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tony marlow

  • CHRONIQUES DE POURPRE 495 : KR'TNT ! 495: PHIL SPECTOR / RON WOOD / SHELLEY - CROWLEY / SOUL TIME / TONY MARLOW / STEPPENWOLF / ROCKAMBOLESQUES XVIII

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 495

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR'TNT KR'TNT

    28 / 01 / 2021

     

    PHIL SPECTOR / RON WOOD

    SHELLEY-CROWLEY / SOUL TIME

    TONY MARLOW / STEPPENWOLF

    ROCKAMBOLESQUES XVIII

     

    Spectorculaire - Part One

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    En guise d’adieu à Phil Spector qui vient de casser sa vieille pipe en bois, nous sortons du formol ce vieux conte égyptien. Il fut d’abord conçu en hiéroglyphes, mais vu que les lecteurs de KRTNT ne sont pas tous férus d’égyptologie, il nous a semblé plus prudent de le traduire en langue française. Puis nous nous pencherons sur l’abondante littérature spectorienne dans un Part Two et un Part Three viendra flatter l’œuvre, car c’est bien d’une œuvre dont il s’agir.

    Pharaon fait son entrée dans le temple du son. Les talons de ses Chelsea boots claquent sur le marbre du sol. Haut comme trois pommes et maigre comme un clou, il porte une tiare en or, un pagne fraîchement repassé et des grosses lunettes noires. De longues rouflaquettes encadrent son visage. Sur la tiare en or est épinglé un badge «Back to Mono».

    Le temple s’ouvre sur la vallée des morts. Au fond de la vallée sont rassemblés quelques milliers de musiciens issus de toutes les peuplades de l’empire. Ils attendent en silence, telle est la consigne. De part et d’autre de la vallée, des milliers d’esclaves motivés par le fouet élèvent un mur gigantesque. Ils font rouler des moellons de plusieurs tonnes sur de gros rondins de cèdre lubrifiés. Le mur doit s’élever jusqu’au ciel, car telle est la volonté de Pharaon.

    Il fait construire le wall of sound.

    Pharaon se prépare à entrer dans l’histoire. Il lance un défi aux dieux dont il se dit l’égal. Plutôt que de conquérir le monde pour montrer sa puissance, Pharaon préfère écrire des chansons. Quand les dieux entendront «River Deep Mountain High», ils frémiront.

    Pharaon vient d’écrire «River Deep Mountain High» avec Jeff Barry et Ellie Greenwich. Extraordinairement cultivés, Jeff et Ellie sont ses scribes les plus précieux.

    Pharaon contemple longuement la vallée. Il éprouve de grandes difficultés à dominer son impatience. Il sait qu’il tient un tube éternel. Ses narines palpitent. Sous le pagne, il sent son membre divin se dresser lentement. Il fait signe aux prêtres du temple du son. Il veut entendre les oracles. Les prêtres éventrent les bestiaux prévus à cet effet et accourent les mains pleines d’abats sanguinolents. Ils se bousculent pour offrir à Pharaon l’exclusivité des oracles.

    — Les conditions sont réunies, Pharaon ! Il ne pleuvra pas aujourd’hui !

    Agacé, Pharaon envoie un terrible coup de sa crosse en or sur le crâne du prêtre-météo qui s’agenouille, abasourdi de terreur.

    — Mais il ne pleut jamais dans la région, sombre crétin ! Qu’on le jette aux crocodiles sacrés !

    — Noooon pitié Pharaon ! Nooon !

    Les Turkmènes de la garde rapprochée emmènent le prêtre qui se débat. Pharaon commence toujours par caler ses orchestrations. Lorsqu’elles sont irréprochables, il demande à des interprètes soigneusement sélectionnés de venir s’y fondre. Pharaon vit dans l’obsession de l’osmose : le jour et la nuit, la folie et le génie, les cuivres et les cordes, le ciel et la mer, le chant et l’instrumentation, il mêle les extrêmes en permanence.

    Il se tourne vers l’horizon et lève les bras au ciel. Un immense murmure s’élève de la vallée. Les musiciens s’affairent. Ils vont bientôt devoir jouer selon les règles strictes édictées par Pharaon. Les partitions sont gravées dans des tablettes d’argile. Des milliers de scribes ont travaillé jour et nuit. Les musiciens n’ont que quelques minutes pour s’accorder sous le soleil de plomb. Quand Pharaon donnera le signal, ils devront être prêts à jouer. Pharaon donne ses dernières instructions :

    — Bassistes crétois, vous façonnerez l’épine dorsale d’une grosse bassline et vous fendrez le silence comme la proue d’un navire de guerre ! Quant à vous, guitaristes ibères, je vous demande de jouer le rythme basique ! Ne jouez rien d’autre, pas de flamenco,avez-vous bien compris ?

    Une immense clameur monte de la vallée :

    — Yeahhhhhh Pharaon !

    Puis il s’adresse aux huit mille pianistes :

    — Je vous demande de jouer les octaves de la main droite ! J’exige de vous l’emphase dramaturgique !

    — Got iiiiiiit, Pharaon !

    Pharaon passe sa main dans le dos et ramène le flingue qu’il garde toujours serré sous la ceinture. Il tire un coup en l’air. C’est le signal. Les basses crétoises roulent comme le tonnerre, agrémentées de tampanis congolais. L’immense orchestre joue une petite introduction en escalier. Pharaon lève les bras.

    Silence.

    Puis l’orchestre reprend, des vagues assourdissantes s’en vont se briser contre les murailles et se réverbèrent dans un chaos d’écho d’une profondeur incommensurable. Des nappes de piano s’envolent comme des nuées de sauterelles et s’en vont percuter les roulements des tambours que battent avec pesanteur des milliers de berbères. Pharaon fait jouer l’orchestre des jours durant. Il n’est jamais satisfait.

    Et puis un jour, son visage se détend. Les lèvres tremblantes, il murmure :

    — Oui, c’est ça ! C’est ça !

    La qualité de l’écho atteint la perfection. Pharaon lève les bras au ciel. Les musiciens arrêtent de jouer, mais les deux murailles géantes renvoient encore de l’écho pendant de longues minutes. Jusqu’à ce que le silence s’installe.

    L’orchestration est au point, le moment est venu de choisir un chanteur ou une chanteuse. Pharaon ordonne qu’on fasse venir les cages des candidats. Dix petites cages à roulettes sont installées en demi-cercle sur l’esplanade du temple. Pharaon les passe en revue. Dans la première s’agitent quatre sauvages à la peau blanche. Ils ont les cheveux longs et sales. Ils portent des blousons de cuir et des jeans déchirés.

    Pharaon s’adresse au plus grand :

    — Ton nom !

    — Joey Ramone !

    — Chante-moi quelque chose !

    Joey bombe le torse et chante «Baby I Love You» des Ronettes. Pharaon est agréablement surpris.

    — Hum... Tu as une bonne voix, mais tes amis ne me plaisent pas du tout... Ils ont l’air tellement stupides !

    Celui qui reste allongé dans la paille lance d’une voix rageuse :

    — Je m’appelle Dee Dee et je t’encule, Pharaon tête de con !

    Et Dee Dee crache au sol, juste entre les deux pieds de Pharaon. Silence de mort.

    Pharaon sort son flingue, tire une balle dans le ciel et hurle :

    — Aux crocodiles !

    Dans la deuxième cage se trouve un autre sauvage à la peau blanche. Il porte une barbe et les cheveux longs.

    — Ton nom ?

    — George Harrison !

    — Tu m’as l’air bien mystique... Chante !

    Le pauvre George n’est pas en très bonne santé. Il ravale sa salive et chante «My Sweet Lord».

    — Aux crocodiles !

    Pharaon passe à la cage suivante. Un autre sauvage à la peau blanche et une chinoise sont allongés nus dans la paille.

    — Ton nom !

    — John Lennon et elle, c’est Yoko !

    Pharaon admire les formes un peu lourdes de la chinoise :

    — Vous n’êtes pas là pour forniquer mais pour chanter. Alors chantez !

    John Lennon se lève et entonne «Instant Karma». Yoko joue du tambourin en faisant un sourire qui ressemble à une grimace. Pharaon ne les envoie pas aux crocodiles. Il ne veut pas que ses crocodiles sacrés attrapent une indigestion.

    Dans la cage suivante se trouve encore un blanc.

    — Ton nom ?

    — Dion DiMucci !

    Pharaon ne lui demande même pas de chanter. Trop romantique. «River Deep Mountain High» a besoin de chair fraîche. Pharaon passe en revue cinq autres cages où sont enfermés les Crystals, les Righteous Brothers, Darlene Love, Leonard Cohen, Bobb B Soxx.

    Il se plante devant la dernière cage. Une esclave nubienne plonge son regard de feu dans celui de Pharaon. Elle porte une tunique déchirée qui ne cache pas grand chose de son anatomie pulpeuse. Ses cuisses ressemblent à des colonnes d’albâtre.

    — Ton nom, horrible femelle lascive !

    — Tina, Pharaon, pour te servir...

    Et elle fait glisser la pointe de sa langue sur le pourtour de sa bouche entrouverte. Près d’elle se tient un grand Nubien d’apparence teigneuse.

    — Ton nom !

    — Ike Turner ! Je suis le mari !

    — Faites-la sortir de la cage ! Pas lui ! Qu’il y reste et emmenez-le avec les autres ! Qu’ils disparaissent tous de ma vue ! Mon génie ne les a même pas aveuglés ! Ah les chiens galeux ! Que les descendants de ces immondes barbares soient maudits jusqu’à la septième génération !

    Tina est enchaînée. En marchant, elle râle comme une panthère. Pharaon la présente à l’immense orchestre installé jusqu’au fond de la vallée.

    — Musiciens ! Voici Tina ! Elle portera ma chanson aux nues !

    Un grondement d’acclamations roule dans la vallée. On installe un pupitre devant Tina. Les paroles de la chanson sont gravées sur une tablette d’argile. Pharaon lève les bras au ciel. Le silence se rétablit. Il tire un coup de feu en l’air. L’orchestre joue la petite intro en escalier. Break. Silence. Reprise. Tina ouvre une bouche grande comme un four :

    — Quand j’étais une petite fille, j’avais une poupée de chiffon, la seule poupée que j’aie jamais eue... Maintenant je t’aime comme j’aimais cette poupée de chiffon... Mais maintenant mon amour a grandi !

    Tina chante comme une nymphomane. Elle roule les paroles entre ses muqueuses. Elle est poignante et magnifique. Le son qui monte de la vallée l’enveloppe. Des langues d’écho lèchent la peau luisante de ses cuisses. Les musiciens des premiers rangs voient son sexe béant palpiter.

    Alors Pharaon donne un violent coup de crosse sur le sol et le son explose. L’immense orchestre de la vallée bâtit des montagnes imaginaires, des ponts de cristal suspendus, des murailles de verre, des cavernes enchantées, des falaises de marbre, des gouffres abyssaux et des cascades de son s’écoulent dans des précipices wagnériens, des fumées blanches montent dans l’air saturé d’écho, une féérie grandiose éclate dans le tournoiement des masses d’air. Les tambours et les percussions se fondent dans les basses qui se fondent dans les guitares qui se fondent dans les pianos qui se fondent dans les violons soudanais qui se fondent dans les voix. En transcendant le principe même de l’osmose cosmique, Pharaon crée une fantastique pulsation qui remplit tout l’univers perceptible. Et au sommet de cette pulsation s’empale l’esclave Tina. Chaque molécule de son corps se dissout dans le souffle magique que renvoient les deux murailles géantes.

    Pharaon lève les bras au ciel. L’orchestre s’arrête brusquement. Quel choc ! Un silence vibrant d’écho s’installe. Les dieux ne pardonneront jamais à Pharaon de les avoir ainsi nargués. «River Deep Mountain High» n’aura pas le succès escompté. Profondément vexé, Pharaon fera construire une pyramide avec les moellons de son mur du son et s’y retirera pour l’éternité.

    Signé : Cazengler, Spectordu

    Phil Spector. Disparu le 16 janvier 2021

     

    Knock on Wood

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    Dommage. Vraiment dommage. La petite autobio de Ronnie Wood aurait pu valoir son pesant de rigolade, car Woody a une réputation de joyeux drille. Manque de pot, il tombe avec Ronnie dans le piège que la célébrité tend à tous les parvenus : le pauvre Woody se complaît dans l’étalage de people, c’est même par moments assez abject. N’allons pas salir le blog de Damie Chad en citant les noms de ces horribles célébrités que Woody se targue de fréquenter. Pour une fois qu’on a un blog bien propre, n’allons pas tout gâcher avec du m’as-tu-vu à la mormoille. C’est d’autant plus dommage qu’au départ, Woody ne fréquentait que des gens bien : Jeff Beck, Ronnie Lane & the Faces, et puis fatalement Keef. Manque de discernement ? Allez savoir... Besoin de reconnaissance, sûrement. Dans les dernières pages, il se livre à un délire d’auto-satisfaction. Comment ? En jonglant avec ses multiples talents. On le savait guitariste, peintre (my art), et le voilà qui se projette dans un avenir de romancier, de scénariste et de cinéaste. Il explose de vantardise comme la crapaud de La Fontaine. Cette fin d’autobio est encore pire que celle de Cash qui lui se vantait d’avoir les maladies les plus rares du monde, après s’être vanté d’avoir les gens les plus célèbres du monde comme amis. On entre avec ces recueils de mémoires dans des sphères qui nous dépassent et qui sont celles de l’ultra-célébrité. Elles ne font malheureusement pas rêver. On leur laisse leur pauvre ultra-célébrité, leur train de vie et tout le maudit saint-frusquin qui va avec. Nous ne voyons pas l’aristocratie de la même manière. Syd Barrett, oui, Ron Wood, non. Mais Keef oui. Justement, le gros intérêt du Wood book, c’est Keef, car forcément, Woody le fréquente assidûment. Un jour en 1965, Jag appelle Woody pour lui demander s’il veut bien venir jouer de la guitare en session. Jag produit le duo Rod Stewart/PP Arnold qui enregistre «Come Home Baby» et c’est là, à l’Olympic studio, in Barnes, que Woody voit Keef pour la première fois. Puis Woody achète un maison luxueuse, the Wick, à Richmond, et Keef vient habiter dans le cottage attenant où avait vécu quelques temps Ronnie Lane. Comme Woody a installé un studio à la cave du Wick, Keef et lui passent leur temps à jouer, et pouf, il nous ressort l’histoire de l’ancient art of waving qui, nous rappelle Mike Edison dans son Charlie book, existait du temps de Brian Jones. Woody revient sur cette interaction entre les deux guitaristes qui caractérisait le son des early Stones. Il explique aussi une autre particularité de la Stonesy : «Depuis le début, les Stones ont toujours eu un style particulier. Keef joue un accord, Charlie suit et Bill est légèrement derrière Charlie. Et Brian Jones se situait quelque part au milieu.» Woody raconte aussi que la fréquentation de Keef n’est pas de tout repos. C’est même parfois assez violent. Keef sortait parfois son Bowie knife et posait la lame sur la gorge de Woody en lui disant qu’il allait le tuer. Alors Woody raconte que pour sauver sa peau, il fixait Keef dans le blanc des yeux (a stareout). Il ajoute que l’incident se produisait environ deux fois par an, à la grande époque de la coke. Une autre fois, Keef entra dans la piaule de Woody en brandissant Derringer, alors Woody sortit son Magnum 44 - That was the last time Keith ever drew his gun on me, until the next time - Ah les drogues ! Pour ça, ils sont les champions du monde. Keef déclara un jour qu’il n’avait jamais eu de problème avec les drogues, seulement avec les flics. Et Woody ajoute que si Keef est encore en vie, il doit ça au top quality junk, et jamais il n’a dérogé à ce principe : pas question de prendre n’importe quoi. Woody poursuit en rappelant que Keef a la constitution d’un ox et qu’il a eu beaucoup de chance, notamment d’être tombé sur des juges compréhensifs. Il a en outre toujours veillé à donner aux médias ce qu’ils attendaient. Woody rappelle aussi que Keef est un bourreau de travail. Il cite l’anecdote de l’enregistrement d’Emotional Rescue à Paris : tout le monde est crevé, mais Keef veut continuer à travailler, alors tout le monde doit continuer à travailler. Keef : «Nobody sleeps while I’m awake !». L’épisode le plus rigolo du Keef chapter est celui des retrouvailles avec son père Bert à Redlands. Keef fait venir son père qu’il n’a jamais revu depuis l’enfance et demande à Woody d’aller l’accueillir à sa descente de voiture. C’est la première fois que Woody voit Keef dans cet état de nervosité. La bagnole arrive dans le jardin et Woody va accueillir Bert. Bert est un vieil homme qui fume la pipe et qui a les jambes arquées. Woody lui donne son bras. Ils approchent tous les deux de la maison et soudain Keef apparaît à la fenêtre et lance à Woody : «Tu ne savais pas que j’étais le fils de Popeye ?». L’autre truc qui fait bien marrer Woody, c’est l’histoire des Glimmer twins qui remonte à l’époque où Jag et Keef voyageaient incognito sur un paquebot. Ils intriguaient une vieille qui finit par les coincer sur le pont : «Who are you ? Just give us a glimmer !». Le glimmer vient de là et Keef ajoute : «Mick est ma femme, que ça me plaise ou non. Impossible pour nous de divorcer.» Par contre, l’épisode des décorations royales (équivalent britannique de la légion d’honneur) impressionne Woody : «Quand Mick a obtenu la sienne, Keith aurait dû en obtenir une aussi. Mais si Buckingham Palace avait offert un knighthood à Keith, ça aurait dû être autre chose. Ils savaient qu’il n’accepterait jamais. Ce genre de chose ne signifie rien pour lui. Il me disait : ‘Qu’on m’appelle Sir Keith n’est pas un hommage assez important à mes yeux. Fuck knighthood, give me a peerage.» Vers la fin du book, Woody nous emmène dans les loges des Stones. Chacun la sienne. Keef s’installe devant son miroir. Personne ne lui coupe les cheveux, il prend des ciseaux et le fait lui-même, il taille dans la masse. C’est Keef - Keith only ever wears Keith-clothes - Pas d’habilleuse ni de coiffeuse.

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    Avec Keef, l’autre personnage central de l’autobio c’est bien sûr la dope. Woody explique qu’il passe beaucoup de temps dans la bathroom - a very long journey through freebase, coke, heroin, booze and more freebase - Il évoque aussi le fameux pharmaticals - There was a pill in those days called Destubol, moitié turquoise et moitié orange, and it was half-upper and half-downer. Freddie Sessler en avait à Paris et c’était la meilleure came qu’il ait jamais eue. Ça n’existe plus - C’est Bobby Keys qui fait découvrir la freebase à Woody en 1979, à Mandeville Canyon, en banlieue de Los Angeles - Bobby arriva un soir, tout excité : ‘Hey mec, j’ai découvert ce truc, it’s called freebase. It saves your nose. Tu n’as plus besoin de te servir de ton nez. Ça se fume.’ J’ai démarré avec lui et ça a duré cinq ans. Tu sépares la base de la coke en la faisant cuire dans du soda et tu fumes ça dans une pipe - Même histoire que celle de David Crosby, lui aussi passé à la freebase. D’ailleurs Woody le taille un peu - David Crosby ne savait pas utiliser les drogues correctement. Il mélangeait la coke et l’héro. Je l’ai vu faire ça un soir dans la cuisine d’Alan Pariser et en quelques secondes, il est tombé par terre. J’ai cru qu’il était mort au moins cinq fois dans la nuit. Mais il revenait toujours à lui - Donc Woody et Bobby passent leur vie dans la salle de bains. Ils y restent des journées entières, à freebaser - Keef m’a dit qu’une fois, il est entré dans la salle de bains pendant qu’on freebasait. Il a fait caca et on a rien remarqué - L’un des voisins de Woody à Mandeville Canyon est Sly Stone. Quand Sly entend dire que Woody a une pipe, alors il se pointe chez lui, accompagné de 15 personnes en file indienne derrière lui. Hop, direction la salle de bain, toujours en file indienne, pour tirer une taffe chacun son tour. Puis ils repartent en file indienne. Ce qui est fort dans les histoires de dope que nous raconte Woody, c’est qu’elles sont toutes drôles. Il dit aussi que la toute première taffe est paradisiaque et qu’après, on cherche à retrouver cette sensation, mais c’est impossible - You’re always chasing that first time. It’s a mad drug - Mais l’avantage dit-il c’est qu’elle n’est pas addictive. Tout cela se mélange avec les crises de Keef - We were on tour in the States in the early 1980s, for example, when Keef decided he was going to kill me - Keef ne veut pas entendre parler de freebase : «Nobody does freebase, it’s a waste of time !». Bien évidemment, Woody et Bobby se ruinent à freebaser pendant des jours entiers dans la bathroom. Bobby finit même par mettre son sax au clou. Woody : «On a vécu 5 ans à L.A., alors faites le calcul et vous verrez le blé que j’ai craqué en dope.» Il rend aussi hommage à Freddie Sessler, le dealer officiel des Stones : «Je parle d’un homme qui se pointait avec des bouteilles de lait remplies de high quality Mallencrodt and Merck. He was a sex-fuelled, vodka-charger, coke mountain.» L’autre grand fournisseur des Stones est le fameux Dr Steve, un neurologiste qui fait des ordonnances et qui s’approvisionne directement dans les labos, fournissant à ses clients les meilleures cames, d’où la longévité de Keef. Contrairement à Keef, Woody dit qu’il don’t do needles, il fume l’héro. Ce sont les fameuses DCs, c’est-à-dire dirty cigarettes. Woody parle de tout ça très simplement. La dope faisait partie du rock’n’roll circus des Stones, alors il en parle à sa façon.

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    Autant la fin de l’autobio indispose, autant son début enchante. Car Woody raconte son enfance - Mes frères et moi sommes les premiers dans la famille à être nés sur la terre ferme. Ma mère et mon père sont nés sur des péniches in the Paddington Basin, West London. Ils sont tous les deux des mariniers (water gyspies), comme l’étaient mes grand-parents et leurs parents avant eux - Pas mal, non ? On se croirait dans L’Atalante, avec Michel Simon. Woody brosse de son père un portrait haut en couleurs : il avait tout le temps des weird mates à la maison, «certains étaient mariniers, d’autres des repris de justice, mais tous étaient musiciens, tous étaient bourrés and all of them were fucking nuts.» La famille Wood vivait at Number 8 Whitethorn, pas loin d’Heathrow, a rocking house où tout le monde jouait d’un instrument. Le type qui s’est installé dans cette baraque après le départ de la famille Wood raconte qu’il a découvert 1700 bouteilles de Guiness enterrées dans le jardin. Petit Woody avait beaucoup d’humour. Ses grands frères collectionnaient les œufs d’oiseaux et Woody qui avait trois ans s’amusait à les écraser à coups de marteau. Alors Art et Ted se plaignaient à leur mère : «Ce petit merdeux a écrasé tous nos œufs. Pourquoi l’as-tu acheté ?». Woody raconte aussi que son père se fit un jour couper une patte. Deux jours après l’amputation, il se lève, oubliant qu’il a une patte en moins et se casse la gueule. Il tombe sur le lit du voisin, se retrouve nez à nez avec lui et balance du tac au tac : «Ah bah voilà, comment qu’on va l’appeler notre bébé ?». Humour anglais. Ravageur. Woody aime bien rappeler aussi qu’à une époque il avait un perroquet nommé Sadie. Chaque visiteur était accueilli par une formule de bienvenue, Fuck off, fuck off, ce qui ne manquait pas de faire marrer notre woodpecker.

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    C’est Art qui va se lancer le premier dans le music biz avec les Artwoods. Woody voit son grand frère tomber dingue de Fats Domino et déclarer qu’il veut chanter comme lui. Puis Woody décide à son tour de monter un groupe : «Je n’ai pas eu besoin d’aller chercher loin. Kim Gardner vivait au coin de la rue, Tony Munroe à l’autre bout de la rue et Ali McKenzie dans le quartier voisin. J’ai décidé d’appeler le groupe the Thunderbirds, d’après ‘Jaguar & The Thunderbirds’ de Chuck Berry.» Comme il existe déjà des Thunderbirds (ceux de Chris Farlowe), ils deviennent les Birds et Leo de Klerk devient leur manager. Ils se retrouvent en plein boom du British Beat et tournent sans arrêt. De Klerk les paye 5 livres par concert. Ils réussiront à obtenir une augmentation : 30 livres par concert, mais divisées en 5, et bien sûr, tous les frais à leur charge : nourriture, essence et vêtements. Woody ajoute que ça leur coûtait de l’argent de jouer dans le groupe. Comme la plupart des groupes à l’époque, les Birds se font plumer : «Les Birds ont rapporté énormément de blé à Leo. Grâce à ce blé, il a pu se marier et investir dans une chaîne de magasins d’épicerie.»

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    Ce qui est bien avec les Birds, c’est qu’on a tout de suite du son. Il suffit d’écouter The Collector’s Guide To Rare British Birds pour en avoir le cœur net. Et bien net. Ils font du early British Beat explosion et leur «You’re On My Mind» est excellent. Le singer des Birds s’appelle Ali McKenzie et bien sûr Kim Gardner is on bass. C’est notre Woody national qui passe le solo punk. Si on cherche l’archétype de l’absolute garage punk anglais, il est là et s’appelle «You Don’t Love Me». Pur jus de délinquance juvénile. Ils sont encore plus punkish que les Downliners ou les Pretties, comme si c’était possible ! Outch ! Downhome punk underground, baby. S’ensuit un «Leaving Home» encore plus heavy. Ali est un sérieux client. Si on aime le primitive London garage, c’est les Birds. «No Good Without You» va plus sur la pop, et Ali sonne comme un géant en devenir. Woody repasse l’un de ces solos magiques dont il va se faire une spécialité. Encore une tentative de putsch avec «How Can It Be», cut très pop, très ambitieux, avec des attaques de heavy gimmicking. Incroyable énergie ! Les guitares cassent la baraque. Tout vient des riffs. Woody is on fire. Leur hommage à Bo vaut tout l’or du monde. «You Don’t Love Me» est encore plus fort que le Roquefort. Ils se prennent pour les Who avec «Run Run Run», et toujours cette énergie, rien de plus beau que ce Run Run Run à l’aube des temps bénis. Leur «Good Times» donnera la Poupée Qui Fait Non en français, d’ailleurs on en trouve la version française un peu plus loin sur cette compile.

    C’est l’époque où Woody rencontre Rod The Mod - Un jour en 1965, je traînais à l’Intrepid Fox, un pub sur Wardour Street quand je vis entrer un mec portant une grande veste à carreaux de Coco the Clown et des cheveux en épis sur le sommet du crâne, comme les miens. Il avait aussi un œil au beurre noir. Il s’est approché de moi et m’a dit : ‘Hello, face, comment ça va ? - Rod conduisait une Spitfire à l’époque, mais dès qu’il eut un peu de blé, il s’offrit une Marcos. Jusqu’au moment où «Maggie May» lui permit de se payer une Lamborghini. Ses centres d’intérêt après le foot, nous dit Woody étaient donc les voitures de sport et les femmes, «mais pas nécessairement dans cet ordre».

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    L’autre amateur de fast cars, c’est Jeff Beck - Do you fancy getting a band together ? - Et hop, c’est parti ! Jeff Beck conduit une Corvette Stingray. Vroom !

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    Pendant quelques mois, Woody partage un appart à Londres avec Jimi Hendrix, à Holland Park. On est en 1966. «En fait, c’est la maison de PP Arnold. Elle louait le sous-sol à Jimi et le rez-de-chaussée à bibi. Elle habitait à l’étage in the big flat.» Et là Woody nous fait un prodigieux portrait de Jimi : «Il adorait vivre à Londres. Il adorait aussi son chapeau qu’il ne quittait jamais. Il était défoncé en permanence, beaucoup plus que je ne l’étais. J’avalais un quaalude de temps en temps, mais Jimi n’arrêtait jamais.» Un jour Jimi lui offre deux albums : James Brown Live At The Apollo 1962 et BB King Live At The Regal. Woody avoue que ces deux albums lui ont changé la vie. Au sens où ils l’ont poussé à améliorer sa façon de jouer. «Mais ce ne sont pas les seuls cadeaux qu’il m’ait fait. Un jour il est arrivé avec un basset nommé Loopy. Quand il était en voyage, il me confiait Loopy, puis il a fini par me le donner. Je trouvais ça pretty cool, seulement le problème c’est que Loopy chiait partout dans l’appart. Pat Arnold ne trouvait pas ça cool du tout et donc elle nous a virés Loopy et moi.» Woody adorait passer du temps avec Jimi - J’adorais ses spliffs et ses Quaaludes. Il avait cinq ans de plus que moi, il avait 27 ans quand il est mort, mais il semblait beaucoup plus vieux - Woody se souvient aussi d’avoir rencontré Brian Jones une seule fois à l’Olympic, in Barnes. «Glyn Jones et Nicky Hopkins nous présentèrent, je dis Hi et il murmura quelque chose d’indistinct. Il était dans un autre monde et l’affichait clairement.» Woody ajoute que la dernière chanson sur laquelle il joua fut «Honk Tonk Woman», en mars 1969, «mais Mick et Keith avaient déjà décidé de le remplacer.»

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    En 1968, Woody joue de la basse dans le Jeff Beck Group. Mickie Most produit leur premier album, Truth. On peut bien l’avouer : on est tous tombés de notre chaise à l’époque en entendant ça, surtout le «Shape Of Things» d’ouverture de bal d’A. Le Jeff Beck Group avec Rod The Mod au chant est certainement l’un des meilleurs groupes qui ait jamais existé en Angleterre, et par la modernité de leur attaque, ils ont servi de modèle à Led Zep qui ne parvint jamais à les égaler. Il faut voir Rod the Mod chanter à la revoyure, Beck entrer dans le lard du son au tiguili vénéneux et Woody rôder dans le son comme un maraudeur. L’autre coup de génie est la reprise d’«I Ain’t Superstitious» qui ferme le bal de la B. Beck y invente l’impromptu interventionniste. Il surgit là où personne ne l’attend. Et puis on voit avec «Blues De Luxe» que ce groupe était le British blues band idéal : en matière de blues électrique, tout est monté au sommet de l’art, le chant, la guitare, l’intensité du bassmatic, il faut voir Woody aller chercher des figures de style au bas de son manche. Beck y passe l’un des solos les plus impatients de son temps et Rod se couronne roi du blues en rigolant. Led Zep va d’ailleurs repomper la fin du cut, avec le chant en écho d’une note. Woody se montre encore sacrément musical dans «Let Me Love You». Il joue en solo derrière Beck et multiplie les descentes de gamme, croisant et recroisant celles de Beck. Rod the Mod fait des prodiges avec «Morning Dew» et «Ol Man River» qui sont des morceaux de chanteur et le groupe redéfinit le heavy blues avec «You Shook Me». Joli coup de Beck. Ils rééditent l’exploit avec «Rock My Plimsoul», listen ! Rock me all nite long. Rod ne s’embarrasse pas de scrupules et Woody se balade dans les gammes de blues comme s’il était chez lui. Alors oui, wow !

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    L’année suivante paraît l’encore plus spectaculaire Beck Ola. Oh les fous ! Les deux reprises d’Elvis vont en traumatiser plus d’un, à commencer par «All Shook Up», avec Nicky Hopkins dans le mix, c’est tendu à l’extrême, ils pétrissent un brouet infâme à base de maraudes de Beck et de rumble de Woody. Il est certain que les pirouettes de Beck sont depuis restées inégalées. Face à cette modernité de ton, Led Zep ne faisait pas le poids. Jeff démolit «Jailhouse Rock» d’entrée de jeu à coups de Beck et Rod shakes it hard. Quelle fabuleuse équipe ! Beck fait même la sirène avant d’envoyer un killer solo nous flasher le bulbe. L’autre coup de génie de l’album, c’est bien sûr le fameux «Spanish Boots» - Aw my boots are/ So/ Long - l’un des sommets du rock anglais. Il faut entendre Woody cavaler en contrechamp derrière Beck qui dégringole son killer solo flash. Woody le bombarde littéralement de triplettes de Belleville, alors pour Rod, forcément, c’est du gâteau. On a même un solo de basse demented are go a gogo. La B est hélas un peu faible. C’est là qu’on trouve «Plynth», monté sur l’un des plus beaux riffs de l’histoire du rock, un riff sec et net, mais gras double dans l’esprit. Tony Newman bat ça à la cymbale. Quand on est ado et qu’on tombe là-dessus, on est marqué à vie.

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    Le Jeff Beck Group va faire cinq american tours, mais cette histoire finit par tourner en eau de boudin - Chaque tournée devenait encore plus pénible. J’avais le sentiment qu’on ne pouvait plus travailler avec Jeff - Woody voulait aussi échapper aux griffes de Peter Grant qui manageait le Jeff Beck Group, et quand Ronnie Lane lui propose de venir jammer un soir, Woody saute sur l’occasion. Ils montent les Faces avec les naufragés des Small Faces. D’ailleurs la formation des Faces est un épisode assez cocasse : échaudés par le lâchage de Steve Marriott, Plonk Lane, Mac et Kenney Jones ne sont pas très chauds pour intégrer ce Rod The Mod que leur propose Woody, et de son côté Rod the Mod, échaudé par le comportement de Jeff Beck, n’est pas très chaud pour se remettre en ménage avec un groupe de losers. Mais bon, the deal is done. Woody est assez content de l’opération : «Rod a donné aux Faces une dynamique que nous n’avions pas avec le Jeff Beck Group et que les autres n’avaient pas non plus avec les Small Faces. Mais ce qui était le plus important, c’est qu’on s’amusait beaucoup. It was fun.» Il y a eu nous dit Woody onze tournées américaines des Faces.

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    Leur premier album qui s’appelle The First Step paraît en 1970 sous deux pochettes : Faces et Small Faces. Le groupe va s’organiser autour de deux pôles : Woody/Rod d’un côté et Ronnie Lane de l’autre. Et comme on va pouvoir le constater à l’écoute des albums suivants, c’est Ronnie Lane qui amène les hits, alors que Rod The Mod met les siens de côté pour ses albums solo. Ce premier album est un peu faiblard. Woody et Rod sauvent les meubles avec «Around The Plynth». Woody fait son barouf à coups de bottleneck, et avec le raw de Rod par dessus, ça donne un énorme classique hérissé d’épis. Comme le montre «Stone», Ronnie Lane est déjà très country honk à l’époque. Il est d’une classe écœurante, les autres devaient bien le sentir. Il résume avec «Stone» tout le folk anglais. Le mix Woody/Rod qu’on entend dans «Shake Shudder Shiver» est le mix anglais idéal. On dira la même chose de «Wicked Messenger» joué à l’épaisseur anglaise, et derrière, Ronnie Lane plombe bien le son. C’est aussi lui qui embarque «Looking Out The Window» au bassmatic. Vas-y mon gars ! Mac est derrière avec son shuffle d’orgue Hammond. Cet instro sauve les meubles. Et l’album se termine avec «Three Button Hand Me Down», un boogie facy lancé par la basse de Ronnie Lane. Il règne sans partage sur le son des Faces. Avec Three Buttons, ils font une espèce de resucée de Something Wonderful au big boogie boogah. Dommage que tout l’album ne soit pas de ce niveau. C’est un bonheur que d’entendre Plonk jouer de la basse.

    Au moment où Woody intègre les Faces, les Stones cherchent un guitariste. Un soir Jag téléphone au local de répète et c’est Plonk Lane qui décroche. Jag lui demande si Woody voudrait bien jouer avec les Stones et Plonk lui répond que Woody est bien content avec les Faces thank you very much.

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    Malgré sa pochette ratée, Long Player est l’un des bons albums de 1971, ne serait-ce que par la présence de «Bad ‘N’ Ruin», un groove emmené par l’un des meilleurs chanteurs d’Angleterre, un Rod The Mod au sommet de sa crête, early in the morning. Il chante au meilleur raw de tous les temps, au thing between my legs, Rod The Raw chante au raw de Rod, il fait le show, nobody won’t recognize me now. Rod chante ensuite un cut de Plonk, «Tell Everyone» et dans «Sweet Lady Mary», Woody joue tout ce qu’il peut en contrefort. Mais on dresse l’oreille quand arrive un cut de Plonk comme «Richmond», d’autant qu’il le chante et qu’il le joue au bottleneck. Pure genius. Rod rend un bel hommage à McCartney avec «Baby I’m Amazed» et les Faces décident d’allumer la gueule de leur B avec l’énorme «Had Me A Real Good Time». Quelle rasade de Rod et quel son ! Les Faces sont à leur sommet. Rod is on fire dans la longue version live d’«I Feel So Good», et derrière lui les Faces développent du raw, c’est incroyable de raw, le raw bouffe l’écran, ils sont dans leur délire, alors laissons-les tranquilles.

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    Paru la même année, A Nod’s As Good As A Wink To A Blind Horse pourrait bien être le grand album des Faces. Pour deux raisons signées Ronnie Lane : «You’re So Rude» et «Debris». Il chante Rude à la ferveur de sa fermeté, bien droit devant. Il hisse le rock anglais au sommet de l’art de la matière, le chant taille sa route et Woody se met au service de. Oh you’re so rude ! «Debris» ouvre la bal de la B. C’est là que le génie mélodique de Ronnie Lane devient solide comme le rocher de Gibraltar. On ne se lasse pas de l’entendre chanter sa mélancolie. Admirable promeneur des deux rives du rock anglais ! Son «Last Orders Please» illumine encore l’album et fait certainement de l’ombre à Rod. Sinon, l’album regorge de merveilles du type «Miss Judy’s Farm» : Woody ajoute son raw sur celui de Rod. Voilà encore du rock anglais parfait. Woody explose aussi «Stay With Me» au raw du riff. Raw du riff + raw de Rod, ça donne le melting pot des mighty Faces. Que de son aussi sur «Memphis» ! Le raw des Faces redore le blason du Mississippi Sound. Tiens encore un shoot de raw Woody/Rod avec «Too Bad». Il semble qu’avec tout ce raw, les Faces menaçaient la suprématie des Stones.

    Les Faces s’amusent tellement et font tellement les cons dans les motels américains qu’ils finissent par être interdits dans certains d’entre eux, par exemple dans les Holiday Inn. Alors ils réservent au nom de Fleetwood Mac ou de Grateful Dead.

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    La pochette d’Ooh La La intriguait tout le monde en 1973. D’autant que les yeux d’Arsène Lupin bougeaient, dans la vitrine du disquaire. Questionné sur le phénomène, le disquaire affichait une mine sceptique. T’es sûr ? Ben oui, je les ai vus bouger. La pochette n’est pas la seule à intriguer. Le nombre de coups de génie figurant sur l’album n’est pas banal. Tiens, par exemple ce «Glad And Sorry» signé Plonk Lane. Il ramène sa marchandise au moment où Rod The Mod a démarré sa carrière solo. Plonk remet les pendules à l’heure avec un jeu de basse demented, il joue la mélodie au doigté suprême, can you show me a dream - la mélodie éclot dans la lumière d’un jour d’été et Woody vient le saluer avec un cornaqué de Strato. Plonk chante, alors welcome in paradise. C’est Woody qui chante le morceau titre de fin de B. Pas facile pour lui de prendre le micro dans un groupe comprenant déjà deux fabuleux chanteurs, but he does it right. C’est avec «Silicone Grown» qu’on retrouve le raw des Faces, le raw Rod/Woody. Rien de plus British que ce son. Rod chante à la pointe de sa délinquance et Woody coule l’acier du riff, tout est solide et agressif, comme au temps du Jeff Beck Group. Plonk chante «Flags & Banners», alors bien sûr on crie de nouveau au loup. Il rentre dans le lard des Faces et des nappes d’orgue, c’est stupéfiant. Puis Rod revient au boogie avec «My Fault». C’est lui le boss, il ravage les contrées, rien ne résiste à Rod The Mod. Pur power ! Big hard boogie ! Et l’A se termine en apocalypse avec les sirènes de «Borstal Boys», Woody claque ses riffs et Rod blaste son Borstal, ils font l’histoire du rock anglais, comme les Stones, les Beatles, les Who et tous les autres avant eux, les claqués de beignet de Woody dégoulinent de superberie.

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    On trouve deux très belles covers sur l’album live des Faces, Live Coast To Coast. Ouverture And Beginners paru en 1973 avec de beaux avions sur la pochette : «Angel» et «Jealous Guy». L’Angel est un cut peu connu de Jimi Hendrix qui ne tient que par le chant. Rod le magnifie. Et le «Jealous Guy» qu’il tape en fin de B vaut lui aussi le détour. Pure merveille. Le groupe est à son apogée, il frise la perfection mélodique, the voice + the song + the band, toutes les conditions de l’universalisme sont réunies. Et bien réunies. On note aussi que Ronnie Lane n’est plus dans le groupe, mais que de son dans «It’s All Over Now». Rod is on the run, avec une belle musicalité héritée des Small Faces et que caractérisent les pianotis de Mac et le drumming parfait de Kenney. Rod ultra chante «Too Bad/Every Picture Tells A Story». Il pousse son bouchon comme nobody et sur la belle version de «Stay With Me», Woody fait des miracles avec un son limpide et fouillé à la fois. Comme le montre «I’d Rather Go Blind», c’est sur les balladifs que Rod s’illustre le mieux, avec ses vieux accents à la Sam Cooke. Et puis après avoir joué sa dentelle de blues, Woody revient au heavy riffing pour «Borstal Boy/Amazing Grace». Ces mecs sont bien les rois du boogie d’Angleterre. Ils savent développer une bonne mesure.

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    Et puis un jour, en arrivant à Detroit, Plonk Lane voit écrit en gros sur une affiche : «Rod Stewart & The Faces.» Il giffle le manager Gaff et peu de temps après quitte le groupe, après avoir tenté un «It’s Rod or me», annonçant que de toute façon, Rod allait lâcher le groupe, ce qui ne manqua pas de se produire. Woody n’est pas très clair non plus, car à cette époque il commençait à jouer avec les Stones, et Rod avait prédit aux autres que Woody allait les lâcher. C’est même assez compliqué à une époque car Woody fait une tournée américaine avec les Stones ET une tournée américaine avec les Faces. Ça se termine par un show désastreux à l’Anaheim Stadium, en Californie et chacun part de son côté : «Je sais que Rod m’en voulait d’être allé jouer avec les Stones, mais de son côté il faisait aussi ce qu’il voulait. Il envisageait une carrière solo et tout ce que j’avais à faire de mon côté était de suivre mon destin.»

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    Mais pour entrer dans les Stones après le départ de Mick Taylor, Woody doit passer une audition à Munich. Il se retrouve en compétition avec Marriott, Beck, Clapton, Wayne Perkins et Harvey Mandel. Woody : «Steve Marriott aurait pu faire un excellent Rolling Stone, mais il n’était pas un virtuose à la guitare. Il grattait ses accords, mais il avait besoin d’un lead and rhythm guitar player. Jeff Beck était un grand guitariste, mais c’est lui décidait avec qui il travaillait. Clapton m’a dit à Munich : ‘Je suis bien meilleur guitariste que toi.’ Et je lui ai répondu : ‘Oui, mais il ne faut pas seulement jouer avec les Stones, il faut aussi vivre avec eux. Et tu n’en es pas capable.’ Ce qui est vrai. Il n’aurait jamais survécu dans les Stones.» Quand Keef lui annonce qu’il est choisi pour remplacer Mick Taylor, Woody lui répond qu’il le savait. Alors Keef lui demande de tenir sa langue, ça ne doit pas être officialisé. Pas de problème. «Mon père ne m’a plus jamais appelé Ronnie. Il m’appelait Ronnie Wood of the Rolling Stones.»

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    Après la fin des Faces, Woody attaque sa carrière solo. Un premier album paraît en 1974, le drôlement titré I’ve Got My Own Album To Do. Excellent album car Woody sait s’entourer : Willie Weeks, Andy Newmark, Mac et Keef l’accompagnent et ça monte au cerveau dès «I Can Feel The Fire». Quelle science du son ! Woody et Keef duettent au somment de la vague, c’est d’un niveau inégalable, Woody exubère et Mac keyboarde comme au temps béni des Small Faces. C’est du rock anglais de rêve éveillé. Tout le monde joue énormément dans cette joyeuse pétaudière. Ils jouent tous à gogo, Willie Weeks multiplie les rushy-rushas et Andy Newmark joue un beat aussi idéal qu’un gendre idéal. L’autre coup de génie de l’album se trouve au bout de la B : «Crotch Music», un instro emmené au bassmatic par Willie Weeks et swingué par Andy Newmark, avec en botte fatale le twin guitar attack de Keef & Woody. Stupéfiant ! Encore une bonne pioche en bout d’A avec «Am I Groovin You», un heavy boogie keefy, du pur rampant avec un son à fleur de peau. Keef fait de la Stonesy avec «Shirley». On y retrouve les plus belles guitares d’Angleterre et «Sure The One You Need» frôle le Chucky Chukah. Oh comme Keef chante bien ! Il est beaucoup plus à son aise avec Woody qu’avec les Stones.

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    Pour son deuxième album solo, l’excellent Now Look, Woody s’entoure encore de gens triés sur le volet : Keef, Willie Weeks et Bobby Womack. Dans son autobio, Woody consacre de très belles pages au petit Bobby. Il rappelle que la famille Womack était énorme, Bobby avait une quinzaine de frères et de sœurs. «Tous avaient des noms bizarres, l’un de ses frères s’appelait West et un autre East. Un autre frère s’appelait Friendly.» Woody rappelle aussi que Bobby s’est marié avec la veuve se Sam Cooke et son frère Cecil a épousé la fille de Sam, Linda. Linda et Cecil allaient d’ailleurs former Womack & Womack. Woody poursuit : «J’ai rencontré Bobby à Detroit en 1975 lors d’une tournée des Faces. David Ruffin des Temptations et lui étaient venus sur scène chanter «Losing You» et «I Wish It Would Rain» avec nous. Quand j’ai demandé un coup de main à Bobby pour mon deuxième album solo, il est venu et quand il m’a demandé un coup de main pour son Resurrection, j’y suis allé, accompagné de Rod, Keith et Stevie Wonder.» C’est Bobby qui swingue le hit de l’album, «If You Don’t Want My Love». Belle tranche de Soul fumante. On le sait, Bobby crée de la magie. On entend aussi Willie Weeks dans «I Got Lost When I Found You». Ça sonne et c’est tout le côté sympathique de Woody. Il fait une pop de Soul foisonnante, à son image. Bobby chante cette pièce charmante de rock de Soul qu’est «I Can Say She’s Alright», avec Keef in tow. En B, il propose une version très Stonesy d’«I Can’t Stand The Rain» et montre qu’il n’a pas besoin des Rolling Stones pour faire de bons albums. C’est en tous les cas ce que prouve «Carribean Boogie». Il propose un son à part, très personnel. Il poursuit son petit bonhomme de chemin avec le morceau titre et termine avec «I Got A feeling», un cut de Soul à la Womack, accompagné des Womack sisters et de Willie Weeks on bass.

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    En 1979, Woody retrouve son vieux pote Plonk pour l’enregistrement d’une BO, Mahoney’s Last Stand. Évidemment, c’est Plonk qui rafle la mise avec «Just For A Moment». On sent sa patte dès les premières mesures. Il chante au doux du chant. Woody doit éprouver une grande fierté à accompagner son pote Plonk au dobro. C’est une extraordinaire palanquée de feeling, le feeling le plus doux d’Angleterre avec celui de John Lennon. Ah quelle belle mésaventure et quelle qualité de la limpidité ! Tous les copains sont venus jouer sur la BO : Bobby Keys et Jim Price, Mac et même Pete Townshend. Woody et Plonk s’amusent bien. Ils grattent leurs grattes en bons potos roses. Ils font un superbe numéro de chant à deux sur «Chicken Wired». Cet cut de country honk est très bon esprit, un régal pour les fans de Plonk. En B, Woody pique sa crise de blues avec «Mona The Blues». Il ne faut pas lui en promettre. Ils repiquent une crise de heavy blues du Sommerset avec «Rooster Funeral», en souvenir d’un vieux coq.

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    Gimme Some Neck paraît en 1979 sous une pochette très dessinée. Si on ne savait pas que Woody dessinait, on l’apprend. Bon, l’album n’est pas très spectaculaire. Woody fait de la Stonesy, ce qui semble logique puisqu’à cette époque, il fait partie des Stones. Il ne faut donc pas attendre de cet album plus que ce qu’on y trouve. Avec «Buried Alive», Woody fait beaucoup de battage avec sa Strato. Son «Come To Realise» sort tout droit d’Exile. Woody ne s’embarrasse pas avec les détails. Il sonne exactement comme le Keef d’Exile. Puis il retourne faire un tour du côté des Faces pour ficeler sa Stonesy avec «In Pekshun». C’est le son du rock anglais tel que défini par les gentry kings du borough of Chelsea. Il attaque sa B avec une reprise du «Seven Days» de Bob Dylan. On croit entendre Dylan chanter, c’est dire si Woddy est balèze. Puis il taille une Stonesy sur mesure pour «We All Get Old». On pourrait d’ailleurs très bien lui reprocher de ne pas vouloir réinventer la poudre. Il termine avec un «Don’t Worry» bien charpenté et relativement nerveux. Nous n’en attendions pas moins de lui. Et ses dessins requièrent un minimum d’attention. Woody adore croquer des scènes de la vie quotidienne. Et croquer des nus.

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    Il grimpe sur un chameau pour la pochette de 1234 et balance au dos un bel autoportrait. Bobby Womack et Clydie King font partie de l’aventure «Fountain Of Love», ce qui nous donne un joli shoot de Soul. Woody pique sa petite crise de Stonesy avec «Wind Howlin’ Through». On croirait entendre Keef : même façon de chanter à la petite persiflette.

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    Woody fait aussi du Chuck à la main lourde avec «Outlaws». Il est parfaitement à l’aise, comme d’ailleurs dans tous les autres genres. Nicky Hopkins l’accompagne eu piano et Mac à l’orgue. Quelle belle équipe ! En B, Charlie Watts vient faire des miracles sur «She Never Told Me». Véritable leçon de maintien. Le cut dure longtemps et c’est excellent, à tous les points de vue. Voilà encore un album qui vaut largement le détour.

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    Woody s’acoquine avec Bernard Fowler pour enregistrer Slide On This en 1992. La plupart des cuts ne sortent pas de l’ordinaire. Il faut attendre «Josephine» pour renouer avec le frisson. Sa Josephine est bien remontée du cul, elle chevauche un joli beat prévalent. Woody fait un peu de Stonesy avec «Must Be Love», et même une belle Stonesy bien heavy, qu’il chante au nez pincé, à la Dylan. Il reste très dylanesque avec «Show Me», avec un petit côté Cours Plus Vite Charlie, mais ça n’a bien sûr aucun intérêt. Il reste dans Dylan avec «Always Wanted More». C’est incroyable comme le vieux Woody chante comme le vieux Dylan. Mais de cut en cut, Woody s’enlise. Il devrait écouter les Black Crowes. Le problème de Woody est le problème des gens qui s’endorment sur leurs lauriers. Signalons au passage qu’il aurait pu au moins nous épargner le dernier cut, «Breathe On Me». Ah ces Rolling Stones qui se croient tout permis !

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    On ne comprend pas bien la pochette de Not For Beginners. Woody chez les Huns ? Sûrement l’une de ses toiles. Enfin bref, c’est sûrement indiqué quelque pat dans wikipedia. Bon, nous ne sommes pas là pour parler de wikipedia mais de «Rock N’Roll Star». Woody pulse son Rock N’Roll Star est c’est excellent. On note la qualité du big heavy sound. La clameur impressionne. Il duette ensuite avec Kelly Jones dans «Wadd’Ya Think», puis on le voit voler au secours de sa fille dans «This Little Heart». Woody sort le gros business. Il revient à son cher vieux «Leaving Here». Belle version, il n’a rien perdu de son swagger. Des vieux amis viennent jouer sur «R.U. Behaving Yourself» : Mac, Andy Newmark et Willie Weeks. C’est du vieux guitaring à la Woody. Il faut cependant l’écouter attentivement, car il sait toujours éveiller l’intérêt. C’est pour ça que Keef l’apprécie. Voilà un «Red Hard Rocker» bien secoué de la bonbonnière et chanté en sous-main. Puis il s’en va réveiller les vieux démons avec «Heart Soul & Body». Excellent car claqué à la volée et gavé de son comme une oie. Et voilà la surprise du chef : «King Of Kings» avec Bob Dylan à la guitare. Bon, pas d’affolement, c’est très cousu, Bob gratte son truc, c’est un gentil mec, il adore Woody, comme tout le monde.

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    Album étonnant que cet I Feel Like Playing paru en 2010 et orné d’une toile abstraite de Woody. Ça démarre en trombe avec le très dylanesque «Why You Wanna Go And Do A Thing Like That For». Woody le chante à la voix d’outre-tombe, épaulé par des nappes d’orgue Hammond. Ce mec a toujours été marrant et intéressant, c’est très facile de l’approcher. Il joue pour nous. Il est là tout près, dans une sorte de proximité de ton et de son, comme peu savent le faire. Woody a compris ça : la proximité. Rien de plus enviable. À force de véracité, il sonne presque comme le vieux Dylan. Il nous plonge dans le dedicated, c’est un coup de maître. Woody n’a jamais rien fait par hasard. Il tente le tout pour le tout avec «Lucky Man». C’est assez bon, il faut bien le reconnaître. Big heavy sound. Il parvient à créer un petit événement hors Stonesy, et nous fait le cadeau d’un final fantastique. Pour «Thing About You», il a rassemblé un backing band des enfers : Bobby Womack et Blondie Chaplin. C’est d’autant plus énorme que Billy Gibbons gratte les poux du riff. Bonne pioche, Woody ! Nouvelle merveille avec «Catch You». Par contre il ramène Slash dans «Spoonful» et ça gâche tout. Quelle horreur ! En plus la version est nulle car jouée à la basse funk par le Red Hot Chilli Peppermint. Ça change tout quand Bobby Womack vient jouer dans «I Don’t Think So», She said/ She said, avec Mac on keys. Big Woody ! Il n’est de bonne compagnie qui ne cuite, comme dirait Mr. G. Waddy Watchel entre aussi dans la danse. On retrouve la même équipe dans «100%». Woody veille bien au grain, il prend 5 minutes pour déclarer sa flamme, I’ll be around you 100% at a time. Woody chante «Tell Me Something» aux accents tellement chaleureux que ça devient fabuleux. Big album en vérité.

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    Le dernier album en date de Woody est un hommage à Chucky Chuckah, Mad Lad. A Live Tribute To Chuck Berry. Malheureusement, c’est une catastrophe. Il faut faire gaffe quand on tape dans Chuck, il ne faut pas faire n’importe quoi. Imelda May vient duetter avec Woody sur «Wee Wee Hours» est c’est assez putassier. Pas sûr que Chuck eut apprécié, car elle chante avec une sorte de glaire dans la voix. Ça bascule assez vite dans l’horreur. À partir de là, l’album est grillé. Ces abrutis font n’importe quoi avec «Almost Grown». Comment Woody ose-t-il vouloir commercialiser les vieux hits de Chuck ? Son «Back In The USA» est indigne et insupportable. Tout ce qui suit est ignoble de singerie. Woody réussit même l’exploit de flinguer the record machine dans «Little Queenie». Ses reprises sonnent comme des descentes d’organes. La May revient massacrer «Rock’n’Roll Music». Si l’inquisition existait encore aujourd’hui, elle utiliserait cet album pour torturer les hérétiques. Comme il fait un peu de promo dans l’interview qu’il accorde à Danny Eccleston dans Mojo, il en profite pour glisser une vanne ou deux. Il raconte par exemple qu’un jour, il est en studio avec Chuck et il place un lick de guitare. Chuck lui dit : «Où t’as trouvé ça ?», et Woody lui répond : «From you». Même plan avec Steve Cropper, Woody lui joue un vieux truc que Cropper trouve balèze, «d’où ça sort ?», et Woody répond comme à Chuck : «It’s one of yours». Woody dit aussi qu’il envisage une trilogie de tributes, avec à la suite de Chucky Chuckah Bo Diddley et Jimmy Reed. Ou peut-être Big Bill Broonzy. En espérant qu’il ne leur fera pas subir le même sort qu’au pauvre Chucky Chuckah.

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    L’un des épisodes dont Woody est le plus fier est celui des Barbarians, une sorte de super-groupe monté avec Keef et les plus grosses pointures de l’époque. Comme il existait déjà un groupe qui s’appelait les Barbarians, Woody dut modifier le nom à deux reprises, ce qui a donné The New Barbarians, puis The First Barbarians. Ils ne voulaient pas enregistrer d’album, seulement jouer pour le plaisir de jouer. Heureusement, on trouve des traces de tout ça dans le commerce. En 2006 est sorti un live des New Barbarians, Live In Maryland. Buried Alive. Autour de Woody & Keef jouaient Mac, Zigaboo Modeliste, le beurre-man des Meters, Mac et Bobby Keys. Il réussit aussi à embaucher Stanley Clarke, the best jazz bass player qui, me dit-il plus tard «se mit à jouer de la basse après m’avoir entendu jouer dans le Jeff Beck Group». Là Woody a raison de se vanter, car ses drives de basse dans les deux albums du Jeff Beck Group sont exceptionnels. Et sans avoir d’album à promouvoir, ils remplissent le Madison Square Garden et quinze autres grandes salles en tournée. Buried Alive est un double album live assez fantastique qui démarre sur un «Sweet Litlle Rock’n’Roller» claqué aux accords de non-retour. Ah comme ces mecs adorent Chucky Chuckah ! Cette cover est une vraie preuve d’amour. T’auras jamais ça ailleurs, Keef & Woody dans le feu de l’action. Ils barbotent comme des canards sur la grand mare des canards, c’est leur privilège, il n’y a qu’eux qui puissent se permettre un tel privilège, et Keef vient chanter un couplet. Ils amènent ensuite le morceau titre au big beat des enfers, oh yeah, c’est claqué dans la meilleure tradition. Keef chante et gratte du power d’accords inconnus, un power de sommet d’Olympe, ils vont loin, au-delà de toute imagination, Keef joue en double retourné acrobatique, il claque sa voix dans un micro. Ils sont écœurants, ces Barbarians, et on ne parle même pas de la section rythmique et du shoot de sax que Bobby ramène à la fin. On voit ensuite un phénomène paranormal se produire sous nos yeux : les cuts bougent tout seuls. Avec Stanley Clarke on bass et Zigaboo on drums, le paranormal est normal. On espère encore des miracles et en voilà un qui s’appelle «Infekshun». C’est Woody qui prend le lead, il n’a pas l’aura de Keef mais Keef le laisse faire. Comme à Kilburn, Keef prend «Sure The One You Need» au chant et rallume le brasier de la vieille Stonesy. Il a fallu attendre six cuts pour que ça explose pour de vrai. Keef is the real deal, on ne se lassera jamais de le répéter. C’est bombardé de son et du coup les cuts de Woody comme «Lost And Lonely» font pâle figure. C’est lui qui conclut le disk 1 avec «Breathe On Me». Bon, Woody est un mec rigolo mais un peu m’as-tu vu, une sorte de rabouin devenu riche et qui se paye les services des Zigaboo et de Stanley Clarke. Keef attaque le disk 2 avec «Let’s Go Steady». Il y fait son vieux white nigger de mauvaise pioche, il chante vraiment comme un con. Il enchaîne avec «Apartment N°9», un autre balladif, honey à la ramasse, il chante presque faux. Les Barbarians tapent aussi dans les gros classiques avec un «Honky Tonk Woman» claqué à l’accord fatal. Un seul accord et la messe est dite. Zigaboo fait son Charlie. C’est très spécial, Woody essaye de faire son Jag mais il a tout faux. Il faut s’appeler Jag pour chanter ça. Puis il fait du guttural sur «Worried Life Blues» et se vautre. Tous ses surdoués surjouent énormément, comme le montre encore «I Can Feel The Fire», ils chargent la barque de la mule qui n’en peut plus. Dommage que Woody se mette tellement en avant. On est surtout là pour Keef et Zigaboo. Woody n’a plus de voix quand il attaque la petite pop de «Come To Realize». Mais derrière lui, ça joue à la patate chaude, avec un Bobby Keys qui arrose tout au sax. Il y a comme une puissance compositale, un truc porté par l’accumulation des légendes, ce «Come To Realize» est un passage obligé. S’il fallait rapatrier ce disk, ce serait essentiellement pour «Come To Realize» qui synthétise tout le bien qu’il faut penser des Barbarians. Stanley Clarke vole le show dans «Am I Grooving You». Woody présente ensuite Mister Keith Richards, here, ahhh et paf, Keef claque le bouquet de «Before They Make Me Run», c’est lui le boss, il récupère toute la fournaise de Stanley Clarke et Zigaboo, alors on imagine le travail, il semble prendre le pied de sa vie. Et tout ça se termine avec «Jumping Jack Flash», mais le riff est trop acide, c’est mal chanté, atroce et confus. Massacre à la tronçonneuse. Ne laissez jamais Woody approcher de Jack Flash.

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    L’année suivante est sorti un autre live, celui de The First Barbarians, Live From Kilburn. Woody & Keef s’étaient offert une nouvelle section rythmique : Willie Weeks et Andy Newmark. Le gros avantage de ce live c’est qu’il existe en DVD et là on se régale. On voit Woody la rock star arriver sur scène avec des plumes sur les épaules, comme Eno sur la pochette du premier Roxy. Il porte aussi un gros pantalon blanc et attaque un heavy groove que l’immense Willie Weeks anime au bassmatic de funk. Woody rock super star ! Am I grooving you ? Yessss et Keef monte au micro pour faire les chœurs. Mais il n’est pas très à l’aise pour danser le funk. Ah ces blancs qui veulent danser comme des noirs, c’est toujours le même problème ! Woody et Keef chantent «Cancel Everything» à deux voix. Mais la super star, en fait, c’est Keef, il ne faut pas se tromper d’adresse. Si on veut voir du beau Keef, c’est le moment ou jamais. Il a encore ses dents pourries et sa coiffure d’épis. Rod The Mod vient chanter «If You Gotta Make A Fool Of Somebody» les mains dans les poches de son gros pantalon blanc. Keef fait le sideman. Puis ça redevient les Faces avec «Take A Look At The Guy», bien propulsé par cette section rythmique de rêve. Quel power ! Quand Rod s’en va, Woody et Keef font pas mal de funk de haute voltige, et on entend au passage les accords magiques d’«I’m A Monkey». Mais le moment déterminant est bien celui où Keef prend le chant avec «Sure The One You Need». Pur rock’n’roll drive. Keef forever. Ils finissent avec deux autres merveilles, l’instro «Crotch Music» amené par un fiff de basse atonal de Willie Weeks (un instro sorti tout droit du premier album solo de Woody, I’ve Got My Own Album To Do) suivi de l’excellent «I Can Feel The Fire», sorti lui aussi du même album. Voilà ce qu’on appelle un passage obligé pour tout fan de Keef et des Faces.

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    Dans son autobio, Woody salue deux personnages importants, Margo et Bo. Margo ? Oui, Margo Lewis qui jouait de l’orgue dans Goldie & The Gingerbreads, the first all-girl American rock band : «Il y avait plein de girl groups, comme Diana Ross & the Supremes, Martha & The Vandellas, les Ronettes, mais les Gingerbreads étaient autre chose : c’était quatre blanches qui sonnaient comme des noires, et qui non seulement chantaient, mais jouaient leur propre musique.» C’est Margo qui organise la tournée de Woody et Bo. «Voilà comment c’était organisé : Bo démarrait le set avec 4 ou 5 cuts, avec son groupe dirigé par sa bassiste, Debby Hastings et le guitariste surnommé ‘The Prince of Darkness’, puis c’était mon tour avec quelques cuts, accompagné par Debby et le groupe, et Bo revenait et on faisait quelques cuts ensemble.» Et c’est là qu’ils enregistrent Live At The Ritz - He’s the man and in his uniquely Bo Diddley way, he does whatever he wants to do and doesn’t give a shit about nothing else. La différence entre Bo et moi, c’est que je me considère comme un guitariste consciencieux, alors que Bo veut juste enfourcher son cheval et cavaler, et il se fout de savoir s’il y a une selle ou pas.

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    C’est pour ça qu’il faut écouter ce Live At The Ritz, car Bo se tape tout le bal d’A et ce vieux King of the road attaque avec l’emblème des emblèmes, «Road Runner». Porte ouverte à tous les écarts. Il enchaîne avec «I’m A Man». Tout l’art de Bo est là, dans le heavy riffing. Ce qui frappe dans les vieux hits de Bo, c’est leur incroyable modernité de style. On note qu’Eddie Kendricks et David Ruffin sont dans les backing vocals. Avec «Crackin’ Up», Bo fait son petit coup d’exotica de calypso, you’re crackin’ up yeah yeah et il termine son bal d’A avec «Hey Bo Diddley». C’est Bo qui mène le bal, avec tout le power du Chicagogo. Et ce petit renard de Woody ramène sa fraise en B avec un choix de cuts en forme de panorama : il revisite toute son histoire en commençant par sa période Jeff Beck Group : «Plynth/Water Down The Drain». Il se prend pour Jeff Beck et attaque au bottleneck, mais c’est une erreur et ça devient un exercice de style un peu m’as-tu-vu qui n’a rien à voir avec la flamboyance des coups de Beck. Et dans l’histoire, on perd complètement le Bo. Woody ramène là-dedans du Amazing Grace et ça fout tout par terre. Puis avec «Oh La La», il se prend pour Rod The Mod. C’est n'importe quoi. Woody devient le crapaud de La Fontaine qui veut grossir comme un bœuf. Puis il fait bien évidemment son Keef avec «They Don’t Make Outlaws Like They Used To». Il ne rate aucune occasion de montrer ses petits biscotos. On se doute bien qu’après Keef, il va vouloir faire son Jag, alors voilà «Honky Tonk Woman». Enfin bref, on préfère entendre Bo qui d’ailleurs revient boucler avec «Money To Ronnie». Bo reprend les choses du heavy blues en main.

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    Avec cet album live, Woody rend ainsi le plus somptueux des hommages à l’un des grands héros de la légende du rock : «La guitare qui le rendit célèbre était faite à la main, rectangulaire et incroyablement lourde, heavy as hell, car remplie d’électronique. Dedans il y avait un vibratone et un filtre, ainsi que tous les trucs qui normalement se trouvent dans les pédales d’effets. Il a des cordes incassables et tendues très haut au-dessus du manche. Il joue en open tuning. Pas facile de jouer sur cet engin, croyez-moi.» Et ça continue : «Il trimbalait ce monstre rectangulaire d’un bout à l’autre de la scène. Il installait aussi lui-même ses amplis sur scène, alors il n’est pas surprenant qu’il se soit pété le dos.» Pour Woody, Bo est the absolute master of rhythm guitar, il joue comme une locomotive. «Un journaliste de San Francisco déclara un jour que Bo sonnait comme le diable déplaçant ses meubles.»

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    Et les Stones dans tout ça ? Mis à part Keef, le Rolling Stone qui l’impressionne le plus c’est bien sûr Charlie. Un Charlie qui dessine lui aussi en tournée, parce qu’il s’ennuie. «Il déteste partir en tournée. Il déteste se trouver éloigné de chez lui. Dans son esprit chaque tournée est la dernière, mais il adore jouer de la batterie et vous ne pouvez pas jouer de la batterie dans un groupe si vous restez chez vous.» Woody voit aussi comment se comporte Charlie dans les conférences de presse : «Il reste là, les bras croisés et ne dit rien. Si quelqu’un lui pose une question, il répond qu’il ne sait pas. Pourquoi ? Parce qu’il n’a pas envie de parler. Il préfère laisser les autres répondre à sa place. C’est un homme merveilleux, un pur excentrique britannique.» Et il repart sur le vieux duo de choc : «Charlie et Bill étaient inséparables. Charlie dit que ça lui manque d’entendre Bill dire ‘Cor, I fancy a cuppa tea’ entre deux prises ou, sur scène : ‘Nice pair of tits over there’.»

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    Woody rappelle aussi que Dirty Work fut l’album des Stones le plus difficile, car Keith & Jag ne s’adressaient plus la parole. Bon on revient sur les albums des Stones prochainement, par l’entremise non pas de la tante Artémise, mais par celle de Mike Edison et de Charlie Watts.

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    Oh mais ce n’est pas fini. Woody a rendez-vous avec Mojo pour l’interview, alors le voilà qui se pointe dans une suite du Landmark Hotel de Londres tout de noir vêtu avec a black barnet with a life of its own, c’est-à-dire une grosse coiffure noire qui bouge toute seule. Danny Eccleston le traite de clown prince of rock’n’roll, de true keeper of the flame, de human cartoon et de Face-turned-indispensable Stone qui est miraculeusement soigné à la fois d’un cancer du poumon et d’un emphysème, ce qui ne s’était encore jamais vu. Eccleston ajoute que c’est the lost stroke of good furtune in a long line of similar, son meilleur coup de chance fut d’être déclaré membre officiel des Stones en 1976, the apoptheosis of Wood the jammy jammer. Woody ajoute : «Somebody up there likes me.»

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    C’est aussi ce qu’il déclare dans le film de Mike Figgis qui vient de sortir, non pas dans les salles comme on disait avant, mais sur le site d’Arte. Le doc s’appelle justement Somebody Up There Likes Me. Figgis a du métier, puisqu’il a participé à la série The Blues de Martin Scorsese avec Red White And Blues. Il passe donc en revue la carrière de Woody, et on se régale de vieux plans des Birds, du Jeff Beck Group et des Barbarians. Keef témoigne, Jag aussi, enfin bref, c’est l’illustration visuelle de l’autobio. Avec ses joues creusées de profonds sillons et son regard de rescapé, Woody évoque la dope et sa chance de pendu, il s’étend longuement sur la fin des addictions et se dit sauvé par une opération miraculeuse. Mais le côté m’as-tu-vu remonte vite à la surface, lorsqu’on voit par exemple le peintre à l’œuvre dans son atelier, en train de croquer une ballerine qui n’est même pas à poil. Il peindrait Bambi dans les bois, ça serait la même chose. Il ne peut pas non plus s’empêcher de faire parler Imelda May qui n’a rien d’intéressant à dire, et on échappe de peu à Bono et à Slash, ouf ! Puis vers la fin, voilà qu’apparaît sa femme qui pourrait être sa fille, un vrai canon, et bien sûr Figgis filme les deux jumeaux, encore tout petits sur les genoux de leur père Superman. À un moment, il faut arrêter les conneries de l’éternelle jeunesse : Woody a 74 balais et il n’a pas l’élégance d’un vampire. Mais au fond, c’est peut-être ce besoin désespéré d’incarner son personnage jusqu’au bout qui le rend tellement sympathique.

    Signé : Cazengler, Ronnigaud

    Birds. The Collector’s Guide To Rare British Birds. Deram 1999

    Jeff Beck Group. Truth. Columbia 1968

    Jeff Beck Group. Beck Ola. Columbia 1969

    Faces. The First Step. Warner Bros. Records 1970

    Faces. Long Player. Warner Bros. Records 1971

    Faces. A Nod’s As Good As A Wink To A Blind Horse. Warner Bros. Records 1971

    Faces. Ooh La La. Warner Bros. Records 1973

    Faces. Live Coast To Coast. Ouverture And Beginners. Warner Bros. Records 1973

    The New Barbarians. Live In Maryland. Buried Alive. Wooden Records 2006

    The First Barbarians. Live From Kilburn. Wooden Records 2007

    Ron Wood. I’ve Got My Own Album To Do. Warner Bros. Records 1974

    Ron Wood. Now Look. Warner Bros. Records 1975

    Ron Wood & Ronnie Lane. Mahoney’s Last Stand. Atlantic 1979

    Ron Wood. Gimme Some Neck. CBS 1979

    Ron Wood. 1234. Columbia 1981

    Ronnie Wood & Bo Diddley. Live At The Ritz. Victor 1988

    Ron Wood. Slide On This. Continuum 1992

    Ron Wood. Not For Beginners. SPV 2001

    Ron Wood. I Feel Like Playing. Eagle 2010

    Ron Wood. Mad Lad. A Live Tribute To Chuck Berry. BMG 2019

    Rolling Stones. Black And Blue. Atlantic 1976

    Rolling Stones. Some Girls. Atlantic 1978

    Rolling Stones. Emotional Rescue. Atlantic 1980

    Rolling Stones. Tattoo You. Atlantic 1982

    Rolling Stones. Undercover. Atlantic 1983

    Rolling Stones. Dirty Work. Columbia 1986

    Rolling Stones. Steel Wheels. Columbia 1989

    Rolling Stones. Voodoo Lounge. Virgin 1994

    Rolling Stones. Stripped. Virgin 1995

    Rolling Stones. Bridges To Babylon. Virgin 1997

    Rolling Stones. A Bigger Bang. Virgin 2005

    Rolling Stones. Blue & Lonesome. Polydor 2016

    Ron Wood. Ronnie. Macmillan 2007

    Danny Eccleston. Born Lucky. Mojo # 315 - February 2020

    Mike Figgis. Somebody Up There Likes Me. 2019

    PERCY BYSSHE SHELLEY

    ALEISTER CROWLEY

    Traduction de

    PHILIPPE PISSIER

     

    Pas la première fois que les noms de Percy Bysshe Shelley et d'Aleister Crowley apparaissent dans Kr'tnt ! Dans notre livraison 478 du 01 / 10 / 2020, nous signalions la parution de l'adaptation musicale de Prometheus Unbound – drame de Shelley – par Stupör Mentis, pour rafraîchir les mémoires défaillantes un petit addenda sera consacré à deux nouveaux morceaux de cette version magistrale dévoilés sur Bandcamp à la fin de cette chronique.

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    En attendant penchons-nous sur ce texte de Crowley qui ne dépasse pas les cinq pages. Shelley et Crowley appartiennent tous deux à la légende noire du rock'n'roll. Certains penseront qu'ils y sont entrés par la petite porte, mais les amateurs de blues savent qu'il faut se méfier des backdoormen. Le nom de Crowley est inscrit dans la saga de Led Zeppelin, Jimmy Page féru d'ésotérisme acheta le manoir du Mage... Certains prétendent qu'à partir de cet acte notarié l'éblouissante carrière du Dirigeable battit de l'aile jusqu'à l'écrasement final... Quant à Shelley, c'est un extrait d'un de ses poèmes Adonaïs dédié à John Keats récemment disparu, que, durant le mémorable concert d'Hyde Park, lut Mick Jagger – le chanteur des Stones, vous savez ce groupe qui enregistra Sympathy for the Devil – en l'honneur de Brian Jones, décédé après avoir été débarqué des Rolling...

    Ce qui tombe bien puisque Crowley débute son texte par une longue comparaison entre Keats et Shelley. Cela ne saurait nous étonner, Crowley en sa jeunesse écrivit nombre de recueils de poèmes, or Keats et Shelley sont tous deux les soleils les plus noirs de la poésie romantique anglaise. Que Keats quant à l'extraordinaire et splendide fluidité de ses vers ait été meilleur poëte que Shelley, Crowley veut bien l'entendre. Encore importe-t-il de savoir discerner la différence entre l'acte et le geste. L'acte du poëte peut être assimilé à son œuvre, le geste est d'une nature plus impalpable. L'œuvre se résout aux textes, le geste est cette volonté qui préside à la mise en œuvre de l'œuvre. C'est pareil pour le rock, il y a ceux qui maîtrisent la technique et ceux qui possèdent la hargne. Hargne et Geste ne sont guère mesurables, ce sont des impalpables, Aristote emploierait le mot de dynamis.

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    Ces quelques pages ne sont guère faciles à lire, Aleister Crowley – rappelons qu'il était anglais - est mort en 1947, beaucoup de noms qu'il cite appartiennent à des anglo-saxons qui vécurent dans la première moitié du vingtième siècle ( le texte a dû être rédigé selon nous circa 1922 pour le centenaire de la mort du poëte ) et pour certains leur renommée a malheureusement au cours de ces dernières décennies énormément pâli... Que cela ne nous empêche pas d'avancer.

    La pensée de Crowley est un peu comme les deux serpents du caducée, l'un qui monte et l'autre qui descend. Poésie et Science seraient leur nom. Keats les appelle Beauté et Vérité. Si Beauté = Vérité et si Vérité = Beauté, il est impossible que le mouvement s'éternise, selon Crowley chez Keats la beauté se perd dans sa propre contemplation. Par esprit de contradiction nous remarquerons que si la vérité est belle elle ne peut être vraie, or une vérité qui n'est pas vraie...

    Selon l'avis de Crowley, il n'en n'est pas de même pour Shelley, son œuvre ne reste pas prisonnière de son propre reflet. Elle n'est pas le cygne mallarméen pris dans les glaces de son miroir, la poésie de Shelley est le reflet du monde, n'entendez pas celui-ci par l'extériorité de son apparence, ses forêts, ses rochers, ses rivières... non il est nécessaire de considérer le monde davantage en son êtralité, le reflet du monde ainsi entrevu est ce que Platon nommait l'âme du monde, le fait que le monde en tant qu'être soit conscient de sa propre forme. De sa propre idée pour reprendre une terminologie plus proche de l'étymologie. Cette âme du monde est donc mouvement. Ce que Shelley nommera enthousiasme lorsqu'elle se manifeste chez l'homme, lorsque le poëte prend conscience d'elle.

    Shelley aurait donc été capable de saisir en son esprit cette palpitation respiratoire, cette vibration fondamentale du monde, l'Aum originel des hindoux, ces deux forces antagonistes qui ainsi que l'explique Empédocle tour à tour se rapprochent ( Eros ) et s'éloignent ( Ares ), Nietzsche nomme celle-ci Agon, et pour reprendre les catégories de l'auteur de La naissance de la tragédie, Keats serait apollinien et Shelley dionysiaque.

    L'on serait tenté de dire que Crowley n'apporte rien de bien neuf, que son analyse n'innove en rien par rapport aux anciens grecs, ce serait là une vision à très courte vue aussi ridicule qu'un problème de chronologie littéraire ou philosophique de moindre importance. Là n'est pas la question. Nous la formulerons tout autrement : pourquoi Aleister Crowley prend-il en quelque sorte position en faveur de Shelley et non pour Keats.

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    Les esprits primesautiers répondront parce que sa sensibilité s'accordait davantage avec celle de Shelley qu'avec celle de Keats. Simple tautologie. Description phénoménale doxique empreinte de basse subjectivité individuelle. Crowley, se place sur un tout autre plan : celui de la Science. Ne nous laissons pas intimider dans le texte par les gros mots de Russell et d'Einstein. La notion de science dont il est question ici est d'obédience philosophique, il s'agit de cette revendication chez les anciens grecs – on la retrouve chez Hegel – de fonder un savoir sur ce que nous appellerions une certaine objectivité et que les grecs nommaient vérité – ce concept a été très abîmé par la religiosité chrétienne – il correspond à ce que l'on pourrait cerner par l'expression adéquation de la pensée avec le déploiement du monde. Keats nous décrit le monde en tant que beauté. Vision contemplative qui n'a nul besoin d'action. Incidemment, le paganisme de Keats relève davantage de Plotin que de Platon.

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    Or l'action a été le mot d'ordre de Shelley, le révolté, l'athée, le révolutionnaire. Rien de plus dissemblable que Shelley l'hyper-actif et Keats le souffreteux, le malade, l'agonisant... La vie de Crowley est beaucoup plus proche de celle de Shelley que de Keats, les deux hommes procédaient d'un même tempérament volontariste, mais cela n'explique en rien la revendication shelleyenne de Crowley. Cette dernière est primordiale pour Crowley, le monde contemplatif de Keats exclut l'action et le mouvement, or si le mouvement est exclu de la suprême réalisation de la conscience de l'être, Crowley le magicien n'a plus aucune utilité, pire son action magique se révèle totalement inopérante car paralysée par l'absence de toute efficience mouvementale. Le magicien qui ne peut se servir d'aucune force émanant du monde est réduit au chômage, coincé dans la bulle d'immobilité parfaite de la sphère parménidienne.

    L'enthousiasme dynamique de Shelley est nécessaire à Crowley pour asseoir l'emprise de sa magie rouge sur le monde. Sans mouvement, manipulation ou mise en action de forces, tout Rituel est inopérant. Remarquons que tout à la fin de son texte Crowley remplace le concept d'Âme du monde par celui de Verbe ( d'obédience bien trop chrétienne pour nous ). L'assimilation de Shelley au Verbe du Serpent Ailé ( qu'à son époque l'on nommait Satan ) ressemble à ces apothéoses païennes qui à leur mort transformaient les Héros et les Empereurs en Dieux... De même ce dernier paragraphe donne à la Poésie préséance sur la Science.

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    ( Le lecteur peut se reporter à la lecture des poésies d'Oscar Vladislas de Lubicz Milosz, exact contemporain d'Aleister Crowley quant au rapport Poésie / Science. ). Il ne nous reste plus qu'à remercier Philippe Pissier pour sa traduction et son infatigable et semenciel labeur à faire connaître au public français la geste de la Grande Bête.

    Damie Chad.

    ADDENDA

    PROMETHEUS UNBOUND

    STUPÖR MENTIS

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    Le Prometheus Unbound est une des œuvres non pas les plus difficiles mais les plus mystérieuses de Shelley. Tout comme le Caïn de Lord Byron, elle se présente sous la forme de d'une pièce de théâtre destinée à ne pas être jouée. Ce ne sont pas les difficultés techniques des mises en scène qui ont motivé ces deux prescriptions chez nos deux poëtes, sans doute sentaient-ils qu'il n'existait pas un public assez réceptif pour accueillir leurs drames métaphysiques. Pensons à Victor Hugo qui ne termina jamais La fin de Satan... Le meurtre d'Abel est un geste de révolte et de vengeance contre Dieu qui a crée la mort pour punir les êtres humains de la désobéissance du premier couple, s'il est un héros qui donne sens à l'absurdité de la vie, c'est bien le Caïn de Byron. Caïn joue à jeu égal avec Dieu, certes lui et l'espèce humaine sont condamnés à mort mais en assassinant son frère il prive Dieu de l'amour qu'Abel lui portait, tout comme Dieu a privé l'Homme de son amour en lui offrant la mort... La notion chrétienne d'amour en prend un sacré coup... Contrairement à Caïn, Prométhée ne se contente pas d'un match nul, Dieu est battu, il perd la partie. L'Homme peut enfin naître. Exposée si rapidement, la pièce peut ressembler à une tartinade philohumaniste. Mais Shelley situe ces personnages mythologiques dans la réalité historique de l'échec de la Révolution Française qu'il faudra surmonter par une action révolutionnaire encore plus efficace... Shelley forge le concept de métaphysique révolutionnaire. Karl Marx admirait Shelley, mais il s'est prudemment cantonné à un révolutionarisme matérialiste... En conséquence pour plusieurs générations la compréhension du texte de Shelley en a été obscurci et commence tout juste à se défaire des voiles condamnatifs qui l'ont relégué dans l'ombre.

    Stüpor Mentis ne donne aucune interprétation ( au sens philosophique de ce terme ) du Prométhée délivré, se sont contentés – ce qui est déjà extraordinaire - de présenter des extraits du texte sous forme d'un oratorio à un public qui en grande partie ne l'aurait jamais approché autrement.

    Spirit of keen joy : troisième morceau ( voir in Kr'tnt 478 nos recension de Monarch of Gods, I ask the earth ) : montée de sanglots musicale, la voix de la terre parle comme d'en dessous, elle effleure le souvenir des jours heureux, la voix prend de l'ampleur comme la sève se propulse au printemps aux sommet de l'arbre, toutefois la musique reste oppressante, souffle une bourrasque d'hiver vocale, Zeus a pris le pouvoir, le monde est flamme et catastrophe, le plein-chant vacille en ces horreurs qui ne peuvent être dites mais qui ne sauraient être tues, un trésor dispersé brille et palpite tel l'aile blessée d'un oiseau à la surface de la terre, celle de la naissance prophétique de Prométhée qui hante les souffrances mémorielles de tout être vivant. Peace in the grave : huitième morceau ( voir in Kr'tnt 478 notre recension de The Curse - N° 5 . Les lecteurs qui seraient gênés par cet effeuillage du dévoilement, sont appelés à méditer sur Les disciples à Saïs de Novalis ). La voix d'Erszebeth s'élève telle une plainte dans la nuit, Prométhée en appelle à la mort, les puissances dissolutrices du néant le séduisent, l'orchestration se fait plus forte, la voix est devenue consolation, une bougie dont la flamme vacille, prédominances d'orgue funèbre, jamais si près de la défaite, qui s'instille dans l'âme de Prométhée comme la nielle ronge l'épi de blé pour anéantir l'espoir d'une renaissance. De profundis... ( A suivre... ).

    Damie Chad.

    *

    SOUL TIME

    Livraison 487 : Soul Time / Livraison 488 : Soul Time / Livraison 489 : Soul Time / 490, 491, 492, 493, 494 : pas un sou de Soul Time. 495 : le retour, et pas qu'un peu, deux titres cette fois, vous pouvez en prendre tout votre soûl, pour le premier nous aurions pu le chroniquer en 494, mais le temps nous a manqué, donc cette fois l'horloge sera à l'heure, de la Soul Time !

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    RIGHT TRACK

    BILLY BUTLER

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    Rien à dire ils bossent. Aucun mérite, ils sont dix, nous avec le Cat on n'est que deux, sachez apprécier la différence, mais les groupes de soul qui turbinent par ces temps covidiques, il faut les soultenir. Faut pas qu'ils se sentent seuls dans la soute à Soul. Donc leur quatrième reprise : Right Track de Billy Butler. Se débrouillent toujours chez Soul Time pour mettre leur pas sur les bonnes pistes. Allez faire un tour sur You Tube pour écouter la version originale de Butler. Vous ne perdrez pas votre temps, deux minutes trente secondes et même moins, lorsque vous aurez terminé vous aurez l'impression de n'avoir plus rien à connaître du monde, les gars qui ont enregistré cette monstruosité ( producteurs, musiciens, choristes, Billy ) ils ont dû être piqués par la mouche tsé-tsé du bonheur, quand ils se sont réveillés, se sont aperçus qu'ils avaient pondu un drôle d'œuf, un peu comme l'histoire que raconte Borges dans une nouvelle, celle du gars qui a réussi à tracer un aleph, et comme les alephs sont des nombres qui contiennent davantage d'objets que ne peut en offrir l'univers, si vous arrivez à en visualiser un, vous voyez l'intégralité de l'histoire de l'univers depuis son commencement jusqu'à sa fin... comment de la musique de danse, je crache mon mépris, je fiente dessus, j'écoute par acquis d'inconscience, et c'est parfait, j'ai beau chercher je n'arrive pas à trouver un défaut, le Butler il devait connaître l'âme humaine, à la seconde juste avant celle où vous allez vous ennuyer, il vous propose autre chose, il change la donne, vous ouvre une autre porte et au bout de la septième, lorsque vous vous retrouvez dehors, vous êtes en pleine plénitude zénithale, jamais personne ne pourra vous apportez mieux en ce cul de basse-fosse parfois appelé planète Terre.

    RIGHT TRACK

    SOUL TIME

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    C'est OK, ils ne feront pas mieux que l'équipe d'OKeh, attention chez OKeh il y a du beau monde qui a enregistré, Louis Armstrong, Mamie Smith, Ida Cox, Larry Williams, Little Richard, Screamin Jay Hawkins, Link Wray, Esquerita pour ne citer que quelques noms qui résonnent dans le cœur des rockers, la firme existe depuis plus d'un siècle, spécialisée dans le jazz et les races series, alors les Soul Time ils ne font pas les malins se collent au morceau et vous le reproduisent à la perfection se permettent même une petite effronterie, rajoutent dix secondes à la fin, genre on en a sous la semelle et avec nous les danseurs ont leur pochette surprise. Des gamineries, des broutilles, de l'esbroufe à peu de frais, on peut le comprendre comme cela. Mais si cela n'est rien, c'est que d'abord ils ont osé une suprême insolence. Z'ont sorti l'arme de dissuasion terrible, oui Billy tu chantes comme un dieu, mais nous on a une déesse. Ecoute-la un peu depuis l'autre monde, elle est jeune, elle est mignonne, elle est jolie, elle est belle, mais cela toutes les filles parviennent à le faire, non ce n'est pas ça, dès qu'elle ouvre la bouche c'est une rivière de diamant qui resplendit, ça brille comme de l'or, d'ailleurs elle s'appelle Lucie. Un peu de basse, un broutonnement de batterie et tout de suite elle prend les choses en main, ou plutôt en voix, vous avez la fanfare à vents qui scande le bouillon kub, savent rester discrets et présents en même temps, la suivent à la trace et lui déroulent le tapis rouge, mais elle ne daigne y poser le pied, elle le survole, et quand elle se tait vous ressentez un vide, une absence cruelle, et le pire c'est que vous préférez cette souffrance écarlate, ce manque absolu, ce trou béant dans votre âme, à ce sentiment de plénitude procuré par Billy.

    SOUL TIME / SOUL TIME

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    Enfin ! Quand début novembre je suis allé faire un tour sur le FB de Soul Time, z'avaient mis en épigraphe une citation de Shirley Ellis, et comme Charly Ellis a crée Soul Time j'en avais déduit que Soul Time qui se présentait comme un groupe de reprises de Northern Soul, allait comme impérieux premier devoir de mémoire reprendre Soul Time de Shirley Ellis. Nous ont fait attendre plus de deux mois.

    La carrière de Shirley Ellis ne s'étend guère sur nombre d'années, entre 1963 et 1967, elle se retire en 1968, et disparaît en 2005. Elle débuta avec les Metronomes ce qui lui permit de rencontrer son mari et de s'essayer ( et de réussir ) à la composition. Elle a participé à l'écriture des nombreux hits qui la rendirent célèbre.

    Son interprétation me semble procéder de ce que je nommerai de ce vocable mien : freeme, formé du mot anglais free et du vocable français frime. Frime parce que Shirley joue à la Diva, vous écoutez trois secondes et vous entendez je pourrais faire mieux si je le voulais, mais pour vous c'est déjà trop, une facilité évidente, vous scotche les danseurs sur le dansefloor pour le restant de leur existence, s'amuse, se sent libre et souveraine, je sais je fais un caprice, mais vous adorez.

    Ont-ils senti le danger, toujours est-il que l'orchestre donne l'impression de faire bloc derrière la chanteuse et ( je suppose ) Carla évite de jouer à la donneuse de leçon, c'est que dans le Soul Time original vous avez la professeur Ellis qui montre l'exemple mais après vous avez l'impression que ce sont les élèves les plus douées, qui répètent en chœur les mouvements pour que le vulgus pecum puisse les assimiler, cela fait sûrement partie du jeu de la Reine Shirley, mais chez nos français ( peuple révolutionnaire ) l'on n'ose pas traiter le peuple avec ce dédain aristocratique, la version de nos Soul Time qui est des plus fidèles nous donne une sensation d'humanité que l'american entertainment exile un peu trop au loin.

    Se débrouillent bien chez Soul Time, se font les dents sur des chamallows de granit, une fois qu'ils auront enregistré sept autres covers du même high fidelity acabit pour compléter une cire de 30 centimètres, ils sera temps qu'ils passent à la création d'originaux. Z'ont la carrure pour prendre tous les risques.

    Damie Chad.

    *

    Ce monde est peuplé d'injustices. Non je ne parle pas des gens qui meurent dans la rue, ni des guerres qui dépeuplent le monde des civils aux quatre coins du monde, comparé aux tourments que j'ai endurés entre 1989 et le début de 2001, ceci n'est rien. Figurez-vous que depuis quarante ans, il y avait un trou dans ma collection de disques. Une faille énorme, un scandale d'état, pas d'exemplaire de Tony Marlow poussant la goualante swing ! C'est un peu de ma faute, j'aurais dû prendre une classe de maternelle en otage, ou enclencher le bouton d'une bombe atomique, n'importe quoi, mais je n'ai rien fait. Que voulez-vous, comme tout un chacun je suis un être peuplé d'inconséquences, de toutes les manières j'ai enfin pu m'en procurer un.

    Tiens un lecteur qui ne comprend pas en direct :

    • Allo Damie, tu parles du même Tony Marlow duquel la semaine dernière tu chroniquais son Purple Haze - je n'avais même pas écouté la moitié des titres que ma femme téléphonait à son avocat pour cruauté mentale et tapage rock'n'roll, depuis qu'elle est partie ça va beaucoup mieux entre nous deux – moi qui croyais que depuis les Rockin' Rebels, Marlow n'avait toujours joué que du rock'n'roll.

    • Tout faux cher ami ! Comme tous les rockers Tony Marlow est un esprit curieux et ouvert, s'est renseigné sur ce qui existait en musique avant le rock, tu sais comment sont les cats, quand il n'y mettent pas la patte, ils y plongent dedans jusqu'au menton, et ron et ron da-dou-ronron, l'a monté un groupe Tony Marlow et les privés, se sont bien amusés, difficile de trouver les disques originaux, mais là j'ai dégotté un truc dans la même veine, Marlow avec presque un grand orchestre, et ça flonflone, tu peux me croire, attention c'est du live !

    • Oh, Damie avec toi et le Cat Zengler l'on apprend chaque semaine des tas de choses !

    • Merci du compliment, dear friend, mais pour rester dans une perspective historiale du rock'n'roll français, tu écoutera aussi Big Band d'Eddy Mitchell enregistré en 1995 au Casino de Paris et tu te pencheras  sur le parcours de Victor Leeds, trop ignoré de nos jours !

     

    FLAGRANT DELIT AU SLOW CLUB

    TONY MARLOW

    ( Jazztrade-SL-CD- 7036 / 1989 )

     

    Tony Marlow : vocal / Jean-Marc Tomy : guitare, arrangement / Sylvain d'Almeida : basse / Charlie Malnuit : batterie / Bernard Auger : saxophone ténor / Philippe Slominski : trompette / Jean-Louis Damant : trombone.

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    Caldonia : bonne fanfare au pas de course en entrée, dommage que Tony n'ait pas choisi les paroles désopilantes du grand Schmoll – un des plus belles réussites du père Moine – excellent morceau pour débuter un set, le mieux c'est d'attendre les trois vents qui soufflent en tempête force 10, on se demande comment ils font pour ne pas s'emmêler les lignes, c'est qu'ils ont intérêt à assurer, jute avant la section rythmique vous a débarqué un imbroglio de première catégorie, et là-dessus le Tony se met à japper comme si la chienne de la voisine était en chaleur, à moins que ce ne soit sa chatte. Frénésie : une intro ordonnée, pas un col de trompette ne dépasse, elles attendent leur tour, Tony en dragueur sûr de lui, l'emballe rapide et puis ce sont les autres qui s'emballent, le morceau est assez long pour que chacun puisse se livrer à son exhibition la plus perverse. Buona sera : on n'est pas sorti de l'affaire, le bateau tango et va couler, le Tony fait le gigolo pour grosses dondons, mon dieu jusques à quand vais-je supporter cette infamie, trente secondes, parce que Tony il envoie valser la mémère aux quatre diables et sans préavis il se déchaîne, et derrière l'orchestre le suit dans sa crise de folie. On ne les a pas enfermés, mais ce dut être juste. Pourtant le Tony on aurait dû, ne voila-t-il pas qu'emporté par son délire il hurle ''rock'n'roll'' en plein tutti swing, se rattrape au dernier moment avec sa politesse de crooner rital qui en fait trop. Mademoiselle voulez-vous ? : soyons sérieux, les retraitées de quatre-vingt ans c'est sûrement bien mais enfin vaut mieux papillonner les demoiselles, une leçon de drague pour les timides, Tony vous a la tchatche, suffit de l'imiter, bon quand la zamzelle saute la barrière, l'orchestre frétille de joie. Is you is or is you ain't my baby : là c'est très beau, cette trompette qui aboie sur le velours de Tony, du Louis Jordan comme l'on n'en fait plus, en prime vous avez de ces nappées de cuivres et de ces halètements à la Satchmo, et le Slominsky il skie sur sa trompette et sur le final il est éblouissant. Route 66 : chic un classique du rock, révisez vos leçons, un succès de Nat King Cole que tout le monde a reproduit, même les rockers, ne le reprennent pas carrément rock, mais rondement roll, Tony caracole dessus – prononce misery comme Presley - les cuivres ne jazzifient point, ils le rhtythm-and-bluesent à brouter la pelouse. Belle version. Ain't nobody here but us, chickens : revenons dans l'orthodoxie du swing avec Alexis Kramer et son épouse qui écrivirent pour Jimmy Dorsey et Harry Belafonte, beau spécimen pour visualiser le vocal swing, comme un funambule sur le fil instrumental et en même temps une espèce de Monsieur Loyal pour laisser la place aux numéros des musiciens, tour à tour dans le halo du projecteur et dans l'ombre noire de la clinquance orchestrale, faut savoir ne pas se faire oublier, et avoir le dernier mot, ici cocorico. Tentation sous les tropiques : rien que le titre vous êtes sous les cocotiers englobés dans le rythme des moiteurs latines, une ambiance brésilienne et le Tony nous fait son numéro de gandin rock, très belles intonations à la Dick Rivers, à l'aise partout le Marlou, la batterie a beau faire du bruit, le Tony en complet blanc, pas celui qui danse le mieux, mais celui que les filles remarquent, car il a la classe. Baby want you want me to do / Please don't leave me : sous-marin rock ( Jimmy Reed et Fats Domino ) mais bien camouflé, ça swingue dur, mais le Tony ne peut pas se retenir de se la jouer à la Genre Vincent encourageant Cliff Gallup à montrer comment il se sert de sa guitare, bref si vous êtes un mordu du swing vous criez à la contrefaçon mais si vous êtres rock vous décrypterez tous les signes secrets du vocabulaire rock. Cliché nocturne : un peu de tristesse nostalgique s'il vous plaît en intro car très vite sur ce rythme qui en fait des tonnes ( les Stray Cats s'en souviendront ) une histoire de mauvais garçons, un jeune qui se prend pour un dur neuf et qui n'est qu'un œuf mollet. Pour les danseurs c'est parfait vous pouvez vous frotter sur votre cavalière transformée en motte de beurre fondue, à volonté. Reet petite and gone : après l'intermède sixty, une rythmique jazz s'impose, les gars s'y collent, font même chauffer la colle bellement, le Tony l'essaie de suivre, mais non, l'on sent bien que c'est un amateur de rock qui chante – ça tombe bien, c'est ce que l'on préfère – en tout cas pas un chanteur de jazz n'arrivera à décoller les syllabes avec une telle désinvolture. La vie est une question d'attitude. De phrasé. Hello baby, mademoiselle : un petit peu d'histoire, le jazz emmené par les GI's à Paris... l'on pense à Claude Luter et à tout ce que l'on n'a pas connu, les caves de St Germain, Tony imite l'accent français à la perfection. Don't let the sun catch you cry'in : l'on s'attendait à un feu d'artifice pour le dernier morceau, on aura un slow pour se quitter, dans la pure tradition sixty même que sur la partie parlée Tony imite Presley, derrière l'orchestre larmoie à souhait. On se quitte, mais on y reviendra.

    Inutile de vous suicider si vous n'avez pas le disque, soyez stoïque, une petite indication pour les affamés et les impatients : Frénésie, Mademoiselle voulez-vous ? , Cliché Nocturne, et Hello Baby Mademoiselle sont sur L'Anthologie 1978 – 2018, 40 ans de Rock 'n'Roll. Vous pouvez commander sur Tony Marlow Big Cartel.

     

    FOR LADIES ONLY

    STEPPENWOLF

    ( Novembre 1971 )

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    La pochette sous forme de lettrine moyenâgeuse parsemée de petites fleurs n'est pas la meilleure de Steppenwolf. Pour attirer l'œil il est indéniable qu'elle vous scotche la rétine, je ne voudrais pas critiquer Tom Gundelfinger mais pour un disque de hard-rock j'attends mieux. N'accablez pas ce pauvre guy, l'est comme ces cowboys dans les westerns qui possèdent un holster à droite de leur ceinturon et un autre à gauche, dans les moments cruciaux vous ne savez jamais s'il va dégainer à dextre ou à sénestre. Avec un nom aussi carabiné il faut se méfier de ce gus au doigt sur la gâchette, pas le gars à tirer son coup pour rien. Ouvrez la pochette, quel est donc ce cri d'horreur que pousse le chœur outragé de nos hypocrites ( et baudelairiennes ) lectrices, désolé demoiselles, cet engin phalloïde à roulettes sur le bord du trottoir, vous l'avez reconnu, un sexe d'homme turgescent pointé tel une ogive nucléaire vers votre délicate pudeur. A croire que vous n'auriez jamais vu le loup ( des steppes ).

    Rassurez-vous ce n'est ni grivois, ni paillard, même pas érotique. C'est féministe et politique. Un concept album, d'après une idée de Jerry Edmonton. Un truc pour la défense et l'illustration des dames. Pas celles du temps jadis, celles de leur époque. Les mauvais esprits insinueront que le Loup cède à la montée en puissance de la femelle petite-bourgeoise de l'american way of life qui se désole du si peu de cas que l'autre moitié du monde éprouve pour ses valeurs clitoridiennes. Quant à nous, nous nous contenterons de nous étonner du fait que jusqu'à maintenant aucune pétition n'ait réclamé l'interdiction de cette pochette outrageante.

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    John Kay : vocal, guitar / Kent Henry : lead guitar / Georges Biondo : vocal, bass / Goldy McJohn : organ, piano / Jerry Edmonton : drums

    For ladies only : doux arpèges de guitares tendus comme un bouquet de fleurs, attention le titre manifeste de l'album, dure neuf minutes, l'orgue prédomine vite ( souvenir marial ? ) ensuite le morceau bien appuyé se déroule dans le pur style Steppenwolf réglé comme sur du papier à musique. Pour les paroles rien de bien novateur, reprochent aux hommes de maltraiter psychiquement les femmes, sur le pont la musique devient plus forte pour souligner l'importance du message, et puis un peu de tendresse bordel dans ce monde de machos, ce n'est plus une gerbe que l'on offre mais une brassée monumentale, le temps de moissonner un champ de tulipes multicolores – les rockers s'ennuient un peu parce que ça dure un max, vous avez le piano de Goldy qui se prend pour Bartok, et quand vous croyez que c'est fini il rajoute une flopée de notes à ne plus savoir où les mettre et le band lui emboîte le pas, parfois les trajets en train deviennent un peu longs, lorsque j'ai acheté ce disque je n'ai dû écouter qu'une seule fois cette piste because je ne me souvenais plus de ce passage où le Loup se prend pour le London Symphony Orchestra. Sur la fin ils redeviennent le Loup mais auriez-vous la patience d'attendre si longtemps. I'm asking : entrée mélodramatique, serait-ce un remake de la Tosca, non très vite ils comprennent qu'ils doivent rattraper l'audimat, alors le Kay fonce dans le vocal et derrière ils mordent à mort, un petit coup de grandiloquence mais Goldy se la joue virtuoso-desperado du piano et l'on est parti pour un bon ramonage. Du grand Loup. Schackles and chains : l'alcool n'a jamais fait bon ménage, mais le Loup vous essore la serpillère à la perfection, en tout cas Kent Henry, là où passe sa guitare l'herbe ne repousse pas, mais attention faut bien se comporter avec les filles, c'est sur les ponts que décidément ils ne savent pas quoi inventer pour attirer leur attention, le Goldy il ose le saut à l'élastique, ce qui est sûr c'est que vous ne traînerez pas ce morceau comme un boulet. Plutôt comme un canon. A votre santé. Tenderness : écrit par Mars Bonfire, peut-être pour se faire pardonner Born to be wild, une ballade, Kay prend la voix de Bruce Springsteen ( chronologiquement étrange ) et c'est parti pour les remords, le piano de Goldy pleure derrière lui de toutes ses larmes, pour un peu vous en chialerez aussi, le coup du countryman qui regrette les erreurs de son passé. Bien fait, mais un peu tendre.

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    The night time's for you : on retourne la galette et l'on retombe sur la plume de Bonfire, le titre fait un peu peur, mais Kay ne roucoule pas, le désir le brûle et le feu se communique au morceau, durant les moments nocturnes où il n'est plus besoin de parler Harry vous pousse sa guitare jusque dans les trompes de Fallope, je ne sais pas ce que Goldy fait à son orgue mais il en tire de drôles de couinements. Jaded strumpet : une fille qui a laissé un souvenir impérissable, une intro jazzy mais à la suite ils la ( l'intro pas Jaded ) malmènent sans ménagement, vous avez l'orgue qui s'égosille comme si vous étiez un poisson vivant et que l'on vous écaillait sur le bord de l'évier, vous sentez votre souffrance, et nous notre joie car c'est diablement jouissif d'être maltraité par un Loup en colère. J'ai oublié de préciser la Jadet elle vous mène les hommes à la baguette et ils aiment ça. Sparkle eyes : le Loup il a l'art de vous dynamiter le country ( qui a dit que le hard provenait du blues ? ) et en plus au milieu du morceau vous traversez un pont bizarre avec des arches de toutes les formes pour atterrir dans le pays de la grande nostalgie, n'ayez crainte ça pétarade de tous les côtés et vous en redemandez, alors ils vous en resservent une bonne portion. Black pit : un instrumental pour descendre au fond de l'abîme, l'on ne touchera pas le bout du trou ( allo, doctor Freud ) mais il y a des passages aussi intéressant que Voyage au centre de la terre. Le Loup ne sait pas quoi faire pour vous étonner. Ride with me : une chevauchée macho de Bonfire, suffit de se laisser porter, vous avez l'orchestre qui fuse et qui vire sur l'aile, chante en chœur quand la guitare en flamme vous fait un piquet rase-motte d'hirondelle, le Kay nous fait le coup d'amour toujours, amour d'un jour. In hopes of a garden : retour au jardin de l'éden, un ange passe aux ailes brisées, ce n'est pas aussi beau que l'on l'espérait, mais l'on fait avec ce que l'on a, l'endroit n'est pas mal pour une courte ballade.

    Pas si mal que cela. Le Loup a essayé d'enrichir sa palette musicale – étonnant sur le titre éponyme – l'on pourrait sous-titrer l'album, comment le hard devint prog. Il est parfois difficile de quitter sa steppe natale. Lorsque de loin, chez mon fournisseur toulousain j'ai vu qu'il y avait un 33 que je ne connaissais pas dans le casier Steppenwolf, wouh ! ai-je pensé, un nouveau disque tout juste après quatre mois ! Quand je me suis approché j'ai appris que non, c'était la fin... une espèce de Rest in peace, un best of, par contre une des meilleures couves de Tom Gundelfinger ( je sais, j'ai des goût bizarres et je ne me soigne pas ).

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    This the end de l'Histoire du Loup. Ne pleurez pas, il renaquit de ses cendres pas très longtemps après, mais c'est une autre histoire, peut-être vous la raconterais-je une autre fois. Voilà, c'était For Fans Only.

    Damie Chad.

     

    XVIII

    ROCKAMBOLESQUES

    LES DOSSIERS SECRETS DU SSR

    ( Services secrets du rock 'n' rOll )

    L'AFFAIRE DU CORONADO-VIRUS

    Cette nouvelle est dédiée à Vince Rogers.

    Lecteurs, ne posez pas de questions,

    Voici quelques précisions

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    82

    Il y eut une discussion animée qui dura toute la nuit pour savoir duquel des quatre dangers qui menaçaient le SSR il fallait s'occuper en priorité. Au matin les avis étaient encore partagés, d'un commun accord nous décidâmes de reporter la décision après un petit déjeuner roboratif. Nous étions en train de trempotter nos tartines de confiture dans notre café au lait lorsqu'un flash d'information de la radio annonça la mise en confinement du pays.

    Le Chef poussa un rugissement, bouscula d'un geste ample bols et beurrier qu'il envoya valser sur le plancher – Molossa et Molossito se chargèrent aussitôt de nettoyer cette manne tombée du ciel, un nettoyage tellement parfait que par la suite les filles n'eurent même pas besoin d'essuyer la vaisselle – nous, nous n'avions d'yeux que pour Dieu le Chef qui étalait une carte sur la toile cirée :

      • Nous allons frapper un grand coup, tel Hannibal marchant sur Rome avec ses éléphants, déclara le Chef d'une voix emphatique

      • Mais nous n'avons pas d'éléphants ! le coupa vivement Charline

      • Non, nous avons mieux puisque nous possédons Molossa et Molossito - qui illico tous deux très fiers entamèrent une marche pachydermique autour de la table – et ce sont eux qui enfonceront les défenses avancées de l'ennemi

      • Mais si les ennemis ont des défenses c'est qu'ils ont aussi des éléphants s'écria Charlotte

    Vince prit la parole. Apparemment il s'y connaissait un tout petit peu plus en éléphants et en Hannibal que nos nouvelles recrues féminines. Il fronça les sourcils :

      • Attention, Hannibal a emmené ses grosses bestioles mais elles ont été inopérantes sur le champ de bataille, je m'oppose à ce que Molossa et Molossito soient sacrifiés en vain !

      • Vince tu as totalement raison, je ne suis pas Hannibal, d'abord celui-ci ne fumait pas de Coronado, ensuite l'agent Chad et nos deux jeunes filles seront dès la fin de cette réunion chargés de leur entraînement !

      • Voilà qui est rassurant opina Vince, mais l'exemple d'Hannibal me semble mal venu puisqu'il n'a pas réussi, son entreprise fut un échec !

      • La raison de la défaite d'Hannibal sera le fer de lance de notre victoire, ce général borgne qui n'y voyait que d'un œil, et qui je le rappelle ne fumait pas de Coronado, a commis une terrible erreur, au moment propice il a hésité devant l'énormité de la tâche, il a refusé de prendre Rome, le cœur décisionnel du pouvoir romain, nous SSR ne commettrons pas cette impardonnable et grossière erreur, nous SSR, nous porterons sans faillir notre attaque éclair - plus tard les historiens en qualifieront l'audace de suicidaire – précisément là, et il pointa son Coronado incandescent sur un endroit très précis de la carte.

      • Vertigineusement fou, pratiquement irréaliste, et totalement infaisable, j'en suis ! déclara Vince, j'ai voué ma vie à la défense du rock'n'roll, et tiens à passer au stade supérieur : l'attaque rock'n'roll !

      • Merci Vince, je savais que tu ne nous abandonnerais pas, nous passons immédiatement aux préparatifs, Vince tu t'occuperas de la 2 Chevaux, les filles et l'agent Chad de Molossa et de Molossito, quant à moi je me réserve le plus difficile, le maniement du Coronado, auprès duquel l'ikebana des Japonais se révèle d'une technicité rudimentaire et d'une subtilité de grosse brute hémiplégique. Exécution immédiate. Dans trois jours tout doit être prêt.

    83

    L'on se faisait un monde de l'entraînement de Molossa et Molossito, ce fut une partie de plaisir pour les canidés. Nous avions réquisitionné l'escarpolette de la balançoires que Vince avait installé pour ses petits-enfants, les deux chiens adoraient s'asseoir côte à côte sur la planchette, puis par un jeu de poulies et de cordes nous les hissions jusqu'au sommet  de l'arbre le plus haut du jardin, un magnifique cèdre du Liban qui culminait à plus de quarante mètres puis nous les descendions à des vitesses variables en imprimant de fortes oscillations, Molissito essayait d'attraper la queue de Molossa qui indifférente au tangage et au roulis prenait la pose d'un sage stoïcien ayant depuis longtemps dépassé l'ataraxie.

    Dans les heures qui suivirent l'ensemble de la maison se transforma en fourmilière, Vince et le Chef s'affairèrent autour de la deutcholle qu'ils remisèrent au garage, nous ne savions pas à quelle transformation ils se livraient mais de temps en temps la tête du Chef surgissait de l'entrebâillement du portail et hurlait :

      • Agent Chad, une clef de 12 immédiatement !

    Avec les deux filles nous courions de tous les côtés, Vince avait entreposé dans l'entresol de la bâtisse les réserves de son magasin de brocante '' C'est simple avait-il expliqué, vous trouverez là-dedans tout ce dont vous avez besoin avec en plus tout ce qui ne sert à rien. '' C'était vrai, mais il fallait farfouiller un max... Nous n'arrêtions pas, lorsque les filles découvrirent une centaine de rouleaux de papier crépon une dispute homérique éclata entre elles sur le choix de la couleur nécessaire à la confection de certains ustensiles utiles à la fabrication de leurs costumes spéciaux que le Chef leur avait demandé de confectionner...

    Entre douze et seize heures le Chef exigeait un silence absolu, il s'asseyait sur une chaise en plein soleil et tirait de longues bouffées de quelques Coronado, je remarquai que montre en main, il prenait dans le même temps des notes sur un carnet qu'il surchargeait de calculs frénétiques.

    Le troisième jour, à seize heures pile, Vince, la mine soucieuse, vint le trouver après nous avoir fait signe de nous ( chiens compris ) rapprocher :

      • Je pensais qu'après avoir branché notre compresseur à effet rétro-actif nous aurions résolu le problème, mais il n'en est rien, à moins que l'un de nous ait subitement une idée de génie, la mission s'avèrera impossible.

      • Vince, dès qu'un problème se pose, disons-nous qu'un peu de logique le résoudra, énonça sentencieusement le Chef. Prenons en exemple le cas qui vous préoccupe. Vous avez besoin d'une idée de génie pour le résoudre. Donc il nous faut un génie, or nous en avons justement un, pourquoi l'Agent Chad aurait-il intitulé ses mémoires Mémoires d'un GSH, ce qui signifie Génie Supérieur de l'Humantié s'il n'était pas un génie. Agent Chad, discutez un peu avec Vince, à 16 heures trente précises vous me rapportez l'idée de génie.

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    A 16 heures 30 très précises je me dirigeais en compagnie de Vince tout souriant devant le Chef :

      • Agent Chad, je ne doute pas de vous, aussi vous demanderais-je la permission d'allumer un Coronado avant que vous ne nous fournissiez l'idée géniale nécessaire à la réussite de notre entreprise.

      • Hélas Chef, je n'ai pas l'idée géniale à vous exposer...

    Les yeux des filles s'humidifièrent

      • Oh ! Damie nous qui voulions tant participer à cette aventure extraordinaire !

      • Non Chef, je n'ai pas l'idée géniale, mais j'ai la solution !

      • Excellent, agent Chad, c'est le minimum que j'attendais de vous ! Votre esprit a donc trouvé...

      • Oui Chef, l'idée géniale de téléphoner au Cat Zengler pour lui demander de me fournir la solution, tel un trait de la foudre de Zeus a surgi dans mon cerveau einsténien. Mon idée était la bonne, le Cat a non seulement trouvé la solution, mais il m'a envoyé le fichier adéquat que Vince a recopié via le net sur le CD que voici, il n'y aura plus qu'à glisser dans un lecteur pour la rendre opératoire.

      • Parfait, il est seize heure trente six minutes, je vous donne quartier libre, pensez que nous avons toutes les chances de périr, regroupement à 10 heures trente devant le garage, départ à onze heures tapantes.

    ( A suivre... )

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 494 : KR'TNT ! 494: TONY MARLOW / SYL SYLVAIN / VIVE LE ROCK / MOJO / ABOUT VINCE TAYLOR / UNCUT / STEPPENWOLF / ROCKAMBOLESQUES XVII

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 494

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR'TNT KR'TNT

    21 / 01 / 2021

     

    TONY MARLOW / SYL SYLVAIN / TIM BOGERT

     VIVE LE ROCK / MOJO / ABOUT VINCE TAYLOR

    UNCUT / STEPPENWOLF

    ROCKAMBOLESQUES XVII

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    Sale temps pour le rock privé de salles. On aurait voulu le tuer que l'on n'aurait pas trouvé mieux. Mais c'est quand l'heure est grave que les résistants sortent de l'ombre. De la mauvaise graine ( de violence ), c'est comme le chiendent, vous en trouverez toujours pour chantonner I want to be your dent de chien. Prenons un exemple au hasard, Tony Marlow, pourrait se prélasser sur ses lauriers, l'a publié voici peu un coffret qui retrace ses quarante ans de carrière au service du rock'n'roll, c'est bien Marlou, tu peux te reposer, tu le mérites, de toutes manières, t'es privé de concert, comme tous les enfants pas sages, rentre à la maison et arrête de faire du bruit avec ta guitare, il serait peut-être temps que tu penses à faire quelque chose de sérieux dans la vie.

    Faut se méfier des rockers, tous des voyous rimbaldiens dans l'âme. Pensez à votre gamin que vous avez enfermé dans sa chambre pour étudier sa leçon de géographie et qui depuis sa fenêtre a balancé un cocktail molotov sur votre voiture stationnée au bas de l'immeuble. Ben le Marlou, il est pareil, vous lui interdisez de se produire sur scène, il ne dit rien, vous croyez qu'il se calme tout seul dans son coin, non il contacte en douce ses amis et hop le temps de deux confinements, il enregistre un disque.

    FIRST RIDE

    MARLOW RIDER

    ( Rock Paradise Records / RPRCD 52 )

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    On les reconnaît tout de suite sur la pochette. Sur la gauche, c'est bien Amine Leroy, je confirme, un si gentil garçon, avec ses lunettes noires et sa chemise hawaïenne rouge ( idéale pour cacher les taches de sang ) une allure de tueur de la mafia qui ne connaît ni le remords ni le regret, à droite c'est peut-être pire, Fred Kolinski, binoclardes noires et longs cheveux blanc, il aborde le sourire inquiétant de celui qui est préposé aux interrogatoires un peu spéciaux, et au centre Marlow le patron, le regard dur, énigmatique, voilé de verres noirs, tourné vers le futur sombre de ses ennemis. Trois oiseaux de proie. Fascinants, évidemment une fille les admire, nous n'entrevoyons que la roue arrière de sa motocyclette mais sur sa cuisse l'on reconnaît Alicia F à son tatouage barbelé. Vous croyez que j'exagère, que je me tourne un film, ouvrez le gatefold cartonné, une fois que vous aurez poussé un cri d'horreur en voyant la rondelle du CD, tirez le livret intérieur, évitez la photo centrale et la crise cardiaque, lisez les petites notes, l'artwork est d'Eric Martin, librement inspiré de Born Losers film ( de bikers ) de Eric Laughlin sorti en 1967.

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    Tony Marlow : vocal & guitar / Amine Leroy : double bass, backing vocals / Fred Kolinski : drums, percussions, backing vocal.

    Alerte mauve, les deux lignes précédentes risquent d'aiguiller le lecteur distrait sur une mauvaise voie, façon de parler parce que le rockabilly est l'une des meilleures qui puissent s'offrir à un amateur de rock'n'roll, oui mais la contrebasse d'Amine Leroy vous indique une fausse piste. Tony Marlow a plus d'une corde à sa guitare. Certes il n'est pas le seul, mais là il exagère, ceci n'est pas un disque de rockabilly, point du tout. Bye-bye les années cinquante, nous voici plongé en pleine révolution électrique, en plein psyché, fuzzée objectif lune mauve, de quoi faire hurler les puritains du rock'n'roll, que voulez-vous il n'y a pas que Cliff Gallup, y'a aussi ( entre autres ) un certain Jimi...

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    Debout ! : si vous n'avez pas compris la guitare du Marlou vous le fait vite entendre, tout de suite des giclées de piment de Cayenne au fond de la marmite en ébullition pour relever le goût, vous arrachent la gueule illico, et Marlou vous refile une seconde surprise, l'on a beau s'y attendre vu le titre, mais c'est du français, ce n'est pas que Marlow choisit la difficulté, mais par ici quand on y pense c'est aussi naturel de chanter le rock en français qu'en anglais, en plus vous avez de ces salmigondis de gratouillis instrumentaux à déguster à grosses louches. The gypsy says : bonjour la bande de gypsis, un peu sur le thème hugolien de la Esmeralda, mais chanté en anglais, faudrait plusieurs oreilles pour se brancher dessus, le galop de la contrebasse d'Amine, lui il mène les hordes mongoles qui cavalent derrière Gengis Khan, vous fournit le métronome, rien ne les arrêtera, du coup le Kolinski en profite pour se prendre le bec avec la l'excalibur de Tony, combat de coqs, ergots, go, go, cats, sur la fin du morceau en sont au sabre-laser, et le Marlow qui mène la danse vocale ne s'en laisse pas compter, ne mettez pas les doigts dans la mécanique, vous finirez par être emportés par ces coups de laminoirs orientaux qui volent en éclats. Shut up ! : z'étaient en forme au titre précédent, là ils deviennent méchants. Au début la section rythmique casse des arbres, juste pour fabriquer des cercueils, Tony ne tarde pas à vous apprendre pour qui ils sont prévus, allongez-vous messieurs les politiciens, comme par miracle voix, guitares et chœurs deviennent doucement ironiques, parfois les moutons mangent les ours, alors ils y vont tous les trois à toute vitesse et ils enfoncent les clous avec une hargne inconcevable. C'est en anglais, oui mais vous pigerez aisément. Hey Joe : un truc à se faire des ennemis, le Marlou se paye tous les risques, et Jimi Hendrix et Johnny Hallyday dans la même voiture. En plus il conduit la bagnole les yeux fermés, vous le prend sur un tempo plus rapide, Amine et Kolinski n'arrêtent pas de jeter des chardons ardents sur l'huile du moteur. Ça roule comme les chutes du Niagara. Au final, ce n'est ni du Jimi ni du Johnny, c'est du Tony Marlow. Jute une autre chanson d'amour : calypso à la mandoline grinçante, l'on quitte Jimi, l'on est plutôt sur la face cachée, l'autre versant de Chuck Berry qui aimait autant caresser les matous grassouillets des rythmes exotiques qu'exciter les chats sauvages du rock'n'roll. Suivez la guitare, pas de trop près, elle grésille et fume à la manière d'un grille-pain tout près de déclencher un court-circuit. Among the zombies : promenade parmi les zombies, toujours agréables qu'ils soient de pacotille ou vrais, alors le trio maléfique s'en donne à cœur joie, l'est comme chez lui, ils y vont à donf, le Marlou n'est pas du genre à louper ses loopings sur les cordes raides, l'Amine envoie la marmelade plein pot, et Kolinski patauge dedans avec cette malignité du gamin barbotant dans une flaque boueuse juste pour entendre crier sa mère vexée et horrifiée qui l'emmène à la messe. Que va dire M. le Curé de cette dépravation caractérisée ? Je ne sais pas, mais vous, vous adorerez. Marlow rides again : pour les esthètes, un instrumental, le plaisir de montrer ce qu'ils savent faire, une chevauchée comme l'on n'en entend plus, un petit parfum de ces instrumentaux que l'on trouvait sur les 45 Tours de années soixante avec le passage obligé du solo de batterie, et ici même de contrebasse, tout le reste pour la guitare, certes les doigts de Marlow savent la mettre en valeur tout seuls, mais c'est comme au restaurant huppé, ce qui compte certes c'est le canapé foie gras / caviar dans votre assiette, mais il y a l'art et la manière des garçons de vous glisser l'assiette sous le coude et de remplir votre verre de champagne, faut reconnaître que l'Amine et le Fredo, ils usent et abusent d' astuces diaboliques pour servir la targui de tous ces apprêts périlleux qui la mettent en évidence. Jimi freedom : un peu de funk en intro, Jimi se dirigeait par là au moment où il a cassé son calumet de la paix, mais voici la guitare qui couine tel un goret que l'on égorge, Amine vous le larde de coups de coutelas dans le dos, et Fredo l'assomme à coups de masses grandiloquentes, ne pleurez pas l'âme du cochon monte au ciel et les anges l'accueillent avec des hosannas de triomphe. Totalement hendrixien dans l'esprit. Sur la route du temps : métaphore motarde, l'occasion pour Tony de s'amuser à tous les dérapages incontrôlés que vous pouvez vous permette sur la Harley du rock'n'roll, de temps en temps ça appuie comme dans Born to be wild mais ce qu'ils aiment ce sont les pirouettes assis sur le guidon avec la mort sur le porte-bagage. Quant aux deux mécanos, le mot frein ne fait pas partie de leur vocabulaire. Mutual appreciation : la camarde en croupe ce n'est pas mal, mais roulez de concert avec Alicia Fiorucci, c'est encore mieux. Duo d'amoureux, le moteur de Tony gronde comme s'il voulait la dévorer toute crue, l'a la Durandal qui imite les grelots du traineau du Père Noël, et la petite futée derrière avec sa voix de lance-flamme, elle ne fait rien pour qu'il se calme. Rowdy : il est terrible le Tony, dès que vous le branchez moto, c'est parti pour toute la nuit. A train d'enfer. Le problème c'est qu'il confond moto et guitare, même que parfois la guitare dépasse la moto, autant dire que le morceau déboule à la manière d'un boulet de canon. Parlez-moi de ses copains, le Leroy et le Kolin' sont sur ses talons et le poussent dans ses ultimes retranchements. Non, il a encore de la marge. Vapeur mauve : un dernier challenge, Purple Haze, en français de surcroit, à faire un sommet de l'Himalaya que ce soit une aiguille anapurnienne, le Tony il est sûr de lui, ses fidèles lieutenants à ses côtés, quand il déploie l'étamine mauve au sommet, vous n'avez plus qu'à dire respect.

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    Un nouveau Marlow, pas de la piquette beaujolaitte, un grand cru enivrant, un arôckme puissant. Qui détraque les pendules des habitudes pour les remettre à l'heure des explosions solaires. Un projet sur lequel il travaillait depuis plusieurs années. Ce disque est un aboutissement. Un régal. Marlow Rider scintille de mille feux. Mauve avec rayonnement ultra-violet. Radiations dangereuses.

    Damie Chad.

     

     

    Syl Sylvain m’était conté

    - Part One

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    Sylvain Sylvain vient tout juste de casser sa pipe en bois et pour lui rendre hommage, nous allons exhumer des archives un texte déjà paru en 2019 dans le dernier numéro de Dig It!. On y saluait la mémoire de Johnny Thunders, via In Cold Blood, l’excellent book de Nina Antonia, et celui de Sylvain Sylvain, qui venait de paraître, arrivait en contrepoint. Fascinant contrepoint, en vérité.

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    Sans vouloir se vanter, Sylvain Sylvain rappelle dans There’s No Bones In Ice Cream qu’il est à l’origine des deux mots clés de la mythologie des poupées : le nom du groupe et celui de Johnny Thunders. C’est en effet Sylvain Sylvain qui embauche Johnny en lui demandant : «Hey man, me and Billy have got a band, do you wanna join ?» Johnny répond qu’il aimerait bien, mais il ne sait pas jouer :

    — I can’t play anything.

    — Mais si, c’est facile, I’ll show you.

    Johnny commence par jouer de la basse, car c’est plus facile. Seulement quatre cordes. Dix pages plus loin, Syl évoque the business that operated across the street, la boutique d’en face et dont l’enseigne au néon allait hanter son imagination pour le restant de sa vie : «It was called the New York Dolls Hospital. It sounded soooooooo good.» Alors il en parle à ses deux potos Billy et Johnny :

    — Pas mal pour un nom de groupe, hein ?

    — What ? The New York Dolls Hospital ?

    — No, the New York Dolls !

    Vous remarquerez ça dans toutes les histoires des groupes de rock, la période de la formation reste la plus passionnante et dans la grande majorité des cas, la plus touchante. C’est la période où le groupe se bricole sa petite réalité. C’est là où les kids s’apprêtent à vivre leur rêve.

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    On a longtemps sous-estimé le rôle de ce kid d’origine égyptienne dans l’histoire des Dolls. Ce livre rééquilibre un peu les comptes. On y découvre un kid extrêmement créatif, bourré d’énergie, plutôt rigolo et là on touche à l’essence même des Dolls qui relevait plus du monde des comics que du caniveau dans lequel la presse voulait absolument les enraciner. Johnny Thunders qui dégueule sur les journalistes à l’aéroport, c’est du pur Vuillemin. Les Dolls secoués dans ce van qui traverse l’Angleterre en 1972, c’est du pur Muppet Show. Syl Sylvain, c’est Charlot avec une Gretsch. Le chaos tragique de Johnny Thunders, c’est Laurel & Hardy Conscrits, avec un Oliver Hardy qui meurt dans l’accident d’avion et qui se réincarne en âne. Ce que corrobore Syl dans sa magistrale introduction. Quand on lui demande de raconter l’histoire des Dolls, il pense tout de suite à Bugs Bunny et Daffy Duck. Eh oui, Bugs est déjà une star, il entre sur scène, lève les bras en l’air et le public l’acclame. Wouahhh ! Par contre, Daffy peut jongler sur scène en pédalant sur un monocycle, personne ne l’applaudit. Que dalle. Bugs revient sur scène, siffle deux notes, et la salle explose à nouveau. Alors Daffy comprend qu’il doit passer à la vitesse supérieure. Il revient sur scène, avale une grosse lampée d’essence et une bouteille de nitroglycérine, quelques bâtons de dynamite et un gros tas de poudre, il ajoute par dessus tout ça de l’uranium 238 et saute sur place pour que ça se mélange bien dans son estomac. Puis il gratte une allumette. Pour la première fois, le public fait attention à lui. Wooow... Daffy prévient les filles : «Accrochez-vous à vos copains !» Et il avale l’allumette. Boum ! Il y a des plumes partout, oui, car pour les ceusses qui ne le sauraient pas, Daffy Duck est un canard. La foule l’ovationne. Même Bugs n’en revient pas ! Il crie «Encore ! Encore !». Mais le fantôme de Daffy flotte dans l’air et murmure : «Oui, oui, je sais, c’est un great show, mais je ne peux le faire qu’une seule fois !». Et Syl ajoute : «That for me is the story of the New York Dolls.» Voilà le niveau auquel navigue ce petit mec né en Égypte. Pour lui, les Dolls ne pouvaient monter sur scène que pour exploser comme Daffy Duck. And that is all you need to know about showbiz : le public veut du sang, alors il faut lui en donner. Les gens veulent voir Daffy Duck exploser. Caligula, note-t-il, aurait adoré les Dolls, comme il aurait adoré Gene Vincent et Vince Taylor. Et en guise de chute, Syl lance : «Comme Daffy Duck, on a triomphé. We wanted to give them a killer show every night.»

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    Comme les Cramps un peu plus tard, les Dolls créèrent en leur temps un univers unique, une théâtralisation du rock inspirée des comics trash. À leur modeste niveau ils produisirent sans même s’en douter de l’art moderne, au sens où l’entendait Joos Swarte. Libre à nous cinquante ans plus tard d’interpréter tout ce bordel comme bon nous semble. Mais une chose est sûre : on va pouvoir se ronger l’os du genou en attendant que réapparaissent des groupes aussi révolutionnaires que les Dolls et les Cramps.

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    Côté influences, Syl cite Gary US Bonds, une dévotion qu’il partage avec David Johansen, et puis aussi Edith Piaf, dont il va retrouver l’expression de la douleur et le goût du scandale chez Johnny Thunders. Piaf comme égérie du chaos tragique, c’est bien vu. Syl parle de Piaf car il a vécu en France durant son adolescence, après que Nasser eût incité la communauté juive à quitter l’Égypte. Syl vit rue Cadet, puis ses parents émigrent aux États-Unis, en quête «d’une vie meilleure». Comme tous les kids de son âge, Syl prend la British Invasion en pleine gueule, à commencer par le Dave Clark Five et les Beatles, bientôt détrônés par les Stones. Mais la plus grosse influence, ce sont les Ventures, un groupe qu’on connaît mal en Europe mais qui est vital pour les New-Yorkais. Syl apprend à jouer avec l’album Play Guitar With The Ventures - That taught you everything - et quand on savait jouer leurs cuts, on pouvait tout jouer. Syl adore tellement l’énergie des Ventures qu’il fait écouter «Pipeline» à Johnny. Il lui apprend à le jouer. Vas-y, regarde, talalalalala talala et là tu montes. Wow ! Johnny l’adore. Il le jouera toute sa vie et en calera une version spectaculaire sur So Alone. Syl adore aussi les Rascals dont le batteur, Gino Danelli, reste son batteur favori, loin devant Jerry Nolan. Il cite aussi Humble Pie comme son groupe préféré.

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    Et comme il vit dans le Queens, il doit apprendre à se battre dans la rue. Un jour, des Portoricains plus âgés et plus baraqués le coincent et lui disent : «Tu vois le mec là-bas, c’est mon frangin. Tu vas te battre avec lui !» Le gang forme un cercle et Syl se retrouve au centre face à un autre kid. «Fight ! Fight ! Fight !» crient les autres. Les filles pleurent parce qu’elles voient bien que ce freluquet de Syl va se faire dégommer vite fait. Mais par miracle, Syl reconnaît son adversaire. Ils ont tous les deux été exclus du cours de gym parce qu’ils n’avaient pas le survêtement adéquat et en guise de punition, ils durent rester debout en slibard dans un coin jusqu’à la fin du cours. Alors ça fait marrer Syl qui lance : «Hey William !». William sourit à son tour et fait : «Hey man !», et pour satisfaire le public, il se mettent à singer les boxeurs qui se tournent autour en décrivant des cercles avec leurs petits poings nus. Le cercle mugit :«Fight ! Fight ! Fight !» Ah tu veux du sang ? Voilà qu’ils se jettent l’un sur l’autre. Non pour s’étriper, mais pour s’étreindre. C’est là nous dit Syl qu’ils deviennent les meilleurs amis du monde et s’en retournent ensemble dans leur quartier en rigolant. And that is how I met Billy Murcia. Syl et Billy vont fonder les New York Dolls. Alors vous imaginez un peu la gueule de Syl quand Billy casse bêtement sa pipe en bois à Londres lors de la première tournée anglaise des Dolls. Il ne s’en remettra jamais.

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    Syl admire plus Johnny qu’il ne l’aime. Avant même de devenir Johnny Thunders, Johnny se comporte comme une rock star. Syl voit cette grâce en lui mais aussi le pouvoir qu’il tire d’un ego surdimentionné. Autre détail capital : quand un jour Mercury octroie une belle somme aux Dolls pour acheter du mathos, Johnny reçoit 800 $ car il est lead et Syl seulement 300 parce qu’il est rythmique. Il est fumace ! Il doit se contenter d’une Les Paul Junior jaune, alors que Johnny se paye une Les Paul Black Beauty. Mais quand il entend le son que Syl sort sur sa Junior, il lui propose immédiatement un troc et Syl récupère la Black Beauty. Johnny va garder ce faible pour la Junior jusqu’au bout. En fait, Syl et Johnny passent leur vie à faire du troc. C’est leur mode de relation, comme dans la cour de l’école, quand on troque des calots ou des petites bagnoles de course. Eux troquent les fringues et les guitares. Un autre jour, Syl tombe amoureux d’une Gretsch White Falcon qu’il croise dans une vitrine sur le 48e rue. Elle coûte 800 $ mais il parvient à se l’offrir. Quand il arrive avec elle en répète, les autres sont impressionnés. «Holy smoke !» «Aw my God !» Évidemment Johnny la voit et la veut : «I’ll trade you for it now ! Syl, je te donne tout ce que je possède en échange !». Mine de rien, avec tous ces petits épisodes, Syl en dit plus sur Johnny que n’en rêve ta philosophie, Horatio.

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    Le book est déjà bien vivant quand Syl entre dans le vif du sujet, c’est-à-dire l’épopée des New York Dolls, déjà mille fois rabâchée. Mais Syl apporte des éclairages nouveaux et intéressants. Qui compose «Frankenstein» ? Lui. C’est en fait l’histoire des Dolls. Syl raconte qu’ils font tout à l’envers dès le départ. Il prend l’exemple des Stones qui ont commencé avec le best rock’n’roll, puis the best drugs et enfin the best chicks. Well guess what ? Les Dolls font la même chose, mais à l’envers : d’abord les plus belles filles, puis les meilleures drogues et enfin the best rock’n’roll. Syl a cette énergie rigolote de la dérision, mais basée sur des faits réels qui relèvent de la flamboyance. You build the legend first, and then justify it - Tu construis ta légende et tu te débrouilles pour que ça tienne la route. Dans Interview, la mythique feuille de chou d’Andy Warhol, on qualifie le rock des Dolls de Subterranean Flash Sleazoid Rock. Malgré tout ça, les Dolls ont peu de chance de réussir aux États-Unis. Syl dit que par contre les Anglais et les Français avaient tout compris. Autre petit détail éclairant : Syl voulait Bowie pour la prod du premier album, car l’Anglais avait déjà produit Lou Reed et Iggy, c’est-à-dire Transformer et Raw Power - Think about it ! - Il aurait complété la trilogie - Classic American Gutter Rock - Malheureusement, Bowie n’est pas disponible car il tourne.

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    Flamboyants les Dolls ? Syl est obligé de relativiser quand il entre dans le monde d’Andy Warhol, via the back-room at Max’s Kansas City. Il y voit Eric Emerson porter le jean en cuir argenté que va lui emprunter Iggy pour Raw Power. Emerson grimpe sur une table, baisse son fute et commencer à se branler devant tout le monde. Syl fréquente aussi Holly Woodlawn, l’une des superstars d’Andy Warhol qui lui explique que si les Dolls se croient flamboyants, c’est une erreur, car selon elle, ils n’ont pas encore commencé à le devenir. Syl qualifie Holly de femme intelligente, créative and what a survivor, une notion capitale dans l’histoire d’un groupe comme les Dolls. Et pourtant, le Killer Kane en tutu flirtait avec la flamboyance. Syl : «Il avait cette expression sur le visage qui semblait dire ‘j’ai mis toute mon âme dans cette note que je viens de jouer, ladies and gentlemen.’ En tutu. Quelques années plus tard, Captain Sensible fera lui aussi une fixette sur le tutu, mais je le jure devant Dieu, le Captain avait l’air d’un enfant de chœur comparé à la full Killer Kane experience.» Syl parle de cette frontière à peine visible qui sépare l’insanité de la flamboyance.

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    Quand le premier album des Dolls paraît en Espagne, le gouvernement de Franco interdit la pochette, mais les spanish kids l’achètent en masse. Syl est ravi de voir qu’en Europe, les kids ont compris l’humour des Dolls, leur côté excitant et toute la sexualité qui va avec. Syl pense que les Dolls auraient dû s’implanter en Europe où le public les recevait cinq sur cinq.

    Et puis avec la pression, les excès arrivent : Arthur a la bloblotte parce qu’il boit comme un trou, et dès qu’il commençait à trembloter, il fallait lui donner une bière. David buvait aussi et pouvait devenir un nasty drunk as well. Johnny was Johnny et Jerry était le seul qui ne semblait pas affecté par sa consommation massive d’héro. «He’s the only person I ever met for whom heroin was the better drug», en gros c’est le seul mec qu’ait connu Syl qui s’entendait bien avec l’héro.

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    Par contre, le deuxième album des Dolls annonce la fin des haricots. Syl dit que ce n’est pas un album des Dolls, car Shadow Morton fait venir des musiciens de session en studio. Pour Syl il s’agit plutôt du premier album solo de David Johansen. Après cet épisode dont personne n’est content, le groupe commence à se désintégrer. Syl essaye de redonner du souffle aux Dolls en composant, car le mal vient de là, de la stagnation. Il pond «Teenage News», certain que c’est un hit. Il organise une répète, mais à part David, personne ne vient. Mercury arrête les frais, le management les lâche pour lancer Kiss et Aerosmith, les ventes chutent et les copines se barrent vers des horizons meilleurs. Tout ça se termine avec un plan délicieusement trash dans un camping de Floride. Syl ramène son lot de détails gratinés, notamment ce voisin qui passe ses journées entières assis à la porte de sa caravane : il démonte son flingue pour le nettoyer et le remonte. Puis il le redémonte et le reremonte. Et ainsi de suite. Syl évoque aussi les beaux-frères de Jerry, qui débarquent régulièrement à l’heure des repas : «Hey, vous êtes tous des pédés ? On sait que vous venez de New York, mais c’est vrai que vous êtes des pédés ?» Du pur Vuillemin.

    Signé : Cazengler, Sylvain est tiré

    Sylvain Sylvain. Disparu le 13 janvier 2021

    Sylvain Sylvain. There’s No Bones In Ice Cream. Sylvain Sylvain’s Story Of The New York Dolls. Omnibus Press 2018

     

    Bogert back (where you one belonged)

    - Part One

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    Tim Bogert vient de casser sa pipe en bois, le même jour que Sylvain Sylvain. Pour rendre hommage à celui qui fut sans doute le plus grand bassman des Amériques, nous ressortons des archives un conte bien con qui célébra en son temps Cactus, le plus piquant des groupes de full blasting power.

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    Thor Fergüsson achève son festin. Il s’essuie les mains dans son énorme barbe rousse.

    — Ah ! comme les viandes étaient grasses !

    Il s’empare du pot d’étain posé devant lui et le vide d’un trait. Rrrrrrrrrrah ! En rotant, il éteint la moitié des chandeliers.

    — Bon, au boulot !

    Il ramène vers lui le gros téléphone rouge qui trône sur la table parmi les victuailles. Il décroche et compose religieusement l’un des numéros tatoués sur son avant-bras gauche.

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    — Allo ? Pourrais-je m’entretenir avec monsieur Carmine Appice ?

    — Lui-même...

    — Permettez-moi de me présenter. Thor Fergüsson ! Mon nom ne vous dira rien mais sachez que j’organise chaque année un concert historique en Scandinavie. J’invite les géants du rock. Les dieux par chez nous en sont très friands. Mais vous savez, les dieux font parfois des caprices, comme les enfants. Et si par malheur on ne cède pas à leurs caprices, ils en prennent ombrage... Gare aux conséquences...

    — Monsieur Fergüsson, mon temps est précieux, venez-en fait, je vous prie !

    — D’accord. Les dieux veulent voir Cactus... Cactus est à leurs yeux le plus grand groupe de speed-rock des seventies...

    — Quoi ? C’est une blague ? Vous feriez mieux d’essayer de me vendre une cuisine, vous auriez plus de chance, hé hé hé...

    Thor Fergüsson déteste qu’on le contrarie. Une rougeur terrible lui monte au front et ses yeux se plissent.

    — Le cœur de Thor Fergüsson est en argent et sa parole est en or, n’oubliez jamais cela, Monsieur Appice !

    Carmine ne comprend rien, mais il sent bien que l’homme ne plaisante pas.

    — Restez en ligne une minute ou deux, monsieur Fergüsson, il faut que j’en glisse un mot à mon associé ! Ce ne sera pas long...

    Carmine met la ligne en attente et se penche vers Tim Bogert qui est vautré dans la banquette, juste à côté.

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    — Hey Timmy, un espèce de cinglé me demande de remonter Cactus pour un festival en Scandinavie...

    Tim qui sirotait un grande goulée de bourbon s’étrangle.

    — Mais on vient de remonter notre vieux Fudge !

    — Oui, mais ce n’est pas le problème ! Tu sais bien qu’on peut jouer dans les deux groupes en même temps, mon p’tit Timmy ! N’oublie pas que nous sommes à nous deux la plus grande section rythmique du monde ! Ha ha ha ha !

    — La plus belle powerhouse station de tous les temps ! Ho ho ho ho !

    — La plus grosse loco d’Amérique ! Hi hi hi hi !

    — Le plus beau bulldozer des temps modernes ! Hé hé hé hé !

    — Et dire que Jeff Beck et tous les autres se prosternaient à nos pieds ! Ha ha ha ha !

    Tim et Carmine hurlent de rire et se tapent sur les cuisses.

    — Bon, qu’est-ce qu’on lui dit, à l’autre allumé du bec benzène ?

    Tim réfléchit un instant.

    — Tu sais bien que la reformation de Cactus pose un sérieux problème... Jim McCarty serait certainement d’accord, mais Rusty est mort...

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    Le regard de Tim se voile instantanément. Il adorait Rusty. Carmine et lui venaient de lâcher le Vanilla Fudge après le bide du second album, The Beat Goes On. Ils montaient Cactus et cherchaient un screamer. Ils finirent par dénicher Rusty Day à Detroit. Rusty chantait dans les Amboy Dukes, l’un des groupes phares de la scène de Detroit. Il avait exactement le profil du fou hurlant que recherchaient Tim et Carmine. Avec ses cheveux longs, sa mauvaise barbe rousse, ses grosses lunettes noires, ses cris d’orfraie et son goût immodéré pour le chaos, Rusty Day allait répondre à toutes les attentes, non seulement celles de Tim et de Carmine, déjà vétérans du circuit de clubs et rois de la débauche, mais aussi celles d’un public américain lassé des groupes précautionneux et prévisibles. Cactus allait servir sur un plateau d’argent un chaos total saupoudré de la démesure qui caractérisait déjà le Vanilla Fudge. Avec leur premier album, ils allaient lâcher deux bombes au napalm : une reprise du fameux «Parchman Farm» de Mose Allison et «Let Me Swim», un boogie aussi endiablé qu’incontrôlable. On pouvait y entendre le solo de Jim McCarty courir comme le furet, Carmine multiplier les breaks acrobatiques,Tim caramboler ses notes de basse et Rusty hurler à s’en arracher les ovaires. Cactus jouait le boogie à la vie à la mort, et ce bassiste fou qu’est Tim Bogert percutait des notes atonales, des résidus de bas de manche, des trilles prohibées et des gimmicks d’une indécente virtuosité.

    — Allo ? Monsieur Fergüsson ? Vous êtes toujours en ligne ?

    — Oui... Alors, dites-moi... Quelle est votre décision ?

    — À priori, Tim Bogert et moi-même sommes d’accord. Vous savez, nous ne vivons que pour le rock. C’est notre destin et nous l’assumons pleinement, yo ! Nous devons cependant contacter notre guitariste Jim McCarty et lui demander son avis, mais nous savons bien qu’il sera fou de joie à l’idée de rejouer dans Cactus. Vous savez, Jim n’est pas n’importe qui. Il est en quelque sorte l’inventeur du power riff. Il faut dire qu’il a eu beaucoup de chance, puisqu’il a joué dans les Detroit Wheels de Mitch Ryder, à Detroit, puis dans le Buddy Miles Express... Ça laisse des traces, comme vous pouvez l’imaginer...

    Thor Fergüsson produit un raclement de gorge. Il sait tout cela, mais ne laisse rien paraître de son agacement. Il sait être en de rares occasions d’une discrétion à toute épreuve. Carmine reprend :

    — Nous allons cependant nous heurter à un gros problème... Rusty Day n’est plus de ce monde...

    — Ah bon ?

    — Voici quelques années, Rusty se trouvait en Floride et vivait du trafic de drogue, comme l’ont toujours fait les rockers de Detroit. Il s’était mis en cheville avec le gang de Scarface et les choses ont mal tourné. Rusty, son fils et deux de ses amis séjournaient dans un motel, à la sortie de la ville. Scarface et son gang de portoricains ont débarqué un soir et ont nettoyé la chambrée à coups de mitraillette. Ta-ta-ta-ta-ta-ta ! Ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta ! Vous voyez un peu le genre ?

    — Oui oui...

    — Évidemment, la police n’a jamais retrouvé les coupables. Rusty était criblé de balles, comme Nate Diamond dans The Gates Of Heaven. Inutile d’ajouter que l’avenir de Cactus est compromis... Mais peut-être avez-vous une solution ?

    — Que voulez-vous dire ?

    — J’ai cru comprendre que vous aviez des accointances avec certaines divinités...

    — Je ne vous suis pas bien...

    — Bon, je vais aller droit au but, puisque vous ne semblez pas vouloir me comprendre. Pour que Cactus rejoue un jour sur scène, il faut ressusciter Rusty Day... Cactus sans Rusty Day ne sera jamais Cactus, suis-je assez clair ?

    — Monsieur Appice, vous me demandez de ressusciter Rusty Day, c’est bien cela ?

    — Vous m’avez parfaitement compris !

    — Bon, je vous rappelle dans un heure.

    Carmine raccroche en hurlant de rire. Tim enlève ses lunettes pour s’essuyer les yeux. Il en pleure. Il a suivi la conversation à l’écouteur. Il sert deux grands verres de Jack Daniels. Ils n’avaient pas ri comme ça depuis longtemps. Ils se renversent dans la banquette. Carmine lève les bras au ciel :

    — Thor Fergüsson, le sorcier vaudou du walalah ! Ha ha ha ha !

    — Le White Zombie du cercle polaire ! Ho ho ho ho !

    — Le Vincent Price des fjords ! Hi hi hi hi !

    Tim se tord de rire.

    — Arrête ! J’ai mal au ventre !

    — Thor Fer... Fergüsson, hi hi hi, le ressusciteur du train fantôme ! Ho ho ho ho !

    — Le Fergüsson toujours deux fois ! Hé hé hé hé !

    Carmine se redresse.

    — Sers-m’en un autre Timmy, le rire me dessèche la gorge !

    Tim se lève pour aller chercher une autre bouteille dans la cuisine.

    — Tu crois qu’il va rappeler, notre ami To-Thor ?

    — Ça m’étonnerait... Il doit déjà être en train de rappeler Marky Ramone pour lui proposer de remonter les Ramones avec trois zombies, ha ha ha ha !

    — C’est vrai que ce serait un bonne idée de remonter Cactus... On était quand même les meilleurs. Les Ten Years After se croyaient les plus rapides avec leur fucking Goin’ Home... Comment on les a coiffés sur le poteau avec «Parchman Farm» ! Quelle rigolade !

    — On devrait appeler Jim pour lui raconter cette histoire... Il va bien se marrer...

    — Bonne idée !

    Carmine attrape le téléphone et compose le numéro.

    — Allo Jim ? Carmine à l’appareil...Tu vas bien ? Attends une seconde... Timmy tu n’as pas entendu frapper à la porte ?

    — Non...

    — Vas voir, il me semble qu’on a frappé... Ouais, Jim, excuse-moi, et ta femme, elle a toujours ce joli cul ? Bon. Oui, figure-toi qu’il nous est arrivé une drôle de mésaventure aujourd’hui...

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    Carmine lève la tête et voit Tim revenir dans le salon en titubant. Il est blanc comme un linge.

    — Tim ! Qu’est-ce qui t’arrive ? Excuse-moi, Jim, attends, ne quitte pas, Tim a un problème !

    Crack ! Tim s’écroule d’une pièce, face au sol. Les verres de ses lunettes se brisent.

    Affolé, Carmine se met à beugler :

    — Ho Tim, réveille-toi ! Qu’est-ce que c’est que ce cirque ? Ho Tim, merde, à quoi tu joues, là ?

    Carmine entend des pas très lourds dans le couloir. Il lève la tête et, à la vue de l’apparition, il bondit hors du canapé, comme s’il avait reçu une énorme décharge électrique.

    Rusty Day se tient dans l’encadrement de la porte du salon.

    Tétanisé, Carmine commente d’une voix chevrotante :

    — Oh shit, Jim... Tu ne voudras jamais me croire ! Rusty se pointe à l’instant dans le salon ! Mais si c’est vrai ! Mais c’est quoi ce bordel ?

    Rusty Day semble flotter sur ses jambes. Il avance les bras ballants. Une sorte de glaise parsème ses cheveux et ses vêtements en lambeaux. La couleur de sa chair tire sur le gris vert cadavérique. Son T-shirt est criblé d’impacts de balles. Il fixe Carmine d’un regard bizarre, ouvre lentement la bouche et marmonne d’une voix d’outre-tombe :

    — Hello ! Carmine... T’es toujours aussi con ?

    Signé : Cazengler, Tim Boberk

    Tim Bogert. Disparu le 13 janvier 2021

     

    Le rock est (pas) mort - Vive le rock !

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    L’épidémie de peste noire n’épargnait rien : ni les bourgeois, ni les paysans, ni les larrons, ni les fêtes de fin d’année rituellement consacrées au renversement des réacteurs abdominaux et à l’instigation de liquides sénescences. Alors que l’épidémie faisait rage et qu’on jetait des centaines de milliers de pestiférés dans des bûchers dressés aux carrefours, Dieu eut un geste de miséricorde : il fit parvenir aux lecteurs de Vive Le Rock une petite compile compatissante.

    Elle arriva par courrier séparé. L’enveloppe matelassée ne contenait que le petit objet cartonné. Pas de courrier explicatif, rien. Sur le recto, un père Noël punk brandissait une bouteille de Vive le Grog et trinquait à votre santé : Cheers ! Et il ajoutait : «Thanks for being a Vive le Rocker». Pour être tout à fait franc, nous restâmes un moment béat devant le petit objet carré, ne comprenant ni sa provenance ni sa signification. Ce n’est qu’en le retournant que la lumière se fit. Quatre lignes : «Merci d’être un VLR Subscriber et de votre aide en cette année particulièrement difficile. On espère que vous apprécierez cette petite sélection de morceaux enregistrés par des amis à nous et qu’elle va rocker votre christmas tree !». Il n’y avait aucune trace de l’existence de cette compile dans le canard lui-même, ni dans le # 77 (december) ni dans le # 78 (january). Il s’agissait d’un pur élan de générosité conviviale placé sous l’égide de la miséricorde divine.

    Nous décidâmes de l’écouter aussitôt en coiffant le casque, ce qui permettait de joindre l’utile à l’agréable : les hurlements des guitares allaient enfin couvrir ceux qui provenaient de la rue, c’est-à-dire les hurlements des gens suspectés de porter les germes et qu’on jetait vivants dans les bûchers. Les pouvoirs communautaires n’y allaient pas de main morte et nul n’était censé ignorer la loi de la sélection naturelle. La raison ne faisait plus partie de ce monde.

    Cette compile Cheers tombait à pic, en ce sens qu’elle tisonnait le brasier introspectif. Dès le ska beat de Neville & Sugary Stapple et le punk à l’ancienne d’un groupe nommé Noise, force fut d’admettre que Cheers s’enlisait dans le passé. Cette compile s’ingéniait à rebrousser chemin, alors que celle de Mojo indiquait clairement la direction de l’avenir. Un groupe nommé Southern Ulster s’affairait à réveiller les vieux démons de la guerre civile irlandaise en singeant le Rotten. Tous ces cuts pouvaient très bien dater de 1977, mais ils dataient de 2020. Oh bien sûr l’énergie restait intacte et c’est ainsi que Vive Le Rock affirmait sa position, en tant que bastion d’une punkitude éternelle qui de toute façon n’était pas conçue pour évoluer. Tous ces groupes jouaient au bardus maximalus cubitus, et rien n’aurait pu les détourner de leur entêtement.

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    On tombait un peu plus loin sur quatre écumeuses qui font le buzz, Maid Of Ace, avec «Live Fast Or Die». Bien soutenues par un joli son de batterie, elles besognaient le destroy punk oh boy à l’arrache, ces harpies mettaient en charpie le gaga-punk et l’infra-basse remontait dans les jambes du pantalon. Rien de révolutionnaire, mais la pensée que des groupes pussent encore défier ainsi les règles de bienséance réchauffait le cœur. Avec son «Shadow Of Dreams», Tara Rez provoquait le même genre d’émoi : voix magnifique, présence très toxique, elle se fondait dans le moule comme une tranche de lard dans la poêle. Elle s’ingéniait plus à exploser le doom qu’à l’explorer. Mais en parallèle, la réflexion couvait : tous ces groupes ne devenaient-ils pas inutiles avec l’interdiction des concerts ? Et sous le casque, ne devenaient-ils pas doublement inutiles ? La meilleure illustration de cette petite mort de la pensée fut l’irruption des Ruts DC, avec «Dangerous Minds». Les Ruts sans Malcolm Owen, c’était un peu la même chose que les Doors sans Jimbo : une sinistre arnaque. La compile s’enfonçait ensuite dans l’obscurité avec des luninaries comme Youth, Paul-Ronney Angel, le rock festif de Ferocious Day et les Restarts. Nous dûmes convenir avec Eugene Butcher, la tête pensante de Vive Le Rock, que nous n’avions pas les mêmes goûts. Envoyés eux aussi par Dieu, deux sauveurs allaient arracher cette compile des flammes auxquelles nous la destinions : Nik Turner et Jaz Coleman. Auréolé de légende, le vieux Nik embouchait son saxophone chamanique pour jazzer «The Cracker». Il continuait d’arpenter les cercles magiques, comme au temps d’Hawkwind, il dansait au bord de l’abîme qui est aussi la fin du monde, the edge of time. Et Jaz rallumait les brasiers de «Wardance», magnifique illustration du pandémonium dans lequel nous étions tous précipités. Killing Joke fut l’un des groupes les plus extrêmes de l’histoire du rock, mais en ces temps d’apocalypse, cette version live de «Wardance» tapait en plein dans le mille car elle indiquait clairement qu’avec la raison, l’espoir avait lui aussi abandonné ce monde.

    Signé : Cazengler, Vive le roquefort !

    Compile Vive Le Rock - Cheers ! Thanks For Being A Vive Le Rocker - December 2020

     

    Got my Mojo working

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    Crack ! Crack ! C’est le bruit que font les pipes en bois qui cassent. Deux en même temps, cette fois, Tim Bogert et Sylvain Sylvain. Deux pages d’histoire du rock se tournent d’un coup. Jusque là les défaitistes parlaient de rock de vieux, maintenant ils ne parlent plus que du rock des morts. Tous les héros se font la cerise, bientôt il ne restera plus que nous, les fans. Alors forcément l’horizon s’obscurcit, d’autant plus vite que l’épidémie de peste noire se pose comme un suaire sur la fin des haricots du rock. Que veux-tu faire ? Recommander ton âme à Dieu ? Ha ha ha ! Mais ça ne sert à rien ! Jamais la marge de manœuvre ne fut plus ténue.

    En fait, on s’inquiète pour des prunes, car le rock, c’est Zorro. On le dit mort, pfffff, mais non, il surgit hors de la nuit, il court vers l’aventure. Son nom ? Il le signe à la pointe de l’épée, d’un R qui veut dire Rocko. Rocko est invincible. Bon d’accord, des héros disparaissent mais d’autres arrivent, avec leurs idées, leur énergie, leurs boots et leur fierté de porter cet héritage, sans doute le seul qui vaille, car suprêmement dématérialisé. On parle ici d’héritage culturel, d’hommages rendus avec des guitares, pour que la grande fête païenne se poursuive envers et contre tout. En ce début d’année vérolée, Mojo nous fait le plus beau des cadeaux avec sa compile Psych Ops!. Mojo lâche sa meute, quinze groupes féroces comme des loups, Rocko n’a jamais été aussi carnivore, aussi affamé de chair fraîche. Le fait qu’ils soient lâchés en même temps donne encore plus d’impact à tous ces groupes, ça les rend encore plus brutaux. Il est des compiles qui marquent l’histoire du rock au fer rouge et celle-ci pourrait bien en faire partie. Tim Bogert et Sylvain Sylvain seraient les premiers à s’en repaître.

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    Tiens, rien que pour l’«I Need A Doctor», des Hot Snakes ! Mais oui, le groupe de John Reis qui jadis mit le feu aux poudres avec Rocket From The Crypt. On les connaît les Hots Snakes, on les a vus sur scène, ce sont des barbares. Ils ne savent faire qu’une seule chose : brutaliser les oreilles des chrétiens. Chez eux tout est tendu à se rompre, le beat, le bassmatic, le chant, wow, ce mec a besoin d’un doctor, il gueule tout ce qu’on peut gueuler dans ces cas-là, et nous on danse dans la cuisine, on savoure chaque goutte de cette merveilleuse rincette d’excellence dévastatrice. John Reis forever ! Souviens-toi de ces mecs de San Diego. Ils sont la saveur du rock. Et voilà que revient le temps des géants avec Ty Segall, John Dwyer et Sonic Boom. Mojo a choisi un cut relativement ancien de Ty Segall et Mikal Cronin tiré de Reverse Shark Attack, mais ce «Take Up Thy Stetoscope And Walk» est d’une brûlante actualité, car ils allument la gueule de Dieu qui s’approche trop près, ils jouent avec toute la violence du monde, mais une violence intentionnelle, celle qui fout la trouille, leurs explosions outrepassent celles des Who et du MC5, ils sont dans la brutalité sonique délibérée, leur rentre-dedans pourrait bien sauver l’humanité. Pourquoi ? Parce qu’on sort de là régénéré. John Dwyer tape lui aussi dans la transmutation des gènes du rock avec Thee Oh Sees et «Encrypted Bounce». Comme son pote Ty, il règne sans partage sur le vrai monde, celui qui nous intéresse, le monde du Psych Ops so far out, alors on lui colle au train, car il est à la pointe de la modernité. Dwyer nous rappelle que la sauvagerie est une valeur universelle, sans doute la plus précieuse. Quant à Sonic Boom, on en disait le plus grand bien ici même il n’y a pas si longtemps. Mojo sort «I Can See Light Bend» de son dernier album, All Things Being Equal, et le cut prend dans ce contexte une résonance particulière : il semble tiré comme Moïse tiré d’un panier sacré trouvé dans les roseaux du Nil. L’avenir appartient à ces mecs-là, Segall, Dwyer et Boom. Mais aussi aux Wooden Shjips de Ripley Johnson que Mojo qualifie de benign guitar god. C’est juste, car avec «Golden Flower», Ripley Johnson mixe le dronerock des Spacemen 3 avec le son du early San Francisco freak-out. Ce barbu est un merveilleux driver de circonvolutions, il chante au doux du menton mais il entraîne derrière lui une escadre entière pour une partie d’hypo à faire pâlir d’envie Sister Ray.

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    L’autre légende à roulettes s’appelle Tim Presley. Ce mec a traîné avec Ty Segall et a joué un temps dans the Fall, sur l’album Reformation Post TLC, ce qui lui vaut le respect de tout l’underground. Mais ce qui le grandit encore, c’est sa fascination pour Syd Barrett. Son groupe s’appelle White Fence et Mojo propose «Neighborhood Light». On sent chez Tim Presley une volonté de brouiller les pistes. Il fait son coup de Syd, poussant nous dit Mojo les explorations musicales de Syd dans une direction encore plus étrange. L’autre magnifique prestation est celle des Death Valley Girls, avec «Hypnagogia», tiré de leur dernier album, Under The Spell Of Joy. Mojo parle d’un mélange de sax free et de Ronettes occultes. Alors banco ! On y va les yeux fermés. Elles sont le totem, elles sortent un son puissant, explosif, d’une profondeur insondable. On croise aussi un certain David Vance. Ce mec joue dans les bois. Comment ça dans les bois ? Eh oui, il tire une très très très longue rallonge électrique pour brancher son ampli. Il gratte donc sa gratte au coin du bois et souffle des coups d’harmo. Il vise clairement le striped down et présente son cinquième album. Jouer loin des villes, c’est sa façon de dire que le rock a la peau dure. Wand restera sans doute le plus étonnant de tous ces groupes férus d’avenir : le boss s’appelle Cory Hanson, un mec qui a joué avec Ty Segall et Mikal Cronin, et son «Perfume» permet de constater qu’il en connaît en rayon en matière de freak-out. Il sort un son plein d’espoir, un composé de hardcore angelino et de pop de Brill, bien gorgé d’harmonies vocales, alors on va voir si la rose est éclose et après une fausse fin, Wand explose, les girls sonnent les cloches du cut et naviguent tout là-haut, dans les nuées de l’imparable félicité. Par contre, on a deux ou trois trucs qui ne marchent pas, comme White Denim, la Luz et cette grosse arnaque qu’est King Gizzard. On peut aussi se pencher sur le cas d’Olivia Jean qui nous dit Mojo est descendue de Detroit pour aller lancer les Black Belles à Nashville. Suivie de près par le riffing de la scierie, cette petite égérie fait son élégie. Alors qu’on lui scie les pattes, elle saisit l’esprit mais affiche un mépris total du qu’en dira-t-on. Pendant qu’elle campe son personnage, certaines phases explosent et d’autres captivent.

    Signé : Cazengler, Mojobard

    Psych Ops - 15 new garage rock nuggets. Mojo # 327 - February 2021

     

     

    ABOUT VINCE TAYLOR

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    De Marc Villard nous avons déjà chroniqué dans notre livraison 49 du 22 / 10 / 2011 Sharon Tate ne verra pas Altamont et La vie d'artiste, beau polar-jazz, dans notre livraison 51 du 05 / 11 / 2011, mais ce coup-ci, c'est différent. Il s'agit d'un recueil de courtes nouvelles intitulées Bonjour, je suis ton nouvel ami. Un truc sympathique, publié chez L'Atalante en 2001, marrant, vite écrit, plein de vide et de pages blanches, vite lu, mais dont la lecture est loin d'être nécessaire pour votre survie mentale. Sauf les pages 87 – 89 sobrement intitulées Vince Taylor.

    Elles dénotent dans le book. Un trou noir, dans les mésaventures désopilantes d'un cadre un peu ventripotent, de quarante ans, ce qui signifie rideau pour les filles, qui jette un regard désabusé sur sa vie d'écrivain dont il refuse d'être dupe, au moins autant que de ses existences professionnelle et familiale, mais l'on n'est pas obligé de le croire, aux prise avec l'absurdité du monde contemporain. On aime, parce que dans les flèches qu'il envoie tous azimuts, sur ses proches et ses collègues de travail, il privilégie sa propre cible. Dans la série, vaut mieux en rire pour ne pas pleurer, il ne se fait pas de cadeau.

    Oui mais ces quelques lignes terribles relatent ce que l'on ne peut même pas appeler de véritables rencontres, à quinze années de distance, avec Vince Taylor, elles font froid dans le dos. Tout ce qui sépare la dèche de l'ange de la déchéance.

    Damie Chad.

    *

    L'année dernière, pas besoin de remonter aux calendes grecques, c'était il n'y a pas longtemps, au tout début du mois de décembre, nous évoquions Klone et sa très belle version de The Spy des Doors. Dans la cronic nous en venions à parler de la Klonosphère, cette structure issue d'un collectif artistique regroupant Klone, Hacride et Trepalium, créée en 2001. Vingt ans après comme écrivait Alexandre Dumas, plus de cinquante groupes, rock ( pas mal ), metal ( beaucoup ), et pop ( un peu ), gravitent, tels des électrons libres, et à des degrés divers autour de cette structure qui leur propose aides et services. Régulièrement ils mettent quelques combos en promotion ( le mot n'est pas très bon, il sent un peu trop fort la grande distribution ), nous avons été alertés par Lewis qui présente son premier clip, oui mais dessous, il y en avait un autre avec cette inscription, Bee Blue, lorsque le mot blues s'étale devant nous il agit sur notre imaginaire comme le gruyère sur la souris prise au piège, surtout que la vidéo s'étant déclenchée toute seule, une espèce de bruit s'est fait entendre, cela ressemblait à un crissement de pattes d'alligator sur le carrelage de la cuisine. On se serait cru dans une cabane au cœur du bayou, nous n'en étions pas si loin, puisque Uncut est originaire de Poitiers, et qui dit Poitiers dit marais Poitevin. Nous avons voulu en savoir plus sur ce groupe qui se nomme Uncut.

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    La chance sourit aux audacieux. A peine avions-nous risqué le non d'Uncut sur l'ordi qu'il nous envoie immédiatement chez eux, dans leur local de répétition, à Poitiers, tronches intelligentes, belles étagères d'album vinyles, fauteuils confortables, on aperçoit même Jim Morrison dans sa baignoire en arrière plan, on se croirait chez soi, en trois minutes France 3 Nouvelles Aquitaine, nous file une vision du combo en entremêlant à ses images celles d'un clip du groupe, viennent se sortir leur premier EP, et l'album ne tardera pas... L'on suppose que tout cela a dû être plus ou moins malmené par le covid, mais au final, ils ont tracé leur route, sont arrivés à passer entre les gouttes... Donc on écoute

    Alexy Sertillange : vocal and baritone guitar / Enzo Alfano : guitar / Pablo Fathi : drums

    UNCUT

    FROM BLUE

    ( KLONOSPHERE / 10 / 11 / 2019 )

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    Blue eyes lover : un texte un peu macho destroy qui se la joue romantico-ténébreux, par contre pour le bleu, vous avez plusieurs teintes, un clair au début, genre doucement les basses, on clopine grave, le bleu-blues de base, et brutalement ils le foncent à mort, les guitares se font lourdes et la voix devient enragée, vont nous refaire à plusieurs reprises le coup du ripolin à deux prunelles, et chaque fois ils rajoutent du pigment, un coup je le délaye, un coup je vous le beurre-noircise, n'arrêtent pas d'être inventifs, cinquante nuances du bleu en cinq minutes, un morceau tellement bien foutu que ça crève les yeux des amoureux, des amourocks. Belle carte de visite. Sûr, ces mec ne sont pas des bleus. Bee blues : ( + Paul Brousseau : keyboards ) :majesté du riff, la voix qui s'élève, les guitares qui s'égrènent, la batterie qui tamponote, des chœurs qui ululent, et puis la montée progressive, le riff se déploie, un incendie de forêt dans votre âme, car tout se passe dans la tête, ne suffit pas de jouer le riff le plus beau qui soit, faut encore que ceux qui l'écoutent sachent l'habiter, faut qu'il brûle dans leur imagination, qu'il se déchire aux ronces du vocal, ces coups de boutoirs de la batterie, sont-ce les dieux qui frappent à la porte de la réalité, ne vous étonnez pas des brisures, des cassures, Uncut vous refile le riff, c'est à vous de le transformer en or pur... les paroles osmosiquent la musique, elles apportent un plus, autant que chez Led Zeppe, qui lui aussi procédait du blues, de cette mythologie animale des instincts de survie primale. ( Voir le clip sur You tube ). Deandra : ( + Jean Marie Canoville du groupe Howard : vocal ) : le riff se lève sur Deandra comme le soleil sur la ville, comme le sourire sur les lèvres d'une fille sauvage. La batterie sur toutes les étagères des états de l'être, tout le reste autour, le vocal qui commence à moaner puis à bramer tel le cerf au fond du bois et les guitares qui cassent du bois. Coup de folie, ravages collatéraux, la ménagerie de verre se brise. Snake boogie : le boogie du serpent, un truc vieux comme la Bible, l'histoire du désir qui pointe et siffle. Classique, l'on en profite pour réfléchir à ces temps abrupts de silence qui essaiment dans les morceaux de Uncut, l'instant de se demander comment ils font pour ne pas rompre la force de l'avalanche sonore. Ces gars maîtrisent un max. Blue eyes lover : la preuve, vous pourriez penser qu'avec le volume vous écrasez les détails, alors ils vous refont deux morceaux en acoustique. Pas de tricherie possible. Vous pouvez suivre les pointillés de la guitare, et profiter des dénivelés. Que reste-t-il de votre ampoule lorsque vous la privez d'électricité. L'expérience d'Uncut s'avère positive, elle éclaire tout autant. Bee blues : celui-ci aussi privé de courant et en live comme le précédent. Plus près de l'early blues, peut-être plus beau, plus inquiétant, davantage ramassé tel le serpent sur lequel vous avez marché et qui s'apprête à vous mordre pour vous punir de vivre, une chose que vous savez mal faire. Murmures ululés tout doux, ou brandis tels des brandons de braise folle. Gold digger woman : leur première démo, pour plus tard, pour se rappeler d'où ils sont partis. Déjà Uncut mais pas encore eux-mêmes, trop de citations, un condensé de ce que les autres qui les ont précédés ont mis au point. Toutefois l'on pressentait que les élèves parleraient bientôt d'égal à égal avec les maîtres.

    Pour ceux qui auraient bêtement cru ( j'en fis partie ) que From blue signifiait qu'ils venaient du blues, ce qui n'est pas faux, le titre de l'album qui suit, tout simplement, Blue, ouvre une autre porte, montre que le groupe possédait un coup d'avance, sortait un EP en pensant déjà qu'ils amassaient les pierres d'assise de leur prochain opus.

     

    UNCUT

    BLUE

    ( Novembre 2020 )

    Si le feuillage dionysiaque qui couronnait la tête de nos trois riffeurs sur le premier EP nous renvoyait à une antique mythologie, la couve de l'album procède d'un autre mythos beaucoup plus récent, celui du farwest, Uncut veut-il nous signifier de faire gaffe, qu'ils sont armés, qu'ils ne sont pas uncolt...

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    Family blues : un riff qui rebondit comme sur un billard à douze bandes, et Sertillange qui murmure puis plante ses éclats de voix dans vos oreilles, ne suffit pas d'avoir le blues dans la vie, ce n'est qu'un début, débrouillez-vous pour en faire quelque chose, c'est comme le blues, vous l'asseyez sur une chaise électrique et il fait des étincelles à n'en plus finir. Le morceau en est la preuve évidente. Paul Brousseau et son orgue vous le soulignent au gros feutre rouge dans la cavalcade finale. Highway to Cagne : ça démarre sur les chapeaux de roue, et ça file sec, le combo a le diable au cul – on le rencontre sur toutes les highways to hell du monde – des accélérés de guitare à vous suicider pour en finir au plus vite, Alexy vous hache les mots à l'abordage, un stoner du tonnerre qui court plus vite que son ombre, sur la fin vous n'aboutissez pas, vous emboutissez la violence du rock'n'roll. Deandra : ( + Jean Marie Canoville : au vocal ) : repris de From Blue. Blue eyes lover : repris de From Blue. Bee blues : repris de From Blue. Small steps : intro barytonique et sonore, le riff s'est arrondi, écho sur les voix, celle du dessus, et celles du dessous, la beauté du morceau repose sur la splendeur des sonorités, étrangement le riff est ici moins découpé que sur les autres titres, mais la brillance de l'instrument évoque beaucoup plus le Dirigeable. Idem pour ces écartèlements de notes finales. Snake boogie : repris de From Blue. Display : blues un jour, blues toujours, Sertillange vous prend sa voix la plus cruellement incisive, l'on dirait qu'il sonde la plaie de son âme avec de gros doigts sales, les guitares pleurnichent des accords pour affirmer leur désaccords et l'on monte sur les hauts chevaux du drame, c'est le grand jeu, le drummin' rebondit sur le tronc d'un arbre plus dur que du fer, et l'on entre dans le grand tohu-bohu des passions humaines qui se déchaînent sans répit à la la manière de tronçonneuses dont vous avez perdu le contrôle. Diplodocus : quand on joue à jeu égal avec les dinosaures des ères précédentes, ne soyez pas étonnés de cette arrivée diplodocusive, musique lourde, qui écrase tout sur son passage Sertillange cornaque le monstre de sa voix, c'est sans surprise, mais quel beau spécimen de l'ère jurassique. Un fossile digne des plus grands musées. Mais attention, sur la fin vous avez des toussotements éruptifs et covidiques de saxophone initiés par Pierre Renaud... Le monstre ne serait-il pas en train de s'éveiller ? The trap : long morceau de plus de huit minutes, des larmes qui tombent bientôt recouvertes par d'autres larmes, la voix ne chante pas, elle parle, frissons de cymbales et l'on repart, pas plus fort, plus aigu, plus clairement pointu comme la souffrance qui s'insinue en l'esprit des petites filles dont le papa est mort à la guerre et dont la maman ne survivra pas, alors le murmure devient cri et le blues éclate comme une grenade à l'intérieur de votre tête et communique le feu au monde entier, gouttes de rosée lacrymale pour éteindre l'incendie, le lac débordera, l'orgue de Paul ride la surface salée de l'océan qui déferle et recouvre le monde'univers. Le blues gémit et se tord de douleur. L'est comme un serpent qui se hisse sur l'arbre de Dieu, l'on n'entend plus que le sifflement de ses écailles. L'on ne sait pas lequel aura tué l'autre.

    Uncut fait partie des grands.

    Damie Chad.

     

    STEPPENWOLF

    7

    ( Dunhill Records / Novembre 1970 )

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    La pochette est créditée à Tom Gundelfinger. L'on remarquera que le Live de 1970 offrait au dos sa couve, une fantomatique tête de mort blanchâtre perdue dans un noir absolu, dont les yeux vides vous fixaient étrangement. Etait-ce une simple vanité pour rappeler aux fans de base que nous sommes tous mortels, même les loups issus des steppes de nos désirs, nous ne savons pas, la mort qui ne dit rien interroge toujours les vivants. Un an plus tard sur la pochette de leur second live sorti en octobre 1971, le Grateful Dead nous offrira une sardonique couronne mortuaire à son effigie. Mais sur cette pochette la mise en scène est beaucoup plus grandiose. Deux gigantesques têtes de mort se regardent. L'on ne peut pas dire que tout comme les augures de l'antique Rome ne pouvaient se voir sans éclater de rire nos deux chefs de squelettes incitent à l'humour noir. La pochette est sculpturale, le paysage stérile et la mer immobile sur lesquelles elles reposent évoquent un paysage post-atomique, quant à la photographie du groupe, d'un bleu-vert cadavérique au milieu d'étranges protubérances de lichen végétatifs elle servirait très bien de jaquette au Précis de Décomposition d'Emil Cioran.

    Le 7 de Steppenwolf n'eut pas le succès escompté. Le Loup était peut-être trop en avance. Cinquante ans plus tard l'on ne compte plus les disques de groupes de hard et de metal qui ont emprunté et galvaudé le thème des têtes de mort sur leurs pochettes. Quant au logo de Guns N' Roses formé par Axel Roses, il adopte la forme de la forme de couronne mortuaire du live du Grateful dead, titré Skull and Roses...

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    Changement de décor à l'intérieur du gatefold. L'on retrouve les membres du Loup dans les ocres sables d'un désert impitoyable qui se font face, tels deux tribus qui s'affrontent, déguisés en guerrier improbables qui évoquent autant les peaux-rouges d'Amérique que les cataphractaires perses ou les hordes préhistoriques. Mais ce n'est pas fini, au dos de la pochette, surgissent, plantées, les longues jambes d'un cowboy – une attitude qui rappelle celle de John Kay sur les photos du groupe – pas plus haut que les talons de ses bottes, à ses pieds le groupe ressemble à un peuple de liliputiens. Chacun interprètera cet artwork à sa guise, serait-ce une vision glaçante et pessimiste de l'Humanité qui depuis des millénaires passe son temps à se battre pour finir par mourir, ou alors Tom Gundelfinger qui apparaît au bout de la photographie en minuscule David opposé au géant Goliath en un duel que l'on ne saurait qualifier de mortel car il tient, non pas un revolver, non pas une fronde, mais un appareil photo, preuve que ne subsistent que ceux qu'un artiste par son art a immortalisés.

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    John Kay : lead vocal, rhythm guitar, harmonica / Larry Byrom : lead guitar / Goldy McJohn : organ, piano / George Biondo : bass / Jerry Edmonton : drums

    Ball crusher : ce Byrom à la gratte c'est vraiment un lord. Le Loup n'a jamais été aussi au point, tiré d'équerre, rien ne dépasse et tout est plénitude. S'en sont rendu compte car sur les quatre minutes il y en a deux réservées en fin de route à l'orchestration. Tout commentaire serait superflu. Pour les paroles, cela m'étonnerait qu'à l'époque ils aient reçu les félicitation du MLF, aujourd'hui seraient cloués au pilori. Forty days and forty night : se rattrapent aux petites branches, le Kay chiale comme une madeleine puisque sa baby a fichu le camp depuis quarante jours, genre d'aventure qui est déjà arrivé à Muddy Waters, il ne faut jamais se couper de ses racines alors le Loup bleu plonge dedans comme aux grands jours de Chicago, Kay vous mord à la gueule, Jerry tapote méchant, un harmo porc-épic déchire, tout bouge dans le bouge, essayez de suivre vous deviendrez rouge de honte, car le Loup il ramone grave dans l'authenticité. Le vieux tube de Bernie Roth reprend un coup de jeune. Fat Jack : Chez le Loup on ne tire pas la gueule aux nouveaux arrivants, George Biondo ne peut pas se plaindre, non seulement il compose et il joue de la basse - l'a été embauché pour remplacer Nick Saint Nickolas - mais il se charge aussi du micro. Longue intro pour lui permettre de se lancer, l'on a mixé sa basse tout devant, et il assure, la voix un peu plus pointue que celle de Kay, mais les autres l'enveloppent comme s'ils avaient à déménager la Vénus de Milo, c'est charnu et plein jus, le fat man y perdra sa graisse de patron rondouillard, vous le font tourner en bourrique et tout le monde applaudit. On adore comme ils conduisent sans respecter les limitations de vitesse, ni les feux rouges. Renegade : un des morceaux les plus célèbres du Loup, Kay l'allemand raconte son évasion, son passage de la ligne, de l'Est vers l'Ouest. Car lui et sa mère sont des renégats qui quittent le paradis communiste pour l'enfer capitaliste ( ce qu'il y a de terrible c'est que si vous écrivez qu'ils échangent l'enfer communiste pour le paradis capitaliste, ça ne sonne pas plus rassurant ), certes il ouvre la bouche bien fort et vous découpe les vocables au chalumeau, mais il ne chante pas bien longtemps, laisse la musique parler à sa place et le Loup épouse sa colère, la fait sienne, l'endosse, les notes prennent l'ampleur des mots de Morrison et le flot orchestral devient plus puissant que celui des Doors. La voix de Kay se teinte de fiel et d'ironie. Lorsque le morceau se termine vous avez l'impression d'avoir passé la ligne, d'être un survivant à votre propre histoire. Foggy mental breakdown : retour au blues, après la claque de Renegade qui terminait la face précédente, où pourriez-vous vous retrouver sinon là. Kay et George se partagent le vocal, pas tout à fait dans le jeu originel question / réponse qui structure l'originélité du blues, mais à la manière du binôme des chevaux de tête qui s'entendent et s'entraident pour tirer la diligence encore plus vite, est-ce pour cela que l'harmonica vous colorise et vous countryse l'ambiance, toujours est-il que l'on se laisse transporter par ce tapis volant équipé d'un turbo surdimensionné. Snowblind friend : Kay ne lâche pas son combat contre les drogues dures, de Toyt Axton il avait donné une version démentielle du Pusher, texte anti-dealer, ici il évoque les ravages de l'héroïne, ce morceau ne suit pas par hasard le précédent qui évoquait le brouillard qui s'installe dans votre âme soumise à un coup dur, ce n'est pas une raison pour se laisser tenter par les enfers artificiels semble-t-il nous dire. Guitare acoustique, une ballade pour un ami mort, mais la voix qui se fait douce accuse tout autant que des cris comminatoires. L'âme country de l'Amérique dans cette berceuse qui arrive trop tard. Détone un peu dans l'album jusque là très électrique, mais résonne bien. Who needs Ya : retour à l'électricité, ça fume de tous les côtés, l'on ne quitte pas la mystique country, le gars qui se fait foutre dehors par sa chérie mais qui tient un discours sans fêlure, se mettent à deux – George et Kay - pour les invectives, le morceau roule tout seul, peut-être trop, heureusement qu'à la fin il y a ces touches de piano qui tombent comme des petits pois que vous êtes en train d'écosser et qui ricochent dans la passoire de la dureté du monde. Earschplittenloudenboomer : tradition Steppenwolf, un instrumental, Kay parle en Allemand ( le titre avec ses mots-valise collés l'un à l'autre le laissait prévoir, je ne connais pas la langue de Goethe mais en faisant court cela a l'air de signifier : super-casse-oreille ) alors que le disque n'a pas commencé. Pas vraiment génial, et ses cuivres qui s'en viennent rompre l'ambiance de l'album sont même désagréables. Hippo stomp : la chanson de l'hippopotame, trop gravement humoristique pour être un blues. Une fable sur le comportement humain. Un peu trop didactique, Kay y prend plaisir, nous un peu moins, l'impact sonore sauve le morceau qui s'améliore sur la fin. Gagne à être réécouté, l'est rempli de subtilité. Si les trois derniers morceaux de l'album sont un peu plus faibles que les précédents, le disque en son entier reste solide et vaut le détour.

    Damie Chad.

     

    XVII

    ROCKAMBOLESQUES

    LES DOSSIERS SECRETS DU SSR

    ( Services secrets du rock 'n' rOll )

    L'AFFAIRE DU CORONADO-VIRUS

    Cette nouvelle est dédiée à Vince Rogers.

    Lecteurs, ne posez pas de questions,

    Voici quelques précisions

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    Les filles se révélèrent d'un grand secours. Le Chef et moi-même les attendions prudemment à l'écart dans la voiture, à l'entrée ou à la sortie du village. Charline et Charlotte se chargeaient du ravitaillement dans les épiceries ou les boulangeries locales, tellement mignonnes, souriantes et polies que nul vendeur ne se méfiait d'elles et quand elles s'éloignaient les sacs débordants de victuailles personne ne songeait à leur demander d'où elles venaient, où elles allaient. Vite, elles nous rejoignaient, et je démarrais la vieille deutchole cahotante et nous reprenions notre périple par les routes secondaires et les chemins vicinaux. C'est que les nouvelles dispensées par l'auto-radio n'étaient pas bonnes. Nous étions recherchés, les reporters se rendaient sur les barrages établis par la gendarmerie dans l'espoir d'assister en direct à notre arrestation. Le Chef haussait les épaules et allumait un Coronado.

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    Nous mîmes quinze jours pour arriver près de Nice. Il était temps. Malgré nos chapeaux de paille et nos chemises hawaïennes lorsque nous croisions le citoyen de base sur la route l'on nous décochait des regards furibards. Ce n'est pas que l'on nous reconnaissait mais nos allures décontractées de vacanciers insouciants semblaient ulcérer les gens. Rien n'y faisait, même pas l'attitude pudique qu'adoptaient désormais nos deux passagères. Molossa et Molossito dument chapitrés se terraient sous les sièges, les filles avaient ramené un journal sur laquelle leur photo occupait la première page barrée de la mention '' Chiens Enragés''.

    Ce n'était pas le plus grave. Le troisième jour, apparurent les premiers masques, à chaque flash d'information, l'on annonçait le nombre des morts. Le coronado-virus était devenu l'ennemi N° 1. A chaque fois pour nous remonter le moral le Chef allumait un Coronado. Et nous éclations de rire comme des tordus.

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      • Agent Théodule, l'on s'arrêtera à la Théoule, à la villa des Trois Pins, ordonna le Chef

      • Je croyais que l'on allait à Nice s'exclama Charlotte

      • Trop dangereux ma chérie, Vince Rogers nous attend, il nous a préparé une base secrète depuis laquelle le SSR lancera sa contre-attaque

      • Mais comment sait-il que nous arrivons ?

      • Lorsque je lui ai rendu visite au début de la sombre affaire de l'homme à deux mains, nous avions convenu d'une cache cryptique au cas où... Agent Chad, ce prénom de Théodule vous sied à merveille, qu'en pensez-vous Charline, tournez à gauche, cette bâtisse esseulée sur sa colline, klaxonnez deux fois devant le portail, pas trop fort toutefois, restons discret !

    Le large vantail s'ouvrit pour nous laisser passer et se refermer aussitôt, à peine l'avions-nous franchi que les filles poussèrent des cris de joie en apercevant la vaste piscine. Molossa et Molossito entamèrent une poursuite effrénée entre les massifs du jardin. Vince Rogers nous attendait le sourire aux lèvres.

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    Le repas avait été copieux mais dès que le café fut servi, le conseil de guerre commença :

      • Nous avons quatre problématiques à résoudre exposa le Chef, la première est d'une facilité déconcertante. Il est clair comme de l'eau de roche que tout ce cirque médiatique autour du coronado-virus n'est qu'un prétexte pour se débarrasser définitivement du SSR. L'Elysée profite d'une manifestation épiphénoménale et habituelle d'un épisode grippal pour nous accuser. Les autres pays lui emboîtent le pas, il vaut mieux que le foyer infectieux originel soit en France que chez eux. J'aimerais maintenant que Vince Rogers nous éclaire un tant soit peu sur l'affaire Eddie Crescendo.

      • J'ai beaucoup réfléchi sur le cas Eddie Crescendo. Le destin de ce malheureux, il y a perdu la vie – les filles frissonnèrent de peur – n'est que l'arbre qui cache la forêt. Celle des Réplicants – les filles blêmirent – je suis persuadé que Crescendo s'apprêtait à révéler l'existence des Réplicants, c'est pour cela qu'il a été tué.

      • Les Réplicants sont très méchants l'interrompit Charline

      • Pas du tout, reprit Vince Rogers, ce ne sont pas les Réplicants qui ont fait disparaître Crescendo.

      • Ce sont des extraterrestres qui ont fait le coup assura Charlotte avec un tel aplomb que l'on aurait pu croire qu'elle avait assisté à la scène.

      • Pas tout à fait, répartit Vince, les extraterrestres se moquent de nous, peuvent survoler notre planète de temps en temps, vous avez vu les images de mon film, d'après ce que j'ai compris, au cas où un jour, peut-être dans dix mille ans, ils auraient besoin de notre monde, ils l'ont infiltré avec des Réplicants. Les Réplicants ne sont pas des êtres vivants mais des machines fabriquées à notre ressemblance.

      • Les extraterrestres ont donc ordonné aux Réplicants de faire disparaître Crescendo qui avait découvert leur présence conclut Charline qui aimait bien avoir toujours le dernier mot, c'était là son moindre défaut !

      • Pendant longtemps je l'ai cru, répondit Vince, mais si vous repensez à tous les évènements qui se sont déroulés depuis le début de l'affaire, vous vous apercevez, que quand les Réplicants entrent en jeu, la police n'est jamais loin comme par hasard. Non, voici mes déductions : l'Elysée a passé un accord secret avec les Réplicants, la machine s'est enrayée deux fois, voici quelques années quand Eddie Crescendo a décidé d'avertir, preuves à l'appui, les manigances qui relèvent de la haute trahison au plus haut sommet de l'Etat, et dernièrement quand Alfred le facteur censé espionné le SSR s'est pris d'une passion immodérée pour le rock'n'roll !

      • J'irai jusqu'à dire, cher Vince que tes hypothèses convergent avec les miennes – le Chef prit le temps d'allumer un Coronado – si l'Elysée veut anéantir le SSR, c'est parce qu'il connaît l'attrait d'Alfred pour le rock'n'roll, ils l'ont fait abattre croyant s'en débarrasser, mais les Réplicants sont des machines qui sont capables de s'auto-réparer. A force de vivre avec les humains, et de les imiter pour se fondre dans la masse, les Réplicants ont intégré dans leurs circuits nos habitudes, ils se sont assimilés, pensez à Thérèse la copine d'Alfred qui s'est pris d'amour pour Jean-Pierre !

      • Comme c'est romantique ! s'écrièrent en même temps Charline et Charlotte.

      • Sans aucun doute, mais le SSR ne peut vivre uniquement d'amour et d'eau fraîche, dès demain matin, le SSR se met en chasse, un seul but, neutraliser la tête pensante de ce micmac intolérable, une seule cible l'Elysée !

    Les filles en béaient d'admiration.

      • Sommes-nous assez nombreux, hasarda timidement Charlotte

      • Peuf ! – un nuage de fumée s'éleva du Coronado – si je compte autour de cette table, nous sommes cinq, c'est au moins quatre de trop, déclara péremptoirement le Chef, ayez confiance en moi pour établir le plan idoine et adéquat suffisant pour éliminer ce minuscule problème !

      • Super, on veut en être, s'écrièrent les filles tout excitées.

      • Vous en serez, affirma Vince, mais avant il faudra en finir avec les deux tentacules les plus noirs et les plus mystérieux qui s'en prennent à nous. Mes demoiselles, la mise à néant de l'Elysée, un jeu d'enfant, du pipi de chat, de la roupie de sansonnet, mais au début du conseil nous avons signalé quatre problématiques, et il nous reste à traiter des deux plus difficiles...

      • Ouah ! Ouah ! Ouah ! Ouah !, Molossa et Molossito tournaient comme des fous autour de la table en aboyant sauvagement, et en grognant si fort que l'on croyait entendre le tonnerre...

      • Voilà, demoiselles – tout le monde remarqua que le Coronado du Chef s'était éteint tout seul – nos chiens féroces et fidèles en savent plus que nous sur la nature du danger...

    ( A suivre... ).

  • CHRONIQUES DE POURPRE 436: KR'TNT ! 436 : ANDRE WILLIAMS / MICK HARVEY / ROCKABILLY GENERATION NEWS / AMN'ZIK / HOWLIN' JAWS / IDHAÏ ÔM / REDHOT TRIO / THE RED RIDING / THE RED RIDING

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 436

    A ROCKLIT PRODUCTION

    FB : KR'TNT KR'TNT

    31 / 10 / 2019

     

    ANDRE WILLIAMS / MICK HARVEY

    ROCKABILLY GENERATION NEWS / AMN'ZIK

    HOWLIN' JAWS / IDHAÏ ÔM / REDHOT TRIO

    THE RED RIDING / TONY MARLOW

     

    Dédé la praline - Part Two

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    De tous les grands artistes noirs des Amériques, Andre Williams est l’un des rares qui ait su opérer ce qu’on pourrait appeler le cross-over. Il laisse à la postérité une œuvre complète qui couvre avec un égal bonheur le R&B, le doo-wop, la country, la Soul et le garage. Quelle que fut l’époque, Andre Williams sut rester hot et tous ceux qui eurent le privilège de le voir sur scène gardent de ses shows un souvenir lumineux. Il sut se montrer aussi charismatique que Screamin’ Jay Hawkins, aussi singulier que Captain Beefheart, aussi décisif que Mick Collins avec lequel il s’entendait d’ailleurs très bien.

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    Andre Williams parle très bien de lui dans un long texte intitulé «The true story of Andre Williams in his own words». Il explique par exemple que depuis sa plus tendre enfance, il a appris à se protéger du bullshit - I’ve always been clever and knew how to stay out of bullshit - Il est en partie élevé par son grand-père en Alabama puis il rejoint son père qui travaille dans une aciérie de Chicago. Pour éviter la maison de correction, il s’engage dans la Navy à 15 ans en se faisant passer pour son frère, et quand l’arnaque est découverte, il passe en cour martiale et se prend dans la barbe une pige de pénitencier. Il débarque ensuite à Detroit, invité par un copain de la Navy et tombe par hasard sur un Talent Show. Il s’inscrit et gagne le concours. C’est là qu’il devient Mr Rhythm et qu’il signe un contrat avec Fortune Records en 1955, à l’âge de 19 ans. Il enregistre son premier Fortune single, «Going Down To Tijuana», en hommage aux Coasters qu’il admire. Les patrons de Fortune aiment bien Dédé - They were always very good to me - Et puis bien sûr, il y a Nolan Strong - Nolan Strong was The Motherfucker, man - et il ajoute : «If there was no Nolan there wouldn’t be no Smokey Robinson, no basic Detroit sound.» Il dit qu’il aimerait bien pouvoir chanter «The Way You Dog Me Around», mais c’est trop haut. Il réussira quand même à la chanter sur son dernier album, Don’t Ever Give Up.

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    S’il fallait choisir un album dans sa discographie, ça pourrait bien être le fameux Silky enregistré en 1998 avec Mick Collins et Dan Kroha, un album qu’on appelle aussi l’album de la main au cul. Retournez la pochette et vous tomberez sur un Dédé la praline souriant, sapé comme un milord, et c’est ce mec qu’on prendrait pour un crooner qui va sonner les cloches du pauvre Detroit Sound qui ne demandait rien à personne, bing bong, et ce dès l’effarance métallique d’«Agile Mobile & Hostile». Mick Collins y taille des tortillettes dans la matière du groove, et tenez-vous bien, ce fabuleux drive est monté sur un simple riff garage. On reste l’effervescence maximaliste avec «I Wanna Be Your Favorite Pair Of Pajamas», tout aussi vivace et coriace, très toxique. On peut dire de Dédé et de Mick Collins que les deux font la paire. Le troisième coup de Jarnac silky se trouve en B : «Car With The Star». On croirait entendre les Gories, derrière ça joue un peu comme Chuck, à la grosse attaque. Quelle belle leçon de maintien ! Franchement Dédé ne saurait imaginer de meilleur backing-band. N’oublions pas l’excellent «Bring Me Back My Car Unstripped» quasi battu aux tambours du Bronx. Forcément, ça sonne encore comme un cut des Gories. C’est aussi sur cet album qu’on trouve le fameux «Let Me Put It In» d’un niveau égal aux grandes heures de Screamin’ Jay Hawkins. Baby, baby ! Dédé met le paquet, il explose de désir orgasmique en mille morceaux.

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    L’autre grand album classique d’Andre Williams est bien sûr Black Godfather paru en l’an 2000. Quel album ! Il va tout seul sur l’île déserte. Toute la crème de la crème du gratin dauphinois s’est invitée sur cet album, à commencer par Jon Spencer qui fait l’intro et qui embraye sur le morceau titre - Andre Williams ! Godfather ! - Les trois JSBX scandent Godfather sur un énorme groove urbain et Jon Spencer passe un coup de vrille histoire de créer un peu d’hystérie. Mick Collins est aussi de la partie, cette fois avec les Dirtbombs. Véritable coup de génie que ce «Watcha Gonna Do» - I sure did love you - et soudain Mick Collins part en vrille de fuzz ultraïque. Les Dirtbombs resteront les rois de la clameur sonique jusqu’à la fin des temps. On assiste à une violente montée de fièvre, ce diable de Dédé sait rocker l’os du genou. On retrouve les Dirtbombs en B sur «You Got It And I Want It», un vieux hit du Dédé d’avant. Quelle pétaudière ! Pat Pantano bat ça comme plâtre. On peut dire qu’à Detroit ils savent battre. Et Dédé se jette dans la bataille avec un héroïsme surnaturel. L’autre hit du disk est le fameux «The Dealer The Peeler And The Stealer». Ce sont les Compulsive Gamblers qui accompagnent Dédé sur ce coup-là - Just take my money honey - Jack et Greg montent un coup de transe hypno qui va rester dans les annales. La quatrième équipe invitée sur cet album, ce sont les Countdowns de Brian Waters qui deviendront plus tard Flash Express. Ils accompagnent Dédé sur l’excellent «Freak Blues» joué à l’extrême intensité du beat palpitant, ça pulse au long cours et soudain ça explose avec un Dédé qui part comme une fusée, alors que Steve McKay passe un solo de free digne de «Fun House». Brian Waters monte aussi un coup extraordinaire de fast groove dans «Montana Slim» - Well here is a guy way down Montana - Dédé part en jive et le solo de Brian Waters sonne comme un solo de kazoo. Dédé finit son cut à la folie pure, au chat perché explosif. À l’époque, il a traumatisé pas mal de gens avec cet album.

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    Les deux autres albums d’Andre Williams absolument indispensables sont Red Dirt et Bait And Switch. Red Dirt, car c’est l’album d’une certaine ‘nostalgie’, celle d’un temps où Dédé bambin voyageait à bord du camion qui l’emmenait et qui le ramenait des champs. Gamin, il vivait en Alabama et travaillait aux champs, comme des centaines de milliers d’autres petits nègres de sa génération - I was born in Bessemer, Alabama, so I have never had it easy, but thanks to Hank Williams, Waylon Jennings, Patsy Cline, Hank Snow and other great recording artists, I was able to survive the hot sun. (...) I love country music and will always keep it in my heart - Il tape «Weapons Of Mass Destruction» sur un groove à la Dealer, mais dans un environnement country et finit au joli chat perché de la désaille. Sur cet album, il est accompagné par les excellents Sadies. «I’m An Old Man» sonne comme un gros shoot d’Americana joué dans une ambiance de saloon. Le «Psycho» qu’on trouve ici n’est pas celui des Sonics, mais un fantastique balladif d’ambiance Sady - Oh mama/ Why don’t you wkae up - Il termine avec l’excellent «My Sister Stole My Woman» et les Sadies chargent la barque, on peut leur faire confiance. C’est aussi sur cet album qu’on trouve une magistrale version de «Busted» popularisé par Ray Charles dans le monde et par Schmoll en France. Dédé lui administre un shoot de grosse intensité dramatique.

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    Bait And Switch, c’est le versant Norton d’Andre Williams, un label qui non seulement défendait ses artistes comme certains libraires défendent des auteurs, mais qui s’est aussi arrangé pour que ces albums - ceux d’Andre Williams comme ceux d’Hazil Adkins ou de Rudy Ray Moore - deviennent légendaires. L’album grouille littéralement d’énormités à commencer par le «Detroit Michigan» d’ouverture de bal. Matt Verta-Ray gratte sa gratte et derrière Dédé, les Four Dollars swinguent de doo du wop. Stupéfiant ! Il duette ensuite avec Rudy Ray Moore sur «I Ain’t Guilty». C’est le duo mythique de Norton. En B, on en trouve un autre : Dédé et Ronnie Spector qui swinguent le vieux «It’s Gonna Work Out Fine» d’Ike Turner. Hit idéal, et d’autant plus idéal qu’il est servi par deux des interprètes les plus âprement géniaux de leur temps. Tiens encore un duo d’enfer avec the Mighty Hannibal pour «Put That Skillet Away». Admirable balladif saxé de frais et joué avec la pire des nonchalances. C’est Marcus The Carcass, le bassman des A-Bones, qu’on entend chevaucher le dragon de «Sting It Bang It And Give It Cab Fare Home». Nous ne sommes pas au bout de nos surprises car Robert Quine fait son apparition dans «Head First». Tous ces invités prestigieux finissent par donner à Bait And Switch un aspect surréaliste.

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    Norton avait déjà commencé à tenter le diable avec Greasy, l’album de la résurrection d’un Dédé qu’on croyait définitivement perdu, car il était à la rue. On tenait à l’époque cet album pour mythique, rien que par la présence de Dick Taylor. On l’entend riffer derrière Dédé dans «Daddy Rolling Stone». C’est un peu comme si on entendait deux mauvaises graines monter un coup. Le vieux Dick refait des siennes dans «Back To Tijuana». Il s’y fend d’un beau solo et gratte des accords à la tagada mexicana. Dédé renoue avec son vieux doo-wop dans «I’m So High». Les El Dorados swinguent bien le bop. En B, Dédé s’en va faire son Screamin’ Jay Hawkins avec «The Bells», ça se termine en mode doo-wop avec des cloches. En prime, Dédé chiale comme une madeleine. Il nous swingue ensuite un groove de comedy act intitulé «Mother Fuyer». Il chante ça du coin de la bouche avec une chaleur virile de vieux séducteur. Quel artiste ! Puis il passe naturellement au heavy blues saturé d’harmo avec «Put A Chain On It» et Dick Taylor rehausse le tout d’un très beau solo. On appelle ça une conjonction de talents. En fin de cut, Dédé s’énerve à coups de shit your mouth. Il n’a rien perdu de sa vigueur. D’ailleurs, on voit sur la photo de pochette qu’il rayonne de bonne santé.

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    L’autre grand label défendeur d’Andre Williams, c’est Bloodshot, basé à Chicago. Disons que Can You Deal With It ?, That’s All I Need, Hoods And Shades et I Wanna Go Back To Detroit City constituent la période ‘classique’ d’Andre Williams. Ces quatre albums correspondent en gros à la période où Dédé tournait pas mal en France. Des quatre, le Can You Deal With It ? enregistré à la Nouvelle Orleans est le plus dense. On y retrouve Monsieur Quintron à l’orgue. Dès le morceau titre d’ouverture de bal, big Dédé pique l’une de ces belles crises de power surge dont il a le secret et une certaine Romana King envoie les yeah ! Il fait ensuite un joli duo avec elle et ça donne un très beau groove de la Nouvelle Orleans digne de Marie Lavaux. Avec «Pray For Your Daughter», Dédé nous propose un joli singalong de bon aloi graissé aux renvois de chœurs à la ramasse de la rascasse. Cet album est littéralement hanté par des riffs d’orgue. Nouveau coup de power surnaturel dans «If You Leave Me». En fin de B, deux autres grooves magiques guettent l’imprudent voyageur : «Your Woman» doté du pulsatif africain de la Cité de la Mort, et «Can’t Take ‘Em Off». Le groove magique lui va à ravir.

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    Les trois autres albums Bloodshot ont pour particularité d’être produits par Matthew Smith, le mec d’Outrageous Cherry qui produisit Nathaniel Mayer à la fin de sa vie. Sur That’s All I Need, on croise aussi des gens comme Dennis Coffey et Troy Gregory. Pas étonnant qu’un cut comme «America» sonne comme un classique du Detroit Sound. «Just Call Me» rappelle le «White Dress» de Nathaniel Mayer. Pas surprenant, car c’est un son typique de Matthew Smith. Excellent groove de Call me babe. Mais tous les cuts ne sont pas forcément renversants. Le morceau titre qui ouvre le bal de la B est une sorte de confession. Dédé avoue qu’il n’a pas besoin de grand chose, au fond - I don’t need much - Il lui suffit juste de garder la tête hors de l’eau - Just one step abve poverty/ Just enough to survive - C’est un album très intimiste, en vérité. On sent une sorte de proximité. Il fait un peu de funk avec «There Ain’t No Such Thing As Good Dope» et termine avec les confessions d’«Amends» - I love my gal ?/ No no no...

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    On retrouve quasiment le même son sur Hoods And Shades. Jim Diamond et Dennis Coffey jouent sur l’excellent «Dirt». Coffey passe un solo d’acou qui laisse coi. Ces deux grands guitaristes de Detroit que sont Coffey et Smith se partagent le gâteau. Derrière Dédé, ça joue plus que de raison. Sacré coup de funky business que cet «I’ve Got Money On My Mind» co-écrit par Dennis Coffey. On sent bien le vétéran de toutes les guerres à l’œuvre dans ces descentes de paliers superbes. On a même un morceau titre joué au groove d’acou, très ambiancier. En B, on trouve deux hommages : à Tony Joe White» avec «Mojo Hannah» et à Swamp Dogg avec «Swamp Dogg’s Hot Spot», mais rien n’est moins sûr, car Dédé nous rappe l’histoire d’un Swamp Dogg qui n’est pas forcément celui qu’on croit.

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    On note aussi que les albums Bloodshot sont beaucoup moins denses que ceux de la période Norton ou In The Red. Dan Kroha refait son apparition sur I Wanna Go Back To Detroit City. Sweet et Kroha tapent «Times» au slow groove de Detroit, sans fournir le moindre effort. Dédé fait son boogaloo avec «Meet Me At The Graveyard». Oui, ça sent un peu la fin. Cet album est en fait l’avant dernier de sa longue carrière. Le seul cut qui sort du lot est celui qui ouvre la B, «Detroit (I’m So Glad I Stayed)». Dédé screame à la voix blanche sur un admirable retour de stomp. Derrière, tout le monde fait les chœurs. On sent une grosse ambiance compatissante. C’est le dernier raout du vieux Dédé. Il règle ses comptes dans «Hall Of Fame» - I’ve spent time in jail/ I’ll never be invited in the Hall of Fame/ But still consider myself a winner - Et il ajoute le bouleversant «And this coming from the heart of Andre/ Kiss off !» On entend encore Dennis Coffey jouer de l’acou derrière Dédé dans «I Don’t Like You No More», et puis voilà, on peut ranger l’album.

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    Live ? Oui, il existe deux albums et on peut y aller les yeux fermés : Hot As Hell avec les Sadies et Live At The World Famous Vera Club avec Green Hornet. On y retrouve sensiblement les mêmes cuts, du style «Car With The Star». Avec les Sadies, ça tourne à la pointe de vitesse, et avec l’Hornet Olaf, ça vire un big mish-mash - I’m a bad motherfucker - Du style «Agile Mobile Hostile», joué au heavy beat garage avec les Sadies et gratté sec avec l’Hornet, mais on est loin de Mick Collins. Du style «I Wanna Be Your Favorite Pair Of Pajamas», embarqué au beat du diable par les Sadies et tapé au shuffle de garage apoplectique par l’Hornet.

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    Côté Sadies, on trouve une fantastique version de «She’s Alright». Les frères Good mettent le paquet, poussant la musicalité du backing dans les orties avec un violon. Côté Hornet, on trouve une excellente version de «You Got It And I Want It», du big Dédé Stuff travaillé au son sec. Ils terminent avec un «Hallelujah» qui frise le Dealer, car ça joue au claqué de riff raff et ça relance à la sévère, avec un big shuffle d’orgue à la Brian Auger, ah comme c’est bon !

    Côté albums ‘classiques’, on peut en citer encore trois, sortis sur les labels différents : Aphrodisiac, paru en 2006, Night And Day en 2012 et Life la même année.

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    Pas de hits sur Aphrodisiac, mais du son. On sent le souffle dès «Hold Up» - What’s my name ? et les chœurs font : Andre Williams ! - Les mecs s’amusent bien derrière Dédé. Il enchaîne avec «Do You remember», un groove joyeux emmené à l’orgue d’allure joviale. Ils tapent là dans une sorte de Samba pa ti. Dédé adore chalouper joue contre joue. C’est un album qui laissait indifférent à la première écoute et qui se réécoute avec un réel plaisir. «I’m Not Worthy» sonne comme un groove tentateur et ça sonne presque carribéen. Puis il tape son «Prove It To Me» au groove de forcené, oh I try, but you just don’t understand, les filles sont folles, show me what you got. Que d’énergie dans cet album ! Il chante de plus en plus à l’édentée, comme le montre «I Don’t Need Mary». Il shake son shook en profondeur avec la foi du charbonnier, il faut voir le cacochyme suprême de ses élans, il bouffe la pop et tout le saint-frusquin. Dans «Three Sisters», il se tape les trois sœurs en même temps. Il est comme Jimi Hendrix, il lui en faut plusieurs à la fois. Dédé s’amuse avec toutes les conneries. Il ne s’assagira jamais. Il termine cet album attachant avec «I Can See». Il sort son gros baryton et lance un baby retentissant - What you’ve done to me, font les chœurs de filles lascives, symboles de perdition. Dédé chante du haut de sa chaire de power viril maximaliste. Il chante à l’arrache de géant de l’Alabama.

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    Sur la pochette de Night And Day, Dédé semble un peu hilare. Il retrouve les Sadies et tout un tas de luminaries, du style Dan Kroha, Jon Spencer, Jon Langford et Matt Verta-Ray. L’album peine un peu à éclore, on sent une certaine fatigue dans la voix du vieil homme. Il nous sonne enfin les cloches avec «Bored» - I don’t do drugs no more/ But I will If I have to/ Don’t take anything from me/ Gimme some grease and rocks - Extraordinaire, Jon Spencer pousse des Oh comme au temps du Black Godfather. Puis Dédé règle ses comptes avec le Mississippi dans «Mississippi & Joliet» - Keep yout ass out of Mississippi/ And of a couple of places/ Where they don’t like niggers - Nouveau coup de génie en B avec «One Eyed Jack», fabuleux groove à la sauce Dealer monté sur un beat hypno de bad motherfucker et hanté à un moment par un violon. Ça sent bon les Sadies et donc ça ultra-joue avec le groove de big bad Dédé en couche supérieure. On entend plus loin une certaine Sally Timms duetter avec Dédé dans «That’s My Desire» et ça se termine en groove à la Tony Joe White avec «Me & My Dog» - And nobody here/ Just me and my dog/ She’s gone - Ça monte bien sûr très vite en température.

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    Belle pochette que celle de Life : Dédé le dandy s’adresse à vous directement. On retrouve sur cet album l’équipe de Detroit, Matthew Sweet et Jim Diamond. Sweet n’en finit plus de recréer ses ambiances à la Nathaniel Mayer. C’est exactement le même son. Dédé démarre son «But’n» comme «Pass The Biscuit» : «Scuse me please...» Il s’en prend à Obama dans «Blame It On Oboma» et se fend d’un joli coup de fétichisme avec «Heels» - Please walk mama - On se croirait dans Le Journal d’Une Femme de Chambre d’Octave Mirbeau. La perle se niche en B : une reprise musclée de son vieux «Shake A Tail Feather». Tout le Detroit Sound y monte à la surface. Avec «Ty The Fly», il nous fait une petite leçon de morale : «Ty ate so much that he was too fat to fly.» Avec la romantica éplorée d’«It’s Only You That I Love», il n’en finit plus de rappeler à quel point il aime les femmes et prévient ensuite la compagnie avec «Don’t Kick My Dog» - Lookah here, listen baby - Matthew Sweet installe un heavy groove et Dédé y va de bon cour : «You can kick my wife/ Kick my life/ Kick my car/ But don’t kick my dog.»

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    Si on aime le rap et Swamp Dogg, on peut aller écouter le premier album d’Andre Wiliams, Directly From The Streets, paru en 1990. Sur la pochette, Dédé a des faux airs de Joey Starr. Côté son, c’est du street rap of funky strut - Gimme that good ass - Dédé rime le cul avec le beat et ouvre la voie. Il existe aussi un split d’Andre Williams & The Goldstars avec King Salami. Les Goldstars sont des vieux compagnons de route de Dédé et dans «Nightclub», Nash Kato fait une apparition : il envoie ses chœurs de night & day avec une classe épouvantable. Dédé insiste pour entrer - Nightclub/ Let me in/ It’s cold outside - Il termine sa face avec «The Hard Way», un joli groove de Soul joué au classic American sound, bien soutenu aux chœurs.

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    L’autre gros secteur de l’œuvre d’Andre Williams, ce sont les compiles. Oui, car avant de devenir le Dédé qu’on connaît, il enregistrait sur l’un des plus anciens labels de Detroit, Fortune Records. Il produisait aussi pas mal de gens à droite et à gauche, pour Motown, Duke et d’autres. Les compilateurs s’en sont donc donné à cœur joie. Les quatre principales compiles sont les fameux Grease Soul Volume 1 & 2, Detroit Soul Volume 3 & 4. C’est là sur ces quatre albums que se niche l’antique génie foutraque d’Andre Williams. Les deux premiers sont 100% Fortune et tirés d’une vraie collection de singles rassemblée par l’un des plus anciens fans d’Andre Williams qui se trouve être un Français.

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    Grâce à lui, on peut entendre cet incroyable ramassis de singles, tiens à commencer par «Going Down To Tujuana», vieux mambo de doo-doo wahhh monté sur une orchestration rudimentaire, des chœurs de ouah-ouah et une petite guitare se glisse subrepticement dans le groove. On appelle ça un son. Et là, on est hooké. Dédé fait parfois intervenir un sax à la traînasse de la rascasse. Dans «Mozelle», il demande à Mozelle de revenir et ça swingue au meilleur mambo de Detroit City. Il fait sonner le «Bobbie Jean» de Chuck comme un mambo de bonne Fortune et quand on arrive en B, on tombe émerveillé sur «Baconfat» - When I was down in Tennessee/ Got a new dance they call Baconfat - Et là, ça swingue - Neh neh neh help yourslf - On le voit aussi taper dans le heavy groove de round midnite avec «Feel So Good» et revenir au mambo avec «Mean Jean», mais il le swingue à l’Africaine, avec des congas de Congo Square.

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    On monte encore d’un cran avec le Volume 2, et ce dès «The Greasy Chicken», pus jus de comedy act down in Mexico, il fait la poule de cot cot codec et rivalise d’ardeur avec les Coasters. «Pass The Biscuits Please» vaut pour un véritable coup de génie. Plus loin, un cut comme «Hey Country Girl» réveille de vieilles envies de danser dans des boums. En B, le «Mmm Andre Williams Is Mmmovin’» vaut pour un classic Dédé jive de bonne Fortune. «Georgia My Is Movin’» rendrait un juke heureux et l’excellent «I Wanna Know Why» sonne comme «Sometimes After A While». Ça se termine avec un «I Still Love You» digne de «Sea Cruise» et ce n’est pas peu dire !

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    Ça se corse terriblement avec les Detroit Soul Volume 3 & 4. Il commence par faire miauler Pussycat sur un fond de groove à la Junior Walker. On est à Detroit, baby, ne l’oublions pas. On tombe aussi sur de beaux instros, Dédé adore l’ambiancier. Et puis voilà l’un de ses premiers gros hits, «You Got It And I Want It». Il chauffe les pénates du R&B le plus raw qui soit. Puis avec «I Can’t Stop Cryin’», il fait son Screamin’ Jay. Il en a les moyens. On a là une admirable débinade de slow groove chauffé par des chœurs de filles intermittentes. Il revient au comedy act avec «Peal Time» : c’est un dialogue entre father and son, about a girl who’s a pearl/ Are you sure son ? Il passe au dancing groove fabuleusement orchestré avec «Humpin’ Bumpin’ & Thumpin’» et «The Stroke». C’est en B qu’apparaît l’énorme «Shake A Tail Feather», vieux classique de juke, franchement digne des Isley Brothers - Do the twist/ Do the swim/ C’mon - Avec «It’s Gonna Be Fine In 69», on passe au slow groove d’alligator shoes - You know what ? - Quelle classe ! Il raconte qu’il va se payer une bague. On voit enfin Johnny Sayles emmener «The Concentration» en enfer. Solide romp de r’n’b digne de Wilson Pickett, le mec est un bon, il ya-yate jusqu’au bout de la nuit.

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    Des quatre volumes, le quatrième est sans doute le plus intense. Dédé duette avec Jo Ann Garrett dans «A Rockin’ Good Way» et ça grimpe directement dans le très haut niveau. Andre Williams a le génie de l’orbite groovytale. Avec «Pig Snoots Pt 1», on a ce qu’on appelle la crème du Detroit groove, monté sur un drumbeat extrêmement tonique. Le Pt 2 est tout aussi imparable. Il faut aussi écouter absolument cet «Uhuru (African Twist)» tapé aux clap-hands avec du Eya Eya Hey en plein pot cadré serré. Et qui retrouve-t-on en B ? Sir Mack Rice, avec la première mouture de «Mustang Sally», avant que Wilson Pickett ne s’en empare. Sir Mack Rice swingue sa Sally avec une sorte de bringueballe de vieille boîte rouillée. C’est tout simplement admirable de nonchalance. Puis on passe à l’excellent «Inky Dinky Wang Dang Doo» des Dramatics, mené par une voix d’ange, comme chez les Tempts. On s’effare d’une telle élégance de la Soul. Nouveau coup de génie avec «Chicken Thighs» - Some folks like to eat the neck/ Some folks like to eat on the back - Il fait du culinaire - Yes come in here/ Serve it to me/ That’s what I like/ I’ll give my right arm for a thigh/ Cook it !/ Cook it ! - C’est absolument dément - Oooh serve it to me/ That’s what I like/ Chicken thighs ! - Jeannette Williams vient gueuler «Hound Dog» et passe en force avec «Stiff». On se régale aussi du «Funky Judge» de Bull & The Matadors. C’est excellent car ils adressent un gros clin d’œil à Shorty Long. C’est littéralement infesté de swing. Ah quelle leçon de funk !

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    Deux autres compiles complètent un peu le panorama des origines du Detroit Grease : Rib Tips & Pig Snoots paru en 2000 et Red Beans And Biscuits en 2004. «Rib Tips» sonne comme un hit de Junior Walker, nul doute, roudoudoute. On recroise inévitablement les beaux hits des quatre compiles françaises : «You Got It And I Want It», «Pearl Time» (Dad she can do the pearl !/ Sounds good son) et l’énorme «Chicken Thighs» - Cook it ! Cook it ! - On entend aussi des filles bien délurées sur «Pig Snoots» et une version superbe d’«I Heard It Through The Grapevine». Et avec des instros comme «Hard Hustling» et «Soul Party A Gogo», ça jazze dans la balance à Balmoral.

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    Sur Red Beans, on trouve l’excellent «I’m The Rock», heavy groove d’anticipation urbaine, monté sur un rif de basse traînard comme un soudard à deux sous. Quasi mythique. On trouve aussi une version instro du merveilleux «Pass The Biscuits ‘67», et un «Andre’s Thang» visité par l’esprit rageur de Junior Walker. Les Green Berets accompagnent Dédé sur «I Miss You So», solide romp de groove qui renvoie au heavy stuff des Tempts. Ça se termine avec l’excellent «Baby Baby Oh Baby», encore du big beat à la Dédé. Tout ce qu’il entreprend n’est que du roule ma poule, que du roulez bon temps.

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    C’est avec une certaine émotion qu’on met le dernier album d’Andre Williams sur la platine, histoire de lui dire adieu dans les formes. Sur la pochette de Don’t Ever Give Up paru en 2017, on voit qu’il a pris un sacré coup de vieux, mais il paraît encore solide sous son chapeau blanc. En tous les cas, son regard défie la mort. On ne trouve pas de hits sur cet album fatidique, seulement des grooves rampants comme «Dirty Mac Stinky Dog», avec des chœurs qui servent bien le mystère du groove, comme autrefois les vestales servaient les mystères de Delphes. Les trois filles font véritablement la grandeur du cut. Le morceau titre est un instro qu’on écoute en se régalant et Dédé termine l’A avec un vieux hit de Nolan Strong, «The Way You Dog Me Around». C’est pour lui une façon de revenir aux sources, c’est-à-dire au temps de Fortune Records et de Miss Devora Brown. Dédé nous chante ça aux petits oignons de l’émotion suprême. Le cut le plus émouvant est celui qui ouvre le bal fatal de la B : «Bury Me Deep» - When I die/ I want/ Six female/ And I want a pink hearse/ And twelve dead roses/ And 20 foot grave/ And a statue of Elvis Presley/ Two country & western singers/ And a flag of every enemy country - Et il rappelle son motto : «Bury me deep.» Il passe à l’intimisme le plus troublant avec «One Side Of The Bed». Cette brute n’en finira plus d’édifier les édifices. Il chante aussi l’une des ces comptines dont il a le secret, «Three Blind Mice» et le voyage terrestre d’Andre Williams s’achève avec «Through Your Uprights». Une certaine Meschiya Lake chante un gospel de fin de non-recevoir sur un joli shuffle d’orgue, hallelujah ! Hallelujah ! C’est swingué à la vie à la mort de la mortadelle et bien sûr, c’est, à l’image du grand Dédé Williams, solide comme un poncif.

    Signé : Cazengler, Dédé pipé

    Andre Williams. Directly From The Streets. SDEG Records 1990

    Andre Williams. Greasy. Norton Records 1996

    Andre Williams. Silky. In The Red Recordings 1998

    Andre Williams & The Sadies. Red Dirt. Sonic RendezVous 1999

    Andre Williams & The Sadies. Hot As Hell. Nest Of Vipers Records 1999

    Andre Williams. Black Godfather. In The Red Recordings 2000

    Andre Williams. Bait And Switch. Norton Records 2001

    Andre Williams & Green Hornet. Live At The World Famous Vera Club. Norton Records 2003

    Andre Williams & The Diplomats Of Solid Sound. Aphrodisiac. Vampi Soul 2006

    Andre Williams & The New Orleans Hellhounds. Can You Deal With It ? Bloodshot Records 2008

    Andre Williams. That’s All I Need. Bloodshot Records 2010

    Andre Williams. Hoods And Shades. Bloodshot Records 2012

    Andre Williams & The Sadies. Night And Day. Yep Roc Records 2012

    Andre Williams & The Goldstars. Be Fast Records 2012

    Andre Williams. Life. Alive Records 2012

    Andre Williams. I Wanna Go Back To Detroit City. Bloodshot Records 2016

    Andre Williams. Don’t Ever Give Up. Pravda Records 2017

    Andre Williams. Rib Tips & Pig Snoots. Soul-Tay-Shus Recordings 2000

    Andre Williams & The Out Of Sighters. Red Beans And Biscuits. Soul-Tay-Shus Recordings 2004

    Andre Williams. Grease Soul Volume 1.

    Andre Williams. Grease Soul Volume 2.

    Andre Williams. Detroit Soul Volume 3. Detroit 2002

    Andre Williams. Detroit Soul Volume 4. Detroit 2002

     

    Mick Harvey tout compris

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    Membre éminent des Bad Seeds, Mick Harvey s’est ingénié vingt ans durant à rallumer la flamme gainsbourrienne. Quatre albums extrêmement brûlants en témoignent. Cela faisant, il ne manque pas de rouvrir dans les cœurs flétris d’antiques blessures. Quand on a vécu aussi intimement avec l’onction gainsbourrienne, force est d’admettre qu’on marque le coup. Harvey ne sévit pas que sur disque, il sévit aussi sur scène et le voilà donc en Normandie pour chanter Gainsbourg, bien au chaud, dans la petite salle d’un club qui ne doit rien au Kangourou Club.

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    James Johnston de Gallon Drunk l’accompagne à l’orgue, ainsi que Xanthe Waite qu’on entend ici et là sur deux des quatre albums extrêmement brûlants. Derrière l’homme à la tête d’Harvey, une section rythmique à toute épreuve prend en charge les drives de jazz et les pompes de pop, et puis un délicieux quatuor de violons juvéniles vient par intermittence contribuer au ré-allumage d’anciennes magies de type «Initials BB» ou «69 Année Érotique».

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    Mick Harvey ne se soucie que de ceci : recréer sur scène la spectaculaire beauté de l’univers gainsbourrien. Le bougre se montre adroit car il démarre en tablatant son «Requiem Pour Un Con» et il enchaîne avec l’infamant pulsatif des «P’tits Trous», même s’il les chante en Anglais. La translation donne «The Ticket Puncher». Pour une fois l’élégance n’est pas dans le bon sens. L’homme à la tête d’Harvey estomaque par la véracité de sa foi viscérale. Il n’est bien sûr pas question de mettre son prodigieux aplomb en doute, même si l’on sait, au plus profond de soi, que personne ne chantera jamais aussi bien les chansons de Gainsbourg que Gainsbourg lui-même.

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    Le vieil Harvey reviendra plus tard du jive de jazz gainsbourrien avec «Couleur Café» («Coffee Colour») et «New York USA», avec des chœurs qui font si bien le so high, oh so high. À la lumière de ces exploits, on mesure encore mieux le génie de Serge Gainsbourg. Lui et Léo Ferré suffiraient amplement à remplir une vie. Alors pourquoi aller chercher midi à quatorze heures ?

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    Extrêmement désirable, Xanthe Waite incarne l’autre dimension du mythe gainsbourien : son goût pour les très belles femmes. Tous les antisémites de France devaient enrager de voir Gainsbarre se taper les plus belles femmes de son temps : Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Juliette Gréco ou encore France Gall. Xanthe Waite ne dépare pas dans cette galerie de portraits. C’est elle qui chante «Poupée De Cire Poupée de Son» («Puppet Of Wax») et même si elle ne dispose pas du sucré de la divine France Gall, elle sort une version pop extrêmement endiablée qu’on retrouve sur l’album Intoxicated Women. Frisson garanti. C’est elle aussi qui se tape «Harley Davidson» et qui duette avec le vieil Harvey sur «Bonnie & Clyde».

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    Ah quelle collection de hits suprêmes ! On peut dire qu’ils ont su marquer leur époque et enrichir les âmes, comme le font tous les grands hits pop, que ce soient ceux des Beatles ou des Beach Boys. Elle se sort pas trop mal des hits mineurs comme «Contact» ou «Don’t Say A Thing». Pendant le rappel, Mick Harvey aura l’élégance de proposer «La Javanaise» et de laisser le public chanter les fins de couplets - Ne vous déplaise/ En dansant la Javanaise/ Nous nous aimions/ Le temps d’une/ Chanson - et bien sûr, c’est le meilleur moyen de porter l’émotion à son comble, car il n’est pas de chanson plus belle, plus poétique, plus élégante et plus mordeuse de cœur que cette divine Javanaise. Gainsbourg nous broyait même l’âme avec cette chanson. Fallait-il qu’il aime Prévert pour écrire des choses aussi parfaites ! Vous le constaterez par vous-mêmes en ressortant n’importe quel recueil de poèmes de l’étagère, l’art de Jacques Prévert reste l’une des plus belles formes d’expression humaine.

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    Mick Harvey entame son chemin de croix en 1995 avec Intoxicated Man. Il n’y va pas avec le dos de la cuillère puisqu’il démarre sur «69 Erotic Year», qu’il susurre d’une voix d’anis d’Annie qui aime les sucettes à l’anis. Du bout de la langue, il fait tinter l’écho du point G dans le gras du grave. Admirable chef-d’œuvre du succion. Il y croit comme une folle, sixty nine ! Il monte ensuite en puissance en vroomant «Harley Davidson». Il tape ça au puissant London heavy rock. Anita Lane vient faire sa B.B. C’est le hit suprême, comme dirait Joséphin Péladan. C’est une pluie de fureur fury et de justesse justy, I go ! Même le morceau titre se révèle inespéré de justesse pythagorienne. Mick Harvey a décidément tout compris. Il craque bien le crackle erotic avec «The Sun Directly Overhead». Bien vu Mick. Il chante ça à la sourdine aveugle de baryton baryté. Et on est loin d’avoir épuisé toutes les surprises de cet album indiciblement toxique. Il nous groove «The Barrel Of My 45» à la dégringolade, il pisse et il pète en descendant chez Kate, demented battage de back-up office avec du big bad blast. Anita Lane revient sucer la sucette de «Ford Mustang» et Mick rameute les congas de Congo Square pour un «New York USA» de petite fortune. Comme on attend encore des miracles, en voici un : «Bonnie & Clyde», juste et bon comme un roi carolingien, chargé de son à gogo, Mick Harvey chante au cœur de la mélodie et c’est léché aux violonades définitives. L’Harvey et la Lane rallument d’antiques brasiers. L’Harvey chante tout dans la matière, il y croit dur comme fer. Il gratte l’accord d’«I Have Come To Tell You I’m Going» et chante comme dans un rêve gainsbourrien. Il redore le blason de l’idéal romantique, avec du goodbye qui scintille et du yes I love you qui luit à la lune. On tombe en pâmoison - You remember the good times - Il termine avec un abominable shoot de power surge, au pire steel de Sheffield, avec «Initials BB», le hit anglophile par excellence. Quand on vous dit que Mick Harvey tout compris, c’est qu’il Harvey tout compris.

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    Le bougre récidive deux ans plus tard avec Pink Elephants. Coup de génie immédiat avec «Requiem» qu’il groove au London mood, c’est-à-dire au hot shit d’electro-blast. Pas de pitié pour les cons - Stupid cunt ! - C’est d’ailleurs l’objet du Requiem for a cunt. Il ose ensuite taper dans le nec plus ultra avec «The Javanese» qu’il délite avec soin - Javane/ Ze ! - C’est un bonheur que de l’entendre chanter ça. Mick Harvey en fait une espèce de magie insécable. Il travaille son Gainsbarre comme on travaille une escalope : il la pelote pour l’attendrir. Par contre, il se vautre avec «Comic Strip». Il ne se formalise pas pour autant et revient taper dans le plus difficile des cuts de l’âge d’or, «The Ticket Puncher», les p’tits trous, les p’tits trous, toujours des p’tits trous, l’intouchable par excellence. Il l’embarque ventre à terre, accompagné par un batteur dévoué. Plus loin, il groove «Scenic Railway» au crroak de belle voix d’étain blanc. Il crée de la légende sur le dos de Gainsbarre, ce qui n’est pas idiot, au fond. Globalement, il rend les meilleurs des hommages qui soient envisageables ici bas. Il entre dans le lagon définitif avec «I Love You Nor I Do» - Oh yes ! - Le sex ultime et l’Harvey se retient entre ses reins. La pauvre fille doit se plier aux lois du groove. C’est d’une épaisse puissance sexuelle, il charge ça de sex à ras bord, nor I do, il y va, I go I go et ça se termine comme ça doit se terminer, And I come. Dans un sursaut de lucidité sexuelle, il ajoute cette vérité gainsbourienne majeure : «Physical love is a dead end.» On reste dans le cœur du mythe avec «The Ballad Of Melody Nelson». Il chante ça au mieux du baryton d’Angleterre et tout explose avec «Who Is In Who Is Out», le London jerk par excellence, en tous les cas, l’un des plus grands jerks de l’âge d’or du jerk. L’Harvey le sabre à la hussarde.

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    Il semble que ce soit Bertrand Burgalat qui fasse la pluie et le beau temps sur Delirium Tremens, le troisième volume de voluptés gainsbourriennes, et ce dès «Deadly Tedium», c’est-à-dire «Ce Mortel Ennui», avec un drive de jazz qui avance step by step. Burg bourre le mou d’une nouvelle ambiance dédiée dans «Coffee Colour» en jouant son ass off au milieu des chœurs d’artichauts colorés. Et tiens donc, encore un énormité avec un «SS C’est Bon» noyé de son indus indiscutable, ahh que sera sera le big heavy sound. L’Harvey crée là la surprise destroy oh boy. Xanthe Waite fait une première apparition dans «A Day Like Any Other». Elle chante au sucre perverti des sucettes à l’anis d’Annie, c’est extrêmement orchestré, la la la, et voilà que l’Harvey embrasse le cul du cut d’une voix ingénue et trop mûre à la fois. Soyez bien certain que tout cela se situe véritablement au plus haut niveau. On l’entend aussi prendre «More And More Less And Less» au crépuscule du baryton et créer un tourbillon d’écrouvillon avec «Don’t Say A Thing». Mais c’est avec «The Decadence» qu’il va effarer durablement, car il chante dans l’apothéose d’une mélodie vertigineusement gainsbourrienne, il la prend au chaud extrême de la dimension humaine et c’est là où il se rapproche véritablement de Gainsbarre, car s’il est un Homme sur cette terre, c’est bien lui, l’âme de la beauté des laids, délai, délai. Katy Beale se fond dans sa moule, ils dégoulinent tous les deux de somptuosité onctueuse et que peut-on faire d’autre que de se prosterner jusqu’à terre pour saluer une telle exigence de véracité concupiscente ?

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    Paraît en 2016 le pendant féminin d’Intoxicated Man : Intoxicated Women. Comme le font les Mercury Rev avec leur hommage à Bobbie Gentry, Mick Harvey fait entrer dans l’album une belle palanquée de petits boudins, excellente occasion pour lui de transformer «Les Petits Boudins» en énormité : Xanthe Waite sucre sa voix comme une Poupée de Son et ça sonne comme un fabuleux hit de rock anglais infesté de relances de batterie rebondie. Le drumbeater s’appelle Hugo Cran. Cet authentique coup de génie pop dénote une intelligence du son. L’autre énormité, c’est justement «Poupée De Cire Poupée De Son». Xanthe Waite s’y montre toute aussi admirable. On a là le hit pop parfait. Merci Gainsbarre. On monte évidemment d’un sacré cran avec «Je T’Aime Moi Non Plus». Elle s’appelle Andrea Schroeder, oh yahhhh, fabuleuse poulette de sexe chaud. Bertrand Burgalat bassmatique comme un seigneur des annales et ce diable de Mick Harvey tout compris, la bite à la main baguée d’une topaze d’orient pâle, ahhhhh, elle soupire exactement comme ça, elle jouit dans son micro, ça va et ça vient entre ses reins, cette chanson de l’amour suprême à la Villiers de pomme d’Adam est si admirablement réintroduite dans la vulve du mythe. Celle qui chante «La Chanson De Prévert» s’appelle Jess Ribeiro et Shilo gratte sa gratte. Mick Harvey tout compris car il partage le chant avec la juvénile Jess, ils sont excellents dans le day after day, sacré Mick, il finit toujours par s’en sortir. En fait, non, ce n’est pas exact : il se vautre avec «Les Sucettes» qu’il croit bon de chanter. La voix d’homme fausse tout, on perd le côté kitschy kitschy petit bikini de la girl Gall. En plus, ça joue au heavy bass drum. Grosse incartade. On retrouve Andrea la fatale dans l’autre chef-d’œuvre intemporellement érotique de Gainsbarre : «Dieu Est Un Fumeur De Havanes». Andrea y fait sa Deneuve pendant que l’Harvey suce son cigare. Andrea aménage la profondeur dans la moiteur, c’est elle qui fait l’amour moi non plus, alors oui, yeahhhh. Elle aménage la troublante profondeur de chant du promised land, take my hand... Et puis voilà venu le tour de Burgalat d’exploser «Cargo Culte» au cul de basse fosse. Il fait le son en plein et en délié et on entre de plein fouet dans la mythologie du petit matin, à l’aube d’une histoire d’amour, lorsqu’une voix demande : «What’s your name ?» et elle répond, «Melody, Melody Nelson». S’ouvre alors un ciel. Nous vécûmes jadis exactement la même histoire et l’occasion est trop belle de saluer la genèse du poignard en plein cœur.

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    Si la curiosité fait bien son travail, on finit par se laisser aller à écouter un autre album de reprises, One Man’s Treasure, mais aucune reprise de Gainsbarre n’y figure. Mick Harvey tape dans Lee Hazlewood («First ST. Blues») et Nick Cave («Come Into My Sleep»). Le seul cut vraiment intéressant est cette reprise du «Come On Spring» d’Antenna, un groupe monté par Kim Salmon en 1998. C’est excellent et bien balancé. Sonne même comme un sommet non pas des Alpes mais des Hands. Il chante plus loin un «Man Without A Home» au baryton des bas fonds mais on bâille aux corneilles. Il revient sur la terre ferme avec le «Mother Earth» du Gun Club. Jeffrey Lee Pierce est bien gentil, mais on ne peut quand même pas le comparer à Gainsbarre.

    Signé : Cazengler, Mick larvé

    Mick Harvey. Le 106. Rouen (76). 20 octobre 2019

    Mick Harvey. Intoxicated Man. Mute 1995

    Mick Harvey. Pink Elephants. Mute 1997

    Mick Harvey. One Man’s Treasure. Mute 2005

    Mick Harvey. Intoxicated Women. Mute 2016

    Mick Harvey. Delirium Tremens. Mute 2016

    ROCKABILLY GENERATION NEWS N°11

    OCTOBRE / NOVEMBRE / DECEMBRE / 2019

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    Sergio Kazh est en train de gagner son pari. Rattraper le retard que le magazine avait accumulé afin de pouvoir caler les numéros qui suivront sur les premiers jours des trimestres. Avec un peu de retard Rockabilly Generation était toujours bon à lire. Le dernier était bon, celui-ci est encore meilleur. Commence par une surprise, Louis Jordan enrégimenté dans les pionniers, je n'y avais jamais pensé, mais les frontières du rock'n'roll ont toujours été mouvantes et il n'existe pas de séparation bien nette avec le rhythm'n'blues noir. Lui-même n'étant qu'une excroissance sonore du blues. Si vous voulez rester identique à vous-même, ne cherchez pas vos racines, s'il est un endroit où le melting pot de la société américaine s'est réalisé, et encore cela a pris du temps, c'est bien dans la zigmuc. Louis Jordan a été un trait d'union indubitable entre le jump blues et le boogie woogie, nous explique Dominique Faraut.

    De même l'on peut se demander s'il existe vraiment une séparation entre les morts et les vivants, Mattéo Callegari, italien et guitariste des Rotten Records s'explique sur son parcours, éclatant malgré sa jeunesse. Marqué par les pionniers bien sûr, l'a commencé par AC / DC, comme quoi il existe mille chemins ouverts qui mènent au rock'n'roll. Mais son dada à lui c'est le country même s'il s'inscrit dans la grande tradition des Teds qui n'est pas spécialement nostalgique mais au contraire très vindicative. Sergio emmène la conversation sur le drapeau confédéré que Mattéo entrevoit comme un signe de ralliement entre fans de rock'n'roll dépourvu de revendication raciste. Il ne le dit pas, mais quel est le drapeau au monde qui n'a pas ses franges emplies de sang et de monstruosités. Il est certes plus simple de ne pas en avoir quant à en créer un, il n'échappera pas très vite à quelques reproches ! S'il existe un animal nuisible sur cette terre, c'est bien l'être humain.

    Une longue interview de Darrel Higham, à mon goût l'on n'en parle pas assez en douce France, c'est pourtant l'un des plus authentiques rockers, se confie calmement, il évoque sa fille et son chien, question musique, ses actes et ses disques parlent pour lui, il retrace sa carrière sans forfanterie, l'est davantage intéressé par ses projets que par ce qu'il a déjà réalisé, beaucoup de pudeur et de simplicité chez cet homme. Transmet son admiration et sa tendresse pour Eddie Cochran avec des mots qui font mal.

    Ensuite c'est la tournée des Festivals, la neuvième édition de La Chapelle-en-Serval, mention spéciale pour Dylan Kirk et ses Starlights, la jeune génération qui monte, et le dimanche soir, la palme est décernée à Al Willis & the New Swingters, notons que lorsque Red Dennis est sur scène c'est généralement bon signe pour prévoir les ouragans. L'on passe au Pouligan, huit concerts sur trois jours, Big Sandy un peu mou, mais les Houserockers ont salement remué la maison et le Strike Band venu d'Italie a fini par déterrer les fondations. Le 13 juillet c'est à Pencran qu'il fallait être au Rockin Breizh Club, ainsi nommé pour que les initiales ne fassent pas KKK ! Très drape jacket dans l'ensemble avec Rough Boys, Greased Lightning, et The Lincoln, vous ne connaissez pas les deux derniers : viennent respectivement de Suède et d'Autriche. Spuny Boys et Booze Bombs – on ne les présente plus – ont enthousiasmé le 3 Day's Vintage de Virolet ( en Charente Maritime pour ceux qui comme moi ne connaissent pas leur géographie ! ). Une dernière rasade pour l'anniversaire de Grand Dom à Beaulieu de Rieux ( en Bretagne pour ceux qui n'ont pas eu le temps de prendre des cours de rattrapage depuis la phrase précédente ) avec Black Raven, Jim and the Beams, Orville Nash et quelques autres cadors. Trois petites rubriques pour finir : la présentation des disques, un peu maigre, et le meilleur pour la fin, toutes les couves des dix précédents numéros pour passer commande. Quel boulot, quelle persévérance, et quelle beauté !

    Damie Chad.

    Editée par l'Association Rockabilly Generation News ( 1A Avenue du Canal / 91 700 Sainte Geneviève des Bois), 4, 50 Euros + 3,52 de frais de port soit 8, 02 E pour 1 numéro. Abonnement 4 numéros : 32, 40 Euros ( Port Compris ), chèque bancaire à l'ordre de Rockabilly Genaration News, à Rockabilly Generation / 1A Avenue du Canal / 91700 Sainte Geneviève-des-Bois / ou paiement Paypal ( cochez : Envoyer de l'argent à des proches ) maryse.lecoutre@gmail.com. FB : Rockabilly Generation News. Excusez toutes ces données administratives mais the money ( that's what I want ) étant le nerf de la guerre et de la survie de toutes les revues... Et puis la collectionnite et l'archivage étant les moindres défauts des rockers, ne faites pas l'impasse sur ce numéro. Ni sur les précédents.

    DES MAUX / AMN'ZIK

    ( 2017 )

    Nous les avions découverts à la Comedia – voir notre chronic in Kr'tnt 432 du 03 / 10 / 2019 – une prestation superbe mais pas de Cds qu'ils n'avaient pas pensés à prendre, ce sont de véritables rockers, pas des commerciaux ! – et voici dans la boîte à lettres cette petite enveloppe pour lesquels nous les remercions.

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    Pochette noire, juste un demi-visage, gueule ouverte, ne hurle pas des mots mais des maux parce que notre monde court à la déglingue, crier n'enraye peut-être pas l'inéluctable, mais il faut les entrevoir comme des oiseaux de proie qui volent haut au-travers des tourmentes, qui attendent leur heure. La pire. Les Amn'Zik ne sont pas des autruches qui enfoncent leur tête dans le sol pour ne plus avoir peur, ils font face, ils sont prêts.

    Assume : une tuerie bien campée sur les deux jambes du binaire déboule sur vous, ce n'est rien comparé à ce qui suit, musique sombre et compressée pour le tunnel de ton existence d'esclave salarié sans sortie, alors une seule solution, celle de faire exploser tes rêves et d'explorer tes désirs, sans quoi ton futur ne sera pas meilleur que ton présent, la batterie te plonge la tête dans l'eau, des coups de rames sur l'occiput pour t'expédier tout au fond, et le son larsène des coups de faux dignes de la grande faucheuse pour te faire comprendre combien ta situation est grave, le train du néant fonce sur toi, une guitare soloïse ton hymne funèbre et la motrice fonce sur ton corps ensommeillé sur la voie de garage, tu n'entends plus que son irréductible shuffle , les boogies se rapprochent, tu n'en as plus que pour quelques secondes mais le temps s'écoule lentement et une guitare brûle sans fin, quelques la-la-la ironiques et la voix t'intime l'ordre de prendre ton destin en main. On espère que tu l'as fait, car le convoi s'éloigne dans le lointain. Maintenant si vous écoutez ce morceau sachez que vous reprendrez illico un autre billet pour recommencer le trajet. Pourquoi ont-ils ? : un murmure cordique, une fuite mélodique, mais déjà la rythmique vient appuyer ses brodequins de fer sur votre tête, et une voix chantonne des réalités qui ne procurent aucun plaisir, une organisation économique délétère, ta vie stagne dans le grand marécage, la voix se creuse comme une tombe et la musique noircit ses effets, rien ne te sera donné à tel point que tout semble s'arrêter, une fausse illusion, l'horreur repart de plus belle, qu'importe Amn'zik s'est transformé en une gigantesque vortex, une bouche monstrueuse qui commence à dévorer le monde. Et un dernier bourdonnement qui s'étire, un vol de mouches vertes au-dessus d'un charnier. Le change : une intro bien balancée, une voix plus âpre, avez-vous déjà remarqué comme la fausse monnaie tinte plus gaillardement que la valeur qu'elle affiche, l'en est de même des existences qui ne savent plus ce qu'elles sont et ce qu'elles ne sont pas. Des rafales de chœurs qui trimballent davantage d'horreur que de bonheur, l'important c'est que le toc soit mastoc, alors des sortilèges de guitares s'enflamment, et le voile noir de l'orchestration vous engloutit, ne cherchez pas à fuir, de vous-même vous vous êtes enfermé dans votre propre piège. Geneviève : tremblements de cordes, cliquètement de cymbales, fortement les basses, les filles ont toujours eu le chic et le choc de poser des problématiques anxiogènes, avec elles vous êtes sûr que les situations se complexifient, la guitare s'écharde dans votre pelote de nerfs, Pat brisé de rage, Geneviève qui ne fait que passer, juste pour signifier que tout va mal, et Amn'zick vous souligne cela à l'encre d'un rouge sang indélébile. La métamorfaust : chatoiement de douceurs dans un monde brut, mélopée d'ombre et de lumière au fond d'un sarcophage, une montée insidieuse vers on ne sait encore quoi, une ballade que vous ne comprendrez pas si vous n'avez jamais fait l'amour dans un cercueil, jamais embrassé la gluance de la pourriture, déchirements cristalliques de guitare, flamboyances lyriques, un morceau dont vous ne ressortirez pas entier. Un chef d'œuvre.

    Un disque magnifique qui vous conduit des écorces mortes du monde externe aux profondeurs intimes de vos déraisons suprêmes. Amn'zik se joue de nous. Non seulement ils n'oublient rien mais ils se souviennent de tout, que le macrocosme et le microcosme échangent de réciproques reflets, que vous êtes aussi fautif, aussi faustif que tout le reste. N'accusez personne, assumez-vous.

    Damie Chad.

     

    VINCENNES / 23 - 10 – 2019

    HOWLIN' JAWS

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    Tout cela par la faute du Cat Zengler et son superbe article sur Mickie Most. Une petite lampe s'est allumée dans mon vaste cerveau : '' Tiens, Mickie Most, on en avait parlé avec les Howlin', juste avant qu'ils ne sortent leur disque, pas vus depuis longtemps, avec un peu de chance, seront dans le coin pour un petit concert ''. Tout droit sur leur FB, bingo ! les gogos, ils ne sont pas loin, un coup de téléphone, et hop place retenue pour mercredi soir. J'en vois certains tiquer, retenir son billet pour un concert de rockabilly, c'est étrange. Oui mais c'est plus compliqué que cela. Une histoire de famille, pour une fois le Cat Zengler est totalement innocent, n'était même pas né quand ça a commencé, vous non plus, moi itou, et les Howlin' Jaws idem. Comme quoi dans la vie, les ennuis vous tombent dessus alors que vous n'y êtes pour rien.

    UNE TERRIBLE HISTOIRE

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    Je gomme un peu le début, les Dieux demandent au roi Agamemnon de sacrifier sa fille Iphigénie pour que les vents qui doivent porter la flotte grecque jusqu'aux rivages de Troie consentent à se lever. Son épouse Clytemnestre n'est pas d'accord, on peut la comprendre, mais Iphigénie qui a un faible pour son papa chéri consent et est proprement exécutée. Agamemnon ne reviendra que dix ans plus tard, une fois la vile de Troie anéantie. Hélas! il ne profitera pas longtemps de sa victoire, à peine est-il rentré à la maison qu'il meurt assassiné dans sa baignoire par sa femme qui entre temps a pris un amant Egisthe, ainsi que le raconte Pindare dans une de ses Odes.

    Jusque-là tout va bien, si j'ose dire. Il reste encore les trois enfants d'Agamemnon et de Clytemnestre : Chrysotémis, Electre et Oreste qui en tant que seul garçon se doit de venger son père en tuant Egisthe et en assassinant sa propre mère...

    BIFFURCATIONS JAWIENNES

    Quel rapport avec les Howlin' ? L'est vrai que tout ne se passe pas aussi mal dans toutes les familles : un exemple pris au hasard, Simon Abkarian, le père de Djivan Abkarian est encore vivant, il exerce la noble profession d'acteur et de metteur en scène. Pour monter Electre des bas-fonds, une de ses propres pièces, il a fait appel, afin d'assurer l'accompagnement musical du spectacle, à la formation de son fils, les fameux Howlin' Jaws.

    Avis à la population : ce soir nous n'assisterons pas à un concert d'un groupe de rock'n'roll nommé les Howlin'Jaws, mais nous verrons les Howlin' Jaws bellement engagés, dans une nouvelle aventure, dans une rencontre d'un autre type.

    DANS UNE CONTINUITE

    Simon Abkarian n'est pas le premier à s'être penché sur l'histoire des Atrides, déjà au temps des grecs Eschyle, Sophocle et Euripide ont donné leur version de cette sanglante histoire. L'on ne compte plus les auteurs et les poëtes qui au fil des siècles ont présenté leur interprétation de ce mythe. Mais il ne faut pas croire que l'on explique un mythe, c'est au contraire le mythe qui permet à ceux qui l'interrogent d'apporter une lumière plus violente et plus crue sur l'état de leur époque. Question rock, je vous renvoie par exemple à notre précédente chronique sur Jim Morrison qui traite dans The end, de la violence que l'on est en droit d'exercer sur nos géniteurs, '' Father... Yes son... I want to kill you... Mother, I want to violate you …''

    Il ne nous reste que les textes de ce premier théâtre grec, en fait des reconstitutions compilatoires à partir de fragments divers qui par exemple servaient aux acteurs à apprendre leur rôle. Autant dire que nous ne possédons qu'un tiers de l'iceberg, les représentations de nos lointains ancêtres ressemblaient davantage à notre opéra moderne, certes l'auteur écrivait le texte mais composait aussi la musique, à part quelques notes rien ne nous est parvenu... Un, puis deux, puis trois acteurs, ce qui est peu, mais ils ne jouaient que les moment-clefs de l'action, le chœur composé d'une vingtaine de participants racontait les épisodes intermédiaire qui reliaient ces scènes cruciales : il évoluait sur scène, récitait, chantait et dansait. Nous ne possédons que peu d'informations sûres sur la place de '' l'orchestre'' qui accompagnait les spectacles. Les Howlin' Jaws sont relégués dans une pièce attenante au grand plateau.

    ELECTRE DES BAS-FONDS

    COMPAGNIE DES 5 ROUES

    Texte et mise en forme

    SIMON ABKARIAN

    ( 14 comédiennes-danseuses – 6 comédiens-danseurs )

    musique écrite et jouée par le trio

    HOWLIN' JAWS

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    C'est dans cette perspective originaire que Simon Abkarian a écrit et monté Electre des bas-fonds. D'abord une langue, riche et abrasive emmenée par un torrent de métaphores lyriques ensemencées d'images élémentales mais qui n'hésite pas à plonger dans les gouffres comédiques d'un grotesque néronien. C'est avant tout le discours qui porte la pièce, comparé à cette force, tout le reste est mise en scène d'une intransigeance superfétatoire. Un véritable cadeau pour les acteurs, nombreuses sont les tirades à déployer comme l'on hisse les voiles d'un navire afin de s'inscrire dans la haute course des vents porteurs.

    Mais il ne suffit pas d'emplir les oreilles des spectateurs, faut aussi infuser dans ses yeux des images chocs, ainsi dès le début, cet amas de danseuses dans leur tutu de petits rats froufroutant de gaze jaunie se regroupant afin d'entamer un ballet myrmidonesque des plus trompeurs, ce ne sont point d'innocentes petites filles réunies en un cours de danse mais putains de bordel au lever du jour qui se préparent à attendre le client. Elles sont les anciennes jeunes troyennes que les grecs ont emmené chez eux afin d'en user comme esclaves sexuelles.

    Nous sommes d'emblée au cœur du sujet de la pièce : pour le dire d'une manière policée et universitaire : celui de la place réservée aux femmes dans les société patriarcales. Au plus près des chairs outragées et flétries, Simon Abkarian nous plonge dans la béance des vies brisées, des jeunesses bafouées, des déchéances intimes, des rêves perdus, des viols, des cris et du sang. La haine reste l'apanage d'Electre, la vierge farouche, qui n'a jamais pardonné à sa mère l'assassinat de son père et qui sera condamnée à servir les prostituées du bordel.

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    Survient Oreste qui revient – hésitant – pour tuer sa mère... Mais il n'est pas le personnage le plus important, absent de la plus grande partie de la pièce, certes il accomplira sa tâche imposée par le Destin, surtout par la loi des hommes, mais il n'en entendra pas moins la longue plaidoirie de Clytemnestre qui revendique sa liberté de femme à avoir vengé sa fille... en sus elle dresse un portrait d'Agamemnon dont elle souligne la suffisance, l'insuffisance, la lâcheté, l'orgueil démesuré... La pièce se termine par la folie d'Oreste, l'esprit morcelé, incapable de supporter les contradictions qu'il est dans l'incapacité de résoudre et dont il n'est qu'un jouet impuissant.

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    Une pièce âpre qui nous parle de domination des femmes par les hommes, non pas sans répercussion sur celles des hommes, et celles des femmes entre elles et sur leur propre genre, surtout de la salissure des âmes et des vies qui en découlent. Des personnages – nous ne les avons pas tous évoqués - qui vont jusqu'au bout d'eux-même qui assument tout ce qu'il y de plus fragile, de plus implacable, de plus dérélictoire, de plus veule, de plus sacrificiel, de plus grand et de plus médiocre en leur intimité comme en leur implication existentielle soumise aux volontés d'autrui et aux circonstances extérieures désastreuses... Le spectateur s'invitera de lui-même à évoquer les différentes guerres actuelles, et les débats qui parcourent notre société. Ce spectacle est à voir, superbement mis en scène, jamais ennuyeux, ses tirades flamboyantes, ses dialogues antagoniques, ses ballets successifs, et sa musique.

    HOWLIN' JAWS

    Impeccablement de noir et de blanc vêtus, très straight, classieux, assis à l'instar des musiciens classiques sur le devant de leur réserve, sont aux ordres d'un drôle de chef d'orchestre qui n'est autre que le déroulement de la pièce elle-même, ils l'accompagnent ou le précèdent en le sens où il faut parfois souligner l'intensité de l'action avant même la mise en œuvre de son accomplissement, ils donnent alors l'air de présider à la naissance des différentes séquences comme s'ils étaient une équipe socratique au chevet d'une multitude de parturientes, car sur scène cela n'en finit pas de bouger. Il existe des passages faussement plus évidents que d'autres, ceux des ballets, il leur suffit de donner l'impression de se coller aux mouvements des danseurs alors qu'en réalité ce sont les Jaws qui mènent la danse, ils endossent alors en quelque sorte le rôle du Coryphée qui dans les arènes de l'antique Hellade dirigeaient les évolutions du chœur. On ne peut pas vraiment parler de danse au sens plein de ce mot en le sens où les danseurs ne cherchent pas à éblouir le spectateur grâce à leur virtuosité personnelle, au contraire il faut entendre ces étranges reptations rythmiques sacralisées en tant qu'action de groupe, des espèces de ritualisations orientalisantes, une gestuelle gradationnelle de poupées mécaniques qui n'est pas sans évoquer les propos d'Henri von Kleist sur Les marionnettes.

    Avant même que le spectacle ne débute, l'on se dit que Baptiste Léon retranché derrière sa batterie aura la tâche la plus facile, quelques forts coups de grosse caisse à la manière des bateleurs afin de marquer les rebondissements qui ne manqueront pas de ponctuer le cours de l'action et un tamponnement diversif pour les autres passages. Les Jaws ne sont pas tombés dans ce piège. Ne se sont pas transformés en producteurs d'effets sonores, il ont compris qu'à l'écriture du discours devait correspondre une écriture musicale et que ces deux langages devaient communiquer entre eux afin de parler au public, de lui faire entendre les mots d'une autre manière, de coller à leur sens une signifiance sonore qui en aggrave la portée. Plus le silence. Car ils savent se taire, ils laissent la voix nue des acteurs s'élever, ils ne sont pas là pour ajouter une bande-son en arrière-fond sur les paroles. Ne sont pas des faire-valoir, sont au même niveau que les acteurs, ils participent à part entière au progrès de l'action. Mais sur un autre plan.

    Certes parfois on oublie de regarder leur présence latérale, le plateau central obnubile les yeux, mais la musique est tout de même sur la scène, elle accentue sans qu'on y prenne garde la cruauté ou la bouffonnerie des situations. Djivan et les ondes noires de sa basse électrique, elles se meuvent comme les reptiles en liberté dans le sanctuaire d'Asclépios, car toute théâtralité bien comprise est comme un acte opératoire, une libération aristotélicienne, la crevaison d'une tumeur dont l'écoulement du pus précipite aussi bien la délivrance que la mort ou le naufrage dans la perte de soi. Rappelez-vous ces serpents qui sifflent sur vos têtes chez Racine lorsque Oreste bascule dans la folie. Djivan colle à l'action comme l'angoisse étreint l'esprit. Le mal court disait Audiberti, mais ici il s'étale et se résout en marécage, un cloaque létal, dans lequel s'enfoncent les pas incertains, mais tendus selon une suprême volonté, des âmes impures, ce bruit de succion insupportable, cette aspiration infinie vers l'inéluctable c'est Djivan qui en est chargé, vous n'êtes plus dans le labyrinthe, vous êtes déjà os broyés dans la gueule sanglante du Minotaure.

    A la guitare de Lucas Humbert est dévolu le rôle de la lumière, non pas la clarté franche, lumineuse et célestiale de l'Empyrée mais celle goethéenne dont l'ombre se teinte de nuances bleuâtres et verdâtres, ce n'est pas le combat du bien contre le mal, mais celui du mal contre le pire. Qui l'emporte au final. Chaque accord de Lucas comme flamme vive qui ne détruit pas les ténèbres mais en révèle et en aggrave les profondeurs insondables. Djivan vous étouffe, vous croyez que Lucas vous permet de respirer, erreur fatale, juste une goulée apnéique pour descendre vers le fond sans fond de la noirceur humaine. Et Baptiste plane là-dessus, un Zeus ex-machina tonnant qui ponctue les avancées des destinées, c'est lui qui porte les coups plus cruels, use de ses tambours comme des poinçonnages de poignards portés de face mais qui finissent toujours par se planter dans votre dos.

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    Nos Jaws nous livrent une partition funèbre. Sont trois comme les Parques, ils filent du mauvais coton et le fil est appelé à se casser. Mais voici qu'ils quittent leur espace, ils semblaient des témoins, et les voici acteurs, sont désormais les musiciens chargés mettre de l'ambiance à cette fête de l'inversion des valeurs au cours de laquelle les esclaves font semblant de devenir les maîtres et à la fin de laquelle Egisthe et Clytemnestre seront sacrifiés, sont fascinants dans leurs costumes noirs, Lucas nous la joue à l'espagnole sur sa petite guitare, Baptiste s'est muni d'une acoustique, Djivan parle basse, la scène n'est pas sans évoquer l'ultimité commanditoire de Don Juan, mais nous ne sommes pas dans ce bordel à l'orée d'une orgie de sexe mais de sang. Maintenant tous les fantômes des morts et tous les fantoches vivants sont convoqués pour cette aubade méphistophélesque au désastre annoncé. Et le trio nous a prévenus de ces sarabandes orientalisantes. Seule la non-vie peut donner rendez-vous à la vie.

    Bref des Howlin' Jaws magistraux. Qui ont su s'oublier eux-mêmes pour s'impliquer dans un projet de haute tenue culturelle et démontrer que le rock'n'roll est aussi un chemin d'accès à ce que Rilke nommait l'Ouvert.

    Damie Chad.

    MONTREUIL / 24 - 10 - 2019

    LA COMEDIA

    IDHAÏ ÔM / REDHOT TRIO

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    Faut la jouer fine. Journée du 25 occupée à des tâches peu rock'n'rolliennes, je ne pourrais pas être au 3 B pour le RedHot Trio, un scandale insurmontable, mais dans leur clémence augustéenne les Dieux ne sont pas intraitables, le RedHot Trio passe la veille à La Comedia. J'eusse préféré les regarder dans une ambiance plus spécifiquement rockabilly, mais l'essentiel c'est surtout de ne pas les rater. Un seul bémol, ce soir une assistance trop clairsemée pour une prestation d'une magnifique virulence.

    IDHAÏ ÔM

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    A sa place je m'inquièterais. Pas lui. Prend la chose avec philosophie. Ses deux musiciens absents, retenus par des impondérables, ça ne l'émeut pas plus que cela. L'a ses dreads, ses claquettes aux pieds et sa guitare, que voulez-vous de plus ! S'installe pour faire sa balance tout seul. Gratte un peu, très folk-blues, et puis il commence à chanter et pas de problème, il vous sort une belle voix bluesy du meilleur tonneau de moonshine. L'arrête après quatre ou cinq morceaux et décide d'enchaîner sans plus de façon sur son set. Et le miracle se produit, un copain qui surgit, s'appelle Arthur qui est venu pour l'écouter et qui trimballe un étui, qui ne contient pas une mitraillette mais quel bonheur une guitare ! L'Arthur il est doué, lui faut une seule impro pour se mettre au diapason, et hop c'est parti. Idhaï change de répertoire, bye-bye le blues, voici une espèce de neo-folk très personnel, l'a gardé sa belle voix et durant une demi-heure, il va tenir l'assistance sous son charme, et comme Arthur prend de plus en plus d'assurance, ils vont nous servir de superbes potages, à chaque fois un peu plus épicés. Se complètent à merveille l'électrique d'Arthur qui broute de plus en plus vite, et l'acoustique d'Idhaï qui ne se laisse pas démonter. Z'auraient pu rester davantage, mais non ils laissent la place. Cet Idhaï si cool je me jure qu'à la première occasion j'irai le voir avec son groupe. Trop court. Trop bon.

    REDHOT TRIO

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    Cavalcade de chevaux en furie. Claquements secs et d'une violence inouïe sur le granit des étendues sauvages. Batterie à gauche, batterie au centre, batterie à droite. Non ce n'est pas une expérience à la Slim Jim Phantom et sa série de double-batteurs qui n'a pas vraiment convaincu. Vous avez bien, la formation, minimale et absolue du rockabilly, contrebasse, drums et guitare, mais le RedHot Trio en use avec une véloce férocité. La big mama de Scotty n'a pas un embonpoint excessif, ses épaules ne sont pas des plus larges, l'on pourrait la qualifier de maigrichonne, mais quel son ! Pas une tamponnade qui vous étouffe sur l'heure, un son mat et en même temps vibrant, qui explore toutes les basses harmonies sonores tout en culminant sur une strette, je ne dirais pas aigüe mais claire. Scotty n'a pas la main scotchée sur le cordier, elle frappe et rebondit sans fin, elle impulse une folle énergie qui ne faiblira jamais.

    Vous filez dès le deuxième morceau dans la Cadillac de Vince Taylor. Vous comprenez mieux pourquoi la poupée n'est jamais revenue. Conduisait comme une folle, et le véhicule en accélération constante ne possédait pas de pédale de frein. Pas de regret à la fin du morceau elle doit tourner sur les anneaux de Saturne. De quoi permettre à Ricky de montrer ce qu'il sait faire. Le RedHot Trio possède une feuille de mission ultra simple, tout morceau qui dépasse les trois minutes est interdit. Difficile pour un guitariste de se perdre en de longues et savantes démonstrations d'autant plus qu'il lui faut aussi se tenir au diapason de la rythmique de Scotty. Vous frappe les cordes à un rythme de madurle, prend juste de temps en temps moins de dix secondes pour ce que l'on ne peut pas appeler un solo, plutôt une intervention commando, s'agit d'annihiler l'ennemi en son cœur de vous le cryogéniser en trois coups d'éclairs sonores aussi aveuglant que la lumière condensée dégagée par une frappe atomique. Inventif le jeune gars, ne vous laisse jamais les neurones en repos, vous offre de l'inattendu, des vibrations auditives aussi racées que le fil d'un rasoir, vous enfonce des chevilles dans le cerveau à la manière de ces coins dont on use pour éclater le tronc des chênes séculaires.

    Kane est le mec le plus heureux qui soit sur sa bécane drumique, les autres montent les cols à toute vitesse, lui il se contente de suivre, ne se poste brutalement en avant que pour les changements de direction, les routes goudronnées il n'aime pas trop, préfère les sentiers escarpés qui vous coupent le souffle ou les descentes vertigineuses qui vous enfouissent au fond d'un abîme duquel vous croyez que le groupe ne ressortira jamais, mais Scotty sur son pédalier infatigable vous refile en continu l'énergie nécessaire, et la voix de Ricky vous arracherait de n'importe quelle ornière. Avec sa gretsch cochranique et ses cheveux blonds couleur banane curieusement hérissée, il a une coupe imparable, et son vocal incisif se colle à toutes les bifurcations rythmiques, de haute ascendance ou de chute irrémédiable, un jeu précis et infernal.

    Sont marqués par les Stray Cats certes, et outre leurs propres morceaux ils revisitent tous les vieux classiques indépassables, aucun respect, vous les traitent à la dure, z'ont intérêt à se manier l'arrière-train et à ne pas être mous du genou, le Trio vous fait comprendre que dans la vie rien n'est acquis, et qu'il ne faut pas vivre sur sa réputation, vous époussette le répertoire au bazooka. Vous le ripoline au vitriol. Le rock'n'roll ne se fait pas de cadeau, ou vous êtes vivant, ou vous êtes mort. Lève-toi et cours plus vite, camarade-rocker le vieux monde du rock est derrière toi ! Rouge brûlant, chaud bouillant et la trionité du rock'n'roll sera accomplie.

    Question méthodocité, c'est simple : deux minutes vingt secondes d'enfer sur terre, puis Ricky se tourne vers son ampli, vous dit merci, vous pensez que c'est terminé, vous maintiennent sur le grill depuis deux heures, mais il se retourne et c'est reparti pour la guerre des étoiles et trente-six chandelles. Vers la fin, ils esquisseront quelques slows sixties, en fait des maelströms d'orang-outan en colère ou de gorilles enragés qui vous convainquent définitivement de la haute nocivité rock'n'rolesque de la formation. L'on sent qu'ils ont du mal à arrêter, alors ils vous chaloupent deux Cochran titaniques, un Johnny B. Goode qui ressemble davantage à une invocation au mal absolu qu'au bien relatif, et pour le coup de l'étrier un petit Chat Rayé afin de vous griffer au visage une dernière fois, une cicatrice purulente en formation pour que jamais vous ne puissiez oublier cette soirée démonique. Ce qui tombe bien puisqu'il n'en était pas question.

    Damie Chad.

    MONTREUIL / 26 – 10 - 2019

    L'ARMONY

    THE RED RIDING / TONY MARLOW

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    Attention ce soir une soirée genrée, que des mecs, je ne parle que des musiciens, Alicia F qui a pris l'habitude de s'immiscer pour trois genialissimibus morceaux dans les sets de Tony Marlow est absente. Rien de grave, ou plutôt du très-grave, la demoiselle se prépare pour sa première apparition publique sous son nom, avec son propre band, ce sera au Quartier Général le samedi 2 novembre qu'elle lancera son offensive. Réservez votre soirée. Vous vous en voudriez tout le reste de votre existence – désormais déplorable – si vous ratiez l'évènement.

    THE RED RIDING

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    Accoudé au comptoir ne leur ai pas porté une attention manifeste pendant qu'ils s'installaient. Cinq sur scène, un véritable big band pour la petite surface sur laquelle ils s'activaient ferme. Pantalon noir, chemise extra-blanche rehaussée par la présence d'une fine cravate noire, peut-être pour cela en ai-je déduit avec un certain dédain qu'ils étaient un groupe de jazz, j'en ai même conclu que puisqu'ils étaient deux chanteurs nous allions avoir droit à d'interminables roucoulades onomatopico-scatiques.

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    Si un seul rayon de soleil éclaircit les nuages, les deux premiers coups de batterie m'ont fait me retourner dare-dare, jamais au grand jamais un combo-jazz ne débuterait par une entrée en matière si rock'n'roll. Il est des chemins sur lesquels reculer équivaudrait à se fourvoyer. Au premier fuzz de guitare il faut s'amender, nom de Zeus, The Red Riding nous a transportés dans le son typique des garage-bands américains des années soixante. Et sur ce, nos deux chanteurs se mettent à corner tels Sam and Dave. Et encore sur les deux premiers morceaux, ils se sont bien tenus, se sont contentés de se hurler dessus chacun leur tour, à croire qu'ils se disputaient pour savoir à qui reviendrait la dernière chips écrasée au fond du paquet égaré dans la poubelle publique, juste à côté du plastique entrouvert qui laisse entrevoir la crotte d'un chien galeux nourri aux croquettes anti-urinaires. A ce niveau-là, l'assistance a compris que l'on n'était pas en présence de ceux qui avaient inventé l'eau tiède, que le Seigneur recrache en signe de dégoût nous a enseigné la Bible.

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    L'affaire s'est totalement éclaircie lorsqu'ils ont changé de continent. Se sont parachutés dans les heures glorieuses de la perfide Albion, ont carrément sauté dans la gueule du volcan. My Generation des Who, rien de mieux pour marquer son identité, certes ils n'étaient pas nés en ces temps heureux, mais ils s'inscrivent dans cette mouvance inter-générationnelle qui a trouvé son graal dans cette renaissance historialo-européenne du rock. Question vocal, c'est le gueuloir flaubertien, quel plaisir, quelle faconde de bredouiller le ge-ge-ge initial, de le redoubler, de le quadrupler, de le quintupler, de le proliférer et de le disséminer, et de le déchiqueter afin d'en répandre les morceaux sur le public comme une ondée d'arsenic mortelle.

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    C'est le morceau idéal pour s'intéresser au bassiste, un vicieux notoire, non il ne regarde pas sous les jupes des filles, il fait pire. Pendant que Seb vous engraisse le riff, Yoann – si je ne me trompe point – fait son boulot de bassiste, rajoute du gras au gras double, il ne mérite aucun reproche, mais là où il faut lui voter une couronne de laurier, c'est à l'instant exact où Seb a terminé de vous écorcher avec son riff et qu'il se prépare à envoyer le suivant, Yoann lui rattache une suite, une espèce de grincement de poulie rouillée oubliée au haut d'un palan un soir brumeux sur le quai des bateaux fantômes dans un port perdu. Une horreur dantesque qui vous fait froid dans le dos et vous brûle les génitoires. Quant au batteur doit se prendre pour le tambour d'Arcole, vous bat le rappel des troupes sous la mitraille sans faillir.

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    N'est pas encore minuit mais le divine Gloria s'en vient rouler des ses hanches dévastatrices ce qui plonge nos deux cantaors en une fureur terrifique, le plus jeune en pique une crise d'épilepsie sur le devant de la scène, l'a les muscles tétanisés agités d'étranges soubresauts sans doute vaudrait-il mieux l'achever tout de suite surtout que son compagnon pousse des rugissements de triomphe comme le lion du cirque Pinder qui au sortir d'une longue crise psychanalytique a enfin surmonté son complexe de castrateur et a tranché net d'un seul coup de mâchoire le tête que le dompteur avait imprudemment aventuré dans sa gueule. Du coup notre auto-chamanisé empli d'une bestiale fureur incompressible s'en va hurler dans l'assistance, vraisemblablement à la recherche d'une autre victime propitiatoire.

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    Un tintouin de tous les diables. A leurs actes ils joignent la parole. Font des reprises mais ont aussi leurs propres morceaux. En français. Ne donnent pas dans le consensuel médiatique. Pas possible de les confondre avec les commentateurs patentés de la télé ou de la radio. Annoncent clairement la couleur, au rouge critique et au noir de rage, ils rajoutent le gilet jaune. Vif, genre soleil resplendissant. Des gars généreux qui n'hésitent pas adresser des mercis compassionnels aux bienfaiteurs de l'humanité que sont les banquiers et saint Medef Gattaz.

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    Dans la salle c'est le délirium pas très mince du tout. Ça jerke dur, une espèce de marée humaine montante et mouvante qui n'arrête pas de crier de plaisir. On les aurait bien cocoonner encore un peu nos bébés braillards, vagissants et vindicatifs, mais il se fait tard. Hélas, pourquoi les instants de bonheur ont-ils tous toujours une fin. Tout compte-fait je me demande si ce n'est pas la faute du Medef.

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    TONY MARLOW

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    L'on ne change pas une ambiance qui gagne. Vous avez eu le rock, et voici le rock'n'roll. The Red Riding ont allumé le feu, Tony Marlow et ses deux acolytes vont vous rajouter quelques bidons d'essence. Triche un peu le Marlou, l'a trois briquets magiques, Amine Leroy à la contrebasse, Fred Kolinski à la batterie, et sa guitare. Une duo Gretsch. Avec celle-ci vous iriez au bout du monde. Utile précision, il faut savoir s'en servir. Pas donné à tout le monde, mais à Marlow. Si. Sur le morceau d'introduction, RDV à l'Ace Café l'on a noté une migration de masse vers la scène, mais dès Around and Around, l'on a senti que l'on changeait de dimension. Plus un centimètre carré de libre, Thierry Lerendu à qui vous devez les photos qui accompagnent cette chronique a été obligé d'élire pratiquement domicile fixe sur l'estrade pour avoir la possibilité de prendre ses clichés, ailleurs la houle des corps l'empêchaient d'officier.

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    Amine est Leroy de la Big mama. Vous lui file de ces gifles pour qu'elle marche droit que seriez prêt à porter plainte. Mais vous réfrénez votre indignation car vous retirez un tel plaisir de cette redondance sonore que vous ne voudriez pas vous en priver. Par contre lui, Amine il est incapable de rester droit, l'est emporté par des rages subites de remuements frénétiques, un peu comme si la grande horloge du salon devenait folle et que vous voyiez son pendule osciller à tout rompre dans le seul but de presser le temps et de hâter votre mort. Vivre vite et mourir jeune a dit James Dean, l'on n'est pas obligé de suivre ce prétexte, il y a encore tant de merveilles à admirer dans le monde maudit du rock.

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    Les doigts de Tony. De véritables accapareurs, de regards, il y a du sadisme chez Marlow, cette façon de vous poser son instrument sous les yeux et de vous prouver qu'il joue cartes sur table, sans filet, tout à portée de la main, et ce léger recul du corps, ou cette légère voussure de sa haute stature aussitôt rehaussée tandis qu'une luisance de contentement traverse fugitivement son regard d'aigle. Et le public exulte de cette moirée de notes qui vous assaillent et vous cisaillent l'âme. Ce soir c'est la fête du rock'n'roll, le bal des ardents pionniers, les débridées si adroitement chaloupées du grand Chuck, et deux magnifique hommages à Gene Vincent qui poussent l'extase de la foule à son comble, un fabuleux Going home recouvert de clameurs et le Quand Cliff Galoppe dans lequel Tony nous donne une démonstration de la naissance de la guitare rock'n'roll, cette façon sans pareille que Cliff a eu de marier la rythmique country aux dégradés éblouissants de Django Reinhart, le marlou vous explique l'inexprimable, vous conte la magie de cette fusion originaire d'une manière si exemplaire qu'il vous semble être présent aux côtés de Cliff chez Capitol en 1956.

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    Une troisième maître, je ne parle pas de Buddy Holly représenté par son Blue day, black night aux contours trop doucereux à mon avis, mais à l'autre pionnier, bien de chez nous, Tony le Marlou qui depuis quarante ans s'est attaqué à une relecture transcriptive de l'earlier rock'n'roll, mid fifties, mid sixties, et à son oeuvre originale, ces nouveaux classiques que sont R'n'R Princess, Miss Brighton, Le garage, et quelques autres qu'il n'aura pas le temps d présenter ce soir, et que là il a interprétés avec une munificence orchestrale – je précise qu'ils ne sont que trois instrumentistes – sans précédent. Fred Kolinski impérial dans sa façon de distribuer le passage entre guitare et contrebasse, s'est carrément placé à la croisée du chemin, dans la cabine d'aiguillage, et l'on a entendu le moutonnement de la guitare, comme lorsque le troupeau se trouve subitement arrêté et que les brebis se tassent, s'entassent, se pressent, montent et culminent les unes sur les autres et que la contrebasse pousse les jappements des chiens qui remettent de l'ordre dans ce basculement effarant. Fred a cette frappe qui se retranche d'elle-même pour mettre en avant le travail de ses acolytes, sans lui il n'y aurait ni harmonisation synthétisante, ni ces brusques coulées de lave dévastatrice selon qu'il ferme ou ouvre le passage, qu'il marie les deux courants ou les sépare par la cadence sourcilleuse de sa pulsation, il voit le problème et il le résout. Vigilance, esprit de décision et vitesse de réaction sont les trois mamelles de l'induction kolinskienne.

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    Tony invite Pascal à monter sur scène pour présenter sa cigar box et donner une petite démonstration en duo, un son un peu plus grêle que la Jet de Tony mais idéale pour les parties de slide, z'avez l'impression qu'il agite de fines feuilles flexibles de métal. S'adonnent tout deux à un blues balancé de Jimmy Reed et Pascal outre sa virtuosité démontre qu'il possède une belle voix rauque qui convient parfaitement à ce genre de morceau.

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    La lumière clignote, personne ne tente de comprendre la clarté pas du tout intermittente du message. Il est près de minuit et l'extinction des feux était prévue pour vingt-trois heures. Rachid vient rappeler la rude loi municipale, mais tout le monde implore un dernier morceau. Ce sera Get Crazy, un pousse-au-crime, que Tony fera durer un bon quart d'heure, avec des hauts et des bas, des houles et des contre-houles, l'assistance frise la folie collective, et il faut reconnaître que c'est une chance de n'avoir pas été tous en groupe embarqués pour Sainte Anne.

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    Damie Chad.

    ( Rendons à Thierry Lerendu le crédit de ses superbes clichés,

    plein d'autres sur son FB )