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  • CHRONIQUES DE POURPRE 719: KR'TNT ! 719 : GENE VINCENT / LORD ROCHESTER / APOLLAS / SEARCH RESULTS / JOEY RAMONE / VERMINTHRONE / SMOKE RITES

    KR’TNT ! 

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 719

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    15 / 01 / 2026

     

     

    GENE VINCENT / LORD ROCHESTER

    APOLLAS /  SEARCH RESULTS / JOEY RAMONE

    VERMINTHRONE / SMOKE RITES

     

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 719

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http ://kr’tnt.hautetfort.com/

     

     

    The One-offs

     - Martini Gene

             En anglais, Gene se prononce ‘Gin’. À la fin de sa vie, Gene Vincent sifflait trois bouteilles de Martini par jour. D’où Martini Gin.

             Passons aux choses sérieuses. Quand on jouait au jeu de l’île déserte - Quel disque emporterais-tu sur l’île déserte ? - la réponse a toujours été la même : «Bird Doggin’». C’est lui et pas un autre.

             Quand on a cet EP dans les pattes à l’adolescence, on est marqué à vie.

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             Un jour, tu entres chez le petit disquaire situé en face des Galeries Lafayette. Il s’appelle Buis. Il te connaît bien et il te fait le coup à chaque fois : «‘Coute ça !». Il pose le 45 tours sur sa platine. Cling-cling-cling-cling et des coups d’harp... Tu vois la pochette. C’est Gene Vincent devant un mur de briques, au crépuscule. Il est déjà l’égal d’un dieu dans ta mythologie naissante. Mais là, tu sens qu’il se passe autre chose. Cling-cling-cling-cling ! Ça te dépasse. Dès les premières notes, un climat spécial s’installe. Cling-cling-cling-cling ! Tu sens ta vie basculer. Tu sens une menace diffuse. Tu ressens un plaisir malsain jusque-là inconnu. Ce démon fait de toi sa chose. Bird Doggin’ entre sous ta peau et n’en ressortira jamais. Tu lui appartiens. Et puis soudain, le solo de guitare t’affole les compteurs. T’es en transe. La virulence du gratté de notes te coupe le souffle. T’as des vapeurs. Alors que pour finir, le guitariste attaque un deuxième solo, tu demandes le prix. Y vaut combien ? Le mec de Buis éclate d’un rire bizarre :

             — Donne-moi ton âme et je te donne «Bird Doggin’» en échange...

             Marché conclu. Bonne affaire. Rien à foutre de ton âme, t’as «Bird Doggin’». Tu t’en nourris, la diction est si pure que tu déchiffres aussitôt les paroles - All these sleepless nights/ I’m so tired of/ I’ve got to find some/ Sweet little thing to love - son sleepless nights éclate si bien, et ça continue - To put my arms around/ And hold oh-oh so tight/ Well I know I just can’t last/ Another night - oh ce so tight, comme il résonne en toi ! Tu ressens alors une extraordinaire fierté à être damné pour l’éternité !

             Il fallait un écrin pour «Bird Doggin’». Le destin allait en fournir un quelques années plus tard. Un copain appelle pour dire qu’il vient de dénicher deux juke-boxes dans l’entrepôt d’un broc. On y va et on tombe sur deux gros jukes Balami, un rouge et un bleu clair. Il prend le bleu et me laisse le rouge. Ces gros jukes en bois étaient magnifiques et avaient un son absolument monstrueux. On y installait quarante 45 tours et on y glissait une pièce pour sélectionner un titre. Dans le Balami, «Bird Doggin’» grondait comme le dragon d’Uther Pendragon. Le plancher vibrait. Des amis venaient à la maison pour entendre «Bird Doggin’». Gene Vincent régnait sans partage sur toutes ces ouailles.

             Le destin allait à nouveau frapper : lors d’une petite fête, des amis amenèrent un ami à eux. Ce petit mec d’aspect repoussant avait trois particularités : un, il était portugais, deux, il était collectionneur, et trois c’était le pire baratineur de l’univers connu des hommes. Alors évidement, quand il a entendu «Bird Doggin’», il s’est mis en branle. Une vraie machine. L’horreur ! Chez lui ça devenait une obsession comme ça l’avait été pour moi, mais en mille fois pire. Ce maudit con ne lâchait pas prise, il voulait «Bird Doggin’», il est revenu cent fois à la charge, et pour ne plus le voir baver, on a fini par céder. En échange, il proposa des 45 tours qu’il qualifiait d’extrêmement rares et dont on a, comme de son nom, chassé le souvenir. Mais on frissonne encore de dégoût au souvenir de cet épisode épouvantable. Une malédiction peut en générer une autre.

             Les années ont passé et d’autres obsessions sont venues, comme la cendre, couvrir la braise. Mais l’envie de revivre la malédiction originelle restait la plus forte. Alors on gardait un œil sur la page Discogs du «Bird Doggin’» paru sur London en 1966, mais aucun des rares exemplaires accessibles ne descendait en dessous de la barre des 100 euros. Fuck ! Tous ces mecs spéculaient sur le cadavre d’un dieu ! T’en avais même un qui vendait un exemplaire cassé. La traque a duré quelques années, et puis par miracle, un exemplaire en bon état s’est affiché au prix de 80 euros. Banco ! 

             Le simple geste de poser le 45 tours sur la platine avait quelque chose de sacré. Depuis l’écoute originelle chez Buis, rien n’avait changé : le satanisme frénétique de Gene Vincent était resté absolument intact. Tu mets le volume à fond et tu replonges dans tes chères ténèbres.

    Signé : Cazengler, strata-Gene

    Gene Vincent. Bird Doggin’. London Records 1966

    Ce texte est dédié à Damie Chad, fan de Gene Vincent.

    Épilogue : personne n’a jamais su dire qui prenait le solo de guitare sur «Bird Doggin’». La question fut posée à un célèbre érudit du rockab qui répondit : Dave Burgess, le guitariste des Champs. Faux. Enquête dans les archives de Challenge (sessiondays.com) : on a le choix entre trois noms : Al Casey, Glen Campbell, et le plus probable, Louie Shelton. Chacun arrangera sa sauce. 

     

     

    GENE VINCENT

    CRAZY TIMES

    TOME I : 50s

    THIERRY LIESENFELD & GARRETT McLEAN

    (Saphyr / Novembre 2025)

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             La France a toujours aimé Gene Vincent. Ce livre monumental en est la preuve. Etrange et incompréhensible phénomène, comment la figure mythique de Gene Vincent s’est-elle implantée chez nous à la fin des années cinquante et au début des sixties. Il n’était pas évident d’accéder aux enregistrements et l’immense majorité de ceux qui se sont reconnus en lui ne baragouinaient que quelques mots de mauvais anglais… J’aurais tendance à dire que l’on ne l’a pas connu mais que nous l’avons ressenti. Une aura, une présence, une image, un personnage, quelque chose qui cristallisait en vous la lumière noire de mille facettes de cette espèce de diamant qui s’implantait en votre âme, elle s’est mise à irradier tous les actes et toutes les affres de votre existence, un prisme étranger qui a colonisé notre esprit. Puissance et magie du rock’n’roll. Tout nous fut donné en bloc. Brut de choc. Un antre d’anthracite enté en nous dont nous sommes hantés pour toujours.

             Au fil des années l’on a récupéré des disques, des photos, des dates, des témoignages, des images, des vidéos, des livres, étrangement l’on s’est aperçu que plus on connaissait, moins on comprenait. Certes l’on avait réussi à retracer la courbe de la trajectoire de cette destinée exceptionnelle. Certes toute destinée, même la plus plate, la plus commune, rapportée au niveau d’un individu est exceptionnelle, encore faut-il entrevoir le mécanisme qui a permis la logique de son déroulement. Le point de chute nous le connaissons, il ne réside pas en les circonstances de sa disparition, puisqu’il est en nous, aérolithe inamovible fiché en nous, telle une semence germinatrice et phagocytante…

             Nous connaissons le début et la fin de l’histoire, par ce livre prodigieux Thierry Liesenfeld et Garrett McLean nous dévoilent non pas le récit de  cette vie, même s’ils apportent mille détails, même s’ils  la cernent au plus près, les faits, les noms, les dates, les anecdotes, à foison bien sûr, mais avant tout ils offrent une analyse qui permette d’évaluer, de comprendre, de prendre conscience de ce qu’elle signifie. Ce qui est intrinsèque à elle-même, et ce qui lui est extrinsèque aux autres et à nous. En d’autres termes, ce qui lui appartient en  propre et ce qui nous appartient à nous.

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             C’est un volume volumineux. Exaltant. Qui exige trois lectures, une pour le texte, une pour les documents iconographiques, une pour les documents d’époque (publicités, contrats, coupures de journaux) rédigés en anglais. Pour cette chronique nous nous focaliserons principalement sur le texte. Il ne possède qu’un défaut, celui de ne pas être livré avec le Tome II !

             Le volume a adopté l’ordre chronologique, quelques pages sur les origines, Gene n’est pas né avec a golden spoonfull in the mouth, on s’en doute, ensuite les années se succèdent, 1956, 57, 58, 59, mais nous commencerons par l’ultime section consacrée aux indispensables protagonistes : les Blue Caps : les membres fondateurs, les nouvelles recrues, les oiseaux de passage… les deux pages consacrées à Cliff Gallup nous semblent résumer et subsumer le contenu du livre. Que Cliff Gallup n’ait pas aimé le tsunami des premières tournées est compréhensible. Qu’il ait eu envie de retourner à une vie paisible, qu’il n’ait pas souhaité devenir une rock’n’roll guitar star, nous pouvons le comprendre.  Mais il reste un mystère Gallup. Cela doit faire quelques années nous avons chroniqué sur ce blogue un des très rares enregistrements de Cliff réalisés après sa période Blue Caps. Nous ne nous attendions pas à du rock’n’roll, mais quelle déception ! Un truc que n’importe quel guitariste, nous osons à peine rajouter l’expression ‘’pas très doué’’, sans doute un tantinet exagérée, mais elle reste à la mesure de ma  surprise. C’est peut-être une des seules énigmes qui m’ait parfois réveillé la nuit. Comment un gars qui en trente-cinq morceaux enregistrés avec Gene, passe encore aujourd’hui pour l’un des fondateurs  de la guitare rock ait pu ensuite se satisfaire d’un jeu qu’il faut bien qualifier de médiocre ? La démo de Be Bop A Lulla qui fut envoyée à Ken Nelson ne nous est pas parvenue. Tout ce que l’on sait c’est qu’elle était très différente, très country and western, de l’enregistrement final réalisé en studio. La voix – en fait, il est né avec a very golden spoonful in the mouth - de Gene a dû faire la différence et susciter l’attention de Capitol. Bref, Cliff s’assied pépère dans le studio, et vous pond un son qui confine au génie. Extraterrestre. Ce n’est pas un coup de chance, ni un caprice du hasard, sur tous ces titres des Blue Caps enregistrés Cliff impose sa marque. Il ne joue pas : il crée du neuf, du nouveau dirait Rimbaud.

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             Nos deux auteurs proposent une explication : la voici exposée sous une forme simpliste qui pourrait paraître, ce qu’elle n’est pas, bébête : élémentaire cher Chad, Cliff s’est surpassé. Mais tout de suite après ils expliquent : Cliff s’est magnifié, survolté – la moindre des choses pour un guitariste électrique – par la tension qui régnait dans le groupe. L’a été poussé au cul par l’ambiance qui régnait… Quatre musiciens et un chanteur, du jour au lendemain propulsés au statut de vedettes. Faut assurer. Faut se montrer digne. Faut improviser. Faut monter une tournée. Avaler des milliers de kilomètres. Jouer devant un public impatient qui les attend. Et bientôt par une réputation qui les précède… Avant tout tenir le challenge. Lancer toutes ses forces dans la première bataille.

             Vous voulez bien l’admettre, sans doute n’êtes-vous pas tout à fait convaincus, c’est parce que vous n’avez pas encore lu les quatre premières parties du bouquin. Et que nous n’avons pas encore parlé de Gene Vincent.

             L’année 1956 passe comme un éclair. Pas le temps pour Gene de réfléchir. Fonce dans le brouillard les yeux dans les spotlights de la gloire, matière particulièrement fugace. Gene se montre tell qu’il est. Tel qu’il était avant que le cirque ne commence. Or avant qu’elle ne commence l’histoire avait très mal débuté. Un stupide accident de moto. Il n’en est en rien responsable. Il en paiera les pots (d’échappement) cassés toute sa vie. Il monte sur scène la jambe dans le plâtre. Les médecins avaient préconisé un repos absolu. Sur les estrades, il assure follement. Il le paiera très cher mais l’orchestre galvanisé par l’exemple se donne à fond. Une unijambiste ouvre le bal ! Qui résisterait à un tel héroïsme. Pas les filles en tout cas. De quoi  tourner la tête d’un jeune homme pauvre.  D’autant plus que l’argent tombe à flot. Gene le généreux dépense sans compter…

             Le réveil est brutal. Une jambe douloureuse, les trois-quarts des Blue Caps qui retournent à leur maison… Cliff Gallup n’est plus là, allez chercher un remplaçant. Gene ne se lamente point. Il fonce. Il a un nouveau guitariste Johnny Meeks qui avoue qu’il ne sait pas jouer aussi bien que Cliff. Là n’est pas le problème, pour Gene ce ne sont pas les Blue Caps qui doivent s’adapter au rock’n’roll tout juste sorti de l’œuf, mais le rock’n’roll qui doit s’adapter aux Blue Caps. Meeks aura carte libre. Il saura faire son gros trou dans le fromage. Sur  scène Gene sera accompagné par les Clapper Boys qui assureront chœurs et gesticulations, je préfère ce terme à celui de danse, disons une espèce de mime et de pantomime fredonnée, exit la contrebasse, une basse électrique donnera davantage d’épaisseur au son… Une intuition de génie, il a la prescience que le rock’n’roll sera une musique en sempiternelle évolution. Le rock’n’roll brûlera tous ses modèles, tous ses paterns, un phénix qui renaîtra toujours de ses cendres. L’évolution du rock lui donnera raison.

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             1957 sera l’année kaotique au sens grec de cette notion, celui d’une énergie difficilement maîtrisable. Sur scène, c’est un peu la nef des fous. La jambe de plus en plus douloureuse mais un jeu de scène dévastateur. Le nouvel équipage est encore plus jeune que le précédent. Alcools et amusements à tous les étages. Les cris des filles préfigureront ceux qui accompagneront plus tard les Beatles. Comme les rockstars des années seventies ils saccagent les chambres d’hôtel… Le rock’n’roll dans tous ses états…

             Gene et ses Blue Caps maîtrisent les concerts. Gene ne voit pas plus loin que la scène, les nouveaux disques ne marchent pas, Gene refuse de faire le service auprès des disc-jockeys qui vexés ne  passent pas ses disques. Par contre les impôts n’oublient pas de majorer les amendes impayées…

             Gene brûle sa vie comme on pique un chien écrira Eddy Mitchell dans un morceau hommagial… Belle formule d’une vie rock’n’roll qui fait du hors-piste son art de vivre. Je ne continue pas à raconter pas la suite, sous cette forme de résumé squelettique, ce qui compte ce sont les faits et les actes tels que les rapportent Thierry Liesenfeld et Garrett McLean, nous avons là un livre qui touche à l’essence du rock’n’roll, ceux qui aiment Gene apprendront tous ces petits détails dont l’apparente insignifiance peut modifier bien des perspectives. Ce que les fans ont pressenti d’instinct quant à la personnalité de Gene Vincent et de l’importance de sa participation à la séminale élaboration  du rock’n’roll, ce livre le révèle avec brio. Ils nous présentent aussi tout autant la modernité séparative post-rockabyllienne du rock’n’roll que la préservation de sa spécificité intrinsèque.

              Un livre fondateur. Indispensable.

    Damie Chad.

    Thierry Liesenfeld et Garrett McLean ne sont pas des inconnus pour les lecteurs de Kr’tnt ! :

    Le premier : dès notre numéro 13 du 05 / 12 / 2009 avec : THE STORY BEHIND HIS SONGS. THIERRY LIESENFELD. 592 pp. Septembre 1992.Bue Gene Bop.

    Le deuxième : dès notre numéro 15 du 15 / 06 / 2010 avec : GENE VINCENT GLOIRE ET TRIBULATIONS D'UN ROCKER EN FRANCE (ET DANS LES PAYS FRANCOPHONES). GARRETT McLEAN. 276 pp. 30 / 30 cm. ISBN : 978-2-7466-2075-9

     

    *

    L’avenir du rock

     - My Sweet Lord

     (Part Two)

     

             Comme chaque mardi, l’avenir du rock réunit ses amis Cymbalistes du Cercle des Pouets Disparus en son salon de la rue de Rome. Ils ont élu le ‘si-t-étais’ thème de la soirée. Paimpol Roux se jette à l’eau :

             — Si t’étais Reine d’Angleterre, avenir du rock, quelle serait la première mesure que tu prendrais ?

             L’avenir du rock ne s’attendait pas à ce qu’on lui décoche une telle question. Il réfléchit un long moment et déclare :

             — Tu me poses une colle chic singulièrement toxique, cher Paimpol Roux, aussi vais-je tenter de satisfaire ta curiosité. Je commencerais par réunir les Lords à la Chambre des Lords, et tu sais pourquoi ?  

             — L’impatience me brûle de t’entendre divulguer tes lumières...

             — Je réunissais tous les Lords pour donner au royaume l’éclat d’une nouvelle Olympe ! Son rayonnement s’étendrait du couchant jusqu’au levant et j’élèverais ainsi les Lords au rang de demi-dieux, puisqu’ils sont hélas humains ! Voyez-vous, mes amis, ce serait un jeu d’enfant ! Lord Sutch viendrait s’agenouiller à mes pieds et je le ferais demi-dieu de l’étripage de Whitechapel, puis ce serait au tour des Lords Of The New Church et je les ferais tous les quatre demi-dieux de la roulette russe, clic, clic clic clic, puis viendrait le tour des Cramps dont vous connaissez bien sûr l’éponyme Songs The Lord Taught Us, à votre avis, de quoi le ferais-je demi-dieux ?

             — De l’enseignement des connaissances ?

             — Bravo cher Tristan Corbillard ! Et puis viendrait le tour de Sir Lord Baltimore que j’élèverais au rang de demi-dieux du more and more, viendrait ensuite le tour des Lord High Fixers que j’élèverais au rang de demi-dieux de la colle Uhu, voyez-vous, les possibilités sont infinies. Ah, j’allais oublier les Lords Of Altamont, eh bien figurez-vous qu’ils deviendraient les demi-dieux du monte-là-dessus & tu-verras-Montmartre ! N’oublions pas les plus importants, Lord Rochester. Que proposeriez-vous, chers amis ?

             — Demi-dieux de l’esternité !

             — Ah bravo, cher Perrill En-la-demeure, cher soleil qui nous aveugle !

     

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             Le nouvel album de Lord Rochester serait-il destiné à entrer dans la légende ? De toute évidence. Tu commences par lire au dos de Mess Around qu’il est «dedicated to Brian James». Puis tu tombes en arrêt devant le génie du morceau titre : real British Beat ! On en attendait pas moins de Russ Wilkins. Il pose ensuite la bonne

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     question : «Does Your Oyster Have A Pearl» ? Joli boogaloo huîtreux traîné sous le boisseau. Vient le temps des hommages, à commence par Bo, avec «Don’t Drink That Vinegar», bien lourd de sens, puis en ouverture de la B, t’as ce puissant «Way-O», un shoot de pur Bo jive ! Ils renouent avec les racines primitives et ça fait chaud au cœur. On entend plus loin des échos de Stonesy dans «Take Me To Your Leader». Ils y renouent aussi avec la liberté sonique du Len Bright Combo. Et ils basculent littéralement dans les Cramps avec «Transcontinental». Te voilà sérieusement bluffé. Fantastique hommage aux Cramps ! T’as la filiation la plus pure qui soit : Cramps-Bo-Stonesy-Brian James. Quoi de plus aristocratique ?

    Signé : Cazengler, Lord Terre-à-terre

    Lord Rochester. Mess Around. Folc Records 2025

     

     

    Inside the goldmine

     - Les Apollas se posent là

             Petite, brune et sensible, Baby Paulette ne laissait pas indifférent. Ses parents lui avaient choisi un prénom un peu trop rétro, et elle passa toute sa vie à compenser par son charme l’handicap de ce prénom qui passait pour ringard aux yeux de la plupart des mecs qu’elle fréquentait. On voyait pourtant des prénoms populaires au XIXe refaire surface, comme par exemple Léon ou Amédée, mais certainement pas Paulette ou Georgette. Alors pour combattre l’idée même de ringardise que pouvait véhiculer son prénom, Paulette commença très jeune par s’immerger dans le monde littéraire des femmes de l’Avant-Siècle, elle se passionna notamment pour Colette, avec et sans Willy, puis pour Natalie Clifford Barney, qu’elle fréquenta par le biais de recueils de mémoires, et elle s’enflamma littéralement pour Gertrud Stein et Alice B Toklas, ces deux riches collectionneuses américaines qui devinent les arbitres des élégances intellectuelles du Paris de l’entre-deux guerres, et de là, elle remonta encore jusqu’à Djuna Barnes, la grande amie de James Joyce, jusqu’à Mina Loy qui fut l’amante d’Arthur Cravan, et jusqu’à Isodora Duncan, grande prêtresse de la liberté d’expression. Mais bien sûr, cette culture qui n’était pas un vernis ne fit qu’aggraver les choses, et si elle avait le malheur de brancher ses amis sur Gertrud Stein lors de l’apéro, il se mettait à pleuvoir des vannes du genre «Gertrude l’aime bien rude !», ou encore «Paulette aime les paupiettes», alors elle prenait sur elle, masquait le mieux possible le dégoût qu’elle éprouvait pour ces gens qu’elle considérait comme des amis et qui en réalité ne cherchaient même pas à la baiser, parce qu’ils la considéraient comme ringarde, alors qu’elle était tout le contraire ! Pas facile de vaincre les a priori. Pas facile de faire la cour à une petite brune sensible qui porte un prénom de vieille grand-mère. Comme les hommes peuvent être cons !  

     

             Si certains en veulent à Paulette, personne n’en veut aux Apollas. 

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             Encore un trio de blackettes surdouées : après les Mirettes et les Minits, voilà les Apollas. On les croise comme toutes les reines de Saba sur les grandes compiles Northern Soul. Elles n’étaient pas assez grosses commercialement pour passer la rampe, alors elles sont restées dans l’underground, mais de façon prodigieuse. Comme d’habitude, c’est Ace/Kent qui fait tout le boulot, avec une compile dynamite qui s’intitule Absolutely Right - The Complete Tiger, Loma And Warner Bros Records

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             Cette fois, c’est Alec Palao qui s’y colle. Toujours la même histoire : un collective backing in gospel, et pour le bread and butter, les clubs, partout dans le monde. Ella Jamerson et Leola Jiles sont les founding memberettes des Apollas. Elles démarrent tôt, dans les early sixties, sous le nom de Lovejoys, puis se rebaptisent Apollas. Elles finissent pat intéresser les gros labels, elles ont le choix entre Warners et Motown. Comme elles savent qu’on va les mettre au placard chez Motown, elles optent pour Warners et se retrouvent sur Loma, un sous-label de Warners spécialisé dans le r’n’b, et on leur attribue Dick Glasser comme A&R. Et boom, elles démarrent avec un «Lock Me In Your Heart» signé Ashford & Simpson. Elles lui claquent le beignet vite fait, avec tout l’à-propos du monde. Les Apollas disposent de ce génie bien ramassé qui fait les rafleurs et les rafleuses de mises. L’A-side du single, c’est l’«Absolutely Right» qui donne son titre à cette compile dynamite. C’est dur à dire, mais les Apollas battent largement les Supremes à la course. Tu te soûles de leur petit lard sucré et black. Là-dedans, t’as tout ce que tu aimes : le girl power, le Black Power, le power tout court et le Motown sound. En 1965, Ella et Leola recrutent Billie Barnum, la frangine du grand H.B. Barnum. Boom encore avec «Sorry Mama» signé Billy Vera, fast power de r’n’b de Brill. Dick Glasser booste sa chouchoute : «C’mon Leola, let me hear it!», eh oui c’est Leopla Jiles qui shoute ce smash. Et pouf, elles partent en tournée avec les Monkees. Palao s’extasie encore de «Who Would Want Me Now» paru en 1967, Leola fout le paquet, elle jette son froti frotah par-dessus les toits, elle monte aussi haut que le font Sharon Tandy, Dusty chérie et Lorraine Ellison. C’est la nouvelle recrue Joann Forks qui prend le lead sur «Seven Days», et ce n’est plus pareil, même si ça reste extraordinaire de lonely lonely. La petite nouvelle chante à la force du poignet. C’est Leola qui chante la B-side, «Open The Door Fool», et elle ramène tout le chien de sa chienne. Coup de génie encore avec «See The Silver Moon», drivé au heavy Motown Sound, mais en plus déterminant, comme si c’était possible, c’est fin et fuselé, pulsé des reins, elles y vont au silver moon de petit sucre, et là t’es baisé, hooked comme disent les Anglais, tu te retrouves avec tout le Motown groove périclité. Elles chantent encore «All Sold Out» à outrance et tapent «Wait Round The Corner» au groove de gospel ouh-ouh, avec des chiens qui sortent du cimetière. Leola grimpe là-haut pour «I’ve Got So Used To Loving You», elles font du Brill avec «Mr. Creator» (Ashford & Simpson) et «He Ain’t No Angel (Ellie Greenwich). On les entend déconner au début de la prise de «Jive Cat», mais elles partent au quart de tour. Elles tapent aussi dans Barry White avec «I’m Under The Influence Of Love», c’est autre chose, là tu entres entre les cuisses de something special, c’est bien jouissif, joli pounding. La grande Leola explose «Insult To Injury» avec l’aplomb de Dionne la lionne, elle te croque la Soul au plus haut niveau, elle rugit comme Dionne. Incredible ! Leola superstar ! Encore un coup de Trafalgar avec «Baby I’ll Come», elle grimpe si haut qu’on s’en effare, elle tape l’high scream d’excelsior parégorique, Leola est une reine. Encore de l’heavy Soul de proximité avec «It’s Mighty Nice», mélange extravagant de Soul, de gospel et de doo-wop de mighty nice. Elle te braille my man makes me happy dans les oreilles, alors tu la crois, les Apollas montent le gospel de doo-wop à l’extrême pointe du lard. Encore un extraordinaire travail de sape avec «My Soul Concerto» et cette compile dynamite s’achève avec «Why Was I Born», Leola l’attaque au plafond, elle descend parmi les hommes chanter sa romance, what can I hope for/ I wish I knew, elle écrase sa syllabe au plafond, et comme c’est une bombe, «Why Was I Born» explose.  

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             Puis quand leur contrat avec Warners prend fin, elles font le tour du monde et vont se produire dans les clubs en Asie : Japon, Thaïlande, mais aussi Australie et Nouvelle Zélande, nous dit Leola. Puis en 1973, Dick Glasser tente de lancer Leola en solo. Quand Jean Terrell quitte les Supremes, Leola postule pour le job. Mary Wilson la trouve superbe, mais Dick Glasser met le pied dans la porte et fait tout foirer. Il ne veut pas perdre sa poule aux œufs d’or.      

    Signé : Cazengler, Apostat

    The Apollas. Absolutely Right. The Complete Tiger, Loma And Warner Bros Records. Kent Soul 2012

     

     

    L’avenir du rock

     - Search (& destroy) Results

     

             Ça faisait une éternité que l’avenir du rock n’était pas allé faire un tour sur la plage du débarquement.

             — Il est grand temps d’aller rendre visite à ce vieil épouvantail de général Mitchoum !, lance-t-il d’un ton jovial.

             Il arrive et trouve Mitchoum à l’endroit habituel, planqué derrière un bloc de béton, et coiffé de son casque rouillé. Ça fait 80 ans qu’il se planque là, à l’abri des mitrailleuses allemandes qui sont pourtant parties depuis longtemps. Il attend toujours les renforts du 28e aéroporté. 

             Cette fois, ce débris de Mitchoum est à quatre pattes.

             — Vous cherchez quelque chose, général Mitchoum ?

             — Shut the fuck off, sale boche !

             Bon ça commence mal.

             — Si vous voulez, général, je peux vous prêter mes lunettes...

             — Carre-les toi dans l’ass, bloody sucker !

             — Si vous me dites ce que vous cherchez, je pourrai peut-être vous aider...

             Mitchoum ne répond pas. Il circule à quatre pattes en terrain miné : comme il a chié partout, alors le secteur est risqué. L’avenir du rock tente une dernière fois sa chance :

             — Regardez général, je vous amené un pack d’eau minérale et un casse-croûte saumon mayo, vous allez vous régaler... 

             — Pose tout ça sur la table, sucker.

             Évidemment il n’y a pas de table.

             — Vous cherchez quoi, général ? Des ennuis ? L’aiguille dans la botte de foin ? La petite bête ? Des noises à la noise ?

             — Results, sucker !

             — Ah, Search Results ? Alors là bravo !

     

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             Eh oui, il a raison  le vieux crabe ! Search Results vaut vraiment le coup ! Ce trio irlandais sans prétention fait mine de rien son petit bonhomme de chemin. Oh il suffit de pas grand-chose, une première partie de concert et un simple album, et tu te retrouves une fois de plus avec une raison d’espérer. L’avenir du rock ne vit que de

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    ça. Le petit batteur s’appelle Jack Condon et le petit guitar slinger de haut vol s’appelle Fionn Brennan. Ils sont accompagnés par un petit pote bassman qui prend bien son pied sur scène. Les deux Search de base sont magnifiquement doués, ils font plaisir à voir, Jack Condon bat un bon beurre mais il n’est pas manchot pour chanter, quant à son collègue Fionn, il cumule lui aussi les fonctions. Ils tapent en plus dans des tas de registres, t’as un peu de Post, mais t’as aussi du Velvet, de la wild pop, de l’Irish rock, des virées insalubres dans le Sonic Boom, et des jolis quarts d’heures de folie, ils savent glisser dans un cratère et surfer sur un fleuve de lave, ils ont ce genre de souplesse, et même d’expertise. Tu t’attends à ce qu’ils se vautrent ou qu’ils s’essoufflent, tu crois qu’ils vont finir par tourner en rond ou par décliner, eh

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    bien non, ils persévèrent et ils récidivent, ils s’obstinent et ils mettent les bouchées doubles, ils s’acharnent et ils s’entêtent, ils poussent le bouchon et donnent des suites à leurs idées, ils s’opiniâtrent et tiennent bon la rampe, ils font vraiment plaisir à voir, ils t’inspirent confiance et passé le cap des premiers cuts, tu prends ta carte au parti. Et même deux cartes. T’exulte. Ils semblent dotés de toutes les facultés, et tu finis par ne plus t’inquiéter pour leur avenir. Tu les observes de plus en plus, tu scrutes les moindres détails. Fionn porte une petite moustache et gratte sa Jag blanche avec un beau dévolu. Oh il casse une corde. Pas grave, il va chercher une vieille Tele et ça repart de plus belle pour de nouvelles aventures.

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             Mais quand tu sors de la salle après le set des Boos, leur merch n’est plus là. Fuck ! Alors il te reste le bandcamp. Et tu vas bandcamper l’album. Il s’appelle Go Mutant. T’y retrouves l’énergie scénique du groupe, ce fast ventre-à-terre d’Irish freakout («I Was A Teenage Girlfriend»). Ça se cale bien dans ton oreille. Avec l’expérience, on a appris à se méfier des groupes inconnus qui sont bons sur scène, mais en studio, ils peuvent décevoir. Ils font un «Mountaintop» très processionnaire, qui sonne comme une idée de cut mise en pratique. Et puis tu retrouves le «Wrinkle» du set, un cut bien décidé à en découdre, monté sur un heavy beat qui rappelle The Fall. Glorieux, très Irish, sonne comme un hit. En ouverture de la B, tu retrouves le techno-cut, «Too Much Time». Ils piquent une belle crise et finissent en mode tempête d’apocalypse. Mais ils ont aussi des cuts hirsutes  qui sonnent comme du filler. Et voilà l’hit de l’album : «Amaray», un cut bourré de climats paisibles, de touches bouleversantes et de poussées de fièvre. Ils ont suffisamment de personnalité pour échapper aux vilaines comparaisons. «I Come Out At Night» qui fut l’un des moments forts du set s’achève en belle apothéose.

    Signé : Cazengler, Search Rebut

    Search Results. Le 106. Rouen (76). 30 octobre 2025

    Search Results. Go Mutant. SR Records 2025

     

     

    Wizards & True Stars

    - Les Ramones la ramènent

    (Part Five)

     

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             Il se pourrait bien que le Don’t Worry About Me de Joey Ramone soit l’un des plus beaux albums de rock du XXIe siècle. Pourquoi ? Parce «Wonderful World» et l’opulente cocote de génie sonique de Daniel Rey, et l’extrême qualité de tout le sugar spirit de Joey, pur sonic wash-out ! Parce que «Stop Thinking About It» et Daniel

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     Rey qui n’en finit plus de monter au créneau. Parce que «Maria Bartiromo» et ce dingue de Daniel Rey qui injecte des tonnes d’electrak dans le rock de Joey, alors ça bouillonne au firmament. Parce que «Spirit In My House» et la violence du riffing, encore pire que celle de Johnny Ramone. Daniel Rey explose Wayne Kramer, il joue à outrance, il te cloue au mur. Parce que «Like A Drug I Never Did Before» et ses guitares Dollsy. Parce qu’«I Got Knocked Down (But I’ll Get Up)» et sa cocote du diable. Joey se situe dans le plus pur esprit rock, bien aidé par ce démon de Daniel Rey. Rien d’aussi powerful que cette accumulation de sucre et du Johnny-Thundering. Joey est l’une des rock stars les plus pures avec Lux Interior, Lou Reed et Iggy. Tiens puisqu’on parle du loup : Joey tape une cover demented du «1969» des Stooges, et là tu montes au paradis. Awite ! Dan gratte sa wah comme Ron et t’as tout le miracle reconstitué, ça joue primitif dans l’écho du temps, oh mine ouh ouh, et Dan se barre en délire de wah. Dan dira plus tard que Joey était un perfectionniste et qu’il était difficile de le faire sortir du studio.

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             Et puis voilà le petit posthume : Ya Know?, SANS Daniel Rey. Bricolé par Mickey Leigh, le p’tit frère. Sur «Rock’n’Roll Is The Answer», le lead s’appelle Richie Slotta. Bon, c’est pas Daniel Rey. Ça perd du sens et la compo n’est pas terrible. Puis Ed Stasium va se taper la part du lion sur les autres cuts. Le chant reste néanmoins superbe. Bel hymne à New York City avec «New York City». «What Did I Do To Deserve You» sonne comme un hit et on passe en mode wild Joeymania avec «Seven Days Of Gloom». Heavy et juteux ! Stasium joue à outrance pendant que Joey se morfond à coups d’I’ll never be happy. T’as aussi Andy Shernoff dans le studio. Et puis voilà le coup de génie : le spectorish «Party Line». Holy Beth Vincent duette avec Joey. Pur jus de sixties power. Joan Jett lance l’affaire de «21st Century Girl», heavy boogie de won’t you be my girl. On retrouve Jean Beauvoir sur «There’s Got To Be More To Life», bon, il est bien gentil, mais ça ne vaut pas les histrionics pyromaniacs de Daniel Rey, et puis sur «Make Me Tremble», Andy Shernoff fait tout le tremblement. 

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             L’écart est terrible entre les deux albums : autant Don’t Worry About Me est l’album du XXIe siècle, autant Ya Know? ne l’est pas. On sent l’arnaque. Pour y voir clair, il faut lire le book du p’tit frère Mickey Leigh, I Slept With Joey Ramone: A Family Memoir. On y apprend que l’album était enregistré par Daniel Rey du vivant de Joey et qu’il a été tripatouillé après son cassage de pipe en bois. Par qui ? Par le p’tit frère. Un p’tit frère qui a même pris soin d’effacer toute trace de Daniel Rey, ce qui explique pourquoi l’album retombe à plat. Gros problème.

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    Mickey

             La lecture d’I Slept With Joey Ramone est pénible. Le p’tit frère passe son temps à parler de lui et de ses embrouilles avec Joey, Johnny Ramone, Daniel Rey et tous les autres. On est là pour Joey et le p’tit frère nous barbe avec ses embrouilles. On voit bien qu’avec ce book, il fait du biz sur le dos de son grand frère. La fin du book qui narre dans le détail l’agonie de Joey à l’hôpital est un véritable règlement de compte. Le p’tit frère charge bien la barcasse, racontant que pendant que Joey crève d’un cancer à l’hosto, aucun Ramone ne vient à son chevet : ni Marky Ramone, ni Dee Dee Ramone qui tourne en Europe, ni Richie Ramone qui vit à LA, ni CJ Ramone qui vit à Long Island. Le p’tit frère se dit ‘pas surpris’ de leur comportement. Et crack ! Aux funérailles de Joey, t’en as deux qui font le déplacement : Tommy Ramone et Richie Ramone. Mais pas les autres. Et crack ! Johnny Ramone a envoyé des fleurs. Et crack ! Tu vois un peu le niveau ? Deux jours plus tard, dans une émission de radio, Marky Ramone se plaint de n’avoir pas été prévenu de la cérémonie. Il accuse le p’tit frère d’avoir mal géré les choses.

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             C’est pas fini. Le p’tit frère a l’idée d’organiser le Joey Ramone’s fiftieth Birthday Bash à New York avec des invités comme les Cramps, Blondie, Cheap Trick, les Damned et les Misfits, avec en plus des participations vidéo de Rancid, Green Day, Joan Jet, les Dicators et... Elvis Costello. Comme Joey est mort, l’idée est de mettre son pied de micro sur scène et de faire chanter la foule. Pour avoir les autres Ramones, c’est une autre paire de manches : Johnny Ramone n’adresse plus la parole depuis 20 ans au p’tit frère que tout le monde voit comme le roi des embrouilles. Et les autres Ramones survivants ne sont pas intéressés. Et quand la rumeur court que le p’tit frère veut chanter avec tous les groupes invités, les Cramps et les Misfits se décommandent. Cette fin de book est calamiteuse.

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             C’est pas fini : il y a l’épisode du Rock And Roll Hall Of Fame, où les 3 Ramones survivants reçoivent leurs trophées : Johnny Ramone spécifie clairement qu’il n’est pas question que le p’tit frère monte sur scène avec eux. Il doit récupérer le trophée de Joey à part. La cérémonie est un fiasco complet : Eddie Vedder fait un discours interminable et les Ramones récupèrent des trophées qui ne sont pas les leurs. Pas la peine de s’éterniser, de toute façon, ça n’a plus aucun sens.

             C’est tout de même incroyable que la si belle histoire de Ramones se termine en eau de boudin.

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             Le seul intérêt du book, c’est la jeunesse de Joey. Le p’tit frère rentre bien dans les détails.  Gamin, Joey collectionne les 45 tours : «It’s My Party» de Lesley Gore, «He’s A Rebel» des Crystals, «The Wanderer» de Dion et «Monster Mash» de Boris Pickett. Et voilà, c’est parti mon kiki.     Leur père les emmène voir Murray the K’s Rock & Roll Extravaganza au Brooklyn Fox Theatre, avec à l’affiche Marvin Gaye, les Supremes, les Temptations, Jay & The Americans, les Shangri-Las et les Ronettes ! Pas étonnant que Joey ait si bien tourné. Puis Joey récupère d’autres 45  tours : «Surfin’ Bird» des Trashmen, «Surf City» de Jan & Dean, «Martian Hop» des Ran-Dells. Les deux frères écoutent tout ça dans leur chambre. Joey est aussi dingue des Beach Boys, de Chubby Checker, des Four Seasons, des Four Tops et de tout le Motown Sound. Joey a 16 ans quand il découvre les Who au Murray The K show on 59th street, à la même affiche que Cream, Mitch Ryder & The Detroit Wheels et les Vagrants. Joey : «The Who only played 3 songs: ‘I Can’t Explain’, ‘Happy Jack’ and ‘My Generation’, and they just blew me away. They were so exciting, visual and fun. Then they destroyed their equipment. The Who was my favorite band.» Amen. La messe est dite.

             Puis comme tout le monde à l’époque, Joey flashe sur l’early Alice Cooper et le fameux «Ballad Of Dwight Fry» qui se trouve sur Love It To Death.

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             Ado, le p’tit frère est pote avec John Cummings, le futur Johnny Ramone qui s’intéresse déjà à ses fameux downstrokes, c’est-à-dire la façon de gratter un accord - Picking everything downward - Joey rencontre donc Johnny Ramone via Jo-l’embrouille, le p’tit frère. Ils vont voir tous les trois des concerts au Fillmore East, notamment Mountain et les Who. Joey propose aussi d’aller faire un tour à Woodwtock, mais Johnny Ramone refuse - No fuckin’ way, man. Sit there in the dirt with those dirty hippies? - Comme on le sait, Johnny Ramone n’est pas un mec très facile à fréquenter. Plus tard, quand il va barboter Linda (la poule de Joey), Johnny Ramone va bien s’afficher avec elle devant Joey qui en bave de jalousie. Dee Dee : «Johnny was having the time of his life, because he liked being a bully.» 

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             Puis c’est la rencontre avec Doug Colvin, le futur Dee Dee Ramone. Il vit dans la même rue, à Forest Hills. Joey, Johnny Ramone et Dee Dee vont partager une passion pour les Stooges. Ensemble, ils voient aussi the Cincinnati Pop Festival à la télé, avec à l’affiche, Mountain, Grand Funk Railroad, Alice Cooper, Traffic, Bob Seger, Mott The Hoople, Ten Years After, Bloodrock, Brownsville Station et les Stooges. 

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             Et puis bien sûr, on entre dans l’histoire des Ramones, car au début, le p’tit frère est leur road manager, avant l’arrivée de Monte Melnick (qui bizarrement ne parle pas du p’tit frère dans son book). Au début, les Ramones écoutent «Yummy Yummy» et «1-2-3 Red Light». Dee Dee : «Why  a bunch of Stooges fans were listening to bubblegum music, I don’t know.» On sent déjà le fun sous la braise. Joey propose des chansons courtes et le stark minimalism des trois accords. Joey bat le beurre, et Dee Dee chante. Mais ça ne fonctionne pas. Alors Dee Dee propose que ce soit Joey qui chante : «I wanted somebody real freaky and Joey was really weird lookin’, man, which was great for the Ramones. I think it looks better to have a singer that looks all fucked up than to have one that’s tryin’ to be Mr. Sex Symbol or something.» Mais au début, Johnny Ramone n’est pas d’accord : «I want a good-lookin’ guy in front.» Tommy Ramone valide le choix de Dee Dee : c’est Joey qui chantera. Et quand Dee Dee passe à la basse, ça fonctionne. Joey : «The sound was just the chemistry of the four of us - a chemical inbalance.» C’est encore Dee Dee qui découvre le «dingy little club on the Bowery», le CBGB. Il sait que Television a joué au CBGB. Dee Dee : «I knew Richard Lloyd. He got the job in Television that I went to audition for before I was in the Ramones.»  

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    Danny Fields en blanc

             Et quand Tommy Ramone entend «Judy Is A Punk», il sait que la formule des Ramones est originale - We had something incredible - Eh oui, cette fameuse modernité à laquelle aspirait tant Tommy Ramone ! Le projet avance bien. Johnny Ramone veut Danny Fields comme manager, «since Danny had managed the Stooges and the MC5 and worked with the Doors.» Tommy Ramone l’appelle tous les jours, et Danny se demande si avec un nom pareil, les Ramones ne sont pas des Porto-Ricains, «a salsa band or something». Jusqu’au moment où il les voit sur scène, au CBGB : «I got a seat up front with no problems. And I fell in love with them. I just thought they were doing everything right. They were the perfect band. They were fast and I liked fast.» Alors Danny va les trouver après le set et leur propose de les manager. Ils lui répondent : «Oh good, we need a new drum set.» Danny qui n’a pas un rond va aller emprunter 3 000 dollars à sa mère qui vit à Miami.

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             Puis ils définissent leur image : perfecto, T-shirts, jeans, coupe de douilles, sneakers. Johnny Ramone impose ensuite une façon d’enregistrer : live et pas d’overdubs. Il prend comme modèle le Live At Leeds des Who. C’est pourquoi le premier album des Ramones sonne si raw. C’est l’essence même du punk. Si l’album avait été produit, il aurait sonné autrement. Donc merci Johnny Ramone. De la même façon qu’il faut dire merci à Tom Wilson pour le premier Velvet. Et quand le premier album sort, les Ramones sont tous réunis chez Johnny Ramone, à Forest Hills. Johnny ouvre le carton et donne un exemplaire aux trois autres, puis ils l’écoutent et sont bluffés par la qualité du son. Ils l’écoutent plusieurs fois et n’en finissent plus de loucher sur la pochette qui est une merveille d’esthétique punk. Bien sûr, le p’tit frère fait partie de la fête et il s’agace de ne pas trouver son nom sur les crédits, alors qu’il a fait des chœurs. Voilà le niveau du p’tit frère. Le roi de la récrimination, alors que les Ramones vivent un moment historique. 

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    Sable Sarr

             Puis c’est l’épisode des deux concerts à Londres en 1976 avec les Flamin’ Groovie. Greg Shaw est là avec sa poule, Sable Starr, qu’on va vu dans les bras de Johnny Thunders. Joey est surpris qu’on traite les Ramones aussi bien en Angleterre - like royalty - Et il ajoute : «In the USA, there was nothing.» Et quand Dee Dee passe son temps à disparaître pour aller se schtroumpher avec des punks anglais, Johnny Ramone menace de le remplacer par Richard Hell. 

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             En tournée américaine, les Ramones ouvrent pour des cover bands. Johnny Ramone finit par en avoir marre et jure qu’ils n’ouvriront plus jamais pour personne. Lorsqu’ils jouent pour la première fois à Los Angeles, ils passent l’after-show chez Ron et Scott Asheton sur Sunset Boulevard. C’est la fête - They were really drunk and rowdy - Ils balancent des bouteilles par la fenêtre. Mais Johnny ne veut pas de scandale et il quitte la fête au moment où les flics arrivent.

             Au début, les relations entre les Ramones sont assez classiques : Joey et Johnny s’aiment bien et tout le monde considère Dee Dee comme un gamin, «because that’s how he acted», dit Tommy Ramone. «And Joey was so quiet he kinda disappeared.»

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             Puis t’as l’épisode Totor. Les Ramones jouent 5 soirs à guichets fermés au Whisky A Go Go, et dans la loge se trouve un étrange personnage en cape noire : Totor ! L’idole de Joey ! Tommy Ramone : «Phil Spector was obsessed with Joey Ramone.» Totor a toujours été obsédé par les grandes voix et Joey en est une. Pour faire décoller les Ramones, Seymour Stein demande à Totor de produire leur prochain album. Johnny Ramone : «At that point in our careers, I guess it was just a desperate move to work with Spector. We thought he might get us some airplay.» Les Ramones vont chez Totor qui boit à longueur de temps dans un gobelet serti de pierres précieuses. Dee Dee : «Phil looked like Dracula drinking blood.» Totor boit du Manischewitz wine. En studio, c’est l’enfer, sauf pour Joey qui adore ça : Totor leur fait jouer 100 fois le même cut avant de commencer à enregistrer. Le fils du propriétaire du Gold Star ramène du Manischewitz wine à Totor qui est complètement bourré. Joey : «He would be stomping the floor, cursing, yelling, ‘Piss, shit, fuck! Piss, shit, fuck this shit!’ And that would be the end of the session.» Totor demande à Johnny Ramone de gratter le même accord pendant des heures et Johnny Ramone finit par craquer : «I’m going home. Tell Seymour I can’t work with this guy.» Les Ramones enregistrent The End Of The Century en 1979 et l’album ne sort qu’en 1980. Ce sera sans doute leur meilleur album, quoi qu’en disent les pisse-vinaigre. 

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             Même avec un film (Rock’n’Roll High School) et un album produit par Totor, les Ramones ne décollent pas. Ils rendent Danny responsables de cet échec. Joey et Dee Dee votent contre lui, et Johnny qui voulait le garder doit fermer sa gueule : chez les Ramones, on vote à la majorité des voix. Ils recrutent alors Gary Kurfist qui non seulement manage les Talking Heads que Johnny Ramone ne peut pas encadrer, mais aussi les Pretenders et Blondie. Kurfist a aussi un label, Radioactive, sur lequel les Ramones vont bien sûr enregistrer.

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    Lina & Johnny

             Puis voilà qu’éclate l’affaire Linda. Tout le monde est au courant, excepté Joey : Johnny Ramone baise Linda en cachette. Linda est la poule de Joey. Bien sûr, le p’tit frère se dévoue pour balancer la bonne nouvelle à Joey qui ne le croit pas. Ils n’ont pas une bonne relation, de toute façon. Le p’tit frère aurait un peu tendance à vouloir fourrer son nez dans les affaires des Ramones et ça ne leur plaît pas du tout. De son côté, Johnny Ramone dit qu’il veut Linda et il l’aura - I don’t accept defeat - Et bien sûr, Joey ne peut rien faire. Une de perdue, dix de retrouvées ? Joey : «It was a real rocky time. Me and Johnny had almost no communication whatsoever. It probably would have split up most bands. There was a breakdown in the machinery.» Et Joey conclut : «He destroyed the relationship and the band right there.» Joey ne lui pardonnera jamais. 

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             En  1981, Warner Bros avale Sire. Puis on leur recommande d’enregistrer avec le mec de 10cc, Graham Gouldman. C’est l’album Pleasant Dreams. Bof. La tension dans le groupe est à son comble. Si Marky parle à Johnny, Joey fait la gueule. Si Marky parle à Joey, Johnny fait la gueule. De son côté, Dee Dee fait n’importe quoi et Johnny menace de lui péter la gueule, alors comme Dee Dee a peur de Johnny, il obéit. Et comme Marky fait lui aussi n’importe quoi, il est photographié à part sur la pochette de Subterranean Jungle. Il ne sait pas encore qu’il est viré. Le plus marrant, c’est la façon dont le groupe fonctionne. Johnny et Joey ne se parlent plus que par intermédiaires. Ça tourne à la comédie. Les intermédiaires sont Monte Melnick et Dee Dee. Johnny dit à De Dee : «Ask Joey if he wants to play that European tour.» Dee Dee dit ça à Joey qui répond : «Tell him I’m still thinking about it. Ask me later.» Le plus drôle, c’est qu’ils sont tout près l’un de l’autre, soit dans la loge, soit dans le van. Quand Johnny entend la réponse de Joey, il fume de colère. Même si la scène est drôle, ça n’amuse pas trop les autres.

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    Dos de Too Tough To Die

             Puis la relation entre Dee Dee et Johnny va aussi se détériorer. Ils composent pourtant 5 cuts ensemble pour Too Tough To Die. Au bout de six ans, les Ramones sont déjà très fragmentés.  Tommy Ramone : «There wasn’t a band feeling anymore. It was sort of like a corporation that made records. They were very professional, which isn’t neccessarly bad.» Avec l’arrivée de Richie Ramone, l’ambiance s’arrange un tout petit peu. Il s’entend bien avec Joey - Now they were the only two sharing any sense of camaradery - En tournée, Joey et Richie sifflent toutes les bières et Dee Dee se joint parfois à eux - We never saw Johnny. He’d pick up a different floor in the hotel and disappear - L’autre grand pote de Joey, c’est Daniel Rey qui après la fin de Shrapnell, se met à composer avec lui - Daniel idolized Joey.  

             En 1986, les Ramones ont 12 ans d’âge et n’évoluent pas. Tout le monde a du succès sauf eux. Spin fout Stong et Simply Red en couve, jamais les Ramones. Puis ils enregistrent Animal Boy avec l’ex-bassman des Plasmatics, Jean Beauvoir.

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             C’est Daniel Rey qui va produire Halfway To Sanity, mais les Ramones ne sont pas très contents du résultat. Le problème vient du fait que Joey et Johnny ne pouvaient travailler ensemble dans le même studio. Pour Daniel Rey c’est l’enfer.

             Richie songe à quitter le groupe, d’autant qu’ils sont sur Radioactive, le label du manager. Richie : «I didn’t make any money off the records or the T-shirts. It was just my salary. What was in for me? It was just a job. There was no chance of us being any more successful than we were. It was just gonna go downhill from here. And as far as I was concerned, it did.» En août 1987, Richie se fait la cerise. Il avait reçu un appel anonyme le prévenant qu’il allait se faire virer après les 2 gigs au Ritz - So I said fuck it, I’m not going back. Johnny’s plan was to have me play the gigs and then dump me - C’est là que Clem Burke bat le beurre pour les Ramones et c’est un désastre. Retour de Marky. La première chose qu’il note, c’est la tension. Plus épaisse qu’avant - Things had got even worse - Il note que Joey tourne à la coke et boit comme un trou.

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             Dee Dee reconnaît qu’il a toujours eu un problème avec le blé : avant, tout partait en dope, puis il va tout craquer en bijoux et en flingots. Alors Dee Dee décide de remettre de l’ordre dans sa vie en quittant les Ramones. Il quitte aussi sa copine - It was hard, but I had to do it because I had to become myself. I’m not a puppet - Et il ajoute qu’il compose en fonction de ce qu’il ressent dans le moment - I write current. I don’t try to re-create the past. And that was becoming the Ramones’ thing - recycling the past - which was hard to deal with. Johnny wouldn’t grow. He acted like Adolf Hitler. His nickname was «The Fürher». And I was also sick and tired of the little-boy look, with the bowl haircut and motorcycle jackets. It was just four middle-aged men trying to be teenage delinquants - Ras le bol de tout ça ! Dee Dee continue : «For the last fifteen years, basically we played the first three albums. No matter how much you like those songs, paying them every night is gonna make it crap - Dee Dee pense que les Ramones auraient dû s’arrêter avec Too Tough To Die - That was when I wanted to leave.    

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             Dee Dee quitte le groupe. Les Ramones organisent une réunion et Johnny dit que si Dee Dee se barre, qu’on le laisse se barrer. Dee Dee bien sûr n’est pas venu à la réunion. Il faut trouver un remplaçant. C’est CJ Ramone.

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             Puis les Ramones voient arriver les groupes grunge qui vendent des millions de disks et qui remplissent des stades, alors que les Ramones jouent encore dans des clubs. Joey veut absolument participer au Lollapalooza. Johnny trouve ça complètement débile : «Lollapalloza was ridiculous. Metallica was the headliner, Soundgarden was second. We went on between the two bands.» À sa façon, Johnny dit qu’ils n’avaient rien à faire là-dedans. Il y a maintenant deux camps dans le groupe : d’un côté Joey et Marky - Democratic camp - de l’autre Johnny et CJ Ramone, the Republican, conservative camp

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             Joey prend du prozac, et un jour il tente de recauser à Johnny, comme s’ils étaient encore bons amis. Mais Johnny ne veut toujours pas lui causer. Au moins Joey dit qu’il a essayé. Puis arrive le dernier concert des Ramones à Los Angeles. Ils demandent à Dee Dee de venir. Legs McNeil dîne avec Dee Dee avant le concert. Quand Dee Dee lui demande s’il vient au concert,  Legs dit non - I wanted to keep my memories of the old Ramones, and ignore all this new bullshit - Parmi les invités du dernier concert, certains grattent des longs solos de guitare. À la fin du concert, Johnny ne dit adieu à personne - I never said good-bye to any of the Ramones individually. But I did say a general good-bye, like ‘See you guys.’ I don’t know if anyone responded. It didn’t matter. Twenty-two years... weird, right? - Puis il fait une fête de départ en retraite chez lui, et bien sûr aucun Ramone n’est invité - I don’t know if they were all pissed off, and if they were, I didn’t care - Comme il l’a fait toute sa vie, Johnny Ramone se contrefout de ce que les autres peuvent penser. Joey et Johnny n’ont même pas réussi à échanger un mot ou un regard au terme de toute cette aventure extraordinaire que fut celle des Ramones. La fin de cette histoire est d’une insondable tristesse. Gawd bless the Ramones.

    Signé : Cazengler, Ramonagrobis

    Joey Ramone. Don’t Worry About Me. Sanctuary 2001

    Joey Ramone. Ya Know? BMG 2012

    Mickey Leigh. I Slept With Joey Ramone: A Family Memoir. Touchstone Books 2009

     

    *

             Certains aiment à résoudre les équations. Grand bien leur fasse. Je suis d’une nullité crasse en algèbre, je ne me risque point à ce genre de sport cérébral. Ne me reprochez pas de m’avouer vaincu devant l’inconnu(e). J’aime le mystère. Je puis vous en apporter la preuve immédiate. J’aime les souris et les ratignoles autant que les chats. Ce sont là espèces voisines. Elles confinent au mystère. Ne confondez pas l’inconnu avec le mystère. L’inconnu est une porte ouverte sur le connu. Le mystère est destiné à être mystérieux. Il ne demande pas à être percé, mais à être maintenu. Même mieux, à être perpétué. Or mon œil aguerri a été attiré par une pochette. Très belle, justement avec une souris, et un serpent, de quoi éveiller la curiosité d’un vieux fan de Jim Morrison comme moi. Un disque, un groupe, quoi de moins mystérieux pour un chroniqueur, voyons voir ! J’ai vu, et le mystère est resté entier. Comme tout mystère qui se respecte. Bref j’ai établi le dossier. Moi qui croyais me charger du dernier EP du groupe, j’ai été obligé de remonter toute la discographie, bon prince je vous refile toutes les pièces.

    VERMINTHRONE

             Un groupe de la mouvance sludge qui se prénomme trône de la vermine : nous sommes dans la normalité des choses. Sont anglais. Proviennent  du Comté de  Buckingamshire situé au nord-ouest de Londres. Voici nos cinq gentlemen :

    Dan Banshaw : vocals / Matt Duffy : guitar and backing vocals /
    Alex Stephenson : guitar / Pal Losanszki : bass / Adam Connell : drums.

    KINGDOM OF WORMS

    (Bandcamp / Juillet 2022)

    La couve est de ShapefromhellSebo Krisztian tatoueur et illustrateur, s’inspirant du folklore hongrois, son instagram est magnifique, il noircit les corps humains et peint l’innocente beauté des bêtes.

    Belle pochette, fond clair et soleil noir, au centre, armorial, un rat crevé grouillant d’asticots. Rien de morbide, des rameaux ont pris racine dans sa pourriture. La vie mange-t-elle la mort ? Plus inquiétant sa longue queue affecte des attitudes propres aux serpents…

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    Intruder : ce mot ne signifie pas introduction mais intru, ce qui change la donne ! L’on est surpris, un morceau presque joyeux, victorieux serait le mot, pourtant les lyrics sont ceux de la mouche prise dans la toile d’araignée mais la musique chante l’aragne maléfique, la menace insidieuse, qui savoure sa victoire avant de s’emparer de sa proie, elle prend le temps de cette jouissance que procure la peur de la future victime, courageuse cependant car le vocal fait la grosse voix, l’esbrouffe qui ne trompe personne, à preuve l’on entend sonner les clairons de l’assaut final et une canonnade battériale submerge la pauvre bestiole que nous sommes tous devant la grande menace. Ascend the black moon : le cauchemar n’est pas terminé, peut-être est-il une descente vers la lune noire, mais plutôt une descente vers la mort, se précipiter vers l’immensité de la mort, la mer morte, la batterie se déchaîne, plonger dans la mort n’est-il pas la seule solution, quitter cette vie, la guitare pousse des cris d’effroi, dois-je me donner la mort, m’enfoncer un couteau, me retrancher de mon existence, terrible dilemme que celui de l’acceptation de soi-même, saccage riffique, vocal hystérique, ce qui s’approchait dans la nuit noire, n’était-ce pas moi-même. Last rites : ça tapote, ça tripote, ça tricote gentiment, n’ayez crainte, ce n’est pas l’angoisse qui s’approche, c’est le désespoir de ne plus rien ressentir qui s’accumule, surgit une crête de guitare séparative, le sentiment d’être de l’autre côté, du mauvais côté, le pire c’est que ce n’est pas pire, c’est même plus reposant si l’on y pense, d’ailleurs la musique s’adoucit, des vagues lointaines, mais me voici seul en un monde sans sensation, je suis en train de me morceler, mon âme s’effrite, je crie car si ce n’est pas douloureux, c’est tout de même la fin de moi-même, je me dissous, une funèbre poudre d’escampette. Une totale rétractation. Kingdom of worms : pétarades guitariques, la batterie comme ces coups de pelle répétitifs et consciencieux d’un croque mort qui tient à ce que le boulot soit bien fait, que la tombe soit plate, que pas une motte de terre ne dépasse, de la belle ouvrage, le vocal se charge d’exposer la problématique, de creuser son sujet, d’expliquer que ce ne sont que des cadavres, que la moisissure attaque pour bientôt laisser place à la pourriture, à la vermine qui instaure son royaume dans les chairs putréfiées. Enfin les vers  bouffent les cadavres jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien.

             Nihilisme complet. Aucune survie durant la mort. La vie ne fait pas de cadeau. La mort non plus. Verminthrone encore moins.

    THE CULL

    (CD / Février 2024)

             Pochette de Shapefromhell. Plus sombre que la précédente. Une couronne de feuillage. Un aigle aux serres aigus. Tout un peuple de rats affolés. Nous avions eu le jour de la lune noire, voici la nuit du soleil bleu.

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    Don’t trust morning people : grincements, puis sulfure de tumulte, maintenant que le mort est mort que vont-ils pouvoir raconter, pas de panique l’on a droit à la préquelle, ce qui s’est passé avant l’acte terminal, pour dire la vérité le vivant ne bénéficiait pas d’une forme parfaite, un peu ( beaucoup) en état dépressif prolongé, la batterie s’accroche aux petites herbes de la tombe, le moribond est toutefois un peu hargneux, la vie n’a pas beaucoup plus de sens que la mort qui n’en a pas, la basse repeint l’existence en noir profond, rythme rapide comme s’il était pressé d’arriver au bout, le morceau s’écroule sur lui-même, perd tous ses charmes, l’on sent que la musique voulait survivre à ce qui l’attend mais le gars fonce tête baissée, de toutes les manières, quel soulagement de penser qu’un jour ou l’autre, il va y passer. It always snows in South America : entrée fracassante, encore plus noire, râles de guitares agoniques, une triste histoire, d’amour bien entendu, une terrible tromperie, pur sucre au début métamorphosé très vite en vinaigre détérioré, un pont sans arche suspendu entre vide et dégoût de vivre, les guitares font ce qu’elles peuvent, ce qu’elles pleurent de crocodile aux dents cisaillantes, d’ailleurs le morceau se termine brutalement. Aucun bénéfice de s’attarder un quart de seconde de plus. Vous avez une vidéo de ce morceau, live, interprétation impeccable, trois guitares aussi imposantes qu’un rideau de fer, une ambiance hardcore dans le public que l’on voit peu. Kuru : Le Kuru est la maladie du cerveau spongieux. Souvenirs personnels : des amis de mes parents nous avaient invités à manger. Je devais avoir sept-huit ans, après le repas ils ont passé un film amateur qu’ils avaient tourné durant leurs vacances dans un pays lointain dont je n’ai jamais retenu le nom. Par contre les images me sont restées gravées à jamais. Il s’agit d’une scène d’endocannibalisme mortuaire, je viens de trouver ce terme, bref une vingtaine de personnes revêtus de tissus multicolores, déterraient le cadavre d’un membre de la tribu, ouvraient le suaire et chacun tout sourire s’appropriant un os du mort se mettait à récurer de leurs dents les morceaux de chairs pourries encore attachées aux ossements. Longtemps je ne me suis pas demandé si j’avais rêvé mais les raisons pour lesquelles je n’avais jamais entendu parler de telles pratiques. Je viens d’apprendre que ceux qui mangeaient des lambeaux du cerveau du macchabée pouvaient développer des années plus tard une déréliction similaire à la maladie de la vache folle… Cette pratique a duré jusqu’à la fin des années cinquante. Ces détails sont nécessaires à la compréhension du texte. Ce coup-ci nous avons droit à une Official Music Video. Je vous rassure aucune scène de cannibalisme. Certes au début une maison en assez mauvais état qui laisse présager quelques scènes extraordinaires. Pas du tout, à l’intérieur le groupe interprète son morceau. Comment qualifier la tessiture de cette interprétation : rien de spongieux ou de dégoulinant, Une musique à l’os.  Un bruit est-ce un train qui file dans la nuit ou simplement le temps qui se rétracte sur lui-même comme dans un film d’Andreï Tarkovski, celui peut-être où l’héroïne, le mot ne convient guère, mange à la petite cuillère le cerveau de celui qu’elle vient de tuer, l’éros et l’Hadès ont toujours fait bon ménage, dévore-t-on pour s’adjoindre à l’autre ou pour s’en séparer, la batterie colle et sculpte le morceau comme le sang à la tempe fracassée, il est des rituels d’idylles plus cruelles que la vie elle-même. Que la mort aussi. Ce morceau est une pierre de lune noire tombée du ciel. Sur votre tête. Dénudée de toute pensée.  Ne faire qu’une bouchée de la mort. Birth is a rope / death is a knot : retour à soi-même, c’est comme si nous étions au cœur de la trilogie noire de Verhaeren, le phénix n’est pas intéressant en tant qu’oiseau de feu, il n’est que cendre éternelle, l’opus maximus a basculé en une dimension métaphysique, dans son propre trou noir, la musique resserrée comme l’escargot dans sa coquille, elle colle à elle-même et le vocal coagule sur les mots qu’il émet, ils délivrent un message celui du pendu qui tient à se suicider, à se balancer par saccades au bout de la corde, la tête dans le nœud coulant. Ce n’est qu’un vœu pieux, dire que certains ont réussi et que l’on entend leur dernier cri comme un sursaut de jouissance. Pulling teeth (Spitting blood) : un vaticinateur nous parle de son propre avenir, les guitares s’étirent comme des serpents qui sortent du frigidaire, le vocal nous conte comment il est étrange que nous soyons immortels alors que nous ne désirions que de nous désintégrer, nous errons sans but, scorbut partout, les dieux de l’abîme sont comme ceux d’en haut, ils ne mouftent pas, existent-ils seulement, faut s’arracher les dents comme l’on refourgue ses pensées, toutes vaines, dans la poubelle, ne plus cracher sa haine, simplement du sang. Youth for euthanasia : hôpital ou chambre d’asile, à moins que ta prison ne soit que toi-même, tu en doutes, n’es-tu pas en train de pourrir, plus d’espoir, le vocal ne chante plus, il assène les mots que les coups de fouet des guitares s’empressent de balancer au loin, la batterie marque le pas, toi aussi, existe-t-il encore un espoir avant le suicide, certains envisagent des choses que les autres ne voient pas, de quel droit seraient-ils plus intelligents que moi. Soufflez la bougie de l’être. Il est temps de veiller à notre propre euthanasie. Aorta : musique compressée pour moteur à explosion, dernière solution, puisqu’il est impossible de  s’en sortir tout seul, vaudrait mieux de se rabibocher, attention les rôles sont inversés celui qui a souffert la dernière fois se transforme en bourreau, n’est-ce-pas la meilleure manière de tutoyer les anges, dans la série soyons rilkéens ou rien, nos rêves ne se destinent-ils pas à s’achever en une ondée sanglante baptismale. Une dernière guitare couine comme si elle venait d’avaler de travers une membrane d’aile. Qui trop étreint, mal embrasse. Feral : il faut bien que l’histoire se termine, entendez-vous le tambour des sables, quand on ne peut faire l’ange, ne reste plus qu’à jouer la bête, soyons bestial, non pas pour ne pas être rien, ce serait une trop belle plénitude, mais pour être au moins quelque chose, une bête altérée de sang et de destruction, pourquoi pensez-vous que le cantaor rugit si fort et pourquoi les guitares griffent si durement vos oreilles. Abandonner son état inabouti d’homme imparfait, laisser monter en soi notre propension à être pleinement sauvage. Rejeter tous nos rêves inatteignables, un tient vaut mieux que deux tu ne l’auras pas… Le monde fourmille d’une multitude de créatures, enfin un but, ne plus tenter à échapper à la mort, mais la donner.

             Ce qu’il y a de bien avec Verminthrone, c’est qu’ils ne s’attardent pas sur eux-mêmes. Chaque morceau est comme l’épisode d’une série télévisée, c’est un Game of Verminthrone qui tient ses promesses, z’ont l’art de se mettre dans des situations impossibles de se coincer au fond de galeries sans issue, vous croyez qu’ils vont y rester, n’avouent-ils pas qu’ils sont en train d’agoniser et hop, les voici une nouvelle fois en route vers d’invraisemblables aventures, philosophales il est vrai, impossible de les coincer dans l’athanor  cérébral alchimique, au fond de leur poche ils gardent une pierre, ils seront les premiers à vous la jeter. Ils ne chevauchent pas le tigre, ils sont le tigre. Ou le cobra.

    Ne perdons pas de remps à déblatérer, la Saison 3 nous attend.

     FEAST OF THE SERPENT

    (Bandcamp / Décembre 2025)

    Le danger se précise. Le rat est pris au piège dans les anneaux du serpent. Crochets mortels et gueule grand-ouverte. Tout dépend de la manière dont on entrevoit les situations. Pour le reptile : c’est une fête.

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    C’est étrange ces trois pochettes me font l’effet d’illustration pour des fables de Jean de la Fontaine. Peu appropriées pour des albums destinés à la jeunesse, mais tout aussi cruelles que les morales de notre fabuliste.

    Pallor : étrange ce titre pallide quand la couve est si sombre, quelqu’un a coupé l’électricité, est-ce le soleil qui s’éteint, une rythmique impassible qui poursuit sa route en aveugle, est-ce pour cela que le vocal ne laisse pas divulguer le sens de ses proférations, et quand on croit que ça s’arrête, ça repart pour bien vous faire comprendre que vous n’êtes pas sorti du mystère. Sommes-nous perdus dans les anneaux du serpent ou est-ce le serpent qui ne sait plus où il est, ni qui il est peut-être, peut-être est-il son double verminthronique, un face à face avec soi-même, à vous de voir, lequel des deux donnera à l’autre le baiser de la mort, la réponse est-elle seulement nécessaire, il a voulu rejoindre son animalité première, mais la vermine ennemie n’est-elle pas tissée de cette même féralité, il n’a rien gagné au change, il n’a rien perdu non plus. N’est pas ouroboros qui veut. Existe-t-il quelque part une zone de candide innocence. Swab : aux grands maux le bon remède, pour faire sauter le  garrot de l’angoisse utiliser un écouvillon que l’on enfile dans la gorge pour nettoyer le monde, car n’est-ce pas mieux de nettoyer l’intérieur pour purger l’extérieur, toujours cette mécanique à ras-de-terre cette espèce de bulldozer rythmique qui déblaie et repousse les saletés, voix de gorge car balayer le dehors c’est nettoyer le dedans, se rendre compte que ce que l’on voit c’est ce que l’on est, que ce que l’on écoute c’est ce qui nous parle de nous, la guitare comme une scie rouillée, remède de cheval, purge de serpent, qui recrache sa mue pour être encore davantage ce qu’il est : serpent. When it rains, it pours : la rythmique reprend, vomissements, passer les amygdales, le vocal dégobille à fond un flot ininterrompu de saloperies, recrache tous ses souvenirs, l’innocence de l’enfance, à laquelle le monde oppose un sacré démenti, comment après cette prise de conscience être heureux même en ayant pour but de débarrasser l’univers de sa vermine, de laquelle on fait partie, un vocal de folie, dit tout ce qu’il a sur le cœur, une seule solution la mort, quand ça va mal, ça va pire, il ne reste plus qu’à crever. Morceau épique, un véritable déluge phonique, maestria vocale. Bloodingletting : avant de partir, une dernière fois resuçons le saucisson de la désillusion la plus amère celle qui semblait si douce et qui vous a ouvert une plaie si profonde dans votre cœur, un trou sans fond, comme une bête blessée léchant et reléchant sa blessure jusqu’à l’os, les tambours tapent où ça fait mal, les guitares glougloutent la douleur, le sang coule à flot, pas celui de vos veines, celui de votre esprit que rien ne pourra arrêter. Font tout ce qu’ils peuvent, les musiciens se transforment en véhicules de derniers secours, brûlent les feux rouges et ne s’arrêtent que dans la salle d’opération. Hélas trop tard ! Rien à leur reprocher cette course à la mort si trépidante restera un grand moment de votre existence. Event horizon : pour ce dernier titre ils atteignent l’ultime ligne d’horizon.  Impossible d’aller plus loin. Le combat s’arrête faute de combattants. Normal, c’est la fin du monde. Un peu chaotique je vous l’accorde, et quand c’est fini, il vous en rajoute un supplément d’une minute extraordinaire. Vous pouvez même vous demander s’ils ont survécu à une telle catastrophe. Le dernier combattant est mort, mais il vous donne rendez-vous sur la dernière ligne. La fin du monde n’est-ce pas lui-même. Donc il est encore là. Nous aurons droit à une quatrième saison. En enfer ! c’est plus poétique.

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             Verminthrone est un groupe à suivre. Ils développent un projet, une démarche, une musique qui n’appartiennent qu’à eux. Partent avec peu d’éléments mais les utilisent avec une habileté diabolique.

             Rare, très rare.

    Damie Chad.

     

    *

    Il y a des groupes qui ne savent pas quoi faire pour me complaire. En début de cette nouvelle année je me plaignais, un bout de temps que je n’avais pas trouvé un groupe polonais, d’habitude vous en dénichez toujours un qui se démarque de la production générale, mais là depuis plusieurs mois : disette générale. Cette semaine, enfin en voici un ! En plus j’ignorais qu’ils étaient polonais, oui mais ils ont une autre qualité, ils viennent de sortir une cassette. Je m’y précipite dessus, j’aime ce moyen de communication devenu underground, donc j’écoute, et au fur et à mesure que se déroule la K7, en fait je m’aperçois que ça ressemble à un rectangle phonique mais c’est un CD, je me dois de chroniquer.

    EAGER EYES OF TALION

    SMOKE RITES

    (Bancamp / Janvier 2026)

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             La couve m’a attiré, elle est signée par Michal Sobocinsky, issu d’une famille d’artistes, d’ailleurs pour perpétuer la tradition il s’est marié avec Natalia Rybika, actrice. Sont apparemment très connus en leur pays, vraisemblablement dans d’autres aussi. Je n’ai pas trouvé d’autres œuvres graphiques signées de son nom.  Dommage car la pochette du CD est une parfaite réussite. A mon goût, un peu douteux, je l’admets.

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             Belle couve, je la contemple comme une représentation d’Argos, le géant aux cent yeux, qui sera tué sur l’ordre de Zeus par Hermes qui l’endormira en jouant de la flûte avant de l’occire en toute tranquillité. Interprétez-la comme vous voulez. Sobocinsky veut-il nous dire que l’Homme voit trop de choses pour son malheur… ou nous conseiller de ne pas nous laisser endormir par le miel des musiques captivantes. Vous me direz qu’il faut vraiment être très fatigué pour que le fracas de Smoke Rites vous plonge dans un doux somme réparateur…ou alors c’est que vous êtes déjà mort… Sur le côté les crânes qui s’adjugent la place centrale représentent-ils notre avenir certain, et ce qui correspond au dos de la pochette, cette espèce de visage incertain est-il une représentation de notre passé qui déjà de notre vivant commence à s’effriter…

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             Un premier Ep en 2021, un single et un 6-titres en 2022, après z’ont bossé et accumulé les titres que l’on retrouve sur ce premier album.

    Tomasz Mielnik : lyrics et vocal  / Łukasz Borawski : guitars, samples /Adam Ziółkowski : bass, acoustic guitar, synthés / Michał Kamiński : drums et percussions
    - Guest Vocal - Death is a Five Letter Word

    Golden road : qui hésiterait à emprunter une route pavé d’or, pour sûr un vent souffle fort, mais se rythme se dandine joliment, le vocal est un peu griffonnant mais on l’excuse qui ne serait un peu excité à arpenter une telle voie, surtout que la basse arrondit les angles, bon notre chemineau ( relire Les grands chemins de Giono) s’exalte un peu plus, attention nous croisons une ligne à haute tension, le batteur s’élève, notre promeneur crie ses quatre vérités, ne pense qu’à lui, n’aime personne, maudit pour maudit autant filer tout droit vers l’Enfer avec une personne adorée, maintenant il hurle, autant s’en remettre au diable qu’à soi-même. Je ne veux pas critiquer, sur un rythme bon enfant le gars nous emmène vers une contrée peut-être pas aussi allègre qu’au prime abord elle a l’air. Eager eyes of talion : toujours cette

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    basse, mais cette fois-ci, ce n’est pas une impression psychologique, un brin inquiétante, l’on ne sait pas trop pourquoi notre méfiance fait un saut sur l’échelle de Ritcher, l’on est vite fixé, le gars prend la parole, il appuie sur certaines phrases, il hurle pour se faire comprendre, il se présente et ça se présente mal pour nous, le gars n’a plus rien à perdre, n’a plus qu’une volonté se venger, du monde entier, de tout le monde, de n’importe quoi, la loi du talion, le retour à l’expéditeur chaque fois qu’il hurle un couteau s’enfonce entre vos deux omoplates, le pire c’est cette espèce de redondance joyeuse de la guitare et le batteur qui se délecte à tapoter sur ses toms, un truc qui fout le mec en rage. Arrêt brutal. Le tueur s’est éveillé avant l’aube et vous êtes déjà trucidé. Nothing never : surprise seriez-vous accueilli au Paradis par le chœur des archanges,  profitez-en, cet instant ne durera pas cinq secondes, dans la vie rien n’est simple, c’est un sample, brutal barrage riffique, voyage au pays des turpitudes humaines, il vaudrait mieux écrire inhumaines, évidemment vous préfèreriez vous concentrer sur le jeu du batteur, tape fine, minimum de bruit, maximum d’effets, mais le gars se dévoile davantage, se confesse de sa voix écrasée, nous avions eu le midnight rambler au premier titre, le Morrison killer au deuxième et ce coup-ci, c’est pire, imaginez un prof d’université qui exposerait schéma à l’appui, les tréfonds de l’âme humaine, cette impossibilité à manifester le moindre signe d’humanité à un semblable, de toutes les façons : soit vous le savez déjà, soit vous ne le saurez jamais. Z’en ont peut-être trop dit, alors comme l’assassin qui vient de vous égorger et qui vous tend un mouchoir pour que le sang ne salisse point votre  cravate, ils vous refilent le sample du chœur des archanges pour vous redonner confiance en l’être humain. 10ft dread : ne ménagent pas leurs efforts, une acoustique comme une once de douceur dans un mode de brutes, pour ce morceau ils empruntent un thème éculé depuis les premiers écrits de l’Antiquité, le temps nous éloigne de l’innocence de l’enfance et de tous ceux que nous avons aimés, oui mais il y a la façon de le dire, cette espèce de riff qui s’en balance, de plus en plus vite, cette cymbale totalement hallucinante et cette voix chargée d’angoisse qui vous fait croire que vous êtes enterré vivant dans un cercueil qu’une scie égoïne est en train de découper. Vous vous imaginez en mille rondelles. Death is a five letters word : le titre n’est guère engageant, la musique confuse, des bruits, des voix, des éructations, des vomissements, puis du syncopé, c’est la Mort qui passe, il la décrit si bien qu’elle lui ressemble quelque peu, étrange comme il s’identifie à elle, est-ce pour cela que sa voix s’amincit, derrière les musicos vous font de l’harmonie imitative, un peu n’importe quoi, un peu totalement dans le mille, impossible mais vrai mais vous la voyez marcher, tituber, c’est si horrible qu’ils ont invité Monika Adamska-Guzikowska, elle ne chante pas vraiment, elle hulule en sourdine, elle vous fout les jetons pour la fin de vos jours, l’ensemble est si flippant qu’il ne m’étonnerait pas que certains acheteur du CD ne se tranchent les veines avant la fin du morceau. Que voulez-vous les faibles ne supportent pas la beauté. Grandiose. Charas drift :Après une telle épreuve, vous pourrez dire avec Nerval que vous avez deux fois vainqueur traversé l’Acheron, ils sont sympas, vous ménagent un petit instant de rêverie, le charas est un haschich des Indes particulièrement relaxant. Enfin, si l’on en croit le bruit de tubulure engorgée qu’ils nous offrent, malgré les chants d’oiseaux, vous avez l’impression d’être dans un vieux coucou des années vingt dont le moteur me semble quelque peu grippé… Devil advocate : après la relaxation plongée dans le drame, musique solennelle, notre tueur du début est émotionné, sa voix s’étrangle, trahi par un vieil ami, le ton est parfois comminatoire, l’on sent qu’il ne va pas tuer le traître, il devrait, l’on aimerait un carnage, une vengeance sanglante, mais non il ne passe pas à l’acte, il est touché, au plus profond, il l’avoue, sa blessure suintera encore pendant longtemps. Un bon morceau, bien en place, mais nous sommes déçus. Wind of most cruel kind : bise nordique, une batterie qui renifle, l’a été touché plus profondément qu’on aurait pu le penser, ne l’aurions-nous pas assez pris au sérieux, une lamentation funèbre, reprise du temps qui fuit, du bonheur de l’enfance perdu à tout jamais, l’on s’achemine clopin-clopant vers l’absolu de la tristesse, mais il y met tant de cœur que celle fois l’on y croitrait…

             Un super chanteur. L’a les intonations et les attitudes vocales suffisantes pour établir un contact direct avec l’auditeur. Une espèce de théâtralité phonique qui lui permet d’incarner tout sentiment humain, de la haine à la nostalgie, de l’assassin à la victime… Sans parler les musicos qui produisent non pas l’accompagnement idoine, mais celui qui ne pourrait ne pas être un autre.

             Remarquable.

    Damie Chad.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 697 : KR'TNT ! 697 : WEIRD OMEN / MACY GRAY / ACE / EDDIE HOLMAN / WILD BILLY CHILDISH / ROCKABILLY GENERATION NEWS / ROCKMANDIE / GENE VINCENT

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 697

    A ROCKLIT PRODUCTION

    FB : KR’TNT KR’TNT

    03 / 07 / 2025 

     

    WEIRD OMEN / MACY GRAY / ACE

    EDDIE HOLMAN / WILD BILLY CHILDISH

    ROCKMANDIE / GENE VINCENT

      

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 697

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http://kr’tnt.hautetfort.com/

     

    L’avenir du rock

     - Es spiritus sancti, Omen

    (Part Three)

     

             Chaque fois qu’il va se recueillir sur une tombe, l’avenir du rock se fend d’une petite élégie taillée sur mesure. Par exemple, sur la tombe de Gene Vincent :

             — Es the girl in red blue jeanstus, Omen !

             S’il va sur la tombe de Lou Reed, c’est pour balancer ça qui n’est pas mal :

             — Es couldn’t hit it sidewaystus, Omen !

             Peut-on pardonner l’avenir du rock d’aller tripoter «Be-Bop-A-Lula» ou «Sister Ray» à des fins éditoriales ? Pendant qu’on se pose la question, il continue d’hanter les cimetières. Il arrive sur la tombe de Jimi Hendrix et se fend de ça, dont il est particulièrement fier :

             — Es the night I was bornus/ Lordus/ The moon turned a fire redus, Omen ! 

             Et comme ça se passe la nuit, la lune devient rouge. Au moins, on ne pourra pas accuser l’avenir rock de bidonnage. 

             S’il va sur la tombe de Lux Interior, c’est bien sûr pour énoncer une suite lunaire :

             — Es turnus into a teenage Goo Goo Muckus, Omen !

             Et s’il se rend à Graceland pour se recueillir sur la tombe d’Elvis, il va déclarer le plus solennellement du monde :

             — Es blue moonus/ You saw me standing alonus, Omen !

             Pendant que l’avenir du rock fait le malin sur les tombes et s’escrime à vouloir cirer les pompes de Weird Omen, t’en as qui se demandent quel type d’élégie on prononcera sur sa tombe une fois qu’on l’aura enterré. Un truc du genre :

             — Es avenirus du roquefortus, Omen !

             Ou encore mieux :

             — Es connardus sancti, Omen !

     

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             Parlons de choses sérieuses. L’organique. Weird Omen. Tu ne peux pas ramener les mots habituels. Le pulsatif organique de Weird Omen remet tout à zéro.

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    Le seul mot habituel qui peut survivre dans cette fournaise, c’est wild-as-fuck, ou encore hot-as-hell, qui veut dire la même chose. Tout Weird Omen descend en droite ligne de la barbarie sonique de «Sister Ray», des transes de Trane et de celles de Steve MacKay au temps de Funhouse, mais en mille fois plus avant-gardiste. En mille fois plus fusionnel, leur son fond littéralement sur scène et Fred Rollercoaster

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    l’alimente en pulsant son son, il souffle et bat comme un gros cœur, il thr-thr-throb et il p-p-p-pant, son out-of-breath frise l’outta-mind, il vacille en permanence au bord du gouffre, il nourrit le rock pour un faire un monstre, il en fait un Moloch qui dévore la Maro, il fond tout, surtout les cervelles qui ne peuvent pas résister à des chaleurs pareilles, et bizarrement tu te sens bien, car t’auras jamais ça ailleurs.

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    Weird Omen te sert sur un plateau d’argent cet art supérieur du rock en fusion qui est de leur invention. Tu savoures le privilège de goûter ces rares instants d’ouverture sur l’avenir, t’es en prise directe sur l’une des formes les plus parfaites d’aboutissement de l’art moderne. T’as à la fois le passé, le présent et l’avenir du rock, t’as l’hypnotisme du Velvet et la folie Méricourt de Trane, t’es dans l’excès de pureté purpurine, t’es dans la réinvention de l’atome du rock, t’es dans l’expérience définitive, t’es en plein reformatage de ta cervelle, t’es dans le voyage au chœur de

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    l’enfer, c’est-à-dire le white heat originel, tu prends le vieux big bang en pleine gueule et tu t’en réjouis de tous les atomes de ton corps, t’es dans la lutte finale, t’es dans la sidération sidérale, t’es dans l’implosion managériale, t’es dans un fabuleux voyage de non-retour, t’es d’accord sur tout, absolument tout, t’es d’accord avec la moindre goutte de Weird Sound, t’es d’accords avec la Gretsch blanche de Sister Ray, t’es d’accord avec la frappe sèche du fantastique Dam-O-maD, t’es d’accord avec les chaînes de Fred Rollercoaster, t’es encore plus d’accord avec le sang sur son

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    visage, t’es d’accord avec Daccord, t’es d’accord forever, t’en finis plus d’être d’accord, t’en finis plus de d’accorder des accords, t’en finis plus de courir après l’image, t’es d’accord avec le fait qu’un coup de dé jamais n’abolira le hasard de l’image, alors t’y vas de bon cœur, t’es dans la transe de leur transe, t’es porté et même transporté par cette mer de lave spirituelle, t’es fluxé par les ondes du vif argent, et t’as ce mec à un mètre qui n’en finit plus de tournoyer sur lui-même et de pouetter dans son sax pour la postérité.

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             Bien sûr, il faut écouter Blood toutes affaires cessantes. C’est un album brutal et bienvenu, classique et sauvage, parfaitement en phase avec ce qu’on voit sur scène, le white heat en moins. Une belle dose de Stoogerie remonte du riff raff de «Middle Class». Sister Ray chante avec un bel accent décadent. On retrouve encore l’esprit de la fournaise de Fun House dans «Slumlord». Flamboyant ! Demented ! Play it loud ! Le sax défonce tout ! Les colonnes du temple dansent le twist ! Le «Substitute» qui suit n’est pas celui des Who : t’as encore un cut bardé de clameurs et les montées en température sont exemplaires. La B est encore plus jouissive, et ce dès «Lord Have Mercy», qu’ils jouent en ouverture de set : c’est de la dégelée en intra-veineuse. Tu ne t’en lasses pas, alors ils t’en donnent encore. Toujours cette santé insolente avec «Wake Up». Même le ventre-à-terre est bien chez les Weird Omen. Ils te montent «All Wrong» sur une structure gaga classique, mais avec le pilon des forges en plus. Et puis Fred Rollercoaster injecte une monstrueuse dose de modernité dans «Won’t Last Long». Et ça continue comme ça jusqu’au bout de la B, avec un «Can’t Explain» qui n’est pas celui des Who, mais qui est aussi brillant, avec des nappes de clameurs extraordinaires, et tu regagnes la sortie à quatre pattes avec le morceau titre, un instro scintillant, une sorte de cerise sur un gâtö brûlant. 

    Signé : Cazengler, Weird hymen

    Weird Omen. La Maroquinerie. Paris XXe. 4 juin 2025

    Weird Omen. Blood. Beast Records 2025

     

     

    Wizards & True Stars

     - Macy Star

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             Tu connaissais le nom de Macy Gray, mais ça s’arrêtait là. Tu la connaissais comme tu connais Roberta Flack ou Natalie Cole. Tu peux même te vanter d’avoir tous leurs albums, comme tu as tous ceux de Smokey Robinson ou de Curtis Mayfield : ils sont là car dans ta tête de fou, tu t’es imaginé qu’un jour tu leur consacrerais un book, alors pour ça, il faut tout écouter. Ramasser tous ces albums est un travail de longue haleine qui s’étale sur vingt ou trente ans. Et puis un jour tu décides d’attaquer la pile des Smokey, parce qu’il est actuellement en tournée en Angleterre. Tu trouves des prétextes. Attaquer l’écoute d’une œuvre n’est pas aussi simple qu’on croit.

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             Pour Macy Gray, c’est beaucoup plus facile : elle est devant toi, sur scène, à quelques mètres seulement. Il te faut un certain temps pour t’habituer à cette idée : Macy Gray en chair et en os juste devant tes yeux de merlan frit.

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             Macy est devenue une lady d’un certain âge, mais elle n’a rien perdu de son extraordinaire charme black. Elle fait sa diva jazz derrière son micro. Elle porte des gants, une robe longue très chamarrée et un boa. Et paf, elle te groove the night away comme peu d’artistes savent le faire. Elle charrie des accents d’Aretha, de Sarah Vaughan, de Roberta et de Natalie, et met en route un processus alchimique qu’on appelle aussi le Grand Œuvre de la Soul, elle ergote, elle glisse, elle couine, elle sort, elle hoquette, elle miaule, elle revient dans le groove en rigolant, elle a des petits gestes de diva nerveuse, et elle revient toujours avec un sourire extravagant. Quatre surdoués l’accompagnent : un bassmatiqueur de génie, perruqué de frais, sur une six cordes, une petite gonzesse métis gratte ses poux sur une Strato toute neuve, et derrière sur une estrade, t’as encore deux perruqués de génie, un simili-Spike Lee aux claviers qui te pianote le jazz quand ça lui chante, et un batteur de jazz qui te groove tout ça en profondeur. Bien sûr, tu vas être obligé d’avouer que t’es dépassé par le niveau de ces gens-là. Et même obligé de constater que t’as mis les pieds au

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    paradis sur la terre. Car tu ne peux rien espérer de mieux que ce qui se passe sur scène ce soir-là. Macy Gray est l’une des géantes de notre époque. Elle fête le 25e anniversaire de son premier album, On How Life Is. T’es knock-outé par sa version de «Sunny». Elle rend le plus beau des hommages à l’immense Bobby Hebb, elle lui jazze la couenne avec une passion animale, tu vois rarement des artistes jazzer ainsi

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     la matière d’une chanson. Elle fait avec «Sunny» ce que Rodin fit avec l’argile : il fait corps avec la matière. L’argile fait partie de lui. Rodin est toujours le premier artiste qui vient à l’esprit lorsqu’on évoque ce travail qui consiste à pétrir la matière pour en faire une œuvre. Mais on pourrait choisir le nom de Godard qui pétrissait lui aussi avec ferveur la matière de l’image et du récit cinématographique, ou encore le nom de Coltrane qui pétrissait jusqu’au délire les immenses possibilités de ses gammes de sax, où encore Mallarmé qui a tellement pétri la métrique qu’il a fini par inventer la modernité et ouvert un champ infini de possibilités. Macy Gray pétrit la Soul de jazz comme James Brown a pétri l’hard funk, elle donne corps à un groove hallucinant de la même façon que Turner donnait corps à la lumière à travers le fog, elle hisse son art aussi haut que le fit James Joyce en son temps avec le sien, elle y met toute sa rage de la même façon que Céline mit la sienne à inventer un genre littéraire pour dire tout le mal qu’il pensait du genre humain. Mais contrairement à Céline, Macy Gray ne cède pas au désespoir. Elle préfère rire et faire chanter les blancs agglutinés à ses pieds.

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             Elle tape une autre cover, celle du «Creep» de Radiohead et les gens chantent avec elle le so special. Elle y met autant de jazz qu’elle en mettait dans «Sunny». Elle te fait tourner la tête. Ton manège à toi, c’est elle. Elle va changer trois fois de robe dans la soirée. Chaque fois elle revient avec des pompes de couleurs différentes. Et trois fois, elle reprend sa magie là où elle l’avait laissée.

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             On ne l’a pas vraiment su à l’époque, mais On How Life Is est un very-very-very big album. Elle t’embarque aussitôt «Why Don’t You Call Me». Elle t’y creuse un tunnel sous le Mont Blanc, elle a du sucre et du chien à revendre. Quelle fabuleuse palette black ! Cet album grouille de coups de génie, tiens par exemple cet «I Try» qu’elle attaque au sucre proéminent et descriptif. Elle est sans doute la plus sucrée des Soul Sisters, avec Esther Phillips. Elle sait charger sa barque et devient prodigieuse au finish. Sur «Still», elle sonne comme Rod The Mod, comme une Soul Sister altérée, elle chante au sucre fêlé, c’est une Rod black, mais elle est beaucoup plus carnassière que Rod, elle mord dans la matière et propose un final apocalyptique en mode timbre fêlé. On n’avait encore jamais entendu ça ! On retrouve aussi le «Caligula» qu’elle tape sur scène, mais ce qu’elle en fait aujourd’hui est nettement plus sexy. Elle éclate le groove d’«I Can’t Wait To Meetchu» au sucre pré-pubère black. Elle est fabuleuse d’à-propos ! Elle finit avec une «Letter» qui n’est pas celle qu’on croit. Voilà l’hit du disk ! - So long everybody/ I have gone beyond the moon - Adieu génial - It’s worth the stay yeah yeah yeah ! Tu t’étrangles de bonheur à écouter ça  - So long everybody/ Mama don’t be sad for me/ Life was a headache/ And now I’m really free.  

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             Tu vas encore te régaler avec The Id. «Boo» sonne comme un hit, avec son léger côté «Season Of The Witch». Elle bascule ensuite dans l’heavy dancing blast avec «Sexual Revolution». Elle adore aller jerker. Avec sa voix d’ingénue libertine, elle est ravageuse. Elle est encore plus juvénile avec «Hey Young World Pt 2». Tu ne te lasseras jamais de sa fraîcheur congénitale. Elle est délicieusement jeune, elle se répand à la surface du monde. On retrouve son sucre candy black de génie dans «Sweet Baby». Pur génie vocal ! - Sweet sweet baby/ Life is crazy ! - Elle passe en mode heavy groove avec «Gimme All Your Lovin’ Or I Will Kill You». Elle te rompt toutes les digues et elle t’emporte, elle est fabuleusement intrusive, c’est à la fois heavy et sexy, c’mon ! Elle est épuisante d’heavy Soul sexuelle. Elle pourrait te rendre dingue. Elle groove encore comme une reine dans «My Nutleg Phantasy». Elle incarne à la perfection le concept de Soul moderne. Elle se dirige vers la sortie avec «Forgiveness», elle swingue le groove de la 25e heure. C’est un moment historique. Quelle modernité ! Modernité de son, mais aussi d’interprétation, elle groove vers l’avenir, elle donne à chaque cut une couleur particulière, un sens unique.          

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                  On a du mal à entrer dans The Trouble With Being Myself. C’est une Soul à la mode, une sorte de funk en chou-fleur. Macy sait dresser une table, pas de problème, mais elle n’as pas les compos. Elle nous remonte dans l’estime avec «Things That Made The Change», elle y groove sa chique en douceur et en profondeur. Elle flirte un peu avec l’hip-hop («She Don’t Write Songs About You») et passe au balladif totémique avec «Jesus For A Day». Elle se met à rêver - If I could be/ Jesus/ for just a day - et c’est là qu’elle t’hooke. Elle cherche encore sa voie avec «Happiness». Si elle avait des grosses compos, elle ferait un malheur, comme va le montrer son tribute à Stevie Wonder. Elle attaque son «Speechless» en mode Otis/Tenderness, avec le même sens de la faufilade. Mais elle n’a pas les bonnes compos.

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             Sur Big, Macy a une belle invitée : Natalie Cole. Bhaaam ! Elles duettent direct sur «Finally Made Me Happy». Elles s’en sortent à merveille et elles t’émerveillent la prunelle de tes yeux. Elles te servent sur un plateau d’argent l’apocalypse du paradis. Après c’est plus compliqué. Macy tape de l’heavy groove, mais trop à la mode. Elle revient au groove juvénile avec «What I Gotta Do», elle balance des oh yeah de rêve, des purs joyaux de la couronne, elle est exceptionnelle d’allure et d’oh yeah. Elle remet bien son sucre juvénile en avant dans «Glad You’re Here» et on la sent bien contente sur «One For Me». Mais c’est son sucre qu’on préfère, celui de «Strange Behaviour», un sucre délicieux qu’elle étale bien sur le groove. Son opiniâtreté l’honore. Elle ramène encore son sucre de rêve dans «Get Out». Elle y drive un magnifique drone de Soul. Elle tient tout à la seule force de sa candeur candy. Elle re-duette dans «Treat Me Like Your Money» avec un super-rapper nommé Will.I.am.

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             The Sellout n’est pas son meilleur album. On la sent pourtant déterminé à groover. Elle se montre très diskö queen sur «Lately», yeah yeah, c’est brillant, de toute façon. Sur «Kissed It», elle est accompagnée par Velvet Revolver, c’est-dire Duff McKagan et d’autres guignols des Guns N’Roses. Cut bien corsé, monté sur un beat glam punk. Ces mecs ne rigolent pas. On la sent à peine éveillée plus loin sur «Let You Win». Elle ramène une traînasse de ton fantastique. Mais globalement, tu restes sur ta faim. Ainsi va la vie.

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             En 2012, Macy fait deux albums de covers, Covered et Talking Book. Le choix de covers qu’elle propose sur Covered est discutable, mais en même temps typiquement américain. On l’a déjà remarqué : les Américains n’écoutent pas les mêmes disks que nous. Elle tape par exemple une cover de Metallica qui n’a aucun intérêt. Par contre sa cover du «Wake Up» d’Arcade Fire vaut le détour, car elle y ramène son sucre magique et nous mitonne un final explosif. Elle ramène encore son sucre magique dans «Bubbly». C’est un bonheur que d’entendre Macy chanter. Elle tape aussi dans l’avant-gardisme new-yorkais avec une cover du «Maps» des Yeah Yeah Yeahs, suggestion, dit-elle dans les liners, de sa fille aîné Aanisah. Il faut aussi écouter le «Really» final, car c’est un sketch hilarant : Macy prend la tête d’une animatrice radio en lui demandant d’annoncer «the great Macy Great», mais ce n’est jamais assez bien, alors Macy la reprend encore et encore, et l’animatrice finit par gueuler bullshit !, et par l’envoyer sur les roses. Et puis voilà le coup de génie de l’album : cette reprise du «Creep» de Radiohead qu’elle tapait l’autre soir sur scène. Choix déterminant. Le Creep lui va comme un gant - I wish I was special/ So fucking special - Elle balance un weirdo de rêve - What the hell I’m doin’ here - Elle incarne la perdition à la perfection et elle résonne de toute son âme, elle monte le cut en enfer, la-haut vers la lumière aveuglante, elle te retape tout ça au wish I was special, c’est d’une rare puissance, what the hell I’m doin’ here ! 

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             La même année, Macy rend un spectaculaire hommage à Stevie Wonder en reprenant l’intégralité de Talking Book. T’as au moins quatre covers géniales, à commencer par «You Are The Sunshine of My Life» qu’elle te groove vite fait, yeah, elle le prend au sucre tiède. Son yeah baby est d’une rare pureté. Son approche du grand art de Stevie Wonder est passionnante. Elle se fond délicieusement dans «You & I (We Can Conqueer The World)», elle lui donne de la voilure. Elle monte ensuite à l’assaut de «Tuesday Heartbreak». Macy forever ! Il faut la voir se jeter dans la bataille ! Elle devient ta favorite, avec Esther Phillips. Elle explose à coups de yeah is alrite ! Et puis bien sûr, tu l’attends au virage pour «Superstition». Au lieu de l’amener au riff de gratte, elle l’amène au groove de basse. Mais l’esprit est là. 

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             The Way ? Fuck, quel album ! Elle ramène ce sucre challengeur qui te prend aussitôt à la gorge. On entend derrière elle un sacré guitariste. Il s’appelle Jason Hill et fait des étincelles sur «Bang Bang». Elle passe au r’n’b des familles avec «Hands», c’est calibré pour la victoire, mais attention, voilà le hit : le morceau titre, une belle pop de Soul évolutive. Alors là oui ! Elle fait exploser son hit au so happy, hey ha ha ! - Take my hand and show me - et les chœurs ajoutent : «the way !». Là t’as l’hit de tes rêves. T’est vite précipité dans le lagon d’argent de Macy Gray. Hey baby ! Nouveau hit avec «Queen Of The Big Hurt», un heavy r’n’b de haut rang, elle le descend à l’escalier, elle te fait tournicoter la tête, elle est superbe ! Elle se lance ensuite avec «Me With You» dans l’heavy groove de tes rêves, c’est d’un lancinant qui finira par avoir ta peau. Puis elle repart en mode heavy pop avec «Need You Now». Quelle candeur ! C’est vraiment brillant. Elle descend littéralement dans la pop et te claque ça à la pure opiniâtreté. Ce beat de clap-hands est une merveille, elle lance le beat infini et l’accompagne, awite ! Okay, don’t fortget me now. Elle est stupéfiante ! 

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             Stripped est un album plus jazzmatazz. Macy sort sa plus belle traînasse pour t’ensorceler. Elle descend dans son «Sweet Baby» avec une rythmique Stonesy de type «Sympathy For The Devil», suivie par la trompette de Wallace Roney. Elle est accompagnée par des musiciens de jazz et la stand-up de Daryl Johns te buzze le jive d’«I try». Elle jazze dans tous les sens : latéralement («Slowly»), tranversalement («She Ain’t Right For You») et ça culmine de jazzmataszz dans «Nothing Else Matters». Russell Malone y coule un pur jazz solo à la Wes Montgomery et Wallace Roney rajoute un solo de trompette digne de ceux de Miles Davis. Elle termine avec le puissant jazzmatazz de «Lucy», hey baby would you be my man, elle y va au easy baby. Magnifico ! Jazzy, Michel !

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             Macy a encore un invité de marque sur Ruby : Gary Clark Jr. ! Il intervient sur le final de «Buddha». Elle entre au sucre d’hovy-hovy hov ! et fait de son Buddha une merveille tentaculaire. Et bien sûr Gary Clark Jr. arrose tout ça de sonic genius. Elle interpelle le white man dans «White Man», hey white man, un bassmatic puissant lui pulse les hanches et ça vire jazz festif avec une trompette. Elle repart en mode round midnite dans «Tell Me» et ramène son sucre fatal. Fabuleux feeling ! C’est fracassant de véracité, elle nous plonge dans les années 20 avec un solo de sax. Elle attaque plus loin «When It Ends» au sucre avancé - I can’t fake it - Elle reste intense dans l’expression de sa véracité fêlée. Elle se montre encore délicieusement intrusive avec «Jealousy», elle t’arrime la proue et tu ne peux plus la quitter. Encore plus pur, voilà «Shinnanigins» qui sonne comme un  hit de Magic Macy. Même dans les balladifs («But He Loves Me»), elle sort l’un des meilleurs répondants d’Amérique. 

    Signé : Cazengler, Macy beaucoup

    Macy Gray. Le 106. Rouen (76). 24 mai 2025

    Macy Gray. On How Life Is. Epic 1999  

    Macy Gray. The Id. Epic 2001                

    Macy Gray. The Trouble With Being Myself. Epic 2003 

    Macy Gray. Big. Geffen Records 2007 

    Macy Gray. The Sellout. Concord Records 2010 

    Macy Gray. Covered. 429 Records 2012

    Macy Gray. Talking Book. 429 Records 2012 

    Macy Gray. The Way. Happy Mel Boopy 2014 

    Macy Gray. Stripped. Chesky Records 2016

    Macy Gray. Ruby. Artistry Music 2018

     

     

    Label bel bel comme le jour

    - Jusqu’à l’oss de l’Ace

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             Dans un monde idéal, chacun d’entre nous se jetterait toutes affaires cessantes sur le book de David Stubbs, Ace Records: Labels Unlimited. Ce grand format est à la fois un point de départ et un passage obligé. Tu n’as même pas à te poser la question : tu le vois, tu le ramasses et tu le lis.

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    Ted Carrolll

             Ce ne sont pas les Aventures Extraordinaires d’Arthur Gordon Pym, mais celles de Ted Carroll et Roger Armstrong, qui, dans la culture rock britannique, occupent le même rang qu’Andrew Loog Oldham, Brian Epstein ou encore Guy Stevens. Ils sont les architectes du British Gai Savoir, les Prêtres du Culte de la Red. Dans l’inconscient collectif britannique, le mot ‘Ace’ occupe la même place que le mot ‘Beatles’.

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             L’ascension des gens d’Ace s’est faite en trois étapes : le stall, Chiswick puis Ace. Arrivé d’Irlande, Ted Carroll s’est installé à Londres pour booker des concerts et vendre des disks sur son market stall, à Soho. Il commence par récupérer un stock de «London American 45s» - I often had 50 copies of very rare records, like «Say Man» by Bo Diddley - Il les vendait £1 ou £2, et ils valent aujourd’hui plusieurs milliers de £. Il indique qu’il y avait la queue sur son Rock On stall - It was the London 45s that attracted them... The London label was the Holy Grail back then - Ted Carroll jette les bases de son biz : la vente de disks rares à des gens passionnés. Tout passe par la qualité des sources. Il démarre avec le London label, puis va bientôt ramener des États-Unis des paquets de singles parus sur des labels encore plus légendaires. Nick Garrard qui manageait les Meteors venait sur le Rock On stall échanger des singles Sun contre les Frankie Lymon sur Columbia que Ted recherchait.

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             Parmi les clients du Rock On stall, il y avait McLaren, Lenny Kaye, Joe Strummer - Joe Strummer was in all the time - Jesse Hector was here from day one - Il se souvient aussi de Jimmy Page, accompagné de BP Fallon, venu acheter «a load of Sun 45s at the Golborne Road stall.» Il voit aussi passer Lemmy et John Peel. En 1973, nous dit encore Stubbs, Phil Lynott allait immortaliser le stall dans «The Rocker» - I get my records from the Rock On stall/ Rock’n’roll/ Teddy Boys/ He’s got them all.

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             Ils vont passer du stall à la boutique, le fameux Rock On shop de Candem. Nick Garrard va s’installer à l’étage au-dessus de Rock On, et tenir la boutique jusqu’à la fin : il n’ouvrait plus que le samedi et le dimanche - Bob Dylan came in spent a load of money, mainly on Gospel albums. Same thing for the Cramps. Ils arrivaient à 18 h, juste avant la fermeture, on fermait et on restait deux heures avec eux.

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             Puis l’idée vient de monter un label. Ted cherche des groupes qui puisent aux mêmes sources que le Rock On stall : «Low budget, local but fired up with the same essential, rough’n’ ready real-time energy of early rock’n’roll.» Ce sera le pub-rock. Pour lancer Chiswick, il sort le «Brand New Cadillac» de Vince Taylor qui est alors très recherché - On l’a bien vendu, parce que les disquaires cherchaient un single du calibre de «Jungle Rock» - Ted dit en avoir vendu 10 000 ex pretty quickly. Charly avait en effet raflé la mise en rééditant le «Jungle Rock» d’Hank Mizell.

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             Ted et Roger sortent le single des 101ers, puis le «Gorilla Got Me» Gorillas, «led by an extraordinarily extroverted Jesse Hector.» C’est l’époque de ses grandes déclarations dans le NME : «It’s quite simple. I’m special. Very soon, the kids are going to rely on me the way they once did with Jagger, Townshend and Hendrix. New stars must emerge and I know  I’m the logical successor.» Roger voit Jesse Hector comme «one of the most amazing stage performers you ever saw.» Et il enfonce bien son clou : «He was extreme rock’n’roll - even the punks liked him. Sniffin’ Glue put him on their front cover.»

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             Autre fleuron de Chiswick : les Damned. Vicki Fox : «The Damned were Roger’s indulgence. They were his babies.» Pourtant, ils vont démarrer sur Stiff avant de revenir dans le giron de Chiswick pour Machine Gun Etiquette et un single banni par la BBC, «Smash It Up», car considéré comme une incitation à la violence. Rien qu’avec les Damned et les Gorillas, Chiswick était dans le fin du fin du rock anglais.

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             Pour illustrer musicalement la racine de cette belle aventure, l’idéal serait d’écouter The Chiswick Story, une petite box rouge sortie sur Ace en 2023. Non seulement elle illustre parfaitement l’histoire des premiers pas de Roger Armstrong et de Ted Carroll dans le biz, mais elle fait en plus office de machine à remonter le temps.

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             Ted Carroll vend ses disques sur son stall à Soho Market et Roger Armstrong bosse pour lui. En 1974, ils décident de monter un label et ils écument les pubs pour trouver des groupes. Comme ils sont tous les deux des becs fins, ils en bavent : les groupes intéressants ne courent pas les rues. Ils flashent sur un groupe nommé Chrome. Puis arrive Jesse Hector, leader des Hammersmith Gorillas, qui trimballe «an extreme mod Small Faces image with Elvis moves and Hendrix guitar.» Jesse enregistre «Moonshine» et «Shame Shame Shame» et Chrome qui est devenu le groupe de Mike Spencer enregistre «I’m A Man» et «Walking The Dog». Mais ces deux singles ne verront jamais le jour. Chiswick s’installe à Pathway, un petit studio d’Islington, où Arthur Brown a enregistré «Fire». Chrome est devenu The Count Bishops. C’est là qu’est enregistré l’EP Speedball, considéré à juste titre comme le point de départ d’une nouvelle époque. Tiré à 1 500 ex, l’EP est vite sold out, grâce à Larry DeBay qui le vend «from the trunk of his battered Peugeot.»

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             Ce sont d’ailleurs les Count Bishops qui ouvrent le bal de la petite box rouge, avec une version bien wild de «Route 66» et un «Teenage Letter» bien décidé à en découdre. Rien de révolutionnaire là-dedans, mais Chiswick est lancé, et les acteurs de cette saga fondamentale sont en place : Ted Carroll, Roger Armstrong et Larry DeBay. La deuxième galette Chiswick (S2) sera la réédition du «Brand New Cadillac» de Vince Taylor, qui, bizarrement, ne figure pas sur la box. Le troisième single Chiswick (S3) sera le «Keys To Your Heart» des 101ers. Strummer quitte le groupe aussitôt et monte les Heartdrops qui vont heureusement changer de nom pour devenir les Clash. Tu peux entendre le vieux Joe et ses riffs de Tele sur la box, mais diable, comme ça vieillit mal.

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             Les Hammersmith Gorillas ont déjà enregistré «You Really Got Me» sur Penny Farthing, le label de Larry Page, et ils enregistrent le S4 de Chiswick, «She’s My Gal». Jesse laboure bien son rock. C’est puissant mais ce n’est pas un hit. Le S5 sera le «Train Train» des Bishops qui se sont débarrassés ET du Count ET de Mike Spencer, qui est, selon McLaren, l’ancêtre de Johnny Rotten : incontrôlable. Alors qu’en 1976 le punk fait rage à Londres, Chiswick se tourne vers Rocky Sharpe & The Razors pour pondre leur S6, «Drip Drop». Laisse tomber. Puis c’est au tour de Little Bob Story et du «diminutive dynamo Roberto Piaza» d’entrer en lice pour le S7 et une cover d’«I’m Crying». Bon, ils sont bien gentils les singles Chiswick, mais ça ne vaut tout de même pas «New Rose» et «Anarchy In The UK».

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             Dans ses copieux liners (bizarrement datés de 1991), Roger Armstrong indique qu’en 1977, les Gorillas «were being seen as the future of rock’n’roll in the NME.» Il rajoute ça qui vaut le détour : «they were what rock’n’roll was really about: standing on your head while playing guitar with your feet.» Il se moque un peu de Jesse, qui, souviens-toi, fut à cette époque le roi de la surenchère. Mais en dépit de ses stage perfomances, ajoute Armstrong, «Jesse Hector was essentially in permanent retreat from success.» Le S8 est le «Gatecrasher» des Gorillas, avec «Gorilla Got Me» en B-side, un gros stomp, et c’est Butler qui vole le show avec son brillant bassmatic. Et voici qu’arrive chez Chiswick une autre superstar de l’underground, l’ex-chanteur des John’s Children, «a serious psycho-mod band» : Andy Ellison qui monte avec Martin Gordon et Ian McLeod les Radio Stars. Le S9 sera le «Dirty Pictures» des Radio Stars, glammy en diable. Armstrong rigole : «Radio Stars were on the way to their 15 minutes.» Il rappelle ensuite que les Radiators From Space furent le premier groupe punk irlandais. Les voilà sur Chiswick avec le S10 «Television Screen» dont il n’y a rien de spécial à dire. Rolling Stone dit à l’époque que ce S10 est le meilleur single punk, et Armstrong estime que c’est quand même un peu exagéré. Il ajoute que Phil Chevron est devenu un Pogue et que Steve Rapid dessine des pochettes pour U2. Le S11 sera le «We’re So Dumb» des Skrewdrivers, «four lads from Blackpool», qu’on a vu déclencher une bagarre à Mont-de-Marsan. Ils ne sont pas sur la box.

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             Le S12 est encore un Bishops. Mais le S13 sera «Motörhead» par Motörhead - the first ever Heavy Metal 12’’ single and quite possibly the best - On l’entend sur la box, Lem attaque au Lem, yeah yeah yeah Motörhead ! Twink ramène sa fraise avec les Rings et un S14, «I Wanna Be Free» produit par Paul Cook - Just walking in my brown shoes/ I’m knocking on your door/ Just knockin’ on your door - «a strange cross between the New York Dolls and Brit-yob-punk», nous dit l’Armstrong, qui ajoute que le groupe est photographié devant la vitrine de Rock On, «now a shop in London’s Candem Town.»

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             On reste dans les grands singles avec le S15, Johnny Moped et «No One», l’archétype du punk anglais, l’un des rares singles qui n’a jamais rien perdu de sa verdeur initiale. L’Armstrong ajoute que Johnny Moped, «the person, was one of the most charismatic performers ever to come out of Croydon.» Captain fera partie de la troisième mouture de Johnny Moped, qui se décrivaient comme a «big funky mundane band.» Just about right. Dave Hill est le S16 : laisse tomber. Retour des Radio Stars avec le S17, «No Russians To Russia». Andy y fait son Ziggy, mais ça n’en fait pas un hit pour autant. Le S18 est un Skrewdriver lui aussi écarté de la box pour des raisons qu’explique très bien l’Armstrong. Retour des Radiators From Space avec le S19, et en octobre 1977, le punk et Elvis sont morts.

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             Chiswick va commencer à battre de l’aile et le catalogue se détériore : on passe des Gorillas à Johnny & The Self Abusers. Petit flash sur Whirlwind et «Hang Loose», mais le «Darling Let’s Have Another Baby» de Johnny Moped déçoit. Avec «Million Dollar Hero», les Radiators dégagent la même énergie sautillante que les Vibrators : simple, précis et efficace. Retour de Johnny Moped avec une cover iconoclaste de «Little Queenie» chantée d’une jolie voix de fiotte.

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             Le dernier spasme de Chiswick se fera avec le «Love Song» des Damned et le «Radioactive Kid» des Meteors. Les Radios Stars sont toujours dans la course, mais n’ont pas d’hit. Rocky Sharpe & The Razors, c’est sans espoir. Le son des Nips et de Whirlwind vieillit très mal. Puis tout va basculer dans une new wave à la mormoille avec des trucs ineptes comme Two Two et Jakko. T’en reviens pas d’entendre des trucs aussi nuls. Ted et Roger ferment la boutique en 1983 pour se consacrer pleinement à Ace. 

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    Roger Armstrong

             En 1991, Roger Armstrong conclut amèrement : «The days of pop music being about a good tune with a decent arrangement, played with a bit of fire and enthusiasm and played on the radio was gone.»

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             Ted et Roger enterrent Chiswick pour lancer Ace qui est devenu une institution, mais pas n’importe quelle institution. Stubbs résume bien l’éclat d’Ace : «Dans un music business qui est devenu sur-dimensionné, médiocre et malsain, Ace est une véritable exception - small, immaculate, clean, rare quality. Good rocking, good people, good stories. This is theirs.»  

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             Ace est un label de réédition. Le choix du nom d’Ace ? En partie en hommage au British label Sue qui avait emprunté son nom à celui d’un label légendaire américain. Ace est aussi un hommage à l’Ace de Johnny Vincent. Et c’est là que Ted et Roger vont redoubler de génie excavateur. On leur recommande de contacter Pappy Daily, le boss de Glad Music, specialisé en hillbilly et en rockab. Après un coup de fil à Pappy, Ted prend l’avion pour Houston et revient avec un contrat - Daily avait un bureau bourré d’original master tapes de George Jones, Sonny Fisher, Lightnin’ Hopkins, Johnny & the Jammers (Johnny & Edgar Winter), Sleepy La Beef and many more - C’est là qu’Ace va devenir Ace. Puis ils entrent en contact avec Modern Record à Los Angeles et décrochent une licence qui leur donne accès «to a whole slew of seminal blues recordings by artists such as BB King, Elmore James, Howling Wolf, Ike Turner and Pee Wee Crayton.» Et crack, Stubbs embraye sur les Bihari Brothers, Jules, Joe, Lester & Saul. Modern est la maison mère d’RPM, Flair, Meteor et Kent. Stubbs affirme que Modern est l’une des «top-selling R&B companies in America.» C’est sur Modern que sont sortis les premiers cuts de Wolf et d’Ike. BB King disait de Modern : «The company was never bigger than the artist. I could always talk to them.» Stubbs ajoute que le dernier Bihari encore vivant, Joe, fait toujours du biz avec Ted et Roger. En 1990, Ace achète Modern et entame l’inventaire des master tapes, «a process that continues to this day». Du coup, Ace va se retrouver au sommet de l’hipdom. Au pied de la page, tu louches sur les pochettes des Ikettes et de Z.Z. Hill. Ce book est une vraie caverne d’Ali-Baba. Puis Ace démarre des sous-labels, Cascade et surtout Kent Records, gros clin d’œil au Kent de Modern. C’est là qu’Ady Croasdell entre en lice. En 1982, Ted lui demande de compiler la crème de la crème du Kent/Modern catalogue : ce sera For Dancers Only. Puis t’as 6T’S Rhythm’n’ Soul Society: In the beginning et l’avènement de la scène Northern Soul à Londres.

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             S’ensuit le lancement de Big Beat, avec les Meteors. Roger Armstrong les voit comme une «punky version of rockabilly with attitude.» Puis arrivent les Milkshakes et Guana Batz. Mais le fleuron du label, ce sont les Cramps. Lorsqu’Alec Palao entre en lice, Big Beat devient «a veritable index of sublemely scuzzy rock’n’roll excentricity». Palao fait comme Ted : il compile des CDs, il traque les propriétaires des master tapes, et retrouve les groupes pour les interviewer. Sur Big Beat, t’as les Chocolate Watchband (Hello Jean-Yves), The Music Machine, Strawberry Alarm Clock, les Fugs, les Zombies, dont l’Odessey & Oracle continue de briller au firmament du rock anglais. C’est aussi Palao qui a mis en boîte la collection Nuggets From The Golden State. Il a même réussi à jouer de la basse dans ce qui reste des Chocolates et a réussi à sortir les early demos des Charlatans. Mais son holy grail reste les Zombies. La box 4 CD des Zombies sur Big Beat, c’est lui - Rightly lauded as one of the best box sets ever.

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             Ace va aussi licencier Westbound Records à Detroit (et ramasser le label Spring au passage) pour avoir accès à un trésor de seventies Detroit funk : Ohio Players, Funkadelic, Detroit Emeralds, The Fatback Band, Joe Simon et Millie jackson. Ace a littéralement sauvé tous ces albums légendaires, menacés d’extinction par la diskö. Alors bien sûr, une fois que tout ça ressort sur Ace, il faut pouvoir suivre financièrement, mais chaque rapatriement te comble d’aise. Et tu replonges de plus belle dans le catalogue d’Ace. Jean-Yves disait qu’il allait le consulter en ligne chaque jour. En 1985, Ace rachète le catalogue Contemporary Records, qui appartient à Fantasy. Grâce à Creedence, Fantasy avait fait fortune (un peu aux dépens de John Fogerty) et racheté des labels légendaires de jazz, Prestige Records, Milestone Records, Riverside, Contemporary ainsi que Stax.

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             Grâce à Fantasy, Roger Armstrong peut aller farfouiller dans les archives de Stax. Il va transférer environ 130 heures «of early Atlantic period Stax material to DAT». Roger dit en avoir eu des frissons, notamment à l’écoute de la session tape de «Dock Of The Bay». Il a aussi découvert des albums INÉDITS de Booker T & The MGs, Carla Thomas, William Bell, Baby Johnson et Mable John. Rien que des bombes, surtout le Mable John.

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             Et Stubbs attaque un chapitre intitulé ‘Deep Soul’. C’est là qu’entre en lice Dave Godin et sa mythique série Deep Soul Treasures. Quatre volumes en tout. Godin est une véritable star, un excentrique originaire de Sheffield - an Esperanto speaker, an ardent socialist, animal rights activist - bref, un drôle de zig. Il est aussi disquaire et music journalist. C’est lui qui invente les deux formules «Deep Soul» et «Northern Soul». C’est lui qui fait les choix sur des compiles, il sait ce qui est «over the top». Ady Croasdell le qualifie de «pioneering spirit». Pour Godin, seule compte l’intensité de l’interprétation. Bettye LaVette lui fait le plus beau des compliments : «He has added years to my artisitc life.»

             Roger Armstrong rappelle qu’un CD Ace n’est pas simplement un CD - You get the music, you get the packaging, you get the photos, you get the notes, the stories - Avec les compiles Rhino, les complies Ace sont les objets les plus complets qui soient ici-bas. Tu n’achètes pas une compile, tu achètes un concept - with a linking narrative that tells both a literary and musical story - Stubbs en arrive au point essentiel : Ace est avant toute chose de la littérature. Balzac et Mable John même combat !

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             Pour enfoncer le clou littéraire, t’as un dernier chapitre intitulé ‘Selected A-Z of Artists’, et tiens, on en prend deux au hasard : les Cramps et les Damned. Roger Armstrong signe les deux - The most exalted potentates of rock’n’roll have been distilling the shimmy and the shake since 1976, mutating its second cousin, rockabilly, in a familial cross-breeding of surf and psyche to produce a musical monster that frightened the life into Frank N Stein. Add to this Film Noir and Horror, and late night TV, and you have the incredible phenomena that are the Cramps. Ivy Rorschach (big shimmering guitar) and Lux Interior (big loud vocals) populate Crampsville, a place where few have dared to tread - Et aussitôt après, il embraye sur les Damned : «They were politically incorrect and perfectly proud of the fact. They were concerned with chaos and carnage and were by far the best band in town - the ultimate no no  for the punk fashionistas.» 

    Signé : Cazengler, fat Ass

    The Chiswick Story. Ace Records 2023

    David Stubbs. Ace Records: Labels Unlimited. Black Dog Publishing 2007

     

     

    Inside the goldmine

     - Holman river

             Nul n’a jamais mieux porté son nom qu’Hellman. Il semblait cristalliser en lui tout ce qui peut exister de pire dans la nature humaine : la concupiscence, la malveillance, le goût des intrigues, la cruauté naturelle, un sens aigu de la violence morale, et la liste pourrait être encore beaucoup plus longue. Il arrive un stade dans l’insanité où l’échelle des valeurs s’inverse, et ce qui peut paraître sombre aux yeux des autres devient alors grandiose. Il incarnait une sorte de cancer moral, de dégénérescence de la raison. Il avait senti cette tendance en lui très jeune, et plutôt que de la combattre, il l’avait cultivée. Ses premières victimes furent ses parents, puis les copains d’école dont certains sont sans doute restés traumatisés à vie. Ou simplement sourds, car Hellman les attachait à un arbre et leur coinçait un gros pétard rouge à cinquante balles dans chaque oreille. Boum ! Et la liste pourrait être encore beaucoup plus longue. Lorsqu’Hellman s’est engagé dans la Légion pour aller combattre en Afrique, il se portait bien sûr volontaire pour les missions de «pacification». Ses instruments préférés étaient le lance-flamme et la machette. Il utilisait aussi une perceuse. Et la liste pourrait être encore beaucoup plus longue. Alors qu’il atteignait des sommets inégalés, même par les nazis, la Légion l’a viré. Rentré en métropole, Hellman grenouilla un temps dans les milieux de la publicité. Il s’y sentait à son aise, requin parmi les requins, et il se mit à dévorer tout ce qui grenouillait dans ses parages, la concurrence, puis ses propres associés, avant de liquider ses principaux clients. On retrouva un Dircom crucifié dans les bois de Fontainebleau, la PDG d’une multinationale «suicidée» dans sa baignoire avec des poignets tranchés, et la liste pourrait être encore beaucoup plus longue. Hellman resta persuadé jusqu’à la fin de ses jours qu’il irait au paradis, puisqu’il avait passé toute sa vie en enfer.  

     

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             À l’exact opposé d’Hellman, on trouve Holman. Pendant qu’Hellman cultive sa fascination pour l’enfer, Holman en cultive une autre pour le paradis.

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            C’est dans Les Coins Coupés de Philippe Garnier que tu croises la piste d’Eddie Holman. Ce black de Virginie est assez inconnu au bataillon et il vaut vraiment le détour. Son premier album s’appelle I Love You aux États-Unis et Lonely Girl en Angleterre. Bon, le pressage anglais est très bien, la pochette est même plus jolie, Eddie Holman y subit une sorte de traitement préraphaélite qui lui adoucit les mœurs. Diable, comme ce black est beau ! Et diable, comme il chante bien. T’es vraiment ravi d’avoir cette galette dans les pattes, ne serait-ce que pour «Since I Don’t Have You», car tu le vois monter au sommet de son Ararat qui s’dilate, et t’entends un fabuleux falsetto de la Soul, Eddie se livre à un extravagant délire de pointe de glotte. Il t’enchante encore avec «I’ll Be Forever Loving You», il sait se glisser sous le boisseau, il chante encore à la pointe de la glotte et c’est si savamment orchestré ! Eddie propose aussi des grosses compos, comme «I Love You» et «Don’t Stop Now», en B, cette Soul de chat perché assez pure. Il fait partie des anges de miséricorde, au même titre qu’Aaron Neville et Eddie Kendricks. Quel fantastique Soul Brother !

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             Encore plus fantastique : A Night To Remember, un Salsoul de 1977. Eddie est le roi du satin jaune, une évidence qui crève les yeux dès «You Make My Life Complete». Sa voix coule de jus. Il est extrêmement pointu en matière de satin jaune. Il darde effrontément. C’est un Sam Cooke en plus pointu. Il repart en fantastique allure avec «Time Will Tell», il chante par-dessus les toits, il y va à la glotte ailée, il faut le voir clouer sa note au ciel ! T’en reviens pas d’entendre un ange black aussi survolté. Dans «Immune To Love», sa Soul fond comme neige au soleil. Eddie est un rêve de Soul Brother devenu réalité. Même en mode diskö, il peut faire merveille («This Will Be A Night To Remember»). Il passe à la dance des jours heureux avec «Somehow You Make Me Feel». Eddie ne chante que pour le bonheur universel. C’est un magicien d’Oz, un ange de la Soul Music, son Somehow est d’une pureté absolue, il fond sa Diskö Soul dans un océan de bonheur. Il sait faire sonner toutes les harmoniques de sa voix, il décroche pour monter et se fond dans sa propre purée mirifique, c’est assez stupéfiant.

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             Pas question de faire l’impasse sur United. Car il s’agit d’un album de Soul spirituelle. Le morceau titre est une chanson de foi, même chose pour «Eternal Love» et tout le reste de l’album.  Eddie chante son pâté de foi, mais sans le gospel, il fait une Soul de falsetto, la plus pure qui soit, comme celle d’Aaron - Thank you Jesus/ Thank you Lawd - Il navigue très haut dans la pureté azuréenne. Il fait un couplet entier à la pointe du chat perché. Tout est très puissant sur cet album, aw Lawd ! Et ça continue avec «Give It All To The Lord» et «I Asked Jesus». En B, il vire r’n’b avec «Thank You For Saving Me» et même heavy r’n’b avec le dancing «Holy Ghost». C’est du diskö funk en plus gras. Ça se savoure.

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             Encore une compile géniale : Hey There Lonely Girl. Pas facile à déterrer, mais ça vaut le coup. Huit coups de génie sur quatorze cuts ! Qui dit mieux ? Avec un ange comme Eddie, ça n’est pas surprenant. Il monte sur son Ararat dès le morceau titre d’ouverture de bal. Comme ça au moins, t’es fixé. Et pouf, il embraye aussi sec sur «Am I A Loser». Eddie est un fabuleux archange du chant pointu. Il cultive la pureté absolue. Encore une fois, on est obligé de le situer au niveau d’Aaron Neville, d’Eddie Kendricks, de Johnny Adams et de Ted Taylor. Il navigue exactement dans la même catégorie. Il se situe dans l’azur de la Soul, la Soul azuréenne, pour être plus précis. «Since I Don’t Have You» sonne comme un exploit, un véritable élan vers le paradis. Avec «It’s All In The Game», Eddie te prévient : «Many A Tear Has To Fall.» Et on retrouve l’excellent «Don’t Stop Now» qu’il monte au ah-ahhhh dès la première mesure, il chauffe sa pointe à blanc et atteint un sommet de pureté inégalable. Ce pauvre Eddie n’en peut plus de génie vocal. Il fait s’envoler l’I cried/ I cried/ I cried de son «I Cried», c’est du délire. Puis il s’en va tortiller sa Cathy dans «Cathy Called». Il règne sans partage sur l’empire du smooth paradisiaque. Avec «I’ll Be Forever Loving You», il se jette à la tête de l’Is it yes et atteint des sommets de fraîcheur dans la grandeur, il te fait tourner la tête, et à cette altitude, les mots se font rares. Il attaque encore son «Surrender» à la  pointe extrême de son registre, et l’«I Need Sombody» qui suit n’est pas celui de Question Mark, mais un Need Somebody du paradis, il reste là-haut tout du long, c’est une merveille définitive.

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             Eddie’s My Name grouille aussi de puces. Tu n’en finis plus de tomber de ta chaise et ça commence avec «This Can’t Be True», ce malade d’Eddie grimpe au sommet dès l’intro, il yodelle au paradis, en fait il crée le paradis de la Soul chez Cameo Parkway. Il attaque encore «You Can Tell» au sommet de son art, il rivalise de génie supérieur avec Aaron Neville. Il groove tout à la pointe du smooth. Il est aussi radieux que Ted Taylor. Il te groove plus loin «Don’t Stop Now» à la folie, il tape tout au falsetto de génie. C’est l’une des plus belles Soul(s) de tous les temps, chantée à la pointe de la falsette. Encore un challenge d’effarance concomitante avec «Never Let Me Go». Il te grimpe ça au paradis vite fait. L’altitude, c’est son truc. Il monte sur tous les coups. Il chauffe un couplet entier d’«You Know That I Will» à la pointe de la glotte. C’est un prodigieux hystérique. Il monte encore sa glotte en neige sur «I’m Not Gonna Give Up». Il n’en finit plus d’épater la galerie et le voilà qui bascule dans l’heavyness des Tempts avec «I’ll Cry 1000 Tears». Fulminant ! Quelle gigantesque giclée de Black Power ! Et dans tout ce délire, il ramène encore de la couleur. Eddie Holman devrait être aussi célèbre que Sam Cooke, Johnny Adams et Ted Taylor. Il dispose exactement de la même appétence pour le génie. 

    Signé : Cazengler, Holmain au panier

    Eddie Holman. I Love You. ABC Records 1969

    Eddie Holman. A Night To Remember. Salsoul Records 1977

    Eddie Holman. United. Charly Records 2024

    Eddie Holman. Hey There Lonely Girl.  

    Eddie Holman. Eddie’s My Name. Goldmine Soul Supply 1993

     

     

    Wizards & True Stars

     - Le rock à Billy

     (Part Five)

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             Thee Headcoats, ça veut dire les casquettes à carreaux Sherlock : en dessous des casquettes, t’as Wild Billy Childish, Bruce Brand et toute une ribambelle de bassmen dont le premier sera le Prisoner Allan Crockford. C’est lui qu’on entend sur The Earls Of Suavedom, le premier Headcoats sorti sur Crypt en 1989.

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             C’est là, à cet endroit précis, que tu entres dans la petite mythologie du garage britannique. Le vrai de vrai. Le real deal. Big Billy attaque au «No Escape» des Seeds. Il pose ses conditions. Il tranche dans le tas. Avec «I’m A Headcoate Baby», il pose la première pierre d’un empire de killer solos flash. Big Billy est le garagiste le plus intègre du rock world. Crockford bombarde «Alone» au bassmatic, comme il sait si bien le faire dans les Prisoners, et Big Billy dégringole littéralement son «Everyday» à coups de syllabes d’e-ve-ry-day. En B, t’as de chœurs de filles qui font «Man/ You are so suave», sur «My 7th Girl Eve» et Big Billy jette tout son heavy poids dans la balance de «The Killing Hold». Yah ! Le ton est donné : c’est parti pour une belle vingtaine d’albums. Big Billy ne fait pas dans la demi-portion.

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             Crojack remplace Allan Crockford sur Headcoats Down. Cette fois, l’album sort sur Hangman, le label de Big Billy, avec un montage marrant de photomatons sur la pochette. On retrouve le son des Seeds dans «Please Little Baby», oui, c’est pompé sur «Pushing Too Hard», les montées en température sont celles de Sky Saxon. En B, «Wily Coyote» est monté sur l’«Oh Yeah» des Shadows Of Knight. Comme ça au moins, les choses sont claires. Big Billy attaque le «Smile Now» d’ouverture de balda à la fuzz et à la Themmania, et c’est monté cette fois sur «Farmer John». C’est donc l’album garage sixties des Headcoats. Les yeah you feel alright de «You’re Looking Fine» sont de la pure early Stonesy, celle de Brian Jones. Coup de génie avec «I’ll Make You Mine» monté en mode protozozo, bien drivé par un fat bassmatic - I think that you girl/ Ha ha/ I’ll make you mine - Encore du protozozo avec «Young Blood» au bout de la B - I wanna be/ .... a young blood - Toutes les conditions sont rassemblées. C’est du proto-punk extra-sensoriel arrivé après le punk, mais proto dans l’âme.    

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             Il sort trois albums en 1990 : un Crypt, Beach Bums Must Die, un Hangman, The Kids Are All Square et un Sub Pop, Heavens To Mugatroyd Even It’s Thee Headcoats. Le bassman du Crypt s’appelle Olly Dalat. What an album ! Ils re-claquent le «Young Blood» de l’album précédent et re-sonnent comme les Seeds sur «You Broke My Very Mind». C’est encore un album de mighty coups de chapeau : aux Yardbirds avec «Headcoats On Backwards», aux Sonics avec «All My Feelings Denied» (monté sur «The Witch»), aux Beach Boys avec le morceau titre, à Bo avec «I Ain’t Never Found» (monté sur «I’m A Man», aw aw yeah yeah), et à Screamin’ Jay Hawkins avec «No Such Animal» (et tous les bruits de bouche). Il fait aussi de l’indien avec «Pow Wow» et les tambours de guerre de Bruce - C’mon pow wow with me - et il atteint les sommets du genre gaga avec «Murder On The Moors», transpercé par un solo de sax, puis en fin de B, avec «Give Me The Apple Eve» tapé au big fuzz out, et ça balaye tout. Il plonge dans sa friteuse de killer fuzz. C’est du grand art sauvage.

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             Sur The Kids Are All Square, ce sont les Headcoatees qui volent le show. Dès «Wild Man», t’as l’essaim. Elles ont le power ! Nouveau coup de Jarnac avec «Round Every Corner» - Round every corner/ I’ve been looking for you - Girl power ! Holly, Ludella, Kyra et Bongo Debbie cassent littéralement la baraque. Et ça repart de plus belle avec «Give It To Me». «MELVIN», c’est «Gloria», «Meet Jacqueline» et «Boysville», c’est du Bo ! En comparaison, les Headcoats sont complètement éteints, même si Big Billy te prévient, Well I’m a gamekeeper, child ! On sauve le «Monkey’s Paw», car c’est un shoot de wild gaga de la pire espèce. Mais le reste du set est trop classique, même si «I Can Destroy All Your Love» est bien remonté des bretelles.

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             Joli blaster que cet Heavens To Mugatroyd Even It’s Thee Headcoats paru sur Sub Pop en  1990. On y retrouve l’excédé «Girl From ‘62», le plus puissant des gagas Brit, nourri au protozozo avec des jus demented. C’est le sommet du summum d’I walk the line wouahhhhh ! Big Billy forever ! On y retrouve aussi son vieux «I Don’t Like The Man I Am» qu’il tape au British Beat des origines. Et bien sûr le «Troubled Times» d’I need you girl to ease... My troubled mind. Big Billy n’en finit plus de monter à l’assaut des crêtes. Ses killer solos témoignent de sa bravoure. Il sait tailler une route et claquer du killer à la ramasse. Il n’a plus rien à prouver. Il craque une allumette pour «Girl Of Matches», uhhhh et puis ahhhhh, ça cisaille dans les tibias, killah kill d’ahhhh, il soupire d’aise et toi aussi - Burn ! I’m gonna burn you ! - Il te claque le pire gaga de l’univers avec «We’re Gone». Il vise l’absolu de l’Ararat et te sert un final d’apocalypse de wah. Tu ne peux pas faire mieux. Tu crois que c’est fini et tu prends «Rusty Hook» dans la barbe. Comme son nom l’indique, t’es hooké. Big Billy est le roi du gaga stomp. C’est du stash parfait. Big Billy est sans doute le seul à savoir le faire aussi bien, chant + killah kill kill, il applique toujours la même formule, c’est un privilège que de l’accompagner au long de ses dizaines d’albums géniaux. Wild Billy Childish est la dernière grande aventure du rock anglais.    

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             En 1991, il file un CDI au bassman Johnny Johnson. Alors voilà encore un album génial : Headcoatitude. Deux clins d’œil aux Kinks : «It’s Gonna Hurt You (More Than It Hurts Me)» et le morceau titre, montés tous les deux sur les power chords de Dave Davies, avec la même plongée en killer solo flash à la clé. Big Billy fait même le wouahhhh qui amène le pire killer kill kill d’Angleterre, le modère restant le solo de «You Really Got Me». Si tu veux écouter un guitariste anglais, c’est lui, Big Billy, héritier direct de Dave Davies. Il refait du protozozo à la Them avec «I Don’t Like You», il est sur les traces des Downliners, c’est assez hard, il tape le big stomp préhistorique - Yes I know/ Yes I know - et zyva au killah kill kill. Il fait les Them d’«I Can Only Give You Everything». Son «My Dear Watson» d’ouverture de balda est ce qu’on appelle par ici du Pure Brit, monté sur un early British Beat sautillant. Pas loin de l’early Stonesy. Et revoilà l’un des hits de Big Billy : «Troubled Times». Il attaque ça au protozozo - To ease/....my troubled mind - Il reprend à son compte tout le wouahhhhh de la Méricourt des Pretties et des Downliners. Puis il te gratte «By Hook Or By Crook» à la primitive féroce. Chaque album de Big Billy est gorgé d’idées et d’hommages.      

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                 La même année, il sort un album en forme d’hommage à Bo : WOAH Bo In The Garage. Il repasse tous les vieux hits au peigne fin, «Who Do You Love» (fabuleuse débauche de moyens), «Diddy Wah Diddy» (les Medway kids foncent dans le tas de Bo au Diddy Wah), «Dearest Darling» (mambo du diable, Big Billy fout bien le feu, wouahhhhh !) et «Road Runner» (bip bip ! Fantastique attaque, la cover la plus wild). C’est le paradis de la guitare rythmique. Même dans l’heavy mambo d’«I Can Tell», Big Billy passe un killer solo d’antho à Toto.

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             Deux albums en 1993 : The Good Times Are Killing Me et The Wurst Is Yet To Come. Good Times est encore un album solide. Les chemises à carreaux ont remplacé les casquettes Sherlock. Big Billy ramène toute sa hargne et Bruce bat de plus en plus sec. Toujours la même formule : relentless + killer solo. Ils savent même blaster. La preuve ? «It Was Too Late», avec un solo d’étranglement convulsif. Ils rendent un bel hommage à Linky Link avec un «Double Face» monté sur «Rumble». Avec «I’ll Be Out Of Here», Big Billy enfonce son clou dans la paume du beat et son solo bascule dans la folie. Retour au protozozo avec le morceau titre : effarant de niaque viscérale, t’as là le gaga des roots d’are killing me. Il passe le plus sauvage killer solo de tous les temps, celui qui s’étrangle tout seul. Retour à la violence et à Dave Davies en B avec «House On The Water». Et pour «At The Bridge», il reprend la mélodie chant d’«Anarchy In The UK» et son accent cockney fait illusion - Got to build my bridge - Et il boucle son infernal bouclard avec une palpitante cover du «Strychnine» des Sonics, comme s’il se lançait sur les traces de Lux.

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             C’est un Bruce éméché qu’on voit sur la pochette de The Wurst Is Yet To Come, un live enregistré en Allemagne. Ils tapent dans tous leurs classiques, «Troubled Times», «Oh Yea» (sic), hommage à Bo via les Shadows Of Knight, hommage encore à Linky Link avec «Jack The Ripper» et «Comanche»,  à «Louie Louie» avec «Smile Now», et ils repartent en mode protozozo avec «Prity Baby» (sic). Dans «Cowboys Are SQ», Big Billy passe le wild solo de la concasse définitive. Quelle leçon de sauvagerie ! Et voilà l’hommage suprême à Bo via les Pretties : «Keep Your Big Mouth Shut».

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             Allez hop ! Deux albums en 1994 : Conundrum et Live At The Wild Western Room London. Le Conundrum tient bien son rang, c’est l’album punk des Headcoats avec pour commencer un «Every Bit Of Me» qui sonne comme un cut des Damned, car monté sur «New Rose». En B, t’as «I’m An Idiot» que Big Billy attaque à la Pistolmania, c’est l’harangue d’«Anarchy In The UK» - I’m an idiot sixties revivalist ! - Suivi d’un «Hoping» qui est du pur Punk’s Not Dead que Bruce bat à la cloche de bois. Clin d’œil à Bo avec «Crazy Horse», bien arrosé  de coups d’harp. Big Billy reste fidèle à ses racines. Le coup de génie de l’album s’appelle «Girl From 62», un blaster phénoménal qui remonte bien les bretelles du rock anglais. Même genre de blast que «Crawdaddy Simone». Et encore du Medway punk embarqué à la pure hargne avec «Watch Me Fall». Big Billy est plus en plus énervé. Pourquoi n’est-il pas encore enfermé ?  

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             Live At The Wild Western Room London n’est pas un album mais un alboom. Big Billy est complètement hystérique sur le «No Escape» des Seeds. Il enfonce le clou des Seeds dans la paume de l’Escape. On n’avait encore jamais vu ça ! L’«Every Bit» qui suit est le pire blast de l’univers connu des hommes. Il tape plus loin dans les Clash avec une «What’s My Name» tiré de leur premier album. C’est déjà un blast, mais Big Billy en fait un super-blast. Il bouffe les Clash tout crus. Ça dégénère encore avec «Lie Detector». Ce live est l’un des pires. Puis il claque les accords de «The Good Times Are Killing Me» sans aucune pitié pour les canards boiteux. C’est de l’abattage. Il n’existe rien de plus foncièrement wild-gaga que le Good Times de Big Billy. Puis c’est au tour des Headcoatees de monter sur scène, Holly, Ludella, Kyra et Bongo Debbie, accompagnées bien sûr par Big Billy, Bruce et Tub Johnson. «Wild Man» ? Quelle folie ! C’est l’hallali ! Elles tapent dans Bo avec «Meet Jacqueline» et Big Billy claque l’une des intros du XXe siècles sur «Don’t Try & Tell Me». Il n’en démord pas. Il claque même un killer solo de clairette et repart en impénitence. C’est un vrai délire. Après, t’as le «MELVIN» monté sur les accords de «Gloria» et «Davy Crockett» sur ceux de «Farmer John». Tout y est. Cet album suffit à ton bonheur. 

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             On reste dans la même formule avec Thee Headcoats Featuring Thee Headcoatees et The Sound Of The Baskervilles. Big Billy met ses pouliches en avant et ça donne un album assez sauvage. Il commence par claquer l’une des intros du siècle passé pour lancer «Just Like A Dog». Rien de plus violent que cette charge, et bien sûr t’as le wouahhhh suivi du killer solo flash. Les Headcoats sonnent comme les Sonics avec «All My Feelings Denied» et «Sex & Flies» sonne comme du pur jus de Sex & Drugs & Rock’n’Roll. Encore un blast épouvantable avec «Lie Detector». Big Billy est le roi d’Angleterre, mais personne n’est au courant. C’est très bizarre, cette histoire. Sur ce coup-là, Big Billy est pire que Johnny Rotten et Frank Black à leurs apogées respectives. Ce sont les Headcoatees qui se tapent la B, c’est-à-dire Kyra, Ludella, Holly et Bongo Debbie. Elles commencent par s’exploser la rate à coups de «Strychnine» et de some folks like water, puis elles basculent dans le génie gaga avec «I Was Led To Believe», backed par le meilleur backing band du monde, Big Billy, Bruce et Johnny Johnson. Belle cover de «Big Boss Man» et Big Billy tape encore l’une des intros du siècle passé sur «It’s Bad». Les filles shakent bien leurs hips.    

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             Trois albums en 1996 : In Tweed We Trust, Knights Of The Baskervilles et une collaboration avec les Downliners Sect, Deerstalking Men. Avec sa pochette très stylée, In Tweed We Trust fait partie des meilleurs albums des Headcoats. Il jouent cette fois à la disto maximale dès «Everybody’s Wiser Now», ça larsène bien dans les brancards, attention, t’es chez les rois du Medway blast. Et Big Billy claque encore un modèle de killer flash de la désaille. Encore une intro killah pour «Too Afraid». Big Billy n’en démord pas. Avec «Want Me Win Me», il te propose un marché : c’est à prendre ou à laisser - Are you with me/ Are you against me - Mode «Oh Yeah» pour «This Day To Bust», en plein dans les Shadows of Knight, il rassemble toutes ses influences dans son lard fumant. En B, il pique une belle crise de Punk’s Not Dead avec «I’m Hurting». Imbattable. Killer solo convulsif. Il refait les Sonics. Puis il fait son Johnny Rotten avec «The Man With Eyes Like Little Fishes» et «Sex & Flies». C’est l’harangue d’«Anarchy». Il gratte en prime des poux d’une rare violence.

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             Knights Of The Baskervilles est encore un bel album classique des Headcoats avec une B qui grouille de puces : «What You See Is What You Are», «What’s Wrong With Me» et «This Wond’rous Day». Il attaque son What You See au screamo-proto digne des Sonics et ça vire blaster. C’est Johnny Johnson qui amène «What’s Wrong With Me» au fat drive de basse et Big Billy bascule dans un pur jus d’exacerbation. Bruce bat «This Wond’rous Day» bien sec, alors pour Big Billy c’est du gâtö et il bascule dans la folie du just because. Le balda sonne aussi comme l’enfer sur la terre, dès «She’s In Disguise» et ils rendent hommage à Bo avec le morceau titre - Ha ha ha Weez the English gentlemen of rock’n’roll - Big Billy monte son weez the Knights of the Baskervilles sur l’«Oh Yeah» de Bo. Puis il récupère les accords de Dave Davies pour un cinglant «By The Hairs On My Chinny Chin Chin», il travaille ça à la Headcoat motion et, crois-le bien, c’est explosif.

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             Big Billy innove encore en montant un projet collaboration avec Don Craine et Keith Grant : Thee Headcoats Sect, c’est-à-dire les Headcoats et les Downliners Sect. On les voit tous les cinq sur la pochette de Deerstalking Men, Bruce, Don Crane, keith Grant, Bib Billy et Johnny.  Ils tapent deux covers des Sonics, «Strychnine» et «The Witch».

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             The Jimmy Reed Experience est un hommage à Jimmy Reed en format réduit, c’est-à-dire en 25 cm. Il tape chaque fois en plein dans le mille, il renoue avec le vieux boogie blues à la ramasse de Jimmy Reed, mais il vaut peut-être mieux écouter les originaux. Big Billy n’apporte rien sur ce coup-là. Allez, soyons généreux et sauvons l’«Ain’t That Loving You Baby» qui est assez raunchy. 

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             The Messerschmitt Pilot’s Severed Hand restera dans les annales pour quatre raisons : un, «We Hate The Fucking NME» que Big Billy attaque une fois de plus sur les accords de Dave Davies. Pure Hate ! Deux, «I Suppose I’m A Poseur» qu’il attaque sur les accords de «My Generation» - I don’t want to kiss your mouth - C’est d’une rare violence verbale. Trois, «Where Are The Children That Hitler Kissed?», monté sur la fuzz des Them et bien killed au kill kill, on peut lui faire confiance pour ça, il ne rate jamais une occasion de foutre le feu. Et puis quatre, «I Wanna Stop This World» qu’il attaque au I-I-I wanna qui vaut bien celui du Stepping Stone des Pistols. Il fait bien son Rotten d’I-I-I. Et pour finir, t’as ce classic Punk’s Not Dead des Headcoats, l’imparable «Punk Rock Ist Nitch Tot», grand hit punk devant l’éternel.  

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             Brother Is Dead But Fly Is Gone est aussi l’un des meilleurs album des Headcoats. Pourquoi ? Parce que c’est un album de covers géniales. Il attaque avec «Louie Louie» qu’il gorge de violence et de yeah yeah yeah. Big Billy est complètement hystérique sur ce coup-là. Il enchaîne aussi sec avec une cover définitive du «Boredom» des Buzzcocks. Il tape en plein dans le mille du early punk spirit. Il attaque sa cover de «Diddy Wah Diddy» en mode MC5. Toutes les covers sont comme montées en neige. Il fait les Small Faces en mode punk («Watcha Gonna Do About It»), il fait du Richard Hell à bâtons rompus («Love Comes In Spurts») et tape le «Don’t Gimme No Lip Child » de Dave Berry en mode heavy protozozo. C’est encore pire en B : il tape dans le «1977» des Clash, puis dans le «You Gotta Lose» de Richard Hell, il essaye de recréer la folie de Quine, mais ce n’est pas facile, et il termine avec l’«Agitated» des Electric Eels, qui lui va comme un gant, vu qu’il est aussi fondu que John D Morton. Big Billy pousse des screams terribles et s’écroule dans le killah flush de flash.            

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          Le deuxième album de Thee Headcoats Sect s’appelle Ready Sect Go. Pareil, ils sont tous les cinq sur la pochette sapés comme des gentlemen. Bruce vole le show sur «Down In The Bottom». Big Billy le vole sur «Ain’t That Just Like Me», un wild shoot de Beatlemania passé en mode sauvage. Comme ce sont les Downliners qui chantent, on sent qu’ils n’ont pas la même niaque vocale que Big Billy. Mais Keith Grant fait bien son protozozo sur «I’m A Lover Not A Fighter». En B, ils réinventent le British Beat des origines avec «Mean Red Spider» de Muddy et font de l’early Stonesy avec «I Got Love If You Want It» et l’harp fantôme de Johnny Johnson. Et puis t’as ce superbe hommage à Bo avec le morceau titre.  

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             Belle pochette que celle d’I Am The Object Of Your Desire. Dans son pantalon moulant à carreaux, Big Billy s’y fait sacrément désirer. Et pouf, il fait son Johnny Rotten avec «An Image Of You», c’est puissant, d’autant que c’est gratté à la basse fuzz. Il passe un atroce killer solo dans le morceau titre qui est plein comme un œuf, et sonne plus loin comme les Yardbirds dans «In A Dead Man Suit». Tout est tellement carré chez Big Billy ! Il puise dans les vieux accords du «Dropout Boogie» de Captain Beefheart pour claquer son «Come Into My Mind». Il bascule ensuite dans le pire des primitivismes pour gratter «I’m A Desperate Man». Puis il éclate au Sénégal avec «Strange Looking Woman». T’as le beurre et l’argent du beurre qui éclatent avec les poux, c’est somptueux, et même écœurant de qualité. S’ensuit un autre fabuleux amalgame : «Your Lying Means Nothing To Me», un shoot de Childish Bo à la Sect. Puis il plonge en pleine Bomania avec «The Same Tree». Ça explose comme aux plus beaux jours de l’empire Bo-romain, c’est-à-dire The Black Gladiator, Big Billy te gratte ça à la sévère de Chicago et c’est arrosé de coups d’harp. Merveilleuse apothéose !

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             Le Live At The Dirty Water Club est un pur blaster. «Girl From 1962» te saute à la gorge, t’as même pas le temps de dire ouf. En fin de balda, le carnage reprend avec «Shouldn’t Happen To A Dog». Big Billy n’est pas près de se calmer. Il fait un coup de Bo vite fait avec «I Can Tell» et le carnage reprend en B avec «You Make Me Die». Il gratte de Dave Davies racket et ça blaste all over. Il n’y a que lui pour blaster comme ça en Angleterre. Et ça continue dans la même veine avec le vieux «Lie Detector», et les deux autres font «ah ah !». 

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             Irregularis (The Great Hiatus) est l’album de la reformation, vingt ans après le Live At The Dirty Water Club. Et quel album ! Ils attaquent au power max avec «The Baker Street Irregulars». C’est le British Beat des temps modernes et John Riley passe toujours ses beaux coups d’harp. On reste dans le génie Headcoaty avec «Full Time Plagiarist» (clin d’œil à cet abruti de Jack White) et tout le poids du gaga sauvage d’Angleterre. Big Billy n’a rien perdu de sa belle verdeur. Clin d’œil encore à Bob Dylan avec «The Ballad Of Malcolm Laphroaig». Big Billy y ramène toute la harangue de William Loveday Intention. Il gratte de riff de «Baby Please Don’t Go» sur «Mister H. Headcoat» et ça bascule dans l’anticipation. Suite des aventures extraordinaires en B avec «Tub’s Help Out». Big Billy se montre une fois de plus l’héritier de Bo. Encore du pur Bo avec «Oh Leader We Do Dig Thee», et avec «One Ugly Child», nos trois cocos se payent des descentes au barbu vertigineuses. On regagne la sortie avec «The Kids Are All Square» monté sur les accords de Louie Louie - Looking everywhre/ The kids are all square !

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             Grosse cerise sur le gâtö : la compile Elementary Headcoats - The Singles 1990-1999. L’une des compiles phares du XXe siècle. Tout y est : le génie sonique de Wild Billy Childish («Troubled Times» - we live in troubled times), «(I Don’t Like) The Man That I Am» (Christ almighty ! Fucking hell !), «Shouldn’t Happen Today» (wild as fuck, gratté à la vie à la mort), «Girl From 62» (walk the line, oh yeah et il plonge dans le killering), «Every Bit Of Me» (porté à incandescence, rien de plus bravache que cette ganache de gaga sauvage). Et puis t’as Bo à tous les étages en montant chez Billy : «Be A Sect Maniac», «She’s Got A Strange Attractor» (monté sur un Diddley Beat de génie). T’as du Pure Brit avec «(We Hate The Fucking) NME» (Be a prick in the NME), et Billy sort sa fuzz, comme d’autres sortent l’artillerie, avec «Thoughts Of A Hangman» (Pas de pire fuzz que celle-là. Big Billy fait toujours tout mieux que les autres). «Louie Riel» n’est autre que «Louie Louie» et «Don’t Try And Tell Me» est monté sur une carcasse des Seeds. Et ça repart de plus belle sur le disk 2 avec de nouveaux coups de génie immémoriaux : «I’m So Confused» (power suprême), «When You Stop Loving Me» (rien de plus radical en Angleterre), «Thief» (punk de British Beat arrosé de coups d’harp), «I’m Hurting» (wild as fuck et t’as le k k kill en prime), et ces trois covers de génie, «No One» (cover inespérée d’un artefact du punk anglais, Johnny Moped), «Louie Louie» (claquée au wouahhhh, encore pire que celle d’Iggy) et «No Escape» (il est en transe, cover explosive). Deux shoots de Punk’s Not Dead avec «Shadow» et «The Messerschmitt Pilot’s Severed Hand». Et il refait son Johnny Rotten dans «Organic Footprints» : c’est monté sur Anarchy. Mais avec Big Billy, ça surchauffe !

    Signé : Cazengler, Billy Chaudepisse

    Thee Headcoats. The Earls Of Suavedom. Crypt Records 1989

    Thee Headcoats. Headcoats Down. Hangman Records 1989      

    Thee Headcoats. Beach Bums Must Die. Crypt Records 1990

    Thee Headcoats. The Kids Are All Square. Hangman Records 1990 

    Thee Headcoats. Heavens To Mugatroyd Even It’s Thee Headcoats. Sub Pop 1990   

    Thee Headcoats. Headcoatitude. Shakin’ Street Records 1991          

    Thee Headcoats. WOAH Bo In The Garage. Hangman Records 1991

    Thee Headcoats. The Good Times Are Killing Me. Vinyl Japan 1993 

    Thee Headcoats. The Wurst Is Yet To Come. Tom Produkt 1993

    Thee Headcoats. Live At The Wild Western Room London. Damaged Goods 1994  

    Thee Headcoats. Conundrum. Hangman’s Daughter 1994

    Thee Headcoats Featuring Thee Headcoatees. The Sound Of The Baskervilles. Overground Records 1995       

    Thee Headcoats. In Tweed We Trust. Damaged Goods 1996

    Thee Headcoats. Knights Of The Baskervilles. Birdman Records 1996

    Thee Headcoats Sect. Deerstalking Men. Hangman’s Daughter 1996

    Thee Headcoats. The Jimmy Reed Experience. Get Hip Recordings 1997

    Thee Headcoats. The Messerschmitt Pilot’s Severed Hand. Damaged Goods 1998 

    Thee Headcoats. Brother Is Dead But Fly is Gone. Vinyl Japan 1998                          

    Thee Headcoats Sect. Ready Sect Go. Vinyl Japan 1999 

    Wild Billy Childish & His Famous Headcoats. I Am The Object Of Your Desire. FOTBMFA 2000

    Thee Headcoats. Live At The Dirty Water Club. Hangman Records 2001

    Thee Headcoats. Irregularis (The Great Hiatus). Hangman Records 2023

    Thee Headcoats. Elementary Headcoats. The Singles 1990-1999. Damaged Goods 2000

     

     

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    ROCKABILLY GENERATION NEWS

    N° 34 / JUILLET/ AOÛT / SEPTEMBRE 2025

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            Jean-Louis Rancurel frappe d’entrée. L’étend son empire sur vingt-cinq pour cent du territoire, un quart de la revue rien que pour lui. L’a un appétit de requin, pardon de ricains, car il n’est pas tout seul, on ne les appelait encore des pionniers en ces temps-là, ils étaient simplement des légendes vivantes, de leur époque. De véritables découvertes, dans votre tête ça se mélangeait un peu, les ricains bien sûr, avec dans le sillage de la comète les Englishes qui en profitaient un peu pour venir grenouiller un peu dans le bénitier du rock français. La hiérarchie n’était pas claire, ce sont les premiers groupes de chez nous qui ont révélé à un public d’adolescents à peine sortis de l’enfance qu’il existait une musique bizarroïde qui s’appelait le rock’n’roll… Ceux qui avaient de la chance pouvaient acheter Disco Revue, encore fallait-il la trouver au fin-fond des provinces éloignées. Oui mais là ça se passe à Paris. Jean-Louis Rancurel faisait ses débuts de photographe rock. Sans diplôme, mais avec le cœur et l’instinct. Au bon endroit, à la bonne heure. L’a pu capter une bonne moitié des pionniers du rock, jugez du peu : Gene Vincent, Chuck Berry, Little Richard, Jerry Lou et Bill Haley. Faut l’entendre relater sa perception, qui est un peu celle de toute une frange générationnelle, ses entrevues, les conditions imposées et l’impact de ces premières prestations qui tournèrent la tête de multiples jeunes gens… Lisez, regardez, comme disait Paul Claudel qui n’était pas un rocker : L’œil écoute ! Les photos parlent de nos rêves. C’est rempli d’anecdotes, je ne vous en raconterai aucune, nous saluerons les noms de François Jouffa, de Bob Lampard et de Jacques Barsamian qui ont tous été des passeurs.

    N' y a pas que les ricains dans la vie. Francky Gumbo est un petit gars bien de chez nous. Un grand Monsieur. Je n’ose pas dire qu’il est un super guitariste rock’n’roll, car il me demanderait de biffer ‘’super’’. Pas la grosse tête. Oui il s’y connaît un peu, mais il ne se décrit pas comme un cador. Se raconte sans prétention. Son père était un passionné de Gene Vincent, de Vince Taylor, et de tous les autres. Il jouait de la guitare, il lui a refilé les rudiments, z’ensuite il a bossé beaucoup, parce que sans internet les tutos étaient rares et chers… oui il est connu, on l’appelle parfois pour un studio, mais il n’est pas un musicien de studio, il aide, il rend service, il participe, fait le job, mais pas le gars à tirer la couverture à lui. Y a plus grands que lui. Cliff Gallup par exemple son jeu unique, et Eddie Cochran… pas le genre de zombie à focaliser sur les soli, tiens celui-ci il peut le jouer, mais il ne l’intuite pas souverainement, sa guitare, sa moto, portrait d’un solitaire qui ne se compare qu’à lui-même, l’on sent un homme d’une densité extraordinaire, rock, country, oui il se débrouille, un artiste qui refuse d’être dupe de son talent si tant est qu’il accepte ce mot, son père avait raison, ne regarde pas où tu mets les doigts, ils se poseront d’eux-mêmes là où il faut… l’a tout un parcours derrière lui, l’a accompagné les Capitols, un groupe capital, je me souviens d’une version inimitable de Baby Blue, un soir en concert…

    Encore un petit gars bien de chez nous. Ne vous méprenez pas sur l’adjectif petit, vient de fêter se quatre-vingt ans. L’était déjà dans les rails à l’époque relatée par Jean-Louis Rancurel, l’était un ami d’un gars qui plus tard s’est appelé Johnny Hallyday… Entre 1960 et 1964 Jean-Claude Coulonge était le batteur des Centaures groupe rock’n’twist, un de toute cette première couvée historiale, des lanceurs de graines pour reprendre une expression de Jean Giono… N’a jamais quitté la galère et les galas, notamment au début de ce siècle avec Les Vinyls… Rémi le batteur des Spunyboys, quand il frappe vous comprenez qu’il cogne, m’a affirmé qu’il avait été marqué par la vigueur du style  Coulongien… Encore un gars qui vit ses rêves rock’n’roll jusqu’au bout.

    Hier soir je me demandais, mais de qui va nous parler dan ses Racines Julien Bollinger ? N’a peur de rien notre Bollinger, l’a choisi une figure controversée. Par les imbéciles. Pas n’importe qui, dans les Encyclopédies il est souvent cité comme ‘’ l’inventeur’’ du rock. Ike Turner. L’on ne dira jamais assez l’influence qu’il exerça sur Sun et sur Elvis Presley (et bien d’autres qui lui doivent leurs carrières)… Non il n’a pas inventé le rock mais il a été partout où le rock a eu besoin de lui. Un activiste dans l’âme. Les plaintes portées par Tina Turner pour violences conjugales lui ont causé beaucoup de tort. Julien Bollinger apporte quelques explications. Je ne suis pas sûr que par ces temps de féminisme exacerbée il soit entendu. Dans ce blogue notre Cat Zengler s’est étendu cette affaire nauséabonde... Sans Ike Turner le rock’n’roll aurait tout de même existé, mais porterait-il cette force explosive qui l’anime…

    Les pages restantes sont principalement dévolues aux festivals. Nous nous attarderons uniquement sur Rock Around The Atomium (Bruxelles) fin mai de cette année. Le programme met l’eau à la bouche. L’a l’air d’avoir été concocté avec savoir et sapience. Organisé par Patrick Ouchène et sa fille Crystal Dawn. Juste le temps d’évoquer deux concerts exceptionnels au 3 B à Troie. La maman de Crystal est aussi belle que sa fille ! Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la photo de Sergio qui le prouve.

    Merci à Sergio et à toute son équipe pour le travail accompli. Cette revue Rockabilly Generation News est un miracle sans cesse renouvelé à chaque numéro.

    Damie Chad.

    Editée par l'Association Rockabilly  Generation News (1A Avenue du Canal / 91 700 Sainte Geneviève des Bois), 6 Euros + 4,72 de frais de port soit 10,72 E pour 1 numéro.  Abonnement 4 numéros : 39 Euros (Port Compris), chèque bancaire à l'ordre de Rockabilly Genaration News, à Rockabilly Generation / 1A Avenue du Canal / 91700 Sainte Geneviève-des-Bois / ou paiement Paypal ( Rajouter 1,10 € ) maryse.lecoutre@gmail.com. FB : Rockabilly Generation News. Excusez toutes ces données administratives mais the money ( that's what I want ) étant le nerf de la guerre et de la survie de tous les magazines... Et puis la collectionnite et l'archivage étant les moindres défauts des rockers, ne faites pas l'impasse sur ce numéro. Ni sur les fascicules précédents ! 

     

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    PREMIERE INTRODUCTION

    POUR LES ESPRITS DE GEOMETRIE

             Rien de tel qu’un peu de géométrie pour affiner notre perception du monde. Je vous rassure, nous nous contenterons d’une leçon de base. Vous reconnaîtrez immédiatement l’axiome suivant : Deux droites parallèles ne se rencontrent jamais. Oui, si Thalès l’a dit vous pouvez le croire. C’est lui qui a fondé les prémices mathématiques. L’est même dans la liste des Sept Sages de la Grèce Antique.  Bref le gars parfait. C’est-là où le bât blesse. Comme disent les ânes que nous sommes. Quoique d’une intelligence redoutable les Grecs possédaient un esprit tordu. Or par définition, selon ce qui précède, une droite grecque ne peut être droite, définie par un esprit de guingois elle ne peut être  ne serait-ce qu’un tout petit peu, tordue. Or si les droites sont tordues, peuvent-elles être vraiment parallèles.

             Vous conviendrez que cette problématique n’est pas évidente à développer. Nous risquons de nous perdre en propos oiseux. Les vacances s’approchent, je ne voudrais pas qu’au bord d’une plage, insensibles aux jeunes filles dénudées qui se prélassent sur le sable à proximité de votre parasol, votre esprit accaparé se perde en des ratiocinations infinies, qu’au mois de septembre vous rentriez chez vous dépité de n’avoir su résoudre ce problème, insatisfait de vous-même, déçu de ce séjour méditerranéen, en proie à des pensées suicidaires…

             Je pense avoir résolu ce problème. Ce n’est pas que je sois plus intelligent que vous, c’est dernièrement dans une boutique de bouquiniste que mon œil a été attiré, par le jaune vif d’une couverture. J’aime le jaune, c’est là mon moindre défaut. Aussi me suis-je approché, et c’est là cher kr’tntreader que je m’aperçois avec stupéfaction que c’était un livre sur le rock ! Comme quoi le rock’n’roll mène à tout.

    DEUXIEME INTRODUCTION

    POUR LES ESPRITS DE FINESSE

    Le jarl Chad est fièrement dressé à la proue de son drakkar. Le vent cingle violemment la grande voile à bandes sang et rouge. L’équipage entassé pêle-mêle ronfle bruyamment. Les durs guerriers sont fatigués. Ils ont tué, brûlé, assassiné, violé sans merci durant de longues heures. Il ne reste plus âme qui vive dans les ruines fumantes des igloos, les cadavres de deux cents ours polaires et de quatre cent cinquante rennes tous égorgés pour le seul plaisir de les voir souffrir jonchent le sol glacé du Groenland. Ce n’est pas pour rien que dans tout l’Occident le jarl Chad est surnommé la cinquième extinction.

    Un léger toussotement interrompt les suprêmes pensées du Jarl Chad. C’est Leif Turlusson, le pilote. Il tient à la main une antique carte qu’il avait dérobée dans le musée de Byzance deux ans auparavant lors d’un simple, même pas dix mille victimes, raid distractif.

    _ Vénéré Chad il y a un problème, la carte précise que nous devrions traverser des centaines de kilomètres sur terre avant d’arriver en Normandie.

    _ Merdum, catastrophum, asinus profundus !

     Le jarl est un lettré il connaît le latin mieux que ne le parlait Cicéron ; il s’est saisi de la carte, il lui jette un coup d’œil dédaigneux :

    _ Saperlopipetum comme disait Fantometta, la Normandie est beaucoup plus à l’intérieur des terres que je le pensais, pas de problème, une broutille, nous passerons par la Séquana, la Saona, le Rhodanum et l’Iserum. Pour gravir les Alporum on réquisitionnera quelques milliers d’indigènes jusqu’au lac Lemantum. Vois-tu Leif Turlutttutson, pas de quoi se lamenter pour si peu. Nous en profiterons pour ravager ces contrées qui osent se mettre entre nous et la Normandie.

    L’équipage réveillé hurle trois fois hourra, tous se jettent avec frénésie sur leur épée pour en aiguiser le tranchant.

    C’est ainsi que trois mois plus tard Le Jarl Chad à la tête de son équipage assoiffé de pillages et de violences entrait en Romandie…

    Douze siècles après, des scribes éblouis racontent encore cette épopée qui a laissé une trace sanglante dans la mémoire de l’Humanité.

    ROCK’N’ROLL EN ROMANDIE

    CHRONIQUE DES ANNEES SOIXANTE

    CHRISTIAN SCHLATTER

    (Editions Plantanidia / 1984)

     

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             Il est totalement vrai qu’en sortant de ma boutique, j’étais sûr d’avoir acheté un bouquin sur le rock en Normandie. C’est en le déposant sur le siège de ma voiture que j’ai corrigé ma fautive lecture Rock en Romandie ! Qu’importe, Normandie ou Romandie, c’est toujours du rock ! Je le croyais dur come du fer. Je ne me doutais pas que je m’apprêtais à vivre une étonnante expérience de parallélitude extrêmement déconcertante.

             Mais commençons par le commencement. Christian Schlatter est né en suisse en 1945, l’avait quinze ans en 1960 lors de l’éclosion du rock sur ce qu’avec dédain les britanniques nomment l’Europe continentale. Soyons honnêtes les Anglais possédèrent un peu d’avance. Attention sur la quatrième de couverture, il est précisé que le gars a connu Jerry Lee Lewis, Gene Vincent, Vince Taylor, Hallyday et Les Chaussettes Noires. Mais il ne s’est pas contenté d’être un témoin, il a aussi été un des acteurs des évènements qu’il rapporte.

    Avant même d’avoir ouvert l’ouvrage j’ignore tout de son contenu mais je sais que j’y trouverais des tas de noms de groupes inconnus.

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             Je ne me trompe pas. Mais dès la courte introduction je sursaute, Christian Schlatter annonce qu’il a fait partie des Aiglons. Les Aiglons, bien sûr je connais, je ne savais pas, ou j’ai totalement oublié qu’ils étaient Suisses, je les croyais français, la Compil Histoire du Rock Français les a annexés sans tergiverser… Stalactite leur premier titre passait régulièrement dans Special Blue Jean sur  Radio Andorre, un instrumental, c’était la mode à l’époque. Parce qu’il y avait les Shadows et surtout parce que le son nouveau des guitares électriques avait percuté jeunes et adultes, l’on aimait, l’on exécrait, mais c’était une sonorité nouvelle, choquante, inhabituelle, fascinante, pour parodier Lovecraft, la couleur (musicale) tombée du ciel. L’instrumental rock dans les années soixante était un art encore plus difficile que le Sonnet. L’est presque impossible de se démarquer. C’est facile de ressembler à tout le monde. Stalactite est savamment orchestré. Faut être un esthète rock pour apprécier ce genre de petits bijoux, si vous êtes musicos faut être sans cesse aux aguets une oreille sur la concurrence. Conséquence pour garder un public qui ne soit ni de niche ni d’aficionados, les groupes instrumentaux reprenaient les slows à succès, les plus courageux comme les Aiglons, les composaient eux-mêmes, dans les deux cas l’esprit rock se perdait, c’était là flirter dangereusement avec les groupes de balloche…

    Mais il n’y a pas eu que les Aiglons. Toute une kyrielle. Avec des noms du tonnerre. J’aimerais avoir le talent de Louis Aragon qui a composé de superbes ballades en citant les noms des villages de France. Je pourrais ainsi composer quelques chefs-d’oeuvre en énumérant les dénominations des premiers groupes sixties de France, de Belgique et de Suisse romande… Pour la petite histoire Aragon et Elsa Triolet ont été les rares spécimens de la haute intelligentzia française à avoir accueilli sans aménité Johnny Hallyday

    M’abstenant d’écrire un roman je me contenterai donc d’évoquer rapidement quelques-uns des tout premiers groupes romands. 

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    Honneur aux Volcans de Montreux, ils furent les premiers à enregistrer en 1964 un disque, 45 tours quatre titres, et à connaître un destin 100 % rock à la James Dean  puisque leur leader Jean-Pierre Sandoz se tua au volant de sa voiture… Le groupe essaya se survivre sous le nom Les Clandestins, influence Beatles-Stones, mais le cœur n’y était plus.

    Lucifer et ses Anges Blancs ce qui ne les gêna pas pour adopter un style Chaussettes noires furent très vite rappelés au paradis, en 1963 le groupe fut victimes de multiples changements, se métamorphosèrent en Lucifer et les Black Men, en 1964 c’était fini et bien fini, mais beaucoup de musiciens qui transitèrent dans le groupe se retrouveront plus tard dans d’autres formations…

             Les Loups Blancs, d’eux ne subsiste que leur réputation. Ils semblent s’être inspirés directement des américains et vraisemblablement des Shadows  puisqu’ils étaient un groupe instrumental.

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             Les Sorciers remportèrent le deuxième Coupe Suisse de Rock de Renens ce qui leur permit d’enregistrer deux disques, des instrumentaux, le son est maigre, chez Barclay. Ils se séparèrent à lin de l’enregistrement du second… Ces groupes sont instables les musiciens naviguent de combo en combo.

             Un groupe de Renens : se nommèrent d’abord les 5 Rocks (re-bonjour les Chaussettes) puis les Misfit’s très américanophiles : Holly, Vincent, Cochran, Valens et un nouveau guitariste Lucien Dardell entiché d’Hank Marvin et de Big Jim Sullivan, les Misfit’s passèrent au Golf-Drouot, intéressèrent Barclay, mais l’équivalent de notre service militaire leur fit rendre les armes.

             Une redoutable odeur nauséabonde accompagne les cinq paragraphes précédents. Pas d’inquiétude c’est ici qu’alertés par ces effluves de chaussettes sales que nous retournons à nos parallèles particulières puisqu’elles adoptent des particularités normalement attribuées aux sécantes, y aurait-il eu un rock’n’roll made in Switzerland si le french rock’n’roll n’avait pas montré l’exemple… Eddy et ses attributs vestimentaires de bas-étages ont servi d’exemple et de modèle, les Chats Sauvages ne suscitèrent pas de telles vocations. Nos romandiens ne bénéficièrent pas d’un, Golf-Drouot, au tout début ils se contentèrent d’un qu’un modeste café le Cyrano, un nom qui tout de suite vous tire flamberge au vent, miraculeusement situé au centre  Lausanne à quelques encablures d’une boutique de disques… Quelques amateurs ou esprits avisés prêts à tout pour gagner de l’argent essayèrent d’aider à la structuration du mouvement. Plusieurs concours mettant en compétition les groupes furent organisés pour échauffer les passions et motiver le public. Le vieux coup de l’os à ronger qui occupent les foules. Les résultats ne furent pas à la hauteur, les groupes élus ne reflétaient pas la hiérarchie des talents. D’autres préférèrent ouvrir des salles de danse ou de concert où les groupes pouvaient venir jouer régulièrement. Pratiquement gratuitement…

             La Guerre des Groupes raconte cette époque formidable… Beaucoup d’appelés et pas d’élus. Le service militaire, les études motivèrent les changements d’itinéraire. Un phénomène beaucoup plus insidieux, l’on est toujours trahi par soi-même, au bout de deux ou trois années se posait la question cruciale : ou tu tournes en rond, ou tu deviens professionnel. Encore fallait-il sentir que l’on en était  capable… Dès 1963, la donne change, la difficulté se corse, tant bien que mal on parvenait à imiter les ricains mais les groupes venus d’Angleterre changent les règles du jeu, Beatles et Rolling Stones, produisent une déflagration sonore, nos premières rock’n’roll stars prennent un sacré coup de vieux. Ces pionniers qui  croyaient faire partie de la pointe novatrice du rock’n’roll se retrouvèrent relégués dans le club des has-been…

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             Le deuxième chapitre est consacré à un seul groupe : Les Faux-frères. A l’origine ils sont deux, admirateurs des Everly Brothers. Des bosseurs, déjà en 1958, après les cours ils se mettent au travail. Faut étoffer le son, voix et guitare c’est un peu maigrelet. Sont rejoins par trois musiciens. Le groupe est remarqué par Albert Raisner qui leur offre un passage à Age Tendre et Tête de Bois, plusieurs maisons de disques parisiennes s’intéressent à eux, Claude Lederman qui manage  Claude François veut lancer les deux chanteurs à condition qu’ils balancent les trois musiciens, refus général, Vogue publie leur premier 45 tours avec Be Bop A Lula, les Everly en ont donné aussi leur version. Les Faux-Frères sautent le pas, ils choisissent de devenir professionnel. Sont à Paris, passent souvent au Bilboquet, tapent le bœuf avec Johnny Hallyday et Brian Jones ! Nous sommes en 1966, Raisner fait des promesses qu’il ne tiendra pas, en 1968 le groupe se sépare… De toutes les formations présentes dans le book, ce sont ceux qui seront allés le plus loin dans le métier.

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             Mais le plus intéressant reste à venir : les Aiglons. Pratiquement la moitié de l’ouvrage leur est dévolue. L’on pourrait reprocher à Christian Schlatter de tirer la couverture à lui ou sur son propre groupe. Il n’en est rien, il ne se met jamais personnellement en avant mais son témoignage est le seul document d’une telle importance sur les premiers groupes des années soixante, de France ou de Suisse qui nous soit parvenu. Du moins parmi tous ceux qui sont passés sous mes yeux. Il existe quelques interviews assez fouillées certes, mais là nous avons droit à un véritable récit réflexif. Rien à voir avec une hagiographie, pas le moindre règlement de compte, pas uniquement des faits non plus. C’est en avril 1962 que François Schlatter rencontre trois copains qui viennent de perdre leur batteur. Embauché d’office. Des gamins, d’un même quartier. Possèdent un atout. Leur guitariste, un autoritaire, un colérique, un perfectionniste, qui cent fois sur l’ouvrage leur met le nez dans leur caca. Les résultats sont là. Un coup de téléphone au Golf-Drouot, uniquement parce qu’ils sont suisses Henri Leproux les convoque pour le quatre janvier 1963. Ils ne remportent pas le tremplin mais sont remarqués par Ken Lean, directeur artistique chez Barclay leur promet de faire signe… Retour en Suisse, un peu dubitatifs… Z’ont tort. Coup de téléphone  de Kean Lean qui les convoque à Paris… pour enregistrer un disque ! Stalactite doit beaucoup à Ken Lean. Schlatter raconte qu’ils auront du mal à le reproduire à l’identique en concert. Début juin les auditeurs de Salut Les Copains plébiscitent le titre. Tout s’enchaîne très vite : réunion avec les parents qui acceptent de laisser s’envoler les petits pour trois ans. La belle vie à Paris… Juillet 63, ils participent à l tournée des Plages, non pas en Romandie mais en Normandie, organisée par RTL.. Sont en train de manger leur pain blanc mais ils ne le savent pas. En octobre 1963 l’enregistrement du deuxième disque sera difficile, moins rock que le précédent…

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             Dans notre livraison 695 du 19 / 06 / 2025, nous évoquions le passage de Gene Vincent accompagné par les Sunlights à Bruxelles le 10 octobre 1963. Les Aiglons faisaient partie du package de cette tournée ‘’ Âge Tendre’’. Encore deux parallèles qui se recoupent. Les Aiglons pactisent avec Gene. Schlatter dresse un beau portrait de Gene, être sensible qui donnait l’impression de ne pas être heureux, miné par le chagrin de la disparition d’Eddie Cochran et chagriné d’être séparé de sa petite fille…

     

             En décembre 1963, Ciné-Monde attire l’attention sur cinq groupes étrangers : les Beatles, les Shadows, les Spotnicks et les Aiglons… Incroyable mais vrai, ce sont les Beatles qui détiennent l’avenir du rock et pas les Aiglons… En 1964 les Aiglons refusent de devenir l’orchestre attitré de Claude François… le vent tourne, les amitiés se fissurent, l’argent est un grand désagrégateur… les  Aiglons retournent à leurs chères études, une désastreuse tournée en Allemagne vite interrompue, en octobre 1966 le groupe s’autodissout…

             Le livre est à lire, l’iconographie abondante, à signaler une photo de Gene Vincent que je ne connaissais pas… l’histoire d’une génération, racontée par un activiste rock qui n’a jamais désarmé.

             Les parallèles finissent par se rejoindre dans les cimetières.

    Damie Chad.

    P.S. : Il existe une cassette qui reprend certains morceaux évoqués dans le livre.

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    A la rentrée une kro d’écoute de cette génération.

            

    *

    The Gene Vincent Files #3: Harvey Hinsley, guitarist

    for Hot Chocolate talking about Gene Vincent.

             Hot Chocolate n’est pas mon groupe préféré. Je préfère des boissons un tantinet corsées. L’est vrai qu’ils avaient été remarqués par John Lennon, Qu’ils ont été pris en main par Mickie Most, par la suite ça s’est gâté, z’ont fait du funk et du disco. Je puis comprendre qu’il faut manger, qu’on a le droit d’évoluer, voire de régresser, mais aller jouer au mariage de Charles et de Diana, du coup j’ai du mal à tremper mes lèvres dans cette tasse de thé tiède… Z’oui mais si vous tapez le nom d’Harvey  Hinsley sur Discogs, vous tombez sur un double CD (cinquante-six morceaux) Roller Coaster : Git it ! A tribute to Gene Vincent, (Vol 3) with Eddie Cochran. Avec un morceau des Sprites, groupe mythique français ! Le genre de pemmican qui vous réconcilie avec la vie.

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    Cela a commencé  quand je me suis rendu dans une boutique de disques en ville, j’ai acheté un single, un 78 tours, de retour une autre fois, je ne pouvais même pas imaginer ce que j’allais choisir, le vendeur m’a dit : tu achèteras ce disque la prochaine fois, je demandais lequel et il me le fit écouter, je pensais que c’était un disque bizarre, il y avait  quelque chose d’intéressant dans ce truc, all rigtht et je suis sorti sans l’acheter. Il s’écoula environ six mois avant que je ne revienne dans la boutique : ‘’je suis revenu pour le disque dont vous m’aviez dit que je reviendrais l’acheter’’, ‘’Ah oui, lequel était-ce ?’’, ‘’ C’était Be Bop A Lula’’, ‘’ Ah, celui-là, j’étais sûr de que de toutes les façons vous voudriez l’acheter’’ J’ai fini par acheter 5, 7 8 exemplaires de ce disque, j’ai eu  trois Race with the Devil et cinq Be Bop A Lula, à force de les faire tourner ils s’usaient, en cette lointaine époque les aiguilles étaient lourdes et les disques crachotaient terriblement, j’en ai racheté cinq exemplaires, je me souviens de sa voix perchée, de son écho,  de sa voix brillante et je pensais que même si c’était aigu et brillant, et cette guitare, j’aimais cette guitare, j’adorais le truc en son entier, vous savez ces coups de frotté, oui j’aimais tout, je me souviens, à chaque fois je trouvais cela totalement inhabituel, bien sûr plus tard… En ces temps-là vous pensez bien que tout le monde trouvait cela bizarre, qu’à l’époque l’on ne savait pas quoi penser de ce truc, vous l’encaissiez en pleine poire, peu importe, plus tard vous compreniez… ce choc m’a considérablement affecté de la manière suivante, j’ai acheté les disques, qui m’ont coûté 14 guinées, chacune de  ces guinées coûtait 14 schillings, vous ne le savez pas mais 14 guinées c’était une guitare acoustique, une Zénith, ça m’a coûté un bras, et la première fois que je l’ai eue entre les mains  j’ai commencé à travailler Woman Love, c’et en G pas en B, mais Woman Love, de cela on s’en moque, c’était, c’était Woman Love ! j’ai compris que je travaillerai d’abord en B, je pensais que ce serait plus facile, j’ai démarré de cette manière, puis je suis passé à Be Bop A Lula, puis j’ai continué sur Race with the Devil, jusqu’à ce que je réussisse, j’ai bossé, bossé comme un fou, ensuite j’ai rejoint mon premier groupe, j’avais dix-huit ans, j’ai converti le groupe à Gene Vincent,

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    nous faisions aussi du Buddy Holly, Rave On par exemple, et toute cette came que nous aimions, j’ai convaincu le chanteur à apprendre le répertoire de Gene Vincent, et tout le set n’était que du Gene Vincent, ainsi je pouvais jouer tous les soli, nous avons passé une super-période… j’adorais la manière dont Gene chantait, par exemple Up a Lazy River, il le chantait doucement, personne d’autre ne pouvait le chanter ainsi, croyez-moi il le chantait si joliment doucement, avec cette brillante guitare par-dessus, et cette manière à lui de chanter, je pensais que je ne pourrais jamais trouvé un individu qui ait pu mieux faire. Je n’ai jamais aimé cette chanson et je ne l’aurais jamais aimée si je ne l’avais jamais entendue par Gene, il était dans son cuir noir, il était comme une exhalaison de son cuir noir, j’ai vu des photos de l’album Blue Jean Bop album, il porte sa veste de sport et sa guitare, il ressemble à n’importe quel artiste de country, et quand il était dans son cuir noir, je n’ai jamais été intéressé du tout par l’ensemble de sa personnalité, je ne me suis jamais soucié de ces anciennes apparences sur les scènes d’avant, pour moi j’écoutais un disque et j’entendais juste un son brillant, et pour moi s’il s’était tenu debout dans son pyjama en chantant et en sonnant bien, je ne m’en serais pas plus soucié que s’il était en train de bosser en face de moi… aussi quand je l’ai entendu dans ce théâtre je pensais me retrouver dans le son de ceux qui sont indiscutablement dans le haut du panier, aussi n’ai-je été  impressionné qu’ à demi, très  heureux de voir Gene, mais désappointé par les Blue Caps,  parce que j’avais toujours apprécié le groupe, mais pour être honnête avec ce set et cette formation, je ne savais pas quoi penser de cette formation, quoiqu’ il l’ait remaniée, et même si c’ était encore brillant avec Johnny Meeks… mais   ce dont je me souviens c’est que je l’ai rencontré dans un autre théâtre, un de mes amis le prit à part et je vis que c’était une personne comme tout le monde, il discutait avec de parfaits anonymes,  avec des gens non connus et il me fit venir backstage et me signa un autographe que j’ai toujours gardé, j’avais dix-huit ans, comment était-il – vous savez j’étais venu en pensant rencontrer une personnalité exceptionnelle mais il était très cool, pas du tout arrogant , parce que je suis arrivé en disant ‘’ Gene, je suis Harvey’’ j’ai senti l’ambiance ‘’ j’ai tous vos disques Gene’’ après quoi j’étais comme fou, mon Dieu qu’ai-je fait, il était si gentil, il m’a appelé monsieur et m’a beaucoup remercié, j’ai apprécié vraiment sympa… je n’ai jamais pensé qu’il pouvait être agressif, de par sa personnalité, par la manière dont il s’exprimait en ses chansons, avec un tel sentiment, spécialement les plus douces, beaucoup de personnes se plaignaient de ses slows, disant qu’est-ce qu’il est en train de faire Peg O My Heart, et Waltz of the Wind, pourquoi il fait ces trucs, qui sont si ridicules, ce sont de très grandes choses qui prouvent qu’il pouvait faire n’importe quoi, il pouvait faire du rock’n’roll et chanter des ballades, dans les deux registres il assurait, il chantait parfaitement, aujourd’hui les gens se corrigent avec l’auto tune, Gene était juste dans le ton, il chantait joliment, il avait une voix très belle, et Cliff Gallup était capable de tout jouer, il jouait aussi les slows… c’est ainsi que je pensais à l’époque, aussi maintenant j’imagine Gene comme si je l’avais vu pleurant sur scène, et je n’aurais pas été étonné, je n’aurais pas voulu être impressionné d’une autre manière, j’ai juste pensé qu’il était un gars paisible… quand je l’ai rencontré il était calme, et j’ai pensé qu’il était comme cela d’après ses disques, c’était un gars tranquille et même timide, c’est ainsi que je tiens à   parler de lui, il n’était pas un gars outrageant. Quelques-uns ont essayé d’acter cela, mais vous savez je l’ai rencontré la première fois lorsque j’avais 18 ans, et ensuite probablement vers 23 ans, avec  ( Marshall Jim ? Chas Chandler ?) et les propriétaires de Chess (?)et Mick Underwood.  Gene voulait un groupe pour l’accompagner pour quelques sessions sur TV Manchester, et je pense que nous étions déjà pris ou qu’ils ne voulaient pas nous payer ou que quelque chose a mal tourné… Chas (?) s’est tourné vers moi : Voici Harvey votre plus grand fan Gene, j’ai répondu que j’étais heureux, quand on nous a demandé de l’accompagner,  mais pourquoi n’avez-vous pas les Blue Caps avec vous, c’est tout ce que je pensais, pourquoi n’avez-vous pas les Blue Caps, il a répondu en quelque sorte, que ne connaissais pas les dessous du deal, que tout allait mal… j’ai demandé

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    mais qu’est-il arrivé à Cliff Gallup, pourquoi ne l’avez-vous pas gardé avec vous, il m’a répondu qu’il en avait assez de tourner et qu’il ne voulait pas reprendre la route… je ne connaissais pas grand-chose de Johnny Meeks, et je ne sais même pas si à l’époque je connaissais le nom de Johnny Meeks, car je n’étais pas trop sûr de connaître les noms de ceux qui étaient dans le groupe, les photographies étaient trompeuses, vous pouviez voir Russel Williford et penser que c’était Cliff qui n’était pas là, et si vous regardez plus tard les photos en 1957, vous lisiez Grady Owens et selon moi il ressemblait à Russel Williford, alors que je pensais qu’il était Cliff Gallup, je me suis longtemps demandé  ce que Johnny Meeks venait faire dans l’affaire… j’étais en pleine confusion, je ne savais pas qui était qui et qui n’était pas dans la formation, j’avais tout faux,… Jeff Beck et moi pensions que Russel Williford était Cliff Gallup, tous deux pendant des années nous fûmes trompés par ce micmac, j’ai alors demandé à Gene, pourquoi n’as-tu pas les Blue Caps avec toi, sais-tu ou ne sais-tu pas les dessous de l’affaire, ne peux-tu pas venir avec ton groupe, ou est-ce trop de tracas de faire venir ton groupe, ou en fait te serait-il impossible de contrevenir aux statuts des premiers jours, est-ce que tu ne peux pas contrevenir à la loi, c’est un sacré embêtement si tu es dans l’impossibilité de les faire venir… Je décide de ma propre guitare et tout un tas de gars peuvent décider de leurs propres guitares, nous pouvons tous choisir une Fender ou agréer une autre marque, ainsi nous avons juste à choisir nos propres guitares, je pense que les gens peuvent avoir autant  d’intérêts que moi et Gene en aurait probablement eu tout autant… il lui aurait fallu un véritable  manager capable d’organiser proprement le groupe et de le traiter proprement, si ce n’est pas le cas, si  les groupes ne sont pas traités proprement, alors ils vous quittent… vous devez traiter chacun raisonnablement, j’ai appris cela avec

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    mes guys, si vous payez votre groupe avec de l’argent pourri ils s’énervent, ils accumulent de la rancœur, si vous les payez raisonnablement et que vous faites en sorte que chacun reçoive décemment  son dû, ça ne peut pas tourner au vinaigre et ça ne peut pas aller mal…   Gene et les Blue Caps  ont dû recevoir une volée de sales coups, ils n’ont pas reçu de salaire et différentes problèmes ont motivé leur départ, si bien que maintenant Gene ne peut même pas compter sur un seul des anciens, les choses ont empiré, et il est découragé, je ne sais pas, je pense juste qu’il ne pouvait manager ses propres affaires tout seul, il n’était pas très au point pour ce job, certes je n’oublie pas que je ne le connais pas très bien, certains ont dû le percer à jour,  pour ma part sa naïveté m’a sauté aux yeux, il s’est présenté à moi avec cette naïveté qui le caractérise… c’est un scandale, voyez  le gaspillage, il aurait pu partir en disant que chacun est parti après avoir joué sa dernière carte,  vous êtes dans le jeu et une minute plus tard vous êtes hors-jeu, vous essayez de revenir durant des années, ce n’est pas facile, je me souviens d’avoir entendu dire, je n’en ai pas été surpris,   que Gene buvait beaucoup, vraiment beaucoup, probablement vous vous doutez que sa vie tournait mal, avec le temps il a bu à cause de ça, il a eu un ulcère à l’estomac, et toute la suite, pour être honnête avec vous, je n’ai pas été surpris, pas surpris du tout, si vous le comparez à Elvis,  il n’a pas partagé le même destin, mais encore aujourd’hui je pense que Gene était  l’homme  je pense d’un tas de femmes, je me souviens des filles, ou des femmes d’autrefois qui ont acheté le premier album et quand elles l’ont vu : elles ne l’ont pas aimé, parce que vous savez la manière dont il regardait les yeux en l’air, il regardait le ciel et elles ont pensé qu’il était fou,  le peuple des femmes ne l’a pas aimé, je n’ai jamais connu une femme, ce sont toujours les hommes qui ont aimé Gene, quelques femmes bien sûr l’ont aimé, mais surtout les hommes, je pense que vous savez que vous avez besoin des femmes, ce sont les seules qui vont aux concerts et poussent des cris, vous pouvez penser qu’il a eu des femmes, il en a eu quelques-unes mais pas tant que ça. Elvis possédait, et Gene aussi, une voix aigüe, et je ne sais pas si les femmes aiment les voix aigües chez les hommes, mais Elvis avait aussi sa voix grave, elles ont tendance à aller vers ces voix profondes par lesquelles les hommes ne sont pas spécialement attirés, je veux dire que vous pensez que nous sommes attirés, je veux dire que vous pouvez vous demander pourquoi nous nous  soucierions de ces voix aigües, mais j’aime ces voix aigües, je veux dire que j’aimerais pouvoir chanter comme cela, je donnerais n’importe quoi pour pouvoir chanter comme lui. Si je pouvais chanter comme Gene, jouer comme Cliff, ce serait grand de chanter comme Gene, mais il n’y a pas beaucoup de gens qui soient capables de chanter comme ça.

    Damie Chad

    A suivre.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 696 : KR'TNT ! 696 : JON SPENCER / BRIAN WILSON - SLY STONE / MOVE / FIEP / THESE ANIMAL MEN / PATRICK GEOFFROY YORFFEG / MANIARD / GENE VINCENT /

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 696

    A ROCKLIT PRODUCTION

    FB : KR’TNT KR’TNT

    26 / 06 / 2025

     

     

     JON SPENCER / BRIAN WILSON – SLY STONE

    THE MOVE / FIEP / THESE ANIMAL MEN

    PATRICK GEFFROY YORFFEG

     MANIARD  / GENE VINCENT

     

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 696

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http://kr’tnt.hautetfort.com/

     

    Wizards & True Stars

     - Spencer moi un verre, Jon

     (Part Four)

     

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             Jon Spencer déboule vite fait sur scène. Il sort de son Twin Reverb une petite planchette de contre-plaqué qui doit faire 10 x 10 cm et sur laquelle sont gaffées deux vieilles pédales hirsutes. Premier gros pied de nez à la frime du rock. Il s’agenouille

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    et branche un jack d’un côté et un autre de l’autre. Pouf, c’est réglé. À côté du Twin Reverb, t’as un petit Peavey. Pouf, c’est tout. Deuxième pied de nez à la frime du rock. Pas de connard qui vient tester les guitares pendant une plombe. Spence porte un petit costard boutonné et des mocassins blancs. Pouf, troisième pied de nez à la frime du rock. Il a un nouveau Blues Explosion : Kendall Wind (bass) et Macky Spider Bowman (beurre) des Bobby Lees. Deux jolis spécimens de wild-as-fucking fuck.

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             Après le pouf, c’est le bhammm ! Car ça joue tout de suite. Right on ! On est pourtant habitué aux départs arrêtés du JSBX, mais là, ça semble encore plus explosif, car Bowman the man est un fantastique batteur extraverti, et Spence rentre aussitôt dans le chou de son vieux lard cabalistique, ça ramdame dans les brancards, ça groove dans les bastaings, ça percute dans les percoles, ça buzze le jerk, ça décorne les vikings, ça ricoche dans les racks, ça bigne dans la beigne, ça t’intercepte

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    le missile, ça te claque toutes les voiles, flip flop, ça rue dans le rock, ça riffe dans la rafle, ça tire à boulets rouges, ça te cloue ton vieux bec vite fait, ça remet bien ta maudite pendule à l’heure, t’auras jamais de rock plus raw que celui de Jon Spencer. Ça n’en finit plus de claquer la claquemure, de fracasser la rascasse, de te scier des branches, de t’allumer des lampions sous le crâne, ça n’en finit plus de t’alarmer et de t’appareiller, de t’emboîter et de te déboîter, tu sais où t’habites et en même temps

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    t’en es plus très sûr, tu localises des bribes à la volée, tu reçois le vieux «Skunk» d’intro entre les deux yeux, c’mon ! t’ouvres la bouche et t’avales «2 Kindsa Love», gloups, ça te survolte, ça te ramène dans le cœur du vieux raw, t’as même le vieil «Afro» qui date du temps d’Acme, Acme, baby, rrrrremember ? Alors oui ça claque dans tes cacatois, ça te burn le carbu, ça va et ça vient entre tes seins si t’as des seins, ou entre tes reins si t’as pas de seins, alors comme t’as pas de seins, c’est entre tes

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    reins, de toute façon, le groove fait exactement comme il a envie de faire, c’est lui qui décide, pas toi, oh et puis tu chopes ce vieux hit d’Acme, «I Wanna Make It All Right», ça descend bien ton avenue, ça sert bien tes intérêts, ça va dans ton sens, à un point extraordinaire, s’il est un mec sur cette planète habilité à groover l’I wanna make it all right, c’est bien ce démon de Jon Spencer. Il dégouline vire fait, mais garde son veston boutonné. Looka here ! Il est encore plus beau qu’Elvis, plus classe qu’Eddie Cochran, plus wild que Little Richard. Et puis comme d’usage avec cette

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    superstar, le set s’éternise et voilà qu’il claque le vieux riff de «Wail» avant de terminer par un prêche anthemic, l’occasion pour lui de saluer la mémoire de Little Richard et de rappeler qu’il est essentiel de rester Together pour lutter contre des fucking fascistes qui s’installent au pouvoir. S’il avait été maître à penser et candidat à un trône rock, il est évident qu’on aurait tous voté pour lui.

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             Tu vas te régaler à l’écoute de Sick Of Being Sick!, l’album qu’il vient d’enregistrer avec ses amis Bowman et Wind. C’est du Spencer grand cru, dès le «Wrong» qui sonne comme une attaque frontale de destruction massive, c’est le blast des cavernes new-yorkaises. Il n’a jamais été aussi défonce-man, oh c’mon ! Avec «Get Away», il retombe dans tous ces vieux travers de wild preacher, got to get away go ! Il faut le voir insister sur le go ! Toutes les dynamiques sont là, intactes, parées de leur somptueuses imparabilité. Quel sommet ! Fin explosive de balda avec «Out Of Place», il sort sa plus belle fuzz et ça pulse dans la purée fumante. C’est énorme, concassé, déstructuré, d’une modernité demented. Et en B ça repart de plus belle avec «Fancy Pants». Quelle dégelée ! Rien que de la dégelée ! La magie se remet en branle. Si t’as jamais vu de la magie se mettre en branle, c’est là. Et t’as Bowman qui te bat tout ça ultra-sec et ultra-net. Ce mec est un crazy cat. Et t’as tout le spirit qui monte, c’mon ! Spence passe un anti-solo dans «Guitar Champ» et en plus t’as la profondeur de l’écho. Ce Sick Of Being Sick! est sans le moindre doute l’un des meilleurs albums des temps modernes. Spence te rocke le boat comme personne. Tu participes à la fête en continu et la fête se termine avec «Disconnected», hey disconnected once again ! C’est pulsé au basmatic invasif et cette façon qu’il a de monter son once again !

    Signé : Cazengler, Spencer les fesses

    Jon Spencer. La Maroquinerie. Paris XXe. 4 juin 2025

    Jon Spencer. Sick Of Being Sick! Bronze Rat Records 2024

     

    Wizards & True Stars

     - The Sly is the limit (Part Four)

    & Brillant Wilson (Part One)

     

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             Zut ! Z’ont cassé leur pipe en bois ensemble. Enfin, à deux jours d’intervalle. Sly Stone et Brian Wilson. Même âge : 82 balais. Même coin : Californie. Même niveau : légendaire. Même magie : blanche pour le Beach, noire pour le Stone. Même genre d’art : céleste pour le Beach, total pour le Stone. Même constance : soixante ans pour le Beach, soixante ans pour le Stone. Même soif de dope : LSD pour le Beach, crack-boom pour le Stoned Stone. Même fuck you attitude : «I Just Wasn’t Made For This Time» pour le Beach, «Don’t Call Me Nigger, Whitey» pour le Stone. Même empreinte universelle : «Sail On Sailor» pour le Beach, «Dance To The Music» pour le Stone. Même punch in the face : «Do It Again» pour le Beach, «I Want To Take You Higher» pour le Stone.  Même hauteur : 20 m pour le géant Beach, 20 m pour le géant Stone. Même sens de l’œuvre : des centaines de compos magiques pour le Beach, des centaines de compos magiques pour le Stone. Même goût de l’amitié : Andy Paley pour le Beach, George Clinton pour le Stone. Même genre d’admirateurs : Tony Rivers & The Castaways, Harpers Bizarre, Eric Carmen et Explorers Club pour le Beach, Bobby Freeman, Billy Preston, Jim Ford et Iggy pour le Stone. Même imparabilité des hits : «Dierdre» pour le Beach, «Family Affair» pour le Stone. Même sens du particularisme viscéral : sens aigu des harmonies vocales pour le Beach, extrême délicatesse harmonique pour le Stone. Même don d’ensorcellement : «Vegetables» pour le Beach, «Everyday People» pour le Stone. Même sens de l’œuvre historique : Pet Sounds pour le Beach, There’s A Riot Goin’ On pour le Stone. Même sens de l’œuvre byzantine : «I Know There’s An Answer» pour le Beach, «Thank You (Fallettinme Be Mice Elf Again)». Même actu Ace : Do It Again - The Songs Of Brian Wilson pour le Beach et Everybody Is A Star (The Sly Stone Songbook) pour le Stone. Tu peux y aller les yeux fermés.

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             Do It Again - The Songs Of Brian Wilson fait partie des compiles atomiques d’Ace. T’es là au maximum de ce que peut t’offrir une compile en termes de beauté pure, de clameur mélodique, d’intemporalité des hits et de génie interprétatif. Vers la fin, tu tombes sur les Persuasions qui, avec une magistrale cover de «Darlin’», réussissent à marier la Soul avec Brian Wilson : t’as là le plus beau mariage qui se puisse imaginer. C’est la B-side d’un single, nous dit Kris Needs qui signe les liners. Tout le monde adorait les Persuasions, nous dit Needs. Il cite d’ailleurs Tom Waits : «These guys are deep sea divers. I’m just a fisherman in a boat.» Et t’as juste après Frank Black avec une version abrasivement géniale d’«Hang On To Your Ego», tirée de son premier album solo sans titre. Needs lui rend un sacré hommage, alléguant que le gros transforme le cut de Brian Wilson en «gruff-voiced 90s electro-disco chug.» En ouverture du balda, t’as une cover mythique : Wall Of Voodoo et «Do It Again». Facile pour les Wall, puisqu’ils tapent dans l’un des plus gros hits des sixties. La tension du génie wilsonien est palpable. Alors après, est-ce que tu vas aller écouter les Wall Of Voodoo ? Bonne question. Tu retrouves à la suite une autre tarte à la crème des seventies : The Rubinoos et «Heroes & Villains». Ils ont du courage et s’en sortent avec les honneurs. Ils jonglent avec les harmonies vocales. Première révélation avec Celebration et «It’s Ok». Celebration est un side-project de Mike Love, d’où la qualité. Needs y va de bon cœur : «‘It’s OK’ celebrated summer whoopee with quintessential upbeat Beach Boys bounce and sprightly ’Do It Again’ immediacy in the chorus.» Jan & Dean rendent hommage au génie organique de Brian Wilson avec «Vegetables». Dans cette compile, t’es en permanence au sommet de la pop. Une seule comparaison possible : les Beatles. Et voilà deux autres diables californiens, Bruce & Terry avec «Hawaii». Il s’agit bien sûr de Bruce Johnston et Terry Melcher. Ils caressent Brian Wilson dans le sens du poil à coups de do you wanna come along with me. Needs ne peut pas s’empêcher de rappeler que Bruce Jonhston allait devenir un Beach Boy et que Terry Melcher allait produire les Byrds et fréquenter Charlie Manson. Et puis voilà Epicycle qui explose la vague de «Wake The World». Needs dit le plus grand bien de ce groupe de Chicago : «It’s handled like a reverential mating between a Beatles White Album piano stroller and Gilbert O’Sullivan gone pailsey, recycled through a Californian hallucino-juicer.» Epicycle est le groupe des frères Ellis et Tom Clark. Needs rappelle encore qu’Ellis et Tom sont revenus plus tard avec trois albums de «60s-washed baroque pop peppered with unusual instruments obviously in thrail of mid-period Beach Boys.» Pour les formules catchy, tu peux te fier à Needs. Matthew Sweet & Suzanna Hoffs explosent eux aussi la vague de «Warmth In The Sun», tiré d’un album de covers, Under The Covers. Tu montes encore une fois au paradis. On reste dans un océan de pur jus révélatoire avec The King’s Singers et «Please Let Me Wonder». Quand il a composé ce hit, nous dit Needs, Brian Wilson venait tout juste de découvrir la marijuana. Les King’s Singers sont une chorale de TV show, mais Needs nous rassure en précisant que Bruce Johnston et Mike Love sont dans les chœurs. On croise aussi Louis Philippe («Little Pad», tiré de Smile, alors autant écouter Smile) et The Pearlfishers («Let’s Put Our Hearts Together», David Scott est dessus mais il finit par devenir pénible). Et puis tu te frottes les mains en voyant arriver Bruce Johnston avec une version de «Deirdre», le cœur palpitant de Sunflower. Il y va franco de port, le Bruce, mais ça vire diskö-beat à la mormoille et au lieu de faire wouahhhhh!, tu fais berrrrk !

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             Back to Sly. Ça se bouscule aussi au portillon sur Everybody Is A Star (The Sly Stone Songbook). Ce sont Ike & Tina Turner & The Ikettes qui fracassent l’«I Want To Take You Higher» en mille morceaux. Cover explosive pas des exploseurs, et t’as l’Ike qui la ramène au baryton. Tu retrouves aussi l’excellent Joe Hicks avec un «Life & Death In G & A» sorti sur Stone Flower, le label de Sly. Heavy groove ! Hicks ? Un seul album sur Stax. Révélation avec Eric Benét et «If You Want To Stay», joli funky strut, solidement contrebalancé, quasi sautillé, joué par des cracks du boom-hue. T’en as deux qui ne passent pas : Jeff Buckley avec «Everyday People» (vite soûlant. Il ne plaît qu’aux gonzesses) et Magazine avec «Thank You (Fallentinme Be Mice Elf Again)» (bassmatic anglais, mais ça devient trop prétentieux). Retour aux choses sérieuses avec The Hearts Of Soul et «Sing A Simple Song». Elles sont hollando-indonésiennes. Ça percute bizarrement, avec une voix décalée dans l’écho et un yeah yeah yeah descendant. Elles mettent bien en exergue les finesses harmoniques de Sly. Petit choc révélatoire avec John Lee’s Groundhogs et «I’ll Never Fall In Love Again». White funk power d’early Tony McPhee ! Cut mythique, car produit par Bill Wyman et sorti sur Planet, le label de Shel Talmy. Encore du pur jus de Sly genius avec Six et «I’m Just Like You» : on y retrouve les deux mamelles de Sly, le groove extrême et la modernité flagrante. Nouveau coup de Jarnac avec Rose Banks et «I Get High On You» : fabuleuse attaque de wild funk ! Rose est la poule de Bubba Banks, loubard black, «controversial figure», manager et beau-frère de Sly puisque Rose s’appelait Stone avant de devenir Banks. Bubba a réussi à décrocher un deal sur Motown pour Rose et a même produit l’album, alors qu’il n’y connaissait rien. Rose va vite divorcer. Iggy nous fait le coup du Pop genius avec sa cover de «Family Affair» qui n’est sur aucun album. L’Ig rentre bien dans la peau de Sly. Pure magie blanche et noire. On regagne la sortie avec deux autres coups du sort : The Third Degrees et «You’re The One» (heavy funk de génie, elles t’en mettent plein la vue), puis les Jackson 5 et «Stand!» (et tout le power juvénile des Jackson qui eux aussi t’en mettent plein les mirettes. Alec Palao qui signe les liners parle d’«instrumental riffery and ear-catching moves that were synonymous with Sly Stone music.»  

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             T’as une autre compile Ace consacrée aux hits de Brian Wilson : Songs Of Brian Wilson : Here Today. The Songs Of Brian Wilson. Passer à côté, ce serait faire insulte au génie d’Ace, et pire encore, à celui de Brian Wilson. Ça commence très fort avec un nommé Darian Sahanaja qui reprend «Do You Have Any Regrets» tiré de Sweet Insanity. En plein dans le wall of sound, et même de profundis. Much better ! Cet inconnu est un heavy dude, il plombe l’art de Brian Wilson à coups de marteau, c’est assez monstrueux, tous les ingrédients définitifs sont au rendez-vous. Le mec des liners dit que Sahanaja allait ensuite jouer un rôle considérable dans le travail de restauration de Smile qu’allait entreprendre Brian Wilson. Drian Sahanaja fait aussi partie des Wondermints. S’ensuit une version d’«Here Today» par Bobby Vee qui lui aussi est en plein dans le son. Explosif ! Bobby est dessus, real magic, love is here ! Il va droit au but. Il a été l’un des premiers à sauter sur Pet Sounds. Et on monte encore d’un cran avec les Tokens et «Don’t Worry Baby». Il faut faire gaffe avec les Tokens, ils sont capables de miracles. Ils savent éclater au sommet de leur art, ces mecs nous font tomber de la chaise quand ils veulent, ils maîtrisent l’art des bouquets d’harmonies vocales. Avec «Help Me Rhonda», Bruce & Jerry - c’est-à-dire Terry Melcher et Bruce Johnston - s’en tirent avec les honneurs et un solo de sax. On reste dans les choses sérieuses avec Jan & Dean et leur version de «The New Girl In School». Fantastique jus de Beachy pop, doo ran doo ! Nouvelle extension du domaine de la turlutte avec «Time To Get Alone» par Redwood. Mais rien sur eux dans les liners. Le «Don’t Hurt My Little Sister» des Surfaris est aussi une bénédiction pour l’oreille. Ces mecs sing leur glotte out. Nouvelle horreur sublime avec le «My Buddy Seat» des Hondells. Tout le monde cavale sous le soleil, dans cette compile. Le «She Rides With Me» de Joey & The Continentals est complètement dévastateur, tapé au heavy Beachy Sound, bouffeur d’asphalte, terrific de joie et de bonne humeur. Toute l’énergie des Beach Boys est là. Nouveau coup de génie avec Tony Rivers & The Castaways et «The Girl From New York». C’est littéralement explosé dans l’œuf. Les mecs jouent le psyché les pieds dans le plat, leur power dépasse les bornes. Voilà le wild drive dans son extrême, le drive le plus wild de l’histoire du drive, ça ouh-ouhte avec des breaks de basse dignes de ceux de Larry Graham. Tout aussi effarant, voilà un reprise du premier hit de Brian Wilson, «Surf City» par The Tymes. Belle attaque, t’es tout de suite baisé. On est en plein Beachy world, explosé de son, joué à la basse cra-cra, ces mecs te remontent les bretelles. Keith Green a onze ans quand il enregistre «Girl Don’t Tell Me». Terrifiant de teenage genius et produit par Gary Usher. Betty Everett fait aussi une belle version de «God Only Knows» et avec Carmen McRae, on reste dans le domaine des géantes. Elle explose «Don’t Talk (Put Your Head On My Shoulder)», elle prend la mélodie de Brian Wilson et la porte, elle grimpe jusqu’au sommet de l’art vocal. Elle devient la reine avec ce don’t talk, elle est royale de sublimité, elle traîne ses syllabes comme savait si bien le faire Billie Holiday. Le «Caroline No» de Nick DeCaro coule dans la manche, tellement ça dégouline de big jazz feel. Louis Philippe cherche à restaurer la monarchie avec «I Just Wasn’t Made For These Times» et Kristy MacColl boucle avec «You Still Believe In Me». Elle y épouse langoureusement la courbe de Brian Wilson.

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             Il existe un très beau tribute à Brian Wilson paru en 1990, Smile Vibes & Harmony. Quatre clients s’y partagent les lauriers, à commencer par Billy Childish avec un «409» qu’il faut bien qualifier de dément. Il le pulse au fuzz scuzz de Medway, c’est dire la suprême intelligence du Big Billy. Il a compris l’esprit de la plage. On pourrait dire la même chose de Michael Kastelic et des Cynics qui explosent littéralement «Be True To Your School». Après Mike Love, Kastelic est le meilleur chanteur de Beachy pop, ce mec a véritablement du génie, il sait faire exploser sa Beachy pop dans le beat serré. Quelle leçon de niaque ! Autre réussite patente : Mooseheart Faith avec «Wind Chimes». C’est amené au big drive de basse, et t’es baisé, car la strangeness règne sans partage, à la fois totémique et insidieuse. Et puis les Sonic Youth jouent «I Know There’s An Answer» aux heavy guitars. Ils savent exploser la gueule d’un cut dans leur mur du son et le Moore en profite, car il dispose d’une mélodie chant parfaite. Sinon, on voit les Records taper une copie conforme de «Darlin’», alors quel intérêt ? Et Nikki Sudden referme la marche avec «Wonderful/Whistle In». Nikki dispose d’une voix de rêve, alors il peut entrer dans le délire de Whistle In. Petit régal d’osmose - Remember the day-ay/ The night-ight/ All day long/ Whistle in.

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             Encore un passage obligé : Pet Projects - The Brian Wilson Productions, un autre coup fourré d’Ace. L’une des pouliches de Brian Wilson s’appelle Sharon Marie. On l’entend à deux reprises et notamment dans «Thinking Bout You Baby» qu’elle chante d’une voix de suceuse. On la retrouve vers la fin avec «Story Of My Life». Elle remet bien les choses au carré. Mais elle sur-chante tellement qu’elle semble chanter du ventre. Le coup de génie de cette compile est bien sûr le «Sacremento» de Gary Usher. Quelle bombe ! Cut rampant et terrific. Brian & Gary : wow ! C’est bardé de foxy lowdown et de chœurs qui volent bas. Brian et Gary Usher jouent encore avec le feu dans «That’s The Way I Feel». Admirable profusion de génie sonique. L’autre gros coup de Brian Wilson, c’est The Honeys, un trio féminin dans lequel se trouvent Marilyn, sa poule, et Diane la frangine de sa poule. Elles ont le feu au cul dans «The One You Can’t Have». C’est excellent car pimpant, plein de peps, plein de la vie de Brian. Elles continuent avec «Surfin’ Down The Swanee River», elles flirtent avec la magie, ça explose de vie tagada, elles y vont fièrement. Stupéfiante qualité ! On retrouve aussi American Spring, c’est-à-dire Marilyn et Diane, avec «Shyin’ Away». Elles chantent comme une Judee Sill qui serait devenue joyeuse. Le «Number One» de Rachel & The Revolvers impressionne durablement, mais c’est avec Paul Petersen qu’on frémit pour de vrai. Son «She Rides With Me» est une vraie daze de défonce on the beach. C’est même du glam on the beach. Ce vieux renard de Glen Campbell ramène sa fraise avec «Guess I’m Dumb». Il chante mal. On ne comprend pas que Brian le laisse chanter.

    Signé : Cazengler, Family Stome de chèvre/Brian Wilcon

    Brian Wilson. Disparu le 11 juin 2025

    Smile Vibes & Harmony. A Tribute To Brian Wilson. Demilo Records 1990

    Pet Projects. The Brian Wilson Productions. Ace Records 2003

    Here Today. The Songs Of Brian Wilson. Ace Records 2016

    Do It Again. The Songs Of Brian Wilson. Ace Records 2022

    Sly Stone. Disparu le 9 juin 2025

    Sly Stone. Everybody Is A Star (The Sly Stone Songbook). Ace Records 2025

     

    Wizards & True Stars

    - Move on up (Part One)

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             Il est des zactus qui font le bonheur des vieux fans fanés. Prenons un exemple : la parution de Flowers In The Rain - The Untold Story Of The Move. L’auteur s’appelle Jim McCarthy. Vue d’avion, cette actu paraît insignifiante. En 2025, le nom des Move ne signifie plus grand chose. On vit une époque bizarre où les gens écoutent des albums sur YouTube et s’abonnent sur Amazon pour écouter sur leur smartphone les nouveautés que préconise Rock&Folk. Et plus les groupes sont médiocres, plus ça plait. Bien sûr, quand on a eu la chance de vivre les explosions successives que furent celles du rock’n’roll des late fifties, du British Beat des sixties et du Punk 76, il est tout simplement impossible de se satisfaire de toute cette médiocrité ambiante, et encore moins des mœurs qui vont avec. Fuck it ! Ce n’est pas du passéisme, mais l’expression d’une exigence. Quand t’as écouté les Who et les Move en 1966, tu ne peux pas saisir l’intérêt de trucs comme Lady Gogo ou Michael Jackson. Même chose en littérature : tu ne peux pas passer de Paul Léautaud et de son mentor stylistique Stendhal à des zauteurs de polars, ou pire encore, de science-fiction.

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             Il est important de rappeler ceci : pour les gens d’une certaine génération, le nom des Move inspirait le plus profond respect. En France, on les prononçait ‘Ze Mouv’, alors qu’il fallait les prononcer ‘Ze Mooove’, et bien appuyer sur l’oooo pour accentuer le mystère qui entourait le groupe. «I Can Hear The Grass Grow» naviguait exactement au même niveau que «Strawberry Fields Forever», «Over Under Sideways Down», «Midnight To Six Man», «My Generation» et «The Last Time». Ce genre d’hit t’hookait pour la vie. T’avais les Move dans la peau, de la même façon que t’avais les Beatles, les Yardbirds de Jeff Beck, les Pretties, les Who et les Stones dans la peau. Et si on parle de mystère à leur propos, c’est tout simplement parce que les images du groupe étaient plus rares que celles des Beatles et des Stones. Tu croisais Brian Jones dans Salut les Copains, certainement pas les Move. 

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             Bon, le book de McCarthy n’est pas le book de siècle. Il avoisine les 400 pages, composé dans un corps 10 ou 11 et interligné serré. Ce choix typo t’impose un certain rythme de lecture, t’es obligé d’avancer lentement : c’est bien tassé mais instructif. Pour peaufiner le portrait du contexte, on pourrait ajouter sans vouloir être méchant que McCarthy n’est pas une fine lame, mais il cite à très bon escient. Dans Record Collector, Michael Heatley confirme que McCarthy «is no wordsmith». Son book est extraordinairement bien documenté et, petite cerise sur le gâtö, il a rencontré les gens qu’il fallait rencontrer. Mais bon, il faut s’armer de courage pour en venir à bout. Heatley : «The 400 pages of tightly packed text contains much of interest, but the whole requires considerable dedication to navigate.» On ne peut pas mieux dire.

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    Ace Kefford

             La légende des Move repose sur trois piliers : Tony Secunda, Ace Kefford et Roy Wood. Mais avant d’entrer dans le détail des trois piliers, voyons ce qu’on peut dire des Move en tant qu’entité. Au départ, ils sont 5 : Ace Kefford (bass), Roy Wood (poux), Trevor Burton (poux), Bev Bevan (beurre) et Carl Wayne (chant). Comme Sabbath, ils viennent de Birmingham, Brum City.  Des gens comme Tony Visconti les comparaient aux Beatles. Leur règne «of pandemonium and uproar» ne va durer que 4/5 ans. Ils se positionnent comme un «big feedback group based on the Who», mais tapent dans la collection de singles d’Ace Kefford, et font sur scène du «Motown with a big beat.» Ace collectionne surtout les singles Chess. On qualifie les Move de «super-charged Mod-soul cover band.» Dans le groupe, tout le monde chante. Leurs harmonies vocales sont imparables. Ils sont beaucoup trop doués pour leur époque. Ils touchent à tout : la pop, le r’n’b, et le freakbeat. Ace chante les covers de r’n’b et Trevor le «Something Else» d’Eddie Cochran. Roy Wood dispose d’un registre plus haut : c’est lui qui chante «Fire Brigade». Dans le Melody Maker, Nick Jones exulte : «The Move from Birmingham are a stark, loud, flashy hard punch.» Ils tapent une cover du «Stop Her On Sight» d’Edwin Starr. On qualifie leurs harmonies vocales de «soul Beach Boys». Ace chante aussi le «Morning Dew» de Tim Rose. C’est encore lui qui chante l’«Open The Door To Your Heart» de Darrell Banks. Tout est superbement trié sur le volet.     

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             Au temps de leurs débuts au Cedar Club de Birmingham, ils sont à la même affiche que Little Stevie Wonder, Doris Troy, Inez & Charlie Fox. Puis Tony Secunda leur booke une residency le mardi soir au Marquee Club à Londres. Ils prennent la suite des Who qui jouaient là chaque mardi. Ils partagent l’affiche avec Gary Farr & The T-Bones, un Gary qui voit Ace Kefford comme le leader des Move - The one with blond hair! This guy stands out! - Joe Boyd découvre les Move au Marquee : «They were so fucking loud.» Il flashe sur eux. Cet Américain vient de débarquer à Londres et a vu naître ce qu’il appelle le ‘rock’ aux États-Unis avec Bob Dylan à Newport : «It was definitively not rock’n’roll. It wasn’t pop. It was roots-based. In America, everything was based on American roots.» Et il sent aussitôt la différence avec les «Brummie kids and the LSD revolution.» Pour situer leur impact, Boyd cite Moby Grape et Vanilla Fudge. Il amène Jac Holzman voir jouer les Move au Mecca Ballroom. Holzman est impressionné par le groupe, mais le contact ne se fait pas dans la loge. Les Move ne savent pas qui est Jac et ne connaissent pas Elektra. Les Brum kids restent de marbre.

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    Tony Secunda

             Tony Secunda manage les Move. Roy Wood ne l’aime pas trop. Il s’en méfie un peu. Il lui met sur le dos la responsabilité de l’échec des Move aux États-Unis - The failure of the Move in America was down to bad management - We didn’t get the breaks. It was all madness with Secunda. I tried to distance myself from it as far as I could.

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    Carl Wayne

             Sur scène, les Move font feu de tout bois, avec des coups de hache et des stroboscopes. Carl Wayne démolit des télés et une Chevrolet à coups de hache. Un certain Allen Harris affirme que les Pink Floyd ont copié le light-show des Move. Par contre, côté finances, c’est pas terrible. On retrouve les petites arnaques habituelles. Trevor Burton affirme qu’il n’a jamais rien touché à l’époque : «I never got any royalties. I got about £1,000 I think at the end, for everything. Denny Cordell and Secunda had the rest, I think. God bless ‘em!».

    jon spencer,brian wilson + sly stone,the move,fiep,these animal men,patrick geffroy yorffeg,maniard,gene vincentTrevor Burton

             Quand Jimi Hendrix débarque à Londres, il fait des ravages. Tout le monde se fait boucler les cheveux : God, c’est-à-dire Clapton, Ace et aussi Trevor. C’est Jessie, la femme d’Ace, qui leur fait les permanentes. Mais les autres Move se foutent bien de leur gueule - the other members fell about laughing when they saw the new ‘Brum Fro’ perms - John Cooper Clarke les qualifie de «gone wrong Mods». Ce qui les isole un peu plus au sein du groupe. Car Ace et Trevor sont des acid heads, alors que les trois autres sont des beer guys. Le fossé se creuse entre les deux clans, comme il s’est creusé dans Hawkwind et dans Dr Feelgood : les speed-freaks d’un côté (Lemmy et Wilko) et les autres de l’autre. Ace et Trevor boivent l’acide au goulot. Trevor : «It was still legal then». Et il ajoute ça qui est important : «You never knew what the dosage was. I think Ace and I were some of the first people in England to do acid back then.» Trevor poursuit : «It was only Ace and me that took drugs in the Move. We were like kids in the sweet shop. Our other thing was amphetamines. Quand tu joues six soirs par semaine, t’as besoin d’un petit remontant.» Bien sûr, Ace en a abusé et Trevor dit qu’il était déjà «crazy» et que ça ne l’a pas arrangé - And he went off then rails - Et avec son Afro, il a perdu un peu de sa coolitude. Bev dit aussi qu’il portait  des «granny glasses», ce qui n’arrangeait rien. 

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             Les Move vont vite passer du r’n’b à un son plus West Coast, avec des reprises des Byrds, de Love et de Moby Grape. En 1967, nous dit Will Birch, «they were still ultra tight and ultra convincing on stage.» Et le groupe va commencer à se désintégrer. Secunda crée le scandale en s’attaquant au Premier Ministre Harold Wilson et les Move se retrouvent au tribunal. Ils virent Secunda et se rapprochent de Don Arden. Les Move tournent avec Pink Floyd, The Jimi Hendrix Experience et Amen Corner. On dit que ce package est l’un des «best ever to tour the UK.»

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    Hendrix + Trevor

             Début de la fin des haricots quand Ace quitte le groupe. Trevor prend la basse. Au lieu de partager à 5, ils décident de continuer en partageant à 4. Le groupe tient encore bien la route grâce au «Roy Wood eccentric but commercial songwriting.» Puis Trevor Burton quitte le groupe. Il n’a que 19 ans et il fréquente des gens comme Jimi Hendrix. Il ne supporte pas de voir ses collègues commencer à vouloir porter des peintures de guerre sur scène - Well thankfully I left before the warpaint came along - Il ne supporte plus non plus la pop ni «Flowers In The Rain» - I didn’t want to do pop music anymore - Il préfère le blues. Rick Price le remplace. Rick sent tout de suite la tension qui existe entre Roy Wood et Carl Wayne.

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             McCarthy évoque aussi la tournée américaine de 1969 : les Move traversent les États-Unis en bagnole, car ils n’ont pas de budget, donc pas d’avion. Ils montent sur scène au Grande Ballroom de Detroit avec les Stooges. Puis ils partagent l’affiche du Fillmore West de San Francisco avec Joe Cocker et Little Richard. Ils sont cinq dans la bagnole : Bev, Roy, Rick, Carl et Upsy, le road manager.

             Carl Wayne caresse pendant un temps l’idée de ramener Ace et Trevor (The fire of the band) dans le groupe, mais ça n’intéresse pas Roy qui préfère rester sur sa mouture Price/Bev/Carl. Carl se met en pétard et traite Roy d’égoïste. Fuck you ! Et il quitte le groupe.

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             Quand fin 1969 Carl Wayne quitte les Move à son tour, juste après «Blackberry Way», il est remplacé par Jeff Lynne. Avec les départs d’Ace, de Trevor et de Carl, «all the verve, the crazy fire, the wild energy - alas - was all well and truly gone», nous dit McCarthy. C’est là que Roy Wood se peint le visage et passe au very-heavy rock avec «Brontosaurus». En gros, les Move ont échoué là où ont réussi les Kinks, les Who et les Small Faces.

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             C’est l’occasion ou jamais de ré-écouter cette belle box blanche, The Move Anthology 1966-1972, parue sur Salvo en 2008. C’est de toute évidence le meilleur moyen de mesurer le power des Move sur scène. Commence par le disk 2, enregistré en février 1968 au Marquee. Boom badaboum dès «It’ll Be Me», un hit signé Jack Clement que tape Jerry Lee sur un single Sun, et là t’as une idée très claire de ce que veut dire the Move Power. Quel fabuleux ramdam ! Les Move sont alors le groupe le plus puissant d’Angleterre, avec les Who et les Small Faces. Dans le book qui accompagne la box, le mec indique que les vocaux ont été refaits, mais on s’en bat l’œil. Power des Move encore avec «Flowers In The Rain», rien à voir avec la version studio, ils avancent comme un bulldozer, puis t’as «Fire Brigade» tapé au power définitif. C’est gratté aux pires accords de London Town. Trevor Burton prend la chant sur «Somethin’ Else». Ils démolissent tout ! Carl Wayne reprend le micro pour «So You Want To Be A Rock’n’Roll Star», avec Trevor on bass. Ils défoncent la gueule des Byrds. Et ça continue avec «The Price Of Love», Roy Wood joue comme un dieu de la vraie note et ils t’explosent les Everlys aux harmonies vocales. Et ça repart de plus belle avec «(Your Love Keeps Lifting Me) Higher & Higher» et le «Sunshine Help Me» des Spooky Tooth. T’en reviens pas d’entendre un tel son, tout est rempli à ras bord. Ils proposent un mélange unique de Mammoth sound et d’harmonies vocales.

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             Ils attaquent le disk 1 (1966-1968) avec un pur shoot de protozozo, «You’re The One I Need» : du vrai raw to the bone, pure délinquance sonique. T’en avales ta gourmette. On sent bien la patte de Roy Wood dans «Night Of Fear» et «I Can Hear The Grass Grow» sonne comme un classique dès la première mesure. Fantastique pression, chœurs de génie, t’as là toute la magie du Swinging London. Ça te laisse béat. Puis tu tombes sur «Move» by the Move. Hello Jean-Yves. Ils y vont au Move move move !  Ils repartent ensuite au stop the train sur «Wave The Flag & Stop The Train». Quel beau beat ! Ace on bass ! Tu baves devant la fabuleuse fraîcheur de «Fire Brigade». C’est même l’hymne de la nostalgie.

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             Encore pas mal de puces sur le disk 3 (1968-1970). Plus d’Ace, mais une série de cuts qu’il faut bien qualifier de déments. À commencer par ce «Wild Tiger Woman» gorgé de power et de panache. Puis tu entres dans la période heavy des Move avec un «Blackberry Way» digne des Beatles, mais en plus heavy. Roy Wood enfonce encore bien son clou avec «Hello Susie», et t’as ce «Don’t Make My Baby Blue» vraiment digne des Small Faces. Roy Wood pousse l’heavyness dans les orties. Puis tu vas le voir injecter de l’Angleterre dans les Nazz avec un version tonitruante d’«Open My Eyes». Tout y est : le riff, les chœurs, le punch et le Roy d’Angleterre passe même un killer solo à faire baver d’envie Todd Rundgren.

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             On regagne la sortie avec le disk 4 (1969-1972), et tu vois le Roy d’Angleterre larguer les amarres avec un «Brontosaurus» heavy as hell. Ça bat encore tous les records d’heavyness avec le brillant «Turkish Tram Conductor Blues» - A train is coming down the line - il reprend bien le thème à la gratte. Avec son bassmatic, Rick Price vole le show sur «Feel Too Good». Rick est un bon, c’est la raison pour laquelle le Roy l’a intégré. Un  Roy qui attaque «Ella James» au pire gras double d’Angleterre. Il a aussi bien sûr une petite faiblesse pour les Beatles, on la retrouve dans «Tonight». L’allégeance du Roy aux Beatles est totale. Tu veux entendre l’une des intros du siècle ? Alors saute sur «Do Ya». C’est l’un des grands hits intemporels d’Angleterre - Do ya/ Do ya want my love - Il y a quelque chose de royal dans le festif du Roy. Et puis tu vas voir le refrain de «Chinatown» te tomber dessus - See the Western lady/ Walk in Chinatown - T’es dans la magie. Le Roy prend soin de ses sujets. 

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    Electric Light Orkestra

             Et petit à petit, Roy Wood commence à se lasser des Move. Il a d’autres idées en tête. Notamment Electric Light Orchestra. Il va se mettre au violoncelle et y transposer des riffs hendrixiens. Il enregistre quinze pistes de cello - It really was beginning to sound like some monster heavy metal orchestra - Puis il se lasse très vite d’Electric Light Orchestra et laisse Bev et Jeff Lynne le bec dans l’eau. Il va aussitôt monter Wizzard et caresser ses rêves spectoriens.

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             Wizzard revient aussi dans l’actu avec une petite box, The Singles Collection. Les vieux hits glam du Roy vieillissent admirablement bien, notamment «See My Baby Jive», qui est le summum du glam revu et corrigé par le Totor Sound. Le glam de Totor ? Le rêve impossible ! Même chose avec «Angel Fingers». Le Roy fait du Wall pur, on se croirait au Gold Star, avec un sax en prime. «Rock’n’Roll Winter» semble sortir d’un album des Ronettes. Tu restes en plein rêve avec «I Wish It Could Be Christmas Everyday». Le Roy pousse le bouchon de la prod dans les orties. Quelle allure royale ! Quelle déboulade ! C’est lui le Roy d’Angleterre. Wall of Totor Sound encore avec «This Is The Story Of My Love (Balls)». Il chante comme Ronnie Spector, il en est imprégné, il s’en sature à outrance, et il rajoute du sax, ce que n’osait pas faire Totor. Et puis t’as «Ball Park Incident», de wild glam de clameur certaine, le Roy y va au yeah yeah yeah. Il n’y a que les Anglais pour oser ce yeah yeah yeah. Le Roy vire gaga avec «You Got The Jump On Me». Joli retour aux Move. Alors attention, il pique aussi des crises classiques ou de ragtime, en mode jazz-band : c’est plus difficile d’accès, car complètement barré. Sur le disk 2, il envoie pas mal de cornemuses, de swing, d’heavy pop ultra-orchestrée, c’est très éclectique, mais on perd Totor et le glam. Ah la vie n’est pas toujours facile !

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             Dans son book, McCarthy consacre une place considérable à Tony Secunda. La stratégie de Secunda pour rendre les Move célèbres était simple : outrepasser les Who. McCarthy dit aussi que McLaren devait tout à Secunda dont il s’est inspiré pour lancer les Pistols - with his dark Svengali like management style - Secunda utilisait en gros les mêmes méthodes qu’Andrew Loog Oldham, Kit Lambert & Chris Stamp, et Don Arden. Il travaillait l’image du groupe comme l’avait fait le Loog avec les Stones. Sauf que les Move étaient un groupe de «self-styled hard nuts». Comme le fera McLaren après lui, Secunda aimait bien se montrer imprévisible. Les gens qui le côtoyaient le voyaient plus intéressé par le biz que par la musique. Il avait toujours des idées intéressantes, il adorait flirter avec l’illégalité, l’immoralité, voire le danger. McCarthy le compare à Lambert & Stamp et à Andrew Loog Oldham : «Secunda was perhaps the wildest and toughest of all them.» Il rappelle à la suite que Secunda a été «the driving force» derrière les Moody Blues, les Move, Marc Bolan, John Cale et Steeleye Span. C’est lui qui a poussé les Move à adopter un look de gangsters - The Move and Secunda were the most successful mariage of insane publicity, hit making and performative controversy and strength - Le seul groupe qu’on pouvait comparer aux Move était The Action. Secunda a tenté de les récupérer, mais ça n’a pas marché.

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             Marc Bolan surnommait Secunda ‘Telegram Sam’, ou encore ‘Sailor Sam’. Linda McCartney le comparait à un rat. McCarthy ajoute que Secunda a grenouillé dans Londres de 1965 aux années 70, puis il s’est installé aux États-Unis pour devenir agent littéraire, avant de casser sa pipe en bois en 1995, à l’âge de 55 ans. Il avait démarré dans l’organisation de combats de catch puis il s’est occupé de Johnny Kidd. Le Kidd était alors accompagné de Clem Cattini, Alan Caddy et Brian Greg. Ils jouaient pour 30 shillings la soirée, alors Secunda a fait monter les prix pour atteindre 100 ou 150 £ par soirée. Il va ensuite en Afrique du Sud fricoter avec Mickie Most puis remonte à Londres s’occuper de Lesley Duncan. Il passe aux choses sérieuses en découvrant les Moody Blues à Birmingham. La vie de Tony Secunda est un petit résumé du Swinging London. Quand les Move le virent pour le remplacer par Don Arden, Secunda est furieux et dit qu’il va mettre un contrat sur la tête d’Arden. Secunda fera aussi équipe toute sa vie avec Denny Cordell qui démarre en produisant le «Whiter Shade Of Pale» de Procol Harum. Secunda va même essayer de récupérer le management de Procol qui refuse - They refused to accept my guidance and adopted a prima donna manner. They turned down  £100,000 worth of engagements I had arranged for them and that’s an awful lot of bread - Puis il va manager Marc Bolan qui va vite le virer. Pour se venger, Secunda tente de lancer Steve Peregrin Took, mais cette histoire va tourner en eau de boudin, car Took se méfie de Secunda. Took recevait les visites d’un certain Syd Barrett qui remontait à Londres après être rentré chez sa mère à Cambridge. Selon Secunda, on entend Syd sur les enregistrements réalisés chez Took, les fameux «Took ramblings». Secunda tente aussi de prendre Lemmy en main, mais ça n’a pas débouché. Son dernier épisode managérial avec Marianne Faithfull fut bref : elle ne supportait pas les méthodes de Secunda. Il est aussi en contact avec Chrissie Hynde. Il approche aussi les Sex Pistols et s’intéresse plus particulièrement à Jamie Reid. Il conseille ensuite à John Cale de monter sur scène avec un masque à gaz. Secunda apprécie la madness de John Cale : «When the madness hit, it hit hard.»    

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    Tony Secunda

             McCarthy brosse aussi un long portrait de Chelita, la première épouse de Secunda, qui fut en 1970 engagée comme PR par June, la femme de Marc Bolan. Chelita conseillait Bolan en matière de mode. Elle était aussi dealer de coke. McCarthy affirme qu’à eux deux, Chelita et Tony Secunda fournissaient un bon quart de la coke qui circulait à Londres. Et pendant l’âge d’or de T. Rex, elle fut la poule de Mickey Finn. Pour décrocher de l’hero, elle est allée séjourner en 1979 à Trinitad. Elle était bien sûr l’amie d’Anita Pallenberg et de Marianne Faithfull. 

             Le vrai héros du Move book, c’est bien sûr Ace Kefford, lequel Ace déclarait dans une interview : «We’ve been brought up tough at school and on the streets.» Il parle de lui et de Trevor Burton. Il ajoute ça qui est marrant : «My mum and grandad both played the piano by ear. The style was with ‘boxing glove’ left hands.» Son père lui paye une basse - a pink Fender bass like Jet Harris had. I had the Jet Harris look too - Puis il devient Ace the Face. Sur scène avec les Move, Ace devient «a ladies’ magnet and a favourite.» Il joue avec «a dive bombing technique on bass, adding much gusto to the music.» Il gratte une Fender Precision blanche. Le son des Move est alors l’un des «heaviest and loudest music ever played aloud onstage before punk or metal.»

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             Au sein des Move, Ace n’est pas à l’aise, car il n’a aucune éducation. Les autres le lui font bien sentir. Bev : «We were pretty hard-nosed Brummies.» Puis le répertoire change : terminé les belles covers de r’n’b que chantait Ace. Il le vit assez mal. Il chante de moins en moins. Les Move deviennent le groupe de Roy Wood. Quand Ace propose ses compos aux autres, ça ne les intéresse pas. Lors d’une répète, Ace lance sa basse dans le mur et s’en va. Quand «Fire Brigade» paraît, Ace a quitté les Move. Avril 1968. Le même mois, Syd Barrett est viré de son groupe, le Pink Floyd. Un sort que partagent aussi Peter Green et Brian Jones. Roy Wood : «Ace left because he couldn’t handle it. Depuis le début du groupe, aucun de nous ne s’entendait bien avec lui. He was a very strange person. He was very agressive.» Robert Davidson : «Poor old Ace, he was the one who fell in the spring of 1968 and ended up in a mental hospital.» Ace reconnaît que l’acide l’a bien esquinté : «Me and Trevor Burton did loads of acid... But it screwed up my life man. Devastated me completely.» 

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             La légende d’Ace Kefford ne s’arrête pas là. D’où l’intérêt de choper le Move book. Après son retour à Birmingham, McCarthy indique d’Ozzy Osbourne et Jeff Beck sont allés à se recherche, le voulant comme chanteur/bassman. Ozzy a même réussi à le rencontrer pour lui proposer de jouer avec Blizzard Of Oz. Mais Ace le trouve trop cinglé et dit non - I was already an alcoholic then. Also, I didn’t really like heavy metal music. But the main reason was I hadn’t the guts - Cozy Powell l’appelle et lui dit que Jeff Beck le cherche pour chanter dans son groupe. Ace se rend à des répètes à Londres. Jeff lui dit : «After you left the Move, I came looking for you all over Birmingham. Not as a singer but as a bass player.» Ace est fier d’entendre ça, car les Move lui laissaient entendre qu’il n’était pas si bon - Jeff Beck said Jimi Hendrix had rated me and had recommanded me to him. What further proof do you need that you’re a good bass player?

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             Quelle surprise quand on écoute The Lost 1968 album jamais paru d’Ace Kefford. On le trouve sur une compile Castle : Ace The Face (The Lost 1968 Album… And More). Ace chante comme un crack, c’est ce que révèle «Oh Girl». Ace est un chanteur puissant. Par contre, il bouffe un peu à tous les râteliers : il peut faire son Cat Stevens («White Mask») et son Obladi Oblada («Lay Your Head Upon My Shoulder»). Il revient au Move System et à la grosse bass attack avec «Step Out In The Night», mais il faut attendre «Trouble In The Air» pour crier au loup. Et ça gratte sec derrière Ace. Le cut a une fantastique vie intérieure, avec des riffs de clairette et un son de gratte metal. Et tu entends Jimmy Page passer un killer solo flash sur «Save The Life Of My Child». Puis tu tombes sur une série de cuts de l’Ace Kefford Stand, avec les frères Ball et Cozy Powell. Ils démarrent par une somptueuse cover de «For Your Love». Les voilà sur les traces des Yardbirds, avec le beurre fatal de Cozy Powell. Dave Ball se tape la part du lion avec un guitarring flamboyant. Il charge encore bien la barcasse sur «Gravy Booby Jamm». La Jamm est emportée comme un fétu par la rivière en crue, the Ball is on fire, c’est un fou ! Ils tapent plus loin une belle cover de «Born To Be Wild» et le Dave Ball se barre en crouille-martingale. Et t’as un bassmatic de haute voltige sur «Daughter Of The Sun» : Denny Ball vole le show, pendant que son frère passe en roue libre. Ace The Face est partout. Il a la voix. Il monte encore un projet nommé Rockstar et enregistre un «Mummy» sur lequel il sonne exactement comme Ziggy. Il aurait pu devenir énorme !  

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             Qui dit Ace dit Trevor. Trevor n’a que 19 ans quand il quitte les Move. Il jamme avec Jimi Hendrix et les gens de Traffic. Il fait partie de Ball, un super-groupe qui a failli exploser et dont Jackie Lomax fut brièvement le chanteur. Mais Ball est resté lettre morte. En 1970, il joue avec Crushed Butler et enregistre 12 cuts avec le groupe. Ça devait sortir sur Wizard, le label de Secunda. On n’en saura pas davantage. Entre 1971 et 1972, Trevor joue avec les Pink Fairies. On l’entend sur deux cuts de What A Bunch Of Sweeties. Il devient session man pour Island et on l’entend sur le Backstreet Crawler de son pote Paul Kossoff - The Backstreet Crawler one I did with Paul is my favourite - Puis il développe une petite addiction à l’hero. Secunda lui ordonne de rentrer chez lui à Brimingham to clean up - or I was going to die - Trevor suit son conseil et quitte Londres - I went back home to me mothers (sic). I went cold turkey and cleaned myself up - Puis en 1975, il rejoint the Steve Gibbons Band et va y rester 8 ans. McCarthy évoque bien sûr les quelques albums enregistrés par Trevor sur le tard.

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             Il ne faut pas attendre des merveilles de Long Play. C’est un album gratté à coups d’acou. On y entend le vieux Move taper un «Hit & Run» autobiographique et brillant. C’est le seul cut de l’album qui vaille la corde pour le pendre. Trevor fait un peu de Dylanex avec «Poverty Draft», et tape une belle cover de l’«In The Aeroplane Over The Sea» de Neutral Milk Hotel, mais pour le reste, c’est très compliqué.

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             Par contre, tu peux mettre le grappin sur cet album du Trevor Burton Band : Blue Moons. Incroyable qualité du son, t’es hooké aussitôt «Little Rachael» et son joli gras double. Tu savais que les Move étaient une bande de surdoués, mais là, le Trevor t’en bouche un coin. Tu t’attends à un album classique de blues-rock et t’as un big album dans les pattes. Apparemment, le lead guitar s’appelle Maz Matrenko et ce démon de Trevor chante comme un cake. Ils passent en mode puissante country pour un «Buffalo River Home» assez déterminant. Trevor sait blower un roof et il finit à la folie douce de riding home. Il s’impose cut après cut. Sur «When It All Comes Down», le Maz se barre en sucette de solo d’espagnolade demented. S’ensuit un fantastique balladif intitulé «Out Of Time». Ça sonne comme un hit. Trevor lui donne des couleurs. Il sait forcer sa chique. Son «Out Of Time» vaut bien tous les grands balladifs de la Stonesy. Quel album ! Trevor ne prend pas les gens pour des cons. Il s’impose avec un bel aplomb. Avec «If You Love Me Like You Say», il te fait le coup de Freddie King revisité par les Anglais. Il fait le white nigger et y va au raw, et derrière t’as le Maz qui t’amaze. Il joue comme un dieu. On se prosterne une dernière fois devant «Mississippi Nights». Trevor sait rôder dans la paraphernalia urbaine. C’est un fantastique mover-shaker.

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             McCarthy fournit aussi pas mal d’infos passionnantes sur Don Arden. L’Arden commence par récupérer une agence, Galaxy Entertainment, qui gère les carrières des Move, d’Amen Corner, des Nashville Teens, de The Action et de Neil Christian. Il a essayé de lancer The Attack, avec David O’List, mais ça n’a pas marché. McCarthy rappelle un détail essentiel : l’Arden adorait le processus créatif. Il avait aussi investi dans le Star Club de Hambourg en rachetant des parts. Il fut brièvement le manager de Gene Vincent, mais leur relation prit fin le jour où Gene lui mit une lame sous le nez. Le meilleur hommage à Don Arden est celui que lui rend Andrew Loog Oldham : «Here was a Jew that ran London, and thank God!». Le Loog se dit d’ailleurs fasciné par «the larger-than-life characters like Don Arden.» Pour lancer les Small Faces, l’Arden fait appel à Kenny Lynch qui compose «Sha La La La Lies» en 5 minutes. Don Black ajoute à tout cela que Don Arden «was far more rock’n’roll thant Gordon Mills and Brian Epstein.» En 1974, Don Arden monte son label, Jet Records. On trouve dans son roster Lynsey de Paul, Gary Moore, Alan Price et Adrian Gurvitz. L’Arden manage aussi Sabbath. C’est là que Sharon Arden craque pour Ozzy et l’épouse. Et bien sûr, on va retrouver sur Jet l’Electric Light Orchestra de Jeff Lynne.

             Roy Wood va renaître des cendres des Move et s’adonner à sa passion pour le Totor Sound. C’est dirons-nous une évolution logique. Celle qu’a aussi vécue Brian Wilson. Lynsey de Paul sera sa poule pendant un temps. On l’entend d’ailleurs sur «Rock‘n’Roll Winter». Mais les albums de Wizzard, See My Baby Jive et Eddie & The Falcons vont flopper. Ceci fera d’ailleurs l’objet d’un futur chapitre.  

    Signé : Cazengler, The Mou

    The Move Anthology 1966-1972. Salvo 2008

    Wizzard. The Singles Collection. Cherry Red 2023

    Jim McCarthy. Flowers In The Rain. The Untold Story Of  The Move. Wymer Publishing 2024

    Trevor Burton. Long Play. Gray Sky Records 2018

    Trevor Burton Band. Blue Moons. MASC Productions 1999 

    Ace Kefford. Ace The Face (The Lost 1968 Album… And More). Castle Music 2003

     

     

    L’avenir du rock

     - La FIEP du samedi soir

             Campé devant le grand miroir en pied, l’avenir du rock s’ajuste. Il lisse sa flamboyante crinière noire, sort le col pelle à tarte pour bien l’étaler sur les revers de son veston blanc, tire d’un petit coup sec sur le bas du gilet boutonné pour éradiquer les derniers plis et fait glisser les semelles de ses boots pour tester une dernière fois le lissage des semelles en cuir. Il descend dans la rue en chantonnant un petit coup de diskö - You’re stayin’ alive/ Stayin’ alive - et se glisse dans la foule en tortillant bien du cul. Il sait qu’à la terrasse du coin de la rue sont installés Boule et Bill. Justement les voilà. Il retortille du cul de plus belle. You’re stayin’ alive/ Stayin’ alive !

             Boule l’interpelle :

             — Où tu cours comme ça, avenir du rock ? 

             L’avenir du rock s’arrête un moment à leur hauteur, esquisse un pas de danse tout en ondulant vigoureusement des hanches et répond sur l’air de «Stayin’ Alive» :

             — Ahhh Ahhhh Ahhhh 2001 Odyssey/ 2001 Odyssey !

             Boule et Bill sont stupéfaits. L’avenir du rock bat tous les records de concupiscence.

             Boule beugle :

             — Ma parole ! T’es devenu une vraie tapette !

             Bill brait :

             — Tu prends combien, chéri, pour me sucer ?

             L’avenir du rock éclate d’un grand rire cristallin et fait une pirouette sur lui-même, saute en l’air et retombe en ciseau pour faire le grand écart - You’re stayin’ alive/ Stayin’ alive - Il ramène aussi sec ses deux pieds l’un vers l’autre et se redresse comme par magie. Boule et Bill sont bluffés.

             — Où tu veux en venir, avenir du rock ?

             — La FIEP, les amis ! La FIEP !

             — Quoi la fieppe ?

             — Ah ce que vous pouvez être lents à la détente ! La FIEP du samedi soir !

     

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             Parfois, c’est ton jour de chance. Tu descends à cave et tu tombes sur un bon groupe. Alors t’es bien content. Ça te donne une bonne raison de continuer à vivre. Le groupe est hollandais et s’appelle FIEP. Rien à voir avec la diskö, rassure-toi. Parlent dans leur langue. Pas la grosse affluence, mais ça ne les dérange pas. On sent bien qu’ils ont envie de jouer. Ils sont là pour ça. Pour en découdre. Pour enfoncer leur clou dans la paume du beat. T’as deux ou trois mecs sur scène et au milieu une petite blonde en jupe courte avec un look ado, à cause de ses grandes chaussettes blanches. On apprendra par la suite qu’elle s’appelle Veerle Suzanna Driessen. Elle dégage quelque chose. Disons qu’elle rayonne.

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             Dès qu’ils mettent leur set en route, tu sens le souffle. Ils tapent une pop extrêmement énergétique et sont capables de belles montées en neige, le vertige ne leur fait pas peur. Ils vont très vite à percuter et quittent avec une aisance stupéfiante la pop bien construite pour basculer dans des morasses psyché du meilleur acabit. Et là tu ne dis pas oui, mais wow ! T’applaudis des deux mains, car leur élan est d’une sincérité à toute épreuve. T’es vraiment content de voir foncer cette équipe

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     d’Hollandais, ils ne semblent rien devoir à personne, ils proposent des cuts frais et extrêmement dynamiques, te casse pas la tête à essayer de les référencer, contente-toi de savourer leur originalité et leur goût pour le final en forme de champignon atomique, que tu retrouves notamment dans l’ébouriffant «Ha Ha». Si t’as ramassé leur album Fried Rice Moon Bliss au merch, tu vas y retrouver ce joyau en forme de fière évolution du domaine de la turlutte, avec en guise de final, une clameur

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    fantastiquement viscérale. T’es à la fois scié et projeté. Et au milieu de tout ce bordel, t’as la petite Suzanne qui gratte sa gratte en secouant les cheveux. Spectacle complet. Art total. C’est avec ce genre d’exploit qu’ils raflent la mise. À côté de la petite Suzanne, t’as un mec en short qui gratte sa Tele avec une agressivité peu banale, il met une telle opiniâtreté à gratter ses poux qu’il en casse une corde, mais il continue à jouer comme si de rien n’était. Franchement, la FIEP du samedi soir vaut le

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    détour. L’autre cut Kratoïque du set s’appelle «R U Reading», il se trouve lui aussi sur l’album. Ça part en mode poppy poppah et ça s’en va télescoper l’excès de plein fouet, mais avec une rare violence, et la clameur te disjoncte pour mieux te projeter dans la stratosphère, tu passes de l’état de lettre morte à celui d’ectoplasme. Ça veut dire que cette musique te sort de toi et t’exporte ailleurs. Tu n’en demandais pas tant. Il y a quelque chose d’incroyablement jubilatoire dans leur son. Sur scène, ils

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     sont absolument somptueux d’explosivité, tu crois que le cut va leur échapper, mais ils le contrôlent. Pfffff ! Rien qu’avec ces deux sommets du genre FIEPy, t’es gavé comme une oie. T’as tout ce que tu peux attendre d’un concert de rock : la fraîcheur de ton, l’explosivité bien calibrée, l’inexorabilité de la présence scénique, l’originalité des compos et des moments qui culminent pour atteindre la perfection de l’instant T.

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    Signé : Cazengler, FIEP de ne rien faire

    FIEP. Le Trois Pièces. Rouen (76). 2 juin 2025

    FIEP. Fried Rice Moon Bliss. Not On Label 2025

    Concert Braincrushing

     

     

    Inside the goldmine

     - Call me Animal

             Zyzany était baisé d’avance. Avec un nom pareil, t’as aucune chance dans la vie. Tu peux être gentil, intelligent, courtois, prévenant, honnête, sérieux, solvable, cultivé, tu peux avoir toutes les qualités, ça ne sert à rien. En plus Zyzany était assez beau. Il aurait pu plaire aux femmes. Mais dès qu’il disait s’appeler Zyzany, c’était foutu.

             — Comment t’as dit ?

             — Zyzany !

             — Non... Tu plaisantes ?

             Il aurait pu choisir un surnom, du genre Zyzou, ou Zazou, mais il ne voulait pas tricher. Il faisait partie de ces gens très purs qui partent du principe qu’une relation sentimentale repose sur l’acceptation totale de l’autre. Il pensait souvent à cette fiancée de Dieu dont Bruno Dumont fait le portrait dans Hadewijch. Il voyait la relation sentimentale de la même façon, comme un absolu. À sa façon, Zyzany était un mystique. L’amour pour lui était avant toute chose une lumière. Rencontrer une femme, c’était une façon de connaître la révélation. Dans sa grande naïveté, il pensait que ce désir de pureté était réciproque. Il ne savait pas encore qu’il allait passer sa vie à attendre. Il comptait trop sur la providence. Les gens trop purs sont à l’image des agneaux qu’on conduit au sacrifice. Zyzany n’espérait qu’une seule chose : pouvoir enfin partager avec une femme cette notion très pure de l’amour. Les années passaient et chaque fois que l’occasion se présentait, il s’échouait sur le même écueil :

             — Comment t’as dit ?

             — Zyzany !

             — Non... Tu plaisantes ?

             Considérant sa vie comme un échec, et las de se sentir inutile, il partit un beau matin randonner en haute montagne et alla se jeter dans une crevasse. Car il n’était bien sûr pas question pour lui d’aller encombrer un cimetière.

     

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             On peut dire sans crainte de commettre une erreur que Zyzany et These Animal Men ont connu le même destin : trop purs et incompris. Tombés dans l’oubli. Arrachons-les à l’oubli !

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             Il suffit d’une page dans Vive Le Rock pour réanimer d’antiques ferveurs. VLR consacre en effet sa rubrique ‘Rough Guide’ à la New Wave Of New Wave (NWONW), c’est-à-dire S*M*A*S*H et These Animal Men. Il s’agit en fait d’un buzz créé par la presse anglaise au début des années 90, juste avant la Britpop. Deux groupes seulement, mais quels groupes ! On reviendra sur S*M*A*S*H une autre fois.

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             These Animal Men auraient dû devenir énormes. En tous les cas, leurs trois albums valent vraiment le détour. Le Rough Guide mentionne les «controversial lyrics et les confrontational riffs inspired by the fire of punk», mais en fait les Animal Men allaient beaucoup plus loin. Des groupes ont tout le temps essayé de recréer le buzz des Pistols : The Towers Of London ou les early Manic Street Preachers, mais les ceusses qui ont vraiment failli y parvenir sont These Animal Men. Ils sont arrivés en plus au moment ou le Grunge ravageait l’Amérique, et au moment où la house et les raves ravageaient l’Angleterre. Seuls les Stones Roses indiquaient une autre voie.

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             Fans des Stones et des Clash, Julian Hewings et Patrick Murray montent donc These Animal Men à Brighton. Julian : «All the old rock’n’roll stars had started to feel guilty about how successful they’d been. It was trying to pull its big-boys trousers up and be a no-gooder. Fuck that shit, man!». Ils avaient en plus de vraies allures de rock stars, ils trimballaient des looks parfaits, de ceux qu’on ne voit plus guère aujourd’hui dans la presse anglaise, excepté Johnny Marr qui continue de se coiffer, ou Peter Perrett qui n’a jamais cessé de se coiffer.

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             Le nom du groupe vient d’une phrase qu’aurait prononcé Jules César lancé à la conquête de ce qui allait devenir l’Angleterre, c’est-à-dire la terre des Angles. Quand il a vu arriver les Angles, effrayé par leur laideur et leur crasse, il se serait exclamé : «Oh these animal men !» Le chemin a donc été long jusqu’à Oscar Wilde.

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             Bon, t’as trois albums, c’est pas la mer à boire. Le premier paraît en 1994 et s’appelle (Come On) Join The High Society. C’est un fantastique album. Julian Hewings qu’on surnomme Hooligan sonne comme l’early Bowie sur «Empire Building» et «Ambulance». Ses accents à la Ziggy ne trompent pas. Et t’as des lyrics fantastiques à base d’your misfit soul. Il règne sur cet album un fort parfum de glam-punk. Et puis t’as toutes les influences qui remontent à la surface : Small Faces dans «Flawed Is Beautiful (heavy glam-rock), Pistols dans «This Is The Sound Of Youth» (même hargne, wild as fuck), et Who dans «Too Sussed?» (Les accords de clairon sont ceux des Who, c’est un cut écarlate, d’une puissance rare, élucidé de l’intérieur par des chœurs extravertis). Encore du big glam-out avec «You’re Always Right», un glam incroyablement inverti, merveilleusement mouillé, sanctionné par un solo classique pur et dur. «Sitting Tenant» est aussi très clair sur ses intentions, car monté sur un big bassmatic de dub. Jah peut aller se rhabiller. Et en prime, t’as un refrain à la Ziggy. Cut emblématique encore avec «We Are Living» - Nicotine, acohol amphetamine we take it all - Sex & drugs & rock’n’roll à l’état pur. Quel album ! Et c’est passé à l’as, tu te rends compte ? Il finissent avec un slight return sur le morceau titre, bien dans l’esprit du «Rock’n’roll Suicide» de Ziggy.

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             Pochette bizarre pour Too Sussed?, mais morceau titre digne des Who, comme déjà dit. Ils développent exactement le même power ! C’est infernal de véracité Whoish crue. On se croirait sur Live At Leeds. S’ensuit une nouvelle giclée de grande pop anglaise avec «Speed King», et final en big solo flash. Mais en fin de balda, ils finissent par perdre le panache Whoish de Too Sussed. En B, «Who’s The Daddy Now» sonne comme une véritable entreprise de démolition, et ils passent au heavy balladif chargé de la barcasse avec «You’re Not My Babylon». Ils se montrent capables de très gros développements expiatoires.

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             Accident & Emergency sera donc le dernier album des Animal Men. Pochette fantastique, album fantastique, t’es là au max des possibilités qu’offre le rock anglais. T’as du heavy glam dès l’ouverture de balda avec «Life Support Machine», et ça continue avec «Light Emitting Electronical Wave», ça glamme dans la couenne du lard, c’est un glam puissant chanté à deux voix. Quel racket ! «24 Hours To Live» sonne comme un hit et ils plongent dans l’heavy groove Animal avec un «So Sophisticated» bien titillé de la titillette. Par contre, la B est moins bonne. Ils s’énervent un peu sur «Ambulance Man», mais ça reste de l’Animal de zone B.

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             Il existe aussi un mini-album chaudement recommandé : Taxi For These Animal Men. Pour deux raisons : «False Identification», bien secoué du bananier, et «Wait For It», avec son intro du diable et le bassmatic de congestion compulsive bien remonté dans le mix. «Wait For It» sonne comme un hit séculaire. Encore une belle énormité avec «You’re Always Right». Julian Hewings jette son dévolu dans la balance, c’est bardé du best barda in town. Fabuleux, coloré, vivant, one day ! Glissé dans la pochette, t’as un booklet grand format de 24 pages richement illustré qui documente leur voyage à New York pour un concert et une émission de radio dans le New Jersey.  En fait, le texte n’est pas très bon, Paul Moody n’a rien de très intéressant à raconter. Les Animal Men rencontrent l’écrivain Quentin Crisp et ils se font photographier avec lui.

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             Après la fin des Animal Men, Julian Hewings, Craig Warnock et Alexander Boag montent Mo Solid Gold avec le black ‘K’. Après enquête, on découvre qu’il s’appelle Kevin Hepburn. Et quand t’écoutes Brand New Testament, tu ne comprends plus rien : comment un album aussi génial a-t-il pu passer à la trappe ? Ce fut sans le moindre doute le meilleur album de 2001. T’as ce crack de K qui allume aussitôt avec «Prince Of The New Wave», vite soutenu par l’Hammond de Warnock et le punk guitarring d’Hooligan Hewings. T’as un mélange sidérant de black Soul et de punk-rock britannique. Cocktail définitif ! Tout est puissant et ultra-joué sur ce Testament. «Love Keep On» est assez proche de ce que fait The Heavy dans la déclaration d’intention. Et voilà l’explosif «Spooky Too» qui va bien au-delà des espérances du Cap machin-chose, ils percent les blindages, aw Lawd, ils travaillent une formule ambitieuse. Plus loin, t’as «Personal Saviour» monté sur un petit riff sixties de type Spencer Davis Group et K te chante ça comme un crack black. Il fait ensuite son Tom Jones avec «Ghost In My House». Big voice ! Et puis on va taper dans les coups de génie avec «On My Mind» et «Mo Trilogy». K chauffe bien son attaque  d’You’re/ You’re on my mind. Il y va au croon de charme et arrache littéralement le cut du sol, cette brute shoote comme un wild-as-fuck, il monte son you’re in my mind très haut, il fait autorité, il en fait une merveille historiographique, Aw K, Black Power man ! Quel aplomb d’airain ! T’as aucune comparaison. Il te plaque son cut au ciel avec un timbre cinglant et avec le power d’un dieu, tiens, on va en prendre un au hasard : Zeus ! Si tu veux bien imaginer un Zeus black. Avec «Mo Trilogy» c’est encore pire : il bat les Righteous Brothers à la course. K est un géant. Il monte même au-dessus des géants. Cette attaque en hauteur est unique au monde. Il monte une deuxième fois et t’explose l’Ararat qui s’dilate. L’album aurait dû smasher, au moins en Angleterre. T’en sors complètement scié.

    Signé : Cazengler, animé

    These Animal Men. (Come On) Join The High Society. Hi-Rise Recordings 1994

    These Animal Men. Too Sussed? Virgin 1994

    These Animal Men. Taxi For These Animal Men. Hi-Rise Recordings 1995

    These Animal Men. Accident & Emergency. Hut Recordings 1996

    Mo Solid Gold. Brand New Testament. Chrysalys 2001

    A Rough Guide To The New Wave of New Wave. Vive Le Rock # 99 - 2023

     

    *

             Il n’arrête pas, il joue d’à peu près tous les instruments, il dessine, il peint, il sculpte, il photographie, il lit, il écrit, il chante, il compose, il est blues, il est rock, il est jazz, il commet tous ces crimes et tous ses cris, tranquillou mais en transe intérieure, chez lui.

             Dans notre livraison 686 du 17 / 04 /2025 nous présentions un de ses objets sonores difficilement identifiables, en tant que serial-admirater nous récidivons, oreilles chastes n’écoutez pas, vous seriez les prochaines victimes. Toutefois nous vous accordons quelques minutes de répit avant que vous ne passiez à la casserole. Auditive.   

             Juste quelques notes préliminaires. Cette vidéo est un mix. Cette kronic aussi. J’y ai mêlé les cinq strophes du poème Danse sacrée avec le feu composé par GFY en hommage à Jimi Hendrix. L’œuvre sans guitare est composée pour deux instruments, Shehnai et percussions. Tous deux joués par GFY.

             Le Shehnai est un instrument indien, une espèce de flûte baryton pas très longue mais à hanche double. Il est utilisé lors de cérémonies dans les temples et accompagne de nombreuses festivités familiales. Le shehnai ne se joue pas en solitaire, il faut plusieurs shehnai (pour faire un chevaux suis-je tenté de dire) pour composer un orchestre. Je suppose que plus on est riche plus on se doit d’embaucher de musiciens. Au naubat ainsi formé vous ajouterez un khurdak qui comme chacun sait est une petite percussion. Le khurdak de PGY semble fait d’éléments de batterie et de cuisine. De break et de brocke.

    SACRED DANCE WITH FIRE

    PATRICK GEFFROY YORFFEG

    (YT / 2021)

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    Quelques notes comme un signal, un shehnai de trompette, P.G.Y veut-il alerter le monde. Lève fièrement la tête comme un légionnaire romain qui s’apprête à souffler dans un buccin, et le miracle se produit, en sourdine un deuxième shehnai se joint à lui, sont deux maintenant à jouer, à se répondre, un dialogue avec soi-même, est-ce pour cela que l’image se dédouble, que vous avez deux ombres qui marchent côte à côte comme disciple qui côtoie Aristote, une ombre facétieuse qui joue à l’ombre qu’elle n’est pas sur le mur, le son est-il aigu pour les tympans obtus, coupure infinitésimale, pas le temps de compter les décimales,  Geffroy nous tourne le dos, le voici qui tapote, comme s’il beurrait des biscotes, ne pas casser la cavalcade, et pendant que le gong  gondole et mirobole  son son, le cri perçant du shehnai revient,  combien sont-ils, n’empêche que Patrick ne l’écoute point accaparé par sa console sonore de timbalier au chagrin, tape de ses deux bras, s’en rajoute deux en surimpression, décalcomanie psychique hindienne, aspire-t-il à être Shiva, le dieu destructeur à mille mains, explose une pétarade de shehnais qui montent à l’assaut, le combat dure longtemps, l’image se couvre d’une teinte brun-rosé, il souffle dans son shehnai, l’art est-il avant tout un combat contre soi-même, une apocalypse criarde d’égo survolté qui se dynamite de

    Le roi soleil électrique

      perce le mur du son

        sur sa guitare noire

           Fender Stratocaster

            où mille doigts de feu

              dansent sur les cordes

                à la vitesse de l'éclair

                  jusqu'à fendre l'air.

     l’intérieur, avez-vous entendu le son du Shehnai le soir au fond d’un bois, si oui : j’ai le regret de vous annoncer que vous êtes déjà mort, imaginez un nid de serpents qui sifflent dans vos oreilles, le Geffroy l’a pas froid aux esgourdes, il fait comme s’il ne les entendait pas, il caresse la peau de ses tambours, il maillote avec délicatesse, il percute sans rut, le mec qui se fiche des stridences des cornemuses des régiments écossais, ces farouches highlanders qui filent droit vers lui dans son dos, lui cisèle la petite touche, celle qui amplifie la catastrophe, il orchestre sa symphonie du désastre comme s’il marquait précautionneusement le rythme d’un chant d’oiseau de Messiaen, ayant le souci que le passereau effarouché ne s’envolât vers de nouveaux cieux radieux, le shehnai lui il s’en moque, de temps en temps il se lance dans solo à circonvolutions multiples à la Miles Davis, ou alors avec ses copains dans une immonde klaxonade mexicaine, un petit coup de l’adieu aux armes martelée avec vigueur, suivi d’un concours de shehnai à qui sifflera le plus longtemps, le plus lointain, jusqu’à expiration, le PGY interrompt sa trépanation temporaire pour s’emparer

      Sur ce point orgasmique de l'univers

        c'est là que tout se joue,

          c'est aussi là que tout commence,

            jusqu'à dérive tire lyre

              les strates de la terre,

                dans la démesure azurée

                  de la note bleue

                     qui vibre à perdre haleine.

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    de son shehnai personnel et se lancer dans un interminable glissando sur le dos d’un do mineur qui tente le grand saut dans le néant, vers l’interruption de grossesse métaphysique, un contre-rut inédit, mais non il s’est échappé, il file tout droit, inutile de l’estabousier d’un grand coup de cymbale, parfois la musique se libère du musicien et s’en va battre la campagne, une fusée interplanétaire qui vous lape la voie lactée d’un seul coup de langue, et drôle de bruit elle s’enfonce dans un trou noir, le gong sort donc de ses gonds car il n'entend pas ne pas l’accompagner, l’entraide est le meilleur moyen de survivre a écrit Kropotkine, alors batucada de barricade et section de cuivres boisés partent ensemble, elles courent pour qu’on ne les rattrape, on croit qu’on ne les reverra jamais plus, surprise les voici, pour se faire pardonner le shehnain ous refile un solo de sax à s’y méprendre, puis

      Vibrations originelles

        à pleines dents,

           à pleine bouche

            de l’univers,

              où voûte crânienne

                 et voûte céleste

                  se confondent.

    un tremblement de trompette entre barrissement déchiqueté d’éléphant tuberculeux et un spasme méticuleux à la Ravaillac écartelé par quatre chevaux, serait-ce un adieu ou un appel, l’on ne saura jamais, nous parviennent des éclats, des brisures, des emballements, sans fin, sans fin,

      Oh Jimi !

        grand fleuve d'amour

          tu retournes

            à la source du blues océanique.

    un crépuscule qui ne veut ni s’éteindre ni se raviver, une stagnation inouïe, une splendeur symphonique sabotée à grands coups battériaux, rien n’est plus têtu qu’un Shehnai qui ne veut pas mourir, il expire, la dame aux camélias sur son lit de mort n’a jamais réussi à pousser de telles clameurs rauques, de tels vagissements de nouveau-né à peine jailli du ventre de sa mère que l’on se hâte d’enfouir tout de suite en terre dans un cercueil capitonné, car il est des présences inhumaines qui nous sont interdites.

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      Ta musique coule

        dans les veines du temps.

          Tu as ouvert en grand

            les portes des paradis artificiels

              où

                tout

                  vole

                    en

                      poussières

                        d'or

    Musique de nôtre temps, mais d’une autre temporalité.

    Damie Chad.

     

    *

             Il est des titres qui vous attirent. Surtout lorsqu’ils semblent aller à l’encontre des représentations les plus habituelles. Le point de départ de ce qui, in fine, a donné à Einstein l’idée de la théorie de la relativité est d’avoir entendu les clochers de sa ville, chacun fièrement dressé dans son quartier, sonner l’heure, pas tout à fait à la même heure, quelques secondes avant ou après, voire selon un intervalle d’une minute les uns par rapport aux autres. Vous en auriez conclu que les horloges étaient décalées qu’il y en avait sûrement plusieurs en retard ou en avance. Einstein en a simplement déduit que chaque clocher possédait son propre temps, ou ce qui revient au même, que le temps n’est pas le même selon l’endroit où il se trouve. Un  sophisme pensez-vous ? Qu’en savez-vous au juste ? Le propre du génie ne serait-il pas de tirer d’une observation primesautière, une règle qui exprimerait une loi fondamentale – n’oubliez pas que dans ce mot vous avez le fond mais aussi le mental, preuve qu’il se passe autant de choses dans l’univers que dans votre esprit. Bref jugez de ma stupéfaction lorsque m’est apparu le titre de cet album :

    FRAGMENTS OF TIME

    MANIARD

    (Bandcamp / Mai 2025)

             Ils ont sorti un premier EP trois pistes en 2013, z’ont dû se perdre durant un long moment dans une boucle de l’espace-temps, j’opinerais pour la Norvège, dont ils ne sont parvenus à s’échapper qu’en 2024 pour produire deux morceaux que l’on retrouve sur cet album.         

             Le groupe est domicilié à Bordeaux. J’imagine que Maniard est le nom d’un hameau perdu au fond de l’Aquitaine, mais je n’en sais fichtrement rien. Sont trois : honneur à la demoiselle : Tara Vanhatalo : basse / Thomas Vanhatalo : voix, guitare, claviers / Thibault Guezennec : drums.

    Plus prosaïquement parlant, la sœur et le frère avaient formé un groupe dans leur jeunesse, ils ont décidé de compiler sur cet album les morceaux qu’ils avaient écrits tout au long de tout cet entre-temps passé… Une manière somme toute proustienne de le retrouver…

    L’artwork attribué à Romain Meyraud est assez étrange, il oscille sans arrête entre abstraction lyrique cosmologique et personnages de bande dessinée déjantés, tout dépend du temps que vous passerez à le regarder.

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    Fragments of time : grondement lointain, qui grossit de plus en plus dans notre ouïe, pas d’image, nous sommes comme des aveugles qui s’apercevraient que nous situons juste au début du film, juste le défilement du générique, nous imaginons le choc titanesque entre quoi et quoi nous ignorons tout de la calamité qui va se produire, ben non on appréhendait le pire, l’on a droit à un résumé, soyons juste le speaker a un bel organe (demoiselles un peu de tenue) c’est beau, très poétique, on s’y laisserait prendre, la voix des sirènes homériques frappe encore, incroyable mais vrai c’est déjà fini, quelque part on a  pour notre argent, chrono en main, en deux minutes tout est dit, rien n’est caché, toute l’histoire de l’univers, certes pour les détails c’est râpé, je ne vous révèle pas les derniers épisodes, remerciez-moi pour les cauchemars évités, vous vous reconnaîtriez si facilement en heroes of tne very bad end. . Valley of the Gods : entrée fracassante, technicolorique, l’orage gronde les cymbales pépient comme les oiseaux du malheur du lac Stymphale, travail herculéen de Thibault sur sa batterie, le frère et la sœur vous roulent un riff qui huhule comme le tonnerre, tout reste en suspension, presque à mi-voix Thomas vous conte un conte fantastique, vous qui êtes promis par Baudelaire à devenir une putride charogne, vous voici conviés à un merveilleux voyage vers la vallée des Dieux, du coup le riffage bénéficie d’ un regain d’activité, vous avez un solo qui vous tire les tripes pars par les trous du nez, quelle merveilleuse odyssée, la tension monte, vous sentez que l’on va débarquer dans le nirvana, la musique se condense comme la poudre dans le fût du canon. Vous voici au stade ultime. Charogne tu es, charogne tu resteras. Forgotten songs & the Colossus : le tonnerre gronde sur la mer, les vagues sont violentes mais une guitare vous masse agréablement le cerveau, une douceur chantonne comme un chardonneret, faut que Thomast vienne vous raconter, du fin-fond d’on ne sait où des promesses peu agréables, les instrus font du bruit pour qu’on ne l’écoutiez point, mais le message passe. Ce n’est pas la première fois que vous accédez au cycle des renaissances, mais la statue du Commandeur, serait-ce le méchant ogre, s’érige au-dessus de l’univers. Son nom : il vaut mieux l’ignorer, le grand manipulateur. Définitif. Vous ne lui échapperez pas. Sont sympathiques ils vous tressent une longue guirlande musicale belle comme une illumination du sapin de Noël de votre enfance, elle clignote mollement. Ne rêvez pas c’est l’univers qui se désagrège. Black mountain : Brr ! Thomas scande selon une persuasive douceur l’hymne des pénitents de la montagne noire, un riff s’élève aussi mortel que le requiem de Mozart, Thomas ne cache plus son jeu, il éructe, il menace, il vomit, pourquoi Tara colorie-t-elle le monde de la noirceur de sa basse, Thibault enfonce les éclats de verre de la guitare tranchante de Thomas dans votre corps de supplicié, la souffrance mentale vous entraîne en une autre dimension, marche nuptiale claviérique, le grand secret vous est révélé, vous qui tentiez d’escalader la montagne noire, savez-vous qu’elle est formée de la cendre des morts, qu’à chaque instant elle grandit, et auriez-vous le courage de vous élever, participerez-vous au triomphe de la sombre montagne. The

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     machin roll on : Orgue séraphique, l’on vous a adressé une proposition, acceptez-la, refusez-la, on s’en fout, que vous soyez avec ou contre la machine du monde, elle continuera à fonctionner pareillement, sans vous ou avec vous, oui c’est un peu triste, les voix se font douces pour faire passer la pilule, vous voyez que dans votre malheur l’on fait tout ce que l’on peut pour apaiser votre désespoir. Inutile d’être triste. Ce sentiment disparaîtra avec vous.The walkin eye : boucan riffique. Le soleil vous gueule dessus. Se présente comme l’œil limpide de l’univers. Adorez-le, vénérez-le comme un Dieu, il connaît toute l’histoire, elle a défilé dans la prunelle de ses yeux, il a vu tant d’horreurs, maintenant il enrage, la mort triomphe, ne s’attaque-t-elle pas à lui aussi, après avoir vu périr l’l’humanité ne serait-il pas en train de dégénérer  à son tour. Le tapage musical veut-il imiter son entrée en agonie. Cassiopeia : Andromède la fille de Cassiopée fut sauvée in extremis, alors qu’elle était attachée nue sur un rocher attendant le monstre matin dépêchée par Poseidon pour la dévorer, par bonheur  Persée survint juste à temps. Une belle histoire qui se finit bien.  Inutile de vous en convaincre alors que votre corps est en train de pourrir dans l’irréversible processus de votre mort. L’espoir fait vivre même quand l’on est mort, c’est pour cela qu’au début quelques notes toute claires de clavier embaument votre imagination, ensuite ça se gâte, pas de souci à vous faire, la batterie qui pilonne ne vous laisse aucun espoir, mais l’ampleur sonore vous emporte vous et votre rêve, loin, très loin, en plein cœur des étoiles, mais vos forces vous abandonnent les remous de la désespérance vous assaillent, que trouverez-vous au bout de l’éternité de la mort, c’est un peu le morceau symphonique de l’opus, l’on est plus près du prog que de Black Sabbath, la musique océanique vous emporte, vous et votre cadavre êtes poussés dans la moulinette de la destruction, de ce maelström profond vous reviendrez, votre coops déchiqueté se reformera, votre âme reconstituée s’y logera et vous serez de retour. Victoire.… Scattered across an Ageing Cosmos : Le titre est un vers du premier morceau, le poème recommence, le poème continue, vous voici une nouvelle fois au début du cycle, vous vivrez et vous crèverez, Thomas exhibe toujours son bel organe, mais pourquoi ces étranges grésillements, la machine déraille-t-elle, coupure. Ce morceau encore moins long que la première fois. A chaque tour le monde s’use-t-il davantage… Un jour le retour ne reviendra plus. Vultures wait : Triste fin, chez Maniard, ils ne sont pas Mani-hard, vous avez droit à un cadeau, pas de fin d’année mais de fin de cycle. Ultime bonus track. Ne vous précipitez pas pour l’ouvrir, vous connaissez le contenu. Vous refont une fois de plus toute l’histoire. L’ouverture n’est pas vraiment gaie, normal c’est une fermeture. Tous les motifs de l’opus repassent dans vos oreilles. Un comprimé de quatre minutes. Toujours cette voix mixée en arrière, une idée merveilleuse, de quoi rabattre la vanité des chanteurs, toujours sur le devant de la scène et là tout au fond comme s’il coulait au fond de la Seine. Oui les vautours, comme toujours auront le dernier mot, ils vous attendent, imaginez-les perchés sur une branche commedans la B.D. de Lucky Luke, oui mes frères vous êtes malchanceux, car cette fois-ci, ils vous la font à la dernière mode, le monde renaît puis il meurt. Non il n’est pas détruit en un gigantesque feu d’artifice tuhu-bohuque final, se sont mis au goût du jour, on aurait espéré un scénario démentiel, les moustiques tigres, les fourmis rouges, les araignées noires, les extraterrestres, ben non, font comme dans les media mainstream et les réseaux  sociaux, ils nous refont le coup du changement climatique. Mais cette fois définitif. Perso je suis un peu déçu par cette tarte à la crème sans sucre ajouté. Vous n’êtes pas obligé de me suivre. Surtout que l’opus est  bon. En plus ils vous en donnent plus qu’ils n’en promettent. De simples fragments temporels, un peu des pages arrachées à un livre. Et plouf ils vous racontent l’Histoire de l’Univers depuis son auto-extraction du néant jusqu’à son extinction. Z’ont même le souci de ceux qui ont la comprenette lente, ils vous la racontent plusieurs fois. Et à chaque fois c’est un nouveau régal.

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             Un seul défaut pour faire plus vrai, ils auraient dû continuer jusqu’à la fin du monde. L’on ne s’en serait pas aperçu !

    Damie Chad.

     

    *

    C’est un ensemble de quinze vidéos, pas très longues, souvent constituées de plans fixes. Des interviews : une caméra, quelques questions, l'interviewé. Des témoins qui ont connu, travaillé, avec Gene Vincent parlent. Ils ont tous le sale défaut de s’exprimer en langue anglaise, mais il suffit de cliquer pour accéder aux textes prononcés. Ce n’est pas idéal, mais ça aide beaucoup. Elles ont été enregistrées par Kenneth van Schooten entre 2003 et aujourd’hui. La plupart de celles réalisées jusqu’en 2014 l’ont été par Julie Ragusa. Julie et Kennetfh possèdent les droits de ces productions. Ils nous permettent d’en profiter, remercions-les !

    Vous avez aussi d’autres vidéos rock’n’roll sur la chaîne YT : VanShots – RocknRoll Videos. Vous y trouverez aussi son Instagram, seulement neuf posts.  Notre méthode sera simple. Nous écouterons les vidéos dans l’ordre de leur numérotation.

    The Gene Vincent files #1: Lemmy talking about Gene Vincent and the early days of Rock and Roll.

             Bien sûr nous rencontrerons d’autres artistes dont les noms nous viennent plus souvent en mémoire dès que nous pensons à Gene Vincent. Commencer par le leader de Motörhead nous semble une bonne idée, c’est attirer sur Gene l’attention de trois générations, hard rock, heavy metal, et metal pour lesquelles il demeure peut-être un inconnu. Les amateurs de rock se souviennent que Lemmy a formé avec Slim Jim Phantom le groupe : The Head Cats.

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             Lemmy se souvient d’avoir entendu Be Bop A Lula en 57 ou 58. Il connaissait déjà Bill Haley et Elvis Presley. Mais celui à qui les gamins voulaient ressembler, c’était Gene Vincent. Il a rencontré en Angleterre quatre ou cinq fois backstage. Gene était toujours bon sur scène, même vers la fin, toutefois il buvait beaucoup pour supporter la douleur de sa jambe. L’était difficile d’accès à cause de son état. Question de musiciens Lemmy préférait  les Blue Caps même si l’orchestre de Little Richard jouait mieux. Oui il a assisté à la naissance su rock anglais. Cliff Richard était toujours souriant… Il préférait Billy Fury. Le rock plaisait d’autant plus aux jeunes que les parents haïssaient très fort ce genre de musique. Oui il a vu Gene pour la première fois en même temps que  les Gladiators. Il était accompagné par les British Blue Caps, des gars coiffés d’une caquette bleue… peut-être étaient-ce les Tornados. Sa chanson préférée de Gene est I’m Goin’ Home enregistrée avec les Sounds Incoporated. C’était le groupe parfait pour Gene.  Griff le saxophoniste faisait la roue tout en jouant du saxo. Pourquoi Gene était-il davantage connu aux USA qu’en Angleterre, tout comme Buddy Holly d’ailleurs, en Amérique Gene n’était pas dans  les clous, il n’était pas assez beau, ils n’ont pas su trouver le truc pour le promouvoir. Les américains n’aimaient guère le rock’n’roll, ils préféraient Bobby Ryddel.  Gene a compris qu’il pourrait faire davantage d’argent en Angleterre et en Europe, en France il était un Dieu, pour sûr Lemmy est au courant de  l’accident,  il hésite entre 1960 et 61, Eddie Cochran est mort, il ne l’a jamais vu sur scène, je me souviens très bien de tout cela. Les musiciens anglais qui ont du succès ont-ils été influencés par des gens comme Gene Vincent, alors que Gene connut des temps très durs ? Les gens aiment bien les vieilles choses mais aussi les nouveautés. Alvin Stardust était anglais, il connaissait Gene et Vince Taylor, il s’est habillé de cuir noir, il connaissait la chanson… Pourquoi Gene a-t-il eu tant de mal avec ses managers et les labels. Vous qui êtes dans le métier depuis quelques années comment doit-on faire pour avoir toujours du succès ? Je n’ai eu du succès que durant cinq ans, et puis le business c’est de la merde, ils se préoccupent de ce que vous vendez, c’est comme des boîtes de haricots, vous devez comprendre que ce sont des hommes d’affaires, ce ne sont pas des artistes, ce ne sont pas des amoureux  de musique, ce sont juste des hommes d’affaires, vous devez le comprendre, pas besoin de parier dessus, ce sont toujours les mêmes, vous savez c’est toujours pareil maintenant… pensez-vous que sa musique ait eu une influence sur les groupes dans lesquels vous jouez ? oui nous faisons ses morceaux, que nous avons l’habitude de faire. Nous faisons She she Little Sheila, Be Bop A Lula, puis dans un autre groupe nous jouions I’m Going Home, mais nous n’avions pas de saxophone, c’était moins bien,.. Pouvez-vous me dire l’influence de la musique de Gene Vincent sur la musique en général ? Je ne sais pas il est surtout considéré plutôt comme un symbole que comme un chanteur, car il n’a pas eu un tas de hits, vous savez il est un peu comme une icône en cuir noir, et cette étrange allure, ces jambes plantées comme des bâtons derrière lui, et cette façon de passer la jambe par-dessus le micro, c’était vraiment bon, et il a tourné comme cela durant des années et des années, il était comme Motörhead, comme cela oui, toujours le même, il n’est pas mort si jeune que cela, il devait avoir  quarante ans,  non trente-six, non non, il était plus vieux que cela, déjà dans la Navy, il déjà chanteur, il devait avoir dix-huit ans, si en 54 dans la Navy il les avait,  il devait être plus vieux que trente-six ans, n’est-ce pas. Ça se pourrait. Peu importe ce que je suppose, mais vous savez tout ce qui lui est tombé dessus, ses blessures et sa bouteille qu’il buvait avant d’entrer en scène et une autre en sortant, sans compter tout un tas de médicaments qu’il prenait probablement en plus, et je pense qu’il a tenu ce régime pendant

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    longtemps…  Pensez-vous qu’il a eu la reconnaissance qu’il méritait durant sa vie sachant tout cela ? Vous savez l’Amérique s’est vite détournéE de lui, quand il n’a plus eu de hits, après I’m Going Home, un hit qui n’était pas en Amérique, vous savez tout un tas de personnes ne reçoivent jamais la reconnaissance qu’ils méritent, je pense à Elvis, ce fut énorme, mais il n’a pas eu de reconnaissance pour la première partie de sa carrière, les gens se souviennent de Las Vegas, je veux dire que pour moi il a été le premier chanteur, le premier chanteur de rock’n’roll, je sais il y avait eu Bill Haley, mais nous ne parlons pas de la même chose ce petit gars enrobé avec son attache-cœur, rien à voir avec Elvis, la première icône, Gene Vincent était très loin de lui, je ne pense pas que beaucoup de ces gars n’ont pas eu une  reconnaissance semblable dans leur vie, quand ils étaient dans la fournaise. J’ai monté ce groupe de rockabilly the Head Cat, a side project, j’ai récolté des tas de remerciements de gens branchés rockabilly, vous savez nous parlons de ces vieux gars, Gene Vincent, Lemmy and the Rock Hats, il était un grand fan de Gene Vincent, vous savez ce n’est pas comme quand vous parlez à Gene Vincent, c’est à eux que vous parlez… Les Teddy boys et les Rockers vous disent-ils que vous faites partie de cette tribu ? Mon frère était Teddy Boy j’ai hérité de ses jackets plus tard, je n’étais pas assez vieux pour être un Teddy Boy, mais je me souviens de lui, je m’en souviens bien, ils avait l’habitude de me montrer les hameçons enfouis dans le tissu de leurs jackets, bref si vous vous emparez da la veste, vous n’allez pas bien loin, les vieux teddies restent dans leur territoire, ils ont l’habitude de gauler les noix entre eux, les américains ne comprennent pas que durant des années et des années vous seriez capable de faire un sort à n’importe quel américain, vous ne pourriez pas comprendre que l’on vient vers vous pour se battre, ils se battent comme s’il y avait toujours un léger avantage à être dans une entourloupe. Vous vous êtes battu un max ? Tout le monde se bat un peu quand vous avez quinze ans. Vous devez rester vivant à l’école, je pense que les gamins sont les personnes les plus cruelles sur cette terre. Si vous voulez un bon tortionnaire, embauchez un gamin. Merci beaucoup. 

    The Gene Vincent files #2: Billy Zoom sharing his experiences as a guitarist in Gene Vincent's band

    Zoom est un nom un peu étrange, X peut paraître inconnue, mais tout s’éclaire si l’on précise que Billy Zoom a formé le groupe X en 1977 à Los Angeles. Que l’on a souvent dénommé punk. Quand on aura rajouté que les punks ont réendosser le cuir, et que Ray Manzarek des Doors a produit les premiers albums de X, l’on se dit que l’interview du guitariste de Zoom risque de nous révéler quelle a été l’influence post-mortem de Gene Vincent sur le futur du rock, l’on rajoute les accointances de   The Clash avec Vince Taylor, et l’on se souvient de la kronic du Cat Zengler sur Johnny Rotten dont le père était un passionné de Gene Vincent…

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    Well, une agence d’Hollywood nommée Musicians Contact Service, une sorte d’agence de rencontre pour musiciens, un batteur avec des guitaristes par exemple ou s’il vous manque un bassiste dans votre groupe vous contactez le service, ils vous mettent en relation avec plusieurs personnes, Gene et son manager voulaient monter un orchestre pour Gene Vincent et ils voulaient une liste de guitaristes qu’ils voulaient embaucher, je suppose que Sterling le boss du Service a répondu, j’en ai seulement un à disposition, il vous ferait bien l’affaire, il est parfait, c’était moi, ils m’ont appelé, j’ai répondu que je   terminais un engagement avec Etta James.  Le temps de rentrer, un message m’attendait, disant si tu veux jouer avec Gene Vincent appelle ce numéro. J’ai été grandement surpris, le numéro que m’avait laissé le gars ne répondait pas, à cette époque nous n’avions pas de machine pour répondre, ils ont laissé un message à mon voisin, qui ne connaissait pas Gene Vincent, Gene Vincent, son manager habite in Laurell Canyon, je pars là-bas avec mon matos, je le sors et j’ai eu le job. Nous jouions déjà  dans un gros club de rock’n’roll sur Sacramento, nous étions quatre dans le groupe, un roadie, Gene, Marcy et les trois gamins, bref il y avait dix personnes et le manager de Gene avait réservé une seule chambre dans un motel, pensant que ce serait suffisant car il était le manager et tous les autres des idiots, nous avons dû nous fâcher, passer un tas de coups de téléphone, nous avons finalement obtenu une deuxième chambre, Gene, Marcy et les trois gamins dans l’une, et le groupe dans l’autre, le roadie dans une autre, voilà l’histoire, vous savez elle est typique de la manière dont les choses se sont  passées, toujours dans la plus totale inorganisation, quand nous allions discuter avec Gene chez son manager, il y a des pelletées de guitaristes dans le coin, Gene devait chanter tout de même, le manager n’avait aucune idée de la situation et de ce dont nous avions besoin, que nous ayons besoin d’un micro ou autre chose, alors j’ai dit j’ai un micro et un pied dans ma camionnette, prenons-les, ainsi Gene s’est branché  dans l’ampli de ma guitare et a pu chanter, durant les concerts Gene disait toujours : ne te tracasse pas pour le son original, fais juste comme tu le sens. Je me souviens que nous n’interprétions pas un maximum de morceaux de Gene, parce que l’on ne pouvait trouver des disques de Gene. Gene n’avait même pas un simple en distribution. Vous ne pouviez pas en commander, il n’y avait pas d’internet, ses disques n’étaient plus réédités depuis des années, les boutiques de disques n’en possédaient pas dans leurs rayons, si vous en vouliez il fallait aller en Angleterre, ou en France. Pour nous en souvenir, vous pouviez les écouter sur les radios comme quand on était jeune, nous jouions tout un lot de de Jerry Lee Lewis, des reprises de Chuck Berry, Gene avait récemment enregistré un album in Nashville il essayait de le sortir mais il était malheureusement incapable de faire un deal, il avait enregistré Sunday Morning Coming Down de Kris Kristopherson, qui fut plus tard reprise par Johnny Cash, à cette époque le morceau était tout nouveau, c’était la balade du set, je jouais de la flûte en intro et du piano électrique sur le pont,  sinon nous jouions Roll Over Beethoven et Whole Lotta Shakin’ Goin’ on, et des trucs dans le genre, et Be Bop A Lula, c’était il y a trente-cinq ans, nous avions un drummer nommé Tony quelque chose, un autre guitariste nommé Richard et j’ai oublié le nom du bassiste – n’était-ce pas Richard Cole ? Oui !  il jouait de la guitare, nous en jouions tous les deux, je jouais aussi du saxophone du piano électrique et de la flûte. Gene devait aimer il me demandait souvent de jouer du saxophone. Ce n’était pas une bonne période pour Gene, c’était avant le Revival des années 70, avant Happy Days, nous étions loin des grands temps du rock’n’roll, une dure époque pour lui, j’étais dans le groupe le seul, oui le seul, qui aimait cette musique, tous les autres passaient leur temps à se plaindre et maugréer de leur malaise de jouer ce style de musique face à des gens car ils pensaient que c’était vieillot et que ça datait, mais moi j’étais réellement excité… Oui nous avons fait une séance photo, Gene n’aimait pas les types qui étaient dessus, il m’en a donné une de lui, il m’ a donné cette chemise bouffante qu’il avait sans doute déniché à Carnaby Street, sur le cliché je portais un pantalon à patte d’éléphants hippie et cette nouvelle  jolie chemise bouffante, des photos je n’en ai eu aucun exemplaire parce que le manager n’a pas payé le photographe. Gene m’a montré dans sa maison en haut dans sa chambre il avait une étagère avec une douzaine de cartes d’anniversaires de chacun des Beatles et d’autres de stars anglaises et  d’autres méga-rock’n’roll stars, je me souviens de le voir en train de regarder tout cela et d’en avoir été impressionné. Il a vécu une grande partie des années soixante en Angleterre, et il était une sorte de légende, indifférent-au mépris des musiciens modernes qui se ressemblent tous, vous l’idolâtrez mais en Amérique il n’était vraiment pas très connu, vous savez une fois que vous n’êtes plus dans la playlist, l’on vous jette et c’est fini. Particulièrement par les temps qui courent, une fois que vous n’êtes plus dans les charts, ils s’en foutent. Je me souviens que dans les années soixante-dix, vous ne pouviez même pas acheter un disque d’Elvis, à l’exception de Blue Hawaï, vous ne trouviez aucun disque de rock’n’roll, vous ne pouviez pas acheter un disque de Chuck Berry, aucun album de Little Richard, ni d’Eddie Cochran, ce fut une belle découverte quand au milieu des années soixante-dix ils ont ressorti tout cette came, je connaissais déjà tout cela.  Je me souviens qu’il en parlait et racontait des histoires, je m’asseyais et rêvais d’avoir un magnétophone, car il racontait des anecdotes amusantes, que se promenant dans Soho il était tombé sur Duane Eddie en   travesti, sans connaître aujourd’hui Duane Eddie, c’était un garçon et vous comprenez l’étonnement qui s’ensuit… quel magnifique groupe possédait Sam Cooke, combien Eddie Cochran était le plus grand et comment s’il avait vécu il aurait dépassé Elvis, il était intarissable sur le sujet… l’on a raconté tant de choses sur lui, il était toujours sobre et avait l’esprit vif, et c’était agréable d’être avec lui pendant que nous bossions, j’ignore s’il montrait une face plus sombre à d’autres personnes, je ne l’ai jamais vue, si vous ne le connaissez pas mieux, vous avez besoin d’un long moment pour le comprendre, si vous commencez à croire et à penser, l’on vous taille facilementun costume dès que vous tourniez le dos, et vous êtes bien servi … Vous savez dans la musique les artistes sont toujours  tout en haut ou tout en bas, car   ils sont sans cesse occupés ou en train de travailler avec des entreprises qui ont à leur actif des centaines d’artistes, compagnies et manager sont travaillé avec des centaines d’artistes et ils savent s’y prendre et les exploiter. Avec le temps vous comprenez mieux comment vous arrivez au sommet… Il est mort

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    le douze octobre, je pense que c’était une ou deux semaines pendant lesquelles  je m’étais absenté. Il est parti e Angleterre, juste avant de mourir, ils auraient voulu que je parte, mais je n’avais pas confiance en son manager et son manager n’a pas voulu me donner un billet aller-retour, ils donnaient un seul ticket, j’ai dit : non, non, vous me donnez un aller-retour sinon je ne pars pas. Quelques semaines après, je conduisais sur la route de Laurel Canyon, je m’arrête pour prendre un auto-stoppeur et le gars me dit : tu sais Gene est mort. Vraiment je suis sûr que c’est une blague. Non il est revenu ici, il m’a tout expliqué et le monde s’est effondré. Je suppose qu’il a bu et il est mort. J’ai trouvé sa nécrologie dans Rolling Stone, à trente-six ans, il était joliment vieux ! Ce n’est pas à ce moment que j’ai pensé qu’il était mort  seulement  à trente-six ans, que ce n’est rien mais il semblait déjà à un vieux gars, moi j’en avais vingt-trois et j’ai pensé que ce serait bien si j’arrivais déjà à trente-six. Il est mort au commencement du Revival des années cinquante. Vous voyez Happy Days, American graffiti, Sha-Na-Na avait son émission à la télé, et les gens ont commencé à revenir vers le rock’n’roll, une résurgence, et ils ont commencé à rééditer les disques De Gene et d’Eddie, et ce fut le rockabilly revival fin seventies and early eighties, tout cela influencé par Gene et Eddie, et il n’était plus là ! Il aurait été fun de jouer avec Gene, j’ai réalisé que j’ai eu durant ces gigs beaucoup plus de plaisir qu’en toute autre occasion c’est alors que j’ai commencé à creuser davantage les vieilles musiques que les modernes, je n’aime pas la musique des années 70 mais j’ai débuté là, au moment où j’ai entrepris de retourner aux racines du rockabilly, si bien qu’au milieu des seventies j’ai fondé un groupe de rockabilly et ai enregistré des disques de rockabilly, je pense que Gene a eu une énorme influence sur un grand grand, très grand nombre de musiciens, certainement sur les Stray Cats qui ont été énormément influencés par Gene et Eddie Cochran, et particulièrement  par Gene pour nombre d’entre nous passionnés de New Rockabilly, Gene est le commencement, il est leur héros beaucoup plus, à tort ou à raison, qu’Elvis et Chuck Berry ou n’importe quel autre, Gene est le héros de ce nouveau culte, maintenant vous le savez ce culte a contaminé un couple de générations.

    Damie Chad.

    P.S. : sur X (surtout John Doe) : lire kronic de Patrick Cazengler : Kr’tnt : 527 du 18 / 10 / 2021

    A suivre.