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rockambolesques - Page 3

  • CHRONIQUES DE POURPRE 479 : KR'TNT ! 479 : FLASHBACK / BACK FROM THE CANIGO / ROCKABILLY GENERATION + BIG BEAT STORY / VINCE ROGERS' LONG BOX 2 / ROCKAMBOLESQUES

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 479

    A ROCKLIT PRODUCTION

    FB : KR'TNT KR'TNT

    08 / 10 / 20

     

    FLASHBACK / BACK FROM THE CANIGO

    ROCKABILLY GENERATION + BIG BEAT STORY

    VINCE ROGERS' LONG BOX / ROCKAMBOLESQUES

     

    Flashbackdoor men - Part One

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    Pendant quelques temps, Flashback a participé à la grande surenchère fanzinarde pour gens riches, c’est-à-dire ceux qui collectionnent les disques rares des années soixante-dix, et pour être plus précis, les disques dont personne ne voulait à l’époque. May Blitz ? Ha ha ha ! Mighty Baby ? Ho ho ho ! Aujourd’hui, les ceusses qui les veulent doivent sortir plusieurs billets de 100. Ah comme le destin peut être cruel !

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    Au niveau look, Flashback se positionnait comme le concurrent d’Ugly Things, se présentant sous la forme d’un gros dos carré format A4 de 200 pages imprimé sur couché brillant, c’est-à-dire bien tape à l’œil, alors que Mike Stax veille à imprimer Ugly Things sur un bouffant bas de gamme, pour conserver le chic de zine. Paru en 2012, le numéro 1 de Flashback proposait un article de 20 pages sur Mad River et un autre tout aussi consistant sur Fanny. Mais c’est un autre article qui avait poussé à l’achat, une sorte de panorama consacré à des guitaristes intéressants et le plus souvent méconnus. On lisait en couverture ce titre ronflant : «The 100 most under-rated guitarists of the 1960s & 70s.» Et pour une fois, l’article ne vendait pas du vent, puisqu’on tombait sur des gens comme Paul Rudolph, Joe South, Eddie Phillips, Randy Holden et Johnny Echols, pour n’en citer que cinq des plus connus.

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    Alors évidemment, ce genre de panorama ouvre l’appétit. C’est même la porte ouverte à tous les excès et à ces violentes crises d’aventures comparables à celles qui secouaient jadis les porte-monnaie comme des carcasses de tuberculeux. Pour utiliser une autre métaphore, le jeu consiste à creuser un filon. Dans le cours de sa brève existence (12 numéros), Flashback va d’ailleurs se spécialiser dans ce type de dossier-filon, tapant dans des thèmes aussi alléchants que le hard rock des années soixante-dix (pas le métal, mais ce qu’on appelait le rock hard, Atomic Rooster, Dust et tous ces cultivateurs de heavyness sonique) ou encore les songwriters, dont la grande majorité sont totalement inconnus en Europe.

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    L’un des guitaristes fêtés dans le top 100 des under-rated est l’immense Martin Pugh, qu’on peut entendre dans Armageddon et Steamhammer. Aaron Milenski synthétise ainsi : «Armageddon is a lost classic of 70s hard rock guitar, on which Pugh plays with remarquable speed and precision. Imagine if Robert Fripp played straightforward hard rock and you have half the picture.» Il est important de préciser qu’Armageddon était une sorte de super-groupe monté par l’ex-Yardbird Keith Relf, Martin Pugh et Bobby Caldwell, transfuge de Captain Beyond et ex-batteur de Johnny Winter. Le quatrième larron s’appelait Louis Cennamo, un mec qu’on croise aussi dans Colosseum, Renaissance et Steamhammer.

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    Alors évidemment, Armageddon est un album qu’il faut écouter. Paru en 1975, il s’est noyé dans la masse. Martin Pugh y joue le rôle d’un sorcier du son. On sent la très grosse équipe de surdoués. Sur la pochette, on les voit allongés dans les gravats, mais ils se comportent comme des princes du prog. Pugh plugs it ! Il vrille des torsades définitives dans «Buzzard». Il joue son va-tout, il enfile ses prises de guerre, par derrière et par devant. Il y a quelque chose d’indiciblement barbare dans son jeu. Keith Relf chante comme un hippie. Fini le temps des Yardbirds. Il navigue au long cours, comme s’il suivait la mode. Avec «Paths & Planes & Future Gains», Martin Pugh nous réveille à la cocotte. Il profite de ce groove demented pour ramener toute sa viande. Il fait la loi dans ce cut et part en virée abominable. Il fait le show. On le retrouve en B dans «Last Stand Before», une sorte de rumble de rêve. Pugh joue en embuscade. Puis Armageddon nous propose un long cut intitulé «Basking In The White Of The Midnight Sun» et découpé en quatre épisodes. C’est ce prog bien musclé qu’on détestait tant à l’époque. Pendant que Bobby Caldwell bat ça sec et net, Pugh part en traître et balance quelques retours de manivelle. Il joue en force et Bobby frappe comme un sourd, alors ça prend une drôle d’allure. On les voit piquer une crise et s’emballer avec Basking. Keith rime nights avec rights et Pugh joue des accords liquides. Il se paye aussi une belle partie de wah dévastatrice, il surjoue son riffing et bat tous les records d’insistance. Et ça explose avec la reprise de Basking. On entend même des clameurs d’éléphants, Pugh joue comme un dératé, ça frise le funk et le génie rétributif.

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    Pugh s’était acoquiné avec Martin Quittenton pour monter Steamhammer, l’un des fleurons du Bristish Blues Boom. Leur premier album sobrement titré Steamhammer date de 1969, qui est l’année du grand cru : Fleetwood Mac, Chicken Shack, Bluesbreakers, Savoy Brown, tout le monde s’y est mis en même temps. C’est avec «Junior’s Wailing» que Steamhammer emporte la partie, Pugh rue avec Quittenton en contrepoint et ce diable de Kieran White chante au bon gras double. Quitt et Pugh plient bien leur plug. L’autre stand-out track, «You’ll Never Know», bascule dans la démesure du boogie blues de l’époque et se montre digne du fameux «Stumble» de Peter Green. «Splendid boogie woogie rocker», nous dit Chris Welch. Pugh virevolte dans tous les coins. On salue aussi «She Is The Fire», car ce dingue de Pugh s’en va jouer dans des stratosphères, il va y chercher l’écho de la hargne et revient wahter en état de grâce. Kieran White chante avec l’insistance d’un Ian Anderson. On sent chez eux un goût pour la heavyness, celle des Doors, notamment dans «Even The Clock». En matière de boogie rock, ces mecs restent aussi imprenables qu’un fort de Vauban, c’est en tous les cas ce que montre «Down The Highway». Ils trempent aussi dans le heavy blues, comme le font tous les groupes anglais de l’époque, dommage que la voix de Kieron White soit si impersonnelle. Il ne dispose pas du feeling d’un Stevie Marriott ou d’un Chris Farlowe. Ils terminent avec un heavy boogie infectueux, «When All Your Friends Are Gone». C’est là où ils excellent. Pugh brille au firmament.

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    MK II paraît la même année et c’est avec l’infernal «Contemporary Chick Con Say» qu’ils font la différence. C’est bardé de son et du meilleur. Pugh donne de la voile, c’est le boogie blues à l’Anglaise comme on l’aime, ils jettent un sax free dans la soupe et ça devient assez féerique, il faut bien l’admettre. Pugh est un joli démon souriant, il pulse tout ce qu’il peut. Mais on sent dans les premiers cuts de fortes tendances prog. Ils emmènent leur «Johnny Carl Morton» ventre à terre, tagada tagada voilà les Morton. Ils perdent le blues en route. Ils vont même jusqu’à ramener une flûte dans «Turn Around», une flûte à la Tull, pas celle d’Hollande, celle d’Aqualung. C’est une façon comme une autre de ruiner un album. Ça se dégrade encore avec «6/8 For Amiran», d’autant plus que Kieran White chante comme Aqualung. Ils font une espèce de goove prog chauffé à l’harmo et battu à la diable. On reste dans Aqualung en B avec «Passing Through». Pugh joue dans l’air du temps. Ils nous embarquent ensuite dans un «Another Travelling Tune» de 16 minutes, mal barré car amené à la flûte de Fellini, dans les ténèbres de l’antiquité. Le cut porte bien son nom car il descend ensuite faire le Louisiana shuffle à la Nouvelle Orleans.

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    On retrouve le Tull syndrome sur leur troisième album, Mountains, qui date de 1970. Heureusement que Pugh crève l’écran avec sa guitare, ce que montre très vite «Levinia». Pugh jazze ça à l’insistance. Il s’inscrit encore dans la jazzitude avec «Henry Lane». Ils échappent définitivement au moule à gaufres du Bristish Blues. Ce diable de Pugh replugue ses grandes ardeurs, il allume son cut comme les lampions d’un bal du 14 juillet. On reste dans l’excellence avec «Walking Down The Road». Il s’y niche un solo de percus digne de Art. Ces mecs sonnent comme des géants du rock anglais. Le morceau titre sonne plus prog, mais avec Pugh, il faut rester sur ses gardes, car il livre en douce des merveilles grelottantes. Il monte son son en mayo. Il s’arrange toujours pour rester présent dans le son du Hammer. Il faut le voir jouer ses espagnolades dans le devant du mix du «Leader Of The Ring». Il travaille son «Riding On The L&N» au corps. Il est partout, liquide et acerbe, c’est un fiévreux, un acariâtre, il part en petite vrille de vigne, il multiplie les encorbellements, c’est violent, bien contrebalancé par cet immense batteur en instance de mourir qu’est Mick Bradley. Steve Davy joue un bassmatic killer flash. Pugh finit par reprendre les rênes, c’est un driver de mad river, il peut foutre le feu à la plaine quand ça lui chante, il peut même battre Fast Eddie Clarke à ce petit jeu, il fait du big Pugh, flirte avec l’inclassable, il vole partout et entre en osmose avec le beat rebondi de Steve Davy. Ils terminent cet album ébouriffant avec «Hold That Train», un boogie blues à la Chicken Shack. Fantastique burning shaft ! Ils rivalisent de power avec les grands groupes anglais de l’époque.

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    Quand ils enregistrent Speech, la même année, ils ne sont plus que trois : Pugh, Michael Bradley et Louis Cennamo. Ils s’engagent alors sur la voie du non-retour. Ils savent qu’ils sont cuits, qu’ils ne reviendront jamais. Tu veux du prog ? En voilà ! «Penumbra» est un long cut en cinq parties et dès Battlements, Pugh bat la campagne. Il faut rester à l’écoute, par respect pour cet homme capable de grands élans charismatiques. Pugh se montre une fois de plus acéré, il sait faire durer une plaisanterie assez longtemps. Le deuxième cut «Telegram» dure 11 minutes. Pugh débroussaille sa prog à la cisaille. On se demande ce que fout un guitariste aussi génial dans ce projet. Il réussit quand même à tétaniser les curieux.

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    Autre lauréat de Flashback : Gary Quackenbush, le guitar-slinger de SRC, l’un des fleurons du Detroit Sound. Voilà ce qu’Aaron Milenski dit des albums de SRC : «The two first SRC albums are among the most enduring semi-obscurities from the pscych era, and in complete different ways. The debut has the most ear-piercing fuzz guitar ever (through fuzz is the wrong word - screech might be better), miles more brain-frying than tinnitus-causing than, say, Sympathy For The Devil.» En gros, Milenski explique que la guitare de Quackenbush fait bien plus de dégâts dans les oreilles que Sympathy For The Devil et que le son tient plus du hurlement que de la fuzz.

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    Précision important, SRC (the Scott Richardson Case) est le groupe de Scott Richardson, l’un des pionniers du Detroit Sound, puisqu’il fit partie des Chosen Few, le premier groupe de Ron Asheton. Il fut même question à l’époque de monter un groupe avec Iggy on drums, Ron on bass et Scott au chant. Alors effectivement, on entend de la belle hurlette de fuzz sur le premier album de SRC qui s’appelle SRC. «Onesimpletask» ravira tous les amateurs de fuzz. Quackenbush y passe un solo pour le moins carnassier et développe une réelle violence de fuzz. Mais pour le reste, on repassera. Ces mecs visent un son très anglais, assez prétentieux. «Black Sheep» et «Daystar» frôlent un peu le ridicule. Leur anglophilie les perd. Étrange idée que d’aller faire de la pop anglaise dans le Michigan. Dommage, car les poussées de fièvre de Quack sont bonnes. «Exile» frappe par son côté pathétique. British mais sans les moyens des British. Cette pâle émancipation se fourvoie. Les mecs du MC5 devaient s’écrouler de rire en entendant ça. Scott Richardson finit même par chanter faux dans «Marionette». Ils se prennent pour les Hollies dans «Paragon Council» et génèrent de l’ennui avec «Refugee».

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    Par contre, Milestones qui paraît l’année suivante est une petite merveille. Ils attaquent avec «No Secret Destination», un big bush de Motor Ciry et ce diable de Quackenbush s’y tape la part du lion dans un délire de fuzz saturée. Ah quel beau guitar slinger ! Il joue dans la ferveur frénétique et repart en maraude comme un requin absolutiste. Il ne joue pas beaucoup de notes, mais il les tire toutes par les cheveux, alors elles hurlent. S’ensuivent deux cuts extrêmement intéressants, «Show Me» et «Eye Of The Storm». On sent qu’ils écoutent Procol car ils ramènent les pompes du Grand Hôtel dans «Show Me», mais avec Eye, ils vont droit sur Bo, même si ensuite ils passent à la prog noyée d’orgue. Dommage que Quack soit muselé. C’est une honte que de museler un guitar slinger aussi brillant. Il fait quand même son apparition et donne un aspect très nourrissant à l’album. C’est bardé de son et ils finissent par emporter la partie. Avec «In The Hall Of The Mountain King/Bolero», ils frisent le Hall Of The Montain Grill et se tapent un délire de type Love Sculpture. Ils savent se donner les moyens du power. «Checkmate» sonne comme un violent shuffle du Michigan. Tout est violent ici, surtout le bassmatic et les nappes d’orgue. Alors si Quack s’y met, c’est foutu. Au début, on ne se méfie pas. Ils amènent leur cut au riff intermittent bien brouté par le bassmatic et soudain, ça grimpe à l’unisson du saucisson avec des harmonies vocales dignes de celles de Hollies ! Pire encore : le bassmatic emblématique transfigure complètement le shuffle d’orgue. Quack choisit bien son moment pour entrer dans la danse du sabre de roundabout. Ces mecs réussiraient à passionner la passionaria. Tout aussi bien foutu, voici «Our Little Secret», même si ça sonne comme la prog de Canterbury. Quack sort enfin du bois avec «Turn Into Love». Il est à la fois puissant et succulent. Avec des cuts aussi bons, SRC aurait dû exploser. Et ça continue avec «Up All Night», big blast du Michigan britannique. Ils basculent dans le freakout et filent à fantastique allure. Les voilà grimpés au sommet de tous les arts, l’anglais et l’américain, avec un Quack en franc-tireur et une section rythmique démentoïde. Ces mecs sont les rois de l’alerte et du rebondissement cataplasmique. Quack, c’est Poséidon, il envoie des paquets de mer. Il faut le voir jouer !

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    Par contre, il ne joue pas sur le troisième album de SRC, Traveler’s Tale. Il est viré et remplacé par Ray Goodman. Mais on peut quand même écouter Traveler’s Tale, ne serait-ce que par sympathie pour Scott Richardson. Ils démarrent avec « A New Crusader», un vieux brouet d’inutilité publique. Scott Richardson tente de sauver le bout de gras de «Street Without A Name» en chantant comme un cake, mais leur délire de prog anglaise a du mal à s’implanter. Scott Richardson aimerait bien rocker le Michigan avec «By Way Of You», mais il préfère le psyché, avec un Ray Goodman qui fait son Quack dans la coulisse. Puis ils passent au funk avec «Diana». Ils reviennent à leur chère prog avec «The Offering», une belle daube violonnée à la suce du Michigan. C’est très spécial. SRC ne prend pas les gens pour des cons, ils font ça bien, ils tirent leur cut au cordeau de la prog, on se croirait chez Queen, c’est atrocement spécial. Scott Richardson se prend pour un Iggy anglais et bat ses œufs en neige du Kilimandjaro.

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    En l’an 2000, RPM s’est fendu d’une petite compile, Black Sheep. L’occasion est trop belle de réécouter ces incompris du Michigan. Dans son très beau texte de présentation, Phil Smee rappelle que Detroit est le hot bed du hard rock and Soul, d’un côté les Temptations et de l’autre Mitch Ryder, les Rationals et Bob Seger & the Last Heard. Quand Scott Richardson et les deux frères Quackenbush montent SRC, il enregistrent un premier single sur le label A de Jeeps Holland, une version d’«I’m So Glad» de Skip James. Mais à la différence du MC5 qui choisit de blaster son son, SRC choisit l’autre direction, celle plus anglaise d’un son travaillé. Smee résume le son de SRC ainsi : «Anglicised vocals and searing bursts of Gary Quackenbush magic.» (chant à l’anglaise et coups de grisou de Quackenbush). Smee rappelle aussi que Quackenbush ne joue pas beaucoup de notes, mais qu’il les soutient with some magnificent feedback. Malgré leurs trois albums et un son bien distinctif, SRC ne connaîtra pas le breakthrough qu’ont connu les siblings de Detroit, MC5, Stooges et Mitch Ryder. Le morceau titre de la compile enfonce bien le clou réputatif de Gary Quackenbush : il sort un son strident et poignant. C’est un féroce tirailleur, mais pas sénégalais. Il tire ses notes à la distorse, il joue comme un percolateur, une note à la fois, bien chauffée à blanc. Avec «Interval», un joli vent de fuzz souffle sur la montagne. Quackenbush adore rôder dans le vent. On croirait entendre les Byrds avec le son d’Eden Children. S’ensuit un «Checkmate» assez puissant et bien monté en grade. SRC sort un son atypique bien dégrossi et poliment ambitieux. Ils jouent la carte d’une pop chamarrée, ultra-jouée et bien bombée du capot. S’il faut garder un cut en mémoire, ça pourrait bien être «Daystar», poppy avec des variations de prog traversées d’éclairs. On croirait entendre les Who ! C’est un compliment. On peut dire globalement qu’ils jouent une pop entreprenante avec une énergie qui pourrait éventuellement rappeler celle du MC5. Ils n’hésitent pas à noyer leur pauvre «Paragon Council» d’orgue. On se croirait cette fois chez Syd Barrett. Très spécial. On entend en plus le joueur de fifre d’Édouard Manet. Scott Richardson fait des merveilles dans «Turn Into Love», une espèce de heavy slow fantasmatique. Par contre, il se prend pour Roger Daltrey avec «Our Little Secret». Ils font pas mal de pop ambivalente, parfois même inepte. Ils cherchent trop à sonner comme des Anglais et ça ne marche pas. Ils reviennent à de meilleurs sentiments avec «No Secret Destination», battu sec à la loco, avec du heavy brash along the way. Voilà les gars du Michigan, avec un vrai moment de folie. Gary Quackenbush repart en maraude, et quand il part en maraude, c’est une vraie maraude. Puis il allume «Up All Night» au guitar power. Quack casse la baraque. Il taille son shit en pièces. Il devient le temps d’un cut le roi du sludge.

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    Et puis voilà Dick Wagner, l’un des piliers du Detroit Sound. Aaron Milenski qualifie le premier Frost album de missing link between garage rock and 70s hard rock. Milenski dit aussi que le style de Wagner was ahead of his time. Il parle de hard-edged 70s-style hard rock guitar playing et le solo qu’on entend dans «Stand In The Shadows» is one for the ages. Frost Music paraît en 1969. Dick Wagner y révèle un vrai talent de faussaire : il fait du faux British rock, du fake English, comme on dit de nos jours, avec notamment «Mystery Man», où il fait sonner les Frost comme les Beatles avec un beau swagger de Liverpool et des attaques frontales dignes de Sgt. Pepper. C’est superbe, d’autant plus superbe qu’ils le chargent de son jusqu’au délire. «Mystery Man» est le hit de l’album. «Jennie Lee» sonne aussi très anglais. Dick Wagner joue en mode vif argent, il court dans le son comme le furet. Par contre, ils se prennent pour les Byrds avec un «Take My Hand» qui rappelle «Eight Miles High». Dick Wagner ne se dégonfle pas, il nourrit ses ambitions. Pire encore : il les gave comme des oies. Comme si de rien n’était, les Frosters redeviennent américains en B avec «Baby Once You Got It», ils sonneraient presque comme Moby Grape, surtout dans la façon dont Dick Wagner tortille ses tortillettes. On croirait entendre Jerry Miller. Puis il va se taper la part du lion dans «Stand In The Shadows». Il y joue l’un des solos les plus captivants et les plus dévorants de cette époque pourtant bien fournie en la matière. Dans la plupart des cuts, Dick Wagner grouille de notes et s’arrange toujours pour sortir un son intéressant, assez psychédélique, comme le montre «First Day Of May». Les Frosters bouclent leur bouclard avec un «Who Are You» plus pop, quasi-élégiaque, ils font dirons-nous du who are you à l’Anglaise émancipée et basculent sans raison particulière dans un groove digne des Byrds. On peut affirmer sans rougir que cet album très joué, très enjoué et très chanté vaut le détour.

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    La même année paraît le simili live Rock And Roll Music. L’album est censé singer l’album live du MC5 enregistré au Grande Ballroom, avec le même genre de photo-montage sur la pochette. «Rock And Roll Music» chauffe bien, mais ce n’est quand même pas aussi incendiaire que le MC5. Ils vont ensuite s’employer à briser les reins de leur album avec des cuts qui n’ont plus rien à voir avec le Grande Ballroom, comme ce «Sweet Lady Love» très californien. On croit entendre Moby Grape, du coup les Frosters perdent tout leur crédit detroitique. Ils font aussi un sous-Blackbird avec «Linda» et retournent en Californie avec «Black Train». Back to the Grande avec «Help Me». Ce démon de Dick Wagner secoue bien les cloches de ses gammes. En B, on trouve un peu de viande, à commencer par cet exercice de heavy blues typique de l’époque, «Denny’s Blues», avec deux solistes qui rivalisent de dégoulinures. La voix du chanteur rappelle celle de Robert Plant. Puis ils rendent un bel hommage aux Animals avec une cover de «We Got To Get Out Of This Place». Dick Wagner trame bien sa trame, il joue les virtuoses et multiplie les triangulations oblongues à travers l’espace et le temps, mais un solo de batterie vient tout réduire à néant.

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    Avec Through The Eyes Of Love, leur troisième album paru en 1971, ils affichent clairement leur anglophilie. «Black As Night» sonne très british. On croirait entendre les Beatles, avec ce côté bien vibré du chant et les dérapages contrôlés. Ils sont aussi anglophiles que SRC. Ils tentent même le coup d’un final à la Hey Jude. Le morceau titre sonne comme un brouet prog et brise les reins d’un album déjà pas très solide. Ils repartent en B avec «Maybe Tomorrow», une pop volumineuse gonflée au carbone US et se vautrent aussitôt après avec cet «It’s So Hard» aussi inepte que mal chanté par le bassiste Gordy Garris. Ils terminent cet album lamentable avec «Big Time Spender», un heavy blues guttural sauveur d’album. Dommage qu’ils n’aient par tout misé sur ce son, d’autant que Dick Wagner y passe un beau solo exacerbé.

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    Il n’est pas étonnant qu’avec sa technicité exacerbée, Dick Wagner ait ensuite mené une carrière à la mode américaine, c’est en tous les cas ce qu’il nous raconte dans son autobio, Not Only Women Bleed, clin d’œil à un hit d’Alice Cooper. Il propose une série de petits textes indépendants qui ont le mérite d’être faciles à lire et le défaut de rester en surface. Les vignettes font souvent bon ménage avec le manque de souffle. Après avoir failli décrocher la timbale avec Frost et Ursa Major, Dick Wagner est allé s’accoupler avec Steve Hunter pour accompagner Lou Reed pendant la période Rock’n’Roll Animal, puis Alice Cooper. Wagner ne consacre pas beaucoup de place à la scène de Detroit. On trouvera juste une vignette intitulée ‘The Grande Ballroom’, dans laquelle il énumère les groupes de ce qu’il appelle Detroit’s finest : the MC5, the Frost, Ted Nugent, Iggy & the Stooges, the Jagged Edge, Bob Seger, Mitch Ryder, SRC, the Amboy Dukes, the Rationals, Third Power, the Pleasure Seekers (featuring the Quatro sisters), Savage Grace, the Wilson Power Pursuit et d’autres Michigan bands. Pas un mot sur Motown.

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    D’un autre côté, on peut se demander pourquoi Frost n’a pas marché. Oh la réponse est simple : Dick Wagner est un queutard. Il s’en vante à longueur de vignettes. Comme tous les queutards dignes de ce nom, il s’amuse à baiser les femmes des autres membres du groupe - Bastard? Me? Maybe. But never forget, it takes two to tango - Il utilise le même argument que Lemmy qui lui aussi baisait les femmes des mecs d’Hawkwind. Il ne les forçait pas. Wagner rappelle surtout que Frost était énorme dans le Michigan entre 1967 et 1970. Il rend un bel hommage à son collègue Donny Hartman, le moustachu qu’on voit sur la pochette de Rock’n’Roll Music. Mais il ne rentre pas trop dans les détails. Il consacre plus de place à son groupe précédent, the Bossmen et au légendaire rockab Mack Vickery, qu’il accompagnait encore avant les Bossmen. Il évoque surtout le guitariste de Mack Vickery, Wild Bill Emerson, un mec originaire d’Alabama qui tirait ses cordes longtemps avant Jim Hendrix. C’est en tournant dans les clubs avec Vickery que Wagner s’initia à ce qu’il appelle the casual sex and booze and reckless behavior. Ses vignettes sont bourrées de sex & drugs. Il a aussi la chance à ses débuts d’accompagner sur scène Jerry Lee qui est en tournée dans le Michigan. C’est là qu’il apprend sa première grande leçon : comment vend-on un show au public ? Jouer correctement de son instrument ne suffit pas : il faut aussi savoir embarquer le public. Merci Jerr. Puis après Frost, il monte Usa Major avec Greg Arama, le bassiste des Amboy Dukes - a blessing and a major headache - et Rick Mangone qu’il considère comme l’un des meilleurs batteurs d’alors. Dennis Katz de RCA les signe, ils font un album et jouent en première partie de Beck Bogart & Appice puis d’Alice Cooper. Mais Wagner et Arama ne s’entendent pas. Wagner le vire. Dans une autre vignette, Wagner raconte qu’il passe une audition pour Danny Sugerman qui veut monter un super-groupe avec Iggy et Ray Manzarek. Wagner connaît un peu Iggy, mais sans plus. Ils démarrent l’audition sur une nouvelle compo d’Iggy, mais on ne sait pas laquelle. Par contre, Iggy enlève son pantalon et tripote sa queue pendant qu’il chante. Ça ne plaît pas à Wagner. Il dit à Sugerman que le job de n’intéresse pas. Il préfère retourner accompagner Alice Cooper. Chacun ses choix, pas vrai ? Après, il ne faut pas s’étonner des résultats.

    Signé : Cazengler, Flashberk

    Martin Pugh :

    Armageddon. ST. A&M Records 1975

    Steamhammer. Steamhammer. CBS 1969

    Steamhammer. MK II. CBS 1969

    Steamhammer. Mountains. B & C Records 1970

    Steamhammer. Speech. Brain 1970

    Dick Wagner :

    The Frost. Rock And Roll Music. Vanguard 1969

    The Frost. Frost Music. Vanguard 1969

    The Frost. Through The Eyes Of Love. Vanguard 1971

    Dick Wagner. Not Only Women Bleed. Desert Dreams 2012

    Gary Quackenbush :

    SRC. SRC. Capitol Records 1968

    SRC. Milestones. Capitol Records 1969

    SRC. Traveler’s Tale. Capitol Records 1970

    SRC. Black Sheep. RPM Records 2000

    Flashback. Issue 1 - Spring 2012

     

    Canigo ronron

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    Ce fut un soir de janvier dernier que nous vîmes apparaître pour la première fois cette mystérieuse pochette d’album. Nous nous trouvions au Taquin, un club toulousain d’excellente réputation et nous surprîmes un étrange manège : dans un recoin noyé d’ombre, L. remit discrètement à G. un grand sac en plastique. G. en fit sortir cet album mystérieux pour l’observer. Son visage parut s’éclairer. À cette distance, nous ne pouvions lire le titre écrit en tête de format, mais le visuel coloré agaçait férocement la curiosité. Il s’agissait visiblement d’un objet sacré. L’envie de poser la question nous brûlait les lèvres, mais en même temps, la qualité de notre relation n’eut pu souffrir la moindre question indiscrète. Et puis le concert allait commencer. Nous revint alors cette phrase de Cocteau : puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur.

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    Le mystérieux objet allait réapparaître quelques semaines plus tard de façon totalement inopinée. Il s’agissait du genre d’événement qu’on appelle dans l’underground un moment historique : le dernier radio show de G. sur Canal Sud, une émission de 4 h 30 ininterrompue. G. y raconta son histoire musicale, celle d’une vie de fan bien remplie et nous régala d’un choix de titres triés sur le volet. Une sorte de testament électrique. Une véritable leçon de goût. Une ode à l’énergie et sans doute l’un des plus vaillants hommages jamais rendus à cette culture qu’on nomme communément le garage. Vers la fin du show, il fit mention de groupes obscurs originaires de Perpignan et en enchaîna quatre d’entre-eux, les Gardiens du Canigou, les Beach Bitches, les Vox Men et the Feedback. L’énergie que déployaient ces groupes obscurs créa la surprise et mit les sens en alerte. Quel était donc ce subterfuge ? Par la seule qualité de leur son et une fraîcheur de ton qui ne trompait pas, ils raflaient tout simplement la mise. Quelques artistes vinrent ensuite chanter en direct des classiques dans les micros, et après trois morceaux de Destination Lonely, G. termina son ultime tournée des grands ducs avec les Gardiens du Canigou.

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    Confronté à ce qu’il fallait bien appeler une révélation, nous menâmes l’enquête dès le lendemain. À la suite d’une petite série de clics habiles, la réponse apparut sur l’écran. «Vive la technologie !», s’exclama-t-on en voyant apparaître le visuel mystérieux aperçu au Taquin. C’était donc ça ! Nul doute que Rouletabille eut adoré ce type de dénouement ! Les Gardiens du Canigou, les Beach Bitches, les Vox Men et The Feedback sortaient tous de Back From The Canigo, un double album compilatoire qu’on pouvait aussi commander par voie électronique. La technologie eut-elle disposé d’une main, l’aurait-elle tendue qu’on l’eût serrée, comme on serre la main d’un brave homme avec effusion.

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    Vous comprendrez facilement que le jour où le Canigo arriva fut jour de fête. Nous levâmes notre verre à la mémoire d G. et le «Sweet Crying Baby» des Gardiens du Canigou se mit à résonner dans le salon. Nous n’avions pas rêvé, les Perpignanais proposaient un garage d’orgue hautement énergétique digne des 13th Floor Elevators. D’une certaine façon, le mystère restait entier : d’où sortaient ces gens-là ? Pour le savoir, il suffisait d’ouvrir le gatefold : un collaborateur de Dig It! y racontait dans le détail l’histoire de tous ces groupes. Deux noms se détachaient rapidement, celui de Lionel, futur Limiñana, et celui de Giom, cet excellent chanteur qui allait passer d’un groupe à l’autre en cultivant l’excellence, comme d’autres cultivent les betteraves. Une photo du Lionel jeune le montrait le visage penché sur une guitare Vox Phantom. Giom animait ensuite le joli ramdam de «Cooking Time With The Devil» d’une voix innocente. Les trois morceaux des Gardiens du Canigou n’en finissaient plus de confirmer le ressenti de la première écoute : petite garage certes, mais belle prestance et mise en place irréprochable. Les gardiens du Canigou allaient ensuite se transformer en Beach Bitches et continuer de défrayer la chronique avec des «Crank» et des «Tansylvanian Train» hautement énergétiques. Il existait aussi un groupe joliment baptisé Ugly Things, dont le chanteur avait une voix nettement moins intéressante que celle de Giom. On retrouvait les vestiges des Gardiens du Canigou et des Beach Bitches dans the Feedback. Avec «She’s So Fine», ils rendaient un bel hommage aux Stooges en copiant les accords de «1969». Et leur «Teenage Caveman» valait n’importe quelle charge de cavalerie des Gories. On assistait plus loin au retour des Elevators dans le «Midnight Trouble» des Vox Men, emmenés par Lionel Limiñana, un morceau largement arrosé de fuzz et doté de tous les atours de la démesure. On retrouvait l’inaltérable Giom dans les excellents Toxic Farmers et il profitait de «(You’re The One I) Love» pour se livrer en virtuose à un numéro de screamer fou. De fil en aiguille, Giom se détachait du lot. Il s’imposait comme le prince de l’underground perpignanais. Et puis comme dans tous les labyrinthes mythologiques, on finissait par se perdre. Les gens passaient d’une formation à l’autre. Il aurait bien sûr fallu pouvoir vivre pleinement cette histoire pour en goûter le sel. On s’égarait dans les méandres historiques des formations, on pataugeait dans les copains des copains, mais certains morceaux nous ramenaient à la réalité d’une belle véracité, comme ce «16th Mouth» de The Lightning Circus Band & the Boom Boom Beat qui sonnait comme le meilleur cru des Cheater Slicks. On croisait aussi avec ravissement le nom d’un groupe qui s’appelait The Human Potatoes, il fallait tout de même savoir se rire du rock pour oser un tel nom. La quatrième face proposait quelques curiosités enregistrées en public dont une version de «Gloria» par les Ugly Things. Elle avait ceci de curieux que l’Ugly Thing la chantait en français, d’une voix ingrate mais avec une délicieuse lèpre dans le ton, soutenu par un guitariste affreusement doué, et l’ensemble donnait l’une des versions les plus intéressantes de ce vieux classique tellement repris qu’on pourrait le dire éculé par un régiment de hussards. On trouvait aussi sur cette face exotique un superbe hommage à Dutronc : les Buissons restituaient avec verdeur tout le panache exubérant du «Responsable». Il s’agissait de la énième merveille du monde, car chantée à la manière sauvage des années soixante, cette époque reculée où l’on voyait encore dans les rues des voyous chevelus cracher sur les représentants de l’ordre en criant «Mort aux vaches !».

    Signé : Cazengler, Caniglouglou

    Back From The Canigo - Perpignan 1989-1999. Staubgold 2019

     

    Cavan du nord

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    Vient de paraître un numéro spécial de Rockabilly Generation consacré à Crazy Cavan. Pour les fans de Cavan, c’est un must. Dépêchez-vous, c’est une édition en tirage limité. Pourquoi un must ? Parce que bien foutu, richement illustré et bien raconté dans le détail par Tony Marlow et Jacky Chalard, le Big Beat boss. Dans une livraison récente de KRTNT, Damie Chad a dit tout le bien qu’il fallait penser de cette mighty édition spéciale, alors on ne va pas en rajouter une couche. Par contre, c’est l’occasion rêvée de ressortir de l’étagère les deux volumes de la Big Beat Story parus en DVD et décorés par Margerin. C’est d’autant plus approprié qu’ils font partie des goodies conseillés par Rockabilly Generation en quatre de couve.

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    On y retrouve Cavan sur les deux volumes, Cavan jeune dans le volume 1 et Cavan vieux dans le volume 2. On les voit au sommet de leur rumble avec «Rockabilly Rules OK» et c’est Lyndon Needs qui concentre toute l’énergie du groupe dans ses guiboles. Ils reviennent en fin de volume 1 avec «Bonie Maroney» et là, ce démon de Lyndon Needs se roule carrément par terre. Dans le volume 2, le Cavan vieux revient avec deux cuts, «She’s The One To Blame» et ils finissent en beauté avec «Teddy Boy Rock And Roll». C’est l’occasion de revoir une dernière fois Lyndon Needs twister sur ses jambes en caoutchouc. Fabuleux personnage.

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    Le problème, si on peut appeler ça un problème, c’est que ces deux volumes grouillent de merveilles. C’est en remettant le nez dedans qu’on se rappelle à quel point des gens comme Victor Leed et Breathless étaient bons. Victor Leed était aussi beau qu’Elvis, il faut s’en souvenir et il bougeait devant la caméra exactement comme l’Elvis de 55, Victor the Pelvis, jambes écartées, violence contenue, il ramène toute la folie de l’early Elvis que le gens de moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, car Montmartre en ce temps-là accrochait ses lilas jusque sous nos fenêtres. Victor the Pelvis est magnifique de véracité dans «But In Your Eyes». En le voyant, on se dit : «Bah finalement il ne suffit pas de grand chose pour retourner l’Amérique et créer un empire...», mais si justement, pour réussir un coup pareil, il faut s’appeler Elvis. Alors Elvis l’a fait et Victor le refait à l’identique, juste pour lui rendre hommage. Merci Big Beat d’avoir permis ça. Comme d’avoir permis Cavan et tous ceux dont on va parler. Mais surtout Victor Leed. On le retrouve dans les bonus du volume 1 pour relever un petit défi : taper «That’s Alright Mama» trois fois, mais à trois vitesses différentes, blues, rockab et rock’n’roll. Victor ne se dégonfle pas, il a la voix, il a la gueule et il a les jambes pour ça. Il est parfait.

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    L’autre Big Beat monster, c’est Breathless, un gang gallois présenté par Schmoll. Ah quelle niaque ! Il faut voir ces mecs bouger on the beat d’un «Bad Bad Boys» joué au riffing incisif, au slap et au claqué de caisse claire. Voilà le rockab anglais dans toute sa splendeur, sauvage et maîtrisé à la fois, d’une grande pureté de style. Encore une fois, merci Big Beat. N’oubliez pas qu’on trouve les deux frères de Cavan dans Breathless. Du coup on ressort les deux albums de l’étagère.

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    Au rayon monstres sacrés, on trouve aussi Robert Gordon. Un Gordon pacha jeune sur le volume 1 et vieux sur le volume 2. Évidemment, c’est sur le volume 1 qu’il casse la baraque avec «The Way I Walk» et «Red Hot», d’autant plus que Chris Spedding l’accompagne. Sped cloue le Way I Walk à la porte de l’église avec le plus killer des shoots de Flying V. C’est le duo de rêve, comme il en existe quelques uns dans l’histoire du rock. On peut citer comme exemples Elvis & Scotty, Bob Luman & James Burton, Johnny Kidd & Mick Green, ou encore Bowie & Ronson. Le «Red Hot» de Gordon pacha est l’un des fleurons du revival rockab, il le chante avec toute la niaque dont il est capable et ça va loin, car il dispose d’une vraie voix et chaque killer solo flash de Sped tape en plein dans le mille. Gordon pacha est avec Victor Leed l’un de ceux qui ont su le mieux célébrer Elvis. It’s Now Or Never est un album de reprises d’Elvis assez spectaculaire.

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    Au rayon monstres sacrés on trouve aussi Jack Scott avec sa barbe et sa «Geraldine». Il a derrière lui un Tele-man qui claque des solos stylés et sauvages. Ce mec est un spectacle à lui tout seul, il joue comme seul peut jouer un grand guitariste américain, à coups d’éclairs de country fluide, du coup «Geraldine» dégouline de jus. Autre légende Big Beat, voilà Tex Rubinowitz et son big slap. Grande classe rien que par la présence. Pas loin de Carl Perkins et de Jack Scott, du genre bouffeur d’écran. Boots roses, mais solo Fender. Un son plus sec. Tex Rubinowitz reprend l’excellent «Bad Boy» de Marty Wilde.

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    De la même manière que Victor Leed rend hommage à Elvis, Freddie Fingers Lee rend hommage à Jerry Lee. Assis au piano avec son chapeau, ses colts, et le pied posé sur le clavier, il débite à la perfection le phrasé d’intro d’«High School Confidential». Il sort son colt et tire dans la plafond. Quelle rigolade ! On le voit même pianoter à coups de crosse. Il finit par monter SUR le clavier et on le voit jouer entre ses deux jambes écartées. Il pousse le bouchon de Jerry Lee assez loin et parvient à garder toute sa crédibilité. Il a bien intégré les basics. Là-dessus il est irréprochable. Justement, pour que ça passe, il faut en rajouter. Il va même jusqu’à faire des descentes de clavier avec un balai à chiottes. Il reproduit à la perfection le ha ha ha ha qui annonce la fin de «Whole Lotta Shakin’ Goin’ On», juste avant l’explosion finale, mais il n’a pas le coffre de Jerry Lee et son explosion finale retombe hélas un peu à plat. Pauvre Freddie. On est vraiment désolé pour lui.

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    L’autre légende vivante, à l’époque, c’est Sonny Fisher. Quand il arrive sur scène dans les années 80, il a tout du monstre sacré. Chemise en soie blanche et gratté d’acou de vieux seigneur du circuit rockab texan. Il y a plus de rockab en Sonny Fisher qu’il n’y en a jamais eu dans Cash. Sa puissance dépasse l’entendement. Alors évidemment, en comparaison, Shakin’ Stevens ne passe pas très bien. Il déploie pourtant une grande carrure de blazer blanc, il sait bouger sur place, il s’offre tous les luxes, piano et pedal steel, mais ça reste du rock’n’roll de basse électrique.

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    Contrairement à ce qu’indique le nom du groupe, le Memphis Rockabilly Band vient de Boston. Il apparaît lui aussi sur les deux volumes et la qualité de leur son brouille un peu les pistes. Le chanteur Jeff Spencer est excellent, il swingue son chant d’une voix gourmande et floppe la jambe en rythme. Ça boppe au slap et le soliste joue sur Fender. C’est un jeu extrêmement pur. Il va d’ailleurs descendre soloter parmi les cats qui dansent. L’autre prestation impressionnante est celle des Leroi Brothers, sur le volume 2. Ils font une version de «Train Kept A Rollin’» très groovy, avec une extraordinaire sobriété de jeu, notamment chez le batteur.

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    Et les Français dans tout ça ? Ils sont nombreux et jouent dans des styles variés. Côté rockab, on a les Hellcats qui font un joli rumble de «Pipeline» à trois, et les Teenkats de Thierry Le Coz qui tapent un «Bye Bye Blues» classique et bien foutu. C’est toujours un plaisir que de voir un slappeur à l’affût sur son manche. N’oublions jamais que le rockab est un art difficile et que les élus sont rares. Le Coz réussit l’exploit de rassembler une belle équipe, batteur brillamment sobre, rythmique d’acou et slappeur appliqué.

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    À côté de ça, la majorité des artistes Big Beat sont ancrés dans le rock’n’roll sixties chanté en français, à commencer par l’excellent Noël Deschamps (qui nous rappelle qu’il fut 20 ans avant cette émission des années 80 numéro 17 au hit-parade de Salut Les Copains), puis Jesse Caron, Little Tony, les Soquettes Blanches et les Alligators, avec en prime un joli clone de Brian Setzer, Viktor Huganet : il a tout bon, la coiffure, la Gretsch White Falcon, la facilité à jouer et même le tatouage Stray Cats sur le biceps. Sans oublier les Rollin’ Dominos qu’on a vus au Méridien accompagner Vigon. Dans les bonus du volume 2, on voit Linda Gail ridiculiser Gene Summers, comme le fit son frère avec les invités de The Last Man Standing. Chez les Lewis, le pas-de-voix, ça ne pardonne pas.

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    Il est temps de passer au plat de résistance. Il s’appelle Vince Taylor et encore une fois, merci Big Beat pour ces quatre apparitions célestes. Vous commencerez par le voir chanter «Money Honey» sur le volume 1, et ce n’est pas un chanteur que vous allez voir, mais l’incarnation humaine de la classe, blazer blanc et secoué d’épaule, traits d’acteur et yeux mi-clos. Cette façon qu’il a de dodeliner au sommet d’une carrure d’épaules, aw my God, cette voix d’arrière pensée, honey honey, gueule d’ange à la Jack Palence et sourire carnassier. Vince Taylor apparaît une deuxième fois avec «Brand New Cadillac». Personne ne peut attaquer Cadillac au chant comme le fait Vince Taylor. Personne. Ce genre de phénomène ne se produit qu’une seule fois dans l’histoire du rock. Il est très maquillé. Il mâche un chewing-gum. Il bouge lentement. Il y a du snake en lui. Et même quelque chose d’extra-terrestre. Rien n’est plus bouleversant que de revoir ce clip. Il chante avec tout le recul d’une superstar. Il danse une sorte de bossa nova du diable. David Bowie le prit pour modèle, mais jamais il n’a pu égaler cette beauté surnaturelle. Dans les bonus du volume 1, vous allez voir un drôle de doc : un bœuf filmé dans un dépôt-vente de l’île de la Jatte, avec Vince Taylor et Sonny Fisher en guest stars. Hallucinant ! Vince est en cuir noir. Il a l’air d’être en roue libre. That’s alright mama. Il est même un peu hilare. Dents abîmées, très maquillé et soudain, un sombre crétin vient faire des commentaires moqueurs sur le bœuf, du coup, on ne voit plus rien. L’horreur. Bon bref. On retrouve Vince Taylor dans les bonus du volume 2. La caméra le filme en gros plan et on voit nettement sa cicatrice sur la joue gauche. Il chante «Danny». Il est de toute évidence la seule superstar qu’on ait jamais eue en France. C’est lui qui incarne plus qu’aucun autre de ce côté-ci de l’Atlantique la mythologie du rock américain, telle qu’elle fut conçue par Uncle Sam dans son petit bouclard de Memphis. Vince Taylor fut la rockstar ultime, le point de départ et le point d’arrivée en même temps. Ou si vous préférer, le tenant et l’aboutissant.

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    Signé : Cazengler, Small Beat

    Big Beat Story Vol. 1. DVD 2011

    Big Beat Story Vol. 2. DVD 2011

    Rockabilly Generation. Special Crazy Cavan. September 2020

     

    THE REAL rOCKIN' Move project ( 2 )

    VINCE ROGERS

    ( LONG BOX AUTOPROD / Septembre 2020 )

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    Qui a mis un porte-avions dans ma boîte à lettres ! N'accusons point le facteur, il n'accomplit que son boulot, je vous livre tout de suite le nom du responsable, Vince Rogers. Une personne dangereuse, un activiste, qui sévit depuis au minimum un demi-siècle sur la côte d'Azur. L'avait déjà fait déposer un hydravion par le même proposé, qui ne s'étonne plus de rien, voici plus de deux ans, une monstruosité intitulée The Real Rockin' Move Project dont nous avions rendu compte dans notre livraison 367 du 29 mars 2018, et le voici qui récidive avec The Real Rockin Move Project 2, généralement ces genres d'individus ont de la suite dans les idées, les psychiatres les classent parmi les monomaniaques, comme par un fait exprès nous n'avons pas de chance, nous sommes confrontés à un  polymaniaque aggravé. L'est comme les missiles à charges multiples, toute la culture populaire l'intéresse, le rock'n'roll, les disques, les revues, le cinéma, les films, les affiches, les motos, les voitures, les pin up, les romans policiers... imaginez le pire et vous serez exaucés, de surcroit, il chante, il écrit, il publie, il réalise, il pousse le vice ( Rogers ) jusqu'à tenir un stand de brocante. Bref cette long-box ressemble beaucoup à un coffre de pirates regorgeant de pierreries, les éclats rouges ne sont pas uniquement des rubis ou des kunzites purpurales, plutôt des taches de sang séché échappé du corps pantelant de victimes innocentes, bref je résumerai en trois mots que nous adorons, sex, death and wouac 'n' roll...

    Nous sortirons un à un les divers joyaux et les examinerons avec ce soin d'entrockmologiste qui fait la joie des kr'tnt readers. Nous commencerons par les parures sur monture papier.

    NEW ROCKIN' IN NICE

    SPECIAL CONTROL Z

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    Si je vous dis que New Rock In Nice est le bulletin de liaison ( dangereuse ) de l'association Cinéma 'n' Rock et que vous pensez à un magazine hyper-léché sur papier glacé, vous avez tort. Non c'est un fanzine ( adoptons pour le premier des trois adjectifs qui suivent un point de vue hautement moralisto-cucul-la-praline ) crasseux, libre, indépendant, et attiré par tout ce qui d'ordinaire révulse les honnêtes citoyens. Je suis l'alpha et l'oméga disait le Christ, chez NRIN ils sont carrément Z, au Top du double Z même, z'aiment les mauvais genres, karaté, western, bikers et tout ce qui roule de guingois, et j'en passe des pires, z'ont même une petite préférence pour les  budgets ridicules et les scénarios foireux, mais attention les héroïnes se doivent d'avoir des seins aussi gros que deux globes terrestres et être victimes de créatures dégradantes venues de l'espace. N'y a plus qu'à déguster la sélection proposée en vous léchant les babines ( ou autre chose ), attention à l'overdose, 148 pages, question maquette ça part dans tous les sens, danger torticolis, mais c'est au niveau neuronal que rien ne vous sera épargné. A lire dans tous les coins, en long, en large et en travers. Des images pleine-page d'affiches de film, reproduites en noir et blanc, ce qui procure l'avantage immédiat d'un aspect pur-gore garanti, des gros titres, des remarques adjacentes fléchées au stabilo, des coupures de presse, mais méfiez-vous des emballages, comme dirait Roland Tarte ( merci Céline, pas ma copine, l'autre qui détestait Jean-Paul Tartre ) il convient de se livrer à une analyse sémiotique du discours. Ça part de tous les mauvais côtés, un parti-pris revendiqué d'esthétisme dépravé, une préférence marquée pour la soupe aux navets au jus de blaireau faisandé qui traduit une vision peu collet monté ( ne pas confondre avec Colette montée ), des textes qui n'ont pas le cucul terreux, ici on aime les grands flots d'hémoglobine, les tueurs sans pitié, les nuits ( et les jours ) torrides, les aventures sans retour, les créatures surgies exprès pour vous faire crever de trouille de l'autre côté du monde, les justiciers de la dernière chance ratée, les invasions d'insectes géants répugnants, les comédies idiotes qui vous faisaient pisser sur le siège du cinéma déjà gluants de sperme de la séance précédente... mais il y a pire. C'est que l'ensemble est méchamment bien foutu, un aspect catalogue raisonné de l'Enfer de la cinématographie internationale. N'oubliez jamais que l'amour du kitch est un aspect essentiel du génie flaubertien, et ce numéro spécial de NRIN est à lire comme le dictionnaire des idées subversivement reluquées du cinéma populaire. Des commentaires définitifs à l'emporte-pièce saignants et mesurés ( un art, une ligne de crête, difficile ). Un exemple parmi mille deux cent quarante-deux : '' Diablement Z, scènes ''gore'', les hell's torturent avec joie, boivent sec, se défoncent rude, et sont anéantis rapides - wild'' J'adorons ces phrases qui sont comme l'épée étincelante de l'Archange du Seigneur, suffit de les sortir du fourreau pour que tout de suite la foule des mécréants se hâtent de se ranger de leur propre gré cauteleux à la gauche du Bien, alors que les élus bannières en tête se positionnent en entonnant des hymnes bacchiques à la droite du Mal. Est-ce vraiment un hasard si l'on évoque – le rock est partout - les Cramps, groupe ô combien pulpeux ?

    New Rockin' In Nice a 17 ans d'existence et 53 numéros édités, ce Spécial Control Z a été concocté par un certain Sciarra Derry, il se murmure que cette identité serait, l'on ne prête qu'aux riches, celle de Vince Rogers... ce fanzine est une véritable Bible, à fourrer dans toutes les mains sales et perverses. Borderline. Si vous n'aimez pas, ce n'est pas grave. Comme tout un chacun, vous avez le droit de mourir.

    BOOK

    CONTROL Z... POUR SERIE B...

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    Pas tout à fait ce à quoi l'on pourrait s'attendre. Il est vrai que nous ne suivons pas l'ordre du sommaire. Nous vous expliquerons pourquoi plus tard. Pas vraiment un livre, quelques pages reliées par une glissière, si vous croyez vous trouver en présence d'un additif-explicatif au New Rockin' In Nice présenté ci-dessus, vous vous apprêtez à emprunter une fausse piste, vite lu, car écrit en très grosses lettres, cela ressemble à un document destiné à vous mettre l'eau du goût de la mort dans la bouche, attention créature pulpeuse en couleur en dernière page, précédé d'un synopsis, qui vous plonge dans la mouise, vous avez reçu la même long-box que le dénommé Eddie qui lui plus courageux que nous branche illico presto la clef USB dans son ordi... page suivante l'on apprend qu'Eddie Crescendo est un détective privé disparu en 1997 alors qu'il menait une étrange enquête... Mais vous ne m'écoutez plus, vous ne songez plus qu'à la divine pulpe de la créature en couleur, machistes blancs ou LGBT +, cessez de caresser vos organes sexuels, la voici

    SERIE DE 4 POSTER COULEURS

    FORMAT A3

    B.A LA REINE D'ANIDé

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    Oui elle est belle, non ce ne sont pas des photos, mais des dessins vintage, au crayon gras je subodore, première repro : Anidé vous regarde, fermez les yeux vous ne résisterez pas à son regard de cobra fascinant, le prototype de l'espionne maléfique qui vous veut du mal, n'essayez pas de fuir, charme vénéneux, l'araignée maligne vous a déjà emprisonné-e dans sa toile... Deuxième repro : moi si méchante, l'innocence sinon outragée du moins surprise, d'autant plus colombe à l'âme poignardée par votre réaction que sa candeur est exprimée par un trait fuligineux. Troisième repro : portrait en petite poupée, mignonne comme tout, mais le démenti est au-dessous, vous ne pouvez vous détacher des candides rondeurs de ses seins, il est des bustiers criminels, il est des fruits que vous cueilleriez même verts. Quatrième repro : nous en apprenons davantage, jusqu'à maintenant elle n'était qu'une apparition détachée des contingences bassement humaines, la voici dans la grisaille du crayon, au travail, elle tient son micro d'une main, elle sourit de cet air aguicheur qu'affichent les visages des chanteuses qui reçoivent l'ovation du public qu'elles appâtent pour dominer. Vous avez eu l'ange, voici la bête. De scène.

    ROMAN GRAPHIQUE

    UNE AVENTURE DE EDDIE CRESCENDO

    TEXTE : VINCE ROGERS

    DESSINS : DANY BONUS

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    L'on connaissait Dany Boy et ses Pénitents, faudra maintenant compter sur Dany Bonus et son Atelier Graphique. L'intrigue se précise, notre héros, lunettes noires et chapeau trop peu farfelu pour être honnête sur la tête, s'en va rendre visite au professeur Lepabon qui détient dans ses archives secrètes une photo d'un tournage effectué par Louis Feuillade en 1917 aux célébrissimes Studios de La Victorine situés à Nice, la baie des anges maudits comme ne le dit pas Dick Rivers dans sa chanson, nous assistons au début de l'entretien, nous n'en savons pas plus au bout de ses onze feuilles format A4, oui mais pour le moment nous n'avions d'yeux que pour admirer les planches colorées de Dany Bonus.

    Dominante rose. Sur votre palette vous choisissez non pas le rose flamant déplumé mais le rose cadillac pink thunderbird. Inattendu pour un roman noir. Que l'on ne pressent pas à l'eau de rose. Pas de trait expressif. Pas de dureté de silhouettes découpées selon des poses attendues. Un lavis ouaté de pâles luminosités répartis en un embrouillaminis de teintes multicolores. Dany Bonus vous plonge dans le brouillard d'une affaire aux relents de vomi acétonique. Assez tonique même ! Se joue du deuxième degré. Pas de cadre, deux, trois, quatre images disséminées sur la feuille, rythmées par la narration des phylactères sans cadre à l'encre lactescente. Une ambiance glauque, rehaussée de vert salade cuite, de bleu livide, et de jaune soleil éteint. Une éblouissance d'aquarelle pisseuse. Vous aimeriez lire l'album en entier, mais non nous n'avons que dix planches. Selon Pythagore ce chiffre sacré suffisait à prémunir le monde du chaos. Le dernier rempart ! Nous en avons besoin, l'affaire traitée s'annonce kaotique ! Super cadeau bonus !

    CHRONIQUES VULVEUSES

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    Alors Damie, il arrive ce film ! Je vois bien que vous n'avez pas saisi l'entière personnalité de Vince Rogers. Un être détestable, un serial-killer patenté, pas un boucher sympathique qui vous tranche proprement la carotide et vous laisse sur le carreau en moins de deux, non un artiste cruel qui se complaît à vous faire languir durant des heures, savoure de vous voir agoniser d'impatience à petits feux, vous désirez visionner le film, bien sûr tout de suite, lisez d'abord les quatorze épisodes des Chroniques Vulveuses de l'agent du Service Secret du Rock'n'roll, Damie Chad, précédemment parues dans votre blogue rock préféré en la douce année 2013... vous comprenez maintenant pourquoi la nouvelle série Rockambolesques : L' affaire du Conorado-virus dont vous pouvez lire le deuxième épisode sur cette même livraison, est dédiée à Vince Rogers. Je laisse le lecteur seul juge de ce livret A4, reproduit avec le fond de teint original. Je me permets toutefois de rappeler que la trame de l'histoire racontée est directement inspirée de la réalité ariégeoise la plus profonde, que toute ressemblance avec des évènements réels ne saurait être indépendante de la volonté de l'agent Chad. et que le dénommé Claudius a finalement écopé de deux mois de prison... Si vous voulez en savoir plus, Vince Rogers qui n'est pas si méchant que cela vous lance une perche dès la couverture en vous glissant une photo de l'Affabuloscope qui existe vraiment...

    Vous avez été patients, c'est bien, pour la paix je vous offre un petit bonux avant la séance cinéma qui n'est pas dans la long-box, un inédit de Vince Rogers, un CD / DVD, musique, image et rock'n'roll, une véritable avant-première, parution prévue pour 2022...

     

    VINCE ROGERS

    AND THE

    REAL ROCKIN' MOV'

     

    THE ROCKABILLY SYNDROME / ZONE 2

     

    THE HAPPY DAYS...

    THE POST-APOCALYPSE DAYS

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    Flip Flop & Fly : vous l'avez entendu par tout le monde, à commencer par la version trop jazzy de Big Joe Turner, son créateur, mais jamais comme par Vince Rogers, faites un bond en arrière, mettez-vous plutôt les murmures diaboliques de Charley Patton dans l'oreille et vous entendrez la chose inouïe sortie des marais et qui rampe, deep south, bruits de bidons pour la batterie, une voix éteinte qui vient de souffler la bougie de l'être, mélopée en chemin de cendres. Big Fat Bab' : rockabilly tu tiens mon coeur ! Vince Rogers and the Losers, une guitare qui sonne la fin de la récré et maître Vince s'adjuge le vocal comme d'autres une toile du Titien aux enchères, l'accompagnement comme en boîte de sourdine et la voix de Vince d'une précision absolue, ne la force jamais, ne cherche pas à faire le cacoubilly, aucune esbroufe, touche à l'os du rockabilly ! Pas un gramme de graisse. Magnifique, et un original en plus ! Ciné-Western : qui oserait aujourd'hui un tel truc en France, si ce n'est Hervé Loison je ne vois personne, une guitare qui tangue et puis des voix qui chantonnent, déjà le thème, un hommage aux Stuntmen groupe de cascadeurs de cinéma, imaginez un chœur de vachers au fin-fond du Kentucky dont le chant vous arriverait selon les intermittences du vent. Jamais entendu une chose pareille, avec The Black Vampires et quelques rafales de cloches de vaches folles... le premier véritable titre de country-rock français original. Flip Flop Fly : nous avions vu la bête qui sortait des marais, le décor change, Perchman, où quelque part dans un champ de coton, une voix s'élève, solitaire, toute la souffrance nostalgique du monde. Nul besoin d'accompagnement. Splendide. Twist sur la Côte-d'Azur : petit clin d'œil à Dickie de la rivière, guitares claires et chœurs sixties, toute une jeunesse, et la voix de bébé Ghislaine BB, parfois la parodie confine à l'authenticité. JPEG : de la musique encore ? Pas de chance juste des images. Vous n'êtes pas assez sages, juste deux. La parade des monstres qui vous regardent. En noir et blanc et puis en couleurs. JPEG : de la musique encore ? Pas de chance juste des images. Vous n'êtes pas assez sages, juste deux. La parade des monstres qui vous regardent. En noir et blanc et puis en couleurs, bis repetita placent ! Monsters' March : le retour du même mais avec des images qui bougent et Vince Rogers au chant accompagné par les Black Vampires. Au chant pas tout à fait, aux borborygmes, en plein dans la gutturalité immonde, les mots qui ne veulent pas sortir, et que vous déglutissez en vous-mêmes mais qui parviennent à s'extraire de vos glaires comme s'ils s'évadaient d'un camp de concentration en se déchirant sur les barbelés, pendant ce temps défilent des images empruntés aux films d'épouvante, ces images très noires sur-titrées de larges rinceaux de blanc, pas de paroles, inutiles, la véritable horreur est muette, si vous avez encore la force de crier c'est que vous avez envie de vivre et non pas de rencontrer Frankenstein, ou L'Homme-Loup, ou Dracula... Human Hell : vous avez eu peur ? Très bien, l'on part pour un petit court-métrage cinématographique, vous voulez de l'horreur en voici, des images de la guerre de 14, carnage, portage de cadavres, dans le lointain les canonnades, des paroles de soldats, nous sommes dans un film ! si loin de la réalité, en prime par deux fois in extenso Brand New Cadillac de Vince Taylor, un des plus grands classiques du rock certes, mais que vient-il faire dans cette pétaudière, mettrait-il en parallèle la brutalité de la guerre et la violence du rock'n'roll, des hommes meurent et agonisent, beaucoup plus stupidement que dans les films d'horreurs... vingt-cinq minutes de cauchemars, en plein milieu du disque cela jette un froid, un peu comme on annonce le jour de la noce que les parents des mariés viennent de se faire écraser par un poids-lourd en revenant de la mairie, cela vous oblige à réfléchir sur l'inanité des furies humaines. Un peu de philosophie au milieu d'un disque de rockabilly, voici qui ne s'est jamais vu ! Vince Rogers ose tout. Rockabilly STO : ah le doux son du rockabilly, c'est entraînant, mais le service du travail obligatoire ça ressemble un peu trop à la chaîne de Perchman et voici que notre rockabilly tourne au bleu sombre. Même manière d'étouffer la voix mais avec des roucoulades mexicaines. Drame ou comédie humaine ? Le Sud : retour au country le vieux titre de Nino, repris à la calebasse, l'impression que Jeeter de La route au tabac d' Erskine Caldwell allume le moteur de sa Ford et qu'il va rouler ( malencontreusement ? ) sur la tête de la grand-mère, était-on aussi heureux que cela dans le Sud ? Ce pays qui ressemble à la Louisiane et à l'Italie... Swamp City Station : vous avez savouré le Sud ? On y fonce tout droit ! Mais dans le Sud Profond avec ce vieux rockab des familles d'avant Sun quand on se contentait faute de mieux d'imiter avec la voix et les bidons le roulement du train dans le lointain qui passait comme une promesse de rêve. Ou de cauchemar. That's All Right Mama : comment fait-il cet animal de Vince pour prendre ce phrasé de nègre, en plus il se permet de chanter en français, l'on est loin d'Elvis plus près d'Arthur Crudup mais enfin lorsqu'un pauvre a trouvé un job qui lui permettra de survivre jusqu'à la fin de la semaine, serait-ce que le monde ne tourne pas rond ? Rockabilly social. Two Hot Rods : du rockab de petits blancs qui prennent leurs pieds, le Real Roclin' Mov' turbine à mort, Vince rocke à vif, et l'on aime cela, toujours cette manière de bouffer les mots comme s'il avait un alligator affamé dans la gorge, si j'étais les petits blancs, je me méfierais quand même. Ces bestioles ça mord sauvage. Vespa girl : insouciance sixties pour la musique des Black Vampires écoutons les paroles, elles ne sont peut-être pas aussi gaies que l'on pourrait l'espérer, ne vivons-nous pas dans une société de merde, Vince Rogers a le rockabilly critique et vindicatif. C'est plutôt rare dans cette musique. C'est que quand on roule en Vespa on ne se pavane pas en Cadillac. Trailer pour le film de Vince Rogers : une production Golden Classic. Une étonnante aventure de Eddie Crescendo : on y arrive, le trailer, inattendu qui casse les lois du genre, pas grand-chose, une minute huit secondes, aucun effets spéciaux, une planche, une beautifull and classical musique, deux bouts de papier, une espèce de polaroid, la caméra qui se déplace, point à la ligne. Mais une ambiance, une tête masquée qui vous regarde, vous n'avez pas peur, déjà happé par l'énigme. Les images reviennent sans surprise, la tension va crescendo ! Superbe réussite. En Callan de Villanfranca : on avait Tony Marlow qui chantait en Corse, désormais on aura Vince Rogers en dialecte niçois. Ron Border est à la gratte, et c'est la première fois que vous entendrez un traditionnel country-rockabilly chanté en cette langue. Vince Rogers brouille les pistes.

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    Vince Rogers nous livre un objet rockabilly non-identifié. Des sources du blues aux miasmes de l'estuaire boueux de notre aujourd'hui. Cet art-work a toutes les chances de devenir mythique. Les groupes de rockab auront intérêt à l'écouter, aussi bien ceux qui creusent vers les roots que ceux qui essaient de s'inscrire dans un post-psycho. Une mine d'or. Le gisement de nouvelles frontières. Un aérolithe venu de nulle part, que l'on n'attendait pas et qui est tombé par chez nous, soyons cocorico, loin du petit monde parisien. Le rockabilly entrevu en ce qu'il aurait dû toujours être, une musique populaire des bas-fonds, à l'abri du bon-goût et des brillances artificielles des clinquances parasitaires de la renommée et des modes. Une chose obscure, secrète, sauvage... A l'image du peuple, tapi dans l'ombre. Merci Vince Rogers.Abyssal.

     

    CYBERBILLY

    UNE AVENTURE DE

    EDDIE CRESCENDO

    Réalisé par VINCE ROGERS

    ( sur clef USB )

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    Vous vous attendez à quoi, à un film normal et insipide peuplé d'acteurs talentueux et d'actrices belles comme les nuits que vous ne vivrez jamais, tout ce joli monde se pâmant d'aise sur des banquettes arrière de Cadillac dans les paysages rutilants de la Riviera, passez votre tour, ce film n'est pas pour vous. Ce n'est pas un hasard si je ne vous ai pas commenté la pochette du disque chroniqué juste au-dessus, passons rapidement sur la première vue, la belle Cad toute chromée des jours heureux, regardez l'autre, d'après vous en quelle époque vivons-nous, la deuxième, l'épave baudelairienne, abandonnée, rouillée, foutue, irrécupérable, l'after-apocalypse, je peux vous la faire à la Nietzsche, vous ne savez pas la nouvelle, le rock 'n' roll est mort !

    Entre nous soit dit, entre rockers, ce n'est pas la mort du rock 'n' roll qui est grave, c'est ce qui va avec. C'est nous. C'est nous qui sommes morts. Pour ceux qui ne comprennent pas, nous dirons que nous faisons semblant de vivre. Ne protestez pas, nous refusons d'ouvrir les lettres de réclamation, en plus vous ne comprendrez rien au film de Vince Rogers, et vingt-cinq minutes d'incompréhension c'est long. Dites-vous que c'est un film crépusculaire. Et après ce sera mieux. Rajoutons que le mot crépusculaire signifie autant la fin automnale du jour que sa naissance originelle avant l'aube. En d'autres termes nous avons affaire à un film d'avant-garde qui se passe dans le passé. Archéo-futuriste, pour employer l'expression idoine. Le serpentin du temps mord à pleine dents   sa queue alambiquée.

    Rappelez-vous les films muets des origines, avec ces cartons didascaliques qui donnaient les indications essentielles pour mieux situer l'action et qui s'intercalaient dans la suite des images mouvantes. Ben là, ce sont les images fixes qui jouent ce rôle. Marchent souvent par trois. Non pas comme la sainte trinité mais comme la règle de trois. Et entre-temps, que font les acteurs ? Pas grand-chose, surtout qu'il n'y en a qu'un. Qui se contente de mimer quelques unes des actions racontée par une voix-off. Vous trouvez la distribution un peu maigre, vivez avec notre époque, celle des écrans. Plan fixe sur les ordis sordides. Remarquez que le vôtre ne bouge pas beaucoup. Mais ne sont-ce pas eux qui véhiculent les images fixes. Elles sont censées reproduire la réalité, mais elles sont obviées par cette manipulation lente qui s'affiche sur votre écran à vous.

    Les décors sont réduits à l'essentiel. A rien. Un rideau, un pan de mur. Nous sommes dans les studios de la Victorine fermés depuis des lustres, à l'abandon, des ruines, n'oubliez pas que l'apocalypse est passée par là. La seule chose qui vit là-dedans c'est un ordinateur-portable qui vous attend. Il ne se détruira pas trente secondes après que vous l'aurez regardé, car nous sommes après les temps de la grande calamité destructrice. Ne pensez pas à une bombe atomique. Cela serait d'un commun ! La bombe est en chacun de nous, c'est notre passé qui est définitivement hors-circuit, pour chacun de nous, pour Eddie Crescendo par exemple, d'ailleurs est-ce lui ou un autre qui essaie de marcher dans les traces d'Eddie Crescendo. Mais peut-être est-ce vous qui essayez de vous substituer à lui en entrant dans son histoire.

    D'autant plus qu'il y a la voix qui raconte. Le fil qui baratte le beurre en crème renversée. Coupé et entrecoupé. N'êtes vous pas assez grand pour remplir les pointillés, n'avez-vous jamais conduit sous l'orage, n'avez-vous jamais cherché un cadavre dans un cimetière, n'avez-vous jamais roulé avec une glorieuse passagère à vos côtés... Vince Rogers vous fait confiance. Sachez la mériter. Des images lentes, hiératiques, des photos porteuses d'un statut iconique, et puis du bruit, désagréable, du noise qui vous vrille les oreilles, qui s'appesantit, un passage de musique classique, Vince Rogers nous passe un de ses rockabilly-blues dont il a le secret, n'est-ce pas pour cela les allusions à Eddie Cochran et Buddy Holly.

    Certains diront qu'ils ne materont jamais cette aventure d'Eddie Grescendo, vraiment trop bizarre, ils auront tort, car ce n'est pas exactement un film sur Eddie Crescendo, c'est totalement autre chose, beaucoup plus précisément impalpable, laissez-vous bercer par la voix chaude et grave de Vince Rogers, s'il a cru se mettre lui-même en scène, c'est raté, l'a réussi beaucoup plus, au-delà de tout ce que je vous ai raconté, l'a fixé le serpent de mer de la poésie qui nage entre deux eaux, celles des images et celles de la bande-son, jamais dans la focale de la caméra, mais obstinément présente de la première image à la dernière...

    Un film sur le cinéma. Que l'on se fait dans sa tête. L'art cinématographique entrevu comme une auto-projection réflexive de ses propres fantasmes.

     

    UNE PRODUCTION GOLDEN CLASSIC

    UNE ETONANTE AVENTURE DE

    EDDIE CRESCENDO

    ( DVD )

    flashback,back from the canigo,rockabilly generation + big beat,vince rogers'long box,rockambolesques

    Dix-sept petites séquences, entre quelques secondes et moins de deux minutes. Assez pour installer le mystère. Profitez des vues du début, Nice et sa Baie des Anges, imparfaitement nommée, car il n'y a pas que des chérubins qui fréquentent la Promenade des Anglais, des êtres malfaisants venus de l'espace qui empruntent des corridors stellaires aussi, et plus classiquement des soucoupes volantes. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Eddie Crescendo n'a pas peur d'eux, ne se fie qu'à son arme et en cas d'absence à son jeu de mains très vilain. A priori il recherche pour un client un film tourné dans les studios de la Victorine. Le voici dans un immeuble abandonné, dans lequel il s'est fait piéger comme un bleu. Rappel : les scènes chocs se passent dans la tête du spectateur. Baisse d'insuline et montée d'adrénaline garanties. Pourquoi s'obstine-t-il à reprendre l'enquête dans laquelle son frère a été tué... La dix-septième séquence est la plus courte, et la plus explicite. Rappelons que le chiffre 17 est celui de la mort d'Eddie Cochran. Ne me remerciez pas, c'est une fausse clef. Donc idéale pour résoudre les faux problèmes. Si vous ne comprenez pas, ne vous en prenez qu'à vous, Vince Rogers, vous livre toutes les pièces du puzzle, s'emboîtent mal les une dans les autres, un peu de patience et de réflexion sont exigées.

    C'est un peu comme si coupiez en morceaux la pellicule du temps, vous les mélangez, vous omettez de dire aux challengers qui essaient de les remettre dans l'ordre, que certains éléments représentent la réalité physique des évènements et d'autres la réalité rêvée concomitante à ces mêmes évènements – question subsidiaire qui rêve au juste ? N'oubliez pas de vous inclure dans la liste – bref vous êtes confronté à des distorsions... Tout est question de niveau... Ne vous trompez pas d'étage. Surtout vers les sous-sols. Quoi qu'en disent les Led Zeppe, tous les escaliers ne mènent pas au paradis...

    Ce coup-ci ce sont des images qui bougent comme dans tous les films normaux. Ce qui est d'autant plus troublant qu'elles ne montrent pas mais qu'elles font signe. A votre intelligence. Serions-nous dans un film anormal ! Certains quand on leur montre la lune regardent le doigt, d'autres quand ils voient un film regardent les images. Ce qui est peut-être nécessaire mais sûrement pas suffisant. Adoptez l'œil subversif. Un seul et même étiage pour les cultures savantes et populaires.

    La long-box 2 nécessite davantage de matière grise en ébullition que la long-box 1 qui vous emmenait dans le passé des jours heureux. C'était hier et c'était encore vous. La 2 c'est aujourd'hui, mais elle nécessite un effort d'adaptation mentale pour vous réhabituer à vous-même. Pour survivre dans vos propres mythographies, vous rassure Vince Rogers. 

    Même sur le marché parallèle vous ne trouverez aucun artefact similaire à cette long-box. Risque de tenir dans votre vie le même rôle que joue l'objet inconnu étrangement interpellant qui s'immisce dans le quotidien d'une famille heureuse sur la pochette de Presence de Led Zeppelin. Une espèce d'art total du Do It Yourself de l'imaginaire. Rêvé et acté. Mais que de diable de Vince Jolly Rogers nous offrira-t-il la prochaine fois ?

    Y a pas à dire, cette long-box 3, elle sera terrible !

    Damie Chad.

    Commande : passer par F. B. : Vince Rogers, contacter en message privé.

     

    ROCKAMBOLESQUES

    LES DOSSIERS SECRETS DU SSR

    ( Services secrets du rock 'n' rOll )

     

    L'AFFAIRE DU CORONADO-VIRUS

    Cette nouvelle est dédiée à Vince Rogers.

    Lecteurs, ne posez pas de questions,

    maintenant vous savez pourquoi

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    3

    SAINES LECTURES

     

    AGRESSIONS CANINES

    UN FACTEUR PARISIEN ASSASSINE EN PLEIN PARIS

    PAR UNE MEUTE DE CHIENS SAUVAGES

    Sensationnel fait-divers hier matin en plein Paris, devant la porte du neuf rue Odilon Redon. Les pompiers très rapidement arrivés sur les lieux ne purent que constater le décès de Monsieur Alfred Duffaux, facteur de son état, qui gisait dans le caniveau. La blessure qu'il arborait à la base du nez était des plus légères, mais lorsque les pompiers se saisirent de son corps ils remarquèrent une très profonde entaille à la basse de la nuque. L'autopsie est formelle, il s'agissait d'une profonde et mortelle blessure occasionnée par un chien. L'émoi était grand parmi les badauds assemblées devant la scène du crime, lorsque surgi d'on ne sait où un féroce canidé auquel personne ne prêtait attention se jeta sur un malheureux bébé lui déchirant labourant de ses crocs la jambe gauche. Transporté à l'hôpital, les médecins craignirent dès le premier examen une amputation inévitable, leur sombre prédiction s'avéra nécessaire.

    La Mairie de Paris a fait savoir dans l'après-midi que tout chien errant se verra emmené à la fourrière pour y subir sans délai une euthanasie de précaution.

    Le Parisien Enchaîné.

    Entrefilet du Canard Déchaîné

    Il se murmure dans les milieux autorisés que pas très loin de la rue où gisait le cadavre du facteur retrouvé couvert de morsures de chiens se trouverait le local du SSR. N'est-ce pas en évoquant ce service que le Président de la République aurait dernièrement déclaré en conseil des ministres qu'il leur réservait un chien de sa chienne...

    5

    Du Coronado du Chef s'échappa un nuage de fumée aussi épais que celui de l'Etna au dernier jour de Pompéi.

      • Agent Chad, connaîtriez-vous par hasard le nom de famille du facteur qui nous livre le courrier chaque matin ?

      • Duffaux, Chef si vous voulez parler de celui qui a pris l'habitude de discuter un peu de musique chaque matin en partageant avec nous un verre de Jack, lors de sa tournée.

      • Je ne me pardonnerai jamais ce manque de perspicacité soupira le Chef, en ouvrant son tiroir à Coronados, vous rappelez-vous du retour de Molossa et de son fils adoptif, hier matin !

      • Ah oui, Molossito arborait fièrement dans sa gueule une enveloppe rouge dont il ne voulut à aucun prix se séparer, et qu'il a déposée dans sa panière qui n'est autre que votre tiroir à Coronados, Chef.

      • La voici !

    Le Chef se saisit d'un coupe-papier et l'ouvrit précautionneusement. Il en sortit un mince bristol de la même couleur rouge qu'il me tendit Un simple mot en grosses lettres noires en barrait toute la largeur : MEFIEZ-VOUS !

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    Molossa grogna au coin de la rue. Elle s'assit sur son derrière pour nous interdire de tourner. Le danger était devant. Molossito l'imita. C'était une tactique que nous avions mis longuement au point, car il faut toujours avoir un coup d'avance sur l'ennemi. En courant je revins sur mes pas, enfilai la première rue sur ma gauche, tournai à gauche à la suivante, sortis mon parabellum et déboulai dans l'avenue, le Chef qui était resté en faction faisait de même cent mètres plus bas, trois passants apeurés se dépêchèrent de disparaître alors que nous marchions l'un vers l'autre nos pétoires à la main. Nous nous arrêtâmes à dix mètres l'un de l'autre à hauteur de la place réservée pour les handicapés, que j'ai l'habitude de squatter pour garer ma teuf-teuf.

      • En route grogna le Chef, nous n'eûmes même pas le temps de faire un pas, Molossa se planta devant nous et montra les dents. En même temps d'un coup de patte rageur elle envoya bouler Molossito qui s'apprêtait à arroser consciencieusement le pneu arrière. Je plaquai vigoureusement le chiot à terre tandis que le Chef se jetait sur Molossa, nous ne restâmes que deux secondes allongés sur le trottoir, une déflagration désagréable nous perça les tympans, d'un roule-boulé magistral, chacun tenant son animal serré contre sa poitrine, nous nous éloignâmes des flammes qui s'emparaient de la pauvre voiture. Dix ans de bons et loyaux au service du rock'n'roll s'envolaient en fumée. En quelques secondes il ne resta plus qu'une carcasse à demi-calcinée de la Teuf-Teuf. Molossa poussa un long gémissement. Je la vengerai, m'écriai-je.

    Le temps n'était pas aux pleurnicheries ni à l'expression de sentiments exaltés. Plus pragmatique le Chef au milieu de la route avait déjà arrêté une voiture, il en sortit le conducteur par le colback et comme celui-ci rouspétait en se débattant, d'un geste vif, il le balança direct dans la vitrine de la pharmacie voisine, qu'il explosa non sans se taillader maladroitement le visage sur les éclats de verre.

      • Agent Chad au volant, direct sur le sens interdit, vous foncez, j'abats immédiatement toute personne qui aurait la mauvaise intention de traverser.

    Sur la banquette arrière, les deux chiens remuaient la queue de contentement, l'aventure ne faisait que commencer !

    ( A suivre... )

  • CHRONIQUES DE POURPRE 478 : KR'TNT ! 478 : JAN SAVAGE + SEEDS / RICHARD HELL / SLEAZY TOWN / JIM MORRISON / STUPÖR MENTIS / BLITZ' ART / ROCKAMBOLESQUES

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

    LIVRAISON 478

    A ROCKLIT PRODUCTION

    FB : KR'TNT KR'TNT

    01 / 10 / 20

     

    JAN SAVAGE + SEEDS / RICHARD HELL

    SLEAZY TOWN / JIM MORRISON

    STUPöR MENTIS / BLITZ' ART

    ROCKAMBOLESQUES

    Seedy belle abbesse

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    Il ne restera bientôt plus rien des Seeds. Le guitariste Jan Savage vient de casser sa pipe en bois. C’est lui l’indien en couleur sur l’illusse. À droite, Daryl Hooper, le Manzarek des Seeds, est le dernier survivant. Il participe d’ailleurs à une «reformation» des Seeds avec Alec Palao et d’autres vieux briscards. Duncan Fletcher leur consacre deux pages dans un récent numéro de Shindig!.

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    À Daryl Hooper (plutôt bien conservé) et Don Boomer (the band’s second-generation drummer) s’ajoutent le chanteur Paul Kopf, le guitariste Jeff Prentice et l’Alec bien connu de nos services. Il joue de la basse et sur la photo de la reformation, on le voit sanglé dans une veste Carnaby Street rouge et bleue. En 2019, les reformés prévoyaient de venir jouer à Londres (Au Beat Bespoke) en support de l’avant-première de Pushing Too Hard, le film consacré aux Seeds que tout le monde attend depuis une éternité. Le réalisateur Neil Norman n’est autre que le fils du boss de GNP Crescendo Records. C’est Gene Norman qui avait signé les Seeds en 1966. Il faut savoir qu’Elektra, Capitol, Columbia et d’autres labels avaient claqué leur porte au nez des Seeds. Quand Gene Norman récupéra la démo du premier album des Seeds, il n’était pas bien sûr du coup et il la fit écouter à son fils Neil qui avait alors 12 ans. Lorsqu’il vit Neil sauter en l’air dans la pièce et brailler «Yes dad go for it !», il signa immédiatement les Seeds sur GNP.

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    Alec Palao qui est le grand spécialiste des Seeds produit le film. C’est une caution. Sollicité pour rééditer tous les albums des Seeds, il eut accès à toutes les archives. Ce qui l’a le plus frappé lors du désarchivage, c’est l’extraordinaire énergie du groupe à ses débuts. Il dit surtout de Sky qu’il ooze rock’n’roll authority at every moment. Il dit aussi que les autres Seeds participaient pleinement au processus Seedy - Daryl, Jan, and Rick were definitely not sidemen - Quand le projet du film a démarré, Sky était encore en vie et Alec en parlait avec lui.

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    On a découvert les Seeds en France en 1972 grâce à la parution du Nuggets de Lenny Kaye sur Elektra. Cette compile portait bien son nom, car pas mal de kids en France s’achetèrent une pelle et une pioche pour aller creuser dans le filon de Kaye : Standells, Chocolate Watchband, Shadows Of Knight, Blues Magoos, Electric Prunes, Count Five, on n’avait encore jamais acheté autant d’albums, et bon nombre d’entre eux sur les auction lists de Bomp!. Si tu misais bien, tu l’avais ton Shadows Of Knight sur Dunwitch. Il te fallait aussi ton Standells sur Tower Records et bien sûr ton Seeds sur GNP Crescendo, car sinon, la vie n’avait pas de sens. Avec ses conneries, cet imbécile de Kaye nous avait tous mis sur la paille.

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    Ceux qui se détachaient vraiment du lot étaient les Standells et les Shadows Of Knight, à condition de rester dans les premiers albums. Les Seeds, ça pouvait être un peu plus compliqué. Leur carte de visite s’appelait «Pushin’ Too Hard», le cut choisi par Kaye pour figurer sur Nuggets. Un Pushin’ qu’on retrouve sur leur premier album, The Seeds. On peut le ressortir de l’étagère, il n’a rien perdu de sa vieille vitalité. Ces Californiens sont en quelque sorte les inventeurs du garage d’orgue. Ils jouaient un garage très différent de ceux des Standells ou des Shadows Of Knight, plus orientés guitares et chant délinquant. Ces deux groupes étaient fortement influencés par les Stones. Les Seeds tapaient dans un autre registre, basé sur le shuffle d’orgue et le relentless. Comme ils n’avaient pas de bassiste, Daryl Hooper jouait les basses sur son clavier, ce que faisait aussi Manzarek à la même époque. La tradition de ce heavy garage d’orgue vient donc des Seeds. Ce premier album des Seeds est entré dans la légende grâce au tagada night & day de «Pushin’ Too Hard». Jan Savage y joue un solo historique, l’un des phrasés les plus gaga du gagaworld. D’autres cuts comme «No Escape» et «Evil Hoodoo» illuminent l’A, on y entend la fuzz de Los Angeles et une hypno qui préfigure bien celle des Doors. Daryl Hooper joue le riff à l’orgue car on entend Jan Savage partir en solo. On retrouve de la belle hypno en B avec «It’s A Hard Life» et du coup, avec son beat sec et net, Rick Andridge préfigure Cubist Blues. Ils cultivent l’art du préfigurage. Et bien sûr, tout est chanté à la Sky, c’est-à-dire à la bonne insistance. Ne perdez pas de vue ce démon de Daryl Hooper qui fait son doom doom de basse dans «Excuse Excuse». Il n’en finit plus de repréfigurer le Break On Through des Doors.

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    Paru la même année, en 1966, leur deuxième album s’appelle A Web Of Sound. Pas de hit à proprement parler, mais du Seedy sound à gogo. On se laisse facilement envoûter par les Seeds, notamment par «Up In Her Room», a full room of Seedy groove, chef-d’œuvre de préfigurage des Doors, un art basé sur la lancinance, avec un Jan Savage qui joue au long cours et un Sky qui tartine le so good oh so good de Van the man. En fait, ils créent un monde avec trois fois rien. Sky et Rick Andridge font tout le jobby jobbah. «The Farmer» vaut pour un petite garage d’orgue rampant, monté sur un beat tellement balluchard qu’il en devient archétypal. Mais on passe un peu à travers tout le reste. Le premier album suffisait amplement à installer les Seeds dans l’inconscient collectif.

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    Alors après, ça se gâte. Une fois rapatrié, Future fut une énorme déception. On espérait du garage punk d’orgue et on tombait sur de la petite pop. Il fallait beaucoup de courage pour écouter un truc comme «Travel With Your Mind». Sky Saxon essayait d’embarquer son «Now A Man» au petit nasal angelino, mais il peinait à convaincre les peine-à-jouir. On restait dans un rumble d’orgue et de tambourin très spécifique. «Out Of The Question» était le seul cut potable de cette pauvre A. Alors pour sauver leur B, ils proposaient une resucée de «Pushin’ Too Hard» intitulée «A Thousand Shadows». Belle arnaque. Cet album refusait obstinément d’obtempérer. Cut après cut, ça tournait à la débâcle. Les Seeds n’avaient plus rien dans la culotte. Quand Sky attaquait «Where Is The Entrance Way To Play», c’était un peu comme s’il renonçait. Le groupe tournait en rond jusqu’au vertige. Le sentiment d’arnaque était tellement fort qu’on n’a jamais pu écouter cet album en entier. C’était du grand n’importe quoi. Allez-y les gars, cassez vos tirelires !

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    Ce fut encore pire avec l’album suivant, A Full Spoon of Seedy Blues. On espérait du gros British Blues de Los Angeles, mais l’album sonnait comme un gag. Ils rassemblaient pourtant toutes les conditions du blues de Chess : l’écho, l’harmo, mais Jan Savage ne se mouillait pas trop et il était impossible, à l’écoute de «Moth & The Flame», de prendre le Seedy Blues au sérieux. Avec «Cry Wolf», le pauvre Sky se prenait pour Wolf. Pour chanter du nez, il faut des grosses narines. Les Seeds étaient aussi peu doués pour faire du Chess que les Morlocks. Sky Saxon sonnait comme une caricature et le Full Spoon devint l’album dont il fallait se débarrasser de toute urgence. Si tu veux jouer du blues, baby, commence par t’appeler Mike Bloomfield ou Peter Green. Sinon laisse tomber. Ce Seedy Blues fut l’un des albums les plus indécents de son époque.

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    La liste des outrages n’allait pas s’arrêter là : parut en 1968 un faux live, Raw & Alive: The Seeds In Concert At Merlin’s Music Box. L’album donnait une idée de ce que pouvait être la frenzy des Seeds sur scène mais les faux applaudissements ruinaient tout. On n’entendait plus que ça, les injections bien modulées d’applaudissements. Les Seeds jouaient toutes leurs cartes, «Mr Farmer», «No Escape», toutes leurs énormités de garage d’orgue, mais les clameurs sonnaient faux et gâchaient tout. Les imbéciles qui avaient trafiqué le son avaient fait n’importe quoi. Ça devenait insupportable. Il était impossible d’échapper aux fausses clameurs. Ce faux live enterra les Seeds vivants en leur ôtant toute crédibilité. Ils terminaient avec un «Pushin’ Too Hard» que Rick Andridge battait sec et net. Daryl Hooper maintenait bien le cap derrière son clavier, ils développaient une belle énergie mais les fausses clameurs venaient ruiner tous leurs efforts.

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    Dommage, car les Seeds avaient un sacré potentiel. Après l’échec des derniers albums GNP, Kim Fowley tenta de les relancer avec un single, le fameux «Falling Off The Edge (Of My Mind/Wildblood» - Baby you gave me wild blood - bien rebondi au beat de Sky. On le trouve sur la compile Falling Off The Edge, ainsi que l’excellent «Chocolate River», un cut hypno que Daryl Hooper entortille de rubans d’orgue. Encore un groove infectieux avec «The Wind Blows Your Hair» que Sky chante au virus urbain, pris d’une fièvre d’orgue jaune, alors que des gouttes de sueur tombent sur ses bottes en chevreau. On entend aussi l’Hooper trafiquer dans «Satisfy You», un cut de single perdu dans l’océan, Sky chevauche le beat de conclave et les nappes de satin rouge. Il faut aussi entendre Sky faire son Jimbo dans «900 Million People Daily (all Making Love)». Soit Sky vient de Jimbo, soit Jimbo vient de Sky, en tous les cas la parenté est claire : Doors & Seeds, même combat.

    Signé : Cazengler, qui vaut pas un coup d’cid

    Jan Savage. Disparu le 5 août 2020

    Seeds. The Seeds. GNP Crescendo 1966

    Seeds. A Web Of Sound. GNP Crescendo 1966

    Seeds. Future. GNP Crescendo 1967

    Seeds. A Full Spoon of Seedy Blues. GNP Crescendo 1967

    Seeds. Raw & Alive: The Seeds In Concert At Merlin’s Music Box. GNP Crescendo 1968

    Duncan Fletcher : Fuzz film and fun in the UK. Shindig # 89 - March 2019

     

    Hell je ne veux qu’Hell

    - Part Two

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    Au temps des Voidoids, Hell fait aussi pas mal de cinéma, notamment dans le film d’Ulli Lommel, Blank Generation. Il tourne ça en 1978 en plein âge d’or des Voidoids, avec Carole Bouquet dans le rôle d’une amourette de passage. Le film est ridiculously ridicule, c’est le néant absolu de l’écriture cinématographique

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    . Tout s’éclaire dans l’interview qu’accorde Richard Hell à l’écrivain Luc Sante et qu’on trouve sur le DVD à la suite du film : Hell vole dans les plumes de Lommel, il parle d’un film complètement foireux - the film is ridiculously, irredeemably bad - Il explique que rien n’était écrit et que personne ne savait ce qui allait se passer le jour suivant sur le tournage. Hell est encore plus furieux quand il aborde la question d’Andy Warhol qu’on voit quelques minutes à la fin du film : «Typically of Lommel, the director, he wanted Warhol for the marquee value, but he treats him disrespectfully in the movie.» (Typique de Lommel, il voulait Warhol pour le nom et lui manque de respect en le filmant). Hell n’en finit plus de rouler Lommel et son film dans la farine. Il se fout même de la gueule de Carole Bouquet et des fringues ringardes qu’elle portait. Hell ajoute qu’il n’était pas à l’aise. C’est vrai qu’à l’écran, il est carrément mauvais. Quand la caméra le cadre, il joue faux, atrocement faux. Le seul intérêt du film, ce sont les plans des Voidoids filmés au CBGB : Ivan Julian, Robert Quine, Marc Bell et Hell y sèment l’enfer sur la terre. On n’imagine pas à quel point ce groupe pouvait être explosif, avec un Quine en embuscade et ce frappadingue de Bell au big beurre. Hell indique toutefois qu’il n’était pas utile de ramener «Blank Generation» quatre fois dans le film. Une fois aurait suffi. Il salue aussi la BO d’Elliot Goldenthal, très Taxi Driver dans l’esprit.

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    En 1982, Susan Seidelman propose le rôle d’Eric à Hell dans Smithereens, un autre film ‘punk’ new-yorkais. Il n’est pas très bon dans le rôle. Il joue son propre rôle, celui d’un punk-rocker local célèbre habitué aux petites arnaques et aux coups de bite à la sauvette, comme le veulent les mœurs de l’époque. Il joue de son physique et de son look, se verse de la bière dans les épis pour se coiffer et tente de rester le plus naturel possible devant la caméra, mais on imagine bien que ce n’est pas si simple. Par contre, Susan Berman qui joue le rôle de Wren tire mieux son épingle du jeu. Dans les entretiens qui accompagnent le film, Susan Seidelman nous explique qu’elle voulait une actrice aussi vivace que Giuliette Masina qui fut on s’en souvient la femme de Fellini et l’inoubliable Cabiria dans Les Nuits de Cabiria. Susan Berman joue avec tout le chien de sa chienne son rôle de SDF punkoïde dans un New York d’époque centré autour du Peppermint Lounge. Elle rafle la mise. À côté d’elle, Hell paraît gnangnan et emprunté. On ne le voit même pas sur scène, par contre on entend «The Kid With The Replaceable Head» tiré de son deuxième album avec les Voidoids. Susan Berman danse dessus et elle est incroyablement juste dans son wild shaking. Le scénario n’est qu’un prétexte à filmer New York, capitale artistique.

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    Deux ans plus tard, Susan Seidelman refait appel à Hell pour une courte apparition dans le fameux Desperately Seeking Suzan. L’apparition est si fugace qu’on ne le voit même pas. Il est au lit et vient de passer la nuit avec Madonna qui lui chourre des boucles d’oreilles ayant appartenu à Nefertiti. Enfin bref. Ce film a tous les défauts m’as-tu-vu de l’époque et bat bien des records de superficialité. Des critiques y ont vu de la modernité, mais celle de la Nouvelle Vague avait autrement plus de jus. Disons qu’il s’agit surtout d’un film sur Madonna qui démarre sa carrière, mais à l’écran, elle n’est pas aussi excitante que Susan Berman. On se demande surtout pourquoi ce film sans grand intérêt figure dans la filmographie d’Hell.

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    Là où Hell s’en sort le mieux, c’est dans le street movie de Rachel Amodeo, What About Me, sorti en 2011 sur DVD. Dans ce cas, le DVD est essentiel, car on voit le film deux fois : une première fois tel quel, en VO, et une deuxième fois, si on veut, commenté par Rachel elle-même. Alors ça devient fascinant. Elle joue le rôle principal, celui de Lisa, une brune très italienne qui ressemble à la statue de la liberté, c’est en tous les cas le propos du film. Lisa loge chez sa tante, une grosse italienne qui n’est autre que Mariann, la sœur de Johnny Thunders. Quand la tante meurt, Lisa se fait violer par le gros porc de l’immeuble et se retrouve vite fait à la rue, dans l’East Village new-yorkais. Rachel Amodeo raconte une belle descente aux enfers. Dans l’errance qui suit, elle rencontre un Vietnam vet bien déglingué qui n’est autre que Richard Edson, l’un des deux fils du pizzaiolo de Do The Right Thing. Il joue son rôle à la perfection. Il marche en crabe et parle fort. Et comme Rachel connaît toute la faune de l’underground new-yorkais, on voit arriver à l’écran Dee Dee Ramone (lui aussi en Vietnam vet), Nick Zedd, Gregory Corso et Johnny Thunders qui d’ailleurs va casser sa pipe en bois pendant le tournage. Comme il avait donné des cuts pour la BO, Mariann ne s’opposa pas à leur utilisation. Autre acte de générosité dont parle Rachel : celui de Peter Perret qui ne demande rien pour l’utilisation d’«Another Girl Another Planet» dans une petite scène de fête. Admirable. Rachel dit aussi que Jerry Nolan était très fier de tourner une scène dans ce street movie : il se fait descendre dans la rue et agonise devant la caméra. Johnny Thunders a lui aussi deux ou trois scènes au téléphone. Il joue le rôle de Vito, le frère de Lisa. Elle l’appelle et Johnny promet de revenir à New York car il sent qu’il y a un problème. Eh oui, quelques mois dans la rue et dans l’hiver new-yorkais, ça ne pardonne pas. On voit aussi une très belle scène où Lisa fume du crack dans une pipe à herbe avec Nick Zedd et un mec bien barré nommé Marshall. C’est du vécu. Et puis curieusement, c’est Hell qui se tape la part du lion, avec le rôle d’un ange de miséricorde. Incroyable retournement de situation : Hell joue son rôle avec une classe incroyable, il est même d’une grande beauté et d’une infernale justesse de ton. Il recueille Lisa chez lui et pour la première fois depuis des mois, elle peut prendre un bain. Hell veille sur elle. Comme elle ressemble à la statue de la liberté, il l’emmène la voir, et c’est là sur l’île, qu’elle va mourir, sans doute des suites d’une blessure à la tête. Voilà, ça se termine comme ça. À l’usure, comme l’histoire de Ratso.

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    Pas de meilleure introduction que Clean Tramp à l’œuvre de l’écrivain Hell. Bon, on passe rapidement sur les petits books en forme d’exercices de style, The Voidoid (paru en 1993) et Godlike (paru en 2005). Le premier est un court récit surréaliste troussé en hommage à Isodore Ducasse, mieux connu sous le nom de Lautréamont. En fait le récit lui-même n’est pas très convainquant, Hell met en scène deux personnages, Skull et Lips, qui sont de toute évidence Tom Verlaine et lui - The skeleton is named Skull and the vampire is named Lips. They live together in New York City where they have a rock band, The Liberteens - Hell est le vampire - Skull’s name is Caspar Skull and Lip’s real name is Arthur Black - On reste dans la littérature. Ce qui fait la grandeur de ce mini-book, c’est l’afterword où Hell explique dans quelles conditions il a écrit ce texte. Comme le fit Hemingway en son temps à Paris, Hell louait une petite piaule meublée sur East 10th Street, juste pour écrire - J’étais mentalement assez misérable, mais pas entièrement. J’étais heureux pendant que j’écrivais. Ou quand je finissais d’écrire. Ou j’étais sûr que j’allais l’être de toute façon - Dans la piaule, un lit, une table, une chaise, une machine à écrire et un petit tourne-disques - Je n’avais qu’un seul album, My Generation des Who. Il me donnait de l’énergie sans que j’aie besoin de l’écouter attentivement - Et il termine ainsi : «J’aime encore beaucoup ce book. Il est dans l’esprit de Maldoror car Lautréamont est mon frère. Quand j’ai tapé le texte définitif, j’ai imité la présentation de l’édition New Directions de Maldoror en aménageant de grandes marges autour du texte. Je voulais que mes pages soient belles comme des bijoux rares ou des photos nocturnes qui deviennent vivantes lorsqu’on les observe. Voilà ce que je voulais. J’espère que ça vous touche. Intensément, j’espère.» L’écrivain Hell est souvent très attachant, mais c’est avec un vrai roman comme Go Now qu’on le comprend.

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    ( Traduction française de Go Now  )

    C’est même une vraie merveille. Un roman en forme de road-movie, dirait un critique en panne d’imagination. Il se trouve qu’avec Go Now, Hell déploie des ailes, celles d’un authentique écrivain. On sent la puissance narrative et l’instinct littéraire, ça ne trompe pas. Comme souvent chez les géants littéraires, les thèmes ne sont que des prétextes. Le road-movie sert de prétexte à raconter l’Amérique (sans doute un clin d’œil à Kerouac), mais aussi à vanter les charmes de la dope, à cultiver l’érotisme de façon constante et capiteuse, et à injecter en fin de voyage du matériau autobiographique, car forcément, Hell passe par Lexington, Kentucky, cette ville où il a grandi et qu’il a fui à 17 ans pour aller faire le poète/punk-rocker à New York. Go Now est le roman rock parfait, Hell y bouscule tous les tabous et propose un autoportrait cru et fascinant. Go Now s’avale d’un trait. Go Now se relit. Avec Go Now, la messe est dite.

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    Go Now, petit book d’apparence anodine avec sa photo de motel room sur la jaquette jaunie par le temps et tout de suite Hell nous parle de sa bite - Je suis assis là. Ma bite est dans mon pantalon, chaude, lourde et puissante. Peut-être devrais-je me branler. Je n’ai pas joui depuis plusieurs jours - c’est comme de pisser ou de chier, vous ne pouvez faire ça qu’en état de défonce - Comme Kim Fowley, Hell se prend pour the Lord of Garbage lorsqu’il descend dans la rue, «Back to the street, where I am king. Lord of garbage. I go to cop», il va acheter sa dose. Sa prose devient parole de chanson. Puis il décrit le prétexte du book, via la voix de Jack the Biritish qui cherche un couple pour lui ramener de Californie une ‘57 DeSoto Adventurer de couleur orange. Jack veut que Billy Mud, c’est-à-dire Hell, écrive et que Chrissa, the French girl photographe (sans doute Lizzy Mercier Descloux) prenne des photos. Voilà le deal. On est en plein mythe rock’n’roll dès la page 20 de ce petit book d’apparence anodine. Hell et Chrissa se connaissent depuis longtemps, mais ils ne forment pas un couple. Ils ont exploré les arcanes du sexe ensemble - we invented sex in the washed-out music des fins de nuits et nous sombrions dans le sommeil à l’aube - Le sexe va revenir en force dans le récit, Hell est un érotomane aussi puissant que Georges Bataille. Il envisage de faire le voyage avec de la dope, bien sûr - Avec de l’argent dans ma poche et la certitude de pouvoir acheter de la dope, je suis un cow-boy, froid et serein sous les étoiles - Alors bien sûr, il parle de la DeSoto, a dream come true. Elle est aussi prétexte à écriture - A time machine. It has an aura. It is the color of fire - the color of New York methadone - and when you look at it everything else goes away. On se sent comme dans un domaine. C’est dur de croire que c’est uniquement une machine, de la matière. Elle ressemble plus a un secret exposé en plein jour, comme Le Lettre Volée d’Edgar Poe - Alors ils prennent la route - En prenant les longs virages au long des falaise qui surplombent l’océan, je tombe en extase - C’est comme si on était dans la bagnole avec eux. Les chambres de motels le comblent encore plus d’aise - Rien n’est plus appréciable pour un sale mec que des draps propres. Jesus, I love motels - Son problème est de se ravitailler sur la route. Il a une connexion à San Francisco, une certaine Kathy qui fait du rock et qui se shoote - J’aime Kathy et elle m’aime, de la façon dont les drogués s’aiment. Elle me comprend (...) Elle prend soin de moi comme une grosse araignée - Kathy lui file du crytstal meth qu’on appelle aussi methedrine. De retour au motel, il propose à Chrissa de tester le speed. Oh, elle n’est pas une sainte : elle deale de la coke à bonne échelle. Hell lui dit qu’elle va aimer ça : «Tu aimeras ça comme tu aimes la coke. Mais c’est plus pointu que la coke et ça dure plus longtemps. Tu te sens bien, ton esprit fonctionne vite. It’s cool.»

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    Hell vend son speed comme il vend Baudelaire, dont il trouve un recueil chez un libraire de San Francisco, car forcément, pas de road-movie sans libraire. Prétexte encore, puis big paragraphe sur l’un de ses auteurs préférés. «Après tout, Baudelaire est un être voluptueux et extravagant qui sacrifie beaucoup aux effets esthétiques. Même s’il cultivait l’embourgeoisement via le pessimisme et de spleen, il n’en demeurait pas moins affamé de reconnaissance.» Bien vu, Hell, en plein dans le mille. Et ce n’est pas fini - Il cultivait surtout un désir d’infini. Il ne voulait pas être importuné par les conventions et il s’arrangeait pour que les choses soient aussi laides ou perverses qu’elle l’étaient en réalité. Mais il n’avait pas de vitalité, il était brisé, il ne produisait que des fragments, de pâles imitation d’idoles comme Poe, mais en même temps, il avait cette élégance de savoir transformer ses faiblesses pathétiques en vertus, il en fit même son propos et son identité. Il avait ce courage. Ça a marché. Je suis content pour lui et son succès m’encourage. Alors que je feuillette ce vieux livre, je peux sentir sa présence, je le sens noble, subversif et fascinant. Son exemple me donne de l’espoir - S’attendait-on à rencontrer Baudelaire dans un road-movie ? Bien sûr que non. Autre question : faut-il continuer à citer ? Il reste énormément d’éclairs littéraires dans ce mini-book. Citer consiste en fait à réécrire les lignes des autres. Quand on passe sa vie à écrire au point que ça devient une obsession quotidienne, réécrire est tout bêtement une façon de reprendre souffle. On réécrit pour faire une pause. En même temps, on savoure un peu mieux l’objet lu, en s’en imprègne un peu plus. Et qui sait, on peut espérer en faire partager quelques aspects. Un livre, c’est comme un disque, une énergie le sous-tend et c’est bien d’essayer d’en capter l’essence.

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    Pendant ce temps, Hell revient à ses chères drogues - Thank Gof for drugs. Voilà ce que je me dis an traversant la parking du motel. Que serais-je sans elles ? There’s something for everything. Les drogues gardent aux choses leur fraîcheur et me permettent de vivre des aventures. Je me sens comme un athlète victorieux - Hell revient dans la voiture pour faire son travail d’écrivain. Il joue avec une phrase : «The silence in the car resumes». Il la prononce plusieurs fois à voix haute. En français, on dirait : «Le silence s’installe de nouveau dans la voiture». Chrissa qui conduit lui demande s’il est en train d’écrire son livre. Ils éclatent de rire - ‘Chrissa laughs’ dis-je et on éclate de rire tous les deux. We giggle in the speeding car - Les regards qu’il porte sur les villes d’Amérique sont tous très littéraires, comme par exemple la capitale des casinos, Reno, Nouveau Mexique : «Tout le monde ici est soi de la charogne (dead meat), soit un vautour.» Au motel, il allume la télé et tombe sur un sitcom qui lui donne envie de vomir. Hell se demande toujours de quoi il a vraiment envie. De dope, bien sûr - J’attends quoi sinon trouver de la dope. Je regarde Chrissa. Je pourrais espérer l’avoir. Fuck that. Je l’ai déjà. Si elle me connaissait vraiment, elle ne pourrait pas me supporter, pas plus que j’arrive à me supporter - Mais il se reprend vite car il déclare : «Grâce à l’hero, j’ai pu transformer mes peurs et le sentiment de n’être rien en vertu. C’est ce qui m’a autorisé a faire ce que j’avais envie faire en tant qu’homme et artiste.» Il se sert d’une remarque sur l’Amérique qu’il trouve boring, c’est-à-dire ennuyeuse, pour considérer la vie : «Comment devons-nous vivre notre vie ? À quoi peut-on aspirer ? La gloire et l’argent. Sex and drugs. Sinon, à quoi sert la liberté ?». Pendant le road-movie, il tombe en panne de dope et se voit contraint de se désintoxiquer, avec l’aide de Chrissa. Mais le besoin de dope revient et il se fait envoyer un paquet à Denver. Quand il s’est refait un fix, il écrit : «Je suis à l’aise et regonflé. Et je parle à Chrissa. Je lui explique que les Américains sont des drug addicts. Ça s’appelle la quête du bonheur, c’est le capitalisme, c’est la liberté, c’est l’individualisme dans les grands espaces, c’est la démocratie. C’est la DeSoto Adventure. Je ne sais plus ce que je raconte, mais elle me laisse continuer.» Hell nous fait aussi quelques pages de sexe exceptionnelles, dignes des grandes heures d’Henry Miller et de Catherine Millet, avec un côté plus physique et plus punk en prime. Il nous fait entendre le bruit des organes génitaux qui flip-floppent. Il nous fait aussi le coup du rebondissement spectaculaire de fin de roman, comme le fit Flaubert dans Madame Bovary. C’est très spectaculaire et très réussi. On ne va pas le raconter, car ça vous gâcherait le plaisir de lire ce livre. Wow, Hell, what a punk-novel de Nobel level ! Vers la fin, il s’autorise encore deux ou trois facéties désabusées dignes de celles d’Houellebecq : «Maintenant, je sais d’où viennent les religions : de la peur et de la haine de soi. C’est trop difficile de vivre en connaissant ses travers et en même temps, ça n’a pas si grande importance.» Hell a compris que rien ne pouvait changer et que prier ne servait à rien. Il s’en explique ainsi : «La vie est une maladie. Une sorte d’infection du monde abstrait. God n’est qu’une image de ce que sont les choses et n’a qu’un seul pouvoir, l’inertie. Les choses ne peuvent pas changer. La plus puissante pensée n’y pourra jamais rien. Rilke disait que les seules batailles dignes d’être menées étaient celles perdues d’avance, celles contre les anges. On ne peut changer que soi-même et c’est la seule façon de changer le monde.»

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    Il existe d’autres books d’Hell, mais ce sont des books compilatoires, comme Hot And Cold (paru en 2001) et Massive Pissed Love. Nonfiction 2001-2014 (paru en 2015). Hell y compile des textes, des poèmes, des dessins et des photos, mais il le fait chaque fois avec une intention purement artistique. Il aime dessiner sa bite, mais aussi l’entre-jambes de ses copines. On voit une belle photo de Lizzy Mercier Descloux à poil et bien velue, et d’autres photos de femmes nues, chaque fois très érotiques. Dessins et photos sur lesquels on revient régulièrement, pour le plaisir de l’œil, comme on le fait en feuilletant les pages des catalogues de Molinier ou de Clovis Trouille. Vous trouverez dans Hot And Cold un texte fantastique sur Johnny Thunders, qui date de l’époque où Hell écrivait sous le nom de Theresa Stern. «Johnny Thunders is quintessential rock & roll. Il aurait pu devenir joueur de baseball car il était bon, mais il ne voulait pas couper ses cheveux comme le lui demandait le coach. Il quitta le lycée, s’installa dans le Lower East Side et à 18 ans, il fut le guitariste du groupe le plus célèbre d’Amérique.» Dans un autre texte, il dit pourquoi les Dolls étaient si essentiels : «Ils furent le premier pur groupe de rock & roll. Ils savaient que le rock & roll est à 50% basé sur l’attitude, même peut-être à 100% ou 200%. Ils furent le premier groupe à se considérer comme des stars plutôt que comme des musiciens. Ils étaient pour les New-Yorkais ce que les Sex Pistols furent pour les Anglais. Ils excitaient tout le monde, ne pensaient qu’à s’amuser, sans jamais la moindre prétention. Ils étaient ballsy, noisy, rough, funny, sharp, young and real. Stupid and ill. Ils se moquaient des médias, dégueulaient sur les adultes et parlaient de sexe et de drogues avec les kids.» C’est important d’écouter Hell parler de Johnny Thunders car ils ont bien navigué ensemble : «Il m’a toujours surpris quand on discutait. Il était tout le temps smart et c’est ce qui me surprenait. Il était aussi smart qu’il était élégant. Smart comme Elvis l’était. Il ne trichait jamais.» Et il revient sur Elvis et sur le smart : «Elvis just had it. C’était quelque chose de spirituel. A kind of grace. Quelque chose d’inné. Un truc que tout le monde voudrait avoir et Johnny l’avait. Et il savait qu’il l’avait. Pour lui, le meilleur compliment qu’on pouvait lui faire était qu’il était aussi smart que l’étaient Frank Sinatra et Elvis.» C’est quand même autre choses que les racontars qu’on entendait à une époque. Et Hell poursuit : «Johnny a fait ses choix, il a choisi son destin et il avait parfaitement le droit de le faire. Il prenait de la dope pour affronter la réalité et jouait de la guitare pour être lui-même, même s’il passait son temps devant la télé. Personne ne peut porter de jugement.» Hell dit aussi que Johnny et Chet Baker ont beaucoup en commun. «Ils étaient tous les deux des junkies qui considéraient leurs talents respectifs comme des petites aubaines qui leur servaient juste à se fournir en dope et en fringues. Johnny disait : ‘Je ne pourrais pas être vertueux. Chacun a le droit de faire ce qu’il veut, à condition de ne pas me faire de mal’. Johnny avait du mal à prononcer ‘me’.»

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    On retrouve aussi le fameux texte d’Hell sur Television. Il écrit comme s’il n’appartenait pas au groupe et commence par décrire Tom Verlaine : «Le chanteur, Tom Verlaine, grand, blond, avec le visage de Mr. America of skulls, se tenait debout derrière le micro avec les yeux mi-clos et sa guitare noire sanglée haut sur la poitrine.» Puis Richard Lloyd : «A perfect male-whore pretty-boy face qui grattait sa guitare avec tellement de peur et de détermination qu’on croyait entendre sa mère le gronder. On aurait dit qu’il allait pleurer.» Puis Hell passe à Hell : «De l’autre côté se tenait Richard Hell, le bassiste, en costard baggy, boots noires et lunettes noires. Cheveux courts sur le côté et en épis sur le sommet du crâne, comme s’il anticipait la chaise électrique. Sa tête dodelinait sur ses épaules, il triturait les cordes de sa basse. À un moment, un filet de bave coula de ses lèvres et il mit à danser comme James Brown et à sauter en l’air, tournoyant de manière complètement dingue avec ses lèvres tendues vers vous.» Le texte date de 1974, ne l’oublions pas. Il termine avec cette chute digne des grands écrivains, avec un Hell qui observe le groupe de l’extérieur : «Ils jouèrent 45 mn, remercièrent tout le monde et annoncèrent qu’il seraient là le dimanche suivant. Moi et quelques autres pensons qu’ils sont le meilleur groupe du monde. Anyway, je suis rentré chez moi, j’ai commencé à écrire un livre et demandé à ma sœur qu’elle me taille une pipe.» Punk ? Real punk.

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    On trouve aussi un texte de 1993 sur Peter Laughner. «Il dépensait le fric de ses parents on guitars and dope and guns (il trimbalait un Walther PPK dans son étui à guitare. Personne ne l’avait jamais vu à jeun. Il prenait du speed à 17 ans quand il a rencontré Charlotte.» Hell entre dans l’histoire de Peter & Charlotte : «Ils ont plongé ensemble dans un délire de musique et de littérature et se sont mariés deux ans plus tard.» Ils raffolaient de Lou Reed et des œuvres complètes de Sade qui venaient de paraître. Hell est très précis sur le profil de Peter Laughner : «Il idolâtrait au point de les imiter 10 ou 15 musiciens et auteurs (Robert Johnson, Bob Dylan, Lou Reed, Iggy Pop, David Bowie, Roxy Music/Brian Eno, Patti Smith, Tom Verlaine, me, Baudelaire, de Sade, Sylvia Plath, Lester, William Burroughs, etc., etc.), et il semblait avoir formé ou joué dans des tas de groupes, the Stress Blues Band, Rocket From The Tombs, (dans lesquels se trouvaient les futurs leaders de Pere Ubu et des Dead Boys), Pere Ubu, Cinderella, Backstreet, Friction, Peter & The Wolves et bien d’autres groupes.» Alors où est le problème ? Hell y vient : «Il finissait toujours par décevoir ses collègues par sa conduite et son goût de l’auto-destruction. Quand il n’était pas viré d’un groupe, c’est lui qui se barrait. C’était un catalyseur. Allen Ravenstine de Pere Ubu dit que Peter was the driving force.» Quand il monte Peter & the Wolves, il arrive en répète avec une seringue, tire du sang de son bras et arrose tout le monde - Thus Peter and the Wolves became the Wolves.

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    Dans un texte de 1986 qui s’intitule Sid And Nancy, Hell revient sur la grandeur des Pistols et le destin tragique du pauvre Sid : «Malcolm McLaren, J. Lydon et les médias ont donné à Sid le permis de détruire, le plus beau jouet qu’un gosse qui n’avait jamais rien eu pût avoir.» Comme dans son éloge des Dolls, Hell grimpe assez haut avec les Pistols : «Les Sex Pistols, c’était quelque chose. Ils étaient tellement purs, c’était un phénomène aussi impénétrable qu’un miroir. On voulait voir la vie revenir dans le rock& roll et les Pistols ont su le faire. They were pure chaos. Like a storm. Comme de la matière qui libère son énergie. Les approcher, c’était se brûler, mais ils étaient si fascinants. Ils étaient l’incarnation parfaite du white rock & roll. Il n’avaient rien d’humain, mais c’était une inhumanité que je comprenais.» Puis il replace la couronne sur la tête de McLaren : «Malcolm s’amusait bien. Il agitait les choses et faisait de l’art. Il manipulait les médias et il était doué pour ça. Je crois qu’il était assez honnête et politiquement sophistiqué, je veux dire solide et consistant dans ses échanges. Il y avait un mégalomane en lui, mais un vrai artiste doit l’être. Il ressemblait beaucoup à Warhol (ou à Picasso) au sens où il pompait des idées partout où il pouvait (y compris les miennes). Mais les idées n’appartiennent à personne. Elles appartiennent à ceux qui en font le meilleur usage. Ses collaborateurs dans les Sex Pistols étaient volontaires, et non des victimes.»

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    Dans un texte daté de 1986, Hell s’appesantit longuement sur sa vieille fiancée, l’hero. Il en fait une description clinique : «La morphine est dix fois plus puissante que l’opium et l’hero quatre fois plus puissante que la morphine.» Il rappelle dans ce panorama que l’opium était en vente libre à une époque en Angleterre et aux États-Unis, jusqu’au début du XXe siècle. C’était un médicament aussi répandu que l’aspirine aujourd’hui. «Il y avait dans chaque maison une bouteille de laudanum (opium dissous dans de l’alcool) et dans les quartiers pauvres, les bouteilles de laudanum se vendaient comme les petits pains le samedi matin.» Artaud fut un gros consommateur de laudanum. Hell rappelle que l’addiction était tolérée dans la société : «Au pire on considérait la dope comme une mauvaise habitude, une faiblesse, comme de la paresse. Mais ça n’était ni un délit ni une maladie.» Hell ne comprend pas bien qu’on ait condamné l’hero (l’opium) et la coke (les feuilles de coca). Il passe logiquement à l’apôtre des excès en tous genres, surtout littéraires, avec My Burroughs, un texte daté de 1997. «Burroughs était le vrai Rimbaud, tout au moins celui qui a tenu la distance. Burroughs adhérait complètement au programme de Rimbaud qui était de bannir l’ego et de se livrer au bouleversement de tous les sens. L’ego est un bagage inutile, écrivit-il - Je est un autre - la vie de Burroughs ne fut qu’un long coma dûment cultivé.» Plus loin, Hell rentre dans le lard du sujet : «Burroughs était le classic addict type, un homme qui se haïssait, qui ne supportait pas la réalité du monde et qui voulait en finir. Il disait toujours qu’il y avait en lui quelque chose d’irrémédiablement tordu, il trouvait que les autres gens étaient différents et il ne les aimait pas. Il se sentait coupable en permanence et trouvait ses erreurs trop monstrueuses pour en éprouver le moindre remords. Il se demandait comment il parvenait à continuer à vivre avec tout ça. Peu de gens atteignent un tel niveau de désespoir.» Bel éloge, non ? Encore une vie qui fait rêver.

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    Massive Pissed Love, c’est une autre paire de manches. Hell y rassemble des chroniques qui traitent aussi bien de cinéma que de rock ou encore de littérature et d’art. Hell est un homme complet, a hell of a man. Hell y va à la pelle. Dans une courte et brillante introduction (comme toujours), Hell dit comment il a évolué. «Une chose que j’ai apprise à propos des œuvres d’art, c’est qu’il vaut mieux les regarder en sachant que l’artiste sait ce qu’il fait ou qui il est. C’est très déroutant lorsque l’artiste est un imbécile ou un punk.» Bien sûr, c’est de l’auto-dérision. Alors bienvenue chez les intelligents. Dans une première série d’articles (Massive), il balance un énorme essai sur le Velvet et les Stones. Il les compare et tente de les opposer. Son truc va loin, car personne n’y a pensé avant lui. Il commence par énumérer les points communs : «1)L’instinct et le talent de bâtir et d’arranger des catchy rock and roll songs et 2) full scary sexy worlds of attitude and style.» Il dit aussi que le point de rencontre entre les Stones et le Velvet est Phil Spector : «Les deux groupes adoraient l’idée qu’il avait formulée de la pop song parfaite, le magnifique, massif, white-lit wall of sound.» Puis on passe aux différences : «Les solos de violon de Cale dans ‘Heroin’ et le solo de guitare que joue Lou Reed dans ‘I Heard Her Call My Name’ sont beaucoup plus importants et innovants que tout ce qu’ont pu faire les Stones musicalement.» Puis Hell enfonce le clou Velvet : «Les Modern Lovers viennent de ‘Sweet Jane’ et ‘Sister Ray’ (‘Roadrunner’ sous un autre nom), la chanson de Lou Reed qui aurait le plus influencé Tom Verlaine serait selon moi ‘Temptation Inside Your Heart’ (enregistrée en 1968 mais seulement parue sur VU en 1985). On peut entendre la moitié des trucs de Bob Quine dans ‘Some Kinda Love’.» Et la liste se poursuit avec le menu fretin : Sonic Youth, Patti Smith et Doug Yule. Hell dit aussi que Pavement sort tout droit de «Pale Blue Eyes». Il rend aussi hommage au poète Reed avec Dylan pour seul concurrent. «Dylan est le maître, mais j’irais bien jusqu’à dire que les paroles du troisième album, The Velvet Underground, en tant que suite, sont les plus belles de l’histoire du rock.» C’est un poète qui parle. Il sait de quoi il parle. Arrivé à la page 19 du book, on se félicite de l’avoir rapatrié. Rien n’est plus confortable, plus agréable que l’écriture d’un homme intelligent qui en plus aime le Velvet. Hell rappelle que Lou Reed était autant passionné par l’avant-garde noise-jazz, par les professionnels du songwriting (comme Goffin & King ou Barry & Greenwich) qu’il l’était par les racines du rock & roll. Quand il revient à l’exercice comparatif, Hell le fait avec une finesse éblouissante. Jugez-en par vous-mêmes : «Il semble étrange de penser qu’une approche plus intellectuelle de la musique puisse déboucher sur un son plus cru, au sens où la musique du Velvet est plus déglinguée que celles Stones. C’est comme si on disait que la Fontaine de Duchamp rendait Picasso commercial. Le Velvet n’a fait que coller à sa volonté de faire un rock intéressant.» Bon maintenant les Stones. Hell met tout de suite le paquet sur Keef. «Le principal atout qu’ont les Stones et que n’a pas le Velvet, c’est Keith Richards. Je veux dire l’âme. Lou Reed a plein de qualités, mais l’âme n’en fait pas partie.» What is soul demande Hell ? Il répond : «It’s humane empathy that in music gets expressed in loose swing.» Hell fait l’apologie de l’empathie de Keef. C’est le premier qui ose dire une chose pareille. «Richards is a hero of that kind of musical generosity. Lou Reed is not generous.» Hell salue aussi le beating genius de Charlie Watts, comme l’a fait Mike Edison dans son book : «Charlie makes every other drummer in rock and roll sound handicaped.»

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    Hell n’aime pas Beggar’s Banquet, il dit que cet album n’est que poses et compromis. Par contre, Let It Bleed, c’est une autre histoire. «Pour l’écouter, vous devez commencer par vous lever. Puis pousser tout ce qui traîne autour de vous. C’est l’un des meilleurs albums de rock de tous les temps. Brian est parti. Keith joue les parties de guitare sur deux des cuts les plus powerful, ‘Gimme Shelter’ et ‘Let It Bleed’, ces cuts vous donnent des frissons.» Hell dit même que «Gimme Shelter» figure dans le Top Three des meilleures chansons de rock. L’influence des Stones est énorme, ça on le savait déjà, des myriades de groupes se sont identifiés à eux et ont rempli des Nuggets, on entendait des fuzz-box guitars et des chanteurs couldn’t get much satisfaction - Il y a deux groupes qui à mon sens doivent tout aux Rolling Stones : les New York Dolls qui furent une sorte de version drag queen des Stones (pour trouver les racines de Johansen, écoutez ‘Dontcha Bother Me’ sur Aftermath), et les Stooges de Raw Power, où James Williamson cherche à imiter la guitare et l’écriture de Keith Richards) - En conclusion, Hell produit son petit effet : «Puis je suis revenu à Let It Bleed et j’hésitais à nouveau. Cet album est définitivement magique. Mais au moment de choisir le vainqueur, on ne peut nier la supériorité du Velvet. Le voilà couronné. Lou Reed is queen for a day.»

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    Dans un long texte, Hell rend hommage à Lester Bangs. Il se souvient de l’avoir bien connu, même s’il ne pouvait pas trop le supporter. Bangs était tout le temps bourré - like a big clumsy pussy but he was always drunk et son niveau de sincérité était intolérable - Mais maintenant qu’il est mort, Bangs lui manque. «Now I miss him.» Le portrait qu’il brosse de ce mauvais écrivain est très spectaculaire. Hell l’avait percé à jour : «Lester était le seul qui attachait de la valeur au fait de douter de soi et qui semblait aimer la musique plus que lui-même. Lester était un critique qui s’accordait le droit d’avoir tort, ce qui me paraît admirable.» Et Hell poursuit sur sa fantastique lancée : «Ce qui l’intéressait dans la musique, c’est la vie qu’il y trouvait.» De Bangs aux Ramones, il n’y a qu’un pas que franchit Hell : «C’est merveilleux de voir des gens comme les Ramones devenir des stars. Ça me rend fier d’être américain. Les Ramones et les Simpsons. Ils étaient l’un des groupes les plus étranges de l’histoire du rock. Comme si Roy Orbison faisait du Chuck Berry, accompagné par les Stooges.»

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    On trouve aussi Robert Quine Obituary, c’est-à-dire l’éloge funèbre de Robert Quine. Hell revient sur les circonstances de sa mort : «Quine ne s’injectait jamais de drogues, mais il s’agissait là d’une injection et il y avait trop de pochetons d’héro pour que ce fût accidentel. Il avait avoué avoir survécu à une tentative de suicide analogue durant l’hiver. Il ne pouvait pas survivre à la disparition de sa femme Alice, emporté par une crise cardiaque l’été précédent. Ils étaient ensemble depuis le milieu des années 70.» Puis Hell revient au lard de la matière, le Quine sound : «Comme Miles Davis et Lou Reed - probablement les deux musiciens qu’il admirait le plus - Quine développa de nouvelles façons d’improviser.» Hell en profite aussi pour rappeler qu’à 33 ans, Quine jouait dans l’un des premiers groupes punk (les Voidoids) et qu’il ressemblait à un agent d’assurances, mais qu’il s’intéressait à des trucs rares. Et là Hell énumère les raretés en questions : «Cool Guitar» par les Blue Echoes, «What’s Your Technique» par Ronnie Speeks and the Elrods, «I Hate Myself» par Al Sweat et «I Like To Go» par Floyd Mack. Hell va chercher l’info. C’est un vrai pro. Il digresse ensuite sur la peau de banane du punk. What is punk ? Et pouf : «Yeah, in a way punk is about failure.» «There’s no success like failure.» Il développe en prenant le cas des Ramones qui se sont vautrés misérablement année après année. Hell nous explique qu’on ne les respectait pas tant que ça, même au CBGB - They were a self-concious cartoon concept of rock and roll, like the Stooges mixed with surf music - Hell parle de punk comme Tzara parle de Dada : «Punk is an idea not a band.» - Dada est mort, vive Dada ! - «Punk est une bonne idée, ça concerne la subversion, mais au service du plaisir de la jeunesse. C’est à l’opposé de tout ce qui est adulte. Punk n’est pas uniquement contre le succès, mais aussi contre les bonnes manières, les bonnes mises et contre toute forme d’éducation ou de talent. Mais aucune définition de punk n’est vraie. C’est ce qui rend punk poétique.» Hell dit aussi que le punk américain était artistique alors que le punk anglais était politique. «Il y a de la vérité là-dedans. En 1974, à New York, on voulait faire de l’art. Même les Ramones qui étaient two-dimentional and cartoony étaient plus près d’Andy Warhol que de Mikhail Bakunin.» Sauf que McLaren ne se réclamait pas de Bakhounine mais de Guy Debord. Allez, on ne va pas chipoter. Hell tord le bras de son raisonnement pour le faire avouer. «Punk consiste à réussir sans autre talent que l’honnêteté. Mais l’honnêteté n’est pas facile. C’est là où, de manière ironique, l’art entre en ligne de compte.» Il revient à sa chère poésie. Il va même jusqu’à dire que les Sex Pistols étaient de la pure poésie. Il n’ose quand même pas dire que sa coiffure - le symbole du punk - était de la poésie, mais il sait qu’en se taillant les cheveux comme ça, il était punk, c’est-à-dire délinquant - Un mec avec cette coupe de cheveux n’aurait jamais pu trouver de travail. Et aucun coiffeur n’aurait pu imaginer une telle coupe de cheveux. C’est un truc qu’il fallait faire soi-même - Hell aime bien rappeler qu’il a inventé le look punk.

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    Bon on va se calmer un peu. Avec des écrivains. Hell rend hommage à Jim Carroll, un poète américain qui «était le produit de son imagination». Hell le compte parmi les meilleurs poètes et il cite les noms : Guillaume Apollinaire, Josef Von Sternberg, the wizard of Oz. Plus loin, il fait un Top Five Junkie Literature dans lequel on retrouve bien sûr William Burroughs : «Burroughs est au-delà de la mort. C’est incroyable qu’un livre de ce genre - cheap sensationalist confessional destiné aux refoulés amateurs de frissons - puisse être aussi bon. C’est comme si une voix nous parvenait de l’au-delà, comme celle d’un détective revenu de la mort, qui n’a plus d’illusions, plus d’intérêts, pas de regrets, aucune raison de vivre, la résignation parfaite. En plus, c’est hilarant.» Il ajoute un peu plus loin : «Ce compte-rendu de la vie de ce dope addict small time criminal of the time est raconté à la première personne et se situe à New York. Je me demande ce qu’on devait éprouver dans les années 50 si on était ado précoce, amateur de culture secrète et qu’on découvrait ce livre dans présentoir de gare routière. Talk about happy face.» Hell salue aussi Straight Life: The Story of Art Pepper, par Art Pepper et Laurie Pepper. Ce livre raconte une vie de dopeman. «This book is to my mind the best of them.» Art Pepper est un jazzman mort en 1982 à 56 ans. Il passa nous dit Hell sa vie stoned, principalement on hero and liquor et séjourna pas mal de temps à l’ombre. Et puis bien sûr The Basketball Diairies de Jim Carroll et Les Confessions d’Un Mangeur d’Opium de Thomas de Quincey qu’il garde couplés pour une brillante chronique.

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    Il salue aussi Godard de façon spectaculaire : «Well, Godard est le plus grand cinéaste du monde depuis 1959, même si Besson et Hitchcock de trente ans ses aînés, et Welles, de 15 ans son aîné, empiètent un peu sur son piédestal.» Hell a compris que chaque film de Godard comprend quatre ou cinq niveaux de lecture et qu’il se passe des choses fascinantes même dans les moments les plus ordinaires. Mais Hell oublie de souligner l’une des forces de Godard : sa voix de narrateur qui bien sûr renvoie au William Burrough d’American Prayer. Toute la poésie du monde est dans les voix de ces gens-là, mais pour ça, il faut aller voir les films et lire les livres. À condition bien sûr de s’intéresser aussi à la poésie. Hell fait aussi un fantastique portrait d’Orson Welles : Citizen Kane est considéré par Hell comme the greatest sound film ever made. Mais c’est le succès de Citizen Kane qui va ruiner la carrière hollywoodienne de Welles. Jalousie. «Comme Welles l’avoua lui-même, il démarra au sommet et dégringola pendant tout le restant de sa vie.» Hell parle aussi pas mal de sexe, mais de sexe artistique, puisqu’il avoue s’être branlé sur Donatello. Il admire Bataille et Sade et rend hommage à Burroughs et à Dennis Cooper qui savaient eux aussi réveiller les bas instincts - They both do a lot of sex and it’s very good - Il délire aussi sur le cunnilingus - I’ve spent more time at it than any other sex act - Il dit aimer ça parce que les femmes aiment ça.

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    Dans un texte superbe qu’il consacre aux carnets de notes (Notebooks) Hell sort cette phrase miraculeuse : «J’ai continué de remplir des carnets de notes parce que je ne savais pas quoi faire de mon esprit.» Et quand il parle de son esprit, sa fiancée l’hero n’est pas loin. L’article s’appelle Sex On Drugs et il résume bien la situation. Chacun sait qu’on baise mieux sous influence. «Je pense que les drogues qu’on prend pour le plaisir rendent le sexe meilleur, pour la simple raison qu’elles chassent les inhibitions.» C’est aussi simple que ça. Même bourré, on baise mieux. «C’est sous coke que j’eus les expériences sexuelles les plus excentriques, quand dans les années 70 et 80, tout le monde prenait de la coke. J’étais un junkie fatigué à l’époque, et comme mon groupe était assez populaire, je trouvais facilement des filles.» Comme il le fait ailleurs, Hell traite cliniquement le sujet : «Contrairement à ce qu’on raconte, le sexe est meilleur sous hero. L’hero ne vous rend pas dingue comme le fait la coke, tu te retrouves à quatre pattes à sniffer les grammes envolés sur la moquette, à être continuellement à cran, comme un film d’horreur. L’hero est cozy. L’hero est voluptueuse. Elle arrête le temps et maintient l’érection. Je me souviens d’avoir rigolé en lisant Bird, l’histoire orale de Charlie Parker, on y trouve des anecdotes sur son sexual stamina. Parker dit aussi s’être endormi sur scène et s’être réveillé juste à temps pour le solo.» Hell sort doucement du chapitre en expliquant qu’il a totalement arrêté la dope. «Je ne prend plus rien. Je ne fume plus, je ne bois plus. Je ne ressens pas de manque. Quand quelqu’un vient me parler de drogue, comme pour partager de vieux secrets, ça m’ennuie et ça m’agace. I’m not a member ot that brotherhood in smirk (je ne me prête pas à ce genre de complaisance). D’un autre côté, je n’ai pas honte de mon histoire.» Hell voyait la drogue comme la voyaient les poètes de l’Avant-Siècle, comme un prodigieux stimulant et non ce qu’en font les médias. «Mon sentiment est que la drogue transcende l’acte lui-même, puisqu’elle est assez puissante pour transformer l’acte sexuel. Quand vous prenez de la dope pour baiser, vous baisez avec la dope et pas avec un être humain. That’s too cool. Je ne dénigre pas le sexe. Après tout, chaque chose est chimique, à commencer par l’être humain. On pourrait aussi se demander si le sexe est une drogue. Le sexe remplit le système nerveux de molécules de plaisir. D’un autre côté, l’amour n’est-il pas la drogue qui rend le sexe meilleur ? C’est un autre sujet, trop banal et trop complexe pour être développé ici.» Hell je ne veux qu’Hell. Libre penseur, punk et écrivain de génie.

    Signé : Cazengler, Hell de poulet

    Richard Hell. The Voidoid. CodeX 1993

    Richard Hell. Go Now. Scribner 1996

    Richard Hell. Hot And Cold. PowerHouse Books 2001

    Richard Hell. Godlike. Akashic Books 2005

    Richard Hell. Massive Pissed Love. Nonfiction 2001-2014. Soft Skull Press 2015

    Ulli Lommel. Blank Generation. 1980

    Susan Seidelman. Smithereens. 1982

    Susan Seidelman. Desperately Seeking Suzan. 1985

    Rachel Amodeo. What About Me. 2011

    MIDNIGHT FIGHT

    SLEAZY TOWN

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    Z'avons été trop séduit par la prestation de Sleazy Town au Fertois rock'n'roll Fest pour ne pas chercher à en savoir plus sur le groupe. Première surprise, nous avons assisté à la Ferté-sous-Jouarre à leur première remontée sur scène depuis quatre ans... Seront au Dr Feelgood, rue de Quicampoix à Paris ( métro Les Halles ) le jeudi 06 octobre. La machine redémarre donc. Le groupe s'est formé en 2011 à l'instigation de Steff Dust et Julian Flynns vite rejoints par JJ Jax, Andy Dean était arrivé au micro en 2012, en 2013 paraît le premier EP titré Midnight Fight il tournera beaucoup jusqu'à sa mise en sommeil. Nous avons retrouvé ces quatre titres de Midnight Fight sur Bandcamp.

    5 grams of red head : emporté dès les premières mesures de cette guitare de JJ Jax qui glame haut et fort les jouissances électives et électriques du rock'n'roll, survient la voix d'Andy qui se pose sur ce bourdonnement doré de reine d'abeille et prend le contrôle du bombardier, ensuite tout ce que l'on attend, un galop effréné de batterie de Julian Flynn qui abat tous les obstacles et déboule le cadeau d'un petit solo qui vous démantibule le cortex, savent appuyer où ça fait du bien. Cinq grammes de red head qu'ils annoncent et ils vous en livrent des tonnes. Chauffées à blanc. Rock 'n'roll space invaders : l'Andy vous prend un timbre de débris de tôle rouillée de vaisseau spatial délabré depuis trente années-lumières dans les déserts d'une planète perdue, la guitare est maniée tel un sabre laser particulièrement grondeur, une grande bataille inter-galactique s'annonce, Steff métamorphose sa basse en rayon de la mort qui pivote à 360 degrés à toute vitesse, Julian sur sa batterie abuse de ses obus, Andy vous entonne le refrain, un péan sanglant en l'honneur d'Arès le destructeur, ensuite c'est le grand tourbillon de l'ivresse du combat qui emporte tout. Fin brutale. Vous ouvrez la fenêtre pour voir si enfin les envahisseurs arrivent. Non, ce n'est pas pour ce soir. Ce n'est pas grave vous passez le titre en boucle toute la nuit. Endless pain : avec un tel titre l'on s'attend à un blues, disons qu'il est vigoureux, la faute à Julian qui enfonce et défonce le chrono, vous avez bien des passages où le tempo fait semblant de ralentir mais ils ne durent guère, des larmes d'acide giclent des cordes jaxxiennes, la voix d'Andy pourchasse les idées noires, les écrase comme les mouches que vous éclatez sur les vitres de votre cuisine. Talk dirty to me : suis allé regarder la vidéo de Poison, pour juger de la différence, pas de souci à se faire, d'abord Andy n'aguiche pas la minette, sait faire preuve d'une ironie cinglante, JJ l'amoroso del toro de fuegos ne joue pas sur les effets qui tournent les têtes, a choisi de vous décolorer les cheveux au lance-flammes, sa six-cordes gronde et refuse obstinément de quitter le big beat du rock'n'roll sur lequel la batterie reste plaquée comme une mine ventouse sur la coque d'un cuirassé. Belle explosion.

    Damie Chad.

    JIM MORRISON

    MARIE DESJARDINS

    ( Famille Rock.COM / 24 - 09 – 2020 )

     

    Juste un articlede quelques feuillets sur Jim Morrison mais écrit par Marie Desjardins, donc on lit, nous avons été subjugués par la lecture de ses romans dument chroniqués dans Kr'tnt ! Pour ne pas laisser passer la moindre bribe de ses écrits. Un   papier bref  sur un grand monsieur, à moins que ce ne soit un grand papier sur un mystère obsédant.

    Ne vous attendez à aucune relation foudroyante. Tout ce que Marie Desjardins raconte, vous le connaissez déjà. D'ailleurs elle cite ses sources sans réticence, par exemple Le diable boiteux de Michel Embareck pour saluer un de nos auteurs rock préférés. Mais parfois l'écriture c'est comme les mathématiques, la solution importe peu, c'est la manière de poser le problème qui fait la différence. Le site canadien famille rock n'a pas lésiné sur les effets chocs pour introduire l'article, photo de Morrison sur scène, allongé en position semi-reptilienne, semi-fœtale, barrée du gros titre Où est le corps ? Marie Desjardins use d'une algèbre plus élégante, plus subtile.

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    Elle possède cet art rare d'inviter le lecteur à réfléchir sans que celui-ci s'en aperçoive. Commençons par le mystère de la mort de Jim Morrison. On a infiniment glosé dessus, certains affirment qu'il a été assassiné, une sombre histoire de ménage à trois ou quatre, et pourquoi pas un coup monté par la CIA, ces hypothèses croustillantes ou hautement politiques n'ont été que rarement envisagées avec sérieux, mais l'on aime se faire plaisir graveleux et grelotter de peur.

    Plus nombreux ceux qui n'y croient pas, qui sont certains que Jim se la coule douce dans un coin perdu, nous le lui souhaitons mais dans ces cas-là c'est surtout l'argent qui coule et les économies qui s'amenuisent... Cette deuxièmeversion est beaucoup plus talismanique, elle agit sur les imaginations comme la poudre érectile obtenue à l'aide d'un rhinocéros blancs à deux cornes, elle se retrouve à la confluence de deux mythes Elvis Presley et Jim Morrison. Beau générique. Pour Elvis le lecteur aura intérêt à se reporter aux trois romans suivants dument chroniqués par nos soins : Complot à Memphis de Dick Rivers ( livraison 417 du 01 / 05 / 2019 ), Elvis sur Scène de Stéphane Michaka ( livraison 188 du 05 / 008 / 2014 ); Bye-bye Elvis de Caroline de Mulder ( livraison 314 du 01 / 02 / 2017 ). Certes nos héros sont immortels dans la mémoire des fans.

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    Toutefois la référence à Elvis aiguise les réflexions. Le King pour être mort en 1977 a eu plusieurs vies. La dernière est la plus pathétique, le chanteur bouffi de Las Vegas n'est pas d'ailleurs sans rappeler la prise de poids de Jim Morrison, remarquons que la durée de la carrière de Jim Morrison paraît être un condensé de celle de son idole, cinq ans pour le lézard, vingt ans pour le Roi. Peut-être convient-il  d'examiner la problématique par un autre bout de l'équation. Qu'aurait fait Jim s'il avait vécu ne serait-ce qu'aussi longtemps qu'Elvis ? Sans trop tirer de plan sur la comète inconnue nous pouvons tenter de répondre. Il serait retourné à ses passions primordiales. Le cinéma et l'écriture.

    L'on sait comment le cinéma a embourbé le petit gars de Tupelo. S'est fait rouler dans la farine par l'industrie hollywoodienne, mon colonel ! Elvis au cinoche c'est un peu le plouc au pays des requins. S'est fait déchirer à belles dents. Même si tout n'est pas à dédaigner dans ses films. Morrison l'ancien étudiant en études cinématographiques de l'UCLA aurait-il fait mieux ? On peut l'espérer. Notons qu'en tant qu'acteur il se serait retrouvé dans le même bocal à piranhas qu'Elvis. Pas dans le même contexte, savait gueuler, savait manipuler, mais la pression aurait été par conséquence d'autant plus énorme. On peut aussi limer les griffes des geckos... Admettons qu'il se soit adonné à la réalisation. Peut-être, et même sans doute, aurait-il réussi à transcrire en images son univers intérieur, mais les rares réalisations et pellicules qu'il nous a léguées le classent d'emblée dans la série Arts et Essais. Aurait-il supporté d'être apprécié par un public confidentiel qui malgré ses prétentions intellectuelles écoute beaucoup trop les avis de leurs critiques favoris ? N'y a-t-il pas aussi quelques similitudes entre les faunes cinématographiques et les jungles rock'n'rolliennes. Pourquoi quitter l'une pour l'autre, Jim en quête d'authenticité n'aurait-il pas troqué Charybde pour Scylla...

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    Jim ne l'a pas caché, il venait à Paris, en France la patrie de la littérature, pour écrire. N'est-ce pas par chez nous qu'un Henry Miller avait trouvé le calme et la tranquillité nécessaires à la poursuite d'une œuvre que le puritanisme américain n'aimait guère... Avouons-le, à Paris l'existence de Jim Morrison s'apparentait davantage à celle d'une rock'n'roll-star en goguette qu'à celle d'un auteur enfermé dans la tour d'ivoire de son œuvre. Il est patent qu'il faut avoir vécu un minimum pour écrire, mais une interrogation insistante s'en vient titiller l'esprit des lecteurs : quid de la validité littéraire des écrits de Jim Morrison ? Ne ressembleraient-ils pas à des bouts de papiers épars recouverts d'annotations abruptes, de simples premiers jets réunis sans trop de visée unificatrice. Certes les années soixante-dix étaient dévolues aux fragments, l'on maudissait la cohérence du roman mais l'on jetait aussi aux orties les épanchements lyriques. L'on aimait les mythographies, celles du quotidien, beaucoup moins celles des vieux mythes shamaniques...

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    Eût-il publié de la poésie, Morisson aurait été réduit aux petits tirages et au maigre public des connaisseurs. L'eût-il supporté ? Quant à la publication d'épais romans apocalyptiques, il lui aurait, d'après nous, fallu de nombreuses années pour parvenir à ce résultat. Cet effort continu ne s'inscrivait en rien dans sa pratique d'écriture et son être profond. Si Morrison a été novateur dans le domaine poétique c'est pour avoir réussi avec éclat à poser et à jouer ses mots sur la musique... des Doors. La porte se referme sur le pauvre Jim condamné à rester dans la mémoire des hommes comme le premier poëte du rock. Une réussite si merveilleuse que tous les autres à sa suite qui ont tenté cette alchimie verbale, sont relégués au rang subalterne d'épigones. S'il est un enregistrement de '' poésie sonore'' ou de ''poésie mis en musique'' qui l'égale, et est-ce un sacrilège de le penser, même le dépasse, c'est celui d'Antonin Artaud lisant Pour en finir avec le jugement de Dieu. Il est vrai qu'Artaud ne chante pas, mais à l'écouter l'on sent la musique du sens qui corrode les âmes, c'est en cela qu' il rejoint l'invitation à une autre dimension, à laquelle Morrison incitait son public.

    Les temps ne sont pas encore venus pour se prononcer sur l'œuvre écrite de Jim Morrison, notre époque est trop artificielle et trop périlleuse pour que l'on puisse en gloser en toute impartialité. Nous aimons toutefois ce culte anonyme des cavernes rendu autour de la tombe de Jim Morrison au Père Lachaise. La famille aurait rapatrié le corps, c'est oublier que l'esprit souffle où il veut et surtout là où on l'appelle. Ou alors aux endroits précis où il vous appelle. Relisez L'ombre d'Henri Bosco.

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    Merci à Marie Desjardins qui par la magie de son écriture a appuyé sur le clavier infini des possibilités de la survie humaine. Ne suffit-il pas de nommer les morts avec tendresse et lucidité pour qu'ils revivent ?

    Damie Chad.

    PROMETHEE UNBOUND

    ( 3 Extraits )

    STUPÖR MENTIS

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    C'est une pub sur FB qui a attiré mon attention. D'abord l'image, j'ai tout de suite pensé à un découpage à partir du tableau du Martyre de Saint Barthélémy de Jusepe Ribera, mais non erreur sur toute la ligne, pauvre mémoire visuelle, je l'ai compris deux secondes plus tard lorsque j'ai déchiffré l'inscription au bas de l'image. J'ai sursauté, un tigre qui aperçoit une proie convoitée dans sa ligne de mire n'aurait pas réagi aussi vite. Je suis un fan absolu de Percy Bysshe Shelley, je l'évoquais encore dans ma chronique sur la biographie de Daniel Boone dans la livraison 476. Et là, devant mes yeux hagards Prometheus Unbound, j'ai vite cliqué dessus pour en savoir plus. Picturalement parlant il s'agissait, si je ne m'abuse, du Prométhée Supplicié de Pierre Paul Rubens.

    Un CD de Stupör Mentis, un groupe que je ne connaissais pas. Pas des nouveaux venus. Un duet formé en 2015. Déjà quatre opus à leur actif : In Memoriam sorti en juin 2016, Ad Extirpanda de mai 2018, V.I.T.R.I.O.L. de juin 2019, Kali Yuga de mai de cette année, et ce cinquième sorti ce 25 septembre 2020. Rien que les titres parlent. Nous explorerons cette sombre constellation dans les semaines qui suivent.

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    Des gens qui font référence à Shelley ne sauraient être dignes que d'intérêt. Sont deux : Erszebeth Stupor Mentis, chanteuse lyrique, compositrice et peintre. Nicolas Fulcannelli maître d'ouvrage, arrangement et composition. Deux pseudonymes extrêmement chargés, malgré l'introduction d'une lettre supplémentaire en vue de marquer une subtile distanciation. Erzebeth serait l'équivalent slovaque et féminin de notre Gilles de Rais, compagnon de Jeanne d'Arc qui prenait grande jouissance à torturer les jeunes enfants, l'est devenu le Barbe-Bleue de nos contes ancestraux, la gente dame Erzebeth s'était spécialisée dans les sadiques assassinats de jeunes filles, elle est reste célèbre sous l'appellation cultissime de comtesse sanglante... Fulcanelli, lui apparaît dans Le matin des Magiciens un livre culte ( et occulte ) des années hippies écrit à deux mains par Louis Pauwels et Louis Bergier, on lui attribue l'écriture des deux traités alchimiques les plus renommés du vingtième siècle : Le mystère des cathédrales et de Les demeures philosophales. Comparé aux deux personnages précédents il fait figure d'intellectuel pur et désintéressé quoique son existence ait été mise en doute par nombre d'esprits positifs. Le kr'tntreader à l'esprit curieux farfouillera autour du Groupe des Guetteurs auquel appartenait le poëte Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, mais c'est-là pénétrer dans les arcanes les plus mystérieuses de la littérature française... Erzebeth et Fulcannelli le feu couve sous le sang.

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    Tous ces noms ne sont pas sans rapport avec l'ouvrage Prometheus Unbound de Shelley. Rappelons à grands traits la légende : pour avoir donné le feu à l'homme et lui avoir appris l'agriculture, Jupiter condamne le titan Prométhée à être enchaîné sur le Mont Caucase, situation peu cocasse, à faute d'avoir contrevenu à l'ordonnancement du monde établi par les Dieux, un aigle lui déchirera chaque matin le foie qui repoussera durant la nuit... Prométhée deviendra au cours des siècles le symbole de l'Humanité asservie par la religion et l'oppression sociale injuste... Shelley écrira son Prométhée Délivré selon cette perspective révolutionnaire, rappelons que Karl Marx tenait Shelley en haute estime... N'empêche que l'œuvre de l'anarchiste Shelley plonge ses racines dans des ténèbres ésotériques qui exigent une lecture attentive et approfondie...

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    Publiée en 1820 cette pièce de théâtre – écrite pour ne pas être jouée – est un des sommets de la littérature romantique européenne. A mettre en relation avec le Faust de Goethe et les Solitudines Coeli de Victor Hugo. Il n'est pas indifférent que l'on puisse rattacher Stupör Mentis à cette mouvance noire du rock gothique ( mais aussi industriel, électronique et metal ) que défendit de 1998 à 2013 la revue Elegy, une des plus belles réalisations esthétiques de la presse rock française.

    Les lyrics des dix morceaux sont empruntés ( et un tant soit peu adaptés ) au texte de Shelley, mais il est temps de cesser ce bavardage et de se laisser happer. Nous n'en chroniquons pour cette fois que les trois titres en accès libre sur Bandcamp.

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    Monarch of Gods : véritable début du poème, Prometheus s'adresse à Zeus, l'on s'attendrait à une déclamation grandiloquente, il n'en est rien, un récitatif funèbre nous accueille, une voix féminine chute sur vous tel un tourbillon rampant de feuilles mortes en automne. Un chuchotement incandescent qui se mêle aux volutes de la machine orchestrale, la musique s'exauce et la voix se précipite, devient accusatrice, elle parle, le titan ne renie rien, n'implore aucune pitié, sa souffrance ne dépasse-telle pas l'intensité de la gloire du Dieu, et l'on retombe dans les profondeurs d'une blessure infinie, palier de compression, la musique se déploie comme des battements d'ailes d'aigles, le ton s'agonise en plainte victorieuse, les mots sont crachés, à la face du Dieu, solitude infinie, orchestration en sourdine éclatante, précipitation lente, chœurs pour atténuer le silence de tout ce qui souffre et ne meurt pas. Cela s'apparente davantage à de la musique classique qu'à du pure rock'n'roll mais brille de toute beauté. I ask the earth : Prometheus demande à la Terre si elle n'aurait pas assez de merveilles pour tarir sa souffrance. Le kr'tntreader amateur du Corbeau d'Edgar Poe ne manquera pas de faire le rapport avec l'interrogation, fortement entachée de masochisme, du poëte adressée au maudit volatile, existerait-il un calmant à sa douleur ? Un son qui vient de loin, qui s'amplifie, scandé de coups – réminiscences de clous enfoncés dans le rocher – Prométhée pose la question et la Terre répond, une voix consolante qui se déplace à la manière de ces brises venues d'on ne sait où mais qui infiniment caressent la tête des épis de blés, ah ! cette désolation éplorée au fond du timbre d'Erszebeth, toute la détresse de l'impuissance du monde palpite dans son larynx, un long pont musical débouche sur des matins de lucidité et de malheur, la terrible prophétie des tumultes passés et des futures tempêtes. Les paroles de la terre s'envolent et rejoignent le ciel. N'est-ce pas là que tout se joue. Faut-il comprendre à la manière d'Empédocle que la haine et l'amour sont indissociablement unis. The curse : imprécation de sorcière d'Erszebeth pour dire cette malédiction, celle de Jupiter envers le Titan désobéissant ou celle de Prométhée prononcée à l'encontre de son père. Qu'importe les deux se répondent. Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. Erszebeth récite et chante le texte, l'on croirait entendre la voix de Satan défiant Dieu, Shelley se souvient du Paradis Perdu de John Milton, souffle et puissance vocable, jusqu'au cri désespéré qui emplit le vide des cieux. Très bel hommage à la poésie de Shelley, notre cantatrice dévoyée a su en traduire la puissance et faire resplendir la foudre de ces mots qui s'entrechoquent à la manière des nuées porteuses d'orages. Et de poésie.

    Il est sûr que nous reviendrons sur ce disque qui nous rapproche des cimes les plus hautes.

    Damie Chad.

     

    BLITZ' ART

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    La terre est remplie d'injustices. Au Fertois Rock Fest du 19 septembre 2020, voir notre kronic de la livraison 477, un individu à lui tout seul a pratiquement eu davantage de succès que les cinq groupes de l'après-midi réunis. L'a même commis cette extravagance incongrue d'avoir eu davantage de succès que lui-même. Inutile de chercher l'erreur dans les mots qui précèdent, il n'y en a pas. L'aurait pu faire comme tous les autres monter sur scène avec son groupe recueillir sa part d'applaudissements puis une fois redescendu discuter le coup de-ci, de-là, en sirotant une bière. C'est d'ailleurs ce à quoi il s'est adonné, mais il n'a réalisé que la première partie du programme indiqué. L'a pris sa basse et escaladé les marches afin de rejoindre la Frantic Machine, s'est d'ailleurs fait bruyamment remarquer avec ses sonorité atteintes de convulsions pré-cadavériques, l'a souri sous l'ovation, et s'est dépêché dare dare d'enfiler son instrument dans son étui, car déjà l'on s'impatientait au bas de l'estrade. Je sais, j'y étais.

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    Je l'ai repéré dés mon arrivée. Le seul mec assis tout seul à une table juste à côté de la scène. Vu de loin, il présentait l'attitude d'un élève sixième qui profite de l'inter-cours pour recopier sur son voisin à toute vitesse ses exercices de math avant l'arrivée du prof. Un adulte tout de même, approfondissons la problématique. Me suis approché pour voir ce croquignol de prés. Non il n'essayait pas de résoudre la quadrature de la facture d'eau de la baignoire qui fuit, que voudriez vous qu'il fît ? La réponse tombe sous le sens, comme tout croquignol qui se respecte il croquis-gnolait. Il fignolait même. Sa main courait de partout, si vite que son bras tout tatoué n'arrêtait pas de cacher son dessin et qu'il était impossible de savoir ce qu'il était en train de représenter. L'on était déjà cinq ou six à essayer de deviner. Alors il a sorti le grand jeu et un petit rouleau de scotch. Une fois qu'il a eu délicatement disposé sur le pourtour de son pupitre une dizaine de ses œuvres, c'est nous qui fûmes scotchés.

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    Je préviens le lecteur vous trouverez sur son FB : Blitz'Art tout un tas de ses dessins. Cela peut vous donner une idée, mais la définition de votre appareil ordinatorien ne vous permettra pas d'apprécier la subtilité du velouté des dégradés, des blancs, des noirs, des gris, vous en prendrez plein les mirettes oui, par contre pour cette impression évanescente de lavis, cette profondeur de tremblé troublé, vous pouvez vous faire cuire un œuf dur à la barre fixe. Tant pis pour vous. Faut avoir au minimum un spécimen chez soi. Ce n'est pas cher, 10 Euros format A3, signé de l'artiste, tiré uniquement à 10 exemplaires.

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    Oui j'ai dit artiste. Pas un dessinateur à la petite semaine. Quelqu'un qui possède un monde. Qui bouillonne à l'intérieur de lui. Ça se voit. Ça se sent. Ça se devine vite. Pour moi, il m'a suffi de poser les yeux sur le portrait d'Edgar Poe. Tout Poe est là-dedans, le célèbre daguerréotype de W. S. Hartson pris en novembre 1848 quelque mois avant son départ pour les rivages plutoniens, le chat noir de l'auto-trahison, le corbeau perché sur la tête du poëte, ici particulièrement nevermorien avec cet œil fixe quasiment cyclopéen qui darde telle une planète morte, et dont la silhouette n'est pas sans évoquer L'Ibis d'Ovide qui désignait pour le pauvre Nason l'Innommable... la mort, fleur cruelle des cimetières, et par-delà tous les oripeaux et brimborions symboliques et attendus, la présence du Mystère, et celle de la Grande Menace muette et invisible qui nous guette tous. Un dessin à la hauteur des textes de Poe et des traductions, notamment celle de Le Corbeau par Baudelaire et par Mallarmé. Blitz'Art a réussi un autoportrait opératif du pressentiment du Désastre. Les autres productions de Blitz' Art sont-elles aussi noires ? Non bien sûr, il est difficile de trouver teinte plus sombre que cette plume de corbeau érèbéenne avec laquelle le poëte américain a transcrit sa destinée, persuadé que rien - ni le désir, ni la mort, ni les anges, ni les forces obscures - n'inclinait davantage au Désastre que la poésie.

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    Il sera inutile de pousser un soupir de soulagement lorsque j'aurai dit que le reste de la production de Blitz'Art relevait d'une veine fantaisiste. Ce mot est fortement démonétisé dans la langue française. L'écrire avec une autre orthographe donne davantage à réfléchir et l'empêche de flirter avec ce sentiment insipide de légèreté qui caractérise son acception nationale. Phantasie flirte avec phantasme. Il est vrai que certains dessins de Blitz' Art peuvent être regardés comme la transcription d'un scénario imaginaire un tantinet loufoque. Nous pensons par exemple à celui intitulée Chimère Abyssale. Bateau pirate et île au trésor par dessus. Mais par-dessous, le naufrage, et le chat. L'ensemble incite au sourire, n'empêche que le chat noir - animal totémique poesque par excellence - pointe l'arrondi de son dos. Le lecteur tant soit peu averti ne manquera pas de tiquer sur cette chimère que l'on retrouve aussi bien chez Mallarmé sous forme de sirène associée à l'idée de naufrage que dans le titre de l'œuvre phare de Gérard de Nerval.

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    Puisque nous parlons de poëtes, notons que l'ensemble des dessins de Blitz'Art évoquent irrésistiblement le Gaspard de la nuit d'Aloysius Bertrand. Une œuvre que son auteur plaçait sous l'égide de Rembrandt et de Jacques Callot. Souvent la poésie voisine avec les peintres et les illustrateurs. Ces deux univers se rencontrent. Comme par hasard les poèmes des différentes parties du recueil de Bertrand sont dénommées Les fantaisies de Gaspard de la Nuit. Le lecteur remarquera que le mot fantaisie débouche sur le vocable nuit. Comme l'estuaire du fleuve se jette dans l'océan, comme la vie va à la mort. La fantaisie poétique et artistique relève de l'humour noir. Et du rire jaune. Le ricanement serait-il le masque de l'inquiétude. 

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    Ces fantaisies gaspardiennes sont précédées d'un poème invocatoire à Victor Hugo. Difficile à l'époque de mieux marquer pour un poëte son allégeance au romantisme. Généalogiquement parlant, fantaisie et romantisme suivent un même chemin en se tenant par la main comme frère et sœur. Encore convient-il de leur ajouter un troisième compagnon, un tierce larron pas vraiment gai-luron : le fantastique. Ce rappel nous permet d' appréhender la touche rock'n'roll de Blitz'Art. N'oublions jamais que le rock n'était pas encore né, qu'il n'était qu'en gestation lointaine dans la guitare de Robert Johnson, que le Diable avait déjà montré le bout de son nez. L'était venu à pied au fameux carrefour, mais depuis il s'est modernisé, a emprunté les transports modernes beaucoup plus rapides, des titres comme Hot Rails to Hell ( 1973 ) du Blue Oÿster Cult, ou le Highway to Hell ( 1979 ) d'AC / DC le prouvent. Les groupes de rock ne manquent pas sur leurs disques de nous relater leur dernier le circuit touristique en enfer. Blitz'Art n'en abuse pas. N'éprouve guère le besoin de stabiler au gros feutre rouge : Attention Danger Rock ! Préfère en exprimer l'esprit, compte sur l'intelligence du regardeur pour le saisir. Le rock est le dernier avatar du romantisme et il en charrie l'ensemble des thématiques les plus sulfureuses.

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    Visionner les toiles et les reproductions de Blitz'Art permet de comprendre comment son art suce aux tétons monstrueux de ces puissances tutélaires. Voyage au pays des rêves et des cauchemars, telle est la formule lapidaire par lequel Blitz'Art définit son monde graphique, encore devrait-il préciser que dreams and nightmares se présentent sous formes de poupées gigognes, chacune contenant l'autre. Beaucoup de ses dessins fonctionnent comme une mosaïque de détails posés en désordre sur une surface blanche. Vous recevez l'impact de la feuille complète, mais fixer de plus près n'importe quelle tesselle territoriale d'encre, visée en sa seule et latente unicité, influe sur votre ressenti, pervertit votre compréhension. Elle agit alors comme ces sigils opératoires d'Austin Osman Spare qui en s'insinuant dans les engrammes de votre sensibilité modifient votre lecture du réel. Votre regard anamorphose votre vision, vous n'êtes plus maître de votre interprétation, Blitz'Art se joue de vous, vous a précipité en un terrain d'incertitudes. Ces interstices, voire ces gouffres, de significations tumultueuses et ovipares vous happent, vous vouliez regarder, vous êtes obligé de contempler. Blitz' Art est un voleur de temps. Il est le ruban de Moebius et vous la mouche qui se sent libre parce que le piège ne lui colle pas aux pattes vu qu'elle peut le parcourir en toute liberté... sans fin... L'étrangeté du réel vous est dévoilée sous ses facettes les plus grotesques. Tales of the grotesque and the arabesque, telle était la formule de Poe.

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    Entrez dans le monde bizarre de Blitz' Art. N'oubliez pas qu'il n'y a pas de porte de sortie. Ni d'issue de secours.

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    Damie Chad.

    ROCKAMBOLESQUES

    LES DOSSIERS SECRETS DU SSR

    ( Services secrets du rock 'n' rOll )

    L'AFFAIRE DU CORONADO-VIRUS

     

    Cette nouvelle est dédiée à Vince Rogers.

    Lecteurs, ne posez pas de questions,

    vous saurez pourquoi la semaine prochaine

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    AVANT L'ORAGE

    1

    Le service était était en plein travail. Attablé à son bureau le Chef fumait voluptueusement son troisième Coronado, Molossa profitait de cette sereine matinée de juin pour vadrouiller dans les poubelles du quartier. je relisais d'un œil attendri le premier chapitre du manuscrit des Mémoires de Damie Chad agent secret du SSR. ( Service Secret du rock'n'roll ). Récit passionnant. je ne résiste pas à vous transcrire in-extenso la page 25.

    '' C'est à cet instant que l'on gratta à la porte. Le Chef arrêta de tirer sur son Coronado, ma mine soucieuse confirma son inquiétude. Nous autres agents secrets possédons un sixième sens qui nous permet de détecter la moindre anomalie dans l'ordre du monde. J'entrouvris le battant, comme tous les matins Molossa se faufila dans l'entrebâillement, mais au lieu de filer droit vers sa gamelle, elle fonça vers le Chef, sauta d'un bond sur le bureau et déposa sur le sous-main immaculé une espèce de chiffon merdouilleux dont elle semblait particulièrement fière. Une odeur nauséabonde envahit la pièce. J'allais me saisir du trophée de Molossa pour le lancer par la fenêtre lorsque je fus arrêté dans mon geste de survie écologique par une espèce de glapissement pitoyable.

    C'est ainsi que Molossito fit son entrée dans le service. Reconnaissons-le, le protégé de Molossa, se montra le digne fils de sa mère adoptive. Très vite il nous donna quelques échantillons de ses capacités destructrices, par exemple son art de ronger les pieds des meubles avec une efficacité supérieure à une armée de termites. Nous n'eûmes pas à lui acheter une panière, il refusa d'élire domicile autre part que dans le tiroir à Coronados du Chef. Parfois il en déchiquetait une bonne douzaine par jour, juste pour se faire les dents, à trois cents euros le cigare, juste une note de frais supplémentaire pour l'Elysée disait le Chef en souriant...

    J'adore les bêtes, toutefois un peu de fermeté ne messied pas... le Chef ne partageait pas mon avis, Molossito était devenu le roi tout puissant du Service, le Chef lui passait toutes ses bêtises, les grosses car il n'en faisait jamais de petites. ''

    C'est à cet instant que l'on gratta à la porte. Molossa remontait des poubelles immanquablement suivie de Molissito qui remuait sa queue avec frénésie. Molossa fila vers sa gamelle, Molossito se nicha d'un bond léger dans le tiroir à Coronados, le Chef en profita pour allumer le cinquième barreau de chaise de la matinée, quant à moi je me plongeai illico dans la suite de la lecture des Mémoires de Damie Chad agent secret du SSR. ( Service Secret du rock'n'roll ).

    Le service phosphorait à plein régime. Un matinée studieuse. En-dessous de nos têtes s'amoncelaient d'énormes nuages noirs, nous le savions pas. Molossa suivi de son inséparable Molossito, gratta à la porte. C'était l'heure de parfaire l'éducation du jeune chiot, à 10 heures trente tapantes, tous deux sortaient, Molossa initiait son fils adoptif aux dangers du vaste monde.

    2

    INITIATIONTION CANINE

    Molossito : c’est quoi Molossa, ce truc ?

    Molossa : c’est un cadavre, ne t’inquiète pas-tu en verras d’autres !

    Molossito : et ce camion rouge qui fait du bruit ?

    Molossa : ce sont les pompiers, la voiture blanche c’est une ambulance, la bleue c’est les gendarmes, la jaune c’est la poste, la verte c’est le député écologique du quartier, la noire et blanche c’est la police, la grise c’est la morgue, la grosse noire c’est les Services Secrets de l’Elysée, et tous les gens autour qui crient ce sont des passants et des curieux. Maintenant arrête d’aboyer, tu vas nous faire remarquer, approche-toi doucement de moi que je te dise à l’oreille ce que nous devons faire, attention, c’est ta première mission, tu te dois de la réussir pour l’honneur du SSR !

    Molossito : ne t’inquiète pas, je saurai m’en montrer digne Molossa !

    Nous ne voudrions pas attrister nos deux canidés préférés, mais parmi les badauds personne ne s’intéresse à eux. Tous les yeux sont obnubilés par le trou rouge à la base du nez du facteur qui gît dans le caniveau. Les pandores ont un mal fou à faire reculer les spectateurs afin de délimiter un périmètre de sécurité. Molossa profite de la mauvaise volonté de la foule pour se faufiler, ni vue ni connue, entre les jambes. Elle sait ce qu’elle cherche. Elle vient de le trouver. Elle louvoie avec habileté pour se poster à ses côtés. C’est une jeune Maman qui porte dans ses bras un ravissant bébé de quelques mois. L’imprudente, comme s’il n’y avait pas d’autres spectacles à faire admirer à son nourrisson que le cadavre d’un facteur dans un caniveau ! Molossa a bondi, d’une dent acérée elle déchire la cuisse du poupon, le bébé pousse un brail à réveiller un mort - ceci est une exagération métaphorique puisque le facteur ne ressuscite pas - un flot de sang vermeil dégouline le long de la jambe ouverte jusqu’à l’os, affolement général, pagaille indescriptible, la mère s’évanouit, l’on se pousse, on la piétine quelque peu, l’on crie, l’on vocifère, l’on insulte la police qui protège les macchabées alors que l‘on vient jusque dans nos bras égorger nos femmes et nos enfants, quand on songe à poursuivre l’horrible bête noire qui a cherché à trucider l’enfant innocent, Molossa est bien loin, à l’autre bout de la rue, suivie de près par Molossito…

    ( A suivre... )