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hecate's breath

  • CHRONIQUES DE POURPRE 727: KR'TNT ! 727 :TELEVISION / WEDNESDAY / RAMONES / ATALHOS / JOHN HAMMOND / OUROBOROS / HECATE'S BREATH

    KR’TNT ! 

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 727

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    12 / 03 / 2026

     

     

     TELEVISION / WEDNESDAY / RAMONES

     ATALHOS /JOHN HAMMOND

     OUROBOROS / HECATE’S BREATH

      

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 727

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http ://kr’tnt.hautetfort.com/

     

     

     

     

     

    The One-offs 

     - Television personalities

     

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             On avait repéré l’info quelque part, un truc du genre junk-scuzz fucked-up vanguard punk, ce qui peut vouloir dire : le cut du siècle. En l’occurrence, «Little Johnny Jewel», le single d’un nouveau groupe nommé Television. Lu ça où ? Sans doute dans l’un des trois canards anglais, en 1975, toujours les mêmes, Melody Maker, Sounds ou le NME. Mais il faudrait fouiner dans les cartons d’archives, et pour ça il faut du courage, énormément de courage. C’est même au-delà de tes forces : des m3 et des m3 s’entassent dans le garage, entre les cartons d’archives photographiques et de classeurs de dias, les cartons d’archives graphiques et les maquettes papier d’affiches, de canards et de catalogues d’expos, les cartons de dessins et de projets de BD, dont une adaptation de l’On The Road de Jack Kerouac, avec des tonnes de planches encrées, la ribambelle des cartons contenant la bibliothèque XIXe et du début du XXe jusqu’à Gide, Cocteau, Léautaud et Aragon, les cartons d’années entières de la Quinzaine Littéraire de Maurice Nadaud, et du Magazine Littéraire avec les superbes couvertures de Moretti, tous ces canards géniaux que tu ne reliras jamais, et puis ces cartons qui pèsent des tonnes où sont rangés les fucking livres d’art et les catalogues d’expos de Beaubourg, les Paris-Berlin, les Paris-machin et les Paris-truc, à t’en overdoser la gueule, les cartons de CDs jazz qu’on écoutait au bureau, les cartons des CDs gratuits de la presse anglaise depuis les origines de Mojo et d’Uncut, les cartons des premières années de Mojo, d’Uncut et de Rock&Folk, les cartons de BD avec tout Tintin, tout Blueberry, tout Barbe Rouge, Tout Sergent McCoy et tout le routoutout, les cartons de coupures de presse rock anglaise des seventies classées par ordre alphabétique, les cartons de pingouins et les cartons de ratons laveurs... Laisse tomber ! C’est trop tard.

             C’est pas le tout de repérer une info dans un canard. Après, il faut passer à l’action. Comme on dit couramment aujourd’hui, «c’était avant l’internet». Bon, il te faut «Little Johnny Jewel». C’est quasiment une question de vie ou de mort. T’en baves même un peu. Tu t’essuies la bouche du revers de la manche et tu décides d’affronter ton destin. Tu chopes une autre info, cette fois, c’est forcément dans un canard français : «Little Johnny Jewel» est disponible dans un seul point de vente, chez Givaudan, le disquaire importateur du boulevard Saint-Germain. Tu le connais, car c’est là que tu récupères deux fois par an des numéros de Creem, le petit canard rock de Detroit qui met Iggy et Todd Rundgren en couverture. 

             Givaudan, c’est pas la porte à côté. Comme tu sais que c’est l’horreur pour se garer dans le Quartier Latin, t’y vas en train. Pour ça, il faut monter à la gare. Comme t’as la trouille d’arriver trop tard, tu pars de bonne heure pour arriver à l’ouverture de Givaudan, à 10 h. Tu grimpes dans le tchoo-tchoo train d’Alex Chilton et t’arrive enfariné à Saint-Lazare. Comme c’est un samedi matin, t’as pas trop de monde. Tu te jettes dans la bouche de métro et tu prends la 12 jusqu’à la station Rue du Bac. T’es à cinq minutes à pied. T’es légèrement en avance et t’attends l’ouverture. Il y a d’autres mecs qui attendent aussi. Font la queue. Tu commences à flipper. Y sont là pour Little Johnny Jewel, c’est sûr ! Putain ! T’es pas le premier. Ça te bat aux tempes. Baisé comme un bleu. Fallait arriver avant, connard ! Pas possible d’être aussi con ! Te voilà en transe à claquer des dents. Tu te sens pas bien. Un mec te tape sur l’épaule et te dit : «Ça va pas ?» Et toi, tu réponds d’un ton sec «Si si ça va !». Style fous-moi la paix. C’est vraiment pas l’heure de discuter. T’as des gouttes de sueur. Méchant bordel. T’essaie de reprendre le contrôle. Mais t’y arrives pas. C’est dans la cervelle, t’as un truc qui se barre en couille. Tu t’appuies au mur. T’essaye de raisonner : t’es venu pour rien, yen a plus, et puis après ? C’est pas grave. Mais si c’est grave, il te faut «Little Johnny Jewel». Ça te rebat aux tempes de plus belle. Ba-boom ba-boom ba-boom ! Little... Johnny... Jewel ! Tu le scandes comme un cri de guerre intérieur. Tu sens monter la chaleur de la clameur en toi.

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    (Réédition 1979)

             Tu sors du black-out en fin d’après-midi. Aucun souvenir du voyage retour au bercail. T’es debout devant ta platine et t’y poses le single. Le mec n’avait pas raconté de conneries : c’est bien du junk-scuzz fucked-up vanguard punk. Trois discordances descendantes, clong clong clong, suivi de trois dissonances ascendantes, cling cling cling et t’as cette admirable voix de fiotte atrabilaire qui couine Little Johnny jewel/ He’s so cooooool. Te voilà au seuil du plus beau jour de ta vie - He has no decision/ He’s just trying to tell a vision - T’as la vision de Television. Et quand tu retournes ton petit Graal à label rouge, t’entends le plus beau solo de désaille de l’histoire du rock.   

    Signé : Cazengler, Little Johnny Javel

    Television. Little Johnny Jewel (Part One)/Little Johnny Jewel (Part Two)/. Ork 1975

     

     

    L’avenir du rock

     - Wednesday is the day

             Comme chaque mardi, l’avenir du rock réunit ses amis du Cercle des Pouets Disparus en son douillet salon de la rue de Rome. Dans l’immense cheminée, une belle flambée réchauffe les cœurs glacés par les frimas hivernaux. Accoudé au tablier de l’âtre, Paimpol Roux lance un défi byronien :

             — Pourquoi ne détournerasserions-nous pas l’avion du questionnaire de Proust ?

             — Et comment le détournerasseriez-vous, maître Paimpon Paimpon ? Seriez-vous donc un dangereux terroriste ?

             — C’est un jeu d’enfant, mon brave Perrill en-la-Demeure. Vous allez me demander de vous fournir un exemple pour éclairer votre lanterne surannée, alors le voici : élisez vos jours de la semaine préférés ! Mieux encore : en les chantant, vous les couronnerez à la cathédrale de Reims !

             Palpitant d’enthousiasme juvénile, Tristan Corbillard se jette immédiatement à l’eau et se met à chanter d’une voix d’hermaphrodite extraverti :

             — Monday Monday... so gouuuud to miiiiiiii !

             Une salve d’applaudissements frénétiques salue son exploit. Le rose aux joues, Catulle Mandus Cubitus se lève d’un bond et, éperdu d’extase florentine, il se met à miauler :

             — Sunday Morning... and aïe âme fallingue !

             Le souffle de l’ovation ranime les flammes dans l’âtre. Charles Croque-Monsieur bondit hors de son siège, intrépide, et couine d’une voix de gazelle amphigourique :

             — Friday On My Mind, gônna have fun in the citiiiiii !

             Avant que la petite assemblée n’ait eu le temps d’ovationner, Jean de la Morasse hurle d’une voix atrocement perçante :

             — Goodbye Ruby Tuesday... whouu could hang a nème on youuuu !

             — Thursday Night In San Francisco, énonce Gustave Hypokhâh avant que quiconque n’ait moufté.

             Grisé par l’ambiance subversive, John-Antoine No No No s’étrangle comme un hérétique livré vivant aux flammes du bûcher :

             — Saturday Night Fiiiiiiver !

             Une houle d’injures éteint les flammes dans l’âtre.

             — Ouuuuuuuuuuh ! Ouuuuuuuuuh !

             — Et vous, cher avenir du rock, cher prophète foraine, quel jour couronnasseriez-vous ?

             — Sans l’ombre du moindre doute, Wednesday !

     

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             Dans Uncut, Brian Howe déroule le tapis rouge au troisième jour de la semaine : Wednesday. Cinq pages ! C’est pas rien. Tu vois une petite grosse tatouée assise devant quatre branleurs chevelus et tu te dis bif baf bof. On a déjà donné. Mais tu lis quand même, on sait jamais. C’est pas la petite grosse tatouée qui t’incite à lire, c’est pas ton genre, c’est plutôt le mot ‘storm’ dans le titre. Un mot qu’on aime bien par ici. Comme le mot ‘scream’» ou encore le mot ‘wild-as-fuck’.

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             Et dans les quatre branleurs chevelus, tu repères le nom de MJ Lenderman, un mec encensé par Shindig!, pour un album nommé Manning Fireworks. Pour situer Wednesday musicalement, l’Howe trouve une formule originale : «noise-country catharsis». Il parle aussi de «bedlam», de «practised chaos». Sur scène, Lenderman est maintenant remplacé par Jake Spider Pugh. La petite grosse tatouée s’appelle Karly Hartzman. L’Howe affirme que ses screams sont si bloodcurling qu’on s’inquiète pour son larynx. Elle vit, dit-elle, le scream comme un exorcisme. Elle évoque aussi ses racines littéraires : Brautigan et Bukowski. Côté rock, elle dit admirer Patterson Hood. Et puis l’Howe finit par lâcher le morceau : Lenderman et Karly Hartzman entretenaient une relation et ils viennent de se séparer, ce qui explique son refus de partir en tournée avec le groupe. Mais il vient toujours jouer en studio.

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             Pour achever de te convaincre, Uncut te colle un cut de Wedneday dans sa compile d’October 2025, Sounds Of The New West : «Pick Up That Knife» : la tatouée a un beau sucre, et elle bascule dans la folie, alors tu frémis, elle y va à l’have meet you outside, les montées en température sont spectaculaires, et derrière, t’as les rois de la démolition. Sa niaque rappelle celle d’une autre grosse shouteuse, Brittany Howard d’Alabama Shakes. Et pouf, tu prends une place pour aller les voir jerker le Trabendo.

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             Au moins comme ça t’en as le cœur net : Karly Hartzman est la plus grande screameuse de l’univers connu des hommes. Elle ne fait aucun effort vestimentaire, elle se pointe en T-shirt bleu et gros futal caca-d’oie. Sa seule coquetterie est ce noir dont elle a peint ses lèvres, jusqu’aux trous de nez. Et pendant une heure tu vas la voir

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    foutre le Trabendo à feu et à sang, c’est elle qui drive tout à la seule force de sa glotte, elle chante à s’en arracher la rate, elle screame la crème, elle pousse le push, elle shake le shook, t’avais encore jamais vu ça, même au temps des early Pixies à l’Olympia quand le gros Black se penchait en dessous du micro pour hurler comme un porc qu’on égorge. Elle le bat largement à la course. Elle est tellement extrême qu’elle en devient belle. Elle a des allures de madone, elle impose une sorte de respect sacré. Elle fascine littéralement. Avec vingt ans de moins, tu tomberais amoureux. T’as sous les yeux une authentique superstar, l’une des dernières grandes révélations de cette époque, elle transfigure le rock, elle va là où nulle n’est allée avant elle. Elle fait du scream un art total, une fin en soi, un remède contre la médiocrité de cette époque, elle dit aussi qu’elle screame pour les gens que les flicards butent dans la rue aux États-Unis, et elle screame aussi pour Gaza, alors bien sûr, elle touche un nerf sensible. Et pouf, elle repart pour déclencher le chavirement du Trabendo, toute la salle saute en l’air, t’as des vagues géantes, on se croirait au Cap Horn ! Fantastique apocalypse collective. C’est la meilleure réponse à cette prestation hors normes. Elle a les cuts qu’il faut pour ça, mais sur scène, elle les pousse encore plus loin, elle les screame à l’outrance de

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    l’outrance, tu chopes «Pick Up That Knife», fuck, tous les gens connaissent les paroles, voilà qu’arrivent ces hits immémoriaux, «Candy Breath» et «Bull Believer» qu’elle rallonge indéfiniment au scream de Méricourt. Elle prévient qu’elle ne va pas faire de rappel, «I don’t want to destroy my voice», mais elle finit en mode ultra-apocalyptique avec «Wasp». Elle meurt et elle renaît dans l’agonie du scream définitif.

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             Tu te retrouves complètement sonné dans le parc de la Villette. Est-ce une pure coïncidence ? En l’espace de trois jours, t’as vu deux des artistes les plus parfaits de cette époque, Michel Basly (et ses Cowboys), et Karly Hartzman. Tu sais déjà que les prochains concerts vont être compliqués, car bien sûr, tu ne vas pas retrouver une telle intensité, une telle profusion de sonic genius.

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             Bleeds rentrera dans l’histoire du rock pour au moins deux raisons : «Pick Up That Knife» et «Candy Breath». Elle rentre dans son Pick Up en mode soft Pixies et soudain la bombe explose ! Puis elle revient comme une fleur innocente - I’ll meet you outside - avant de redevenir mauvaise, et la voilà qui explose et déraille, elle te marque à vie, elle est complètement folle. Elle applique la même recette pour son «Candy Breath» qu’elle amène en souterrain et elle remonte à la surface pour te sauter à la gorge, c’est de l’overwhelming définitif, c’est la vague qui balaye le barrage contre le Pacifique, là t’as tout, le tout et l’argent du toutou, t’as tout le poids du monde d’Hanky Panky. Sur «Reality TV Argument Bleeds», ils ont encore du son à gogo, et tu tombes dans l’escarcelle, ils réinventent littéralement les Pixies, elle a tout le power de Zeus, c’est complètement weirded out. Ça te foudroie la tête. Elle fait ensuite sa Kim Deal sur «Townies», elle mène son Bal des Laze, c’est explosif de génie longitudinal, il en pleut de partout, ça t’ébranle les colonnes, ça te vibre la masse volumique. T’es encore inféodé par «Wound Up Here (By Holding On)». Tu devient dingue de ce groupe et de cette weird girlie déviante. Ils réinventent la démesure des Pixies. Ils partent en mode blaster avec «Wasp» et elle refait sa Pixie avec «Bitter Everyday», c’est chargé à l’outrasse de la barcasse. Les guitares serpentines envahissent tout, elles t’enlacent les oreilles, ça densifie à l’extrême de la noise intestine.

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             Histoire de conforter ta passion naissante pour les petites grosses tatouées qui savent hurler, tu testes Rat Saw God. T’es fixé dès «Hot Rotten Grass Smell». C’est en plein dans les early Pixies. Ça veut dire que ça tombe du ciel. Elle ramène son petit sucre dans l’apocalypse. Et ça continue avec «Bull Believer» et elle parle de blood under the bridge, elle y va fort, elle s’inscrit dans la folie des Pixies, elle tape à la racine de la folie, la vraie. C’est une fois encore apocalyptique. Elle pulvérise les Pixies, elle pousse les pires cris de l’histoire du rock. Karly Hartzman est la plus grande screameuse de l’univers. Les textes sont de très haut niveau, il faut la voir touiller son «Chosen To Deserve» - I’m the girl that you were/ Chosen to deserve - et elle développe de manière inconsidérée - If you’re looking for me/ I’m in the back of an SUV/ Doin’ it in some cul-de-sac/ Underneath a dogwood tree - Là t’as du trash littéraire. «Bath Country» semble aussi sortir tout droit d’un album des early Pixies - Every daughter of God/ has a little bad luck/ Sometimes - Et elle remonte au sommet du genre avec «Turkey Vultures». Sa pure folie narrative pourrait bien te tuer dans l’œuf. Elle est désastreusement géniale - At night I don’t count the stars/ I count the dark - Elle t’entraîne doucement et laisse traîner sa voix - I do not feel my ugly blody - Elle swingue son haw ha haoww. C’est un exploit de génie moderniste.

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             Pas la peine d’aller investir dans les albums antérieurs, Twin Plagues et Mowing The Leaves Instead of Piling ‘Em Up, Karly n’y screame pas. On sauve toutefois quatre cuts sur Twin Plagues : «Handsome Man», où elle commence à tortiller sa voix, «Cody’s Only», où elle monte doucement en pression, et en B, «Tooth Ache» et «One More last One», qui évoquent les Pixies et la shoegaze, c’est bien noyé de son, mais t’as zéro scream. Et forcément, si t’es là pour entendre Karly gueuler, t’es déçu.

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             Mowing The Leaves Instead of Piling ‘Em Up est un album de covers, mais ce sont des covers de collégiens américains, et tu t’ennuies un peu. T’en sauves une, le «She’s Acting Simple»» de Gary Stewart, bien noyé de grosse shoegaze. La cover de l’«I Am The Cosmos» de Chris Bell ne marche pas. Ni celles de «Sacrifice (For Love)» (Greg Sage), «Time baby 2» (Medecine) et encore moins le «Perfect» des Smashing Pumpkins. Quelle idée d’aller reprendre des cuts aussi mauvais.

    Signé : Cazengler, Wednesdé à coudre

    Wednesday. Le Trabendo. Paris XIXe. 20 février 2026

    Wednesday. Twin Plagues. Orindal Records 2021

    Wednesday. Mowing The Leaves Instead of Piling ‘Em Up. Not On Label 2022

    Wednesday. Rat Saw God. Dead Oceans 2023

    Wednesday. Bleeds. Dead Oceans 2025

    Brian Howe : In from the storm. Uncut # 344 - November 2025

     

     

    Wizards & True Stars

     - Les Ramones la ramènent

     (Part Six)

     

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             L’écrivain le plus punk de l’histoire littéraire n’est pas celui qu’on croit. Ni Léon Bloy. Ni Bukowski. Ni Céline. Ni William Burroughs. Le punk littéraire numéro un n’est autre que Dee Dee Ramone. Pour preuve, ce petit chef-d’œuvre bourré de rien-à-foutre et de va-te-faire-cuire-un-œuf, Lobotomy: Surviving The Ramones. En anglais, ça donnerait un truc du genre : a nothing-to-lose and go-fuck-yourself soaked masterpiece.

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             Johnny Ramone ne faisait pas de cadeaux dans son Commando. Dee Dee Ramone en fait encore moins dans son Lobotomy. Comment peut-on raconter l’histoire des Ramones autrement que dans un pur punk style ? Dee Dee raconte par exemple son premier voyage en stop vers la Californie. Il est ramassé par deux mecs louches à Flint, dans le Michigan : «I rode with them to Indiana (...) They had a flexible saw and they were planning to decapitate the next person they met.» On est aux États-Unis, un pays construit dans la violence, et aux mains d’un écrivain dont l’imagination est fertile. Dee Dee rocke ses phrases. Il les dope. Il dit un peu plus loin qu’il a fait son choix très tôt : «The key to survival seemed to be a college education, but I had already graduated to my role in life - that of social deviant.» Bienvenue au club, dirait Mick Farren.

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    Dee Dee + Connie

             Chez Dee Dee, le punk est partout, pas seulement dans la musique et dans la dope, le punk sublime aussi ses relations sentimentales : «She picks up a pot of old spaghetti off the stove and flings it at my head, splattering the wall with rotten meat sauce.» Vlaaaaffff ! Dee Dee n’embrasse pas sa copine sur une plage au coucher du soleil. La copine en question, c’est la fameuse Connie qui avait coupé de pouce de Killer Kane pendant qu’il dormait, au temps des Dolls.

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             Quand Dee Dee rend hommage à ses pairs, ça peut donner une formule du genre : «Johnny Thunders and Tommy Ramone both went to London to get the right stuff to be the top flashmen about town.» Et à la suite, il résume en une seule phrase toute l’histoire de la scène punk new-yorkaise : «After the Dolls broke up, three were still a bunch of creeps who needed a scene.» La formulation est parfaite : a bunch of creeps who needed a scene. C’est presque musical, avec des mots spontanés. Pur street talk. S’il raconte le premier concert des Ramones au CBGB, c’est à sa façon : «The audience looked like a bunch of glowing Jack o’ Lanterns sitting on a graveyard fence on Halloween night.» On est pas loin de la mâchoire qui se décroche et qui pend comme une lanterne, cette expression de Lux Interior qui amusait tellement Jean-Yves.

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    Arturo + Dee Dee

             Tu veux encore du punk ? Alors va dormir chez Arturo Vega : «Arturo had had bricks thrown through his windows so many times because of bad dope deals and crazy love feuds that it’s a wonder no one ever get concked in the head by one.» T’es au salon et une brique arrive. Pas mal. À une époque, Dee Dee vit dans un immeuble où vivent aussi des punks encore pires que lui : «They were killing cats up there. I know that for sure, because they would throw their half-eaten carcasses out the window. It was disgusting.» Attends, c’est pas fini - They were all chopping up the furniture for firewood and building campfires on the floor for heat and to cook rats they caught when no one had a cat. It was nuts - Dee Dee se régale dans cet univers. Et il continue de battre tous les records de fucked-up punk style : «There was vomit everywhere. On the floor, in the sink, and overflowing from the toilet bowl. This is sick, I thought to myself.» Quand il raconte ça, il est dans les toilettes du Country Cousin, sur King’s Road, avec Sid Vicious. Mais Dee Dee n’a encore rien vu : Sid va lui montrer comment on bat tous les records de fucked-up punk style : «Sid produced a horrible syringe with old blood caked around the needle. I gave Sid some of the speed and he tapped it into the syringe to load it up for a hit. Then he stuck the needle into the toilet and drew up water from the bowl into the hypo so he could coldshake the speed that was in the outfit. The water had vomit, piss and snot in it.» En en guise de chute, Dee Dee lâche : «Now I’ve seen it all.» Les gogues, c’est tout un monde.

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             Quand Sire signe les Ramones, voilà ce que dit Dee Dee : «Seymour Stein and Danny Fields signed us; and they’re as cheap as they come. Real cheap-skate stuff.» Tu lis ça en claquant des doigts. Real cheap-skate stuff ! Et Dee Dee redescend dans la rue en claquant des doigts : «I just thought ‘oh I’m cool,’ and I hit the street as a drug addict.» Il est en plein dans Lou Reed. Plus loin, il refait swinguer ses mots ainsi : «The old routine. Hitting the sidewalk around 12 o’clock to go cop.» Quand il fait la queue pour la methadone, il se marre : «The methadone patients were so stoned that they would stand on the street and sway in the wind.» T’as l’image.

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             Il adore la dope, mais il a une façon particulière de le dire : «My favorite was Zero Zero, an opiate hash that really got me stoned.» Et quand les douaniers l’embêtent à Gatwick, Dee Dee leur balance ça : «You know you guys, are a right bunch of assholes, aren’t you? - and gimme back my passport, motherfuckers.» Il a vraiment le sens des formules fleuries. Quand il appelle les secours, ça donne ça : «Hello, this is Dee Dee Ramone. I am going crazy. Send an ambulance. I am flipping out beyond return. I mean it! No-hope crazy, ok? Bersek, completely insane!».

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             En société, Dee Dee sait se conduire : «I sat down next to Paul Cook and Dave Dee, and I was so happy. I said, ‘Davy, I really love your...’ And I threw up in my dinner.» Relations sociales toujours : «I ran into Lemmy from Motorhead. He took one look at me and he told me I looked terrible. I knew that.»

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               Ça fait du bien de voir Dee Dee entrer dans l’histoire littéraire. Il s’appuie sur une œuvre et sur un vécu, comme Céline et Burroughs. Donc il a de la matière. Et comme il a aussi du style, ça donne un petit book explosif. Il a sans doute été traduit en français, mais c’est dans sa version originale qu’il faut lire ce chef-d’œuvre. C’est comme de voir les films de Martin Scorsese doublés en français. Même pas la peine de commencer. Si on perd la langue, on perd tout. Surtout la langue de ce fantastique italo-rapper qu’est Robert de Niro.

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             Joan Jett rappelle dans son intro qu’en 1978, les Ramones ont tourné pendant trois mois avec les Runaways, driving across the country in vans. Et d’ajouter ceci qui éclaire tout le reste : «It was the best three months of my whole life.» Pour elle, «Dee Dee was the heart and soul of the Ramones.» Et voilà, c’est dit.

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             Le pauvre Dee Dee n’a pas eu la vie facile - My parents were so miserable that secretly I was hoping that Dad would just run our little German car right off the road and kill our whole family - Il est terrifié par son père alcoolo et fait tout pour l’éviter. Le père picole et rentre à l’aube en gueulant - Being miserable seemed normal. There didn’t seem to be any other way - Et il tire très tôt les enseignements de tout ce bordel : «Rebels were a lot cooler to me than squares. My parents seemed like a continual drag. I could never forgive them for what was going on at home.» Tout le monde le sait : c’est ce que tu vis dans ton enfance et dans ton adolescence qui pré-détermine ta vie d’adulte. Si tu grandis avec des cons, t’es baisé. C’est aussi simple que ça.

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             Quand il vit encore en Allemagne avec ses parents, Dee Dee commence à tester la dope et notamment la morphine - It felt like you were getting an electric shock when you shot it up - À Berlin, il commence à s’habiller et à loucher sur les Levi’s jackets. Il teste aussi le LSD - I did it hundreds of times, and I don’t think I ever had any bad trips, but it really wasn’t my thing. It was  heroin that would get me through the day - Et il adore le pot - Ho ho ho. I lit up a joint of Chiba Chiba Columbian Gold - Il en arrive à son fameux Chinese Rock - For a while dope was called Chinese Rock in New York - Et là on entre dans l’autre mythologie, celle du compositeur d’hits interplanétaires : «Richard Hell had mentioned to me that he was going to write a song better than Lou Reed’s ‘Heroin’, so I took his idea and wrote ‘Chinese Rocks’ in Deborah Harry’s apartment that night.» Et plus tard, comme beaucoup d’autres, Croz, Sly et toute la bande, Dee Dee va devenir cocaine crazy.

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    Dee Dee & Johnny

             Le cœur battant du book, c’est bien sûr l’histoire des Ramones. On pourrait même dire la vraie histoire des Ramones. Comme les Ramones sont un groupe passionnant et que Dee Dee est un écrivain passionnant, ça donne des pages passionnantes. Dee Dee donne le ton : «All of us were a bunch of ill-mannered lowlifes.» Tu comprends, c’est pas les Talking Heads. Au début, Johnny Ramone portait les cheveux très longs, «down to his waist, comme Mark Farmer de Grand Funk Railroad.» Johnny et Dee Dee ont un sacré point commun : ils sont fans des Stooges. Dee Dee n’en revient pas de trouver un autre fan des Stooges à Forest Hills - It was like a miracle - Pour lui, les Stooges sont les meilleurs - They were very very creepy. Creepy is the best description for them. They were the kings of the creeps - Dee Dee et Johnny ramone adorent aussi Jimi Hendrix. Quand Johnny Ramone s’achète une guitare, c’est une Mosrite, comme celle des Stooges, dit Dee Dee (il doit confondre avec Fred Sonic Smith), alors que la Mosrite est une surf guitar. Quand ils voient les Stooges à l’Electric Circus, Iggy arrive sur scène in red underpants et Scott Asheton s’est peint une croix gammée dans le dos de sa motorcycle jacket - They were loud and angry.

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    Hilly Kristal

             Au départ, Dee Dee ne sait pas jouer de la basse. C’est Johnny qui lui montre les notes - All I knew was the E - Et pouf c’est parti ! - We did our first show with The Fast at Performance Studios. For the second show, no one came back - Puis c’est bien sûr le CBGB - We had to watch out for rat, mice and dog shit on the floor. It was the pits. Especially Hilly Kristal, a big fat guy, who ran the place and apparently never bathed - Il dit aussi que sa femme, Karen Kristal, haïssait les Ramones. Aucun détail punk n’échappe à Dee Dee : «The didn’t have any toilets, so the audience just pissed where they stood.» Endroit idéal pour les Ramones - We had a four-way chemistry that was insane - À la fin du premier show, Dee Dee lance sa Dan Electro en l’air «and let it bounce up and down a few times until it broke. I thought that was the ultimate in glamor.» Il ajoute que les Ramones se sont vite taillés une belle réputation, «but not making any money.»

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    Jeffrey Lee Pierce

             Dee Dee dit aussi que la presse anglaise leur manquait de respect - The British press treated us like clowns - Plus loin, il enfonce encore son clou : «Flying in England in February to do interviews with the creepy English press. The biggest assholes in the world. Smarty-farties, that’s what we called them.» Dee Dee décrit aussi une crise de colère de Jeffrey Lee Pierce contre les journalistes français et qui les chasse à coups de Strato blanche. Même chose avec Johnny Ramone qui chasse McLaren de la loge du Whisky a Go Go en brandissant sa Mosrite, «Get out Get out!».

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             Dee Dee donne pas mal de détails fascinants sur la cuisine des Ramones. Joey compose ses chansons sur une Yamaha acou qui n’a que deux cordes, «and then Johnny would struggle his best to interpret it. Johnny would show me the bass parts to my own songs because I had no idea how they went on the bass.» Et puis t’as les relations entre les gens. Dès le départ, Dee Dee se sent à part, «because I think they couldn’t understand me.» Puis quand Marky Ramone arrive dans le groupe, ça se met à picoler sec - Marc and me were drinking ourselves to oblivion, twenty double martinis a night. Booze and pills and cocaine. We were sick.

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             Nous autres les admirateurs, on ne voyait que le côté rock des Ramones. Dee Dee, qui vivait ça de l’intérieur, voyait surtout le côté sombre du groupe - By this stage, Johnny Ramone decided everything for the Ramones. I sat in the back of the van and they sat up front. No one ever spoke to me. Joey and Johnny had a few phoney conversations, but that was about it - Johnny Ramone écoute le baseball sur l’auto-radio, alors tout le monde ferme sa gueule dans le van - Monte would never turn it off because John wanted it that way - Dee Dee en a marre. Il rêve de prendre un job ailleurs, «a doorman, or a candy-store owner, or having a hot dog stand. I was serious. I’d had enough.» Il finit par voir Johnny comme un beauf. Et il enfonce bien son clou : «Johnny was making too many musical decisions for a person who wasn’t a songwriter.» Dee Dee ne peut plus le schmoquer : «It got on my nerves. Johnny just criticized everything. It seemed to be his way of having fun.» Dee Dee décroche au moment de Brain Drain, il ne joue pas sur l’album - Everybody in the band had problems; girlfriend problems, money problems, mental problems - Dee Dee se dit scié de voir que les gens ont une idée idyllique des Ramones. Quand il entend dire que Del Shannon s’est tiré une balle, «it made me think of why I wanted to shoot myself too.» Puis Dee Dee commence à faire de la parano : il croit que les trois autres veulent le virer du groupe - How can you talk about that with people who hate you? - Il ne demande aucune faveur, car il sait qu’il n’obtiendra rien. Même pas de Monte qui veille alors sur Joey, «and a slave to the whims of Johnny Ramone». La cuisine des Ramones n’est pas jojo. Dee Dee n’y voit que le côté dark du punk. Les bad vibes, l’énergie souterraine. Il quitte enfin le groupe.

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             Quand Dee Dee est au ballon, il est obligé de vendre ses droits sur «Poison Heart», «Main Man» et Strength To Endure» pour pouvoir se payer un avocat et sortir. Personne ni à New York ni dans les Ramones n’est venu à son aide - And to top it off, these songs ended up on a new Ramone album called Mondo Bizarro - Dee Dee est furieux, car dans les interviews, les Ramones tentent de minimiser son rôle - «Dee Dee co-wrote it.» No, I wrote it with all my heart and soul. «Poison Heart» was MY song about MY life.

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    Londres / 05 / 06 / 1977

             Dee Dee aura tourné 17 ans avec les Ramones. Il rappelle que les règles étaient établies - We toured the world by rules that were decided for me - I had no part in making them. I was only allowed to learn them, live by them and not question them - Il voit Johnny Ramone comme un monstre - He would get dangerous, yelling and glaring at everyone. He had nothing but pure hate in his eyes. He hated everyone, especially Joey and me - Dee Dee réagissait à sa façon  - I have pulled knives on him, yelled the f-word at him, and told him I hated his guts.

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    Dernier concert 1996

             Quand il revoit les Ramones au moment des derniers concerts, c’est pathétique. Dans la rue, Marky fait semblant de ne pas le voir. Il faut lire ces pages, car Dee Dee décrit la fin misérable d’un groupe qui a tellement compté pour beaucoup de gens. Et sur scène, c’est pas terrible - They were good, but they had lost their cool. Johnny Ramone seemed more like a tennis player than a guitar player.

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             Le passage le plus génial du book est celui consacré à la conférence de presse à Londres : c’est l’équivalent de Las Vegas Parano. Il est à Londres avec Monte Melnick et Joey Ramone. Ils sont tous les trois «pretty fucked up». Joey est «drunk as a skunk». Et puis t’as les London cabs qui ne s’arrêtent pas - Cabs won’t pick you up, especially if you’re American and very drunk - Alors Dee Dee garde toujours des bouteilles de bière avec lui, la nuit à Londres, «to fling at the cabs.» 

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             Dee Dee rend quelques beaux hommages, à commencer par Alan Vega - If Iggy had created a Frankenstein, it was Alan Vega. When Alan jumped in the sparse audience, it was a bit too much for me (...) He’s a very serious performer - Il brosse aussi un sacré portrait de Connie, originaire de Fort Worth, Texas, et ex-poule de Killer Kane - She also had lived with the GTOs, Pamela and all those people, in California. She had been living with Jobriath at the Chelsea Hotel - Hommage encore aux Pistols - But the truth is they were a really good band. They weren’t a bunch of monkeys. They were totally street.

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             Quand Dee Dee voit Totor pour la première fois, il le compare à Dracula. Dee Dee raconte aussi la soirée chez Totor : «Then he sat down at his black concert piano and made us listen to him play and sing ‘Baby I Love You’ until well after 4:30 in the morning. By 5:00 AM, I felt as if I was going to completely lose my mind.» Et comme l’ont dit les autres, Dee Dee ne sait pas qui a joué de la basse sur End Of The Century.

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    Dee + Stiv

             Dee Dee évoque aussi l’épisode du super-groupe à Paris avec Stiv Bators et Johnny Thunders, but nothing worked. Pour lui, c’est comme les Ramones, impénétrable - Eventually, the Ramones became a clique and I felt excluded from it - Dee Dee ajoute que Stiv Bators lui a piqué une K7 sur laquelle se trouvait sa compo «Poison Heart», et bien sûr, Bators va enregistrer une démo.

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             Le grand passage hilarant du book, c’est son séjour à l’asile de fous - I was given a room to share with a negro. He was quiet and well-behaved. He just lay on his cot, sleeping with eyes open, and I sat in the window frame looking at a light bulb - Version punk du Vol Au-dessus d’Un Nid De Coucous - That was fucked up. They also made me play volleyball. It was a nightmare.

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    Signé : Cazengler, ramone encore sa fraise

    Dee Dee Ramone. Lobotomy: Surviving The Ramones. Da Capo 2016

     

     

    L’avenir du rock

     - Atalhos de l’ass

             Finalement, l’avenir du rock trouve le désert très sympa. Il apprécie le calme. Pas de bagnoles, tu respires l’air pur. Pas de gros con au volant d’un diesel, ça repose les yeux. Pas besoin de parapluie, ça simplifie les choses. Pas besoin de cavaler, on a tout le temps. Il n’en finit plus d’énumérer les avantages, pas de factures à payer, pas de plombier à trouver pour réparer la chasse d’eau, pas de mises à jour à télécharger sur le fucking ordi, pas de liquide à retirer pour aller aux putes, mais le plus intéressant, ce sont les rencontres. L’avenir du rock serait prêt à parier qu’elles sont spécifiques au désert. Ce sont des rencontres qu’on ne pourrait pas faire en ville. Exemple : un jour il croise un drôle d’individu aux allures de dieu grec. Cheveux bouclés, peau claire, il a une aile greffée sur la joue gauche. Il paraît un peu louche, mais l’avenir du rock ne s’en offusque pas puisqu’il engage la conversation :

             — Bonjour, je suis l’avenir du rock. Vous cherchez quelque chose ?

             — Oh oui, je cherche mon frère Thanatos...

             — Ah oui, le dieu de la mort ! Donc vous êtes Hypnos ! Quelle joie que de vous rencontrer ! 

             Hypnos s’incline respectueusement :

             — Cette joie est réciproque. Quand je vais raconter ça à Nyx, ma mère...

             — Nyx ta mère ?

             — Arrêtez vos conneries !

             — Je posais juste une question !

             — Bon, bref, quand je vais lui raconter ça, Nyx ma mère ne voudra jamais me croire : un helléniste en plein désert !

             — N’exagérez pas, je ne connais que deux/trois bricoles, juste de quoi alimenter une modeste rubrique. Et puis c’est pas tous les jours qu’on rencontre un dieu grec. Ça change ! Ça remonte le niveau intellectuel. Je ne devrais pas vous dire ça à vous, mais ça donne des ailes !

             — Pardonnez-moi d’insister, avenir du rock, mais vous n’avez pas répondu à ma question...

             — Non, je n’ai pas vu Thanatos, du moins pas encore, mais je vous recommande chaudement Atalhos. Vous m’en direz des nouvelles !

     

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             Le chanteur d’Atalhos s’appelle Gabriel Soares. Il a le prénom d’un ange bien connu. Il dispose des deux atouts qui font les superstars, enfin les vraies, celles de l’underground : le power et la grâce. En plus, il a les compos. En plus du plus, il y croit dur comme fer. C’est tout de même incroyable de voir ces quatre Brésiliens jouer une pop de cracks pour une salle à moitié vide. Ça crève les yeux : Atalhos est un groupe de

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    surdoués miraculeusement de passage en Normandie. Sur scène, ils dégagent une puissance extraordinaire, tout repose sur la qualité des chansons et les dynamiques internes, le bassman joue à la vie à la mort, t’as un mec au beurre qui ne la ramène pas mais qui cale tout comme il faut, et l’ange Gabriel partage ses duties aux poux avec un barbu d’une surprenante discrétion. Sa façon de jouer dans l’ombre rappelle celle de Joey Santiago.

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             Comment pourrait-on les situer musicalement ? Grande power-pop atmosphérique ? Ils ont tellement de personnalité qu’on peine à les comparer. Dans une interview, ils citent Wilco, mais ils sont bien meilleurs que les Américains. T’en perds pas une miette, ils combinent les échappées mélodiques avec un power bien tempéré, chaque cut se distingue du précédent par sa structure, mais globalement, l’ambiance ne bouge pas. Ils sont captivants de bout en bout. T’as vraiment

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    l’impression d’assister au concert d’un groupe légendaire que personne ne connaît. Comme ils chantent en brésilien, t’es baisé, t’as aucun point de repère, donc tu dois te contenter de ce que raconte l’ange Gabriel entre deux cuts. Miraculeusement, il parle français, avec un fort accent. L’un de ses plus beaux cuts concerne le Paraguay, mais il ne figure pas sur l’album que tu ramasses ensuite au merch. 

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             L’album s’appelle A Tendaçao Do Fracasso et date de 2022. T’as zéro info dans Discogs. Et de toute façon, tu ne te fais aucune illusion : tu sais bien que tu ne vas pas retrouver la clameur du set dans l’album, même si les compos tiennent la route. Tu

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    retrouves un peu de cette puissance atmosphérique dans le cut d’ouverture de balda, «Tierra Del Fuego», et avec le morceau titre, tu re-goûtes à cette fast pop de qualité extrême. Midas Gabriel transforme sa pop en or. Sa copine Delfina Campos vient duetter sur «Te Encontrei Em Sp» et te voilà sous le charme. Et ça continue en B avec ce «Teoria Del Cuerpo Enamorado» qui te monte bien au cerveau. Mais malgré tous tes efforts de subjectivité, tu ne retrouves pas l’éclat du set. «Monica Vitti» somme comme une pop douce et tendre, vertueuse et bien roulée, c’est un joli mid-tempo fleuri de notes aériennes. Tu retrouves enfin le beat têtu qui te plaisait tant sur scène dans «Ushuaia». C’est là qu’ils excellent, voilà l’hit d’Atalhos, mood musclé, bien soutenu et traversé par les alizés du paradis.

    Signé : Cazengler, qui l’a dans l’Atalhos

    Atalhos. Le Trois Pièces. Rouen (76). 23 février 2026

    Atalhos. A Tendaçao Do Fracasso. Costa Futura 2022

    Concert Braincrushing

     

     

    Wizards & True Stars

     - Hammond honorable

     (Part One)

     

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             La vie de John Hammond est un peu à l’image de celle d’Auguste Renoir : elle n’offre pratiquement pas de reliefs. Comme chez Renoir, tout l’attrait se résume à l’œuvre, et non dans la vie de l’artiste, alors que dans le cas de Paul Gauguin, par exemple, l’attrait se trouvait à la fois dans l’œuvre et dans la vie de l’artiste. Il faut simplement se souvenir que John Hammond est le fils du célèbre producteur John Hammond, lui-même descendant d’une longue lignée de John Hammonds qui remonte jusqu’à l’antiquité. L’ancêtre s’appelait Jean Amande et il cultivait ce précieux fruit dont le lait rendait folles les princesses de Nubie. 

             Pour les becs fins du blues, John Hammond est l’un des meilleurs. Il vient de casser sa pipe an bois, aussi allons-nous lui rendre hommage en célébrant une œuvre dense.

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             L’un des plus beaux albums de blues blanc est certainement Big City Blues. Pochette magnifique. On y voit le jeune John assis sur sa Honda rouge. Il porte du cuir noir, et derrière lui resplendissent les buildings de Manhattan. Si une pochette dit l’Amérique intrépide, c’est bien celle-ci. Et quel album ! Il attaque avec l’« I’m Ready » de Big Dix et on a tout de suite la vraie voix. Il joue un boogie blues extrêmement sérieux et doté d’un certain cachet. Dès le premier cut, John Hammond entre dans la cour des grands. Avec « My Starter Won’t Start », il montre bien qu’il sait chanter le blues. Il recrée le blues blanc. En fait, il semble coloniser le blues, comme ce naufragé qui colonisa une île du Pacifique en construisant une église en palmes. On tombe ensuite sur « Barbecue Blues », un beau boogie de caractère. John Hammond sait ce qu’il veut. Il reprend l’« I’m A Man » de Bo Diddley et sonne comme les Pretty Things ! Non ! Mais si ! Il tient bien son« Barrelhouse Woman Blues » et il déroule l’extraordinairement spatial et spacieux « Midnight Hour Blues ». Il chante presque comme Stan Webb, avec du doux dans le gras du menton. En B, il attaque avec le « Backdoor Man » de Chucky Chuckah. Puis il revient à Big Dix avec « I Live The Life I Love ». Il peut sonner comme Alvin Lee. Au fond, si on réfléchit cinq minutes, John Hammond pourrait bien être une sorte de Chucky Chuckah blanc. Il livre aussi une version extraordinaire de « No Money Down », swinguée jusqu’à l’oss de l’ass et visitée par les vents d’Ouest. Puis t’as une version secouée de « My Babe », classique big dixien qu’il transmute en or philosophique. Il tient tous se cuts par la peau du cou. On considère Big City Blues comme le premier « white blues record from either side of the Atlantic ».

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             Comme il dispose d’une vraie voix, qu’il adore le blues et qu’il sait jouer de la guitare, le jeune John sait que l’avenir lui appartient et qu’il va pouvoir enregistrer des tas de disques. Sa discographie s’étend sur cinq décennies. L’amateur se retrouve avec du grain à moudre. Juste avant Big City Blues, le jeune John avait déjà enregistré un bon album sans titre chez Vanguard : John Hammond. Il y reprend une belle ribambelle de classiques : « Two Trains Running » (de Muddy qu’il tape à la dure en jouant seul et en tapant du pied sur une grosse planche, mais il n’est pas Hooky), « Give Me A 32-20 » (de Big Boy Crudup, il tape toujours du pied et il chante au raw). On l’aime bien, le jeune John mais il a un gros problème : une peau blanche. C’est compliqué. Mais pourquoi ce blanc-bec veut sonner plus noir qu’un nègre du Mississippi ? C’est une aberration. Quand il hurle Lord mama, sait-il seulement de quoi il parle ? A-t-il une idée de ce que ces pauvres nègres ont enduré ? Il retape dans Chucky Chuckah pour une version softy de « Maybellene ». Mais Chucky Chuckah est plié de rire. Chucky Chuckah est passé par Angola. Mais le jeune John ne se déballonne pas. Il revient avec « Louise » qu’il joue bien au trade et il devient magnifique de solitude et de peau blanche dans le monde des noirs. On le sent inspiré. Il tape ensuite dans le « This Train » de Big Bill Broonzy et il le fait bien, il le choo-choote en grattant des poux exacerbés - Hey hey - et ça passe comme une lettre à la poste. Il chante « East St Louis Blues » comme un nègre atteint de tuberculose. La Dame aux Camélias se serait jetée aux pieds du jeune John, car il fait là une fabuleuse dentelle d’art moderne. Il est encore plus fantomatique avec « Going Back To Georgia ». C’est du Skip James à l’état pur ! Il va chercher « I Got A Letter This Morning » de Son House au chat perché. On sent bien la cabane perdue au bout des champs. Et il refait son numéro skipy avec « Alabama Woman Blues » et on se retrouve une fois de plus en pleine fantomisation des choses. Il se rend aussi au carrefour du diable pour le fameux « Crossroad Blues » de Robert Johnson. C’est une fois de plus un prodige transcendantal.

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             Il reviendra à Robert Johnson en 2003 avec un album assez stupéfiant, At The Crossroads. On peut même parler d’album mythique. Tout y pincé jusqu’à l’excellence, comme cette fantastique version de « 32-20 Blues ». Pureté du son et de la voix. Tout est joué au picking différé et chanté au velouté de lait crémeux, comme ce « Milkcow’s Calf Blues », qui semble descendre d’un pis dans l’aube fraîche du Kentucky. Ce mec sait traire les notes de blues au fond des fermes les plus reculées. Il a un son tellement pur ! T’es obligé de t’en délecter. Impossible de faire autrement. Dans « Trawling Riverside Blues », le jeune John claque ses vieux accords de principe avec la niaque des Appalaches. C’est effarant de crudité véracitaire. En vieillissant, le jeune John flirte de plus en plus avec le génie. Il creuse toujours plus dans les profondeurs des roots avec « Stones In My Passway », puis il rebat tous les records de purisme avec « Cross Road Blues ». Il gratte ça à la lune. C’est un fou des roots. Un dingue du real deal. Tout est gratté au clair de bottleneck. Il finit par se perdre dans le fouillis des roots et des cabanes - Lord I believe it’s time to go - Eh oui, son « Me And The Devil Blues » est d’une finesse extrême. Il devient enragé avec le fantastique « Walking Blues » des origines et passe ensuite au brasier des poux avec « Preaching Blues ». On le sent possédé ! Il joue comme dix ! Puis il salue Chicago avec « Sweet Home Chicago » et sonne comme Elmore James qui avait tout pompé à Robert Johnson. Il emmène « When You Got A Good Friend » au chant sibyllin et passe à l’heavy blues avec « Judgment Day ». Hallucinant ! Le jeune John sonne comme les Doors. Il boucle cet album héroïque avec une cover demented de « Rambling Blues ». Alors attention les gars : ce cut contient toute la mythologie du blues. Tout Elmore James était déjà là et donc tout l’early Fleetwood Mac de Peter Green et donc tout le blues rock anglais des seventies. John Hammond t’en bouche un coin.

             C’est sa façon de dire : Robert Johnson se trouve à l’origine de tout.

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             Attention à So Many Roads paru en 1965 : c’est un album garage. Le jeune John est accompagné par les mecs des Hawks et Charlie Musselwhite passe de coups d’harp sur « Down In The Bottom ». Bloomy joue aussi un peu de piano. Charlie et Bloomy débarquaient de Chicago pour participer aux séances d’enregistrement de ce disque, et à l’époque, on ne les connaissait pas encore très bien. C’est tout le génie du jeune John d’avoir récupéré ces deux petits mecs. À l’époque, on racontait que le jeune John avait influencé Dylan. Évidemment, Dylan se trouvait dans les parages. Les Hawks, Bloomy, Charlie, c’était sa came. Dylan fut fortement impressionné par le son du jeune John et de toute cette bande de bohémiens inféodés au blues. Dylan n’en était encore qu’à « Bringing It All Back Home », il n’était pas encore passé à l’électrique. Et ce fut le déclic. On tombe ensuite sur une version mauvaise (au sens de la mauvaiseté) de « Who Do You Love », avec au programme du raw et des guts à gogo. Tout le destin de Dylan se joua semble-t-il sur cet album, car il récupérera à la suite les Hawks pour en faire The Band et Bloomy pour l’accompagner sur Highway 61 Revisited. On a un heavy blues de rêve avec la reprise de l’« I Want You To Love Me » de Muddy. Ils passent le « Rambling Blues » de Robert Johnson en mode heavy blues de cabane. Quant à « Oh Yeah », c’est du garage avant le garage, on est en 1965 - She’s my lover and she’s my ball - C’est l’une des versions les plus raw du hit de Bo qui soit, bien plus punk que celle des Shadows Of Knight. Admirable, même si c’est balayé à l’orgue. Le jeune John sait chanter comme un renégat. Même chose pour la cover de « You Can’t Judge A Book By The Cover », qu’il chante avec une malveillance considérable. Et l’album se termine en apothéose avec « Gambling Blues » (monstrueux ! Reprise sauvage et hargneuse), « Baby Please Don’t Go » (version pépère, pas celle des Them) et « Big Boss Man » (joué à la Pretty Things). John Hammond serait donc le punk blanc original, et alors tout devient évident : le blues était punk bien avant l’invention du punk-rock.

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             Sur Country Blues paru aussi en 1965, le jeune John recommence à taper dans les classiques de Robert Johnson, de John Lee Hooker et de Bo Diddley qu’il rejouera tout au long de son aventure musicale. Il chante « Hitchhiking Woman » à la Skip James, d’une voix de fantôme épuisé par l’intemporalité. Nous autres terriens nous plaignons que la vie est courte, mais sachez que les fantômes se plaignent du contraire. Il gratte bien son « Statesborough Blues » et recherche l’authenticité de cristal du blues des origines. Alors il gratte à l’ongle sec et chante à l’étranglette. Sacré John, il ne s’épargne aucun effort. Mais c’est tellement blanc qu’on se demande parfois s’il ne vaut mieux pas écouter l’original. Oh il sait jouer, c’est sûr, mais Robert Johnson aussi, surtout avec « Milk Cow Calf Blues ». On écoute attentivement sa version de « Crawling Kingsnake » mais on ne peut pas s’empêcher de préférer celle de Doors. Il chante « Bull Frog Blues » à la syllabe mouillée et opère quelques petites accélérations de tempo typiques des bluesmen des origines. Comme Taj Mahal, il tape aussi dans Sleepy John Estes. Sa version de « Drop Down Mama » vaut le détour, croyez-le bien. Puis il s’attaque à un autre géant : Jimmy Reed, avec « Little Rain Falling » qu’il prend au chat perché. Il en fait une version bourrée du meilleur feeling blanc. C’est tout de même autre chose que John Mayall. Dernier gros coup, cette cover de « Who Do You Love ». Il la prend à la mine mauvaise, avec un faux air d’Al Capone, ou de Dick Tracy, c’est comme on veut, du moment qu’on a un menton carré et une balafre - Voo doo you lov ? - Il fouette ça au gratté de poux foutraques et tartine par dessus des vieux coups d’harp. Mirobolant !  

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             Pour Mirrors paru deux ans plus tard, il s’offre une pochette psychédélique, mais il ne bascule pas dans le psyché comme Wolf et Muddy. Il reste résolument tourné vers le passé de ses idoles. Sur certains cuts, on retrouve Bloomy et Charlie. En fait, cet album est une compilation, avec une A électrique et une B où il joue seul en s’accompagnant à la gratte. Il tape dans T-Bone avec un très beau « They Call It Stormy Monday ». Il le prend au chat perché. Il faut bien comprendre que le jeune John aura passé sa vie à chercher le feeling absolu, c’est-à-dire la pierre philosophale du blues. Et en l’écoutant, on comprend ce qui s’est passé dans sa tête : il s’est découvert un jour une sorte de facilité vocale, une petite aisance à glisser dans les aigus limpides, alors il a fermé les yeux et a poussé tout naturellement sa voix. Il s’est laissé aller. Complètement aller. Alors il s’est mis à jouer de sa voix comme d’un instrument, en essayant d’en maîtriser la technique. Un peu plus loin, il fait une version superbe du fameux « Keys Of The Highway », signé Big Bill Broonzy. Il n’existe pas de blues plus éclatant à la surface de cette terre. Il prend ensuite « I Just Got Here » en mode slow blues, et Barry Goldberg l’accompagne à l’orgue. Le mec qui joue de la basse sur « Travelling Riverside » s’appelle Jimmy Lewis et on n’entend que lui. En B, il fait son Robert au rossignol de beau merle avec des covers de « Stones In My Passway » et « Walking Blues ». Son « Death Don’t Have Mercy » compte parmi les plus sombres de l’histoire du blues.

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             Sur I Can Tell paru en 1967, le jeune John tape une belle version du « Smokestack Lightning » de Wolf. Il joue le solo et ne prend aucun risque. Il sait respecter la mouvance de la menace perfide instituée par Wolf. Robbie Robertson joue sur cet album gorgé d’hommages superbes à John Lee Hooker (« I’m In The Mood », spectral), à Bo Diddley (« I Can Tell » chanté avec une incroyable largeur d’esprit), à Big Dix (« Spoonful » qu’il chante avec du feeling plein la bouche et plus loin « My Baby Is Sweeter », qu’ils jouent dans une ambiance à la Chicken Shack), à Elmore James (« Coming Home »), à Chucky Chuckah (« Brown Eyed Handsome Man ») et à Little Walter avec l’excellent « You’re So Fine ».

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             Encore un fantastique album avec Sooner Or Later paru en 1968. Le jeune John attaque avec le vieux « Crosscut Saw » qui fut aussi un hit pour Albert King. Il le prend au sérieux et ça devient véritablement énorme. Il tape ensuite dans un cut de Wolf, « How Many More Years », amené à coups d’harp. Le jeune John a une vraie voix, il va chercher le bon raw. Il prend « Shake Your Money Maker » à la sauvage. Puis ça bascule dans le le  boogie dévastateur. Well done, John ! Le « Sugar Mama » qu’il attaque à la suite préfigure celui de Taste. Le jeune John joue ça au max de son animalité. Il devient est l’un des géants du blues. Chaque fois qu’il tape dans un classique, il trouve le bon son et sait placer sa voix. Il attaque la B avec « Nine Below Zero », un heavy blues extraordinairement agressif. Nous voilà confrontés à l’archétype de l’heavy blues. L’harp traîne à l’arrière et le jeune John sort pour l’occasion son plus beau raw. Il sature ses coups d’harp. Il tape plus loin dans l’Evil que Big Dix avait composé pour Wolf : « Evil Is Going On ». Le jeune John le soigne aux petits oignons. On peut lui faire confiance. Il termine sur un monstrueux classique de r’n’b connu comme le loup des steppes, « Don’t Start Me Talking ». Ouch ! Quel album ! 

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             Pour enregistrer Southern Fried, il débarque en 1970 à Muscle Shoals. Eddie Hinton, David Hood et toute la bande accourent au rendez-vous. Dès « Shake For Me » on entend la belle basse de David Hood. Je jeune John a vraiment un faible pour Big Dix, car il tape dans « Don’t Go No Further », et surtout le fantastique « You’ll Be Mine » qu’il transforme en pur hit de juke. Curieusement, l’album est tellement beau qu’il en paraît lisse. Tout est parfait, le choix des cuts, la voix du jeune John et le house-band de Muscle Shoals. Aucun défaut et c’est précisément cet aspect lisse qui peut agacer, ou provoquer une certaine impatience. Le jeune John « sauve » cet album trop parfait avec une reprise magnifique d’un autre hit de Wolf, « I’m Leaving You ». Il tente de revenir à l’heavy stuff hanté de la grande mesure, mais sa cover sonne comme une reprise de Chuck Willis. Trop bien huilée. Il attaque la B avec un beau « Nadine » dont il ralentit le beat histoire de marquer sa différence avec Chucky Chuckah. On se régale du bassmatic transversal de David Hood. Par contre, le jeune John commet une grosse erreur en voulant reprendre « Mystery Train ». Ce classique d’Elvis fait partie des intouchables, tu ne le savais pas, John ?

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             On reste dans les années soixante-dix avec Source Point. Le jeune John est devenu un expert du boogie-blues classique et de l’heavy-comme-pas-deux, comme on le voit avec « Hoo-Doo Blues ». Il chante ça à l’accent sale et sonne comme un vieux black ayant affronté plusieurs fois la mort. Il fait un petit coup de Big Dix avec « Mellow Down Easy », bien cousu de fil blanc, mais il ramène par la bande un petit côté infernal et inspiré, et comme il le fait avec une certaine conviction, ça tourne au voodoo. Il prend ça au carré du menton, un peu à la manière d’Alvin Lee. C’est terrible de génie blanc, et il claque en prime un solo imparable. Il fait aussi une belle cover du « She Moves Me » de Muddy. Il la prend sous les aisselles et l’accompagne à coups d’harp bienveillant. S’ensuit une bonne surprise : « Let’s Get Home » de Pops Staples - On the morning train - Le jeune John joue ça rockab sur un beau choo-choo beat. Puis c’est un nouveau coup de chapeau à Wolf, il le fait avec un infini respect punk. Quant à « My First Plea », c’est vraiment digne de Jimmy Reed, bien sucré et racé, le jeune John le chante à la délectation, encore une fois, il se situe dans le pouvoir du génie blanc. Il termine cet excellent album avec « As The Years Go Passing By », encore un blues racé comme ce n’est pas permis - There’s nothing I can do/ If you leave me to cry - Il chante ça avec une classe insolente - My love will follow you/ As the years go passing by - C’est un absolu de blues inspiré. Le problème avec un mec comme le jeune John, c’est qu’après ce genre d’album, on va attendre de lui des miracles. 

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             Vous voulez des miracles, les gars ? Pas de problème. On en trouve sur I’m Satisfied qui sort un an plus tard. Il ouvre le bal avec « Outside Your Door », chanté avec un feeling infernal et même insupportable de pureté intentionnelle. Ce mec a les mains propres, on ne pourra jamais l’accuser d’avoir voulu tirer profit des vieux nègres édentés et mentalement démolis par l’historique de l’esclavage. C’est vrai qu’il faut toujours se méfier des blancs, ils vont chercher à tirer profit de la moindre chose, mais les nègres, my God, ils en sont parfaitement incapables, parce qu’ils s’en foutent, comme d’ailleurs les Indiens d’Amérique qui ne comprenaient pas qu’on pût vendre la terre. Pour eux, la terre, le ciel, les fleuves, les bois et les nuages appartenaient à tous. Enfin bref. S’ensuit « If You Ever Need A Man ». Il y va le jeune John, il fait ça avec de l’art plein la bouche, on sent le confiné du culte, on sent le petit blanc qui regrette la cruauté de ses ancêtres et qui tente de réparer l’injustice de l’esclavage, mais comment peut-il seulement imaginer que c’est possible ? C’est irréparable. Aussi irréparable que les camps de la mort, sauf que la condition des nègres était encore pire. Oh, c’est sûr, ils n’étaient pas gazés, mais ils devaient travailler leur vie entière pour des patrons blancs dépravés et personne n’a la moindre idée de ce que ça pouvait représenter au quotidien, en termes d’humiliation et de cruauté. Tu te lèves tous les matins avant le lever du soleil et tu vas travailler aux champs, négrillon ! Pas de smartphone ni de facebook ! Pas de syndicat ni de Sécurité sociale, connard ! Pas de RTT ni de vacances aux sports d’hiver ! T’as le museau dans le limon du delta ! T’aimes le blues ? Alors vas-y, ramasse le coton et ferme ta gueule ! On n’en finira plus de touiller l’abjection du système qui a promu le blues. En tous les cas, ces gens-là ont gratté la terre toute leur vie pour rien, et souvent sous les coups de patrons blancs cupides. Bien sûr, on ne va pas s’en prendre au pauvre John qui fait l’impossible pour sonner au plus juste de ce qu’il imagine être le blues, comme on le constate à l’écoute de « Man In The Road ». Le jeune John chante le blues avec un talent avéré. Mais on a quand même envie de lui demander de laisser la place aux vieux nègres édentés et nécessiteux qui ont réussi à survivre par on ne sait quel miracle dans cette effroyable machine à tuer les pauvres que fut - et qu’est encore certainement aujourd’hui - le fameux Deep South. Quand on trempe dans le blues, on est forcément confronté à toutes ces questions. D’évidence, John Hammond s’est posé toutes ces questions. Il a choisi la voie harmonique du talent inverti pour rendre le meilleur hommage possible à tous ces grands clochards nègres, mais c’est insuffisant, car à aucun moment ne se reflète l’abîme dans lequel les ancêtres de tous ces pauvres gens furent précipités. Pour continuer l’écoute de cet album, il faut foutre la paix au jeune John et lui faire confiance. Il attaque un gospel intitulé « I’m Satisfied » et bien évidemment, des petites négresses font les chœurs. Puis il enchaîne avec des boogie-blues dignes de Boogie McCain et boucle avec « From Fear », merveilleuse pièce de blues tardif. C’est vrai que le jeune John soigne son velouté, et on l’admire pour ça. D’autres préféreront admirer Skip James qu’on paya 40 $ pour dix-huit morceaux devenus plus tard des classiques. 

    Signé : Cazengler, John Immonde

    John Hammond. Disparu le 28 février 2026

    John Hammond. John Hammond. Vanguard 1963

    John Hammond. Big City Blues. Vanguard 1964

    John Hammond. So Many Roads. Vanguard 1965

    John Hammond. Country Blues. Vanguard 1965

    John Hammond. Mirrors. Vanguard 1967

    John Hammond. I Can Tell. Atlantic 1967

    John Hammond. Sooner Or Later. Atlantic 1968

    John Hammond. Southern Fried. Atlantic 1970

    John Hammond. Source Point. Columbia 1971

    John Hammond. I’m Satisfied. Columbia 1972

     

    *

             Le problème avec les cercles c’est que ça n’en finit jamais…

    META-METAL

                      Profitons d’une étrange connexion saisonnière entre l’envie d’entreprendre une kronic sur le groupe Ouroboros et la sortie d’un livre  aux éditions des Belles Lettres. Quand j’ai vu l’annonce de sa parution j’ai eu un haut-le-cœur, quoi un ouvrage de Sénèque dont j’ignorais jusqu’à l’existence, je commande illico presto !

    LES DERNIERS JOURS DE L’HUMANITE

    (Intoduction, traduction, notes : JEAN-LOUIS POIRIER)

    (Les Belles-Lettres / Janvier 2026)

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             Le livre fait cent-soixante-dix pages. Rassurons ceux qui n’aiment pas les gros bouquins, le texte de Sénèque ne dépasse pas quinze pages. Je respire, ce n’est pas un texte rare de notre philosophe. Seulement un extrait prélevé dans un de ses ouvrages, livre de plus de trois cents pages intitulé Question Naturelles.

             Le titre n’est pas de Sénèque mais de Jean Poirier. Il joue un peu avec les lecteurs modernes, notre monde sent la guerre, et avec un peu de chance pourquoi pas une apocalypse nucléaire... L’Antiquité ne possédait pas l’arme atomique, mais si toute chose a une fin, une question judicieuse se pose : pourquoi le monde lui aussi n’aurait-il pas une fin… Vaste question, nous ne l’étudierons que sous son aspect historial romain. Les Grecs se sont aussi posés la question : pensez ne serait-ce qu’à la disparition de l’Atlantide exposée dans trois des dialogues de Platon.

             Il est à noter que ce thème renaît au temps d’Auguste, qui fonda l’Imperium Romanum. Les plus grands poëtes de langue latine, Horace, Virgile, Ovide, Lucain, aborderont selon divers éclairages ce thème. A peine l’Imperium est-il né que l’on redoute la fin de l’Imperium… Les chrétiens s’empareront très vite de ce thème : certains historiens datent la rédaction l’Apocalypse de Jean du règne de Néron dont Sénèque fut le précepteur.

             Pour Sénèque la fin du monde n’est pas une hypothèse. Elle reviendra. Il hésite un tant soit peu sur la manière dont cette fin s’effectuera. Il propose   trois versions : un déluge qui noiera la terre, un incendie qui  calcinera toutes formes de vie, un mix des deux. Le mot déluge risque de vous diriger vers l’idée du déluge biblique, fausse piste car il n’y a ni arche ni survivant. Quand il dit déluge, mer montante, fleuves débordants il faut entendre Eau et quand il dit incendie : Feu. Nous voici dans la vision fondatrice des quatre éléments, la Terre n’est pas la catastrophe puisqu’elle subit la catastrophe. L’Air est hors de cause : certes il pousse d’énormes vagues et il attise avec violence les flammes, mais en tant qu’élément subtil, il est avant tout l’agent de liaison des quatre éléments qui permet de s’élever du Feu à l’Ether élément particulier : celui du Divin.

             Si Sénèque pose la fin du monde comme inéluctable, c’est parce qu’il suit l’enseignement du Stoïcisme, vaste sagesse philosophique qui pose les quatre premiers éléments comme participatifs de tout ce qui existe. Le cinquième élément les stoïciens lui donnent le nom de Logos, lui aussi il participe de tout ce qui existe, vous le retrouvez en toute chose dès que vous pensez, dès que vous conceptualisez, n’importe quelle chose du monde. Mais vous ne pouvez vous opposer à l’ordre immuable, au destin du monde. Le Divin, ou l’Ether, ou le Logos, roule sur lui-même, c’est un cycle qui se répète à l’infini, car lorsque le moteur mobile du Divin  a fait un tour lui-même, il s’est accompli parfaitement tout en soumettant le monde à sa propre nécessité cyclique. Le Divin ne peut s’accomplir au-delà de sa propre perfection, d’où la nécessité destinale d’un amoindrissement pivotal du Divin qui arrivé à sa perfection ne peut que recommencer un cycle qui le mènera une nouvelle fois à sa perfection, cette déperdition perfective se traduit  par une conflagration destructrice du monde qui lui aussi repart pour un tour. Le monde revient ainsi chaque fois tel qu’il était dans son tour précédent. Ce que l’on appelle l’Eternel Retour, symbolisé par l’anneau du Serpent qui se dévore lui-même pour rester éternellement lui-même.

             Dans la centaine des pages qui restent Jean-Louis Poirier nous offre une petite anthologie de textes de penseurs qui se sont intéressés à cette problématique. Elle débute par un texte d’Ovide et se termine par des lyrics de… Bob Dylan.

             Une remarque incidente : parmi tous les auteurs cités, l’on rencontre Schopenhauer, philosophe un peu déserté (à tort) par les temps qui courent, mais pas une ligne de Nietzsche le philosophe moderne de l’Eternel Retour, qui a décrit la pensée de l’Eternel Retour comme la pensée la plus lourde.  Une explication à cette absence : l’antiquité a pensé la fin du monde mais a jugé inutile de se focaliser sur le retour du monde. Il est vrai que lorsque nous avons déjà vu un film nous n’avons pas toujours l’envie de le visionner une deuxième fois. Ne connaissons-nous pas déjà la fin de l’intrigue.

             Il en est de même de l’Eternel Retour, certes nous connaissons la fin, mais entre cette fin et ce qui se passera depuis notre propre position sur le cercle, nous n’en savons rien. Peu s’y risquent. A part des auteurs de science-fiction, mais quand on réfléchit à leurs romans, notre réflexion s’infléchit selon le domaine de l’ordre du politique… ce qui nous amène sur un terrain mouvant…

             Il est temps de revenir à Ouroboros.

    GLORIFICATION OF A MYTH

    OUROBOROS

    (NOL / 2011)

    Groupe australien, nous chroniquons leurs deux albums, le dernier date de plus de dix ans, toutefois leur FB et leur Instagram sont de nouveau actifs.  Prépareraient-ils leur retour. Affaire à suivre.

    Michael Conti : bass, backing vovals / David Horgan : drums / Chris Jones : guitar / Evgeny Linnik : vocals / Michail Okrugin : guitare.

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             Quelle couve ! Prodigieuse ! De Colin Maks. L’a déjà réalisé une centaine de pochettes d’album metal, à visiter sur Discogs. Mais celle-ci est son chef-d’œuvre, ne s’est pas donné la peine de représenter l’histoire complète du monde, simplement un torse d’homme, admirez les écailles de sa  peau, je suis sûr que Jim  ‘’King Lizard’’ Morrison aurait adoré, mais l’essentiel n’est pas là car l’absolu est niché dans la bouche d’ombre, ce serpent débordant de ses lèvres, peut-être même est-il en train de l’étouffer, preuve que Le concept d’Eternel Retour est avant tout une parole, un mythe, un logos, car ce que nous sommes incapables d’appréhender en sa propre objectivité nous le saisissons conceptuellement.

     Black hole generator :un summum battérial, ne vous laissent plus en paix, toutes les cinq secondes une floppée instrumentale fond sur vous, pas le temps de remettre vos idées en place dans les neurones, ça tangue de tous les côtés, sont comme des enfants de maternelle à qui lèvera le plus faut la main pour avoir droit à une barre de chocolat, du haché menu, quelle drummerie, c’est un fouillis d’ordres indécent, le vocal grogne dans son coin comme un ours en cage qui médite de sauter sur son soigneur dès qu’il ouvrira la porte. Si vous demandez quel est ce trou noir et ce qu’il est censé générer, la réponse est facile, premièrement c’est vous et le monde, un truc visqueux dont vous êtes l’englobant et l’englobé car que serait la matière sans la conscience de la matière, deuxièmement le trou noir c’est vous, chacun a le sien dans son cerveau, non ce n’est pas le vide absolu, c’est votre vision de la chose dont vous faites partie, ce sont vos

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    solutions à la fameuse interrogation que  Gauguin a magnifié dans son tableau D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?, comme toujours vous répondez : ce n’est pas moi, et vous caftez son nom à la maîtresse, celui d’un Dieu et de toute son histoire, maintenant que vous pouvez vous cacher derrière un nom désormais votre vie ne vous posera plus problème, vous avez trouvé, ou réinventé pour les plus astucieux, un mythe, une mythologie derrière laquelle vous vous sentez protégé. Lashing in the flames : toujours la même marmelade sonique, c’est fou, l’est impossible de compter les moulinets et les breaks, nous avons fait un grand saut en avant, nous étions chez les hommes du néolithique à créer des Dieux animaux et totémiques, à transformer les puissances élémentales en êtres divins personnalisés, en plein milieu du morceau une aubade espagnole à la guitare sèche, en pleine corrida à part que le rouleau compresseur reprend son acharnement colérique, un petit bémol à votre contentement, sur le sable, le taureau au milieu, c’est vous, pas de panique c’est vous et tous les autres, toute l’humanité avec vous, non ce n’est pas un jour de fête, plutôt le dernier jour du monde, ou l’avant-dernier, l’espèce humaine a peu de chance de réchapper à la toute prochaine guerre nucléaire, si vous ne sentez pas les flammes explosives qui s’apprêtent à vous tomber dessus… c’est que vous n’avez pas encore compris que l’espèce humaine (vous en faites partie) s’apprête à appuyer sur le bouton ! Croyances théocratiques se terminent en Apocalypse ! Animal, man, machine : presse-purée riffique, vocal en marche militaire pour énoncer l’évolution animal-homme  et hélas stade  involutoire : machine. Ça pilonne, ça forge, ça bat le fer tant qu’il est chaud, faut du temps pour que l’homme émerge de sa primarité, ensuite la courbe ascendante se précipite en sa propre impasse. Une guitare comme une mouche qui bourdonne, avons-nous vraiment subsumer ce stade, un riff funambule oriental essaie de charmer le serpent qui sommeille en nous, il ne réussit que trop bien, toute montée se résout en pente, nous ne sommes pas encore disparus, mais nous serons dans le wagon de la cinquième extinction. La machine nous remplacera. Sanctuary : nous courrions à la catastrophe et la musique devient rieuse, elle tournoie comme des pantins au bout d’une corde, je suis moi et je ne suis plus moi, je suis un mix intégré, mi-homme-mi-machine, si vous me prenez pour un fou relisez L’île du Docteur Moreau de H. G. Wells le visionnaire, la musique rigole moins, c’est vrai que je suis fou, non pas d’une folie douce ou dure, d’une folie salvatrice, je me suis renié pour mieux m’améliorer, ne serais-je pas en train de devenir un de ces Dieux que j’ai longtemps tant honni. J’ai abandonné mon cadavre sur le rivage, mon esprit machiné survole la mer. Sea to summit : la folie n’était qu’une rémission, le soleil réchauffe les pôles et l’eau monte, la mer recouvre les plus hauts sommets, Ouroboros a choisi son cataclysme parmi les solutions proposées par Sénèque, submersion par l’eau, peut-être restera-t-il une crête  émergeante sur laquelle nous trouverons refuge, la tarentelle orientale se métamorphose en leitmotive salvateur, peut-être survivrons-nous… Serais-je victime d’une de mes obsessions mais le déferlement sonique ressemble à certains passages de Nantucket Sleighride de Mountain, moins d’ampleur romantique mais une technicité augmentée. Disemboled mind : attention ça cahute dur, le feu se joint à l’eau, des anneaux d’Atlantide m’apparaissent, je ne suis pas le seul survivant puisqu’une voix m’appelle, une sorcière ratatinée se tient au pied de mon lit, la marmelade phonique parvient à être en même temps plus lyrique et davantage diffractée comme si le calme se teintait de folie, comme si la folie s’enfuyait de moi, une guitare scie l’aigu riffique, la réalité est-elle en moi ou au-dehors de moi, de qui suis-je le prisonnier de la sorcière, de moi-même, de mes rêves ou de mes cauchemars. Dissolve : accélération rythmique, instant crucial, batterie folle, guitares sous emprise, réaliser le grand-œuvre, tout dissoudre et tout coaguler, alchimie mentale, l’esprit a le pouvoir de disséquer tout phénomène et de réunir les morceaux de chair dionysienne ou osirienne répandue aux quatre coins de mon cerveau assez grand pour contenir le monde en son intégralité, vocal expérimental, tout se passe au niveau du concept, la batterie s’empresse de découdre ce que le vocal essaie de coudre ensemble. Le cycle se répète maintes fois dans ma tête, réussirai-je un jour à tout remettre ensemble ou serais-je attiré par les forces négatives qui ont présidé à la déchéance de l’espèce humaine. Panaceae : une batterie qui piétine sur elle-même, une guitare qui crie et larmoie, existe-t-il un remède universel qui puisse guérir un homme, ne sont-ils pas tous un de mes frères, de la mort. Difficile à  comprendre mon frère ne sera définitivement mort que lorsque je serai mort, la batterie casse du bois, les riffs s’enflamment, le vocal s’empresse auprès des mourant mais c’est celui qui chante qui doit mourir pour tuer la mort de l’autre. Le cataclysme ouroborien n’est-il pas lié à l’intimité de chacun, le macrocosme n’est-il pas que le rêve démesuré et cauchemardesque du microcosme. Un morceau épuré jusqu’à l’os battérial qui rampe à terre pour être au plus près du lieu de recueillement des cadavres. Sur la fin il adopte la semblance de l’effet d’un cataplasme, pour ne pas dire un cataclysme, sur une jambe bois. Edifice to Tyranny : après le drame intime, le drame collectif, la guerre, l’envie, la nécessité, le désir de tuer, la batterie tire à bout portant, mitraillage de riffs, mortal vocat, folie et  complicité des élites, un tableau sombre de la coalescence du politique, des élites et de l’inhumanité. La batterie s’entête peut-être espère-t-elle une autre fin. En vain. Absent from entity : Si vous parvenez jusqu’au bout du monde, ceci n’est pas une hypothèse en l’air, le groupe n’en est-il pas au morceau terminal de son album, il ne se demande pas comme Archytas de Trarente ce qui se passerait s’il lançait une flèche sur la muraille du monde, il se contente d’adapter cette interrogation à lui-même, à sa petite personne, exactement similaire à la vôtre, à la nôtre, se demande en toute simplicité ce qu’il adviendra si arrivé au bout de la folie que se passera-t-il s’il en franchit la dernière limite, sera-t-il encore plus fou ou encore toujours aussi fou qu’avant… une autre manière de se poser cette question un peu plus prosaïque : une fois que j’aurais atteint le bout de ma vie ( = une fois que je serai mort) si je continue à vivre serais-toujours aussi mort ou vivant… Nous sommes ici au moment de rupture élémental de l’Ouroboros, Ouroboros (le groupe) reprend la vision d’Empédocle pour expliquer le serpent ouroboïque : une force élémentale coagulante : l’Eros et une force élémentale dissolvante : l’Arès, qui prennent à tour de rôle le commandement du cycle : organisation-destruction. Le morceau terminal du disque est totalement arestique. Avec les deux précédents il forme un final d’une violence éblouissante, un tsunami intégral qui ravage tout. La terre et vos oreilles.

             A écouter en boucle. Sans fin.

    EMANATIONS

    (NOL / 2015)

    Michael Conti : bass, backing vovals / David Horgan : drums / Chris Jones : guitar / Evgeny Linnil : vocals. + PhilHarmonic Orchestra of Prague.

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             La couve est aussi de la main de Colin Marks. Quel autre peintre ou graphiste aurait pu lui succéder ? Le dessin est de toute beauté mais lorsque l’on le reçoit dans les mirettes sans avoir écouté le disque elle ne s’impose pas d’emblée. Quelle relation avec le titre de l’album, que sont ces émanations et quel rapport entretiennent-elles avec cet arbre. L’on pense à Gatzo, le personnage d’Henri Bosco dans le roman Mon compagnon de songe, qui refuse d’abdiquer sa quête éperdue de l’âme de Hyacinthe, que Cyprien avait dissimulée dans un arbre, mais les Caraques (gitans) ont préféré brûler toute la forêt afin que personne ne puisse la retrouver… Gatzo pense qu’elle n’est pas définitivement évanouie, qu’il pourra la récupérer dans les émanations de la fumée dégagée par l’incendie… L’analogie entre le groupe Ouroboros et le livre de Bosco peut sembler aussi impalpable et fantaisiste que l’objet de la quête de Gatzo, toutefois il est utile pour admettre la folie de Gatzo de comprendre que selon Henri Bosco le songe en tant que voie de connaissance s’inscrit dans la lignée poétique du rêve de Gérard de Nerval

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             Sinon beaucoup plus prosaïquement il suffit d’expliquer que nous assistons à la conflagration terminale d’un des cycles de l’Ouroboros. Beaucoup moins de mystère alors pour cette silhouette d’arbre calciné mise en évidence, n’est-ce pas l’image symbolique de l’Yggdrasil des légendes nordiques à la fin du monde… N’ayez pas peur, sa mort se confondra avec sa renaissance lors du commencement du nouveau cycle… un peu comme le minuit de la pendule indique qu’une journée vient de se terminer et qu’une autre débute…

             Lorsque la forme de cet arbre s’est imposée à mes rétines, mon cerveau a immédiatement entrevu la silhouette de la Semeuse sur les anciennes pièces françaises…  Mais là je vous demande de n’accorder aucun crédit à mes visions phantasmatiques… Un ouroboros financier des banques capitalistes qui gèrent notre monde n’est pas pour me déplaire…

    Scion : le mot n’a rien à voir avec le Sion du dieu biblique, pour faire vite sans entrer dans un cours de jardinage sur l’art de la greffe  nous dirons qu’un scion est une nouvelle branche qui au printemps surgit du bout d’une branche de l’année précédente… juste une image symbolique pour signifier selon le mythe ouroborien, qu’une fois mort, nous renaîtrons pour recommencer notre vie à l’identique des millions de fois car nous mourons aussi des milliers de fois et ce cycle se répètera éternellement… Le texte déclare que l’amour est toute la loi, les lecteurs de nos chroniques sur Aleister Crowley qui reconnaîtront la formule magicke de la Grande Bête, auront tort, cette déclaration est à comprendre comme le corollaire de ce que nous avons expliqué sur Empédocle, voir le dernier morceau précédent qui mettait l’accent sur l’Arès force destructrice, alors qu’ici nous sommes dans l’autre étape, celle de l’Eros force coagulante... : l’humus phonique a changé de nature, l’est comme apaisé et davantage accompli, les samplers de l’orchestre classique apporte une épaisseur voluptueuse, après avoir été roulé durant des siècles dans les turpitudes de la désintégration, l’individu renaît de lui-même, les Dieux l’ont tué, mais le voici Immortel, les Dieux vaincus sont comme morts, ils ont trouvé plus fort qu’eux. Si je suis vainqueur qu’est devenue la mort… The sleep of reason : sommes-nous avant ou après, qu’importe sur le cercle tout moment présent est éternel, le chant comme un chœur de moines, le vocal vindicatif, le Dieu t’appelle, n’es-tu pas un rôdeur stalkérien qui cherches à pénétrer dans la zone pour accéder à la présence qui t’appelle, la batterie comme une reptation de reptile, le cercle lui-même n’est-il pas un serpent,  magnifique scène de film suggérée par l’orchestration classique et le charmeur qui se prend pour le maître du serpent, à moins que ce ne soit le cobra qui soit devenu ton maître, il s’est emparé de ta raison, il a endormi ta vigilance, tu croyais tourner la roue, c’est la roue qui te tourne. Horizons : nos horizons ne sont-ils pas derrière nous dans la bibliothèque d’Alexandrie détruite, nous sommes les fils des mythes véhiculés par la littérature et la philosophie, nous savons qu’il n’y a pas de Dieux, qu’ils sont morts, parfois le rythme se traîne, la lecture de certains textes se révèle difficile, mais le rythme reprend force, car ce qui ne nous a pas tué nous a rendu plus fort, verbiage et persiflage, parfois nous sommes Thiton, l’amant d’Eos, l’aurore aux doigts de rose, qui a obtenu nôtre immortalité mais qui a oublié d’intercéder en faveur de nôtre éternelle jeunesse, notre chlamyde est trouée comme la peau de la panthère de Dionysos est tachetée de  noir, Shelley le poëte n’a-t-il pas écrit que la toute-puissance d’Ozymandias demeure à jamais pour l’éternité dans son tombeau… saurons-nous un jour lors de notre retour marcher vers d’autres horizons… Emanation : tourbillon sonore, dans le grand chaudron de l’univers, beauté des ères que nous traversons, nous en sortons chaque fois plus grand, plus fort, les atomes s’assemblent, nous revivons la formation du monde, nous ne sommes qu’une particule, qu’une minuscule émanation de ce monde et pourtant en même temps nous sommes aussi l’entièreté de ce monde en perpétuelle métamorphose, le monde n’est-il pas le produit de notre conscience, le grand orchestre samplérique prend le commandement et supplante le vocal comme écrasé par le poids de ses paroles révélatrices, nous sommes l’être et le non-être, le Un et le non-Un… Submission : quel rapport entre ce que je suis et ce que je ne suis pas, qui parle, qui écoute, qui ordonne qui obéit, vocal colérique, peut-on fouetter la mort que l’on porte en soi pour la faire reculer, l’esprit n’est-il pas une citadelle vide sur ses parois apparaissent d’étranges peintures à moins que ce ne soit moi que les peintures regardent pour mieux m’effacer … batterie atteinte de folie se précipite dans le néant de ses battements, essayant à chaque instant d’écraser le vide qui sépare deux battements, tout n’est-il pas joué depuis toujours. Catholicon : un air de musique, pour

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    nous rappeler que nous avons vécu des moments inoubliables emplis de haine et de sang, nous avons suivi les ordres du catéchisme, nous étions emplis du rêve de la Divinité, nous nous sentions grands et forts, et au moment de disparaître révoltons-nous contre Dieu et ses anges qui ne nous ont appris que la haine, le morceau est un film à grand spectacle qui se regarde davantage qu’il ne s’écoute, le vocal comme la voix du héros qui se remémore ses exploits et qui au moment de mourir tire la leçon de ses errements.  Benath heaven’s wawes : interminable montée en puissance, le serpent t’offre l’immortalité à l’égal des Dieux, mais cette immortalité ne dure pas toujours, tu ne fais que répéter les échecs de ta vie, oui ta vie est un échec puisque tu finiras par mourir pour mieux renaître, mais tu mourras aussi éternellement, la batterie hésite, l’orchestre console, tempête sous un crâne, si tu veux vivre éternellement tu dois accepter la mort, tu dois te laisser tomber dans l’immortalité infinie de la mort pour accéder à la joie de vivre éternellement, les deux faces d’une même monnaie, l’éternité du serpent est plus longue que l’immortalité des Dieux. Amaranthine : l’acceptation, le choix du néant pour accéder à l’éternité de la vie, la vie amaranthine n’est pas rose mais d’un rouge pourpre plus fort que la mort, des violons pour bercer ton sommeil, s’enfoncer dans la mort comme une troupe guerrière monte à l’assaut, mourir consiste à revenir à l’antiquité originelle de sa propre vie. The amber light : the amber light est bien ambigüe, moment du réveil, une éternité s’est écoulée, tu remues dans ton cercueil, les fantômes de ton passé, les présences de ton existence reviennent, tu t’agites, le serpent a effectué un tour complet et tu tâtonnes dans des bribes de cauchemars, l’orchestre prend son temps, il te laisse le temps de réaliser, même la batterie pour une fois ne pousse pas la rythmique, le vocal émet des grognements d’insatisfaction, tu es debout et tu reprends le chemin, l’éternité du retour pèse-t-il beaucoup plus lourd que l’éternité du départ…

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             Est-ce vraiment reparti pour un tour…

             …

             Tout n’est-il pas perdu de toute éternité… A vous d’en décider. Avec de dernier opus Ouroboros nous offre un double voyage musical, et philosophique. La partition est beaucoup plus riche et variée mais c’est au niveau des lyrics que le groupe fait preuve d’un savoir et d’une qualité d’écriture sans égale.

             Nous surprendront-ils un de ces jours avec une nouvelle œuvre. Je n’en sais rien, mais il ne m’étonne pas qu’après un tel prodige ils aient dû prendre une dizaine d’années pour amortir l’immensité de la tâche accomplie. L’on ne doit pas sortir indemne d’une telle création.

              Damie Chad.

     

    *

    Il y a des filles qui ne vous laissent jamais en paix. Je pensais, ce clair matin du 20 février, en être débarrassée pour un long moment, ne m’étais-je pas la semaine dernière attelé à chroniquer les trois opus qu’elle avait sortis en 2025. Stupeur et tremblements, la première chose que je trouve en rallumant l’ordinateur c’est le nouvel opus offert à la sombre et voluptueuse curiosité du public  ce 18 février 2026. J’ai ressenti comme un souffle froid me parcourir l’échine….

    A PATH PAVED WITH FLICKERING LIGHT

    HECATE’S BREATH

    (Bandcamp / Février 2026)

    El., TS, Ame Severe, Handful of Nails - All Melinoë - Noise, Subliminal Entities.

            Encore moins d’indices que la semaine précédente. Juste une phrase en exergue, un court poème d’Emily Dickinson, et cinq clichés aussi noirs que votre âme. Tout de même un truc marrant, enfin tout est relatif, sur le bandcamp qui annonce la sortie de ce nouvel opus. Juste un lieu de villégiature ou symbolique, le groupe se réclame, le patelin existe, de Quarré-les-Tombes… Seraient-ils des adeptes de la couleur locale, ou alors Balzac, esprit tortueusement génial, avait-il raison d’affirmer que les lieux exercent leur influence sur ceux qui y séjournent… Toujours est-il que l’emblème de la

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     bourgade vaut le déplacement, en haut un bandeau de trois têtes de mores qui rappellent l’écu de la Corse, mais ce sont des chefs de Sarrazins qui n’ont pas pu s’emparer de la ville, était-ce du temps de Charles Martel,  très sinistres sur notre gauche, trois carrés blancs sur un fond noir, serait-ce un rappel fantôme du beauséant des templiers, ou le souvenir des deux mille sarcophages vides exposés depuis des siècles autour de l’église, il en reste moins de deux cents aujourd’hui, de dextre un chêne que nous qualifierons de druidique, trop visible pour être honnête, j’ai l’impression que cette héraldique est d’une facture bien trop moderne…

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             Le souffle d’Hécate semble se mouvoir dans deux directions contradictoires : vers ce qu’il y a de plus menaçant dans notre monde si l’on en croit la traduction du poème de la recluse volontaire d’Amherst, Emily Dickinson (1830-1886), puisque son esprit captait la lointaine présence de toutes choses : « Je l'ai entendu dans les contrées les plus glaciales / Et sur les mers les plus étranges / Pourtant, jamais, dans l'extrême détresse / Il ne m'a demandé une miette. » Par contre la courte question en exergue de l’œuvre Perhaps you've lost your way ? semble empreinte d’une certaine sollicitude. Que vous ferez surtout attention à ne pas confondre avec une sollicitude certaine…

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    Celestial concussions : l’on dit que la maléfique Hécate est la gardienne des portes qui ne doivent surtout pas être ouvertes. Par un mortel évidemment. N’empêche qu’il me plaît de voir en cette sombritude une porte vitrée. L’épaisseur du verre ne permet pas de voir à l’intérieur, mais peut-être aussi à l’extérieur, en tout cas l’ombre pallide qu’elle laisse filtrer me paraît être un aiguillon destiné à satisfaire notre curiosité. Malsaine. Une commotion serait-elle céleste n’en reste pas moins une commotion. Je ne devrais pas le dire, mais je ressens beaucoup de douceur dans ce qui se veut être sûrement une inquiétude, le souffle d’Hécate nous semble marcher sur des ailes de colombe, l’est vrai que j’oubliai la dimension célestéenne du titre, ce n’est point un adjectif qui convient totalement à Hécate, d’ailleurs quels sont ces gratouillements vocaux, mais non il nous semble être encore une fois en train de flotter dans les airs sur des ailes séraphiques, toutefois il est quelques pincées de notes inquiétantes, peut-être une appréhension stupide de ma part. Si c’est du doom ambient, l’on est plus près de l’ambient que du dark doom, laissons-nous porter, nous ne savons où nous atterrirons mais cet envol n’est guère désagréable, même si sur la fin résonnent quelques bruits fantomatiques qui traîneraient un boulet métallique pas du tout pesant… Disoriented psychopompe I & II : beaucoup de gris,

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     mais l’œil est incapable de s’arracher à cette noirceur absolue de lame de guillotine et cette espèce de billot un peu maigrichon qui n’attend plus que la hache tranchante, qu’espérer de cette tache blanchâtre là où normalement devrait coaguler une épaisse flaque de sang noir séché… Un bruit plus léger que celui-ci tu meurs, si ce n’est déjà fait, diable l’on croirait entendre une musique de bal funèbre, troublée par des bruits d’âmes qui n’ont commis que le seul pécher de vivre, orgue ecclésiastique, qui se tait pour laisser place à une présence, serait-ce le passage d’Hermès, le dieu psychopompe, celui qui accompagne les âmes des morts qui descendent vers les sombres Enfers, des bruits sinistres peu encourageants, pas la peine de s’affoler, un peu de calme survient, toutefois vite troublé, mais pas trop, est-ce pour cela que le dieu est dit désorienté, ne sait-il pas encore s’il doit nous emmener  dans les enceintes airainiques du cruel Tartare ou sur l’Île des Bienheureux, pour préparer le Retour, dernières notes en point de suspension, comme quand vous l’on vous bande les yeux pour vous emmener vous ne savez où… Altered contusions : que de blanc ! Oui, mais c’est un mur. Les cloisons n’ont-elles pas été inventées pour vous empêcher de passer, d’aller où vous voulez, vous

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    limiter, en vous-même si elles sont conceptuelles, mais en haut le blanc se perd dans le noir, et en bas la noirceur de ce haut de muraille s’avère si ténébreuse… fermez les yeux, vous êtes cerné ! De quoi vous ficher un coup au moral ! Ce qui vous saute aux oreilles provient de partout et de nulle part, échos de voix angéliques ou démoniques, vous êtes perdu, mais voici que l’on débite du bois, serait-ce pour préparer votre cercueil ou l’échafaud de votre guillotine, intérieure car c’est nous-mêmes qui décidons de notre destin même si nous errons en un étrange labyrinthe dans lequel on entend résonner nos propres pas qui nous conduisent vers une mystérieuse et bruyante machinerie. Terrestrial commotions : une espèce d’échiquier dont toutes les cases sont noires. D’un noir pas vraiment sombre, plutôt infiniment monotone. C’est sûrement le plus terrible, l’on finit par s’habituer à tout. Même plus peur. Aucune stratégie possible, celle de marcher au hasard peut-être… Si l’on n’avait pas percuté dans notre petite tête, le bruit qui fuse est là pour nous faire comprendre que nous avons changé de plan, du céleste nous sommes descendus sur le terrestre, sur le plancher des vaches pour employer une métaphore un peu moins grandiloquente, vous avez des notes qui clopinent et d’autres qui imitent l’eau qui coule du robinet de votre mémoire que vous avez oubliée de fermer, celui de égout intérieurs qui charrie bien des horreurs, des coups de marteau qui se moquent de vous, vous serez bien obligé de vous désaltérer de cette eau sale, quelques notes moqueuses pour vous rappeler que désormais vous ne vous plongerez votre bouche que de cette eau croupie qui charrie l’urine et les excréments de vos rêves. Isolation : noir

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    de chez noir, tout en haut une échancrure noire, indubitablement l’on pense à Verlaine en ses prisons, à la souris rose d’aurore  de l’imagination qui trotte dans votre tête. L’imagination qui fuit, qui chantonne, douçoureusement ce que traduisent les notes sombres et le bruit du trousseau du geôlier, qui n’est que nous-même rappelons-le, un cliquètement monotone rappel de notre présence en ce lieu, en cette petite niche de survie que nous avons édifiée en nous-mêmes malgré la quincaillerie rugueuse de la réalité, l’envol est le plus fort…

             Ce sentier aux lumières clignotantes aura titillé l’esprit de quelques lecteurs, n’avons-nous pas déjà… se demanderont-ils, ils iront vérifier sur la chronique consacrée à Hecate’s Breath la semaine dernière, ils comprendront alors comment ce groupe se joue de nous, il nous repasse les mêmes plats et nous leur trouvons un goût différent, des manipulateurs, une photo, un poème et le tour est joué. Tout dépend non pas de la manière dont vous appréhendez les choses mais dont ils vous les font appréhender. Sont des illusionnistes. Soufflent sur l’eau et vous voyez une chose, vous ressoufflent sur l’eau un peu plus tard : vous voyez une autre chose. Vous regardez votre miroir et vous vous trouvez beau, le lendemain dans le même miroir vous vous jugerez particulièrement laid. Le miroir n’a pas changé, vous non plus, c’est votre regard qui a changé.

             Tout dépend de notre humeur, de l’ambiance du moment répondrez-vous, certes notre esprit toujours en mouvement varie sans cesse, une pensée chasse l’autre, ou conduit à une autre… Votre tour d’ivoire intérieure est-elle si poreuse qu’un souffle venu de l’extérieur puisse la pénétrer et se jouer de vous… Il est vrai que la chienne Hécate qui hurle aux carrefours du monde n’est pas tout à fait n’importe qui ! Pas tout à fait n’importe vous.

    Damie Chad.

     

     

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 726: KR'TNT ! 726 : WHO / COWBOYS FROM OUTERSPACE / SCREAMIN' JAY HAWKINS / M/X / DION LUNADON / HECATE'S BREATH / METALLIAN

     

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 726

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    05 / 03 / 2026

     

     

     WHO / COWBOYS FROM OUTERSPACE

    SCREAMIN' JAY HAWKINS

    M/X / DION LUNADON

    HECATE’S BREATH / METALLIAN

      

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 726

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http ://kr’tnt.hautetfort.com/

     

    The One-offs

     - Who Who oui oui

     

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             S’il est une pochette qui nous faisait loucher à l’époque, c’est bien celle de l’EP Decca des Who, «My Generation» : Moonie, son air ahuri et sa cocarde. Pete Townshend et son blazer Union Jack (que personne n’aurait eu le cran de porter en France). John Entwistle et cette liquette bleue (passée sur un col roulé noir). On ne comprenait pas bien l’utilité des blasons qu’il avait fait coudre sur sa liquette. Et Daltrey qu’on n’aimait déjà pas trop parce qu’on avait entendu dire qu’il cognait la gueule de Moonie. Daltrey-connard dans son petit futal à carreaux et qui faisait tellement pâle figure à côté d’un Moonie fabuleusement déhanché, à sa gauche. Cette pochette foutait le feu à la pampa de ton imaginaire. Souvenir de l’avoir examinée pendant une éternité, au moins aussi longtemps que celle de l’EP «Satisfaction» des Stones (on n’y voyait que le col roulé blanc de Brian Jones. Les autres s’habillaient comme des mecs de Pont-Audemer).

             Quatre titres sur l’EP des Who. Le plus drôle, c’est qu’on n’a jamais écouté les trois autres : focus définitif sur «My Generation» et sur le bégaiement de Daltrey - People try to put us d-d-d-down/ Just because we get around - Et cette promesse plus loin de mourir avant de devenir vieux - Hop’ I’ll die before I get old - Le seul qui a su tenir cette promesse, c’est bien sûr Moonie. Daltrey et Townshend sont toujours là, et comme tous les vieux schnoques, ils ne sont pas jojo. On a le même problème avec la reformation des Pistols. Et dire que t’en as qui vont voir ça en concert...

             Si t’écoute «My Generation» à tire-larigot, ce n’est pas spécialement pour la partie chant. Elle est sympa, mais ce qui fait la puissance du cut, c’est le break de basse que passe The Ox en plein milieu. C’est là que tu entres en religion. Ce break deviendra une obsession religieuse.

             Oh il faudra quelques années pour accéder au niveau spirituel de ce break de basse. Comme pour tout cheminement spirituel, il faut un point de départ. Ce sera une guitare sèche. Sèche parce que pas chère. Et un cahier d’accords pour apprendre les accords. Les  majeurs, les mineurs et les septièmes. Normalement ça suffit pour gratter les trucs que t’as besoin de gratter, comme «Like A Rolling Stone» ou «All Along The Watchtower», ou tous ces trucs des Stones dont on raffolait tous à l’époque, comme «Dead Flowers», «The Under-Assistant West-Coast Promotion Man», et un peu plus tard, le «Changes» de David Bowie, tellement sophistiqué. Puis t’es passé comme tout le monde à l’électrique avec une imitation Les Paul en or, une japonaise qui s’appelait Maya et qui coûtait pas cher. T’avais l’ampli qui coûtait pas cher et la grosse pédale fuzz qui coûtait pas cher. Et boum, tous les soirs en rentrant du boulot, tu grattais «No Fun» et les voisins venaient taper à la porte, alors tu montais le son sur l’ampli. No fun for you and me !

             On allait voir répéter des vagues connaissances, des mecs qui essayaient de faire du Led Zep et du blues électrique. Un jour, leur bassman s’est barré et Jean-Claude, le guitariste, me demande :

             — Tu sais jouer de la basse ?

             — Bah oui. 

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             Il a vite vu que bah non, mais il m’a montré les lignes de basse, et t’apprends assez vite. On a joué ensemble quelques années. Trouvé à l’époque un cahier des tablatures de Jack Casady. C’est une façon d’avancer sur le chemin spirituel. Et un beau jour, tu sors l’EP des Who de la caisse des 45 tours et tu décides d’apprendre à jouer le fameux break de basse qui t’obsède depuis dix ans.

             — Bon d’où c’est qu’y part le pépère ? Ah c’est en Sol et y redescend en Fa.

             Bim bim bim bim bam bam bam ! Ça martèle bien. Ça bouge pas. Couplet, tout le bordel de Daltrey et voilà le moment fatidique. Premier plan.

             — Où c’est qu’y va chercher sa note, l’enfoiré ? Bim ? Bom ? Non, c’est là. Bim bim ! Vaut mieux le prendre en bas du manche. Bim bim bim bim bam bam bam en Sol/Fa sur la corde Ré, oh tu descends sur la corde Sol chercher un Ré, ah putain, c’est enfantin, mais faut le faire groover...

             Tu remontes le plan et tu retombes sur le balancement Sol/Fa. Puis t’attaques le deuxième plan, il monte sur les grosses cordes au-dessus et tu trouves l’astuce, fuck, comme c’est bien foutu, tu le chantes pour le jouer, mais tu sais que tu vas y passer des heures pour que ça coule de source. Tu repars sur le balancement Sol/Fa pour chercher le troisième plan, dans les gras, avec une variante. C’est compliqué à jouer au médiator, The Ox claquait tout aux quatre doigts. Et sur le quatrième plan, t’es baisé, parce qu’il tagadate ses notes à quatre doigts et toi t’as l’air d’un con avec ton médiator, alors tu demandes à Dieu de te pardonner d’esquinter ce substrat de la quintessence divine, et il te pardonne. Bim bim bim bim bam bam bam !

    Signé : Cazengler, Whogarou

    The Who. My Generation/La La La Lies/ The Ox/Much Too Much. Decca 1966

     

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    L’avenir du rock

     - Un Outerspace qui porte bien son nom

    (Part Three)

     

             C’est pour des besoins bassement matériels que l’avenir du rock retourne régulièrement dans le Colorado. Il a besoin d’alimenter sa rubrique, aussi va-t-il chercher l’inspiration auprès de son vieil ami Jeremiah Johnson. C’est l’hiver. Tout est blanc et silencieux. Il franchit un col et aperçoit au loin un filet de fumée. «Ah ça ne peut être que lui !», lance l’avenir du rock d’un ton jovial, et il éperonne sa mule. Il sait que Jeremiah Johnson adore pique-niquer au milieu de nulle part. Il arrive à l’orée d’un petit bois. Jeremiah Johnson est là, avec des dizaines de flèches plantées dans le dos et son sourire de superstar. Mais il n’est pas seul. Quelle curieuse compagnie !

             — T’arrive au bon moment, avenir du rock ! C’est l’apéro !

             Il sort un litre de pastis gelé de la sacoche de son cheval et casse la bouteille d’un coup de crosse. Il casse ensuite un glaçon de pastis et le tend à l’avenir du rock :

             — Tiens, suce !  

             — Qui sont ces gens, Jeremiah ?

             L’avenir du rock désigne du doigt les étranges créatures installées autour du feu et auxquelles Jeremiah distribue des glaçons de pastis.

             — Ce sont les Crows From Outerspace...

             L’avenir du rock comprend mieux. Les créatures sont conformes à l’idée qu’on se fait des extraterrestres : ils sont verts, avec des pustules gélatineuses et des tentacules, ils poussent des borborygmes et semblent bien s’amuser. Les glaçons de pastis ont même l’air de faire leur petit effet. L’un deux lève son tentacule pour réclamer une rincette. Alors Jeremiah sort une autre bouteille gelée de sa sacoche.

             — Dis voir, Jeremiah, pourquoi tu les appelles les Crows From Outerspace ?

             — Parce qu’il sont aussi cons que les Crows ! Quand ils seront rôtis, ils vont fabriquer un arc pour me tirer des flèches dans le dos. Ça les fait marrer.

             — C’est pas pour dire, Jeremiah, mais au fond je préfère nettement les Cowboys From Outerspace.

     

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             Et nous aussi, Jeremiah, on préfère nettement les Cowboys From Outerspace. On peut même dire qu’on en raffole. Et ce depuis plus de 20 ans, depuis Choke Full Of. Car chez les Cowboys, t’as une outrance que tu ne retrouves nulle par ailleurs, sauf chez Jeffrey Lee Pierce, chez les Drones de Gareth Liddiard, chez les Beasts de Tex Perkins ou les Chrome Cranks de Peter Aaron. Michel Basly tape exactement dans le même registre, dans l’outrance du trash-blues, dans la démesure du throw-it up, telle que définie en son temps par Jeffrey Lee Pierce avec «Death Party» et «She’s Like Heroin To Me», on pourrait même citer tous les cuts du premier Gun Club. C’est

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    inespéré d’entendre aujourd’hui encore l’écho de cette fournaise. Les Cowboys sont les derniers à porter la flamme sacrée de la Guerre du Feu, comme l’ont portée avant eux tous ces cracks du boum-hue que sont les Cheater Slicks, le ‘68 Comeback de Monsieur Jeffrey Evans, Jon Spencer et tous ces groupes faramineux qu’on trouve sur l’In The Red du mighty Larry Hardy. Et qu’on retrouvait aussi sur le Nova Express de l’hyper-mighty Lucas Trouble.

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             Si on était en Angleterre, on qualifierait le style des Cowboys d’«utter fucked-up trash-punk blues». Mais on est en France, alors on peut tout bêtement les qualifier de bulldozer, ils te bulldozent ta dose, ils t’endossent le bulbe, ils te dé-bullshittent la mise, ils t’artémisent le bol, ils t’embuent la misaine, ils t’arsouillent le bilboquet, t’en avais bien besoin. En vrais bulldozers, ils passent partout, ils ratiboisent et ils déboisent,

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      c’est Attila et ses Attilettes, t’as intérêt à garer ta mobylette, et puis tu comprends vite que c’est pas un rock de demi-portions, planque ta misère, fous tes Led Zep et tes fucking Pink Floyd à la poubelle, c’est le moment de prendre un nouveau départ, amigo. Les Cowboys ont tout en magasin, le very-Big Atmospherix du désespoir («Lost Men Blues»), la valse à trois temps, et puis au coin du bois, tu vois Michel Basly gratter

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    un thème rockab («Favorite Rock’n’Roll Band») qui remet bien toutes les pendules au carré. C’est comme s’il pouvait tout se permettre. Et puis il adore faire dérailler le TGV du garage-punk («Black Haired Cocktail») et battre tous les records de destruction massive avec «Dancin’ Machine». T’as beau connaître tous ces cuts, t’es bluffé par la démesure du chant, t’es affolé par la mise en place, par l’extrême pertinence de son lard fumant, par l’assise du son qui sort de ce vieil ampli Fender défoncé et éculé par tant d’abus. Quand il gratte ses poux, c’est pour foutre le feu à la pampa. Et puis t’as les cuts du nouvel album, Spaceship To Nowhere.

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             Celui qui va te coller au mur, c’est «The Love Song». Complètement fucked-up. Point névralgique du set, mais aussi de l’album. Basly hurle par-dessus les toits. C’est magnifique ! Il chauffe à blanc, au white light white heat, il chante à la hurlette de Hurlevent, la pire de toutes. T’as pas ça ailleurs en France, Pas la peine de chercher. T’avais ça uniquement chez Jeffrey Lee Pierce et les deux ou trois screamers pré-cités.

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    En piochant dans les notes au dos de la pochette, tu découvres que Lo’ Spider a produit l’album. Lo’ et le Kaiser sont les seuls capables de capturer l’énergie des Cowboys pour la sublimer. Sur l’album, t’as aussi du classic badaboum battu à la dure («Spaceship To Love»), et t’as toujours l’heavy heartbeat du big Bazile Gonzalez, fantastique dérouleur de basslines. Il joue tout au doigt. La voix de Michel Basly est prise dans le son, c’est un son plus caverneux, bien swamplandish. Ta raison va encore vaciller avec «I Won’t Fly». Basly torture longuement son solo seventies, ça goutte de pus et ça reste diablement atmosphérique. Puis il monte «Breathe» en mode Dust My Blues, pour une wild partie de boogie down. Ah ça déboule ! C’est le deuxième cut du set et on a vu de nos yeux vu les colonnes du temple danser le twist. En B, «Better Man» est hanté par l’un de ces solos qui n’en finissent plus d’agoniser au crépuscule. Et ils repassent aussi sec à l’hot as hell avec «Get Crazy». T’as là-dedans un killer solo flash qui crève l’œil du cyclope. Encore un point chaud du set ! «As Cool As I Am» sonne un brin rockab, c’est très sophistiqué, ça file à fière allure et t’es frappé par cette façon que les Cowboys ont de renaître en plein élan ! Ils regagnent tous les trois la sortie avec une cover de «Goodbye Johnny», nettement plus lourde que celle tapée sur scène. Encore un cut qui agonise dans tes bras. C’est hanté, complètement hanté. Fantastique hommage. Michel Basly et Kid Congo sont les derniers à savoir rendre de tels hommages. 

    Signé : Cazengler, cobaye from outerspace

    Cowboys From Outerspace. Le Fury Défendu. Rouen (76). 18 février 2026

    Cowboys From Outerspace. Spaceship To Nowhere. Lollipop Records 2025

     

     

    Wizards & True Stars

    - Maman Jay peur !

    (Part Two) 

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             En 1980, Keef demande à Jay d’ouvrir pour les Stones au Madison Square Garden. Puis Ginny sa barre après vingt de vie commune - She just got fed up - Jay va se remarier quatre fois. Dans un docu, Jay dit : «My second mariage was to a Filipino from the Philippines, That didn’t work. The third mariage was a black girl from Guadalupe. The next time I married, it was a Japasese girl from Tokyo. The next time I married, it was a French girl.»

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             Jay enregistre Real Life à Paris en 1983 avec Larry Martin (guitare), Zox (basse) et un accordéoniste qu’on entend surtout sur «Deep In Love». Puis il chante en Français sur «Get Down In France». Il raconte n’importe quoi - Get down mademoiselle ! Madame ! Do it ! - C’est monté sur un beat têtu comme un âne, Jay fait tout à l’interjection - Do it ! Get down ! Move Around ! - Il ressuscite en B son vieux «Feast Of The Mau Mau», il y fait Jay the baboon, et il passe en force son «Poor Folks» sur une valse à trois temps. Il termine par une nouvelle version de «Constipation Blues» encore plus ‘lumineuse’ que celle de What That Is - I got a pain down inside/ Everytime I try/ I can’t get satisfied - Alors il va jusqu’à la victoire finale, let it go ! Prout ! Il est hilarant. Il est le seul au monde à savoir pousser derrière un micro, uuuhharhhhh, tout en couinant des p’tis cris d’orfraie, et tu te marres à chaque fois que tu l’entends lâcher les gaz. Prout prout ! 

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             Puis Jay rencontre Rudi Protrudi des Fuzztones, qui le branche sur Midnight Records, le label de JD Martignon, un Français installé à New York. Martignon sort un Live de Screamin’ Jay Hawkins & The Fuzztones. Jay le harcelle pour lui soutirer du blé, mais Martignon n’a pas un rond. Le Live avec Fuzztones est un mini-album 4 titres, et dès «Alligator Wine», Jay screame son scream out ! Il surpasse tout ce qui a été fait en matière de scream. Il screame encore le because you’re miiiiine d’«I Put A Spell On You», et en B, il attaque un nouveau cut, «It’s That Time Again», après avoir présenté Henry et les Fuzztones. C’est un gros boogie avec du solo de fuzz sur la fin. Puis arrive le prout final avec «Constipation Blues», oumpfff, il pousse, prrrrrr, prrrrrr, il y va au let it go et il nous sert sur un plateau d’argent le summum de la pétomanie screameuse extrême.

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             Bergsman évoque aussi une bagarre entre Jay et Esquerita, à propos d’une vieille histoire de dette. Jay sort un cran et Esquerita brandit une bouteille cassée. Le sang gicle. Jay en a marre des conneries d’Esquerita, alors il lui décoche un crochet du gauche «to the side of his head, knocked him out cold. End of fight.» Rudi raconte aussi que Jay et Esquerita ont passé du temps ensemble au ballon - According to Jay, he had to beat the shit out of Esquerita because he was a fucking queer. Chez Jay, tout est drôle, même les histoires de ballon.

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             Il existe un live enregistré au Méridien de la Porte Maillot : Live & Crazy. Jay avertit le public : «Tonight we’re part of the history. We’re doing a record ! Marci bûcouuuuu !» Et il annonce a song from a very good friend, Mr Lloyd Price : «Lawdy Miss Claudy». Et comme dans tous les albums live, t’a le solo de gratte et le solo de sax. Il pousse ses cris habituels dans «The Whammy», dans «Hong Kong», et dans «Alligator Wine» - Don’t be afraid to be an animal/ Because that’s what love is all about - Il fout le paquet sur son vieux «Put A Spell On You», et plus loin, sur l’imbattable «Constipation Blues», un vrai festival de prout-prout, ça rigole bien au Méridien, prrrrrrr splashhhh, I think it’s gonna be alright ! Puis il remercie les Parisiens, marci bôcouuuu ! Marci môsieuh !  T’es plié de rire.

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             En 1989, Jay tourne Mystery Train avec Jarmush. Il y joue le rôle du night clerck at the Arcade Hotel, et Cinqué Lee (petit frère de Spike Lee) joue le rôle du bellboy. Ils observent une prune que Jay finira par avaler. Grâce à Jarmush, la situation financière de Jay s’améliore et il achète une maison à Los Angeles. Mais il a des problèmes financiers et il largue tout pour aller s’installer en France, avec Colette, qu’il épouse. Il a 30 ans de plus qu’elle. Leur mariage dure trois ans, de 1992 à 1995. Jay est resté très attaché à la France. L’un de ses meilleurs amis n’est autre que Gainsbarre, auteur d’Evguénie Sokolov, l’histoire d’un peintre pétomane. Gainsbarre et Jay font une version de «Constipation Blues» pour un show télé.

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             Pourquoi faut-il écouter Black Music For White People ? Pour trois raisons essentielles. Un, une cover de l’«I Hear You Knockin’» de Smiley Lewis rendue célèbre par Dave Edmunds. Jay bouffe l’Edmunds tout cru. Crouch crouch ! Deux, la revisitation d’«Ol’ Man River», il y fait un vrai numéro de cirque. Et trois, «Strokin’», un heavy funk, et là le Jay devient fou. Il joue avec le funk comme on joue avec le feu. Jay est un prince clownesque, un imbattable - I’m strokin’ to the East/ I’m strokin’ to the West ! Have you ever made love before breakfast ? - Il mène le bal, il groove son scream to the East et to the West -Did you make love yesterday?/ Did you make love last week? - Il déraille pour le meilleur du pire, sa voix s’éraille à merveille - I won’t stop until she’s satisfied - Jay est l’un des cracks du siècle, ce Stockin’ couronne sa légende. Sur cet album, il fait aussi une version diskö d’«I Put A Spell On You». 

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             I Shake My Stick At You est un album attachant. Jay est bien accompagné, notamment sur «Because Of You», un fast jump. Avec l’extraverti de service, ça fait des étincelles. Jay allie l’énergie subliminale à la fantaisie du Grand Guignol. Avec «Don’t Fool With Me», il passe à l’heavy groove. Il est magnifiquement accompagné : poux et sax sont saignants, alors Jay screame de toute son âme. Il monte «Furburger» sur le tempo d’«High Heel Sneakers», et à la fin, il ramène son cirque de scream extrême. Il emmène encore «Cookie Time» au scream extrême. Il bat tous les records du scream. Les cuts sont longs et souvent sans valeur ajoutée, mais si on attend la fin, on entend Jay screamer comme un démon. Il termine avec un «Rock Australia Rock» monté sur un beat tribal, il le chauffe à blanc et bascule dans le primitif. C’est assez demented.

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             Sur Cow Fingers & Mosquito Pie, on retrouve 8 cuts d’At Home With Screamin’ Jay Hawkins et des chutes de session OKeh. Qu’importe, ça reste un bonheur que d’écouter le vieux clown : «Little Demon», classic Jay monté sur un beat rockab. En bon cannibale, il bouffe «You Made Me Love You (I Didn’t Want To Do)» tout cru. T’en peux plus de rigoler avec «Hong Kong», et on lui déroule le tapis rouge sur «I Love Paris», il ramène les Mau Mau à Paris. Il est le roi des iconoclastes. Il prend son «Alligator Wine» de haut, eh eh, et fait l’opéra de la Soul avec «Temptation».

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             Le stand-out track de Stone Crazy paru en 1993 est une cover de Wolf, «Who’s Been Talking». Un géant salue un autre géant. Très impressionnant, d’autant qu’un certain Michael Keneally joue des plans de gratte vertigineux. Jay revient à son vieux jump de type Leiber & Stoller avec «I Don’t Know». Il y singe le Riot In Cellar Block #9. Et quand on l’entend chanter «I Beleive To My Soul», on voit qu’il maîtrise bien le genre. Plentiful of Jay ! Il croque toute la black à pleines dents. Son terrain de prédilection reste bel et bien le comedy act. Dans «Last Saturday Night», il raconte qu’il rentre bourré chez lui et qu’il trouve une tête dans son lit. C’est la tête de sa femme. En B, il appelle le plombier («Call The Plumber») et passe au heavy romp d’High Heel Sneakers avec «I Wanna Know». Fantastique romper !

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             Enregistré en 1994, Somethin’ Funny Goin’ On ne sort pas du rang. Jay est bien accompagné, le guitariste s’appelle Buddy Blue et le morceau titre est un heavy boogie, donc pas de problème pour Jay qui le bouffe tout cru. Sur «Rock The House», il a des chœurs en call & response - Rock the hall ! Everybody ! -  et il fout le feu à son boogie dans «Give It A Break» à coups de bye bye love. Et il profite de «You Make Me Sick» pour pousser des hurlements d’hérétique travaillé au fer rouge par le Grand Inquisiteur espagnol, ammmhhhh, ooohhhhh, et il pète un coup pour briser le pathos des caves maudites.  

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             Au dos d’At Last, Jay porte des bagues à tous les doigts. Et dès «Listen», il sort le grand jeu, avec des cris de martien. Jim Dickinson produit cet album enregistré à Memphis, chez Sam Phillips. Roland Janes est l’ingé-son. David Hood et Roger Hawkins sont en studio. Jay pète et fait le con, il fait la basse-cour et prout-proute à gogo. Ah qu’est-ce qu’ils ont dû se marrer dans le studio d’Uncle Sam ! Jay tape dans le blues avec «Pot Luck». Pour cet heavy blues, il retrouve la stature de Jerry Lee. Il parle de lui, comme le fait Jerry Lee. Il parle aussi d’alligators et même de crocodiles. Il grogne comme Bobby Bland - I’ll put my spell on you/ I’ll turn you in a three legged kangaroo - et il devient fou, alors il grogne et il pète à tire-larigot. On a aussi un «Deceived» joué à la ballade expéditive. C’est un extraordinaire numéro de Roger Hawkins. Ça solote de partout, guitare puis sax, Jay est tellement content qu’il pousse des cris de bête. On a encore du balladif tapageur emmené à train d’enfer avec «Shut Your Mouth When You Sneeze». Il y a du Kurt Weil en Jay, c’est évident. Il se passe aussi des choses extraordinaires dans «You Want Love». Frank Ash part en solo dans les coups de sax de Jim Spake, et Jay hurle - baby I’m your man like the wind and the sand - Dickinson finit ça au piano. Avec «Make Me Happy», Jay fait le blues de gospel définitif. Il peut hurler dans le blues et faire son prêcheur fou - Don’t tell me no more lies - et il finit avec une version trash d’«I Shot The Sheriff». Wild as fuck ! Ça bat tous les records !

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             L’année suivante sort sur Last Call un fabuleux Live At The Olympia, un double CD bourré de Jay, un Jay qui n’en finit plus que remercier les Français, marci ! Marci bôcouuuuu ! On l’entend screamer comme une bête sur «Don’t Love You No More» et t’entends de très beaux solos à rallonges de Frank Ash. Marci ! Marci bôcouuuuu ! Ash allume encore le «Pretty Girl’s Everywhere» qui suit. Le mec au sax est aussi un vrai crack, il s’appelle Didier Marty et Jay n’en finit plus de réclamer du rab, one more ! Pas de surprise sur l’ensemble, Jay enfile tous ses vieux classiques comme des perles et les versions sont souvent à rallonges. Il fait de l’opéra sur «I’ll Be There» - When you’re blue/ Call me/ I’ll Be there - Et il attaque le disk 2 avec «Bite It», marci ! Marci bôcouuuuu ! Et pouf, voilà «Constipation Blues». Tu risques l’overdose de prout. C’est la première fois qu’on prout-proute à l’Olympia. Jay s’amuse bien avec «What’d I Say» et il part en délire booga booga avec «Alligator Wine». Il redevient le screamer extrême que l’on sait avec «I Put A Spell On You», marci ! Marci bôcouuuuu !, il shake le «Shout» des Isleys, marci ! Marci bôcouuuuu !, et adresse un gros clin d’œil à Fatsy avec «Please Don’t Leave Me», woh-oh-oh-oh et ça répond. Marci ! Marci bôcouuuuu !. Puis voilà la conclusion suprême, «Goodnight Sweetheart» : «My name is Screamin’ Jay Hawkins ! Thank you !

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             Les fans de Jay peuvent s’offrir The Singles 1954-1957, une compile parue en 2011 sur Rumble. On y retrouve des tas de choses connues comme «Baptize Me In Wine» ou «Please Try To Understand». Il reste très vieille école, allant du jump de big band au heavy balladif gluant. On voit qu’il crée un genre avec «(She Put The) Whammee (On Me)» : l’horror rock voodoo de train fantôme. Il propose en B un «Talk About Me» de thé dansant, très plaisant, un peu désuet, puis «Little Demon», un petit rock bien saxé et c’est avec «Frenzy» qu’il salue la compagnie.

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             S’il fallait emmener un Screamin’ Jay sur l’île déserte, ce serait bien sûr le Screamin’ Jay Rocks de Bear. Car là t’as tout, l’early Jay déjà dangereusement extraverti («Little Demon»), l’heavy shouter de jump, aussi puissant que Jerry Lee («In My Front Room», le pire raw de tous les temps, il finit en cannibale), l’écrabouilleur de wahhhhh («This Is All», raw à l’extrême), le screamer ultime («[She Put The] Wamee [On me]», il screame dans la glaire), le roi de l’heavy blues («I Is», oh yeah I is), le bouffeur de jump («You Ain’t Foolin’ Me», il croque les os du jump, crounch crounch), le virtuose du bllllllllbllllllll («Frenzy»), l’homme de la jungle («Alligator Wine»), le fou dangereux («The Whammy», il te screame ça jusqu’à l’oss de l’ass), le primitif explosif («All Night», il fait son cannibale, il renifle), et le roi du raw, le pire raw de l’histoire raw («Please Don’t Leave Me», il fait monter le who-oh-oh et les chœurs suivent, quel cirque !). Jay et Jerry Lee : le blanc et le noir. Là t’as tout.

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             La fin de l’histoire de Jay est nettement moins drôle. La fameuse Monique... L’Africaine...Jay habite à un étage et elle à un autre. En l’an 2000, Jay a 70 balais. Il a la trouille de Monique. Il appelle Colette pour lui dire qu’à chaque fois que Monique lui prépare la gamelle, il est malade comme un chien. Rudi : «I do know that one person in his band insinuated that Monique killed him.» Jay arrive à l’hosto avec un blocage intestinal et il casse sa pipe en bois aussi sec. T’as plus qu’à sortir ton mouchoir.

    Signé : Cazengler, Cognac Jay

    Screamin’ Jay Hawkins. Real Life. Zeta 1983

    Screamin’ Jay Hawkins & The Fuzztones. Live. Midnight Records 1985

    Screamin’ Jay Hawkins. Live & Crazy. Blue Phoenix 1989

    Screamin’ Jay Hawkins. Black Music For White People. Bizarre/Straight/Planet 1991

    Screamin’ Jay Hawkins. Cow Fingers & Mosquito Pie. Epic 1991

    Screamin’ Jay Hawkins. I Shake My Stick At You. Aim 1991

    Screamin’ Jay Hawkins. Stone Crazy. Bizarre/Straight/Planet 1993

    Screamin’ Jay Hawkins. Somethin’ Funny Goin’ On. Bizarre/Straight/Planet 1994

    Screamin’ Jay Hawkins. At Last. Last Call Records 1998

    Screamin’ Jay Hawkins. Live At The Olympia Paris 1998. Last Call Records 1999

    Screamin’ Jay Hawkins. Screamin’ Jay Rocks. Bear Family Records 2008

    Screamin’ Jay Hawkins. The Singles 1954-1957. Rumble Records 2011

    Steve Bergsman. I Put A Spell On You : The Bizarre Life Of Screamin’ Jay Hawkins. Feral House 2019

     

     

    L'avenir du rock

     - M/X file

     

             Afin d’explorer les frontières de la métaphysique contemporaine, Jacques Sans-Sel reçoit une fois encore l’avenir du rock. D’une voix théâtralement grave, il ouvre son Bal des Naze :

             — Avenir du rock, votre rupture avec la scolastique universitaire n’est-elle pas anachronique ?

             — Nique ta mère...

             — Pardon ?

             — J’t’ai dit : nique ta mère.

             Aguerri, Jacques Sans-Sel reprend aussitôt. Il se sent même galvanisé par l’écueil sur lequel vient de s’échouer son radio show.

             — Vos admirateurs ont noté votre ralliement au système cosmologique copernicien. Comment pourriez-vous justifier un tel ralliement ?

             — M’en branle

             — Pardon ?

             — Ralliement/M’en branle.

             Excité, Jacques Sans-Sel desserre son nœud de cravate. Ça faisait une éternité qu’il n’était pas tombé sur un os pareil. Voilà enfin un invité qui dit vraiment ce qu’il pense ! Wouah !

             — Pourquoi vous acharnez-vous à détruire le dogmatisme, avenir du rock ?

             — Wanna be your dog.

             — Pardon ?

             — Wanna be your dogmastisme !

             Jacques Sans-Sel entre en transe. Il sent qu’on a dépassé les frontières de la métaphysique contemporaine, il exulte, il transpire. D’une voix chevrotante, il pose une dernière question :

             — Quel message souhaitez-vous transmette au genre humain, avenir du troc ?

             — M/X !

     

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             Nouveau jackpot à la grande loterie du rock : M/X. T’en reviens pas de tomber sur un groupe inconnu aussi bon. Ce p’tit power trio vient tout de droit de Bristol,

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    deux p’tites gonzesses et un p’tit mec. La p’tite Mimi Edwards n’a pas l’air comme ça, mais elle bat un sacré beurre, dans la prestigieuse tradition des grands batteurs anglais, elle peut battre heavy et rouler jeunesse. La p’tite Liv Allen gratte une SG avec

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    un ferveur incontestable, au point que t’as du mal à la quitter des yeux. Pur rock’n’roll animal ! Et au milieu t’as le p’tit Max Pickering qui rue dans ses brancards avec une autorité disturbante. Il a tout : le look et la vraie voix. Il a tous les atours et les pourtours d’une rockstar. Vers la fin du set, il va même gratter un peu de basse.

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    Les trois M/X proposent une formule explosive enracinée dans la noise-punk anglaise, un webzine anglais les qualifie de DIY punk-rock trio, mais ça va beaucoup plus loin que ça, car ils ont des chansons, notamment cette bombe atomique nommée «Pavlov» qu’ils claquent en début de set. T’es hooké aussi sec. Dès Pavlov, tu piges tout. T’es ahuri par le niveau de ce trio qui tombe du ciel et tu vois la p’tite Liv trépigner comme une espèce d’AC/DC dans son coin, elle frétille et elle exulte, elle bouillonne et elle beugle, elle gratte et elle rue, elle te goinfre de good vibes, elle semble exploser de bonheur, tout ce qu’elle gratte est minimal et foutrement efficace. Tu vois rarement trois énergies se combiner aussi merveilleusement. Ils enfilent leurs cuts comme des perles, tu tends l’oreille car c’est très écrit. C’est très Fall dans l’esprit. Ils ont du

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    contenu dans le contenant. Sur «Momma», la p’tite Liv gratte des accords de énième diminuée qui te montent droit au cerveau. Ils font basculer leur Momma dans un abîme de noise anglaise. C’est à peu près le seul cut calme du set et aussi le plus fascinant. Toute cette effervescence impressionne. Le parallèle avec The Fall n’est pas exagéré. Ils y vont au nothing to lose, à la va-comme-je-te-pousse, au here-we-go permanent, ils ne connaissent ni le mot ‘répit’, ni le mot ‘calmos’, leur truc c’est de redonner vie au rock anglais. Pan a encore frappé.

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    Signé : Cazengler, classé X

    M/X. Le Trois Pièces. Rouen (76). 12 février 2026

    Concert Braincrushing

     

     

    L’avenir du rock

     - Nom de Dion !

             Boule et Bill déboulent au bar. L’avenir du rock les salue d’un hochement de tête. Pas question de se salir les mains. Boule rire son premier boulet :

             — Y boit quoâ, l’avenir du froc ?

             Bill répond :

             — On dirait bien qu’y boit une mousse, Boule...

             S’ensuit une minute de silence. Bill la brise :

             — Y paierait-y pas sa mousse, c’te gros égoïsse ?

             L’avenir du rock ne s’abaisse pas à répondre. Il les connaît par cœur. Ils vont s’épuiser la cervelle en cinq minutes. Agacé par le silence méprisant de l’avenir du rock, Boule reprend d’un ton menaçant :

             — L’est pas très charitable, l’avenir du troc !

             À quoi Bill ajoute :

             — L’est aussi chrétien qu’un ch’veu sur la têt’ à Mathieu !

             Et Boule de surenchérir :

             — Doit pas aller souvent à la messe, l’avenir d’mes deux !

             — Tu crois qu’y croit en queck’chose, c’te gros égoïsse ?

             — Chais pas, Bill, ça m’a pas l’air, faut lui d’mander...

             — Alors avenir du broc, tu crois-ty en queck’chose ?

             Excédé, Boule monte d’un ton :

             — Tu crois en qui, avenir de mes couilles, en nallah, en bouddah, en Zeusse ? Tu crois-ty au père Noël ?

             — Boule, j’te parie cent boules qu’y l’est assez con pour croire en Dieu !

             Pas question de rater une occasion pareille. L’avenir du rock éclate de rire :

             — Pas en Dieu, Bill, mais en Dion.

             Les deux autres sont sidérés. Tout ça pour en arriver là ! L’avenir du rock, ajoute, en levant un doigt expert :

             — Attention les gars, je parle de Dion Lunadon, et non de Dion DiMucci. C’est pas la même boutique !

     

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             On gardait un bon souvenir de Dion Lunadon. Il avait su ramener un peu d’In The Red dans la prog dramatiquement melbournisée du festival de Binic. On peut même dire que cette année-là (2024), avec ses anciens collègue d’A Place To Bury Strangers, ils avaient sauvé ce pauvre festival en perdition. In The Red c’est pas de la gnognotte, c’est une école de pensée, au même titre que Crypt, Norton, Estrus et Sympathy For The Record Industry, ces gens-là ont initié une véritable révolution permanente avec des racines qui plongent dans le garage-punk des sixties. Dion Lunadon a sorti deux albums sur In The Red, et ce n’est pas un hasard s’il ouvre pour la nouvelle coqueluche du label, Des Demonas. On ne peut pas imaginer meilleure prestance de la cohérence. Par les temps qui courent, un label comme In The Red est devenu essentiel à la survie des cervelles.

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             Dion Lunadon ramène avec lui le fantôme de Dominique Laboubée. Il ramène aussi cette chaîne phosphorescente dont on ne comprend pas l’intérêt. Mais bon, il aime bien faire le con avec sa chaîne. Il l’exhibe d’ailleurs que la pochette de Systems Edge. Comme le fantôme de Dominique, il porte du cuir noir. Il gratte une SG blanche éculée par des tas d’abus, et à sa droite se dresse un fabuleux bassman japonais. Celui-ci nous dira d’ailleurs après le set qu’il a failli être embauché par Guitar Wolf. Pas surprenant : allure de rockstar, joli son, énorme présence scénique, il a tout simplement volé le show.

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             Et quel show, amigo ! Ils sont nettement plus hot au club que sur la grande scène de Binic. C’est toujours une erreur que de programmer des groupes de garage-punk en plein jour sur cette grande scène : le son se barre et le groupe est tellement dispersé qu’il perd sa cohésion. C’est tout de même dingue que les organisateurs ne comprennent pas ça. Jouer en plein jour sur une grande scène, c’est un véritable handicap pour un groupe habitué aux petites salles. La différence est nette au Club, Dion Lunadon et ses trois collègues fulminent admirablement, they blow littéralement le roof, ils transforment ce pauvre Club en cocotte-minute, ça rue bien dans les rencards, ça pousse au cul, ça push les poches, ça pique des pointes, ça pleut des cordes, ça pousse-toi-d’là que-j’m’y-mette, ça perce des tunnels, ça percute le fouettard de plein fouet, ça tape dans l’œil du cyclone, au passage, tu reconnais cet «Howl» qui flirte tellement avec l’insanité et qui se trouve sur le premier album sans titre. Ce digne

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    fils de Bury n’en finit plus d’enfiler ses perles fumantes. Zéro contact avec le public - shy as a cloud drifting ? - il mise tout sur ses dynamiques dévastatrices et l’over-power de sa riffalama. Il tape une vieille stoogerie, l’«It’s The Truth», tirée de son premier In The Red, Beyond Everything. Il rocke à outrance les limbes de son ombilic. Il met tout le paquet, comme on dit quand on ne sait pas quoi dire. Il invente un genre nouveau : le wild blast lunadien ! Wild blast encore avec «Living & Dying With You». Tu t’en décroches la mâchoire. C’est bourrin, mais c’est aussi sans appel. Il faut entendre ‘bourrin’ au sens du percheron de Millet qui laboure le champ à l’aube. Comme Georges Rouquier dans Farrebique, Dion Lunadon te laboure en profondeur, il te retourne les terres pour que le printemps germe dans le Biquefarre qui te sert de

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    cervelle. Dion Lunadon est l’un des derniers grands blasters des temps modernes. On retrouve encore l’excellent «I Walk Away» bien excédé, il s’arrache bien les ovaires à coups d’Aw walk away ! Tout tient debout, même si t’entends parfois des cuts d’un intérêt limité, mais globalement, tu tires bien tes petits marrons du feu. Dion Lunadon alimente ton goût pour les vieilles mythologies, et de savoir qu’il existe encore ça et là des petits volcans actifs sur cette pauvre terre, ça remonte bien le moral des troupes.

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             Pour rester sur ces bonnes impressions, l’idéal est de rapatrier vite fait le mini-album Memory Burn paru en 2024. Comme d’usage, il enregistre tout seul son fast-punk d’hard Dion, aidé par un mec au beurre. Le Dion adore foncer tout droit, c’est sa raison d’être. Il est d’une certaine façon le dieu de la pugnacité têtue, comme le montre le «Good Times» d’ouverture de balda. Bon autant te prévenir : t’apprendras rien de plus que ce que tu sais déjà. C’est solide, mais sans surprise. C’est en B que se planque l’hit : «Hollywood Blues». C’est très «Death Party». Même beasty sound, même stubborn beat. Puis il s’énerve pour de bon avec «Zenith Forever». On se souviendra du Dion comme d’un p’tit mec bien énervé. C’est sa grandeur.

    Signé : Cazengler, Lunacon

    Dion Lunadon. Le 106. Rouen (76). 10 février 2026

    Dion Lunadon. Memory Burn. Beast Records 2024

     

    *

             En ce bas monde, seule une chose est sûre, il est inutile d’aller vers Hécate, c’est elle qui vient vers vous. Méfiez-vous des carrefours. Surtout si vous entendez un chien aboyer.

             Je peux en apporter la preuve : je recherchais de la musique grecque inspirée par l’antiquité, la première chose que j’aperçois sur la chaîne de  Stefanos Krasopoulis, c’est une belle photo. Darkly. Rien à voir avec ce qu’il poste d’habitude, des trucs d’obédience plutôt folklorique pour employer un mot stupide, mais là indubitablement la photographie d’une prêtresse invoquant, le titre de la vidéo est clair Hecate’s Breath.

              Mon cerveau m’avertit, attention Damie, tu connais. J’opine, je ferme la chaîne de Stephanos Krasopoulis, je farfouille dans mes archives, cinq minutes, l’intuition est bonne, je rouvre la chaîne de Stephanos, la photo de la prêtresse a disparu.

             Les rockers détestent que les filles leur échappent, serait-ce même une des plus terrifiantes déesses de la Grèce antique, évidemment mon flair me permet de la retrouver !

             Nous avons dans notre livraison 680 du 06 / 03 / 2025 chroniqué un  premier album d’Hecate’s Breath nommé Innocences assez déconcertant. Il avait été précédé en 2024 par Danse Macabre  dont nous reparlerons une autre fois. Nous allons nous intéresser à divers regroupements de morceaux effectués par le groupe lui-même durant l’année 2025.

    El., TS, Ax, Handful of Nails : All / Vile & El. : vocals  /Ame Severe : Add. guitars & Production / Melinoë : noise, subliminal entities

    ROOM FILLED WITH TARNISHED MIRRORS

    HECATE’S BREATH

    Il n’est pas évident de d’interpréter les créations d’Hecate’s Breath, nous n’avons que peu d’indices, parfois une image, parfois un poème, voire simplement une strophe.

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    Terrestrial commotions : La photographie dévolue à ce morceau est de Clarence Hudson White. Il est indéniable que le photographe né en 1871 et mort en 1925 s’inspire pour cet artefact de l’esthétique préraphaélite et symboliste. Un court poème de William Saphier lui sert d’exergue. Like crawling black monsters /The big clouds tap at my window, /Their shooting liquid fingers slide /Over the staring panes /And merge on the red wall.' En tant que directeur de revue, Saphier a permis à quelques-uns des plus importants poëtes anglais et américains de la première moitié du vingtième siècle d’acquérir une vaste audience. Surprenant cette violence musicale si on la compare à la pose hiératique de la photo, il est vrai que l’intensité sonore ne varie guère, toutefois il semble que quelque chose est en train de se déglinguer, le sentiment de menace oppressant comme ces coups batteriaux du destin inflexible se désagrège  en notes grêles… il est vrai que la prêtresse tient entre ses mains une boule de verre fragile, éclate-t-elle, se brise-t-elle comme un rêve, la rotondité de la terre est-elle vouée à la destruction, ne reste-t-il pas des traces de sang sur le mur du poème… Isolation : inhabituel, incroyable, une image en

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    couleur, de Jean Mazza (né en 1972), nous qui pensions que la palette d’Hecate’s breath ne s’autorisait que le blanc et le noir, et le blanc  n’est-il pas un simple noir négatif. Oui, mais le rouge n’est-il pas encore moins rassurant que le noir, n’est-ce pas lui qui colore la main des meurtriers. Un court poème d’Emily Dickinson : Hope is the thing with feathers / That perches in the soul, / And sings the tune without the words, /And never stops at all. Un oiseau de malheur, le coucou de l’âme, qui ne dit rien mais qui ne cesse pas de dire qu’il ne dit rien. Peut-être parce que dans leur tour d’ivoire les poëtes n’ont rien à dire. Souffles envoûtants et bruit de moteur, des coups pas très forts, dont la cadence se ralentit, serait-ce le rythme de l’assassin qui se fatigue à aiguiser son couteau, maintenant il nous semble entendre le bruissement de la mer, le moteur déferle et s’éloigne. Qui saigne là… la victime, le bourreau, ou le couteau. Le morceau est précédé d’une dédicace : funeste chanson pour une année sans lumière… Sheeted mirrors :

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    l’artwork : Anna-Vamey Cantodea, chanteuse, son Instagram est follement original. Le poème est de Sylvia Plath : "The size of a fly, /The doom mark Crawls / down the wall." Peut-être est-il temps de s’intéresser au titre de ce recueil qui repris pour illustrer ce recueil est agrémenté d’un ajout intéressant : Chambres remplies de miroirs ternis, / En train de tourner vers des horizons déchirés... Serait une allusion aux miroirs de Kozyrev… un bruit, une tornade se déplaçant dans l’espace à des milliards d’années-lumière car les dieux viennent de plus loin que la lumière, de plus près aussi, car peut-être tournoient-ils seulement dans notre tête. Aigrette romantique, drame de l’Homme confronté à sa propre création, un riff cosmique qu’il faut bien se résoudre à appeler une envolée des tréfonds, un cri qui laisse place aux sanglots d’un violon, et la profération survient, une onde de poésie submergeante, une tache noire posée sur la candeur de l’univers qui se résout à simuler un bruit de moteur, à imiter un violon tsigane faute de mieux. Serait-ce le souffle prodigieux d’Hécate…

             A méditer.

    THERE WILL BE NOTHING LEFT

             Un lit, une poupée, une chambre vide, fenêtres noires ouvertes sur la nuit… Le texte épigraphique de William Blake précise à merveille de quoi il s’agit : ‘’Ô Rose, tu es malade ! Le ver invisible Qui vole dans la nuit, Dans la tempête hurlante, A trouvé ton lit De joie cramoisie : Et son amour secret et ténébreux Détruit ta vie.’’ Ouverture et finitude coïncident.

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    Apathie for destruction : phonétiquement le titre fait penser à l’album Appetite for the destruction de Ted Nuggent comme quoi il existe toujours une zone d’ombre dans laquelle les contraires sont reliées par une invisible zone de coexistence. Une citation de William Blake nous indique de quel côté nous nous trouvons :  ‘’Et je l'ai arrosée de mes peurs, / Nuit et matin de mes larmes ; / Et je l'ai ensoleillée de sourires, / Et de douces ruses trompeuses’’. L’image est à l’image de l’absente de tous bouquets de Mallarmé, autrement dit d’une présence… Un bruit des pas lourds qui s’avancent mais qui s’effacent, un morceau stationnaire aussi immobile que ce 666 tracé sur une stèle, un simple compteur d’électricité, en bout de rue, quelques maisons, neige partout, une voix s’élève et puis se tait, l’on ne voit guère la différence, peut-être sommes-nous de l’autre côté de la fenêtre, qui ressemble tant à n’importe quelle fenêtre, dark ambient parcouru de courant d’effluves plus sombres, quatre notes qui résonnent plus fort afin de mieux disparaître. Mugissement de bateau qui quitte le port, qui s’éloigne du rivage. Qui saurait se battre devant l’inéluctable. Surtout pas le désir. There will be

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    nothing left : encore William Blake, l’homme de toutes les expériences et de toutes les innocences, ne seraient-ce pas les mêmes, seul le regard que nous leur portons… en tous les cas les deux vers érigent une coupure : ‘’ Et son amour secret et ténébreux : détruit ta vie.’’ autrement dit, deux contiguïtés, la photo n’en montre qu’une : guitare, rock’n’roll et solitude. Au bas de la photo, un trait de sang. Idéal pour que vous fassiez le test de rorschach… bruissements industriels de chagrin, des cymbales qui vous empêchent de penser, perdu que vous êtes dans les tubulures de vos synapses, tout droit dans un labyrinthe dans lequel vous tournez en rond, accroissement irrégulier de l’impossible retour en avant ou en arrière à tel point que ne subsiste plus qu’un grésillement, des voix s’élèvent chœurs angéliques, ou démoniaques, c’est encore à vous de choisir, d’ailleurs elles s’arrêtent pour que vous puissiez vous décider, la marche, le cheminement impossible reprend, même si vous comprenez que vos pas ne vous porteront jamais plus loin que votre chagrin, clameurs hurlantes, vous avez pénétré dans la chambre close de l’impossible, auquel nul n’est tenu,  n’est-ce pas ce qu’il pourrait vous arriver de mieux, apaisement, bruit de casserole, un vent mauvais stoppe la machine. Leçons de ténèbres : dans les ténèbres le lumignon de la poésie n’éclaire rien,

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    l’image est floue, nous nous croyions dans la métaphysique la plus abstruse, nous voici devant un pavillon de banlieue, le père, la mère, le bébé, un monde quotidien et souriant, plus inquiétant, cette silhouette au premier plan qui tient un fusil, que vise-t-il, la cible est hors du champ de la photographie. Quatre coups de cymbale pour annoncer le déploiement des ténèbres, et la musique survient, le générique de l’inénarrable avec hurlements à l’appui qui se répètent, des explications nous sont données à voix hautes, difficilement compréhensibles, mais qu’y a-t-il à comprendre lorsque l’on a déjà compris que les ténèbres retombent sur nous, nous enveloppent, nous englobent en elles, d’ailleurs quand nous avons franchi la barrière ne sommes-nous pas dans une zone de calme, quelques notes éparses comme quand vous cheminez dans le noir en tâtonnant sur les rochers qui parsèment le chemin, mais non ce n’est pas parce que nous avons quitté la zone de l’horreur que cette zone ne subsisterait pas hors de nous, et pourquoi pas en nous-même, comme de lointains échos auxquels nous finissons par nous habituer, à ne plus entendre, mais qui ne cessent pas… Comforting presence :

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     nous n’avons qu’une photo, surexposée, peut-être à un danger, un peu flou de même car il ne faut pas se fier obligatoirement aux apparences, bref une jeune femme endormie auprès de son chat, un vulgaire tigré, mais les yeux grand-ouverts, étincelants de limpidité, à quelle part de l’invisible est-il sensible en langue des oiseaux Hécate ne se traduit-il pas par : hey cat ! Résonnances metallique, serait-il possible que leur monotonie puissent nous induire au ronronnement d’un chat, amplifié et survolé, quelqu’un s’approche-t-il sur des pattes de velours, pas tout à fait des hurlements, des stridences, le chat entent-il ces sonorités d’outre-tombe à moins que la dormeuse ne soit déjà que la préfiguration d’une jeune morte, qui s’éloigne, que le félin ne quitte pas des yeux, pourquoi ses pupilles ne sont-elles pas dilatées par l’effroi, silence existe-t-il des endroits que les vivants ne puissent explorer qu’avec leurs yeux, un chœur angélique semblable à ces colliers de fleurs avec lesquels dans les îles paradisiaques l’’on vous accueille et que dans contrées occidentales l’on dépose sous forme de couronnes sur le marbre des tombeaux, le son devient si solennel que votre interprétation vous est fortement suggérée. Dancing queen : sachons que le groupe possède une œuvre en progress, peut-être

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     abandonnée ou remise à plus tard, qui s’intitule Danse Macabre… qui est la dancing queen, sur la photo,  elle paraît un peu délurée, affriolante, une jeune femme rieuse, l’on ne voit pas trop ce qu’elle est en train de bricoler dans / et avec ses mains, je lui trouve une certaine ressemblance avec Nancy Spungen la petite amie de Sid Vicious, mais je suis sûr que je suis le seul à émettre cet avis sur cette terre qu’il nous faudra bien quitter un jour. Ou une nuit. Z’en tout cas la phonerie ne donne pas l’illusion d’une joyeuse bacchanale, le bruit grossi mille fois de ces anciens téléphones de bakélite dont la roulette tournait à vide dans l’incapacité d’accrocher le moindre chiffre sur le cadran, entend-on un murmure, quelque serait-il au bout de la ligne pourquoi ces espèces de piaillements incessants qui vous foutent les chocottes, il est apparemment difficile de trouver une interlocutrice dans l’au-delà. Days : une photo, un polaroïd, l’on y voit une jeune femme, accompagnée

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     d’une fillette, peut-être deux sœurs, évidemment le cliché est flou et surexposé, au bas une date 20 août 1985, cela ne nous rajeunit pas, mais vieillit-on lorsque l’on est mort. Des sons qui s’éloignent puis se déploient, une voix chante elle parle de soleil et de jours heureux qui ont dégénéré comme si elle voulait les figer dans l’éternité. On dit qu’elle ne dure qu’un instant, ce doit être vrai, la chanson ne dépasse pas les deux minutes. Que voulez-vous l’éternité c’est court, surtout quand elle débute. Bard’s call : puisqu’il y

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    avait une prêtresse au début sur la photo, il faut bien qu’il y ait un barde, le voici sur la photo, elle n’est pas floue, l’on voit parfaitement la croix inversée fermement tracée sur son front, son regard n’inspire pas la sympathie, d’ailleurs est-ce simplement un barde, n’est-ce pas quelqu’un d’Autre… Des sonorités franches mais aussi fuyantes, lourdes mais des glissements comme des reptations, des tubulures entassées les unes sur les autres, il parle, il profère, lance-t-il des imprécations chacun de ces mots est un appel à le rejoindre, il se doit d’être compris comme une menace, il pénètre dans vos rêves, de ceux que vous recevez quand vous êtes vivants, de ceux que vous recevez quand vous êtes morts, il est le rêve d’un cauchemar et le cauchemar d’un rêve, nulle issue, nul endroit où fuir, ils détient la puissance, l’entendez-vous tinter, l’entendez-vous tenter votre âme si tenu qu’elle soit encore à vous, des bruits d’épée qui s’entrecroisent doucement car l’Adversaire est sûr de vaincre,  la musique s’étend, vous devez avouer qu’elle est belle, que vous ne mériteriez pas de l’entendre, quelque chose s’enfuit au loin dans l’espace… Cradle song : surprise elle est là, toute belle en pleine forme, toute de

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    blanc vêtu, un sourire trop joyeux pour être qualifié de blanc candide, déguisée en ours blanc, car si elle voulait se faire passer pour un ange, c’est méchamment raté. Ça commence doucement, mais pas tout à fait comme une berceuse, retour de ces pas lourds qui monopolisent l’attention, la bande-son essaie de les effacer mais ils persistent, mais vous avez ces instants de beauté foudroyantes et cette voix rauque qui délivre le message que vous attendiez depuis toujours, ce vous avez pris pour une pelure d’ours polaire n’est peut-être qu’une robe de mariée peu virginale. Il ne vous laissera rien.

    Vous êtes avertis.

    LIGHTLESS MASS

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    Celebrating a distant absence : titre éponyme de l’EP. Une femme à trois visages sur le dessin. Elles ne peuvent que représenter les phases de la lune hécatienne. La déesse, face sereine, tient en sa main un sablier pour nous signifier que la mort s’approche, de l’autre un bouquet qu’elle cueillit dans les champs d’asphodèles, à sa droite le visage de la demoiselle nous regarde avec suspicion, la troisième darde vers nous un regard compassionnel.  Le texte de Marion E White : L’on s’appelle, puis l’on se plaint de l’écho, se fait-il l’écho du dialogue intérieur de la déesse ou est-il dirigé vers ces masses d’individus qui se ressemblent tous dans leur propre obscurité mentale… Une première note en point d’interrogation qui se métamorphose en une belle suite musicale, l’atmosphère s’assombrit, tintements, sont-ce les crotales lointains des officiants dans le temple, cliquètement et tintinnabulation, la voix s’élève, claire et distincte, quelques instrument en grésillent de peur, l’on ne sait ce qu’elle a dit, lorsque les paroles sont trop claires comment notre obscurité   pourrait-elle le comprendre, l’on est dans une cérémonie, une procession qui tourne sans fin, peut-être autour de la statue de la déesse, le chant reprend comme un écho surmultiplié, elle est là, toute voilée de noir, souvent la lune est noire même si beaucoup l’ignorent, ses mains se meuvent, elles s’ouvrent font mine de caresser les chœurs qui accompagnent leur danse sacrée, mais se muent en griffes, en serres d’oiseau de proie, l’image s’efface, des voix éthérées s’élèvent. Psalm for the dead :

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    Claude Cahun (1894-1954) fut la nièce de Marcel Schwob, ne soyez donc pas étonnés si elle fut poëte, peintre, photographe, féministe, surréaliste, résistante, oscillant entre érotisme, amour fou et folie… Elle a longtemps habité près d’un cimetière, le texte qui accompagne la photo est d’Anne Sexton (1928-1974), poëtesse et dépressive, elle influença notamment la Beat Generation, « Et les morts ? Ils gisent pieds nus dans leurs barques de pierre. Ils ressemblent plus à la pierre que ne le serait la mer si elle s'arrêtait. Ils refusent d'être bénis, gorge, œil et phalange. » Est-il nécessaire d’expliciter davantage, toutes deux pourraient relever d’une confrérie de sœurs hécatiennes. Est-il besoin de faire tant de bruit pour réveiller les morts, dorment-ils seulement, ne sont-ils pas des vaisseaux de pierre qui naviguent sans sombrer, ni escale sur de lointaines mers intérieures. La voix s’élève comme une prière aux morts qui sont plus vivants que nous selon Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, est-ce pour se faire remarquer que la voix dégobille et la mort forgeronne en vain peut-être, car peut-être les morts sont-ils éparpillés dans la voix des vivants, dans les bruits des instruments, cette pensée ne nous conduit-elle pas vers la folie de penser que le monde est fait de la matière des morts. Sifflements, que voulez-vous il faut bien vivre.  Gall saliva psalmody : le dessin représente Cerbère le chien à trois

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    têtes, le vers de Virgile le décrit à merveille : "Monstrum horrendum, informe, ingens / cui lumen ademptum’’. Psalmodie pour les insectes qui pondent dans les tissus des morts, lorsque les œufs éclosent les larves se nourrissent des morts, sont-ce les morts incommodés qui rugissent en eux-mêmes, ou alors les paroles qu’échangent les larves, ou juste un avertissement de ce qu’ils deviendront quand ils ne seront plus. Musique inéluctable qui avance à la manière d’un précis de décomposition, un feu qui couve lentement mais sûrement. L’est sûr qu’il y a de quoi saliver et déglutir. Mouvement perpétuel. Les vivants ne se nourrissent-ils pas des morts, en habitant leurs maisons, en lisant leurs poëtes, en s’inspirant de leurs artistes. Vesperal  auspices : l’artwork n’est

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     pas sans évoquer l’esprit des photos de Clarence Hudson White, photos qu’il réalisait avec les membres de sa bourgeoise famille, ce qui toutefois laisse rêveur, sans être un sectateur d’Hécate il suffit d’être touché par le souffle d’Hécate pour être inspiré. Rappelons que les auspices sont des présages envoyés par les Dieux. Sur la photo, la prêtresse ou Hécate désigne ce qui va arriver en donnant l’ordre de se diriger dans la direction qu’elle indique. Vespéral signifie ‘’du soir’’. Se souvenir de l’expression ‘’ soir de la vie’’… Le premier pas à effectuer pour rejoindre ceux qui couchés sous la terre sont privés de lumière. Musique sombre. Marche funèbre. Générique de fin. Toutes les contradictions arrivent à leur terme et se dénouent, tristesse et grandeur, il est inutile de se révolter, comme des coups de fouets sur les épaules, les hurlements de ceux qui ont peur, ou ceux de la bête qui se lèche les babines, des sifflements, des applaudissements de ceux qui tiennent enfin leur meilleur rôle de figurants dans la dernière scène, grandiose et peu éphémère car la fin ne se terminera vraiment jamais. Les huis des portes se referment sur un dernier grincement.

             Ceci n’est qu’une rêverie interprétative. Le souffle d’Hécate m’a-t-il inspiré ?

    Damie Chad.

     

    *

             Il fut une époque, hélas lointaine, où j’achetais beaucoup de magazines Metal, j’ai arrêté, à la longue cela devenait fastidieux, toutes les revues se ressemblaient, de belles photos couleur, là-dessus aucun problème, mais tous les articles se répétaient, on vient d’enregistrer un disque, quelques anecdotes bla-bla-bla, on part en tournée bla-bla-bla, à force j’avais l’impression que tous les groupes jouaient à plus substituable que moi tu meurs, bref plus vous lisiez,  l’envie pressante de se procurer les disques diminuait… L’ensemble manquait d’âme, cela sentait trop le processus stéréotypé de commercialisation, la mise en place de la pieuvre invisible du marché (pour parler comme Karl Marx), comme il se doit tentaculaire… mais au kiosque ce matin deux chiffres ont réveillé d’étranges impressions, 35 et 150…

    METALLIAN

    (N° 150 / Déc 2025 - Jan 2026)

             Metallian, le nom porte à la rêverie, Metallian, ce n’est pas Metal, c’est davantage et c’est moins. Un truc qui ne coïncide pas exactement avec ce dont il se réclame. Une certaine façon de voir. Je n’ai même pas jeté un  coup d’œil à l’intérieur de la revue avant de m’en emparer. Le légendaire flair du rocker. Supérieur à celui de Sherlock Holmes !

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             A l’origine, en 1991 Metallian est une revue underground, le tirage  photocopié ne dépasse pas les cinq cents exemplaires, née au Canada, à Montreal, vendue pratiquement en de rares boutiques ultra-spécialisées, elle parvient à toucher les Etats-Unis… Plus tard elle essaiera de percer dans les pays anglophones et distribuera chez les disquaires une version rédigée en langue anglaise. Son créateur, Yves Campion, revenu en France le fanzine va faire petit à petit son trou et se forger un petit noyau d’inconditionnels. La photocopie laisse la place à l’imprimerie. Une étape importante sera réalisée lorsque la revue est diffusée en kiosque.

             La revue a évolué, le heavy metal est laissé de côté, les sommaires proposent des groupes marginaux, un peu extrémistes dans leur approches musicales… Une nouvelle génération metallique est en train de naître dont les magazines qui squattent les gondoles ne parlent jamais… Elle ne tardera pas à être imité mais Metallian a toujours un ou deux coups d’avance sur la concurrence, dans leur grande majorité les fans restent fidèles, détestant retrouver leurs groupes ‘’à eux’’ dans les publications davantage grand-public, qui suivent la mode mais ne la créent point.

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    Metallian innove, le label Adipocere – un excellent article sur le créateur de ce label est à lire dans le deuxième numéro de Rituel – encarte son catalogue dans la revue, les lecteurs savent désormais où trouver les disques que les disquaires n’ont pas dans leurs stocks...  Coup de génie, la revue offre un CD présentant des morceaux de formations peu connues, voire totalement inconnues… dans son ensemble la presse n’y croyait pas, toutes les revues proposeront bientôt leur digipack… Dernière nouveauté, la revue troque les CD pour les DVD… Elle abandonnera vite, réaliser des reportages sur des groupes exige trop de moyens, techniques et financiers.

             C’est que les temps ont changé, le net propose des enregistrements sonores et imagés à tire-larigot. Plus besoin d’acheter un disque, il suffit de le charger, rapidement et gratuitement. La revue qui écoulait jusqu’à trente-cinq mille exemplaires ne dépassent plus les dix mille. Heureusement qu’un noyau de fans de la première heure et un socle d’indéfectibles abonnés a permis à la revue de survivre et de continuer sur sa lancée, trente-cinq ans plus tard Yves Campion est encore aux commandes…

    Il est temps de quitter cette hâtive présentation à gros traits pour regarder ce que ce cent cinquantième numéro a dans le ventre.  Débarrassé de sa gangue de plastique, fini les doux temps des feuilletages instructifs, le numéro paraît plus grand, simple illusion d’optique, je le concède, par contre nous avons bien les 84 pages du cent cinquantième fascicule en main, mais aussi en supplément le Metallian Underground N° 27 de vingt-quatre pages. Cerise sur le cerisier que l’on imagine japonais, si vous êtes abonné vous recevez en plus le CD Sampler Metal Explosion 05.

    Passons sur l’édito qui encourage les lecteurs à ne pas oublier de se ravitailler sur les stands de merchandising… l’argent a de toujours été le nerf de la guerre, le courage aussi. Niklas Kvarforth, fondateur de Shining, groupe suédois qualifié de Black Metal Suicidaire - genre de renommée un peu plus classieuse qu’une Légion d’Honneur - fondé en 1996, qui vient de sortir un album, n’en manque pas dans Les Chroniques Sulfureuses.  Commence par dire du mal du soleil trop chaud du Hellfest, s’en prend aux journalistes qui posent des questions si stupides qu’il a pris l’habitude de leur répondre par des idioties, ce qui a eu pour conséquence de porter ombrage à Shining… Il termine cette première salve en clamant haut et fort son dégoût d’internet. Le dernier bon disque qu’il ait entendu date de 1996… Mais depuis quelque temps il a enfin trouvé un groupe à son goût : Peste Noire. Hélas boycotté. Il est vrai que certains pensent que Peste Noire devrait plutôt s’appeler Peste Brune… Pourquoi la musique ne serait-elle pas traversée des mêmes idéologies que celles qui quadrillent la société actuelle, l’inverse serait encore plus inquiétant… L’important est de ne pas être dupe des endroits, quels qu’ils soient, où l’on met les pieds.

             Le reste de la revue bénéficie d’une structure assez simple. Pas de chronique de disque à part la rubrique Listenning session un seul album, appelé à sortir dans un délai assez bref, une unique page en vis-à-vis de l’interview d’un de ses membres du groupe. La couve du disque ou du CD sur lequel porte l’entretien se retrouve en petit format en haut de de cette page. Attention certains groupes bénéficient de quatre pages ou simplement de trois. La lecture est facilitée par une typographie aérée très agréable à l’oeil. Beaucoup de blancs séparatifs. Il est de notoriété commune que les lecteurs d’aujourd’hui n’apprécient guère les longues colonnes resserrées…

             Surprise, douze pages sont consacrées au calendrier 2026. Le bas de la page occupée par une photo d’un musicien, d’une affiche, ou d’un groupe, sur la large partie supérieure vous pouvez noter les dates de vos prochains concerts. Il serait mal venu de marquer vos rendez-vous chez le dentiste. Après cet intermède, qui avouons-le fait un peu remplissage, le magazine reprend son rythme habituel… Commenceriez-vous par vous lasser ?

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             Vous avez raison. Mais Metallian doit connaître la capacité d’ingurgitation de ses lecteurs. Voici la rubrique Grands Reportages. Munissez-vous d’une petite laine, nous voici en Norvège. Vous osez Oslo, touché, coulé, à l’eau ! Non à Bergen, ville mythique du Black Metal. La légende est connue, des groupes borderlines, Old Funeral, Immortal, et surtout Mayhem et Burzum. La frontière commune de ces groupes est la mort, attrait et répulsion. Violence, sang, incendies, meurtre, suicide, folie, forment le cocktail détonnant de cette moderne saga nordique.

             L’interview de Jannicke Miesse-Hansen, est la plus instructive. Vous ne la connaissez peut-être pas mais vous la voyez souvent. Ce n’est pas son visage qui apparaît sur des centaines de pochette de Metal, c’est elle qui a mis au point le principe des lettrages illisibles pour signifier le nom des groupes. Pourquoi si difficiles à déchiffrer. Parce que le secret est une marque d’appel. Parce que toute connaissance demande effort. Immortal et Burzum furent ses deux premiers logos… Elle parle aussi de politique. De Varg Vikernes qui participa à Mayhem et fonda Burzum, qui brûla plusieurs églises, qui assassina Oysten Aarseth… elle avoue qu’elle a témoigné contre lui… elle ne regrette pas cette époque chaotique, les choses se sont calmées, ils ont vieilli…

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    La rubrique Road Blues Festival évoque le Tyrant Fest 2025 à Oignies et Lille. Davantage de photos que de textes. Les dernières pages sont consacrées aux chroniques, un peu expéditives, à mon humble avis, des nouveautés. Toutefois nécessaire pour ceux qui veulent suivre l’actualité. Qui n’est que l’autre face de l’immuabilité des choses.

             Manque dans cette chronique l’essentiel : la beauté de l’artefact. Photos, poses, publicités (exclusivement Metal) donnent une unité de ton, de lieu, d’espace et de continuum digne des tragédies classiques.

             D’ailleurs le Black  Metal, n’est-il pas une tragédie en lui-même…

    METALLIAN

    UNDERGROUND N° 27

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             Ne partez  pas, le rideau se lève pour le deuxième acte. Pardon pour le vingt-septième. Le Metal c’est un peu comme la représentation de la Tétralogie de Wagner à Bayreuth. Faut quatre jours pour la voir en entier.

             Ne vous affolez pas, vous n’êtes pas en pays inconnu. Cet Underground est bâti sur le même modèle que son grand-frère. L’aurait été dispersé dans la mouture du précédent que l’on ne s’en serait pas aperçu. Si le numéro 350 a mis Megadeth en première page, le groupe sort son dernier album et est censé clore définitivement son parcours. (Il est à noter que si parmi le genre humain Jésus Christ ait été le seul à avoir ressuscité après son trépas, les groupes de Metal qui reprennent le harnais après leur dissolution sont monnaie courante… Dans d’autres courants musicaux aussi, mais les Black Metalleux sont les seuls à se revendiquer du Devil, ce qui change la donne !).

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             Sur sa couve le 27, peut se vanter d’un poids-lourd que le Megadeth, Z’ont plus lourd et plus pire, comme l’on dit dans les cours de récréation.  Pas n’importe qui : Mayhem en la personne d’Attila  Csihar qui présent le nouvel album Liturgy od Death. Comme un écho avec ce que racontait Jannicke Miesse-Hansen puisque sur la fin du dialogue Attlla évoque son fils Arion… le temps passe…

    who,cowboys from outerspace,screamin' jay hawkins,mx,dion lunadion,hecate's breath

             Certes Epitome vient de Pologne, Sepulchral d’Espagne, Ennui de Georgie, Slagmaur de Norvège mais  Jours pâles, Mortuaire, Thalidomide, Demontool, et Mankind de France, autre cocorico dans la partie Demo et Indie sur dix envois, cinq proviennent de notre pays, nul besoin de réindustrialiser, nous sommes un grand un grand producteur de metal !

             Pour les acharnés, reste encore trois pages de cortes chroniques d’albums qui viennent de sortir.

             Bonne lecture.

             Une mine à ciel ouvert.

             Pardon, à underground à explorer.

    Damie Chad.

            

     

     

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 680 : KR'TNT ! 680 : ANDREW GABBARD / JERRON PAXTON / DIRTY DEEP / ROBYN HITCHCOCK / TOMMY TATE / MICHEL EMBARECK / POGO CAR CRASH CONTROL / HECATE'S BREATH / WINTERHAWK

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 680

    A ROCKLIT PRODUCTION

    FB : KR’TNT KR’TNT

    06 / 03 / 2025

     

    ANDREW GABBARD / JERRON PAXTON

    DIRTY DEEP / ROBYN HITCHCOCK

    TOMMY TATE / MICHEL EMBARECK

      POGO CAR CRASH CONTROL

     HECATE’S BREATH / WINTERHAWK

      

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 680

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http://kr’tnt.hautetfort.com/

     

     

     

    L’avenir du rock

    - Quand Gabbard dîne

    (Part Two)

             L’avenir du rock ronflait à poings fermés, quand soudain, un flot de lumière l’arracha à l’ombilic des limbes. Il se redressa dans son lit et se frotta les yeux.

             — C’est quoi c’bordel ?

             Le flot de lumière éclairait violemment la chambre. On se serait cru en plein jour. Le phénomène était d’autant plus bizarre qu’il s’accompagnait d’une sorte de sifflement pernicieux, comme un ultra son. L’avenir du rock ajusta son bonnet de nuit, enfila sa robe de chambre et chaussa ses mules. Il déverrouilla la porte d’entrée et sortit dans le jardin.

             — Arghhhhhh !

             Il dut rentrer en hâte, car la lumière l’aveuglait. Il mit ses lunettes de soleil et refit une tentative. Au bout d’un moment, il finit par distinguer une forme.

             — Ah bah ça alors !

             Il était tétanisé : une soucoupe volante stationnait dans son jardin ! Elle émettait une lumière blanche extrêmement crue. L’engin ressemblait à ces soucoupes rondes qu’on voit dans les films de science-fiction, avec des loupiotes qui clignotent tout autour. Mais il était tout petit. Il s’agissait sans doute d’un mono-space. Un martien en descendit par une petite échelle et trottina vers lui. L’avenir du rock n’avait encore jamais rencontré de martien, alors il ne savait pas quoi penser. Celui-ci n’avait pas l’air méchant, au contraire. Il était petit, gros, calvitié, avec une bonne bouille, des gros yeux clairs et des bonnes joues. Il portait une combinaison argentée trop serrée et tenait son casque en plexiglas sous le bras. Il tendit la main à l’avenir du rock qui la serra mécaniquement. Alors le martien lança d’une voix atrocement stridente :

             — Gabba Gabba Hey !

             À quoi l’avenir du rock rétorqua :

             — Non ! Gabbard Gabbard Hey !

     

             Le martien n’a pas l’air de connaître Andrew Gabbard, mais ce n’est pas grave, l’avenir du rock va arranger ça.

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             En réalité, ce Part Two est la suite de ‘Buffalo Bile Part One’, dont l’avenir du rock a déjà fait ses choux gras. Il est essentiel de rattacher l’actu d’Andrew Gabbard à ses racines, c’est-à-dire Buffalo Killers et Thee Shams, si on veut comprendre à quel point il est devenu l’un des movers & shakers prédominants de notre époque, au même titre de Daniel Romano et Kelley Stoltz.

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             Un nouvel album vient de paraître : Rumble & Rave On. Comme il y a un petit buzz autour de Terry Cole et son label Colemine dans Shindig!, alors on profite de l’occase pour en rajouter une petite louche et dire, que oui, ça buzze pour de bon, car l’album est vraiment excellent. Dès «Just Like Magic», Gab ramène du gras double. Il est assez in the face. Gab a du génie, qu’on se le dise ! Il perpétue le spirit du White Album. Il a encore du son à gogo avec «If I Could Show You», il ramène une pop épaisse et lumineuse, c’est une merveille, il chante comme une folle évaporée et impose un power mélodique absolu. Plus loin, il sonne comme Midlake avec «I’m Bound To Ride». Il ressuscite le génie mélodique de Tim Smith, pas de doute. Il fait aussi du glam avec «Mulberry Rock», il se prend pour Marc Bolan, il gratte son gras double d’heavy boogie rock. Gab est un mec qui cisèle des joyaux au milieu de nulle part. Franchement, t’en reviens pas d’entendre un mec aussi brillant. Il tape dans les registres de Brian Wilson, Todd Rundgren et John Lennon. Il revient à l’heavy boobie blues avec «Barstool Blues», puis avec «Again Again», il bascule dans le Gabbarding, c’est-à-dire dans l’élégance d’un riff magique. Encore une ouverture sur l’horizon avec «Donna Lou». Gab est un enchanteur, il faut le voir filer sa laine de lumière sur Donna Lou, il ne produit aucun effort, ça lui vient naturellement. On se laisse couler avec lui dans le bain de jouvence d’une Americana subtilement ragaillardie, Donna Lou ouuuh ouuuh ouuuh !  

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             Les Buffalo Killers sont de retour dans le rond de l’actu avec un album de lost cuts, Stay Tuff: Lost Cuts. C’est vraiment la meilleure des bonnes nouvelles. Les frères Gabbard sont sans doute les plus beaux héritiers des Beatles. La preuve ? «Don’t You Ever Think I Cry», ça semble sortir tout droit du White Album, même poids sociologique, même bourde atmosphérique de génie évanescent, ça monte dans l’excellence de Let It Be, on entend même les poux du roi George. Tu en as un autre au bout de la B, «So Close In Your Mind». Tout droit sorti du White Album. Deux autres merveilles : «Stand Back & Take A Good Look» et «Chicken Head Man». Avec le premier, les Gab brothers montrent qu’ils sont capables de la meilleure heavyness d’Amérique. Quant au Chicken Head Man, il est électrocuté à coups de power chords. Demented are go à gogo, et chanté du coin du menton. En B, ils font aussi de l’heavy groove à la Season Of The Witch avec «Heavy Makes You Happy (Sha Na Boom Boom Yeah)».       

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             Les racines des frères Gabbard remontent aux Shams, dont le premier album, Take Off, parut en 2001. En réalité, le seul Gabbard des Shams, c’est Zach. Bizarre que cet excellent album soit passé à l’ass, car il est d’une rare densité. Take Off propose de sacrés clins d’yeux, notamment aux Pretties et au proto-punk. Eh oui, les Shams ont cette envergure. L’hommage aux Pretties s’appelle «Get Out Of My Life Woman», cut d’Allen Toussaint tapé à l’Americana proto-punk. Zach se prend littéralement pour les Pretties, il est au cœur de la révolte et il ramène avec ses trois copains toutes les virevoltes du British Beat. Deux autres cuts trempent dans le proto-punk : «Rock’n’Roll» et ««Not Right Now». Pas de problème, les Shams n’ont pas honte de gratter leurs poux, ils font du vieux proto de babeyh à coups d’accords sourds. Deux cuts sales et définitifs, dignes des Tell-Tale Hearts et des Master’s Apprentices. Coup de génie avec «Scream My Name», wild gaga demented, tournicoté au sommet de la toupie. Les Shams disposent d’extraordinaires réserves de ressources naturelles. Zach fait encore des étincelles avec «I Get High» et «Walkaway». Quel shouter ! Il ramène un chant d’acier à la Van Morrison. Avec «In The City», ils sonnent comme Creedence, ce démon de Zach titille le génie de Fog, il agite les mêmes dynamiques. Cet album est monstrueux. Ah si Gildas pouvait entendre ça ! Quel hommage ! Et le Zach y va au in the city yeah !  Ils trempent vraiment dans tous les complots : voilà qu’ils rendent hommage à Bo avec «Don’t Cry For Me».

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             The Shams deviennent Thee Shams trois ans plus tard avec l’excellent Please Yourself et sa pochette coquine. Andrew rejoint son frère Zach dans cette fière équipe. Encore un album qui grouille de puces. Il y pleut des coups de génie comme vache qui pisse. Boom dès «On My Mind». On se croirait en Angleterre chez les early Who. C’est du big freakout d’Attack croisé avec les Them. Ils réinventent même le freakout des Creation et le beurre fou de Moonie, avec en guise de cerise sur le gâtö des chœurs déments. Et tout l’album va rester à ce niveau d’excellence. Tiens, encore un coup du sort : «Can’t Fight It», heavy descente au barbu, ils s’arrangent pour contourner les règles et là, ça dégueule admirablement, repris au vol par un killer solo flash vampirique digne de Murnau. Ils attaquent «You Want It» au relentless gaga. Stupéfiant ! C’est noyé de son et de wild raunch, un mélange de tout ce qu’on aime, embarqué au so you wake up in the morning. Toujours aussi wild, voilà «You’re So Cold», ils ne s’en sortiront pas, le gaga les poursuit et ça y va avec des solos lancés au yeah yeah! Ils virent psychotronic avec «Please Yourself», ils sont une sorte de downhome Them, du pur power d’explosion nucléaire, l’ultime démonstration de force. Le solo a l’air de percer un tunnel sous le Mont Blanc. Avec «She’s Been Around», ils sont comme les Manfred Mann d’Eel Pie Island. Encore une preuve de leur écrasant power : «If You Gotta Go», cover de Dylan, gorgée du chien de leur chienne, noyé d’harp et d’hargne, émulsé au supra-gratté de poux. Ils font des chœurs de fantômes dans «Come Down Again», c’est encore une fois plein comme un œuf et inspiré. Ils retapissent toute l’histoire du rock. Les voilà sur les traces des Beatles avec «Love Me All The Time». Ils ont la même approche de l’immaculée conception. On croit aussi entendre Oasis à l’âge d’or des stades vibrants. Pire encore : ils font très bien les Yardbirds, comme le montre «Want You So Bad», avec les coups d’harp et tout le bataclan, c’est exactement le même son, avec les frères Gabbard en prime. C’est Zach qui chante «Never Did Nothing». Il chante au big raw de gut, il est sûr de lui. Il ramone toutes les cheminées de l’Olympe.    

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             Dernier spasme de Thee Shams l’année suivante avec Sign The Line. L’album s’inscrit dans la veine des deux précédents. T’as vraiment intérêt à écouter «Not Gonna Make It», l’une des pires descentes au barbu d’Amérique, grattée à la maladive et gutsy a gogo. Invraisemblable ! Ils te plombent l’heavy rock. Quelle précocité ! À peine sautés du nid, les frères Gabbard avaient déjà du génie. Et ça continue avec «Something Happening» tapé au fantastique swagger des Gabbard Brothers, ils rockent l’Amérique à la pire spice, ils flirtent dangereusement avec la Stonesy. Et pour couronner cette triplette de Belleville, voilà «Everflowing Tune», ils plongent la mad psyché des Byrds dans l’huile bouillante et te claquent un beignet du rock genius. Leur son est imprégné jusqu’à l’os d’influences : Beatles, Byrds et tout ce qu’on aime. «Lonely One» pourrait très bien être du John Lennon époque Some Time In New York City, hard-nosed rock. «How I Feel» sonne comme la meilleure fournaise d’Amérique. C’est un déluge de son qui s’abat sur toi. Ils tapent en plein dans les Beatles avec «1-2-3-4». C’est incroyable comme ils ont su capter la magie Beatlemaniaque. Ils sont beaucoup trop pointus pour l’Amérique. En Europe, ils seraient considérés comme des dieux. «No Trust Fund Blues» est un petit chef-d’œuvre de seventies rock, ils y vont au this is my life, c’est assez poignant. Merveilleuse présence des frères Gabbard ! Ils seront toujours là pour toi, tu peux leur demander n’importe quoi. Tout tourne toujours à leur avantage, comme le montre encore «Love Grows and Grow». Ils combinent jusqu’au délire le power et le raffinement. Leurs retours de manivelle sont sublimes, et l’attaque de solo à l’encontre du rythme est un chef-d’œuvre d’étrangeté baudelairienne. Les Gabbard Brothers sont décidément trop brillants pour un pays de beaufs comme l’Amérique. Ils bourrent leur heavy rock d’influences britanniques.  

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             Andrew s’appelle Andy pour enregistrer son premier album solo en 2015, l’excellent Fluff. De toute façon, avec les Gabbard, c’est toujours excellent. Il donne le ton dès l’envoi : weird psychedelia anglaise. Il a le timbre qu’il faut pour ça : l’intrinsèque. C’est un album qui monte doucement mais sûrement, comme la marée. Andy gratte «Side B» à la foison de la ferveur, il moissonne les accords. Spectacle magnifique ! Tout est bringuebalé dans la carlingue de babord à tribord. Puis il passe à l’heavy boogie down avec «Home Suite», il replonge dans sa Beatlemania chérie, mais avec une optique américaine, c’est très «Glass Onion», bien tortillé du cul au chant, avec un gratté de poux affolant de nervosité. Avec Sam Coones et Robert Pollard, Andy Gabbard incarne la modernité du rock US. On reste dans l’énormité de la marée montante avec «Supernational», ce mec a la grâce pop des pieds ailés, il survole le monde comme le Todd of the pop, avec des éclairs de lubricité. Il se fond littéralement dans l’idée de la Beatlemania, dans le spirit du White Album. Il en est imprégné. C’est un bonheur que de l’entendre, une suprême dereliction. La marée monte encore avec «Lonely Girl» et un fabuleux vent d’accords lève les vagues, cette fois on entend des échos du Teenage Fanclub, c’est claqué d’accords de beignets, ça trempe dans la meilleure mélasse du paradis, Andy est un dieu du stade. Il enchaîne avec l’encore pire «LYSM», acronyme de Love You So Much, il reprend aux accords tranchants, il est le Gladiator du rock, le Russell Crowe de l’imparabilité des choses de la vie, il brille et il scintille, et là tu bénéficies du privilège d’entendre des accords biseautés, t’as le vrai truc, l’absolu du rock moderne, Andy connaît tous les secrets de la niaque profonde, il te fond dans son moule de bouchot, il fait une œuvre d’art à coups de retours de manivelle. Ah il faut entendre ce mic mac extravagant ! Il tape encore dans sa chapelle avec «Dreams I Can’t Remember», il gratte les accords de la pire ramasse. Big power pop de Fluff ! Tout est drivé au flow de flux sur ce Fluff. Il termine avec «ODS», un absolute beginner de fast pop trash. On a des bonus à la suite, quatre cuts enregistrés sur scène.  Live, c’est encore pire. Il oscille au bord du gouffre de Padirac. On note chez lui un goût certain pour la purée de non-retour. Il reprend son «Side B» et l’excellent «Home Suite», il y va le bougre, il te monte ça en neige de Todd, il vise le destroy oh boy. Andy Gabbard règne sur la terre comme au ciel.              

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              En 2021, il débarque sur Karma Chief, la filiale rock de Colemine, et enregistre l’excellent Homemade. Excellent toujours, excellent encore. Associer ‘Gabbard’ et ‘excellent’ finit par ressembler à un pléonasme. Cet album superbe est un redoutable hommage aux Beatles. Coup d’envoi avec un «Wake Up Brother» qui sonne comme un hit de George Harrison. Andrew t’embarque ça aussitôt à l’heavy Gabbard avec le gratté du roi George. Quelle fantastique assise ! Andrew est un homme qui sait honorer ses dieux. Il est en plein dans l’Harrison ! Tout aussi beatlemaniaque, voilà «Gettin High» - I just don’t feel wise/ Getting high - et avec «Mrs Fitz», tu te croirais sur Revolver. Pertinence et ambivalence sont les deux mamelles d’Andrew. C’est littéralement saturé d’intention, il reste dans l’extrême Beatlemania américanisée. T’as là le meilleur album des Beatles depuis Revolver, comme le montre encore l’heavy and melodic «Brand New Cut». Pour faire bonne mesure, voici un coup de génie : «Cherry Sun». Il chante ça du nez à l’extrême pointe de la Beatlemania, sa sunshine pop est délicieusement juste. Il a même un côté Ziggy dans «Grin Song», mais il se réchauffe très vite au feu de la Beatlemania. Il n’en finit plus d’épouser sa muse et chante «Red Bear» avec la voix de John Lennon. Il reste incroyablement proche de la vérité avec «Our Dream», qu’il chante à l’anglaise évaporée. Écouter cet album, c’est d’une certaine façon toucher Dieu du doigt. Quand il ne fait pas de Beatlemania, il fait de la Gabbardmania («Hot Routine») et il boucle avec un «Promises I’ve Made» purement beatlemaniaque. Il n’en démord pas. Il revient toujours au point de départ du rock moderne, les Beatles. C’est très spectaculaire, très coloré, très impliqué. 

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             L’année suivante, Andrew passe à la country avec Cedar City Sweetheart. Cette fois, il s’entiche de Gene Clark. La preuve ? «Lonesome Psychedelic Cowboy». Vraiment explicite ! Il se prend vraiment pour Geno. Andrew sonne exactement comme les Byrds. Il y va en confiance. L’énormité de l’album s’appelle «Surfboard City», il chante ça à la petite ramasse. Il tape la fast country flash avec «Redwood». Et ça passe comme une lettre à la poste. Il condense les clichés. Avec «Cloud Of Smoke», il sonne comme le Roi George, mais avec des grattes country. Andrew reste un sacré chanteur, comme le montre encore «Take Me Away From You». Il strutte sa country et l’illumine à coups de slide. Comme d’habitude, tout sur cet album est visité par la grâce. Il fait de la country comme s’il avait fait ça toute sa vie ! Il reste au sommet du lard avec «The Move» - You got to be real - Cet album sent bon la bonne franquette, la bonne ambiance avec de bons copains. Andrew joue encore le jeu country à fond avec «Cool Ranch». Comme sur la pochette, avec le stetson et les lunettes noires. C’est tout de même dingue ce passage des Beatles à Nashville, mais il garde l’esprit de la Beatlemania dans le chant, comme le fit d’ailleurs Geno avant lui. Alors il fait de la country dynamique, du Gram Parsons sous amphètes. Il termine avec un «Your Time’ll Come» qu’il tape sec et net. Pas de problème avec Andrew, il t’assène ça comme l’Arsène Lupin de la country d’Etretat et sort en beauté à coups de Stonesy.

    Signé : Cazengler, Andrew Gabardine

    The Shams. Take Off. Orange Recordings 2001

    Thee Shams. Please Yourself. Shake It Records 2004  

    Thee Shams. Sign The Line. Licorice Tree Records 2005

    Buffalo Killers. Stay Tuff: Lost Cuts. Alive Records 2022

    Andy Gabbard. Fluff. Alive Records 2015             

    Andrew Gabbard. Homemade. Karma Chief Records 2021

    Andrew Gabbard. Cedar City Sweetheart. Karma Chief Records 2022

    Andrew Gabbard. Rumble & Rave On. Karma Chief Records 2024

     

     

    Jerron n’est pas carré

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             Jerron Paxton incarne l’antithèse de Kingfish Ingram et du Chicago Blues. Il tape dans un registre beaucoup plus austère qui est celui du country-blues, c’est-à-dire d’un story-telling à l’ancienne, l’une des composantes essentielles de ce que les musicologues appellent l’Americana. Jerron Paxton chante des cuts vieux comme le monde black et s’accompagne tantôt d’une acou, tantôt d’un banjo, tantôt d’un petit piano électrique.

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    Dire que c’est un virtuose ne correspond pas à la réalité. Il est au-delà de la virtuosité, il est dans la passion gourmande d’une culture qui lui vient de ses aïeux, si tant est qu’on puisse qualifier les anciens esclaves d’aïeux. Les blancs ont fait en sorte que les esclaves noirs ne soient rien, alors quand on est rien, on n’a pas d’aïeux, on ne peut pas employer les mots qu’emploient les honnêtes descendants d’esclavagistes et de colons racistes, tous ces rednecks fiers de leurs photos anciennes, et de toutes ces belles propriétés qui jadis ont prospéré grâce au travail gratuit de plusieurs générations d’esclaves. Fuck it ! C’est important d’enfoncer le clou de temps en temps dans la gueule de tous ces rats blancs. Non seulement ils faisaient bosser les nègres à l’œil, mais en plus, ils les haïssaient au point de les fouetter et d’en pendre un de temps en temps, histoire de se payer un petit shoot d’adrénaline. Ce court rappel des réalités illustre le cauchemar américain. À l’opposé de tout ce merdier, Jerron Paxton incarne la grâce américaine. La seule et unique grâce américaine qui vaille.

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             On vite frappé par la qualité de sa présence, subjugué par l’éclat de ses trilles de rire, on est vite fasciné par ses coups d’onglet, ses gammes rustiques, son ramdam vieux comme Mathusalem et l’extraordinaire gourmandise avec laquelle chante, il module chaque syllabe comme Rodin modulait ses pâtés d’argile, il transforme le country-blues en matière organique, et sa diction est tellement bonne qu’on comprend quasiment tout. Quand il évoque l’Arkansas, il chauffe le mot, c’est-à-dire qu’il ne le prononce pas comme on le ferait - Arkansasss - non il le prononce Arkansô et indique au passage que c’est le pire endroit du monde, comme l’a fait avant lui J.B. Lenoir, avec le Mississippi. Jerron Paxton est un homme assez jeune, assez haut, on pourrait même le qualifier de force de la nature. Il semble doté d’un talent naturel qui lui permet de dérouler un set extrêmement dense sans jamais produire le moindre effort. Il dit s’inscrire dans la lignée de Mississippi John Hurt et d’ailleurs il raconte une belle anecdote : «There was noboy who didn’t love Mississippi John Hurt.» Il insiste beaucoup là-dessus : on l’aimait pour sa musique, mais aussi et surtout en tant qu’homme. Il raconte qu’ensuite on a transformé la pauvre cabane où il vivait en museum. Jerron fait bien claquer le mot museum. Objet de fierté. Et sur le même ton, sans le moindre accent tragique, il explique que «some redneck has burnt it down.» Et voilà le travail. Fin du museum. Et il attaque une chanson, car ainsi va la vie. Ces mecs-là ont chanté pour survivre. Comme d’autres avant lui, Jerron est un homme qui aime jouer pour les autres. Il fait de vrais numéros de cirque avec son harmo, comme d’autres avant lui dans les plantations. Et comme d’autres avant lui, il s’accorde à l’oreille.

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    Comme d’autres avant lui, il cherche des osselets dans son sac pour s’accompagner. Il redonne vie à une culture menacée d’extinction, il arrache le country-blues à l’oubli, il ressemble à une île perdue au beau milieu d’un océan de médiocrité, tu te demandes combien de temps vont tenir de tels artistes, car de toute évidence, son disk ne se vend pas. Jerron Paxton, c’est pas Indochine ou Brouce Springsteen ou Stong. Au merch, il en a peut-être vendu 5, et encore. Il paraît que c’est gratuit sur Amazon. Alors les gens n’achètent pas de disks. Les gens se croient malins. Tandis que pour un mec comme Jarron, un billet de vingt, c’est important. Il n’a vraiment pas l’air de rouler sur l’or. Mais tu perdrais ton temps à expliquer tout ça. Toute cette culture et ce qu’elle représente ne tient plus qu’à un fil. T’as l’impression très claire que tout se fait désormais à l’envers. Et que les gens n’entravent plus rien. Bon bref, tu vas trouver ce black à la fin et tu le remercies pour son power.   

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             Son album s’appelle Things Done Changed. Tu vas y retrouver son gros claqué de cordes et ses fabuleux coups d’harp. Tout y est bien sûr, mais ça n’a rien à voir avec le set en live. Il tape son «Little Zydeco» à coups d’harp et on l’entend taper du pied. Il est à l’aise dans tous les genres : country-blues, country-blues et country-blues. Il fouille l’harangue de «What’s Gonne Become Of Me» à outrance et gratte son banjo, tout est joué avec un tact fruité, il y a de la modernité dans sa tradition. Et bien sûr, tu as partout la passion gourmande. Il chante avec une diction ronde et chaude, à l’accent vivant et coloré. Fantastique artiste !

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             Dans sa grande magnanimité, Soul Bag lui consacre une petite double et lui tire un joli coup de chapô, affirmant que Jerron est «un artiste qui redonne ses lettres de noblesse au country blues.» Rien de plus juste. Dans le cas de Jerron, le mot ‘noblesse’ prend tout son sens. On apprend qu’il est né en 1989, ce qui nous évite la corvée de wiki. Donc, 35 ans, ça correspond bien à ce qu’on a vu. Par contre l’article le dit né à Los Angeles, alors que sur scène il parlait de la Louisiane. Il évoquait bien  sûr ses grands-parents. Comme on s’en doute, il est déjà surdoué tout petit, il joue de tout. Il a donc grandi à South Central, la banlieue black de Los Angeles. Il a 16 ans quand il est considéré comme aveugle, alors qu’il voit très bien. Il sait jouer de la gratte, du banjo, du violon, de l’harmo, mais ça ne lui suffit pas, il veut aussi apprendre l’ukulélé, l’accordéon, le piano, les osselets qu’on appelle aussi the bones. S’il avait plus de bras, il pourrait jouer de plusieurs instruments en même temps. Au piano, il fait du Fats Waller, nous dit Bill Steber. Quand il gratte ses poux, Jerron fait du Blind Lemon Jefferson, et quand il attrape son banjo, c’est pour nous faire de l’Uncle Dave Macon. Steber est sacrément bien documenté. Mais Jerron ne s’adresse pas qu’aux spécialistes. Il s’adresse à tous les autres. Jerron, nous dit Soul Bag, puise dans la culture black des années 20 et 30, principalement dans celle des minstrel shows, une tradition d’où vient aussi Rufus Thomas. Soul Bag cite un autre extrait d’interview de Jerron : «Vous savez pourquoi je n’aime pas le politiquement correct ? Parce que ça insulte l’intelligence de la personne.»

    Signé : Cazengler, Jerron comme une queue de pelle

    Jerron Paxton. Le 106. Rouen (76). 12 février 2025

    Jerron Paxton. Things Done Changed. Smithsonian Folkways Recordings 2024

    Jerron Paxton. Passeur de tradition. Soul Bag n°257 - Janvier février mars 2025

     

     

    Dirty Deep Water

     

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             Il avait l’air content l’autre soir, Victor Sbrovazzo, qu’on fasse tous main basse sur son petit book. On l’avait vu chauffer la salle avec Dirty Deep pour Kingfish Ingram et comme on était tous sortis avant la fin du set de Kingfish, on est allés papoter avec le petit Dirty Deep qui poireautait au merch.

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             Le book s’intitule A Wheel In The Grave. Ce petit format à l’italienne est en fait un carnet de route. Victor et son pote photographe ont traversé la France en moto, de Strasbourg à la Corse. C’est un trip à la Kerouac. On The Road again. 300 pages. Chaque double est montée avec une image en page de droite, et en face un texte léger d’allure désabusée. Le ton est juste, l’objet plaisant. Tu passes réellement un bon moment à le feuilleter. Zéro prétention. En exergue, Victor propose l’on the road again de Willie Nelson.

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             Comme il est devenu au fil du temps un vieux routier du circuit underground, et notamment Binic, il n’est pas surprenant de le voir citer les noms des bars dans lesquels il a joué en compagnie de James Leg et de Left Lane Cruiser. Sur scène, il fait d’ailleurs du pur Left Lane Cruiser. Il en a largement les moyens. Au détour d’une page, il vante les charmes du bar de l’U à Besançon, et du Swmap Fest qui a lieu à Thise. Joli nom, Thise. On voit l’image d’ici.

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    ( Jim Jones )

             Chaque étape du roadtrip est bien  documentée. Victor est un ancien one-man band, alors il sort sa gratte et son harp pour animer les apéros. Pas mal d’images charbonnent à cause du choix de papier. Le bouffant n’est guère propice aux ambiances lourdement chargées, et des images sont souvent illisibles. En plus ça a l’air d’être du numérique, un process qui n’est pas vraiment réputé pour sa finesse en matière de piqué d’image.

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             Et puis, encarté en trois de couve, il y a un EP 6 titres avec des copains et pas n’importe lesquels : Scott H. Biram, Left Lane Cruiser, James Leg (qui a vécu un peu à Strasbourg chez Victor), et puis Jim Jones, un vieux collègue des Nuits de l’Alligator. C’est d’ailleurs Jim Jones qui supervise Tillandsia, nous dit Victor. Et puis il y aussi Mark Porkshop qu’on avait un peu oublié, un vétéran de Binic, puisque ça remonte à 2011. Victor indique qu’il a tourné avec lui aux États-Unis en 2018.

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             On trouve de sacrées covers sur l’EP, à commencer par l’intouchable «Circumstances» de Captain Beefheart. Porkshop le touche, il tape en plein dans le mille du wooow yeahh, il te tape ça en mode Magic Band, Pork est un pur. Bifarx me sir ! Cet EP est une bombe, car à la suite, t’entends Jim Jones ex-plo-ser «Inside Looking Out», Jim Jones te monte ça au sommet de l’Ararat du scream définitif, Jim Jones est capable d’érupter comme le Krakatoa, il monte là-haut comme le fit jadis l’immense Eric Burdon et ça devient hallucinant de grandeur marmoréenne. Alors la foule ovationne Jim Jones : «Jim ! Jones ! Jim ! Jones ! Jim ! Jones !». Avec Left Lane Cruiser, Victor fait du Left Lane Cruiser. Il cruise tout ce qu’il peut dans le Left Lane avec un shoot de Muddy, un fast headed «Hearted Jealous Man» qui ne traîne pas en chemin. Avec Scott H Biram, Victor fracasse le «You’re Gonna Miss Me» de Roky. Ça joue aux braises ardentes, you didn’t realize, c’est littéralement stupéfiant d’énergie brute et de fournaise. Et ça monte encore d’un cran avec un «Catfish Blues Remix» heavy as hell, pus jus de deep blue sea, toute la mythologie du rock est là et en prime, ça rappe. Mais le summum de cet explosif EP est le «Going Down» de Freddy King, jadis explosé par Jeff Beck et Bobby Tench. Cette fois, c’est James Leg qui te fout le souk dans la médina. Le chant prend feu. Peu de diables savent ainsi cramer leur chant. Et derrière coule un déluge de going down. Pas de pire diable sur cette terre que James Leg, on l’a déjà vu à l’œuvre, mais là, il chante par-dessus la jambe. Leg est un leg. Stupéfiant !

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             Sur scène, les Dirty Deep assurent bien. Ils jouent en formation serrée, c’est-à-dire en power trio, et sont capables de chauffer une salle vite fait bien fait. Leur atout est le fast boogie blues de type Left Lane Cruiser, et le petit Victor, chapeauté de frais, mène bien le bal à coups d’harp et de poux cinglants. Deux cuts te claquent le beignet : bing !, «Black Coffee» (qu’on ne trouve hélas sur aucun album) et re-bing!, l’imbattable «Leave Me Alone», qu’ils envoient rouler juste avant la fin du set et qu’on retrouve sur l’album What’s Flowing In My Veins. Et là, tu prends ta carte au parti. Mine de rien, ils volent le show. Ils tapent le Cruiser boogie blues avec une véracité crue qui les honore et qui les fait entrer dans la cour des grands. Tu croyais ce domaine réservé aux Américains qui sortent des bois, eh bien, voilà les héritiers.

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    Le petit Victor et ses deux copains descendent en droite ligne d’Hasil Adkins et de tous ces fracass-kings d’American Psycho. C’est un bonheur que de les voir jouer sur scène. Avec Muddy Gurdy, ils font partie des rares Français à porter la bonne parole du real deal et du deep blue sea. Leur seul petit défaut serait de vouloir faire trop de participatif en cherchant à galvaniser le public comme on galvanise des troupes. La harangue est mauvaise conseillère, et en même temps, elle est de bonne guerre. Ils ont suffisamment de bons cuts pour ne pas être obligés d’avoir recours à l’harangue.

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             Tu retrouves «Leave Me Alone» sur What’s Flowing In My Veins. C’est en plein dans le mille de la Cruise. Quel blast ! Victor se jette à corps perdu dans la bataille et screame comme mille démons. C’est tellement wild que tu le réécoutes plusieurs fois d’affilée. Il a tout compris. On se croirait d’ailleurs sur un album de Left Lane Cruiser : même beat, même son, mêmes coups d’harp, mêmes paroles, même bottleneck, même volonté d’en découdre. Il ne manque rien. Ils font une belle cover de «Goin’ Down South», déjà entendue mille fois. Tout y est, les poux sont merveilleux. Le petit Victor a une bonne énergie. Ils attaquent «How I Ride» au bassmatic de combat, et ça joue tellement heavy qu’on se croirait chez Blue Cheer. Nouvelle rasade de raw avec «You Don’t Know». Sur cet album, tout est très carré, bien attaqué, bardé de barda. Le petit Victor chante à la régalade du raw, l’heavy boogie blues n’a aucun secret pour lui. Il regagne la sortie avec un real deal de Big Atmospherix, «Shine». Il sait se montrer intense et forcer sa voix. Pas de problème, son «Shine» passe comme une lettre à la poste.        

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             Comme Shotgun Wedding est un Beast de one-man band, tu restes un peu sur ta faim. T’as déjà entendu tous ces cuts mille et mille fois. Le Mr. E qui chante sur «Midnight Blues» est sans doute l’E de Left Lane. On salue au passage le «Let It Ride» attaqué au Dust My Blues, c’est de très bonne guerre, et en B, t’as le «John The Revelator» de Son House gratté en mode heavy vazy. Il gratte aussi son «She’s A Devil Inside» au gras double, ça percute bien, et il boucle son petit one-man bouclard avec un «When The Sun Comes Up» bien écrasé du champignon. 

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             T’es vite surpris par la qualité de Tillandsia, un Deaf Rock de 2018. Et ce dès «Sunday Church» : ils sont délicieusement sur-saturés de gras double. Ça s’étrangle dans la purée. Là, t’as du pur génie de sonic trash. Le petit Victor est le grand spécialiste du boogie du diable. Nouveau coup de génie avec «Strawberry Lips», boosté dès le deuxième tiers par un beat sourd de stand-up. Rien de tel qu’une stand-up pour pulser entre les reins du beat. Ce «Strawberry Lips» dévore bien le foie du real deal. Et c’est pas fini ! Ils nous refont le coup du power trio avec «Wild Animal». Ils font exploser le rock ! T’en reviens pas de voir dégringoler toute cette dégelée royale. Ils ont la même puissance dans le slowah («You’ve Got To Learn») et le petit Victor tape en plein dans la véracité avec les coups d’harp d’«Hipbreak». Il a tout l’écho de Little Walter. D’ailleurs, on devrait l’appeler Little Victor, ce serait un hommage. Les voilà qui tapent «Hangin’ On An Oak Tree» au hard beat de bass-drum. Ces trois deepy Deep sont des démons. Leur heavy blues-rock renvoie droit sur Blue Cheer. Nouveau coup de Trafalgar avec la jam totale de «By The River» et sa belle attaque de bassmatic, vite reprise par le beat du vieux «Fast Line Rider» de Johnny Winter, et ça se développe de manière ahurissante pour basculer dans l’enfer d’une jam nucléaire, avec un sax et un bassmatic de destruction massive. Du son comme s’il en pleuvait.    

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             Foreshots est un album beaucoup plus calme que les autres. On s’y régale de deux petites merveilles : «Downtown Train», doucement psychédélique, assez délicat, raffiné, orné à l’or fin violonique. Et puis en B, tu vas tomber sur «Pour Some Whiskey On My Heart», un paisible petit country blues qui sent bon la campagne. Rien qu’avec ces deux merveilles, Little Victor se hisse dans la cour des grands. La qualité de ses cuts n’en finit plus de t’impressionner. 

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             Trompe L’Œil est un album très diversifié. T’as du blast («Shoot First», ils explosent en plein vol, Little Victor défonce bien la rondelle des annales), t’as de l’énormité («Juke Joint Preaching», bien chargé de la barcasse, avec du guitarring à gogo) et t’as du simili Rachid Taha («Donoma», attaqué à la deep psychedelia orientalisante). Ils redeviennent le fantastique power trio que l’on sait avec «Hold On Me». Ah ils savent allumer la gueule d’un cut ! Leur «Broken Bones» d’ouverture de bal (et de set) tombe dans la marmite de l’heavy heavy, c’est noyé de son et d’harp. «Hipbreak III» vaut pour une petite tentative de swing. Ils se dispersent un peu, mais ce n’est pas si grave. Ils jouent leur «Never Too Late» au gras double, comme au temps du British Blues et de Savoy Brown. Et ils descendent au bord du fleuve pour gratter «Waiting For The Train». Très curieux paradoxe. Il godille et perd des plumes. C’est trop carte postale.

    Signé : Cazengler, dirty old man

    Dirty Deep. Le 106. Rouen (76). 1er février 2025  

    Dirty Deep. Shotgun Wedding. Beast Records 2014 

    Dirty Deep. What’s Flowing In My Veins. Beast Records 2016

    Dirty Deep. Tillandsia. Deaf Rock Records 2018  

    Dirty Deep. Foreshots. Deaf Rock Records 2020  

    Dirty Deep. Trompe L’Œil. Junk Food Records 2023

    Victor Sbrovazzo & Arnaud Diemer. A Wheel In The Grave. Mediapop Éditions 2021

     

     

    Robyn des bois

     - Part One

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             Robyn Hitchcock publie son autobio : 1967 - How I Got There And Why I Never Left - A Memoir. Enfin autobio, c’est vite dit. Il s’agit en fait de l’autobio de son année 1967. Il va peut-être publier les autobios des années suivantes. On ne fera pas partie de ceux qui vont cracher dessus, parce qu’on l’aime bien, Robyn des bois. On le suit depuis des lustres, depuis les Soft Boys, même s’il a une discographie à roulettes, de celles qui présentent un danger pour ton porte-monnaie. Et puis on l’a vu, Robyn des bois, dans un documentaire consacré à Syd Barrett, assis dans son jardin, chanter et gratter «Dominoes» à coups d’acou, donc pas de problème. Il est des nôtres. Comme le font tous ceux qui ont de la suite dans les idées, il sort en même temps le pendant musical de son book, un album de reprises : 1967: Variations In The Past. L’album illustre musicalement le book, et inversement, le book illustre littérairement l’album. C’est habile.

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             Le book n’est pas bien épais, mais remarquablement bien écrit. Choix typo, cabochons et main de papier remarquables. Côté style, Robyn des bois fait le choix de l’absolue non-volubilité. Il opte pour une forme de parcimonie bien tempérée. En 1967, il a 14 ans et se retrouve pensionnaire au Winchester College, dans le Sud de l’Angleterre.

             On ne va pas tourner longtemps autour du pot : quatre noms jaillissent du récit : Dylan, Beatles, Hendrix et Syd Barrett, des noms qu’on retrouve sur l’album, sauf Dylan.

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             Première rencontre avec Dylan via Highway 61 Revisited - La pochette me montre Dylan pour la première fois, assis, vêtu d’une chemise bleue, looking enigmatically out at life. He looks calmly furious, beneath a lacquer of indifference - Robyn des bois est fasciné par cette image - He looks wise. Wise and dangerous - L’album dit-il démarre with the song that has become my breakfast-time mantra, «Like A Rolling Stone» - Pour le jeune Robyn des bois en herbe, c’est l’Holy Grail. On a dû vivre exactement le même genre de révélation. La première approche de Dylan relevait alors d’un certain mysticisme. Puis quand Dylan disparaît de la circulation après son accident de moto, Robyn des bois se demande où il est passé, «where in the universe is Bob Dylan, l’homme qui a tout inventé ? Je ne le connais que depuis 18 mois, mais tout ce que j’écoute est lié à lui : Jimi Hendrix, David Bowie, Pink Floyd, et les groupes pop utilisent désormais les mots pareils aux siens, it’s all his doing. Et il a disparu.» Robyn des bois se demande s’il est encore en vie et ce qu’il fabrique. Et il ajoute ça, qui est confondant : «Il est clair à mes yeux que si quelqu’un connaît le sens de la vie, c’est bien Dylan. He has momentum, direction, intuition - wisdom.» Il est tellement fasciné par Dylan qu’il affirme, vers la fin, qu’il est désormais «50 per cent Winchester College, and 50 per cent Bob Dylan». C’est exactement ce qu’on ressentait à l’époque. Une sorte d’admiration qui flirtait avec la dévotion. Robyn des bois décide alors de devenir songwriter - «Like A Rolling Stone» hooks me, «Desolation Row» pulls me in, and «Visions Of Johanna»... more subtle, more engulfing, it becomes me.

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             Arrivent enfin des nouvelles de Dylan avec John Wesley Harding. Fin 1967, quatre pages avant la fin du book. Mais Robyn des bois n’est pas très content. Il trouve l’album «plat, beige and no much fun to listen to.» Il trouve les chansons trop courtes, «what’s going on? The exhilaration was gone, he was older and wiser.» Dylan se laisse pousser une petite barbe, il a épousé sa true love. Nobody nous dit Robyn des bois, n’osait dire qu’il n’aimait pas l’album, mais «John Wesley Harding didn’t spend half the time on the record player that Highway 61 or Blonde On Blonde did, and still do.» Voilà pour Dylan en 1967.

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             La même année, il découvre «Strawberry Fields Forever», let me take you down, il observe que les Beatles se développent très vite, nothing is real, et parce que ses copains d’école et lui se développent aussi rapidement, alors tout semble naturel. Mais il préfère reprendre «A Day In The Life» sur l’album. Oh boy ! Il tombe en plein John Lennon et c’est là qu’éclate le génie de John Lennon, l’un des géants du XXe siècle.

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             Pour saluer l’avènement d’Hendrix en 1967, Robyn des bois se souvient du bruit à la radio : «SKONK-SKREEK-SKRONK-SKREEK: WHA-DA-DA-FANG, DA-DA-DA-FANG, (sic) Purple Haze all in my brain/ lately things they don’t seem the same - Il se souvient d’avoir perdu ses esprits - I am a teenager on fire - Oh holy fuck, this is music to levitate to... - Sur 1967: Variations In The Past, il opte plutôt pour «The Burning Of The Midnight Lamp». C’est gratté sur deux acous et ça tombe bien sous le pli. Pur génie interprétatif. L’absence de wah ne choque pas.

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             Dans la collection de disques de son cousin, il est attiré par un 45 tours d’un groupe nommé Pink Floyd : «Arnold Layne», l’histoire d’un mec qui vole des fringues sur une corde à linge au clair de la lune et qui se retrouve au ballon pour ça. Comme le chanteur cite «Baby blue» dans ce cut étrange, Robyn des bois est intrigué. Le chanteur connaît sûrement Dylan. Puis il découvre que le chanteur s’appelle Syd Barrett et qu’il joue le guitar solo on the bottom string - I can identify with him - À l’automne de cette année-là, le premier album de Pink Floyd is in heavy rotation on the House Gramophone. L’époque veut ça. Les kids n’en finissent d’écouter des bons albums. Il en sort tous les jours.

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    Sur 1967: Variations In The Past, Robyn des bois reprend «See Emily Play». Cette fois, c’est pas Oh Boy, mais Oh Syd ! Rien de plus British que cette attaque. Il en fait une version opiniâtre, gonflée d’écho du temps, il te gratte ça à la Méricourt, il entre en osmose avec le vif argent de Syd. Cover lumineuse. On a là l’un des meilleurs hommages jamais rendus à Syd Barrett.

             Comme beaucoup de kids jetés vivants dans le tourbillon des sixties, Robyn des bois va identifier ses deux ennemis : le coiffeur et le policier - The barber is the natural enemy of freedom. Soon I will learn the same thing about the police force - Il n’est pas tendre non plus avec le système éducatif anglais, et plus particulièrement les pensionnats dont la principale fonction est selon lui de retarder les kids émotionnellement et de les lâcher ensuite dans la nature. Il porte aussi un jugement terrible sur l’infirmière Miss Duplock, une femme résignée, «lower-middle-class English; life has avoided her.» Pour les pensionnaires, elle n’a jamais été aimée - a meal that nobody wanted to eat - Ce qui l’amène bien sûr sur le terrain du sexe - Your cock is your motor - et comme il n’y a pas de gonzesses au collège,  alors il faut se débrouiller tout seul, il le dit avec des mots d’une pudeur extrême - To experiment with ourselves, and with each other - et rappelle que l’homosexualité est légalisée en Angleterre cette année-là.

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             Robyn des bois flashe aussi sur Incredible String Band - The cover alone of this new record, The 5000 Spirits Or The Layers Of The Onion, sums up everything I love about how 1967 is going so far. The saturated joy of it, the intricacy. Plus on observe cette pochette et plus tout semble se transformer en autre chose, ce qui pour moi définit la psychedelia - Il rend un bel hommage au Heron et à son copain Robin Williamson, «like Dylan, they seem to sense how sadness is the shadow of beauty.» Il note aussi la présence du nom de Joe Boyd sur la pochette - Whoever Joe Boyd is, he has to be a high-level groover - Il pense que l’Heron et Williamson sont comme Dylan, qu’ils comprennent le meaning of life. Il écoute The 5000 Spirits Or The Layers Of The Onion chaque jour. Sur 1967: Variations In The Past, il reprend «Way Back In The 1960s». C’est pas le meilleur choix. L’album se casse un peu la gueule avec ce Way Back.

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             Il aime bien aussi le «Daydream Believer» des Monkeees, même s’il découvre qu’ils ne sont pas hip - They are tennybopper pop fodder for the meatheads - Pour Robyn des bois, les gens qui n’écrivent pas leurs chansons ne sont pas intéressants. Il vise les Monkees, mais aussi Elvis et Sinatra, they’re just supper-club singers, music for uncles. Aussi se prive-t-il d’admirer les Monkees - So I can’t let myself enjoy them too much - Il est marrant, mais on est tous pareils, on fonctionne selon des gros a priori, et on s’interdit bien des choses. Donc pas de Monkees sur l’album.

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             D’autres bonnes surprises, comme par exemple ces trois covers géniales : «A Whiter Shade Of Pale», «Itchycoo Park» et «Waterloo Sunset». Avec le Procol, il remplit bien le spectre sonore. Il gratte le thème à coups d’acou, c’est magnifique de skip the light fandango, il dépose avec une grâce infinie le Whiter dans l’écrin de sa légende. Le fait de reprendre le thème d’orgue de Matthew Fisher à coups d’acou relève de la performance surnaturelle, Robyn des bois réactualise cette ancienne magie, cette maudite chanson qui nous fit tourner la tête alors qu’on hantait des corridors. Il te remet ce hit intemporel en perspective. C’est encore pire avec «Itchycoo Park». Quel démon ! Il te prend ça au chant de lumière à coups d’it’s all toooo beautiful, il en fait jaillir le suc, il te dépouille l’Itchycoo et l’enlumine ! Et puis il gratte le «Waterloo Sunset» à l’ongle sec, c’est pourri de feeling. Il envoie des coups de sha la la comme on en voit plus, il cristallise toute l’innocence des sixties. Il tape aussi des covers d’«I Can Hear The Grass Grow» et de «San Francisco (Be Sure To Wear Flowers In Your Hair)». C’est vrai que tous ces hits étaient imparables. Par contre, il se vautre avec «My White Bicycle» et le «No Face No Name No Number» de Traffic. Ces deux trucs n’ont jamais été des hits. Dommage. 

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             Dans l’épilogue, Robyn des bois réfléchit à l’évolution du rock anglais, voyant d’un mauvais œil les gatefold album sleeves masquer le fait que la musique devient de plus en plus médiocre et quand il commence à aller voir des groupes sur scène, il constate que les cheveux longs et les interminables solos de guitare are no substitute for inspiration. Pour lui, c’est la fin de la psychedelia expérimentale. Il partira plus tard s’installer à Cambridge et monter les Soft Boys. Il affirme être resté bloqué en 1967 - country rock, glam, funk, disco, reggae, and punk more or less passed me by  - et il conclut sur ça, qui vaut tout l’Or du Rhin : «Regardless, I’m grateful that the stopped clock of 1967 ticks on in me - it’s given me a job for life.»

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             Une petite rafale d’articles salue la parution du book, oh pas grand-chose, une page par ci, une page par là. Dans Uncut, Tom Pinnock parle de l’adolescence dans les sixties comme d’une «psychedelic transition», ce qui n’est pas idiot. À quoi Robyn des bois ajoute : «I happend to be feeling intense when Dylan went electric, and extremely intense when Revolver came out, and then I supernova’d along with Are You Experienced.» Robyn des bois est alors un pensionnaire de 14 ans au prestigieux Winchester College, Hampshire. Il dit pourquoi il est resté bloqué dans son collège en 1967 : «Je ne me suis jamais ajusté à la vie après ça. Winchester m’a ajusté à Winchester, et 1967 m’a ajusté à 1967. Pour moi, rien ne vaut la musique d’alors et rien n’a jamais égalé l’intensité de la vie dans ce collège et dans ce weird Gothic universe. Je vis à Londres aujourd’hui, mais je suis resté là-bas.»

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             Pour saluer la parution de 1967, Shindig! ne se casse pas la nénette et publie un extrait du book. Dans l’encadré qui accompagne l’extrait, Robyn des bois salue trois merveilles : «Waterloo Sunset» des Kinks («This song surges my heart to breaking point whenever I hear it or sing it.»), «See Emily Play» de Syd Barrett («He managed to distil the exhilaration of 1967 and some of that year’s melancholy awareness of how brief its eternal moment would be.»), et bien sûr «Are You Experienced» («This piece of music will rip you up your cardboard problems and set you free, baby»).

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             Pour saluer la parution de Shufflemania!, Tom Pinnock revient à la charge dans un vieil Uncut pour qualifier Robyn des bois de «singular psych folk troubadour». Mais l’audience with Robyn Hitchcock n’a pas grand intérêt, car il parle de ses chemises et de sa fascination pour Bryan Ferry. Une question porte sur Winchester College et il redit sa passion pour cette époque. Il cite l’exemple du gatefold de Trout Mask Replica, il dit que sa vie se résumait aux disques et à leurs pochettes, allant jusqu’à mémoriser le timing de l’album - Ant Man Bee 2:42 - Et il ajoute ça qui est déterminant : «I come out of a long line of gatefold sleeves, so yeah, it made me.» Une question porte bien sûr sur Syd qu’il n’a jamais rencontré, mais les chansons, dit-il ‘have a miraculous life of their own that nobody can replicate.»     

    Signé : Cazengler, Robynet

    Bobyn Hitchcock. 1967 - How I Got There And Why I Never Left - A Memoir. Constable 2024

    Robyn Hitchcock. 1967: Vartiations In The Past. Tiny Ghost Records 2024   

    An audience with Robyn Hitchcok. Uncut # 307 - December 2022

    The shadow of beauty. Shindig! # 153 - July 2024

    Tom Pinnock : The spirit of  ‘67. Uncut # 327 - July 2024

     

     

    Inside the goldmine

     - Tate gallery

             Impossible de ne pas admirer Thomas Pote. Il incarnait l’un de ces conglomérats qui te marquent à vie. Un conglomérat ? Eh bien oui, un conglomérat ! Mais de quoi ? Un conglomérat de qualités. Quelles qualités ? On pourrait presque dire toutes les qualités. Ça ne veut rien dire ! Bon d’accord. Quand tu rencontres Thomas Pote pour la première fois, t’es frappé par sa beauté physique. Brun, assez haut, sourire carnassier, franc parler, bras tatoués, mais pas du tattoo de tarlouze, du vrai tattoo d’HLM. Une sorte de rocker de banlieue, un rayonnant, un creveur d’écran, un bouffeur d’espace, un déplaceur d’air, un félin, une force de la nature, un voyou doté d’une effarante élégance naturelle. Puis si t’as la chance de passer une nuit blanche à sa table en sifflant des packs de Kro, tu vas entrer de plain-pied dans l’immense surface de sa personnalité, il va te raconter des histoires de toutes sortes, des braquos et des voyages, des rencontres extraordinaires et des projets de groupes, des fêtes et des histoires de cul, il farcit chaque récit de références musicales ou cinématographiques, il te cite Sam Phillips et Martin Scorsese, il t’explique qu’il apprend à jouer du sax à cause des solos de Lee Allen sur les 45 tours de Little Richard, et pour financer l’achat de son sax, il te raconte qu’il a piqué une BM, qu’il l’a maquillée dans son garage et qu’il l’a revendue à son fourgue habituel. Tu veux voir le garage ? Alors il t’emmène le visiter, juste derrière la baraque, il ouvre les deux grands battants et te montre sa faramineuse collection d’outils accrochés aux murs, comme autant de trophées, puis il t’emmène dans le local voisin qui est le local de répète où viennent jouer tous les groupes locaux, il branche un générateur et lance une boîte à rythme, il se met torse nu, embouche son sax, et se met à jouer un cut hypno pendant dix minutes, «tu connais ?», fuck, il te fait du James White & The Blacks, il danse au milieu de la petite pièce, il fait son James Brown, et tu vois son torse et son dos couverts de tatouages baveux. Soudain, tu réalises que se trémousse devant toi l’une des plus grandes rockstars du monde moderne. Personne n’est au courant.

             

             Thomas Pote et Tommy Tate ont un point commun : la grâce naturelle. C’est la raison pour laquelle ils se croisent au coin d’un tunnel, inside the goldmine.

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             C’est grâce à Carl Davis que tu fais la connaissance de Tommy Tate. Carl Davis n’a fréquenté que des cakes, alors forcément t’es pas surpris quand tu mets le nez dans I’m So Satisfied. The Complete KoKo Recordings And More, un compile Kent parue en 2007. Tu reprends même ton souffle avant de plonger dans ce lagon d’argent. D’autant plus que Tony Rounce signe les liners.

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    ( Johnny Baylor )

             Tiens, te dis-tu, d’où sort ce Ko Ko Recordings ? Rounce te dit tout. Ko Ko est le label monté par Johnny Baylor, un heavy black dude embauché par Stax pour assurer la sécurité et s’occuper des débiteurs qui ont du mal à payer. Dans son Stax book, Robert Gordon brosse un portrait terrifiant de Baylor. Brrrrrrrrr. Good Fella en black. Baylor bosse pour Stax, mais il monte Ko Ko et n’a qu’un seul artiste sur son roster : Luther Ingram. Avec Tommy Tate, ça fait deux. Rounce compare Baylor à Don Robey (Duke/Peacock) et Morris Levy (Roulette). Tommy Tate indique pour sa part qu’avec Johnny Baylor, tu ne discutes pas les ordres - With Johnny, you just dit it, or else... - Rounce indique aussi que Tommy Tate et Luther Ingram ont participé à Wattstax. Mais les enregistrements des trois cuts de Tate sont tout pourris et apparemment, c’est perdu. Rounce aurait bien aimé les mettre sur sa compile.  

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             C’est assez bête à dire, mais cette compile grouille de puces. Tu connais une compile Kent qui ne grouille pas de puces ? Celle-ci est peut-être même un peu plus pire que les autres. Tommy Tate a une voix ET des compos, et t’es hooké aussitôt «School Of Life». Tu ne t’attends pas à une Soul d’une telle qualité. C’est une Soul extraordinairement développée. Pas compliqué : sur les 20 cuts, t’as 10 bombes. Tommy Tate propose une Soul libre, légère, d’une fantastique allure. Sur «I Remember», il sonne comme Wilson Pickett. Il est accompagné nous dit Rounce par The Movement, c’est-à-dire le backing-band d’Isaac le prophète. Et avec «If You Got To Love Somebody», il passe au big time de good time. Il travaille sa Soul au corps. Ici, tout est beau, tout est absolument parfait. Encore un hit pulvérisé avec «I’m So Satisfied». Tommy Tate est un chanteur incommensurable. Sa Soul te colle au train. Il fait du Stax avec «Revelations» et la basse sonne comme une corne de brume. Nouveau coup de Jarnac avec «I Ain’t Gonna Worry» gratté à l’angle biseauté. Tu croises rarement des black dudes aussi doués. Son scream est pur comme l’eau de roche. «More Power To You» sonne comme le slowah fatal. C’est d’une rare puissance. Encore de la modernité avec «If You Ain’t Man Enough». Ni Motown, ni Stax, c’est du black rock avec du big sound, et t’as la guitare de rêve en plus de la Soul parfaite. Il fait encore corps avec sa Soul dans «It’s A Bad Situation». Son heavy groove est ahurissant de classe. Il passe au hard funk avec «Hardtimes SOS». Il te rocke le funk. Il est bon dans tous les râteliers. Il mène rondement l’heavy r’n’b d’«It Ain’t No Laughing Matter», qu’il a co-écrit avec son pote Sir Mack Rice. Incroyable qualité d’ensemble, son et chant ! Il refait son Wilson Pickett dans «Just A Little Overcome» et boucle avec «I Don’t Want To Be Like My Daddy», un slowah de perdition explosive. On n’avait encore jamais vu ça. Effarant, éclatant et épuisant.

             Quand Stax a disparu, Baylor est revenu s’installer à New York. Mais Ko Ko a fini par couler et Tommy Tate est rentré chez lui à Jackson, Mississippi. Il n’a jamais cessé de composer et d’enregistrer. Rounce nous met bien l’eau à la bouche en révélant qu’il existe un stock de démos tellement énorme qu’on pourrait en faire 30 albums ! Mais rien n’est encore sorti. Te voilà encore avec une incroyable histoire sur les bras.

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             Hold On est un beau Malaco de 1979. Aw my Gawd, quel album ! Avec «Little Boy» et «All A Part Of Growing Up», Tommy Boy reste le Prince de la Good Time Music, car ces cuts sont frais, orientés sur l’avenir. Little Boy bénéficie du petit stomp de Malaco et Tommy Boy l’emmène au paradis. Le Growing Up est réellement du big time de Good Time, Tommy Boy est un meneur, il arrache son Growing Up du sol ! Et puis t’as tous ces coups de génie, tiens à commencer par «I’ve Been Inspired To Love You», il amène ça en mode fast r’n’b, mais Tommy Boy va vers le côté joyeux du r’n’b et il sait groover comme un dingue. Franchement t’en reviens pas de l’entendre groover son Growing Up à gogo. Encore un coup du sort avec «I Can’t Do Enough For You Baby», ce prince balance bien des hanches. Même chose avec «A Thousand Things To Say», cut de Soul merveilleusement allègre et moderne. Quelle tenue et quelle qualité, Oh Boy ! Le festival se poursuit avec «Hold On (To What You’ve Got)», horriblement groovy, et «Do You Think There’s A Chance», ce cut si subtil qui ne tient qu’à un fil, et qui résumerait bien l’art chantant de Tommy Boy : une Soul fine et racée. C’est tellement bien balancé que tu cries au loup. Tommy Boy aligne ses hits comme des planètes, pour le seul bonheur des becs fins. Il fait de la Soul de haute voltige. 

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             L’album sans titre de Tommy Tate sort en 1981 sur Juana, le label de Frederick Knight. Encore un album qui grouille de puces, notamment «Listen To The Children», Tommy Boy sait poser sa voix sur l’heavy Soul de Malaco. C’est excellent, profond et sincère, il monte son we got to listen au jazz de pah pah. C’est tout simplement génial. Pas loin de Marvin, avec un joli break de coups d’acou. En B, il tape le «This Train» de Frederick Knight, cut assez mystique qui sonne un peu comme le thème du Soul Train mythique de Don Cornelius. Tommy Boy groove son hard r’n’b et fait autorité. Quel fantastique shouter ! Power to the max ! Encore une petite merveille avec «On The Real Side». Il tartine merveilleusement sa heavy Soul. Tommy Boy est un puissant seigneur. On le voit aussi s’éloigner dans «I Just Don’t Know», il tape dans la Soul latérale d’I’m so lonely.

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             Sur Love Me Now, Tommy Boy tape une belle compo de Mack Rice, «Slow Rain (Fast Train)». Avec Mack Rice, ça groove toujours dans la couenne du lard. Tommy Boy est en quelque sorte le prince de la Good Time Music, comme le montrent «Midnight Holiday» (bien balancé et contrebalancé avec des chœurs de rêve de window pane) et ce «Tear This House Down» signé George Jackson, et Tommy Boy y va de bon cœur au tear this house down tonight.

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             Pas de chance pour Tommy Boy : All Or Nothing est plombé par le son années 80. Il se fait baiser par la prod. Il perd la Soul. Ce son est une calamité. Ça vire diskö-pop et ça devient vite imbuvable. Que vas-tu sauver là-dessus ? Rien. Il ne s’en sortira pas, même avec tout le feeling du monde. T’écoute car t’espère, mais ce sera en vain. Il fait une tentative de boogie avec «Walking Away». En vain. Un petit parfum d’exotica plane sur «This One’s». On accorde une dernière chance au disk raté du pauvre Tommy Boy. Quel gâchis !

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             Par contre, la compile Hold On - The Jackson Sessions Rare & Unreleased grouille de puces. T’as au moins dix coups de génie au cm2. Boom dès «Friend Of Mine». Tommy Boy fait son big Soul Brother, c’est solide. «Little Boy» sonne comme de la pop Soul d’élan vital. Toutes les compos sont ambitieuses. Tommy Boy sonne déjà comme une superstar. On se régale de sa grosse présence vocale sans «All A Part Of Growing Up», qu’on trouve sur Hold On. Puis arrivent d’autres coups de Jarnac, «I Can’t Do Enough For You Baby», tiré aussi d’Hold On, il a des chœurs de rêve pour ce slowah profond et humide, merveilleusement travaillé aux harmonies vocales, il part ensuite en mode gros popotin avec «A Thousand Things To Say». C’est d’une qualité hors du commun, il module à l’infini. Tommy Boy superstar ! Il peut faire son Wilson Pickett («Something To Believe In») et taper une hard Soul de rock gorgée d’excellence («You’re Not To Blame»). Sur «So Hard To Let A Good Thing Go», il est dans l’hard r’n’b, avec du bassmatic à gogo. Il te tient vraiment en haleine. Tout est très chanté, ultra chanté. Il finit en mode gospel avec «Something Good Going On». Tommy Boy est un crack, il tient bien son époque en main. Tous ces cuts sont effarants de qualité et derrière, t’as ce mec qui joue des espagnolades électriques. Reggie Young ?

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             Tu ne peux décemment pas te lasser de Tommy Tate. Dès qu’une nouvelle compile pointe le museau, tu sautes dessus. When Hearts Grow Old - Twenty previously Unissued Recordings From The Malaco Vaults date de 2008. On est en plein Malaco. Tommy Boy y fait de la Soul évolutive. Il t’installe dans le confort de la Soul. Avec «You’re Making My Dreams Come True», il va plus sur Barry White. Il se bat pied à pied avec tous ses cuts. Il a une belle dégelée royale de poux sur «Feel The Love» et il refait son Barry White avec «Lonely Lady». Il fait résonner la fibre White et ça te fend le cœur. Tu te régales de ce gros groove d’exception qu’est «Ain’t No Love For Sale». Il revient à son cher Barry White system avec «Lay Love Inside» et puis t’as ce «That’s Just A Woman’s Way» un peu dans la veine de «MacArthur Park», même dramaturgie mélodique. Il est encore fantastique sur «I Feel So Close To You», il enjolive cette Soul new wave, il la nourrit, il la chérit, dommage qu’elle soit si années 80. Mais Tommy does it right. 

    Signé : Cazengler, Tommy Tarte

    Tommy Tate. Hold On. Malaco Records 1979  

    Tommy Tate. Tommy Tate. Juana 1981

    Tommy Tate. Love Me Now. Urgent 1990 

    Tommy Tate. All Or Nothing. P-Vine Records 1992  

    Tommy Tate. I’m So Satisfied. The Complete KoKo Recordings And More. Kent Soul 2007 

    Tommy Tate. Hold On - The Jackson Sessions Rare & Unreleased. Soulscape Records 2008

    Tommy Tate. When Hearts Grow Old - Twenty Previously Unissued Recordings From The Malaco Vaults. Soulscape Records 2008

     

     

    *

    ROCK EN VRAC

    RENCONTRES AVEC DES CAÏDS DU ROCK

    ET DU ROMAN NOIR

    MICHEL EMBARECK

    (Les Editions Relatives / Février 2025)

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             Ne dites pas Embareck, dites Embarock. D’abord une préface. Pour mettre les chrockse au point. Il y a rock et rock. Le rock d’avant et le rock d’aujourd’hui. Celui d’aujourd’hui, il s’est dinosaurisé. Surtout en notre pays. L’est devenu un plantigrade balourd dont tout le monde se détourne. S’est transformé en une espèce en voie d’extinction. Survit dans les zoos, les enfants ont le droit de leur jeter des cacahuètes. De braves bêtes inoffensives, châtrées dès la naissance.  Elevées aux hormones qui annihilent leur métabolisme de prédateurs. Parfois surgissent par miracle, par génération spontanée, quelques méchants tyrannosaurus aux dents longues à vous croquer la planète. Sont circonscrits en d’étroites réserves, seuls de rares amateurs tentent de les remettre en liberté, mais les institutions médiatiques veillent…

             Méfiez-vous de l’expression rock en vrac. L’est sûr que vous avez l’impression que Michel Embareck vous embarrasse avec ces trois cents pages remplies jusqu’à la gueule qu’il décharge au tractrock-pelle sans préavis dans votre cervelle trop étroite  pour accueillir tant d’informations. Je vous rassure, elles sont dûment classées par ordre chronologique. Surtout au début. Je vous laisse sur votre faim pour la fin.

             Vite submergé. Ne le plaignez pas. Il l’a voulu. Une simple lettre et le voici dans la gueule du monstre. Dans la rédaction du magazine rock : Best. L’ennemi héréditaire de Rock & Folk. De fait les amateurs achetaient les deux. Nous présente la rédaction de l’intérieur. Une belle équipe. Un patron, Patrice Boutin, pas d’accord avec la ligne, mais qui laisse faire puisque l’affaire tourne et rapporte… Lorsqu’il aura  en 1983 la désagréable idée de mourir au volant de sa Ferrari, Christian Lebrun sera nommé rédacteur en chef… Embareck arrive pour les belles années, celle du dernier mouvement rock d’importance le Punk. Un mouvement parti de rien mais dont la renommée essaimera sur tous les continents… C’est le moment de retrouver Marc Zermati, il est aussi présent sur la toute dernière photo de la denière page, photographié en compagnie de Michel Embareck.

             Notre auteur est à Londres en 1977, et à Kingston en 1978. Ces pages jamaïcaines sont à lire. Vous pouvez me croire, je ne suis pas un grand fan du reggae. Chapitre suivant, soirée chez Gainsbourg qui vient d’enregistrer Aux Armes et Caetera…

             Certes Embareck a eu la chance de traverser ces années folles mais tous ces faits sont tellement connus que l’on aurait tendance à dire que parfois les hommes sont modelés par les évènements et que les individus se contentent de suivre le mouvement. Même si par advertance circonstantielle  ils interviennent tant soit peu sur leur déroulement. Pour moi le livre commence vraiment avec le chapitre sur Alberta Hunter. Née en 1895, morte en 1984. Nous ne sommes plus dans le rock en train de se faire, l’on quitte le serpent qui déplie ses derniers anneaux pour remonter dans la matrice originelle. Oui nous sommes loin du rock. Alberta est une chanteuse de jazz. Une légende. Vous trouverez facilement sur le net enregistrements et éléments biographiques. Embareck lui consacre trois pages, mais c’est un tournant essentiel dans l’ouvrage. Non, il ne fera que citer de temps à autre quelques grands noms du jazz. Mais là n’est pas le sujet. Il s’intéresse à plus profond. C’est là où il se révèle.

             Si je vous dis que le chapitre suivant est un hommage à Little Bob, vous risquez de ne pas trop comprendre, quel rapport avec Alberta et Little Bob. Entre le jazz et le rock français. Aucun. A première vue. Ni au second coup d’œil. Par contre si vous utilisez le troisième hypophysical tout s’éclaire : le blues, en le sens où le blues est un certain engagement pour la vie, pour le blues, pour le rock’n’roll, car tout se rejoint souterrainement dans la grande mouture du rhythm ‘n’blues.

             Voici AC / DC, les enregistrements certes, avant tout des gars accessibles au service de leur musique. Du coq à l’âne. Voici quelques pages consacrées à Lavilliers. Pas spécialement au chanteur. Au voyageur celui qui va au Brésil. Du coup Embareck se barre, il prend la route. Rennes avec Bo Diddley et sa guitare. Bourges (anecdotique). Memphis : le circuit Elvis mais surtout l’emplacement du studio Stax détruit. Nous voici dans le Rythm & Blues. Mais faut encore descendre dans la terre d’élection.

             Nouvelle-Orleans, c’est là qu’il touche à ce que l’on pourrait appeler l’essence impalpable du blues dans la présence de certaines rencontres… La musique certes mais aussi la musique des mots, remontée vers le Montana pour rencontrer la littérature, l’américaine, celle de James Crumley, celle de Solomon Lee Burke, de Jim Harrison… toutefois la littérature n’est-elle pas une mythification, ces écrivains américains ne sont-ils pas considérés en leur pays comme des secondes gâchettes, voire des troisièmes couteaux… Suivez la pensée filigrane, notre attachement au rok’n’roll ne serait-il pas une mythification personnelle ?

             Toute question mérite réflexion. Et surtout une réponse. Embareck n’est pas homme à se prendre la tête. Ne va pas nous pondre un essai de cent pages. Va quand même nous en filer quatre-vingt. A la manière de ces maîtres Zen qui vous envoie une grosse baffe en travers de la gueule pour répondre à votre à question : ‘’ Maître, qu’est-ce que la violence ?’’  L’est moins cruel, il vous offre une douzaine de petites nouvelles.

             Elles sont à lire. Sont comme les gaufres, se dévorent sans faim. De la littérature française qui parle de rock, de blues, d’Amérique et surtout d’êtres humains qui se coltinent dans leurs existences ces invariants. Ces phares baudelairiens. Ces filtres du vécu qui permettent de mieux vivre.  Ces forces de régénération qui ont disposé la Nouvelle-Orleans à survivre à tous les Kaltrina… Pour la petite histoire celle que je préfère : Le rock comme arme d’instruction massive. Normal le nom sacré de Gene Vincent y figure.

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             L’Embareck est un stratège, l’a gardé le meilleur pour la fin. De la même veine que les nouvelles. Mais en plus court. Douze chroniques parues dans le magazine Rolling Stones. Chacune consacrée à un artiste. Ne vous y trompez pas. Lisez-les comme douze autoportraits de Michel Embareck. Douze mythifications tel qu’en lui-même il se change.

             En plus ça fonctionne un peu comme les arcanes du tarot, chacun y trouvera la carte de son destin. Pour moi celle de Wayne Hancok, n’est-il pas qualifié de Fantôme de Gene. Craddock.

    Essayez à votre tour, si vous lisez ce livre de Michel Embareck, les amateurs de rock y découvriront toujours une image qui les représente. C’est ce que l’on appelle le grand Art.

    Damie Chad.

     

    *

             Dernièrement, voir notre livraison 670 du 19 / 12 / 2024, nous avions chroniqué le dernier clip de P3C, une première rafale avant la sortie de l’album Negative Skills mais voici un deuxième coup de semonce ce mois de février :

    SHALLOW TIME

    POGO CAR CRASH CONTROL

             Ce coup-ci pas de vidéo, en lot de consolation vous avez un Reels, moi qui suis le premier à m’éblouir et à rester en contemplation sur le moindre fragment de poterie mésopotamienne, j’avoue que ces vidéos minimalistes tiktokiennes me laissent assez froid. En plus les Pogo sont diablement à l’étroit dans ce  format cigarettes mentholées, même pas ultra-longues, qui se vendaient dans les années soixante.

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             Bref une image fixe et du son, ration de combat minimaliste. Si l’on rajoute que le Shallow Time ne bénéficie que d’un timing de même pas deux minutes et demie, l’on a l’impression d’être dans ces restaurants où le garçon se sent obligé de vous renseigner que le steack est juste sous la frite.

    Certes c’est bien balancé mais l’on n’a pas le temps de voir passer, du déchiré mélodique, l’on s’envole mais après on reste un peu au repos en apesanteur, en orbite stationnaire un peu trop près de la terre, remarquez c’est un peu le thème abordé, besoin d’un peu de calme avant de reprendre l’ascension, on a l’impression que ça tient grâce au vocal delirium tremens d’Olivier.

    Les Pogo se sont adjugés quelques mois pour souffler l’année dernière, z’étaient sur le speed depuis plusieurs années, semblent avoir choisi d’essayer d’autres rhumbs de tangage, l’on sent que ce n’est plus comme avant, mais l’on aimerait avoir l’album in integro pour voir si ce n’est plus comme après.

    Il y a toutefois une justice immanente sur cette terre, puisque samedi dernier (22 février) ils étaient en première partie de Jack White au Trianon.

    Vous avez une vidéo sur YT qui ne vaut pas le déplacement, le son est mauvais, un rythme un peu lourd, une salle peu réceptive.

    Damie Chad.

     

    *

             Certaines choses vous attirent plus que d’autres. Par exemple le rock’n’roll. Pour moi j’ajouterai deux forces d’aimantation irrésistibles, la poésie et la mythologie. Gréco-romaine de préférence, or voici que jetant un œil distrait sur les nouveautés rock de la semaine, deux noms s’inscrivent en lettres d’or dans mes pupilles aiguisées, une déesse et une poëtesse. En plus pas  des moindres !

    INNOCENCES

    HECATE’S BREATH

    ( Chaîne YT : Hecate’s Breath / Janvier 2025 )

    Les rockers aiment Hécate. N’est-elle pas la déesse de des Carrefours. Robert Johnson pourrait vous en parler. Il ne l’a pas reconnue lorsqu’elle s’est présentée à lui, il  l’a prise pour le Diable, peut-être avait-elle emprunté cette apparence satanique pour qu’il comprenne que désormais il jouerait de la guitare comme un Dieu… Vous connaissez le destin de Robert Johnson. On a tendance à qualifier les dieux grecs de bons ou de méchants. Ce qui est particulièrement stupide. Les Dieux ne sont ni bons ni méchants. Ce sont justes des concepts opératoires qui ne se définissent point selon nos chétives catégories humaines.

    Hécate s’inscrit dans la lignée de Nyx, engendrée par Kaos. Le Kaos est une énergie dévastatrice qui sort d’une fente, elle perd de sa force au fur et à mesure qu’elle se déploie dans le vide, les premiers êtres qui sont sculptés par cette déperdition sont de terribles entités incommensurables, Nyx est la première fille l’aînée de tous ceux et celles qui suivront. Cette énergie finit par se stabiliser en les cinq matières élémentales. Les Dieux olympiens sont les rejetons des éléments.

    Pour ceux qui s’étonneraient de cette introduction, je précise que Le Souffle d’Hécate nous avertit en trois mots  de sa vision du monde : Humanity is obsolete. Court mais éloquemment significatif. Le groupe a aussi défini sa musique comme ‘’desincarnate doom’’.

    Pour ce qui suit je ne saurais que vous renvoyez au film de Terence Davies, A Quiet Passion. Qui raconte la vie d’Emily Dickinson (1830 – 1886) qui vécut chez elle, entourée de sa famille, volontairement recluse en sa chambre, une expérience poétique à mettre en relation avec celle de Joe Bousquet (1897 – 1950). Sinon lire les poésies d’Emily Dickinson, près de deux mille poèmes, dont vous trouvez un parfait exemple sous la vidéo :

    Ah, Necromancy Sweet !

    Ah, Wizard Erudite !

    Teach me the Skill,

    That I instil the Pain

    Surgeons assuage in Vain

    Nor Herb of all the Plain

    Can Heal !

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    (Ah, Nécromancie douce ! Ah, Sorcier Erudit ! Enseigne-moi l'habileté, Pour que j'instille la douleur Que les chirurgiens apaisent en vain Aucune herbe de toute la plaine ne / peut guérir !)

             Vous aimeriez en savoir plus : voici la réponse que  Hecate’s Breath adresse à une auditrice : Au risque de vous décevoir, nous préférons rester à l'abri de la lumière. Ici, sinon ailleurs. Anonymat. Pas de profit. Juste de la musique. Et quelques lignes vocales enregistrées sur un Samsung dans une bergerie. Jusqu'à ce que l'inspiration s'estompe.

             Je vous laisse faire les relations induites par la proximité d’Hécate et Emily Dickinson. Un dernier indice : elles ont déjà produit ce que je n’ose appeler un album au titre évocateur : Danse Macabre.

    Elrika : vocals, guitars / S. : vocals, noise, guitars, acoustic guitars  / TJ : vocals, cello / B. : vocals / Mélinoé : noise.

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    L’instinct du rocker : j’ai vu ces noms de fleurs, j’ai flashé sur deux : Aster, en Grèce Asteras, qui désigne la voûte étoilée, est la mère directe d’Hécate, puis sur Iris. J’ai tout de suite pensé à L’Iris de Suse qui est le titre du tout dernier roman de Jean Giono, un de ses meilleurs, une histoire d’amour fou, mais une folie gionienne, je suis certain, les voix, les images que c’est un groupe filles qui se cache derrière cet anonymat. Avec Giono je fais fausse route mais quand je croise Aster et Iris, le net apporte d’étranges lumières. Je tombe sur la critique d’un roman paru en 2022 dont je n’ai jamais entendu parler, de Sarai Walker, il s’intitule The Sherry Robbers, vous pouvez le lire dans sa version française, 624 pages chez Totem, tilt pour le titre : Les voleurs d’Innocence. Voici le thème : Belinda a eu six filles, Aster, Rosalinde, Daphné, Hazel, Calla, Iris, elle leur a prédit qu’elles mourront si elles se marient, elles meurent chacune à leur tour, enfin presque… Je ne voudrais pas déflorer le sujet… Sur une critique j’apprends que c’est un bouquin sur la résilience des femmes, la bêtise de mes contemporaines m’effraie, ailleurs on me le présente comme un roman goth, ce qui est sûr c’est que Innocences de Hecate’s Breath  s’inspire de Sarai Walker.

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    B’s Visions : question subsidiaire est-ce le B de Belinda ou le B de celle qui participe au vocal dans le groupe ! : fonctionnement de la vidéo, chacun des neuf morceaux bénéficient d’une image fixe : un souffle, un murmure très doux, des notes éparses, une impression de mystère magnifiée par cette robe de mariée retenue sur un cintre par les pans du voile, la proéminence du corsage ne fait qu’accentuer l’absence de toute chair féminine. Lumière blanche de la fenêtre surexposée, chambre obscure de l’appartement.

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    Aster : ma seule étoile est-elle morte, en tout cas il y a du verre cassé partout sur le plancher, ces hurlements, ces cris de terreurs, crise exacerbée, pur roman gothique, la musique devient-elle bruit parce que la vie devient morte, funestes résonances, ici c’est l’Hécate lunaire qui brille de sa pâleur mortelle… La vie serait-elle aussi factice que cette fleur de tissu dont la tige plonge dans un bocal sans eau.

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    Rosalind : donner à une héroïne le prénom Shakespearien de Rosalinde ne laisse augurer rien de bon… pièce délabrée mais relativement propre, une belle rose posée sur la table de bois vous offre ses piquants et sa corolle que l’on imagine de pourpre, presque des sonorités trompétueuses, la batterie s’emballe, le vocal est-il interpellation intempestive, règlement de compte ou crise d’hystérie, baisse d’intensité, serait-ce le coït après l’explosion du désir, ce coup-ci Rosalind tonne comme si elle était un homme, un orlandien, venu des terres dangereuses du désir. Presque un miroir interchangeable.

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    Daphne : serait-ce le portrait de Dorian Gray fixé par des chaines et des clous pour qu’il ne vieillisse plus et reste en vie, ou une métaphore de la métamorphose de la nymphe Daphné en laurier pour échapper à l’amoureuse poursuite d’Apollon, ou alors faut-il croire que les coups de marteaux que l’on entend ne sont pas pour le Christ que l’on cloue sur la croix mais destinés à représenter le sacrifice des jeunes filles vouées à recevoir le clou du désir dans leur vagin. Grands coups de merlin, exaspération prédatrice du mâle en érection, jusqu’à l’éclosion finale, sous les coups de boutoir les vantaux cèdent, l’ennemi tel un serpent, se faufile dans la brèche.

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    The Headless Bride : sur la photo elle a sa robe de mariée mais elle a perdu sa tête, autour d’elle les yeux nombreux de ceux qui tournent leurs regards vers cette apparition fantomatique, la musique tremble sur elle-même, est-ce une allégorie du sort réservés aux épouses de Barbe-Bleue, des voix de revenantes maudissent-elles leurs sorts funestes, ou alors serait-ce la vision prophétique et symbolique  du sort réservé à ses filles qui accaparent la tête de Bélinda. Vacillements, klaxons.

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    Hazel : des clous d’acier et des branches comme en rapportent à la maison les enfants qui ont joué dehors. Des cris, des exclamations, tout ce qui a eu lieu et qui maintenant est terminé, la noisette est perforée et brisée par le casse-noisette, musique forte et lente pour spécifier que l’inéluctable a eu lieu. L’on n’échappe pas à son destin. Rien ne sert de tourner dans sa tête ce souvenir prégnant.

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    Calla : peu usité en France ce prénom signifie Fleur. Cette fleurette ne refleurira pas au printemps prochain. La musique est assez pesante pour que l’on comprenne le genre de désagréments qu’elle a subis, tout ce qu’elle a enduré, sur la table les clous sont toujours là, quant à la pomme du désir elle semble à avoir été dure à avaler.

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    Iris : on n’ira pas jusqu’à dire en voyant cette pièce bien rangée, bien propre, qu’ici tout n’est que calme luxe et volupté, tout au plus un havre de paix, un refuge, l’a fallu qu’Iris se batte très fort pour échapper à l’emprise de son destin, elle a fui, poursuivi par une horde de désirs non contenus, elle s’est battue, elle a vaincu, elle a tiré son épingle du jeu piégé, elle est partie, elle a fui sa famille, pour qu’une prophétie ne se réalise pas, ne suffit-il pas de refuser de l’entendre quand on la prononce à votre encontre, celle qui la recevra sera votre absence, un véritable chaos dans la tête lorsque vous vous échappez.

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    Wounded : toutes les portes de l’appartement sont ouvertes, une forme blanche se profile au fond du couloir, est-ce Iris qui revient pour s’affronter à son destin, le regarder dans les yeux, elle a changé d’identité, elle s’appelle Sylvia, de longues années ont passé mais l’histoire que vous avez fuie vous rattrape toujours, elle veut s’incarner en vous, n’est-elle pas vous, n’est-elle pas votre essence même, paroxysme, hurlements de terreur, l’horrible court après vous et s’accroche à votre robe, pensez-vous que vous échapperez à vous-même. Même si vous persistez à être vous-même selon votre volonté, n’êtes-vous pas blessée. A mort.

             Le souffle d’Hécate est particulièrement violent. Malgré la nudité vous êtes en présence d’un groupe de black metal. Particulièrement brutal.

    Charnellement éprouvant.

    Damie Chad.

     

    *

    Les guerres indiennes ne sont pas encore terminées. Il reste juste, une fois que les temps de la survie seront terminés, à remporter la victoire. L’épisode que nous allons suivre remonte à loin. Il aurait pu être oublié. Il s’en est fallu de peu. C’est en farfouillant dans une boutique de disques qu’en 2010 Joe Steinhardt fondateur du label Don Giovanni Records tombe sur le premier opus de Winterhawk qu’i trouve remarquable. En 2021 il rééditera les deux albums que le groupe avait enregistrés.

    ELECTRIC WARRIORS

    WINTERHAWK

    (Don Giovanni Records / Octobre 2021)

    (Mother Earth Records / 1979)

    Le groupe fut formé en Californie par  Nik Alexander, un activiste Creek qui voulait former un groupe de hard rock  indien. Il fut rejoint par Alfonso Kolb originaire du Rincon Indian Reservation près de San Diego. Il emmena aussi son cousin Frankie Joe

    Ils ne sont pas le premier groupe indien de rock, Redbone le plus connu de tous par chez nous se forma en 1969… Par contre le groupe Winterhawk qui sortit l’album Revival n’a rien à voir avec eux et sont originaires de Chicago.

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    Belle pochette, nos quatre silhouettes d’indiens se détachent pratiquement au sommet d’une crête - serait-ce une allusion à la grande masse de la cavalerie des lakotas qui  à Little Big Horn surgirent de derrière une colline à la grande surprise de Custer – elles donnent au premier regard l’illusion de guerriers armés de fusil, non ils ne brandissent que des guitares. Inoffensives ?

    Nik Alexander : lead vocals, lead and rhythm guitar, lyrics / Frankie Joe : rhythm guitar / Frank J. Diaz de Leon : bass guitar, backing vocals / Alfonso Kolb : drums.

    Prayer : comme un crépitement d’oiseau qui fouille du bec en ses propres plumes ébouriffées, en dessous une percussion indienne un peu sourde mais point trop, la voix fragile de Nick Kent élève une prière vers le ciel, l’envol majestueux vers le soleil dans l’embrasement des guitares, demande d’aide, le peuple rouge a oublié la voie guerrière de l’aigle et de l’esprit, après l’élan le rythme impassible des tambours se tait. Got To Save It :  la terre et l’eau t’int été données pour être préservées, la voix s’élève presque tremblante, mais la colère prend le dessus, les guitares s’envolent comme des remparts de flèches, appel à la guerre, l’homme blanc n’est pas nommé, mais ses machines éventrent la mère originelle, une ronde de hargne, une charge  de poneys, un appel, un constat, un devoir de retour à l’équilibre des forces naturelles, le morceau déboule comme une mer de bisons qui déferle sur l’immensité des plaines. Black Whiskey : presque une berceuse, une guitare pleure à gros flocons, Nik a pris sa voix tremblante, l’orchestration s’intensifie, l’histoire d’une des plus cruelles blessures du peuple indien, l’eau de feu qui embrume l’esprit, qui enserre l’individu dans ses serres d’acier. Le poison irradie le sang, une seule solution rentrer à la maison, se retrouver chez soi, dans sa pureté natale, dans sa fierté d’homme, libre de sa camisole de force dont il est le seul responsable. Dark Skin Lady : un son qui n’est pas loin de Steppenwolf, Nik hache ses mots comme s’il lançait des poignards, après l’appel à la spiritualité, après une revendication que notre modernité nomme écologique, après une dénonciation de l’alcool, Nik aborde une problématique différente, celle de l’engagement de l’individu en ses propres désirs charnels, un sujet délicat, le sexe en tant qu’acte de perdition indienne, l’attrait de la ville, les filles faciles, la réserve comme un lieu de protection, de resserrement du peuple indien sur son propre sang. Préserver la force de l’esprit, mais préserver aussi le sang rouge. The Wind : ce n’est pas la réponse qui se trouve dans le vent selon Hugues Aufray, la beauté sous-jacente des chantonnements féminins ne doit pas nous détourner, écoutez plutôt l’éventration des guitares, la réponse est en toi, en ta responsabilité, si tu vis dans ce monde de folie, c’est parce que tu l’as accepté, n’écoute pas les anges blancs, prête l’oreille à l’esprit rouge. Dépêche-toi, fais le bon choix, ne t’endette pas pour toujours.   Restaurant : drôle de titre, si peu indien, on aurait préféré pemmicam ! Que voulez-vous la chair est chaude et l’homme si faible, le morceau roule comme le torrent du désir dévale des montagnes, la guitare aigüe se roule dans le stupre, les squaws se donnent ou se refusent comme elles veulent. Que peuvent les grands principes généraux quand ils sont confrontés à la singularité des individus. Selfish Man : ce n’est pas un hasard si les guitares froissent le son comme une feuille de papier que l’on jette dans le feu pour qu’elle brûle, parfois le vocal avance à pas menus comme s’il marchait sur le sentier de la guerre, le morceau n’est pas une réflexion éthique sue l’égoïsme congénital de l’espèce humain, le selfish man est l’homme blanc, une manière de le dénoncer sans le nommer, de le nier, de ne pas reconnaître sa présence,   ils ont commencé par prendre les terres et ils finissent par la grande menace, celle de l’énergie nucléaire, qui finira par stériliser la Terre Mère.

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    Custer's Dyin' : un titre pour lever toute ambiguïté, d’ailleurs il commence par rouler la grosse pierre arrasante du hard rock, il faut bien proclamer la seule et grande bataille significative remportée par l’homme rouge sur le l’homme blanc, sur ce diable de Custer qui brûlait les villages de toile, et massacrait les femmes et les enfants quand les guerriers n’étaient pas là pour les défendre, bien sûr il finit par ces espèces de criailleries de bandes de sauvages qui le soir tournent autour du feu pour fêter leur victoire. Fight : la dernière charge, la voix du chef  qui résonne dans toutes les poitrines de l’homme rouge, récitatif guerrier de tous les combats menés, de toutes les défaites subies, de tous les désastres, mais ce n’est pas fini , le chant s’élève au cœur des collines perdues, ils arrivent parmi les cris, ils mènent la dernière charge, tous derrière Crazy Horse et Sitting Bull, le peuple rouge est encore là.

             Cet Electric Warrior est à écouter sans fin, tient bien son rang parmi les centaines d’albums de hard rock parus en son époque. Il n’a pas eu le succès qu’il méritait, vu son contenu l’on se doute qu’il n’a pas eu le privilège d’être placé en tête de liste de diffusion des radios américaines, un peu de rose pâle oui, beaucoup de rouge sang, non !

             Quelle résonance a-t-il eue dans les réserves et la population indiennes, je n’en sais rien, il ne mâche pas ses mots quant à la responsabilité de tout un chacun… Nous n’avons que le gouvernement que nous méritons…

    DOG SOLDIER

     WINTERHAWK

    (Don Giovanni Records / Octobre 2021)

    (Mother Earth Records / 1980)

            Une couve bien moins réussie que la précédente. Est-elle tirée d’une bande dessinée. Si non, elle en est tout de même fortement inspirée. La pose de l’indien courageux qui s’offre aux fusils est certes courageuse mais le sacrifice n’est peut-être pas la meilleure façon de continuer le combat…

    Nik Alexander : lead vocals, lead and rhythm guitar, lyrics / Doug Love : bass guitar, backing vocals / Jon Gibson : drums, backing vocals / Gordon Campbell : bells.

             De la formation originale ne reste que le leader Nik Alexander. Le groupe a joué en première partie de Johnny Winter et de Metallica, mais Alfonso Kolb raconte que les concerts qu’il a préférés sont les prestations données auprès des enfants des écoles dans les réserves.

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    Our Love Will Last : un son davantage rentre dedans, il semble que pour ce deuxième opus l’on ait cherché l’ouverture vers un public moins militant, ce premier morceau est un beau brûlot, une belle déclaration d’amour enflammée, pas typiquement indienne, pas teepeequement rouge, vu la couve l’on s’attendait à quelque chose de de plus, si j’ose dire, rentre-dedans.  Honey Lady : chœurs féminins en entrée, l’on ne lésine pas pour attirer l’attention, attention c’est sérieux déclaration de mariage en bonne et due forme, enlevé, mais du tout-venant sans originalité, décevant quand on compare à l’enregistrement précédent. Crazy : l’amour rend fou, c’est connu, permettez-moi de ne pas partager cette folie collective, c’est agréable, ça vous caresse les oreilles dans le sens du poil, mais vous vous dites que c’est totalement inutile, vous faites une prière au grand esprit pour que la suite ne soit pas si fleur bleue. Davantage rouge ce serait beaucoup mieux. Loser :  si j’en crois le titre le Wanka Tanka m’a entendu, l’a mis du bon ordre, pas tout à fait comme je l’aurais voulu, le gars est parti… dans un groupe de rock, cela n’est pas pour me déplaire, oui quand le chat n’est pas là les souris dansent, elle ne l’a pas attendue, elle a changé de crèmerie, maintenant il regrette, il pleure, il crie, la guitare perce son cœur, franchement je ne peux rien faire pour lui, je suis content que le morceau soit terminé. Lady Blue : une introduction qui sonne Beatles, bref le gars pleurniche, file à la niche mon vieux, maintenant l’on se croirait chez Cat Stevens au coin du feu en compagnie de Lady d’Arbanville, je ne savais pas que les Indiens avaient traversé l’Atlantique et étaient venus visiter nos châteaux. Custer, au secours, reviens vite remettre de l’ordre ! We're Still Here :  je dois avoir un sacré ticket avec Wanka Tanka, l’a envoyé mille charriots bâchés dans les réserves, Winterhawk est un phénix qui renaît de ses cendres, il reprend son histoire là où il l’avait arrêtée, nous sommes encore là, entre temps la situation ne s’est pas améliorée, l’alcool coule à flot dans le gosier des guerriers avachis, le peuple rouge ne boit pas, il se suicide. Réveil brutal à la gueule de bois. Warrior's Road :  n’en a pas laissé tomber son acoustique pour autant, l’est vrai que le bruit et la fureur ne sont pas de mise, voici l’histoire des défaites amères, le sang a coulé, le courage n’a pas suffi, la route du guerrier est longue et triste, les bisons sont morts depuis longtemps, il ne reste plus qu’un goût amer dans la bouche… We Are The People : le même chant triste, et la même colère, la même fierté d’être le peuple qui n’a pas renié ses promesses qui a accueilli sans haine ceux qui venaient de loin, en butte aux persécutions religieuses dans leur pays, ils se sont installés et ont apporté la guerre, les guitares lancent du feu, mais le dieu d’amour et de vérité dont ils se vantaient tant, ils l’ont trahi. Le peuple rouge ne porte pas de paroles fallacieuses. I Will Remember : chant indien, tambour profonds, voix étranglée, chant tribal, maintenant la voix sussurante, la promesse sacrée, pour les femmes et les enfants, ceux qui ne sont plus et ceux qui viendront, celle de se battre pour le peuple rouge, le crier bien fort, rafales de guitares cinglantes. Je pense qu’à l’origine le disque devait, aurait dû, s’arrêter là. Rock And Roll Soldier : le morceau un peu tarte à la crème, pas mauvais en lui-même, un peu facile, vite entendu, vite oublié, pas plus mauvais que des dizaines d’autres mais pas meilleurs non plus. l’est vrai qu’il fait l’effet d’une mouche velue posée sur un nappé de chantilly. Indubitablement il existe un rapport avec Loser, mais il semble qu’après la révolte indienne, une seule solution, non ce n’est pas la révolution, ni la lutte armée, voici l’échappatoire, un bon vieux rock’n’roll et tous les problèmes sont résolus.

             Doit exister une différence ontologique entre les warriors même électriques et les chiens soldats… Dog Soldiers est le disque de trop. Trop éloigné du premier. Totalement décousu. La moitié des titres semblent hors-circuit. L’on a épuisé les fonds de tiroir. Une disparité dommageable. Une espèce de reniement…

             Nik Alexander, a continué son combat, les habitudes générationnelles changent, les jeunes sont moins attirées par l’alcool, se tournent vers les nouveaux produits… Dans Rock’n’roll soldier il clame la supériorité du pure rock ‘n’ roll sur le punk. Il rejoindra pourtant le mouvement Straight Edge issu du punk qui s’est démarqué du punk hardcore et refuse tous produits, tabac, alcool, drogues diverses… Le coup du balancier, tout mouvement appuyé suscite des réactions contraires. Nous entrons en sociologie, nous nous éloignons des indiens…

             La hache de guerre n’est pas encore déterrée…

    Damie Chad.