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  • CHRONIQUES DE POURPRE 537: KR'TNT ! 537 : JOE BOYD / ROD STEWART / LEMON TWIGS / WENDY RENE / MOTHER MORGANA / ALEISTER CROWLEY / DICK RIVERS / ROCKAMBOLESQUES

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 537

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR'TNT KR'TNT

    13 / 01 / 2022

     

    JOE BOYD / ROD STEWART

    LEMON TWIGS / WENDY RENE

    MOTHER MORGANA / ALEISTER CROWLEY

    DICK RIVERS / ROCKAMBOLESQUES

    London Boyd

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    C’est un peu grâce ou à cause de Jac Holzman qu’on ressort de l’étagère l’autobio du Boston boy Joe Boyd, White Bicycles. Jac nomma Joe correspondant d’Elektra à Londres. Mais pour dire les choses franchement, on attaque le Boyd book avec une certaine appréhension car le nom de Boyd reste lié à la scène folk anglaise, Incredible String Band, Nick Drake et Fairport. Ce n’est pas l’univers de Mick Farren, if you see whant I mean. Et puis «My White Bicycle» n’est quand même pas la meilleure des références : ce n’est ni «Arnold Layne», ni «Strawberry Fields Forever» et encore moins «I Can Hear The Grass Grow». Dommage, car comme on va le voir, London Boyd avait aussi flashé sur les Move.

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    Chacun sait que les a-priori sont faits pour être dépassés. C’est leur raison d’être. Alors tu entres dans ce petit book la fleur au fusil et à ta grande surprise, ce texte vivifiant t’embarque aussi sec pour Cythère. Joe Boyd nous sert un cocktail surprenant, à base de vitalité du style, de background richissime, d’intelligence du regard, il frise parfois le Dylan de Chronicles, mais ce qui le hisse au niveau des grands mémorialistes que sont Robert Gordon et Peter Guralnick, c’est un sens aigu de l’histoire. Mac Rebennack dirait plutôt qu’il était au bon endroit au bon moment - The right place at the right time - Joe Boyd eut en effet la chance extraordinaire de vivre deux épisodes marquants de l’histoire du rock : le festival de Newport 65 (Dylan goes electric, accompagné par des membres du Paul Buttlerfield Blues Band), et l’UFO à Londres (découverte du Pink Floyd de Syd Barrett). Les vivre est une chose, les relater en est une autre. Et Joe Boyd nous les fait revivre comme si on y était. Voilà pourquoi il est nécessaire de lire ce petit book.

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    Voici ce qu’il dit du Newport 65 : «(Non seulement Dylan avait transformé ce festival) qui ne serait plus jamais le même, mais il avait aussi transformé la musique populaire et la ‘youth culture’. Tous ceux qui souhaiteraient raconter l’histoire des sixties sous l’angle d’un passage de l’idéalisme à l’hédomisme doivent situer le moment charnière autour de 9h30, le soir du 25 juillet 1965.» Un peu plus loin, Joe Boyd raconte qu’au moment où son ami Paul Rothchild se prépare à entrer en studio avec les Doors à Los Angeles pour enregistrer leur premier album, lui est sur le point d’entrer en studio avec le Pink Floyd à Londres pour enregistrer «Arnold Layne» - In 1966, the world was changing by the week - L’autre moment historique est le 14-Hour Technicolour Dream qui a lieu le 29 avril 1967 à l’Alexandra Palace - The underground was becoming the mainstream - avec à l’affiche Pink Floyd, Arthur Brown, Soft Machine, the Move, Tomorrow, les Pretty Things, John’s Children, Alexis Korner, the Social Deviants, Champion Jack Dupree, Graham Bond, Savoy Brown, the Creation et des tas d’autres luminaries.

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    Joe Boyd reste lucide sur l’impact des sixties et de ses idéaux : «L’idée que les drogues, le sexe et la musique pouvaient changer le monde m’a toujours semblé être d’une grande naïveté. Alors que les effets de la contre-culture grossissaient, ses valeurs se détérioraient. Alors que les revers politiques faisaient la une des journaux, les idéaux se diluaient plus tranquillement, mais quand même de façon marquante pour ceux qui le voyaient.» Joe Boyd fait bien sûr mention d’Altamont et d’autres faits divers, mais ce qui le choque le plus dans la dérive de la contre-culture, c’est cette image anecdotique tirée d’un roman de Michael Herr (Dispatches) : dans les hélicos, les mitrailleurs de l’armée américaine s’amusant à buter des fermiers vietnamiens pour le plaisir tout en écoutant Dylan et Hendrix sous leur cockpit headphones. Pour Joe Boyd, cette image met définitivement fin au mythe des sixties - That finished off what remained for me - Et il ajoute : «Aujourd’hui, quand les modes musicales changent, (les murs de la ville ne tremblent plus), ils sont couverts d’affiches publicitaires vantant les mérites de superficially subversive artists.» Joe Boyd nous épargne la liste des noms. On les connaît. Berk.

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    S’il craque pour Londres, c’est parce qu’en 1964, il se trouve à l’Hammersmith Odeon. À l’affiche, les Animals, les Nashville Teens, et les Swinging Blue Jeans qui ont comme invités Chuck Berry et Carl Perkins. Et là, Joe Boyd voit un truc incroyable : «White teenage girls screaming ecstatically at Chuck Berry», c’est-à-dire le pire cauchemar de l’Amérique, des blanches qui s’éprennent d’un nègre ! Mais ce n’est pas tout. Joe Boyd reconnaît une silhouette familière derrière le rideau, sur le côté de la scène. John Lee Hooker ! La nouvelle se répand vite fait dans le public. Des gamines commencent à crier : «Quoi ? John Lee ? Où ça ?». Et tout le monde se met à réclamer John Lee. John Lee ! John Lee ! Alors là, Joe Boyd est complètement scié : «C’est à ce moment-là que j’ai décidé de m’installer à Londres et de produire de la musique pour cette audience. En comparaison, America was a desert. Ces jeunes Anglais n’étaient pas une élite privilégiée, they were just kids, Animals fans. Et ils savaient qui était John Lee Hooker ! Aucun blanc en Amérique en 1964, excepté mes amis et moi, ne savait qui était John Lee Hooker.»

    À un moment donné, Joe Boyd a des ennuis avec la justice anglaise à cause des drogues. Joe Boyd n’est pas Keef, rassurez-vous, mais l’épisode lui a permis d’observer que la justice, anglaise comme américaine, s’en prend exclusivement à ce qu’il appelle the underclasses : «Pendant les sixties, les autorités s’effrayaient de voir autant de kids respectables prendre des drogues. À leurs yeux, c’était la fin de la civilisation. Aujourd’hui, les traders sniffent de la coke, des millions de kids prennent de l’ecstasy chaque week-end et la société continue de fonctionner normalement. Alors les autorités peuvent se concentrer sur les pauvres qui sont toujours aussi dangereux, en utilisant les lois anti-drogues à des fins d’intimidation et de rétribution.» Bien vu Joe !

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    Avant de débarquer à Londres, Joe Boyd fait aux États-Unis un parcours d’amateur sans faute. Dans les early sixties, il commence par bosser comme tour manager pour George Wein, le boss du Newport Festival : Joe accompagne en tournée les artistes de blues, de ville en ville, à travers les États-Unis, comme par exemple Sleepy John Estes et son harmoniciste Hammy Dixon.

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    Voici une belle anecdote : ils roulent toute la nuit et en arrivant à Syracuse, dans l’État de New York vers 8h45, ils voient un bar ouvert. Chouette ! Joe pense pouvoir entendre des histoires sur Robert Johnson et les Beale Street Sheiks pendant le petit déjeuner, mais ses espoirs fondent comme beurre en broche avec les bouteilles de bourbon qu’il doit acheter pour Sleepy John et Hammy - They were drunk by 9.30 and out cold by ten.

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    Joe Boyd accompagne aussi en tournée Brownie McGhee, Sonny Terry et le Reverend Gary Davis. Ils se produisent dans les coffee houses et les folk blues festivals - Originaires de Caroline du Sud, Brownie et Terry avaient suivi Leadbelly on to the 1940s folk circuit - Puis Joe nous brosse des trois personnages des portraits extrêmement pertinents : «Brownie était un habile finger-picking guitarist. Il était assez rond. Il marchait avec une cane et boitait. Derrière son apparente politesse, il y avait une énorme amertume : le fait d’avoir joué pendant des années pour des publics blancs avait laissé des traces. De son côté, Sonny était le génie du rural blues harmonica. Il était aveugle de naissance. Il était si gentil et si déférent derrière ses lunettes noires qu’on ne savait jamais ce qu’il pensait. J’ai découvert qu’une fois sortis de scène, Brownie et Sonny ne pouvaient pas se supporter. La seule chose sur laquelle ils arrivaient à se mettre d’accord, c’est qu’ils ne voulaient aucun contact avec le Reverend Gary, sans doute à cause d’une histoire ancienne.» Joe passe ensuite au Reverend Gary Davis, aveugle lui aussi. Pendant l’entre-deux guerres, il a sillonné les routes et prêché dans tout le Deep South. C’est dans le Bronx new-yorkais qu’on a découvert nous dit Joe «ses monumental skills in a long-forgotten ragtime picking style», et des tas de petits blancs sont venus chez lui prendre des cours de guitare - Gary avait une sacrée allure. Son menton était couvert de chaume gris. Il portait un chapeau fatigué et un vieux costume noir tout froissé. Quand ses lunettes noires glissaient sur son nez, on voyait le blanc de ses yeux d’aveugle. Un matin au breakfast, il horrifia Rosetta Tharpe et son mari/manager Russell : il attrapa d’une main tremblante l’œuf sur le plat qu’on venait de servir, le positionna au dessus de sa bouche ouverte, et, alors que le jaune d’œuf s’écoulait goutte à goutte sur sa chemise, il l’enfourna d’un bloc. Le blanc dégoulinant de graisse dépassait encore de sa bouche alors qu’il était en train de mâcher.

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    Joe Boyd adorait ces vieux personnages hauts en couleur, mais il avoue que de se s’occuper du Reverend Gary était un boulot à plein temps. Pour lui, il n’existait pas de meilleurs guitaristes que Sister Rosetta Tharpe et le Reverend Gary Davis. Joe accompagne aussi Rosetta en tournée, une Rosetta qui dit un jour à Joe : «By the time I was eighteen, I had my boots laced on up to my hips !». Quand elle eut des hits dans les années 40, Rosetta put acheter une maison avec son mari Russell à Philadelphie. Rosetta portait aussi nous dit Joe «une perruque rouge, un manteau de fourrure et des talons hauts. Elle était déjà allée jouer plusieurs fois en Europe» - Se retrouver assise pour le breakfast à côté du Reverend Gary, le genre d’homme qu’elle avait croisé 35 ans plus tôt sur les routes poussiéreuses de l’East Texas, ça n’était pas du tout ce qu’elle imaginait en acceptant de participer au Blues and Gospel Caravan qui allait débarquer en Angleterre. Encore un moment historique au crédit de Joe Boyd, qui en est l’un des acteurs, puisqu’il en est le tour manager - La tête d’affiche de la tournée était Muddy, un homme d’une extraordinaire dignité. Il se tenait très droit et s’habillait sharp. Il portait toujours un fedora, une petite cravate grise et une chemise blanche immaculée. Son regard était bon, mais il restait prudent avec moi - Joe Boyd vénère aussi the ceremonial priest of an exotic religion, Roland Kirk, «blowing continuous arpeggios in three-part harmony usisng his circular breathing technique».

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    Comme Joe grenouille dans le milieu des musicologues du blues, il finit par croiser ces deux croisés de la musicologie que sont Alan Lomax et Harry Smith. Lomax est allé dans les campagnes les plus reculées des Appalaches et du Deep South pour enregistrer ce qu’il appelle the field recordings. Quant à Harry Smith, il est connu dans le monde entier pour son masterful Anthology Of American Folk Music. C’est lui qui a enregistré Bukkah White. Et là Joe Boyd devient fascinant, car il nous dit pourquoi ces deux hommes sont tellement différents, cette différence qui existe entre l’avant-garde (Smith) et la old guard (Lomax), une différence qui allait conduire au fameux clash de Newport 65 : «Lomax était un ours, un coureur de jupons, un homme sûr de lui et de ses théories à propos de l’interconnexion entre les musiques des divers continents. En allant avec son magnétophone fréquenter les bagnards des chain-gangs du Mississippi et les Italiens qui exploitaient des champs de tabac, il avait développé des manières un peu rudes. Quant à Smith, il était devenu accidentellement collectionneur d’enregistrements de musique traditionnelle. C’était un homosexuel qui tournait des films expérimentaux, qui parlait plusieurs Native American languages et qui fumait fréquemment des joints. Sa collection de disques recouvrait presque entièrement le sol de sa chambre au Chelsea Hotel, pas très loin de l’appartement de Lomax on the West Side. Les chanteurs de folk new-yorkais préféraient les field recordings de Lomax, alors les musiciens de Cambridge, Massachusetts, préféraient les 78 tours commercialisés par Smith : Big Bill Broonzy, Jimmie Rodgers, the Carter Family et Blind Lemon Jefferson furent des stars des années 20 et 30 pour des raisons évidentes. Leur dimension artistique surpassait de très loin celles des amateurs qu’enregistrait Lomax. Alors Lomax voyait d’un sale œil cette commercialisation. Lors d’un dinner party à Londres dans les années 80, je lui fis remarquer que les folkloristes et les producteurs étaient des professionnels qu’on payait pour enregistrer de la musique destinée à un public ciblé. En guise de réponse, il m’invita à sortir pour continuer le débat à coups de poings.»

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    C’est à Cambridge, Massachusetts, en 1963, que Joe Boyd entend chanter Bob Dylan pour la première fois : «Je suis tombé au sol comme si on m’avait assommé. Pendant un long moment je n’ai pas pu bouger, et j’en avais les larmes aux yeux. (Ça se passait quelques mois après la crise des Missiles à Cuba). Aussitôt après ‘Hard Rain’, il enchaîna avec ‘Masters Of War’. Dans la petite pièce, la voix nasale de Dylan et son strumming de guitare vous enveloppaient.» Joe voit Dylan évoluer rapidement entre 1963 et 1965, il le voit échapper aux chapelles et prendre une avance considérable, prêt nous dit Joe à lancer l’assaut final sur la forteresse de l’American popular music - The next time our paths crossed, at the ‘65 Newport Folk Festival, I would help him storm the citadel - On est ravi que deux esprits aussi brillants se soient rencontrés.

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    Plus loin, Joe Boyd compare les deux cultures : l’anglaise et l’américaine. Il observe que les Anglais qui montent un groupe sont souvent plus originaux que ne le sont leurs collègues américains, trop respectueux de leurs racines musicales pour les recréer - Dylan, always the exception, was almost British par son insouciance, sa grâce vocale et la fluidité de sa technique de jeu - Et là, Joe Boyd pousse fabuleusement son raisonnement : «Dans une interview, Keith Richards explique qu’il n’avait au moment de sa rencontre avec Jagger qu’un seul EP, un EP que je connais bien sur Stateside, sous licence Excello, avec Slim Harpo d’un côté et Lazy Lester de l’autre. À force de l’écouter, ils ont rincé cet EP jusqu’à la corde. C’est une façon de voir les Stones comme une South-East London adaptation of the Excello style. S’ils avaient eu plus de disques, leur musique aurait sans doute été moins distinctive.» C’est sa façon de rendre hommage aux Anglais et à leur sens inné de la recréation.

    Quand il débarque pour la première fois à Londres au printemps 64, Joe voit les Pretty Things sur scène - I was impresssed, not so much by the derivative music, but by the show - Il trouve Phil May très efféminé. Plus tard il deviendra ami avec Phil et fera deux découvertes : «Un, l’autre talent de Phil est le tennis, dans les années 80, il m’a appris à améliorer mon revers. Et deux, Phil a toujours été bisexuel.»

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    C’est là que Joe Boyd apporte un éclairage fondamental sur la découverte du Paul Butterfield Blues Band : il se trouve un soir dans un club de McDougal Street, the Kettle of Fish, pour voir jouer Son House - the latest blues legend to emerge from the mists of history - À la même table, se trouve l’un des héros de Joe, Sam Charters, l’auteur de The Country Blues. Joe dit à Sam qu’il part à Chicago, mandaté par son boss George Wein pour rencontrer Muddy, et Sam lui dit : «Well there’s a band there you have to hear.» Joe se marre : «C’mon Sam, je sais tout de Magic Sam, de Buddy Guy, d’Otis Rush et de Junior Wells», des gens précise-t-il qui étaient alors encore inconnus. Et Sam lui dit non, «c’est un groupe avec des white kids et des black guys, led by an harmonica player called Paul Butterfield». Sam insiste pour que Joe aille les voir. Et il lui donne le nom du bar où joue ce groupe. Le lendemain matin, Joe appelle Paul pour lui raconter cette histoire. Paul prend l’avion pour Chicago immédiatement. Joe de son côté voyage en bus et arrive un peu plus tard. Bizarrement, cette info n’apparaît pas dans les deux Elektra books. Rothchild ne dit pas que l’info sur Butter venait de Joe, via Sam Charters. Joe et Paul se retrouvent donc dans ce bar de Chicago et quand Joe arrive, il voit Paul et Butter en train de se mettre d’accord sur les termes d’un contrat. Et quand Joe voit enfin jouer Butter, il est sidéré : «It was Chicago blues, hard edged and raw with nothing folk or pop about it.»

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    Retour au Newport 65. C’est Peter Yarrow de Peter Paul & Mary qui impose Butter au comité du festival. Les gens du comité sont attachés aux traditions et ne veulent pas entendre parler de modernité ni d’électricité. Joe : «Peter Paul & Mary étaient managés par Albert Grossman, l’ancien propriétaire d’un club de blues à Chicago qui était devenu l’équivalent américain de Brian Epstein. D’anciennes photos nous montrent un Grossman avec des petits yeux derrière des verres sans montures et vêtu d’un costume cravate. Depuis, ses cheveux étaient devenus gris et il portait des jeans. C’est Sally, sa femme, qu’on voit sur la pochette de Bringing It All Back Home avec Dylan. Grossman avait conduit Peter Paul & Mary au succès et il se préparait à y conduire Dylan.» Dans ce chapitre qu’il faut bien qualifier d’historique, Joe apporte des éclairages capitaux : «À l’exception du loyal Yarrow, le comité organisateur du Newport Folk Foundation haïssait Grossman.» Lomax qui faisait partie de ce comité organisait son Blues Workshop en marge du festival proprement dit. Il y programmait cette année-là Robert Pete Williams et Son House. Butter devait suivre et comme Yarrow l’avait imposé, Lomax l’avait accepté de mauvaise grâce. Alors pour introduire le set de Butter, il annonça some kids from Chicago qui ont besoin de tout un équipement électrique pour «essayer de jouer le blues». Grossman qui était aussi le manager de Butter était furieux. Au moment où Lomax passa devant lui, Grossman lui lança : «That was a real chicken-shit introduction, Alan», et Lomax bouscula Grossman. Puis, comme si ça ne suffisait pas, Lomax convoqua une réunion d’urgence du comité d’organisation, sans prévenir Peter Yarrow, bien sûr, pour un vote d’urgence : il voulait que le comité bannisse Grossman du festival - His crimes included not just the ‘assault’ on Lomax but being a source of drugs - Quand George Wein fut mis au courant de ce vote, il expliqua au comité qu’on ne pouvait pas virer Grossman, car tout le monde allait se barrer avec lui : Dylan, Peter Paul & Mary, Odetta et Butter, c’est-à-dire toutes les plus grosses stars du festival. Mais à ce moment-là, le pire est encore à venir : Dylan va passer à l’électricité ! Joe Boyd profite de l’épisode pour expliquer que Pete Seeger n’a jamais tenté de couper les câbles de la sono à coups de hache. Cette histoire dit-il est inventée de toutes pièces. Elle servait juste à illustrer le combat que se livraient les conservateurs et les modernistes.

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    Sur scène, c’est Joe qui branche Dylan. Al Kooper et Barry Godberg (keys), Mike Bloomfield (guitar), Jerome Arnorld (bass), Sam Lay (beurre) et Dylan montent sur scène pour l’un des épisodes les plus cruciaux de l’histoire du rock américain. Joe vérifie tous les réglages - Quand les musiciens furent prêts, j’envoyai mon signal au flashlight. The introduction was made, the lights came up and ‘Maggie’s farm’ blasted out in the night - Et Joe se rue devant la scène, dans la fosse réservée à la presse, pour suivre le concert - Si on le compare aux standards actuels, le son n’était pas très fort, mais en 1965 ce fut sans doute the loudest thing anyone in the audience had ever heard - Quelqu’un vient taper sur l’épaule de Joe pour lui dire qu’on veut lui parler dans le backstage. Alors il y va et tombe sur Lomax, Pete Seeger et Theo Bikel, furieux tous les trois : «Nous devez baisser le son, c’est bien trop fort !». Joe leur dit qu’il ne peut rien faire et qu’il faut aller à la régie. Ils lui ordonnent d’y aller pour faire baisser le son. Mais la régie, c’est Grossman, Yarrow et Rothchild qui trouvent eux que le niveau du son et bon - Tell Alan que le son est bon et dis-lui aussi qu’il aille se faire foutre - Yarrow accompagne l’injonction d’un doigt. Grossman et Rothchild éclatent de rire alors que Joe repart avec le message pour Lomax. Et c’est là que Joe Boyd, fabuleux écrivain et témoin de son temps, écrase le champignon : «Des paroles de chansons en roue libre, un mépris total des convenances et des valeurs établies, le tout accompagné by a screaming blues guitar and a powerful rhythm section, played at ear-spliiting volume by young kids. En 1965, les Beatles chantaient encore des chansons d’amour et les Stones jouaient a sexy brand of blues-rooted pop. Dylan c’était différent. THIS WAS THE BIRTH OF ROCK.» Et Joe ajoute : «Dylan avait laissé tomber the dialectic world of politic songs. Il chantait à présent his decadent, self-absorbed, brillant internal life. Il termina avec ‘It’s All Over Now Baby Blue’, crachant ses paroles avec le plus profond mépris à la gueule de the old guard.» Ces pages de Joe Boyd sur Dylan valent bien celles que Mick Farren lui consacre dans Give The Anarchist A Cigarette. Ils ont tous les deux perçu le génie de Dylan, un phénomène artistique qui est resté depuis lors inégalé. Ces trois books, le Farren, le Boyd et le Chronicles de Dylan appartiennent à la même communauté de pensée.

    Pour le remercier de l’avoir mis sur le coup de Butter, Paul Rotchild décroche un job pour Joe chez Elektra : Jac a décidé d’ouvrir un agence à Londres. Joe doit donc démissionner de son job pour George Wein. Sa mission à Londres va consister à découvrir de nouveaux talents pour continuer de moderniser Elektra.

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    Le premier groupe sur lequel Joe flashe, ce sont les Move. Chaque fois qu’un Américain débarque à Londres pour y séjourner, Joe l’emmène voir les Move au Marquee : John Sebastian, Zal Yanovsky, Paul Butterield, Mike Bloomfield, Jac Holzman, Phil Ochs et quelques autres y ont droit. Pour Joe, les Move sont aussi balèzes que les Who ou Hendrix qui ont été les révélations de Monterey : «Les Move étaient des ambitious working-class kids from Birmingham qui n’avaient aucune envie de révolutionner le rock, de prêcher l’amour et la paix ou de promouvoir les états seconds, tout ce qu’ils voulaient, c’était devenir riches et célèbres.» Joe fait un portait spectaculaire d’Ace Kefford, skeletal albino face - Ace went for the most powerful nail-your-chakras-to-the-seat-of-your-pants bass lines - Il voit Roy Wood comme un shaman-in-chief et Trevor Burton comme the innocent looking-one. Il qualifie leur musique de beer-drinker’s psychedelia - They made a far superior fist of deconstructing soul tunes than did Vanilla Fudge a year later - Alors Joe emmène Jac voir les Move dans leur loge à l’Edgbaston Mecca Ballroom. Il nous décrit la scène, et c’est comme si on y était : «(Cramped in the small room), Jac Holzman à la fois intimidant et impressionné, moi très sérieux, le Fagin-like Secunda and the monosyllabic Move. L’homme qui avait signé Jim Morrison et Arthur Lee était bien trop éloigné de son monde pour faire impression sur les Move.» Dommage. Les Move sur Elektra, ça aurait été le fin du fin, avec Love et les Doors.

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    À Londres, Joe Boyd croise donc ceux qu’il appelle les thugs - Les Thugs comme Grant et Don Arden ressemblaient à Lee Marvin dans Point Blank. Les exécutifs des maisons de disques installés dans leurs beaux bureaux n’imaginaient pas que des gens comme Grant et Arden pussent être aussi vicieux et aussi brutaux. Alors ces ronds de cuir acceptaient n’importe quoi parce qu’ils avaient peur. L’Américain qui suivait tout ça de près était bien sûr David Geffen - Selon Joe, il n’existait pas d’équivalent de ces thugs aux États-Unis. Les gens du Brill n’étaient absolument pas capables de gérer des artistes qui écrivaient leurs propres chansons et qui prenaient de l’acide. Comme Joe Boyd s’intéresse de près aux Move, il croise bien sûr Cordell & Secunda - Cordell & Secunda formaient la plus dépareillée des paires, mais ils eurent pas mal de succès entre 1966 et 1968 avec les Move, Procol Harum et Joe Cocker. Secunda venait de South London et avait grenouillé durant les early sixties dans le milieu du catch professionnel. Secunda était un gros dur de bandes dessinées, a reptilian hustler qui se vantait de ses séjours au placard. Il était vif d’esprit et doté d’un sinister charm. Cordell était aussi pimpant et relax que Secunda était moite et intrigant - Joe Boyd compare l’invasion du music biz par tous ces affairistes à l’invasion de l’Empire romain par les Wisigoths et les Ostrogoths : Lambert & Stamp (qui suivaient les traces d’Andrew Loog Oldham), Stigwood (qui se servait de Cream pour organiser l’avenir de Clapton), Mike Jeffreys (Joe l’écrit mal, il s’agit de Mike Jeffery, qui avait mis le grappin sur Chas Chandler et Jimi Hendrix), Chris Blackwell (masterminder de la carrière de Stevie Winwood), Chris Wright & Terry Ellis (Jethro Tull et Ten Years After), Peter Grant (Led Zep) - The Move en ratant leur conquête de l’Amérique, étaient l’exception - Oui, car Joe Boyd était convaincu que les Move pouvaient conquérir l’Amérique. Comme il est à Londres pour signer des groupes sur Elektra, il constate à un moment que pas mal d’occasions lui ont glissé entre les doigts : Stevie Winwood (à cause de Chris Blackwell), Cream (à cause de Robert Stigwood), Pink Floyd (à cause de Bryan Morrison), the Move et Procol Harum.

    C’est Joe qui rend le Pink Floyd célèbre à Londres dès 1966. Le Floyd n’est alors qu’un blues band fraîchement débarqué de Cambridge, mais Joe les trouve intéressants. Il fait écouter une démo du Floyd à Jac, mais Jac n’accroche pas. Tant pis. Alors que Joe cherche un autre label, Bryan Morrison lui brûle la politesse en emmenant le Floyd chez EMI. Comme Syd et les autres ont besoin de cash pour s’acheter une van, ils signent aussitôt pour récupérer l’avance. Cet échec laisse Joe assez amer.

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    Avec son copain John Hopkins, alias Hoppy, ils montent l’UFO fin 1966, parce qu’ils n’ont plus un rond. Joe ne bosse plus pour Elektra et Hoppy a cessé de travailler comme photographe pour International Times. L’UFO est au 31 Tottenham Court Road, sous une salle de cinéma. Le club est ouvert chaque vendredi soir de 10 h à 6 h du matin. Le soir de l’ouverture, le 23 décembre 1966, ils sont surpris de voir arriver autant de monde. En quelques mois, l’UFO fait connaître nous dit Joe «Pink Floyd, Soft Machine, the Crazy World of Arthur Brown, light-shows, tripping en masse and silk-screen psychedelic fly-posters». Hoppy et Joe louent le local à Mr Gannon, un homme charmant. Un soir, il prend Joe à part pour lui dire qu’il a le sentiment que certaines personnes fument de l’herbe - There’s a few people smokin’ dope in here - avec un trémolo à l’endroit du o de dope, nous dit Joe. Il répond alors à Mr Gannon : «Well, Mr Gannon, I can’t say this with absolute assurance, but I certainly hope you are mistaken.» Et Mr Gannon prend avec philosophie la répartie du Joe : «Well that’s as may be, and that’s as may be not, Joe. But all the same, je pense que ce serait une bonne idée de mettre le ventilateur en route.» Une fois que Bryan Morrison lui a barboté un Floyd qui est train de devenir énorme en Angleterre, Joe n’a plus qu’une obsession : trouver la groupe capable de remplacer le Floyd et de remplir l’UFO chaque vendredi. Tony Howard qui fait partie de la Morrison Agency revient vers Joe et lui propose de faire la paix. En signe de bonne volonté, il propose à Joe deux groupes gérés par l’Agency en remplacement du Floyd : Tomorrow et les Pretty Things. Alors Joe flashe sur les Tomorrow et ses concerts explosifs. D’où le titre de son récit. Avec son sens aigu de l’histoire, Joe estime les sixties vont de l’été 1965 jusqu’en octobre 1973 et connaissent leur pic le 1er juillet 1967 avec un set de Tomorrow at the UFO Club in London.

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    Joe croise aussi le chemin de Mick Farren et des Social Deviants. C’est Hoppy qui insiste pour que Joe vienne les voir répéter. Le résultat, c’est que Joe les trouve mauvais - Mick’s singing was devoid of melody and his group could barely play their instruments - Joe ne veut pas d’eux à l’UFO. Hors de question. Il dit à Hoppy qui insiste : «The Deviants would play UFO over my dead body.» S’ils veulent jouer à l’UFO, ils devront passer par dessus mon cadavre. C’est sans appel. Mais Mick Farren va se rendre indispensable en filant un coup de main aux entrées - Mick and his boys became a key part of my support team - Puis en avril 1967, Joe cède et laisse jouer les Deviants sur scène.

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    À la même époque, Joe entre dans sa période Incredible String Band, un duo folky folkah qu’il réussit à rapatrier sur Elektra. Jac en pince pour le folk, alors pas de problème. Joe pense que The Hangman’s Beautiful Daughter paru en 1968 est le meilleur disque qu’il ait produit. Alors autant prévenir les ceusses qui ne le savent pas : il faut vraiment aimer le folk pour entrer là-dedans. Dès «The Minotaur’s Song», on note une absence complète de magie et de mélodie. Mike Heron et Robin Williamson font dans le moyenâgeux. Il ne se passe rien. Mais les amateurs de folk obscur vont y trouver leur bonheur. Au fil des cuts, on observe que messires Heron et Williamson ne font aucun effort pour se rendre plus sympathiques. L’album tourne au cliché folk anglais. «Waltz On The New Moon» sonne comme une pauvre giclée de néant. On entend un glou glou dans «The Water Song», une chanson de troubadours. On est loin des Pink Fairies. Er avec «There Is A Green Crown», on est loin de Third World War. Pourtant c’est le même pays. L’album se réveille un peu avec «Swift At The Wind», un weird cut chanté à la plainte récurrente sur fond de gratté apoplectique. Le chant se veut immersif et la tendance est à la déchirure. Mais c’est vraiment tout ce qu’on peut en dire.

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    Le premier album d’Incredible String Band sur Elektra date de 1966 et n’a pas de titre. C’est du folky folkah pur et dur. Aucun espoir d’en sortir. La flûte double les coups d’acou, c’est assez rupestre, tout en restant soigneusement bucolique. Ils font même du festif de zyva mon gars avec «Schaeffer’s Jig». C’est le genre de truc qui doit faire baver Jac. Du vrai pur et dur à la mormoille. On ne saurait imaginer ni plus pur, ni plus dur. Heron et Williasmson sont dans leur petit monde bien hermétique. Ils attaquent «The Tree» à la flûte antique puis ils se prennent pour des mineurs du Kentucky avec «Empty Pocket Blues». C’est assez pointu car joué en picking des Appalaches. Ils font pas mal de fake Americana, et plus on écoute l’album et moins on leur fait confiance. On a l’impression avec «Niggertown» qu’ils prennent les gens pour des cons.

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    Paru l’année suivante, The 5000 Spirits Or The Layers Of The Onion est beaucoup plus intéressant, pour au moins trois raisons valables. À commencer par «Painting Box», un joli festival de gratté de poux, ah ça gratte sec dans le coin du springtime ! Ils grattent à la petite excédée avec une flûte en contrefort, et ça donne un mish mash assez puissant. Ces deux mecs sonnent comme les surdoués du régiment. L’autre point fort de l’album s’appelle «First Girl I Loved», une country pop anglais de niveau nettement supérieur. Il y a une fantastique énergie dans ce gratté de poux, c’est lui le gratté qui fait la grandeur du duo et ça devient tétanique car c’est bourré de feeling. Ils remontent aussi «Way Back In The 1960s» au country rock de String Band. C’est vraiment excellent, quel fabuleux brouet de fake Americana ! Non seulement ces deux Anglais se prennent pour des Américains, mais ils en ont en plus les moyens. Leur gratté de poux est sans doute le plus puissant d’Angleterre, c’est même trop américain pour être vrai. On comprend mieux pourquoi Joe a flashé sur eux. Les crin-crins inexorables de «Chinese White» ont dû plaire à Jac et le «No Sleep Blues» flirte avec Fred Neil. Ils sont dans une certaine richesse, un mélange de tradi Bribrit et d’Americana. Ils aiment bien jouer le cul entre deux chaises. Mais il faut leur reconnaître un sens aigu de la musicalité. Avec «The Mad Hatter’s Song», on les voit noyer leur soupe dans une psychedelia du tiers monde, c’est très étrange, ils soulignent leur do what you can aux instruments antiques. Ils adorent gratter de la fake Americana au bord de la Tamise. Leur parti-pris est de bousculer les préjugés, comme le montre «The Hedgehog’s Song». On finit par se faire avoir en beauté. Ces deux mecs sont beaucoup trop doués.

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    Sur le double album Wee Tam And The Big Huge paru en 1968, on trouve encore pas mal de petites friandises, notamment ce chef-d’œuvre fake Americana qui s’appelle «Log Cabin In The Sky». Il jouent ça au washboard et ça marche. Ils font ensuite de la dentelle de Calais avec «You Get Brighter», une dentelle de Calais florentine, bien détachée dans la lumière, c’est l’apanage du folk anglais. Comme souvent dans les trips, le mec ne lâche pas la rampe. Ils passent aux drug-songs avec «The Half Remarkable Question». Mike sort son sitar et Robin gratte ses poux, on se croirait à Marrakech. Ils ramonent bien les artères de la médina. Et comme le sitar favorise la montée au cerveau, ça devient de la pâmoison à rallonges. Joe nous dit que les String Band sont adeptes de la Sciento, mais on voit bien avec «Air» qu’ils sont aussi dans la dope. Ils font un peu d’orientalisme avec «Puppies», mais de l’orientalisme joyeux. Si on écoute ces albums, c’est uniquement parce que Joe Boyd dit avoir été remué, et comme c’est un homme de goût, on lui fait confiance. Mais il faut savoir se montrer patient. Avec son mélange de coups d’acou et de sitar, «The Yellow Snake» est presque beau, mais pour «Ducks On A Pond», ils partent en mode Bécassine. Une autre paire de manches.

    L’autre grand amour de sa vie de découvreur/producteur, c’est Nick Drake - There was something uniquely arresting in Nick’s composture - Joe pense que sa musique est «mystérieusement originale» et sa technique de guitare «complexe».

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    On comprend qu’il se soit passionné pour Nick Drake. Il suffit d’écouter les deux albums qu’il produisit pour Nick à Londres, Five Leaves Left en 1969 et Bryter Layter en 1971. Sur le premier se niche une véritable merveille d’intimisme Drakien, «The Toughts Of Mary Jane». Nick la nique à la magie pure, il a une façon unique d’instaurer son doux règne, c’est un mélange de magie et de brume, comme chez Robert Wyatt, c’est très pur, très rêvé, très attardé. On retrouve cette magie dans «River Man», gonna see the river man, Nick Drake fait régner une ambiance douceâtre et tiédasse, tout émane de sa voix et de sa façon de gratter ses poux. C’est violonné au plus mauve du crépuscule des dieux. Il crée l’ambiance à chaque retour de manivelle, avec un ton unique, une réelle chaleur de ton, c’est forcément inspiré, même si on ne court pas après le folk. Nick Drake ne travaille que dans la mélancolie fortement arpeggiée et donc mythifiée. Sa mélancolie est purement baudelairienne, elle fait écho à celle de Léo Ferré, «un désespoir qu’aurait pas les moyens». On reste dans l’éclat référentiel avec «Day Is Done» qui incarne l’aspect préraphaélite du rock anglais. Nick Drake propose une brume de son distinguée, très pure, très Burne-Jones, tu ne peux pas échapper au charme discret du vieux Nick. Il sonne tellement comme un port d’attache qu’on y jette l’ancre.

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    Bryter Layter est un peu plus sophistiqué et cette sophistication productiviste nous dit Joe ne plaisait pas à Nick. John Cale intervient sur deux cuts, «Fly» et «Northern Sky», qui sont un peu les points forts de l’album. Nick Drake attrape son «Fly» au vol, à la voix d’ange de nicotine qui va mal, please ! Il se fond dans sa mélancolie. «Northern Sky» symbolise la force de Nick Drake. C’est d’une rare puissance agonisante, ce mec pousse le bouchon de la beauté morose assez loin, il chante à la voix éteinte, mais il chante, il faut le savoir. Magnifique slow groove d’under the boisseau que ce «Poor Boy». Nick Drake navigue à la douce manœuvre de nobody knows, c’est très long, très orchestré, PP Arnold et Doris Troy font les chœurs, on entend du sax, on croit que Nick Drake touche au but, mais cette débauche de moyens l’indispose. Que fait-on dans ces cas-là ? On se suicide. Joe Boyd y revient longuement, sur ce suicide, une overdose d’antidépresseurs, officiellement. On revient à l’album et à l’«At The Chime Of A City Clock» qu’il chante sous le vent, c’est le goove suburbain. Il gratte ensuite «One Of These Nights First» dans l’ombre de l’underground, il tient son couldn’t be seen en haleine, c’est une merveille ténébreuse et lumineuse à la fois, on se love dans le giron du génie de Nick Drake, il est avec Syd Barrett et Robert Wyatt l’un des plus beaux artistes de son temps. Il chante littéralement sous le boisseau d’argent.

    Merci Joe Boyd pour ce beau livre et tous ces beaux albums.

    Signé : Cazengler, Joe Boit

    Joe Boyd. White Bicycles: Making Music in the 1960s. Serpent’s Tail 2007

    Nick Drake. Five Leaves Left. Island Records 1969

    Nick Drake. Bryter Layter. Island Records 1971

    Incredible String Band. The Incredible String Band. Elektra 1966

    Incredible String Band. The 5000 Spirits Or The Layers Of The Onion. Elektra 1967

    Incredible String Band. The Hangman’s Beautiful Daughter. Elektra 1968

    Incredible String Band. Wee Tam And The Big Huge. Elektra 1968

     

    Hot Rod - Part Two

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    Il n’est pas d’artiste plus intriguant que Rod The Mod. Considéré par beaucoup de gens comme un vendu, il n’en demeure pas moins un très grand artiste. Il fut un temps où le nom de Rod Stewart sonnait comme celui de Brian Jones ou de Ray Davies. Le Jeff Beck Group fut le plus grand groupe anglais de son temps, un groupe que Led Zep ne parvint jamais à égaler. Ceux qui ont vu les Faces sur scène savent qu’ils valaient largement les Stones, côté power, mais il ne leur manquait qu’une seule chose : des hits comme «Jumpin’ Jack Flash» ou «The Last Time». On ne va pas revenir sur l’époque Faces évoquée comme on l’a dit dans l’hommage à Ronnie Wood, on va se contenter d’explorer la carrière solo de Rod The Mod, une carrière qui a connu des hauts (très hauts) et des bas (très bas), comme toute carrière, surtout lorsqu’elle se mesure à l’échelle d’une vie. Il faut simplement garder bien présent à l’esprit que Rod the Mod est l’un des plus brillants interprètes de son époque. Son seul défaut fut peut-être de trop aimer l’argent. Mais comme Aretha ou Smokey Robinson qui ont eux aussi des discographies à rallonges, Rod réserve au gré des aléas quelques belles surprises.

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    Paru en 1969, le premier album solo de Rod The Mod porte deux noms différents : An Old Raincoat Won’t Ever Let You Down et The Rod Stewart Album. Il est aussi paru sous trois pochettes différentes : une belle en France avec une photo, une jaune aux États-Unis et une Vertigo en Angleterre qui donne le vertige. Avec cet album, Rod The Mod impose un style unique, un roddish sound qui est un mix de rock, de Soul et de folk assez capiteux car chanté au mieux des possibilités maximalistes. Il est essentiel de rappeler que ce premier album solo sort la même année que Beck Ola, un autre album classique de l’histoire du rock anglais. Le seul point commun entre Beck Ola et l’Old Raincoat est l’excellent «Blind Prayer», un heavy blues que Woody joue en sur-tension de bassmatic avec un Martin Pugh au devant du mix. Comme dans le Jeff Beck Goup, Woody joue en solo et il croise Pugh comme s’il croisait Beck, il le croise à n’en plus finir. Ces mecs savaient créer l’événement. L’autre coup de maître de l’album est la reprise de «Street Fighting Man», en ouverture de balda. Mickey Waller bat le beurre pendant que Woody & Pugh grattent leurs poux. Ils font de la Stonesy pure et dure et Woody quitte le cut en beauté avec un énorme solo de basse, comme John Cale dans «Waiting For The Man». On trouve encore une merveille sur cette A bénie des dieux : «Handbags & Gladrags», une mélodie signée Mike d’Abo. Rod The Mod ne fait qu’une bouchée de cette extrême pureté. Woody fournit le bassmatic adéquat, il joue en mélodie pressante et ses notes chevauchent les crêtes. Il joue un peu comme Ronnie Lane. D’autres merveilles guettent l’imprudent voyageur en B, à commencer par le morceau titre, l’Old Raincoat, avec un Woody qui chasse sur les terres du Comte Zaroff. Ce fantastique entertainer est de toutes les relances, il développe une énergie considérable. Keith Emerson joue sur «I Wouldn’t Ever Change A Thing» et le groupe de Rod ramène dans «Cindy’s Lament» autant de son qu’en ramenait le Jeff Beck Group, mais sans la folie de Jeff Beck. Ils terminent avec une version de «Dirty Old Town» chantée à la perfection et qui préfigure celle des Pogues.

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    Pendant toute la période Mercury/Vertigo, Rod The Mod va réussir à maintenir le rythme d’un ou deux hits par album, et pas des petits hits à la mormoille. Alors on décide de le suivre à la trace. Sur la pochette de Gasoline Alley, on retrouve l’old raincoat, mais vautré sur le trottoir, enfin, si on peut appeler ça un trottoir. Le morceau titre est un joli street folk que Woody joue en slide, avec Plonk Lane on bass. Ils s’amusent bien à jouer cette dentelle de Calais. Retour au vieux Bobby avec «It’s All Over Now», mais joué en mode Faces, c’est-à-dire heavy boogie de fin de soirée bien arrosée. C’est au tour de Plonk de faire le zouave à la basse. Il bat Woody à plates coutures. Il bouclent cette belle A avec une reprise du «My Way Of Giving» des Small Faces. Plonk se joint à Rod The Mod pour les chœurs et ça donne un résultat plutôt émouvant. Les deux hits sont planqués en B, à commencer par cette reprise de «Cut Across Shorty» délicieusement heavy. Rod met son énorme moulin en route, avec en sautoir le deep doom de Plonk. Ces mecs sont comme les éléphants, ils jouent énormément. Puis Plonk s’en va faire des merveilles sur sa basse dans «Lady Day». Il tisse un fil mélodique qu’il mêle à celui de Woody.

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    De tous les albums solo de Rod The Mod, Every Picture Tells A Story restera sans doute le chouchou des fans, à cause bien sûr de «Maggie May», hit de rêve pour tous les kids qui ont connu l’Angleterre des early seventies - Wake up Maggie/ It’s late september and I should be back to school - on a tous chanté ça en faisant du stop vers Londres. Effarante allure de Rod The Mod, avec la magie du beat de Mickey Waller - You stole my heart/ I couldn’t leave you If I tried - Si à l’époque on était romantique, on était baisé. L’autre coup de génie de l’album, c’est «Mandoline Wind», idéal pour un crack comme Rod. Il chante son Wind à merveille, dans un environnement de pedal steel et de mandoline. Le solo de mandoline est l’une des septièmes merveilles du monde. Le morceau titre entre aussi dans la catégorie des cuts vénéneux, car chargé de big sound et de big singing de gorge chaude. Rod The Mod propose aussi une sacrée triplette de Belleville : «That’s All Right», «Amazing Grace» et une reprise du «Tomorrow Is Such A Long Time» de Bob Dylan. Il fait aussi en B une reprise faramineuse d’«(I Know) I’m Losing You». Avec ce vieux hit des Tempts, Rod The Mod devient Rod The Mad. Il ramène tout le heavy power du Jeff Beck Group. Merveilleux déballage de big dumb sound. Lors du pont, les éléments se déchaînent, on assiste à une véritable escalade de la violence avec un Mickey Waller qui tribal tout seul dans sa cave.

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    On reste dans l’ère des grandes pochettes avec celle de Never A Dull Moment. On y voit un Rod The Mod rétro prostré dans son fauteuil. C’est en B que se niche l’excellente reprise d’«Angel». Hommage génial à Jimi Hendrix, avec Plonk on bass. Il joue en mélodie. On a là ce que le rock anglais peut offrir de meilleur. On retrouve Plonk et Woody dans «Time Blue», un cut digne de la couronne d’Angleterre. On retrouve aussi l’excellent mandoline-man Martin Quittenton dans «Lost Paraguayos». Ce son illustre aussi bien que le glam la magie de l’Angleterre des seventies et sur cette merveille, Woody joue de la basse. On l’entend aussi bassmatiquer derrière Rod sur «Italian Girls». Il semble que Rod ait trouvé sa voie, il a un vrai son, avec un Woody qui bombarde et un Quittenton qui brode. Par contre c’est Peter Sears qui joue de la basse sur «I’d Rather Go Blind», un heavy blues d’antho à Toto.

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    Le dernier album anglais de Rod The Mod s’appelle Smiler. Il pose en full regalia sur le devant, mais il faut aller voir à l’intérieur du gatefold (comme d’ailleurs dans celui de Never A Dull Moment) : on y voit toute l’équipe élargie : musiciens, entourage et même parents. Superbe photo de famille, avec un Woody en costard rouge, la rock star par excellence. D’ailleurs Woody se régale à jouer «Hard Road», ce fabuleux cut des Easybeats. Admirable shoot de Facy raunch. Ils s’amusent comme des gosses avec ce vieux boogie en caoutchouc. On trouve deux resucées de «Maggie May» sur cet album : «Lochinvar» et «Mine For Me», pourtant signé McCartney. Mais c’est avec ce pur hot Brit rock qu’est «Sailor», puis la reprise du «Bring It On Home To Me» de Sam Cooke que Rod The Mod donne la mesure de son génie. En B, il s’en va taper dans Goffin & King avec «(You Make Me Feel Like) A Natural Man». Dans la bouche de Rod, ça tourne à la magie.

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    Comme l’indique le titre, Rod The Mod quitte l’Angleterre en 1975 avec Atlantic Crossing. Adieu Plonk, Woody et le foot, voilà venu le temps du big american sound. C’est enregistré un peu partout, chez Hi, à Muscle Shoals, à Miami et du coup, on ne sait plus qui fait quoi. Par contre, on sait que Tom Dowd produit. On voit vite l’étendue du désastre : dans «All In The Name Of Rock’n’Roll», Rod The Mod perd tout le ruckus des Faces, même si les cracks de Muscle Shoals l’accompagnent (David Hood, Roger Hawkins, Al Jackson). Rod s’américanise pour un résultat dramatique. Il faut attendre ce «Stone Cold Sober» co-écrit avec Steve Cropper pour reprendre espoir, d’autant que Cropper gratte ça sec. Ça flirte avec la Stonesy. Et puis on se fait avoir avec la belle reprise d’«I Don’t Want To Talk About It» de Danny Whitten. Rod The Mod récidive un peu plus loin avec une fantastique interprétation de «This Old Heart Of Mine», un vieux hit signé Holland/Dozier/Holland. Signature de rêve, idéale pour un raucous comme Rod. Avec «Still Love You», il reproduit les dynamiques de «Maggie May». Il n’en finit plus d’aimer Maggie, I wouldn’t change a thing/ If I could do it all over again. Il crée vraiment une relation affective avec ses admirateurs. Pas facile de lâcher un mec comme Rod.

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    Rien n’indique sur le pochette d’A Night On The Town que l’album est enregistré à Muscle Shoals. On se croirait plutôt à la Maison Fournaise sur l’île de Chatou, là où fut peint le fameux Déjeuner des Canotiers. Bon ça reste du big Rod sound, mais avec un son trop américain. Il y a six guitaristes listés sur la pochette, du coup on ne sait pas qui joue sur «The Ball Trap». C’est vrai qu’on s’en fout. Sans l’Angleterre, Rod The Mod n’a plus de sens. Il n’est plus qu’un bon chanteur parmi tant d’autres. Il tente de refaire l’Angleterre des Faces à Hollywood, mais ça ne marche pas. L’album retombe comme un soufflé. Seul le morceau titre qui ouvre la Slow Face peut sauver cet album. C’est une merveilleuse rengaine. Il nous gagne à son corps défendant.

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    En 1977, rien à foutre de son Foot Loose & Fancy Free. Pffffff ! Pauvre ringard. On écoute tous les Buzzcocks ! «Hot Legs» ? Pffffff ! Il a des Vanilla derrière lui, Phil Chen on bass et le mec qui fait Woody s’appelle Jim Cregan. La voix de Rod est intacte, mais il est dans les hot legs. C’est la vie. Il faut attendre «You’re In My Heart» pour retrouver le styliste éblouissant. Sur la plupart des cuts, les Américains essayent de sonner comme des Anglais. Avec sa version de «You Keep Me Hanging On», Rod tente de rivaliser avec Mark Stein, mais ce n’est pas gagné, même s’il brûle bien le chant. Il termine avec «I Was Only Joking», une merveille de story telling - Suzy babe you were good to me - Pur jus de Rod The Mod américanisé. Il faut s’habituer à cette idée et ce n’est pas facile.

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    Suite de l’Américanisation des choses avec Foolish Behavior. On entre dans les années 80, c’est-à-dire la mort du rock. Alors Rod fait du boogie au bord de la piscine. On ne cherche même pas à savoir qui joue derrière lui, ça n’a plus aucun intérêt. Ah il y va le Rod avec son «Better Off Dead», il est devenu con comme une bite. Il a perdu l’art. Il va là où le biz le porte. C’est insupportable, mais il faut savoir que ça existe. On en souffre certainement autant que lui. Après tous ses grands albums, il est probable qu’il ait rechigné à se commercialiser à outrance. Il a encore de bons réflexes, comme le montre le morceau titre. Il nous dépasse quand il veut. Il est fantastique dans la fermentation de «My Girl» - She’s got a hold on me/ I mean my girl - Il revient comme un petit chat, mais c’est Rod la bête de sexe. Il chante son «Say It Ain’t Time» à l’extrême. Même dans des albums bizarres comme celui-ci, il peut chanter à la folie. Hot Rod.

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    C’est sur Tonight I’m Yours paru l’année suivante qu’on trouve sa version de «Just Like A Woman». Just perfect. The voice + the song. Dans le rôle du fan de Bob, Rod est parfait. Par contre, il fait un peu de diskö avec le morceau titre et ça coince. C’est l’occasion rêvée de dire du mal de ce chanteur extraordinaire. Il tape aussi dans le vieux hit d’Ace, «How Long». Ça marche à tous les coups. Un nommé Robin le Mesurier fait toutes les guitares. Mais le boogie de Hollywood n’a pas d’avenir («Tear It Up»). Rod parvient à sauver l’album à la force du poignet avec des trucs comme «Only A Boy» ou même «Jealous» qui frise pourtant le putassier. Il chante tellement bien qu’il finit par rendre tous ses albums attractifs.

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    Sur la pochette de Body Wishes, Rod porte un costard rouge Ferrari. On sauve un seul cut, là-dessus, «Move Me». Il y fait du hot Rod, il chante ça pied à pied, why don’t you move me ! Il chauffe à blanc le boogie rock de «Dancin’ Alone», mais ailleurs ça tourne à la putasserie. Son «Ghetto Blaster» est d’une atroce complaisance. Et la prod pue. L’époque veut ça. Mais c’est dans la pelle qu’il excelle, le Rod. Dès qu’il roule une pelle, comme dans «Strangers Again», avec sa petite langue de connard prétentieux, ça marche, et pourtant on le déteste d’avoir si mal tourné, mais bon, on l’écoute quand même. Sait-on jamais. On espère toujours une vieille resucée de Maggie May.

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    Camouflage est l’un de ses albums les plus putassiers. Il transforme l’«All Right Now» de Free en hit diskö. Comme il est millionnaire, il fait sa diskö des jours heureux. Il atteint probablement le fond artistique alors qu’il atteint le sommet de sa carrière de frimeur. Il tape maintenant dans la pop inepte («Heart Is On The Line»). Après Beck Ola, c’est intolérable. Quel gâchis ! Un si beau rocker ! C’est un suicide commercial, il devient une pauvre cloche avec son diskö funk de camouflage. Il a perdu toute sa crédibilité mais gagné des millions de dollars. Cet album est d’autant plus insupportable qu’on y voit une immense star se ridiculiser. C’est important de voir jusqu’où les gens sont capables d’aller.

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    On sauve le morceau titre sur Every Beat Of My Heart : il y redevient le magicien qu’on aimait bien. Mais pour le reste, il a perdu le fil. Il continue de chanter comme d’autres continuent de conduire. Comment a-t-il pu accepter de chanter une telle daube ? Ça restera un mystère. Au mieux du pire, il reste dans le vieux mode boogie-rock hollywoodien et fait du Rod. Il a du son, mais du son sophistiqué. Il a l’air de traîner dans un marigot, comme un vieux crocodile de luxe. Ça n’a plus de sens.

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    Après une série d’albums calamiteux, Rod semble reprendre son destin en main avec Out Of Order. On assiste au retour de la glotte parfaite dès «Lost In You». Sa glotte est son fonds de commerce, alors on ne va pas le blamer d’en avoir une aussi parfaite. Il est dans son son et son son marche, il est écœurant de frime, avec cette pochette de salon de coiffure, mais God, la voix est là. Il reprend l’habitude de retravailler ses chansons au corps comme le montre «My Heart Can’t Tell Me No». Il reprend le cap, il est le capitaine et c’est fantastique. Il retrouve les coudées franches et redevient l’immense artiste qu’il a été. Il fait une version diskö de «Nobody Knows You When You’re Down And Out», mais il la chante, c’est une version convaincue d’avance. Tout le monde a tapé dans ce vieux standard, Nina Simone, le Spencer Davis Group, Bobby Womack, mais Rod The Mod s’en sort avec les honneurs. Et voilà qu’il tape une version de «Try A Little Tenderness» et là t’es baisé. Il est dessus dès l’intro, à la chaleur de la voix. Il fait bien son Otis, oh yeah, il est le seul blanc à pouvoir retravailler la tenderness d’Otis, c’est merveilleusement orchestré, Rod patine dans le merveilleux verlainien, il creuse chaque syllabe dans le yeah yeah de so so easy, il redevient le chanteur de rêve qu’on adulait, le white niggah d’exception, il ramène le pathos dans les grandes orchestrations, les paquebots soniques qui traversent la nuit de Fellini et il monte sur le tard, comme Otis, mais sans aller jusqu’au gotta-gotta, dommage. Il termine avec un «Almost Illegal» amené à la Stonesy d’I said yeah. Le guitar slinger s’appelle Andy Taylor.

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    Paru en 1991, Vagabond Heart fonctionne aussi comme un sursaut. On y trouve trois merveilles à commencer par «Rebel Heart». Grosse prod. Il y ramène son swagger de London boy, putasssier oui, mais avec du son. Il fait un duo d’enfer avec Tina sur «It Takes Two». Il tape ça sec avec la Tina d’after Ike. Et puis il y a cet hommage miraculeux à Motown, «The Motown Song». Sinon, le vieux Rod se ressource aux fontaines de blé. Il cultive le charme puant de la bourgeoisie hollywoodienne. Mais bon, on l’écoute quand même. This is Rod, after all.

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    Suite de la phase de redressement artistique avec un troisième album bien foutu, A Spanner In The Works. Ça grouille de goodies là-dedans, à commencer par l’infernal «Muddy Sam & Otis» - I was only seventeen - Pas de plus bel hommage - Thank you Sam, thank you Otis, thank you Muddy for the times we shared/ For the sounds you made - Il n’y a que Rod qui puisse chanter ça à l’accent cassé. Autre énormité : «Delicious», fabuleux shake de big shakeout, ça joue à la déflagration orchestrale et c’est même assez raunchy, baby. Rod a conservé ses instincts carnassiers. Il rend encore un hommage à Sam Cooke avec «Soothe Me». Il remplit encore l’espace de façon extravagante avec «Purple Heather», il sort sa meilleure chaleur de ton, et cet enfoiré en abuse. «The Downtown Lights» prend vite des proportions de Beautiful Song. Comme c’est globalement un album de reprises, il tape aussi dans Tom Petty («Leave Virginia Alone») et Dylan («Sweetheart Like You», tiré de l’album Infidels). Tout ce que chante Rod est bon, c’est important de le rappeler, il chante à la vie à la Rod. De vieux relents de Maggie May remontent dans «Lady Luck» et le vieux «You’re A Star» de Frankie Miller lui va comme un gant.

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    Encore une photo de salon de coiffure pour When We Were The New Boys paru en 1998. Curieusement, il y fait une resucée d’«Oh La La», le vieux cut de Plonk et Woody. Ça joue à la folie Méricourt avec des violons irlandais. Rod colle à son destin. L’album est placé sous l’égide des Faces puisque ça démarre avec un «Cigarettes & Alcohol» qui perpétue la perpète des pépères. Puis il tape une cover du «Rocks» des Primal Scream. C’est assez brillant, plein de Rod, plein de power et plein de cuivres. Belle dégelée, en tous les cas. Il reprend plus loin l’«Hotel Chambermaid» de Graham Parker qu’il considère comme un concurrent. Hot Rod fout le paquet, il a toutes les guitares d’Hollywood derrière lui. Il ne fait qu’une bouchée du morceau titre, il adore redémarrer à l’épique du deuxième couplet, il ne manque plus que les cornemuses. Sacré Rod ! Il reprend aussi Skunk Anansie («Weak») et les Waterboys («What Do You Want Me To Do»). C’est du sans surprise.

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    Human sort sur Atlantic en 2001. Il y fait son numéro sur deux gros cuts, «To Be With You» et «Run Back Into Your Arms». Il ultra-chante au max du mix, comme il sait si bien le faire. Difficile de ne pas craquer face à tant de talent. Le jour où tu trouveras un mec qui chante mieux que lui, fais-le savoir. Il faut le voir aller chercher le groove. Avec «Peach», il propose un boogie assez convulsif, bardé de guitares et de violons. She was dark, il parle d’une petite black, il fait des confidences en mode rock’n’roll, et c’est excellent. Et pourtant l’album part du mauvais pied avec des trucs assez putassiers. Il faut attendre la fin de l’album pour retrouver la terre ferme, il ultra-chante «It Was Love That We Needed» et il nous refait le coup du big Rod avec «I Can’t Deny It», il chante tout ce qu’il peut, il devient moche avec son gros pif, mais il claque sa chique, le vieux Rod continue de passionner, il est à la fois le clown du système et un maître chanteur incontestable. Trente ans après ses débuts, il est toujours là, bon an mal an.

    En 2002, il entre dans une nouvelle phase, une sorte de consécration, qu’on appelle la phase du Great American Songbook, avec sept albums enregistrés sur huit ans. C’est une renaissance artistique, une façon de nous dire qu’il évolue bien. Il faut juste écouter cette série d’albums basés sur l’équation parfaite : the song + the voice. C’est du gagné d’avance.

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    Le volume 1 s’appelle It Had To Be You: The Great American Songbook et renferme deux pépites : «They Can’t Take That Away From Me» et «That Old Feeling». Le premier est signé Gershwin, c’est du swing joué à la pompe de jazz et Rod se situe au dessus des lois. Le deuxième est signé Chet Baker & Brook Benton, un classique du groove que Rod remonte au feeling, comme un saumon remonte le courant. Effarant ! La voix est là. Rod ne se sent plus pisser. Une merveille ! Il tape bien sûr dans Sinatra («The Way You Look Tonight» et «It Had To Be You»). Comme Bryan Ferry avant lui, il tape dans «Those Foolish Things», un vieux hit d’Ella et de Billie Holiday, Rod s’y colle et il rentre dans le lard du groove, alors forcément, on craque, tellement c’est beau. D’autres pures merveilles s’ensuivent, «Moonglow» et «I’ll Be Seing You» chanté aussi par Billie Holiday. Mais ce premier tour de manège finit par donner le tournis, surtout l’«Everytime We Say Goodbye» de Cole Porter, trop de swing, trop de professionnalisme, trop de son, trop de chant, on frise l’overdose. Tout est tellement glamourous, le vieux Rod explose toutes les turpitudes hollywoodiennes.

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    L’année suivante paraît As Time Goes By: The Great American Songbook Vol II. Même principe : des standards triés sur le volet chantés par l’un des plus grands interprètes du XXe siècle. Il se prend pour Chet Baker avec «I’m In The Mood For Love», c’est gonflé, mais ça passe. Le cut magique du Volume II est cette reprise d’«Until The Real Thing Comes Along», un heavy groove convaincu d’avance, c’est blanc mais c’est bien - My heart is yours/ What more can I say - Encore de la magie pure avec «I Only Have Eyes For You». Il entre dans le territoire sacré du doo-wop légendaire et ça tient en haleine. Il revient à Gershwin avec «Someone To Watch Over Me». C’est du très grand art, une merveille d’espoir et de swing. Il duette avec Queen Latifah sur «As Time Goes By» et ça tourne encore une fois à la magie pure - You must remember this/ A kiss is just a kiss - Irrésistible. Il rafle encore la mise avec le heavy groove de «Don’t Get Around Much Anymore». Il rafle toutes les mises. On le voit plus loin se prélasser dans «My Heart Stood Still», un vieux hit de Sinatra. Ces albums sont des bénédictions, à condition bien sûr d’aimer l’univers du croon.

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    Le volume III est sans doute le plus intense. Il s’appelle Stardust: The Great American Songbook Vol III et Rod attaque avec «Embraceable You» qu’il chante dans le gras du groove. Il enchaîne avec «For Sentimental Reasons», une Beautiful Song qu’il dévore à pleines dents, une merveille absolue d’I give you my heart, yeah yeah. On ne présente plus «What A Wonderful World». Rod entre dans l’eau magique du Wonderful World et Stevie Wonder l’accompagne à l’harmo. Il duette aussi avec Bette Midler sur «Manhattan», puis il swingue «Isn’t It Romantic» jusqu’à l’os. Avant Rod, ils sont tous passés par là : Ella, Chet Baker, Tony Benett et Mel Tormé. Encore un Gershwin avec «I Can’t Get Started», cette fois Rod fait son Louis Armstrong, il étale sa pâte dans le chant. Puis voilà «A Kiss To Build A Dream On», jazzé dans l’œuf du serpent, véritable apanage du swing d’antan, Rod est trop fort, trop subtil, il épuise la cervelle. Il duette enduite sur «Baby It’s Cold Outside» avec Dolly Parton et ses boobs. Elle sent bon le sexe. Retour à la racine du swing américain avec le «Night & Day» de Cole Porter. Ce swing galactique reste imbattable.

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    Il attaque Thanks For The Memory: The Great American Songbook Vol IV en duettant avec Diana Ross sur «I’ve Got A Crush On You». Cette vieille rosse de Ross ressort ses manières de courtisane, ça frise la putasserie et Rod paraît troublé. C’est très sexuel comme assemblage, elle ramène ses lèvres d’experte et ça devient vite équivoque. Nouveau duo de choc avec Chaka Khan et «You Send Me». Cette fois, ça chauffe ! Chaka ne lâche rien, elle arrive et balaye tout. Elton John a réussit à taper l’incruste dans «Makin’ Whoopee». Une chose est sûre : ce mec sait chanter. Encore une fantastique leçon de swing avec «Taking A Chance On Love». Il tient bon la rampe jusqu’au bout de ce volume IV, surtout avec «I’ve Got My Love To Keep Me Warm», il nous fatigue et il nous fascine en même temps, mais on l’encourage, vas-y Rod ! C’mon !

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    Le dernier volume du Great American Songbook paraît en 2010 et s’appelle Fly Me To The Moon: The Great American Songbook Vol V. Rod l’attaque avec un vieux hit merveilleux, «That Old Black Magic» qui date de 1942, du temps de Glenn Miller et de Judy Garland. Rod y plonge ses crocs d’artiste et de greedy man et en fait un hit de big heavy pré-American Sound. Puis cet enfoiré tape dans Charles Trenet avec «Beyond The Sea», il tente de récréer ce rêve de La Mer qui ne lui appartient pas, laisse tomber Rod, tu veux swinguer comme Charles ? Non, c’est Charles qui swingue, Rod sonne comme un parvenu américain, il oublie de swinguer la fin du cut, il n’a pas le power du fou chantant. Puis il va sur les terres d’Ella avec «I’ve Got You Under My Skin», c’est assez gonflé de sa part. Ce volume V est un drôle d’objet : à la fois une bénédiction (bien chanté) et une insulte aux interprètes originaux. Ces mecs-là se croient tout permis, et pourtant les reprises sonnent comme des hommages. Il file ensuite sur les terres d’Esther Phillips avec «What A Difference A Day Makes». Mais Rod ne fait pas le poids. Cette merveille appartient à Esther, Rod n’a pas le feeling intrinsèque qui fit la grandeur de Little Esther. Il retourne à la suite sur les terres de Sinatra avec «I Get A Kick Out Of You» et «I’ve Got The World On A String», c’est encore là que Rod est le plus à l’aise, dans le vieux groove de Cole Porter. Il revient à Sinatra avec «Fly Me To The Moon» et boucle avec le «Sunny Side Of The Street» de Louis Armstrong.

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    En 2006, il fait un album de reprises assez spectaculaire, Still The Same. Great Rock Classics Of All Time. Il démarre avec Fog et l’irrépressible «Have You Ever Seen The Rain». Son I know sonne si juste. Il est dans l’énergie de Fog - Coming down from a sunny day - Il fait bien sûr une cover de Dylan, «If Not For You», il caresse Dylan dans le sens du poil et fait de ce vieux shoot de romantica dylanesque une véritable merveille. Il tape aussi dans «I’ll Stand By You», l’un des slowahs les plus putassiers de l’histoire des slowahs et ça tient debout parce que c’est Rod. Puis il rentre dans le «Still The Same» de Bob Seger comme un renard dans un poulailler, il bouffe tout, la pop, le rock, les poules, les œufs, tout ! Il reprend aussi des trucs de Cat Stevens et des Eagles sur lesquels on ne va pas trop s’attarder et on file droit sur l’excellente cover de l’«Everything I Owe» de David Gates, le mec de Bread. Big heavy pop, fantastique énergie. Il décide de boucler avec une cover de «Crazy Love», mais face à Van Morrison, Rod ne fait pas le poids, oh la la, pas du tout.

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    Pour finir la phase des grands hommages compilatoires, voilà Soulbook. Cette fois, Rod rend hommages aux géants de la Soul, comme par exemple Stevie Wonder avec «My Cherie Amour». Évidemment, il l’avale tout cru. Quand il n’est pas le renard qui entre dans le poulailler, il est le crocodile qui rôde au bord du fleuve. Il fait ensuite un duo terrific avec Mary J. Blidge dans «You Make Me Feel Brand New», une belle Soul de chèvre chaud, et quand Mary arrive, elle dégouline de sensualité, alors Rod fait pouh pouh pouh ! Il tape aussi dans Jackie Wilson («Higher & Higher») et Smokey («Tracks Of My Tears»). Il manque tragiquement de crédibilité dans sa reprise de «Rainy Night In Georgia». Rod n’est pas Tony Joe White, c’est bon de le rappeler. Il s’en sort mieux avec ce vieux hit des O’Jays, «Love Train», composé par Gamble & Huff. Il avale cette fois la prunelle du black power.

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    Après cette cure de grandes chansons, Rod reprend son petit bonhomme de chemin avec des albums disons classiques. Il fait comme les copains, comme Totor, comme El Vez, comme Tav, comme les Beach Boys et comme les Four Tops un Christmas Album : Merry Christmas Baby. Il s’y montre encore pire que Totor, il cajole sa soupe, il n’y croit pas un seul instant mais il chante de tout son cœur. Il bat même tous les records. Il amène «Santa Claus Is Coming To Town» au groove de jazz. En fait il place son Christmas album sous l’égide du swing de jazz. Il duette avec Ella Fitzgerald sur «What Are You Doing On New Year’s Eve» et il fait le show avec «When You Wish Upon A Star». Il est dessus, il redevient le magicien que l’on sait.

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    Il marche sur la plage pour la pochette de Time, paru en 2013. Il attaque «She Makes Me Happy» au oh-ooh, il ramène sa vieille magie vocale pour redevenir Rod the Blow, il chante au oooh-woooh et rafle la mise. Il bénéficie d’une prod de rêve et reste l’un des grands chanteurs de son époque. L’autre énormité s’appelle «It’s Over», il reste l’immense chanteur que l’on sait, il fait de la pop américaine puissante qui finit par devenir énorme. On retrouve sa vieille puissance dans «Beautiful Morning». Il connaît les tenants et les aboutissants, rien ne peut lui résister, c’est bardé de son, avec un sax et des chœurs de Dolls, eh oui. Il refait son London boy avec «Finest Woman». Il sait driver un heavy boogie rawk à la mode des Faces, il est excellent à ce petit jeu-là, awite, il ressort toutes ses vieilles ficelles de caleçon, et les caleçons de Rod, c’est quelque chose. Côté compo, Rod est dans tous les coups, ce qui explique pourquoi le niveau général est faible. Très faible. Le vieux Rod fait de la soupe, alors du Rod The Mod fit en son temps des merveilles.

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    Another Country sort en 2015. Hollywood Rod porte une veste en cuir noir. Il attaque aux violons du pays avec «Love Is». Il donne aux Américains une petite dose de roots à la mormoille, on entend des cornemuses, du violon et encore du violon, c’est rempli à ras-bord. Voilà le Rod élevé au grain, il ramène toute la ferme à Hollywood. Ces mecs-là sont capables de tout et de n’importe quoi, il faut le savoir. C’est la raison pour laquelle on les admire et pour laquelle on continue d’acheter leurs disques, histoire d’assister à leur magnifique décadence. Si tu n’as pas vu ça, tu n’as rien vu. On a tous raté la chute de l’Empire romain. Pour se consoler, on a celle d’Hollywood Rod. Pour se faire un billet, il est capable de faire n’importe quoi. Comme il a une voix, il en profite. On en ferait tous autant. Avec «Please», tu en as pour ton argent, tu veux du Hollywood Rod ? Tu as du Hollywood Rod. Stay with me tonight. Oui, c’est ça, t’as raison. Son «Walking In The Sunshine» n’est pas orienté vers l’avenir, mais vers le tiroir-caisse. Il donne sa voix au biz de la dernière heure. Prod imbuvable, mais ça marche. Il fait encore du reggae de bar de plage («Love And Be Loved») et ramène ses fucking cornemuses dans «We Can Win». Le voilà emporté par le mainstream, il ne maîtrise plus grand chose. Hollywood Rod est devenu Fétu Rod. Il ramène tout le bataclan de la vieille Angleterre dans le morceau titre et renoue le temps d’un cut avec Rod the Pop («Batman Superman Spiderman»). Il sait encore allumer une pop de rêve. Globalement, ses derniers albums sont un peu spéciaux, un peu trop putassiers pour les gueules à fuel. Mais bon, de temps en temps, sa voix impose une sorte de respect.

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    Le dernier album en date s’appelle Blood Red Roses. Hollywood Rod est assis derrière le digi, en costard blanc. L’album réserve quelques bonnes surprises, passé le cap des diskö-kuts d’ouverture de bal. Il tente de nous refourguer ses vieux tours de magie avec «Farewell» et il développe pour l’occasion sa fantastique énergie balladive. C’est un hommage à Ewan Dawson, son vieux pote dont il parte dans l’autobio - Oh you/ Yeah you/ Were like a brother to me - Et là oui, on y va, car c’est balèze. Il nous refait le coup du vieux mage un peu plus loin avec le morceau titre, amené au son irlandais et dedicated to the great Ewan McColl. Il faut être à la hauteur pour écouter ça, on est vite dépassé par le génie cavalant d’Hollywood Rod. Cette fois il dépasse même l’entendement, c’est vite violent, avec le beat des origines. Il déclenche une incroyable furia del sol avec ses Roses, et ça débouche sur un final extravagant, plein d’énergie irlandaise montée en noise, hey hey ! Retour à la belle pop bien drivée avec «Rest of My Life», c’est putassier mais extrêmement bien foutu. Il tape dans le vieux «Rollin’ And Tumblin’» de Muddy, mais le Rollin’ à Hollywood, ça fait marrer. On entend une charge d’éléphants. Il fait encore deux coups d’éclat : «Julia» et «Honey Gold». Il chante comme une pauvre crêpe géniale, c’est ça le problème. Même s’il fait la pute, il est bon. Il fait tout le boulot, comme un vieux boxeur. Il crée un pathos énorme d’Honey Gold - Somebody is smiling down on you - Il est épatant, Hollywood Rod, le power est toujours là.

    Signé : Cazengler, Rote tout court

    Rod Stewart. An Old Raincoat Won’t Ever Let You Down. Vertigo 1969

    Rod Stewart. Gasoline Alley. Vertigo 1970

    Rod Stewart. Every Picture Tells A Story. Vertigo 1971

    Rod Stewart. Never A Dull Moment. Mercury 1972

    Rod Stewart. Smiler. Mercury 1974

    Rod Stewart. Atlantic Crossing. Warner Bros. Records 1975

    Rod Stewart. A Night On The Town. Riva 1976

    Rod Stewart. Foot Loose & Fancy Free. Riva 1977

    Rod Stewart. Foolish Behavior. Riva 1980

    Rod Stewart. Tonight I’m Yours. Riva 1981

    Rod Stewart. Body Wishes. Warner Bros. Records 1983

    Rod Stewart. Camouflage. Warner Bros. Records 1984

    Rod Stewart. Every Beat Of My Heart. Warner Bros. Records 1986

    Rod Stewart. Out Of Order. Warner Bros. Records 1988

    Rod Stewart. Vagabond Heart. Warner Bros. Records 1991

    Rod Stewart. A Spanner In The Works. Warner Bros. Records 1995

    Rod Stewart. When We Were The New Boys. Warner Bros. Records 1998

    Rod Stewart. Human. Atlantic 2001

    Rod Stewart. It Had To Be You: The Great American Songbook. J Records 2002

    Rod Stewart. As Time Goes By: The Great American Songbook Vol II. J Records 2003

    Rod Stewart. Stardust: The Great American Songbook Vol III. J Records 2004

    Rod Stewart. Thanks For The Memory: The Great American Songbook Vol IV. J Records 2005

    Rod Stewart. Still The Same. Great Rock Classics Of All Time. J Records 2006

    Rod Stewart. Soulbook. J Records 2009

    Rod Stewart. Fly Me To The Moon: The Great American Songbook Vol V. J Records 2010

    Rod Stewart. Merry Christmas Baby. Verve Records 2012

    Rod Stewart. Time. Capitol Records 2013

    Rod Stewart. Another Country. Capitol Records 2015

    Rod Stewart. Blood Red Roses. Decca 2018

     

    L’avenir du rock

    - Lemon Incest

     

    D’une nature secrète, l’avenir du rock n’avouera jamais qu’il se sent parfois dépassé. Sa conseillère en communication ne rate pas une seule occasion de le taquiner :

    — Vous voulez toujours paraître sûr de vous, mais on voit bien qu’il vous arrive de vous surestimer...

    — À quoi voyez-vous ça, Nadia ?

    — Votre nez ! La pointe frémit lorsque vous défendez un groupe auquel vous ne croyez pas tant que ça.

    — Vous me rassurez ! Au moins vous n’avez pas vu mon nez s’allonger !

    — Vous êtes bien égal à vous-même. Vous vous en sortez toujours par une boutade. Au fond, c’est ce qui fait votre charme.

    — Ma chère Nadia, dois-je vous rappeler que je vous paye pour me conseiller et non pour me draguer ?

    — Allez, soyez fair-play, avenir du rock. Je ne fais qu’utiliser vos méthodes. Juste pour vous montrer l’effet que ça produit.

    — Bon cessons de batifoler, ma chère Nadia. Nous avons une journée chargée. Par qui commençons-nous ?

    — Nous avons rendez-vous à 11 h avec les frères d’Addario.

    — Ah très bien !

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    Responsables d’un petit buzz en 2016, les frères d’Addario sont vite devenus célèbres. Leur groupe s’appelle Lemon Twigs et leur premier album Do Hollywood. Leur truc, c’est de se distinguer à tout prix. Leur exemple pourrait rappeler celui des pré-Sparks, du temps où ils s’appelaient Halfnelson. Les Twigs pourraient aussi prétendre à être les Bowie des temps modernes, ils ont cette modernité de ton chevillée au corps, comme le montre «As Long As We’re Together». Ils visent le délibéré, l’absence de frontières, ils échappent à toutes les particularismes, ils sont à la fois intimistes et présents. Ils transforment leur pop en art. Attention avec les Twigs, il faut s’attendre à tout sauf à de la pop conventionnelle.

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    Ils sont résolus à brouiller toutes les pistes. Leur «How Lucky Am I?» est à la fois très pur et inclassable, avec son piano et ses harmonies vocales. Encore plus déroutant, voici «Hi+Lo» et ses grosses cavalcades teutoniques sur la glace du lac gelé, leur monde se complexifie mais fascine en même temps, ils s’amusent à casser le concept du hit, ils le fracassent en mille morceaux. Ils finissent néanmoins en mode hit pop, high & low for you, et ça explose. Ces deux-là ne respectent rien. Ils s’amusent à sonner comme des cadors avec «I Wanna Prove To You», c’est alarmant et réconfortant à la fois et cette pop baroque éveille vite l’intérêt, tellement elle se situe aux antipodes de la soupe qu’on nous sert aujourd’hui. Leur légèreté de ton les préserve des commentaires haineux. Ils sont vivaces et perspicaces, leur pop est à la fois baroque et sans avenir, mais que d’élégance dans l’élocution ! Ils ne se prendront jamais au sérieux, et ça va les sauver. Avec «Baby Baby», ils entrent à nouveau dans un délire. Ils fracassent littéralement la commerciabilité des choses. Ils échappent à tous les cadres. Ils terminent avec «A Great Snake» et s’imposent avec tout le sérieux du monde. Cette démarche ne te rappelle rien ? Mais oui, Dada, mais les Twigs sont américains et donc c’est autre chose. Dada est trop profondément européen, trop Arpy, trop romano-Tzarique. Leur Snake est très gorgeous, très introduit dans la vulve, l’ambiance reste à l’impertinence, rien ici ne correspond à rien, mais en même temps ça a du poids. Ils finissent tout de même en mode Mercury Rev.

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    Go To School est un album qu’il faut faire l’effort d’écouter sans trop s’arrêter sur les textes, car c’est un mini-opéra et donc un projet ambitieux. Autant le dire toute de suite : ils sonnent exactement comme Big Star avec «Queen Of My School». C’est joué à la dégringolade d’Alex Chilton, même processus, mêmes guitares, même power du poppisme. La fin de l’album est nettement plus intéressante, avec des cuts comme «Never Know», une fantastique explosion de pop supérieure, ou encore «The Fire» qui sonne comme un vrai hit, une vraie leçon de maintien. Incroyable stature de la tenure, c’est chanté au creux du menton, les deux frangins poussent bien le bouchon et le thème musical est fantastique. Ils sont les maîtres de leur monde. S’ensuit une Beautiful Song, «Home Of A Heart (The Woods)», ils retapissent la pop au cul des Twigs et ils passent ensuite à la Stonesy avec «This Is My Tree». On retrouve les accents tranchants de Steve Harley dans «Never In My Arms Always In My Heart», et ce chant typique suivi à la guitare. Très anglais, décadent et baroque à la fois. Ils vont parfois faire un petit tour à Broadway («The Student Became The Teacher») et dans un rock world qui n’est pas vraiment le nôtre («Rock Dreams»). Ils échappent aux cadres et aux modes. Il faut attendre «Lonely» pour renouer avec la beauté. Ils finissant en saluant les Beatles du White Album avec l’indicible «If You Give Enough» joué au thérémine.

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    Et voilà qu’en 2020 paraît Songs For The General Public. Pour fêter l’heureux événement, Shindig! leur octroie deux pages. Leur intention était de faire something that is no bullshit, like Paul Revere & The Raiders. Les deux frangins adorent jongler avec les références. Ils citent volontiers le Street Legal de Dylan et l’Holland de Brian Wilson. Ils citent aussi les Stooges et les Dolls pour «Leather Together», avec un chant à la Pete Shelley. Ils ont raison de faire appel à ces noms magiques, car leur Leather est amené à la violence extrême. Ils savent déclencher les furies de non-retour. Ça prend une tournure incontrôlable et ça explose en folie Méricourt de yah yah yah. Le coup de génie de l’album s’appelle «Hog» - You’re my confidente/ Now once in a while you haunt/ My dreams/ They turn into nightmares/ The water into mud/ The bed is soaked with blood - Ils montent ça jusqu’au sommet de l’art - I’m not you ! - Avec le «Hell On Wheels» d’ouverture de bal et cet accent tranchant, on se croirait chez Steve Harley & Cockney Rebel. C’est assez surprenant et plein de vie. Ils créent leur monde en toute impunité, avec un joli brin de décadence. Leur pop est inclassable, assez enjouée et même enjouable. On pense bien sûr à Halfnelson. Cette pop baroque n’a aucun espoir de plaire, mais ce n’est pas son propos. Ils amènent «Fight» aux accords de hit, mais ce n’est pas un hit. Ils montent chaque fois au créneau, gorgés d’esprit des seventies, au propre comme au figuré, c’est-à-dire au son comme au look. «Moon» sonne comme de la heavy pop désespérée. Ces deux mecs sont d’une enviabilité sans nom, ils battent la campagne avec la pop sauvage de «The One» et son solo arc-en-ciel. Ils développent une énergie de tous les instants. Avec «Only A Fool», ils explorent des territoires inconnus, ils créent des fondus chauds et veloutés dans le cul du diable, c’est même beaucoup trop baroque. Mais en même temps, ils inventent un genre : le baroque explosif. Il faut savoir l’accepter. Mine de rien, ils fabriquent de la modernité.

    Signé : Cazengler, l’immonde twig

    Lemon Twigs. Do Hollywood. 4AD 2016

    Lemon Twigs. Go To School. 4AD 2018

    Lemon Twigs. Songs For The General Public. 4AD 2020

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    Jon Mojo Mills : Looking for a place to dream. Shindig! # 105 - July 2020

     

    Inside the goldmine

    - Wendy est la Rene

     

    Les deux flics de la patrouille ne rigolaient pas.

    — C’est quoi ton nom ?

    — Rene... Je suis Rene...

    Les deux cops échangèrent un regard chargé d’incertitude. Le plus gros des deux répondit au bout d’un instant :

    — Et mon cul, c’est du poulet ?

    — Mais si, officer, je suis Rene...

    — Tu vois, petite salope de négresse, mon copain il est pape. Ça t’en bouche un coin, pas vrai ?

    — Pape ?

    — Ben oui, si toi t’es reine, lui il est pape, tu piges ? Get It ?

    Elle commençait à paniquer. Elle comprenait qu’elle allait passer à la casserole... Elle portait une mini-jupe, ce qui devait encore plus les exciter, elle avait oublié son sac et il faisait une chaleur terrible, même au cœur de la nuit.

    — Je vous jure sur la bible que je suis Rene...

    Le flic maigre commença à déboutonner sa braguette.

    — Me suis jamais tapé une reine, ma bite va s’anoblir... Suis certain qu’elle va adorer ça...

    Le gros s’épongeait le front. D’un ton menaçant, il lui ordonna de se tourner :

    — Maintenant, tu remontes ta jupe et tu nous montres ton cul, magne-toi !

    Alors elle tenta sa chance. Elle se mit à chanter et à claquer des doigts :

    — I smell something in the air/ You know it smells like/ bar-B-Q !

    Les deux flicards semblèrent pétrifiés. Elle dansait et chantait avec une niaque extraordinaire.

    — If I had some I wouldn’t care because/ I like bar-B-Q !

    Ils furent comme entraînés par ce jerk de reine, le maigre se mit à danser avec sa bite à la main et le gros fit onduler ses poignées d’amour, les deux bras en l’air. Alors elle mit la gomme et prit son refrain au raw de Stax :

    — Well I like bar-B-Q/ You like bar-B-Q/ We like bar-B-Q/ You know I sure like bar-B-Q !

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    On trouve ce hit énorme sur une rétrospective de Wendy Rene parue en 2012 sur Light In The Attic : After Laughter Comes Tears (Complete Stax & Volt Singles + Rarities 1964-1965). «Bar-B-Q» fait partie des hits de ce qu’on appelle l’early Stax. Elle est marrante, la petite Wendy Rene, elle chante d’une voix aiguë sur le gros beat Stax, c’est complètement juvénile, elle s’amuse comme une folle. Comme tous les autres artistes signés sur Stax, Mary Fierson est arrivée avec son frère Johnny en 1963, au 926 East McLemore Avenue, pour tenter sa chance, et pouf, c’est Otis qui va la rebaptiser Wendy Rene. Wendy avait 16 ans et son frère 17 - We went down to the Stax recording company - Wendy avoua à Mister Stewart qu’elle avait des chansons et Mister Stewart lui demanda de les lui montrer. Ça lui plut et il demanda à voir les parents de Wendy pour la signature du contrat. Mister Stewart cherchait the next big thing et pensait l’avoir trouvé avec Wendy Rene et son frère Johnny.

    Wendy était fière car Monsieur Cropper, Booker T, Al Jackson et Packy l’accompagnaient. Puis en 1965, elle décida d’arrêter pour élever ses enfants. Stax insista pour qu’elle reprenne du service et participe à la tournée d’Otis en 1967, mais elle hésitait à revenir dans le biz et finalement elle déclina l’offre. Ce fut un sacré coup de pot, car c’est durant cette tournée qu’Otis et les Bar-Keys sont morts noyés, suite au crash de leur avion dans un lac du Wisconsin. Wendy l’avait échappé belle.

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    Il faut écouter Wendy Rene. Elle est adorable, si sucrée, si féminine. Comme Carla qui est encore au lycée à cette époque, elle fait des slowahs très staxy avec des chœurs de femmes languides. Elle parvient à arracher certains balladifs du sol, comme de «What Will Tomorrow Bring». Elle duette parfois avec son frangin Johnny dans les Drapels («Wondering When My Love Is Coming Home»). Elle fait pas mal de Carla Thomas, donc il faut aimer ça. Elle chante son «Crowded Park» pied à pied, c’est nappé d’orgue, un peu à la 96 Tears. Elle est très présente, mais pas aussi percutante que Rozetta Johnson. Bon, c’est vrai, on ne peut pas tout avoir. Il faut parfois accepter de changer ses désirs plutôt que le cours du monde, oh ce n’est pas facile, nous sommes bien d’accord, mais avec un peu de volonté, on peut espérer y parvenir. Light In The Attic fait bien les choses, puisqu’il s’agit d’un double album, alors la fête se poursuit en C avec un «Love At First Sight» bien embobinant. Avec «She’s Moving Away», elle lève une pâte de Soul bien épaisse. Elle n’a pas une voix très ferme, mais elle force la sympathie. Comme Carla, elle tartine tout ce qu’elle peut, elle y va de bon cœur, elle n’a pas de problèmes d’octaves, elle fait une Soul très primitive. Encore un joli groove de Staxy Soul avec «The Same Guy» et une belle basse au devant du mix. C’est excellent, un peu rampant et staxé jusqu’à l’os. Tout ici est ficelé au ras des pâquerettes de McLemore. Elle fait son gros popotin avec «Can’t Stay Away», c’est tellement épais qu’elle parvient à transcender la notion de primitivisme Soul. C’est toujours bien tartiné, jamais tartignolle. Wendy Rene propose une early Soul merveilleusement contrebalancée. Quelle fantastique présence ! Elle reste toujours au bord du faux, comme d’autres au bord du gouffre.

    Singé : Cazengler, Reine des pommes

    Wendy Rene. After Laughter Comes Tears (Complete Stax & Volt Singles + Rarities 1964-1965). Light In The Attic 2012

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    Encore une fois parmi les nouveautés la pochette m'a tenté. Comment résister aux sortilèges d'une fée, surtout si elle représente la déesse du destin ! Deux opus à l'actif de Mother Morgana. Des autrichiens. De la ville de Graz, grosse cité située à cent cinquante kilomètres de Vienne.

    RISE

    MOTHER MORGANA

    ( 06 Janvier 2022 )

    Katharina Franz : vocal, keyboards / Jacob Mayers : bass, lyrics / Stefan Höfler : drums / Fabian Gössler : guitare, enregistrement.

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    Artwork : Ines Peinhaupt. Trois des morceaux de cet album ont paru précédemment agrémentés de trois dessins reproduits à leur place ci-dessous. Le lecteur pourra méditer sur la différence des styles avec la pochette finale du CD. L'on y retrouve toutefois le corbeau à tête squelettique, est-ce celui qui siégeait sur l'épaule gauche d'Odin et qui connaissait l'avenir, celui-ci étant facile à prophétiser toute chose étant soumise à sa corruption dixit Aristoteles. Encore faudrait-il savoir qui se cache sous la mort. Mother Morgana le proclame, Rise est un concept-album. Si la pochette semble souriante, le sujet l'est moins. Comment retrouver son chemin intérieur lorsque l'esprit a craqué.

     

    Emptiness – Dream I : avancée sonore inaudible, une voix voilée s'élève incompréhensible, ce qui est sûr c'est qu'une monture trottine dans le brouillard, elle continue imperturbable malgré des herbes hautes de guitares qui tentent de l'arrêter, le voyageur continue son chemin, tout se tait, seul reste un chuintement de marécage. Ce premier rêve est juste un début de cauchemar.

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    Outcast and stranger : basse conciliante, il s'avance, on le voit, on ne l'entend pas, maintenant sa présence est indubitable, il parle mais à l'intérieur de bruits, imaginez sa voix comme un craquement de bruyère séchée, Katharina traduit ses paroles pour nous, elle conte son désarroi et crie son désespoir, pourquoi est-il empli de tant de sable de solitude, la musique continue toute seule, elle ne peut plus rien pour lui, elle a beau prendre de l'importance, ce que l'on perçoit c'est ce crissement de roue de charrette mal huilée qui se répète tel un appel au secours qui ne veut pas dire son nom.

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    Call me echo : galop fracassé de batterie et charge de guitares, éclats de synthétiseur, il-elle chante, tout bas, il-elle répète les mots que chacun de nous prononce dans sa vie, lui-elle les a aussi proférés, mais il-elle ne sait plus quand, où et pourquoi. Soubassement pianistique, il-elle se souvient qu'il fut un temps où il-elle se souvenait, la terrible incertitude de lui et d'elle-même assombrit les guitares qui pèsent lourd, le drame est là dans cette trahison du réel qui n'a pas été à la hauteur des rêves vécus. No hiding – Dream II : un clavier lance les étincelles d'un brasier qui rougeoie, la voix du cavalier se fait plus claire, juste quelques mots qui taisent plus qu'ils ne disent.

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    Rise : quelque chose arrive, une vague de musique, la mer qui bat les rochers, l'on dirait que Katharina retient sa voix tout en l'allongeant, elle n'en peut plus elle vocalise sur des escarpins de guitare, la chose est là, tout près, elle ne demande qu'à sortir, l'on pressent une bête informe, une bulle de souvenirs qui ne veulent pas se souvenir, un globo qui ne veut pas crever, du verre brisé qui se reconstitue avant que l'on ait pu voir, que l'on ait pu savoir, mais l'envie de passer outre, de se persuader qu'il importe peu de regarder les yeux crevés du passé, terrible combat de soi-même contre soi-même, passer oultre. Emotion : guitare klaxonnante et danse tournoyante, quelque chose au fond de soi, je ne sais pas quoi, mais je pressens, musique en danse du sabre, il est temps de régler ses comptes avec soi-même, d'abord avec la réalité du monde et des pantins qui me ressemblent qui le peuplent. Exaltation. Don't dive to deep – Dream III : intermède, des paroles qui ricanent, des notes de piano qui explosent, un grignotement de souris affairée qui dérange. Sea of vision : l'on cède toujours, l'on glisse, l'on s'enfonce dans le gouffre, est-ce une défaite ou une victoire, le monstre se précise, Katharina nous prend par la main et nous oblige à regarder les documents délavés, l'on sait que l'on brûle, tintements de cristal, hurlements de peur et de colère, il est impossible de reculer, la musique vous interdit de regarder par le trou de la serrure, l'instant de vérité approche. La mer musicale nous emporte. Farewell letter : lettre d'adieu et de trahison, lui et elle se répondent, batterie martelée et course rythmique, froissements sonores, vocal de colère et de dépit, un motif arabisant évoque la cruauté du monde et les yatagans de la souffrance et de la haine inassouvie. Veil of ilusions : tout doux comme des temps de rédemption, le morceau débute comme une symphonie, la voix de Katharina se charge d'y mettre le feu, les rêves les plus fous entrent en collision avec la réalité du passé, il n'est pas mort, il a retrouvé son égo, il sait qu'il faut avoir du courage pour briser les menottes que l'on s'est soi-même passées. Il est nécessaire de vivre avec soi-même si l'on veut aller de l'avant. I am you are me – Dream IV : quatrième instrumental, un piano qui joue classique, la voix parle, un peu voilée, mais l'on comprend que le passé ne nous quitte jamais, que les rêves brisés subsistent aussi dans leurs moments les plus délicieux, que personne ne pourra vous les enlever, qu'ils sont en vous comme la bosse est sur le dromadaire. Strange ways : délivrance, Katharina chante, un peu jazz, musicalement le morceau tranche avec tout ce qui précède même si les guitares et la batterie remplacent les cuivres et les violons, à mi-chemin le rock revient pour mieux s'éloigner, nous refait le coup deux fois, mais Katharina nous donne   l'impression d'être  un vieux crooner désabusé de l'existence qui n'en continue pas moins à se battre comme un lion face à la vie.

    Agréable à écouter mais pas vraiment rock. Le groupe a des idées, il lui manque le pétrole de la puissance. Le thème n'est pas vraiment original, il est souvent développé par les groupes de metal et de doom, la qualité du texte est toutefois à souligner.

     

    ENDONAUTICA

    MOTHER MORGANA

    ( Juillet 2019 )

    Katharina Franz : vocal, keyboards / Fabian Gössler : guitare / Michael Ambroschütz : bass /

    Martin Furian : drums / Jacob Mayers : texts.

    Artwork : Denica Denkmair

    Leur premier album. Un concept-album plus ou moins directement inspiré de 2001 Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick et peut-être aussi du jeu Randonautica. La pochette, très belle en elle-même, trop emphatique, ne correspond pas à l'esprit de l'album.

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    Ignition : belle performance de Katharina sur un groove imperturbable, elle ne chante pas le dictionnaire, plutôt un dépliant publicitaire pour nous proposer un voyage hors des limites de notre monde, on l'imagine à Cap Canaveral, au pied d'une gigantesque fusée interstellaire, déguisée en Monsieur Loyal en train d'appâter le client, attention à sa voix de poupée siliconée, bouchez-vous les oreilles comme Ulysse, sans quoi vous partirez, une tuyère rugissante se superpose au groove et l'on vogue déjà vers les étoiles. Musique rotor, forte et puissante. Hybris : Un ton au-dessus. Le voyage n'est pas ennuyeux car l'on peut parcourir deux routes à la fois, celle des étoiles et celle intérieure qui nous permet d'explorer notre passé, Katharina nous enchante de sa voix aérée. Maintenant elle est prête à tout, à passer la porte de l'inconnu. Longue traversée musicale, solo de batterie et note de synthé attiseur terminales. Odyssey : des cordes de guitare et la voix de Katharina s'enroulent autour d'elles telles un serpent versicolore et venimeux, attention à la piqûre tout s'emmêle et se brouille malgré la netteté cristalline de ce vocal, nous avons dû beaucoup voyager, dans le film, nous sommes dans la dernière scène, que se passe-t-il au juste, sommes-nous victimes d'une illusion programmée ou dans le cerveau macrocéphale d'un bébé imaginatif. Profitons-en pour goûter l'orchestration, peu de moyens et beaucoup d'effets, ce que les paroles n'expliquent pas, le background le traduit. Magnifique. Whispering : où sommes-nous, dans un cauchemar, dans une illusion, dans une solitude sans fin, la voix de Katharina semble constituée de larmes gelées, parfois elle s'énerve, désire si fort retoucher à la réalité, mais la glaciation éternelle l'emprisonne une nouvelle fois, la guitare soloïse comme si elle devait attendre toute une éternité avant qu'elle ne se réveille. C'est si bien fait que l'on se croirait dans la partition d'une comédie musicale, préparée au millimètre près pour triompher à Broadway. Wild eyes : suspense et délire. Une voix si lointaine. A qui parle-t-elle et surtout d'où parle-t-elle, depuis les tréfonds de son angoisse métaphysique ou quelque chose de trivial est-il vraiment en train de se passer, groove-blues, lorsque la mort s'avance vers nous, quel masque porte-t-elle, le nôtre, celui de l'ennemi à soumettre auquel il faudra peut-être se montrer servile. Une guitare qui file, une batterie qui pointille, tout va très vite, tout va trop vite. Jusques où ? Point d'interrogation synthétique. Icarian : Quelques notes qui tombent. Tout est fini. Le corps se désagrège. Lentement mais sûrement. Le temps de traverser le silence et de passer de l'autre côté. De l'autre côté de la vie. Dans cet espace plat que nous nommons la mort. Qui n'est que l'autre nom de l'éternité. Elle est retrouvée. Qui ? Ô temps suspends ton vol ! Serait-ce l'amour, ou le rire démoniaque de l'ironie qui au bout des circonvolutions du tapis volant instrumental vous invite à entreprendre le voyage.

    Cet album est bien meilleur que le deuxième. Totalement différent. On ne croirait pas qu'il s'agisse du même groupe. La section rythmique d'origine n'est plus sur le deuxième album. Elle avait cet avantage de jouer clair, de se marier en voiles blancs et gazes transparentes avec les autres instruments qui paraissent avoir plus d'espace pour respirer. Ce qui distingue ce disque de beaucoup d'autres, c'est son originalité. Il ne suffit pas de posséder un concept, encore faut-il savoir le faire bouger. Ici l'on ne sait pas ce qu'il va se passer au morceau suivant. Tout est surprise. Tout est signifiant. L'auditeur est en attente, et jamais déçu. Pourtant le disque possède une unité sidérante. Sur Rise l'on pressent une bonne chanteuse, sur celui-ci elle nous confond de par son talent. Quelle facilité, quelle plasticité. J'espère que ce petit chef-d'œuvre ait été reconnu à sa juste valeur en Autriche.

    Damie Chad.

     

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    L'image est mystérieusement apparue sur ma page FB, apportée par une cigogne ai-je hypothésé en déchiffrant le titre L'enfant de la lune, whaou ! un album pour les tout-petits, avec ce bleu de couverture clinquant de Klein, cette tache jaune qui monopolise l'œil, en prime cette bonne grosse lune blanche, on se l'arrachera dans le coin-lecture des maternelles, lorsque mon regard est tombé sur le nom de l'auteur en bas à droite, j'ai compris mon erreur. L'affaire était beaucoup plus sérieuse.

    MOONCHILD

    ALEISTER CROWLEY

    ( Trad: Audrey Muller & Philippe Pissier )

    ( Editions Anima / Novembre 2021 )

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    D'ailleurs inclinez le volume ( devant, derrière, sans omettre le dos ) vers la lumière et vous verrez... Ce que vous devez voir. L'on ne présente plus Aleister Crowley ( 1875 – 1947 ) aux kr'tnt-readers. Les Beatles ont figuré sa figure sur la pochette de Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band, Jimmy Page a tenu à s'acheter le manoir du Magicien le plus célèbre du vingtième siècle, comme aime à le rappeler dans sa docte introduction Mark S. Morrison.

    Phillipe Pissier a déjà traduit en notre langue plusieurs traités de magie de Crowley. Je sais, le mot de magie ne semble pas trop sérieux aux esprits raisonnables, détendez-vous, souriez, cette fois-ci c'est un roman, vous voici soulagés, vous êtes prêts à vous lancer dans une lecture pour le moins abracadabrante – avec Crowley il faut s'attendre à tout – mais une fiction sans danger qui n'engage à rien puisque c'est un roman ! Bien sûr vous avez raison. Un roman certes, toutefois un roman de magie. Si vous êtes courageux continuez la lecture de cette phrase, car plus qu'un roman de magie, nous avons affaire à un roman magique.

    Peut-être n'êtes vous pas très versé en magie. Cela tombe bien. Moonchild peut être lu comme un manuel de magie pour débutants qui n'y connaissent rien. Facile à comprendre, il ne se présente pas comme un précis théorique, n'ayez crainte ce n'est pas votre maladresse qui est appelée à entrer en action. Les personnages du roman s'en chargent. Z'êtes dans votre fauteuil comme si vous regardiez un western à la télé. Toutefois un western ésotérique. Ce qui change la donne. Nous voici obligé d'explorer le premier tiroir à double-fond. Aucune tricherie. Même si Moonchild est un roman à clefs multiples. Vous bénéficiez d'un éditeur, Anima, sympa : en fin de volume une dizaine de pages vous révèlent l'identité véritable des différents personnages. Pour être un Mage, Crowley n'en fut pas moins un homme. Règle ses comptes avec le petit monde ésotérique de son époque. Vous voici transporté au cœur de la Société Hermétique de l'Aube Dorée, cette société secrète britannique à cheval sur les dix-neuvième et vingtième siècles qui compta parmi ses membres le poëte Williams Butler Yeats, rappelons que Crowley fut lui-même poëte et que nous étions en une époque où la poésie fut un des véhicules essentiels du Mystère...

    A la fin du dix-huitième siècle les sociétés secrètes traditionnelles s'effondrent. Raymond Abellio synthétisera ce phénomène politique sous l'appellation de dévoilement de l'ésotérisme. Les enseignements secrets seront à la portée de tous. Le Romantisme s'en saisira. L'entreprise magicke de Crowley, durant toute sa vie, consista à revisiter tous les éléments dispersés de l'ésotérisme traditionnel afin de les rassembler selon une méthode de grande efficience capable de préserver cet héritage séculaire en le transformant en arme de combat contre la déhiscence péréclitante du Monde Moderne. Un tel projet de conceptualisation hégémonique rencontra de multiples oppositions. Crowley empêcha bien des sommités reconnues de l'ésotérisme d'ésotériser en rond...

    Je vous ai promis un western. Un vrai, avec le combat impitoyable des affreuses tribus peaux-rouges contre les gentils cowboys. Donc pas de féroces Séminoles ni de Septième de Cavalerie en renfort au grand galop, nous avons mieux en magasin, pire aussi. Deux ordres secrets engagés en une lutte à mort. Rassurez-vous les forces du bien l'emporteront sur les forces du mal. A cette nuance près qu'il ne faut pas trop se précipiter d'entrevoir ces deux postulations selon un regard éthique. Le néophyte en prend plein le cerveau. Tactiques et mises en pratique sont longuement exposées. Notamment les fameux rituels de sorcellerie. Ce mot n'est pas employé une seule fois dans le livre, reconnaissez que le petit frisson qui a parcouru votre moelle épinière n'était pas désagréable. C'est beaucoup plus subtil que cela. L'est sûr que les programmes à la bave de crapaud et de sang de porc-épic prélevé dans un cadavre encore chaud de moine syphilitique décédé depuis exactement treize heures sont l'apanage du camp adverse, celui qui s'oppose à l'équipe dans laquelle Crowley s'est doublement enrôlé puisqu'il apparaît sous forme de deux personnages.

    Le livre n'abuse point de ces oripeaux. Il se présente avant tout comme une réflexion sur l'essence de la magie. Sans tirer vers l'abstraction abstruse. De simples discussions tenues en un vocabulaire des plus simples. Nous vivons dans la réalité du monde. Du monde que nous percevons. Avec nos sens. Il est donc toute une partie du monde dans lequel nous vivons que nos limites sensitives nous interdisent d'appréhender. Le monde est peut-être beaucoup plus étendu que nous ne le pensons. Dans les quatre directions de la boussole. Mais aussi en hauteur et en profondeur. Nous ne squattons qu'un étage. Pourquoi n'existerait-il pas d'autres êtres vivants qui batifoleraient à nos côtés, et au-dessous et au-dessus de nous. Sans que nous les remarquions. La magie est l'art d'entrer en contact avec ces entités très différentes de nous, de les appeler, de pactiser avec elles afin qu'elles nous aident à réaliser nos desseins les plus sombres comme les plus lumineux. Cette vision du monde n'est pas très éloignée de celle des anciens grecs qui imaginaient le monde comme un assemblage de sphères emboîtées les unes dans les autres, chacune sous l'égide de la puissance tutélaire d'un Olympien.

    Crowley, même s'il a rejeté avec violence le christianisme familial, restera marqué par la fantasmagorie culturelle chrétienne. D'où à première vue ce camp du bien opposé au camp du mal. Crowley est beaucoup plus subtil que cela. Le lecteur préfèrera connaître cet enfant de la lune, qu'est-ce qu'au juste un enfant de la lune. C'est un enfant conçu selon les effluves séléniques. Une opération difficile qui exige calme et précision. L'enjeu est de taille. Il faut trouver la mère. Qui se doit d'être en accord avec le projet. Ce n'est pas la partie la plus difficile. L'ennemi rôde autour de la maison-chrysalide. Beaucoup plus embêtant. Une sombre puissance est aux aguets. Ses agent seront éliminés. Il est temps de relire Le Masque de la mort rouge d'Edgar Poe. Vous pouvez monter la garde la plus attentive en dehors et dedans le bunker protecteur, le cheval de Troie est déjà au centre de la place-forte depuis le début.

    Régal du lecteur. Rituels et contre-rituels se succèdent. Nous qualifierons ceux de la partie adverse de visqueux. Imaginez les démarches et les bêtes répugnantes que vous associerez à cet adjectif. Intellectuels sont les rituels qui arrêteront ces hostiles et gluantes menées. Intellectuels parce que tout se passe dans la tête. Nous n'avons pas cité Edgar Poe au hasard, d'abord parce qu'il est nommé dans le roman, surtout parce que le poëte du Corbeau s'est beaucoup préoccupé de la notion de réversibilité. Que tend à nous laisser entendre Crowley ? Que tout rituel est réversible à l'image d'un symbole. Toujours est-il que les choses malgré les menées des uns et des autres s'arrangent d'elles-mêmes, au final beaucoup de bruit pour pas grand-chose, le drame tourne au vaudeville.

    Ne soyez pas déçu. Si votre pardessus est réversible vous pouvez le retourner autant de fois que vous le désirez. Le vaudeville se transforme en histoire sans fin. La magie serait-elle une occupation stérile qui mène à tout et à rien. Vous n'avez rien compris du tout. Moonchild n'est pas un livre de magie, mais un livre magique. Bis repetita placent. Allez chercher l'enfant de la lune chez sa nounou, et laissez jouer les hommes entre eux. Ils ont mieux à faire que de torcher les gosses. Mark Morrison prévient le lecteur moderne, Crowley était misogyne. Que ce roman ne tombe jamais dans les mains d'une sectatrice Me tooïste ! Gloire à Audrey Muller qui a participé à la traduction ! Les esprits faibles rajouteront une deuxième couche : la magie ne serait-elle pas une occupation futile, pas plus importante que la partie de foot que disputent les gamins du quartier sous vos fenêtres.

    Le livre n'est pas terminé. Ne manquez pas de lire l'épilogue qui nous raconte ce que deviennent les personnages. Le roman fut publié en 1929 – année de crise - mais écrit aux Etats-Unis, en 1917. Le but de Crowley n'était pas de rédiger un bon roman rempli d'étranges péripéties dans le but d'étonner et de captiver le lecteur. Moonchild est une œuvre macgicke et métapolitique. Elle est à lire comme un rituel destiné à entraîner les USA à entrer en guerre contre l'Allemagne et surtout à rappeler la nécessité d'une renaissance spirituelle de la modernité. Le roman lui aussi est réversible. Vous pouvez le relire.

    Damie Chad.

     

    RAUNCHY BUT FRENCHY ( 7 )

    HOLLY DAYS IN AUSTIN ( II )

    DICK RIVERS

    ( New Rose / 1991 )

    On prend les mêmes et l'on recommence. Pas exactement, ce serait trop simple.

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    Oh boy ! : rien à dire, ça change tout. Même orchestration, mais le vocal à pleine dents, c'est ainsi que l'on se rend compte de la difficulté de chanter en français ! Cette nécessité de resserrer les vocables de notre langue, de les compresser au maximum, de les réduire, de les mettre en bocal comme ces crotales que l'on jette vivant dans le moonshine et qui ne peuvent plus mordre malgré les torsades de leur agonie... Well, all right : ici, c'est un peu le contraire, Rivers chante trop ''français'', le titre paraît adopté de sa version française et non de Buddy, ce qui manque ce sont les nuances, ces courbures palatales de Buddy qui ne passe jamais en force. Heartbeat : absentes les effluves nasales de Buddy, Dickie bien à côté de la plaque, cette version anglaise fait regretter la french connection établie par Bernard Droguet avec le roman de Fitzgerald, les belles infidèles ont parfois beaucoup plus d'attrait que les épouses soumises à leur seul mari, s'affranchir en toute franchise est vraisemblablement le secret de toute adaptation – et non pas traduction – réussie. It doesn't matter anymore : doit être un grand fan de Buddy le petit Dickie pour reprendre pour la deuxième fois le titre le plus plat du rocker de Lubbock – Holly se cherchait plus qu'il ne s'était réellement trouvé, et le rock 'n' roll s'annonçait déjà comme la future cause perdue in the States – quoi qu'il en soit, en n'importe quelle langue, à Austin ils ont réussi à sauver les meubles et faire mieux que l'original. Ce qui entre nous n'était pas difficile. Malgré la multitude de ses possibilités Buddy n'était pas un chanteur de charme. Everyday : envoyez la musique, cette version enlevée est peut-être meilleure que la précédente, sûrement parce que le timbre de Rivers paraît beaucoup plus éloigné en langue originale de celui de Buddy, profonde coupure avec le monde de bisounours dans lequel nous plonge la douceur hollyenne. Not fade away : Vous préfèrerez la version sur Dick 'n' Roll et celle-ci à son homologue en langue verlainienne, please play loud, cela semble donner raison à ceux qui affirment que l'on ne peut chanter le rock 'n' roll qu'en idiome shakespearien, toutefois c'est mal poser le problème, même s'il existe de très belles et rares adaptations, le secret de la réussite consiste à créer et non à reprendre. Ce qui déjà effectue une brisure avec le déploiement du rock américain qui a énormément progressé de reprise en reprise. True love ways : l'a trouvé la parade Dickie pour nous offrir un somptueux cadeau, bye-bye Buddy, oubliez-le, Rivers se souvient de son ami lointain, la chante à la Elvis Presley, voix grave et profonde, d'une manière très différente de sa version française. Take your time : les bons plans, c'est comme la recette de cuisine dont on use et abuse dès que des invités se pressent à la maison, le vice d'Elvis reprend Rivers, nous sort de temps en temps – pas toujours car il ne faut pas exagérer – sa voix caverneuse, comme ce n'est pas tout à fait un slow, Dickie la laisse de côté sur les passages rythmiques. Wishing : passe en force Monsieur Rivers, certains trouveront qu'il est un peu cavalier envers Buddy, mais piquer un cheval aux hormones avant la course est de bonne guerre, surtout si l'on remporte la bataille. En plus il fait ressortir l'orchestration qui semble donner du clairon. Maybe baby : ce n'est pas meilleur, Dickie chante plus vite que ses chaussures. En français on pardonne, on feint de croire que l'on a mal entendu, mais en anglais c'est quelconque. De fait la meilleure version française de Maybe Baby c'est New York avec toi de Téléphone. Non créditée à Buddy. Reminiscing : la beauté de la version de Buddy c'est le sax qui écrase tout, le gars à lunettes se contentant de minauder tout autour, ce coup-ci Dickie y va plus à fond et j'ai l'impression qu'ils ont remis le sax devant. Vous préfèrerez la Rivers french touch. Crying, waiting, hoping : était-ce vraiment la peine de faire semblant de mâcher du chewing gum, certes Buddy était américain, mais il ne donnait pas l'impression de rouler un palot à un cheval quand il s'avançait pour embrasser une fille. On eût aimé un peu de distinction et non cette furia franchese trop balourde.

    Nous serons plus sévère envers cet Holly Days in Austin II, si le premier est une curiosité qui mérite le détour, ce second malgré quelques meilleurs scores ne ravira que les fans, s'avère dispensable. Ce qui n'oblitère en rien ce mémoire hommagial de Dick Rivers dédié à Buddy Holly.

    Damie Chad.

    P. S. : une triste nouvelle, la mort à l'âge de cinquante-six ans de Pascal Forneri, le fils de Dick Rivers. Il réalisa des clips notamment pour son père et pour Rachid Taha.

     

    ROCKAMBOLESQUES

    LES DOSSIERS SECRETS DU SSR

    ( Services secrets du rock 'n' rOll )

    Episode 14

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    CONFERENCE SOMMITALE

    Les filles toussaient. Le Chef avait passé toute la nuit à fumer Coronado sur Coronado afin d’élaborer le plan Alpha, d’épaisses volutes de fumée bleutée avaient envahi l’abri et rendaient l’atmosphère irrespirable, nous étions tous regroupés autour du Chef et attendions les directives.

    _ je vous sens tous tout ouïe serrés autour de moi comme un banc de sardines, pendant que vous dormiez, malgré les bruits suspects qui me parvenaient - les filles rougirent ou plutôt rosirent d'un rose socialiste libéral - mon vaste cerveau n’a point cessé de méditer un quart de seconde, voici donc le résultat de mes cogitations transcendantales.

    L’heure était grave, Molossa et Molossito se couchèrent aux pieds du Chef, et ne tardèrent pas à fermer les yeux, toutefois leur oreille gauche de temps en temps affligée d’un léger tiraillement trahissait leur attention, les braves bêtes étaient aux aguets et ne perdaient pas un mot des étonnantes analyses et terribles décisions auxquelles le Chef s’était livré :

    _ Il m’en coûte de le reconnaître, l’Avorton a raison - un oh ! de stupéfaction généralisée accueillit les paroles du Chef - chaque fois que le SSR intervient dans cette redoutable et incompréhensible affaire, les morts s’entassent à foison, à croire que ces impétrants y prennent du plaisir, cela ne peut plus durer !

    Le Chef alluma un Coronado, nous nous tûmes respectueusement durant cette délicate opération , une fois celle-ci terminée le silence s’installa. Au bout de cinq longues minutes je l’interrompis :

    _ Qu’allons donc nous faire ?

    _ Agent Chad, modérez vos ardeurs, je répondrai par un seul mot à votre interrogation angoissée, Rien !

    Cette fois-ci ce fut un Oh ! scandalisé qui jaillit de nos bouches, le pavillon droit des chiens se leva et s’abaissa signe de leur grande perplexité.

    - Je sens que le fait de ne pas bouger de toute la matinée vous effraie, vous avez peur de vous ennuyer, je le comprends, votre cervelet maigrelet ne peut se complaire à rouler de vastes interrogations, aussi je vous octroie une demi-heure de répit, sortez, précipitez-vous chez les marchands de journaux, achetez chacun une dizaine de revues et revenez les lire ici. Exécution immédiate.

    UNE SEANCE DE LECTURE

    Trente minutes plus tard, nous étions de retour, chacun surchargé d’un énorme paquet de diverses publications. Le Chef nous transmit ses dernières instructions.

    _ Sachez que nous ne faisons que suivre les leçons d’Edgar Allan Poe, un des plus grands esprits de l’Humanité, selon lequel il est inutile de se rendre sur les lieux d’un crime, la cause, et donc la solution, de toute affaire mystérieuse se trouve obligatoirement en dehors de celle-ci, hélas l’on ne peut pas être dans tous les coins du monde, par bonheur il existe des milliers de personnes qui se chargent de cette tâche, ce sont les journalistes sempiternellement à l’affût, ils collationnent tout ce qui leur tombe sous la main, sans réfléchir aux implications de leurs trouvailles qu’ils rangent dans les faits divers, donc lisez attentivement, l’un de vous finira par dénicher un indice qui orientera la suite de notre enquête.

    Pendant près de trois heures l’on aurait entendu une mouche marcher au plafond, la matinée fut studieuse, nous épluchâmes divers périodiques en long en large et en travers, hélas en vain. Sans doute y serions-nous encore si Molossito n’avait poussé un jappement. Nous nous étions immédiatement tous levés, heureux d’échapper à notre fastidieuse corvée pour déverrouiller la porte d’entrée et permettre au chiot d’arroser le gazon, Molossito nous tourna ostensiblement le dos, sauta lestement sur les genoux du Chef occupé à rêvasser sur son Coronado.

    _ Ah ! Ah ! Je subodore que ce jeune voyou a quelque chose à nous montrer, sans quoi il ne brandirait pas si fièrement une revue dans sa gueule, ah ! un choix canin intelligent : Trente millions d’amis, voyons voir, tiens une trace de truffe humide particulièrement baveuse page 33, écoutez-moi le titre de cet article : Le Trublion de la Tour Eiffel enfin arrêté ! Agent Chad voudriez-vous de votre voix mâle et virile nous lire cette prose que je pressens de première importance.

    De ma belle voix de baryton dont les modulations ne sont pas sans produire de délicieux frissons parmi la gent féminine je m’exécutais.

    _ Depuis plusieurs semaines les riverains de la Tour Eiffel avaient noté un changement anormal dans le comportement de leurs toutous chéris. Systématiquement leurs compagnons à quatre pattes se mettaient à aboyer comme des sauvages entre dix-sept et dix-huit-heures. La mairie alertée envoya un spécialiste qui assura que c’était la faute au changement climatique. Cette explication ne convainquit personne. Des citoyens excédés se réunirent et décidèrent de former une milice chargée de quadriller le quartier afin de découvrir l’origine de cette fureur canine. Après une longue enquête le coupable fut repéré. Une espèce de chanteur de rue qui de cinq à six heures du soir venaient chanter ( fort mal ) sous le parvis de la Tour Eiffel. La Mairie prévenue se défaussa de toute responsabilité en arguant de la liberté d’expression artistique qui reconnut-elle pouvait déplaire à certaines personnes et à certains chiens mais à laquelle elle ne saurait s‘imposer au nom des droits fondamentaux et démocratiques qui régissent notre société. Au moment où nous mettons sous presse nous sommes prévenus par un lecteur fidèle que hier soir à dix-huit heures pile un car de policiers procéda à l’arrestation du quidam qui rangeait son matériel. Le prévenu est en garde-à-vue au commissariat du dix-septième arrondissement, nous n’en savons pas plus. Nous espérons que cet abominable malotru qui se livre à des actes de tortures auditives sur de pauvres bêtes innocentes sera déféré au parquet et passera de longues années en prison.

    _ Agent Chad n’avez-vous pas honte, c’est votre chien qui ne sait pas lire qui trouve l’information capitale alors que vous n’avez cessé de regarder les illustrations de la revue pornographique : Gros Nibards et Petits Culs

    _ Oh ! firent les filles

    _ Il est évident que nous devons entrer en contact avec ce Neil Young, il est clair comme de l’eau de roche que l’on a voulu protéger ou mettre au frais ce rigolo, Agent Chad, débrouillez-vous pour vous faire arrêter par la police et rester en garde à vue dans la même cellule que ce gazier, revenez nous rendre compte de ses révélations. Exécution immédiate !

    TRAVAUX D’APPROCHE

    Lecteurs ne tremblez pas, il n’est aucune mission qui ne soit hors de portée d’un agent du SSR. Ma première idée fut de trucider une vielle mémé en pleine rue, d’être ceinturé et livré à la police par deux ou trois citoyens courageux. A la réflexion il n’était pas sûr que je sois emmené au commissariat du dix-septième. Je me devais d’agir avec discernement et subtilité. Rien ne sert de se précipiter. La réussite de toute entreprise tient de l’instant approprié à son déclenchement. En médecine ce principe est assuré par la chronobiologie qui consiste à administrer à un patient le médicament à l’heure à laquelle il lui sera le mieux approprié, les anciens grecs parlaient du kairos, cet instant propice garant de la réussite de votre action. Je passais la journée à me livrer à de menus achats, c’est à trois heures du matin que je sonnais à l’entrée du commissariat du dix-septième arrondissement. Je devais jouer serré, mais j’étais prêt, c’était maintenant ou jamais.

    A trois heures du matin je sonnais donc à la porte du commissariat. J’avais au préalable effectué quelques changements dans ma tenue. Pas grand-chose, j’avais pressé sur mes vêtements les nombreux steacks hachés que je m’étais procurés tout au long de la journée dans diverses boucheries. J’étais couvert de sang des pieds à la tête. Un guichet s’ouvrit, l’œil inquisiteur du préposé à l’accueil ne fut pas sans le remarquer

    _ Holà, Monsieur que vous arrive-t-il, vous avez été renversé par une voiture, je vous ouvre tout de suite !

    _ Merci Monsieur, c’est très gentil, non je n’ai pas été renversé par un chauffard, je viens de tuer ma femme, je ne l’ai pas fait exprès mais elle m’a énervé, elle voulait que je fasse la vaisselle !

    _ Ah, ça ne m’étonne pas, elles deviennent toutes folles ces temps-ci, elles ont de ces prétentions exorbitantes qui dépassent l'imagination, entrez, entrez, je vous prépare une tasse de café pour vous remettre !

    J’étais au cœur de la citadelle, la première partie de ma mission était accomplie. J’étais assez fier de moi, je l’avoue modestement.

    A suivre…

  • CHRONIQUES DE POURPRE 536: KR'TNT ! 536 : LIMINANAS / KEITH WEST / 1990s / KURT BAKER / CHRISTOPHE BRAULT / ROCK & FOLK / DICK RIVERS / ROCKAMBOLESQUES

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 536

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR'TNT KR'TNT

    06 / 01 / 2022

     

    LIMINANAS / KEITH WEST / 1990s

    KURT BAKER / CHRISTOPHE BRAULT

    ROCK & FOLK H.S. 10 / DICK RIVERS

    ROCKAMBOLESQUES

     

    Il n’y a pas que des nanas

    dans les Limiñanas

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    On ne comprenait pas à l’époque pourquoi Gildas mettait les Limiñanas en couverture de Dig It!. Quoi, un groupe à la mode ? C’est en écoutant l’Épée que la lumière se fit. Eh oui, quel album fabuleux ! Lionel Limiñana, Marie Limiñana et Anton Newcombe, what a brochette !

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    Le groupe aurait pu s’appeler Excalibur, c’est un peu plus mythiquement parlant que l’Épée, un mot échappe aux griffes du mythe, mais pas l’album qui, lui, porte bien son nom : Diabolique. Eh oui, «Une Lune Étrange» s’impose avec des premières mesures bardées de son et d’outrance psychotique, c’est même trop balèze pour être honnête. Anton Newcombe installe sa partie de raclette dans une ambiance idéale. Wow, quel fantastique beat organique ! On sent bien le poids des présences, le goût de l’aventure, le ton de la démesure, la portée d’une vision. Wow et même re-wow pour cette fantastique ampleur, c’est à la fois rond et carré, un vrai coup d’Épée dans l’eau du lac. Il semble que cet élégant psychédélisme danse avec l’âme des poètes de l’Avant-Siècle. On savait l’Anton littéraire, en voilà la confirmation, il sait flatter l’intellect, comme le firent en leur temps Moréas et Schwob, ces ombres de la nuit aux visages plâtrés de fard. On parle ici d’une ampleur à gogo pour gagas. C’est pas tous les jours qu’on croise un album aussi bien foutu. Avec «La Brigade Des Maléfices», une grosse envie de délirer monte à la gorge, même si les accords sont ceux du Velvet er qu’Emmanuelle Seigner se prend pour Jane Birkin - Ce soir-là je m’égarais près du square du Vert Galant - Ah comme ça sonne bien ! Avec l’Anton en embuscade, c’est parfait. Ça sonnerait presque comme une musique réservée aux initiés d’Eyes Wide Shut, elle chante comme une Lolita mais elle n’est plus toute jeune, alors pour reprendre pied dans la réalité, ils enchaînent avec l’excellent «On Dansait Avec Elle» - On n’avait d’yeux que pour elle - c’est de la matière vocale bien compressée, on ne voyait qu’elle, il n’y avait qu’elle. «Dreams» bascule dans la démence de la partance, l’Anton y gratte la pire lèpre de l’underground psychédélique, activement ravivée dans des souffrances, tchou ! tchou ! «Ghost Rider» jaillit comme une fabuleuse dégelée issue des profondeurs, ils tapent dans les tréfonds d’un psychédélisme à la française et ça marche au-delà de toutes les espérances du Cap de Bonne Effarance. Encore un cut de choix avec «Un Rituel Inhabituel». Ces gens-là s’amusent avec une classe indécente. Ils gratouillent leurs fantaisies comme le fis jadis Lou Reed aux origines du Velvet. C’est tellement bien produit que le son explose, la prod les hisse sur des hauteurs, et l’air de rien, ils redorent le blason d’une mad psyché jadis inventée par Lou Reed et Syd Barrett. Tout est bon sur cet album. Rien à jeter.

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    Bosser avec Anton Newcombe, c’est probablement le moyen pour Lionel Limiñana de renouer avec un passé gaga-psyché extrêmement riche, tel qu’il apparaît sur la compile Back To The Canigo dont on a déjà dit ici sur KRTNT le plus grand bien ( voir livraison 479 du 05 / 10 / 2020 ). Les quelques cuts des Gardiens du Canigou et des Beach Bitches présents sur ce double album en disent assez long sur ses mensurations psychédéliques. Ils sortaient en effet un son digne du 13th Floor, notamment le «Sweet Crying Baby». Le chanteur s’appelait Guillaume Picard, surnommé Giom, un mec qu’il ne fallait pas perdre de vue. Donc racines impeccables, donc Dig It!.

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    On espérait bien voir Anton Newcombe sur scène l’autre soir au 106. D’autant plus que dans le temps d’attente-avant-concert le DJ passe l’infernal «Istambul Is Sleepy» que chante Anton Newcombe sur l’album Shadow People, l’un des cuts les plus rock de ces derniers temps, à cheval sur Lou Reed et les Stooges. Mais pas de Newcombe sur scène.

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    Bon c’est pas grave, Lionel Limiñana fait le show, bien entouré, les copains derrière aux effets et aux guitares psychédéliques, deux chanteurs en contrepoint et Marie Limiñana au beurre et quel beurre de fête ! Quel beurre d’allure ! Quel beurre de Moe jubilatoire ! Il faut la voir secouer la tête au beat rebondi ! Tous les cuts sont montés comme de longues progressions hypnotiques qui ne demandent qu’à orgasmer et sur sa Tele, Lionel Limiñana s’y emploie à tours de bras, ce petit homme barbu agit sur le son comme un magicien de l’ancien temps, il œuvre au noir comme une sorte de fabuleux gnome merlinesque, il échappe à son temps, il sort du bois pour réinventer la mad psychedelia, il nous ramène l’exact smashing power du Velvet de Sister Ray ou bien encore les fiestas apocalyptiques de Can, d’ailleurs ils font une reprise tétanique de «Mother Sky», le mage joue la petite progression sur sa Tele, il joue ça aux nerfs d’acier, mais en lui bout le Damo et bout tout le scam de Can, il progresse dans l’infinitésimal babalumesque, la musique envahit l’espace-temps pour le dilater, le mage reprend le pouvoir, il libère de monstrueuses vagues de disto dans «Je Rentrais Par Le Bois», ils font même un reprise du smash d’Anton, «Istambul Is Sleepy», mais la voix n’y est pas.

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    Lionel Limiñana retrouve ses racines avec une spectaculaire mouture du «Crank» des Beach Bitches, il n’a rien perdu de son mordant gaga et de sa merveilleuse véracité, il enfile les hits comme des perles, tiens voilà le mighty «Gift», tiré lui aussi de Shadow People. Les Limiñanas jouent extrêmement longtemps, passent à la casserole le «Ghost Rider» tiré de l’Épée, ils semblent repousser les limites de la résistance des matériaux et pouf, ils reviennent en rappel pour trois blasters impérieux, dont une reprise de «Teenage Kicks» chantée par l’un des copains de derrière.

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    Et le train fantôme des Limiñanas s’arrête en gare de Perpignan, le centre du mode selon Dali, avec «The Train Creep A-Loopin’», le terminator de Malamore. On sort de la gare sonné mais ravi.

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    Alors après, tous les albums des Limiñanas ont leurs avantages et leurs inconvénients. Tiens on pourrait commencer par écouter Malamore, paru en 2016.

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    On note très vite une grosse influence gainsbourienne dans «El Beach» - À la surface de l’horizon/ Je contemple la situation - Lionel rime tout en ion. Il est dans l’hypno d’un acid trip, c’est une vraie drug-song - Il est temps d’aller se baigner - C’est vrai qu’on est sur la plage. Et puis voilà qu’arrive «Prisunic» - J’t’ai croisée chez Prisunic - Il fait rimer ça avec Baltique - Ça m’a fait l’effet d’un déclic - Il est à la fois dans le son et dans le texte, comme Gainsbarre, il cultive la musicalité des rimes, et ça vire en mode power pur - Comme une secousse magnétique - Il a un truc et il sait le développer. Il ramène dans chaque cut du son, du groove et de l’allure, mais pas n’importe quelle allure, de la fière allure. Marie Limiñana chante «Garden Of Love» sous le boisseau, puis Lionel Limiñana ramène de la fuzz dans le morceau titre. C’est un seigneur des annales, il est très avancé dans les sciences du son, ce que va confirmer très vite «Dahlia Rouge», une vraie merveille, il charge bien la barcasse de la Limiñanasse. Il développe le power de la mer, avec une science exacte des layers, il rajoute des sons dans la sauvagerie. S’ensuit un shoot de heavy psychedelia nommé «The Dead Are Walking», ça rampe sous la carpette au dancing around, ce mec sait creuser une fondation et pousser ses pions. Retour aux ambiances gainsbouriennes avec «Kostas». Il injecte du Grec dans le son, ah comme c’est beau ! Il en profite d’ailleurs pour raconter une histoire - Et ça a commencé à chauffer - Le chant te hante, exactement comme chez Gainsbarre - Le fanfaron voulait en découdre/ Mais heureusement Kostas est arrivé - Tout est ici prétexte à exploit. Encore une descente d’accords à la Gainsbarre dans «Zippo» et un chant en retrait. Ils bouclent cet album étonnant - stunning dirait un Anglais - avec «The Train Creep A-Loopin’», ça clapote dans le groove de rockies et la wah vire de bord et boom, ça bascule dans la crazyness avec Lionel Limiñana en démon cornu.

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    Si on aime l’exotica, alors il faut écouter le Traité de Guitares Triolectriques qu’ont enregistré en 2015 Pascal Comelade et les Limiñanas. Attention, c’est un album d’instros et d’ambiances, mais joué dans l’épaisseur d’un son de bouts de ficelles. Ils rendent pas mal d’hommages, à Robert Wyatt, avec «Why Are You Sleeping», à Wayne Kramer avec «Ramblin’ Rose» (gratté à la plastic guitar) et à Chris Andrews avec «Yesterday Man». Ils tapent dans le dur avec «You’re Never Alone With A Schizo». Clin d’œil à Ian Hunter ? Va-t-en savoir. Encore un fabuleux drive avec «El Vici Birra-Crucis» et ils rendent hommage aux Cramps avec une version de «Geen Fuz» jouée à l’accordéon. On se régalera aussi d’«A Wall Of Perrukes» joué au kazoo et de «One Of Us One Of Us» monté sur les accords de Wanna Be Your Dog.

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    Quand on écoute le premier album sans titre des Limiñanas paru en 2010, on s’octroie princièrement deux façons de réagir : soit on déclare qu’il s’agit d’un disque à la mode, inspiré de l’ère gainsbourrienne, très proche de ce que fait Non! à Nice et de ce que font d’autres groupes français qui chantent en français sur des beats hypno. Soit on constate que cet album est l’expression d’un concept artistique pur. Alors on touche la vérité du doigt et ça excite subitement la cervelle. Il faut faire gaffe avec ces trucs-là, car la cervelle est déjà très chatouilleuse, un rien peut la mettre en transe. Tous les textes sont très écrits, très rimés et montés sur des sons hypnotiques à forte senteur psychédélique. Le duo propose en fait une espèce de rock surréaliste et là ça devient passionnant. On échappe aux limites du gaga pour entrer dans leur monde, un monde qu’ils créent de toutes pièces. Dans «Down Underground», elle chante j’me suis mise à danser/ J’me suis mise à hurler, yeah yeah - et ça marche. Ils duettent aussi sur quelques trucs, du genre c’est quoi ton nom ?, avec des beaux layers de guitares psyché derrière, il lui demande si elle veut un cachou et elle répond qu’elle n’est pas très drogue, d’où le titre de la chanson. Dans le «Mountain» qui ouvre le bal de la B, il lui propose une madeleine et elle l’envoie chier, ah ta gueule. C’est assez juste dans le ton. Ils n’ont aucun problème de crédibilité, il faut juste pouvoir établir le contact avec eux, ils sont très exigeants, les prendre à la légère serait une grave erreur. On croit qu’avec «Berceuse Pour Clive», ils cèdent à la facilité, oh la la pas du tout, il naviguent à leur niveau, c’est très spécial, on ne le comprend qu’en entrant dans leur monde. Bon, c’est vrai que ce n’est pas Melody Nelson mais le son finira par t’étourdir, les fortes effluves psyché sont irrésistibles. Ils tapent le «Tigre Du Bengale» à l’orientalisme purulent, c’est assez réussi ce coup de sitar dans l’hypno, ça se marie bien, ils sont parfaitement à l’aise avec la bande dessinée - Je suis Khali la noire !

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    Le Crystal Anis qui date de 2012 est un excellent album qui s’ouvre sur «Salvation», une belle avancée chantée en anglais au when I think of you et claquée sévère derrière aux notes de banjo, mais seulement une note de temps en temps, de façon dégoulinante, I need protection, la menace est bien réelle, c’est violent, même avec de la consolation. S’ensuit un «Longanisse» digne de Gainsbarre, ma jolie poupée Longanisse, bel hommage avec des ouh ouh dans l’Antartique, c’est balèze, les ouh ouh chauffent bien la cambuse, ma jolie poupée Longanisse. Le festin se poursuit avec un clin d’œil au Velvet, «AI3458», bien contrebalancé aux yeah yeah yeah et sapé aux tibias par la fuzz. Lionel Limiñana se paye un vieux shoot de reverb dans «Hospital Boogie». Il est beaucoup plus heavy rock sur ce coup-là, ça chante dans l’entre-deux, mais fuck que de son ! Il déploie son jeu comme un empereur déploie son armée. Il s’amuse bien au fond, il fait le job, son «Bad Lady Goes To Jail» sent bon le vieux gaga de baby et avec le morceau titre, il rentre dans le chant à coups de sardines salées et de canes à pêche. C’est ça le limiñana, ils y vont une main derrière une main devant, des tas de gens vont forcément adorer ce délire. Marie Limiñana arrive dans «Betty And Johnny» comme Ronnie Bird - Je vais vous raconter l’histoire d’un cœur brisé-eh-eh, c’est du pur jus - Le disque de platine d’un super groupe anglais-eh-eh, en plein mythe avec encore cette folle nommée Betty que j’ai vue twister-eh-eh, c’est extrêmement convaincu d’avance, et sous les cocotiers un cœur se brisa-ah-ah. Ils sont au sommet du lard fumant, ils tapent un «Belmondo» à la reverb, l’instro est le portrait exact de Bebel et des diables tapent encore «Une Ballade Pour Clive» à la reverb, les yeux noirs et le visage fâné, comme c’est bien vu et bien senti, comme c’est bien planté dans la vulve.

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    Paru l’année suivante, Costa Blanca grouille encore d’hommages à Gainsbarre, tiens comme ce «Je Me Souviens Comme Si J’y Étais», il fait son biz avec un hidalgo de passage et la smala d’Abdelkader. Le coup de génie de l’album s’appelle «Votre Côté Yéyé m’Emmerde», il cite les Rolling Stones, Poison Ivy et Kim Fowley, il cite tous les noms, let’s take a trip, j’aime quand ça sonne et il repart de plus belle avec François Truffaut point trop n’en faut. Il ressort son banjo pour «BB» et nous dépote une grosse hypno de talk to me. Il profite d’un crochet en Méditerranée pour poser ses bagages et Marie Limiñana part à Liverpool faire de l’orientalisme, elle revient dans le son avec une voix bien droite qui récite un texte sur canapé d’hypno. Ils jouent «My Black Sabbath» à l’arrache de la mandoline et descendent à la cave gaga pour «Alicante». Ce mec est capable de violentes pointes de speed gaga, il peut ramener tout le saint-frusquin quand ça lui chante. Et voilà «Cold Was The Ground». C’est elle qui s’y plonge. Elle chante ce cut sexuel à la clameur de satin jaune. Ils retrouvent la frontière d’Abdelkader dans «La Mercedes de Couleur Gris Métallisé», l’occasion rêvée de sortir la Mercedes déglinguée pour faire rimer les frontières avec les frères et la mère.

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    Anton Newcombe fait son apparition sur Shadow People, en 2017. Dès l’«Ouverture», on se croirait chez Ripley Johnson et les Wooden Shjips, c’est le rock des mages psychédéliques, mêmes barbes, même embarquement, même sens de l’hypno, alors here we go ! C’est cavalé dans la plaine, avec les sacoches en cuir, you see what I mean ? C’est assez stupéfiant. Ils amènent plus loin «Istambul Is Sleepy» au power du Velvet, ils y rajoutent de l’orgue, ils sont en plein dedans, bienvenue dans le big far out hypnotique, même ambiance de gratté de gratte que dans «Waiting For The Man». Ils passent à la mad psyché avec le morceau titre, ce mec crée son monde - I’m trusting the shadow people - Il fait bien le job, il sait faire monter la température de sa neige, comme le montre encore «Dimanche» - Un jour le Sud/ Le lendemain le Nord/ Le grand Nord j’adore - et le «Gift» qui suit n’est pas celui du Velvet, c’est un Gift plus pop, assez anglais, qui danse bien du cul, on se croirait presque chez les Cure, mais en même temps c’est plein d’allant, oh no no no, c’est elle qui chante et lui qui répond au no no no. Ces gens-là savent traiter un cut in the face. Leur «Pink Flamingos» est assez cousu de fil rose et ils incendient «Trois Bancs» dans la nuit psychédélique. Lionel Limiñana chante au doux du groove, il fait le job en tartinant du French storytelling au long cours.

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    Paru en 2019, Le Bel Été est la BO d’un film. C’est donc autre chose. On sauve «Maria’s Theme», un instro très beau, très pur, très Ennio Morricone, avec une trompette qui se pointe sur le tard.

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    Et puis tiens, on ressort de la pile le # 53 de Dig It!, avec les Limiñanas en couverture. Photo étrange, Marie Limiñana se reboutonne, comme si elle venait d’aller pisser avec les Who sur la pochette de Who’s Next, et Lionel Limiñana ne porte pas encore de barbe, ce qui le rend méconnaissable. Huit pages en tout, introduites tambour battant par un spécialiste de la scène de Perpignan, Eric Jorda, qui d’ailleurs signe aussi les notes de pochette de la fameuse compile Back From The Canigó, dont on a déjà dit ici même tout le bien qu’on peut en penser. Dans le micro que lui tend Jorda, Lionel rappelle qu’ils furent repérés sur Myspace par HoZac et Trouble In Mind, deux labels américains de Chicago. Un miracle, dit-il. On trouve effectivement quelques bricoles des Limiñanas dans le catalogue HoZac. Lionel est un mec tellement bien et il manque tellement de prétention qu’il pense à l’époque que les bricoles des Limiñanas ne pouvaient intéresser personne. Puis il redit sa passion pour Gainsbourg - On s’est remis à bloquer sur Gainsbourg - et les compiles Wizzz parues sur Born Bad à l’époque. Lionel se dit fan du freakbeat français et des vieilles B.O de films français. Il embraye ensuite sur le voyage en Haïti où lui et Marie sont allées récupérer Clive, leur fils adoptif et pouf, pendant leur séjour un tremblement de terre détruit Port-au-Prince. Ils sont rapatriés en France au bout de trois jours et trois nuits d’errances dans la ville détruite, c’est une histoire peu banale et bien racontée, et dont s’inspire en grande partie leur premier album (l’un des titres s’appelle «Berceuse Pour Clive»). Ça s’appelle du vécu. Puis Lionel se fend d’un passionnant carnet de route. Il nous narre dans le détail (concerts, trajets, gamelles, couchages, disquaires, rencontres) la tournée américaine de 2011 organisée par l’un de leurs deux labels de Chicago, Trouble In Mind, tournée qui de Chicago les emmène jouer à Milwaukee, Memphis, Nashville, Washington, Philadelphie, New York, Colombus et retour à Chicago, avec en médaillon un concert des Cheater Slicks à Colombus. Ah les veinards. On donnerait tout ce qu’on possède pour voir jouer les Cheater Slicks.

    Signé : Cazengler, liminanard

    Limiñanas. Le 106. Rouen (76). 8 décembre 2021

    Limiñanas. The Limiñanas. Trouble In Mind 2010

    Limiñanas. Crystal Anis. HoZac Records 2012

    Limiñanas. Costa Blanca. Trouble In Mind 2013

    Limiñanas. Traité de Guitares Triolectriques. Because Music 2015

    Limiñanas. Malamore. Because Music 2016

    Limiñanas. Shadow People. Because Music 2017

    Limiñanas. Le Bel Été. Because Music 2019

    L’Épée. Diabolique. Because Music 2019

    Back From The Canigó: Garage Punks Vs Freakbeat Mods Perpignan 1989​-​1999

    Dig It! # 53 - Novembre 2011

     

    Once upon a time in the West

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    Bonne nouvelle ! Un nommé Ian L. Clay fait paraître une bio de Keith West, l’une des grandes figures de proue du Swingin’ London, connu comme le loup blanc à cause ou grâce à Tomorrow, tout dépend comment on voit les choses, et devenue légendaire grâce ou à cause d’un popéra jamais paru, Excerpts From From A Teenage Opera, que tout le monde à Londres attendit en vain, comme on attend Godot. Le book de Clay s’appelle Thinking About Tomorrow: Excerpts From The Life Of Keith West. Bon alors autant le dire tout de suite : ce n’est pas un chef-d’œuvre littéraire. C’en est même très éloigné. On avance péniblement dans certaines pages et quand on les tourne, c’est chaque fois dans l’espoir de jours meilleurs. Écrire un rock book n’est pas toujours facile, certains s’y cassent les dents, mais pour voir le côté positif des choses, on pourrait avec le bon Coubertin affirmer d’une voix chantante que l’important est de participer.

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    Rien qu’en le feuilletant, on sait que le book n’est pas bon. L’éditeur a eu l’idée saugrenue d’imprimer ça sur un couché brillant et tous les amateurs de livres savent que le couché brillant est un tue-l’amour. C’est un 300 pages qui pèse une tonne, donc pas facile à manier. Une fois qu’on a surmonté ces petits a-priori, on peut entrer dans l’histoire, car si on est là, c’est parce qu’on aime bien Keith West.

    Bonne gueule, comme le montre la photo qui est en première de couve. Clay ne va d’ailleurs pas rater une seule occasion de rappeler que Keith est un fabuleux séducteur, un kid de Romford, North London qui grandit in the right place at the right time, et qui commence par être un petit Mod. Clay affirme que Keith was one of the original Mods. C’est plus facile si on grandit à Londres. Quand on grandit à Caen ou à Béthune, c’est plus compliqué. Sauf si on a du blé pour s’habiller chez Happening. Et pouf, Keith se retrouve dans un groupe en 1963. Il a vingt ans et le groupe s’appelle Four + 1. Pour faire les choses sérieusement, Keith change de nom : Keith Hopkins devient Keith West, ça sonne plus américain. Ken Lawrence (beurre), Boots Alcot (bass), Junior (guitare) et Keith (harmo/chant) tapent un dynamic R&B influencé par les Yardbirds et les Stones. Ils ne veulent pas sonner comme les groupes de Liverpool. Leur vrai modèle, c’est Downliners Sect, alors très populaire in London. Ils ont tout de suite du succès. Ken : «The Rolling Stones ruled at the time, but we were the next big thing.» Sur scène, Boots fait des tonnes de gyrations et Junior joue bien le jeu. Au milieu, Keith «holds a plethora of maracas and sings the blues in a style reminiscent of the early Jagger.»

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    Si on veut écouter Four + 1, il faut rapatrier l’antho RPM Excerpts From… Groups & Sessions 1965-1974. Leur «Don’t Lie To Me» est un cut délinquant, chanté dans l’esprit des gangs de downtown London. C’est le punk anglais avant le punk et le seul single du groupe paru sur Parlophone en 1964. Mais le groupe a du mal à se stabiliser. Keith va reformer The In Crowd avec Junior, Steve Howe et Twink.

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    Dans la première mouture de The In Crowd se trouve un certain Les Jones whose attitude was poisoning the atmosphere in the band et dont Keith veut se débarrasser. Il voit jouer Steve Howe dans les Syndicats, un groupe que produisait alors Joe Meek et qui enregistra «Crawdaddy Simone». Quant à Twink, il jouait dans les Fairies, un groupe de Colchester, Essex, qui s’était réinstallé à Londres en 1964. Twink fréquentait Hapshash And The Coloured Coat et les gens de Granny Takes A Trip, sur King’s Road, des gens qui allaient développer un look psyché très coloré. The In Crowd et les Fairies se connaissent bien, ils partagent souvent la même affiche. Le batteur de The In Crowd est encore Ken Lawrence, mais il prend trop de speed, parce qu’il vaut ressembler à Keith Moon - We all told him to calm down - Keith rappelle que tous les gens prenaient du speed, popping pills, mais Ken en prenait de plus en plus. C’est la raison pour laquelle Keith et Steve se sont rapprochés de Twink qui va quitter les Fairies pour rejoindre The In Crowd, qui lui paraît être un groupe plus stable. En fait, Dane Stephens, le chanteur des Fairies, fut envoyé au ballon pour une pige, suite à un accident de voiture fatal. En bon opportuniste, Twink n’a pas eu à se gratter le tête trop longtemps.

    Comme la musique évolue très vite entre 1964 et 1965, The In Crowd vire psyché. Sur scène, ils reprennent «Why» des Byrds et «Shotgun And The Duck» de Jackie Lee - A club favorite that went into a psychedelic sort of thing which strangely enough - if you listen to the live version of it - is manic. I mean, it’s completely manic, nous dit Keith - The In Crowd intègre la fameuse Bryan Morrison Agency qui booke en concert la crème of the UK psychedelic scene : Pink Floyd, Soft Machine, les Pretty Things, Donovan and now the In Crowd. Même chose, on va sur l’antho RPM qui propose quatre cuts de The In Crowd. «Things She Says» flirte avec le meilleur freakbeat d’Angleterre. Ils font aussi du froti à la noix de cocote, le seul bon cut de The In Crowd, c’est comme on l’a dit «Things She Says». C’est tellement bon que ça se réécoute plusieurs fois de suite.

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    Clay rappelle que les gens ne sont pas très tendres avec le fameux Bryan Morrison, notamment Joe Boyd : «Bryan Morrison didn’t give a shit. He was just after the money.» Pour bien faire, il faudrait aller fureter dans les autobios de ces gens-là, car leur point de vue doit être extrêmement intéressant. D’ailleurs l’autobio de Joe Boyd s’appelle White Bicycles, comme par hasard.

    The In Crowd joue dans les Deb Balls (Bals des débutantes), des fêtes organisées dans les quartiers riches, où les gens boivent du champagne - Knocking back champagne all day long, absolutely trashed. These big great houses - Keith s’en souvient comme si c’était hier : «Loaded families and their daughters were coming out to party. It was all going on, having sex in the gardens, skinny dipping in ponds and swimming pools, it was all going bonkers.» Keith nous décrit les orgies de la haute au temps du Swingin’ London. Il reprend : «On jouait deux heures et ils nous donnaient de l’argent pour qu’on continue à jouer.»

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    Keith est aussi l’un des petits amis de Dana Gillespie - She is something of a force of nature and would have been one of the ‘It’ girls of the time - Clay rappelle que Tom Jones was after her all the time. Keith dit que Dana fut sa première vraie girlfriend - She was smart, and a talented performer and singer already, at 16-years-old - Dana rappelle que pas mal de gens intéressants dormaient chez elle sur les sofas : Brian Jones, Ronnie Wood, Twink et Syd Barrett. Mais elle en pinçait surtout pour Keith : «Keith was great looking with jet black hair and he was tall and slim-hipped (grand mince avec des cheveux noirs de jais).» Elle savait qu’on ne pouvait espérer aucune relation durable avec un musicien, c’est aussi ce qu’elle disait de Bowie. Ah comme elle l’aimait bien son Kiki - We had a lot of fun, and I liked him a lot. Even hearing his name makes me smile.

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    L’épisode le plus important dans l’histoire de The In Crowd, c’est Blow Up. Au départ, Antonioni veut le Velvet pour son film, mais nous dit Clay, c’est impossible pour une question de visas. Alors il veut les Who qui disent non. Alors David Hemmings qui a vu The In Crowd sur scène les recommande à Antonioni. Bon d’accord. On demande à Keith de composer deux chansons pour le film, which I did, «Blow Up» and «Am I Glad To See You». Mais pour une raison x, Antonioni choisit les Yardbirds. On a dit que Steve Howe ne voulait pas détruire une guitare sur scène. En fait, Jeff Beck fracasse une fausse guitare. La scène ne dure que deux minutes. Ça ne valait pas le coup d’en faire un fromage.

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    En 1967, The In Crowd devient Tomorrow. L’histoire du groupe est intimement liée à celle de Joe Boyd et de l’UFO Club qui ouvre ses portes en décembre 1966 au 31 Tottenham Court Road, sous une salle de cinéma. L’UFO est ouvert chaque vendredi soir de 10 h à 6 h du matin. Joe Boyd donne tout le détail dans son book. Boyd et son associé «voulaient rassembler the like-minded people et leur donner un endroit où se retrouver». Boom ! Le Pink Floyd de Syd Barrett ! Tout le monde fume de la dope. Mais Bryan Morrison barbote le Floyd à Boyd et ça va lui rester en travers de la gorge. Comme c’est le Floyd qui attire du monde à l’UFO, Boyd doit vite trouver des remplaçants. Il repère The In Crowd sur scène at Blaises et veut les booker à l’UFO, mais il leur demande de changer le nom du groupe - Dit it fit in with the hippy sort of thing? - Et pouf, Tomorrow ! Boyd voit Tomorrow comme le remplacement idéal du Floyd. Les Tomorow nights à l’UFO sont aussi balèzes nous dit Boyd que the Pink Floyd nights. Un soir, Jimi Hendrix monte sur scène pendant que Junior danse et prend sa basse pour jouer avec Steve Howe et Twink. Le moment historique est bien sûr le fameux 14-Hour Technicolour Dream, apex of the counter-culture vision. Sur scène, Junior danse avec Suzy Creamcheese, a nubile American dancer qui avait bossé avec Frank Zappa. Pour Joe Boyd, les sixties qui vont de l’été 1965 jusqu’en octobre 1973 ont connu leur pic le 1er juillet 1967 avec un set de Tomorrow at the UFO Club in London.

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    L’album sans titre de Tomorrow Featuring Keith West paraît en 1968. C’est là qu’on trouve «My White Bicycle», vieux sujet de contentieux. Ceux qui aiment et ceux qui n’aiment pas. On en fait un hit culte du London Underground, mais non, le hit culte c’est «See Emily Play». Les Tomorrow s’enfoncent assez profondément dans leur délire et ils jouent sur les deux oreilles, comme d’autres jouent sur les deux tableaux. C’est assez superficiel. Trop d’effets. Manque criant de viande. C’est pas bon, désolé Joe. C’est en effet Joe Boyd qui est derrière tout ça. Comme on va le voir au fil des cuts, ce groupe adore le n’importe quoi. Keith West essaye de sauver les meubles, mais c’est foutu, il y a trop de sitars dans «Real Life Permanent Dream». On croit entendre une petite pop ravie de son inutilité. Sur «Revolution», Steve Howe fait quelques coups d’éclat, il cherche Susan désespérément, mais ce n’est pas Syd Barrett qu’on entend là dedans. Les Tomorrow proposent une pop psychédélique qui ne fonctionne pas. Elle est privée de tout : de dessert, de psychedelia, d’éclat, de Barrett, ils font leur truc, mais ça godille. On a beau réécouter, ça godille toujours. Le seul cut intéressant de l’album est la reprise de «Strawberry Fields Forever». Pour Keith West c’est du gâteau, son nothing is real sonne délicieusement juste. Cover fine et capiteuse, c’est une réussite, elle sauve l’album, Steve Howe y fait même un festival d’arpeggios incertains. Mais pour le reste, c’est un vrai gâchis, à commencer par «Three Jolly Little Dwarfs», gaspiller un chanteur et un guitariste aussi bons, c’est intolérable. Le prog psychédélique de «Now Your Time Has Come» est trop compliqué pour des oreilles ordinaires issues du peuple et qui sont forcément limitées. Steve Howe va continuer de faire tout le boulot jusqu’au bout, comme il va le faire dans Yes. On ne comprend pas d’où vient le succès de Tomorrow. Il tente encore d’allumer des lampions dans «Hallucinations», mais le psyché de Tomorrow ne marche pas.

    Et puis nous dit Clay, le groupe va se fissurer, Keith & Steve d’un côté, Twink & Junior de l’autre. Et 1968, Twink va rejoindre les Pretty Things, alors ça veut dire ce que ça veut dire. Les promoteurs nous dit Steve recherchent du sang neuf et Tomorrow est un groupe trop typé 1967 - At this point, Tomorrow were definitely on the back burner - Mais Steve s’en fout, il sait qu’il va pouvoir continuer. Mark Wirtz dit aussi que le groupe était destiné à disparaître. Tout reposait uniquement sur le talent de Steve Howe qui un jour où l’autre irait rejoindre une équipe de gens plus pointus. Ce sera Yes. Sans Steve, pas de Tomorrow.

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    On note aussi dans le book le passage furtif de Kim Fowley qui s’intéresse de près à Mark Wirtz : «Il avait apprécié mes arrangements sur la reprise d’«I’m Waiting For The Day» des Beach Boys qu’enregistra la chanteuse Peanut. Non seulement il m’a engagé pour arranger et produire certains de ses cuts, mais il est vite devenu mon tuteur et mon héros. J’étais mesmérisé par sa flamboyance, sa façon de penser, son courage et son profond mépris pour le music business. Pour moi, Kim est le croisement entre le caniveau et la suprématie ésotérique - a pig and a saint, a fool and a genius - He truly personified the ultimate spirit of Rock’n’Roll.» Et puisqu’on est dans les légendes, voici Vince Taylor. Keith connaît Bobby Clark, qui battit le beurre un temps dans les Playboys de Vince : «Vince Taylor, now there’s a story. Steve Howe finit par habiter dans une maison avec ces mecs, sur Lots Road, à Chelsea, en face de Battersea Power Station. Vince était un acid freak. Il errait dans la maison, il passait d’une pièce à l’autre, comme ça, sans raison apparente, pendant que Steve et moi bossions sur les chansons.»

    Au moment du punk, Keith s’occupe de Jimmy Edwards qui avait été le chanteur de The Neat Change, a popular Mod band. Leur single «I Lied To Auntie May» fit sensation en 1968. Keith tente de lancer Masterswitch, le groupe punk de Jimmy, mais visiblement, ça ne marche pas. Keith bosse aussi avec Lawrence from Felt sur quelques morceaux, mais pareil, ça reste à l’état embryonnaire.

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    En 1974, Keith West enregistre Wherever My Love Goes avec ses copains. En fait, il y a deux équipes : le première (avec Twink, Ken Burgess, d’autres mecs, et Andrew Loog Oldham à la prod) enregistre «The Power & The Glory», une belle pop d’ampleur catégorielle. Keith co-éctit ce hit avec l’excellent Ken Burgess. Tous les autres cuts sont enregistrés avec une autre équipe de gens inconnus au bataillon. Musicalement, Keith reste à proximité des Beatles («Liet Motif») et des Faces («The Visit»). Il y va au petit boogie rock à l’anglaise, on le sent assez déterminé à vaincre mais fragile sur ses assises. Il n’empêche que ça tient bien la route avec un joli bouquet d’harmonies vocales et les coups de slide de Glenn Campbell, le mec des Misunderstood et de Juicy Lucy. Keith boucle son bal d’A avec «Hope You’re Feeling Better», une petite pop anglaise envenimée à coups de slide. C’est très américanisé, enrichi à outrance, dans une bonne ambiance. Il attaque sa B avec «Going Home Song», une pop digne de CS&N, assez crédible et pertinente. Keith fond sa voix dans la foudue bourguignonne et les tititilili sont ceux de CS&N, évidemment. Tout l’album est bien ficelé, Keith ne prend pas les gens pour des cons, il va même rechercher cette vieille fête au village qu’on appelait autrefois de jug-band sound avec «Company». Il tape encore un petit shoot de pop américaine bien sentie avec «Whenever My Love Goes». Ces mecs aiment bien les grands espaces, ça reste très chaleureux, plein de son, plein d’élan patriotique, plein de CS&N, c’est truffé de guitares et de démarrages en côte.

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    L’année suivante, il monte Moonrider et enregistre l’excellent Moonrider. Cette fois, John Weider fait partie de l’aventure. Weider fait avec Keith West le boulot que fait Ollie Halsall avec Kevin Ayers, un boulot de boute-feu faramineux. Au beurre on retrouve Chico Greenwood qui a joué avec les Fallen Angels de Phil May. Tous les cuts de l’album sont éclairés par le jeu tonitruant de John Weider, dans un parti-pris très country rock, mais on s’en accommode fort bien, car il faut voir Weider s’acquitter de sa mission : il fait régner une pure magie américaine sur l’album. Keith chante «Our Day’s Gonna Come» à la voix parfaite, au timbre subtil, on pense à Todd Rundgren, suave et juste. Dans «Good Things», Weider développe des trésors d’ingéniosité, il ramène toute l’Americana qu’il peut dans ces excellentes chansons. John Weider est probablement l’un des plus grands guitaristes de son époque. Il avait remplacé Mick Green dans les Pirates, puis Eric Burdon l’a embauché pour ses New Animals. On le connaît surtout pour son passage dans cette bande d’infâmes surdoués que fut Family. En B, il fait encore des miracles sur «Danger In The Night», il gratte ça au gratté délétère et mélangé à des belles harmonies vocales, ça donne du CS&N. Ce démon de Keith chante «Ridin’ For A Fall» comme le ferait Plonk Lane, ou encore Stephen Stills, même glissé d’Americana dans le grain de voix, c’est une véritable fontaine de good time music, pleine d’esprit et de chaleur. Pour conclure, John Weider vient enchanter «As Long As It Takes», un balladif richement orchestré. L’ami Weider est capable de miracles, qu’on se le dise !

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    Dans l’antho RPM évoquée plus haut - Excerpts From… Groups & Sessions 1965-1974 - on retrouve bien sûr Tomorrow, qui nous laisse toujours aussi perplexe. Une certaine énergie, mais du mal à convaincre. C’est Steve Howe qui fait le son sur sa demi-caisse. Il joue à l’hyper présence. Mais ça tourne assez vite à la carapate des Carpathes. Tomorrow, ça n’a jamais été l’avenir du rock. Tomorrow sans lendemain. Puis Keith West entame une carrière solo. Il est à l’aise avec des trucs comme «On A Saturday». En tous les cas, il est plus à l’aise qu’avec Tomorrow. «The Visit» semble sortir tout droit d’un album des Buffalo Spingdield. Très acid freak. Il fond le chant dans la belle dégringolade de psychedelia. Il est encore excellent dans «A Little Understanding», un pulsatif qui menace en permanence de devenir énorme. Au fil des cuts, Keith West semble monter en grade. Comme on l’a vu, son «Power & Glory» produit par Loog Oldham sonne comme un monster hit, bien gorgé de basse et de chœurs de filles. Il cherche sa voie et la trouve encore avec «West Country». Il chante à l’unisson d’un sacré saucisson. Puis on retrouve l’excellent «Ridin’ For A Fall», une merveille tirée de Moonrider. On se régale jusqu’à la fin, jusqu’à «Having Someone», groove de la belle époque merveilleusement bien orchestré.

    Signé : Cazengler, Keith Wet

    Tomorrow Featuring Keith West. Tomorrow. Parlophone 1968

    Keith West. Wherever My Love Goes. Kuckuck 1974

    Keith West. Excerpts From… Groups & Sessions 1965-1974. RPM Records 1995

    Moonrider. Moonrider. Anchor 1975

    Ian L. Clay. Thinking About Tomorrow: Excerpts From The Life Of Keith West. Hawksmoor Publishing 2020

     

     

    Inside the goldmine

    - 1990s nervous breakdown

     

    Au cricket-club, les préparatifs avançaient bien. Le tech embauché pour la soirée venait d’arriver et se faisait expliquer le pourquoi du comment d’une forêt de câbles. Sa façon de hocher la tête nous soulageait des angoisses qu’on nourrissait à son égard. Soudain Colin arriva. Mince ! Il allait falloir tenir une conversation... Il avait l’air jovial, pour un mec qui n’avait pas fermé l’œil de la nuit. D’une petite voix aiguë, il s’écria :

    — Hullow ! Yareadydown gulfinzere initt ?

    Dans ces cas-là, on répond toujours yes.

    — Yes !

    Il y eut un moment de blanc pas encore trop gênant. Il allait falloir meubler vite fait. Je fis une première tentative :

    — You guys âre verrry lucky in Scotteland...

    Il répondit d’un air amusé :

    — Ahumand bendinwahot ?

    — You’ve gotte verrry verrry verrry good bands !

    — Nowmeorintosh asinanyholw !

    — Do you like Tiiiinage Fanneclub flom Glasgô ?

    Il fit les yeux ronds.

    — Notritally mecuppateamate goodamitt !

    J’en déduisis qu’il n’aimait pas trop. Un nouveau blanc s’installa. Quand on est d’un tempérament calme, on apprécie les blancs, mais dans certaines circonstances, ils peuvent créer un léger malaise. Il devenait urgent de relancer une conversation qui menaçait de rendre l’âme :

    — Do you know the ninety ninetizes flom Glâsgô ?

    — Whotdyameandor ?

    — The... nine... tizes... nine...tizes ? You don’t know ?

    — Whataahdayamacintosh ?

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    Nous ne pûmes jamais éclaircir ce mystère. La raison en était pourtant simple : the 1990s au nom si imprononçable était le secret le mieux gardé du rock non pas anglais mais écossais. Nous entendîmes un jour à la radio un truc nommé «You’re Supposed To Be My Friend» et ce fut le coup de foudre. Car voilà un hit amené au stomp de glam et c’est très précisément l’endroit où le glam frise le génie. Après enquête, on découvre que le glamster s’appelle Jackie McKeown et son groupe the 1990s. Ce trio réinvente tout simplement le glam. Ils savent donner de l’envergure à leurs harmoniques. Ils boostent le drumbeat du stomp et laissent éclore les ah-ahh de la planète Mars. Okay ? Mais ce n’est pas fini car McKeown s’en va ensuite titiller la note à la racine du beat pour envoyer un solo de folie pure avant de finir en apothéose de you’re supposed. Avis aux amateurs de fins extrêmes.

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    Pour entendre cette pure merveille, il faut se rendre sur l’album Cookies paru en 2007. Et attention, car cet album grouille de coups de génie. On ne comprend d’ailleurs pas que Jackie McKeown et ses deux amis soient restés plongés dans les ténèbres de l’underground écossais. On prend tout de suite «You Made Me Like It» en pleine gueule, c’est du glam de haut rang, montre-moi ton cul, red light, riot in Glasgow, ces mecs taillent dans le vif et la tension bassmatique vaut bien une tension artérielle. Wooff, ça monte directement au cerveau ! Sur la petite photo au dos, on voit Jackie McKeown sauter en l’air avec sa guitare. Okay ! Il fallait donc choper ces mecs en flag. À les voir okayer comme des cons et descendre la pop anglaise dans «See You At The Lights», on croirait entendre les Small Faces ! Ils chantent la pop à l’outrance de Glasgow. Il reviennent au stomp pour l’infernal «Cult Status». Et chaque fois, on se fait la même réflexion : seuls les Anglais sont capables de créer la sensation. Surtout ce genre de sensation, basée sur la science du stomp et le gras du glam. Ils explosent le cul du Cult. Et Jamie McKeown s’impose comme l’un des grands chanteurs de son temps. En fait, les 1990s partagent le destin des Stairs, autre groupe de surdoués mystérieusement resté méconnu. Jackie McKeown a beau chanter comme un dieu, ça ne change rien.

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    Un deuxième album nommé Kicks paraît un peu plus tard. On y trouve aussi pas mal de bonbons glam, comme ce «Tell Me When You’re Ready» qui semble suspendu dans le temps, ou encore «I Don’t Even Know What That Is» bien stompé dans la crème au beurre par l’affreux Michael McGaughrin. Jackie McKeown chante à l’accent canaille de pantalon serré et joue des quick licks insidieux. Les oh-oh de «Vondelpark» sont un modèle du genre, faussement modestes mais rétifs à toute autorité. «Kickstrasse» sonne comme un hit, avec son chant kicky et son bassmatic massif. C’est même d’une déviance mirifique. On pourrait presque parler d’un Graal du glam. On reste dans le très haut vol avec «The Box», real glam box de Glasgow, un glam plus pur encore que celui de Marc Bolan, subtile combinaison de stomp et de chœurs d’artichauts, au croisement de Sweet et de Jook, et nappé d’apothéose sucrée. L’affaire se corse avec des chœurs ascensionnels et des petits arrangements créent l’illusion d’une féerie. Modèle absolu de pounding et de contrôle mélodique. «The Box» est un hit lancinant et bardé d’encorbellements, affichant impudiquement les rondeurs de son son et ses intentions juvéniles. Ils matérialisent ainsi le cœur vivant, l’essence même du glam. On retrouve ce beau pouding écossais dans un «Giddy Up» qui craque bien sous la dent de l’amateur de glam. Pur régal, délectation garantie, car une fois de plus, tout y est : l’entrain, le regain, le bon grain, le menu fretin, le perlinpinpin, le stomp divin, l’enfantin et le sibyllin.

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    Jackie McKeown refait surface en 2013 avec un groupe nommé Trans. Bernard Butler, l’ex guitar diva de Suede se joint à l’aventure. Butler connaît bien McKeown car il a produit les deux albums des 1990s. Ils enregistrent un premier maxi quatre titres, Red. Ils ont pour principe d’improviser - Someone starts, then the others join in and before you know we’re off - Red propose un rock electro joué à l’infra-basse, mais McKeown garde ses réflexes de rocker et ça vire hypno, alors on s’incline en signe de respect. «Jubilee» est plus pop et finit en échappée belle, au croisement d’un bassmatic voyageur et d’un gratté de gratte névrosé. Dans un vieux Mojo, Danny Eccleston déclare : «Trans tunes are unpredictable, Kraut-y psych-outs post-punk filigrees and gentle, quasi-jazz interludes.» Le hit se planque de l’autre côté et s’appelle «Dancing Shoes». McKeown ressort pour l’occasion son cher son seventies, c’mon c’mon, et là on ne rigole plus. Il fait monter sa neige comme le font si bien les Mary Chain, à la main de maître. Ce mec a du génie, on l’avait compris avec les 1990s, mais trop peu de gens sont au courant. Il faut entendre la basse démarrer en plein couplet.

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    Ils récidivent l’année suivante avec un autre maxi, Green. On assiste dès «Thinking About A Friend» à une belle échappée belle de power psyché. Ils passent à la gentle pop avec «The Prince», ça reste charmant, ces mecs perpétuent la tradition, avec de beaux départs de fin de cut emmenés par la basse. Leur pop sait rester fraîche et inspirée, comme celle des TV Personalities. «Tangerine» referme la marche et monte lentement, comme un levain de groove psyché pour finir en apocalypse selon Saint-Jean. Une vraie bénédiction.

    Signé : Cazengler, 1515s

    1990s. Cookies. Rough Trade 2007

    1990s. Kicks. Rough Trade 2009

    Trans. Red. Rough Trade 2013

    Trans. Green. Rough Trade 2014

     

    L’avenir du rock - Colonel Kurt

     

    Excepté sa femme de ménage, personne ne sait que l’avenir du rock est un gros collectionneur.

    — Ah bon ? Qui qu’y collectionne ?

    — Je te le donne en mille...

    — Bon zyva Mouloud, accouche !

    — Il collectionne les proverbes afférents.

    — C’est quoi des proverbes en fer blanc ?

    — Des locutions byzantines qui cristallisent l’essence de la stupeur boréale...

    — J’entrave que dalle !

    — Bon, je vais te citer un exemple qui va t’éclairer : C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes.

    — Mais non, c’est pas d’la soupe dans les vieux pots, c’est d’la confiture !

    — Si tu veux. Un autre exemple : C’est pas au vieux singe qu’on apprend à faire des grimaces.

    — Ah oui, j’comprends mieux ! Y doit faire aussi collection de bananes, ton avenir du rock !

    — Mieux que ça ! L’avenir du rock transcende la notion même de collection, et tu sais pourquoi ?

    — Beuuhhh...

    — Parce qu’il a la banane !

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    Pendant que nous deux amis épiloguent autour d’une bonne bouteille d’eau de vie de prune, penchons-nous sur le cas d’un vieux pot qui a lui aussi la banane : Kurt Baker. Et sacrément la banane car il fut un temps où sa power pop flamboyante illuminait l’underground franchouillard, via le mighty Dig It! Radio Show de Gildas. Par son exubérance, le Kurt Baker Combo sortait franchement du lot. Gildas adorait marcher du côté ensoleillé de la rue.

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    In Orbit ? Quel album ! C’est incendié dès «Upside Down», the Gildas way. Le colonel Kurt développe une fantastique énergie du power-poppisme, ça explose de vie du côté ensoleillé de la rue, comme il disait. On tombe plus loin sur la doublette fatale : «Rusty Nail» et «Count On Me». Le colonel Kurt envoie le gros de ses troupes, il joue sa carte maximaliste, en vieux renard du désert, les interventions sont spectaculaires, avec du solo killer qui tue les mouches, ça monte très vite en température. «Count On Me» est complètement couru sur le colbac, comme on dit, le colonel Kurt a du power pour un régiment, il flirte avec le génie en permanence, il développe des puissances insoupçonnables et ça finit par prendre feu. Il va bien plus loin que Dwight Twilley, enfin, ce n’est pas la même énergie. Mais on tient là un fantastique album. Il va continuer d’utiliser toutes les ficelles du genre, la cocote et les retours de manivelle. Ça devient fascinant au fil des cuts, car la qualité ne baisse pas. On le voit plus loin gérer son Tomorrow dans «Next Tomorrow». C’est un expert du Tomorrow, il sait amener les choses. Il termine avec un «Do It For You» un peu surexcité. Il fait son Graham Parker. Bon d’accord, les guitares, mais quand même.

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    Si on en pince pour la power-pop, alors il faut se jeter sur Let’s Go Wild. Dans son mighty Dig It! Radio Show, Gildas nous en avait servi les beaux morceaux, comme par exemple ce «WDYWFM» claqué d’entrée à la charley. Ça explose dans l’ancien ciel des nuits toulousaines, il faut avoir connu ça, high on speed all over the place, ce cut est d’une présence extraordinaire, what do you want from me, c’est à la fois exceptionnel et chargé des meilleurs souvenirs. Avec «Gotta Move It», le colonel Kurt va au glam comme d’autres vont aux putes. Il s’autorise tous les droits, il a ce pouvoir, celui de glammer la power-pop, c’est puissant, bardé d’all nite long. Dans «A Girl Like You», les guitares sont une énorme pustule de joie. C’est encore une fois complètement allumé et comme disent les Anglais, rather incendiary. Ah comme ce mot peut être beau dans la bouche d’un Anglais. Il résume tout l’art du colonel Kurt et le solo sonne comme l’arbitre des élégances. «No Fun At All» sonne à la fois très pop et très énervé. Le colonel Kurt n’est-il pas au fond un simple coureur de jupons pop ? Sa niaque le trahit un peu. Tout est gratté dans les règles du lard fumant. Tiens, encore une merveille : «Don’t Say I Didn’t Want You». Voilà le Kurt extrême, il fout le feu aux plaines et c’est tellement bardé de son qu’on croit rêver. Explosivité à tous les étages en montant chez Kurt. Le colonel Kurt sucre les fraises du chant.

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    On se doutait bien qu’avec Got It Covered, le colonel Kurt allait taper dans «Hanging On The Telephone». Pour tout power-popper, ce vieux hit des Nerves est un passage obligé. Le colonel Kurt pousse bien le bouchon, c’est l’hallali de power-pop maximaliste. Il tape aussi dans the Knack («Let Me Out») et se vautre avec Costello («Pump It Up», pas de quoi être fier). Il tape aussi dans Joe Jackson (l’horreur du son des années 80), dans Brinsley Schwartz («Cruel To Be Kind») dans le «Turning Japanese» des Vapors et revient enfin aux gros classiques avec «Trouble Boys» de Dave Edmunds. Bien vu, colonel. Il va droit au Dave.

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    Rien de particulier sur Rockin’ For A Living, hormis «Don’t Steal My Heart Away». Le colonel Kurt injecte pas mal d’énergie dans ses shenanigans et explose son poppy world aux clap-hands. Ils se spécialise dans le turbo-power. Ce que confirme «I Can’t Have Her Back». Le colonel Kurt ne fait pas dans la dentelle. Il bombarde bien les frontières. Il y va franco de port. Il adore prendre le taureau de la power-pop par les cornes.

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    Nouvel album solo en 2012 avec Brand New Beat. Encore une sorte de paradis pour l’amateur de power-pop. Pure folie que ce «Partied Out», le colonel Kurt cultive l’apanage des alpages, le son remonte par la jambe du pantalon, il est le roi de la gerbe, il dégueule sur la terre entière. Son «Everybody Knows» tape au bas-ventre, c’est brillant, les chœurs sont là, les dynamiques émerveillent, ce mec est un bon, il enflamme quand il veut. Il se paye même le luxe d’une Beautiful Song avec «She’s Not Sorry». On note au passage l’incroyable qualité du drive. Le colonel Kurt crée tout simplement de la magie. Voilà, ce sont les trois hits de l’album. Mais il y a d’autres jolies choses comme ce «Don’t Go Falling In Love» qu’il emmène à la force du poignet. Il baigne littéralement dans une friture d’excellence. Il repart toujours à 100 à l’heure comme le montre «Weekend Girls». Bon c’est vrai qu’il frise parfois cette pop FM qu’on déteste cordialement, mais il fonctionne à l’énergie pure. Il a tellement de voix qu’il sonne parfois comme Graham Parker et ça devient pénible. Il referme la marche avec «Qualified». Il repart toujours à l’assaut. À l’assaut de quoi ? Du rempart ! Il adore power popper à travers la plaine. Il adore la vie sauvage et le vent dans les cheveux. Il peut ramener du cocotage à gogo, il connaît toutes les ficelles, il a raison, au fond, d’éclater ses noix sous le soleil de Satan.

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    Le Play It Cool qui date de 2015 est un modèle de power-poppisme. Quatre cuts pourraient figurer dans n’importe quel best of de power pop, à commencer par «Enough’s Enough», qui sonne comme un hit du côté ensoleillé de la rue, richement drapé de son et d’or. Le colonel Kurt combine bien le sucre et le power. Même chose avec «Just A Little Bit», véritable brouet de rose éclose, il joue ça sous le soleil exactement et nous cloue le bec sans délai/délai avec un final dément/dément. Il ne baisse jamais sa garde, il faut le savoir. Encore une vieille dégelée avec «Doin’ It Right». Absolument parfait, il shuffle ça au too-too-right, ça titille derrière aux guitares de perfectos, c’est tendu et ça ne rigole pas. Il ne faut pas prendre les power-popsters pour des pieds tendres. Dès l’accord d’intro, «Back For Good» sonne comme un hit. Incroyable pouvoir de l’accord ! Ça dit la messe et donc la messe est dite. Après, tu crois en Dieu, donc ce mec Kurt est un diable, le pendant de Dieu, il t’embarque aussi sec, c’est un aficionado du win-win, du shake shake shake, ça sonne comme un hit inexorable capable de méduser tout le radeau de la Méduse. Quant au reste de l’album, il est assez aimable. Le colonel Kurt déboule bien, il adore le big riffing, il ne lésine pas sur le tartinage. Il cultive cette culture power pop de perfectos et de baskets et dès qu’il en a l’occasion, il s’en va cavaler à travers la plaine. On pourrait lui reprocher de sonner parfois comme les vieux crabes du genre, Plimsouls et compagnie, mais le colonel Kurt a un truc en plus. Il ne lâche rien, ça pétarade d’un bout à l’autre de l’album, avec tous les défauts du genre, c’est-à-dire trop de coke, mais ça passe. Le morceau titre sonne comme du Graham Parker, alors on peut en profiter pour aller pisser un coup. Il récidive avec «Prime Targets» et là ça coince. On perd le côté Kurt.

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    Paru en 2020, After Party pourrait bien figurer parmi les grands albums classiques de la power pop. Au moins pour trois raisons : «New Direction», «I Like Her A Lot» et «Wandering Eyes», c’est-à-dire les trois premiers cuts de l’album. Dès les premiers accords, il emmène sa power pop en enfer et ça explose - New direction/ New direction - Le colonel Kurt est le maître du genre, l’absolutiste définitif, il chope la pop par la grappe, ça frise le génie. «I Like Her A Lot» ? Fantastique power, suite et jamais fin, il pulvérise tous les records, il cocote comme un démon et ça explose en bouquets d’oh yeah avec des chœurs de Dolls et du power punk. Il allume tous ses cuts un par un avec un son capable de rendre un homme heureux, Kurt is the king. Il amène «Over You» au riffing de type Cheap Trick. Le colonel Kurt navigue dans le même univers d’élégance électrique, sa power pop descend bien sous la peau. Et voilà qu’il va faire un tour on the Beach avec «Used To Think». Il ramène des finesses inexplorées dans le Beach Boys Sound, les chœurs sont un hommage direct. Et puis voilà qu’arrive le coup de génie de l’album : «Shouldn’t Been The One». Fabuleux déluge de power-chords ! Une vraie bénédiction. Il passe un solo en forme d’éclat exponentiel et on entend de gigantesques clameurs au coin du couplet. Le solo darde comme un soleil. Il enveloppe tout ça aux accords de la victoire, avec le son du cor. Stupéfiant !

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    Il existe aussi un excellent album live du Kurt Baker Combo, Muy Mola Live. C’est là dessus qu’on trouve une cover somptueuse du «Don’t Look back» des Remains. Fantastique élan patriotique ! Ils redorent le blason d’une pop sixties de dimension inter-galactique. Le reste de l’album comblera les fans de power-pop, notamment cet «Aorta Baby» monté sur un riff des Heartbreakers ou encore cet «Everybody Knows» amené comme une vraie dégelée. Le colonel Kurt sait jeter de l’huile sur le feu de sa power-pop. Une autre merveille se planque en B : «Tired & True», chanté au jus de juke sucré. Superbe exercice de style. Le colonel Kurt sort tout droit du Brill, avec des harmoniques magiques.

    Signé : Cazengler, Kurt Bakon

    Kurt Baker Combo. Muy Mola Live. Collector’s Club Records 2014

    Kurt Baker Combo. In Orbit. Wicked Cool Record Co. 2016

    Kurt Baker Combo. Let’s Go Wild. Wicked Cool Record Co. 2018

    Kurt Baker. Got It Covered. Oglio Records 2010

    Kurt Baker. Rockin’ For A Living. Stardumb Records 2011

    Kurt Baker. Brand New Beat. Collector’s Club Records 2012

    Kurt Baker. Play It Cool. Ghost Highway Recordings 2015

    Kurt Baker. After Party. Wicked Cool Record Co. 2020

     

     

    ROCK’N’ROLL

    RHYTHM’N’BLUES / ROCKABILLY / REVIVAL

    CHRISTOPHE BRAULT

    ( Le Mot et Le Reste - Novembre 2O21 )

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    Un livre hotement recommandable. Pourrait s’intituler à la recherche des pionniers du rock. Christophe Brault use souvent de cette expression, Pas dans le sens où les rockers l’emploient. En France elle sert à désigner les grands rockers, Bill, Elvis, Gene, Buddy, Jerry, Chuck, Little, Bo, etc… la sainte famille en quelque sorte, on utilisait aussi le terme de rock classique puisqu' ils étaient ceux qui avaient créé les grands classiques, titres phares et incontournables du rock ‘n’ roll, aujourd’hui cette dernière expression désigne le rock des seventies, chaque génération ne va guère chercher bien loin l’origine de la source de la rivière à laquelle elles s’abreuvent.

    Faut dire qu’au début des années soixante et encore davantage durant les inaccessibles fifties, les informations étaient difficiles d’accès. Nous a fallu des hasards de rencontres incroyables et une longue quête obstinée pour dégager les pièces du puzzle et comprendre comment elles s‘assemblaient. Heureux les néophytes du millésime 2022 qui n’auront qu’à ouvrir et à lire les trois cents pages de ce volume pour tout savoir.

    Il y a longtemps que cela dure, le rock ‘n’ roll à la vie dure chantonnait Eddy Mitchell en 1966, il ne croyait pas si bien dire, de 1945 à 2021, le rock ’n’ roll n’est jamais mort, l’on a bien réussi à le bâillonner de temps en temps, l’on a annoncé sa radiation du monde des vivants à plusieurs reprises, mais il est à chaque fois ressorti de sa tombe aussi frais qu’un gardon. Ce sont ses vies ( de cat ), ses morts et ses renaissances que nous conte Christophe Brault avec brio. Commence par une longue introduction de soixante pages. Fort instructives. Le lecteur a intérêt à débuter par là, et surtout pas à s’amuser à piocher au gré de ses connaissances et de ses ignorances dans la présentation des cent disques qui ont fait le rock ’n’roll. Chez Le Mot et le Reste, ils aiment ce système, genre les cents albums indispensables du hard-rock. La loterie est un peu frustrante, c’est toujours le cent-unième qui vous a marqué à vie qui n’est pas répertorié. Ils l'appliquent systématiquement à tous les styles qui ont traversé ou qui ont été phagocyté par le rock ’n’roll. A part qu’évidemment il n’ y a qu’un seul rock ‘n’ roll pur et dur, celui des pionniers et du début. L’était d’ailleurs temps que la collection s’intéressât à la bête idoine. C’était à croire qu’ils étaient comme ces chercheurs si satisfaits de leurs connaissances qu’ils en oublient de rechercher le chaînon manquant. Ou plutôt, car les choses ne sont jamais simples, le rock ‘n’roll n’échappe pas à cette règle, les chaînons manquants. Rappelons-nous ces explorateurs qui remontaient le Nil pour en trouver la source et qui en découvrirent mille.

    Le rock a méchamment rusé. N’est pas apparu en ce bas monde sous son nom. Le papillon ne rampe-t-il pas sous la forme d’une chenille avant de s‘envoler ? C’est la faute à ces damnés nègres. Non contents d’inventer le blues, ils ont en plus inventé le rock ’n’ roll. L’on comprend que certains blancs à l’esprit étroit en aient développé un complexe d’infériorité qu’ils camouflent sous un sentiment de suprématisme racial des plus stupides. Bref on a tâtonné avant de lui donner un semblant de nom respectable. Donc les noirs ont inventé le rhythm ’n’ blues. Hélas ces sauvages ont posé le doigt ( bientôt toute la main ) là où ça fait du bien. Sur le sexe. Quand on se remue le popotin. Z’avaient sans cesse les mots ( et le reste ) rock et roll à la bouche auxquels ils attribuaient un sens sans équivoque. Quand les petits blanc s’y sont mis, sont restés coincés sur l’organe le plus bestial de la chair humaine tout de même fabriquée par le bon dieu tout puissant. On ne pouvait pas dire qu’ils faisaient du rhythm’n’ blues puisqu’ils étaient blancs, pas question de mélanger les torchons et les serviettes, la terrible expression rock ‘n’roll, que les meilleurs d’entre eux se sont attribués, leur a été estampillée comme un stigmate d’infamie…

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    Toute la musique vient de là, elle vient du blues, selon Hallyday, Johnny ne saurait avoir totalement tort, toutefois le rock vient aussi du gospel. Chant religieux des noirs. Parce que dans leur extraordinaire et incompréhensible bonté non contents de donner gratuitement du travail à leurs esclaves les maîtres blancs leur ont en plus refilé leur dieu de notoriété commune bon comme du pain blanc. Au début les noirs se sont bien conduits, z’ont appris les cantiques, mais leurs petits enfants au lieu de chanter les grâces divines ont préféré s’appesantir sur celles de leurs petites amies… Bref doo Wop et Rhythm ’n’ blues ont donné naissance au rock ‘n’roll.

    D’ailleurs le terme de rock ‘n’ roll sentait tellement le soufre noir qu’il a été remplacé par l’expression rockabilly. Il existe une explication officielle des plus logiques : les jeunes blancs - même ceux que leur maman ( Elvis ) et leur papa ( Jerry ) amenaient à l’Eglise n’écoutaient pas le blues diffusé sur les radios réservées aux noirs sur lesquelles ils ne s’aventuraient jamais ( croix de bois, croix de fer, si le mens je vais en enfer ) ne connaissaient que les courants du country ( hillbilly, western swing, bluegrass… ), cependant l’on ne m’ôtera pas de l’idée que rockabilly lave plus blanc que rock ‘n’ roll…

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    Bref, chauffé à blanc par les noirs, le rhythm ’n’ blues se transforme en rock ‘n’ roll. Pas pour très longtemps, l’ouragan débute en 1954, atteint son apogée en 1956, s’éteint après 1958. Cinq ans de folie. Le système a tôt fait de resservir les restes. Avec les mots doucereux qui vont avec.

    Le mot fin s’affiche sur l’écran. Tout le monde est content. Dix ans plus tard le serpent en hibernation se réveille. C’est le premier revival, tout le monde y met du sien, jusqu’à Elvis qui quitte la scène définitivement. Le Roi est mort, de jeunes princes sont prêts à prendre la relève. Christophe Brault décrit avec minutie non pas le phénomène revival, mais les revivals qui se succèdent tels s’enchaînent les anneaux du python réticulé prêt à mordre la pomme qu’il vous tend.

    L’on arrive aux cents albums miraculeux su rock ‘n’ roll. Si vous en ignorez un seul, c’est que vous n’y connaissez rien. C’est le moment d’admirer l’artiste. Ne vous présente pas l’album, parce qu’au début il y a beaucoup de simples, travaille sans filet, ne possède que deux pages ( une et demie en enlevant l’illusse ) pour évoquer l’artiste, ceci explique qu’il favorise les rééditions emplies d’inédits, s’attarde souvent sur les périodes fastes, n’a pas son pareil pour ‘’ donner une idée ‘’ tracer un portrait significatif d’un style, d’une attitude. Je vous laisse vous régaler.

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    Il est totalement inutile de venir vous plaindre, votre chouchou n’a pas été choisi, il en manque un max, Tony Marlow, Hervé Loison pour ne citer que deux exemples de par ici, certes Christophe Brault mérite au moins la mort, pourtant l’en rajoute cent de plus en annexe. Quelques lignes seulement, mais quel bonheur par exemple de retrouver Jezebel de Toulouse. Car il se débrouille bien, l’a de l’étoffe le Christophe, croque finement, traverse l‘océan, les Amerloques, les Englishes, les Frenzouzes, les européens, les puristes et les déviants, les psychos et les teddies, toute la gamme du rockabilly y passe, z’avez l’impression de lire un livre d’histoire et d’aventures, n’oublie rien, ni la bibliographie, ni la filmographie, ni le top cent des pionniers du rock ‘n’roll de 1945 à 1954, et puis il y a la fin.

    Pas le genre de mec à chialer et à sortir son mouchoir. Ces dernières années le rockab ne sort pas trop de sa bulle d‘amateurs fervents et passionnés, le Brault n’enfonce pas pour cela les clous dans le cercueil, l’épopée n’est pas terminée, les cendres rougeoient, pas la peine de les inonder de vos larmes d’alligators édentés, l’incendie reprendra un de ces jours, même pas le besoin de le spécifier, rock ‘n’ roll is here to stay !

    Damie Chad.

     

    ROCK & FOLK

    HORS-SERIE N° 10Décembre 2O22

    EPOPEES ROCK & AVENTURES POP EN FRANCE

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    Le mois de janvier est la saison des inventaires, cette coutume marchande explique vraisemblablement la présence de cette chronique à la suite de la précédente. Elles se suivent mais ne se ressemblent pas. Si la première est purement Rock 'n' roll cette deuxième batifole quelque peu dans les champs de la variété, dépêchons-nous de spécifier de qualité, pour ne fâcher personne car le rock français est une denrée assez rare et il a fallu remplir les cales de ce navire de cent trente tonneaux ( hisse et haut Santiano ! ). Remarquons qu'il y a longtemps, que je je n'avais pris autant de plaisir à lire un numéro de cette revue qui n'est plus ce qu'elle a été.

    Dix pages pour dix ans, pour la période 1956 – 1966 la plus pléthorique du rock français, c'est peu, trop peu, s'ouvrent sur une superbe photo double page de Noël Deschamps, dommage que par la suite il ne lui soit pas consacré un véritable article, s'il est un rocker français qui a su, très tôt, chanter du rock en français sans en aligner le phrasé sur l'anglais et l'amerloque, c'est bien bien lui, c'est bien le seul. Tout en évitant le côté grotesque ( hélas point poesque ) à l'emporte-pièce de beaucoup d'autres. Le rock en France est une plante importée. Au début l'on ne sait pas trop quoi en faire. Alors on le manie, non pas avec des pincettes, mais avec les grosses tenailles de la gaudriole gauloise. Mac-Kak ( le meilleur ), Moustache ( déjà un cran au-dessous), Henri Salvador ( au dessous de tout ) remportent le pompon. Vivement les années soixante. Elles arrivent. Johnny Hallyday, Les Chaussettes Noires, Les Chats Sauvages passés en revue au pas de course. Pour la flopée des groupes qui déboulent, c'est carrément ceinture, ni noire, ni blanche, invisible... Tout le reste en queue de colonne exécutés au maximum en quatre balles, excusez-moi, en quatre lignes, Thierry Vincent, Gil Now, les 5 Gentlemen méritent beaucoup mieux.

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    Du coup l'on saute à la page 108. Nous reviendrons sur les feuilles précédentes. C'est-là que l'on tire le bilan d'une opération rock 'n' roll, comme la France n'en a jamais connu. Un coup monté. Pas par n'importe qui, par des spécialistes. Des sommités. Rock & Folk lui-même. Eric Delsart se charge de tirer le bilan de ce coup aussi raté que le débarquement organisé par la CIA sur les plages de la Baie des Cochons à Cuba. Le tout partait d'un bon sentiment. Le rock relevait la tête en Angleterre, ces sacrés anglais se regroupaient derrière la bannière des Libertines, en France c'était Waterloo morne plaine, elle se devait de relever la tête, après Wellington et les Rolling Stones on allait voir ce qu'on allait voir. Un belle douche d'eau froide, un pschitt citron, acide. Une hirondelle ne fait pas le printemps, une nichée non plus. Pourtant ça piaillait dur. A Paris. L'on assistait à un renouveau rock parmi la jeunesse. Alors chez Rock & Folk avec Philippe à la Manœuvre l'on a hissé le pavillon bien haut, organisation de concerts hebdomadaires et grand pavois de couverture consacrés à trois nouveaux groupes : Naast, BB Brune, Plasticines ( cornaquées par Maxime Schmitt, un personnage essentiel du rock français, guitariste du Poing un des groupes qui maintint la flamme rock 'n' roll, manager producteur de Kraftwerk ( modernité rock ) co-auteur de la superbe BD Vince Taylor n'existe pas ). Du jamais vu dans la revue en cinquante ans d'existence, ce n'était plus de l'exaltation mais de la promotion. Les critiques ont commencé à pleuvoir. Lycéens branchés issus de la bourgeoisie. Il est étrange de se soucier de guerre de classe non pour se battre afin d'acquérir des conditions d'existence rimbaldiennes mais pour injurier et insulter... Au final la bulle s'est dégonflée. Eric Delsart a beau s'extasier sur le CD de Naast, y entrevoir le paradis français des french sixties – 60-64 - retrouvées, la galette ne fait pas le poids avec ses aînés, pour un objet rond c'est même carrément mauvais. Chaussettes propres et chats castrés d'appartement. Les Plasticines avaient davantage d'authenticité et de charme. Par contre l'a raison le Delsart lorsqu'il affirme que l'artefact qui traduit le mieux l'essence ( très volatile ) des baby boomers reste leur opus Blonde comme moi, qualifie le chanteur de tête à claques – ce qui est assez méchant pour les claques obligées de s'y poser dessus – mais l'avait le sens du texte et de l'air du temps.

    Revenons en arrière. Page 40 : La révolution du rock français ( 1968 – 1973 ) : Philippe Theyiere se tire assez bien du buisson ardent de l'impossible, quatre pages ( deux en retirant les photos ) pour donner une idée de la chienlit issue de Mai 68. Le problème n'est jamais là où on le signale. L'est avant, en ces pleines pages consacrées à Françoise Hardy, Jacques Dutronc, Michel Polnareff, Nino Ferrer, Christophe, des personnages dans l'ensemble sympathiques, géniteurs d'une longue carrière, des artistes, appuyez un peu sur ce terme, OK, d'accord, z'ont marqué leur génération comme les rayures définissent le zèbre, entre nous soit dit l'on préfère celles du tigre, un animal carnassier beaucoup plus rock. Ce qui est marrant – j'ai failli écrire irritant – en lisant leurs biographies, chacune bénéficiant d'un scripteur particulier - c'est que hormis l'homme au cactus dans son slip, z'ont un peu la manie de se regarder le nombril. Sont tous un peu perdus en eux-mêmes. Etait-il nécessaire de leur donner l'occasion, du moins pour les survivants, de se mirer encore une fois dans le miroir qui leur leur renverra une image qu'ils ne trouveront pas satisfaisantes.

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    Par contre après ça va mieux. Les choses deviennent sérieuses. Résolument Rock. Magma, le seul groupe français à apporter quelque chose de neuf au rock des ricains et des tommies. Une dimension européenne. Culturelle. Après Coltrane, le jazz s'est trouvé au fond de l'impasse. Impossible de faire mieux. Les suivants ont dû casser le jouet pour débloquer la situation. Z'ont libéré le passage, mais il a débouché sur le vide et les tentations nihilistes du Free. Facile de déchirer la coque des nefs aventurières sur les icebergs du noise. Les rockers – notamment les Stooges et les New York Dolls – deux époques différentes mais toutes deux confrontées au quitte ou double du surpassement - ont préféré insuffler la thérapie de choc de l'électricité outrancière. Magma est allé chercher du côté de l'expressionnisme musical allemand – à l'époque se sont faits traiter, par les ignares et les incultes, de fachos – quatre-vingt musiciens ont participé à l'aventure magmaïque, à tel point qu'aujourd'hui parler de Magma c'est nommer une aventure musicale à part entière, plutôt un mouvement en marche ( expression très mal connotée ) qu'un groupe.

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    L'on passe à la tierce majeure du rock français. Variations, Little Bob, Dogs. Les Variations ont essuyé les plâtres. Sont arrivés trop tôt et partis trop vite. La France n'en a pas voulu. A part une poignée de mordus. Parfois l'Histoire s'écrit à l'envers. Nombreux les bluesmen qui ont trouvé refuge par chez nous, et Gene Vincent, et Vince Taylor... eux se sont exilés aux USA pour partager à égalité la scène avec les plus grands... Stan Cuesta leur dresse avec style une stèle qui remémore toutes leurs victoires. Little Bob est un rocker, ne compte pas sur les chieurs d'encre pour raconter sa légende. Prend la parole et ne la lâche plus. Dit tout ce qu'il a à dire et règle ses comptes. Du côté du Havre l'on a l'habitude du vent qui souffle fort. Lui c'est l'Angleterre qui l'a reconnu à sa juste valeur. Nul n'est prophète en ses pays. Rock & Folk se prend la gifle de son existence, ces derniers temps l'on parle davantage de Little Bob dans le Figaro que sur le mensuel au service du rock 'n'roll depuis 1966... La saga des Dogs laisse un goût d'inachevé. La disparition brutale de Dominique Laboubée a mis un terme à l'aventure bien trop tôt. Les Dogs ressemblent un peu la poignée des Résistants qui se sont levés lorsque la France s'est rendue à l'Allemand. Mais eux, n'ont connu que les temps les plus durs. Lorsque la force stupide triomphe dans le monde entier. Et que l'espoir trébuche. Dans les années 80, c'est le rock qui reflue de partout. Subsisteront malgré tout. Comme ces troupes qui s'enterrent pour laisser passer les blindés sur leur tête. Quand ils partiront à la reconquête sur les arrières de l'ennemi, la mort saisira l'âme indomptable du groupe.

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    L'ineptie des choses nous aide à comprendre qu'il est des questions sans réponse. Pourquoi entre Magma et la sainte trinité suivante, ont-ils intercalé Brigitte, je sais bien qu'il ne faut jamais dire Fontaine je ne boirai pas de ton eau, mais là ça tombe comme un cheveu sur la soupe, comme un crachat de tuberculeux dans un sandwich au poivre de Cayenne.

    Depuis hier soir je hais Benoît Sabatier. Non, ne le frappez pas. Il ne m'a pas fait de mal. Ce serait plutôt le contraire. M'a convaincu que j'ai peut-être commis une erreur, que je me suis engagé en un stupide cul-de-sac. Son article sur Metal Urbain, me révèle un groupe auquel je ne réservais qu'une moue dubitative si l'on évoquait son nom devant moi. Me serais-je trompé. N'aurais-je rien compris au film. Un homme qui par sa vision et sa plume vous fait douter de vous, même s'il se révèlera après vérification que vous n'aviez pas tort, est digne de louange et d'admiration.

    Pierre Mikaïloff se penche sur le cas Téléphone. Pourquoi ont-ils eu tant de succès. Pourquoi ont-ils vendu des albums par centaines de milliers d'exemplaires. Parce que c'était un bon groupe. Oui, mais cela ne suffit pas. Parce qu'ils ont choisi de chanter en français. Un bon choix, qui renouait avec les débuts du rock hexagonal, qui leur a permis de toucher un public peu familiarisé avec la langue anglaise. Mikaïloff qualifie ce choix de stratégique. Z'ont aussi bénéficié de leurs maisons de disques. Elles ne se sont pas contentées de les enregistrer. Les ont appuyés, soutenus, diffusés, de tous leurs moyens. Ont notamment bénéficié d'un service de presse inimaginable. Pourquoi ont-ils splitté ? Divergences sinon philosophiques du moins existentielles, sûrement musicales. Ce qui est certain c'est qu'ils n'ont pas su préserver le groupe. Cela demande une maturité à laquelle même les Beatles ne sont pas parvenus. N'avaient pas les épaules assez larges pour accéder à une dimension internationale. Avoir l'énergie des Stones est de l'ordre du possible. Leur cynisme et leur sens des réalités beaucoup moins.

    Deuxième incompréhension métaphysique, l'insertion de Bashung entre Elli & Jacno et Daniel Darc. L'était davantage à sa place après Téléphone... Je passe vite, n'ai jamais eu de fibre émotionnelle avec les Stinky Toys, Taxi Girl, Rita Mitsouko, et la génération suivante et alternative, pas plus avec Bérurier Noir qu'avec la Mano Negra, de même déficit générationnel prononcé envers Daft Punk, Phoenix, Air... Dernier chapitre : Et Maintenant ? Le rock est retourné dans les caves. Dans les marges. Beaucoup de groupes s'agitent dans l'ombre. Tous styles mélangés. Les media s'en détournent. La fête continue. L'on cite des noms un peu dans le désordre. Pas de direction nettement établie ou favorisée. L'on oscille entre rock pointu et variété qui n'ose pas dire son nom. Le lecteur dispose d'une ultime session de rattrapage, 80 disques fantastiques, dans la série n'oublions personne on a essayé de contenter touts les franges du grand public. Souhaitons que les rats qui seront prêts à remonter dans les navires par les amarres soient ceux qui nous ramèneront la peste noire et irradiante du rock 'n' roll en notre monde figé d'ennui !

    Damie Chad.

    RAUNCHY BUT FRENCHY ( 6 )

    HOLLY DAYS IN AUSTIN ( I )

    DICK RIVERS

    ( New Rose / 1991 )

    Holly Days in Austin suit Linda Lou Baker enregistré en 1989 et chroniqué par nos soins dans notre livraison 524 du 07 / 10 / 2021. Comme son titre l'indique Dick est allé l'enregistrer à Austin. L'en a exactement enregistré deux, celui-ci en français et un second qui reprend 12 des vingt titres de celui-ci en leur idiome originel l'anglais. Nous chroniquerons prochainement ce deuxième album lui aussi intitulé Holly Days in Austin. Les huit titres qui ne figurent pas sur ce deuxième album sont ci-dessous marqués en vert.

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    Beaucoup de monde crédité : nous ne citons pas in extenso : des musicos locaux du Arlyn Sound Studio : Speedy Sparks : bass, acoustic / Charlie Sexton : guitar, bass, piano / Mike Buch : drums / Floyd Domino : piano / Joe Gracey : producteur / John Mills : saxophone / Marcello Ghana : accordéon / Steve Doerr : harmonica.

    Parmi les froggies hormis Dick Rivers on remarquera Claude Samard et Denis Benarrash.

    Chris Spedding vient faire un tour avec sa guitare. Je ne voudrais pas donner l'impression de dénigrer le boulot des musiciens, mais s'il y en a eu un que je n'aurais pas voulu remplacer c'est Bernard Droguet, chargé de transposer les morceaux de Buddy Holly en français. Les vingt titres sans exception. Les lyrics de Buddy ne sont pas de la haute poésie, mais quand il les chante ça coule sans bruit comme les clapotis de la Seine sous le pont Mirabeau de Guillaume Apollinaire. Belle gageure. Que Dick Rivers ait eu envie de rendre hommage à Buddy Holly n'est guère surprenant, ne nasille pas à la texane mais il possède un organe flexible capable d'épouser les inflexions les plus nerveuses comme les plus suaves. Si l'on y réfléchit un peu, sans en avoir écouté une seule seconde, une seule expression se présente à l'esprit pour qualifier un tel album : complètement casse-gueule !

    Austin ! Oh boy ! : ( Oh ! Boy ) : ce que l'on appelle une mise en épingle, d'entrée deux des meilleurs titres de Buddy Holly que le gars de Lubbock avait emprunté à Sunny West, autant dire que Dick ne se dérobe pas devant l'obstacle. Les chœurs en arrière et le drummin' en avant, quand arrive la guitare l'on se rend compte que l'orchestration ne recherche pas la copie conforme, La magie de la version de Buddy repose sur la cohésion totale de l'ensemble vocal / musique qui forme un tout dissemblable, Rivers et son équipe n'y parviennent pas, nous refilent le morceau en pièces détachées, imaginez que vous ayez à monter votre nouvelle machine à laver avant de l'utiliser... pas de sitôt que vous enfilerez une chemise propre.

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    Yvonne : ( Rave on ) : difficile de faire plus franchouillard pour le titre, mais l'on s'en fout, autant le précédent est un peu démantibulé autant celui-ci est réussi, pourrait nous le chanter en araméen le Dick, qu'on n'y verrait du feu, ça déboule sec, le Rivers se colle à la musique et ne lâche pas, un piano à la Jerry Lee vous tarabuste le tout,et un solo de guitare pratiquement fuzzée vous esbroufe l'omelette sans pitié, le Buddy en acquiert un coup de jeune qui lui va comme un gant. Elle a l'rythme : ( Well, all right ) : la version 58 de Buddy fleure bon la ballade country appuyée, Dick Rivers balance la salade un peu trop vinaigrée, lui manque les merveilleuses intonations de Buddy, alors la guitare appuie, l'on est loin des années cinquante, l'on n'en est pas malheureux pour autant. Faut vivre avec son temps. Gatsby : ( Heartbeat ) : amis rockers, un détour lecture s'impose, Bernard Droguet sort le grand jeu, l'a jeté à la poubelle la sentimentalité bébêto-gnan-gnan des lyrics de Buddy, c'est la silhouette de Gatsby le Magnifique, héros du roman de Scott Fitzgerald qui déambule de couplet en refrain tout le long de cette chanson, je n'irais pas jusque à dire que Droguet / Rivers surpassent Buddy, faut tout de même reconnaître qu' à tous deux ils surclassent ce monstre sacré de Holly, une parfaite réussite, comme toujours quand le rock rejoint la littérature. Quelques notes pour la mort d'un amour : ( It doesn't matter anymore ) : pas un hit inoubliable de Buddy, cette reprise de Paul Anka enregistrée en 1959 laisse présager le pire pour le futur de Buddy Holly, peut-être est-ce pour cela que la grande faucheuse s'est dépêchée d'y mettre un terme. Rivers et ses sbires y rajoutent un gimmick de rythmique qui noie le poison hollywwodien de l'original, de la variétoche l'on passe au country et ce n'est pas mal du tout. Mauvais signe : ( Reminiscing ) : un morceau de King Curtis avec un sax qui fleure bon le rhythm 'n' blues noir, et Buddy qui vous prend sa petite voix de souris quémandeuse d'un morceau de fromage, un sax moins jazzy qui fuse mixé trop loin à notre goût, le Rivers assure mais ne se surpasse pas. Nous ne lui décernerons pas les trois camemberts d'or. Y a que toi qui sais ( ma p'tite canaille ) : ( True love ways ) : une ballade de Buddy, sentimentale à la mords-moi-le-nœud avec violons et voix mignonne, mais écoute-t-on Buddy pour ses bluettes, hélas oui. Rivers hausse la voix, nous la joue au gars qui a beaucoup vécu, reconnaissons que c'est plus viril que les larmes de Buddy, faute de violon z'ont mis une pedal steel du coup la chansonnette ne pédale pas dans la choucroute. Cool !

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    C'est une femme : ( Take your time ) : encore une mignonnette de Buddy, sûr que l'on ne perd pas son temps à l'écouter, mais l'on n'en gagne pas non plus, Dick s'en tire avec brio, sa voix s'insinue comme une langue aigüe et câline dans une foufoune, et derrière ils jouent gentiment pour ne pas le distraire. A croire que nous ne vivons pas toujours dans un monde de brute. Envie d'elle : ( Everyday ) : un miracle de gracilité, une bonbonnière, une boîte à musique, un chef-d'œuvre de Buddy, je concède que c'est un peu cucul la praline, une mignardise louis XV pour mettre tout le monde d'accord, le Dickie n'y rentre pas avec de gros godillots, mais l'orchestre a enfilé des chaussons de danse, font parfois un peu trop de bruit, et le Rivers se prend au jeu, il force un peu trop sa voix, dommage ! Y a pas de remède à l'amour fou : ( Love 's made a fool of you ) : un titre qui à coup sûr vous rend fou de Buddy, vous transforment un peu le jungle sound souterrain de Buddy, le hachent davantage ce qui permet à la guitare de belles envolées, et le Dickie sautille là-dessus par dessus les brindilles comme une petite fille qui joue à la marelle équipée de béquilles. Oublie : ( Wishing ) : une tarte à la myrtille dégoulinante de Buddy, le vocal un peu acide à la manière de ces fruits dont les ours se régalent, Rivers use de ses intonations de rocker, grosse voix et miaulements de fond de gorge qui se marient à merveille avec la guitare tranchante, parfait pour sonoriser une de ces scènes de western dans lesquelles il ne se passe rien, mais qui laissent présager l'arrivée de l'orage. Laisse-moi tomber : ( Listen to me ) : encore une de ces petites merveilles de Buddy que l'on réprouverait chez tout autre, chansonnette parfumée au country le plus pur, avec voix susurrante au milieu, vous la traitent avec davantage de désinvolture, lui refilent du peps, pas de vocal implorant en position de libero, l'on est entre hommes et l'on s'amuse, nous aussi. Daisy ! Daisy ! : ( It's so easy ) : l'on oublie la reprise de Linda Ronstatd, celle de Rivers ne l'approche pas, trop gentillette, trop quelconque, derrière ils y mettent tout leur cœur mais parfois la réussite n'est pas facile.

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    Un seul baiser d'elle : ( That'll be the day ) : un des rares morceaux de Buddy que je n'aime pas, et plank ça ne rate pas, je m'ennuie autant, l'ont pourtant édulcoré, l'ont recoiffé et rendu moins criard, mais non, ça ne passe pas. He oui baby ! : ( Maybe baby ) : un chef d'œuvre absolu de Buddy, et là Dickie se plante, je suis incapable de dire pourquoi, mais ce qui pêche c'est bien le vocal de Dick, a contrario des chœurs qui savent rester discrets et efficaces. Fais c'que tu veux : ( Think it over ) : un petit côté bastringue assez rare chez Buddy dans ce morceau, nous la font style grand spectacle avec cuivrerie apparente et piano à la Jerry Lou, Dick nous l'envoient à la perfection entre les deux poteaux. Un beau drop. Y a que ça de vrai : ( Not fade away ) : encore un chef-d'œuvre de Buddy encore que les Stones l'ont transfiguré, lui ont insufflé un virus chuckberryen du meilleur effet, ici la version partage la poire en deux, côté Stones pour la musique électrifiée, et de l'autre côté vocal vieux rock, z'y rajoutent même des chœurs à la Animals, curieux patchwork pas du tout repoussant. Plus proche de ce que fit Dick sur ses disques de reprises avec Labyrinthe. Comme un fleuve fou : ( Words of love ) : une coulée de miel typique du créateur de Peggy Sue, les Beatles l'ont reprise, leur version ne vaut pas l'originale, celle de Dickie non plus, mais orchestralement elle vaut mieux que celle des Fab Four qui patchoulise un peu trop. Sourire, souffrir, ou pire : ( Crying, waiting, hoping ) : l'ont rallongée pour faire durer le plaisir, c'est la guitare de Buddy alliée aux légers soubresauts de la batterie qui rayonne dans ce morceau, ici la batterie est trop présente, par contre le solo d'accordéon ne choque pas, Rivers s'en tire grâce au velouté de sa voix moins grêle que celle de Buddy, mais l'ensemble n'est pas tout à fait au niveau. On est tous dans le même rock 'n' roll : ( I'm lookin' for someone to love ) : un des morceaux les plus rockabilly de Buddy, Dicky l'infléchit dans une tonalité franchement plus rock, une belle manière de terminer l'opus, d'autant plus que Buddy saccage son résultat avec son final digne d'une ballade.

    L'est sûr que Dick Rivers s'est fait plaisir, revisiter vingt chansons de Buddy Holly en français, voilà le genre de projet qui ne naît pas spontanément durant le petit dèje dans la tête de tous les mangeurs de grenouilles, d'ailleurs à mon humble connaissance Rivers est le seul à l'avoir tenté. Faut être de cette même génération pour goûter tout le sel ( et tout le sucre ) d'une telle entreprise. Par la force des choses, un truc typiquement rock français. Reste que pour l'apprécier pleinement, faut écouter le deuxième Holly Days in Austin, en langue originale, afin de mieux entendre le sens de cette démarche périlleuse. Rendez-vous la semaine prochaine, dans notre livraison 537.

    Damie Chad.

     

    ROCKAMBOLESQUES

    LES DOSSIERS SECRETS DU SSR

    ( Services secrets du rock 'n' rOll )

    UNE TENEBREUSE AFFAIRE

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    EPISODE 13

    UN HORRIBLE SPECTACLE

    Nous étions aux premières loges, tels des empereurs romains assistant à un spectacle sanglant de gladiateurs. Le combat semblait inégal, un contre plus de deux cents, mais il n’en n’était rien, armé de son bec d’ibis rouge Charlie Watts n’éprouvait aucune pitié, il officiait méthodiquement et à toute vitesse, le chargement de sable - arène sanglante - rougissait rapidement, les cadavres s’empilaient derrière lui, le Chef alluma un Coronado et se laissa aller à quelques commentaires esthétiques :

    _ Les Stones, même réduits à une seule individualité, seront les toujours les Stones, nos demoiselles regretteront certainement la tournée avec le gros zizi gonflable, toutefois il faut reconnaître que cet ibis amarante projeté derrière Charlie comme sur un écran géant qui n’existe pas donne à la scène un cachet indéniable et une ampleur irrésistible, sans doute s’en resserviront-ils dans leur ultime tournée en hommage à Charlie…

    _ Oui mais tous ces innocents qui meurent alors qu’ils n’y sont pour rien, s’écria Framboise, cela me donne envie de vomir

    _ Surtout pas sur mes chaussures de daim bleu, l’interrompis-je

    _ N’ayez aucun regret Framboise, lorsque nous courions vers le bateau-mouche, avez-vous remarqué que la musique sur laquelle ils dansaient n’était autre que La marche des canards, ces béotiens ne méritent pas de vivre, et en plus, quelle belle mort, tués par Charlie Watts, il y en a qui se suicideraient en se laissant tomber du haut d’un cocotier pour avoir un tel trépas digne d'un roi, quand je pense…

    Hélas Joël interrompit la profonde méditation du Chef. Plus tard lorsque l’aventure fut finie - nous n’en sommes qu’aux épisodes du début - nous supputâmes longtemps l’aphorisme définitif par lequel le Chef voulait terminer sa tirade. Comme nous ne parvenions pas à nous mettre d’accord, nous nous en ouvrîmes auprès de lui : ‘’ C’est bien simple, nous répondit-il, je crois que je voulais dire : quand je pense que j’ai un Coronado à allumer, je manque à tous mes devoirs !’’

    DERNIERE NOTE FUNEBRE

    Joël avait remarqué qu’une flottille de vedettes de gendarmerie barraient la Seine à deux cents toises en avant. Des hors-bords du GIGN, s’élançaient vers la péniche noire qu’ils escaladèrent à l’aide de grappins. C’était trop tard. L’immense ibis s’estompa en quelques secondes et Charlie Watts disparut. Les policiers demeurèrent interdits devant le carnage. Un silence de mort planait sur la péniche.

    - Plus rien à faire, déclara l’officier qui leva la main pour arrêter l’indécision de ses hommes.

    Mais il se trompait. Un entassement de cadavres s’effondra brutalement. Il était indéniable que ça remuait par-dessous, un bras surgit de l’entremêlement des corps, un individu cherchait à s’extraire du charnier, nous le reconnûmes dès que sa tête émergea, c’était Roméo ! En pleine forme, il chantonnait :

    _ Il ne m’a pas eu, me suis caché sous les morts, et maintenant à moi la belle vie, les palaces, les putains, le fric, tra-la-la-lère, sont tous crevés sauf moi, parce que je suis riche à millions, merci Juliette !

    _ Totalement cinoque, décréta l’officier, saisissez-vous de lui et emmenez-le illico à l’asile des fous, qu’il y reste pour le restant de sa vie et que l’on n’en parle plus.

    C’est pour cette raison que nous n’en parlerons plus dans notre récit.

    COLERE SENATORIALE

    Roméo ne fut pas le seul à recevoir de la visite. Une vedette plus grande que les autres se rangea sur le bord de L’albatros. En surgirent trois ou quatre paltoquets aussi galonnés qu’un contre-amiral, suivi du Président du Sénat dans le sillage duquel se pressait l’avorton.

    _ Me faire ça à moi, en pleine période pré-électorale, deux cent cinquante morts en direct, filmés depuis les quais par toutes les télévisions du monde entier, sans compter les milliers de vidéos réalisés par les touristes et les badauds, félicitations messieurs, je…

    L’avorton en rajouta une couche :

    _ On vous envoie au Bois des Pendus, résultat : une trentaine de macchabées, vous apparaissez à la préfecture de Limoges, bilan : une seconde trentaine de trucidés, une innocente participation à une croisière sur la Seine, compte total, nous dépassons les trois cents victimes !

    C’est à ce moment-là que je remarquais que la queue de Molossito et celle de Molossita frétillaient de joie, je n’en crus pas mes yeux, Rouky s’approchait d’eux, il devenait évident que le mystère Charlie Watts s’épaississait, comment Rouky qui était sur la péniche noire, que l'on n'avait pas aperçu durant le carnage, se retrouvait-il à nos côtés sans que nous l’ayons aperçu monter à bord.

    _ Non d’un chien - il ne croyait pas si bien dire - clama brutalement l’Avorton, peut-on au moins savoir où vous en êtes de votre enquête ?

    Le Chef prit le temps d’allumer un Coronado :

    _ Nous remontons la piste. Pour que vous puissiez juger de notre progression, tout comme le Petit Poucet nous ne disposons pas des petits cailloux blancs mais quelques tas de cadavres sanguinolents, c’est beaucoup plus visible, la preuve vous voici devant nous.

    Le président du Sénat faisant fonction de Président de la République et l’Avorton faillirent trépasser d’une apoplexie cardiaque !

    _ Nous vous donnons huit jours, vous m’entendez huit jours à partir de cette minute pour me ramener à l’Elysée tous les dessous de l’affaire, je veux savoir ce qui se cache derrière ce dénommé Charlie Watts, je suis sûr que nous sommes confrontés à une menace terroriste comme jamais la France n’en a connu !

    Le visage de l’Avorton s’empourpra d’un rictus effroyable :

    - Si dans huit jours vous n’avez pas démonté cette affaire, nous vous ferons fusillés, tous, même les filles et les cabots pour haute trahison !

    Il ne put aller plus loin, Rouky se jeta sur sa fesse gauche et la mordit cruellement, l’Avorton se retourna en hurlant, Rouky avait disparu, envolé, volatilisé, évaporé. Je n’étais pas au bout de mes surprises. Tout le monde gardait les yeux fixés sur l’Avorton qui se tenait l’arrière-train en jurant - je ne rapporterai pas la kyrielle de jurons qu’il prononça au cas où de jeunes lecteurs imprudents s’aventurassent en ces pages - à voir les yeux de merlan frit de l’auditoire je compris que j’étais le seul avec les deux cabots qui semblaient sourire à m’être rendu-compte de la présence de Rouky… Avais-je eu la berlue ? Des gouttes de sang perlaient du bas de la jambe gauche du pantalon de L’Avorton !

    Le Chef aspira une bouffée de son Coronado qu’il expira en plusieurs ronds de fumée abolis en d’autres ronds :

    _ Il est inutile de vous mettre en de tels états, vous vous êtes déclenché une crise hémoroïdale pour pas grand-chose, dans huit jours le SSR vous rapportera des éléments qui permettront d’y voir plus clair dans cette affaire !

    _ Je me répète - le président du Sénat faisant office de Président de la République semblait dubitatif - je veux savoir qui est ce Charlie Watts !

    - What is Watts, that is the question !

    L’entrevue se termina sur cette shakespearienne répartie du Chef qui alluma un nouveau Coronado.

    RETOUR A LA CASE DEPART

    Nous étions revenus dans notre abri atomique. Moral en berne. Avoir retrouvé Charlie Watts et l’avoir laissé filer, quel échec ! Seul le Chef souriait devant nos tristes mines :

    _ Huit jours pour le coincer, ils veulent rire, c’est beaucoup plus qu’il nous en faut, allez vous coucher, vous êtes fatigués, demain matin, nous mettrons en route le plan Alpha !

    A suivre…

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 524 : KR'TNT ! 524 : TIM BOGERT / FRANCOIS PREMIERS / SOUNDCARRIERS / LEOPARDS / CARL McVOY / EKULU / DICK RIVERS / ROCKAMBOLESQUES

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 524

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR'TNT KR'TNT

    07 / 10 / 2021

     

    TIM BOGERT / FRANCOIS PREMIERS

    SOUNDCARRIERS / LEOPARDS

    CARL McVOY / EKULU / DICK RIVERS

    ROCKAMBOLESQUES

     

    Bogert back (to where you once belonged)

    • Part Three

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    Redevenu libre, Tim Bogert s’est lancé dans une multitude de projets polymorphiques. Timmy c’est l’incarnation de la joie de vivre, il peut jouer n’importe quoi avec n’importe qui. Dans le milieu, on l’aurait appelé Jo le Caméléon. Sa carrière solo est un véritable capharnaüm.

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    En 1977, on le retrouve sur Absolutely, le deuxième album de Boxer, une espèce de super-groupe monté par Mike Patto, Ollie Halsall et Tony Newman. Adrian Fisher remplace Ollie sur Absolutely. On les voit tous les cinq au dos. Chris Stainton et Fisher portent des peignoirs. On se demande ce qu’un géant comme Timmy vient faire là-dedans. Il se contente de bombarder ses triplettes de Belleville dans un petit rock concassé. Paru en 1977, cet album n’a effectivement aucune chance. Il faut bien dire que le rock américain un peu musclé de la fin des seventies vieillit très mal. En plus, ils n’ont pas de chansons. Ça complique tout. Patto peut créer du climat, ça ne sert à rien. En B, on voit Timmy se noyer dans la masse d’«I Can’t Stand What You Do». On sent son énergie, mais le cut ne décolle pas. Les Boxer font un rock qu’on ne réécoute pas, bon d’accord, c’est très ambitieux, très harmonique, un brin proggy mais ça nous passe par dessus la tête. On entend Timmy voyager dans le boogie d’«Hand On Your Heart», c’est très impressionnant, mais c’est vraiment tout ce qu’on peut en dire.

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    Deux ans plus tard, il se retrouve embarqué dans un autre projet, Pipedream. Le guitariste s’appelle Ben Schultz, un surdoué originaire de Floride avec lequel Timmy jouera encore plus tard. Pour compléter cette fine équipe, on trouve un ex-Iron Butterfly (Jan Uvena) et un ex-Captain Beyond (Willie Daffern). C’est donc un super-groupe. Ils n’enregistrent qu’un seul album : Pipedream. Bon alors attention, ce n’est pas l’album du siècle. Timmy chante en lead, épaulé par Ben Schultz au gras double. Ils ont du son à la pelle, c’est le moins qu’on puisse dire. Il faut attendre la fin du bal d’A pour voir palpiter ses narines : Ben Schultz joue la carte du gras double dans «Feel Free». La morale de cette histoire, c’est que Timmy finit toujours par s’associer avec d’excellents guitaristes. Ils font du Cream, ni plus ni moins. L’autre bonne surprise du bal d’A, c’est «Heather», un funky strut idéal pour le roi du bassmatic. Ils s’amusent à jouer dans des styles différents, c’est l’apanage des surdoués des alpages. La B peine à jouir malgré d’indéniables qualités de sur-jeu et il faut attendre «Lires» pour voir ses narines repalpiter, oui, car voilà une belle petite dégelée de big sound avec du chant à deux voix par dessus les toits. Ce Ben Schultz est vraiment très présent, quelle excellente clameur ! Et tout ce que fait Timmy est bon, ce «Lies» est même un modèle du genre, alors t’as qu’à voir. On assiste à un duel Schultz/Timmy en groove de train spectaculaire. C’est ce qu’on appelle généralement un duo d’enfer.

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    Fatigué des super-groupes, Tim Bogert entame en 1981 une carrière solo avec un bel album raté, Progressions. Carmine n’est même pas là. L’avantage, c’est qu’on entend Timmy chanter, il est bon, comme on l’a vu avec Pipedream, mais les compos calent en côte : cette pop ambitieuse arrosée de synthés s’éloigne à grands pas de Cactus. Timmy vise le rock symphonique. Ouille ouille ouille. Il cultive des ambitions démesurées. Écouter ce genre d’album permet de voir à quel point un mec doué peut se vautrer. «Make No Mistake» est une pop énergétique bien orchestrée mais saturée d’effets. Le guitariste s’appelle Jay Williams. Timmy tente peut-être de revenir aux sources du Vanilla Fudge qui visait aussi un idéal de pop orchestrale, mais ce qu’il propose ici est infiniment plus putassier. La B n’apporte pas d’eau au moulin d’Alphonse Daudet, alors on fait la gueule, on est triste pour Timmy, triste de voir le roi du bassmatic se vautrer. Il tente de sauver les meubles avec un «Caught In Her Flame» plus musclé et bien amené, mais on passe trop au travers de cette pop qui finalement ne veut pas dire son nom. American prog ? Ce pauvre album ne laissera pas de trace.

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    Deux ans plus tard, Timmy se déguise en sorcière pour apparaître sur la pochette de Master’s Brew. Cette fois, il ramène des pointures : Carmine Appice, Rick Derringer et Mark Stein. Il démarre avec «Let Him Know», une belle pop de Brill que Carmine bat comme un sourd. Il n’y a que deux cuts en A et «Devotion» sonne comme un rock atmospherix pas très catholique. Mais on remarque que Timmy peut aller chanter très haut dans le ciel. La B retombe elle aussi comme un soufflé. Voilà un «Don’t Leave Me This Way» très pompeux et très symphonique. Dave Platshon vole au secours de «Slow Dancin’» qu’il bat à marche forcée, et dans l’équipe, on retrouve Mark Stein et Brian Auger, excusez du peu. Timmy y joue un peu de basse funk, ça fait drôle de l’entendre pondre du klonk. Bon, cette histoire bizarre s’achève avec un «Trouble» plein d’allant et d’allure que Timmy chante vraiment bien. Mais bon, inutile de courir chez votre disquaire. Il semble que cet album raté n’ait jamais été réédité.

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    On retrouve Timmy dans le Ben Schultz Band et l’album Tri Ality qui sort en 1992. Il a toujours côtoyé de bons guitaristes, et après Jim McCarty, Jeff Beck et Vinnie Martell, voici Ben Schultz, un mec pas très connu mais un vrai fan de Jimi Hendrix, si on en juge par «You’ve Got Me Floating». Schultz ne recule devant aucun obstacle, il joue dans la mélasse funk hendrixienne et renoue bien avec l’esprit voodoo. Sur cet album, tout est déterminé et forgé à l’enclume. Timmy ne joue pas sur tous les cuts. Il faut attendre «Ready For Love» pour l’entendre. Avec Ben, ils sont dans quelque chose de grandiose. Timmy gère le background au bassmatic comme il sait si bien le faire. Schultz fait des cuts tout seul («2 Good 2 Be 4 Gotten») et des power-intros («Cabo Real»), il n’a aucun problème, le son est là. Étonnant guitariste. Pas étonnant que Timmy se soit maqué avec lui. On reste dans la puissance avec «In The Light Of You» et ils passent au heavy blues avec «Lestat». C’est l’occasion pour Timmy de renouer avec le heavy dirty bassmatic. Schultz est bon, il gratte son gras double. Il sait aussi faire des exercices de style comme Jimmy Page («Intermission») et Timmy s’en va brouter dans le pré carré de «Jazz Whizz». Schultz ressort le riff de «Locomotive Breath» pour «The Knife» et ça se termine avec un mini-opéra, «The Philosopher» en trois parties, où l’on voit ce Schultz jouer des tourbillons et entraîner toute la population dans son délire. Il faut bien se souvenir de ce nom, c’est un guitariste furibard capable d’exactions monumentales, ses descentes aux enfers sont spectaculaires, c’est bardé de son mais voué aux oubliettes. On se souviendra néanmoins de cette explosion finale. Schultz, Ben Schultz !

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    Timmy se spécialise dans le montage de projets biscornus. En 1993, sort l’album d’un consortium nommé Jon Bare, Tim Bogert & Chet McCracken. L’album s’appelle Killer Whales. C’est l’occasion de découvrir cet excellent chanteur/guitariste qu’est Jon Bare. Ils démarrent sur un «Be Young» explosif. On se croirait chez Cactus. Une certaine Sally Loloya chante sur «Be Young», mais après, Jon Bare reprend la barre. Quant à Chet McCracken, il bat le beurre. Ils sont donc en mode power trio. Sally Loloya reviendra néanmoins chanter sur «I’ll Give Ou More» qui est le hit de l’album. Et quel album ! Il semble qu’il ait échappé à tous les radars. Jon Bare met la pression sur la beauté pure, alors Sally enjolive à la perfe. Ça tourne au miracle d’élégance et d’équilibre. On est heureux de voir Timmy associé à des gens aussi brillants. Sally gère bien les ponts, ceux qui précèdent les éjaculations. Jon Bare monte tout simplement l’ensemble au cran supérieur. Non seulement ça tourne au miracle, mais ça se réécoute aussitôt. Avec «Who Do I Have (To Sleep With)», ils reviennent à leur Cactus trip avec du heavy riffing. Ils sont dans le son tous les trois. Tout ce que touche Timmy est visité par la graisse, à condition bien sûr qu’il trouve les bons associés. Ça joue encore gras dans «Spacey». Timmy s’entoure généralement de guitaristes qui jouent le gras à volonté. Il faut entendre le ramdam que fait Timmy derrière Jon bare dans «Mama Don’t Allow». C’est un spécialiste de l’anarchie bassmatique, il ne pense qu’à foutre le souk dans la médina. Et comme le montre le morceau titre, Jon Bare est un merveilleux guitariste, aussi vivifiant qu’une baleine, aussi juteux qu’un Carlos Santana de l’hémisphère Nord, il développe une profondeur de jeu purement absolutiste. Ils passent au heavy slowah d’orgue avec «Don’t Let The Sun Pass You By». Timmy rôde dans la mélasse et Jon Bare fait tout le boulot, il joue à n’en plus finir, il développe une mélodie spectaculaire. Bare est un bon. Bare c’est de l’or en barre. Ils terminent ce brillant album avec «Revenge Of The Killer Whales», un big instro. Pour Timmy, pas de problème, il bourlingue dans le son et Jon Bare surfe sur les vagues.

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    Dans la série des super-groupes, voici Derringer Bogert Appice, avec un album paru en 2001 : Doin’ Business As… Ils redorent le blason du power-triotisme dès «Blood From A Stone». Ils sont tous les trois de parfaits rockers américains. Pas de pire triplette que celle-ci. Derringer ne s’est jamais remis de son séjour dans le gang de Johnny Winter, alors il chante à la menace. C’est puissant, battu par le pire pourvoyeur de beat des Amériques, Carmine. Derringer titille du bas de manche et Timmy reste perché sur son bassmatic marmoréen. C’est tellement imparable que ça semble incongru. Ces trois surdoués sont capables d’étrangler le qu’en-dira-t-on. Ils sont encore un plein boom avec «Bye Bye Baby». Derringer se laisse aller et Carmine prend le chant, a long long time ago. Power absolu + balladif cogné sec + gras double = postérité assurée. Autre exemple de quintessence du power-trio : «Rhapsody In Red». Véritable jive de prog avec un Derringer qui part à la volée. On reste dans l’excellence avec «Turn On The Light». Bon, Derringer n’est pas un grand chanteur, il fait ce qu’il peut sur ce monster froti-frotah. Mais il a derrière lui la moitié du Vanilla Fudge. Un balladif comme celui-là n’aurait aucune chance ailleurs mais avec Timmy et Carmine, ça change tout. Ils ne font pas que jouer, ils défoncent toutes les rondelles qui traînent dans le coin, ils débordent de power, ils chargent la chaudière à outrance. Carmine prend le chant sur «Boys Night Out». Il est rompu aux jukes, il sait faire sonner un c’mon baby/ It’s so crazy, et forcément on s’incline devant une telle prestance. C’est encore lui qui chante «Everybody’s Coming», ce mec sait driver son affaire et Derringer passe le joli killer solo flash. Mais c’est avec «Telling Me Lies» que tout finit par exploser. Dès l’intro, avec Timmy au chant. Ce drive monstrueux bascule dans l’excellence marmoréenne alors Derringer entre dans la dynamique des géants. Brillant album. Un de plus.

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    Nouveau consortium en 2009. Il s’appelle The Onesko Bogert Ceo Project, et l’album porte le doux nom de Big Electric Cream Jam. Au moins comme ça on est prévenu. Mais ça ne t’empêchera pas de tomber de ta chaise, car le consortium fait du Cream à la puissance 1000. Dès «Crossroads», ils explosent le concept de Cream. Ça joue à la folie. Timmy joue dans tous les coins du Onesko, c’est monstrueux. On ne croise pas un bordel pareil tous les jours. Timmy devient fou, il multiplie les descentes d’organes bassmatiques et remonte dans le son comme un wild torpédo. Cream en rêvait, Timmy et Onesko l’ont fait. Ils vont ensuite taper dans tous les classiques de Cream, tiens comme «Politician», encore plus heavy qu’on ne l’aurait cru. Timmy fait barrage et Onesko chante à merveille. Ça joue à volonté. Onesko ramène sa science, Timmy veille au grain de l’ivresse, il mobilise le thème et l’explose en plein vol alors qu’Onesko est barré dans un délire de wah incontrôlable. Ces mecs sont des cracks demented, Timmy gratte la croûte du thème, c’est terrifiant, hey now baby. Autant Cream s’était vautré avec sa version de «Sitting On Top Of The World», autant le consortium l’élève. Onesko braille tout ce qu’il peut. Timmy se régale de jouer avec Onesko, c’est plein de vie et Onesko n’hésite pas à aller chercher l’Hendrixité des choses et à se fondre dans le son. Ils amènent «Outside Woman Blues» au riff bulldozer. Ils rejouent tout le concept, mais à l’Américaine. Timmy se fond dans la riffalama fa fa fa et il faut voir cet Onesko plonger dans le tumulte de la folie Méricourt. Ils tapent bien sûr dans le mythique «Tales Of Brave Ulysses». Onesko n’a pas la voix de Jack Bruce, mais il compense avec le power américain. Tout dégringole avec un Timmy qui arrondit les angles. C’est littéralement bouffé par la basse. Power absolu ! Modèle du genre ! Onesko fait un festival de wah avec un Timmy en maraude. Et pouf, voilà qu’ils tapent dans «I’m So Glad» qui fut aussi massacré sur l’album live de Cream. Ils feraient baver Jack Bruce, si Jack Bruce était encore en vie. Ils gavent I’m so glad d’énormité, Timmy joue des atonalités ballistiques et part en dérapage contrôlé percuter de plein fouet des vagues géantes de wah. Ils ont tout le power du monde. Ils explosent ensuite le pauvre vieux «Spoonful» que massacra Cream sur Fresh Cream. Timmy le Hun y passe un solo de basse. Onesko joue sur une Les Paul noire, comme le montre la petite photo du booklet. Ils enchaînent avec un version survoltée de «Toad». Impossible d’imaginer un son plus crémeux. Ils osent ensuite taper dans «We’re Going Wrong». C’est un territoire sacré, le cœur du London beat de Jack Bruce et de Pete Brown. Onesko s’en tire pas trop mal au chant. Ils terminent cette série de cartons en explosant «Sunshine Of Your Love». Sunshine sort de cet album sur les genoux et nous aussi.

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    Comme au temps béni du Vanilla Fudge, Javier Vargas, Tim Bogert, Carmine Appice s’acoquinent en 2011 pour enregistrer un album de reprises :VBA. Boom ! Ils tapent dans le vieux «You Keep Me Hanging On» et ramènent pour l’occasion toute la heavyness du monde. Timmy y voyage abondamment, si abondamment ! Carmine et lui nous resservent leur vieille surenchère. L’autre cover de choc est celle du «Surrender» de Cheap Trick - Pa is alrite/ Ma is alrite - Ils l’explosent et ils ont raison. The power station is back on the track, Jack, Carmine bat comme mille diables, il est plus puissant que le Thor du Valhalla. Il frappe si fort que le son rebondit. Pas de pire power que celui-là. Ils reprennent aussi le «Lady» qu’ils jouaient jadis avec Jeff Beck. La bavard à la guitare s’appelle Javier Vargas et le chanteur Paul Shortino. Timmy a les cheveux blancs, mais il bourdonne toujours aussi bien dans le son. Par contre Carmine reste brun, un vrai vampire de Little Italy. Que de son, my son ! Fantastique version, Timmy et Carmine y font la pluie et le beau temps, surtout la pluie. Un vrai déluge. Ils tapent aussi dans le vieux «Black Night» qui fut leur dernier grand single de Deep Purple. Hélas, le glou-glou n’est pas aussi beau que celui de Blackmore. La surprise de l’album est cette version de «Tonight’s The Night» de Rod The Mod. Ils sont gonflés de taper là-dedans sans la voix. Paul Shortino fait tout ce qu’il peut avec ses petits bras et ses petites jambes pour sonner comme Rod mais il a encore du boulot. Même s’il parvient à se fendre l’abricot au coin du couplet. Sur la photo qui est à l’intérieur du booklet, on les voit tous les quatre : Carmine la vampire aussi brun qu’en 1964, Timmy avec ses cheveux blancs et qui n’en a plus rien à foutre. Avec ses lunettes, il fait vieux pépère. Mais my Gawd il est avec James Jamerson le plus grand bassman de l’histoire du rock américain.

    Signé : Cazengler, Tim Boberk

    Boxer. Absolutely. Epic 1977

    Pipedream. Pipedream. ABC Records 1979

    Tim Bogert. Progressions. Town House 1981

    Tim Bogert. Master’s Brew. Takoma 1983

    Ben Schultz Band. Tri Ality. TVT Records 1992

    Jon Bare, Tim Bogert & Chet McCracken. Killer Whales. Mega Truth Records 1993

    Javier Vargas, Tim Bogert, Camine Appice. VBA. Roadrunner Records 2011

    Derringer Bogert Appice. Doin’ Business As… Steamhammer 2001

    Onesko Bogert Ceo Project. Big Electric Cream Jam. Grooveyard Records 2009

     

    1515 ? François Premiers !

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    Bravo ! 1515 est à peu près la seule date d’histoire de France dont on se souvient tous. Et celle de mai 1981, bien sûr, l’élection de François Mitterrand. Un autre François. C’est vrai que le set des François Premiers a aussi quelque chose d’historique. On sent bien que si ces mecs-là montent sur scène, c’est pour gagner, pas pour perdre. Ils sont moins cons que Napoléon. À cause de lui et de Waterloo, les Anglais se moquent encore des poor froggies. Le pire, c’est l’épisode de la vieille garde qui refuse de se rendre. Ça rend les Anglais hilares de voir l’épisode des grognards dégommés à coups de canons, comme au chamboule-tout.

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    Pas de danger qu’une telle mésaventure arrive aux François Premiers. Ils sont les têtes d’affiche du petit festival de la Friche Marignan et ils ne craignent pas la mort, surtout le joueur de mandoline Cyril Doche qui n’en finit plus de faire des galipettes et des sauts périlleux arrière au risque de se rompre le cou. Ces mecs sont définitivement enracinés dans le gaga-rock tel qu’on le joue en Normandie depuis quarante ans, ça Telecaste aux jambes écartées, ça beugle tout ce qu’il faut dans les micros, ça charge comme la brigade légère, ça chante à deux voix par dessus les toits, ça déboule sans prévenir, ça tagadate au voilà-les-Dalton, ça blow the roof en toile, ça prend d’assaut le camp du Drap d’Or, ça rase en Campagne Première, ça réchauffe les cœurs flétris, ça redonne du boom au baume, ça cocote sous le feu roulant, ça joue la carte de l’insubmersibilité des choses, ces mecs sont là pour nous dire qu’ils ont décidé de continuer, de perpétuer, d’entériner, d’enfoncer leur clou, de rester fidèles à leurs racines, quarante ans ont passé, mais bon, le blast reste le blast et les deux François en connaissent un rayon en matière de blast, ils savent envoyer une volée de bois verts dans les discours alarmistes, ils Telecastent leur pâté de foi comme d’autres prient dans des couvents, ils sont bénis des dieux du rock et s’il n’en reste qu’un alors ça sera celui là, François Premier et François Premier. Ce qui frappe le plus chez eux, c’est le pas d’âge. On sait qu’ils ont toujours été là, mais sur scène, c’est un peu comme au premier jour, avec le power en plus. Il faut voir Frandol passer ses killer solo flash, il a cette façon de tordre les doigts sur le manche qui ne trompe pas, ça sent le vétéran de toutes les guerres, le soudard rompu à tous les saccages, l’habitué des assauts et des petites salles. Quant à l’autre François, il plaque de façon extrêmement mécanique, ouvre la main et la referme aussi sec sur chaque accord, il semble serrer son manche comme s’il voulait l’étrangler. Quel spectacle ! Il joue en plus autant du corps que des mains, comme il est resté léger, il peut sauter un peu et c’est toujours juste. De toute façon, on l’a toujours vu juste. Le gaga demande une espèce d’implication de toutes les secondes et une pompe en bon état, celle qui envoie les rushes d’adrénaline au cerveau. Le gaga est pourtant un genre qui vieillit assez mal sur disque, sauf des cas exceptionnels comme les Chrome Cranks, le ‘68 Comeback ou les Gories. C’est un genre plutôt fait pour la scène. On ne retrouve jamais le feu d’un set sur un album de gaga, aussi bien foutu soit-il. Retrouver l’éclat de la victoire des François Premiers à la Friche Marignan, c’est impossible. Par contre, le spectacle va rester gravé dans la mémoire des veinards qui étaient là. Car oui, quel blastingage ! Trop court. On ne se lasse pas de ce genre de spectacle.

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    Parmi les reprises, on reconnaît le fameux «The Way You Touch My Hand» des Revelons, un hit gaga des années 80 repris et popularisé par les Nomads, qui étaient assez friands de ce genre de perle gaga-psycho-psyché. Les François Premiers n’en font qu’une bouchée, ils ont tout ce qu’il faut, les chœurs d’artichauts, le gratté de grattes et surtout un excellent batteur, un mec capable de power et d’économie à la fois. Ils tapent aussi dans le vieux «Don’t Put Me On» des Groovies, période Sire, que certains préfèrent à la période Roy Loney. Ils en font une bonne mouture, bien tartinée aux deux Teles, et ce n’est pas le hit le plus évident des Groovies, on sentait que Cyril Jordan et Chris Wilson peinaient à se renouveler. Pas facile de récidiver après un hit aussi parfait que «Shake Some Action».

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    Puis ils nous font le coup du lapin avec une reprise qu’il faut bien qualifier de géniale du «Let Me In» des Sorrows, l’un des hits les plus fumants de l’ère freakbeat anglaise, même chose, il n’en font qu’une bouchée, crunch, c’est vite expédié en enfer et on est tous ravis d’aller y rôtir avec eux. Terminer par une cover des Sorrows, ça veut bien dire ce que ça veut dire : coup de Trafalgar, remise au carré des élégances et hommage à l’un des groupes les plus intéressants d’Angleterre. Une certaine façon d’entrer en osmose avec la psychose.

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    Dans le trio de tête du set, on retrouve deux des cuts sortis sur des singles chez Poseur, un label dont le logo se dessine comme celui de Closer. Tu es au Havre, baby. Ils démarrent avec «Renaissance Man», une compo de Frandol bien énervée, mais il y met tellement tout, le répondant du renvienzy et la profondeur de champ, qu’il rafle la mise. Frandol ramone bien sa cheminée, il chante sa pop-rock sur-vitaminée à l’ass off, on peut dire sans risquer de se tromper qu’il a du génie. Ils jouent aussi «Franciscopolis» qu’on retrouve sur un autre single, un groove extrêmement inspiré et shooté aux intraveineuses lumineuses, ces mecs injectent de longs jets fantasmagoriques dans leur deepy groove, du coup ça sonne très californien et le killer solo flash se coule dans l’oreille comme un serpent.

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    C’est en B-side de ce single qu’on retrouve la version studio du «Don’t Put Me On» des Groovies de Sire et elle sonne mille fois mieux sur single que sur scène. Ils chargent aux Teles avec une belle attaque de basse comme dans «Shake Some Action», ils répercutent bien l’éclat de légendarité avec des arrivées d’accords tonitruants et des fondus de voix au crépuscule de San Franciscopolis. Une fois de plus, le solo coule comme une rivière de miel entre tes cuisses, un solo short dans sa plénitude persistante, ces mecs accompagnent le souvenir des Groovies avec toutes les finesses dont ils sont capables. Ah les Groovies, t’en souvient-il ? En B-side on trouve le «Glamorize Me» qui fait partie du rappel, et cette fois c’est l’autre François qui le claque au chant, de manière plus caverneuse, plus gaga-swamp, il sonne comme un amateur d’ombres et de tombes, son groove coule comme une lettre à la poste, c’est un heavy boogaloo qui donne le frisson et qui fait rêver, tellement il est bien foutu et bien orchestré. François Premier colle bien à ses syllabes, il les tortille jusqu’à la moelle et ça se déroule dans des descentes d’accords aussi humides que les marches d’une crypte de vampire. Ils sont les rois du big atmospherix. La bassline qu’on entend résonne en écho à celle de Noel Redding dans «Hey Joe». Pour un peu, on deviendrait royaliste.

    Signé : Cazengler, Fantoche Premier

    François Premiers. La Friche Lucien. Rouen (76). 12 septembre 2021

    François Premiers. Renaissance Man. Poseur 2020

    François Premiers. Franciscopolis. Poseur 2020

     

    L’avenir du rock

    - La carrière des Soundcarriers

     

    L’avenir du rock se réveille à l’hôpital. Plantés à son chevet, un médecin et une infirmière l’observent.

    — Alors, avenir du rock, vous sentez-vous mieux ?

    — J’aimerais bien si vous le permettez récupérer mes vêtements et rentrer chez moi !

    — Allons allons ! On se calme. Nous allons vous garder quelques jours en observation. Vous avez perdu connaissance dans la rue et les radios ne sont pas jojo. Vous avez une fracture du crâne, mais nous devons faire d’autres examens pour expliquer l’origine de votre malaise.

    — Il n’y a pas de malaise, j’ai juste glissé sur une peau de banane...

    — Ah oui, une peau de banane ?

    — Oui, je suivais un gorille.

    — Ah oui, un gorille ? Comme ça dans la rue ?

    — Oui, il marchait vite et je l’entendais faire honk honk, comme Lux Interior dans Goo Goo Muck...

    — Ah oui, honk honk...

    — Et puis il avait des disques sous le bras.

    — Ah oui, des disques ? De quel genre de disques parlez-vous ?

    — De vinyles, bien sûr !

    — Ah tiens, c’est intéressant, un gorille avec des vinyles ! Peut-être vous souvenez-vous d’un titre ?

    — Oui, j’ai reconnu la pochette psychédélique du premier album des Soundcarriers.

    Le médecin se tourne vers l’infirmière :

    — Isabelle, vous allez mettre l’avenir du rock sous morphine !

    — Quelle dose ?

    — Six grammes ! Vous augmenterez si besoin.

    L’avenir du rock est habitué à ce qu’on ne le croie pas. L’essentiel est qu’un gorille se balade avec l’album des Soundcarriers sous le bras.

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    Retro-futurists de Nottingham, les Soundcarriers sont devenus les grands chouchous des Shindigers. Ils sont même aux yeux de Christopher Budd one of Shindig! most treasured modern-day acts, avec leur subtil mélange de ‘60s film jazz, krautrock grooves, acid-folk fragility and analogue authenticity. Un vrai catalogue ! Pas étonnant que les Shindigers craquent. Budd ajoute qu’ils font aussi de la baroque psychedelia. En gros, la musique des Soundcarriers est une invitation au voyage à travers various shades of pulsating motorik, electronica and acid-folk. Ils existent tels qu’ils sont depuis 2008. On les a comparés à Stereolab et Broadcast. Ils disent aussi adorer Free Design, mais aussi du broader than ever : early Kraftwerk et de l’esoteric sound, c’est-à-dire Moondog et Silver Apples. Leur problème est de pouvoir dépasser leurs limites qui sont des limites de temps, d’équipement ou de compétences musicales. Aussi n’hésitent-ils pas à explorer des pistes en studio et de recourir à leur imagination, ce que, nous disent-ils, beaucoup de groupes ne font plus.

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    La parution d’Harmonium en 2009 fut saluée comme il se doit et c’est vrai que ce groupe sonne comme une aventure fantastique : elle commence avec ce groove épileptique qu’est «Time Will Come», hanté par la voix d’Ophélie qui s’appelle en réalité Leonore Wheatley. Sacré son, de toute évidence, porté au groovus maximalus. Paul Isherwood signe le toxic bassmatic. En fait, Isherwood est l’âme du groupe. C’est lui qui signe le big bass boom de «Calling Me Reprise». Il a le swagger du bassmatic des enfers. Retour en force de Leonore dans «Without Sound». Le groove l’embarque pour Cythère. Ces gens-là taillent leur route dans un groove de psyché anglais judicieux qui ne veut pas dire son nom. Retour d’Isherwood et de son bassmatic dans «Without Sound Part II». Il reprend simplement le thème à la basse. Avec «Glide», ils basculent dans la mad psychedelia. Ils amènent ça au drumbeat explosif de psyché anglais d’allégeance suprême. Rien d’aussi psyché que ce Glide inespéré. Isherwood l’enroule dans un riff de basse dément. Ils restent dans le psychout so far out avec un «On That Line» absolument renversant. Il faut voir Isherwood relancer au drive de basse. Le son des Soundcarriers enveloppe facilement. Ils ont un côté flux toxique qui capte l’oreille de manière irrémédiable, c’est encore ce que révèle «Falling For You». Leonore chante «Uncertainty» à s’en arracher les ovaires. Disons qu’il s’agit d’un rock épique bien porté par la clameur. On note aussi la présence d’un bel angle de rock anglais dans «Caught By The Sun». C’est chanté au coin d’une harmonie vocale à la big energy. On les sent possédés par leur truc. Le «Calling Me» qui suit reste assez entreprenant, on peut même parler de hit de good time music. Ils opèrent une belle glissade dans le monde océanique avec «Been Out To Sea». Ils visent clairement l’échappée belle. Ils ont une facilité pour ça. Et du coup, ça devient the real deal, c’est-à-dire le vrai truc. Le heavy groove shindigois est vraiment leur domaine, comme le montre «Cannonball», un petit chef-d’œuvre psyché à la Barrett. Terriblement persuasif. Fantastique présence !

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    Alors du coup, on jette un œil sur les albums suivants, histoire de voir si la révélation tient bien la route. Celeste date de 2010. Cet album est nettement moins effervescent que le précédent. Ils embarquent «Last Broadcast» au drive de Canterbury. On sent le prog-rock des maîtres de l’ancien temps. Oh oui, ils reviennent parmi nous, les Caravan et les Hatfield, via l’organe délicat de Leonore. Les Soundcarriers ultra-jouent leur crise de prog, mais le côté marbré du chant plombe le pauvre cut. Bon, c’est leur monde. Libre à toi d’y entrer ou pas. Ce diable d’Isherwood revient faire des ravages dans «Step Outside». C’est un mélange jusque là inconnu. La basse est remarquablement bien mixée dans le beat carriériste. Ce mec joue comme Jack Bruce, à la folie douce. Si on cherche les hits, il faut aller jusqu’à «Rolling On». Leonore monte devant, comme Laurie Anderson, en atonie d’unisson du saucisson. Elle vise le dévolu et ça devient énorme. C’est un hit de petite vertu, du all the time de cosmic boogie. Paul Isherwood embarque l’autre hit, l’infortuné «Signals». Voilà encore un cut assez révélateur de leur capacité à rebondir dans le monde des affaires. Sur cet album, tout est monté au haze de girl voice et de bass drive. Isherwood entre dans la lard du «Morning Haze» avec un sens aigu du devoir psychédélique. Comme c’est étonnant de trouver cette basse au cœur du mix. Bon, on ne va tout de même pas en faire les génies du siècle, comme le voudraient les Shindigers, mais il vrai qu’un cut comme «Broken Sleep» capte bien l’attention et va même flatter les bas instincts. Tous les cuts ne sont pas d’un accès direct, c’est parfois compliqué, il faut savoir se montrer patient. La voix de Leonore perdue dans le fog de prog brouille parfois les pistes. Avec «Rise And Fall», ils restent dans leur modèle de groove longitudinal et tapent dans la clameur de la chandeleur. Paul Isherwood y mène le bal. Il referme la marche avec un «Hideaway» gratté à la basse sourde, puis avec le morceau titre joué au heavy bassmatic. Il joue tout seul, et comme il en a envie. Ce mec est doué et une flûte vient lui chatouiller les castagnettes.

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    C’est donc la curiosité qui pousse à écouter un troisième album des Soundcarriers, le bien nommé Entropicalla, paru en 2014. On y dénichera deux jolis slabs de mad psychedelia, «Boiling Point» et «Somewhere To Land». C’est même une mad psychedelia d’influence faramineuse, comme incendiée d’orient, ravagée de pestes cistériennes, enjolivée d’ardeurs marmoréennes, gonflée de vents gazeux d’andronénisme caractériel. On sent les carriéristes motivés, profondément axés sur le vertige et salement incisifs. Ils adorent cette flûte qui vient de la nuit des temps, on la retrouve aussi dans «This Is Normal». La flûte rôde dans le son comme un chacal. Ils touillent un groove qui ne peut plaire qu’aux Shindigers. Il faut écouter «So Beguiled» sans s’écouter parler et savoir s’effacer devant les cuts qui s’effacent. Avec ce troisième album, ils deviennent encore plus difficiles d’accès. Tout le monde n’est pas admis dans «Low Light». Il jouent un psyché qui s’en va à vau-l’eau, bien nappé d’orgue. Avec les carriéristes, il vaut mieux se lever de bonne heure. Ils se montrent assez pragmatiques avec le morceau titre et tapent une fois encore dans une sorte de mad psyché, mais bon.

    Signé : Cazengler, Soundcarie dentaire

    Soundcarriers. Harmonium. Melodic 2009

    Soundcarriers. Celeste. Melodic 2010

    Soundcarriers. Entropicalla. Ghost Box 2014

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    Christopher Budd : A certain future. Shindig! # 39 - May 2014

     

    Inside the goldmine

    - Les douze Leopards

     

    Recroquevillé au fond de la tranchée et transi de froid, Guillaume Apollinaire se préparait à rédiger une réponse au pamphlet que lui avait adressé la Société des Poètes Parcimonieux. Il prévoyait d’écrire sa réponse sur la page garde du recueil du Mercure de France qu’il avait reçu le matin même au courrier et de glisser la page arrachée dans une enveloppe de récupération. On ne trouvait plus guère de papier en première ligne, même pour se torcher le cul. Il suçait son bout de crayon gras en observant pensivement cette grosse lune ronde qui éclaboussait de sa lumière blafarde la zone calcaire dans laquelle la troupe avait creusé la tranchée. Il pensa titrer sa réponse ainsi : Messieurs les douze salopards, puis cibler ensuite sur la lâcheté des ‘planqués de l’arrière’, comme on disait au front, sachant qu’il s’attirerait automatiquement la sympathie du lectorat. D’un naturel grincheux, la Société des Poètes Parcimonieux s’en prenait à lui pour la raison bête qu’il avait oublié le léopard dans l’inventaire de son Bestiaire, et ces gens qui ne transigeaient pas y voyaient une faute impardonnable, un impair indigne d’un poète publié, le déshonneur de la patrie. Eut-il songé au léopard, Apollinaire ne doutait pas qu’on l’eût accusé d’avoir oublié la loutre ou bien encore la limace. Chez ces redoutables cloportes tout était prétexte à chicanerie, il le savait. Ravi d’avoir à relever le défi d’un duel, il allait pouvoir se montrer d’une rare férocité, et y prendre un plaisir immodéré, comme lorsqu’il fessait Marie Laurencin qui d’ailleurs ne cherchait pas à se défiler, bien au contraire. Il commença à écrire, Messieurs les douze... quand soudain un obus explosa à quelques mètres de lui. Blarghhhh ! Un éclat vola en sifflant, bzzzzzzzzzz, et enfonça son casque, boiiiing ! Le choc l’envoya rebondir contre la paroi. Il s’écroula, tira la langue et roula des yeux. Sa main se mit à tracer des lettres comme si elle était devenue un automate. L’alerte passée, le colonel Dax vint lui-même faire le tri dans les étripés. Il se pencha sur Apollinaire. Comme sa main écrivait, Dax en déduisit qu’il vivait encore.

    — Brancardiers, embarquez-moi ça à l’arrière !

    La main écrivait, elle écrivait encore. Messieurs les douze léopards. Messieurs les douze léopards. Messieurs les douze léopards. Messieurs les douze léopards.

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    Rassure-toi, Apollinaire va survivre, grâce à une lobotomie pratiquée non pas à l’hôpital de campagne, mais plus loin à l’arrière, dans une clinique parisienne. Quant aux salopards devenus des léopards, ils ne sont pas douze mais quatre. C’est déjà pas si mal.

    Si on t’avait dit qu’il existait des Kinks à Kansas City, l’eusse-tu cru ? Et pourtant c’est vrai. Il te suffit d’écouter Kansas City Slikers. Cet album des Leopards paru en 1977 est la preuve formelle qu’il existait bien des Kinks à Kansas City.

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    Le Ray Davies de Kansas City s’appelle Dennis Pash et dès «Road To Jamaica», il impose un son gracile et lumineux qui évoque vaguement les TV Personalities, mais surtout le kinky konk des early Kinks. Le «Mind Of My Own» qui suit sonne aussi très anglais. Ce gentle puppy à l’anglaise ravira les amateurs de petit biz. Puis on assiste à un curieux phénomène : Dennis Pash s’illumine de plus en plus. «Dancing In The Snow» sonne comme un hit sixties. Faramineux ! «Bugle Boy» est directement inspiré par les Kinks, mais avec goût certain. Ils s’enfoncent toujours plus profondément dans la kinkologie. Paf, Pash finit l’A avec un «I Wonder If I’ll Ever See You Again» d’une finesse et d’une légèreté qui sèment le trouble dans la cervelle. Pash se rapproche toujours plus de Ray du cul, avec une réelle douceur mélancolique. Paf, Pash revient en B avec un joli brin de mersey beat («Recess») et une subtile pincée de kinky Sound («It Must Be Love»). On irait bien jusqu’à insinuer que son kinky Sound surpasse celui du maître, mais on risquerait des ennuis. Il n’empêche que ce bougre de Pash n’hésite pas à bafouer l’autorité morale de Ray Davies. On est bien obligé de le constater, mais en même temps, personne ne nous oblige à écouter cet album. Et pouf, Pash revient se lover dans le giron kinky avec un «I’m On My Way» délicat, jouissif, coloré, gracieux et inespéré. C’est du pur Village Green Preservation Society. Rien de plus kinky que ce truc-là. Il se pourrait bien que Dennis Pash soit avec Fred Neil le seul chanteur blanc délicat d’Amérique. Il termine cet album étrangement sublime avec un gros clin d’œil aux Beach Boys : «Summer’s Gone».

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    Bon ça ne marche pas. Dix ans passent et pouf, Pash revient avec un nouvel album, Magic Still Exists. Pash passe à un son plus musclé. Il est désormais sur Voxx, le label de Greg Shaw qui n’a jamais caché son anglophilie. «Black Party» pourrait bien l’un des emblèmes de la passion que nourrissent les Californiens pour la pop. C’est une sorte de gaga-pop bien drivée au gimmick infectueux. Bien sûr, Pash revient à son cher kinky sound avec «Back On The Track», «Empty People» et «Last Night». Il y excelle, puis il va s’éparpiller. Comme il a les mains balladeuses, il va tâter différents styles. Il va y perdre l’unité de ton qui fait le charme de son premier album. Dommage. Il faudra attendre «Harlean’s House» pour crier au génie. Waouhhhh ! Voilà un artefact pop fascinant de qualité et corseté de kinky motion. Fier comme un pape, Pash boucle l’A avec un «Psychedelic Boy» plus poppy et donc moins éclatant. Disons que ça reste très anglais, même si ça frise le comedy act de type Winchester Cathedral. Pash revient à sa chère kinky motion en B avec «Famous Herbal Cure Show». Il se tape aussi un vieux coup de Diddley beat avec «I’m Drowning». Admirable, fruité, marrant et intéressant. On a là un vrai hit Voxx. On l’a bien compris, Pash est un mec intéressant qu’il ne faut pas prendre pour une bille. Il enchaîne avec «Waiting», nouveau slab de pop-rock solide et captivant. Il termine cet excellent album avec un ultime hommage à Ray Davies intitulé «Maggie Lane». On se croirait sur Dead End Street, ce n’est pas rien. Les Leopards n’étaient pas loin de tenir du miracle. Ah quel dommage qu’ils aient disparu sans laisser de traces.

    Signé : Cazengler, le haut part (en couille)

    Leopards. Kansas City Slikers. Moon Records 1977

    Leopards. Magic Still Exists. Voxx Records 1987

     

    CARL McVOY( 1 )

    J'avais totalement oublié le cousin. Pas le mien. Celui d'un gars beaucoup plus prestigieux. C'est peu dire, le cousin de Jerry Lee Lewis. Du côté de sa mère. Le nom m'est revenu en écoutant – un petit plaisir égoïste, la Rock'n'Roll Stories consacrée à Jerry Lee Lewis. C'est sur You Tube, décliner la vie de Jerry Lou en une demi-heure est une gageure, Franco ne se perd pas en anecdotes fabuleuses, tient bon le cap, celui de la discographie, l'émerveillement squatte l'éblouissance de vos yeux, toutes ces pochettes originales, un régal, singles, EPs, LPs, 25 cm, CDs, défilent à toutes vitesse, vous aimeriez vous accrocher à votre rêve, mais non, les galettes mythiques se succèdent sans fin ! Ah, Jerry Lou !

    Mais le cousin d'abord. De droit d'aînesse. Jerry Lee est né en 1935 ( tout comme Elvis et Gene Vincent, très bon millésime ). Carl McVoy en 1931. Jusque-là tout va bien. C'est après que le diable s'en mêle. Carl est passionné de piano. Notamment de boogie woogie, un modèle pour le jeune Jerry, à tel point que notre satané Jerry Lou qui a appris le piano tout seul en un mois, rendra à son cousin quelques visites décisives, vient chercher tout ce qu'il pressent ne savoir pas encore, et le cousin Carl qui est généreux lui dévoile tous ses meilleurs plans comme les plus infects, plus tard il déclarera sans ostentation ni jalousie que Jerry a développé les bases de ce qu'il lui avait transmis.

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    ( Photo : Rocky-52 - net )

    L'histoire de Carl pourrait s'arrêter là. En bon américain pragmatique soucieux de gagner de l'argent il embauche dans une entreprise de construction. Manque de chance il bosse à côté de Ray Harris qui ne pense qu'à fonder une compagnie de disques. Le rêve se concrétisera, Harris, Bill Cantrel, Quinton Claunch et Joe Cuoghi qui, élément décisif, possède une boutique de disques, fondent le label Hi. Carl ira à Nashville afin d'enregistrer pour Hi You are my sunshine et Tootsie, le premier décembre 1957. L'amateur averti ne manquera pas de remarquer la présence de Chet Atkins dans le studio. En 1958, Hi fera paraître un deuxième single de cette même session. Mais Hi n'a pas les reins solides, le contrat sera revendu a Sun en avril 1958.

    Les faits ne sont pas très clairs, il se pourrait que Carl ait déjà, dès l'année 1957 commis deux sessions chez Sun, quoi qu'il en soit, et malgré de nouvelles séances chez Sun, Sam Phillips ne commercialisera rien de Carl McVoy. Les titres sortiront plus tard, en compilation chez Charly, Bear Family et Sun racheté par Shelby Singleton.

    Carl McVoy n'a pas la grosse tête. Dès 1959 il retrouve son job dans le bâtiment ce qui ne l'empêche pas de rejoindre une formation dont le patron était déjà célèbre pour avoir tenu la contrebasse derrière Elvis, le Bill Black Combo's. Etrange de voir la proximité de Carl avec deux des plus grands pionniers du rock, Elvis et Jerry Lou !

    Nous nous intéresserons dans cette première partie aux titres de Carl McVoy compilation chez Sun. Carl garda toujours un lien avec la musique, son job et puis sa propre entreprise lui permirent de prendre des parts dans Hi, ce qui n'était peut-être pas un placement mirobolant... Il nous a quitté en 1992. Une vie bien remplie.

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    Born to loose : une voix de velours, un piano qui coule, un fond de mélancolie, une rythmique qui ne se prend pas la tête, l'on est plus près de Bing Crosby que des hoquets désespérés du rockabilly, une belle facture, vous le rangerez dans la série des chef-d'œuvres oubliables. It's make no difference now : un peu moins de velours, et voix magique, le piano roucoule mais McVoy arrache les mots d'une belle manière, ce n'est pas du rock, mais l'on y est presque, la chaudière est sous-pression, ne reste plus qu'à relâcher la vapeur. There's be no teardrops tonight : avec un tel titre on redoutait une roucoulade, mais non le piano est pointu, un sax saligaud essuie ses godasses boueuses sur le paillasson, l'ensemble ressemble à une parodie de chanteur de jazz avec grand orchestre. You are my sunshine : A : les amerloques ont une manière qui n'appartient qu'à eux d'imiter l'accent américain, savait chanter le Mc, peut-être trop bien, capable d'épouser tous les styles, un peu jazzy, un peu rhythm'n'blues, chœurs sixty féminins, et entertainment à la Broadway, un petit côté très professionnel. You are my sunshine : B : prise pas fondamentalement différente, un peu moins jazzy, plus près de Pat Boone si l'on veut être méchant, plus proche de Ricky Nelson parce que l'on est gentil. Tootsie : B : un piano qui pumpine dans les bémols, un sax qui impulse l'énergie, une voix parfaitement ajustée à la rythmique. Un peu plus enlevé que les précédents toutefois un peu gentillet. En réfléchissant l'on en vient à se dire que le Pelvis enfonçait toute sa génération. Pas de photo. Tootsie : A : une voix plus friponne, cette version est vraiment supérieure à la précédente, en plus cette manière de mettre la pression si forte sur le vocal, il semble que Carl a des mots en trop qu'il se dépêche de caser pour tomber pile à la rime. Si je m'appelais Tootsie, j'aurais été séduite.

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    You are my sunshine : encore un peu moins jazz et nettement plus rock, surtout au début car ensuite il se perd un peu, mais sur la fin il sort sa grosse voix qui ne vous laisse pas sur votre faim. ( Suivi de la version B de Tootsie pour reprendre le single sorti chez Phillips International. ) Be honest with me : enfonce les touches du piano comme s'il voulait bouffer le clavier, la voix rentre-dedans qui arrache la tapisserie sur les murs et par dessous un sax qui a oublié d'être asthmatique. Oh Yeah : l'on sent que l'on est passé aux choses sérieuses, tout est dans la façon de de poser les mots, l'air de rien, comme s'il était en train de consulter l'annuaire du téléphone en même temps, les instrus aiguisés au maximum mettent le feu, le secret du rockab dévoilé, c'est le vocal qui emporte la nappe à sa suite et qui fout le feu à l'appartement. Lonely heart : un slow à la Presley, la musique qui tangue et vous file envie de vomir, mais vous ne quitterez pas votre cavalière pour un empire. Même si vous lui dégueulez dans le corsage. Quand on tient le bon bout, on ne le lâche pas. Little girl : l'en fait trop, lui crie dans les oreilles, un truc à rendre la poupée électrique, devaient être survoltés lors de cette prise de speed , le rock comme on l'aime qui vous écrase de ses pompes bleues les chaussons de satin rose. A woman'love ( Thrill of your love ) : cela vous a un air de ballade à la Gene Vincent, à part que le Mc il vous a oublié son timbre de velours, vous meugle telle une vache perdue au fond de son pré. Le mec a trop picolé et il vient crier son amour sous la fenêtre. Pas la meilleure façon de se faire admettre par les parents. Ses copains l'encouragent. Little John's gone : l'était déchaîné, en plus le mec au sax, à chaque fois qu'il envoie son souffle on dirait qu'il débouche un magnum de champagne, la petite frappe à la batterie écrase tout ce qui bouge et même ce qui reste immobile. Le Carl impérial, toréador qui attrape le taureau par la queue et le tue en lui fracassant la tête contre les palissades. Acclamation des aficionados. You're my only star in my blue heaven : l'on devrait voir les anges roses traverser le ciel, c'est raté, avez-vous déjà entendu un garçon vacher vociférer un slow, le guy vante si fort les qualités de la génisse qu'il emmène à l'abattoir qu'il vous tarde qu'on vous la serve sous forme de steak tartare. I'll be satisfied : l'est tout content, ne se retient plus, le piano sautille et son vocal s'adjuge la première place. N'est pas pour rien le cousin de Jerry Lou !

    Montée progressive vers le plaisir. Sur la première moitié le Carl McVoy se retient aux rideaux au cas où ils lui tomberaient dessus, dans la seconde – mais que s'est-il passé entre temps, docteur Freud ? - il s'est débarrassé de toutes ses inhibitions, il crie, il stentorise, il s'époumone, cherche-t-il à imiter Jerry Lou, je ne sais pas, mais là il emporte la cerise et le gâteau à la crème qui est dessous. Bon sang ne saurait mentir !

    Damie Chad.

     

    EKULU

    UNSCREW MY HEAD

    ( Cash Only Records / Juillet 2021 )

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    Comme souvent la pochette m'a attiré en premier. Trois jeunes femmes enlacées assises sur deux bancs de pierre qui se font face, rien de charnel, leurs silhouettes bleutées induit une idée de sérénité – n'est-ce pas ainsi que l'on pourrait traduire le nom du groupe – tout serait parfait, s'il n'y avait ces bougies allumées, disposées en un carré brisé ou inachevé, tels des luminaires d'appel d'un rituel en cours d'exécution. Cette première impression est vite confortée par la vision du sorcier noir au masque grimaçant. Un ricanement de guingois de très mauvais augure. Quelles mystérieuses passes maléfiques effectue-t-il de ses longs bras étendus au-dessus de celles qu'il faut bien se résoudre à nommer ses trois victimes envoûtées ? Ekulu nous délivre un message simple, notre monde n'est pas aussi serein que l'on voudrait nous le faire accroire. Méfions-nous des manipulations mentales que nous subissons alors qu'en toute inconscience nous nous sentons bien.

    Souvenons-nous que le mot Ekulu signifie ''Grand'' en langue kwa parlé par le peuple Igbo qui réside au sud-est du Nigéria, près du fleuve Ekulu. Sans doute faut-il interpréter le mot ''grand'' en tant qu'expression d'une force incommensurable, un courant d'impavide puissance, auquel rien ne saurait résister. Pour mieux comprendre le sens de ce vocable, il suffit de penser à la racine latine ''rumen'' que l'on retrouve dans les termes familiers à nos oreilles d'européens de Rome, Rhin, Rhône, les noms de certains lieux signifient souvent beaucoup plus qu'ils ne disent.

    Quittons nos errances philologiques. Ekulu est un groupe new yorkais. Pas particulièrement novateur qui s'inscrit dans cette mouvance de formations qui au début des eighties ont voulu se démarquer – plus vite, plus fort, plus violent – de Metallica qui offrait à cette époque une synthèse harmonieuse, équilibrée mais bourrée d'énergie des différents courants musicaux du hard, du heavy et du metal. Ces groupes comme Cro-Mags ou Leevay ou Agnostic Front ajoutèrent à l'alliage réalisé par Metallica de nouveaux ingrédients, punk hardcore, trash, créant un nouvel orichalque surnommé Crossover Trash... depuis dans les marmites de fonte de ce metal éruptif, les combos ont pris l'habitude de doser tous ces ingrédients selon leurs envies...

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    Les membres d'Ekulu proviennent de ce chaudron de sorcière, ont tous participé ( et continuent encore ) à d'autres groupes, Glory, Illusion, Funeral Youth... Formés en 2018, ils ont déjà trois commis trois monstruosités mais l'on peut dire qu'avec Unskrew my head ils ont atteint une maturité indéniable qui les classe pour les amateurs de musique violente parmi les valeurs sures de cette année.

    Becoming / New Life jam : ti-tiou ! c'est quoi ce truc, une guitare qui sonne en catimini comme une sirène d'incendie, une batterie au pas de l'oie cadencé, et derrière cette espèce d'oratorio cordique qui miaule tel un chat devant une boîte de sardines à l'huile irrémédiablement fermée. Proven wrong : vous ont pris par surprise, ouf ça s'assagit, façon de parler, disons que ça balance du riff sur les murs mais sans ostentation, ça se gâte vite lorsque Wilson se pose au vocal, un véritable accélérateur de particules et tout le bataclan derrière qui file le train, doivent se croire dans un synchrotron, il y a une guitare qui prend la tête et qui franchit la ligne d'arrivée en vainqueur, elle gémit et hennit d'une belle manière, je suis sûr que le manche est gonflé à l'hélium. Half alive : toujours cette batterie qui tasse les petits pois dans la boîte, ricanement obsolète, un avion à réaction à fond passe au fond du studio, un train siffle et c'est parti pour la poursuite infernale, le type devant ne s'en sortira pas, n'a aucune chance avec la locomotive qui le talonne de fer, si je comprends bien le titre il doit se traduire par à moitié mort, en tout cas le singer il s'époumone le chasse-buffle collé au cul, le batteur accélère le rythme, il cogne sur les bielles à la manière d'un dératé, z'avez un cliquetis de guitares qui ondule salement, l'histoire se termine mal, on s'y attendait, un grand cri et puis plus rien. Les meilleures boucheries sont celles où l'on vous abat le plus promptement. Pick your fight : sont sympathiques, vous laissent choisir l'arme du crime, c'est vous la victime, le chanteur s'égosille comme s'il était pressé de vous planter sa botte de Nevers dans le trou du cul, s'arrache la gorge et postillonne dans tous les sens, les copains sont avec lui et martèlent la rythmique de toutes leurs forces, maintenant tous ensemble ils jouent au vibra(méga)phone avec votre corps. Le pire c'est que si vous avez le temps de faire le point, vous êtes obligé de reconnaître que ce sont de sacrés musiciens,ne se marchent jamais sur les pinceaux du copain, d'une précision absolue. Who's incontrol : riff d'entrée vicieux, de la bonne pâte à dentifrice pour haleine fraîche, dès que vous l'avez dans la bouche, le verre pilé des guitares vous déchire les gencives et les baguettes de Mike Ralstor sont agrémentées de lames de rasoir qui vous lacèrent la langue, évidemment le hurleur de service se met à vociférer, à croire qu'il ne sait pas faire autre chose dans sa vie, alors ses potes le soutiennent de la voix, la grâce d'un chœur de mêlée de rugby de seconde division, autant l'avouer au fur et à mesure que le morceau se déroule, la situation s'aggrave, incontrôlés, oui s'ils le veulent, mais ces lascars maîtrisent leurs instruments à la perfection. Unscrew my head : Ralstor abat ses cartes sur ses toms, Wilson n'est plus qu'une explosion nucléaire vocale, les guitares seraient parfaites pour remplacer des pleureuses corses de vos obsèques, ce que l'on voit à l'intérieur de sa tête tétanise tout le monde, Ralstor se lance dans un solo désespéré, le morceau n'ira pas plus loin. Nous oui, ce pèlerinage aux portes de la folie s'avère aussi intéressant que de descendre les chutes du Niagara à la nage. Crossed : définitivement barrés de l'autre côté, c'est pour cela qu'ils affectent un faux calme majestueux qui ne durera que vingt secondes, Wilson se lance dans l'abîme sans parachute, la descente est vertigineuse, hurlements, coups de semonce et flèches de sang qui vous transpercent la conscience de vous-même que vous n'avez plus depuis longtemps. Wake up : l'est vraisemblablement temps de reprendre ses esprits, fissa, fissa, boutent le train, foncent tout droit dans le labyrinthe, mettent les bouchées doubles, cavalent à fond de tender, et la galopade continue sur l'intro de World of uncertainty ( Sandman's theme ) : charge finale dans le monde de l'incertitude, les hommes de sable retournent-il à la poussière ou se concrétisent-ils en conglomérats aussi durs et solides que les roses de vent des déserts, quelque part entre la victoire du rêve et les désastres des Waterloo intimes, la ferblanctique horde ekuléique passe devant nous et s'éloigne en un dernier grondement.

    Hormis cet album sur Bandcamp sont facilement accessibles les premiers titres du groupe qui ont éveillé l'intérêt des connaisseurs ( The ruminator / Melt the ice / S.O.D. / Half alive ) vous les retrouvez aussi sur leur disque live enregistré à London intitulé Live in the graveyard. Pour ceux qui aiment les groupes en chair et en os, nous signalons sur You Tube la vidéo :

    EKULU

    UNSCREW MY HEAD RECORD RELEASE

    / FULL SET / BROOKLIN, NY, 9 / 3 / 21

    FIST FIRST PRODUCTION

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    Bien entendu en différé. Filmé le 3 septembre de cette année. L'occasion idéale de faire le point sur la formation. Première constatation, le Gold Sounds n'est pas immense, la modeste et chaleureuse affluence de la foule ne rendra pas les fans de rock français jaloux... N'est-ce pas une des meilleures chances du rock'n'roll de redevenir une musique de franges, de meutes, de petits groupes passionnés... Disons-le tout de suite, l'on ne retrouve pas sur le live cette glissade continue que constitue l'enregistrement le disque dû à Arthur Pisk. La musique s'avère non pas plus violente mais davantage fragmentée et rugueuse. Le public est à l'image du groupe, de grands gaillards baraqués. Restent calmes, même si le jeu consiste à monter sur scène pour en redescendre le plus vite possible de façon plus ou moins singulière. Le lecteur qui comparera avec les vidéos que ce dernier printemps nous avions présentées des groupes similaires ( Sunami par exemple ) de la côte ouest sera frappé par la différence, à NY l'ambiance est nettement plus détendue, moins virile même si elle est son immense majorité d'hommes ( blancs ) jeunes. L'on ressentait beaucoup plus la présence de sang mexicain dans l'assistance californienne. C'était notre quart d'heure sociologique. Un dernier conseil, play loud. Very loud.

    Damie Chad.

     

    RAUNCHY BUT FRENCHY ( 1 )

    Chez KR'TNT ! L'on ne recule devant aucun sacrifice, si le Cat Zengler vous présente chaque semaine L'avenir du Rock, l'agent Chad exhumera des sables heideggeriens de l'oubli de l'oubli de l'Être du rock 'n' roll français quelques prestigieuses rondelles issues de décennies prodigieuses, hélas révolues, qui figurent parmi les plus étranges fleurons de notre legs culturel national.

    Le lecteur attentif jugera avec raison le style de notre paragraphe de présentation quelque peu ampoulé, mais nous avons tenu à nous élever à la hauteur du texte introductif par lequel débute le double-vinyle de Dick Rivers présente Linda Lu Baker. Rappelons que les années 80 furent mitterandiennes, il est donc normal que la poétique évocation de la vie de Linda Lu Baker soit lue par Frédéric Mitterrand neveu du Président, ne l'aurions-nous pas cité que vous auriez reconnu le grain ( et la paille ) de cette voix inimitablement lyrique.

    Pour ceux qui ne connaîtraient pas par cœur la discographie de Dick Rivers, nous dirons que ce double trente-trois tours s'inscrit dans la lignée de L' ? ( L'Interrogation ), entre concept-album et comédie musicale, produit en 1969, nous vous en reparlerons une autre fois. Rivers applique la même méthode, qui lui allait si bien mais qui n'a pas toujours séduit les vastes foules, je fais ce que je veux, comme je le sens. Qui m'aime me suive, que les autres se débrouillent selon leur bon vouloir. Une morale un tantinet aristocratique.

    DICK RIVERS PRESENTE

    LINDA LU BAKER

    ( Mouche Records / 1989 )

    Paroles et / ou musique : Jean-Gilles Guzik / Michel Héron / Bernard Droguet / Jean-Claude Collo / Jean-Charles Laurent / Alain Labacci / Didier Lord / Claude Moine / Claude Samard / Félix Gray / Christian Gulluni /

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    A chacun son rêve américain. Linda Lu Baker c'est une Marilyn Monroe qui n'a pas réussi. La faute à pas de chance. Inutile de sortir votre mouchoir et d'accuser l'injuste et implacable dureté du destin. Que Linda ne s'en prenne qu'à elle-même. Sa triste et désopilante existence n'est qu'un prétexte pour Dick ( et sa bande de joyeux drilles qui l'accompagnent dans cette aventure ) pour s'amuser et rendre hommage à la musique américaine qu'il aimait par dessus tout.

    Bonjour : donc la voix nasillarde si particulière de Frédéric Mitterrand, les grincheux de service fronceront les sourcils et se demanderont ce que vient faire ce chroniqueur des émissions télévisées consacrées aux grandes familles et belles demeures royales européennes dans un disque de rock, ce n'est pas si mal vu que cela quand l'on pense que son timbre traînant n'est pas tant éloigné que cela de l'accent choucrouteusement voilé des petits fermiers blancs des Appalaches... Serait-ce un message politique qui tenterait de révéler une jonction secrète entre les ploucs prolétaires américains et les noblesses décadentes des anciennes dynasties décaties du vieux continent ? Je vous laisse à vos réflexions métapolitiques. Oh ma rose d'amour : un seul repère la voix de Dick, roule les R comme un ténor vieillissant, mais où est-on au juste, ou plutôt on est quand, à quelle époque, ce n'est pas du rock, ne manque que l'accordéon pour les froufrous de cette valse populaire et chaloupée dans laquelle plane un fumet de Mon amant de Saint-Jean d'Edith Piaf ! Quel rythme : l'on retrouve enfin notre Dick de toujours, un bon rock qui swingue bien, santiags, Elvis, tout le décorum est-là, repoussons la nostalgie, prêtons l'oreille, le rythme part un peu dans tous les sens, un vrai capharnaüm musical, les paroles le confirment, nous trouverons dans cet opus tous les styles, les plus et les moins orthodoxes, un patchwork variétique dissolu dans la lignée programmatique de L'?, un son différent pour chaque morceau, tu veux du rock coco, ben t'auras aussi du caca ! Sale mambo : oubliez 1956, reculez le curseur vers les années trente, un mambo aussi verdâtre qu'un mamba frétille des hanches, Dick a le tempo dans la peau, nous le fait à l'espagnolade, sa voix de satin glisse sur les congas, reconstitution musicale historiale à l'identique, clin d'œil appuyé, une réussite, ceux qui n'aiment pas les trémoussements d'hidalgos caribéens s'abstiendront. Pas d'pitié pour le crooner : retour aux années soixante, le slow qui tue, garanti d'époque, avec les chœurs qui vous brisent le cœur, une bluette rose, attention le crooner ne drague pas les pré-nubiles, ce n'est plus de son âge, s'adresse surtout aux dames mariées qui courent après leur passé qui ne reviendra plus... Chansonnette perfide qui remue le couteau dans la plaie des jours et des jeunesses perdus. Tais-toi et chante : surfin' song, l'hymne des perdants pathétiques qui ont l'idée de génie du siècle, les pantoufles ringardes c'est comme la confiture de la déconfiture qui dégouline sur les doigts et empègue les boutons de manchette de la chemise propre. Ça glisse comme un rêve. Dans la poubelle. Rythme léger. Chanson triste. Ainsi soit-elle : hymne à la femme, pas à la sainte-vierge, un gospel frénétique, du monde sur le pont – jusqu'au Golden Gate Quartet - des chœurs féminins à la recherche de l'extase, un joyeux bordel généralisé, du fait-main, du cousu d'or, drôlement bien foutu, tant pour les paroles que pour le chant. Servi chaud, avec tant de zèle que l'on n'y croit guère, Dick met dans sa voix ce petit sourire en coin, qui nous avertit que ce n'est que du toc, que dans ce disque il est à la recherche d'un rêve perdu qui s'est échappé de ses mains, un jour sans qu'il s'en aperçoive... Comme le loup de Tex Avery : quand tout fout le camp, l'on se raccroche aux vieilles images des dessins animés qui bougent encore, l'on s'attendrait à une rythmique échevelée, non c'est le retour au sixties-slow, plus vrai que nature, un morceau figé du temps, une carte-postale retrouvée dans un vieux tiroir, Dick en fait des tonnes, un peu le chanteur abandonné qui donne tout ce qu'il a dans le ventre... pour la petite histoire, c'est la première fois depuis le début que le nom de Linda Lu Baker est prononcé. Elle veut tout : petit rock bien propret et sautillant comme l'on en fabriquait tant aux Amériques une fois que le rock sauvage fut amadoué et mis en cage. Attention, un genre en soi à part entière. Dick y excelle et s'amuse comme un fou.

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    A part moi ça va : la ballade country est au slow ce que la symphonie est à la chansonnette, sûr que ce n'est pas folichon, rien de tel pour vous refiler le blues, la pedal steel guitar pleure, et Dick essaie de survivre à son chagrin. C'est comme dans les films ces scènes larmoyantes qui vous serrent la gorge, pour ne pas vous engluer dans l'émotion, vous vous dites, que ce n'est pas vrai, ce n'est que du cinéma. Goodbye amigo : un titre de western italien, la sombre guitare à la Johnny Cash nous ramène aux Amériques dans une bobine de Raoul Walsh, une belle ambiance de départ que le refrain pompier en uniforme hélas saccage à tel point que l'on est content quand on arrive à la fin. Des larmes des larmes : le slow grand public qui met tout le monde d'accord, la guerre ce n'est pas bien, l'on ouvre les vannes et l'on pleure tous ensemble, Rivers nous fait son Live Aid à lui tout seul. A fond les trémolos. Le truc gonflant. Baudruche. Baby relax : ouf ! On respire, un peu de sexe n'a jamais fait de mal à personne, le rock enlevé qui s'adonne à la bagatelle, un saxophone qui klaxonne dans les coins, que voulez-vous de plus ? Sûr que sur ce morceau Dick n'invente pas la poudre. Mais il sait la manier. Lunettes noires : les montures noires ne cachent pas le moine, c'est Schmoll qui a écrit les paroles, d'ailleurs le titre ressemble un peu avec sa cuivrerie enlevée aux morceaux que l'on trouve sur beaucoup de disques de Mitchell, ( tendez l'oreille vous entendrez Eddy prononcer trois mots ) ça pulse et c'est enlevé, une bouffée d'air pur qui chasse les miasmes de la mélancolie. Elle m'a fait mal : l'a repris du peps Dickie, chante bien le Dick, sa voix rebondit sur la batterie, telle une balle de ping-pong, y a de la vie là-dedans, c'est d'autant plus voyant qu'il nous conte une rupture abîmale, mais l'on s'en fout, ça froufroute comme un cabri qui batifole de rocher en rocher. Si je tenais la mort : rien de funèbre dans ce qui n'est pas une ballade mais un rock bien carré qui roule à tombeau ouvert, un solo de guitare vermifuge de cheval qui revigorerait un mort, la piste la plus vivante de tout le disque. Elle dort chez les anges : un doux feulement de saxophone, c'est parti pour un slow-jazz aux yeux bleu-pâle, on avait oublié de vous le dire mais Linda Lu est morte, et Dick se retrouve tout seul, tout triste, avec son rêve de Linda (petit lu) Lu croqué jusqu'au trognon. Linda house Baker : Surprise, soirée funk and house, pas question que l'on ressorte le cadavre de sa housse, l'époque de Linda Lu s'éloigne, place à la jeunesse, l'on mixe à tout va, l'on raconte n'importe quoi, quoi de plus terrible que cette lourde chape de ciment recyclabe que la modernité coule sur le temps passé pour être sûre qu'il ne ressortira pas de sa tombe.

    Au final, agréable à écouter, mais loin d'être le meilleur opus de Dick Rivers. La mélancolie chez Rivers est toujours aussi pure que la méthadone, un produit de substitution, du rock de second degré, mais authentique.

    Damie Chad.

     

    ROCKAMBOLESQUES

    LES DOSSIERS SECRETS DU SSR

    ( Services secrets du rock 'n' rOll )

    UNE TENEBREUSE AFFAIRE

    EPISODE 01

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    RECAPITULATIF N° 1

    Nous n'étions plus en odeur de sainteté, apparemment le président du Sénat qui avait selon les lois de la Constitution endossé le rôle du Président de la République décédé – ce tragique événement est dument relaté dans le dossier L'affaire du Coronado Virus, cote KRTNT 477 – 512 - n'aimait pas le rock'n'roll. A sa décharge, l'avait d'autres chats à fouetter, notamment à préparer les prochaines élections présidentielles.

    Un beau matin, nous trouvâmes la porte du service condamné. Ce n'était pas grave, nous nous en doutions, nous le pressentions, la veille au soir le Chef avait emporté sa réserve de Coronado, pour ma part j'avais eu la présence d'esprit de sauvegarder le manuscrit de mon journal intime, sobrement intitulé Mémoires d'un GSH.

    Note 1 : tout Coronado étant unique, ce nom royal ne prend jamais de S. ( Signé : le Chef )

    Note 2 : en toute simplicité les initiales GSH signifient Génie Supérieur de l'Humanité. ( Signé : Agent Chad ).

    INTERLUDE

    C'était l'heure des grandes décisions. Le Chef alluma un Coronado :

    • Agent Chad, la situation est grave, je compte sur vous et vos deux fins limiers pour nous récupérer un repaire indétectable, un antre indécelable, dans lequel nous serons aussi à l'aise que deux piranhas en eaux troubles. Pour ma part je rentre à la maison, ce monde ensauvagé a besoin de calme et de méditation.

    Un agent du SSR chargé d'une mission difficile n'a pas une seconde à perdre. J'avisai presto subito une terrasse de café et après avoir commandé une bouteille de bourbon j'entrepris de motiver la piétaille :

      • Les chiens vous avez entendu ce que désire le Chef, mettez-vous en piste tout de suite, dans deux heures, je vous veux au rapport ici même, action !

      • Ouah ! Ouah ! Molossito piaffait d'impatience !

      • Ouah ! Molossa connaissait la vie, elle se contenta d'un oui approbatif sans emphase, elle huma l'air par trois fois, posa sa truffe au sol et démarra, Molossito la contemplait avec admiration, il hissa sa queue en panache tel un oriflamme et suivit sa mère adoptive en toute confiance.

    PETIT DIALOGUE PSEUDO-PLATONICIEN

    Même attablé à la terrasse d'un troquet, un agent du SSR est sans cesse à l'affut, par expérience il sait que si vous ne courez pas après les problèmes, ils arrivent tout seuls sans qu'on ait besoin de les appeler. Le gars avait une tête sympa, genre un peu bobo-hippie, tandis qu'il traversait la rue je remarquai que la pâleur de son teint seyait à merveille à ses tatouages sur ses avant-bras. Arborait un T-shirt Neil Young. L'avait sûrement terminé un gros pétard depuis pas très longtemps car il se contrôlait pour ne pas trop zigzaguer sur la chaussée. Se laissa tomber – plutôt qu'il ne s'assit - lourdement sur une des chaises de ma table.

      • B'jour ! Scuse-moi ! Et sans rien demander il enfila mon verre de bourbon, illico il s'en resservit un deuxième qu'il se versa dans l'œsophage aussi sec !

      • Ah ! Ah ! Je vois que vous êtes un amateur de bourbon !

      • Non pas du tout, avec ma copine l'on boit surtout du thé au jasmin, mais là j'avais besoin d'un remontant, et hop il en avala un troisième sans transiger.

      • Je comprends, votre copine s'est tirée avec le voisin !

      • Pas du tout, elle n'y est pour rien, c'est la faute de Charlie Watts !

      • C'était votre batteur préféré, une triste nouvelle oui, il est mort et enterré depuis huit jours, que voulez-vous ce sont les meilleurs qui partent les premiers !

      • Non !

      • Philosophiquement vous n'êtes pas d'accord, vous supputez que les imbéciles peuvent mourir avant les autres. Vous n'avez certainement pas tout à fait tort, votre point de vue est défendable quoique si l'on suit les enseignements de Berkeley l'on puisse toutefois en déduire que chacun juge du réel selon sa seule approche...

      • Non !

      • Vous n'êtes donc pas un adepte de Berkeley, logiquement vous pensez qu'il existe une réalité, somme toute objective, indépendante de notre Moi, je dois donc vous classer parmi les matérialistes brevetés !

      • Non !

      • Là, franchement je suis dans l'impasse – commençait à m'agacer l'espèce de Neil Young de pacotille – si je vous suis...

      • Non !

      • Non quoi ! Expliquez-vous !

      • Il n'est pas mort !

      • Berkeley, si en 1754 !

      • Non ! Foutez-moi la paix avec votre Berkeley, je parle de Charlie Watts ! C'est lui qui n'est pas mort !

      • Vous savez, on disait la même chose d'Elvis !

      • Oui je sais, mais Charlie Watts, il n'est pas mort...

      • Pas mort, pas mort... me coupait la chique cet abruti !

      • Non pas mort, je viens de le croiser dans la rue !

      • Impossible, un sosie, un fan qui s'est habillé à l'identique, en hommage...

      • Non puisque je vous répète qu'il n'est pas mort ! Oh puis vous m'agacez, vous êtes un esprit obtus, et hop il termina la bouteille au goulot, se leva en titubant et repartit d'une démarche saccadée !

      • L'est pas frais votre zèbre, l'a dû charger la mule toute la nuit, c'était le garçon diligent qui de sa propre initiative se hâtait de m'apporter une deuxième bouteille.

      • En plus il prétendait qu'il venait de voir Charlie Wats ! Attention vous avez failli laisser tomber votre plateau ! Un fou, ou alors il a inventé cette blague pour boire gratos !

      • Ça alors ! ( J'ai cru qu'il allait me faire une crise cardiaque et tomber raide mort sur mon guéridon ) Vous n'allez pas me croire, monsieur, mais aux infos sur France- Inter ils ont signalé un cas similaire en Auvergne !

    Mon portable sonna. C'était le Chef :

      • Impossible de fumer un Coronado tranquille dans ce pays. Je sors de l'Elysée, on m'a appelé d'urgence, z'étaient tout gentils, m'ont ouvert une ligne de crédit longue comme un TGV, une drôle d'affaire sur le paletot.

      • Je vois Chef, un truc qui brille à la manière d'un million de watts !

      • Exactement Agent Chad, à force de me fréquenter vous parvenez à émettre des hypothèses qui tiennent la route ! Je suppose que vous n'êtes pas allé plus loin que le premier café, et que vous attendez les chiens, j'arrive dans une demi-heure le temps de voler une Lamborghini.

      • Bien Chef, je vous attends !

    Les chiens survinrent à fond de train alors que le Chef arrêtait la Lamborghini devant la terrasse, à leurs yeux pétillants je compris qu'ils avaient déniché la perle rare, mais le Chef ne voulut rien savoir.

      • On vérifiera plus tard, zou, les cabots sur la banquette arrière en vitesse – ils ne se firent pas prier – agent Chad, prenez le volant !

      • Oui Chef, où allons-nous au juste ?

      • En Auvergne !

    ( A suivre... )