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CHRONIQUES DE POURPRE 727: KR'TNT ! 727 :TELEVISION / WEDNESDAY / RAMONES / ATALHOS / JOHN HAMMOND / OUROBOROS / HECATE'S BREATH

KR’TNT ! 

KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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LIVRAISON 727

A ROCKLIT PRODUCTION

SINCE 2009

FB : KR’TNT KR’TNT

12 / 03 / 2026

 

 

 TELEVISION / WEDNESDAY / RAMONES

 ATALHOS /JOHN HAMMOND

 OUROBOROS / HECATE’S BREATH

  

 

Sur ce site : livraisons 318 – 727

Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

http ://kr’tnt.hautetfort.com/

 

 

 

 

 

The One-offs 

 - Television personalities

 

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         On avait repéré l’info quelque part, un truc du genre junk-scuzz fucked-up vanguard punk, ce qui peut vouloir dire : le cut du siècle. En l’occurrence, «Little Johnny Jewel», le single d’un nouveau groupe nommé Television. Lu ça où ? Sans doute dans l’un des trois canards anglais, en 1975, toujours les mêmes, Melody Maker, Sounds ou le NME. Mais il faudrait fouiner dans les cartons d’archives, et pour ça il faut du courage, énormément de courage. C’est même au-delà de tes forces : des m3 et des m3 s’entassent dans le garage, entre les cartons d’archives photographiques et de classeurs de dias, les cartons d’archives graphiques et les maquettes papier d’affiches, de canards et de catalogues d’expos, les cartons de dessins et de projets de BD, dont une adaptation de l’On The Road de Jack Kerouac, avec des tonnes de planches encrées, la ribambelle des cartons contenant la bibliothèque XIXe et du début du XXe jusqu’à Gide, Cocteau, Léautaud et Aragon, les cartons d’années entières de la Quinzaine Littéraire de Maurice Nadaud, et du Magazine Littéraire avec les superbes couvertures de Moretti, tous ces canards géniaux que tu ne reliras jamais, et puis ces cartons qui pèsent des tonnes où sont rangés les fucking livres d’art et les catalogues d’expos de Beaubourg, les Paris-Berlin, les Paris-machin et les Paris-truc, à t’en overdoser la gueule, les cartons de CDs jazz qu’on écoutait au bureau, les cartons des CDs gratuits de la presse anglaise depuis les origines de Mojo et d’Uncut, les cartons des premières années de Mojo, d’Uncut et de Rock&Folk, les cartons de BD avec tout Tintin, tout Blueberry, tout Barbe Rouge, Tout Sergent McCoy et tout le routoutout, les cartons de coupures de presse rock anglaise des seventies classées par ordre alphabétique, les cartons de pingouins et les cartons de ratons laveurs... Laisse tomber ! C’est trop tard.

         C’est pas le tout de repérer une info dans un canard. Après, il faut passer à l’action. Comme on dit couramment aujourd’hui, «c’était avant l’internet». Bon, il te faut «Little Johnny Jewel». C’est quasiment une question de vie ou de mort. T’en baves même un peu. Tu t’essuies la bouche du revers de la manche et tu décides d’affronter ton destin. Tu chopes une autre info, cette fois, c’est forcément dans un canard français : «Little Johnny Jewel» est disponible dans un seul point de vente, chez Givaudan, le disquaire importateur du boulevard Saint-Germain. Tu le connais, car c’est là que tu récupères deux fois par an des numéros de Creem, le petit canard rock de Detroit qui met Iggy et Todd Rundgren en couverture. 

         Givaudan, c’est pas la porte à côté. Comme tu sais que c’est l’horreur pour se garer dans le Quartier Latin, t’y vas en train. Pour ça, il faut monter à la gare. Comme t’as la trouille d’arriver trop tard, tu pars de bonne heure pour arriver à l’ouverture de Givaudan, à 10 h. Tu grimpes dans le tchoo-tchoo train d’Alex Chilton et t’arrive enfariné à Saint-Lazare. Comme c’est un samedi matin, t’as pas trop de monde. Tu te jettes dans la bouche de métro et tu prends la 12 jusqu’à la station Rue du Bac. T’es à cinq minutes à pied. T’es légèrement en avance et t’attends l’ouverture. Il y a d’autres mecs qui attendent aussi. Font la queue. Tu commences à flipper. Y sont là pour Little Johnny Jewel, c’est sûr ! Putain ! T’es pas le premier. Ça te bat aux tempes. Baisé comme un bleu. Fallait arriver avant, connard ! Pas possible d’être aussi con ! Te voilà en transe à claquer des dents. Tu te sens pas bien. Un mec te tape sur l’épaule et te dit : «Ça va pas ?» Et toi, tu réponds d’un ton sec «Si si ça va !». Style fous-moi la paix. C’est vraiment pas l’heure de discuter. T’as des gouttes de sueur. Méchant bordel. T’essaie de reprendre le contrôle. Mais t’y arrives pas. C’est dans la cervelle, t’as un truc qui se barre en couille. Tu t’appuies au mur. T’essaye de raisonner : t’es venu pour rien, yen a plus, et puis après ? C’est pas grave. Mais si c’est grave, il te faut «Little Johnny Jewel». Ça te rebat aux tempes de plus belle. Ba-boom ba-boom ba-boom ! Little... Johnny... Jewel ! Tu le scandes comme un cri de guerre intérieur. Tu sens monter la chaleur de la clameur en toi.

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(Réédition 1979)

         Tu sors du black-out en fin d’après-midi. Aucun souvenir du voyage retour au bercail. T’es debout devant ta platine et t’y poses le single. Le mec n’avait pas raconté de conneries : c’est bien du junk-scuzz fucked-up vanguard punk. Trois discordances descendantes, clong clong clong, suivi de trois dissonances ascendantes, cling cling cling et t’as cette admirable voix de fiotte atrabilaire qui couine Little Johnny jewel/ He’s so cooooool. Te voilà au seuil du plus beau jour de ta vie - He has no decision/ He’s just trying to tell a vision - T’as la vision de Television. Et quand tu retournes ton petit Graal à label rouge, t’entends le plus beau solo de désaille de l’histoire du rock.   

Signé : Cazengler, Little Johnny Javel

Television. Little Johnny Jewel (Part One)/Little Johnny Jewel (Part Two)/. Ork 1975

 

 

L’avenir du rock

 - Wednesday is the day

         Comme chaque mardi, l’avenir du rock réunit ses amis du Cercle des Pouets Disparus en son douillet salon de la rue de Rome. Dans l’immense cheminée, une belle flambée réchauffe les cœurs glacés par les frimas hivernaux. Accoudé au tablier de l’âtre, Paimpol Roux lance un défi byronien :

         — Pourquoi ne détournerasserions-nous pas l’avion du questionnaire de Proust ?

         — Et comment le détournerasseriez-vous, maître Paimpon Paimpon ? Seriez-vous donc un dangereux terroriste ?

         — C’est un jeu d’enfant, mon brave Perrill en-la-Demeure. Vous allez me demander de vous fournir un exemple pour éclairer votre lanterne surannée, alors le voici : élisez vos jours de la semaine préférés ! Mieux encore : en les chantant, vous les couronnerez à la cathédrale de Reims !

         Palpitant d’enthousiasme juvénile, Tristan Corbillard se jette immédiatement à l’eau et se met à chanter d’une voix d’hermaphrodite extraverti :

         — Monday Monday... so gouuuud to miiiiiiii !

         Une salve d’applaudissements frénétiques salue son exploit. Le rose aux joues, Catulle Mandus Cubitus se lève d’un bond et, éperdu d’extase florentine, il se met à miauler :

         — Sunday Morning... and aïe âme fallingue !

         Le souffle de l’ovation ranime les flammes dans l’âtre. Charles Croque-Monsieur bondit hors de son siège, intrépide, et couine d’une voix de gazelle amphigourique :

         — Friday On My Mind, gônna have fun in the citiiiiii !

         Avant que la petite assemblée n’ait eu le temps d’ovationner, Jean de la Morasse hurle d’une voix atrocement perçante :

         — Goodbye Ruby Tuesday... whouu could hang a nème on youuuu !

         — Thursday Night In San Francisco, énonce Gustave Hypokhâh avant que quiconque n’ait moufté.

         Grisé par l’ambiance subversive, John-Antoine No No No s’étrangle comme un hérétique livré vivant aux flammes du bûcher :

         — Saturday Night Fiiiiiiver !

         Une houle d’injures éteint les flammes dans l’âtre.

         — Ouuuuuuuuuuh ! Ouuuuuuuuuh !

         — Et vous, cher avenir du rock, cher prophète foraine, quel jour couronnasseriez-vous ?

         — Sans l’ombre du moindre doute, Wednesday !

 

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         Dans Uncut, Brian Howe déroule le tapis rouge au troisième jour de la semaine : Wednesday. Cinq pages ! C’est pas rien. Tu vois une petite grosse tatouée assise devant quatre branleurs chevelus et tu te dis bif baf bof. On a déjà donné. Mais tu lis quand même, on sait jamais. C’est pas la petite grosse tatouée qui t’incite à lire, c’est pas ton genre, c’est plutôt le mot ‘storm’ dans le titre. Un mot qu’on aime bien par ici. Comme le mot ‘scream’» ou encore le mot ‘wild-as-fuck’.

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         Et dans les quatre branleurs chevelus, tu repères le nom de MJ Lenderman, un mec encensé par Shindig!, pour un album nommé Manning Fireworks. Pour situer Wednesday musicalement, l’Howe trouve une formule originale : «noise-country catharsis». Il parle aussi de «bedlam», de «practised chaos». Sur scène, Lenderman est maintenant remplacé par Jake Spider Pugh. La petite grosse tatouée s’appelle Karly Hartzman. L’Howe affirme que ses screams sont si bloodcurling qu’on s’inquiète pour son larynx. Elle vit, dit-elle, le scream comme un exorcisme. Elle évoque aussi ses racines littéraires : Brautigan et Bukowski. Côté rock, elle dit admirer Patterson Hood. Et puis l’Howe finit par lâcher le morceau : Lenderman et Karly Hartzman entretenaient une relation et ils viennent de se séparer, ce qui explique son refus de partir en tournée avec le groupe. Mais il vient toujours jouer en studio.

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         Pour achever de te convaincre, Uncut te colle un cut de Wedneday dans sa compile d’October 2025, Sounds Of The New West : «Pick Up That Knife» : la tatouée a un beau sucre, et elle bascule dans la folie, alors tu frémis, elle y va à l’have meet you outside, les montées en température sont spectaculaires, et derrière, t’as les rois de la démolition. Sa niaque rappelle celle d’une autre grosse shouteuse, Brittany Howard d’Alabama Shakes. Et pouf, tu prends une place pour aller les voir jerker le Trabendo.

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         Au moins comme ça t’en as le cœur net : Karly Hartzman est la plus grande screameuse de l’univers connu des hommes. Elle ne fait aucun effort vestimentaire, elle se pointe en T-shirt bleu et gros futal caca-d’oie. Sa seule coquetterie est ce noir dont elle a peint ses lèvres, jusqu’aux trous de nez. Et pendant une heure tu vas la voir

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foutre le Trabendo à feu et à sang, c’est elle qui drive tout à la seule force de sa glotte, elle chante à s’en arracher la rate, elle screame la crème, elle pousse le push, elle shake le shook, t’avais encore jamais vu ça, même au temps des early Pixies à l’Olympia quand le gros Black se penchait en dessous du micro pour hurler comme un porc qu’on égorge. Elle le bat largement à la course. Elle est tellement extrême qu’elle en devient belle. Elle a des allures de madone, elle impose une sorte de respect sacré. Elle fascine littéralement. Avec vingt ans de moins, tu tomberais amoureux. T’as sous les yeux une authentique superstar, l’une des dernières grandes révélations de cette époque, elle transfigure le rock, elle va là où nulle n’est allée avant elle. Elle fait du scream un art total, une fin en soi, un remède contre la médiocrité de cette époque, elle dit aussi qu’elle screame pour les gens que les flicards butent dans la rue aux États-Unis, et elle screame aussi pour Gaza, alors bien sûr, elle touche un nerf sensible. Et pouf, elle repart pour déclencher le chavirement du Trabendo, toute la salle saute en l’air, t’as des vagues géantes, on se croirait au Cap Horn ! Fantastique apocalypse collective. C’est la meilleure réponse à cette prestation hors normes. Elle a les cuts qu’il faut pour ça, mais sur scène, elle les pousse encore plus loin, elle les screame à l’outrance de

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l’outrance, tu chopes «Pick Up That Knife», fuck, tous les gens connaissent les paroles, voilà qu’arrivent ces hits immémoriaux, «Candy Breath» et «Bull Believer» qu’elle rallonge indéfiniment au scream de Méricourt. Elle prévient qu’elle ne va pas faire de rappel, «I don’t want to destroy my voice», mais elle finit en mode ultra-apocalyptique avec «Wasp». Elle meurt et elle renaît dans l’agonie du scream définitif.

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         Tu te retrouves complètement sonné dans le parc de la Villette. Est-ce une pure coïncidence ? En l’espace de trois jours, t’as vu deux des artistes les plus parfaits de cette époque, Michel Basly (et ses Cowboys), et Karly Hartzman. Tu sais déjà que les prochains concerts vont être compliqués, car bien sûr, tu ne vas pas retrouver une telle intensité, une telle profusion de sonic genius.

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         Bleeds rentrera dans l’histoire du rock pour au moins deux raisons : «Pick Up That Knife» et «Candy Breath». Elle rentre dans son Pick Up en mode soft Pixies et soudain la bombe explose ! Puis elle revient comme une fleur innocente - I’ll meet you outside - avant de redevenir mauvaise, et la voilà qui explose et déraille, elle te marque à vie, elle est complètement folle. Elle applique la même recette pour son «Candy Breath» qu’elle amène en souterrain et elle remonte à la surface pour te sauter à la gorge, c’est de l’overwhelming définitif, c’est la vague qui balaye le barrage contre le Pacifique, là t’as tout, le tout et l’argent du toutou, t’as tout le poids du monde d’Hanky Panky. Sur «Reality TV Argument Bleeds», ils ont encore du son à gogo, et tu tombes dans l’escarcelle, ils réinventent littéralement les Pixies, elle a tout le power de Zeus, c’est complètement weirded out. Ça te foudroie la tête. Elle fait ensuite sa Kim Deal sur «Townies», elle mène son Bal des Laze, c’est explosif de génie longitudinal, il en pleut de partout, ça t’ébranle les colonnes, ça te vibre la masse volumique. T’es encore inféodé par «Wound Up Here (By Holding On)». Tu devient dingue de ce groupe et de cette weird girlie déviante. Ils réinventent la démesure des Pixies. Ils partent en mode blaster avec «Wasp» et elle refait sa Pixie avec «Bitter Everyday», c’est chargé à l’outrasse de la barcasse. Les guitares serpentines envahissent tout, elles t’enlacent les oreilles, ça densifie à l’extrême de la noise intestine.

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         Histoire de conforter ta passion naissante pour les petites grosses tatouées qui savent hurler, tu testes Rat Saw God. T’es fixé dès «Hot Rotten Grass Smell». C’est en plein dans les early Pixies. Ça veut dire que ça tombe du ciel. Elle ramène son petit sucre dans l’apocalypse. Et ça continue avec «Bull Believer» et elle parle de blood under the bridge, elle y va fort, elle s’inscrit dans la folie des Pixies, elle tape à la racine de la folie, la vraie. C’est une fois encore apocalyptique. Elle pulvérise les Pixies, elle pousse les pires cris de l’histoire du rock. Karly Hartzman est la plus grande screameuse de l’univers. Les textes sont de très haut niveau, il faut la voir touiller son «Chosen To Deserve» - I’m the girl that you were/ Chosen to deserve - et elle développe de manière inconsidérée - If you’re looking for me/ I’m in the back of an SUV/ Doin’ it in some cul-de-sac/ Underneath a dogwood tree - Là t’as du trash littéraire. «Bath Country» semble aussi sortir tout droit d’un album des early Pixies - Every daughter of God/ has a little bad luck/ Sometimes - Et elle remonte au sommet du genre avec «Turkey Vultures». Sa pure folie narrative pourrait bien te tuer dans l’œuf. Elle est désastreusement géniale - At night I don’t count the stars/ I count the dark - Elle t’entraîne doucement et laisse traîner sa voix - I do not feel my ugly blody - Elle swingue son haw ha haoww. C’est un exploit de génie moderniste.

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         Pas la peine d’aller investir dans les albums antérieurs, Twin Plagues et Mowing The Leaves Instead of Piling ‘Em Up, Karly n’y screame pas. On sauve toutefois quatre cuts sur Twin Plagues : «Handsome Man», où elle commence à tortiller sa voix, «Cody’s Only», où elle monte doucement en pression, et en B, «Tooth Ache» et «One More last One», qui évoquent les Pixies et la shoegaze, c’est bien noyé de son, mais t’as zéro scream. Et forcément, si t’es là pour entendre Karly gueuler, t’es déçu.

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         Mowing The Leaves Instead of Piling ‘Em Up est un album de covers, mais ce sont des covers de collégiens américains, et tu t’ennuies un peu. T’en sauves une, le «She’s Acting Simple»» de Gary Stewart, bien noyé de grosse shoegaze. La cover de l’«I Am The Cosmos» de Chris Bell ne marche pas. Ni celles de «Sacrifice (For Love)» (Greg Sage), «Time baby 2» (Medecine) et encore moins le «Perfect» des Smashing Pumpkins. Quelle idée d’aller reprendre des cuts aussi mauvais.

Signé : Cazengler, Wednesdé à coudre

Wednesday. Le Trabendo. Paris XIXe. 20 février 2026

Wednesday. Twin Plagues. Orindal Records 2021

Wednesday. Mowing The Leaves Instead of Piling ‘Em Up. Not On Label 2022

Wednesday. Rat Saw God. Dead Oceans 2023

Wednesday. Bleeds. Dead Oceans 2025

Brian Howe : In from the storm. Uncut # 344 - November 2025

 

 

Wizards & True Stars

 - Les Ramones la ramènent

 (Part Six)

 

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         L’écrivain le plus punk de l’histoire littéraire n’est pas celui qu’on croit. Ni Léon Bloy. Ni Bukowski. Ni Céline. Ni William Burroughs. Le punk littéraire numéro un n’est autre que Dee Dee Ramone. Pour preuve, ce petit chef-d’œuvre bourré de rien-à-foutre et de va-te-faire-cuire-un-œuf, Lobotomy: Surviving The Ramones. En anglais, ça donnerait un truc du genre : a nothing-to-lose and go-fuck-yourself soaked masterpiece.

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         Johnny Ramone ne faisait pas de cadeaux dans son Commando. Dee Dee Ramone en fait encore moins dans son Lobotomy. Comment peut-on raconter l’histoire des Ramones autrement que dans un pur punk style ? Dee Dee raconte par exemple son premier voyage en stop vers la Californie. Il est ramassé par deux mecs louches à Flint, dans le Michigan : «I rode with them to Indiana (...) They had a flexible saw and they were planning to decapitate the next person they met.» On est aux États-Unis, un pays construit dans la violence, et aux mains d’un écrivain dont l’imagination est fertile. Dee Dee rocke ses phrases. Il les dope. Il dit un peu plus loin qu’il a fait son choix très tôt : «The key to survival seemed to be a college education, but I had already graduated to my role in life - that of social deviant.» Bienvenue au club, dirait Mick Farren.

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Dee Dee + Connie

         Chez Dee Dee, le punk est partout, pas seulement dans la musique et dans la dope, le punk sublime aussi ses relations sentimentales : «She picks up a pot of old spaghetti off the stove and flings it at my head, splattering the wall with rotten meat sauce.» Vlaaaaffff ! Dee Dee n’embrasse pas sa copine sur une plage au coucher du soleil. La copine en question, c’est la fameuse Connie qui avait coupé de pouce de Killer Kane pendant qu’il dormait, au temps des Dolls.

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         Quand Dee Dee rend hommage à ses pairs, ça peut donner une formule du genre : «Johnny Thunders and Tommy Ramone both went to London to get the right stuff to be the top flashmen about town.» Et à la suite, il résume en une seule phrase toute l’histoire de la scène punk new-yorkaise : «After the Dolls broke up, three were still a bunch of creeps who needed a scene.» La formulation est parfaite : a bunch of creeps who needed a scene. C’est presque musical, avec des mots spontanés. Pur street talk. S’il raconte le premier concert des Ramones au CBGB, c’est à sa façon : «The audience looked like a bunch of glowing Jack o’ Lanterns sitting on a graveyard fence on Halloween night.» On est pas loin de la mâchoire qui se décroche et qui pend comme une lanterne, cette expression de Lux Interior qui amusait tellement Jean-Yves.

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Arturo + Dee Dee

         Tu veux encore du punk ? Alors va dormir chez Arturo Vega : «Arturo had had bricks thrown through his windows so many times because of bad dope deals and crazy love feuds that it’s a wonder no one ever get concked in the head by one.» T’es au salon et une brique arrive. Pas mal. À une époque, Dee Dee vit dans un immeuble où vivent aussi des punks encore pires que lui : «They were killing cats up there. I know that for sure, because they would throw their half-eaten carcasses out the window. It was disgusting.» Attends, c’est pas fini - They were all chopping up the furniture for firewood and building campfires on the floor for heat and to cook rats they caught when no one had a cat. It was nuts - Dee Dee se régale dans cet univers. Et il continue de battre tous les records de fucked-up punk style : «There was vomit everywhere. On the floor, in the sink, and overflowing from the toilet bowl. This is sick, I thought to myself.» Quand il raconte ça, il est dans les toilettes du Country Cousin, sur King’s Road, avec Sid Vicious. Mais Dee Dee n’a encore rien vu : Sid va lui montrer comment on bat tous les records de fucked-up punk style : «Sid produced a horrible syringe with old blood caked around the needle. I gave Sid some of the speed and he tapped it into the syringe to load it up for a hit. Then he stuck the needle into the toilet and drew up water from the bowl into the hypo so he could coldshake the speed that was in the outfit. The water had vomit, piss and snot in it.» En en guise de chute, Dee Dee lâche : «Now I’ve seen it all.» Les gogues, c’est tout un monde.

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         Quand Sire signe les Ramones, voilà ce que dit Dee Dee : «Seymour Stein and Danny Fields signed us; and they’re as cheap as they come. Real cheap-skate stuff.» Tu lis ça en claquant des doigts. Real cheap-skate stuff ! Et Dee Dee redescend dans la rue en claquant des doigts : «I just thought ‘oh I’m cool,’ and I hit the street as a drug addict.» Il est en plein dans Lou Reed. Plus loin, il refait swinguer ses mots ainsi : «The old routine. Hitting the sidewalk around 12 o’clock to go cop.» Quand il fait la queue pour la methadone, il se marre : «The methadone patients were so stoned that they would stand on the street and sway in the wind.» T’as l’image.

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         Il adore la dope, mais il a une façon particulière de le dire : «My favorite was Zero Zero, an opiate hash that really got me stoned.» Et quand les douaniers l’embêtent à Gatwick, Dee Dee leur balance ça : «You know you guys, are a right bunch of assholes, aren’t you? - and gimme back my passport, motherfuckers.» Il a vraiment le sens des formules fleuries. Quand il appelle les secours, ça donne ça : «Hello, this is Dee Dee Ramone. I am going crazy. Send an ambulance. I am flipping out beyond return. I mean it! No-hope crazy, ok? Bersek, completely insane!».

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         En société, Dee Dee sait se conduire : «I sat down next to Paul Cook and Dave Dee, and I was so happy. I said, ‘Davy, I really love your...’ And I threw up in my dinner.» Relations sociales toujours : «I ran into Lemmy from Motorhead. He took one look at me and he told me I looked terrible. I knew that.»

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           Ça fait du bien de voir Dee Dee entrer dans l’histoire littéraire. Il s’appuie sur une œuvre et sur un vécu, comme Céline et Burroughs. Donc il a de la matière. Et comme il a aussi du style, ça donne un petit book explosif. Il a sans doute été traduit en français, mais c’est dans sa version originale qu’il faut lire ce chef-d’œuvre. C’est comme de voir les films de Martin Scorsese doublés en français. Même pas la peine de commencer. Si on perd la langue, on perd tout. Surtout la langue de ce fantastique italo-rapper qu’est Robert de Niro.

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         Joan Jett rappelle dans son intro qu’en 1978, les Ramones ont tourné pendant trois mois avec les Runaways, driving across the country in vans. Et d’ajouter ceci qui éclaire tout le reste : «It was the best three months of my whole life.» Pour elle, «Dee Dee was the heart and soul of the Ramones.» Et voilà, c’est dit.

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         Le pauvre Dee Dee n’a pas eu la vie facile - My parents were so miserable that secretly I was hoping that Dad would just run our little German car right off the road and kill our whole family - Il est terrifié par son père alcoolo et fait tout pour l’éviter. Le père picole et rentre à l’aube en gueulant - Being miserable seemed normal. There didn’t seem to be any other way - Et il tire très tôt les enseignements de tout ce bordel : «Rebels were a lot cooler to me than squares. My parents seemed like a continual drag. I could never forgive them for what was going on at home.» Tout le monde le sait : c’est ce que tu vis dans ton enfance et dans ton adolescence qui pré-détermine ta vie d’adulte. Si tu grandis avec des cons, t’es baisé. C’est aussi simple que ça.

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         Quand il vit encore en Allemagne avec ses parents, Dee Dee commence à tester la dope et notamment la morphine - It felt like you were getting an electric shock when you shot it up - À Berlin, il commence à s’habiller et à loucher sur les Levi’s jackets. Il teste aussi le LSD - I did it hundreds of times, and I don’t think I ever had any bad trips, but it really wasn’t my thing. It was  heroin that would get me through the day - Et il adore le pot - Ho ho ho. I lit up a joint of Chiba Chiba Columbian Gold - Il en arrive à son fameux Chinese Rock - For a while dope was called Chinese Rock in New York - Et là on entre dans l’autre mythologie, celle du compositeur d’hits interplanétaires : «Richard Hell had mentioned to me that he was going to write a song better than Lou Reed’s ‘Heroin’, so I took his idea and wrote ‘Chinese Rocks’ in Deborah Harry’s apartment that night.» Et plus tard, comme beaucoup d’autres, Croz, Sly et toute la bande, Dee Dee va devenir cocaine crazy.

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Dee Dee & Johnny

         Le cœur battant du book, c’est bien sûr l’histoire des Ramones. On pourrait même dire la vraie histoire des Ramones. Comme les Ramones sont un groupe passionnant et que Dee Dee est un écrivain passionnant, ça donne des pages passionnantes. Dee Dee donne le ton : «All of us were a bunch of ill-mannered lowlifes.» Tu comprends, c’est pas les Talking Heads. Au début, Johnny Ramone portait les cheveux très longs, «down to his waist, comme Mark Farmer de Grand Funk Railroad.» Johnny et Dee Dee ont un sacré point commun : ils sont fans des Stooges. Dee Dee n’en revient pas de trouver un autre fan des Stooges à Forest Hills - It was like a miracle - Pour lui, les Stooges sont les meilleurs - They were very very creepy. Creepy is the best description for them. They were the kings of the creeps - Dee Dee et Johnny ramone adorent aussi Jimi Hendrix. Quand Johnny Ramone s’achète une guitare, c’est une Mosrite, comme celle des Stooges, dit Dee Dee (il doit confondre avec Fred Sonic Smith), alors que la Mosrite est une surf guitar. Quand ils voient les Stooges à l’Electric Circus, Iggy arrive sur scène in red underpants et Scott Asheton s’est peint une croix gammée dans le dos de sa motorcycle jacket - They were loud and angry.

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Hilly Kristal

         Au départ, Dee Dee ne sait pas jouer de la basse. C’est Johnny qui lui montre les notes - All I knew was the E - Et pouf c’est parti ! - We did our first show with The Fast at Performance Studios. For the second show, no one came back - Puis c’est bien sûr le CBGB - We had to watch out for rat, mice and dog shit on the floor. It was the pits. Especially Hilly Kristal, a big fat guy, who ran the place and apparently never bathed - Il dit aussi que sa femme, Karen Kristal, haïssait les Ramones. Aucun détail punk n’échappe à Dee Dee : «The didn’t have any toilets, so the audience just pissed where they stood.» Endroit idéal pour les Ramones - We had a four-way chemistry that was insane - À la fin du premier show, Dee Dee lance sa Dan Electro en l’air «and let it bounce up and down a few times until it broke. I thought that was the ultimate in glamor.» Il ajoute que les Ramones se sont vite taillés une belle réputation, «but not making any money.»

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Jeffrey Lee Pierce

         Dee Dee dit aussi que la presse anglaise leur manquait de respect - The British press treated us like clowns - Plus loin, il enfonce encore son clou : «Flying in England in February to do interviews with the creepy English press. The biggest assholes in the world. Smarty-farties, that’s what we called them.» Dee Dee décrit aussi une crise de colère de Jeffrey Lee Pierce contre les journalistes français et qui les chasse à coups de Strato blanche. Même chose avec Johnny Ramone qui chasse McLaren de la loge du Whisky a Go Go en brandissant sa Mosrite, «Get out Get out!».

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         Dee Dee donne pas mal de détails fascinants sur la cuisine des Ramones. Joey compose ses chansons sur une Yamaha acou qui n’a que deux cordes, «and then Johnny would struggle his best to interpret it. Johnny would show me the bass parts to my own songs because I had no idea how they went on the bass.» Et puis t’as les relations entre les gens. Dès le départ, Dee Dee se sent à part, «because I think they couldn’t understand me.» Puis quand Marky Ramone arrive dans le groupe, ça se met à picoler sec - Marc and me were drinking ourselves to oblivion, twenty double martinis a night. Booze and pills and cocaine. We were sick.

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         Nous autres les admirateurs, on ne voyait que le côté rock des Ramones. Dee Dee, qui vivait ça de l’intérieur, voyait surtout le côté sombre du groupe - By this stage, Johnny Ramone decided everything for the Ramones. I sat in the back of the van and they sat up front. No one ever spoke to me. Joey and Johnny had a few phoney conversations, but that was about it - Johnny Ramone écoute le baseball sur l’auto-radio, alors tout le monde ferme sa gueule dans le van - Monte would never turn it off because John wanted it that way - Dee Dee en a marre. Il rêve de prendre un job ailleurs, «a doorman, or a candy-store owner, or having a hot dog stand. I was serious. I’d had enough.» Il finit par voir Johnny comme un beauf. Et il enfonce bien son clou : «Johnny was making too many musical decisions for a person who wasn’t a songwriter.» Dee Dee ne peut plus le schmoquer : «It got on my nerves. Johnny just criticized everything. It seemed to be his way of having fun.» Dee Dee décroche au moment de Brain Drain, il ne joue pas sur l’album - Everybody in the band had problems; girlfriend problems, money problems, mental problems - Dee Dee se dit scié de voir que les gens ont une idée idyllique des Ramones. Quand il entend dire que Del Shannon s’est tiré une balle, «it made me think of why I wanted to shoot myself too.» Puis Dee Dee commence à faire de la parano : il croit que les trois autres veulent le virer du groupe - How can you talk about that with people who hate you? - Il ne demande aucune faveur, car il sait qu’il n’obtiendra rien. Même pas de Monte qui veille alors sur Joey, «and a slave to the whims of Johnny Ramone». La cuisine des Ramones n’est pas jojo. Dee Dee n’y voit que le côté dark du punk. Les bad vibes, l’énergie souterraine. Il quitte enfin le groupe.

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         Quand Dee Dee est au ballon, il est obligé de vendre ses droits sur «Poison Heart», «Main Man» et Strength To Endure» pour pouvoir se payer un avocat et sortir. Personne ni à New York ni dans les Ramones n’est venu à son aide - And to top it off, these songs ended up on a new Ramone album called Mondo Bizarro - Dee Dee est furieux, car dans les interviews, les Ramones tentent de minimiser son rôle - «Dee Dee co-wrote it.» No, I wrote it with all my heart and soul. «Poison Heart» was MY song about MY life.

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Londres / 05 / 06 / 1977

         Dee Dee aura tourné 17 ans avec les Ramones. Il rappelle que les règles étaient établies - We toured the world by rules that were decided for me - I had no part in making them. I was only allowed to learn them, live by them and not question them - Il voit Johnny Ramone comme un monstre - He would get dangerous, yelling and glaring at everyone. He had nothing but pure hate in his eyes. He hated everyone, especially Joey and me - Dee Dee réagissait à sa façon  - I have pulled knives on him, yelled the f-word at him, and told him I hated his guts.

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Dernier concert 1996

         Quand il revoit les Ramones au moment des derniers concerts, c’est pathétique. Dans la rue, Marky fait semblant de ne pas le voir. Il faut lire ces pages, car Dee Dee décrit la fin misérable d’un groupe qui a tellement compté pour beaucoup de gens. Et sur scène, c’est pas terrible - They were good, but they had lost their cool. Johnny Ramone seemed more like a tennis player than a guitar player.

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         Le passage le plus génial du book est celui consacré à la conférence de presse à Londres : c’est l’équivalent de Las Vegas Parano. Il est à Londres avec Monte Melnick et Joey Ramone. Ils sont tous les trois «pretty fucked up». Joey est «drunk as a skunk». Et puis t’as les London cabs qui ne s’arrêtent pas - Cabs won’t pick you up, especially if you’re American and very drunk - Alors Dee Dee garde toujours des bouteilles de bière avec lui, la nuit à Londres, «to fling at the cabs.» 

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         Dee Dee rend quelques beaux hommages, à commencer par Alan Vega - If Iggy had created a Frankenstein, it was Alan Vega. When Alan jumped in the sparse audience, it was a bit too much for me (...) He’s a very serious performer - Il brosse aussi un sacré portrait de Connie, originaire de Fort Worth, Texas, et ex-poule de Killer Kane - She also had lived with the GTOs, Pamela and all those people, in California. She had been living with Jobriath at the Chelsea Hotel - Hommage encore aux Pistols - But the truth is they were a really good band. They weren’t a bunch of monkeys. They were totally street.

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         Quand Dee Dee voit Totor pour la première fois, il le compare à Dracula. Dee Dee raconte aussi la soirée chez Totor : «Then he sat down at his black concert piano and made us listen to him play and sing ‘Baby I Love You’ until well after 4:30 in the morning. By 5:00 AM, I felt as if I was going to completely lose my mind.» Et comme l’ont dit les autres, Dee Dee ne sait pas qui a joué de la basse sur End Of The Century.

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Dee + Stiv

         Dee Dee évoque aussi l’épisode du super-groupe à Paris avec Stiv Bators et Johnny Thunders, but nothing worked. Pour lui, c’est comme les Ramones, impénétrable - Eventually, the Ramones became a clique and I felt excluded from it - Dee Dee ajoute que Stiv Bators lui a piqué une K7 sur laquelle se trouvait sa compo «Poison Heart», et bien sûr, Bators va enregistrer une démo.

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         Le grand passage hilarant du book, c’est son séjour à l’asile de fous - I was given a room to share with a negro. He was quiet and well-behaved. He just lay on his cot, sleeping with eyes open, and I sat in the window frame looking at a light bulb - Version punk du Vol Au-dessus d’Un Nid De Coucous - That was fucked up. They also made me play volleyball. It was a nightmare.

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Signé : Cazengler, ramone encore sa fraise

Dee Dee Ramone. Lobotomy: Surviving The Ramones. Da Capo 2016

 

 

L’avenir du rock

 - Atalhos de l’ass

         Finalement, l’avenir du rock trouve le désert très sympa. Il apprécie le calme. Pas de bagnoles, tu respires l’air pur. Pas de gros con au volant d’un diesel, ça repose les yeux. Pas besoin de parapluie, ça simplifie les choses. Pas besoin de cavaler, on a tout le temps. Il n’en finit plus d’énumérer les avantages, pas de factures à payer, pas de plombier à trouver pour réparer la chasse d’eau, pas de mises à jour à télécharger sur le fucking ordi, pas de liquide à retirer pour aller aux putes, mais le plus intéressant, ce sont les rencontres. L’avenir du rock serait prêt à parier qu’elles sont spécifiques au désert. Ce sont des rencontres qu’on ne pourrait pas faire en ville. Exemple : un jour il croise un drôle d’individu aux allures de dieu grec. Cheveux bouclés, peau claire, il a une aile greffée sur la joue gauche. Il paraît un peu louche, mais l’avenir du rock ne s’en offusque pas puisqu’il engage la conversation :

         — Bonjour, je suis l’avenir du rock. Vous cherchez quelque chose ?

         — Oh oui, je cherche mon frère Thanatos...

         — Ah oui, le dieu de la mort ! Donc vous êtes Hypnos ! Quelle joie que de vous rencontrer ! 

         Hypnos s’incline respectueusement :

         — Cette joie est réciproque. Quand je vais raconter ça à Nyx, ma mère...

         — Nyx ta mère ?

         — Arrêtez vos conneries !

         — Je posais juste une question !

         — Bon, bref, quand je vais lui raconter ça, Nyx ma mère ne voudra jamais me croire : un helléniste en plein désert !

         — N’exagérez pas, je ne connais que deux/trois bricoles, juste de quoi alimenter une modeste rubrique. Et puis c’est pas tous les jours qu’on rencontre un dieu grec. Ça change ! Ça remonte le niveau intellectuel. Je ne devrais pas vous dire ça à vous, mais ça donne des ailes !

         — Pardonnez-moi d’insister, avenir du rock, mais vous n’avez pas répondu à ma question...

         — Non, je n’ai pas vu Thanatos, du moins pas encore, mais je vous recommande chaudement Atalhos. Vous m’en direz des nouvelles !

 

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         Le chanteur d’Atalhos s’appelle Gabriel Soares. Il a le prénom d’un ange bien connu. Il dispose des deux atouts qui font les superstars, enfin les vraies, celles de l’underground : le power et la grâce. En plus, il a les compos. En plus du plus, il y croit dur comme fer. C’est tout de même incroyable de voir ces quatre Brésiliens jouer une pop de cracks pour une salle à moitié vide. Ça crève les yeux : Atalhos est un groupe de

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surdoués miraculeusement de passage en Normandie. Sur scène, ils dégagent une puissance extraordinaire, tout repose sur la qualité des chansons et les dynamiques internes, le bassman joue à la vie à la mort, t’as un mec au beurre qui ne la ramène pas mais qui cale tout comme il faut, et l’ange Gabriel partage ses duties aux poux avec un barbu d’une surprenante discrétion. Sa façon de jouer dans l’ombre rappelle celle de Joey Santiago.

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         Comment pourrait-on les situer musicalement ? Grande power-pop atmosphérique ? Ils ont tellement de personnalité qu’on peine à les comparer. Dans une interview, ils citent Wilco, mais ils sont bien meilleurs que les Américains. T’en perds pas une miette, ils combinent les échappées mélodiques avec un power bien tempéré, chaque cut se distingue du précédent par sa structure, mais globalement, l’ambiance ne bouge pas. Ils sont captivants de bout en bout. T’as vraiment

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l’impression d’assister au concert d’un groupe légendaire que personne ne connaît. Comme ils chantent en brésilien, t’es baisé, t’as aucun point de repère, donc tu dois te contenter de ce que raconte l’ange Gabriel entre deux cuts. Miraculeusement, il parle français, avec un fort accent. L’un de ses plus beaux cuts concerne le Paraguay, mais il ne figure pas sur l’album que tu ramasses ensuite au merch. 

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         L’album s’appelle A Tendaçao Do Fracasso et date de 2022. T’as zéro info dans Discogs. Et de toute façon, tu ne te fais aucune illusion : tu sais bien que tu ne vas pas retrouver la clameur du set dans l’album, même si les compos tiennent la route. Tu

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retrouves un peu de cette puissance atmosphérique dans le cut d’ouverture de balda, «Tierra Del Fuego», et avec le morceau titre, tu re-goûtes à cette fast pop de qualité extrême. Midas Gabriel transforme sa pop en or. Sa copine Delfina Campos vient duetter sur «Te Encontrei Em Sp» et te voilà sous le charme. Et ça continue en B avec ce «Teoria Del Cuerpo Enamorado» qui te monte bien au cerveau. Mais malgré tous tes efforts de subjectivité, tu ne retrouves pas l’éclat du set. «Monica Vitti» somme comme une pop douce et tendre, vertueuse et bien roulée, c’est un joli mid-tempo fleuri de notes aériennes. Tu retrouves enfin le beat têtu qui te plaisait tant sur scène dans «Ushuaia». C’est là qu’ils excellent, voilà l’hit d’Atalhos, mood musclé, bien soutenu et traversé par les alizés du paradis.

Signé : Cazengler, qui l’a dans l’Atalhos

Atalhos. Le Trois Pièces. Rouen (76). 23 février 2026

Atalhos. A Tendaçao Do Fracasso. Costa Futura 2022

Concert Braincrushing

 

 

Wizards & True Stars

 - Hammond honorable

 (Part One)

 

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         La vie de John Hammond est un peu à l’image de celle d’Auguste Renoir : elle n’offre pratiquement pas de reliefs. Comme chez Renoir, tout l’attrait se résume à l’œuvre, et non dans la vie de l’artiste, alors que dans le cas de Paul Gauguin, par exemple, l’attrait se trouvait à la fois dans l’œuvre et dans la vie de l’artiste. Il faut simplement se souvenir que John Hammond est le fils du célèbre producteur John Hammond, lui-même descendant d’une longue lignée de John Hammonds qui remonte jusqu’à l’antiquité. L’ancêtre s’appelait Jean Amande et il cultivait ce précieux fruit dont le lait rendait folles les princesses de Nubie. 

         Pour les becs fins du blues, John Hammond est l’un des meilleurs. Il vient de casser sa pipe an bois, aussi allons-nous lui rendre hommage en célébrant une œuvre dense.

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         L’un des plus beaux albums de blues blanc est certainement Big City Blues. Pochette magnifique. On y voit le jeune John assis sur sa Honda rouge. Il porte du cuir noir, et derrière lui resplendissent les buildings de Manhattan. Si une pochette dit l’Amérique intrépide, c’est bien celle-ci. Et quel album ! Il attaque avec l’« I’m Ready » de Big Dix et on a tout de suite la vraie voix. Il joue un boogie blues extrêmement sérieux et doté d’un certain cachet. Dès le premier cut, John Hammond entre dans la cour des grands. Avec « My Starter Won’t Start », il montre bien qu’il sait chanter le blues. Il recrée le blues blanc. En fait, il semble coloniser le blues, comme ce naufragé qui colonisa une île du Pacifique en construisant une église en palmes. On tombe ensuite sur « Barbecue Blues », un beau boogie de caractère. John Hammond sait ce qu’il veut. Il reprend l’« I’m A Man » de Bo Diddley et sonne comme les Pretty Things ! Non ! Mais si ! Il tient bien son« Barrelhouse Woman Blues » et il déroule l’extraordinairement spatial et spacieux « Midnight Hour Blues ». Il chante presque comme Stan Webb, avec du doux dans le gras du menton. En B, il attaque avec le « Backdoor Man » de Chucky Chuckah. Puis il revient à Big Dix avec « I Live The Life I Love ». Il peut sonner comme Alvin Lee. Au fond, si on réfléchit cinq minutes, John Hammond pourrait bien être une sorte de Chucky Chuckah blanc. Il livre aussi une version extraordinaire de « No Money Down », swinguée jusqu’à l’oss de l’ass et visitée par les vents d’Ouest. Puis t’as une version secouée de « My Babe », classique big dixien qu’il transmute en or philosophique. Il tient tous se cuts par la peau du cou. On considère Big City Blues comme le premier « white blues record from either side of the Atlantic ».

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         Comme il dispose d’une vraie voix, qu’il adore le blues et qu’il sait jouer de la guitare, le jeune John sait que l’avenir lui appartient et qu’il va pouvoir enregistrer des tas de disques. Sa discographie s’étend sur cinq décennies. L’amateur se retrouve avec du grain à moudre. Juste avant Big City Blues, le jeune John avait déjà enregistré un bon album sans titre chez Vanguard : John Hammond. Il y reprend une belle ribambelle de classiques : « Two Trains Running » (de Muddy qu’il tape à la dure en jouant seul et en tapant du pied sur une grosse planche, mais il n’est pas Hooky), « Give Me A 32-20 » (de Big Boy Crudup, il tape toujours du pied et il chante au raw). On l’aime bien, le jeune John mais il a un gros problème : une peau blanche. C’est compliqué. Mais pourquoi ce blanc-bec veut sonner plus noir qu’un nègre du Mississippi ? C’est une aberration. Quand il hurle Lord mama, sait-il seulement de quoi il parle ? A-t-il une idée de ce que ces pauvres nègres ont enduré ? Il retape dans Chucky Chuckah pour une version softy de « Maybellene ». Mais Chucky Chuckah est plié de rire. Chucky Chuckah est passé par Angola. Mais le jeune John ne se déballonne pas. Il revient avec « Louise » qu’il joue bien au trade et il devient magnifique de solitude et de peau blanche dans le monde des noirs. On le sent inspiré. Il tape ensuite dans le « This Train » de Big Bill Broonzy et il le fait bien, il le choo-choote en grattant des poux exacerbés - Hey hey - et ça passe comme une lettre à la poste. Il chante « East St Louis Blues » comme un nègre atteint de tuberculose. La Dame aux Camélias se serait jetée aux pieds du jeune John, car il fait là une fabuleuse dentelle d’art moderne. Il est encore plus fantomatique avec « Going Back To Georgia ». C’est du Skip James à l’état pur ! Il va chercher « I Got A Letter This Morning » de Son House au chat perché. On sent bien la cabane perdue au bout des champs. Et il refait son numéro skipy avec « Alabama Woman Blues » et on se retrouve une fois de plus en pleine fantomisation des choses. Il se rend aussi au carrefour du diable pour le fameux « Crossroad Blues » de Robert Johnson. C’est une fois de plus un prodige transcendantal.

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         Il reviendra à Robert Johnson en 2003 avec un album assez stupéfiant, At The Crossroads. On peut même parler d’album mythique. Tout y pincé jusqu’à l’excellence, comme cette fantastique version de « 32-20 Blues ». Pureté du son et de la voix. Tout est joué au picking différé et chanté au velouté de lait crémeux, comme ce « Milkcow’s Calf Blues », qui semble descendre d’un pis dans l’aube fraîche du Kentucky. Ce mec sait traire les notes de blues au fond des fermes les plus reculées. Il a un son tellement pur ! T’es obligé de t’en délecter. Impossible de faire autrement. Dans « Trawling Riverside Blues », le jeune John claque ses vieux accords de principe avec la niaque des Appalaches. C’est effarant de crudité véracitaire. En vieillissant, le jeune John flirte de plus en plus avec le génie. Il creuse toujours plus dans les profondeurs des roots avec « Stones In My Passway », puis il rebat tous les records de purisme avec « Cross Road Blues ». Il gratte ça à la lune. C’est un fou des roots. Un dingue du real deal. Tout est gratté au clair de bottleneck. Il finit par se perdre dans le fouillis des roots et des cabanes - Lord I believe it’s time to go - Eh oui, son « Me And The Devil Blues » est d’une finesse extrême. Il devient enragé avec le fantastique « Walking Blues » des origines et passe ensuite au brasier des poux avec « Preaching Blues ». On le sent possédé ! Il joue comme dix ! Puis il salue Chicago avec « Sweet Home Chicago » et sonne comme Elmore James qui avait tout pompé à Robert Johnson. Il emmène « When You Got A Good Friend » au chant sibyllin et passe à l’heavy blues avec « Judgment Day ». Hallucinant ! Le jeune John sonne comme les Doors. Il boucle cet album héroïque avec une cover demented de « Rambling Blues ». Alors attention les gars : ce cut contient toute la mythologie du blues. Tout Elmore James était déjà là et donc tout l’early Fleetwood Mac de Peter Green et donc tout le blues rock anglais des seventies. John Hammond t’en bouche un coin.

         C’est sa façon de dire : Robert Johnson se trouve à l’origine de tout.

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         Attention à So Many Roads paru en 1965 : c’est un album garage. Le jeune John est accompagné par les mecs des Hawks et Charlie Musselwhite passe de coups d’harp sur « Down In The Bottom ». Bloomy joue aussi un peu de piano. Charlie et Bloomy débarquaient de Chicago pour participer aux séances d’enregistrement de ce disque, et à l’époque, on ne les connaissait pas encore très bien. C’est tout le génie du jeune John d’avoir récupéré ces deux petits mecs. À l’époque, on racontait que le jeune John avait influencé Dylan. Évidemment, Dylan se trouvait dans les parages. Les Hawks, Bloomy, Charlie, c’était sa came. Dylan fut fortement impressionné par le son du jeune John et de toute cette bande de bohémiens inféodés au blues. Dylan n’en était encore qu’à « Bringing It All Back Home », il n’était pas encore passé à l’électrique. Et ce fut le déclic. On tombe ensuite sur une version mauvaise (au sens de la mauvaiseté) de « Who Do You Love », avec au programme du raw et des guts à gogo. Tout le destin de Dylan se joua semble-t-il sur cet album, car il récupérera à la suite les Hawks pour en faire The Band et Bloomy pour l’accompagner sur Highway 61 Revisited. On a un heavy blues de rêve avec la reprise de l’« I Want You To Love Me » de Muddy. Ils passent le « Rambling Blues » de Robert Johnson en mode heavy blues de cabane. Quant à « Oh Yeah », c’est du garage avant le garage, on est en 1965 - She’s my lover and she’s my ball - C’est l’une des versions les plus raw du hit de Bo qui soit, bien plus punk que celle des Shadows Of Knight. Admirable, même si c’est balayé à l’orgue. Le jeune John sait chanter comme un renégat. Même chose pour la cover de « You Can’t Judge A Book By The Cover », qu’il chante avec une malveillance considérable. Et l’album se termine en apothéose avec « Gambling Blues » (monstrueux ! Reprise sauvage et hargneuse), « Baby Please Don’t Go » (version pépère, pas celle des Them) et « Big Boss Man » (joué à la Pretty Things). John Hammond serait donc le punk blanc original, et alors tout devient évident : le blues était punk bien avant l’invention du punk-rock.

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         Sur Country Blues paru aussi en 1965, le jeune John recommence à taper dans les classiques de Robert Johnson, de John Lee Hooker et de Bo Diddley qu’il rejouera tout au long de son aventure musicale. Il chante « Hitchhiking Woman » à la Skip James, d’une voix de fantôme épuisé par l’intemporalité. Nous autres terriens nous plaignons que la vie est courte, mais sachez que les fantômes se plaignent du contraire. Il gratte bien son « Statesborough Blues » et recherche l’authenticité de cristal du blues des origines. Alors il gratte à l’ongle sec et chante à l’étranglette. Sacré John, il ne s’épargne aucun effort. Mais c’est tellement blanc qu’on se demande parfois s’il ne vaut mieux pas écouter l’original. Oh il sait jouer, c’est sûr, mais Robert Johnson aussi, surtout avec « Milk Cow Calf Blues ». On écoute attentivement sa version de « Crawling Kingsnake » mais on ne peut pas s’empêcher de préférer celle de Doors. Il chante « Bull Frog Blues » à la syllabe mouillée et opère quelques petites accélérations de tempo typiques des bluesmen des origines. Comme Taj Mahal, il tape aussi dans Sleepy John Estes. Sa version de « Drop Down Mama » vaut le détour, croyez-le bien. Puis il s’attaque à un autre géant : Jimmy Reed, avec « Little Rain Falling » qu’il prend au chat perché. Il en fait une version bourrée du meilleur feeling blanc. C’est tout de même autre chose que John Mayall. Dernier gros coup, cette cover de « Who Do You Love ». Il la prend à la mine mauvaise, avec un faux air d’Al Capone, ou de Dick Tracy, c’est comme on veut, du moment qu’on a un menton carré et une balafre - Voo doo you lov ? - Il fouette ça au gratté de poux foutraques et tartine par dessus des vieux coups d’harp. Mirobolant !  

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         Pour Mirrors paru deux ans plus tard, il s’offre une pochette psychédélique, mais il ne bascule pas dans le psyché comme Wolf et Muddy. Il reste résolument tourné vers le passé de ses idoles. Sur certains cuts, on retrouve Bloomy et Charlie. En fait, cet album est une compilation, avec une A électrique et une B où il joue seul en s’accompagnant à la gratte. Il tape dans T-Bone avec un très beau « They Call It Stormy Monday ». Il le prend au chat perché. Il faut bien comprendre que le jeune John aura passé sa vie à chercher le feeling absolu, c’est-à-dire la pierre philosophale du blues. Et en l’écoutant, on comprend ce qui s’est passé dans sa tête : il s’est découvert un jour une sorte de facilité vocale, une petite aisance à glisser dans les aigus limpides, alors il a fermé les yeux et a poussé tout naturellement sa voix. Il s’est laissé aller. Complètement aller. Alors il s’est mis à jouer de sa voix comme d’un instrument, en essayant d’en maîtriser la technique. Un peu plus loin, il fait une version superbe du fameux « Keys Of The Highway », signé Big Bill Broonzy. Il n’existe pas de blues plus éclatant à la surface de cette terre. Il prend ensuite « I Just Got Here » en mode slow blues, et Barry Goldberg l’accompagne à l’orgue. Le mec qui joue de la basse sur « Travelling Riverside » s’appelle Jimmy Lewis et on n’entend que lui. En B, il fait son Robert au rossignol de beau merle avec des covers de « Stones In My Passway » et « Walking Blues ». Son « Death Don’t Have Mercy » compte parmi les plus sombres de l’histoire du blues.

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         Sur I Can Tell paru en 1967, le jeune John tape une belle version du « Smokestack Lightning » de Wolf. Il joue le solo et ne prend aucun risque. Il sait respecter la mouvance de la menace perfide instituée par Wolf. Robbie Robertson joue sur cet album gorgé d’hommages superbes à John Lee Hooker (« I’m In The Mood », spectral), à Bo Diddley (« I Can Tell » chanté avec une incroyable largeur d’esprit), à Big Dix (« Spoonful » qu’il chante avec du feeling plein la bouche et plus loin « My Baby Is Sweeter », qu’ils jouent dans une ambiance à la Chicken Shack), à Elmore James (« Coming Home »), à Chucky Chuckah (« Brown Eyed Handsome Man ») et à Little Walter avec l’excellent « You’re So Fine ».

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         Encore un fantastique album avec Sooner Or Later paru en 1968. Le jeune John attaque avec le vieux « Crosscut Saw » qui fut aussi un hit pour Albert King. Il le prend au sérieux et ça devient véritablement énorme. Il tape ensuite dans un cut de Wolf, « How Many More Years », amené à coups d’harp. Le jeune John a une vraie voix, il va chercher le bon raw. Il prend « Shake Your Money Maker » à la sauvage. Puis ça bascule dans le le  boogie dévastateur. Well done, John ! Le « Sugar Mama » qu’il attaque à la suite préfigure celui de Taste. Le jeune John joue ça au max de son animalité. Il devient est l’un des géants du blues. Chaque fois qu’il tape dans un classique, il trouve le bon son et sait placer sa voix. Il attaque la B avec « Nine Below Zero », un heavy blues extraordinairement agressif. Nous voilà confrontés à l’archétype de l’heavy blues. L’harp traîne à l’arrière et le jeune John sort pour l’occasion son plus beau raw. Il sature ses coups d’harp. Il tape plus loin dans l’Evil que Big Dix avait composé pour Wolf : « Evil Is Going On ». Le jeune John le soigne aux petits oignons. On peut lui faire confiance. Il termine sur un monstrueux classique de r’n’b connu comme le loup des steppes, « Don’t Start Me Talking ». Ouch ! Quel album ! 

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         Pour enregistrer Southern Fried, il débarque en 1970 à Muscle Shoals. Eddie Hinton, David Hood et toute la bande accourent au rendez-vous. Dès « Shake For Me » on entend la belle basse de David Hood. Je jeune John a vraiment un faible pour Big Dix, car il tape dans « Don’t Go No Further », et surtout le fantastique « You’ll Be Mine » qu’il transforme en pur hit de juke. Curieusement, l’album est tellement beau qu’il en paraît lisse. Tout est parfait, le choix des cuts, la voix du jeune John et le house-band de Muscle Shoals. Aucun défaut et c’est précisément cet aspect lisse qui peut agacer, ou provoquer une certaine impatience. Le jeune John « sauve » cet album trop parfait avec une reprise magnifique d’un autre hit de Wolf, « I’m Leaving You ». Il tente de revenir à l’heavy stuff hanté de la grande mesure, mais sa cover sonne comme une reprise de Chuck Willis. Trop bien huilée. Il attaque la B avec un beau « Nadine » dont il ralentit le beat histoire de marquer sa différence avec Chucky Chuckah. On se régale du bassmatic transversal de David Hood. Par contre, le jeune John commet une grosse erreur en voulant reprendre « Mystery Train ». Ce classique d’Elvis fait partie des intouchables, tu ne le savais pas, John ?

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         On reste dans les années soixante-dix avec Source Point. Le jeune John est devenu un expert du boogie-blues classique et de l’heavy-comme-pas-deux, comme on le voit avec « Hoo-Doo Blues ». Il chante ça à l’accent sale et sonne comme un vieux black ayant affronté plusieurs fois la mort. Il fait un petit coup de Big Dix avec « Mellow Down Easy », bien cousu de fil blanc, mais il ramène par la bande un petit côté infernal et inspiré, et comme il le fait avec une certaine conviction, ça tourne au voodoo. Il prend ça au carré du menton, un peu à la manière d’Alvin Lee. C’est terrible de génie blanc, et il claque en prime un solo imparable. Il fait aussi une belle cover du « She Moves Me » de Muddy. Il la prend sous les aisselles et l’accompagne à coups d’harp bienveillant. S’ensuit une bonne surprise : « Let’s Get Home » de Pops Staples - On the morning train - Le jeune John joue ça rockab sur un beau choo-choo beat. Puis c’est un nouveau coup de chapeau à Wolf, il le fait avec un infini respect punk. Quant à « My First Plea », c’est vraiment digne de Jimmy Reed, bien sucré et racé, le jeune John le chante à la délectation, encore une fois, il se situe dans le pouvoir du génie blanc. Il termine cet excellent album avec « As The Years Go Passing By », encore un blues racé comme ce n’est pas permis - There’s nothing I can do/ If you leave me to cry - Il chante ça avec une classe insolente - My love will follow you/ As the years go passing by - C’est un absolu de blues inspiré. Le problème avec un mec comme le jeune John, c’est qu’après ce genre d’album, on va attendre de lui des miracles. 

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         Vous voulez des miracles, les gars ? Pas de problème. On en trouve sur I’m Satisfied qui sort un an plus tard. Il ouvre le bal avec « Outside Your Door », chanté avec un feeling infernal et même insupportable de pureté intentionnelle. Ce mec a les mains propres, on ne pourra jamais l’accuser d’avoir voulu tirer profit des vieux nègres édentés et mentalement démolis par l’historique de l’esclavage. C’est vrai qu’il faut toujours se méfier des blancs, ils vont chercher à tirer profit de la moindre chose, mais les nègres, my God, ils en sont parfaitement incapables, parce qu’ils s’en foutent, comme d’ailleurs les Indiens d’Amérique qui ne comprenaient pas qu’on pût vendre la terre. Pour eux, la terre, le ciel, les fleuves, les bois et les nuages appartenaient à tous. Enfin bref. S’ensuit « If You Ever Need A Man ». Il y va le jeune John, il fait ça avec de l’art plein la bouche, on sent le confiné du culte, on sent le petit blanc qui regrette la cruauté de ses ancêtres et qui tente de réparer l’injustice de l’esclavage, mais comment peut-il seulement imaginer que c’est possible ? C’est irréparable. Aussi irréparable que les camps de la mort, sauf que la condition des nègres était encore pire. Oh, c’est sûr, ils n’étaient pas gazés, mais ils devaient travailler leur vie entière pour des patrons blancs dépravés et personne n’a la moindre idée de ce que ça pouvait représenter au quotidien, en termes d’humiliation et de cruauté. Tu te lèves tous les matins avant le lever du soleil et tu vas travailler aux champs, négrillon ! Pas de smartphone ni de facebook ! Pas de syndicat ni de Sécurité sociale, connard ! Pas de RTT ni de vacances aux sports d’hiver ! T’as le museau dans le limon du delta ! T’aimes le blues ? Alors vas-y, ramasse le coton et ferme ta gueule ! On n’en finira plus de touiller l’abjection du système qui a promu le blues. En tous les cas, ces gens-là ont gratté la terre toute leur vie pour rien, et souvent sous les coups de patrons blancs cupides. Bien sûr, on ne va pas s’en prendre au pauvre John qui fait l’impossible pour sonner au plus juste de ce qu’il imagine être le blues, comme on le constate à l’écoute de « Man In The Road ». Le jeune John chante le blues avec un talent avéré. Mais on a quand même envie de lui demander de laisser la place aux vieux nègres édentés et nécessiteux qui ont réussi à survivre par on ne sait quel miracle dans cette effroyable machine à tuer les pauvres que fut - et qu’est encore certainement aujourd’hui - le fameux Deep South. Quand on trempe dans le blues, on est forcément confronté à toutes ces questions. D’évidence, John Hammond s’est posé toutes ces questions. Il a choisi la voie harmonique du talent inverti pour rendre le meilleur hommage possible à tous ces grands clochards nègres, mais c’est insuffisant, car à aucun moment ne se reflète l’abîme dans lequel les ancêtres de tous ces pauvres gens furent précipités. Pour continuer l’écoute de cet album, il faut foutre la paix au jeune John et lui faire confiance. Il attaque un gospel intitulé « I’m Satisfied » et bien évidemment, des petites négresses font les chœurs. Puis il enchaîne avec des boogie-blues dignes de Boogie McCain et boucle avec « From Fear », merveilleuse pièce de blues tardif. C’est vrai que le jeune John soigne son velouté, et on l’admire pour ça. D’autres préféreront admirer Skip James qu’on paya 40 $ pour dix-huit morceaux devenus plus tard des classiques. 

Signé : Cazengler, John Immonde

John Hammond. Disparu le 28 février 2026

John Hammond. John Hammond. Vanguard 1963

John Hammond. Big City Blues. Vanguard 1964

John Hammond. So Many Roads. Vanguard 1965

John Hammond. Country Blues. Vanguard 1965

John Hammond. Mirrors. Vanguard 1967

John Hammond. I Can Tell. Atlantic 1967

John Hammond. Sooner Or Later. Atlantic 1968

John Hammond. Southern Fried. Atlantic 1970

John Hammond. Source Point. Columbia 1971

John Hammond. I’m Satisfied. Columbia 1972

 

*

         Le problème avec les cercles c’est que ça n’en finit jamais…

META-METAL

                  Profitons d’une étrange connexion saisonnière entre l’envie d’entreprendre une kronic sur le groupe Ouroboros et la sortie d’un livre  aux éditions des Belles Lettres. Quand j’ai vu l’annonce de sa parution j’ai eu un haut-le-cœur, quoi un ouvrage de Sénèque dont j’ignorais jusqu’à l’existence, je commande illico presto !

LES DERNIERS JOURS DE L’HUMANITE

(Intoduction, traduction, notes : JEAN-LOUIS POIRIER)

(Les Belles-Lettres / Janvier 2026)

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         Le livre fait cent-soixante-dix pages. Rassurons ceux qui n’aiment pas les gros bouquins, le texte de Sénèque ne dépasse pas quinze pages. Je respire, ce n’est pas un texte rare de notre philosophe. Seulement un extrait prélevé dans un de ses ouvrages, livre de plus de trois cents pages intitulé Question Naturelles.

         Le titre n’est pas de Sénèque mais de Jean Poirier. Il joue un peu avec les lecteurs modernes, notre monde sent la guerre, et avec un peu de chance pourquoi pas une apocalypse nucléaire... L’Antiquité ne possédait pas l’arme atomique, mais si toute chose a une fin, une question judicieuse se pose : pourquoi le monde lui aussi n’aurait-il pas une fin… Vaste question, nous ne l’étudierons que sous son aspect historial romain. Les Grecs se sont aussi posés la question : pensez ne serait-ce qu’à la disparition de l’Atlantide exposée dans trois des dialogues de Platon.

         Il est à noter que ce thème renaît au temps d’Auguste, qui fonda l’Imperium Romanum. Les plus grands poëtes de langue latine, Horace, Virgile, Ovide, Lucain, aborderont selon divers éclairages ce thème. A peine l’Imperium est-il né que l’on redoute la fin de l’Imperium… Les chrétiens s’empareront très vite de ce thème : certains historiens datent la rédaction l’Apocalypse de Jean du règne de Néron dont Sénèque fut le précepteur.

         Pour Sénèque la fin du monde n’est pas une hypothèse. Elle reviendra. Il hésite un tant soit peu sur la manière dont cette fin s’effectuera. Il propose   trois versions : un déluge qui noiera la terre, un incendie qui  calcinera toutes formes de vie, un mix des deux. Le mot déluge risque de vous diriger vers l’idée du déluge biblique, fausse piste car il n’y a ni arche ni survivant. Quand il dit déluge, mer montante, fleuves débordants il faut entendre Eau et quand il dit incendie : Feu. Nous voici dans la vision fondatrice des quatre éléments, la Terre n’est pas la catastrophe puisqu’elle subit la catastrophe. L’Air est hors de cause : certes il pousse d’énormes vagues et il attise avec violence les flammes, mais en tant qu’élément subtil, il est avant tout l’agent de liaison des quatre éléments qui permet de s’élever du Feu à l’Ether élément particulier : celui du Divin.

         Si Sénèque pose la fin du monde comme inéluctable, c’est parce qu’il suit l’enseignement du Stoïcisme, vaste sagesse philosophique qui pose les quatre premiers éléments comme participatifs de tout ce qui existe. Le cinquième élément les stoïciens lui donnent le nom de Logos, lui aussi il participe de tout ce qui existe, vous le retrouvez en toute chose dès que vous pensez, dès que vous conceptualisez, n’importe quelle chose du monde. Mais vous ne pouvez vous opposer à l’ordre immuable, au destin du monde. Le Divin, ou l’Ether, ou le Logos, roule sur lui-même, c’est un cycle qui se répète à l’infini, car lorsque le moteur mobile du Divin  a fait un tour lui-même, il s’est accompli parfaitement tout en soumettant le monde à sa propre nécessité cyclique. Le Divin ne peut s’accomplir au-delà de sa propre perfection, d’où la nécessité destinale d’un amoindrissement pivotal du Divin qui arrivé à sa perfection ne peut que recommencer un cycle qui le mènera une nouvelle fois à sa perfection, cette déperdition perfective se traduit  par une conflagration destructrice du monde qui lui aussi repart pour un tour. Le monde revient ainsi chaque fois tel qu’il était dans son tour précédent. Ce que l’on appelle l’Eternel Retour, symbolisé par l’anneau du Serpent qui se dévore lui-même pour rester éternellement lui-même.

         Dans la centaine des pages qui restent Jean-Louis Poirier nous offre une petite anthologie de textes de penseurs qui se sont intéressés à cette problématique. Elle débute par un texte d’Ovide et se termine par des lyrics de… Bob Dylan.

         Une remarque incidente : parmi tous les auteurs cités, l’on rencontre Schopenhauer, philosophe un peu déserté (à tort) par les temps qui courent, mais pas une ligne de Nietzsche le philosophe moderne de l’Eternel Retour, qui a décrit la pensée de l’Eternel Retour comme la pensée la plus lourde.  Une explication à cette absence : l’antiquité a pensé la fin du monde mais a jugé inutile de se focaliser sur le retour du monde. Il est vrai que lorsque nous avons déjà vu un film nous n’avons pas toujours l’envie de le visionner une deuxième fois. Ne connaissons-nous pas déjà la fin de l’intrigue.

         Il en est de même de l’Eternel Retour, certes nous connaissons la fin, mais entre cette fin et ce qui se passera depuis notre propre position sur le cercle, nous n’en savons rien. Peu s’y risquent. A part des auteurs de science-fiction, mais quand on réfléchit à leurs romans, notre réflexion s’infléchit selon le domaine de l’ordre du politique… ce qui nous amène sur un terrain mouvant…

         Il est temps de revenir à Ouroboros.

GLORIFICATION OF A MYTH

OUROBOROS

(NOL / 2011)

Groupe australien, nous chroniquons leurs deux albums, le dernier date de plus de dix ans, toutefois leur FB et leur Instagram sont de nouveau actifs.  Prépareraient-ils leur retour. Affaire à suivre.

Michael Conti : bass, backing vovals / David Horgan : drums / Chris Jones : guitar / Evgeny Linnik : vocals / Michail Okrugin : guitare.

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         Quelle couve ! Prodigieuse ! De Colin Maks. L’a déjà réalisé une centaine de pochettes d’album metal, à visiter sur Discogs. Mais celle-ci est son chef-d’œuvre, ne s’est pas donné la peine de représenter l’histoire complète du monde, simplement un torse d’homme, admirez les écailles de sa  peau, je suis sûr que Jim  ‘’King Lizard’’ Morrison aurait adoré, mais l’essentiel n’est pas là car l’absolu est niché dans la bouche d’ombre, ce serpent débordant de ses lèvres, peut-être même est-il en train de l’étouffer, preuve que Le concept d’Eternel Retour est avant tout une parole, un mythe, un logos, car ce que nous sommes incapables d’appréhender en sa propre objectivité nous le saisissons conceptuellement.

 Black hole generator :un summum battérial, ne vous laissent plus en paix, toutes les cinq secondes une floppée instrumentale fond sur vous, pas le temps de remettre vos idées en place dans les neurones, ça tangue de tous les côtés, sont comme des enfants de maternelle à qui lèvera le plus faut la main pour avoir droit à une barre de chocolat, du haché menu, quelle drummerie, c’est un fouillis d’ordres indécent, le vocal grogne dans son coin comme un ours en cage qui médite de sauter sur son soigneur dès qu’il ouvrira la porte. Si vous demandez quel est ce trou noir et ce qu’il est censé générer, la réponse est facile, premièrement c’est vous et le monde, un truc visqueux dont vous êtes l’englobant et l’englobé car que serait la matière sans la conscience de la matière, deuxièmement le trou noir c’est vous, chacun a le sien dans son cerveau, non ce n’est pas le vide absolu, c’est votre vision de la chose dont vous faites partie, ce sont vos

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solutions à la fameuse interrogation que  Gauguin a magnifié dans son tableau D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?, comme toujours vous répondez : ce n’est pas moi, et vous caftez son nom à la maîtresse, celui d’un Dieu et de toute son histoire, maintenant que vous pouvez vous cacher derrière un nom désormais votre vie ne vous posera plus problème, vous avez trouvé, ou réinventé pour les plus astucieux, un mythe, une mythologie derrière laquelle vous vous sentez protégé. Lashing in the flames : toujours la même marmelade sonique, c’est fou, l’est impossible de compter les moulinets et les breaks, nous avons fait un grand saut en avant, nous étions chez les hommes du néolithique à créer des Dieux animaux et totémiques, à transformer les puissances élémentales en êtres divins personnalisés, en plein milieu du morceau une aubade espagnole à la guitare sèche, en pleine corrida à part que le rouleau compresseur reprend son acharnement colérique, un petit bémol à votre contentement, sur le sable, le taureau au milieu, c’est vous, pas de panique c’est vous et tous les autres, toute l’humanité avec vous, non ce n’est pas un jour de fête, plutôt le dernier jour du monde, ou l’avant-dernier, l’espèce humaine a peu de chance de réchapper à la toute prochaine guerre nucléaire, si vous ne sentez pas les flammes explosives qui s’apprêtent à vous tomber dessus… c’est que vous n’avez pas encore compris que l’espèce humaine (vous en faites partie) s’apprête à appuyer sur le bouton ! Croyances théocratiques se terminent en Apocalypse ! Animal, man, machine : presse-purée riffique, vocal en marche militaire pour énoncer l’évolution animal-homme  et hélas stade  involutoire : machine. Ça pilonne, ça forge, ça bat le fer tant qu’il est chaud, faut du temps pour que l’homme émerge de sa primarité, ensuite la courbe ascendante se précipite en sa propre impasse. Une guitare comme une mouche qui bourdonne, avons-nous vraiment subsumer ce stade, un riff funambule oriental essaie de charmer le serpent qui sommeille en nous, il ne réussit que trop bien, toute montée se résout en pente, nous ne sommes pas encore disparus, mais nous serons dans le wagon de la cinquième extinction. La machine nous remplacera. Sanctuary : nous courrions à la catastrophe et la musique devient rieuse, elle tournoie comme des pantins au bout d’une corde, je suis moi et je ne suis plus moi, je suis un mix intégré, mi-homme-mi-machine, si vous me prenez pour un fou relisez L’île du Docteur Moreau de H. G. Wells le visionnaire, la musique rigole moins, c’est vrai que je suis fou, non pas d’une folie douce ou dure, d’une folie salvatrice, je me suis renié pour mieux m’améliorer, ne serais-je pas en train de devenir un de ces Dieux que j’ai longtemps tant honni. J’ai abandonné mon cadavre sur le rivage, mon esprit machiné survole la mer. Sea to summit : la folie n’était qu’une rémission, le soleil réchauffe les pôles et l’eau monte, la mer recouvre les plus hauts sommets, Ouroboros a choisi son cataclysme parmi les solutions proposées par Sénèque, submersion par l’eau, peut-être restera-t-il une crête  émergeante sur laquelle nous trouverons refuge, la tarentelle orientale se métamorphose en leitmotive salvateur, peut-être survivrons-nous… Serais-je victime d’une de mes obsessions mais le déferlement sonique ressemble à certains passages de Nantucket Sleighride de Mountain, moins d’ampleur romantique mais une technicité augmentée. Disemboled mind : attention ça cahute dur, le feu se joint à l’eau, des anneaux d’Atlantide m’apparaissent, je ne suis pas le seul survivant puisqu’une voix m’appelle, une sorcière ratatinée se tient au pied de mon lit, la marmelade phonique parvient à être en même temps plus lyrique et davantage diffractée comme si le calme se teintait de folie, comme si la folie s’enfuyait de moi, une guitare scie l’aigu riffique, la réalité est-elle en moi ou au-dehors de moi, de qui suis-je le prisonnier de la sorcière, de moi-même, de mes rêves ou de mes cauchemars. Dissolve : accélération rythmique, instant crucial, batterie folle, guitares sous emprise, réaliser le grand-œuvre, tout dissoudre et tout coaguler, alchimie mentale, l’esprit a le pouvoir de disséquer tout phénomène et de réunir les morceaux de chair dionysienne ou osirienne répandue aux quatre coins de mon cerveau assez grand pour contenir le monde en son intégralité, vocal expérimental, tout se passe au niveau du concept, la batterie s’empresse de découdre ce que le vocal essaie de coudre ensemble. Le cycle se répète maintes fois dans ma tête, réussirai-je un jour à tout remettre ensemble ou serais-je attiré par les forces négatives qui ont présidé à la déchéance de l’espèce humaine. Panaceae : une batterie qui piétine sur elle-même, une guitare qui crie et larmoie, existe-t-il un remède universel qui puisse guérir un homme, ne sont-ils pas tous un de mes frères, de la mort. Difficile à  comprendre mon frère ne sera définitivement mort que lorsque je serai mort, la batterie casse du bois, les riffs s’enflamment, le vocal s’empresse auprès des mourant mais c’est celui qui chante qui doit mourir pour tuer la mort de l’autre. Le cataclysme ouroborien n’est-il pas lié à l’intimité de chacun, le macrocosme n’est-il pas que le rêve démesuré et cauchemardesque du microcosme. Un morceau épuré jusqu’à l’os battérial qui rampe à terre pour être au plus près du lieu de recueillement des cadavres. Sur la fin il adopte la semblance de l’effet d’un cataplasme, pour ne pas dire un cataclysme, sur une jambe bois. Edifice to Tyranny : après le drame intime, le drame collectif, la guerre, l’envie, la nécessité, le désir de tuer, la batterie tire à bout portant, mitraillage de riffs, mortal vocat, folie et  complicité des élites, un tableau sombre de la coalescence du politique, des élites et de l’inhumanité. La batterie s’entête peut-être espère-t-elle une autre fin. En vain. Absent from entity : Si vous parvenez jusqu’au bout du monde, ceci n’est pas une hypothèse en l’air, le groupe n’en est-il pas au morceau terminal de son album, il ne se demande pas comme Archytas de Trarente ce qui se passerait s’il lançait une flèche sur la muraille du monde, il se contente d’adapter cette interrogation à lui-même, à sa petite personne, exactement similaire à la vôtre, à la nôtre, se demande en toute simplicité ce qu’il adviendra si arrivé au bout de la folie que se passera-t-il s’il en franchit la dernière limite, sera-t-il encore plus fou ou encore toujours aussi fou qu’avant… une autre manière de se poser cette question un peu plus prosaïque : une fois que j’aurais atteint le bout de ma vie ( = une fois que je serai mort) si je continue à vivre serais-toujours aussi mort ou vivant… Nous sommes ici au moment de rupture élémental de l’Ouroboros, Ouroboros (le groupe) reprend la vision d’Empédocle pour expliquer le serpent ouroboïque : une force élémentale coagulante : l’Eros et une force élémentale dissolvante : l’Arès, qui prennent à tour de rôle le commandement du cycle : organisation-destruction. Le morceau terminal du disque est totalement arestique. Avec les deux précédents il forme un final d’une violence éblouissante, un tsunami intégral qui ravage tout. La terre et vos oreilles.

         A écouter en boucle. Sans fin.

EMANATIONS

(NOL / 2015)

Michael Conti : bass, backing vovals / David Horgan : drums / Chris Jones : guitar / Evgeny Linnil : vocals. + PhilHarmonic Orchestra of Prague.

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         La couve est aussi de la main de Colin Marks. Quel autre peintre ou graphiste aurait pu lui succéder ? Le dessin est de toute beauté mais lorsque l’on le reçoit dans les mirettes sans avoir écouté le disque elle ne s’impose pas d’emblée. Quelle relation avec le titre de l’album, que sont ces émanations et quel rapport entretiennent-elles avec cet arbre. L’on pense à Gatzo, le personnage d’Henri Bosco dans le roman Mon compagnon de songe, qui refuse d’abdiquer sa quête éperdue de l’âme de Hyacinthe, que Cyprien avait dissimulée dans un arbre, mais les Caraques (gitans) ont préféré brûler toute la forêt afin que personne ne puisse la retrouver… Gatzo pense qu’elle n’est pas définitivement évanouie, qu’il pourra la récupérer dans les émanations de la fumée dégagée par l’incendie… L’analogie entre le groupe Ouroboros et le livre de Bosco peut sembler aussi impalpable et fantaisiste que l’objet de la quête de Gatzo, toutefois il est utile pour admettre la folie de Gatzo de comprendre que selon Henri Bosco le songe en tant que voie de connaissance s’inscrit dans la lignée poétique du rêve de Gérard de Nerval

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         Sinon beaucoup plus prosaïquement il suffit d’expliquer que nous assistons à la conflagration terminale d’un des cycles de l’Ouroboros. Beaucoup moins de mystère alors pour cette silhouette d’arbre calciné mise en évidence, n’est-ce pas l’image symbolique de l’Yggdrasil des légendes nordiques à la fin du monde… N’ayez pas peur, sa mort se confondra avec sa renaissance lors du commencement du nouveau cycle… un peu comme le minuit de la pendule indique qu’une journée vient de se terminer et qu’une autre débute…

         Lorsque la forme de cet arbre s’est imposée à mes rétines, mon cerveau a immédiatement entrevu la silhouette de la Semeuse sur les anciennes pièces françaises…  Mais là je vous demande de n’accorder aucun crédit à mes visions phantasmatiques… Un ouroboros financier des banques capitalistes qui gèrent notre monde n’est pas pour me déplaire…

Scion : le mot n’a rien à voir avec le Sion du dieu biblique, pour faire vite sans entrer dans un cours de jardinage sur l’art de la greffe  nous dirons qu’un scion est une nouvelle branche qui au printemps surgit du bout d’une branche de l’année précédente… juste une image symbolique pour signifier selon le mythe ouroborien, qu’une fois mort, nous renaîtrons pour recommencer notre vie à l’identique des millions de fois car nous mourons aussi des milliers de fois et ce cycle se répètera éternellement… Le texte déclare que l’amour est toute la loi, les lecteurs de nos chroniques sur Aleister Crowley qui reconnaîtront la formule magicke de la Grande Bête, auront tort, cette déclaration est à comprendre comme le corollaire de ce que nous avons expliqué sur Empédocle, voir le dernier morceau précédent qui mettait l’accent sur l’Arès force destructrice, alors qu’ici nous sommes dans l’autre étape, celle de l’Eros force coagulante... : l’humus phonique a changé de nature, l’est comme apaisé et davantage accompli, les samplers de l’orchestre classique apporte une épaisseur voluptueuse, après avoir été roulé durant des siècles dans les turpitudes de la désintégration, l’individu renaît de lui-même, les Dieux l’ont tué, mais le voici Immortel, les Dieux vaincus sont comme morts, ils ont trouvé plus fort qu’eux. Si je suis vainqueur qu’est devenue la mort… The sleep of reason : sommes-nous avant ou après, qu’importe sur le cercle tout moment présent est éternel, le chant comme un chœur de moines, le vocal vindicatif, le Dieu t’appelle, n’es-tu pas un rôdeur stalkérien qui cherches à pénétrer dans la zone pour accéder à la présence qui t’appelle, la batterie comme une reptation de reptile, le cercle lui-même n’est-il pas un serpent,  magnifique scène de film suggérée par l’orchestration classique et le charmeur qui se prend pour le maître du serpent, à moins que ce ne soit le cobra qui soit devenu ton maître, il s’est emparé de ta raison, il a endormi ta vigilance, tu croyais tourner la roue, c’est la roue qui te tourne. Horizons : nos horizons ne sont-ils pas derrière nous dans la bibliothèque d’Alexandrie détruite, nous sommes les fils des mythes véhiculés par la littérature et la philosophie, nous savons qu’il n’y a pas de Dieux, qu’ils sont morts, parfois le rythme se traîne, la lecture de certains textes se révèle difficile, mais le rythme reprend force, car ce qui ne nous a pas tué nous a rendu plus fort, verbiage et persiflage, parfois nous sommes Thiton, l’amant d’Eos, l’aurore aux doigts de rose, qui a obtenu nôtre immortalité mais qui a oublié d’intercéder en faveur de nôtre éternelle jeunesse, notre chlamyde est trouée comme la peau de la panthère de Dionysos est tachetée de  noir, Shelley le poëte n’a-t-il pas écrit que la toute-puissance d’Ozymandias demeure à jamais pour l’éternité dans son tombeau… saurons-nous un jour lors de notre retour marcher vers d’autres horizons… Emanation : tourbillon sonore, dans le grand chaudron de l’univers, beauté des ères que nous traversons, nous en sortons chaque fois plus grand, plus fort, les atomes s’assemblent, nous revivons la formation du monde, nous ne sommes qu’une particule, qu’une minuscule émanation de ce monde et pourtant en même temps nous sommes aussi l’entièreté de ce monde en perpétuelle métamorphose, le monde n’est-il pas le produit de notre conscience, le grand orchestre samplérique prend le commandement et supplante le vocal comme écrasé par le poids de ses paroles révélatrices, nous sommes l’être et le non-être, le Un et le non-Un… Submission : quel rapport entre ce que je suis et ce que je ne suis pas, qui parle, qui écoute, qui ordonne qui obéit, vocal colérique, peut-on fouetter la mort que l’on porte en soi pour la faire reculer, l’esprit n’est-il pas une citadelle vide sur ses parois apparaissent d’étranges peintures à moins que ce ne soit moi que les peintures regardent pour mieux m’effacer … batterie atteinte de folie se précipite dans le néant de ses battements, essayant à chaque instant d’écraser le vide qui sépare deux battements, tout n’est-il pas joué depuis toujours. Catholicon : un air de musique, pour

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nous rappeler que nous avons vécu des moments inoubliables emplis de haine et de sang, nous avons suivi les ordres du catéchisme, nous étions emplis du rêve de la Divinité, nous nous sentions grands et forts, et au moment de disparaître révoltons-nous contre Dieu et ses anges qui ne nous ont appris que la haine, le morceau est un film à grand spectacle qui se regarde davantage qu’il ne s’écoute, le vocal comme la voix du héros qui se remémore ses exploits et qui au moment de mourir tire la leçon de ses errements.  Benath heaven’s wawes : interminable montée en puissance, le serpent t’offre l’immortalité à l’égal des Dieux, mais cette immortalité ne dure pas toujours, tu ne fais que répéter les échecs de ta vie, oui ta vie est un échec puisque tu finiras par mourir pour mieux renaître, mais tu mourras aussi éternellement, la batterie hésite, l’orchestre console, tempête sous un crâne, si tu veux vivre éternellement tu dois accepter la mort, tu dois te laisser tomber dans l’immortalité infinie de la mort pour accéder à la joie de vivre éternellement, les deux faces d’une même monnaie, l’éternité du serpent est plus longue que l’immortalité des Dieux. Amaranthine : l’acceptation, le choix du néant pour accéder à l’éternité de la vie, la vie amaranthine n’est pas rose mais d’un rouge pourpre plus fort que la mort, des violons pour bercer ton sommeil, s’enfoncer dans la mort comme une troupe guerrière monte à l’assaut, mourir consiste à revenir à l’antiquité originelle de sa propre vie. The amber light : the amber light est bien ambigüe, moment du réveil, une éternité s’est écoulée, tu remues dans ton cercueil, les fantômes de ton passé, les présences de ton existence reviennent, tu t’agites, le serpent a effectué un tour complet et tu tâtonnes dans des bribes de cauchemars, l’orchestre prend son temps, il te laisse le temps de réaliser, même la batterie pour une fois ne pousse pas la rythmique, le vocal émet des grognements d’insatisfaction, tu es debout et tu reprends le chemin, l’éternité du retour pèse-t-il beaucoup plus lourd que l’éternité du départ…

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         Est-ce vraiment reparti pour un tour…

         …

         Tout n’est-il pas perdu de toute éternité… A vous d’en décider. Avec de dernier opus Ouroboros nous offre un double voyage musical, et philosophique. La partition est beaucoup plus riche et variée mais c’est au niveau des lyrics que le groupe fait preuve d’un savoir et d’une qualité d’écriture sans égale.

         Nous surprendront-ils un de ces jours avec une nouvelle œuvre. Je n’en sais rien, mais il ne m’étonne pas qu’après un tel prodige ils aient dû prendre une dizaine d’années pour amortir l’immensité de la tâche accomplie. L’on ne doit pas sortir indemne d’une telle création.

          Damie Chad.

 

*

Il y a des filles qui ne vous laissent jamais en paix. Je pensais, ce clair matin du 20 février, en être débarrassée pour un long moment, ne m’étais-je pas la semaine dernière attelé à chroniquer les trois opus qu’elle avait sortis en 2025. Stupeur et tremblements, la première chose que je trouve en rallumant l’ordinateur c’est le nouvel opus offert à la sombre et voluptueuse curiosité du public  ce 18 février 2026. J’ai ressenti comme un souffle froid me parcourir l’échine….

A PATH PAVED WITH FLICKERING LIGHT

HECATE’S BREATH

(Bandcamp / Février 2026)

El., TS, Ame Severe, Handful of Nails - All Melinoë - Noise, Subliminal Entities.

        Encore moins d’indices que la semaine précédente. Juste une phrase en exergue, un court poème d’Emily Dickinson, et cinq clichés aussi noirs que votre âme. Tout de même un truc marrant, enfin tout est relatif, sur le bandcamp qui annonce la sortie de ce nouvel opus. Juste un lieu de villégiature ou symbolique, le groupe se réclame, le patelin existe, de Quarré-les-Tombes… Seraient-ils des adeptes de la couleur locale, ou alors Balzac, esprit tortueusement génial, avait-il raison d’affirmer que les lieux exercent leur influence sur ceux qui y séjournent… Toujours est-il que l’emblème de la

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 bourgade vaut le déplacement, en haut un bandeau de trois têtes de mores qui rappellent l’écu de la Corse, mais ce sont des chefs de Sarrazins qui n’ont pas pu s’emparer de la ville, était-ce du temps de Charles Martel,  très sinistres sur notre gauche, trois carrés blancs sur un fond noir, serait-ce un rappel fantôme du beauséant des templiers, ou le souvenir des deux mille sarcophages vides exposés depuis des siècles autour de l’église, il en reste moins de deux cents aujourd’hui, de dextre un chêne que nous qualifierons de druidique, trop visible pour être honnête, j’ai l’impression que cette héraldique est d’une facture bien trop moderne…

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         Le souffle d’Hécate semble se mouvoir dans deux directions contradictoires : vers ce qu’il y a de plus menaçant dans notre monde si l’on en croit la traduction du poème de la recluse volontaire d’Amherst, Emily Dickinson (1830-1886), puisque son esprit captait la lointaine présence de toutes choses : « Je l'ai entendu dans les contrées les plus glaciales / Et sur les mers les plus étranges / Pourtant, jamais, dans l'extrême détresse / Il ne m'a demandé une miette. » Par contre la courte question en exergue de l’œuvre Perhaps you've lost your way ? semble empreinte d’une certaine sollicitude. Que vous ferez surtout attention à ne pas confondre avec une sollicitude certaine…

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Celestial concussions : l’on dit que la maléfique Hécate est la gardienne des portes qui ne doivent surtout pas être ouvertes. Par un mortel évidemment. N’empêche qu’il me plaît de voir en cette sombritude une porte vitrée. L’épaisseur du verre ne permet pas de voir à l’intérieur, mais peut-être aussi à l’extérieur, en tout cas l’ombre pallide qu’elle laisse filtrer me paraît être un aiguillon destiné à satisfaire notre curiosité. Malsaine. Une commotion serait-elle céleste n’en reste pas moins une commotion. Je ne devrais pas le dire, mais je ressens beaucoup de douceur dans ce qui se veut être sûrement une inquiétude, le souffle d’Hécate nous semble marcher sur des ailes de colombe, l’est vrai que j’oubliai la dimension célestéenne du titre, ce n’est point un adjectif qui convient totalement à Hécate, d’ailleurs quels sont ces gratouillements vocaux, mais non il nous semble être encore une fois en train de flotter dans les airs sur des ailes séraphiques, toutefois il est quelques pincées de notes inquiétantes, peut-être une appréhension stupide de ma part. Si c’est du doom ambient, l’on est plus près de l’ambient que du dark doom, laissons-nous porter, nous ne savons où nous atterrirons mais cet envol n’est guère désagréable, même si sur la fin résonnent quelques bruits fantomatiques qui traîneraient un boulet métallique pas du tout pesant… Disoriented psychopompe I & II : beaucoup de gris,

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 mais l’œil est incapable de s’arracher à cette noirceur absolue de lame de guillotine et cette espèce de billot un peu maigrichon qui n’attend plus que la hache tranchante, qu’espérer de cette tache blanchâtre là où normalement devrait coaguler une épaisse flaque de sang noir séché… Un bruit plus léger que celui-ci tu meurs, si ce n’est déjà fait, diable l’on croirait entendre une musique de bal funèbre, troublée par des bruits d’âmes qui n’ont commis que le seul pécher de vivre, orgue ecclésiastique, qui se tait pour laisser place à une présence, serait-ce le passage d’Hermès, le dieu psychopompe, celui qui accompagne les âmes des morts qui descendent vers les sombres Enfers, des bruits sinistres peu encourageants, pas la peine de s’affoler, un peu de calme survient, toutefois vite troublé, mais pas trop, est-ce pour cela que le dieu est dit désorienté, ne sait-il pas encore s’il doit nous emmener  dans les enceintes airainiques du cruel Tartare ou sur l’Île des Bienheureux, pour préparer le Retour, dernières notes en point de suspension, comme quand vous l’on vous bande les yeux pour vous emmener vous ne savez où… Altered contusions : que de blanc ! Oui, mais c’est un mur. Les cloisons n’ont-elles pas été inventées pour vous empêcher de passer, d’aller où vous voulez, vous

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limiter, en vous-même si elles sont conceptuelles, mais en haut le blanc se perd dans le noir, et en bas la noirceur de ce haut de muraille s’avère si ténébreuse… fermez les yeux, vous êtes cerné ! De quoi vous ficher un coup au moral ! Ce qui vous saute aux oreilles provient de partout et de nulle part, échos de voix angéliques ou démoniques, vous êtes perdu, mais voici que l’on débite du bois, serait-ce pour préparer votre cercueil ou l’échafaud de votre guillotine, intérieure car c’est nous-mêmes qui décidons de notre destin même si nous errons en un étrange labyrinthe dans lequel on entend résonner nos propres pas qui nous conduisent vers une mystérieuse et bruyante machinerie. Terrestrial commotions : une espèce d’échiquier dont toutes les cases sont noires. D’un noir pas vraiment sombre, plutôt infiniment monotone. C’est sûrement le plus terrible, l’on finit par s’habituer à tout. Même plus peur. Aucune stratégie possible, celle de marcher au hasard peut-être… Si l’on n’avait pas percuté dans notre petite tête, le bruit qui fuse est là pour nous faire comprendre que nous avons changé de plan, du céleste nous sommes descendus sur le terrestre, sur le plancher des vaches pour employer une métaphore un peu moins grandiloquente, vous avez des notes qui clopinent et d’autres qui imitent l’eau qui coule du robinet de votre mémoire que vous avez oubliée de fermer, celui de égout intérieurs qui charrie bien des horreurs, des coups de marteau qui se moquent de vous, vous serez bien obligé de vous désaltérer de cette eau sale, quelques notes moqueuses pour vous rappeler que désormais vous ne vous plongerez votre bouche que de cette eau croupie qui charrie l’urine et les excréments de vos rêves. Isolation : noir

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de chez noir, tout en haut une échancrure noire, indubitablement l’on pense à Verlaine en ses prisons, à la souris rose d’aurore  de l’imagination qui trotte dans votre tête. L’imagination qui fuit, qui chantonne, douçoureusement ce que traduisent les notes sombres et le bruit du trousseau du geôlier, qui n’est que nous-même rappelons-le, un cliquètement monotone rappel de notre présence en ce lieu, en cette petite niche de survie que nous avons édifiée en nous-mêmes malgré la quincaillerie rugueuse de la réalité, l’envol est le plus fort…

         Ce sentier aux lumières clignotantes aura titillé l’esprit de quelques lecteurs, n’avons-nous pas déjà… se demanderont-ils, ils iront vérifier sur la chronique consacrée à Hecate’s Breath la semaine dernière, ils comprendront alors comment ce groupe se joue de nous, il nous repasse les mêmes plats et nous leur trouvons un goût différent, des manipulateurs, une photo, un poème et le tour est joué. Tout dépend non pas de la manière dont vous appréhendez les choses mais dont ils vous les font appréhender. Sont des illusionnistes. Soufflent sur l’eau et vous voyez une chose, vous ressoufflent sur l’eau un peu plus tard : vous voyez une autre chose. Vous regardez votre miroir et vous vous trouvez beau, le lendemain dans le même miroir vous vous jugerez particulièrement laid. Le miroir n’a pas changé, vous non plus, c’est votre regard qui a changé.

         Tout dépend de notre humeur, de l’ambiance du moment répondrez-vous, certes notre esprit toujours en mouvement varie sans cesse, une pensée chasse l’autre, ou conduit à une autre… Votre tour d’ivoire intérieure est-elle si poreuse qu’un souffle venu de l’extérieur puisse la pénétrer et se jouer de vous… Il est vrai que la chienne Hécate qui hurle aux carrefours du monde n’est pas tout à fait n’importe qui ! Pas tout à fait n’importe vous.

Damie Chad.

 

 

 

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