leur «Aria», qui est humide et sombre comme un caveau mortuaire. Ils sortent aussi un «Midnight Train» digne de Bo Diddley et des Yardbirds, Jackie y fait sa Mona avec le meilleur snarl d’Angleterre. Nouveau coup d’éclat avec «People Let’s Freak Out» monté au pire Diddley Beat de l’époque. Jackie démolit plus loin un «Boom Boom» que vient jazzer Pat sur ses fûts. Ils font aussi une version de «Hey Gyp (Dig The Slowness)» digne de celle des Animals. Jackie buy you the Chevrolet et le sugar cube comme Eric Burdon, mais en plus ténébreux. Ça joue à la sourdine malsaine, c’est bardé de réverb et ils finissent en beauté avec le freakout de «Secret Police», ivre de ce génie punkoïde qu’on retrouve sur l’I’m Bad de Kim Fowley. Jackie s’y livre à ses ultimes exactions de garage-punkster. Dommage qu’il n’ait pas continué avec les Belfast Gyspies. Personne n’est mieux placé que Kim Fowley pour saluer Jackie McAuley : «Tu aurais voulu que Van Morrison ait la tête de McAuley. Quand tu entendais sa voix, c’était la même que celle de Van Morrison. Mais Jackie ressemblait à Jack Palence Jr. He had a great rock’n’roll look. Il était la version Elvis d’un Jack Palence à l’Irlandaise. Il avait la fibre d’une rock star, the mysterious dark vibe avec la voix de Van Morrison (...) Ils avaient la même voix. L’un avait une dégaine de rock star et l’autre ressemblait à un clerc de notaire.»

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    Si les épisodes Them (quelques mois dans sa vie) et Belfast Gypsies (quelques mois aussi) relèvent de la fugacité, ses relations d’amitié s’inscrivent par contre dans la durée. Celle d’une vie entière et le récit ne s’en porte que mieux car les amis de Jackie ne sont pas n’importe qui. Il croise pas mal de gens intéressants pendant sa vie de Londonien (John Peel et Lemmy, par exemple), mais c’est avec Gus et Henry McCullough qu’il fraternise. On reconnaît souvent la qualité des gens aux qualités de leurs amis. Gus ? Mais oui, Johnny Gustafson, disparu récemment, un mec de Liverpool qui jouait dans The Big Three - l’ultra-mythic power trio de Liverpool - puis avec l’encore plus mythique John Du Cann. Gus fut aussi bassman pour Roxy Music, on le retrouve ensuite dans l’effarant Quatermass et bien sûr dans les Pirates, aux côtés de Mick Green, certainement l’un des meilleurs guitaristes anglais avec Dick Taylor et Eddie Phillips. Jackie rencontre Gus à Tin Pan Alley, l’endroit où les musiciens de session viennent chercher du travail pour survivre. Les sidemen, justement. Jackie aime bien Gus parce qu’il prend toujours les choses du bon côté - If Dazit, Dazit - telle est sa philosophie. Dans la liste des remerciements, à la fin du livre, Jackie dit de Gus : «My best ever friend», suivi de près par «my hero Henry McCullough». Des millions de gens ont vu McCullough miauler des chœurs de rêve derrière Joe Cocker à Woodstock, pendant la fameuse reprise de «With A Little Help From My Friends». À une époque, Henry veut monter un groupe avec Jackie, mais Jackie hésite. Alors chacun poursuit sa route. Henry monte Eire Apparent et sort un album produit par Jimi Hendrix. Puis il décolle avec le Grease Band et finit par rejoindre McCartney dans Wings. Mais la gloriole ne l’intéresse pas. Il préfère la fréquentation des mecs comme Jackie ou Ronnie Lane. Le voilà dans Slim Chance. Retour à la bohème. Tous les fans de Ronnie Lane qui ont vu le docu The Passing Show savent de quoi est capable cet effarant guitariste qu’est Henry McCullough : dans les bonus, on le voit jouer «Kuschty Rye» en picking demented, façon Delivrance.

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    L’autre sujet de fierté de Jackie, c’est la confiance de Lonnie Donagan, son premier héros, qui lui confie le leadership de son backing band. Tiens, encore une fascinante connexion : Badfinger. Jackie fréquente à une époque Tom Evans, le bassman de ce groupe jadis chaperonné par les Beatles. Pete Ham comme on le sait s’est pendu dans son garage, incapable de supporter l’idée de s’être fait plumer par Stan Polley. Jackie et Tom se voient régulièrement pendant cette période sombre, et bien sûr, Tom ne parle que d’une chose : le suicide de Pete. C’est même obsessionnel. Il se demande comment on fait pour trouver le courage de se pendre. Pour faire le nœud et écrire une lettre. Comment fait-on ? Et il ajoute : «Mais si le cou ne se casse pas ? Tu t’étrangles ?» Il épluche tellement tous les détails qu’il fout les chocottes à tout le monde. Bien entendu, Tom Evans va finir par se pendre. Pas dans son garage, mais dans son jardin, à la branche d’un arbre. C’est un peu moins glauque.

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    Cette autobio est un vrai carnet d’adresses. Après les deux pendus, on tombe sur le roi des excentriques britanniques. Ginger Baker ? Keith Moon ? Non, Vivian Stanshall. Un Stanshall que Ronnie Lane engage comme Master of Ceremony pour son Passing Show, mais un jour, en montant dans la roulotte de Kevin Westlake, Ronnie tombe sur un étrange spectacle : Stanshall, un verre à la main et le pantalon sur les chevilles, demande : «Ya got any toilet paper, old bean ?» (T’as pas du papier cul? ). Viré le lendemain. Ce n’est pas que Ronnie Lane n’ait pas d’humour, mais Stanshall pousse le bouchon beaucoup trop loin. Il en a fait un métier et peu de gens peuvent suivre. Jackie est assez fier de faire partie des gens qui suivent.

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    Un jour, Stanshall l’appelle car il cherche un guitariste pour l’accompagner sur scène. Jackie arrive chez lui. Il tombe sur un Merlin à barbe rouge, enveloppé d’une robe de chambre sans rien en dessous. Dans le salon trônent de grands aquariums. Quelques serpents, des tortues carnivores et des poissecailles. Stanshall s’agenouille et regarde sous la banquette. Jackie lui demande s’il cherche quelque chose. Oui un serpent, lui répond laconiquement son hôte. Ils échangent quelques banalités et Stanshall demande à Jackie d’aller lui chercher un petit sac en plastique dans le frigidaire. Oui, oui, là-bas, dans la cuisine. En ouvrant la porte du frigo, Jackie pousse un cri d’horreur. C’est bourré de sacs de souris crevées. Il ramène le sac et Stanshall balance la souris dans un aquarium. Piranhas ! Puis avec un accent châtié à la Oscar Wilde, il demande à son invité : «Would you like a drink ? Some cider perhaps ?» (Vous prendrez bien quelque chose, un peu de cidre ?). Après avoir essuyé un refus poli, Stanshall propose de commencer à travailler sur ses chansons, l’objet réel du rendez-vous. Jackie se dit à la fois traumatisé et émerveillé.

    En réalité, Viv Stanshall fait le coup du serpent évadé et des piranhas à tous ses visiteurs. Ça lui permet de tester la résistance des matériaux. Certains craquent et s’en vont aussi sec. Ne restent que les plus solides, comme Jackie, dont la curiosité reprend le dessus. Et puis, il faut bien reconnaître que Vivian Stanshall dégage un charme extraordinaire.

    Ils vont jouer tous les deux dans des pubs. Il faut savoir qu’en Angleterre, les gens vénéraient les Bonzos et Vivian Stanshall en particulier. L’équivalent français pourrait être l’immense Professeur Choron, un géant de l’excès, barbare et raffiné à la fois, la bite à l’air et le fume-cigarette au coin des lèvres. Le duo Stanshall/McAuley s’appelle Vic Stanshall’s Vivarium. Stanshall joue de l’ukulélé et des instruments de sa fabrication, et Jackie l’accompagne à la guitare. Sideman. La clientèle des pubs raffole de leurs numéros baroques. Comme celui-ci : une longue sangle élastique, Viv en tient un bout entre ses dents pour avoir les mains libres et Jackie l’autre bout des deux mains. Ils reculent de quelques pas chacun de leur côté pour tendre la sangle au maximum. Viv bat des bras comme un oiseau et Jackie lance : «Ladies and gentlemen, the amazing Viv Stansh...» et à ce moment précis, il lâche la sangle - ça fait partie du numéro - et Viv la prend en pleine gueule, schpounz ! Au tapis ! Le numéro le plus absurde qui ait jamais été imaginé, nous dit Jackie, qui en meurt de rire à chaque fois - In fact it was stupid but Viv thought it was hilarious - Numéro stupide que Viv trouvait hilarant. Bienvenue au royaume wonderfully insane de Vivian Stanshall. Mais comme Keith Moon, Viv ne pouvait plus faire autrement que d’être un Viv de tous les instants. Passé un certain cap, on ne peut plus revenir en arrière.

    Dans l’excellent Ginger Geezer, Lucian Randall et Chris Welch rappellent à quel point Moonie et Viv savaient se marrer. Ils entrent un jour chez un marchand de fringues à la mode.

    — Que désirez-vous messieurs ?

    Moonie et Viv répondent en chœur :

    — Strong trousers !

    Un pantalon solide ? Le mec ramène un beau pantalon en mohair. Viv prend une jambe et Moonie l’autre. Ils tirent chacun de leur côté. Crac ! Ils déchirent le pantalon en deux morceaux. Alors ils crient au scandale :

    — Vous appelez ça des strong trousers ?

    Le vendeur ne comprend pas. Ce type d’événement se situe hors de sa portée. Soudain, un complice unijambiste entre dans le magasin et vient droit sur les deux morceaux de pantalon :

    — Oh my God, c’est exactement ce que je cherchais ! J’en prendrai deux paires !

    Vivian Stanshall collectionne les coupures de presse dans un classeur qu’il appelle The Book Of Madness. L’une de ses préférées : «Un homme accusé d’avoir abattu son copain comparaît au tribunal de Lagos et dit qu’il a tiré par erreur : il l’a confondu avec un gorille.» L’histoire de Vivian Stanshall est une infernale partie de rigolade qui ne prend fin qu’avec sa mort - Viv had lost his greatest battle - against himself. Si vous tenez vraiment savoir comment Stanshall est mort, sachez qu’il a cramé dans l’incendie de sa chambre, avec toutes ses possessions, comme un roi Viking à bord de son drakkar en flammes. On trouve cette scène dans le film de Richard Fleischer avec Kirk Douglas qui fascinait tant Stanshall.

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    Unterberger profite aussi de la parution du livre de Jackie pour l’interviewer dans Ugly Things. Quand il lui demande pourquoi il publie à compte d’auteur, Jackie se marre. Il met les éditeurs dans le même panier que les gens du showbiz et pour lui, publier à compte d’auteur, c’est un moyen de ne pas se faire arnaquer. On comprend qu’il soit chatouilleux sur la question. Quand Unterberger revient sur l’arnaque Solomon, Jackie sort ça : «The band was basically ripped up big time.» Dans la presse anglaise, le seul reproche qu’on ait fait à l’auteur est de ne pas avoir donné plus de détails sur les Belfast Gypsies. Alors Unterberger saute sur l’occasion. Jackie brosse un portrait de Kim Fowley superbe, «un homme maigre et très grand, avec les bras constamment en l’air, presque comique. Un homme very strange (...) On écrivait les chansons avec lui.» Jackie lui fait confiance. Comme il voit qu’Unterberger commence à baver, Jackie ajoute : «On bossait dur. Mais il n’y a rien de spécial à raconter.» Quelques concerts au Danemark, pas de blé, à quatre dans une chambre d’hôtel, toujours la même histoire. En fin d’interview, Jackie avoue qu’il n’avait pas non plus assez de blé pour financer la publication de son livre. Alors ses frères se sont cotisés. Vieux réflexe irlandais.

    Pas de livre sur le rock à Belfast sans référence à la violence et à ce qu’on appelle ‘the Troubles’. Mais à la différence des Stiff Little Fingers qui les évoquent si bien, Jackie n’a pas vécu en direct cette guerre civile qui a déchiré l’Irlande du Nord pendant trente ans, opposant les républicains catholiques aux unionistes protestants pro-britanniques. Coup de pot, Mom & Dad McAuley réussirent à quitter Belfast au moment où ça commençait à devenir très dangereux de sortir dans la rue. Mais tout le monde n’a pas eu cette chance-là. Jackie consacre tout son chapitre 10 à son ami Steve Travers et au groupe Miami dont personne n’a jamais entendu parler pour une raison bien simple : on les a transformés en passoires au bord d’une route par une belle nuit d’été.

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    En 1975, Steve devient bassman de Miami, un Irish showband qui a le vent en poupe. Ils jouent partout en Irlande à guichets fermés. Le chanteur s’appelle Fran O’Toole, le guitariste Tony Geraghty. Le trompettiste Brian McCoy conduit le minibus Volskwagen bleu qui ramène le groupe à Belfast après un hot set au Castle Ballroom de Banbridge, de l’autre côté de la frontière. Ils écoutent une cassette d’Edgar Winter et chantent en chœur «Tobacco Road». Un peu plus loin sur la route, les forces spéciales de l’armée britannique ont installé un check-point. Contrôle de sécurité. On fait généralement sortir les gens du véhicule pour les aligner et chacun doit dire son nom et son adresse. Pas de problème, les Irlandais sont habitués. «Baisse la tête» et «Ferme ta gueule». Le problème est que des miliciens de l’UVF se joignent aux soldats britanniques. Leur plan est simple : faire passer les musiciens pour des gens de l’IRA transportant des armes dans leur minibus. Pendant qu’on leur demande leur nom et leur adresse, on charge discrètement une bombe et des armes dans le minibus. Ne cherchez pas de sens dans cette histoire, car il n’y en a pas. Tout repose sur l’exercice pur et dur de la haine, comme dans toute guerre civile. Quand ils arrivent au check-point, les Miami ne sont pas surpris. Mettez-vous en rang ! Le problème est qu’on leur demande en plus de mettre les mains sur la tête. What ? Ça sent l’embrouille. Soudain, le mini-bus explose et le souffle projette les musiciens dans le champ. Les soldats commencent à canarder dans le noir. Steve Travers sent qu’une balle le traverse. Gravement blessé, il les entend arriver et comprend qu’ils viennent finir le boulot. Ils commencent par descendre Brian McCoy à bout portant. Steve ne peut pas bouger. Il sent soudain des mains le prendre sous les bras pour le soulever. Tony et Fran risquent leur peau pour le sauver. Mais courir en transportant un blessé n’est pas l’idéal quand il faut fuir. Ils lâchent Steve et détalent, mais c’est trop tard. Neuf balles pour Tony vingt-et-une pour Fran. Si Steve Travers a survécu, c’est uniquement parce qu’on le croyait mort. Il va même réussir à survivre miraculeusement au passage d’une balle dum dum à travers son corps. Voilà pourquoi Jackie McAuley tenait à consacrer un chapitre à ces mecs-là : il craignait qu’on ne les oublie.

    Signé : Cazengler, Jacky soupe au lait

    Jackie McAuley. I Sideman. Publié à compte d’auteur 2017. jackiemcauley.com

    Richie Unterberger interview with Billy Harrison. Part One. Ugly Things # 31/Spring 2011 & Part Two. Ugly Things # 32/Fall Winter 2011

    Belfast Gypsies. Them Belfast Gypsies. Sonet 1967

    Richie Unterberger interview with Jackie McAuley. Ugly Things # 48 - Summer/Fall 2018

    Lucian Randall & Chris Welch. Ginger Geezer. The Life Of Vivian Stanshall. Fourth Estate 2001

    TêTE BLÊME

    POGO CAR CRASH CONTOL

    ( Clip )

     

    Le problème n'a jamais été de vivre mais de survivre à soi-même. Ou alors se répéter inutilement. Deuxième album de Pogo Car Crash Control à paraître ce quinze mai. Comme d'habitude Baptiste Groazil a déjà desquamé son artwork. Travaillé au grésil. Exactement au Crésyl, ce produit en vente dans toutes les bonnes drogueries, dont on se sert pour nettoyer les chiottes publiques. A croire que notre monde est en attente d'un désinfectant à toute épreuve pour se porter mieux.

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    En attendant la date fatidique du grand oral Pogo nous donne un os à ronger. Pas n'importe lequel, le crâne. En un autre siècle les romantiques se plaisaient à faire flamber leur punch dans ces cratères à ciel ouvert, au moins en buvant on pouvait regarder la mort les yeux dans les yeux. Nous n'en sommes peut-être pas encore là puisque apparemment il subsiste de la chair, le clip ne s'intitule-t-il pas Tête Blême. On a du pot, il reste de la peau.

    Ça commence tout doux. Avec les Pogo cela veut dire qu'il n'y a pas de musique. C'est l'équipe de Contrefaçon un music-vidéo-band qui s'est chargée de la réalisation et d'introduire la bête. Une mise en scène de la vie quotidienne. De ceux qui n'ont pas de compte-banque assez florissant pour s'acheter une berline hybride made in Germany. Tant pis pour eux. On ne va pas s'apitoyer sur les pauvres, d'autant plus que très vite on rit jaune.

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    Pas du tout un jaune serein. D'ailleurs tout de suite on est en zone rouge. Y aurait comme un clin d'œil prophétique à l'actualité. Combinaison de protection coronaphobique ? C'est très vache cet humour noir, surtout que l'on est dans une ferme. Va-t-il falloir faire étable rase ? A l'image suivante c'est l'herbe d'un champ qui est rasibus. Avec les Pogo au milieu en pleine transe. Il y a de beaux basculements d'images, comme ces feuilles d'esquisses barbouillées qu'un peintre rejette, évidemment tout est dans le montage, et dans le démontage, les images s'emmêlent et s'interpénètrent, défilent à toute vitesse, mais certaines, comme cette silhouette d'arbre éclairée par la hagarde pupille d'une lune de cimetière, sont de véritables engrammes. Le clip s'arrête bêtement parce qu'il est terminé. Aucune logique intérieure qui voudrait que l'on sorte du marasme de cette tête blême. On aimerait une chute. Qu'on la coupe, qu'on la repeigne en bleu et en vert. Mais non, c'est fini. On abandonne les Pogo et leur matos en pleine campagne, dans un champ indéterminé. On ne peut plus rien pour eux. Ni eux pour nous. Peut-être qu'ils feront du stop pour rentrer chez eux, mais la seule bagnole du film est en panne sèche.

    Enfin ce n'est pas notre problème. Il y a plus grave au monde. Suffit parfois d'un mot pour bouleverser une situation pré-établie. Ici il déboule vite dès qu'ils entament les lyrics. On aurait parié qu'ils ne le connaissaient pas. Ou alors qu'ils l'avaient rayé de leur vocabulaire. Expulsé du dictionnaire. Ramené à la frontière de leur univers. N'essayez pas de trouver, c'est aimer. Oui, le verbe aimer, même pas à la forme négative. Les Pogo ont besoin d'amour. Qu'un esclave aime sa servitude, on veut bien l'admettre, mais que les Pogo aient envie d'aimer, alors que leur précédent album s'appelait Déprime Hostile, c'est à n'y rien comprendre !

    Toutefois on se doit d'essayer. Les Pogo ont tout ratiboisé devant eux. Là où ils passaient vos illusions ne repoussaient pas. Z'avaient des lyrics ravageurs, des paroles à l'emporte-pièce. Leur mot de désordre, c'était après moi le nihilisme. Une batterie fracassante et des guitares en folie. Des shows orgasmiques. On était contents, avec ces zèbres au moins, la boussole indiquait le néant. C'était rassurant. On savait où on allait. Nulle part.

    Mais ce n'était pas assez. Se sont réunis. Ont trastégé grave. Un défi impossible à relever : comment faire toujours plus dans le moins absolu. Z'ont vu le fond du trou dans lequel il ne fallait pas tomber. C'était déjà fait. Alors maintenant ils apportent quelque chose. Parce que le moins que moins c'est au moins un tout petit truc. Autant vous le dire ce n'est pas grand-chose. A tel point que certains risquent de ne pas le remarquer. Ce n'est pas la bougie au bout du tunnel, c'est simplement l'existence du tunnel. La voix davantage devant et le grabuge derrière qui n'arrive pas d'un coup mais sous forme de grosses vagues qui reviennent plusieurs fois à l'assaut.

    Certains diront que le groupe s'est assagi, d'autres qu'ils ont gagné en maturité, c'est oublié qu'après le pogo le car et le crash, le control est programmé depuis le début. Tout le monde peut être méchant, mais méchant et intelligent, ce n'est pas que ce soit plus difficile, c'est que c'est davantage subtil.

    Damie Chad.

    EX-VOTO CRASHBIRDS

     

    Pas de concert à chroniquer. Quand on ne peut pas tenir la proie, on se contente de l'ombre. Attention chez Kr'tnt on ne vous refile pas une ombre toute noire de désespoir, mais toute colorée d'un arrière-fond rouge feu vital, ne dites pas que ça n'existe pas, relisez plutôt le Traité des Couleurs de Joan Wolfgang Goethe, bref au lieu de vous emmener au dernier concert des Crashbirds – il y en aura d'autres, ces maudits volatiles sont des durs à cui-cuire - nous vous offrons, faute de mieux, le flyer de leur prestation. Si vous n'êtes pas un vil mécréant vous le rangerez soigneusement dans le deuxième tiroir de la commode, sous les chaussettes sales, dans le lieu sacré où vous avez relégué l'image pieuse de votre première communion.

    Certains crieront au favoritisme, pourquoi les Crashbirds et pas un autre groupe. Premièrement parce que les flyers des Crashbirds sont particulièrement beaux, collectionneurs, lors des concerts dans leur merchandising vous pouvez vous en procurer format-affiche plastifié. C'est Pierre Lehoulier qui se charge de leur confection, il n'a aucun mérite puisque en sus d'être guitariste il est dessinateur. Les curieux qui veulent tout voir n'ont qu'à faire un tour sur leur FB, ou alors lire dans notre livraison 351 du 07 / 12 / 2017 le seul article au monde qui ait été consacré à ces miniatures crashbirdéennes. Il y a une deuxième raison, plus spécifique, celui-ci est particulièrement réussi. Lorsque je l'ai montré à des amis, je me suis aperçu qu'il accrochait diantrement l'attention, surtout ceux qui aiment peindre et dessiner. Z'alors j'ai voulu en savoir plus. En voir davantage.

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    Un truc évident, quand vous jetez un coup d'œil, l'est certain que vous vous sentez devenir le taureau dans l'arène obnubilé par le chiffon qu'agite sous son mufle un torero assassin, un rouge pétant, entre alizarine et vermillon, soyons synesthésistes, plongez-y votre langue pour vous régaler de cette cerise écrasée, vous m'en direz des nouvelles, oui, il est indubitable que cette griotte en compote a aussi un goût de banane. Il y a du jaune au fond de ce rouge. Grâce à cet apport velvetien nous obtenons de l'orange, ni abricot ni mandarine, soyons précis, tangerine. Bref ça claque au vent comme la cape de L'Imperator sanglant sur le ciel enflammé du sonnet Soir de bataille de José-Maria de Heredia.

    Bon ce n'est pas tout. Cet artwork n'est pas un monochrome. L'est même très figuratif. Pierre Lehoulier possède sa propre héraldique. Tout un vocabulaire, toute une grammaire. La figure centrale de ces blasons flyeriques réside en le signe composite dit des deux cui-cui. Généralement ils sont noirs, d'un noir aussi maléfique que le corbeau d'Edgar Poe, mais adorables, avec toutefois ce regard torve, un en-dessous hypocrite qui franchement vous veut du mal. Des espèces de bébés-vautours au plumage charbonneux qu'ils arborent comme s'ils avaient déjà revêtus les habits de deuil qu'ils porteront le jour de votre mort imminente.

    Mais cette fois, Lehoulier ne les a pas teints de leur habituelle houille noirâtre, il les a peints d'une magnifique teinte jaune-poussin. Nos cui-cui ont l'air de sortir de l'œuf, de ravissantes peluches innocentes, éloignez vos enfants, ils ne résisteront pas à l'envie de les prendre, de les serrer contre eux, de les couvrir de mille bisous, soyez-sûrs que les cruels cui-cui en profiteront pour leur crever les yeux.

    Vous ne me croyez pas, vous pensez que j'exagère, qu'ils ressemblent à deux pauvres canaris, enfermés dans une cage, qui s'ennuient sur leur perchoir. Insensés qui vous voilez la face devant le mal ! Regardez sur quoi reposent leur pattes, sur le canon d'une winchester, ils en ont même deux autres en surplus alignées sur leur flanc, n'ont qu'à étendre l'aile pour s'en saisir et vous expédier en enfer. Z'ont l'air d'attendre le passage des bartavelles, mais ce coup-ci les bartavelles c'est vous. Se moquent de vous avec leur bec en biais. Et leurs lunettes d'aviateur aveugle. L'est vrai que vous êtes stupides, c'est écrit en gros au bas de l'affiche, rue de sille, en d'autres mots rue de la raillerie, se foutent carrément de votre gueule, et ils en rajoutent encore, Loiseau de la Ferme, Loiseau parce qu'ils sont chez eux, de la ferme, vous voulez une précision, de la ferme... d'abattage.

    Voilà, maintenant quand vous irez à un concert des Crashbirds, vous savez à quoi vous attendre avec leur Dirty Rock'n'Blues. C'est simple, Delphine Viane et Pierre Lehoulier sont les Bonnie Parker et Clyde Barrrow du rock'n'roll.

    PIERRE LEHOULIER

    Vous avez failli ne jamais voir la profonde analyse sémiotique précédente. Une seconde de plus et je l'éjectais de la livraison. J'étais content, j'étais heureux, lorsque de bon matin, FB m'a averti, ''Pierre Lehoulier vous a envoyé une photo sur laquelle vous apparaissez''. Un vrai poteau ce Pierre, dès l'aube naissante il pense à moi, se lève du lit sans bruit pour ne pas déranger Delphine et le chat enfouis dans leurs rêves, s'extirpe de ses chaudes couvertures à l'aurore juste pour m'envoyer une photo, de mon immodeste personne assistant à un concert des Crashbirds, ce mec c'est un bon copain, un pur ami, un véritable frère, que dis-je un père tutélaire, je me dépêche de cliquer sur ce document iconographique d'une importance capitale pour l'histoire du rock'n'roll, hélas, septante-sept fois hélas, je manque de mourir de saisissement, ah! oh ! le traître, le malfaisant, le pervers, la vermine, je n'y crois pas mais c'est écrit en grosses lettres...

    LE RETOUR DE SUPER GROS CON !

    Calme-toi Damie, me dis-je, avant de sauter dans la teuf-teuf pour partir, illico presto subito expresso bongo, trucider cet ignoble individu, ce dégénéré impavide, ce rebut de l'humanité, pense à la manière dont tu le priveras de sa misérable vie de cloporte, il est nécessaire qu'il souffre un max dans son agonie, c'est à ce moment que je réalise en jetant un coup d'œil à l'image, juste dessous le bandeau calomniateur ma funeste erreur, non je ne suis pas un super gros con, il ne parle pas de moi Pierre, mais de sa nouvelle bande-dessinée qui est sur le point de sortir. Promis je vous la chronique dès que je l'aurai, à ceci près qu'ici la poste ne livre plus le courrier, droit de retrait. En attendant je vous file la photo de Pierre Lehoulier avec son book. Quand on n'a pas la proie, on prend l'ombre !

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    Damie Chad.

     

    PORTRAITS ROCK

    MARIE DESJARDINS

     

    Marie Desjardins n'écrit pas que des romans, nous avons chroniqué dernièrement La voie de l'innocence ( Livraison : 449 du 30 / 01 / 20 ), Ellesmere ( 447 – 16 / 01 / 20 ), SylvieJohnny ( 442 – 12 / 12 / 19 ), Ambassador Hôtel ( 440 – 28 / 11 / 19 ), elle sème aussi dans diverses revues des articles-rock, vous pouvez en trouver quelques exemples sur son FB Marie Desjardins Portraits rock.

    LE ROCK DE GEORGE MARTIN

    Avec cette nomination passe-partout, l'on s'interroge, certes il y a plus d'un âne qui s'appelle Martin mais cet équidé-là est aussi célèbre que L'Âne d'or d'Apulée. Quand de ces petites menottes il approchait des manettes il en tirait des bruits paradisiaques. Les gens exagèrent toujours. D'abord je suis un mécréant et de toutes les manières je préfère les Rolling Stones. Vous l'avez deviné, nous parlons de George Martin le cinquième Beatles, le sorcier du 16-pistes. Mais cette fois nous suivons George Martin en villégiature. Désolé mais il ne se contentait pas d'un deux pièces-cuisine dans une banlieue populaire de Londres.

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    Avait jeté son dévolu sur l'île de Montserrat. Pas très loin de l'ile Saint-Barthélémy où repose Johnny Hallyday, repère insurpassable pour un français qui ignore la géographie. N'imaginez point un trip à la Robinson Crusoé, juste une villa de rêve et question de ne pas s'ennuyer, Sir George fit bâtir Air, un studio d'enregistrement. C'était comme ouvrir un pot de confiture à côté d'une ruche, toutes les rock stars de la old England et de la new-America vinrent y bosser, à tout seigneur tout honneur nous citerons par ordre de préséance les Rolling Stones qui y concoctèrent Steel Wheel – non ce n'est pas leur meilleur – Linda et Paul McCartney, Sting et Police ( tout le monde la déteste ) et même Black Sabbath – mais que venait donc faire ce démon noir dans ce paradis... bref près de soixante-dix albums y furent enregistrés.

    La Bible nous l'a enseigné, l'éden, même celui des milliardaires du rock, ne saurait durer longtemps, un vent mauvais – ainsi les qualifiait Verlaine – plus prosaïquement les météorologistes usent du mot ouragan, s'en vint en l'an de disgrâce 1989 transformer Air en un tas de tôles brinquebalantes, mais quand le Dieu jaloux de la Genèse ( peut-être était-il comme Eric Clapton amoureux de Linda ) est en colère, il ne lésine pas sur les moyens, refit quelques années plus tard à Montserrat ( la montagne sûre ! ) le coup de Sodome et Gomorrhe, une nuée ardente s'en vint détruire les deux-tiers des habitations.

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    Croyez-vous que ce soit le genre de désagrément qui puisse intimider Marie Desjardins. Non, elle y est allée, et a tout visité, a enquêté, non plus de rock-star à séduire, mais des souvenirs, photos, disques et surtout Danny Sweeney roi de la planche à voile qui connut bien des aventures avec toutes ces stars du rock... Marie Desjardins ne nous rapporte qu'un petit échantillon des confidences de Sweeney... De quoi s'évader en ces jours de confinement...

    JIMI L'ETERNEL

    ( paru le 18 / 09 / 2016 sur le site Pop Rock 2. 0 )

    Ce n'est pas un article de plus sur Jimi. Une évocation. Qui touche à la poésie. Je n'en dirai rien de plus. Cela serait inutile. L'on n'ajoute pas à l'émotion. On la ressent. Ceux qui veulent la partager n'ont qu'à lire.

    JIM ZELLER EN JETTE PLUS QUE JAMAIS

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    Cette fois Marie Dejardins est au Canada. Normal, elle est canadienne. Nous emmène au Rosewood à Montréal. En France, moins à cheval sur la langue française, nous appelons ce genre de soirée une release party, avec son orchestre il présente son dernier disque Blues from an another planet. Le nom de Jim Zeller ne vous dit peut-être pas grand-chose, c'est un natif du Quebec, mais toutefois il vous semble que... sans doute l'avez-vous aperçu dans Renaldo et Clara le film de Bob Dylan avec entre autres Ronnie Hawkins, Jack Elliot, Roger McGuinn et Joni Mitchell la somptueuse... Exerce une louable profession. Un souffleur de verre bleu. Un virtuose de l'harmonica. Un bluesman, un vrai, a poussé la réalité jusqu'à faire deux ans de prison à Rikker Island, l'Alcatraz new-yorkais... Depuis l'est devenu une figure légendaire de Montréal, l'a joué avec tout le monde, n'est jamais en rade d'un bar pour l'inviter à cornemuser, lui, sa compagne choriste Bella Godmer et son guitariste Jimmy Jamers, trio extrême blues. Vous ne le connaissez pas, Marie Desjardins nous campe un personnage, vous ne l'avez jamais entendu, vous l'aimez déjà. Magie des mots et du style.

    VIC VOGEL

    Vic Vogel ( prononcez Voguel ) est un personnage qui s'inscrit dans la même lignée que Jim Zeller. Enfin c'est juste le contraire, Zeller est né au début des années soixante, il pose ses pas dans la grande tradition, blues, rock, country, punk, Vogel près de trente ans avant, né en 1935 comme Gene Vincent, mais ce n'est pas un rocker, provient d'un autre courant celui du jazz. Je ne le connaissais pas, il est une sommité en son pays. Pour le situer selon un paysage très français, nous reconnaissons que les entrées sont rares, il fut en 1961 au piano l'accompagnateur du trio vocal les Double-six.

    FAMILLE ROCK PLEURE AVEC FAMILLE JAZZ

    ( 26 septembre 2019 )

    Encore un article où il n'y a rien à dire. L'on arrive trop tard, Vic Vogel est mort. Marie Desjardins relate son enterrement ( 23 / 09 / 2019 ) pour Pop rocK. CA. Des mots qui sonnent juste. Forte charge émotive. Photos de Léo Giguère.

    LA VIE DEVANT SOI !

    MARIE DESJARDINS

    CHEZ LES SOUVERAINS ANONYMES

    ( Janvier 2014 )

    ( You Tube )

    Qu'est-ce que ces souverains anonymes ? Marie Desjardins ferait-elle partie de ces neuf Supérieurs Inconnus censés régenter le monde ? Entre nous soit dit, les résultats obtenus ne sont guère brillants, mais il est inutile de s'appesantir sur les débats qui divisent depuis plus d'un siècle les milieux hermétistes. Pour ceux qui voudraient en savoir plus, nous vous indiquons chez Baglis TV, l'intervention de Philippe Pissier : Crowley et les Supérieurs Inconnus. Nous avons chroniqué à plusieurs reprises les traductions d'Aleister Crowley établies par Philippe Pissier, pour les amateurs de rock nous rappelons que : qui dit Crowley dit Jimmy Page, et qui dit Page dit Led Zeppelin. Mais ici nous empruntons une fausse piste, il ne s'agit pas de rock mais de jazz.

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    Quand je vous aurai susurré à l'oreille que Les Souverains Anonymes n'est qu'une émission de radio, et que Marie Desjardins a fait paraître une biographie intitulée : Vic Vogel, une vie de jazz en 2013, vous croirez avoir tout compris : ben oui, Marie Desjardins est interviewée pour parler à la radio de son denier bouquin. Elémentaire mes chers Watson, mais vous êtes comme ces chasseurs qui tuent la mouche, mais ratent l'éléphant sur lequel elle était posée. Désolé mais vous êtes passés à côté de l'essentiel.

    Apportons quelques précisions. Encore une fois nous arrivons trop tard, l'émission est censée s'arrêter au mois de mars 2009. Elle a débuté en 1989. Mohammed Lotfi en est le concepteur et le présentateur. Elle est enregistrée à Bordeaux. Au Canada. Non je plaisante. Pour ne pas pleurer. Ce n'est pas à Bordeaux, mais à la prison de Bordeaux. Sise à Montréal. Au début, vous avez droit à une vingtaine de gars assis face à face, au fond un tam-tameur et c'est parti pour cinq minutes d'un chant syncopé à saveur africaine. Se lèvent tous et font une haie d'honneur comme devant les églises pour la sortie des mariés, mais c'est Marie Desjardins qui passe sous cet arc de triomphe frémissant.

    L'est jeune, toute belle, à l'aise, pas intimidée, du moins en donne-t-elle l'apparence, mais elle a un sourire rayonnant qui embellit le monde et qui peut-être fausse votre appréhension de la situation. S'assoit sur la causeuse vis-à-vis de son interviewer et commence à répondre aux questions. Tout ronronne, oui elle a côtoyé très régulièrement durant trois ans Vic Vogel, bien sûr qu'il est devenu son ami. Certes il lui a donné le droit d'écrire ce qu'elle veut, ce ne sera pas une autobiographie autorisée, cette liberté est un bon point en sa faveur, sans cet accord indispensable elle n'aurait pas fait le livre, mais ce qui la retient chez cet homme de plus de soixante-dix ans c'est son intransigeance. Un homme tout d'une pièce. Qui ne négociait pas ses exigences. Si vous n'étiez pas d'accord avec lui, vous n'aviez plus qu'à vous retirer. Tant pis pour vous. Tant mieux pour lui. Ne s'est jamais écarté de son chemin. L'a connu le succès, l'a connu les échecs, l'oubli, et une reconnaissance tardive. En sourit. Ses proches, ses musiciens sont là pour témoigner de sa droiture, de sa rigueur, de son honnêteté intellectuelle et musicale. Un maître reconnu et accepté. Le gars qui refusait les concessions, mais on l'adorait.

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    Il ne s'est pas fait tout seul. Ici l'émission prend un virage, mais si vous n'êtes pas un auditeur familier, vous ne vous en apercevez pas. Il n'était pas né avec une cuillère d'argent dans la bouche. Fils d'une famille d'immigrés polonais. Mais son père lui donnera un trésor. Certes il mangera à sa faim, certes il sera aimé, même si gamin il se sent délaissé par rapport à son frère malade qui accapare l'attention de ses parents, mais tout cela n'est rien : son père lui offre la liberté. Peut courir et venir à sa guise, ce qui ne veut pas dire qu'il peut faire n'importe quoi, son père lui transmet une certaine éthique toute simple, tout ce que tu auras c'est parce que tu l'auras conquis par toi-même. Marie Desjardins ne répond pas aux questions à la va-vite, celles-ci d'ailleurs poussent à la réflexion, incitent à l'auto-questionnement, l'on sent qu'ici l'on n'est pas en promotion, que l'on n'attend pas des réponses convenues, et Marie est la première à soulever les écailles du serpent pour faire apparaître ce qu'il y a dessous. On la sent passionnée et sereine. Elle n'est pas venue pour vendre un bouquin mais pour parler d'un homme entier.

    L'émission pourrait se terminer là. Vous en ressortiriez satisfait. Même si vos détestez le jazz, vous sentez que vous venez de rencontrer une pointure. Quelqu'un qui sort de l'ordinaire. Mais le plus beau reste à venir. Martin, Youssef, Pascal, prennent successivement la place de l'interviewer, ils ne sont pas là pour poser des questions. Mais dire ce qu'ils ont ressenti en lisant le livre. Ce sont des prisonniers, d'âge et de culture différents. Le rapport au livre n'est pas toujours facile. Ils veulent approfondir leur rapport à Vic Vogel, ce n'est pas Vic qu'ils veulent connaître, inutile de leur refiler sa discographie complète, mais leur propre vie, mieux comprendre leur vécu, mesurer leur manquement et leurs efforts par rapport à la manière dont Vic a mené son existence, ils ne sont pas venus les mains vides, que ce soit un poème de leurs propres mains, un dessin ou une récitation, ô cette récitation du Vaisseau d'or d'Emile Nelligan, cet Hölderlin canadien foudroyé, jamais je ne l'avais reçu avec une telle force. Je ne sais pas comment j'aurais réagi - sûrement avec balourdise - à la place de Marie, mais non Marie est à l'écoute, attentive, rassurante, l'on sent que si ses hommes se dévoilent si intensément, c'est parce qu'elle est là, que ses gestes, ses acquiescements, ses sourires de miel discret inspirent confiance et confidences existentielles. Quand elle sortira, tous viennent la remercier et lui serrer la main. Les derniers de la file sont les plus malins, ils lui font la bise, n'allaient pas laisser partir une jolie fille comme ça, et puis cette heure a été follement émotionnante...

    Marie Desjardins donne cette impression de se comporter dans la vie comme avec ses personnages dans ses livres. Elle accompagne les êtres de chair ou de papier, et les éclaire de son sourire radieux. Pas plus. Ni moins. Ariane au fil tendu sur les abîmes intérieurs.

    Damie Chad.

    JOHNNY AND THE HURRICANES

    ROCK 'N' ROLL FOREVER

    ( Coffret / CD 13 / 2002 )

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    On retrouvait toujours un ou deux titres de Johnny And The Hurricanes à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix, sur les anthologies old-rock'n'roll, on écoutait une fois, et quand on y revenait on sautait le morceau pour aller au plus vite au gros Domino ou ia tornade Jerry Lou. C'est un peu injuste – mais le monde est rempli d'injustices. L'on ne peut pas dire que Johnny Paris le leader des Hurricanes n'ait pas été persévérant, s'est battu jusqu'au bout de 1957 à 2005. Pas étonnant que Johnny soit mort le jour de la fête des travailleurs en 2006. Question longévité, dans leur catégorie font jeu égal avec les Shadows qui levèrent le pied en 2009...

    Les Hurricanes ont un peu triché, certes il y eut des changements chez les Shadows, mais Johnny Paris a vu passer, près - ou plus - de trois cents musiciens dans sa formation. Evidemment comme pour nombre de groupes, ce sont les débuts qui sont les plus intéressants. Difficile pour un groupe musical de se renouveler, les Hurricanes finiront par enregistrer à leur manière des reprises de succès déjà connu d'un vaste public. Mais en leur commencement aidés par leur manager ils proposèrent quelques compositions de leur cru.

    Les Hurricanes eurent leur titre de gloire. A posteriori. Non pas d'avoir accompagné sous le nom de The Orbit le chanteur de rockabilly Mack Vickery - ses compos furent reprises par Jerry Lee Lewis, Waylon Jennings, George Jones, Johnny Cash – mais lorsque le succès décrut ( très vite ) aux USA, nos petits gars de Toledo ( Ohio ), visitèrent l'Europe et eurent en première partie de leur show au Star Club de Hambourg : les Beatles !

    Ce cd n'est en rien un original, l'est toutefois sorti sous licence Charly, il fait partie d'un coffret dit économique de 21 CD's, le vingt-et-unième reprenant un titre des vingt premiers...

    Johnny Paris : saxophone / Paul Tesluk : orgue / Dave Yorko : guitare / Lionel Mattice : guitare / Tony Kaye ou Bill Savich : batterie.

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    Red river rock : ( 1959 ) : si dans les premières secondes l'on peut se dire, diable ils ont un bon son électrique, l'on a l'oreille squattée par une espèce de cristallerie adjacente, un peu guillerette c'est l'orgue de Paul Tesluk, à l'époque c'était nouveau, aujourd'hui cela fait un tantinet vieillot, ça sonne un peu comme un synthétiseur, et ça prend de l'espace que l'on préfèrerait occupé par le saxo de Johnny Paris. Malgré la ''modernité'' du son, cela évoque les grands espaces américains, tout à fait normal, cette rivière rock prend sa source dans une vieille chanson de cowboy intitulée : Red River Valley. En tout cas il y a de beaux solos de guitare introduits par des espèces de concrétions sonores rétractatrices. Beatnick fly : ( 1959 ) : ne vous croyez pas à l'époque des beatniks, faut remonter dans le temps des Minstrels, vers 1848 la chanson s'appelait alors Jimmy Crack Corn, ça commence tout doux, elle fut souvent utilisée comme berceuse, ici elle dégommerait bien, si ce n'est que les tralala-tralalères de l'orgue sont embêtants mais la guitare et le sax se répondent super bien. Reveille : ( 1959 ) : l'on est un peu interloqué, l'on aimerait que ce morceau soit une diatribe musicale contre l'armée américaine, mais non, vraisemblablement un plan commercial : ni plus ni moins que la reprise des notes du réveil des soldats au petit matin dans leur chambrée, après le boum-boum de la batterie ce sempiternel et maudit clavierclaironne dans nos têtes, les guitares s'en donnent à cœur joie, Bill Savich à la batterie mène bien l'assaut. Crossfire : ( 1960 ) : superbe, cette fois l'orgue est totalement supplanté par le saxophone et nous voici enfin en plein rock, les guitares crachent joliment leur venin, splendide. Quand on écoute cela, on comprend pourquoi ils ont plus tard repris Misirlou de Dick Dale. Rockin' Goose : ( 1964 ) : ce qu'il y a de bien c'est que vous voyez comment ils se sont partagés le travail, le sax imite le cri de l'oie et pendant ce temps l'orgue bat des ailes, et quand le volatile s'arrête de voler, ils rockinent tous à fond. En poésie on appelle cela de l'harmonie imitative. Là c'est tellement bien fait que vous n'avez pas envie d'abattre la bestiole d'un coup de fusil. Money Honey : ( 1960 ) : l'argent a toujours fait courir les hommes, eux ils galopent, la fameuse syncope du morceau ils vous l'expédient au sprint, une course d'équipe. Remportent la coupe aisément. Se permettent même de gueuler Money Honey, sûrs qu'ils sont de passer la ligne en tête. La vitesse et le style. Applaudissements. Down yonder : ( 1961 ) : se sont tous ligués contre l'orgue, mais celui-ci n'en finit pas de rouler sur son chemin comme le petit bonhomme de pain d'épice, le sax lui fait la nique, la batterie essaie de l'écraser à coups redoublés de grosses caisse, les guitares lui démontrent qu'elles font mieux que lui, mais non rien ne l'arrête, le chiendent repousse toujours. Ja – Da : ( 1961 ) : vieux standard de jazz de Bob Carleton, un truc facile à jouer que les musicos envoyaient quand l'attention du public se relâchaient, genre rythmique obsédante qui vous rentre dans la tête pour ne pas en sortir. Un peu insipide, par contre quand les guitares s'amusent à briser le rythme ça ressemble méchamment à Tequila des Champs sortie en 1958... High voltage : ( 1959 ) : pour la haute tension c'est un peu raté, faut attendre le milieu du morceau, un superbe passage, un truc à devenir fou d'amour, mais la sottise envahissante reprend au bout de vingt secondes. Minnesota fats : ( 1962 ) : Minnesota Fats fut un célèbre joueur de billard, et là on s'y croirait, tout y est, la fièvre, le suspense, les paris, la mafia et ses tueurs... la mort qui rôde à pas de chat velouté sur le tapis vert. Old smokie : ( 1961 ) : si vous êtes condamné à mourir à petit feu sur la chaise électrique, ne demandez pas comme dernière volonté que l'on vous passe ce morceau pendant votre supplice, il vous importunerait grave, vous auriez l'impression que ça n'en finit jamais, super beau solo de sax, mais l'orgue sautillant vous nargue grave. Revival : ( 1960 ) : un peu le même que le précédent. Vous commencez à vous ennuyer. Un trottinement rythmique tellement insupportable que l'orgue est obligé d'improviser un petit solo presque agréable. Salvation : ( 1961 ) : un peu militaire, c''est quand même mieux que la fanfare de l'armée du salut surtout ce solo de guitare qui semble s'être trompé de décennie, sonne ultra seventies. Whatever happens to baby Jane : ( 1962 ) : qu'est-il arrivé à Baby Jane, faut regarder le film pour le savoir, vous traite le thème sous forme de gospel, avec chœur féminin, ma foi le solo d'orgue manque d'amplitude religieuse. You are my sunshine : ( 1960 ) : l'on dit que c'est le morceau qui a été le plus repris, une belle chanson d'amour, ils vous la passent à la moulinette du twist. Vaut tout de même mieux écouter la version de Johnny Cash. Farewell, farewell : ( 1961 ) : dans le traitement du son vous ne pouvez pas ne pas penser à Duane Eddy, un bel écho sur le sax, mais une fois de plus l'orgue vient casser l'ambiance. Ce piano cybernétique a peut-être apporté une note d'originalité en son temps mais il a aussi empêché les Ouragans de souffler plus fort. Une marque de fabrique qui a stérilisé l'imagination et qui s'est transformée en gimmick redondant. L'on sent que le groupe n'a pas exploré toutes ses possibilité. Des gars hyper-doués qui se sont enfermés en une formule. A écouter non pas pas comme le passage de témoin mais le chaînon auto-sabordé entre Bill Haley et la prégnance électrique d'Eddie Cochran, mais sans doute venaient-ils trop tard, ou alors ils n'ont pas senti le sens du vent de l'Histoire...

    Damie Chad.

  • CHRONIQUES DE POURPRE 443 : KR'TNT ! 443 : SPLIT SQUAD / WILLIE ALEXANDER / SKIP SPENCE / ABSTRACT MINDED / CRASHBIRDS / POGO CAR CRASH CONTROL / ROCK ET POLITIQUE

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 443

    A ROCKLIT PRODUCTION

    FB : KR'TNT KR'TNT

    19 / 12 / 2019

     

    SPLIT SQUAD / WILLIE ALEXANDER

    SKIP SPENCE / ABSTRACT MINDED

    CRASHBIRDS / POGO CAR CRASH CONTROL

    ROCK ET POLITIQUE

     

    VOUS EN AVEZ DE LA CHANCE !

    LA LIVRAISON 443 PARAÎT AVEC DEUX JOURS D'AVANCE

    LA LIVRAISON 444 PARAÎTRA DES SAMEDI

    LA LIVRAISON 445 AVEC DEUX JOURS DE RETARD

    LA LIVRAISON 446 LE 09 JANVIER 2020

    SEX DRUGS AND ROCK'N'ROLL FOR EVER

    KEEP ROCKIN' TIL A NEXT TIME !

     

     

    Banana Split

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    On y va sur des œufs car la principale attraction des Split Squad s’est fait remplacer. Tony Truant remplace Keith Streng pour ce set à la cave. Bon au fond, ce n’est pas si grave, car il reste le Plimsoul Eddie Muñoz et surtout Clem Burke, batteur de Blondie. Les deux autres membres de ce super-groupe new-yorkais sont moins connus : Josh Kantor joue de l’orgue dans l’excellent Baseball Project de Steve Wynn et Michael Giblin fait le lead avec sa basse, ses baskets et ses lunettes. Il fait un lead très new-yorkais, très activiste, power-poppy et sautillant, il sait driver une mélodie chant dans la veine des Nerves et de l’early Blondie, il arriverait presque à nous faire oublier l’absence de Keith Streng. Quant à Eddie Muñoz, il impressionne par son jeu et son look. Petit et rond, il arbore des faux airs de Little Bob, celui des années soixante-dix, ce qui ne peut que plaire aux Normands. Ses petites mèches noires accentuent jusqu’au délire les dérapages comparatifs, il semble appartenir à une autre époque. Eddie Muñoz et Clem Burke font partie des vieux rockers qui continuent de soigner leur look parce qu’ils refusent tout bonnement de vieillir. Hein ? Quoi ? Vieillir ? Oh tu rigoles ! C’est hors de question !

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    Si un jour vous lisez les mémoires de Gary Valentine qui fut le premier bassman de Blondie, vous saurez ce que veut dire soigner son look. Valentine raconte dans New York Rocker qu’avant de sortir le soir, Clem Burke se laquait les cheveux et se mettait la tête dans le four un bon quart d’heure pour que ça cuise. Sa coiffure en bombe pouvait alors tenir toute la nuit. Valentine moqueur ? Non, ça fait partie du jeu. Richard Hell soignait aussi son look. Johnny Thunders itou. Pas de touches sans look. Rock tonite, comme dit Lux Interior dans «Human Fly». La séduction est le principal moteur d’une vie de rocker, pour ne pas dire l’unique.

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    Sur scène, ils tirent la plupart des cuts de leur album paru en 2014, l’excellent Now Hear This sur lequel se sont jetés tous les fans des Fleshtones. Les Split Squad saupoudrent leur plotach d’un choix de reprises triées sur le volet, comme par exemple l’imparable «Million Miles Away» des Nerves, l’encore plus imparable «Sorry She’s Mine» des Small Faces, l’ultra-bien vu «Rock And Roll Queen» de Mott The Hoople et en guise de rappel, un «Can’t Explain» des Who bien senti et explosif, comme il se doit.

    Un super-groupe de cet acabit ne peut que tourner comme une grosse cylindrée. Mais on a un petit problème. Ah bon ? T’es sûr ? Et pourquoi y aurait-il un problème ?

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    Figure-toi qu’on s’était posé exactement la même question lors d’un concert de Deniz Tek, voici deux ans. Tek pilotait le show et Streng l’accompagnait à la guitare. Tout allait comme sur des roulettes jusqu’au moment où Streng a commencé à... voler le show. Sans même s’en rendre compte, rien qu’en tourneboulant et en vrillant du killer solo flash go go go à gogo, il a fini par gommer la présence de Tek qui pilotait pourtant le set d’une main de fer. Mais Tek ne put rien faire pour empêcher Streng de tout barboter. Ah ce Streng ! Un vrai Arsène Lupin ! Cette expertise délinquante sidéra le public. Bon d’accord, cette histoire est bien gentille, mais ce soir, à la cave, il n’y aucun danger, puisque justement cet odieux délinquant de Streng s’est fait porter pâle, alors, où est le problème ? T’as vu un autre voleur ? Eh oui, hélas ! Ou plutôt tant mieux.

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    Cette fois, c’est Clem Burke qui fait main basse sur le show, tapi au fond de la cave derrière ses fûts. Il ne laisse rien aux autres. Rien ! Que dalle ! Il rafle tout, il joue avec une classe écœurante, c’est à dégoûter tous les batteurs, ce mec est tout simplement fantastique d’élégance, d’ampleur new-yorkaise, il bat un beat dressé vers l’avenir, souvent les bras en l’air, la tête un peu penchée sur le côté. Ah il faut le voir battre son va-tout ! Il vient en droite ligne de Jerry Nolan, ça ne fait absolument aucun doute, il tatapoume à la new-yorkaise avec un mélange incomparable de désinvolture et de hargne. Sec, précis, ample, affamé de relances, il injecte une sorte de démesure magnanime au son des Squad. Il peut faire son Keith Moon sans en rajouter dans l’explosivité ni faire le clown, et son Kenney Jones à la mode new-yorkaise, en mode moddish beat bien tempéré. Burke mène sa barque, Clem claque au clean. Il est l’une des plus belles incarnations de ce qu’on appelle le drummer, il bat avec son corps, il devient une sorte de bopping machine en mouvement permanent et synthétise par certains de ses regards l’extrême pureté du romantisme rock. Ce mec est tout simplement parfait, il est le batteur qu’on ne peut pas quitter des yeux, il ressuscite tout ce qui fit la flamboyance du rock new-yorkais des seventies, celle du temps béni des Dolls et des Ramones. Contrairement à ce qu’on croit, ce n’est pas la scène punk de Londres qui a réanimé le rock, mais celle de New-York et Clem Burke en fut avec Richard Hell et Johnny Thunders l’un des plus brillants acteurs. Ce n’est pas non plus un hasard si on le retrouve dans cet album tribute aux Heartbreakers, LAMF Live At The Bowery Electric, avec Walter Lure, Wayne Kramer et Tommy Stinson. On y voit cet enfoiré récidiver en volant le show sur «Baby Talk» et en chantant «Can’t Keep My Eyes On You» avec un brio qui frise l’arrogance.

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    Et encore moins un hasard s’il porte ce soir-là à la cave un T-shirt LAMF en souvenir de l’un des derniers grands mythes de l’histoire du rock. C’est même étonnant que les Split Squad n’aient pas pensé à reprendre un hit des Heartbreakers.

    Il faut donc se contenter des Who et des Small Faces, ce qui n’est déjà pas si mal. On trouve la version studio de «Sorry She’s Mine» sur l’album. Bon d’accord, Michael Giblin ne vaut pas Stevie Marriott, mais leur version ne manque pas de charme. Giblin redouble de crédibilité en poussant ses yeah, et Kantor nous nappe tout ça d’orgue comme le fit Mac au temps jadis. Allez les gars ! On est avec vous ! Ils sortent là une cover bien dynamitée. On trouve d’autres covers de choix sur Now Hear This, comme par exemple l’excellent «You’ll Never Change» de Bettye LaVette, idéal pour ce boss de la basse qu’est Giblin. L’animal s’en va même groover ça sous le boisseau. Attention, Split Squad, c’est une histoire qui va loin, car ils reprennent aussi «Tinker Tailor» tiré du premier album de Terry Reid, qui fut, t’en souvient-il, une sorte de Graal du rock anglais. Ils en font une version infernale et le move emporte le pauvre Giblin comme un fétu de paille. Ils vont même jusqu’à arracher de l’oubli le «Put It Down» des Jellybricks, un stormer power-poppy embarqué aux rollmops burkinah. Une fois encore, Burke fait le show, il bombarde à bras raccourcis, on n’entend que lui, les guitares peuvent s’accrocher mais Clem claque son cling-a-clong à la claquemure. Streng ne co-écrit qu’un seul titre de l’album, «Touch & Go», garage classique mais terriblement visité par les démons new-yorkais. C’est hanté et c’est dans la poche, joué à la hanche de solid body avec une classe inhérente, les vrilles se traînent honteusement dans la mélasse, pas loin derrière les oreilles.

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    Il faut voir comme ils savent travailler les précieuses petites persistances perverties. Giblin se tape la part du lion avec ses sept compos, et notamment le morceau titre monté sur les accords de «Can’t Explain». Belle vitalité et gros départs en solo de vrilly vrilly petit bikini. On sent cette maîtrise imbue d’elle-même dont disposent les vétérans de toutes les guerres, ils sont à l’aise dans leur son et savent lever une tempête. Le riff de Can’t Explain constitue une bonne résurgence de la contingence. Muñoz et Streng tortillent sacrément bien leurs tortillettes. Question guitares, on peut dire que ça culbute dans la percute. On tombe plus loin sur un «She Is Everything» tapé sec et net à la Burkinah et vite repris au serpent à sonnette de bas du manche. Voilà ce qu’il faut bien appeler un swagger infectueux. Il semble qu’avec chaque cut les Split Squad donnent une leçon de morale, oh pas la morale au sens où l’entendait Descartes, non, on parle ici d’une morale qui est celle des fosses de vidange. Encore une belle leçon de morale avec l’énorme «I’ve Got A Feeling». Le son se déverse, charriant des nappes d’orgue. Ils drivent un flux anglo-new-yorkais d’une rare puissance, avec bien sûr toutes les guitares incendiaires qu’on peut bien imaginer. Et ça explose à n’en plus finir. Giblin fait son Soul Brother dans «I Can’t Remember», il chante à la petite glotte inflammatoire, et comme ses copains l’aiment bien, ils l’accompagnent vaillamment. Il passe ensuite à la power pop avec «Feel The Same About You». Ils font de l’invétéré, du sans concession. Clem bat ça sec à la serpe et va même parfois jusqu’à tagadater avec tout le tact du takatak. Ils terminent avec la heavy pop de «Messing Around» - I’m not messing around - Il tente de nous rassurer, il affirme que ce n’est pas lui qui fout le souk dans la médina. À d’autres !

    Signé : Cazengler, Split crade

    Split Squad. Le Trois Pièces. Rouen (76). Le 19 novembre 2019

    (Merci aux Délicieuses Récidives)

    Split Squad. Now Hear This. Red Chunk Records 2014

    Loco motion

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    On aurait bien tort de ne pas prendre au sérieux tous ces vieux artistes jadis soutenus par New Rose. Willie Loco Alexander était à Paris par un beau soir de novembre pour un concert confidentiel et grand bien nous prit d’aller le voir s’agiter derrière un piano électrique.

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    Dénué de toute forme de prétention, il dégageait pourtant un fort parfum de légende. Comme Roky Erickson et Johnny Thunders, Willie Loco Alexander bénéficie d’une aura d’artiste culte et le voir secouer sa vieille carcasse en toute impunité ne fait que renforcer ce postulat. Âgé de 77 ans, il dégage un charme fou, il fait partie de ces vieux Américains qui ont la gueule tannée par les vents du large, ceux qu’on qualifie de larger than life. Assez haut et filiforme, le vieux Willie arbore un profil d’aigle que vient couronner une crinière d’épais cheveux blancs taillés à la serpe, et un regard clair affûte à l’excès un sourire carnassier. Cette antique rock star ne risque pas de passer inaperçue. Bien au contraire.

    Le concert se déroule dans les sous-sols d’un endroit situé au Quai Bourbon, dans un labyrinthe digne de ceux jadis dessinés par Piranese. Des gens s’y égarent et personne ne les revoit jamais. Il faut rester prudent et ne pas s’éloigner des torches. Il règne dans cette cave minuscule une jolie promiscuité, de celles qui densifient les spectacles à l’excès, et ça se densifie d’autant plus que les Jones accompagnent Willie Loco.

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    Il n’aurait sans doute pas pu rêver d’un meilleur backing-band, les Jones sont experts en matière de dynamitage et du coup, les vieilles compos de Willie Loco n’ont jamais aussi bien sonné.

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    Il ne prend pas de risques, il tire cinq petites bombes du premier album enregistré en 1978 avec le Boom Boom Band, «Home Is», «Kerouac», «Radio Heart», «Looking Like A Bimbo» et ce «Rock & Roll 78» sur lequel l’excellent Billy Loosigian fit jadis ses choux gras.

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    Pas de problème pour Thierry Jones, il bouffe Loosigian tout cru avec un son encore plus incisif. «Radio Heart» sonnait à l’époque comme un hit, mais dans la cave, ça prend des proportions spectaculaires, il faut voir Willie pianoter dans le Blitz et trouver un équilibre entre le groove du thème et ses éclats de piano jazz.

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    Monté sur un riff bien heavy, Bimbo impressionne toujours autant, et là où Billy Loosigian développait du son, Thierry Jones multiplie les incartades de bas du manche. Loosigian jouait sa loose dans «Home Is» et les Jones le chauffent à blanc, pas de meilleure entrée en matière. Comme le fit aussi en son temps Richard Hell, Willie propose une belle tranche de rock littéraire - Oh Kerou/ Aqque/ You’re on the top of my shelf - Tout est dans la diction.

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    Willie Alexander n’est pas un artiste qu’il faut prendre à la légère. Il tire «Bebopalula» et «Gin» du Solo Loco paru en 1981, année de l’élection de François Mitterrand. Tous les gens présents dans la salle connaissent ces vieux coucous par cœur. Willie Alexander les interprète au mieux des possibilités du genre, il reste fidèle à son heavy rock bostonien et joue de sa voix comme d’un instrument.

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    En une heure il fait le tour de sa légende et se paye le luxe d’entrer dans le cercle des rockers américains capables de n’aligner que des hits, Il termine avec un «At The Rat» stompé dans les règles de l’art par les Jones et revient en rappel tartiner une couche de «Too Much Monkey Business», un cut qui de tous temps fut problématique, même pour Johnny Thunders.

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    Il existe deux autres albums de Willie Alexander avec The Boom Boom Band : Meanwhile Back In The States, paru aussi en 1978 et Dog Bar Yatch Club, paru en 2005. Very big albums. Le premier regorge de son et dès «Mass Ave», Loosi joue sa loose au classic Boston sound. Section rythmique impeccable avec un big fat bassmatic de Sev Grossman. Willie Alexander révèle dès Meanwhile un don certain pour les balladifs : «You Looked So Pretty When» et «Sky Queen» captivent au plus haut point. Chacun de ces balladifs tape en plein dans le mille. On reste dans le so solid stuff avec «Pass The Tabasco» et «Hitchhiking», groovés tous les deux en mode heavy Boston rock, un son très Américain qui ne doit strictement rien au punk. Ils vont sur un son plus goulu, plus sourd, bien produit, avec un Willie Alexander en verve. Meanwhile s’achève avec «For Old Time Sake», un vieux boogie rock typique du Boom Boom Band. Willie Alexander le chante à l’abandon syllabique et Loosi joue sa loose avec un regain d’effervescence, allant une fois encore voler le show. Ce mec est un crack Boom hue.

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    Le Dog Bar Yatch Club paru en 2005 est encore plus explosif. L’album grouille d’énormités aussi voraces que le sont les crocodiles de mer. Tiens, comme ce «Gravelly Hill», Willie Alexander y rôde comme un loup, il chante avec des crocs et de la bave et c’est la loose de Billy Loosigian qui vient encore une fois rafler la mise, il joue au pire heavy blast de Boston, il est le roi de la cocotte inexpugnable, il est encore pire que ce loup de Loco. Ces mecs jouent leur rock avec une ampleur sidérante. Loosi éclaire la nuit, il riffe à la vie à la mort. Sur la pochette, il porte un bonnet de laine. Comme les autres, il a pris un coup de vieux. Mais pas son jeu. Cet album du Boom Boom Band est un festin de son, alors bienvenue à table. «Hey Kid» surprend par sa violence. Loosi le claque dans le dos, au big fat Boston riff. C’est encore plus ravageur que ravagé, ces mecs jouent leur va-tout à la revoyure et quand Loosi part en vrille de loose, il remet Boston sur la carte du rock. Il se pourrait que cet album tardif des Boom Boomers soit l’un des trésors cachés du rock moderne américain. Ils traitent «Fred Buck’s Footsteps» à l’insidieuse et enchaînent avec un «Who Killed Deanna» excessivement bardé de son. Loosi fait tout le boulot. Il explose le cut, il en faut sauter les coutures, s’il sort du son, c’est à la giclée. S’ensuit un «High Tide Heroes» beaucoup trop énervé qui prend des allures de blast. C’est leur contribution au punk hardcore américain. On retrouve aussi le «Oceans Condo III» tiré de l’album des Dragons. Loosi joue ça comme un dieu cloué au plafond, il purge sa bile de notes terribles mais ce n’est rien en comparaison d’«Oh Daddy Oh» et «Telephone Sex», deux heavy monsters vivaces et d’une rare virulence. Loosi rentre dans le groove avec un solo à l’adéquate écarlate. Il dégouline de jus. Ils reprennent aussi «Ogalada» tiré de Persistence. Big heavy rock in the Boston face. Pendant que Loco chante à la niaque volontariste, Loosi veille à l’ivraie du grain. Les deux font sacrément la paire. Le batteur David Mclean est à l’honneur sur «AAWW» et Loco est à la fête. Et bien sûr Loosi vient éclater la fleur du cut à la manière de Fast Eddie. Ce disk va rester d’une brûlante intensité jusqu’au bout du bout. Il font de «Mystery Training» un groove demented, Loco pianote dans le groove comme un démon et Loosi entre là-dedans comme un chien dans un jeu de quilles.

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    Solo Loco n’a pas pris une ride depuis sa parution en 1981, l’année de l’élection de qui déjà ? Ah oui, de François Mitterrand. Willie Alexander y propose un solide panaché de sons. Ça peut aller d’une belle ambiance Dollsy («Eyes Are Crossed») au groove à la Suicide («Small Town Medley»), en passant par la samba maladive extrêmement envoûtante («It’s All Over» - I still love you) ou par le joli beat bostonien hanté par une trompette («Hit And Run»). Partons du principe que tous les cuts sont bons et même captivants. Ce mec s’arrange toujours pour maîtriser la situation, comme on le voit avec la belle plénitude de «No Way Jose». Ted St Pierre fournit le beat de basse et les guitares sur «Bebopalula». On pourrait même parler de beat envenimé. Willie Alexander développe une énorme ambiance conviviale avec «Up For This», il chante dans la touffeur d’une groove bâti de toutes pièces. On sent nettement le côté expérimental dans ce rock, Willie Alexander développe une sorte d’intelligence du son. Tout est dans le son, ici, il s’amuse avec «Take Me Away» et ça marche. À l’écoute d’«Autre Chose», on comprend mieux que la basse tient le Boston Sound par la barbichette. C’est joué au rond du bassmatic, avec une science du son qui relève de l’expertise. On s’effare encore de la qualité de l’ambiance une fois entré dans «So Tight». On ne saurait s’en lasser. Willie Alexander bricole des grooves ambianciers et se vautre dedans avec une délectation bostonienne qui ne doit rien à personne. Envoûtement garanti.

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    Paru l’année suivante, A Girl Like You se distingue par deux hits séculaires : «Video Games» et «Bite The Bullet». Il tape son Video Games au heavy beat avec un pianotis subtilement dosé. Il y développe un admirable sens du temps et de l’espace, une sorte d’instinct de la mesure, un beau brin de beat sourd comme un pot. L’air de rien, il crée le beat de la menace. Un sax vient se fondre dans le Boston groove de «Bite The Bullet». C’est adroit et aventureux, avec un beat quasi africain. Cut d’autant plus culminant que le sax va vers Bird. On a là l’apanage du groove de rock jazzé dans l’âme. D’ailleurs, Willie Alexander dédie cet album à Thelonious Monk. Il chante aussi «Oh Daddy Oh» avec une niaque bien ferme, et ramène pour l’occasion beaucoup de son. Énormément de son. Il vise la petite ampleur atmosphérique avec «The Only Time». C’est de bonne guerre de la part d’un Boston boy, et son «Up Till Now» se tient très bien. Il chante à l’outrage de petit punk et pianote dans la matière du groove de Till now. Ce mec collectionne les coups d’éclat.

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    Bizarrement, l’album live de Willie Alexander & The Confessions paru en 1982 ne fonctionne pas. Autre Chose refuse obstinément d’obtempérer. Matthew MacKenzie joue pourtant de la bonne gratte, mais c’est comme s’il manquait la loose de Loosi. «Kerouac» se révèle encore une fois mélodiquement parfait. C’est un hit. Même chose pour «Radio Heart», reconnaissable entre mille, entraînant et même assez élégant.

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    Taxi-Stand Diane date de 1984 et sonne comme une déclaration d’indépendance. Willie Alexander ne doit rien à personne. Il crée son monde. Billy Loosigian revient éclairer «Dream» avec un jeu extrêmement fin, il est une grosse constituante de la constitution du Boston Sound. Dans «Telephone Sex», Loosigian ramène du bon gras double et fait tout le sexe du cut. Ce guitariste est extrêmement complet, il fait bien la paire avec Willie Loco. Un Willie Loco qui revient toujours à son obsession du petit groove infectueux, comme le montre «Walkman Woman», avec cette façon unique de chanter le rock underground de l’époque. C’est très saxé, très embourbé dans l’ornière fatidique du Boston Sound. S’ensuit un «Just Another Feel» emmené à l’up-tempo, battu sec et net, idéal pour un navigateur au long cours comme Willie Alexander, et les filles font des jolis chœurs.

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    Tap Dancing On My Piano est une petite collection d’exercices de style. On l’a vu, Willie Alexander sait créer de l’ambiance et «Zombie Strut» ne fait que confirmer la chose. N’oublions pas qu’il pianote en autodidacte. Le son de l’album est très dépouillé, ce qui permet d’apprécier le chant. Il travaille tout à la voix, il manie le son comme Rodin maniait l’argile. «The Ballad Of Bobby Bear» évoque Kurt Weill. Willie Alexander va chercher des effets de voix dans le déconstructivisme berlinois des années trente. Fantastique démarche ! Il revient au format chanson avec «In Your Car». Il a un sens aigu du hit, un peu à la manière de Lou Reed. Il revient au jazz avec «Again & Again». C’est très intéressant, il saupoudre son cut d’une pincée d’anticipation. Willie Alexander fait partie des gens qui savent mettre en confiance, car il s’adresse directement à l’intellect, sans que ça ne devienne prétentieux. Il réussit l’exploit de shooter des chœurs de Dolls dans un hommage à Stravinski. Puis il passe au boogie down trompetté avec «Only A Girl». Excellent !

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    In The Pink et The Dragons Are Still Out proposent quasiment les mêmes cuts, à deux variantes près. Le guitariste s’appelle Rupert Webster et on l’entend jouer à la titubante bien née sur «Burma Shave Thing». Voilà un cut très bien foutu, ça bat sec et net derrière un Loco au sommet de son art. On peut dire qu’il sait vraiment faire un disk de rock. C’est Bobby Bear qui vole le show sur «A Little Reminder», il bat ça à bras raccourcis. C’est un très bel album. Plats variés et copieux. Loco termine avec un «You Got A Hard Time Coming» très avenant, car bien riffé par Rupert Webster. Excellent cut de guitar rock, avec un beau départ en vrille cadencée et une fin en forme de Really Got Me des Kinks.

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    L’«In The Pink» qui donne son titre à la version américaine de l’album regorge de son et la voix du Loco reste bien au dessus de la mêlée. On admire aussi son rapping dans «WA Rap», hey Bobby gimme a beat. Loco y raconte son histoire, ainsi que dans «Me And Dick V.» Sur la version américaine de l’album, on trouve un «Dog Style» bien énervé et monté sur un bassmatic cavaleur, un peu stoogy. On se croirait dans «1969». L’autre variante s’appelle «Cut My Lover Up», un cut assez alexanderien bourré de sax jusqu’à la gueule comme un canon de bronze l’est de poudre.

    Avec ses trois derniers albums, Willie Alexander entre dans une veine plus expérimentale et curieusement, plus viscérale. Jusque là ses albums avaient beaucoup de classe, mais là il passe à autre chose, comme s’il avait décidé de flirter avec le génie.

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    Premier coup de semonce en 1993 avec Willie Alexander’s The Persistance Of Memory Orchestra. On les voit tous les quatre au dos. Willie Alexander s’entoure d’inconnus au bataillon et on retrouve l’excellent «Ogalala» entendu sur Dog Bar Yatch Club. Il chante comme un voyou mal embouché et se planque sous le couvert du sax. C’est un heavy groove savamment saxé et violonné, et comme si cela ne suffisait pas, des chœurs de Maoris l’allument. Terrifiant ! Ça se corse avec un «Sambarama» chargé de sax, de percus et de relents toxiques d’expérimentation. Attention, c’est assez explosif. C’est groové dans l’âme. Willie Alexander passe aux choses très sérieuses. Les dynamiques sont terrifiantes. On peut parler ici de musicalité. S’ensuit un «Alligators» bombardé au beat, ça joue à l’incroyable battement de la persistance avec des coups de sax à la ramasse de la bostonasse. Même quand il tape «Shopping Cart Louie» au heavy blues, il captive l’auditoire, et comme il se sait intéressant, il s’investit encore plus. Il fait son Lou Reed avec «Rita Ratt» et tout explose à nouveau avec «MF Swine». Il sonne somme une Soul Sister, il investit le plus infectueux des grooves. On va de surprise en surprise, car voilà «Minimum Wage», un incroyable parti-pris dada, une exotica des isles saxée façon mambo. Il tape dans la plus fine des exoticas, celle qui flatte les glandes. Il fait aussi son Elvis avec une cover de «Mystery Train». Il est dessus, et ça bat à la diable ! Extraordinaire hommage à Elvis. On note en outre l’extrême acuité de sa présence artistique dans «Around The World», un cut qui pour employer une métaphore à quatre pattes sonne comme un cheval de bataille, c’est-à-dire un heavy groove de bravado tentaculaire, très dérivé de la dérive, et on salue enfin son fantastique sens mélodique, tel qu’il apparaît dans le «Too Bad» qui clôt les enchères. On y voit Willie Alexander aller se jeter dans le flot du sax.

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    On retrouve la même formation sur The East Main Street Suite paru six ans plus tard. Impossible de faire l’impasse sur un album aussi génial. Willie Alexander s’en va chercher l’admirabilité des choses du groove avec «Amber & Ebony». La trompette wah taille la route et Willie Loco s’égare, comme emporté par le son. Le cut relève à la fois de l’organique et de l’océanique. Il passe au heavy shake avec «Who Killed Deanna», mais il ne s’agit pas de n’importe quel heavy shake : c’est un heavy shake de cuivres. Son «Josephine & Jono» vaut bien Can. Non seulement c’est amené au heavy tatapoum mais des climats superbes s’y développent inexorablement. C’est très frontal, avec une flûte dans la matière. Willie Alexander sait créer l’événement. Avec «Ocean’s Condo #2», il atteint au génie. C’est du real big sound. Il jive l’ambiance à la folie. On croirait entendre Miles Davis accompagné par les tambours de guerre berbères. Quelle clameur extraordinaire ! Ça vaut le carnaval de Rio, c’est secoué du cocotier, mais avec une foutue niaque de jazz. S’ensuit un «WA Anyway» tout aussi infesté du meilleur free de Boston et avec «Honeysuckle Rose», il relance sa fabuleuse machine à coup de vieilles onomatopées. C’est haleté et tendu à merveille, battu hard et secoué au sick sick sick. Il termine cet album avec l’excellent freakout de «People Everyday». C’est du Roland Kirk in the flesh avec des percus brésiliennes qui sont, comme chacun sait, les meilleures du monde. Willie Alexander a toujours enregistré des disks hautement énergétiques, mais cette fois il ramène la folie du free. Elle se marie bien à l’excellence de son chant. Il jazze sa Loco motion et ça n’a pas de prix. Ses échappées belles prennent une sacrée tournure. Il faut aussi saluer «Eat What You Can», car c’est la bande-son d’un trip à l’acide, tu es sous l’emprise et tu ne peux pas t’en sortir. Alors laisse venir. Ça digonne dans les veines avec du gratté d’électro, juste sous la peau lumineuse. Saluons aussi «For My Sister», car Willie tape dans les molasses et évoque sa favorite sister en pianotant au fond de l’océan de Jane Campion.

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    Pour conclure, saluons cet album étrange paru en 1995 sur lequel Willie Alexander se livre à quelques belles dérives. The Holy Babble défie un peu les lois de la gravité, notamment «Up On Doll Mountain», ce cut incertain qui sent bon le trip, celui de Lucy in the Sky with Diamonds. Powerfull druggy sound ! Willie Alexander remet le couvert avec «WA Rap». Ou, pour être plus précis, il y rampe. C’est une junk party, les mecs jouent à la petite débinade, et comme tout ce qui touche aux drogues, c’est un étrange mélange de dérive absolue et de violence intrinsèque. That’s right ! S’il veut exprimer des effets dans le son, c’est réussi. On pourrait dire la même chose d’«Alien Wonderland» amené aux percus brésiliennes. C’est LA drug-song par excellence, Loco plane, two sisters in Washington ! Il offre ici une belle rasade de power percus dans l’aube un peu mauve d’un nouveau jour d’hiver. Pour le reste, il fait pas mal de spoken word, de bruitisme, comme par exemple dans «Listening To Yaggfu», où piaillent des moineaux et où il swingue sur fond de crackle colours, de Johnny Red et de Ray Manzarek. Il chante aussi son «Waiting For BC Kagan» au drugged tone extrêmement ralenti et c’est de meilleur effet. Et après divers épisodes déroutants mais jamais ennuyeux, il ramène ses chères percus brésiliennes pour un excellent «Party All Night». Il réinvente à sa façon le souffle des origines du monde, avec une flûte fellinienne qui danse à la surface. On pourrait presque parler de vision.

    Signé : Cazengler, Willie Lobo(tomisé)

    Willie Loco Alexander. Quai Bourbon. Paris IVe. 16 novembre 2019

    Willie Alexander & The Boom Boom Band. Meanwhile Back In The States. MCA Records 1978

    Willie Alexander & The Boom Boom Band. MCA Records 1978

    Willie Alexander & The Boom Boom Band. Dog Bar Yatch Club. Last Call Records 2005

    Willie Alexander. Solo Loco. New Rose Records 1981

    Willie Alexander & The Confessions. A Girl Like You. New Rose Records 1982

    Willie Alexander & The Confessions. Autre Chose. New Rose Records 1982

    Willie Alexander. Taxi-Stand Diane. New Rose Records 1984

    Willie Alexander. Tap Dancing On My Piano. New Rose Records 1986

    Willie Alexander. In The Pink. Mellen & White 1988

    Willie Alexander. The Dragons Are Still Out. New Rose Records 1988

    Willie Alexander & The Persistance Of Memory Orchestra. Articulate Distorsion 1993

    Willie Alexander. The Holy Babble. Tourmaline Music 1995

    Willie Alexander & The Persistance Of Memory Orchestra. The East Main Street Suite. Articulate Distorsion 1999

     

    Skip on rolling (till next time)

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    Paraît ces jours-ci l’intégrale d’Oar, l’album culte de Skip Spence, sous le titre AndOarAgain, titre choisi vraisemblablement en hommage à Arthur Lee. Le coffret propose deux bonnes heures d’écoute réparties sur trois rondelles.

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    Pour faire court, disons qu’en 1968, Skip Spence fut interné cinq mois au Bellevue Hospital, dans le département psychiatrique. Pourquoi ? Il s’était grillé la cervelle aux acides et se baladait dans les couloirs d’hôtel armé d’une hache d’incendie. Il cherchait Don Stevenson pour le tailler en pièces. Les flics vinrent le coffrer. Direction le Bellevue. Le producteur David Rubinson croyait encore assez en Skip pour convaincre Columbia de lui verser une avance. Le jour de sa libération, Skip s’acheta une Harley avec ce blé providentiel et mit le cap en décembre 1968 sur Nashville pour y enregistrer seul les chansons qu’il avait composées pendant ses cinq mois d’internement. L’album Oar parut en 1969. Après quoi, Skip rentra chez lui en Californie et sombra peu à peu dans l’autre monde, celui des clochards célestes.

    Gros plan sur la légende d’Oar : à Nashville, Skip enregistre ses chansons une par une. Il traite de thèmes classiques, comme l’innocence de l’enfance, la trahison, la chaleur de l’amitié. Il en enregistre un paquet et Rubinson va en retenir douze. Pour Peter Lewis, Skip est un mec essentiellement spirituel - A lot of his music wasn’t visceral, it was more of an ethereal thing - Don Stevenson et Jerry Miller avouent qu’à l’époque ils ont eu du mal à entrer dans Oar, mais comme beaucoup d’autres gens, ils ont fini par saisir l’insoutenable légèreté de l’être qui sous-tend le propos. Il est important de savoir qu’en dépit d’un bon soutien critique, l’album ne s’est pas vendu. On dit même qu’avec Oar, Columbia a connu son pire bide commercial... Et puis Oar a fini par disparaître. Out of print.

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    Si cet album extrêmement underground finit par reparaître sous forme d’un petit coffret destiné aux collectionneurs de coffrets, c’est qu’il a une histoire, contrairement à beaucoup de disques qui eux n’ont pas d’histoire. Ou dont l’histoire n’intéresse personne, ce qui est encore plus grave. Dans le cas de Skip Spence, on entre dans la légende d’un artiste extrêmement doué, tellement doué qu’il faillit devenir l’une de ces superstars dont sont tellement friands les Américains. Dans le livret du coffret, David Fricke nous ramène cinquante ans en arrière, dans ce Columbia Recording Studio, au 504 16th Avenue South, Nashville, où Skip enregistre seul. Columbia le considère comme un artiste solo, alors il joue en solo. Six jours d’enregistrement étalés sur deux semaines. Fricke parle d’une experimental verve et d’une musical facility. Il tient Oar pour un chef-d’œuvre de l’époque, a chaos of eccentric composition and overwhelming melancholy. Ça ne vous rappelle rien ? Mais oui, Syd Barrett ! Le parallèle saute aux yeux. Skip d’un côté, Syd de l’autre, même penchant pour les drogues hallucinogènes et la grandeur du concept psychédélique. Skip ajoute à tout ça ses country-blues shadows et ses chauds accents de barytone. Dans le studio, l’ingé son s’appelle Mike Figlio. Quand Rubinson appelle Figlio pour le prévenir de l’arrivée de Skip, il lui dit : «This guy’s coming down. He’s a trip, but he’s fun. Take care of him. And wathever he tells you to do, do it. Don’t say ‘you can’t do that’. Don’t second guess him. Just put it down that way. Make sure he gets it the way he hears it.» (Ce mec va arriver. Il est un peu barré, mais rigolo. Prends soin de lui. Et quoi qu’il te dise, fais ce qu’il te dit, ne lui dis pas qu’il ne peut pas faire ci ou ça. Prends-le au sérieux. Fais comme ça. Fais en sorte qu’il obtienne ce qu’il entend).

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    Skip joue tous les instruments, y compris the bass & drums. Ses chansons constituent un curieux cocktail de primal blues, ragged country & solitary folk, chanté dans une sorte d’émoi tantrique. Skip enregistre à bas volume. Il veut conserver une certaine clarté du son. Des mecs comme Greil Marcus y vont fort, comparant l’esprit d’Oar à celui des Basement Tapes de Dylan. Pire encore, Fricke compare Oar aux derniers cuts que Cash enregistrait avec Rick Rubin, un mois avant de mourir, en 2003. Cash avait 71 ans. Au moment d’Oar, Skip n’en a que 22.

    Fricke juge essentiel de rappeler que Skip ne tombe pas du ciel et qu’il fut l’un des rock Gods de la fameuse scène californienne, avec Moby Grape, un groupe de surdoués tous chanteurs compositeurs qui fusionnaient le blues, le folk, la country et la Soul et dont le premier album sonnait comme une réponse directe au Revolver des Beatles et à l’Aftermath des Stones. Rien de moins. Le plus gros next big thing de Californie. Tout ça ruiné par un management désastreux. Pour comprendre Oar, nous dit Fricke, il faut connaître le deuxième album de Moby Grape, Wow. Il fut mal reçu, considéré comme mal foutu et indéfinissable, privé du vif argent qui faisait la force de leur premier album. Mais Fricke dit que Wow est bien plus honnête que le premier album, puisque c’est un disque qui documente un grand groupe en pleine crise. Pour étayer son propos, Fricke rappelle que Skip compose alors des cuts étranges, comme «Just Like Gene Autry A Foxtrot» et «Motorcycle Irene» - deeply profound, poetic, cosmic with a hysterical sense of humor - dit Rubinson - An amazing confluence of all those things - Oar fut qualifié de classic acid damage et c’est là que Fricke trace un parallèle avec The Madcap Laughs. Mais Fricke insiste pour dire qu’à la différence de Syd Barrett, Skip sait précisément ce qu’il fait au moment d’Oar, notamment dans le fait de mettre le son de basse en avant, s’adaptant au trois pistes que lui propose le studio.

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    Dès «Little Hands», on sent une ambiance particulière, Skip joue dans le gras d’un son de belle envergure. C’est d’une indéniabilité sans nom, comme dirait HP Lovecraft. Assez tantrique. Skip keeps it simple avec de forts relents psychédéliques. Et ça prend encore plus de relief avec «Cripple Creek», fabuleux shoot d’Americana concassée, montée sur un fil mélodique superbe, d’une grande musicalité. Il sur-gratte son Creek à la débinade concurrentielle, il swingue à la folkmania de la Grape. C’est avec «Diana» qu’il se rapproche le plus de Syd Barrett, car il joue à la ramasse de la rascasse, il chante à la plaintive d’acou inspiratoire. Et s’il est un cut qui doit figurer au panthéon de la mad psychedelia, c’est bien «War In Peace». On sent chez lui un goût prononcé pour le voyage intérieur à la Xavier de Maistre. Il ultra-joue l’essence même de la mad psychedelia. Il en crée même les conditions. On le voit plus loin jouer d’effarants gimmicks classiques sur sa guitare. «Book Of Moses» sonne comme le real deal. Il gratte ça au country riff tutélaire. Chaque fois, il s’arrange pour créer d’étranges climats, mais tout relève du pur sensitif. L’Oar original s’achève sur «Grey/Afro», un groove de neuf minutes. Difficile à suivre, car Skip joue complètement à côté du beat.

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    Et c’est là où s’ouvre le territoire des inédits. Ça commence avec un «This Time Has Come» étrange. Mais encore une fois, Skip ne fait pas n’importe quoi. On sent très nettement le mec qui cherche un passage. Il dispose d’une effarante réserve de chansons et les teste une par une. Il drive «Keep Everything Under Your Hat» au bassmatic et swingue admirablement son délire. Et plus on entre dans ces démos, plus la fascination s’exerce. Il tape aussi «Funny Heroine» au groove de basse et joue un peu de batterie dépareillée. Il dispose de ressources inépuisables. Il joue même la country de «Doodle» à la basse. Dans Or, le disk 2, on tombe en arrêt devant le basic track de «Creeple Creek». Il joue derrière le beat ! Ce mec est très complet. Il n’a besoin de personne en Harley Davidson. On trouve aussi une version de «Funny Heroine» jouée à la basse. Il plie son bassmatic au joug du chant. L’alternate de «War In Peace» se montre digne des fantômes d’Écosse, puis il s’amuse avec le rock’n’roll system dans «I Want A Rock’n’Roll Band». On le voit rocker au soft. Il vaut largement les Byrds à lui tout seul. Ce mec fait exactement ce qu’il veut. Profondeur de champ indiscutable. Il refait aussi une version électrique de «Diana» qui sonne comme une belle dérive psychédélique à la Crosby. Sur More, le disk 3, il revient gratter «Diana « à la douze. Il joue ça à la pointe de la musicalité. Il tape très fort dans le haut gamme de douze. C’est une vraie merveille qui justifie à elle seule le rapatriement du coffret. Il joue son renom sur un thème. Pas mal. On trouve aussi un «It Ain’t Nice» monté en basse batterie uniquement où il se prend pour une star. On ne s’ennuie pas un seul instant. De toute évidence, ce mec est horriblement doué, mais aussi très libre. La fin du disque trois ressemble à un fond de tiroir. On a même un peu l’impression de fouiller les poubelles. C’est vrai, il faut parfois savoir plonger les mains dedans. Les mains ne sont en réalité qu’un prolongement de nos rêves, alors, où est le danger ?

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    Ce serait dommage de rater l’occasion de sortir du placard More Oar, le fameux tribute à Oar paru en 1999. D’autant plus dommage que Mark Lanegan y reprend «Cripple Creek». Il fait tout le boulot. Il tape ça en direct. Heavy on the streams of fire. L’autre coup de génie de ce tribute est la version de «Dixie Peach Promenade» par Greg Dulli. Dulli does it right. Il te chante ça au sucré des fraises, il schpouze son gut, il est le round about de Spence, he skips the ship. Mudhoney fait aussi un «War In Peace» énorme. Ils sont extrêmement dévoués. Mark Arm ne fait jamais n’importe quoi. L’or qu’il trouve dans Oar prend forme de mad psychedelia. Parmi les autres candidats, on trouve Robert Plant qui marche sur des œufs avec «Little Hands». Il n’ose pas aller trop loin. C’est bien emboîté, mais trop dirigé. Alejandro Escovedo peine à rallumer «Diana». Robyn Hitchcock s’en sort beaucoup mieux avec «Broken Heart». Il a le sable du cimetière dans la voix. Bon d’accord, il ne va pas aller fracasser l’Oar, mais il propose une alternative. Beaucoup d’autres groupes donnent d’Oar une vision assez libre, comme Flying Saucer Attack avec «Grey Afro» qui sonne assez Soft Machine ou encore Alastair Galbraith qui plonge «This Time Has Come» dans la mad psychedelia. Matthew Smith et Outrageous Cherry sonnent bien les cloches de «Keep Everything Under Your Hat». Ils en font en truc à eux, sans même demander la permission à Skip. Il est mort, ça tombe bien. Comme Smith insiste pour faire le tour du propriétaire, il finit par tout foirer. S’ensuit un coup de Beck trop à la mode. Trop apprêté. Trop n’importe quoi, il sort pour «Halo Of Gold» un son qui ne sert à rien. Ce tribute s’achève avec le «Doodle» de Minus 5. Ils sont en plein dedans. Ça réchauffe le cœur de les voir si fièrement honorer le génie de Skip Spence.

    Signé : Cazengler, Spince à linge

    Alexander Spence. AndOarAgain. Modern Harmonic 2018

    More Oar. A Tribute To The Skip Spence Album. Birdman Records 1999

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    Cam Cobb. Alone again Oar. Record Collector #483 - September 2018

     

    SAVIGNY-LE-TEMPLE14 / 12 / 2019

    L'EMPREINTE

    ABSTRACT MINDED

    Un extraordinaire coup de chance. Tout à l'idée d'un deuxième volet de la chronique Clip! Clip ! Clip ! Hourrah ! initiée la semaine précédente – je rappelle qu'il s'agit de s'inquiéter de ce que deviennent les groupes actuels et aimés que nous n'avons plus croisés sur notre route depuis quelques temps – l'instinctive nécessité périscopique me vint de m'en aller fouiner sur mon moteur de recherches rock'n'rollesques du côté d'Abstract Minded. Légendaire flair du rocker : double prise : non seulement ils avaient sorti un nouveau clip, mais encore ils annonçaient une prestation dans deux jours. Un bémol toutefois à ce coup de bol, après quoi Abstract Minded rentrerait en hibernation pour un temps indéterminé. Départ du bassiste, éloignement géographique du chanteur, sans doute reviendront-ils plus tard avec un fol album à la clef de sol... Une visite au temple ( du rock ) savignyen s'imposait.

    Oui, il y avait deux autres groupes au programme après les Abstract Minded, mais il vaut mieux n'en point parler, pour le deuxième nous n'avons pas été convaincus, pour la tête d'affiche, il est inutile d'ajouter de la souffrance à la misère du monde.

    ABSTRACT MINDED

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    Pas une abstraction. En chair et en os. Mais la musique en-elle même n'est-elle pas une abstraction sauvage insaisissable, une espèce de toile d'araignée mentale sur laquelle souffle le vent de l'immémoire des choses tues dans le silence du monde. Une mise en scène de la fuite du temps et du son, un souvenir qui vous poursuit tel le couteau de l'assassin qui jamais ne parviendra à vous rattraper. Alexis Godefroy est à la basse au centre du plateau, encadré des deux guitaristes, la batterie derrière et Joey le chanteur devant. Le quinconce secret et sacré des ères fatidiques, une des structures efficientes de l'universelle présence. Abstract Minded puise au chant des astres, le groupe n'est que l'écho de cette mouvance qui se déroule ailleurs, loin de nous.

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    Cette figure répétitive, ce fracas sec de branches qui se cassent lorsque l'arbre mort s'écroule, Jimmy Lavogiez en détient les clefs, les dispose sur sa caisse claire, en leitmotives wagnériens crépitants, qui reviennent pour marquer le départ de l'ouragance et de l'arrogance de la masse sonore, c'est cela Abstract Minded, ces vagues ondoyantes de calme qui brutalement se soulèvent et irradient une violence suprême jusque dans le cœur intangibles et cadenassés des objets humains que nous sommes. Vishaal déboule sur vous comme le kraken s'empare des navires sur la mer tempêtueuse et les brise entre ses mains. Et puis il rit de sa cruauté et les guitares se lancent à corps perdus dans une folie kaotique, alors survient Joey Baudier, il s'avance au tout devant de la scène et la clameur de la destruction sort de sa gorge et tombe sur vous en une suprême malédiction.

    La guitare de Zivan Rassolofo ruisselle follement de splendeurs éphémères, il émiette au-dessus de nous des escarbilles de puissance comme l'on jette du pain empoisonné aux oiseaux, penché sur lui-même, corps recroquevillé, comme si sa tête voulait se ficher dans le sol, aurait-il envie que les graines de la démence s'échappent de sa fontanelle pour ensemencer la terre de moissons amères.

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    Louis Guffond mise sur l'élégance du désespoir. Autant Zivan opte pour les forces telluriques, Louis lance des éclats de guitare vers la lumière, tranchants, un pari fou, celui de crever irrémédiablement l'œil jaune du soleil afin que la noirceur du malheur qui peuple nos âmes esseulées recouvre en une gigantesque marée noire tout ce qui bouge et palpite et les englue à jamais dans la gangue d'une incapacité infinie.

    Alexis pousse son chant du cygne. A la fin du set il partira pour une autre aventure. Mais il tient à laisser une dernière empreinte, sa main griffe les quatre cordes élémentales de sa basse, et l'on perçoit clairement jusque dans les séquences tohu-bohiques ses notes qui s'éparpillent et roulent sinistrement sur le plancher de l'appartement ravagé à la manière des billes échappées de la poche d'un enfant mort.

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    Juice, Released !, Behind the will, Seven, peu de morceaux mais chacun d'entre eux oratoriés comme une longue prière tordue au néant impassible, la voix de Joey scande les vagues d'un océan brumeux qui roulent vers un rivage inaccessible qui recule au fur et à mesure que les flots monstrueux se ruent vers lui. I'm the hunter hidden on the woods clame-t-il et chacun se reconnaît en cette solitude de chasseur qui ne chasse que lui-même qui ne souffre que de sa seule entité. Crépusculaire solitarité. Malgré la violence de l'amplitude sonore la foule tétanisée ondule doucement, rien ne sert de se départir de ses angoisses en s'agitant vainement, il faudra de toutes les manières mourir à temps.

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    Lorsque Joey prend la parole pour remercier, il choisit ses mots, la musique d'Abstract Minded peut être comprise par ceux qui n'entendent que le bruit, quand on leur montre la turgescente tourbillonante du monde, comme une simple production à l'arrache, mais dans ces propos clairement énoncés et ce timbre retenu, Joey indique sans le dire, signifie, qu'il s'agit d'une cérémonie à laquelle nous avons été conviés. Une convocation de l'extrême. Une invitation à être. Et puis la musique balaie de nouveau la scène. A plusieurs reprises elle se calmera et l'on attendra alors qu'elle reprenne sa furie, jusqu'à la fin, tous sur leurs instruments, prêts à un dernier final apocalyptique, mais non le silence s'installe, dure, perdure, et la lumière se rallume. La salle éclate. Mais le plus dur reste à faire. Il va falloir survivre à tant de sauvagerie, à tant de beauté.

    Damie Chad.

    CLIP ! CLIP ! CLIP ! HOURRAH ! ( bis )

    Nous discutions paisiblement ,moi et un ami cher, la conversation en vint à tomber sur les dinosaures. De grosses bestioles dont nous n'avons plus rien à craindre m'écriais-je en nous versant une dix-septième ( nous commencions tout juste ) rasade de whisky amélioré au jus de crotale. Détrompe-toi me dit-il. L'espèce dinosaurienne s'est adaptée à sa disparition, l'est encore tout près de nous, méfions-nous, les germes du mal pourraient se ranimer à tout moment. J'éclatais de rire, non sans jeter au préalable un coup d'œil au jardin par la fenêtre, je rassure les lecteurs aucune silhouette de brontosaure ne paissait paisiblement le gazon mal entretenu. Ne me crois pas si tu veux, reprit mon naturaliste en herbe apparemment fort au courant, les sauriens géants sont partout sous la forme des innocents passereaux qui peuplent nos haies et que de forcenés écologistes inconscients recommandent de nourrir. Ne sais-tu pas que nos oiseaux sont les descendants directs des dinosaures ? J'avoue que je ne le crus pas, comment imaginer que par exemple une ravissante mésange bleue puisse s'avérer dangereuse. Nous nous séparâmes fâchés. Le lendemain j'ai dû lui téléphoner pour m'excuser. Il avait raison.

    C'est qu'à peine avait-il quitté la maison que deux volatiles sont venus s'installer sur mon pommier préféré sous laquelle repose ma chaise-longue. Les mauvais esprits vous diront que c'est surtout moi qui me repose. Ne les écoutez pas, j'étais en train de feuilleter Les cent-vingt jours de Sodome du divin Marquis– une édition richement illustrée – lorsque une pomme véreuse s'écrasa mollement sur ma tête. Je pris l'incident avec philosophie, sans doute était-ce là le signe que mon vaste cerveau en ébullition s'apprêtait à émettre une nouvelle théorie newtonienne qui permettrait à l'Humanité d'accéder enfin à son stade ultime de perfectionnement. Hélas, l'incident passablement désagréable se renouvela, pif !une deuxième pomme dégoulinante de pourriture s'écrasa sur mon nez tandis que résonnait une espèce de croassement hideux dans lequel je crus percevoir les éclats moqueurs d'une cynique réjouissance. Evidemment, vous les avez reconnus, c'étaient les cui-cui, ces prophètes du malheur auprès desquels les sinistres prédictions du corbeau nevermorien d'Edgar Poe passent pour des contes à dormir debout réservés aux enfants sages. J'ai eu de la chance, ne se sont pas attardés, se sont amusés à me bombarder avec les derniers fruits de l'automne, puis se sont envolés à tire d'ailes en ricanant monstrueusement, mission accomplie j'y ai filé une copie de notre dernier clip s'est écrié Pierre Lehoulier, j'ai piqué sa bouteille de whisky a rétorqué Delphine Viane.

    CALL DOCTOR NO / CRASHBIRDS

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    C' est du tout chaud. Du tout cuit-cuit, l'ont mis sur leur FB et sur You Tube, ce cinq décembre 2019. Des images sympathiques. Des manifestants qui se font gazer et taper dessus. Des vues de manifestations diverses, aux States, en Angleterre, en Russie, toute ressemblance avec des évènements récents qui se seraient passés en notre douce France de notre enfance et de nos enfonce-crânes actuels ne saurait être qu'indépendante de la volonté des cui-cui. En plus il y a un faussaire, je donne son nom à la police, je sais bien que tout le monde la déteste, mais il faut bien jeter les délinquants en prison. Surtout quand ils sont doués, car ils sont alors d'autant plus dangereux. Apparemment il ne fait pas grand-chose, se contente d'immobiliser l'image juste pour détourner au gros feutre noir les pancartes que brandissent les rouspéteurs professionnels. L'y écrit dessus des gros NO. En plus il rajoute quelques plans, vous transforme les ramène-leur-mécontentement en espèce de statues de zombies menaçantes. Heureusement les citoyens propres sur eux ( et sales à l'intérieur de leur bêtise ) se dépêchent de prévenir par téléphone les responsables politiques qui se hâtent de saisir leurs combinés pour donner les ordres adéquats. Evidemment il s'est préparé un alibi. Impossible de l'accuser. Ce n'est pas moi monsieur l'agent, regardez j'étais en train de jouer tranquillou, je gratouillais ma guitare devant au moins soixante personnes qui pourront témoigner de mon innocence. En public, lisez sur le mur orange, vous voyez bien que L'Armony règne. Argument imparable ! Certes les cui-cui sont de sacrés rusés, ils ont un deuxième pare-feu. Sont très forts, quand vous regardez Pierre, vous ne zieutez que Delphine. L'est trop belle. Elle entre dans votre champ de vision et avant même qu'elle ouvre la bouche vous lui pardonnez tout ce qu'elle dit. Tout ce qu'elle édicte. Une véritable pétroleuse, une pasionaria, une vierge ( ceci est juste une image ) rouge. La pythonisse de la révolte. Une voix qui vous envoute. Vous crache la colère du monde à la face, un vocal barricade, un chant insurrectionnel. Et le Lehoulier il a de ses façons de pincer sa guitare pour qu'elle grince encore plus fort, que vous avez l'impression que vous vous lavez les dents avec une perceuse. Ah ! ces cui-cui, s'ils n'existaient pas il faudrait les inventer. Bien sûr que vous dites oui !

    Damie Chad.

    L'ODEUR DE LA MORT

    POGO CAR CRASH CONTROL

    ( 28 / 11 / 2019 )

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    Il n'y a pas de fumet sans feu. Mais là c'est top tard, vous arrivez après la bataille. La dernière. Ne reste plus que des survivants, la terre est devenue une décharge planétaire. Toutefois une bonne nouvelle. Les Pogo ont survécu. Mais ils ne sont pas beaux à voir. Des visages pustuleux, des chancres sanglant qui les défigurent, des croûtes purulentes sur les joues, aucune envie de leur faire la bise, n'insistez pas, même pas à Lola. En plus ils ont des mines de zombies qui reviennent de leur enterrement. Errent sans but sur des amoncellements de débris. Les restes de notre civilisation livrés au néant des temps révolus. Cette surface désolée c'est vraisemblablement leur terrain de jeu, ils y retrouvent une bouteille d'alcool, un crâne humain et comme ils n'ont pas d'autre chose à faire pour tuer le temps, Lola – les filles sont parfois cruelles – s'amuse à arracher avec une vieille pince rouillée une dent à un de ses camarades endormi... Même la musique des Pogo n'est plus ce qu'elle a été, un long bourdonnement infini d'une minute entrecoupées de sons métalliques, comme des portières de voitures désossées jetées violemment sur l'asphalte. Le pire c'est que cette scène peu idyllique va être gâchée par la venue d'un étranger. Un être humain comme vous et moi, affublé d'un sac en bandoulière. N'a pas l'air bien méchant, mais nous ne sommes plus à l'ère des bisounours. Tout intrus doit d'être férocement éliminé. Une bouche de moins à se nourrir d'immondices. Quand il y en a pour quatre, il n'y en a pas pour cinq. Devant ce danger les Pogo retrouvent leur antique énergie, vous prennent l'ennemi en chasse au pas de course, irruption d'une musique folle qui vous projette dans les cordes de la démence, Olivier vous bouffe les mots à la manière d'un cannibale qui becte à pleines dents le foie sanglant de sa victime et se suce les doigts pour lécher jusqu'à la dernière goutte l'amertume de la bile, moment de folie, sur les images, ce n'est guère mieux. Pour savoir le sort final de l'intrus, je vous laisse vous délecter en famille. Ne reste plus que la sacoche de l'individu inconnu, un CD a glissé de sa gibecière, le prochain de Pogo Car Crash Control.

    Sont en train de l'enregistrer. Viennent de faire ( ce 06 décembre ) le Zénith avec Mass Hysteria, par contre le 10 décembre 2020 ils seront au Bataclan. Une prochaine tuerie.

    Damie Chad.

    JUICE

    ABSTRACT MINDED

    ( Réalisation : MARLENE REICHMAN )

    ( 30 / 03 / 2019 )

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    Filmer un concert est un boulot qui pratiquement ne demande que des compétences techniques, transformer une vidéo brute en artwork est plus difficile. Souvent c'est n'importe quoi. Au pire une copie conforme de la réalité. Au mieux une équivalence. Une synesthésie, faire en sorte que l'image animée et la bande-son qui l'accompagne forment un objet différent de ce qu'ils sont censés représenter. Après reste le choix de la méthode : rester fidèle à ce qui a eu lieu, ou donner à sa place des images étrangères qui sont comme des transpositions poétiques de l'évènement. Marlène Reichman a choisi la première option. Juice sera donc un cocktail servi brûlant. Peu d'ingrédients, le groupe sur scène, quelques images d'avant ou d'après le concert, mais très proches du moment éruptif, des vues de la salle. Rien d'original. Vous avez déjà vu cela mille fois. C'est la mille et unième qui est la plus importante. Tout est question de dosage. Une seconde de trop sur un plan et le clip est foutu. Faut naviguer entre les étocs de la banalité et les écueils de l'esbroufe gratuite.

    En fait ce n'est pas ce qui se passe sur scène qui construit le clip. Pour cet aspect, vous pouvez faire confiance à Abstract Minded, ils assurent grave, et Marlène Reichman a su insuffler l'énergie aux images-clichés passe-partout que vous retrouvez sur tous les clips de metal music. Elle a compris que cette clef de voûte imposante doit reposer sur des piliers d'une extrême finesse qui conduisent, contrôlent et signifient les forces en jeu. Mais qui ne doivent pas s'imposer à la manière de ces mastodontes pachydermiques emprisonnés qui se projettent en plein dans vos yeux depuis l'étroite cage d'un cirque. Elle a adopté une démarche similaire à celle de Victor Segalen qui a écrit Simon Leys en tant que roman du dehors et Le fils du ciel en tant que roman du dedans. Des chinoiseries certes, mais cette idée que si la vérité d'une chose existe elle doit se trouver hors de la chose. Sans quoi elle ne serait pas plus ni davantage que la chose. Aucune valeur ajoutée ! Ainsi la force d'Abstract Minded est-elle donnée par ces instantanés des visages des musiciens hors de scène. D'insignifiants hochements de têtes, des doigts qui s'élèvent, des corps allongés, de mystérieux sourires, des mimiques quotidiennes à la portée de chacun de nous, mais ces attitudes saisies au vol confrontées au délire scénique en amplifient la virulence rock'n'rollesque.

    Tout est question d'équilibre. Des fils d'araignée invisibles. Dans lesquels vous vous engluez comme dans la beauté d'un visage. Marlène Reichman est l'épeire diabolique et vous qui vous extasiez devant la finesse du travail accompli, vous êtes la proie de son regard abstrait qu'elle a porté sur le groupe. Dont elle a su traduire l'esprit.

    Damie Chad.

    LE ROCK EST-IL REAC ?

    POSTURE ET IMPOSTURE DU ROCK

    HENRY CHARTIER

    ( Editions Carpentier / 2016 )

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    Si vous n'aimez pas le rock, vous adorerez ce bouquin. Henry Chartier doit avoir un vieux compte à régler avec le rock'n'roll. Pour quelle mystérieuse raison psychanalytique je n'en sais rien. Le charge à mort. Ne lui reconnaît aucune qualité. Pas la moindre. Le titre ne correspond pas au contenu du livre qui explique en plus de deux cents trente pages que le rock est réac. Cette affirmation est un fait établi, une certitude inébranlable, une vérité absolue. Plus réac que lui, ne cherchez pas, vous ne trouverez pas. Et pas de tergiversation depuis le premier jour de sa naissance. Aucun élément ne saurait infirmer une déclaration si péremptoire. Une véritable musique maudite, ontologique viciée. Lorsque l'on soulève une problématique sous forme de question, normalement on s'attend à ce que la réponse prenne en considération les arguments que l'on pourrait opposer à la thèse que l'on tient à défendre et à développer. Henry Chartier ne s'embarrasse point d'une telle méthodologie. L'a ses idées fixes, et il n'en démord pas. Il n'est pas inintéressant de s'attarder sur son processus idéologique de raisonnement.

    UNE ANALYSE IDEOLOGIQUE

    Première point : uns simplification abusive : Le rock ne possède aucune authenticité. Il n'est qu'une pâle et grossière copie du rhythm'n'blues noir. Une édulcoration scandaleuse. Certes il y a un semblant de vrai dans cette affirmation, mais elle manque d'un tantinet de subtilité dialectique. Les choses ne sont jamais simples. Pas obligatoirement complexes non plus. Entremêlées, un véritable sac de nœuds. Oui, les rockers blancs ont écouté la musique noire : gospel, blues, jazz et rhythm'n'blues. Mais ils ont touillé cette pâte sombre avec leurs grosses pattes blanches, country, hillbilly, romance à la Tin Pan Alley, musique sacrée et danse de salon européennes. D'ailleurs entre nous soit dit les nègres ont aussi intégré dans leur apport africain quelques rudiments de musique militaire et ont emprunté à la valse son rythme chaloupé pour le fourguer dans le blues. Un véritable micmac. Un métissage éhonté ! Cerise noire sur le gâteau, ce sont des gaziers de génie nommés Little Richard, Bo Diddley et Chuck Berry qui ont tout de même participé un maximum à la transmutation du R'N'B en R'N'R !

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    Deuxième point, refus de l'analyse historiale ; aujourd'hui le rock'n'roll est la musique des petits-bourgeois blancs de peau. Les ados issus des couches populaires écoutent en leur majorité du rap nous assène sans plus de tergiversation Henry Chartier. Le problème c'est qu'il est arrivé au rap la même mésaventure qu'au rock. N'oublions pas qu'en ses débuts, cette musique diabolique était considérée comme une musique de voyous. Une dizaine d'années plus tard ce sont les enfants de la petite-bourgeoisie qui ont à leur tour se sont gavés de ce redoutable poison. Musique des cités en son surgissement le rap est aussi devenu l'écoute préférée de la petite bourgeoisie blanche, noire, et métissée. L'on assiste exactement au même phénomène d'appropriation des musiques populaires par les enfants des classes plus aisées. Même dérive au niveau des vocabulaires : dans les seventies le terme pop-music remplaça celui trop rugueux de rock'n'roll, depuis une dizaine d'année l'on délaisse le mot rap qui flaire un peu trop la racaille, celui de hip-hop possède un parfum bobo beaucoup plus acceptable.

    Troisième point : indifférenciation des niveaux d'analyse, ou la maltraitance syllogistique : le rock n'est pas une musique ontologiquement rebelle. Cette affirmation péremptoire possède une traduction politique. Le rock vous trompe, il vous fait croire qu'il se bat contre le système capitaliste, ce mensonge éhonté est une imposture. Déduction logique : le rock n'est pas de gauche ! Heureusement, quand on voit, ne serait-ce que dans notre pays, tous ces gouvernements de gauche qui ont mené des politiques hautement proclamée de gauche qui ressemblent étrangement aux politiques de droite largement revendiquées par les gouvernements de droite, l'on se sent soulagé d'apprendre qu'il n'est pas de gauche !

    Un raisonnement cousu de fil rose. Si le rock n'est pas de gauche, c'est donc qu'il est de droite. Voire d'extrême-droite. Autrement dit : raciste, fasciste, sexiste, pro-capitaliste. Irrémédiablement rangé du côté du mal. Henry Chartier use d'une rhétorique de gauche bien-pensante qui consiste à analyser les choses non en tant que ce qu'elles sont ( pour le sujet qu'il aborde, musicales ) mais selon le jugement moral de bien-pensance de gauche que l'on se doit d'afficher si l'on veut être politiquement correct.

    UNE ANALYSE FACTUELLE

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    La méthode est simple : pour prouver que le rock n'est pas de gauche, il lui suffit de citer les artistes qui se revendiquent de droite. Voire d'extrême-droite. Soit carrément nazis. La liste est longue : des purs et durs à la Ted Nugent qui clament haut et fort leurs idées peu reluisantes à ceux qui comme David Bowie s'excusent avec prudence lorsqu'ils sont allés un peu trop loin en d'intempestives déclarations.

    En fait Henry Chartier déteste l'hypocrisie. Belles paroles par devant et plein les coffre-forts par derrière. Les concerts style Live-Aid sont de magnifiques opportunités pour les artistes et les compagnies de disques, ils génèrent une monstrueuse médiatisation qui ne coûte pas un kopeck. Souvent ils aident à relever des chanteurs qui sont un peu dans le creux de la vague. Charity-business bien ordonnée commence par soi-même.

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    Les mentalités ont évolué : si en 1974 les Pink Floyd soulevèrent un tollé de récriminations chez leurs fans qui n'acceptaient pas qu'ils aient vendu leur musique pour des spots de pub vantant les mérites de Gini la boisson qui vient d'ailleurs, se déchaîna alors une telle bronca protestataire qu'ils furent obligés d'annoncer que les bénéfices de l'opération seraient reversés – la vie n'est pas toujours pinky - à des organisations caritatives... Aujourd'hui les groupes n'hésitent pas à se faire sponsoriser par les grandes marques capitalistes. Et comme il n'y a pas de petits profits chanteurs et musiciens ont érigé en chasse-gardée le merchandising d'après ( et d'avant ) concerts. Les produits dérivés sont devenus une lucrative source de profits. Un ruissellement vers le haut...

    Les fans de base sont pris pour des vaches à lait. Les prix des billets s'envolent. Plus de mille euros pour être dans le carré des VIP's. Les tournées gigantesques génèrent des millions de dollars. Extrêmement rares sont les groupes qui exigent des places à prix modérés. Haro sur les plate-formes de téléchargement gratuit. Récupération des bootlegs remplacés par des tirages commémoratifs... Le rock est devenu un commerce particulièrement lucratif.

    Ne faut pas prendre les amateurs de rock pour de simples idiots. Beaucoup d'entre eux ne sont pas dupes. Mais le fétichisme de la marchandise est si fort qu'il induit des conduites d'appropriation consommatrices que l'on réprouve moralement mais auxquelles l'on est incapable de résister. Le capitalisme est si puissant qu'il vous vend la corde pour vous pendre. Ne craignez rien : strangulation douce. Un tout petit peu chaque semaine. Il est inutile de se presser. Dans trois jours sortiront trois inédits ( pourraves ) de votre vedette préférée...

    UNE IMPITOYABLE CRITIQUE

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    Pour les esprits trop clairvoyants qui ne marchent plus dans le système, pas de problème. Oui vos groupes adorés vous ont trahis. Ceux qui se proclamaient rebelles-de-la-mort voici cinq ans sont passés de l'autre-côté du tiroir-caisse. Se remplissent les fouilles avec avidité. Souriez, tout n'est pas perdu. Une nouvelle génération se profile sur le marché. Des révoltés à l'état pur. Des tueurs fous sans concession. Le rebelle nouveau est arrivé. Bien sûr ils vont mal finir. Les petits groupes sur petits labels vont grandir et rentrer dans les écuries des majors. Eux aussi ne pensent plus qu'à empiler les gros biftons du lucre. Ne pleurez pas, ne vous lamentez pas, dans l'ombre une nouvelle génération de pirates aux dents aiguisées par la faim et l'esprit peuplé par de belles idées anarchisantes se prépare à prendre le système à l'assaut, pas de panique nous préparons la suite, le prochain produit est à l'étude, les prototypes sont prêts... Nous nous occupons de tout. Big Rockin' Brother ne vous laissera pas tomber. Il pourvoie à toutes vos révoltes. Vos désirs seront satisfaits. Avant même que vous en ayez pris conscience. L'offre précède toujours la demande. Que sont devenues les âmes blanches des punks du temps jadis...

    C'est que voyez-vous, vous êtes d'incurables romantiques. Prenons le premier terme de la sainte trinité. Le sexe. Oui le rock a participé à faire sauter les verrous de la moralité chrétienne. Son rythme, ses paroles... tout ce que vous voulez. Mais enfin, il ne faudrait pas que vous le considériez comme l'arbre qui cache la forêt. S'est simplement inscrit dans un long mouvement de déchristianisation des esprits dont on peut dater les commencements dans le lointain dix-huitième siècle. L'est arrivé au dernier moment. Le boulot de fond avait déjà était fait. L'a simplement filé la dernière chiquenaude.

    Quant aux drugs censées vous ouvrir les portes psychédéliques de la perception, elles n'ont pas vraiment déclenché une nouvelle civilisation spirituelle. De toutes les manières, là aussi le rock a pris l'ultime métro des retardataires, pensez aux rituels chamaniques qui se perdent dans la nuit des temps pré-néolithiques... Le rock n'est que le camelot pourvoyeur des antiques lunes qui crie un peu plus fort que les autres.

    Mais qu'a donc apporté de neuf sur cette terre le mouvement rock depuis ses débuts, toutes chapelles confondues, s'exclame Henry Chartier. Rien du tout. L'est même le contraire de la révolte qu'il prétend être. L'est devenu la musique des élites. Attention la vis se resserre. Ne pensez pas que ce mot d'élite désigne ici la petite bourgeoisie blanche cultivée. Il faut le prendre en son acception plénière. La crème qui dirige l'humanité. Le 1% de cette population de nantis qui possèdent les 90 % des richesses. Rien à voir avec le 1 % que les bikers dissidents affichent fièrement sur leurs blousons. Qui eux par contre doivent honorer 100 % des traites de leur Harley. Steve Jobs ne fut-il pas un fan des groupes de rock tels que les Beatles, les Stones et le Creedence Clearwater Revival...

    Pour résumer : Thierry Chartier nous assure que le rock est pire que réac. Il est l'opposé de ce qu'il prétend être. Une entreprise malhonnête d'asservissement des cerveaux, un des rouages extrêmement performant de l'idéologie capitaliste.

    PLOUF !

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    Quelle douche froide ! Henry Chartier jette le bébé vagissant du rock'n'roll avec l'eau du bain capitaliste. Ne nous laisse pas que des larmes pour pleurer. Vous refile un lot de consolation. Exit le rock. Déroule le tapis rouge pour la chanson. Brassens bien entendu. Le pépère tranquille à la pipe qui déclarait que puisque les jeunes soixante-huitards se laissaient pousser les cheveux, lui il aurait plutôt tendance à raccourcir les siens. En fait pas si loin que cela des Cheveux longs idées courtes de Johnny... Comme quoi il ne faudrait jamais vieillir, même quand l'on s'appelle Brassens. Autres exemples, les chanteurs catalans qui sous Franco entonnèrent des hymnes anti-franquistes. Il est vrai que la riche bourgeoisie catalane a toujours eu des velléités de séparatisme nationaliste. Une idéologie pas tout à fait marquée à gauche. Enfin les chanteurs chiliens contraints à l'exil sous Pinochet ou carrément assassinés comme Victor Jara durant le coup d'état. On passe généralement sous silence que dans la semaine qui précéda el golpe funeste, le gouvernement socialiste et de gauche d'Allende avait ordonné le désarmement des Cordons Ouvriers... L'est sûr que le peuple chilien uniquement unido avait beaucoup plus de chance d'être vincido que le même peuple armado. Bref les mirifiques exemples anti-capitalistes apportés par Henry Chartier ne nous convainquent pas plus qu'ils n'ont vaincu...

    Non le rock et ses déclamations rebelliques n'ont pas abattu le capitalisme. Celui-ci l'a même récupéré. A un niveau marchand et à un niveau idéologique. Le rock est devenu une marchandise comme tout autre objet de consommation. Comme l'idéologie par exemple. Vous êtes contre le capitalisme, ça tombe bien voici une idéologie de gauche démocratique des plus méritoires. Totalement adaptable aux températures ambiantes. En vente libre. Oui, oui prenez à volonté, c'est nous qui vous achetons. Que voulez-vous nous avons toujours besoin de plusieurs sorties à notre terrier. De droite et de gauche. Selon les nécessités du moment. Un peu comme ces vendeurs à la sauvette au Portugal qui vous proposent des parapluies quand il pleut et cinq minutes plus tard des lunettes de soleil quand le temps se met au beau.

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    C'est que le rock n'est pas un mouvement d'obédience politique. Juste une mouvance culturelle. Un champ de bataille. Bien sûr que le capitalisme y insuffle ses conduites marchandes, il propose à la vente tout ce qu'il peut, vous fournit les produits de première nécessité, les symboliques et les dérivés, et achète tous ceux qui peuvent le servir en sa main-mise commerciale sur les esprits. Par contre le rock est aussi traversé par d'autres pratiques économiques différentes, les concerts gratuits ou à prix libres, les fanzines bigarrés aux contenus peu consensuels, les blogs comme le nôtre en accès libre, les boutiques de disques aux goûts peu mainstream pour amateurs éclairés, parfois tenues par des associations à but non-lucratifs, voire soutenues par des monnaies locales, tout un réseau inséré de force et contre son gré dans le cadre marchand de notre société capitaliste mais qui essaie de s'y salir le moins possible...

    Le rock n'est pas plus réac, rebelle ou révolutionnaire que n'importe quel autre lieu d'activisme culturel. Il est des livres qui vous vantent les mérites insurpassables du capitalisme, d'autres qui le critiquent, d'autres qui appellent à sa destruction. Parfois vous trouverez ces différents types de volumes chez le même éditeur ou chez le présentoir d'une même grande surface ( à prétention culturelle ). Parfois vous remarquez que certaines maisons d'éditions sont davantage ceci que cela. Parfois vous devez chercher un peu plus longtemps sur des réseaux parallèles... Ce n'est pas pour cela que vous allez écrire un ouvrage titrée La littérature, la philosophie, le roman, la poésie sont-ils réacs ? Le système capitaliste est tentaculaire et pétri de contradictions. Les champs politiques, économiques et culturels sont traversés de courants idéologiques différents et antagonistes.

    Et puis, the last but not the least, en dernier ressort il y a les individus irradiés des mêmes contradictions que le milieu dans lesquels ils se dépatouillent avec leur propre existence, de surcroît emmêlée à celle des autres. Les niveaux de conscience ne sont pas les mêmes. Certains suivent les courants principaux, d'autres s'activent dans leurs coins. Au couple dominants / dominés, je préfère celui du binôme suivistes / activistes qui me semble participer d'un dynamisme moins stagnant et plus optimistement moins entaché de pérennité absolutrice.

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    Enfin pour terminer, à lire la liste des livres publiés par Henry Chartier : La magie McCartney, Christophe, le beau bizarre, La musique du diable et ses succès damnés, Nick Drake, l'abécédaire, John Lennon le Beatles révolté, Nino Ferrer, un homme libre, je me dis que cela fait beaucoup d'ouvrages consacrée à des acteurs-phares d'une musique fondamentalement réactionnaire !

    Damie Chad.