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CHRONIQUES DE POURPRE

  • CHRONIQUES DE POURPRE 722: KR'TNT ! 722 : MICK FARREN / SPUNYBOYS / LEN PRICE 3 / EVIE SANDS / BASS DRUM OF DEATH / THE RED RIDING / SANS ROI

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 722

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    05 / 02 / 2026

     

      

    MICK FARREN / SPUNYBOYS

    LEN PRICE 3 / EVIE SANDS  

    BASS DRUM OF DEATH

    THE RED RIDING / SANS ROI  

     

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 722

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http ://kr’tnt.hautetfort.com/

     

     

    The One-offs

     - Farren d’Angleterre

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             «Screwed Up» occupe un rang particulier dans la petite mythologie personnelle. Non seulement Mick Farren inventait le trash-punk frénétique, mais il réussissait en plus à swinguer sa chique sur cet excellent groove robotique. Sans doute avait-on là le meilleur single punk de l’an de disgrâce 1977. Mick Farren est aussi l’auteur d’un classique littéraire, Gene Vincent: There’s One In Every Town, sans doute l’un des books les plus parfaits en matière de rock culture. Bizarrement, personne n’avait songé à le traduire en français. Incompréhensible ! L’idée de le traduire germa et proliféra au point de devenir une obsession. Le contact éditorial pour la publication des Cent Contes Rock se fit à Marseille avec Dom, et quand il me demanda ce jour-là si les trads étaient dans mes cordes, je sortis aussi sec du sac le Gene Vincent de Mick Farren.

             — Il faut absolument traduire ça en français !

             Grâce à Dom, le contact se fit avec Mick Farren. Voici l’échange que nous avons eu, dans  sa brève intégralité.

             De pat@triplebuzz.com à byron4d@msn.com - Sunday, June 05, 2011 6:27 PM

             Hey Mick

             Dom, the guy who’s going to publish your great ‘Gene Vincent’ in France gave me your mail. I’ve just finished the translation of your book in French and it was a real pleasure from the first word to the very last one.

             I’m a longtime fan of you, as I bought the 3 Deviants records in the seventies. As I used to read every page you set on fire in the NME. ‘Give The Anarchist A Cigarette’ is one of my all-time faves. To my taste, it’s pure literature. And my favorite punk record from 1977 is of course Screwed Up.

             Anyway, I read your Gene Vincent when it was published, in 2004. I started with Gene when I was a kid and your book sounds unbelievably true but I’m a bit sad caus’you forgot to set the light on Bird Doggin’, the very last skidmark of Gene’s raw genius.

             Would you like to write a few lines about Bird Doggin’? We could add them to the french version of your book, as some kind of explosive appendix

             thank you Mick

             pk

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             Mercredi 8 juin 2011

             Dear Patrick,

             Thanks for all the kind words.

             Yeah. It’s a good idea to give a mention to Bird Doggin’. It’ll take me a couple of weeks. Since I moved back to the UK, I don’t have any of the Challenge material.

             All the best,

             Mick

     

             Le temps a passé. Pas de nouvelles. Osera-t-on relancer Mick Farren ? Oh yeah...

             Hey Mick

             In June, you told me you were okay for writing a few lines about Bird Doggin’, in the forthcoming French edition of your great Gene Vincent. Could you find any Challenge material ? I’m sorry for that mail, but the book is about to get printed (next month).

             By the way, I’ve read your great pages about Hawkwind in the last issue of Classic Rock. You’re still the best of them all.

             All the best

             pk

     

             Dear Patrick,

             I feel I have rather let you down on this. For last couple of months I have been incapacitated by a collapsed lung and -- along with a lot of other things -- have not had the strength to order the challenge material. I feel kinda bad about this and am really sorry.

             All the best,

             Mick 

    Signé : Cazengler, Mick farine

    Mick Farren. Screwed Up. Stiff Records 1977

     

     

    Rockabilly boogie

     - The Spunyboys are back in town

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             Le book de la semaine n’est pas un book, mais un Hors-série de Rockabilly Generation  consacré aux mighty Spunnyboys, les rois de la stand-up volante, les gardiens du temple rockab, les pourvoyeurs de bop éternel. T’aime bien bopper ?, alors les Spuny c’est pour toi. Si t’aimes pas bopper, c’est pour toi quand même.

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             L’Hors-série vaut largement un bon book : 48 pages, des images fabuleuses ET une préface. Pas n’importe quelle préface. Signée Chad Damie, alias Damie Chad, un texte solide et orienté sur l’avenir, avec un gros clin d’œil à Baudelaire. En deux pages, tout est dit : les Spuny, c’est une fête. Une fête qui dure depuis 20 ans. Plus rien à prouver. Hommage à «l’escogriffe» Rémi Spuny, Damie rappelle que «son chant griffe». Et oui, ce qui frappe le plus quand on les écoute, c’est la qualité du chant, l’effarante qualité du posé de voix. Ce mec est extraordinairement brillant. Pas étonnant qu’on le voie duetter avec un autre crack du boom-hue, Don Cavalli. Les Spuny sont on fire, et comme le dit si bien Damie, «l’aventure ne fait que commencer». Alors tu tournes les pages.

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             Tu pars à la pêche. Dans une première interview, les Spuny citent quelques noms : Johnny Horton, Little Richard, Larry Williams, Charlie Feathers, George Jones, Grady Martin, Joe Clay puis des noms de Teds anglais. Comme les boas, ils digèrent les cracks et puis ils jouent. Dans une autre interview, ils évoquent leurs tournées dans le monde entier, ce qui te fait une belle jambe, quand tu ne vas pas dans le monde entier. Et puis soudain, voilà qu’arrive Dédé des Hot Slap dans la conversation. On tourne la page et on tombe sur une petite photo d’Eddie avec Don Cavalli. C’est tout ce que t’auras à te mettre sous la dent. Tu tombes aussi sur une grande image plein pot de Rémi qui vient de lancer da stand-up à six mètres de hauteur. Il bat le record de Jake Calypso qui sait lui aussi lancer sa stand-up en l’air, mais pas aussi haut. Il faut savoir la rattraper. Une autre photo nous montre Rémi au sol, sur le dos, tenant sa stand-up par le manche debout entre ses dents.

             Dans une dernière interview, ils se disent toujours à la recherche d’un son. Voyons tout cela de plus près. 

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             Moonshine est un bon petit album. Pas d’hit, mais tout est bien, rien à jeter, les Spuny taillent leur route, ils n’ont besoin de personne en Harley Davidson. T’en es convaincu dès «Natural Born Lover», solidement claqué du beignet. Énergie considérable. On retrouve ce Natural Born Lover à la fin, et là, grosse surprise, Rémi Spuny duette avec Don Cavalli, donc ça prend du poids. C’est tout de suite supérieur à tout. Les Wild Cats sont de retour avec «None Of My Business». C’est du bon vieux real deal. Dommage que le slap ne soit pas monté plus haut dans le mix, comme chez les Hot Slap. Ça manque de tacatac. Et puis on va se perdre pendant quelques cuts dans les méandres de la culture rockab, avec des cartes postales du genre «Moonshine», même si la voix reste bien en place. Ils perdent encore le rockab sur «Lights Out» qui est trop rock’n’roll. Le slap monte enfin au-devant du mix dans «Too Young To Cry». Rémi Spuny chante vraiment comme un crack. «Gotta Get Drunk» sonne comme un mid-tempo de real Wild Cats, bien contrebalancé au slap. Quelle classe ! Gros clin d’œil à Bo avec «Get Wild With My Child» et un autre gros clin d’œil à Chucky Chuckah avec «Peter Borough». T’es en plein Johnny B Goode ! S’ensuit un «Gone With The Wind This Morning» bien slappé derrière les oreilles, il y va au coming back no more, et ça passe comme une lettre à la poste.

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             Sur Just A Little Beat, t’as un gros coup de génie nommé «Another Farewell». Les Spuny cassent la baraque. Ce cut hyper classique traversé de part en part par un solo de clairette est digne des géants. Tu craques aussi pour «Bop For Your Life». Comme l’indique le titre, c’est du pur bop. En fait, ce qui t’émerveille le plus chez les Spuny, c’est la chant de Rémi Spuny. Il sait poser sa voix, même quand ça part en trombe («Losing At Your Own Game»). Il fait merveille sur «Trouble Town». «Glad To Be Home» sonne comme un mid-tempo de classe intercontinentale, avec du petit slap d’entre-deux eaux. Ils n’ont pas d’hit, ils n’ont que du bon esprit. Ils tapent leur «Rockabilly Legacy» à la Bo. Bel ancrage.    

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             Rémi Spuny fait encore des étincelles sur Destination Unknown, et notamment sur «King Of The Royal Street». Belle embellie, beau beat rockab et il chante comme un dieu, bien contrebalancé par l’hard slap. Mais c’est avec «Dang Me» qu’il rentre dans la caste des grands chanteurs américains. Il entre en compétition avec les meilleurs jivers de l’âge d’or. Les Spuny redeviennent des Wild Cats de choc avec un «Fame In Vain» attaqué au slap. Ils ont le feu sacré et tapent le rockab à leur façon. Un rockab fin et direct, éclatant de santé, un rockab moderne aux joues roses. T’en reviens pas de les voir réinventer le genre. Wild Cats encore avec «Coffee Tox», Uh ! Big push, ils foncent dans le tas à coups d’I’m a coffee tox, ça file sous le vent. Ils font aussi du Stray Cats de fête foraine avec «Blowing In The Howling Wind». Easy going de Stray Cats en camors. Retour en force des Wild Cats avec «Do Right Do Write», ils tapent en plein dans le mille du real deal. Pur beat rockab.

    Signé : Cazengler, puni boy

    Spunyboys. Moonshine. Not On Label 2020            

    Spunyboys. Just A Little Beat. Not On Label 2020    

    Spunyboys. Destination Unknown. Ba Zique 2024

    The Spunyboys 2006-2026. Rockabilly Generation Hors série #7 - Décembre 2025

     

     

    L’avenir du rock

     - Pure Len vierge

     (Part Two)

             — Comment t’as dit ?

             — Len Price 3 !

             — Laine comme laine, bon d’accord, price comme leaderprice, et tri comme tri postal ?

             — Non, Boule, tri comme 3.

             — Comme le tree, alors !

             — Non, Bill, tri comme 3. Comme 3 Dog Night !

             Boule et Bill se regardent, consternés. Boule reprend :

             — Faut toujours que t’essaye de nous rabaisser, avenir du froc.

             — C’est plus fort que toi, pas vrai ?, renchérit Bill. T’es vraiment un sale mec... En plus t’uses de ta condescendance pour mieux nous embrouiller la dialectique.

             — Et nous comme deux pauv’ cons, on t’écoute pérorer..., soupire Boule.  Non mais t’as pas honte ? Tu t’prends pour quoi ?

             L’avenir du rock comprend que Boule et Bill ont tellement honte de pas connaître les Len Price 3 qu’ils tentent de retourner la situation à leur avantage.

             — Le prenez pas comme ça les gars. En plus, chuis sûr que ça vous botterait. Si vous voulez, j’peux vous prêter les disks ! Faites gaffe, c’est de la dynamite !

             — On n’a pas d’platine. Y sont-y sur Amazon ?

             — M’étonnerait. Y font pas d’la musique pour les cons. Y font du vinyle...

             — Bon, ça va ! Arrête avec tes anathèmes ! Tu commences à nous essorer la méningerie. Comment qu’y s’appellent déjà tes tri-machins ?

             — Len Price 3. Comme one two tri.

             Boule éclate de rire :

             — Non seulement t’es un sale con, mais tu sais même pas prononcer l’anglais. On dit pas tri, avenir du troc, mais frit. One two frit !

     

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             Il s’en passe des choses à Clochemerle ! Voilà que sort le nouvel album des Len Price 3 et ça plonge le petit hameau dans l’exaltation. Eh oui, comment peut-on espérer un album plus excitant que ce Misty Medway Magick ?

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             T’es hooké aussitôt «Margate Sand». C’est sans appel ! The Len Power ! Blow out total. T’as pas d’infos sur la pochette, alors tu te débrouilles avec les cuts. Tu tombes ensuite sur l’éclatant «Emily’s Shop». Ça joue dans tous les coins. Si tu cherches les grands albums, en voilà un ! Ils tapent en plein dans l’œil de la cocarde avec «Misty Medway». Ce sont les accords des Who, ils rentrent en plein dans le chou du lard-power de maximum r’n’b, t’as tout le raw de Pete Townshend. Rien de plus Whoish que ce Misty Medway. Ils entrent en concurrence directe avec les Spartan Dreggs de Wild Billy Childish. T’es encore effaré par cet «Arthur’s Whirlwind» tapé sec en mode wild Mod craze, c’est de la dynamite combinée à de l’Edgar Broughton Band et finalement, ça ne marche pas. Ils s’éloignent de leur pré carré. Ils amènent «Strange Love» en mode jerk de fuzz et tout rebascule dans la Mod craze avec «Gyspsy Magick». Ils mettent le paquet et t’as le killer solo de service. T’entends un riff de Dave Davies dans «Haw Haw’s Daughter». Terrific ! Ça explose au cul du Kent, et ça dégénère avec des accords des Stooges. Ils terminent avec un coup d’éclat nommé «If I Could Cheer You Up», une nouvelle crise de pure Mod craze. Wow, ça sent bon la cocarde bien fraîche.

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             Andy Morten qui a le bec fin leur consacre deux pages dans Shindig!. Il rencontre le frontman Glenn Page pour célébrer le 20e anniversaire du groupe et la parution du fringuant Misty Medway Magick. Et pouf, le Page y va franco de port : «I like The Beatles, Who and Kinks as much as the Ramones, Pistols and Clash, so there’s a variation in sound and textures.» Il ajoute qu’il écoute aussi du jazz, du blues et du dub. Le Page n’en revient pas d’exister depuis 20 ans. Il dit avoir survécu à un premier gig qui était un disaster : problème technique plus trous de mémoire.  Il détaille aussi sa relation de travail avec le boss de son nouveau label Wicked Cool, le gros Steven Van Zandt. Mais le cœur du sujet reste bien sûr Chatham, le fief de Wild Billy Childish. Le Page dit avoir joué avec les Buff Medways, Graham Day’s Gaolers et The Len Bright Combo. Il se dit aussi dingue de l’énergie des Headcoats - I wanna do THAT! - Il ajoute que Big Billy a dit du mal de Len Price 3 dans un book sur Medway, mais il s’est ensuite rapproché pour s’excuser. Coup de chapeau aussi à Graham Day qui est venu les féliciter un soir après un gig. Ils ont enregistré ensemble l’album Picture en 2010 et ils vont jouer avec les Prisoners dans le Nord du Kent en février 2026. This one is for Jacques.

    Signé : Cazengler, Laid Price 3

    Len Price 3. Misty Medway Magick. Wicked Cool Records 2025

    Andy Morten : Play Misty for me. Shindig! # 168 - October 2025

     

     

    Wizards & True Stars

     - Ce n’est pas l’Evie qui manque

    (Part Two)

     

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             On a croisé Evie Sands l’an passé inside the goldmine, le temps de lui trousser un petit hommage et d’explorer sa discographie. Et éventuellement d’éprouver un enchantement bien réel. Vient de paraître I Can’t Let Go, une belle compile Ace qui rassemble tous les singles qu’elle a enregistrés entre 1963 et 1970, et là, attention, c’est de la dynamite. Pas tout, mais la période Blue Cat est explosive.

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             Pour mémoire, Blue Cat est le petit frère de Red Bird, label mythique fondé par Leiber & Stoller au Brill Building. Et donc Evie se retrouve dans les pattes des gens qui comptent parmi les plus intéressants de cette époque : Leiber & Stoller, Chip Taylor & Al Gorgoni. Sur Blue Cat, Leiber & Stoller ont déjà les Ad-Libs et Alvin Robinson. Chip indique qu’à l’époque, Evie a 15 ans. Elle se pointe au 1650 Broadway et monte directement au huitième étage pour enregistrer des bricoles. Coup de pot, Chip entend sa voix et s’exclame : «Wow! This girl can sing!». Alors avec Al ils décident de lui composer des hits. Chip trouve même qu’elle sonne comme une black - To me it was the ultimate find, just to be working with Evie Sands - Pendant la première session, Evie claque deux smashes épouvantables : «Take Me For A Little While» et «Run Home To Your Mama». Sur ces deux hits de forever, Evie a le raw d’Aretha et elle peut grimper là-haut, pas de problème. On se croirait chez Motown, ça monte extraordinairement bien en neige. Avec le Mama, elle fait de l’hard pop de Soul. C’est un petit chef-d’œuvre de rentre-dedans. Manque de pot, Leonard le renard chope un test-presssing de «Take Me For A Little While», flaire le jack-pot et l’enregistre aussi sec avec Jackie Ross sur Chess. Et ça sort avant le single d’Evie. La pauvre Evie est catastrophée. «Welcome to the music biz!», s’exclame-t-elle.

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             Evie, Chip et Al décident alors de retenter leur chance avec un autre hit single, «I Can’t Let Go»/«You’ve Got Me Up Tight». Evie rentre à nouveau dans le chou du lard d’«I Can’t Let Go», ça sonne comme un hit Motown et ça se développe merveilleusement, ça gratte à la cocote de basse et Evie décolle. Elle a encore une niaque incroyable sur «You’ve Got Me Up Tight». Dans ses liners, Jai Rathbone parle de «driving soul-pop masterpieces» et, pour la B-side, d’une «rocking and rhythmic little slice of garage soul». Pour tout le monde, ça devait être un hit. Mais Leiber & Stoller sont en train de se désengager du music biz et ce sont les Hollies qui vont décrocher le pompon avec leur cover d’«I Can’t Let Go». Evie sent qu’elle est poissarde : ces singles sont fabuleux, mais ce sont les autres qui tirent les marrons du feu.

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             Comme Blue Cat n’existe plus, Chip et Al vont bosser pour Cameo-Parkway qui a des hits avec Chubby Checker et Dee Dee Sharp. C’est Neil Bogart qui signe Evie. «Picture Me Gone» est encore une compo de Chip Taylor & Al Gorgoni. Evie te chante ça comme une reine. On l’entend dans son grand studio. Encore un flop, même si le single devient culte dans la Northen Soul anglaise. 

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             Chez Cameo, elle enregistre aussi une cover du «Love Of A Boy» de Burt, mais ça retombe comme un soufflé. Et puis voilà «Angel In The Morning». Bon ça va ! C’est pas non plus l’hit du siècle ! C’est l’heavy slowah de la catapulte orgasmique. En backing vocals, elle a Nick Ashford et Valerie Simpson. La pauvre Evie est en pleine phase sentimentale. Elle a perdu le rauch du Little While. Rathbone rappelle qu’«Angel In The Morning» fut proposé à Kathy McKord et à Connie Francis qui ont eu peur du côté tendancieux des paroles. Mais c’est Merrilee Rush qui aura du succès avec l’Angel. Et en Angleterre, PP Arnold va entrer dans le Top 30 avec l’Angel. La pauvre Evie est dépitée.

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             Par contre, «Billy Sunshine» sonne comme du full blown de Swinging London - A breezy and vibrant dancefloor classic - C’est heavy on the beat et tu jerkes. Mais Cameo se casse la gueule et Allen Klein l’avale. Evie, Chip et Al repartent à l’aventure.

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             Les voilà chez A&M. Le paradis. Les artistes y sont bien traités. C’est l’opposé de Chess et des autres rats d’égout. Evie est ravie - Artists and staff were treated fairly, honestly and well supported. Imagine that! - Tu te régales encore des arrangements de «Shadow In The Evening», gratté à l’ancienne avec une basse bien ronde. Elle chante encore l’«Until It’s Time For You To Go» de Buffy Sainte-Marie d’une voix de reine - I’m not a queen - Il y a Toni Wine dans les backings, la future femme de Chips Moman. L’Evie navigue dans les mêmes eaux que Sharon Tandy.

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             Et puis voilà l’autre hit faramineux d’Evie, «Any Way That You Want It», toujours du Chip & Al - If it’s love that you want/ Baby you’ve got it - L’Evie jette toute sa fabuleuse niaque dans la balance. Tu ne peux pas faire mieux. Evie dit qu’elle y gratte ses poux. Tina Mason avait déjà enregistré sa version d’Any Way en 1966, et la version des Troggs fut un smash en Angleterre. Evie finit par avoir un peu de succès aux États-Unis. Avec «Crazy Annie», elle se donne encore à fond et force l’admiration. La Crazy Annie en question est une personnage de Midnight Cowboy, où joue John Voight, le frère de Chip Taylor (qui s’appelle James Voight dans le civil). Elle crée encore de la magie dans l’écho du temps avec «Maybe Tomorrow», un hit signé Quincy Jones. C’est complètement hors de portée, elle éclate littéralement au firmament. Ce sera son dernier single pour A&M.

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             Elle dit alors qu’elle n’a pas encore enregistré d’album. Tous les hits qui précèdent sont des singles. Elle enregistre son premier album Any Way That You Want Me en 1970. On l’a salué inside the goldmine, Et puis ça explose encore avec «But You Know I Love You». C’est du pur jus de Mad Dogs & Englishmen. Elle revient ensuite dans Motown avec une nouvelle mouture de «Take Me For A Little While», histoire d’enfoncer son clou dans la paume du beat. C’est monumental, elle fait la nique aux Supremes. Elle est encore astronomique avec «It’s This I Am I Find», soutenue par des tempêtes de violons extrêmes. Tout dans cette période A&M est saturé de luxe, de beauté et de volupté. 

    Signé : Cazengler, Evie pressante

    Evie Sands. I Can’t Let Go. Ace Records 2025

     

     

    Killed by (Bass Drum Of) Death

     

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             Comme tu te méfies un peu de ce nom de groupe un peu ronflant, tu testes un album de milieu de parcours : Say I Won’t. Un bon point et deux mauvais points. Le bon point : ça sort sur Fat Possum, gage de qualité. Les mauvais points : la pochette n’est pas belle et c’est le binoclard des Black Keys qui produit l’album. Ces mecs des Black Keys n’en finissent plus de fourrer leur nez partout. Ils sont pires que Bono.

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    Maintenant qu’il est là, t’es bien obligé de l’écouter, le Say I Won’t. Au bout de deux cuts, tu comprends que t’auras du mal à les prendre au sérieux. C’est pas bon. Pourquoi c’est pas bon ? La voix n’est pas bonne. Les compos ne sont pas bonnes. On entend des échos d’un riff à la Spencer Davis Group dans «No Soul». Et puis, ils flirtent avec la new wave. Globalement, ça sonne comme de la mauvaise pop-rock. Il y a cependant des idées de son. Avec une vraie voix, ça passerait. Ils montent «No Doubt» sur un heavy bass drum of death, mais la voix est trop verte, trop vertueuse. On entend enfin un riff sexy dans le morceau titre, alors ils s’enfoncent dans le chou du lard et ça finit par sonner (enfin) comme une bénédiction, ça sonne bien gras et bien malencontreux. Ils regagnent la sortie avec un «Too Cold To Hold» de bonne stature, ce mec parvient à transformer sa voix et il riffe sans peur et sans reproche sur sa gratte. Ils ont un son très seventies, réactualisé par le big beurre. Ils savent faire bonne figure, after all.

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             Par contre, le premier album sans titre de Bass Drum Of Death est une petite bombe. John Barrett peut sonner à la fois comme les Pistols («Bad Reputation») et Nirvana («No Demons»). Eh oui, il sort les accords du Teen Spirit sur «No Demons», et il fait son p’tit Pistol avec «Bad Reputation», il y sonnerait presque comme l’early Johnny Rotten et derrière, ça cisaille à l’ancienne. Dès le «Wanna Be Forgotten» d’ouverture de bal, t’es fixé. T’as le vrai son, pas la daube des Black Keys  qu’on entend sur Say I Won’t. Ce «Wanna Be Forgotten» est saturé de power viscéral, c’est bardé à ras-bord de toute la bardasse du monde, un vrai chef-d’œuvre de blasting blast. T’en as le souffle court. John Barrett a une voix tellement verte qu’il a des accents de Marc Bolan sur «Fine Lies». Il renoue avec son fier ramshakle dans «Shattered Me». Puis il gratte «Such A Bore» sur les accords de «Gloria», l’animal connaît bien ses classiques, puis ça se barre dans le bush, les poussées de fièvre n’ont aucun secret pour lui. Il attaque «Crawling After You» à la bonne franquette, il chante dans la clameur de l’écho, mais le beurre new wave ruine un peu ses efforts. La structure de «White Fright» n’est pas bonne, trop pop indé, par contre, son solo se concasse atrocement, et ça se noie dans le son. T’applaudis des deux mains. Il pompe encore le riff du «Cannonball» des Breeders pour son «Way Out». Il te chante ça à l’écho sec. C’est de bonne guerre.    

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             Tu retrouves sensiblement les mêmes tenants et les mêmes aboutissants sur Rip This. John Barrett fait sonner son Bass Drum comme Nirvana avec «Sin Is In 10» : c’est submergé de power chords, t’as tout le grain du grunge. Et t’as pas mal d’énormités qui rôdent dans les parages, comme cet «Electric» d’ouverture de bal qui reste bien raw to the bone, avec toute l’ampleur de la petite clameur underground. Car c’est bien de cela dont il s’agit : l’underground. Son «Black Don’t Glow» a deux défauts : un, trop classique pour être honnête, et deux, déjà entendu 1000 fois. Mais le solo est incendiaire. Et malgré tous ses efforts, John Barrett peine à créer la sensation. Il regagne la sortie avec l’excellent «Route 69 (Yeah)». Il a quand même un truc qui force la sympathie. Il sait se montrer insistant. Pour en avoir le cœur net, il faut bien sûr écouter les autres albums.

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             Pas grand-chose à dire du Live And Let Die. C’est l’archétype du live qui ne fonctionne pas. On est aux antipodes de No Sleep Till Hammersmith, d’At Budokan et de Live At Leeds. On sent pourtant les affres du power trio dès «I Wanna Be Forgetten» et «No Soul». Ils savent te percuter l’occiput et gratter une cocote sévère. Ils visent la grosse déflagration. Le p’tit Barrett a de l’énergie, mais il reste dramatiquement prévisible. Ah c’est sûr qu’ils font remuer les têtes en concert, mais ça s’arrête là. Quand t’écoutes ce live, tu sais que ça va être long en concert. Il faut t’y préparer. Le mec n’est pas vraiment bon, mais il insiste, c’est sa seule chance de l’emporter. Et puis te retrouves le «No Demons» pompé sur le Teen Spirit de Nirvana. Leur truc ne marche pas.

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             T’arrives au cinquième album qui curieusement s’appelle Six et t’es toujours pas convaincu. Le p’tit Barrett cherche à créer la sensation, mais il n’a pas les épaules. Il cherche en permanence à passer en force, mais c’est dur d’écouter ça après Wednesday. S’il fallait résumer Bass Drum Of Death en une seule formule, ce serait ‘dru pour des prunes’. Ils n’inventent rien, mais ils tapent dans le dur. «Do Nothing» sonne comme du Dave Edmunds, tellement la structure est classique. T’as partout de la grosse énergie, mais pas de compo. Ça végète. Pas d’hit. Et puis soudain, l’album se réveille avec «Like A Knife» et sa belle entrée en matière. Enfin un cut qui sonne comme un hit, c’est une petite merveille de mid-tempo saturé de disto. Et un killer solo flash éclate au beau milieu du Sénégal. Le p’tit Barrett ramène enfin des éclairs de Zeus. Puis il traîne son «Zeroed Out» dans la boue et «Day Late Dollar Short» rappelle des bons souvenirs. Encore un killer killérique ! Le p’tit Barrett finit en mode 13th Floor avec «Night Ride», et t’es en plein dans le groove des Texans, les plans en escalier sont bien ceux de Stacy Sutherland.

             Par ici, on appelle ça un «travail préparatoire» : tu rapatries 5 albums, et tu les écoutes méticuleusement pour préparer le concert. Comme te l’a indiqué le Live And Let Die, tu t’attends au pire. Mais tu fanfaronnes en clamant que «sur scène c’est parfois mieux qu’en studio».

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             Les voilà qui arrivent sur scène. Ils appliquent la formule deux grattes/batteur. Mais ils ne sont pas les Gories. Et comme tu t’y attendais, tu passes à travers tous les cuts, un par un. Ça tourne en rond. T’as pas un seul cut qui décolle. Ils grattent leurs poux à la vie à la mort, mais ils n’ont ni la voix, ni les compos, ni le charisme. Ils n’ont rien. Ils te désespèrent. Tu te demandes ce que tu fous là. Si au moins le p’tit Barrett se roulait par terre, si au moins il tapait des covers du diable, si au moins il claquait des killer solos d’antho à Toto, si au moins il screamait à s’en arracher la glotte, fuck, tout ça pour rien ! Quel magnifique miroir aux alouettes ! C’est important de voir des groupes qui ne fonctionnent pas. Ça permet de mesurer l’écart qui existe avec ceux qui fonctionnent. Choisis bien ton camp, camarade.

    Signé : Cazengler, dream of death

    Bass Drum Of Death. Le 106. Rouen (76). 23 janvier 2026

    Bass Drum Of Death. Bass Drum Of Death. Innovative Leisure Records 2013    

    Bass Drum Of Death. Rip This. Innovative Leisure Records 2014

    Bass Drum Of Death. Say I Won’t. Fat Possum Records 2023

    Bass Drum Of Death. Live And Let Die. Cobraside Distribution Inc 2024

    Bass Drum Of Death. Six. Cobraside Distribution Inc 2025

     

     

    *

             Certains groupes arborent fièrement leur couleur, ils hissent le drapeau rouge ou l’étamine noire, parfois les deux ensemble. Bref, ils ne chichitent pas, ils dédaignent poser leur cul entre deux chaises, ce sont des radicaux, bientôt pour se débarrasser d’eux on leur accolera l’étiquette de terroristes. Les menottes aux mains, les pieds entravés, un bâillon sur la bouche et une balle dans le cœur. Avant que cela n’arrive, écoutons-les, soutenons-les. Car ils seront le dernier rempart.

    A FEU ET A SANG

    THE RED RIDING

    (Bandcamp / Janvier 2026)

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                    Ni pochette design, ni couve dessin, un oriflamme  dessein,  l’est simple comme un uppercut, taper : votre comprenette direct à la gueule, ne vous méprenez pas ce n’est pas le petit chaperon rouge qui s’en va batifoler dans les prés, c’est le méchant loup, le vrai, celui qui arpente les grands boulevards insurrectionnels, celui qui fait peur aux adultes, et qui enchante les esprits rebelles. Le message est clair : Frappez d’abord, Prévenez ensuite.

    En avant ! : méfiez-vous z’y vont mollo-rock au début, petite rythmique imitation sixties, z’avez le chant qui déboule vite, c’est un peu la mémoire des luttes, les années quarante, les quatre-vingt, les quatre-vingt-dix, toujours le même combat contre les fascistes, le ventre de la bête n’est pas mort. Ils parlent du passé pour mieux évoquer le présent. A feu et à sang : en pleine insurrection, on se croirait en 68 chandelles, ou en des années postérieures, l’envie de tout changer, le désir de tout détruire, chantent en chœur pour se donner de l’allant, la batterie ne presse pas le pas, elle martèle les pavés, pourquoi se presser, la fin est connue, au final ce sont les enragés qui vont trinquer, prenez garde parfois les cendres froides se métamorphosent en semences. Désolé ! : rythme endiablé, imaginez des couleurs vives pour peindre la misère de la vie quotidienne, un hymne à l’insoumission individuelle toutefois exemplaire. Haine du travail, mépris de la vie conjugale étriquée, refus des idéologies castratrices qui  passent une muselière à votre révolte. Faut-il trouver étrange que ce morceau soit plus explosif que le précédent qui nous plongeait en pleine insurrection. Non nous sommes à l’intérieur de la marmite qui accumule la poudre noire de la révolte. C’était mieux demain : comprendre que hier n’a pas disparu, non pas un adieu à ceux qui sont tombés, les noms des camarades et des compagnons sont égrenés, mais un salut à la vie, le rythme est vif même si une guitare larmoie discrètement, rappel des heures chaudes, des grands flamboiements, aujourd’hui disparus, faut vivre avec la grande histoire qui  s’immisce dans nos vies étriquées. Tout va bien : c’était mieux demain mais aujourd’hui c’est pire, de l’anti-phrase c’est parfait, ça commence comme anti-fachisme, anti-police, anti-patrons et anti-multi-nationales, z’y mettent du coeur pour balancer leur désespoir joyeusement désespéré. C’est peut-être parce qu’en creux ils inscrivent les têtes de chapitre d’un anti-programme à écrire et à mettre en application… Sans tarder.

             Un opus roboratif, du rock à textes vindicatifs, ne cherchez pas le dernier solo qui tue destiné à révolutionner le rock’n’roll. C’est dans votre tête qu’il faut activer le changement et changer de cap. De préférence choisissez celui des tempêtes !

    Damie Chad.

     

    *

    C’était il y a longtemps, j’avais quatorze ans. Je lus Le Chef-d’œuvre inconnu de Balzac. La lecture me transporta. Encore aujourd’hui ce bref roman continue à me hanter. J’ai tout de suite cherché à comprendre, non pas le sens littéral, l’histoire est assez simple, mais l’impression qu’elle suscita en moi. J’ai cherché, je n’ai rien trouvé. Ce récit imaginaire, il vaudrait mieux dire ce récit imaginal, restait comme auréolé d’un étrange mystère. Je ne fus pas sans tarder après quelques recherches à m’apercevoir qu’un de ses personnages avait vraiment existé. Il s’agit du peintre : Nicolas Poussin. Le dictionnaire Larousse n’était guère bavard à son sujet. Toutefois j’eus la chance, c’était peut-être une malédiction, de trouver la représentation d’un de ses tableaux dans un livre de  classe : la toile du tombeau nommée Et ego in Arcadia. Cette inscription latine même traduite m’intriguait. Que voulait-elle dire au juste ?

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    L’année suivante, j’étais en classe de troisième, le professeur de latin nous initia à l’œuvre de Virgile. Une intuition me vint de je ne sais où : selon moi il existait un rapport évident entre les Bucoliques de Virgile et cette inscription. Qui bien entendu n’est présente dans aucun des ouvrages du poëte romain.

    Plus tard j’appris que ce tableau de Poussin est un élément de ce que l’on a appelle ‘’ Le mystère du trésor de Rennes le Château’’. L’existence hypothétique de ce trésor ne m’intéresse guère, mais le mystère : oui. Pour ceux qui connaissent cette affaire je rajouterai deux faits : Paul Valéry a traduit les Bucoliques de Virgile. Stéphane Mallarmé, que Valéry vénérait, fit paraître en 1877 un étrange ouvrage, alimentaire et pédagogique, intitulé Les Mots Anglais

    Nous n’irons pas plus loin. Or un groupe de metal français, de Clermont-Ferrand, a consacré un album un peu plus qu’allusif à Rennes-le-Château…

    LE RÊVE ET LA VIE

    SANS ROI

     (Chapitre XII Productions / Octobre 2025)

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    Pour s’en convaincre il suffit de regarder la couve de cet album.  La silhouette de la tour qui en occupe la partie droite n’est autre que celle de la Tour Magdala du domaine de l’abbé Saunière. La comparaison avec quelques photos de Rennes-le-Château sur le net  vous en apportera la preuve. Pour l’individu et le serpent nous verrons plus loin.

    Par contre le lecteur ne pourra pas rester insensible au monogramme du Christ, ce signe qui apparut à Constantin (In hoc signo vinces = par ce signe tu vaincras) qui représente les lettres grecques : Chi = X et Rho = P, les deux premières lettres de Christ en grec. Sur l’insigne de Constantin s’étalent les lettres Alpha et Omega la première et la dernière lettre de l’alphabet grec d’où la célèbre parole du Christ : ‘’Je suis le début et la fin’’.  

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    Notre groupe n’a pas hésité à remplacer l’Alpha et l’Omega par ses propres initiales S(ans) R(oi). Ne criez pas à la profanation, réfléchissez plutôt ce que peut signifier Sans Roi lorsque l’on fait allusion au Christ-Roi…

    Enfin cerise sur le gâteau, cette espèce de vitrail qui représente un navire : certains affirmeront que la relation est évidente entre la tour Magdala(= Madeleine) et Sainte Madeleine qui aurait débarqué pas très loin de Rennes-le-Château après la crucifixion du Christ… Pour moi je renverrai au recueil des Poésies de Mallarmé, ne cherchez pas bien loin, lisez juste le premier poème : Salut.

    Si cette présence christique vous interroge, souriez : l’affaire de Rennes-le-Château n’est-elle pas parfois nommée : le mystère des trois curés !
    Arnaud Ranty : vocals / Adam DSX : bass, vocals / Pierre "U" Librini : guitar /  Manon Chatillon : Guitar / Gustave "Zweihänder" Heitz : drums, vocals.

    Love’s Secret Domain : vous attendez de la musique, vous avez droit à un discours, vous vous croyez dans un film du seizième siècle avec un astrologue, il aurait un accent à la Léonard de Vinci qui garderait ses intonations italiennes en s’exprimant en notre langue, il nous enseigne la paix et la sagesse que nous prodiguera la contemplation des étoiles… se lève alors une déferlante sonore de bon aloi qui emporte tout, une batterie tape-à-l’œil, qui peu à peu impose un rythme binaire que des giclées de guitares sauvages rompent et finissent par emporter le morceau, que d’inventions, un serpent qui se tortille dont vous vous demandez quelle direction il va finir par prendre. A première écoute nous sommes loin de Rennes-le-Château, il est inutile de vous raccrocher aux petites branches en déclarant que le domaine est celui de l’Abbé Saunière et l’amour dont il est question serait celui des rapports sexuels qu’il entretiendrait avec Marie Denarnaud, sa jeune servante peu morganatique… D’autres pontifieront que cette interprétation ancillaire est trop terre à terre parce que le texte est trop ‘’poétique’’ pour se rapporter à une simple femme de chair et d’os, ils parleront d’éternel féminin et de Marie Madeleine et de son étreinte cosmique avec le Christ, tirons vite la sonnette aux sornettes ! Revenons aux fondamentaux : nous sommes d’emblée dans un texte gnostique, de ces sectes proto-chrétiennes baignées d’influences platoniciennes et néo-platoniciennes qui partaient du principe que tous les chemins sont bons, sans aucune assistance ecclésiale, pour s’élever vers la divinité. Ce désir actant est symbolisé sur la pochette du CD par la présence du serpent aux anneaux d’or qui s’entremêle avec les pas du personnage.  La voie du serpent serait-elle le chemin… Metanoïa : En tout cas vous avez une guitare qui s’entremêle à la batterie comme un motif oriental, comme un serpent qui progresse sur son chemin. Etrange comme ce chant  très marécageux se révèle comme l’élément fondamental du morceau, la parole, ici le vocal, n’est-elle pas le logos qui explicite le monde. Amusons-nous, traduisons metanoïa qui signifie coupure conceptuelle par après l’inouï, ici le changement intellectuel, la rupture spirituelle est nommée comme une chute. Laissez le pauvre diable sous son bénitier dans l’Eglise de Rennes-le-Château, il s’agit d’une chute en soi-même, notons que dans l’infinité de toutes choses, la chute désigne tout aussi bien une ascension. Mais tout aussi bien, une dilution, symbolisée par la mort du Christ, celui qui comme Gérard de Nerval a traversé deux fois vainqueur l’Achéron de la mort. Bain lustral qui vous invite à une grande humilité, à un dépouillement total.

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    Liber novus : autant le dire d’emblée ce morceau est totalement fou, une pierre, une gemme, une améthyste arrachée à la couronne de l’Ange déchu, ou pourquoi pas au trône de Dieu ? Pas du tout, un rubis sculpté dans le rouge de la couverture d’un livre écrit et dessiné par un être humain des plus respectables. Carl Gustav Young. Auteur du Livre Rouge, dont la réalisation a succédé à celle du Livre Noir, nous reconnaissons les deux couleurs fondamentales de l’alchimie… L’on ne résume pas la pensée de Jung en quelques lignes. Disons que pour Jung au fond de nous gît l’immémorialité de notre présence mutique et mythique au monde. L’individu se doit de pénétrer en ce lieu pour accéder aussi bien à sa  connaissance qu’à celle du monde. Ci-dessous vous trouvez une image tirée du Livre Rouge, la ressemblance avec le personnage de la couve du CD,

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    pour ne pas dire l’inspiration, est flagrante. Nous y revenons plus loin. La fin du morceau est une parfaite introduction au morceau suivant. Lecture d’un passage de Jung, cette fois lu sans cet accent italien que maintenant toutefois  nous mettons en relation non plus avec Léonard de Vinci mais avec Dante, avec sa Divine Comédie un bouquin qui descend au plus bas pour arriver au plus haut, dans lequel nous sommes accueillis - quelle surprise ! - par Virgile. Le rêve et la vie : musique joyeuse, elle irait très bien pour accompagner la nef des fous. Le vocal nous arrache aux certitudes. La vie est un cirque, le rêve est le seul chemin qui nous permette d’ordonner le monde en entrant en communication avec l’infrangible structure du monde. Encore une fois pensons à Nerval, au chaos de sa vie et à la lumière noire irradiant de ses Chimères qui nous mène aux rivages idéens de la réalité mythique d’un monde en perpétuelle migration vers lui-même. Sur la couve ce n’est pas l’homme qui regarde la forteresse de l’âme mais la forteresse qui dirige un œil de lumière vers lui. Un va-et-vient entre nous et nous. Terribilis est locus iste : cette inscription est inscrite au-dessus de l’entrée de l’église de Rennes-le-Château. Ici l’on ne rit plus. L’on hurle de désespoir et d’incompréhension, grêle de growl, malgré toutes nos connaissances, la mort est au bout du chemin, quel que soit le chemin que l’on ait choisi, le vocal semble s’étrangler est-ce de peur ou de rage, sarabande folle, ronde interminable, les initiés n’ont pas un sort plus enviable que les autres, l’ascèse de la recherche ne nous épargne pas de mourir. Peut-être parce que nous sommes déjà morts, et nous sommes revenus, ce qui ne nous empêchera point de mourir une seconde fois. Serait-ce parce que nous sommes déjà immortels... Vivre avec l’Invisible : le côté positif des choses, musique un tantinet grandiloquente, l’on rentre dans le dur, notre première mort ne nous at-elle pas  doté de pouvoirs magistraux, Jim Morrison cet enfonceur de doors n’a-t-il pas clamé qu’il était le roi lézard ( voie du serpent) et qu’il pouvait faire n’importe quoi, tous les chemins de l’Ether nous sont ouverts, nous pouvons pénétrer au cœur du microcosme comme celui du macrocosme, la musique sans parole gorgée de savoir devient sentencieuse, pour revenir à une satiété tourbillonnaire, nous sommes un miroir du monde qui se mire en nous. La voix italienne revient, elle nous apprend que puisque nous sommes en communication avec l’Invisible, nous recevrons des informations de l’Invisible. Jouons à Jacque Chancel et sa fameuse interrogation : Et Dieu dans tout ça ? J’espère qu’il a gardé mon numéro de téléphone ! The art of dreaming : j’ai été un peu goguenard, je reçois une réponse, pas de dieu mais du groupe. Un peu didactique dans sa formulation comme dans son vecteur musical, l’on martèle les mots autant que la musique, l’on rajoute un peu de majesté et quelques arabesques sonores. Le final est particulièrement réussi. Le message est clair, il faut savoir rêver. Surtout ne pas céder aux stupides et prétentieuses  interprétations freudiennes des images qui se bousculent dans votre tête durant votre sommeil. L’art du rêve n’est pas un rêve d’art, l’art du rêve est un art comme l’art équestre  ou l’art de la danse. Une discipline qui maîtrise votre esprit en le mettant au contact de ce que Jung appelle l’âme. La molécule de l’esprit :  bousculade de basse, cliquetis clopinant, ondées phoniques mouvante, la voix nous ramène aux origines humaines, il est une manière de pousser les portes de l’invisible, depuis des millénaires l’Homme a utilisé des substances psychotiques, le groupe n’hésite pas à citer en toutes lettres  la  diméthyltryptamine, hallucinogène ancestral qui permet de voyager dans les étoiles, celles du ciel et parmi les nôtres intérieures, certains racontent qu’elles les transportent jusqu’aux rivages de la mort, mais chacun traduit ses expériences avec ses propres mots et connaissances singulières, Sans Roi parle d’ascension vers le divin, le morceau s’achève sur des cliquètements de plus en plus incertains, censés signifier l’infini de la nuit cosmique qui effacerait toute l’humanité résiduelle qui émanerait de nous. Viduité absolue de notre conscience en osmose totale avec le vide absolu.

             Un album surprenant. Paul Valéry nous enseigné que le sens et le son doivent tous deux céder la place à son alter égo.

             Le motif de Rennes-le-Château n’est guère prépondérant, il est employé comme un marqueur énigmatique. Il y aurait une autre manière de chroniquer cet album, l’on peut analyser chacun des huit – chiffre de l’infini -  morceaux  en tant qu’étape du long processus alchimique.  Une troisième manière consisterait à s’en référer amplement à la pensée jungienne.

             Mais cet opus ne sort pas de nulle part. Il est le troisième élément qui clôt une trilogie. Nous avons affaire à une démarche raisonnée. Que certains, jugeront déraisonnée. Tout dépend si vous avez l’esprit ancré dans la terre ou dans les étoiles. Quoi qu’il en soit, nous reviendrons très prochainement sur les deux premiers tableaux de cette trilogie. A savoir : L’esprit et la Matière (2023) et Alchimie du Scorpion (2024). Mais ce n’est que le début d’un plan prémédité, cette première trilogie sera suivie de deux autres.

             La semaine dernière nous avons employé la notion de meta-metal, Sans Roi colle parfaitement à ce concept.

             Une entreprise follement originale. Prométhéenne. Mais le feu qu’ils dérobent produit une couronne de flammes noires. De lumière noire.

    Damie Chad.

     

    *

    Chose promise, chose due ! Nous passons au deuxième volet de la première trilogie de Sans Roi. Dans certains rituels marcher à reculons n’est en rien une marque de recul !

    ALCHIMIE DU SCORPION

    SANS ROI

    (Bandcamp / 2024)

             Il existe un autre rituel, celui du franchissement des cercles. De la périphérie vers le centre. Parfois il faut rebrousser chemin. Car les cercles voisins ne communiquent pas obligatoirement. Un labyrinthe possède des chambres hermétiquement closes par lesquelles il faut absolument passer. Ainsi dans ma chronique de Le rêve et la vie, je me suis focalisé sur la couve du CD. Ensuite j’ai sauté dans le disque lui-même oubliant tout en haut de la couverture les deux mots en lettres majuscules qui crèvent les yeux. Sans Roi. Quel drôle de nom, quelle bizarre prétention de se prétendre sans roi tout en faisant remarquer cette absence de monarque. Serait-on en présence de nostalgiques royalistes ! Une revendication politique en quelque sorte.

             Les gnostiques posent l’existence de deux Dieux, le premier est inconnaissable et inatteignable. Mais son existence n’en est pas moins la possibilité de ses hypostases, totalement séparées de lui. Pour la petite histoire, nous ne sommes pas très loin d’une espèce de personnification, d’une divinisation, du moteur immobile d’Aristote. C’est donc un deuxième Dieu souvent nommé le Démiurge qui aurait créé la matière. Certains le vénèrent, d’autres le haïssent de les avoir englobés dans ce sale pétrin matériel.

    Beaucoup de gnostiques révèrent le premier Dieu, totalement impuissant puisque totalement refermé sur sa propre puissance. Il est dans l’incapacité totale de porter secours aux hommes enchâssés dans une gangue de matière extrêmement gluante. Ce premier Dieu est comme un Roi sans couronne, sans royaume, sans armée, sans sujet. Les gnostiques sont comme leur Dieu, pire ils n’ont même pas de Roi. Une espèce d’identification par la négative qui leur a permis de se définir sans prononcer le nom de leur Dieu qui évidemment n’a pas de nom. Ils ne pouvaient pas s’auréoler de l’appellation ‘’sans dieu’’ qui aurait été au pire une absurdité, au mieux une déclaration d’athéisme. N’oublions pas que les sectes gnostiques se forment dans les milieux juifs sensibles au message de  l’annonce de la venue du Christ. Or ce Christ qui n’était qu’un homme ne pouvait pas être en même un dieu, car il aurait été un dieu mortel, c’est-à dire un mortel… D’où la nécessité d’un Dieu qui ne soit habité d’aucune tare humaine et même de toute attache avec la création entrevue non pas comme la fabrication par un dieu de la matière inférieure à sa propre divinité, mais comprise comme une diminution, un amoindrissement de la puissance divine. Une espèce de dieu en toc, peu satisfaisant pour les assoiffés de Dieu !  L’Eglise catholique instituera le Christ en Dieu d’amour, les gnostiques préfèrent le sexe à l’amour !

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    Nous avons, voici une dizaine d’années et même plus chroniqué un livre de Pacôme Thiellement sur Led Zeppelin. Soyons précis : sur les aspects occultes du Dirigeable. Car si les riffs de Jimmy Page sont étincelants sa pensée est beaucoup plus obscure…En 2017, Thiellement a sorti un livre qui fera tilt dans les lecteurs de cette chronique : La Victoire des Sans Roi. Révolution Gnostique. Je résume grossièrement : la pop culture n’est que la continuation et le triomphe sous une autre forme de l’expression de la pensée gnostique. Thiellement est très sympathique mais il n’est pas Carl  Gustav Jung. Il est toutefois l’un des rares à faire référence aux écrits de Raymond Abellio.

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    Il est temps de nous pencher sur la couve du CD. Artworkée à partir d’une gravure intitulée L’âme du Scorpion de Pierre-Yves Trémois. Né en 1921, mort en 2020, Trémois appelé à devenir peintre et dessinateur a eu la chance de naître dans une famille de bonnes accointances avec le monde de l’art… Son œuvre est immense, elle mérite le détour. Il a notamment illustré L’Après-midi d’un Faune de Stéphane Mallarmé.

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    Il est intéressant de regarder le traitement que Sans Roi a fait subir à l’œuvre de Trémois. Ne déplorons pas l’étrange grille d’hiéroglyphes sur laquelle ils ont déposé le dessin du peintre réalisé, quel hasard, à l’encre noire. Ces motifs de fond ne sont pas étrangers à la manière de Trémois, qui n’hésite pas à employer l’écriture mathématique, pour signifier que nous ne regardons pas l’univers mais que nous le décodons avec notre propre langage.  Autrement dit nous ne percevons pas l’univers mais notre propre interprétation phénoménale. Pour la figure elle-même une ressemblance s’impose : ne sommes-nous pas face à la face de la lune.  Malgré sa pâleur l’on a envie  de dire lune noire. Noirceur  magnifiée par le scorpion. Animal porteur de mort. Que fait-elle notre bestiole peu ragoûtante, ne s’apprête-telle pas à dévorer l’étoile noire. Il n’est pas inutile de penser au dernier, l’adjectif ultime conviendrait mieux, album de David Bowie intitulé Blackstar. Manque de respect de Sans Roi envers la douce et printanière Phoébé, elle est aussi le symbole de la peu ragoûtante Hécate, ne voici-t-il pas notre pleine lune dument enchaînée. Ce qui lui donne un peu  l’aspect d’une araignée à six pattes, et je ne sais pas pourquoi  à une amibe. Dans le premier cas pensez à notre engluement dans la matière, et dans le second à la chaîne de transformation du vivant qui part de l’amibe pour réaliser un être humain. Bref à un processus d’extraction ou d’amélioration. Deux opérations marquées du sceau de l’alchimie. Pour faire la jonction entre Pierre Yves Trémois et Sans Roi, forgeons le mot valise : âlmchimie. Cette bestiole répugnante aurait donc  une âme !

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    Soyons balzacien, ou ne soyons rien. Le lecteur lira La Recherche de l’Absolu du grand Honoré avant de se lancer dans une quête alchimiste. Dans la vie, parfois il faut des garde-fous pour s’accrocher à sa propre folie. Profitons-en pour nous approcher des recherches de Josef Hoëné Wronski, le mathématicien dissident.

    Prima materia : première surprise, le morceau ne commence pas en musique mais par une introduction parlée. Deuxième surprise, le titre nous met sur la voie de l’alchimie traditionnelle, nous pensions à la matière noire. Celle qui doit servir de base aux différentes manipulations de l’Adepte, quelle est-elle cette première matière noire : d’infinies propositions ont été proposées, elles vont des résidus solidifiés de lie de vin au fond des barriques de vin jusqu’aux excrément humains, certains préfèrent les différents liquides sécrétés par les corps  lors de copulations sexuelles, sans doute sont-elles plus faciles à trouver et plus agréables à susciter, ce dernier exemple vous ravit-il, notre professeur n’en dit mot, le matériel de base dont il conseille l’emploi sont les vingt-deux arcanes du tarot, l’alchimie est avant tout un travail intellectuel. Un parcours initiatique, vous êtes la première carte du tarot, le fou, l’innocent, l’idiot utile, nommez-le comme vous le voulez, de fait la materia prima c’est vous, qui vu votre état larvaire avez intérêt à vous améliorer, et votre parcours consiste en cette métamorphose, le voyage n’est pas sans danger, case Treize bonjour la Mort, case seize, je la cite par rapport à la couve du troisième album de la trilogie Le Rêve & la Vie : c’est la Tour, qui représente le chaos et la révélation, au bout du chemin vous avez atteint la pierre philosophale qui n’est autre que vous-même qui êtes devenu le miroir dans lequel Dieu peut vous regarder. Dans ses nuits durant lesquelles il creuse le vers des Noces d’Hérodiade au bout desquels il trouve le néant, Mallarmé confie à un ami que regardant dans le miroir, il s’aperçoit que l’image de son visage que le miroir devrait lui renvoyer est absente. En conclurez-vous que Dieu est mort… Comme par hasard le texte qui transcrit cette expérience est Igitur( = donc) à vous de tirer la conséquence et l’expérience est relatée sous le sous-titre : La folie d’Elbehnon. Il est temps de passer  à l’écoute de la musique : oui la violence du morceau est surprenante, et le vocal semble dégurgiter le monde entier, la musique frôle le noise, ce morceau est une terreur, que nous conte-t-il, nous le résumerons en un seul mot, un des plus courts et des plus communs de la langue française : la copule ‘’et’’ : parce que le tout et le rien, la paradoxale alliance des contraires, le voyage du serpent dans les herbes mouillées de la rosée du chaos, le protocole de toutes les étapes alchimiques qui se succèdent, chacune étant le néant de l’autre, qu’elle soit antérieure ou postérieure, tout est mêlé et chacun des ingrédients factuels vise à sa solitude phénoménale. Donc : nécessité de la séparation. Alchimie du scorpion : ambiance sombre, les guitares tissent des voiles funèbres, plaquent des panneaux funèbres, à la gloire du scorpion, le grand dissociateur -  Valéry usait du terme de Gladiator, Rimbaud prophétisait la venue des Horribles Travailleurs – acte de destruction nécessaire, défloration de ce qui est,  nécessité des vierges folles, pensez aux Noces d’Hérodiade,   Narcisse brise son propre miroir pour échapper à son reflet,  Narcisse n’est que le double du scorpion, qui n’est que notre double, après cet ouragan, doctement le professeur conclue cet épisode brutal : ‘’ Le plus grand travail du scorpion c’est la désidentification’’, il continue son discours, il a dit l’essentiel, il cause des scories psychiques qui encombrent votre cerveau, mais notre attention est retenue par ce glas qui ponctue son exposé, et la tornade reprend en plus violente, en plus échelée, une véritable chevauchée de

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    Walkyries électriques. Knight of cups : arcane mineure dévolue aux destins individuels, le type du chercheur anonyme qui se met en route vers un royaume mythique qui serait, que l’on ne trouvera qu’au fond de soi, le moment de sa mort. Une musique, pas reposée, celui qui vit dans son rêve n’est-il pas heureux, le vocal s’emballe, l’on sent l’enthousiasme et la fureur car tout compte fait il faudrait ne pas rester enfermé en soi-même, que les pinces du scorpion viennent cisailler cette carapace protectrice qui nous empêche aussi de triompher. Sarabande déjantée, personne ne va plus loin que soi-même. All flows, nothing stays : discordances, elles vous tombent dessus comme le couperet de la guillotine, combien de fois devons-nous mourir à nous-mêmes, nous séparer de nous-même, dur combat, dur duel, contre le dragon qui n’est que le serpent ondoyant de nos métamorphoses successives, nous pourrions ne plus avoir la force de nous relever, de passer le seuil, de rester bloqué en nous-même, chaque victoire peut être suivie de la défaite la plus amère. Enfin rentrer à la maison, celle qui n’est pas nous-même qui nous permet de nous perdre en l’altérité charnelle du monde. Ora et labora : l’on entend une voix serait-ce celle de Janus qui dans la pièce de Villiers de l’Ile Adam instruit Axel, et tout de suite au travail, l’on se précipite, l’on refait le chemin, on épuise le possible de chaque arcane, quel amoncellement sonore, quelle somptuosité, c’est comme si nous courions sur la crête du serpent ouroboros en lui arrachant les écailles une par une, intense labeur que de faire le tour du monde et un tour dans sa tête. Que ne faut-il accomplir pour être le grand dissociateur ! The lovers : danse sacrée, brouhaha, exubérance amoureuse, vocal et background luttent pour prendre la meilleure place, luxe de la luxure, l’amour ne suffit pas il doit cohabiter avec le désir, deux chemins différents, ce n’est la copule et mais la copulation avec, se réunir c’est aussi affirmer la bipolarité, dans l’étreinte pour mieux s’appartenir, c’est jouir autant du feu de l’embrasement bilatéral que se retrouver dans la solitude de son feu personnel,  ronde de sorcières, guitares en folie, la batterie essaie de suivre le rythme qu’elle a impulsé tant la tête lui tourne. Débordement euphorique. Heptalion : on avait le couple l’on ne s’attendait pas si rapidement à nous retrouver à écouter un prêtre conseillant les époux.  L’est vrai que sept est un chiffre sacré et que Seth est un Dieu puissant. Laissons-là nos élucubrations, l’officiant est bien gentil mais il semble davantage se préoccuper de la mère que du père, et bientôt son regard se tourne en exclusivité vers l’enfant à naître. Nous avons adoré le scorpion séparateur et voici que les deux se sont réunis et ont donné lieu à un, à un tout-un, faudra-t-il appelé maître scorpion pour qu’il dissocie une fois de plus cet homonculus avant qu’il soit homologué en tant qu’être parfait. Prépondérance pianistique, hurlements ou braillements d’enfant en bas-âge, folie générale dans la nurserie, quelle est cette ribambelle de gosses hurleurs, est-ce que la multiplication équivaut à  un démembrement.  Multiplié par sept égale-t-il mutilé par Seth. Occult love phenomena : nous ne sommes pas sortis des tourments amoureux. Un pied dans l’infini, un pied dans la vie, le tout en hurlant à plein poumon, ne suis-je pas deux en un seul, c’est ainsi que moi, que je, j’ai traversé les deux mondes, l’exotérique et l’occulte, à l’autre bout de moi-même ne me se suis-je pas retrouvé, un autre homme bien plus chargé de souvenirs et de connaissances que  celui que je suis et que je ne suis pas. Pourquoi croyez-vous que le vocal étire si longuement les syllabes, sans doute parce qu’il n’y a pas de mot assez grand pour contenir mes deux postulations. La neuvième arcane : nous avons déjà parler de Led

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    Zeppelin, c’est le moment de ressortir le IV et de l’ouvrir pour nous trouver face à la reproduction du neuvième arcane du tarot, ce vieillard courbé, un peu bringuebalant, l’on a envie de lui glisser un banc, et pourquoi marche-t-il avec cette lanterne allumée, est-il comme Diogène, cherche-t-il un homme, non il l’a déjà trouvé, c’est lui-même deux en un puisqu’il y a lui et la connaissance figurée par cette lanterne, chant de triomphe,  farandole métaphysique, victoire du scorpion, il a réussi à séparer l’homme et la connaissance, défaite du scorpion, il sont tout de même unis en un seul, l’Adepte est réalisé, par le chemin initiatique qu’il a suivi, par le chemin opératif qui l’a unifié en lui-même. Quelle puissance secrète porte-t-il ?

             Rock’n’rollement parlant je préfère ce deuxième tome de la trilogie au troisième. Une outrance sonore beaucoup plus forte. Il est davantage complexe, il court sur deux cimes à la fois : le tarot et l’alchimie. Les deux titres peuvent être commentés selon ces deux modalités.

             Difficile de trouver mieux dans la production française actuelle !

    Damie Chad.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 721: KR'TNT ! 721 : TOMMY JAMES & THE SHONDELLS / GINGERELLA / DESTINATION LONELY / WILSON PICKETT / THE FIVE DU-TONES / TWO RUNNER / MARIEE SIOU / ASTRAL RUINS

     

     KR’TNT ! 

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 721

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    29 / 01 / 2026

     

     

    TOMMY JAMES & THE SHONDELLS

    GINGERELLA / DESTINATION LONELY

    WILSON PICKETT / THE FIVE DU-TONES

    TWO RUNNER / MARIEE SIOU 

    ASTRAL RUINS

     

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 721

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http ://kr’tnt.hautetfort.com/

     

     

    The One-offs - Hanky crois-tu, Panky ?

     

             Chaque jour, on revenait de l’école aussi vite que possible, on prenait le raccourci par le Temple, on remontait la rue Jean-Romain à toute allure, puis on tournait aussi sec à gauche dans la rue Saint-Jean et, trois carrefours plus loin, on arrivait essoufflés à la salle de jeux.

             Dans la vitrine qui donnait sur la rue Saint-Jean trônait un énorme juke-box. La salle de jeux prenait d’abord la forme d’un long couloir. Tu passais devant des flippers. Il devait y en avoir une bonne vingtaine alignés contre le mur, avec tous ces petits loubards qui s’excitaient dessus, cling clong cling clong ! T’arrivais au fond et tu tombais sur une grande salle de forme carrée où étaient installés quatre big baby-foots à cinquante centimes la partie.

             À partir du jour où nous avons osé entrer dans cette salle de jeux, nous y sommes retournés quotidiennement, après l’école, et le jeudi après-midi tout entier. On se débrouillait avec l’argent de poche, et quand ça ne suffisait pas, on piochait dans le porte-monnaie des commissions. Il fallait des pièces. On était des malades du baby-foot. Mais vraiment des malades. On était devenus les deux frères «qui prenaient les vainqueurs». Deux branleurs invincibles. On défiait les cracks. On jouait le plus souvent contre des mecs nettement plus âgés qui portaient des blousons en cuir noir, des rouflaquettes et des bagues, des mecs du Chemin Vert ou de la Guérinère, disait-on, qui garaient leurs mobs sur le trottoir devant la salle. Ils nous regardaient avec un drôle de sourire en coin, mais quand on jouait, ça ne rigolait plus. Ils fermaient leur grande gueule. On les foutait fanny. T’as pas besoin d’être grand ni musclé pour gagner au baby, baby.

             Le baby, c’est comme le billard, ça demande une appétence pour l’addiction, et surtout du temps, énormément de temps. Le temps qu’il te faut pour développer ta petite technique, mettre au point tes roublardises à deux pieds pour passer le barrage de la barre à cinq joueurs du milieu, et maîtriser tes tours de poignet droit. Tu peux apprendre à marquer des buts de l’arrière en trouvant la trajectoire de biais, et pour l’attaque, il faut fignoler ses figures de style, savoir faire rouler la baballe sous le pied pour terroriser l’adversaire, titiller des petits va-et-vient, accélérer tout en gardant la baballe sous le pied, accéder à cette virtuosité qui fait croire à l’autre en face qu’il n’a aucune chance, choisir de cogner cette putain de baballe par le devant du pied ou par l’arrière du pied, l’impact n’est pas le même quand tu cognes avec le pied à l’arrière. Lorsqu’enfin t’as la baballe au pied face au défenseur, tu pousses à l’extrême le pathos de l’exécution finale, tu fais rouler la baballe devant la cage aussi longtemps que tu veux, tu passes du pied devant au pied derrière, tu fais bien durer le suspense, tic tic, tu fais ricocher la baballe entre ton ailier et ton attaquant central, et d’un tour de poignet fulgurant, tu fais tournicoter la putain de baballe autour du pied et tu la claques aussi violemment que tu peux, à en tordre la barre, histoire d’aller faire schtoooonnnguer la baballe dans la tôle de la cage ! Le schtoooong est parfois tellement percutant que la baballe rebondit et ressort, alors tu la re-schtooongue de plus belle. C’est ta botte de Nevers. 

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             Les flippers faisaient tellement de bruit qu’on n’entendait pas trop la musique qui venait du gros juke-box situé à l’autre bout de la salle. Mais un jour, au-dessus des cling clang cling clang et des rafales de schtoooonnngs à répétition, une chanson déclencha ce qu’il faut bien appeler un gros émoi. On tomba aussi sec sous le charme de ce slow-groove exotique et mystérieux, tu sentais ta tête bouger toute seule, les yeah du chanteur te filaient des frissons, tu découvrais l’état second, t’étais transcendé, transformé à jamais. Tu venais d’entendre pour la première fois «Hanky Panky» et t’es devenu dingue d’Hanky Panky, tu rêvais la nuit d’Hanky Panky, tu chantais My baby does the zan/ hanky panky en descendant les quatre étages. Tu chantais I saw her walking down the line en remontant les quatre étages. Ta vie s’est alors résumée à Hanky Panky. Cette obsession marchait de pair avec celle du baby-foot.

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              Quelqu’un avait à une époque jugé bon de me barboter quelques 45 tours, mais on n’en fit pas un fromage. Dans ces cas-là, on se dit que la vie est ainsi faite. Puis on a vu les Cramps tenter le coup d’une cover d’«Hanky Panky», mais ça n’avait pas marché car il manquait l’essentiel : le juke-box dans la vitrine de la salle de jeux. Ils n’ont pas su le faire groover.

             Et plus récemment, alors que nous étions chez Marc Z pour les interviews, l’EP Roulette refit une apparition. Nous menions les interviewes à deux. À la fin des séances, le collègue entrait en transe en farfouillant dans la prodigieuse collection de 45 tours de Marc. Comme il avait besoin de blé, Marc confiait au collègue le soin de vendre tous ces 45 tours rarissimes à la pièce sur eBay. Comme par miracle est apparu l’EP Roulette flambant neuf avec sa languette. Lui ayant raconté l’histoire de la salle de jeux, Marc accepta de me vendre «Hanky Panky» pour un prix symbolique. 

    Signé : Cazengler, Hankyllé

    Tommy James & The Shondells. Hanky Panky/Thunderbolt - Dave Baby Cortez. Count Down/Summertime. Roulette 1966

     

     

    L’avenir du rock

    - Gingerella donne le la

     

             L’avenir du rock sirote sa mousse au bar, bien peinard. Manque de pot, Boule et Bill déboulent.

             — Alors, avenir du rock, on boit en juif ?, lance Boule d’un ton qui ne laisse aucun doute sur sa répugnante intentionnalité.

             — Tu bois quoâ, avenir du froc ?, ajoute Bill d’un ton ostensiblement méprisant.

             — Ginger ale...

             — Ah voilà ! C’est plus fort que l’roquefort, tu peux pas t’empêcher de nous snobber la gueule !, lance Boule d’un ton qui ne laisse aucun doute sur sa venimeuse intentionnalité. 

             — Y va nous brancher sur les Ginger, Boule, tu vas voir, ce mec-là y l’est cousu de fil blanc, y se sert de nos pommes pour faire son cirque !, lance Bill d’une voix sifflante de haine.

             — Y va nous sortir le Ginger Baker, tu vas voir, Bill !

             — Boule, j’te parie dix boules qu’y va nous faire le coup du Ginger Wildheart !

             — J’tiens l’pari, tope là, Bill, y va aussi nous faire le coup du Ginger & Fred, ça va pas rater !

             — Tu l’vois pas venir avec ses p’tits yeux en trous d’pine ? Y va nous faire le coup d’Goldie & The Gingerbreads, tu vas voir, Boule !

             L’avenir du rock a l’habitude de ces deux gros cons : il les laisse parler. Il sait qu’ils vont finir par s’arrêter. Il sait pour les avoir vus à l’œuvre que la connerie ça peut épuiser une cervelle aussi sûrement qu’un gros effort intellectuel. Comme prévu, ils finissent par tomber en panne sèche et fermer leur clapet. Magnanime, l’avenir du rock leur concède ceci :

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             — Bon les gars, vous êtes bien gentils, tous les deux, mais vous oubliez le plus important : Gingerella.

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             C’est vrai que Tommy Adamson a des allures de rock star : petit costard noir, petits cheveux blonds, petites silver boots, petite gueule d’ange, grosse présence scénique et surtout grosses compos. Gingerella sur scène, pas compliqué : c’est les Kinks. Ils ont cette fantastique énergie Kinky et ce sens parfait du déroulé pop, avec un story-telling imprenable et des jolies poussées de fièvre anglaise. Un groupe anglais, ça fait toujours la différence, on peut prendre la chose par n’importe côté :

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    en matière de rock, les Anglais ont un truc que n’auront jamais les autres, c’est bien sûr la grâce naturelle. Tu le sens dès qu’ils montent sur scène et qu’ils attaquent leur set, ils jouent de manière totalement instinctive, tu ne sens jamais le travail en amont, c’est tout de suite en place et terriblement fluide. Ils prennent vite de l’altitude et ça t’embarque, le parallèle avec les Kinks se fait très vite, t’as ce mélange de soft psychedelia et de pop tonique, portée par des mecs taillés sur mesure. Tu crois rêver. Tommy Adamson et des Ginger boys reprennent les choses exactement là où les frères Davies les ont laissées en 1968 avec The Village Green Preservation Society, ils t’en mettent plein la vue. C’est même complètement irréel de voir un groupe de ce niveau dans un petit bar rouennais. Ils ont un cut bourré de panache qui s’appelle «Cabaret» et Tommy Adamson y injecte un joli brin de glam, of course. Encore du glam Kinky avec «Sofisticats», la qualité des cuts t’effare. Même chose vers la fin, juste avant le rappel, avec l’explosif «Party Girls», te voilà

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    au cœur de London town. Le petit lead guitar s’appelle Noah, il gratte ses poux sur la Les Paul de Jimmy Page, t’as vraiment l’impression de revenir aux sources, il ranime des feux très anciens, on se souvient de cette Les Paul orange, et cette façon qu’il a d’enrouler ses gimmicks à l’anglaise te plaît infiniment, il passe même des coups de wah avec ses boots noires de kid parfaitement dévoué à la cause. Rien que dans la façon de se tenir sur scène, il bat tous les records d’élégance. Il a l’air complètement out of his mind, mais peut-être est-ce son état naturel. Et son collègue

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    Tommy Angel Face gratte lui aussi des poux de Tele définitivement anglais dans leur essence, il tient les rênes du set et commence à bâtir sa légende.  Et puis t’as une section rythmique écœurante d’efficacité. Les deux cocos ne la ramènent pas, mais ça pulse à l’anglaise. En ton for intérieur, tu te dis tout va bien : tant que des kids de ce calibre monteront sur scène, le rock pourra dormir sur des deux oreilles. 

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             Au merch, ils n’ont que leur premier EP, Eat Your Heart Out paru sur le très beau label français basé à Toulouse, Pop Supérette. Attention, c’est sans le moindre

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    doute l’un des meilleurs mini-albums de l’année. Tommy Adamson attaque avec un poème fleuve, «Stacey’s World» et il tape en plein story-telling Kinky - Stacey is a girl of all repute/ For pulling off the stiches of her own parachute - c’est effarant de proximité Kinky, de prodigieuse élégance pop. Et dans ce cut qui n’en finit plus, ça repart toujours à l’enthousiasme pur. Il est encore en plein dans le raffinement élégiaque de Ray Davies avec «Miss Twenty Something», ça sonne même comme un hymne, t’as aussi de l’Hunky Dory sous-jacent. C’est le son de l’aristocratie du rock anglais, la forme d’art moderne la plus évoluée. C’est confondant. Tu fonds comme beurre en broche. Final exemplaire, solo en échappée libre et yeah yeah yeah. C’est miraculeux d’entendre ces mecs renouer avec l’âge d’or du rock anglais. Et ça continue en B avec «When Sunday Comes». Tommy Adamson t’embobine avec sa déliquescence à la Waterloo Sunset, il a des accents d’éclat Kinky dans sa voix tellement fruitée, il te scie par sa classe, par sa connaissance des arcanes de la Kinkologie, c’est un fabuleux retour aux sources de la Village Green Preservation Society, et tu sens poindre l’Hunky Dory dans le Waterloo Sunsetting. Ils terminent avec une «Fanclub» joliment tarabiscoté, bien enroulé et bien déroulé. T’en finirais plus avec ces mecs-là. Ils ouvrent la voie. Toutes leurs compos sont bonnes.

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    Signé : Cazengler, Givrérella

    Gingerella. Le Fury Défendu. Rouen (76). 21 janvier 2026

    Gingerella. Eat Your Heart Out. Pop Supérette 2025

     

     

    L’avenir du rock

     - All the Lonely people

     (Part Two)

     

             L’avenir du rock ne s’imaginait pas qu’il verrait autant de trafic dans le désert. Bon d’accord, c’est pas le périf aux heures de pointe, mais quand même ! Avec tous ces erreurs qui vont et qui viennent, l’avenir du rock se demande si finalement, la réputation du désert n’est pas surfaite. Ça l’intrigue tellement qu’il a décidé de compter les erreurs. Comme il n’a ni papier ni crayon, ni ordi ni calculette, alors il compte de tête. Il en compte déjà au moins onze sur la dernière année : Sylvain Tintin porté par Abébé Bikila et ses trois frères, Lawrence d’Arabie, Stanley qui cherche Livingstone, Johnny Strabler et sa Triumph Thunderbird, the Night Tripper, Belphégor, Richard Francis Burton et son javelot Danakil fiché à travers ses deux joues, et il en oublie forcément. Quand on se nourrit de cailloux comme les poules, on a la mémoire qui flanche. Ah en voilà un  douzième ! L’erreur est petit mais distingué, âgé mais alerte, l’œil clair et le pied léger, il porte du tweed et le cheveu court taillé en brosse. Il tient un petit chameau en laisse sur lequel sont arrimés ses bagages. Il s’incline respectueusement devant ce déchet qu’est devenu l’avenir du rock :

             — Bowles ! Paul Bowles, pour vous servir...

             — Je suis l’avenir du rock... Soyez certain que je suis ravi de vous rencontrer sous ce Sheltering Sky.

             — Inutile de frimer, avenir du rock, nous ne sommes pas dans un salon littéraire. Par contre, votre délabrement me rappelle celui de William Burroughs. Le vôtre est plus avancé...

             — Bon ça va ! Pas la peine d’en rajouter ! Parlez-moi plutôt de votre destination...

             — Sachez bien mon pauvre ami que ce n’est pas la destination qui compte, mais la route ! Et vous même qui me semblez si hagard, en avez-vous une ?

             — Oui, bien sûr je n’ai qu’une seule destination : Destination Lonely !

     

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             Belle pochette, joli titre, big Voodoo : le nouveau Destination Lonely s’appelle Eat LSD, Pray To Satan, Love No One. Tu dis quoi ? Miam miam. En d’autres termes, tu te frottes les mains en bavant comme une limace. Avec tes grosses pognes moites, tu tripotes la pochette Voodoo, ah comme ils sont punk les trois Destination au dos ! T’as un Voodoo leaflet rouge à l’intérieur et un fat vinyle noir, alors tu lui poses aussi sec la question : «Qu’est-ce t’as adans le ventre ?» Réponse : un «Daddy ‘O» sourd-dingue, foncièrement trashé jusqu’à l’oss de l’ass par un killer solo infectueux. Et ça continue de ramper à ras des pâquerettes avec un «Nobody’s Friend» ultra chargé de la barcasse et allumé en pleine gueule par la wah du diable. Attention les gars, c’est un disk accidenté. Pas la peine d’aller chercher les Américains, t’as tout à la maison. Ta nouvelle destination c’est les Destination. Ça bout sous le couvercle qui danse le jerk. En deux cuts, l’album a déjà l’allure d’une bombe atomique. Encore du killer solo de gras double dans «Dead Letters», un Dead Letters monté sur un beat de type Muddy Mud. T’as là toute l’essence du garage des années de braise, et quand on parle de garage des années de braise, on pense bien sûr à tout l’In The Red Recordings, car les Destination viennent de là en direct. Cheater Slicks, bien sûr, mais aussi tout le reste, Bassholes, ‘68 Comeback, Blacktop, Dan Melchior’ Broke Revue, Hunches, Deadly Snakes et tout ce tintouin qui nous mettait alors en transe. Maintenant t’as tout ça à la maison. En B, tu vas tomber sur les accords sixties en couveuse de «Full Of Sorrow», pulsatif de type 13th Floor traversé de part en part par un killer solo trash dégoulinant de gras double. Nouvelle attaque frontale avec «Anything Else». C’est leur fonds de commerce, punch in the mouth et t’as le scream qui coule comme un fleuve de lave, t’as là un cut insistant qui t’harasse bien la paillasse et bien sûr un killer solo va te bigorner sérieusement la carlingue. Pas de problème, t’es là pour ça.

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             Si c’est pas encore fait, allez tous jeter une oreille sur l’After Chez Eddy, sur Canal Sud. Lo’Spider y mène le bal, comme Gildas au temps du Dig It! Radio Show. La playlist du 1er janvier est un modèle du genre.

    Signé : Cazengler, qui n’arrivera jamais à Destination

    Destination Lonely. Eat LSD Pray To Satan Love No One. Voodoo Rhythm 2025

     

     

    Wizards & True Stars

     - Pickett c’est pas de la piquette

     (Part One)

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             Si tu veux tout savoir de la jeunesse de Wilson Pickett en Alabama, alors il faut lire le petit book que lui consacre sa frangine Louella, Don’t Let The Green Grass Fool You. Bon, c’est écrit avec les moyens du bord et un peu avec les pieds, mais l’ouvrage a le mérite de parler extrêmement vrai, et dans le cas de Wicked Pickett, c’est essentiel. Car Wicked Pickett n’est pas seulement l’immense Soul Brother que l’on sait, the black panther dont on s’arrachait les beaux cartonnés US sur Atlantic, c’est aussi un Docteur Jekyll/Mister Hyde qui, une fois bourré d’alcool et de coke, avait la sale manie de frapper tous ceux qui l’entouraient. Pif paf pouf !

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             Mais avant le stardom et les belles baraques sur la côte Est, il y a l’Alabama, un coin qu’il a passé son enfance à haïr - I was picking three or four hundred pounds of cotton a day. We’d work hard, from sunup to sundown, six to six. I’m so glad that I was able to get away from there - Il grandit à Prattville, au nord de Montgomery. C’est une famille de 11 enfants, et sa mère s’appelle Lena.

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             Quand il ne bosse pas sur le cotton patch - which he hated with a passion - le p’tit Pickett adore chasser et pêcher. Il se taille une gaule pour pêcher, et il chasse le lapin à la fronde. Il ramène des tas de lapins et les épluche. Le p’tit Pickett surnomme sa frangine Louella ‘Coot’. Coot rappelle qu’on paye les fils d’esclaves 3 dollars pour 100 livres de coton, c’est à peine mieux que de bosser à l’œil. Les blancs, qui étaient passés maître dans l’art de l’exploitation de l’homme noir par l’homme blanc, obtenaient des nègres un rendement meilleur qu’au temps de l’esclavage. Et comme le p’tit Pickett voulait être le meilleur en tout dès son plus jeune âge, il se levait à 4 h de mat pour aller cueillir le fucking coton, et quand les autres arrivaient, il avait déjà gagné 6 dollars. Six fucking dollars !

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             Et bien sûr il ne supporte pas l’école des blancs. On envoyait les p’tits nègres du coin dans une training school - Augusta County Training School - où on leur apprenait les trucs de base : cuisiner, prendre soin de soi et comment bosser pour les blancs. Les p’tits nègres sont baisés d’avance. Mais ça ne marche pas avec le p’tit Pickett. Il a flairé l’arnaque. Pas question d’aller dans cette fucking school. Côté cul, il est extrêmement précoce. Il a très vite une fiancée, Clara Kate, mais il lui cogne la gueule. Pif paf pouf ! - He was crazy about Clara Kate. She was his first girlfriend. But he would beat her up. He was mean with Clara Kate - Son père s’est barré à Detroit «pour préparer une vie meilleure à la famille», et comme le p’tit Pickett veut échapper au coton et à la fucking school des blancs d’Alabama, il n’a plus qu’une idée en tête : partir pour Detroit et rejoindre son père. Alors il engage de bras de fer avec sa mère en refusant d’aller à l’école. Elle lui dit que s’il refuse d’aller à l’école, alors, il doit quitter la maison et le p’tit Pickett lui répond : «Well Mama, I’ll see your later.» Et pouf, il se barre. Ça se passe en 1955. Il a 15 ans.

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             Il a une relation très dure avec sa mère. Elle n’a pas réussi à le dresser, même en lui cognant dessus. À Detroit, son père s’est bien sûr remaqué avec une autre femme, Helen. Le p’tit Pickett arrive à Detroit au bon moment, en plein boom du doo-wop. Il va chanter dans les églises et rencontrer Aretha et son père le Révérend Franklin. Puis Willie Schoffield le découvre et lui propose de venir auditionner pour les Falcons qui cherchent quelqu’un pour remplacer Joe Stubbs, le lead singer. Willie Schoffield est la voix de basse dans les Falcons qui viennent de décrocher un hit avec «You’re So Fine». Dans le groupe, il y aussi Eddie Floyd et Sir Mack Rice, originaire de Clarksdale (lui aussi voix de basse). Mack Rice va devenir légendaire, en composant des tas de hits, notamment le «Respect Yourself» des Staple Singers et «Mustang Sally» pour Wicked Pickett. 

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             Pickett se pointe à l’audition et chante «The Sky Is Crying». Alors Mack Rice dit à Schoffield : «Hey man that’s it. That’s the cat. Whoever the guy is, that’s the right guy there.» Et pouf, Wicked Pickett devient le lead singer des Falcons. Mack Rice continuera de bien s’entendre avec Wicked Pickett - Every time I ran across Pickett, we had a good time. He was kinda hard to get along with, so they say, but I never had a problem with him in my life.

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             Wicked Pickett reste à Detroit jusqu’en 1963. Son père ne parvient pas non plus à le dresser, alors ça se termine à coups de poing dans la gueule. Pif ! Paf ! Pouf ! Au passage, Wicked Pickett colle son poing dans la gueule d’Helen qui pousse son père à le foutre à la porte - He hit her in the mouth - C’est la signature de Wicked Pickett : l’hit in the mouth. C’est pendant le séjour à Detroit qu’il rencontre Dovie, l’une des femmes de sa vie - I met a lady, she’s real good to me - Mais au bout de 15 ans de pif ! Paf ! Pouf ! dans la gueule, Dovie finira par se faire la cerise. 

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             Le personnage de Wicket Pickett est emblématique d’un phénomène de société : ces fils d’esclaves qui ont grandi dans un climat de violence raciste ne pouvaient pas devenir des humanistes éclairés. Élevés dans un cloaque de haine, de misère, d’injustice et privés d’avenir, ils développaient des pathologies comportementales dont les proches faisaient fatalement les frais. La violence de Wicked Pickett est celle que les blancs lui ont inculqué, il incarne l’avatar d’une violence institutionnelle. Elle existait en Allemagne dans les années 20 et 30 contre les juifs. Elle existait de la même façon en Algérie, en Afrique du Sud, en Palestine. Et partout on retrouve les mêmes : les blancs, les colons blancs, les pires prédateurs, les descendants des culs terreux, ceux qui débarquent chez toi et qui te disent : «Maintenant, c’est chez moi.» Et ça continue encore aujourd’hui. Les colons et le colonialisme sont le pire fléau de l’histoire de l’humanité. Colonialisme/Capitalisme/Catholicisme : trilogie de la mort. Wicked Pickett est l’un des fruits les plus sophistiqués de cette violence institutionnelle. Quand tu réfléchis bien à tout ça, tu t’en étrangles de rage. 

             Quand Wicked Pickett voit qu’il stagne à Detroit, il dit à Dovie : «We are going to move.» Et pouf, ils partent à New York - I can do better in New York - Ils s’installent dans un deux pièces à Hollis, Long Island. Tout se passe bien jusqu’au moment où la coke arrive. Dovie dit qu’il va tourner sur un budget de 3 000 $ par semaine.

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    ( Maison de Pickett à Ashburn, circa 1988)

             Wicked Pickett est jaloux comme un tigre et il commence à devenir violent. Pif ! Paf ! Pouf ! Puis le couple s’installe dans une belle baraque à Englewood Cliffs, New Jersey : 5 chambres, 5 salles de bain, et des plafonds très hauts. Dovie subit le même sort que Ronnie Spector : pas question d’aller traîner dehors. Elle dit à Wicked Pickett qu’elle veut travailler, alors il lui fait installer un bureau au rez-de-chaussée, avec un téléphone rouge, et lui dit de répondre quand ça sonne. Elle passe ses journées dans le «bureau» en attendant que ça sonne. Personne ne doit adresser la parole à Dovie s’il n’est pas là. Mais ça ne l’empêche pas de courir les jupons. Wicked Pickett est comme il est. On ne le changera pas. Et puis Dovie finira par en avoir marre de prendre des coups, Pif ! Paf ! Pouf ! même si Wicked Pickett s’excuse. Elle sait qu’elle doit sauver sa peau et quitter ce dingue de Soul Brother détraqué.

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    (Wilson Pickett et Hendrix)

             Coot évoque brièvement la mafia, mais n’ose pas trop s’aventurer sur ce terrain. Elle rapporte cependant une anecdote hilarante. Dovie et Wicked Pickett se retrouvent un soir dans un club qui a pour étrange particularité d’être situé dans un cimetière. Le club appartient à la mafia - Oh if anything should happen, they don’t have far to go - Wicked Pickett est aussi allé chanter à Las Vegas, dans un club appartenant à la mafia. Mais Coot en reste là. Elle n’a pas les infos. On ira voir ailleurs.

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             Comme il ne veut plus que sa mère vive en Alabama, Wicked Pickett lui achète une baraque à Louisville, Kentucky. Devenu star et riche, Wicked Pickett claque son blé en voitures et en bijoux. Il claque aussi du blé au jeu. C’est Jerry Wexler qui a fait de lui une star. C’était pourtant mal barré, car Wicked Pickett avait enregistré une démo d’«If You Need Me». Wexler la refila à Solomon Burke qui l’enregistra pour en faire un hit. Quand Wicked Pickett est tombé sur le pot aux roses, il s’est mis à chialer comme un gamin. Mais Wexler va lancer sa carrière et l’envoyer enregistrer dans le Sud, chez Stax à Memphis. Coot n’a pas trop les infos, mais les gens de Stax n’aimaient pas Wicked Pickett. Ils sentaient que c’était un sale mec. C’est là qu’il enregistre «In The Midnight Hour». Wicked Pickett dit qu’il a tout composé et qu’on lui a imposé de partager les crédits avec Steve Cropper et Eddie Floyd. Mais il y a d’autres témoignages qui disent le contraire. Wexler envoie ensuite Wicked Pickett chez Rick Hall à Muscle Shoals, Alabama. Et quand il débarque à l’aéroport et qu’il voit arriver un blanc dans une old beat-up Chrysler car, Wicked Pickett pâlit. Il se demande dans quelle embrouille Wexler l’a fourré. En plus, il y a des champs de coton tout autour. Un vrai cauchemar. Mais Wicked Pickett retournera deux fois à Muscle Shoals. Puis il ira enregistrer chez American à Memphis, avec Tom Dowd et Tommy Cogbill. C’est là qu’il devient pote avec Bobby Womack, qui va rester l’un de ses collaborateurs et qui va lui composer des hits.

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             Coot relate aussi la tension qui existait entre Wicked Pickett et James Brown. Un soir ils sont tous les deux à l’affiche de l’Apollo, à Harlem. Wicked Pickett screame énormément sur scène et James Brown qui passe après lui n’aime pas ça. Alors il envoie Bobby Byrd trouver Wicked Pickett dans sa loge pour lui ordonner de pas screamer - Because there was only one screamer on the show - James Brown, bien sûr. Arrive le deuxième show de la soirée et Wicked Pickett s’est mis à screamer deux fois plus. Personne ne lui rabaissera son caquet, pas même James Brown. Plus tard, ils vont devenir de bons amis et même des voisins à Long Island. Mack Rice : «The only person who gave James Brown hell was Pickett.» Ils ont tous les deux le même mode de fonctionnement avec les musiciens : deux vrais tyrans - Everybody feared him. Nobody questioned him - Wicked Pickett fait régner la terreur en tournée. Une fausse note ? Un coup de guitare en pleine gueule. Autre chose : comme il n’a pas été à l’école, Wicked Pickett ne sait quasiment pas lire ni écrire. La seule chose qu’il sache faire, c’est compter son blé. Il conserve son cash dans une mallette et la trimballe avec lui sur scène.

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             Pas trop d’infos non plus sur Buddy Miles qui fit partie des Midnight Movers, le backing band de Wicked Pickett, avant que Bloomy ne vienne le lui barboter pour monter Electric Flag. Le saxophoniste Jack Philpott jouera ensuite pour les Isley Brothers, puis Sam & Dave et Joe Simon. Et puis après Atlantic, Wicked Pickett signe chez RCA en 1974, mais il n’aura plus d’hits. C’est le commencement du déclin, jusqu’à son dernier album, It’s Harder Now, paru en 1999. On reviendra dessus dans un Part Two.

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    Veda and Wilson

             Coot consacre la deuxième partie de son p’tit book à la famille. Comme Wicked Pickett plaisait aux femmes, il collectionnait les conquêtes - They loved the bow-legged intense panther of a black man with a sexy smile and swagger - Il a reconnu six gosses en tout : Lynderrick et Veda d’un premier mariage à Detroit, Michael d’une femme blanche et que Dovie a élevé, puis Soumaya, Saphan et Bernard. Alors Coot rentre dans le détail de la progéniture et c’est pas jojo, car Wicked Pickett en roue certains de coups. Pif ! Paf ! Pouf ! Roué de coups quand il était petit, Wicked Pickett reproduit le modèle. Pif ! Paf ! Pouf ! Michael est métis et c’est lui qui prend le plus de coups, avec Dovie. Puis Wicked Pickett branche son fils sur la coke. Soumaya revoit son père «heavily on drugs». Elle assiste à une shoote entre sa mère et Wicked Pickett qui la frappe à coups d’aspirateur, Pif ! Paf ! Pouf !, alors Soumaya frappe son père derrière le crâne ! Furieux, Pickett ramasse un pied de lampe en marbre et lui en colle un coup en pleine gueule. Ce n’est que ça. Pif ! Paf ! Pouf ! Wicked Pickett est tellement défoncé qu’il passe son temps à hurler et à cogner. Alors tout le monde se barre : Karine et Soumaya, Jean Cusseaux, Dovie. La dernière compagne de Wicked Pickett s’appelle Gail. Mais il est devenu un mec assez seul et assez triste. En 1994, il roule bourré et écrase un vieux de 86 ans. Il fait un an de ballon. Michael : «He was never clean. I’m sure he got high the day he died.» Et puis t’as la maladie, l’hosto et l’héritage, qui chez les blacks est toujours un épisode très compliqué. Surtout quand il y a du blé et de l’immobilier. On fait venir un notaire à l’hosto. Gail veut bien être exécutrice testamentaire à condition de recevoir 35 % du pactole. Wicked Pickett dit non. Il ramène le chiffre à 10 %. Gail lui dit qu’il peut se les carrer dans l’ass ses 10 %, elle n’a pas besoin de ça pour vivre. Alors Wicked Pickett remonte à 15 %. Elle accepte. Le frère Max est l’autre co-exécuteur testamentaire. Don Covay et Bo Diddley assistent aux funérailles. La vie est courte, ne l’oublions pas.

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             On reviendra sur les albums. C’est plus intéressant que cette vie de patachon. 

    Signé : Cazengler, Wilson Piqué (de la ruche)

    Louella Pickett-New. Don’t Let The Green Grass Fool You. Fulton Books 2015

     

     

    Inside the goldmine

    - Les Du-Tones, ça détonne

     

             Il avait le malheur de s’appeler Duton. Alors vous pensez bien qu’à l’école, ça y allait ! Dans le Duton, tout est bon ! Et hop, à la récré, tout le monde ou presque lui mettait la main au cul. «Dans le Duton, tout est bon !» Le pauvre Duton en pleurait de chagrin. Les plus grands étaient plus vicieux. Ils approchaient de Duton, lui passaient le bras sur l’épaule pour le rassurer et la vanne ne tardait pas : «Du... ton... Du... ton... Dubonnet !» Et ça éclatait de rire, wouarf waouarf wouarf ! On a souvent souligné la cruauté des gosses dans les cours de récré, mais avec Duton, ça battait tous les records. Les grands voulaient pousser le bouchon un peu loin et faire coller Duton avec sa réalité, enfin leur réalité. Ils commencèrent à chercher dans le dictionnaire à quoi ressemblait un vrai thon. Ils furent déçus de voir qu’un thon ne ressemblait à rien d’autre qu’une grosse poissecaille. Ils allèrent à la bibliothèque municipale et demandèrent à la mère Pichegru si elle avait un livre sur «les grosses poissecailles comme les thons». Elle leur dénicha une belle encyclopédie de la pêche en mer des Caraïbes et les grands flashèrent sur une photo d’Hemingway avec un espadon de 2 m suspendu par la queue à côté de lui. Ils demandèrent à la mère Pichegru si le ‘nespadon’ était comme un thon, et la mère Pichegru qui n’y connaissait rien répondit que c’était le cousin germain du thon. Alors les grands exultèrent. Ils mirent leur projet à exécution. La semaine suivante, on fit tous une curieuse découverte en arrivant le matin à l’école : accroché à l’anneau de voûte du porche d’entrée pendouillait Duton, plus mort que vif. On l’avait ligoté serré, enveloppé de papier alu sur lequel on avait dessiné au feutre de grossières écailles. Avec du ruban adhésif d’emballage, on l’avait bâillonné et fixé sur le sommet du crâne une épée en plastique. Comme le ‘nespadon’ d’Hemingway, Duton était accroché en l’air par les pieds. Dans le Duton, tout est bon.

     

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             Les grands auraient eu plus de problèmes avec les Du-Tones qui ne se seraient pas laissés faire comme Duton. On ne sait pas ce qu’est devenu le pauvre Duton, par contre, on sait très bien ce que sont devenus les fantastiques Du-Tones.

             Le plus drôle, quand tu regardes les pochettes des Five Du-Tones, c’est qu’ils sont six. Ils ont démarré dans un high-school de St. Louis et le lead s’appelle Andrew Butler.

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             Dans ses liners, Clive Richardson rappelle que 1963 était the year of the bird : un vent de bird craze balayait l’Amérique : The Dells avec «The (Bossa Nova) Bird», Dee Dee Sharp avec «Do The Bird», les Rivingtons avec «The Bird Is The World» et bien sûr les Du-Tones avec «Shake A Tail Feather», un hit signé Mac Rice et du prophète Isaac. Richardson rappelle aussi qu’ado il était fan de «roaring, gritty lead voice, fast tempo and thudding beat», et il est hooked par le single Stateside des Du-Tones qu’il parvient à se payer, en 1963 ! Des fois, ça vaut le coup de lire les liners, car bien sûr, les mecs qui les rédigent sont essentiellement des fans de la première heure. Richardson explique comment il est tombé sous le charme du «roaring baritone lead vocal» d’Andrew Butler. Il décrit tous les délices de ce hit intemporel - I’ve heard about the fellow/ You been dancin’ with/ All over the neighborhood - alors les quatre autres Du-Tones font «twist it/ Shake it/ Shake it baby/ Bent over/ Let me see you shake a tail feather !». Richardson parle ici de «wildest elements of rock’n’roll, R&B and gospel influences into a seminal Soul smash». Le hit sera bien sûr repris par les Purify, Ike & Tina Turner et Ray Charles dans The Blues Brothers. Les Du-Tones comprennent rapidement qu’ils sont coincés à St. Louis, alors ils prennent la décision d’aller tenter leur chance à Chicago. Et bien sûr, Richardson fait référence à l’excellent book de Robert Pruter, Chicago Soul. Ils commencent par croiser des gens comme Andre Williams et finissent par rencontrer George & Ernie Leaner du label One-Derful. Un label d’une relative importance, car on y retrouve les noms d’Alvin Cash, de McKinley Mitchell, d’Harold Burrage et d’Otis Clay. Richardson cite aussi les noms de Willie Parker, de Beverly Shaffer, de Josephine Taylor & The Sharpees (hello Jean-Yves), «only known within hardcore specialists circles to this day».

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             Richardson entre ensuite dans le délire des tournées. Leur manager Louis Tate leur paye un bus et les envoie tourner dans les états du Sud en compagnie des Du-ettes (elles aussi sur One-Derful, et dont l’«Every Beat Of My Heart» est un autre seminal Soul smash), et Johnny Sayles. Ils terminent cette tournée à l’Apollo d’Harlem. 

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             Dernière précision richardsonienne : les Five Du-Tones furent étiquetés «novelty dance», comme les Contours, les Isley Brothers, les Vibrations et les Rivingtons. Mais foin des étiquettes, Richardson cœur de lion donne son dernier conseil : mets ce disk dans ton player, bent over and let me see you Shake a Tail Feather !    

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             Pour entrer dans leur monde magique, tu as deux compiles, aussi belles l’une que l’autre. Tiens, on va commencer par jeter un œil sur la compile italienne Ring Of Stars. Pas de titre, juste The Five Du-Tones. Ils attaquent avec le «Shake A Tail Feather» qui est aussi le morceau titre de la deuxième compile, ils y vont au ah-ah, ça monte au shake/shake it baby et ça donne du wild Du-Tones, du wild incontrôlable. Le coup de génie de la compile s’appelle «Woobine Twine», amené au chant d’ange de miséricorde. C’est à tomber de ta chaise, ils montent l’heavy groove au chat perché de doo-wop infectieux. Ils figurent parmi les meilleurs représentants du Black Power, comme le montrent «We Want More» et «Come Back Baby», ils balancent un doo-wop gonflé de gospel Soul - We really got to love it - les voix sont délicates, comme des pattes de gazelles, par contre «Come Back Baby» flirte avec le wild r’n’b, les Du-Tones y vont franco de port. Ils bouffent le r’n’b tout cru. Ils sont extraordinaires. Leur «Get It» sent bon les semelles de crêpe au coin du juke et le c’mon baby, «The Flea» est axé dans l’axe, et ils montent le doo-wop de «Mountain Of Love» au somment de l’Ararat. Ils produisent les plus belles harmonies vocales qu’on ait vues depuis le temps des Drifters. Encore deux petites bombes avec «The Cool Bird» et «Outside The Record Hop», ils te défoncent la rondelle des annales avec un bassmatic taureau fou. Ces six Du-Tones ont une sacrée grandeur d’âme. Ils démolissent encore tout avec «The Ghouster», c’mon baby, it’s Ghouster time ! Cette belle épopée s’achève avec un «Chicken Astronaut» amené au wanna go to the moon

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             La compile de Richardson s’appelle Shake A Tail Feather - The Complete One-Derful Recordings. On y retrouve tout le saint-frusquin de la compile d’avant, le raw & primitive «Shake A Tail Feather», cet énorme r’n’b chauffé à blanc qu’est «The Flea», l’infâme «Come Back Baby» troué du cul, le wild punk r’n’b de «The Gouster» qui a perdu l’H au passage, le groove de jazz de «Nobody But You», les excellents «Cool Bird» et «Chicken Astronaut», et Richardson rajoute un «Sweet Lips» qui n’est pas sur le Ring Of Star, un fantastique heavy r’n’b qui tombe du ciel, même magie que Motown. Puis revoilà le vaillant «Woodbine Twine», têtu comme une bourrique et ce coup de génie complètement imparable qu’est «Outisde The Record Hop», les Du-Tones te labourent le champ en profondeur, avec des chœurs de folles. Et puis avec «Divorce Court», ils font les Coasters on speed. Ce qui fait deux compiles pour le prix d’une.

    Signé : Cazengeler, qui Du-conne

    The Five Du-Tones. The Five Du-Tones. Ring Of Stars 1996

    The Five Du-Tones. Shake A Tail Feather - The Complete One-Derful Recordings. Shout Records 2006

     

     

    *

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             Je n’y avais prêté que peu d’attention. Nous étions quelques jours avant Noël, ce joli petit mot calligraphié ne pouvait être qu’une sympathique manière de nous fêter de joyeuses fêtes, voire avec un peu d’avance une bonne année, je n’avais lu que la première phrase, remerciements à tous les fans qui bla-bla-bla…pas la peine de continuer j’aurais pu écrire la suite, certes avec moins d’aisance parce que l’anglais j’aime bien mais ces gens-là ont de ces manières de s’exprimer parfois étonnantes, et puis la maison était pleine d’enfants… bref je suis passé à autre chose. C’est hier soir que j’y suis retourné, tout compte fait ces derniers mois j’avais été moins assidu, j’avais même laissé un évènement important, tant pis pour moi, mais à voir cette photo de Paige Anderson toute seule, je me suis douté de quelque chose, non ce n’était pas un mot anodin dicté par l’actualité, juste l’annonce d’une époque révolue…

    TWO RUNNER

             Two Runner se sépare. Two Runner continue. Mais autant reprendre l’histoire le début. Enfin pas tout-à-fait, depuis notre livraison 512 du 25 / 01 / 2021. Depuis un moment plus de nouvelle sur Paige Anderson. Disparue corps et bien. Me vint alors l’idée de retracer sa’’carrière’’, une famille typique américaine, version bluegrass, le père la mère, la grande sœur les deux puinées et un petit garçon, au début le marmot était sur scène avec le reste de la smala, ne jouait de rien, trop jeune pour tenir un instrument, les enfants ont grandi, les parents se sont peu à peu esquivés laissant les jeunes pousses jouer seuls. La personnalité de Paige s’est affirmée au cours des années… En 2014 les enfants ont sorti chez Folkway un album, Fox in June   sous le

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    nom de Paige Anderson and The Fearless  Kin, la fratrie s’est peu à peu disloquée, plus de nouvelle. J’en étais là à la fin de ma chronique, je retourne sur You Tube pour vérifier l’orthographe d’un titre et plouf, ceci est le bruit de ce qu’André Breton  qualifia de hasard objectif, je tombe une vidéo de Two Runner, dès la première image moi qui ne suis guère physionomiste, l’est vrai qu’il y a aussi sa voix et son banjo, je reconnais Paige Anderson. Un cri de colère et de renaissance. Elle a tourné la Paige…

             Two Runner est un duo formé de Paige Anderson (guitare, banjo, chant) et d’Emilie Rose et son fiddle démoniaquement rawmantique. Parti de rien, de concert  en concert, puis de festival en festival, elles se font connaître, les anciens fans des années d’enfance de Paige sont vite rejoints par de nouveau, KR’TNT les suivra de loin guettant les nouvelles vidéos et leur premier disque…

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             Durant le dernier mois d’octobre je ne jette qu’un coup d’œil hâtif sur leur FB. Funeste négligence. En novembre elles sont en Europe. En première partie d’Alela Diane, habituée des salles européennes, qu’elles rejoignent sur scène en tant qu’accompagnatrices. Le 10 novembre à Paris !  

    (Photos de JeanMichel Iacono)

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    Elles rentrent au plus vite pour assurer courant décembre quelques dates. Le dernier concert aura lieu dans la salle locale de Grass Valley où elles habitent, le 19 décembre 2025. Leur séparation a été annoncée le 15.

             Mais Two Runner continue sa route. Paige accompagnée par un groupe. Un disque est en préparation.

             La roue tourne, la vie continue, nous serons au rendez-vous.

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    Damie Chad.

     

     

    *

              Grande est mon ignorance, jusqu’à ce que je lise son nom j’ignorais jusqu’à l’existence d’Alela Diane. J’avais donc l’idée de me renseigner et de chroniquer un de ses albums.  Voire plus si affinité. Sans doute le ferais-je plus tard. Goethe nous a prévenus les affinités sont électives. Or lisant sa maigre fiche wikipedia, deux mots français me sautent aux yeux, Alela Diane a été accompagnée sur scène par la chanteuse Mariee Sioux. Encore une fois je ne connaissais pas, mais le mot sioux a déboulé avec la force de ces hommes rouges qui ont annihilé Custer et son régiment. Bref quelqu’un qui s’appelle Sioux mérite d’instinct mon respect.

                      Immediao je pars sur le sentier de la guerre. Donc je cherche et je trouve. Une incongruité orthographique, parfois elle s’appelle Mariee Sioux et parfois Mariee Siou. L’existence disparitionnelle de ce ‘’x’’ me paraît aussi complexe que l’inconnue (introuvable) des équations. Je recherche, je retrouve : Marie et Sioux sont ses deux prénoms. Or ayant effectué quelques recherches sur le nom de son peuple dont elle est partie originaire Mariee apprend que ce nom n’est pas celui de son peuple. Il provient du français. Nos ancêtres ont simplifié en le réduisant à une seule syllabe le mot ‘’sioux’’ : Nadoweissew, désormais moins fatigant à prononcer. Pourquoi ont-ils choisi ce mot ? Parce que Nadoweissew signifie ‘’petit serpent’’ Comme ces tribus n’étaient pas particulièrement enjouées de voir leurs territoires envahis, nos trappeurs nationaux ont trouvé adéquat de les nommer ‘’les serpents’’, animal perfide par excellence, même quand ils sont petits, vous en conviendrez. Bref Mariee a supprimé ce X final qu’elle a considéré comme une marque d’insulte. Nous l’appellerons désormais : Mariie Siu.

             Nous écouterons son troisième album sur lequel nous retrouvons certains morceaux enregistrés sur ses deux premiers opus réalisés à la do it yourself, avec moins de moyens.

    FACES ON THE ROCKS

    MARIEE SIOUX

    (Grass Roots Records Co / 2007)

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    La couve réserve une première surprise. Deux intervenants : Maria Pugnatti : peinture / Jeremiah Conte : insertions dessin. La face 1 du CD  proprement dite ne représente qu’une partie de l’œuvre, il est nécessaire d’en regarder l’intégralité pour mieux en apprécier la force. Que représente-telle ? Un paysage fantomatique peuplé de fantômes. Ceux des indiens d’autrefois. Les arbres présentent d’étranges formes torturées, l’herbe de la prairie est décolorée, les silhouettes des animaux et de la tribu ne sont plus que des ombres blanches. Notons que pour beaucoup de peuples la mort n’est pas symbolisée par la couleur noire mais par le blanc. Le tableau se lit toutefois comme la représentation d’une époque d’innocence et d’harmonie révolue à jamais. Mais il y a cet arbre posé tel un totem bénéfique au centre, déjà pourvu d’un poids de réalité bien plus dense que le rideau de tous les autres, leur alignement semble vouloir dresser une ultime barrière dérisoire,  mais l’arbre tutélaire en ses racines abrite et maintient la mémoire du peuple natif, la transmission, les signes imprescriptibles des mains rouges de sang et blanches de mort, elles n’annoncent peut-être pas le retour, mais la présence indélébile de ce qui persiste, dans les veines vivantes des survivants,  dans les frondaisons bruissantes du dire de la poésie. Dans le coin à gauche la figure de Mariee Siou, elle n’est pas là pour se faire voir, mais en tant que gardienne des dires sacrés destinés à assurer la survie de ceux qui ont disparu et qui resteront, tant que le flot des paroles inspirées ne sera jamais interrompu.

    Le titre de l’album veut-il nous signifier que l’homme rouge est encore présent, que son sang innerve jusqu’aux rochers du paysage américain, ou comme pour nous, génération de rockers subversifs, qui pensons à la couverture de In Rock de Deep Purple, adresse-t-il un pied de nez à la célèbre sculpture géante des quatre présidents sur le Mount Rushmore.

    Maggie McKay : accordéon / Luke Janela : violoncelle / Jonathan Hiscke : basse / Gary Sobonya : mandoline / Gentle Thunder : bufallo drum, flûte indienne, cymbale, bâton de pluie, tambour basse / Mariee Siou : lyrics, guitare, chant.

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     Wizzard Flurry home : une belle mélodie, une belle voix, une douce ballade toute douce et en même temps virevoltante, des flocons de neige que l’on invite à rentrer danser dans la maison, elle chante si bien que parfois c’est comme si elle racontait une histoire, on imagine qu’elle parle, l’on pense à une enfant couchée auprès de sa mère dans un lit douillet, cette flûte qui  vrille si peu, cette voix si pure, et brutalement tout change, qui parle, la neige ou la chanteuse, l’on ne sait plus, tout a changé, est-ce une espèce de prière pour que cet instant de grâce dure toujours, l’on pense au Lac de Lamartine, l’on n’en n’est pas si loin, d’ailleurs il apparaît, ne serait-ce pas une espèce de méditation non pas pour que le présent dure éternellement mais pour que la grâce se transforme en glace et fige pour toujours la danse des danseurs qui dansèrent autrefois auprès du lac, la voix se tait, un instant magique qui a aboli le temps et fusionné les temporalités. Nous voici transportés sur l’autre rive du lac. Burried in teeth : vous avez la flûte, vous avez la guitare, vous avez Gentle Thunder qui tapote gentiment, puis Mariee Siou qui chante si bellement, un souvenir d’enfance, que tous connaissent, en France ce sera la première gorgée de café au lait qui passe sous les dents, des souvenirs s’éveillent en doux, Mariee vous entraine en de doux rêves oubliés, vous ne prêtez pas attention aux paroles, vous êtes si bien en vous-même, vous avez raison, car c’est une terrible chanson que nous conte Siou, celle de la vie intimement mêlée à la mort, car tout ce que vous dévorez n’est que de la mort, la chair des animaux, les baies des buissons, depuis des siècles les loups de la mort fantomatiques hantent les prairies, et nous-mêmes connaîtrons le même sort, nous serons dévorés à notre tour, nous serons comme tout ce qui a été vivant,   nous aurons ce regard venu du plus profond, englouti au fond du monde, qui alimente  nos yeux et qui peut-être est déjà en train de nous dévorer. Une véritable réflexion poétique sur la nature qui n’est pas considérée comme une bonne mère protectrice, un doux paysage fleuri, une naïve vision écologique, mais comme un effroyable processus destructif dont nous sommes autant les victimes que les acteurs. Nous sommes très loin de la vision idyllique des peuples indiens chère aux années soixante-dix, pas besoin de retour, le wild est déjà là, plus sauvage que nous le

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    pensons, nous mangeons les morts et les morts nous mangent.  Friendboats : avis aux lecteurs français ce morceau n’a rien à voir avec Les copains d’abord de Brassens.  Idem pour ceux qui se croiraient partis pour une joyeuse excursion en bateau  avec des amis. Ils sont déjà partis. Comment la voix de Mariee peut-elle atteindre une telle douceur, une telle pureté, comment peut-elle chantonner si légèrement, les barques funèbres dodelinent gentiment sur cette guitare obsédante qui les entraîne vers l’autre rive, beaucoup plus rapidement qu’il n’y paraît, il est question d’eau de mort et de feu destructif et libérateur, est-ce pour s’unir avec le peuple des amis disparus ou se retrouver broyé dans le renouvellement, le recyclage de la nature. Le morceau précédent répond à cette question. Wild eyes : un long morceau de plus de neuf minutes, une épopée sans héros, la vie simple de tous les jours, Papa et Maman, les remembrances de l’enfance, les doux trémolos de la flûte qui prend la parole pour raconter ce que l’émotion empêche de dire… Pas de nostalgie, il y a ces yeux sauvages, ceux des êtres chairs et chers, ceux de Mariie au regard de poëte qui voient plus loin que nous, qui possédons pourtant les mêmes yeux sauvages, la fin du poème est aussi forte que les vers les plus hallucinés de Victor Hugo dans Les Contemplations. Les yeux sauvages sont ceux qui regardent la mort. Et le feu destructeur qui nous ronge et nous consume. A tout instant. Le plus terrible dans cette ballade qui court sans fin, c’est que vous n’y trouverez aucun grain de nostalgie. Bravitzlana Rubakalva : Mariee  Siou n’est plus une voyante, elle a sorti sa plus mignonnette voix de petite fille, pour nous conter un véritable conte de fées. Attention, elle s’arrête pour mieux reprendre pas tout à fait de la même manière, une espèce d’imploration, car il n’y a pas de fées dans ce conte, d’ailleurs ce n’est pas un conte, un rêve, le rêve d’un pays de bonheur, de sérénité, il ressemble tant aux villages de toile perdus des nations indiennes, avant l’arrivée des blancs, avec l’immortalité en plus, mais sans doute notre interprétation fait-elle fausse piste, ce pays perdu ne ressemble-t-il pas à un village éternel sur l’autre rive de la mort, dans la vie rien n’est simple, car si la mort existe c’est parce qu’elle est déjà en nous, d’où cette soudaine supplication que nous pourrions la chasser de nos veines, de nos territoires charnels d’êtres vivants, ainsi, sans doute serions-nous immortels. Two

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    tongues : ce morceau est comme la suite du précédent ; une guitare grave et une  flûte branlante, la voix de Mariee envahie d’une fragilité extrême, parfois le passé revient plus fort que d’habitude, les fantômes des bisons semblent vouloir forcer les portes du réel, les gens à la langue bifide sont venus et ont tué les enfants, au temps des arrières-arrières-arrières grands-parents, la voix de Mariie se charge de tremblements et de colère, elle entre en communion avec son peuple, il est là tout près, dans les herbes, les visages transparaissent dans les rochers, il suffit de sauver une mère et un enfant, les couvrir d’une couverture filée avec les cheveux des morts, la voix de Mariie s’anime, elle devient tempête, à l’impossible chacun est tenu, elle est la bougie qui brille dans l’orbite d’un bison, l’ourse qui veille ses oursons morts. Le texte est d’une magnificence absolue. Bundles : ce morceau est de pure poésie, une avalanche, une tornade, un souffle d’une beauté imparable, des mots simples pour dire, pour essayer de mettre à jour l’étroite différence, cet interstice clos qui sépare et unit la vie et la mort, cette fine brisure dans la chair qu’il suffirait d’ouvrir pour que la mort s’enfuie, pour que tout ce qui est mort renaisse, une prophétie teintée de folie et de profonde sagesse, un tourbillon qui nous emmène au plus près des mystères de la seule frontière qui nous sépare de nous-même. Un Bob Dylan n’a jamais atteint à une telle incandescence. Le texte culmine en une dimension rarement frôlée par les plus grands, je pense à certains poèmes de Keats. Flowers and blood : le dernier morceau psalmodié selon un mode  davantage vital, elle a une  de ces façons d’appuyer sur le pronom ‘’I’’ qui commence ses phrases, moment d’exultation et de joie, tous les possibles sont ouverts, elle a trouvé ‘’ son jumeau’’, ouverture d’un nouveau cycle, comme par hasard revient le thème de la manducation du premier morceau, vous avez les fleurs, nouvelles certes, qui embaument un des moments du présent,  mais vous avez aussi, l’autre jumeau, le sang qui sourd dans les veines de la chair et du monde. Et de la mort. Le jumeau fantôme de soi-même.

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             Je croyais avoir trouvé un album et une chanteuse.

             Je suis trompé, j’ai découvert un poëte à part entière et un chef- d’œuvre.

    Damie Chad.

     

    *

    REFLEXIONS SUR LE META-METAL (1)

    1 / Introduction

     A l’origine le metal est une surenchère sonore, cinétique, visuelle. Plus vite, plus fort et côté scène davantage tape l’œil. Les petites historiettes humaines, amours, vengeances, serial killers ont commencé très vite à faire piètre figure devant les boursouflures sonores. L’apocalypse phonique a exigé des personnages un peu plus redoutables, ont été enrôlés toute une armée de démons, bientôt emmenés par Satan lui-même, et comme l’on ne doit pas mégoter sur le casting quelques anges ont été recyclés dans les scénarios, pour finir Dieu en personne a été embauché. N’est-il pas l’ennemi personnel du Diable, de surcroît premier responsable de notre triste vie.

    Cela n’a pas suffi. Les Dieux de l’Olympe et ceux des légendes nordiques – Wagner n’est-il pas le premier metalleux du monde – ont été convoqués, passons sur les héros tout heureux d’effectuer quelques exploits supplémentaires. Difficile de faire mieux : non, il reste encore quelques puissances élémentales, terre-eau-air-feu. Des concepts difficiles à manier. La solution la plus facile souvent adoptée a été de les représenter par leurs divinités effigiques : exemple : Zeus pour la puissance destructive du feu, Poseidon pour la mer maléfique… et vogue la galère, tant que les Dieux sont à leur place, tout est pour le mieux dans le meilleur du monde metal.

    Oui, mais il existe aussi un méta-metal, méta au sens aristotélicien du terme, certains groupes ont décidé de traiter non d’un seul des quatre éléments primordiaux, mais de l’ensemble du cycle perpétuel terre-eau-air-feu, que l’on peut résumer par le concept d’ouroboros, davantage connu sous la dénomination nietzschéenne d’Eternel Retour.

    Ce faisant le metal entre dans une méditation philosophique et métaphysique évidente. Penson à ces groupes comme Thumos qui n’hésitent pas à aborder des dialogues de Platon… Le lecteur attentif n’aura pas manqué de remarquer notre allusion à Aristote. Or cet empêcheur de penser en rond d’Aristote n’a-t-il pas eu l’outrecuidance d’ajouter, sans le dire expressément, un cinquième élément à la liste des quatre premiers précités. L’Ether ! nous notons qu’il ne se lance pas dans une description très exhaustive de ce nouveau venu se contentant de le qualifier comme un feu encore plus subtil que le feu.

    Le problème n’est pas de savoir ce qu’est au juste l’Ether, mais pourquoi Aristote a-t-il éprouvé la nécessité de ce cinquième élément. Peut-être cette question ne vous réveille-t-elle pas la nuit. Elle est pourtant au cœur de la réflexion scientifique contemporaine. Pourquoi pensez-vous qu’Einstein se soit vu obligé de penser la lumière pourvue d’une double nature constituée d’une onde et en même temps comme une succession de petites particules corpusculaires, les photons. 

    2 / Nécessité aristotélicienne de concept d’Ether

              Aristote part du principe que tout est mouvement. Quand vous ne bougez pas, votre corps n’en continue pas moins de vieillir. Or tout mouvement est mis en mouvement par un autre mouvement. Or si tout est mouvement rien n’est mouvement. D’où pour Aristote cette idée d’un premier moteur immobile, dont l’immobilité est la condition sine qua non du mouvement. Raisonnement imparable qui consiste à dire que si mouvement il y a, obligatoirement vous trouverez par le simple fait de son existence mouvementée qu’il a été suscité par une immobilité première.

             Une logique infaillible. Or le cycle élémental terre-eau-air-feu de par le fait de son retour éternel est donc un mouvement qui n’a nul besoin d’une immobilité première pour démarrer puisqu’il est éternel. D’où la nécessité de rajouter un cinquième élément qui soit la cause immobile de ce départ. Ce qui conduit au cycle : éther-terre-eau-air-feu. Lorsque le cercle se termine, l’éther succède une nouvelle fois au feu. Donc voici un cycle qui connaît un nouveau départ immobile. Or un cycle éternel qui s’arrête n’est plus éternel… D’où la nécessité d’entrevoir l’Ether comme la condition éternelle du cycle terre-eau-air-feu c’est-à-dire comme un élément éternel constitutif de la facticité du cycle terre-eau-air-feu. En d’autres termes l’Ether est l’élément immobile dans lequel le cycle élémental se soumet à son propre mouvement. Or qu’avons-nous si ce n’est ce que nous dit Einstein. Le cycle aristotélicien est en même temps : mise en mouvement de quatre corpuscules élémentaires terre, eau, air, feu et une espèce d’enveloppe immobile dans lequel les quatre éléments se livrent à une course folle.

             Plus simplement : les choses se meuvent dans le vide. Pour Einstein ce vide est parcouru par la lumière. Pour Aristote ce vide est un élément à part entière qu’il nomme éther.

    3 / De la notion d’Ether

             Avec la lumière qui  est en même temps onde et corpuscules Einstein s’est débarrassé de la notion d’Ether qui l’empêchait de trouver un agent unificateur nécessaire à sa théorie. Or pour que les calculs d’Einstein entrent en conformité avec les nouvelles observations et les expériences actuelles de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, les physiciens d’aujourd’hui sont obligés de poser l’hypothétique présence d’une matière noire et même d’une énergie noire qui échappent à toute observation. Certains y voient le cinquième élément aristotélicien : l’Ether.

             Les réflexions sur l’Ether ont suscité au cours des siècles de nombreuses théories. L’Ether ne serait-il pas une antique et maladroite dénomination de ce que Newton a nommé la gravité.  L’étude de la gravité est au départ de la théorie de la relativité… 

    Certains considèrent l’Ether comme un fluide ou une onde dont l’existence permettrait de se déplacer au-travers de tout l’univers.

    L’Ether considéré ainsi s’est vu renommé Astral. Comme nous sommes nous-mêmes traversés par l’Astral, si nous parvenons à nous brancher à l’Astral nous pourrons voyager dans tout l’univers…

    Evidemment certains groupes metal se sont lancés dans l’exploration de l’Astral… Une espèce de cinquième dimension…

    En voici un exemple.

    CURSEBOUND

    ASTRAL RUINS

    (Bandcamp/ Janvier 2026)

    Le groupe semble chercher l’anonymat. La seule chose que nous connaissons d’eux : viennent de Vienne. En Autriche. Rien d’autre. Même pas le nom de ses membres. La couve n’est guère parlante. Elle est même difficile à interpréter. Que sont ces traits verticaux qui tombent d’on ne sait où, qui semblent se diriger tout droit vers une présente fantomatique toute blanche, discerne-ton vraiment une espèce d’immense monument juché au-dessus d’une espèce de pic rocheux… si par souci d’une plus grande identification vos yeux s’attardent trop longtemps vous aurez l’impression de découvrir les silhouettes de quelques personnages indistincts, de fortes chances pour que ce ne soit qu’un phénomène facétieux de votre cerveau trop imaginatif.

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    Cursebound : l’effet d’une chute dans le noir, une batterie qui broie du noir, des guitares qui chantent, et une voix aussi difficile à déchiffrer qu’une inscription hiéroglyphique, ce qui est sûr c’est que vous êtes emporté par ce flot inconnu que rien ne semble pouvoir arrêter, rupture rythmique et accentuation phonique le hachis battérial se transforme en roulements démentiels, l’idée d’une pluie monstrueuse se transforme en  cascades moussante lorsqu’elles dégringolent le long d’abruptes déclivités de toitures mansardées… quand le morceau s’arrête vous n’avez rien compris à cette course vagabonde d’une malédiction immémoriale qui tombe drue sur vous. The heavenly kingdom in flames ! : premier constat, ce ne sont pas des morceaux séparés, plutôt une espèce d’oratorio diluvien emportant tout sur son passage, le vocal s’humanise, l’effet de la souffrance, nous avions traversé des nappes d’eau, le titre nous détrompe, nous voici dans un océan de flammes, pourquoi tant de cruauté, nulle part il n’est écrit que le paradis perdu a été détruit par les flammes, où sommes-nous donc… Keys to astral dimensions : grondement de basse comme pluie de cendre s’abattant mollement recouvrant d’un silence mystérieux ce qui déjà n’est plus qu’un souvenir, qu’un fantôme engoncé dans un suaire gris. Nous étions donc ailleurs, quelque part en un royaume appartenant au domaine interdit de la sphère astrale. Mysteries of the Aether : changement d’état, vitesse effroyable, nous nous éloignons à toute vitesse, le vocal vitupère comme si le pilote nous entraînait dans une zone de vaste turbulence, la vitesse n’est pas due à une longue distance,  au contraire nous n’allons pas bien loin, tout près, au cœur de la chose astrale en sa dimension essentielle et absolue, est-ce pour cela que les guitares déraillent et que dévalons une pente vertigineuse qui nous mène au noyau de la chose elle-même, batterie turbo, aurions-nous déjà connu une sensation semblable insupportable et ravissante, une espèce d’acmé temporelle qui maintenant nous tient en suspend dans une matière d’une densité extraordinaire. Blood offer : sifflements comme un cimeterre d’archange qui nous lacérerait le cœur, quel est donc le sens de notre sang donné en offrande, serait-ce une étrange transsubstantiation qui nous permettrait d’atteindre l’inatteignable, vocal totalement indistinct comme passant par un voicoder  cosmique pour venir ricocher sur notre cœur, tout s’éloigne jusqu’au son qui commence à devenir humain puisqu’il permet à nos pensées d’accéder à une célérité insensée, nous ne comprenons rien mais nous savons tout, nous sommes notre propre mystère puisque notre sacrifice nous a ouvert des zones de pensée totalement différentes, d’une nature qui nous était jusqu’à lors inconnue.  Cast in aethereal silence : glissade insensées, nous atteignons une vitesse inimaginable, allons-nous plus vite que la lumière ou alors ne serait-ce pas plutôt que nous pulvérisons notre propre cécité, folie démentielle, nous ne savons plus, nous ne savons plus rien, nous sommes désormais tissé d’une autre matière, nous n’appartenons plus à notre ancienne implantation sensorielle, ce n’est pas ce monde qui va trop vite c’est notre pensée qui va plus vite que lui, d’ailleurs le rythme rétrograde, preuve que nous avons atteint un état de conscience supérieur, serions-nous devenus des Dieux nous mouvant sur le théâtre d’un monde déserté empli de l’insistante rumeur de notre seule présence, serions-nous devenus pour nous-mêmes des monstres. The ruins below : en bas tout en bas, là où notre regard plonge tel un aigle qui fond sur sa proie, nous arpentons en piqué les voûtes stellaires nécessaires à l’épanouissement de notre grandeur. Nous ne tombons point nous sommes en suspension en nous-mêmes, nous volons en nous-mêmes, comme les condors qui ne remuent pas une plume et qui se laissent porter par le vent, ainsi naviguons-nous au pinacle de l’altitude vertigineuse jamais atteinte par ceux dont les cadavres gisent tout en bas sous les pierres géantes des palais écroulés de ce royaume que nous nous avons abandonné, pour monter  encore plus haut dans les particules éthéréennes que chacun transporte en lui… le bruit s’estompe, jusqu’au silence qui enfin se tait…

             Splendide. Un objet de rêverie intégral. Un phénoménal tremplin vers le rêve de soi-même. Ouvert à tous. Que la plupart s’interdiront. Du haut de leur suffisance située à la même altitude que leur insuffisance.

             Un fait révélateur, peu de mots sont associés à ce groupe : ambient, black metal, underground. Ce dernier mot me fait rire : underground alors que c’est aussi épuré et puissant qu’une fugue de Bach !

             Goin’ Bach metal home !

             Evidemment !

     REFLEXIONS SUR LE META-METAL (2)

    4 / Du kaos

    J’aime bien aller jusqu’au fond des choses. Cela se prête à nos élucubrations. Lorsque l’on parle d’une chose il est bon de parler de son origine. Notons que l’origine d’une chose ne fait pas partie de la chose. Pas besoin de se prendre la tête, l’origine de tout concept mythologique est identique à toutes les différentes conceptualisations dont elle est tissée. Toutefois chacune d’elles en est plus ou moins éloignée. C’est comme pour les hommes, vous avez la descendance directe et les nombreuses filiations entrecroisées qui en découlent…

    Traduire Kaos par désordre (voire par amas de rochers plus ou moins bien empilés) n’est qu’une traduction de deuxième ordre. Les termes de notre langue qui correspondraient les mieux seraient : vide ou fente. Une fente d’où jailliraient une terrible énergie qui perdrait peu à peu se force et prendrait petit à petit la concrète forme des Eléments et des Dieux. Cette énergie aux moments de sa plus grande puissance est symbolisée par la couleur noire. N’oubliez pas que nous parlons de Black Metal, ainsi Kaos engendre l’Erèbe (le noir le plus noir) et Nyx (la nuit) qui vont donner naissance à l’Ether. Notons que Terre-eau-air-feu ne sont pas encore né. L’Ether serait la partie la plus subtile du feu, située au haut de la voûte céleste. Symboliquement lui est attribué la couleur blanche. Qui équivaut à la transparence du jour, autrement dit la lumière. Faite le rapport avec Einstein et ses réflexions basées sur la lumière.

    Si nous évoquons le kaos en lui donnant la signification de vide, reste à comprendre pourquoi ce vide engendrerait la ribambelle de Dieux qui naissent ainsi du néant. Certains objecteront que par rapport au néant le vide est encore quelque chose. Que le vide serait en quelque sorte l’enveloppe du néant. Donc que le néant ne serait pas absolu. C’est encore Aristote qui nous aide à comprendre cette contradiction, que le vide ne serait pas autre chose que son fameux moteur immobile qui par son immobilité engendrerait le mouvement.

    Subtile cohésion de la pensée aristotélicienne ! Pensée de la logique conceptuelle. Nous avons longuement expliqué dans notre première partie comment pour penser la totalité du monde sous forme des quatre éléments : terre-eau-air-feu Aristote s’est vu obligé de théoriser l’existence d’un cinquième élément différent des autres puisque étant comme le contenant de leur propre énergie.

    5 / Origine de l’origine

             Nous avons cité Aristote et Platon. L’un et l’autre tout autant redoutables. Ne partent pas de rien, ne tirent leur pensée ni de leur chapeau ni de leur vaste intelligence. S’appuient sur tous deux, sur toute une réflexion conduite par plusieurs penseurs, sophistes et théoriciens qui les ont précédés. Dont les textes ont été perdus ou brûlés par nos doucereux frères très chrétiens.

             La deuxième provenance de leurs connaissances remonte à la mythologie. Qui fut jusqu’à sa proscription non pas un dogme intangible mais une véritable œuvre en progrès sans cesse remodelée et réinterprétée et pas du tout unifiée au cours des générations. Celle-ci est à considérer non comme une religion mais comme une œuvre de conceptualisation incessante, se servant de symboles grossiers accessibles à toutes les intelligences. Mythologie et Philosophie se sont mutuellement influencées et soutenues. L’esprit grec est un savant mélange entre les plus hautes conceptualisations et les représentations au plus près de la concrétude des choses.

    6 / Chronique du Metal

             Souvent l’homme agit en utilisant des objets, des idées, qui sont à sa portée, dans ses possibilités d’usage pour les premiers, plus ou moins en désordre dans son cerveau. Dans son Sophiste Platon nous explique cela. En plus il rajoute la manière dont ces deux matériaux de base, matière et pensée se coordonnent sans que nous en ayons conscience. La plupart du temps nous effectuons le but que nous nous sommes proposé sans nous poser quelque question quant à l’origine de ce que nous sommes en train de faire,  même notre tâche achevée nous ne nous posons point davantage de questions quant à sa ou ses lointaines provenances.

             Rendre compte d’une œuvre nous parlons ici explicitement de peintures (photos, images, tableaux) et d’enregistrements (concerts ou tous vecteurs utilisés) nécessite de décrire ce que l’on voit, ce que l’on entend.  Nous y ajoutons notre grain de sel, ce que nous comprenons, ce qui pour beaucoup correspond à leurs goûts et à leurs dégoûts. Les enfants disent j’aime ou j’aime pas. Souvent les grands utilisent la même échelle de valeurs qui dans la plupart des cas, quand on y pense un tantinet, n’a d’intérêt que pour celui qui l’énonce.

              Tout acte de création repose sur un entrelacs de données et de motivations dont nous sommes plus ou moins conscients. Le chroniqueur se doit selon nous, au-delà de toute description, faire saillir les filaments conceptuels, culturels et historiaux qui le rattachent à une réalité bien plus vaste que lui, pratiquement invisible, dont il est en parti issu même s’il en paraît totalement détaché, car la volition d’une chose ne dépend pas de la chose elle-même.

    Damie Chad.

     

     

     

     

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    22 / 01 / 2026

     

     

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    The One-offs

     - Dylan en dit long

     

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    Glanouille était un copain de lycée, sans doute le plus attachant. Nous avions un joli point commun : une haine profonde pour ce lycée technique et son conformisme latent. Nous étions tous les deux des victimes de l’autoritarisme paternel : les vieux avaient ignoré nos cris de protestation et nous avaient inscrits «de force» dans ce lycée pourri, pour «notre bien», car à cette époque, il fallait, disaient-ils, «un métier». On était baisés. En beauté. Les fugues n’ont servi à rien.

    Glanouille mesurait bien 1,80 m. Sans doute avait-il grandi trop vite, car son pantalon était trop court. Il semblait d’ailleurs ne posséder qu’un seul pantalon, d’un vert d’eau clair un peu trop lavé et qui flottait au-dessus de mocassins en cuir bordeaux. Il portait hiver comme été un long manteau bleu marine, et un shetland à torsades, comme nous en portions tous à cette époque. Il avait une façon de se tenir un peu gauche, comme s’il se sentait mal à l’aise dans sa longue carcasse. Il se coiffait comme les early Small Faces, avec une petite coupe en cloche et des accroche-cœurs sur les tempes. Il parlait d’une voix beaucoup trop grave pour son âge.

    Il passait l’année scolaire en internat. Si on lui posait la question, il répondait que son vieux était marin-pêcheur à Trouville. À cette époque, il existait encore un quartier de marins-pêcheurs à Trouville et quand l’occasion se présenta d’aller y faire un tour, nous fûmes frappés par l’état déplorable du taudis dans lequel Glanouille avait grandi. Il était donc issu d’un milieu d’une extrême pauvreté. C’était un miracle que son père ait pu lui acheter un pantalon un peu «à la mode» et financer les trois années de lycée technique. Glanouille avait en outre assez de grandeur d’âme pour sauver les apparences et ne pas se plaindre de sa condition. Ado, il était déjà devenu extraordinairement stoïque.

    On papotait de tout et de rien, des petites gonzesses qu’il n’avait pas les moyens de draguer parce qu’il ne pouvait pas payer des verres, des discothèques sur la côte qu’il n’avait pas les moyens de fréquenter, des fringues à la mode qu’il n’avait pas les moyens de s’offrir, et des disques qu’il n’avait pas non plus les moyens de s’offrir. Il ne possédait qu’un seul disque, un EP de Bob Dylan, «Like A Rolling Stone», parce que, disait-il, l’orgue lui «foutait des frissons.» Sa pauvreté lui interdisait tout, à un âge où les besoins sont considérables. Au lycée, il travaillait assez pour pouvoir se maintenir au- dessus de la moyenne, car il ne voulait pas finir comme son père sur une mauvaise barcasse à ramasser des casiers et à ramer comme un galérien. Mais il ne se faisait aucune illusion sur les métiers auxquels nous destinait le fucking lycée technique. Il n’avait pas trop le choix, c’était le dessin industriel ou la barcasse dans la tempête. La fadeur de cette alternative alimentait un stoïcisme à toute épreuve.

    On en arriva au stade où on se souhaitait les annives. Avec les moyens du bord, bien sûr. On devait être en salle d’étude ou au réfectoire, le souvenir du lieu où ça s’est passé s’est effacé, mais je revois encore le paquet qu’il sortit de son sac de sport :

    — Tiens ma couille, c’est ton cadeau d’annive.

    Vu la forme, ça ne pouvait être qu’un 45 tours. Il l’avait enveloppé dans une page de Ouest France. C’était l’EP brun de Bob Dylan, «Like A Rolling Stone», déjà bien écorné.

    — Mais Glanouille, c’est le tien !

    — C’est pour toi ! Fais-moi pas chier !

    Lorsque nous avons déménagé en 1969 et quitté Caen, on s’est perdu de vue avec Glanouille. Mais pendant les années qui ont suivi ce départ, il était là chaque jour, car «Like A Rolling Stone» tournait sur le crin-crin. L’ambition était d’apprendre à le jouer et de savoir les paroles par cœur, en mémoire de Glanouille. Ce fut l’occasion de découvrir ce très beau balancement d’accords que gratte Bob en intro, Ré mineur 7e et Fa majeur 7e et qui, d’une certaine façon, symbolise la classe, et pas seulement celle de Bob Dylan, mais surtout celle de cette grande saucisse de Glanouille. Il est resté un modèle de réserve et d’élégance naturelle, associé à l’un des plus grands hits de tous les temps.

    Signé : Cazengler, Bob Divan

    Bob Dylan. Like A Rolling Stone/Gates Of Eden. CBS 1965

     

    L’avenir du rock

    - Lips electronic (Part Three)

             Quand on le soumet au questionnaire de Proust, à la question de la couleur préférée, l’avenir du rock répond invariablement le Black. Il raffole du Black. Le Black claque si bien à l’oreille. Black clac ! Le Black est partout. Black is Beautiful. Dans les bons jours, il avouera qu’il se laisse volontiers aller à rêver d’une République du rock dont l’hymne serait «Black Is Black», ou peut-être mieux encore, «Paint In Black», à cause du sitar de Brian Jones. Ah comme il frémit à l’écoute d’I see a red door and I want to paint it black ! Le choix du drapeau ? Black, forcément ! Le Black flag des anars et des pirates ! Puis il faudrait bien sûr constituer un gouvernement comme le fit en son temps Screamin’ Lord Sutch, alors pas de problème, ça pourrait aller vite : Frank Black en charge du ministère de la Justice avec «Men In Black» - In the cool, cool night/ And in the middle of the day - Et pourquoi pas Amy Whinehouse en charge du ministère de l’Immigration avec «Back In Black». Black Sabbath serait bien entendu en charge du ministère des Cultes et de la Laïcité, les Black Crowes en charge du ministère de la Diversité Écologique, Black Rebel Motorcycle Club en charge du ministère des Deux Roues, Black Flag en charge d’un ministère de la Flibuste, qu’il faudrait d’ailleurs penser à créer pour renflouer les caisses de l’État, et puis tiens, pourquoi pas Blackfoot en charge du ministère des Rapatriés d’Algérie, enfin de ce qu’il en reste. On pourrait aussi aller repêcher Black Grape pour rétablir la balance commerciale du secteur vinicole, repêcher aussi Cilla Black pour chanter l’hymne national à la télé. Après avoir brièvement hésité, l’avenir du rock propose Black Merda pour sortir le pays de la merda, puis Leee Black Childers pour redorer le blason des Affaires Étrangères. Tiens et pourquoi pas les funksters de Black Heat pour prendre en charge le nucléaire ? Et puis tant qu’on y est, Bill Black serait parfait au ministère des Anciens Combattants. Pour peaufiner, l’avenir du rock nommerait quelques secrétaires d’état, du style Dirtbombs au ministère de l’Ultraglide In Black, et Luke la Main Froide au Black Box Recorder, deux services qu’il faudrait créer et qui ne serviront à rien, comme tous les secrétariats d’état. L’avenir du rock imite les tenants du titre, il place ses amis aux frais du contribuable. Pour couronner le tout, il se peindrait les lèvres en noir pour sa première allocution télévisée, en l’honneur des Black Lips, bien sûr.

     

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             Paru en 2022, Apocalypse Love et n’est pas forcément apocalytique. Autrement dit, ce n’est pas l’album du siècle. Mais c’est un album des Black Lips et tous les ceusses qui les suivent depuis vingt ans continueront de les suivre, billet de vingt après billet de vingt, bon an mal an, cahin-caha. Oh, c’est sûr, ils suivront comme des chiens perdus mais fidèles, ouaf ouaf, ou plutôt comme une troupe de mendiants en guenilles claudiquant péniblement derrière un vieux mythe usé qui, tel un messie, leur promet tous les deux ans une vie meilleure. Les mendiants en guenilles sont à l’image des mythes usés, ils sont éternels. Rien ne peut les empêcher de tourner en rond, puisque la terre est ronde.

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             Apocalypse Love est rond, lui aussi, mais n’a pas grand-chose dans la culotte. Juste deux petites merveilles, histoire d’affirmer sa masculinité : le «No Rave» d’ouverture de balda et en ouverture de bal de B, «Crying On A Plane». Avec leur No Rave, ils plongent dans un bain de groove liquide. On est un peu troublé par la photo du groupe, à l’intérieur, car ils ressemblent aux Cramps, avec du cuit noir et du dirty sex, on admire surtout Zumi Rosow dont les seins pendouillent joliment derrière un haut en cuir minimal qui ne sert que de prétexte. Les Black Lips jouent leur No Rave à la belle dégueulade de No Rave. C’est exactement le son qu’on rêve d’entendre quand on est ado. Les Blacks Lips jouent aux arraches de vol à la tire. Ils ont réussi à transplanter le gaga dans un mix de dégueulade et de sexe. Ils attaquent «Crying On A Plane» en mode heavy blues, comme si soudain ils n’avaient plus d’idées. Mais ça donne un mélange étonnant de Beatles et de T. Rex, donc une merveille tentaculaire. C’est un peu comme si ces petits mecs d’Atlanta réinventaient l’Angleterre. Rien qu’avec ce cut, tu cries au loup. Ils proposent tout simplement le glam de Bolan revu et corrigé.

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             Le reste de l’album n’est hélas pas du même niveau, même si la pernicieuse Americana de «Stolen Valor» accroche bien - I’m looking for forgiveness - ça reste du très haut niveau, ce qu’on appelle dans le Vaucluse de l’inespérette d’Espolette. Avec «Lost Angel», ils plongent dans le dark du Black, c’est très glauque, mais tu les suivrais jusqu’en enfer, tellement ils sont gluants. Ils passent d’un genre à l’autre sans crier gare et les voilà dans un heavy balladif gaga pour le morceau titre, ils singent les Reigning Sound. On reconnaît bien le style de Cole Alexander, bien heavy, lourdement chargé de son. Ils reviennent à leur autre mamelle qui est la vieille pop pimpante avec «Operation Angela», tu suis sans te poser de questions. Mais la fin de l’album sent la panne d’inspiration. Ils survolent les dunes avec «Among The Dunes», ils font du pas-plus-que-ça avec «Antaris Toxiaria», ils twistent dans les guiboles, mais rien de plus. C’est dur de les voir caler après tant de bons albums.    

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             Dans Shindig!, Camilla Aisa se fend d’une petite rétrospective des Black Lips. Excellente initiative ! Ça permet de réviser les connaissances. Ils ont en effet vingt ans de carrière. Ah comme le temps passe vite ! Les Black Lips furent, on s’en souvient, des jeunes prodiges. Au commencement, il y avait non pas le verbe, mais Jared Swilley et Cole Alexander. Ils ont 13 ans et commencent par monter The Renegades. Jared sombre dans la petite délinquance. On l’envoie bosser 6 mois dans une ferme du Montana. En gros, c’est le rock qui va lui sauver la vie. Jared : «It saved my life. A lot of the guys I ran with at the time ended up either in jail or going to Iraq.» Dans les histoires des groupes, la prédisposition à la délinquance est fondamentale. Sans délinquance, pas de Pistols. Sans délinquance, pas de Black Lips. Jared a le diable au corps. Ça s’entend dans le son des Black Lips. Et ça se voit quand ils sont sur scène. Jared et Cole vivent à Atlanta, une ville qui n’est pas idéale pour les «bad kids that loved boisterous music, skateboarding and destruction.» Il dit en gros que d’être weird en Georgie peut être dangereux. Il cite l’exemple des B-52’s qui démarraient à Athens, Georgie - That was probably straight-up dangerous.

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             Ils écoutent du punk et du hardcore, et puis aussi Iggy & The Stooges. Oh les Stooges ont des singles sur Bomp!. Alors ils chopent le catalogue Bomp!, et découvrent un continent, Pebbles, Back From The Grave, et pouf, ils écrivent à Suzy Shaw qui leur répond. En 2002, les Black Lips enregistrent leur premier single, «Ain’t Coming Back» et l’envoient à tous les labels et le seul qui répond, c’est Greg Shaw, qui leur dit que son fils a dansé sur le single. Par conséquent, il les invite à rejoindre the Bomp! family. Ils vont à Los Angeles et Greg Shaw est le premier à leur payer une gamelle : il les emmène dans un restaurant mexicain se taper des margaritas - We were underage, so that was kind of a big deal. And then he bought us a hotel room... We might as well have been the Rolling Stones - Leur premier album sort donc sur Bomp! en 2003. Puis le deuxième, un an plus tard. Ils commencent à se créer une réputation intéressante : les Black Lips ne sont pas des revivalistes. Il ne se réclament que de la sauvagerie - wildness only, their music was both timeless and unmistakably of its time - C’est exactement ça : leur son tient plus de la modernité que du régurgitage. C’est toute la différence avec les Fuzztones. Camilla Aisa y va de sa petite formule pertinente : «Generous doses of Pebbles and Back From The Grave with guitar tones lifted straight from Link Wray, then some Ramones and lessons in attitude from The Germs. Finally, of course, the Stones.» Pour Jared, le garage doit par essence toujours sonner frais - We were just having fun - Jared dit aussi qu’ils n’avaient rien à voir avec les garage-bands, «because we were never in the purest thing.» Ils font leur truc, le flower-punk, «too hippie to be punk and too punk to be hippie.»  Greg Shaw leur demande de ne pas rester coincés à Atlanta et donc, pendant dix ans, les Black Lips vont tourner dans le monde entier. On the road. Ils rencontrent leurs héros, dont Sky Saxon. Puis ils traînent pas mal avec Dead Moon. Ils rencontrent aussi The Mighty Hannibal, grâce à Billy Miller, le boss de Norton. Ils vont même le ramener à Atlanta et l’accompagner sur scène.

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             Pour conclure, Camilla Aisa se fend d’une belle chute : «C’est vrai qu’ils ne sont plus des bad kids. Il s’agissait certainement plus d’un état d’esprit que d’un penchant réel pour la délinquance. Mais ils ont su continuer à faire les cons pendant vingt ans, et en termes de mauvaise conduite, c’est un véritable exploit.» 

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             Alors que tu te désespérais d’avoir perdu les Black Lips, les voilà de retour avec un album fantastique ! Tu vas en prendre plein la vue avec 4 Seasons Of The Peach ! Six coups de génie sur quatorze cuts, qui dit mieux ? Et pouf, voilà «Six Six Six Men» down in the gutter, le Cole Alexander tombe délicieusement bien bas, il se roule dans la farine du gutter, à la bonne franquette de la pire désaille, et ça s’en va percuter de plein fouet l’idée que tu te fais du génie des Black Lips. Ils sont de retour et ça continue avec «Wild One», ils sonnent comme de fantastique popsters de l’extrême, ils écrasent bien leur champignon au fond du cendrier. «So Far Gone» renoue aussi avec les origines, pur gaga-genius, bien traîné dans la boue, t’en reviens pas de tant d’éclat ! C’est articulé au trampoline d’excelsior, trempé dans la boue ancestrale, ça t’emporte la bouche, les Lips ont retrouvé le goût du désastre, avec le killer solo flash étoilé dans le muddy splash-out, on n’avait encore jamais pris un tel splash-out in the face. Ils recréent une nouvelle mythologie avec «Judas Pig». C’est fulgurant, zébré d’éclairs surnaturels, chaque cut est hanté par des screams d’une extrême perversion. Ils replongent dans leur chère décrépitude avec «Until We Meet Again». Ce mec Cole chante comme un dieu décati et ça bascule dans la folie, il éructe dans une clameur digne de celles de Totor et des Beach Boys, c’est enfoncé du clou, ça Black-Lippe à outrance, ça donne une vraie merveille de teen angst et ça dégénère en Totoring extrême. Avec 4 Seasons Of The Peach, t’as le plus gros smash de l’année. Et ça repart en mode trash pop avec «Tippy Tongue» et tu rebascules avec eux dans la friteuse. Ils regagnent la sortie avec de la petite pop pleine de jus («Happy Place» - There is no place to go/ Except my happy place) et «Prick», une pop dégoulinante d’envie d’en découdre à plates coutures. T’es tellement secoué que tu racontes n’importe quoi.

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             Et puis voilà que sort l’album des outtakes de 4 Seasons Of The PeachBebop Armageddon. On retrouve la fantastique traînasse de la savate moderniste avec «Kingdom Come». Ils tapent «Bound For Rodeo» en Beach Boys-mania et tapent un joli slab de country garage avec la démo de «Zulu Saint». Et leur «Back To Kiev» renvoie bien sûr au «Back In The USSR» des Beatles. En B, tu retrouves l’harsh et l’hard beat des Lips sur «Kassandra» (alternate), avec un merveilleux parfum de psychedelia. Les Black Lips sont redevenus le groupe parfait. 

    Signé : Cazengler, Black lope

    Black Lips. Apocalypse Love. Fire Records 2022

    Black Lips. 4 Seasons Of The Peach. Fire Records 2025

    Black Lips. Bebop Armageddon. Fire Reccords 2025

    Camilla Aisa : Callin’ from the fun house. Shindig! # 136 - Febrary 2023

     

     

    L’avenir du rock

     - The (Night) Beats goes on

             Il finit par en avoir marre, l’avenir du rock. Il ne sait plus quoi inventer. Marcher dans le désert, ça va bien cinq minutes. Pour briser la routine, il décide de marcher la nuit. Ça ne change pas grand-chose, le silence est exactement le même. On peut marcher, car sous les milliers d’étoiles, la nuit est claire. Apparaît soudain un erreur couvert de peaux de bêtes et coiffé d’un grand chapeau à plumes. L’avenir du rock le reconnaît : the Night Tripper ! Il agite ses clochettes et lance d’une voix de groover satanique :

             — The Night Time Is The Right Time !

             Et pouf, il disparaît. Un peu plus tard surgit un autre erreur. L’avenir du rock le reconnaît : Neil Young ! Il souffle un coup d’harmo et lance d’une voix de fiotte impénitente :

             — Tonight’s The Night !

             Et pouf il disparaît. L’avenir du rock se pince pour être sûr qu’il ne rêve pas, et soudain, un autre erreur surgit dans la nuit. Oh, Van Morrison ! Il approche de l’avenir du rock et lui grogne dans l’oreille :

             — Here Comes The Night...

             Et pouf, il se volatilise. L’avenir du rock reprend à peine ses esprits quand une autre apparition vient troubler ce qui lui reste de santé mentale. Oh, Frank Sinatra ! Ol’ Blue Eyes lève son chapeau et croone un vieux coup de «Strangers In The Night». À peine a-t-il disparu que surgissent du néant quatre garçons dans le vent qui entonnent joyeusement It’s been a hard day’s night/ And I’ve been working like a dog !, suivis quelques minutes plus tard par les Moody Blues qui balancent leur vieux Nights in white satin/ Never reaching the end/ Letters I’ve written/ Never meaning to send. Ça commence à faire beaucoup pour l’avenir du rock. Il n’est pas au bout de ses surprises, car voilà Patti Smith qui ramène sa vieille fraise avec «Because The Night» et l’avenir du rock dégueule. Il y a deux nights qui le font dégueuler, celui de Patti Smith et le «Saturday Night Fever» des Bee Gees. Berk ! Bon tout ça c’est bien gentil, mais il aurait préféré croiser les Night Beats.  

     

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             Pour seule info, tu sais que c’est bien. Un bon copain te l’a dit. Night Beats est un nom facile à retenir. En plus ça sonne bien. Tu les vois arriver sur la grande scène. Ils ouvrent pour BRMC. Sont trois et un peu paumés. Un batteur sur la droite. Un

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    petit black à la basse sur la gauche. Et au milieu, t’as le cowboy de service avec une belle gratte vintage, comme on dit. Le cowboy va vite t’en boucher un coin, car il joue un rock psyché bien tendu et il joue ça en flux tendu. À la vie à la mort. Toujours à l’assaut du micro. Tu comprends qu’il ne fait pas semblant. Il commence  à bien dégouliner sous son Stetson. Cut après cut, il rafle les suffrages. Il tape un rock très mid-sixties, et passe des gros killer solos de gras double. Sa fuzz est féroce.

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    Il se paye sur la bête. Tu apprendras par la suite que le cowboy s’appelle Danny Lee Blackwell. Il a déjà under the belt un joli paquet d’albums. Tu bois ses paroles et tu goûtes chaque seconde de son fabuleux blues-rock catchy. Il sait puncher un catch. Fantastique énergie. Il gratte aux abois. Une jambe à l’avant, comme s’il allait sauter

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    sur son pied de micro. Le petit black tartine un fantastique groove de bassmatic. Te voilà une fois encore plongé dans les meilleures conditions. Ce fringuant blues-rock psychédélique te renvoie à des trucs du genre Jamul ou encore Randy Holden. Tu penses aussi à Mother Superior. Mêmes racines. Blackwell chante d’une belle voix blanche. C’est un groover de choc. Séduit, tu prends la décision d’écouter ses albums.

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             T’en ramasses déjà deux au merch. Un peu cher, mais bon, si ça va dans la poche de Blackwell, ça va. Il est là, sous son chapeau, à l’affût des poignées de main.

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             Son premier album sans titre date de 2011, réédité sur Fuzz Club. C’est la raison pour laquelle il vaut si cher. But my Gawd, quel album ! Blackwell et ses collègues tapent dans un garage sixties à la Morgen, avec un son d’acid freakout. Gratté à la main lourde et sacrément bien balancé, «Ain’t Dumbo» sonne comme une bombe atomique. Au fond du cut, ça grouille d’urgences soniques. «The Other She» se paume un peu dans le désert, mais ça finit en beauté, car le p’tit Blackwell pique une belle crise de freakout. Il reste à la fois fidèle et fiévreux avec «Useless Game», encore un shoot de garage sixties magnifique et tendu. Il attaque sa B avec un joli brasier infectueux, «Hallucinojenny». Il fait bien dérailler ses syllabes. Puis t’as cet «Ain’t A Ghost» cisaillé au cœur de la mêlée. Son riff somme comme un essaim. Tous ses cuts sont captivants et te tiennent la dragée haute. Il soigne encore ses clameurs avec «War Games». Il lance encore un assaut, il tape en plein dans les Electric Prunes et bascule dans une sorte de Mad Psyché. Il termine avec un très beau «Little War In The Midwest» balayé par des vents d’Est. Ah comme il tient bien sa rampe, le p’tit Blackwell sous son chapeau de cowboy. T’as une belle bassline qui traverse la tempête sonique, et il passe des solos acariâtres, acides et amers.

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             Alléché, tu sautes aussitôt sur l’autre ramassé du merch, Who Sold My Generation. Belle pochette. Tu retrouves les mêmes éléments de son, cette disto à la Eden Children et cette belle stature globale. Le p’tit Blackwell connaît toutes les ficelles. On se croirait en 1968, en plein cœur du brasier. Joli coup de stomp avec ce «No Cops» battu sec et net, sans peur et sans reproche. Le p’tit Blackwell a du style. «Sunday Mourning» est un très beau rock psyché qui s’inscrit dans la ligne du parti. Pur jus de 68. Groovy en diable. Il s’ancre résolument dans la fin des sixties. Il en tire tout le suc. En B, il monte son «Last Train To Jordan» sur le riff du «1969» des Stooges. Pas le même esprit, mais le riff est là. Puis il monte «Turn The Lights» sur le riff du «Death Party» du Gun Club. Il finit avec un joli stormer, «Egypt Berry». T’as tout le beat de Night Beats, c’est plein de vigueur. Le p’tit Blackwell collectionne les meilleurs beats.  

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             Si t’en pinces pour la Mad Psychedelia, alors il faut écouter le bien nommé Sonic Bloom.  Tu retrouves sa petite voix de fiotte interstellaire dès «Love Ain’t Strange». Tu suivrais le p’tit Blackwell jusqu’en enfer, il a tout bien pigé. Avec le morceau titre, il vise le psyché du Texas, il fout sa réverb à fond, ça monte bien en puissance. T’as tous les tenants et tous les aboutissants de la Mad Psychedelia. Heureusement, tout n’est pas bon sur cet album. On sent une volonté éhontée de sonner somme le 13th Floor dans «Outta Mind». L’intention est louable, et ça bascule dans la violence. Il attaque «Real Change» aux accords de «Louie Louie». il prend un peu les gens pour des cons, mais ça passe, avec le solo d’alerte rouge. Belle plongée dans le cratère de la Mad Psyché avec «Catch A Ride To Sonic Bloom». Ces mecs savent poser leurs conditions. Et ça repart en mode heavy groove avec «The 7 Poison Wonders». Il s’amuse bien le p’tit Blackwell avec ses lieux communs. Des accords carnivores dévorent «As You Want» vivant. C’est plein d’à-propos, il gratte ses poux sixties dans un délire de réverb. Il s’en va s’écrouler dans le lagon d’argent avec «The Hidden Circle», porté par un bassmatic emblématique. Il amène ensuite «At The Gates» en mode anticipation de type Bullit, ça fonce dans la nuit urbaine, avec un énorme parti-pris de modernité. Et il regagne la sortie en mode hypno avec «The New World». Jamais aucun groupe n’a mis autant de réverb upfront. Ça pleut dans la nuit rouge et le p’tit Blackwell chante du nez sous son chapeau de cowboy. Quel crack ! Ça pulse dans les remugles !

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             C’est l’autre asticot d’Auerbach qui produit Myth Of A Man. Alors tu restes sur tes gardes. Mais t’as tout de suite du son, alors tu assouplis ton jugement. Le p’tit Blackwell sort vite sa p’tite voix de Moody Blue. Et tu vas aller de surprise en surprise. Son «Stand With Me» finit par s’arracher du sol. Il y joue le riff de Layla, ce qui n’est pas forcément la meilleure des références. Et voilà le premier coup de génie : «There She Goes». Il lui donne une allure considérable, et ça explose comme un hit surnaturel, t’as même le refrain tétanique et le killer solo flash cavalé à travers la plaine. Là tu le prends vraiment au sérieux. Quel fiévreux coup de génie ! Il balance une dégelée faramineuse ! Tu peux le ranger à côté de Daniel Romano dans l’étagère. Avec «(Am I Just) Wasting My Time», il s’inscrit dans sa légende naissante. Il faut simplement lui consacrer un peu de temps. Le p’tit Blackwell dispose de l’atout majeur : le potentiel. Sa Beautiful Song colle bien au palais. Il navigue très haut. Il se fâche ensuite avec «Eyes On Me». C’est un vrai jerk sixties avec la fuzz au coin du juke. Encore de l’heavy rantanplan avec «Let Me Guess». Il enfonce son clou dans la paume pop, c’est encore bardé de bardasse, et le riff est tellement connu qu’il en devient presque beau. Puis il part chercher la lumière avec «Too Young To Pray», il y va à coups d’hey hey hey, et il gratte des poux du diable d’une nouvelle Beautiful Song.

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             Le p’tit Blackwell se paye une belle pochette psychédélique pour Outlaw R&B, un Fuzz Club de 2021. T’as donc de la fuzz dès «Revolution». Il y fait du big freakout à la mode texane, il développe une niaque de fuzz extravagante, ça s’évapore dans des flashes de vapeur mauve, il y crache ses poumons. Mais t’as aucune info sur qui fait quoi. Tu le vois vite sombrer dans la démesure avec «New Day», il peut monter comme Bowie au sommet d’un Ararat, il serre bien son son et puis il commence à enfiler les coups de génie comme des perles avec «Thorns» : il va chercher la pulpe du rock psychédélique des sixties, c’est du pur genius vintage, il tape en plein dans l’excellence de la protogénèse et développe un power considérable. Te voilà une fois de plus sidéré. Il est encore plus sixties avec «Never Look Back», il chante à ras la motte comme un serpent à sonnettes. Fuck, il faut suivre ce dingue à la trace, c’est un puissant sorcier fuzz. Il arrive encore avec tout le son de tes rêves dans «Shadow», et toujours cette fuzz dans le corps du texte. Il fout encore le feu avec «Cry». Il sonne comme le Gun Club. Il repart au beat hardu avec «Ticket» et bascule dans l’hypno accidentée du Gun Club. Mais voilà le pot-aux-roses : «Holly Roller» ! C’est du pur Velvet, ce sont les accords de «Waiting For The Man», c’mon now ! Le p’tit Blackwell est un vrai caméléon, une brute de décoffrage, un vrai Gévaudan-le-mille, il gratte du liquide digne de Lou Reed, ça ne pardonne pas. Il a le son, la ferraille et le beat de Waiting, t’es vraiment scié à la base. Il pousse le bouchon dans les orties et fait du génie revivaliste à l’état le plus pur.  

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             Live At Valentine laisse un goût amer. Pas de quoi pavoiser. Le mix du son noie la fuzz. Il faut attendre le bout du balda pour frétiller un petit coup avec «Egypt Berry». C’est excellent, dense, bien pensé, bien foutu, bien senti, bien né, et ça repart ! En B, «Ticket» sonne comme une belle flambée de violence. Il y va le p’tit Blackwell sous son chapeau de desperado. Il nous fait le coup des 13th Floor avec «H-Bomb». C’est exactement l’esprit du son texan. Puis il se tape un joli groove d’extension du domaine de la turlute avec «New World». C’est psyché et bien dans les règles du lard fumant.

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             On retrouve pas mal de cuts des albums précédents sur Levitation Sessions : «H-Bomb» et son ambiance 13th Floor, on attend en vain l’irruption de la cruche électrique, mais le p’tit Blackwell a la même attaque que Rocky. On retrouve aussi l’hypno de «The New World». Retour encore de ce «Sunday Mounning» densément inspiratoire, il pose sa petite voix fruitée à la surface de cet heavy groove psychédélique. Il gratte encore des poux échevelés dans «Never Look Back». Le p’tit Blackwell tient bien sa boutique. On retrouve aussi «Cream Johnny» : même si c’est bien, pas de quoi en faire un fromage. Il embarque son «Ticket» en mode tape dur, il n’a pas froid aux yeux, il sait trépider. Et cette belle aventure Levitative se termine avec la fantastique tension de «No Cops», un cut richement serti de poux psyché. Le p’tit Blackwell parvient toujours à tirer son épingle du jeu, ses intentions sont toujours très pures, quelles que soient les circonstances.

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             On sent une grosse panne d’inspiration sur le p’tit dernier, Rajan. Tu tombes sur un gros pompage : «Thank You», qui sonne exactement comme le «Sunny» de Bobby Hebb. Le p’tit Blackwell ne se casse pas la nénette. Gros pompage encore dans «Blue» : il fait du Santana et bascule dans le Mercury Rev. C’est un mix des deux. On voit bien qu’il a perdu la niaque du premier album. Il cherche l’hit avec «Nightmare», mais il s’y prend mal. Il gratte des accords sixties sur son «Motion Picture». On sent que c’est un chic type, il flirte avec la British Psychedelia. Le voilà arrivé en plein Swinging London. Mais le reste de l’album peine à jouir. On ne sent pas les Night Beats très motivés. Le p’tit Blackwell n’a pas de compos. Il retombe dans Mercury Rev avec «Dusty Jungle» et son petit sucre à la Jonathan Donahue. Il regagne péniblement la sortie avec un «Morocco Blues» très Stonesy dans l’esprit, un chant un brin Maggie’s Farm et de l’écho type «1000 Years From Home». On lui pardonne donc ses carences. 

    Signé : Cazengler, night bi-clown

    Night Beats. Le 106. Rouen (76). 2 décembre 2025

    Night Beats. Night Beats. Trouble In Mind 2011

    Night Beats. Sonic Bloom. The Reverberation Appreciation Society 2013

    Night Beats. Who Sold My Generation. Heavenly 2016

    Night Beats. Myth Of A Man. Heavenly 2019

    Night Beats. Outlaw R&B. Fuzz Club Records 2021

    Night Beats. Levitation Sessions. The Reverberation Appreciation Society 2022

    Night Beats. Live At Valentine. Fuzz Club Records 2022

    Night Beats. Rajan. Suicide Squeeze 2023

     

     

    Wizards & True Stars

    - Smokey on the water

    (Part One)

     

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             En soixante ans de carrière, Smokey Robinson est devenu une institution. L’institution. En anglais, c’est le même mot. The institution. Autrement dit Soul Brother Number One, enfin, l’un des number ones. T’en as plusieurs. Les blacks sont moins cons que les blancs, ils sont capables de partager une number-oinisation. Bien moins cons, mille fois moins cons. Et plus t’écoutes chanter Smokey Robinson, plus tu l’idolâtres.

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             Sacré palmarès : une belle vingtaine d’albums avec les Miracles, dont le premier date de 1960, à l’aube de la Soul, puis, à partir de 1973, un peu moins d’une trentaine d’albums solo sur lesquels on va devoir se pencher, car il s’agit d’une œuvre, et pas n’importe quelle œuvre, une œuvre à l’échelle d’une vie, qu’il faut rapprocher de celle de Bob Dylan.

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             On va l’appeler Smoke. C’est comme ça que l’appellent ses frères de la côte, Berry Gordy et Marvin. Smoke a aussi un beau diminutif pour Marvin : Dad. On trouve tout ça dans un book qu’il faut bien qualifier de magique, Smokey: Inside My Life, l’autobio de Smoke, contre-balancée par ce démon de David Ritz, une autre institution. Chaque fois qu’il co-écrit, Ritz commence par sauver la langue, et là t’as la voix. Ritz sauve la langue pour restituer la voix. Alors c’est Smoke que t’entends, le black kid de Detroit.

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    ( Ce n'est peut-être pas Elaine M Brown, mais en tant qu'activiste du Black Panther Party

    cette Elaine Brown me semble dignede de représenter le fantôme suscité par notre Cat Zengler ! )

    (Damie Chad)

             Le magic book date de 1989. C’est un magic book miraculé. L’ancienne propriétaire a écrit son nom sur la page de garde : Mrs Elaine M. Brown, d’une écriture délicate et tellement féminine. Tu te sens assez fier d’entrer dans les pages jaunies après elle. A-t-elle cassé sa pipe en bois ? C’est la question que tu te poses chaque fois que tu entres dans les pages d’un livre après un ou une ancienne propriétaire. Était-elle une fan de Soul ou plus simplement une amatrice de bios des grands zommes ? Était-elle black ? Était-elle plus simplement amoureuse de Smoke dont on voit les yeux clairs darder sur la jaquette de ce vieux magic book ? Libre à toi d’imaginer tout ce que tu veux. Le décor est planté. Tu peux plonger dans la lecture de ton magic book. 

             Smoke commence par évoquer la dope. Il date ça de 1984 - I started toying with rock cocaine - Avant, il n’en voulait pas. Un pote lui dit de mixer ça avec du pot «and put it at the end of a cigarette - I did it. I smoked it. I liked it. Cool I said, I can handle this.» Et il ajoute, hilare : «It was fun.» Smoke démarre alors sa petite addiction. Il achète ses little rocks et les fume avec du pot - The cats call ‘em primos. Never did use the pipe. Never needed to. Got hooked just the same - À la même époque, Croz et Sly tapent dans la même came, mais avec une pipe : freebase cocaine.

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    Flossie and baby Smoke

             Et très vite, t’es hooké par la voix. Smoke te parle, il te parle à toi. Il t’explique : «Mama had a sharp eye and keen mind. She was a big-boned woman with light skin and a love of music, poetry and book-learning. She schooled herself. Her name was Flossie, and she was a powerful presence in the world.» Il a dit ça à toi, et tu relis encore, «and she was a powerful presence in the world.» Diable, comme c’est bien dit ! Smoke te parle avec sa voix de chanteur. Et il te parle ensuite de son père qu’on surnomme Five : «Five was a player - he liked his women - but when he met Mama, he’d met his match.» Ça sonne comme des paroles de Soul. Traduire ça en français ? Laisse tomber. C’est beaucoup trop beau, beaucoup trop pur. Beaucoup trop black. Tu ne touches pas à ça : «He’s met his match.» C’est comme l’«heart’s beating like a big bass drum» des Stones, ça sonne. En plus, Smoke est un poète, il faut l’entendre parler de Five : «Soon as they arrived, Daddy took center stage, flirting flamboyantly, setting up the house by buying everybody drinks, throwing around money like there was no tomorrow.» Et Smoke extatique d’ajouter : «When he showed up at Mama’s, he was riding in style. His brand new Buick was something to see.» Mais Mama ne tombe pas dans le panneau aussi facilement - She was a tough judge of character and didn’t trust the man. Said he wasn’t her type. Said Five was jive - Five aura du mal à la conquérir, mais il parviendra à ses fins.

             Smoke naît de cette union. Petit, il est dingue des cowboys - I had my hats, my toy guns, my cowboy boots, and soon, thanks to my Uncle Claude, I had me my name - Smokey Joe! - Smoke indique qu’on surnommait parfois les dark-skinned blacks ‘Smokey’ - I still had blond hair and blue eyes and was anything but smokey.

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             Cecil Franklin est l’un de ses copains d’enfance. Un jour il lui dit de venir chez lui pour voir sa sœur jouer du piano. Aretha ! Elle a trois ans et elle chante déjà comme un ange - Aretha’s only three. And with her are her sisters - eight-year old Erma and baby Carolyn - C’est l’avantage d’habiter dans les quartiers blacks de Detroit : ça grouille de superstars en devenir. Chez les Robinson, on écoute de la bonne musique : Sarah Vaughan for breakfast, Nat Cole for lunch, et Billie Holiday et Billy Eckstine dans la journée - The music mama loved best  - big bands, blues belters - was always shimmering - Plus loin, Smoke indique que Sarah Vaughan est son point de départ - Sarah was the foundation - Il est fasciné - Her perfect enunciation, her lavish phrasing - soothing and sensuous. Man, when Sarah sang, I swooned. I emulated her lush licks, her tasty turns, her jazz jumps, her incredible range. I loved the way she cried with her voice, I was awestruck by her subtlety and sensivity. No wonder they called her the Divine One. Sarah did shit that killed me. So it was a woman who shaped my style. But I wondered: Should a cat like me be singing like a chick? I soon had my answer - Eh oui, quand t’écoutes les premiers albums des Miracles, tu crois toujours entendre Claudette chanter, mais non, c’est Smoke.

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             Puis il flashe sur Clyde McPhatter, qui sonne aussi comme une chick. Et bien sûr Nolan Strong & the Diablos - Like Clyde, Nolan was a first tenor driving women wild. How much more motivation dit I need? Add Frankie Lymon and Sam Cooke to the stew, another pair of sweet-and-spicy high-voiced influences - Il rend plus loin hommage à Jackie Wilson - Jackie was a local hero - et il ajoute plus loin : «He was rugged handsome, had processed hair and big flashy eyes. When I saw him that day on our street visiting his cousins, it was like seeing some god.» Et Smoke d’ajouter ça qui est essentiel à notre compréhension du monde black : «See, in my neighbourhood, we idolized the entertainers, the preachers and the pimps. They were the ones with the sharp clothes, the Cadillac cars, the fine women. They had the glory.»

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    Claudette & Smokey Robinson

             Au lycée, Smoke monte les Five Chimes avec Warren Pete Moore, Ronnie White et d’autres cats locaux. Les Five Chimes vont devenir les Miracles. Puis Smoke engage Claudette dont il est amoureux. Il chante lead, avec «Claudette on top, Bobby’s tenor under her, Ronnie’s baritone and, at the bottom, Pete’s bass.» Smoke va rester dans les Miracles jusqu’en 1972. Il ne veut plus faire de tournées. Il aura passé 14 ans «running around - writing, producing, performing.»  

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             Et puis on entre dans le cœur battant du magic book : Berry Gordy qui compose alors des cuts pour Jackie Wilson. Berry s’intéresse au groupe de Smoke qui s’appelle encore les Matadors et lui demande combien de compos il a en stock. Smoke lui répond le plus naturellement du monde : «About a hundred.» Et il ajoute : «Hell, I’d been writing songs since I popped out of Mama’s womb.» Et Berry lui balance le plus chaud des compliments : «I like your voice. I really do. It’s different. There’s no other voice like it out there.» Et boom c’est parti ! Berry et Smoke montent un team qui existe encore aujourd’hui. 

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    Thelma Coleman Gordy

             Smoke le décrit ainsi : «Berry Gordy was street, but he was no jitterbug; he wasn’t fly, wasn’t the kind of cat who strolled with the limp walk - Smoke dit en gros qu’il ne frimait pas et il poursuit - In the past he’d done lots of shit. He’d come out of the same gang era as Jackie Wilson. He’d done his share of fighting, some of it in a ring. He’d paid his dues working the auto plants. He’s opened a jazz record shop that flopped, been married to a lady named Thelma, had three kids, and now was divorced. Had another lady named Raynoma.» C’est ce qu’on appelle du portrait en pied. En 8 lignes, t’as tout le bonhomme. Et comme le groupe de Smoke s’appelle encore les Matadors, Berry lui demande de changer - The Matadors sounds a little jive - Les Matadors tirent un nom au sort : Miracles, et Berry dit : «I like the sound of that. I like the attitude. Yeah, y’all are Miracles.» Et voilà, c’est sa façon de taper en plein dans le mille. Tout Motown vient de ce flair. Le Gordy feel.

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    Gordy + Ramona

             Et pouf, Smoke nous ramène aux origines de Motow, Six employés, à l’origine, Berry, sa deuxième épouse Raynoma, Brian Holland, Janie Bradford et Robert Bateman, great bass singer and later an engineer. Berry emprunte un peu de blé à sa famille et lance Motown avec un premier single de Marv Johnson, a strong, souful, local singer : «Come To Me». Et puis t’as les frangines de Berry, que Smoke aime bien, «Anna would teach me about the real world. Gwen was also my baby, as close as a sister. Louyce was a sweetheart and a strong-minded businesslady to boot. Esther was brillant, she became my manager. Berry’s brothers - George, Robert and Fuller - became my brothers.» Ce qu’il faut comprendre à travers ça, c’est que Smoke est complètement intégré à la famille Gordy, ce qui explique la force de cette relation. Et puis t’as Harvey Fuqua qui ramène un jour un mysterious guy named Marvin Gaye.

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             Premier smah pour Smoke : «Shop Around» - This was the song that established Motown and the Miracles and, along with «Money (That’s What I Want)», sent the company sailing into orbit. We were flying high - Berry nomme Raynoma et Louyce vice-présidentes de Motown. Il met sa mère aux comptes, a powerful world-wise lady - Berry was big on letting people prove themselves, based on skill, not sex or color - Motown est le premier big-time record company dont le boss est black. Et pouf, il achète la baraque sur West Grand Boulevard - a routine, B-flat two storey house, entre un funeral home et une beauty shop - Berry vit à l’étage avec sa femme et son fils Kerry. Le rez de chaussée, c’est le QG de Motown : la cuisine devient the control room, le garage devient le studio, le living room devient le bookkeeping, et le dining room devient les ventes - Berry stuck a funky sign in the front window - Hitsville USA - and we were in business - T’as toute l’énergie et l’aisance de Motown dans cette dernière phrase. Smoke fait swinguer les souvenirs des jours heureux - At the time we were just local kids trying to get over. And, believe me, it wasn’t easy - Alors ils passent leur temps dans la baraque et font des tournois de ping-pong ou d’échecs. Ou de killer poker games - Passive cats couldn’t survive Motown. No one wanted to lose. Berry built himself a company of winners - On sent que c’est du vécu. C’est bien que ce soit Smoke qui nous raconte la vraie histoire. Il dit aussi qu’ils passent plus de temps dans cette baraque que chez eux - The house was part of the magic. The house was our hang-out. It was also our studio and recreation center. It had to be the most energitic spot on the planet - Et Berry insiste bien pour dire qu’il n’a pas les connections, ni les moyens : tout repose sur le talent - That’s why we have to make it on talent and talent alone. If our quality falls, we’ll fall with it.

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             Autour de la grande table de réunion, on trouve le Motown brain trust, c’est-à-dire Berry et ses lieutenants, «Harvey Fuqua, Johnny Bristol, Mickey Stevenson, Brian Holland, Lamont Dozier, Eddie Holland, Clarence Paul - Stevie’s main man - and a little later, the formidable Norman Whitfield.» Et tout se met en route en 1964, avec les mega-hits d’Holland/Dozier/Holland pour les Supremes et les Four Tops. Berry réinvestit les bénéfices dans son label, il rachète deux autres maisons sur West Grand. L’argent coule à flots, mais dès que ça s’enraye, les gens en veulent à Berry - Long as they are having hits and generating cash, Berry was God. But the minute the hits stopped or their money got funny, Berry was Satan - Tout repose sur Berry.

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             Smoke est aussi producteur. Berry le nomme A&R. Alors il prend en charge David Ruffin. Il adore les Tempts qu’il connaît depuis le début quand ils s’appelaient the Primes, et encore avant, the Distants. Et puis il y a le Motown sound - The Motown sound was a miracle. It spoke for - it was born from - a special time and place: Detroit, Michigan, in the sixties. it was the combination of an astonishing range of talents, politics and personalities, people who were naive, happy, hungry for money, looking to be loved and accepted, dying to compete, burning with ambition, blazing with talent - first raw, then refined and finally irresistible. It was black music too damn good - too accessible, too danceable, too romantic, too real - not to be loved by everyone - Motown, comme Stax et Hi, reste un phénomène culturel unique dans l’histoire de la musique américaine.

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             Smoke évoque le drame des Supremes et l’éviction de Florence Ballard. Il l’aime bien, «Florence was beautiful, big-voiced, fun-loving and down to earth.» Puis il explique un peu les choses, rappelant que son petit ami, Tommy Chapman, était le chauffeur de Berry et il a convaincu Flo que Berry allait essayer de la baiser. Alors elle a déraillé. Elle jalousait Diana Ross, et elle s’est mise à picoler, à rater des concerts, et en 1968, Berry l’a virée des Supremes. Puis une petite crise cardiaque en 1976 l’a envoyée dans le trou. Smoke voit aussi ce qui se passe entre son pote Berry et la Ross - Althrough they surely fell in love, theirs was a reliationship rooted in business - Et il ajoute ça qui est déterminant : «Berry managed Diana because Diana was a tremendous talent.» Et ça, qui sonne comme un corollaire : «Diana followed Berry because Berry was a tremendous buisinessman. They were two powerful but practical people, interested, more than anything, in success.» Mais leur relation finira par se détériorer. Diana s’est mariée et elle veut plus d’indépendance - No wonder the cat was uptight - Eh oui, Berry ne veut pas lâcher l’affaire.

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             Et puis voilà que Berry décide de s’exiler à Los Angeles. Motown continue sous les palmiers. On retrouve les mêmes, Marvin, Diana et Berry. Et tous ont encore plus de succès. Le Motown building est sur Sunset Strip. Smoke n’est plus en charge de trouver de nouveaux talents, «I’d become more of a financial administrator.» Il lance cependant les Commodores avec «Machine Gun». Mais l’histoire perd un peu de son sel. Le Motown californien pâlit au soleil. La magie est morte, même si Marvin vient d’enregistrer «Let’s Get It On» - Dad was glowing because his ‘Let’s get It On’ had gone through the roof. It was one one those rare times he seemed happy to be in show business - Smoke surnomme Marvin Dad. C’est l’un des personnages clés du book, avec Berry. Quand Smoke fait sa connaissance, il lui dit que sa façon de marcher avec précaution lui rappelle celle d’un vieil homme - Im calling you Dad - Et Dad parle comme il marche, tout doucement. On l’entend à peine - He whispered in a cool kicked-back manner, hiding, I believe, the intensity inside - Smoke restitue des dialogues géniaux. Dad : «Smoke, I got a plan for my solo career.» Dad had a plan for everything. «See, he said, when I get out there, don’t look for me to be singing no rock’n’roll.»  Smoke lui demande ce qu’il va chanter. Dad : «Standards. Love songs. Slow ballads. Like Sinatra. I’m going to be the black Sinatra.» Et puis Norman Whitfield prend Dad en main pour «I Heard It Though The Grapevine» et «Dad sang the living shit out of it. Next thing we knew Marvin Gaye had the biggest single in Motown history.»

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             Au moment où Holland/Dozier/Holland se fâchent avec Berry, Norman Whitfield et Ashford & Simpson montent en puissance. En 1971, nous dit Smoke, et contre l’avis du département des ventes, Motown sort What’s Going On, «Marvin Gaye’s masterpiece, the greatest album, in my opinion, ever made by anyone.» Pour Smoke, Dad est passé avec cet album de l’ère des producteurs à celle des artistes - he made musical history - Et Berry comprend que certains artistes ont besoin d’être libres de choisir leur voie, comme l’ont fait Dad et Stevie Wonder. Berry a réagi like a gentleman, c’est-à-dire qu’il a accepté sa défaite. 

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             Hommage encore aux Four Tops et à la puissance de Levi Stubbs, mais aussi à Lawrence Payton (who) was the cat who taught us singers modern jazz harmony. Sur HDH, Smoke a un avis très tranché : il en veut à Eddie Holland. Pas de problème avec Lamont et Brian, ils sont les talents du trio. Eddie écrit des lyrics, mais il se fait aider, forgetting to give them credit. I don’t like that. Smoke tente de convaincre Brian Holland de rester chez Motown, et Brian lui répond qu’il a sans doute raison, «and after all, Eddie is my brother.»

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             Smoke évoque aussi son vieux pote guitariste, Marv Taplin - Ever since then - it’s over thirty years now - I’ve never played onstage without him.

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             Smoke se souvient aussi d’un petit échange gratiné entre Otis et Aretha. Otis lui balance : «Hey Ree, I recorded that song you did, ‘Try A Little Tenderness’. The only difference is, my version’s a hit.» Otis éclate de rire, et Aretha le prend mal : «That’s okay, sucker. I’m about to throw down one of your tunes. When I’m through with it, you won’t even recognize the thing.» Ce sera «Respect».

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             Smoke refait un panorama de la Soul sur trois décades : dans les sixties, on qualifiait Motown de «White bread soul», mais pour lui, Levi Stubbs, David Ruffin, Dennis Edwards, Martha Reeves et Tammi Terrell it sure as hell sounded like the real deal to me. Puis il passe aux seventies, et il entend les cats dire que the Golden Age of Soul was dead, parce qu’Otis Redding, Sam & Dave et Wislon Pickett were no more. «But look what happened: Al Green, Teddy Pendergrass, Donny Hathaway, Bill Whiters, Stevie Wonder’s magnificient Songs In The Key Of Life.» Puis c’est la période diskö - Then they called disco dipshit - et Smoke de citer Van McCoy, Hal Davis and especially Harvey Fuqua’s burning barnstormers for Sylvester. Pour Smoke, la fête continue. Et il revient aux sources : «Billie Holiday created her most powerful art - her blackest, most heartrending singing - reshaping the white pop songs of her day.» Et bien sûr Ray Charles dont il salue deux cuts, «Am I Blue?» et «Georgia».

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              Berry traverse des mauvaises passes. Il recadre Smoke qui veut lui aussi son indépendance, mais Berry a l’art de revenir aux fondamentaux : «It’s you and me, Smoke, today, tomorrow and for the rest of the set.» C’est le cœur du book : une histoire d’amitié à toute épreuve. Ça fait rêver, quand on pense à tous les tocards qu’on a pu croiser dans la vie.

             On a bien sûr écouté tout Smoke. T’as 50 albums entre 1960 et 2025, et tout est bien. On replongera dans cet océan de classe black un autre jour. Pour donner un aperçu de cette classe black, penchons-nous sur ses 8 derniers albums.

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             En 1990, Smokey revient en séducteur avec Love Smokey. C’est donc un album de romantica un peu à la mode. Il est même perdu dans la mode pendant tout le balda. Que Dieu aie pitié de son âme. Tu espères encore un peu de Soul de la part d’un pionnier de cet acabit, mais il semble vraiment être tombé dans le panneau de la mode. Avec un peu de patience, tu vas croiser deux bons cuts au bout de la B, «Jasmin» (big good time groove, et c’est là qu’il excelle) et «Easy», où il retrouve le fondu d’Ooo Baby Baby. C’est de la magie.  

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             Sur Intimate, Smok plante le décor dès la première mesure de «Sleepin’ In», même si le son est un peu à la mode. Prod d’époque. Arf. Mais il redevient fabuleux aussitôt «Easy To Love». Il vise l’océanique, l’enchantement, il chante comme un dieu, alors ça aide. Il tape des balladifs de Soul intensément intrusifs. Ce sacré Smoke sait glisser son sucre dans la fente. On croit parfois entendre chanter une femme, tellement il est intimate sur le morceau titre. Avec «I’m The One», il va plus sur la pop, et ça lui va bien, c’est même un hit de big pop de Soul. Il continue de se jeter dans la balance avec «Just Let Me Love You», et ça vaut vraiment le coup d’œil. Le vieux Smoke reste sacrément d’actualité. C’est une merveille, over and over again. Nouvelle Beautiful Song avec «The Bottom Line» qu’il groove à coups d’I love you so much, il vibre tout ce qu’il peut, surtout le love you-ou-ouh. Pure romantica. C’est toute sa vie. Et puis voilà le chef-d’œuvre absolu : «Feelings Flowing», il surfe à la surface du paradis, il chante l’ouate de la Soul. La mélodie s’échappe de sa bouche comme un nuage de vapeur. Ça tremble de beauté, ça grelotte d’intégrité artistique et d’ooh my darling.

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             On entend œuvrer un sacré bassman sur Food For The Spirit. Il s’appelle Andrew Gouche et on l’entend vraiment bien dans «We Are The Warriors» : il tape un groove de bass punk extrêmement offensif. Est-ce un album de gospel ? Pas évident, même si les titres des cuts et le design de la pochette renvoient au gospel. Smoke est tout de blanc vêtu sur un fond de ciel bleu et il démarre avec un «Jesus Told Me To Love You» qui est en fait un coup de charme à l’ancienne. Son «Road To Damascus» est trop à la mode, mais il parvient à groover, alors ça devient sérieux. Tu ne peux pas prendre un mec comme Smoke à la légère. Par contre, l’«He Can Fix Anything» ne passe pas la rampe. L’«I Praise & Worship You Father» sonne comme un gros r’n’b de Motown, avec des chœurs à l’ancienne. Superbe artefact ! Smoke retrouve ses marques et ça finit en mode gospel batch.

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             Paru en 2006, Timeless Love est l’un des albums de Soul les plus parfaits. Neuf coups de génie sur treize cuts. Qui dit mieux ? Le plus mythique de tous étant bien sûr la cover du «Speak Low» de Kurt Weill. Smoke tape dans le mythe avec les violons de Stravinsky - When you speak low - C’est le sommet du lard moderne. Sur «Time After Time», Smoke fait vibrer ses syllabes, il vise l’océanique pur. Il fait encore un groove de round midnite avec «I Can’t Give You Anything But Love (Baby)», et il le pousse à l’extrême, il vibre son happiness et son guess et te donne des frissons. Il t’enlace comme le ferait un anaconda. Il est tellement capable de tout que ça devient fascinant. Il chante «You Go To My Head» comme le ferait Esther Phillips. Il groove le jive dans l’essence même de sa texture. C’est un miracle de feeling. Smoke est devenu au fil du temps le plus beau Soul Brother de sa génération, le plus accompli, il groove avec une finesse extrême, il fait issir les moelles de la Soul. T’as encore l’absolu du groove dans «I’m In The Mood For Love». C’est une sorte d’aboutissement. «Our Love Is Here To Stay» semble tomber du ciel. Il réinvente le groove de Soul, c’est un véritable délire de feeling. Et voilà «Fly Me To The Moon (In Other Words)», chef-d’œuvre de swing black, drivé au slap de jazz et tu vois Smoke exploser de bonheur. Il monte vite au sommet du genre. Et t’as un solo de jazz dément, sans doute Marv Taplin. Smoke tape ensuite le fameux «Night & Day» de Cole Porter. Il capte l’horizon. Il est le Victor Hugo de la Soul, l’esprit parfait, le panoramique, la poésie de l’âme, il s’étend à n’en plus finir. Il bouge à peine dans l’écrasante symbiose de la beauté. Il fixe le firmament. Il descend à peine pour remonter à peine. Avec «I’m Glad There Is You», Smoke te fait danser la Bossa Soul du Paradis. Que peux-tu attendre de plus d’un album de Soul ? 

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             Il sort un deuxième album en 2006, l’excellent Time Flies When You’re Having Fun. Le black dandy pose devant la console de mixage. T’es ravi de le retrouver. Le vieux Smoke est toujours là et d’une certaine façon, ça te réchauffe le cœur. Il a conversé la même voix, il est moins atteint que Cash, il est resté assez pur. Son groove fêlé est balèze. Tu entres dans le lagon d’argent avec «Girlfriend». Il sait encore donner des coups de menton. Il adore surtout son vieux satin jaune, comme le montre «You’re The One For Me». Il s’y glisse avec chaleur. C’est un vieux renard, il sait jouer de ses effets. Il appuie son groove en contretemps, c’est d’un effet ravissant. Il duette avec Carlos Santana sur «Please Don’t Take Your Love». Carlos est un bon pote, on l’entend bien. Il ramène ses couleurs dans le groove d’un Smoke qui devient polyglotte, s’il vous plaît, por favor. On assiste à une superbe coulée de larmes dans «That Place». Smoke enrichit son groove avec des petits filets de voix et ça devient une pure merveille d’orfèvrerie vocale. Il est encore parfait dans son vieux rôle avec «Love Bath», puis il s’en va groover «Watcha Gonna Do» en profondeur, c’est une fabuleuse dérive intrinsèque, le vieux Smoke ré-invente le groove en le liquéfiant. Il reste dans les arcanes avec «Satisfy You». T’as le Smoke de rêve et donc un fantastique album. Il termine avec une Beautiful Song, «You’re Just My Life». Il reste en mode haut de gamme. Il groove sa Soul en toute impunité, une Soul délicieusement maîtrisée, sensible et délicate. Son art est un empire qui s’étend à l’infini.  

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             Et si Smokey & Friends était le meilleur album de Smoke ? Va-t-en savoir. En tous les cas, c’est un Best Of avec des invités prestigieux, et pourtant ça commence mal, car le premier invité n’est autre qu’Elton John. Ça s’arrange avec «You Really Got A Hold On Me» : l’invité s’appelle Steven Tyler. C’est heavy on the beat et ça donne un duo d’enfer. Smoke duette encore sur «My Gilr» avec des inconnus au bataillon, et tout monte d’un cran avec ce coup de génie nommé «Quiet Storm». John Legend se prend pour Marvin. Pur Soul genius ! To my life ! Smoke duette avec Celio Green sur «The Way You Do (The Things You Do)», et avec James Taylor sur «Ain’t That Peculiar». On rentre dans le mythe avec «The Tears Of A Clown» (avec Sheryl Crow), puis «Ooh Baby Bay», avec l’admirable Ledisi. Elle se fond si bien dans la mélasse mythique de Smoke. Notre héros regagne la sortie avec une fantastique cover de «Get Ready». C’est explosif, encore plus explosif que les Tempts. Il faut écouter ça si on ne veut pas mourir idiot.

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             Smoke est stupéfiant de beauté antique que la pochette de Gasms. C’est l’image qu’on se fait d’un prince de l’Antiquité, avec des yeux clairs en amandes et cette peau foncée. Et on retrouve cette voix féminine dès le morceau titre, une voix qu’il fait vibrer à la sortie de chaque virage. Il fait encore de l’art pur avec «How You Make Me Feel». C’est d’un raffinement extrême. Et t’as un son plein comme un œuf. Dans «I Wanna Know Your Body», il y va fort - I wanna touch your body/ With passion/ Every curb/ Every line - Il pose sa voix comme aux premiers jours dans «Roll Around». Il ajuste sa chique en permanence. Il flirte sans cesse avec la Beautiful Song. Il flirte magnifiquement. Smoke est un prince de la modernité. Et voilà «If We Don’t Have Each Other» tapé à l’infra-basse. Il parvient à swinguer à la surface du jive  - We got love to make - On a encore des choses à faire. Il fait trembler sa voix dans «You Fill Me Up» - You make my day/ So much brighter - Il fait trembler sa voix pour la postérité. Smoke est un vieux renard, il maîtrise les privilèges. Avec «You Fill Me Up», il claque enfin une Beautiful Song limite gospel - My cup of you/ is overflowing - On ne sait pas s’il s’adresse à Gawd ou à une petite gonzesse.  

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             Dernier album en date de Smoke, What The World Needs Now est un fabuleux album de covers. Smoke tape dans le dur de Burt avec le morceau titre, la magie est immédiate. Il ramène Motown dans Burt. Magie encore avec «What A Wonderful World», le fameux Wonderful de Louis Armstrong et Joey Ramone. Smoke le prend par les hanches et le fait danser au paradis, and I think to myself/ What a wonderful world. Il fait littéralement éclore sa voix. Avec «I’ll Take You There», il se fond dans la joie et la bonne humeur des jours heureux, c’mon c’mon! On devrait recommander cet album à tous les neurasthéniques. Il tape aussi le vieux hit de Carole King, «You’ve Got A Friend». Il chante comme un dieu et faite vibrer ses pointes de running. Et comme si tout cela ne suffisait pas, voilà qu’il duette avec les Tempts sur «Be Kind To The Growing Mind», c’est une merveille de black pop qu’il emmène au firmament. Voilà donc la suite logique de Motown, t’es dans la Soul des rois du paradis. 

    Signé : Cazengler, Plessis Robinson

    Smokey Robinson. Love Smokey. Tamla 1990  

    Smokey Robinson. Intimate. Tamla 1999

    Smokey Robinson. Food For The Spirit. Liquid 8 Records 2004

    Smokey Robinson. Timeless Love. New Door Records 2006

    Smokey Robinson. Time Flies When You’re Having Fun. Robso Records 2006

    Smokey Robinson. Smokey & Friends. Verve Records 2014

    Smokey Robinson. Gasms. TLR Records 2023  

    Smokey Robinson. What The World Needs Now. Gather Music 2025

    David Ritz & Smokey Robinson. Smokey: Inside My Life. McGraw-Hill 1989

     

     

    Inside the goldmine

    - Lou Courtney n’est jamais à court

     

             Lecornu n’inspirait pas beaucoup de respect. Dès l’abord physique, il inspirait une sorte de répulsion. Il exhibait ses atours de rocker vieillissant. Dans la plupart des cas, ça passe encore à peu près bien, mais pas dans le cas de Lecornu : il ventripotait à outrance, il se teignait les cheveux, il portait des chemises panthère, des santiags, des bagues, des anneaux aux oreilles et des lunettes farfelues. Un vrai clown. Mais le pire était à venir : si par malheur il entrait dans une conversation, il dégoulinait de suffisance, il étalait sa science, il traitait tout ce qu’il n’aimait pas de «musique de merde», et ça finissait par indisposer tout le monde. Son arrivée jetait un froid. On se demandait comment décorner Lecornu. Mais c’était impossible. Il faisait figure d’institution, pas son ancienneté dans le circuit, et par son expertise ramificatoire. Il connaissait tellement de gens que personne n’osait l’affronter. Lecornu ne se rendait même pas compte de l’aversion qu’il inspirait. A contrario, personne d’ailleurs ne se posait la question de savoir si ce masque ne dissimulait pas un autre Lecornu. Et si Lecornu n’était au fond qu’un type gentil et timide ? Et dans ce cas, comment pouvait-on l’approcher ? La curiosité étant la mère de tous les vices, on tenta l’approche. Elle commençait par un verre au bar, puis des petites questions du genre, «Tu sais jouer d’un instrument ?», «Quesse-t-a fait comme études ?», auxquelles il répondait, épaté de voir qu’on s’intéressait à lui. Il fut même ravi d’apprendre qu’on avait le même cursus et quand il fut invité à venir jammer avec sa gratte, il paraissait aux anges. Voilà comment nous réussîmes à décorner Lecornu. Mais l’embellie de dura qu’un temps. Pratiquer Lecornu, c’était en quelque sorte une façon de chevaucher un taureau pour un concours de rodéo. C’est Lecornu qui finissait par te décorner. Non, mais c’était bien d’avoir essayé.

     

    , bob dylan, black lips, night beats, smokey robinson, odyum, kassi valazza,

             Alors qu’il est difficile de décorner Lecornu, il est plus facile de s’intéresser à Lou Courtney. Mille fois plus facile et surtout mille fois plus agréable. 

             Lou Courtney est un Soul Brother new-yorkais assez complet, car il sait tout faire : crooner, mais surtout composer. Il fut aussi le directeur musical de Lorraine Ellison. Après avoir flirté avec le succès tout au long des sixties, il va monter Buffalo Smoke dans les seventies, un groupe de black rock. Autant le dire franchement : Lou Courtney est un artiste extrêmement intéressant et trop peu connu. Ses trois albums valent bien le détour.  

    , bob dylan, black lips, night beats, smokey robinson, odyum, kassi valazza,

             Le premier album de Lou Courtney s’appelle Skate Now/ Shing-A-Ling, un Riverside de 1967. Il fait de l’heavy jerk des catacombes avec son «Skate Now» d’ouverture de balda. Le son est étrangement sourd. Lou est un cake, un bon cake bien raw. Ça jerke sec chez lui. On se croirait chez Stax ! Puis avec «Me & You (Doin’ The Boogaloo)», il a les chœurs de Motown et la pétarade James Jamerson. Un vrai smash. Il attaque sa B des cochons avec «Do The Thing», un vrai coup de shing-a-ling. Encore du harsh de stormer avec «I Need You Now», porté par un bassmatic d’assaut. Back to Stax avec «I Don’t Wanna Leave You». Quelle vitalité ! Il a le power d’Otis et des Tempts.   

    , bob dylan, black lips, night beats, smokey robinson, odyum, kassi valazza,

             En 1974, il enregistre I’m In Need Of Love. Cet Epic est une petite merveille. Dès «The Common Broken Heart», tu vois le Lou planer au-dessus  de la ville en mode black croon. C’est à la fois énorme et très beau. Te voilà redevenu ville conquise. Le Lou est un Soul Brother extrêmement fin. Il sait se faufiler dans les failles du fil mélodique. Il revient au joli groove de Soul avec «I Will If You Will». Le Lou est un artiste important, sa Soul accroche sérieusement. Il culmine encore avec «Somebody New Is Lovin’ On You», un cut de dancing Soul, mais une dancing Soul de big time, il va danser dans la cour des grands, il a les violons de Marvin et le schhhoooh du Lou. C’est littéralement effarant de classe, un sax vient lécher le groove et le Lou danse dans l’azur d’une Soul immaculée. Et t’as vraiment les violons de Marvin derrière, avec, dans l’intrinsèque, une vraie pulsion d’avant-garde, il y va, le Lou, il est merveilleux. «I’m Serious About Loving You» est une merveille de présence black. Il pose bien les conditions avec «I Don’t Need Nobody Else», wow babe ! Il tape une Soul fabuleusement urbaine et balancée des hanches. Il se dirige vers la sortie avec le morceau titre et te le groove à coups d’I don’t need/ A new automobile, il a besoin d’amour, il groove son need comme un cake, et ça danse - I don’t need/ Every woman I see - Il revendique fièrement son need of love.  

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             Paru sur RCA en 1978, Lou Courtney/Buffalo Smoke est un album de big black rock, mais avec du groove. Solide as hell, comme on dit quand on ne sait pas quoi dire. «Call The Police» te met vite au parfum. Le guitar hero s’appelle Glenn L Goins. Il fait pas mal d’étincelles dans «911». Le Lou exploite aussi la veine dancing Soul avec «Love Is A Joker», et il ramène l’attaque et la wah des Tempts dans sa soupe aux choux. En B, il s’en va encore rocker le dancing boat, alors ça chavire dans la chaloupe. Il passe au diskö-funk avec «Don’t Stop The Box», mais avec de l’is alr ite et du stop the box à gogo. Le Lou monte sur tous les fronts.

    Signé : Cazengler, Écourtné

    Lou Courtney. Skate Now/ Shing-A-Ling. Riverside Records 1967  

    Lou Courtney. I’m In Need Of Love. Epic 1974  

    Lou Courtney. Lou Courtney/Buffalo Smoke. RCA Victor 1978

     

    *

             J’avoue que je suis un déçu par les nuisibles comportements de nos lecteurs. J’admets que l’on puisse s’amuser durant les fêtes, boire un tout petit peu plus que la normale, manger les frites avec les mains, essuyer la sauce tomate sur la chemise de son voisin, hélas des échos me sont parvenus, je n’ose même pas employer les mots qui me permettraient de nommer la conduite inconvenante de nos lectrices, ni recopier la liste des grossièretés proférées par nos lecteurs avinés… Vous avez exagéré. Je le déplore. Pour punition je devrais vous interdire la lecture des dix prochaines livraisons du blogue. Mais je suis trop bon. L’important n’est pas que vous souffriez, mais que vous vous repentiez, alors mettez-vous en rang par deux, tenez-vous sagement par la main, pour votre redressement moral je vous emmène à l’église. Un petit sermon ne pourra que vous faire du bien.

             Je sais, plus de mille kilomètres à marcher sur les eaux, c’est fatigant. Mais nous voici arrivés en Amérique. Non ce n’est pas à New York. Nous sommes un peu plus au Sud, dans les Appalaches. Un coin paumé. L’église ne paie pas de mine, n’oubliez pas que ce qui compte ce ne sont pas richesses dorées mais la ferveur des officiants. Frappez à la porte, entrez doucement, asseyez-vous sans faire de bruit.

    MUSIC FROM FULL GOSPEL TABERNACLE

     IN JESUS NAME

    PASTOR BIG CODY COOTS

             A la fin de notre chronique du livre de Dennis Covington   L’église aux serpents je vous avais promis que nous reviendrons voir les snakes handlers d’un peu plus près.  Nous y voici. Ne vous gênez pas pour faire du bruit, l’office a commencé, ils font un raffut de tous les diables, ils ne s’apercevront même pas que vous êtes-là.

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             Quel boucan ! Reprenez votre esprit. Normalement dans une église, il devrait être chevillé à votre corps. En plus les prises de vue sont celles d’un amateur, je ne pense pas que ce soit Jésus in person qui tienne la caméra, c’est le pasteur  Cody Coots devant vous, en chemise à carreaux gris et blancs, il serre un micro contre sa poitrine, un mec en chemise rouge assis sur une banquette, adossé au mur en planches, un gros baffle dans le coin, sur la droite un bout de meuble, devant lequel se poste Mister Coots, l’est maintenant au centre de l’image, sur notre droite deux autres gars, la caméra revient sur lui, derrière son espèce de bureau va-t-il allumer une cigarette, son briquet à la main il enflamme une cannette de gaz, aurait-il l’idée saugrenue de réchauffer un café, pas du tout, simplement brûler la paume de sa main gauche, tout ragaillardi il se met à sautiller sur place tout en se déplaçant, le visage de Coots n’exprime aucune douleur, même pas un tic nerveux, il change de main, puis repose sa cartouche transformée en torchère sur le lutrin, s’empare de son micro, et sur le rythme endiablé de la musique, il chante mais l’on n’entend pas sa voix, tant le son est fort, ce qui le décide à remettre sa main dans le feu, puis il souffle sur la flamme pour l’éteindre reprend son micro et sa démarche sautillante, cela nous permet de découvrir les responsables de ce bruit infernal, deux femmes, deux pécheresses, l’une derrière son synthé Roland, et l’autre qui bat le fer porté à incandescente sur sa batterie,  attention ce n’est  ni un cantique doucereux, ni un gospel enlevé, mais une espèce de rock’n’roll soutenu, des plus frustes et des plus efficaces, genre de truc que l’on retrouve à la fin des concerts lorsque sur le final les musicos se lâchent et donnent toute la gomme, une ambiance un peu à la Jerry Lee Lewis, non pas pour que le public exulte, mais pour créer l’atmosphère d’une transe cérémonielle propice à galvaniser la foi des fidèles. La caméra s’attarde sur nos deux prêtresses musicales. Alerte ! Coots au micro joue au Monsieur Loyal du cirque Bouglionne, l’on ne comprend pas ce qu’il dit mais ce qui est sûr c’est qu’il annonce un numéro d’exception, il s’excite, il frappe de la main sur son bureau avec la violence de Dickie Harrell sur sa caisse claire, la caméra le suit ce qui nous permet de

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    voir la partie droite de la scène, un deuxième guitariste posté à l’extrémité de la banquette, deux autres gars debout, chemise bleu-foncé et chemise bleu-clair, trois caisses plates sont alignées sur l’estrade pas très haute, notre Jeanne d’Arc que manifestement le Ciel n’a pas réduit en cendres se penche, en ouvre une et s’empare d’un serpent. Pas une inoffensive couleuvre, un beau crotale à la mortelle morsure. N’ayez pas peur, timorés lecteurs, ayez confiance, Dieu vous protège, si la bébête torsadée vous mord c’est que Dieu a besoin de vous et vous rappelle plus vite que vous ne l’aviez supposé auprès de lui. Notre prédicateur exhibe sa bestiole, doit

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    approcher les deux mètres, il vous la montre de tout son long, l’en profite pour lui déposer deux ou trois bisous amicaux sur le dos, il passe le reptile à la chemise bleu-clair, il se love sur les avant-bras de son récepteur qui lui caresse le menton d’un doigt affectueux, n’agissez-vous pas de même avec votre chat, après ce moment de pure affection il lui rend sa liberté en le rembobinant dans sa caisse. Ne partez pas, le spectacle n’est pas fini, d’un autre boîtier il en sort d’une seule main un autre, non pas du tout, deux autres, des costauds, gras comme des chapons,  il passe le plus long tuyau d’arrosage venimeux à notre prêcheur-chef qui se hâte de nous dévoiler sa longueur, il le tient haut, un peu à la Gene Vincent qui tendait son micro vers le plafond, son voisin réadopte sa technique du serpent lové en rond sur ses avant-bras, à la douceur de ses gestes il l’a l’air de porter un bébé en faisant attention à ne pas le laisser tomber à terre, assez vite il  remet notre longiligne rattlesnake dans sa classe, il n’est pas pour l’exploitation éhontée de l’animal, le pasteur lui tend le sien qui aussitôt est refilé à un paroissien impatient de mesurer sa foi à la taille du reptile, il le rend assez vite, sa confiance en Dieu ne serait donc pas aussi grande qu’il le prétendrait, prenez sa place avant de le critiquer,   voici notre interminable vertébré remis en caisse, mais notre chemise bleue n’hésite pas à  sortir un autre spécimen, un peu comme quand vous présentez à vos amis votre collection de disques Sun, un véritable festival serpentique, sont deux à danser comme des énergumènes un serpent dans les pognes, ça y est nos vipérides sont soigneusement remisés, Big Cody Coots survolté accroché à son micro s’époumone, la caméra revient sur nos deux musiciennes qui mènent leur train d’enfer, pardon paradisiaque.  

             Impressions personnelles. Une évidence s’est imposée à moi. Bien sûr  les circonstances sont totalement différentes mais l’ambiance me paraît similaire à celle des concerts de hardcore californiens. Mêmes sortes de personnages, une même ferveur, une même camaraderie, même statures physiques, gaillards enrobés, mal bouffe pour tous, alcool en prime pour le hardcore, à la différence près  qu’ici  on pogote avec des crotales. Dans les deux cas démesure et innocence américaines.

             Je ne vous ai présenté que la vidéo : Serpent Handling Service 3. La cérémonie se poursuit sur d’autres vidéos. Il existe plusieurs centaines de vidéos sur le même thème. Evitez les vidéos reportage, où l’on déblatère, où l’on explique à la manière des professeurs universitaires, où les mots sages sont là, la plupart du temps, pour voiler le choc des images.

             L’on y reviendra, pour commencer j’ai choisi une cérémonie sans serpents vindicatifs.

    Damie Chad.

    P.S.: pour la petite histoire, Cody Coots a pris la suite de son père Jamie Coots décédé. En 2014 au cours d’un office Jamie avait été piqué par un crotale – le bestiole récidiviste avait déjà causé la mort d’une femme... Malgré le refus de sa famille, il avait été transporté à l’hôpital par les autorités qui lui avaient administré un antidote. Inanimé, Jamie Coots n’avait pas pu faire part aux secouristes de son souhait d’être ramené chez lui. Déjà piqué à plusieurs reprises, Jamie Coots s’en était jusqu’à lors tiré, comptant sur la présence de sa famille et de la volonté de Dieu… Ainsi soit-il !

     

    *

    Faut savoir ménager les transitions. Après la chronique précédente de ces gens qui mettent toute leur confiance dans la l’amour de Dieu, en voici d’autres qui haïssent l’Homme. Que voulez-vous il faut de tout pour faire un monde. Et vous dans quel groupe vous positionnez-vous ? Il est interdit de choisir une autre solution.

    PLAN BY ZGNYC

    ODYUM

    ( Bandcamp / Octobre 2025)

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             Il est des couves qui vous refroidissent d’entrée. Quand j’ai vu qu’ils étaient polonais, par scrupule j’ai tendu l’oreille. Elle se complut à ce qu’elle entendit ! Non la photo n’est pas engageante, je l’admets. Ce noir et blanc n’incite point à de festives réjouissances. Que représente-t-elle, j’hésite, l’on dirait les clayonnages d’un immense frigo. Des étagères vides dans un laboratoire qui semblent attendre des éprouvettes destinées à cultiver les pustules de la peste bubonique. On ne sait jamais, cela pourrait s’avérer utile pour faire disparaître l’espèce humaine une fois pour toute. Je possède une deuxième interprétation, une immense cage d’escalier avec tout au fond un réceptacle bétonné pour une franche invitation au suicide. Odyum ne recule devant rien, ils ont pensé à tout : soit la solution collective, soit la solution individuelle. Sont-ils pour autant des amis de l’Humanité…

    Szkopu : vocals / Bartes : guitars, vocals / Kefas : bass / Śniegu : drums.

    Prawda klamstw : (= La vérité sur les mensonges) : si vous ne supportez pas ce premier morceau autant ne pas tarder à rentrer chez vous effeuiller les marguerites dans votre jardin. Avant de sortir vérifiez toutefois si les fleurettes ne sont pas mortes, peut-être même vaudrait-il mieux vous assurer que votre pitoyable jardin de survie écologique ne se soit pas effondré, qu’à sa place il ne reste plus qu’un immense entonnoir, pas grave vous êtes déjà en train de glisser sur les parois abruptes du trou sans fin dans lequel vous ne tarderez pas à disparaître. Guerre à votre âme ! Au moins vous aurez été prévenu. Je ne raconte pas de mensonge moi. Remarquez eux non plus. Vous avertissent simplement que vous êtes morts puisque vous n’êtes pas vivants. Je concède qu’ils ne prennent pas des gants de soie pour vous le dire. Font avec ce qu’ils ont : un batteur hypnotique, un bassiste acharné, un guitariste explosif et un chanteur. Bref un groupe de rock qui joue du rock. Hardcore ajouterais-je pour ceux qui aiment les précisions inutiles. Désolé, pas le temps d’en dire plus, en trois minutes, c’est leur morceau le plus long, ils ont déjà prouvé qu’ils sont plus forts que vous. Slepiec : (= L’aveugle) : faudrait qu’ils se taisent pour me laisser expliquer, ils crient trop fort et ils jouent trop vite, des énervés, mais le pire c’est les lyrics, à la mesure de leur démesure, se prennent pour des dieux, mais manque de chance ils sont aveugles, c’est un peu les Grées, trois vieilles dans la mythologie grecque qui n’ont qu’un seul  œil communautaire qu’elles sont obligées à se passer sans cesse de l’une à l’autre pour y voir quelque chose, à part qu’eux ils sont quatre et qu’ils savent qu’il n’y a rien à voir dans notre monde. Heureusement qu’ils ont Szkopu, ses hurlements dépassent la tempête collapsique qui nous tombe sur le coin du museau, un véritable berseker qui hurle dans la tempête tout en dirigeant son navire à l’abordage de la nef de la mort. Krok w tyl : (Reculer) : z’ont déjà cassé le monde au deuxième morceau, que voulez-vous qu’ils fassent ? Ne leur reste plus qu’à s’en prendre à vous. Oui, il y a une note sadique et sardonique dans le chant de Skopu, il vous hait à mort, il vous vomit dessus à pleins seaux, vous court après, vous avertit que vous êtes sur le chemin de la réussite sociale, et du déclin êtral, chacun de ses mots perfore les ballons de baudruche de vos intentions. Ne le traitez pas de nihiliste, c’est celui qui le dit qu’il est. Wszystko jedno : (Tout de même) : au cas vous n’auriez pas compris il rajoute une couche de vomissure sur votre minois, on en profite pour écouter Sniegu, l’a son idée à lui de l’art de battre le fer chauffé à blanc, mouline dur, l’est comme Conan dans son premier film qui tourne le tourniquet de la noria, mais lui Sniegu il est tout seul et il le fait à toute vitesse, le problème c’est que quand il ralentit, c’est encore pire, il tape plus fort, et la cabestan tourne à vide sur lui-même, là-dessus vous avez notre chanteur qui lui crie dessus : tu peux crever, tout le monde s’en fout. Non ce n’est pas à son batteur qu’il s’adresse, c’est à vous.

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    Marmox : (= Vanité) : le morceau n’atteint même pas deux minutes, l’est si violent qu’à la guitare Bartes est obligé de vriller, un train qui déraille et qui se  couche, comme il est chargé de dynamite, sur la fin il explose, me croiriez-vous si je vous révèle que Szkopu hurle qu’il est le fils du kaos. Peut-être même le père. Pajak : (= Clown) : un morceau pour la basse, c’est le moment de la contrition, normal si vous êtes le kaos vous êtes et l’ouragan et le néant, Kefas s’en donne à cœur triste, ce qui ne signifie pas qu’il pleure, fait pleuvoir un nuage de cendre noire comme la mort sur votre esprit, le coup du clown triste, pas le blanc, le noir, vous asperge d’arpèges funèbres, n'allez pas croire qu’il a une perte de vitalité, ces mecs se dépatouillent comme des chefs, traversent les marasmes comme si affamés ils se jetaient des cataplasmes brûlants sur les parties génitales. Przestan ticzic hajs : (= Arrête de compter l’argent) : attention un peu de critique philosophique, vous condensent les quatre volumes du Capital de Marx en quatre strophes, vous décapitent la société marchande comme quand vous arrachez la tête du poulet avec vos dents pour qu’il meure plus vite. Théoriquement parlant ils sont plus près de l’anarchisme que du marxisme. Evidemment ça se discute, mais manifestement ils n’ont pas le temps. Rozblysk : (= Un éclair) : si leur musique est relativement inhumaine, il leur reste un rebut d’humanité. Presque. Disons que c’est un slow déceptif sur l’amour perdu, en vérité ce n’est pas un slow, plutôt une explosion de rage nucléaire, la colère est la dimension de la déception. Sont tout de même de drôles d’énergumènes quand on y pense. Remarquez que l’on n’a pas vraiment le temps de penser. Twoj swiat : (= Ton monde) : ah ! ah ! vous les preniez pour de sombres brutes, je vous file quatre heures pour que vous m’expliquiez le sens de ces lyrics, pensez-vous comme eux que le monde est engendré par les mots, vous comparerez avec Wittgenstein    qui profère que ce dont on ne peut parler il faut le taire. Du coup Szkopu articule soigneusement pour que vous compreniez mieux, ces copains en profitent pour nous montrer qu’ils n’ont pas besoin de parler pour démontrer l’inanité de toute pensée. Z’ont dû lire le traité du Néant de Gorgias. Fala : (= Vague) : démentiel, comment transformer les Sex Pistols en petite musique mozartienne ? Suffit d’écouter cette apocalypse, en plus ils vous font un cours d’informatique, si 1 est égal à la vérité et 0 au mensonge, savez-vous que cela signifie que toute connaissance anthropologique ne mène à rien, que toute affirmation est basée sur l’ontologie du néant. Méfiez-vous de toutes les salades que l’on vous sert comme si elles étaient des particules de lumière. Suma istienia : (= La somme de l’existence) : une avalanche submergeante, il y a des imbéciles qui ne savent pas faire des additions, répètent ce qu’on leur a inculqué ils croient que 1 + 0 = 1 alors que 1 + 0 = 0 est tout aussi possible et davantage logique comment voulez-vous que quelque chose qui existe soit plus forte que l’incommensurabilité du néant, pensez à l’entonnoir de votre jardin. Lyrics un peu complexes si l’on y réfléchit mais la force de la démonstration finira par vous séduire et vous emporter. Afirmacja : (= Affirmation) : ce n’est pas tout, en fait il vaudrait mieux dire ce n’est pas rien, z’ont décidé de vous achever sur leur dernier morceau. Une seule affirmation : vous crèverez, vous retournerez à la terre d’où vous n’auriez jamais dû sortir. L’erreur est humaine. Non, c’est l’Humanité qui est une erreur.

             Normalement vous ne devriez pas vouloir en savoir davantage mais je vous connais : sur leur site vous avez une promo vidéo : un truc infâme et informe sont tous les quatre en train d’interpréter Sliépec. Vous avez un compteur pour que vous puissiez tenter de battre votre propre record : combien de secondes pourrais-je tenir à les regarder. Démentiel !

             Il y a quand même des sous-doués qui écrivent dans les commentaires qu’il faudrait remplacer le chanteur. Il y a des gens, vous leur montrez la lune du doigt, ils ne voient même pas leur propre doigt qu’ils ont planté dans leur propre cul.

             Quand il lance ses abominations Szkopu vous a le sourire patelin du renard qui vient de s’emparer du fromage du corbeau. Mais ce n’est pas le fromage qu’il emporte, c’est le corbeau. Le vain plumage de dieu, dixit Mallarmé.

             Z’avez aussi une deuxième vidéo Suma Istiena. Quel groupe !

             Violent et intelligent. Un alliage extrêmement rare !

             Essentiel.

             Le groupe qui nous manquait.

    Damie Chad.

     

    *

             Un petit tour sur Western AF, pour voir les nouveautés, en dix secondes je tombe sur une vidéo d’une parfaite inconnue. Je ne peux pas faire l’impasse sur une aussi jolie fille. Si son ramage se rapporte à son plumage, elle doit être le phénix de Western AF !

    KASSI VALAZZA

    (Western AF / Mai 2019)

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    Johnny Dear : un peu de mal à reprendre mes esprits, elle ne chante pas, son père a été le premier à quitter la famille pour vagabonder au loin, elle a écrit cette chanson en se mettant à la place de sa grand-mère espérant le retour de ce fils prodigue… jusque-là tout va bien, ensuite je suis totalement perdu, ses cheveux blond discrètement roux, ses yeux limpides, son teint d’albâtre rehaussé par ses vêtements clairs, qu’est-ce qu’elle est belle et puis ce gars à ses côtés, au début je pense qu’il joue comme elle sur une acoustique, la voix de Kassi coupe le silence, au travers de son timbre ce n’est pas la beauté de son chant, c’est toute sa sensibilité qui se colle à vous, la guitare résonne étrangement, quel son, me faut un moment pour m’apercevoir qu’il joue sur une électrique, une Fender, mais le gars a tout compris, il pose des notes, il souligne, il brise les silence troublants, il accompagne, il ne s’impose jamais, la voix de Kassi vous cloque le cœur, elle a des mots simples, elle raconte le désir de cette mère qui espère que son fils reviendra un jour peut-être avec des cheveux blanchis, la neige tombe dans sa solitude. Aucun pathos, juste une émotion. Elle parle autant de sa grand-mère que d’elle-même. The rapture : c’est terrible comme cette rapture sonne comme une rupture, comment ce ravissement marque un éloignement, il semble que des années se soient passées entre les prises, elle a mûri, elle tire les leçons de ses expériences, autant Johnny Dear était à fleur de peau, ici le chant est paisible, ce qui n’empêche que la douleur soit toujours aussi douloureuse, car même lorsque les êtres habitent une même maison, ils sont séparés l’un de l’autre par des milliers de kilomètres, les rêves ne brûlent pas dans les mêmes cheminées, en filigrane c’est aussi une réflexion sur la création poétique, celle qui s’en sort et l’autre qui stagne, qu’y faire, sinon rien, d’ailleurs elle arrête de chanter, silence, sa guitare reprend, elle chantonne tout doucement comme si sa voix s’éloignait dans le vaste monde qui est aussi le lieu d’une immense solitude. Dove song : on la retrouve dans la première séance, avec son chapeau, sa Gibson acoustique et le Fenderiste à ses côtés un peu plus présent, ponctuel, car il essaie de combler le mystère de son chant, c’est d’ailleurs lui qui termine le morceau, car elle reste plantée dans la terre de son dire, de quoi parlait-elle au juste, car si les mots sont simples ils cèlent plus qu’ils ne révèlent, quelle tristesse, quel regret, quelle nostalgie, les rêves qui n’ont pas fui et qui auraient dû voler jusque-là où ils auraient dû… Que de beauté dans ces murmures à peine roucoulés par cette voix, et que d’incomplétude humaine, que de secrets gardés au travers de soi qui s’essaient en vain à voir le jour, hors de leur

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    tombe… Freckled and fair : avec son chapeau, sa grosse turquoise au doigt, sa guitare, dos à un large fleuve, quelque part dans le Montana. Presque rien, même pas une chanson, une improvisation, Kassi se raconte sous la forme d’une jeune appaloosa, ce n’est pas un morceau pour proclamer la beauté des animaux, c’est une manière de se décrire, son parcours, la solitude qui l’oppresse, le manque occasionné par ce qu’elle est, sa vie n’est-elle pas semblable à la piste sanglante des navajos exilés de leurs territoire… elle murmure, elle fredonne, son chant est à l’image de la rivière derrière elle qui sans bruit roule vers son destin, cette chanson comme un écrin pour contenir la tristesse du monde… Peut-être la plus belle des quatre.

             Kassi Valazza vient d’Arizona, elle a parcouru l’Amérique, Californie, New York, la Nouvelle Orleans, elle n’est pas en fuite d’elle-même, elle essaie de se retrouver au-delà d’une fissure secrète en elle-même même si elle sait qu’il est inutile de chercher à combler. Complète incomplétude.

             Deux albums chez Fluff and Gray précédé d’une cassette en public et d’un vinyle auto-réalisé. Nous reviendrons sur ces merveilles. Mais pour le moment nous préférons nous attarder sur quelques enregistrements publics.

    LIVE ON KEXP FULL PERFORMANCE

    (2020)

    Greg Vandy lance l’émission. Nous sommes à Seatle dans le studio de Music Matters 90, 3 FM et dans le monde entier (si vous avez la matériel adéquat) dans le local de la Roadhouse.

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    A fine color : un batteur Ned Folkerth, un organiste Tobias Berblinger, un bassiste Lewi Longmire,  et Gary Sigler avec sa guitare supersonique, trop de monde d’après nous, jouent à merveille mais nous la préférions seule avec Sigler, comme une petite fille dans un chemisier rose, heureusement qu’elle est là, dès qu’elle pose sa voix les accompagnateurs s’évaporent, prennent une douce revanche quand elle leur laisse le champ libre, font un bruit épouvantable, c’est celui de la vie qui tourne mal, avec du sang, alors elle se tourne vers son enfance et demande à son père de lui repeindre le monde de vives couleurs. Parfois sa voix décolle, ils beau partir à la chasse aux canards sauvages, l’on s’envole avec elle et l’on passe les frontières. L’on ne sait pas lesquelles.  Like ever before : une chanson douce, elle permet d’entendre un peu mieux la Sigler guit, par contre les mots de Kassi vaudrait mieux ne pas les écouter, elle les pose avec cette délicatesse désenchantée  qui  sonne encore plus triste, comme toujours avant, oui mais comme toujours après aussi, mais l’on a l’impression que c’est surtout comme toujours pendant, les instants de bonheur passent mais Kassy durant ce vol d’oiseaux vers les cimes rêve aux jours d’hier et maudit les jours de demain, aucune insatisfaction dans ces regards janusiens, au contraire une terrible acceptance, lorsque Kassi, chante elle n’est jamais avec nous – le plus horrible c’est que nous ne sommes jamais avec elle – elle est en elle-même, immarcescible statue du songe d’elle-même soustraite à la fuite du temps, ses mots et son chant nous renvoient si fort à notre solitude que magiquement nous avons l’impression de lui ressembler. Mary : Greg Vandy pose quelques questions bateau  il ne tarit pas d’éloge sur le premier album qui vient de sortir.… une chanson lente, tranches de vie et tableaux de personnage, construite un peu à la manière de Take a walk on the wils side de Lou reed, mais ici la route n’est guère sauvage, décevante par contre, ce que l’on choisit finira par vous déplaire, elle raconte la déplorable histoire de Mary mais elle n’hésite pas à poser ses lyrics avec une voix moqueuse, bien sûr elle ne se moque pas de Mary mais d’elle-même, étrangement le band derrière ne joue pas spécialement country alors que le morceau s’y prête, notre quatuor peaufinent des tableaux d’ambiance selon les épisodes, je n’y avais jamais pensé mais je m’aperçois combien profond l’écriture de Lou  plonge dans le country. Chino : petite séquence interview Kassy chante depuis toujours, avec son père musicien, son frère, aussi dans un chœur à l’église, elle a commencé à écrire à dix ans. D’autres questions mais je ne m’attarde pas, elles cassent un peu la magie de l’émission. Une histoire dans la lignée de la précédente, plus grave car elle évoque des épisodes intimes et familiaux  à Chino (Californie). Parfois elle semble arracher les mots comme l’on extrait des perles de leurs montures non pour les casser mais pour les garder encore plus précieusement. La vie sépare les êtres qui s’aiment. Partent d’eux-mêmes. Certes l’on garde les contacts. L’on se revoit mais Kassi nous parle de l’impossibilité du retour. Nous aimerions bien, mais au fond de nous l’on sait bien que l’on ne reviendra pas. L’on fera juste semblant. Aucune amertume. Juste la réalité de nos volontés et de nos gestes.

             L’orchestre tisse un merveilleux cocon pour les textes de Kassi. Parfois ils donnent l’impression qu’ils ne savent pas s’il en sortira de la boule cotoneuse un magnifique papillon bleu, ou une araignée vorace. C’est qu’ils jouent au plus près des textes de Kassi. J’aurais préféré qu’elle les chante en duo avec Gary Sigler.

    OURVINYL SESSIONS

    (2021)

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    Parfois il suffit de demander, les voici Kassi et Gary, tous deux dans un cercle de spotlight, sur le côté, à droite, un opérateur manipule avec précaution des feuilles translucides plus ou moins colorées, ce sont des caches qui modifient la couleur du halo de lumière dans lesquels nos deux interprètes officient. Parfois la caméra s’attarde sur leurs ombres derrière eux.

    Cayuse : du tout doux, Garry pose ses spots notiques qui semblent s’évanouir dans la noirceur des choses révolues, Kassi pose ses mots, sans émotion comme l’on dépose sa poubelle le soir devant chez soi, sans y penser vraiment, elle conte une histoire même pas triste qui vous tord le cœur, l’homme qu’elle aime qu’elle confond avec un cheval sauvage, mais comme tous les étalons sauvages il a besoin de liberté, alors elle lui ouvre la porte du corral et le laisse partir, sans regret, avec peine et chagrin, mais c’est ainsi, c’est normal, c’est la logique de la vie, sa force secrète c’est de ne pas s’y opposer, laisser faire la sauvagerie qui l’habite, qui nous habite tous… aucun pathos, aucun trémolo, une espèce de stoïcisme, elle ne dit rien, elle n’explique rien, elle chante pour elle, et nous pensons que nous n’avions que très rarement connu de tels exemples. Superbe cruauté. La poésie est un couteau tranchant. Une arme blanche. Et noire.  Moon blue : la voix est davantage assurée, une ballerine qui danse sur un fil sans avoir peur de tomber, peut-être parce qu’elle est chargée de mélancolie, pourtant la catastrophe n’est pas encore achevée, mais où sommes-nous, dans un rêve ou dans un cauchemar, la différence entre les deux n’est pas si grande, il est inutile de s’inquiéter, la voix s’alentit, Garry lâche sa guitare et caresse un mini clavier posé à terre, veut-il donner la subtile impression que l’on n’est plus sur la terre, que l’on vole vers la lune bleue ou que l’on tournoie comme un vol noir de corbeaux dans sa propre pensée. Rien n’aura eu lieu, mais tout est déjà consommé. Consumé. La voix comme un nuage de cendres qui se dépose sur un passé immédiat.t Tristesse du futur qui inexorablement se mue en futur passé. Bo and I : pas d’erreur, il ne s’agit pas de Bo Diddley ! En tout cas la guitare de Gary résonne plus fort. La voix de Kassi est assurée. C’est l’instant de la Kassure, elle dit son fait à ce malheureux Bo qui ferait tout pour la garder près de lui. Elle n’est pas cruelle, elle ne se moque pas. Nous sommes comme nous sommes. Elle, elle ne le dit pas d’une manière tonitruante comme Victor Hugo, mais elle est une force qui va. Son chemin. C’est bête, c’est grave, pauvre Bo, elle n’y peut rien, elle ne veut pas le voir pleurer. Elle parle presque comme si elle voulait consoler un enfant. Elle a le calme de l’eau dormante. Mais elle est forte. Plus forte que lui. Elle ne le lui dit pas. Délicatesse innée de celle qui sait que l’on ne peut se battre contre le temps qui passe. Tristesse infinie mais qui ne la détruit pas.

             Ces OurVinyl Sessions sont bien plus réussies que les précédentes. La mise en scène plus ou moins discutable préserve l’essentiel : Kassie Lavazza. Son monde, sa poésie. Comment avec peu de mots, elle exprime  une vision du monde déprimante qu’elle assume sans se plaindre. Parce qu’elle sait que c’est la sienne et qu’elle se doit de la vivre comme elle l’a déjà vécue et comme elle la vivra encore. Elle ne dit pas que c’est la meilleure ou la pire qui puisse exister. C’est la sienne. Uniquement Kassi Lavazza. Sans forfanterie. Sans pleurs. Une artiste. Au sens premier de ce mot. Quelqu’un qui œuvre sur la seule matière qui soit digne de réflexion, d’effort, de courage. Soi-même.

             Une rencontre. Kassi Valazza.

             Ne craignez rien, elle vous renverra à vous-même.

    Damie Chad.