Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

ramones

  • CHRONIQUES DE POURPRE 727: KR'TNT ! 727 :TELEVISION / WEDNESDAY / RAMONES / ATALHOS / JOHN HAMMOND / OUROBOROS / HECATE'S BREATH

    KR’TNT ! 

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

    A20000LETTRINE.gif

    LIVRAISON 727

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    12 / 03 / 2026

     

     

     TELEVISION / WEDNESDAY / RAMONES

     ATALHOS /JOHN HAMMOND

     OUROBOROS / HECATE’S BREATH

      

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 727

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http ://kr’tnt.hautetfort.com/

     

     

     

     

     

    The One-offs 

     - Television personalities

     

    , television, wednesday, ramones, atalhos, john hammond, ouroboros, hecate's breath,

             On avait repéré l’info quelque part, un truc du genre junk-scuzz fucked-up vanguard punk, ce qui peut vouloir dire : le cut du siècle. En l’occurrence, «Little Johnny Jewel», le single d’un nouveau groupe nommé Television. Lu ça où ? Sans doute dans l’un des trois canards anglais, en 1975, toujours les mêmes, Melody Maker, Sounds ou le NME. Mais il faudrait fouiner dans les cartons d’archives, et pour ça il faut du courage, énormément de courage. C’est même au-delà de tes forces : des m3 et des m3 s’entassent dans le garage, entre les cartons d’archives photographiques et de classeurs de dias, les cartons d’archives graphiques et les maquettes papier d’affiches, de canards et de catalogues d’expos, les cartons de dessins et de projets de BD, dont une adaptation de l’On The Road de Jack Kerouac, avec des tonnes de planches encrées, la ribambelle des cartons contenant la bibliothèque XIXe et du début du XXe jusqu’à Gide, Cocteau, Léautaud et Aragon, les cartons d’années entières de la Quinzaine Littéraire de Maurice Nadaud, et du Magazine Littéraire avec les superbes couvertures de Moretti, tous ces canards géniaux que tu ne reliras jamais, et puis ces cartons qui pèsent des tonnes où sont rangés les fucking livres d’art et les catalogues d’expos de Beaubourg, les Paris-Berlin, les Paris-machin et les Paris-truc, à t’en overdoser la gueule, les cartons de CDs jazz qu’on écoutait au bureau, les cartons des CDs gratuits de la presse anglaise depuis les origines de Mojo et d’Uncut, les cartons des premières années de Mojo, d’Uncut et de Rock&Folk, les cartons de BD avec tout Tintin, tout Blueberry, tout Barbe Rouge, Tout Sergent McCoy et tout le routoutout, les cartons de coupures de presse rock anglaise des seventies classées par ordre alphabétique, les cartons de pingouins et les cartons de ratons laveurs... Laisse tomber ! C’est trop tard.

             C’est pas le tout de repérer une info dans un canard. Après, il faut passer à l’action. Comme on dit couramment aujourd’hui, «c’était avant l’internet». Bon, il te faut «Little Johnny Jewel». C’est quasiment une question de vie ou de mort. T’en baves même un peu. Tu t’essuies la bouche du revers de la manche et tu décides d’affronter ton destin. Tu chopes une autre info, cette fois, c’est forcément dans un canard français : «Little Johnny Jewel» est disponible dans un seul point de vente, chez Givaudan, le disquaire importateur du boulevard Saint-Germain. Tu le connais, car c’est là que tu récupères deux fois par an des numéros de Creem, le petit canard rock de Detroit qui met Iggy et Todd Rundgren en couverture. 

             Givaudan, c’est pas la porte à côté. Comme tu sais que c’est l’horreur pour se garer dans le Quartier Latin, t’y vas en train. Pour ça, il faut monter à la gare. Comme t’as la trouille d’arriver trop tard, tu pars de bonne heure pour arriver à l’ouverture de Givaudan, à 10 h. Tu grimpes dans le tchoo-tchoo train d’Alex Chilton et t’arrive enfariné à Saint-Lazare. Comme c’est un samedi matin, t’as pas trop de monde. Tu te jettes dans la bouche de métro et tu prends la 12 jusqu’à la station Rue du Bac. T’es à cinq minutes à pied. T’es légèrement en avance et t’attends l’ouverture. Il y a d’autres mecs qui attendent aussi. Font la queue. Tu commences à flipper. Y sont là pour Little Johnny Jewel, c’est sûr ! Putain ! T’es pas le premier. Ça te bat aux tempes. Baisé comme un bleu. Fallait arriver avant, connard ! Pas possible d’être aussi con ! Te voilà en transe à claquer des dents. Tu te sens pas bien. Un mec te tape sur l’épaule et te dit : «Ça va pas ?» Et toi, tu réponds d’un ton sec «Si si ça va !». Style fous-moi la paix. C’est vraiment pas l’heure de discuter. T’as des gouttes de sueur. Méchant bordel. T’essaie de reprendre le contrôle. Mais t’y arrives pas. C’est dans la cervelle, t’as un truc qui se barre en couille. Tu t’appuies au mur. T’essaye de raisonner : t’es venu pour rien, yen a plus, et puis après ? C’est pas grave. Mais si c’est grave, il te faut «Little Johnny Jewel». Ça te rebat aux tempes de plus belle. Ba-boom ba-boom ba-boom ! Little... Johnny... Jewel ! Tu le scandes comme un cri de guerre intérieur. Tu sens monter la chaleur de la clameur en toi.

    , television, wednesday, ramones, atalhos, john hammond, ouroboros, hecate's breath,

    (Réédition 1979)

             Tu sors du black-out en fin d’après-midi. Aucun souvenir du voyage retour au bercail. T’es debout devant ta platine et t’y poses le single. Le mec n’avait pas raconté de conneries : c’est bien du junk-scuzz fucked-up vanguard punk. Trois discordances descendantes, clong clong clong, suivi de trois dissonances ascendantes, cling cling cling et t’as cette admirable voix de fiotte atrabilaire qui couine Little Johnny jewel/ He’s so cooooool. Te voilà au seuil du plus beau jour de ta vie - He has no decision/ He’s just trying to tell a vision - T’as la vision de Television. Et quand tu retournes ton petit Graal à label rouge, t’entends le plus beau solo de désaille de l’histoire du rock.   

    Signé : Cazengler, Little Johnny Javel

    Television. Little Johnny Jewel (Part One)/Little Johnny Jewel (Part Two)/. Ork 1975

     

     

    L’avenir du rock

     - Wednesday is the day

             Comme chaque mardi, l’avenir du rock réunit ses amis du Cercle des Pouets Disparus en son douillet salon de la rue de Rome. Dans l’immense cheminée, une belle flambée réchauffe les cœurs glacés par les frimas hivernaux. Accoudé au tablier de l’âtre, Paimpol Roux lance un défi byronien :

             — Pourquoi ne détournerasserions-nous pas l’avion du questionnaire de Proust ?

             — Et comment le détournerasseriez-vous, maître Paimpon Paimpon ? Seriez-vous donc un dangereux terroriste ?

             — C’est un jeu d’enfant, mon brave Perrill en-la-Demeure. Vous allez me demander de vous fournir un exemple pour éclairer votre lanterne surannée, alors le voici : élisez vos jours de la semaine préférés ! Mieux encore : en les chantant, vous les couronnerez à la cathédrale de Reims !

             Palpitant d’enthousiasme juvénile, Tristan Corbillard se jette immédiatement à l’eau et se met à chanter d’une voix d’hermaphrodite extraverti :

             — Monday Monday... so gouuuud to miiiiiiii !

             Une salve d’applaudissements frénétiques salue son exploit. Le rose aux joues, Catulle Mandus Cubitus se lève d’un bond et, éperdu d’extase florentine, il se met à miauler :

             — Sunday Morning... and aïe âme fallingue !

             Le souffle de l’ovation ranime les flammes dans l’âtre. Charles Croque-Monsieur bondit hors de son siège, intrépide, et couine d’une voix de gazelle amphigourique :

             — Friday On My Mind, gônna have fun in the citiiiiii !

             Avant que la petite assemblée n’ait eu le temps d’ovationner, Jean de la Morasse hurle d’une voix atrocement perçante :

             — Goodbye Ruby Tuesday... whouu could hang a nème on youuuu !

             — Thursday Night In San Francisco, énonce Gustave Hypokhâh avant que quiconque n’ait moufté.

             Grisé par l’ambiance subversive, John-Antoine No No No s’étrangle comme un hérétique livré vivant aux flammes du bûcher :

             — Saturday Night Fiiiiiiver !

             Une houle d’injures éteint les flammes dans l’âtre.

             — Ouuuuuuuuuuh ! Ouuuuuuuuuh !

             — Et vous, cher avenir du rock, cher prophète foraine, quel jour couronnasseriez-vous ?

             — Sans l’ombre du moindre doute, Wednesday !

     

    , television, wednesday, ramones, atalhos, john hammond, ouroboros, hecate's breath,

             Dans Uncut, Brian Howe déroule le tapis rouge au troisième jour de la semaine : Wednesday. Cinq pages ! C’est pas rien. Tu vois une petite grosse tatouée assise devant quatre branleurs chevelus et tu te dis bif baf bof. On a déjà donné. Mais tu lis quand même, on sait jamais. C’est pas la petite grosse tatouée qui t’incite à lire, c’est pas ton genre, c’est plutôt le mot ‘storm’ dans le titre. Un mot qu’on aime bien par ici. Comme le mot ‘scream’» ou encore le mot ‘wild-as-fuck’.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Et dans les quatre branleurs chevelus, tu repères le nom de MJ Lenderman, un mec encensé par Shindig!, pour un album nommé Manning Fireworks. Pour situer Wednesday musicalement, l’Howe trouve une formule originale : «noise-country catharsis». Il parle aussi de «bedlam», de «practised chaos». Sur scène, Lenderman est maintenant remplacé par Jake Spider Pugh. La petite grosse tatouée s’appelle Karly Hartzman. L’Howe affirme que ses screams sont si bloodcurling qu’on s’inquiète pour son larynx. Elle vit, dit-elle, le scream comme un exorcisme. Elle évoque aussi ses racines littéraires : Brautigan et Bukowski. Côté rock, elle dit admirer Patterson Hood. Et puis l’Howe finit par lâcher le morceau : Lenderman et Karly Hartzman entretenaient une relation et ils viennent de se séparer, ce qui explique son refus de partir en tournée avec le groupe. Mais il vient toujours jouer en studio.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Pour achever de te convaincre, Uncut te colle un cut de Wedneday dans sa compile d’October 2025, Sounds Of The New West : «Pick Up That Knife» : la tatouée a un beau sucre, et elle bascule dans la folie, alors tu frémis, elle y va à l’have meet you outside, les montées en température sont spectaculaires, et derrière, t’as les rois de la démolition. Sa niaque rappelle celle d’une autre grosse shouteuse, Brittany Howard d’Alabama Shakes. Et pouf, tu prends une place pour aller les voir jerker le Trabendo.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Au moins comme ça t’en as le cœur net : Karly Hartzman est la plus grande screameuse de l’univers connu des hommes. Elle ne fait aucun effort vestimentaire, elle se pointe en T-shirt bleu et gros futal caca-d’oie. Sa seule coquetterie est ce noir dont elle a peint ses lèvres, jusqu’aux trous de nez. Et pendant une heure tu vas la voir

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

    foutre le Trabendo à feu et à sang, c’est elle qui drive tout à la seule force de sa glotte, elle chante à s’en arracher la rate, elle screame la crème, elle pousse le push, elle shake le shook, t’avais encore jamais vu ça, même au temps des early Pixies à l’Olympia quand le gros Black se penchait en dessous du micro pour hurler comme un porc qu’on égorge. Elle le bat largement à la course. Elle est tellement extrême qu’elle en devient belle. Elle a des allures de madone, elle impose une sorte de respect sacré. Elle fascine littéralement. Avec vingt ans de moins, tu tomberais amoureux. T’as sous les yeux une authentique superstar, l’une des dernières grandes révélations de cette époque, elle transfigure le rock, elle va là où nulle n’est allée avant elle. Elle fait du scream un art total, une fin en soi, un remède contre la médiocrité de cette époque, elle dit aussi qu’elle screame pour les gens que les flicards butent dans la rue aux États-Unis, et elle screame aussi pour Gaza, alors bien sûr, elle touche un nerf sensible. Et pouf, elle repart pour déclencher le chavirement du Trabendo, toute la salle saute en l’air, t’as des vagues géantes, on se croirait au Cap Horn ! Fantastique apocalypse collective. C’est la meilleure réponse à cette prestation hors normes. Elle a les cuts qu’il faut pour ça, mais sur scène, elle les pousse encore plus loin, elle les screame à l’outrance de

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

    l’outrance, tu chopes «Pick Up That Knife», fuck, tous les gens connaissent les paroles, voilà qu’arrivent ces hits immémoriaux, «Candy Breath» et «Bull Believer» qu’elle rallonge indéfiniment au scream de Méricourt. Elle prévient qu’elle ne va pas faire de rappel, «I don’t want to destroy my voice», mais elle finit en mode ultra-apocalyptique avec «Wasp». Elle meurt et elle renaît dans l’agonie du scream définitif.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Tu te retrouves complètement sonné dans le parc de la Villette. Est-ce une pure coïncidence ? En l’espace de trois jours, t’as vu deux des artistes les plus parfaits de cette époque, Michel Basly (et ses Cowboys), et Karly Hartzman. Tu sais déjà que les prochains concerts vont être compliqués, car bien sûr, tu ne vas pas retrouver une telle intensité, une telle profusion de sonic genius.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Bleeds rentrera dans l’histoire du rock pour au moins deux raisons : «Pick Up That Knife» et «Candy Breath». Elle rentre dans son Pick Up en mode soft Pixies et soudain la bombe explose ! Puis elle revient comme une fleur innocente - I’ll meet you outside - avant de redevenir mauvaise, et la voilà qui explose et déraille, elle te marque à vie, elle est complètement folle. Elle applique la même recette pour son «Candy Breath» qu’elle amène en souterrain et elle remonte à la surface pour te sauter à la gorge, c’est de l’overwhelming définitif, c’est la vague qui balaye le barrage contre le Pacifique, là t’as tout, le tout et l’argent du toutou, t’as tout le poids du monde d’Hanky Panky. Sur «Reality TV Argument Bleeds», ils ont encore du son à gogo, et tu tombes dans l’escarcelle, ils réinventent littéralement les Pixies, elle a tout le power de Zeus, c’est complètement weirded out. Ça te foudroie la tête. Elle fait ensuite sa Kim Deal sur «Townies», elle mène son Bal des Laze, c’est explosif de génie longitudinal, il en pleut de partout, ça t’ébranle les colonnes, ça te vibre la masse volumique. T’es encore inféodé par «Wound Up Here (By Holding On)». Tu devient dingue de ce groupe et de cette weird girlie déviante. Ils réinventent la démesure des Pixies. Ils partent en mode blaster avec «Wasp» et elle refait sa Pixie avec «Bitter Everyday», c’est chargé à l’outrasse de la barcasse. Les guitares serpentines envahissent tout, elles t’enlacent les oreilles, ça densifie à l’extrême de la noise intestine.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Histoire de conforter ta passion naissante pour les petites grosses tatouées qui savent hurler, tu testes Rat Saw God. T’es fixé dès «Hot Rotten Grass Smell». C’est en plein dans les early Pixies. Ça veut dire que ça tombe du ciel. Elle ramène son petit sucre dans l’apocalypse. Et ça continue avec «Bull Believer» et elle parle de blood under the bridge, elle y va fort, elle s’inscrit dans la folie des Pixies, elle tape à la racine de la folie, la vraie. C’est une fois encore apocalyptique. Elle pulvérise les Pixies, elle pousse les pires cris de l’histoire du rock. Karly Hartzman est la plus grande screameuse de l’univers. Les textes sont de très haut niveau, il faut la voir touiller son «Chosen To Deserve» - I’m the girl that you were/ Chosen to deserve - et elle développe de manière inconsidérée - If you’re looking for me/ I’m in the back of an SUV/ Doin’ it in some cul-de-sac/ Underneath a dogwood tree - Là t’as du trash littéraire. «Bath Country» semble aussi sortir tout droit d’un album des early Pixies - Every daughter of God/ has a little bad luck/ Sometimes - Et elle remonte au sommet du genre avec «Turkey Vultures». Sa pure folie narrative pourrait bien te tuer dans l’œuf. Elle est désastreusement géniale - At night I don’t count the stars/ I count the dark - Elle t’entraîne doucement et laisse traîner sa voix - I do not feel my ugly blody - Elle swingue son haw ha haoww. C’est un exploit de génie moderniste.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Pas la peine d’aller investir dans les albums antérieurs, Twin Plagues et Mowing The Leaves Instead of Piling ‘Em Up, Karly n’y screame pas. On sauve toutefois quatre cuts sur Twin Plagues : «Handsome Man», où elle commence à tortiller sa voix, «Cody’s Only», où elle monte doucement en pression, et en B, «Tooth Ache» et «One More last One», qui évoquent les Pixies et la shoegaze, c’est bien noyé de son, mais t’as zéro scream. Et forcément, si t’es là pour entendre Karly gueuler, t’es déçu.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Mowing The Leaves Instead of Piling ‘Em Up est un album de covers, mais ce sont des covers de collégiens américains, et tu t’ennuies un peu. T’en sauves une, le «She’s Acting Simple»» de Gary Stewart, bien noyé de grosse shoegaze. La cover de l’«I Am The Cosmos» de Chris Bell ne marche pas. Ni celles de «Sacrifice (For Love)» (Greg Sage), «Time baby 2» (Medecine) et encore moins le «Perfect» des Smashing Pumpkins. Quelle idée d’aller reprendre des cuts aussi mauvais.

    Signé : Cazengler, Wednesdé à coudre

    Wednesday. Le Trabendo. Paris XIXe. 20 février 2026

    Wednesday. Twin Plagues. Orindal Records 2021

    Wednesday. Mowing The Leaves Instead of Piling ‘Em Up. Not On Label 2022

    Wednesday. Rat Saw God. Dead Oceans 2023

    Wednesday. Bleeds. Dead Oceans 2025

    Brian Howe : In from the storm. Uncut # 344 - November 2025

     

     

    Wizards & True Stars

     - Les Ramones la ramènent

     (Part Six)

     

    , television, wednesday, ramones, atalhos, john hammond, ouroboros, hecate's breath,

             L’écrivain le plus punk de l’histoire littéraire n’est pas celui qu’on croit. Ni Léon Bloy. Ni Bukowski. Ni Céline. Ni William Burroughs. Le punk littéraire numéro un n’est autre que Dee Dee Ramone. Pour preuve, ce petit chef-d’œuvre bourré de rien-à-foutre et de va-te-faire-cuire-un-œuf, Lobotomy: Surviving The Ramones. En anglais, ça donnerait un truc du genre : a nothing-to-lose and go-fuck-yourself soaked masterpiece.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Johnny Ramone ne faisait pas de cadeaux dans son Commando. Dee Dee Ramone en fait encore moins dans son Lobotomy. Comment peut-on raconter l’histoire des Ramones autrement que dans un pur punk style ? Dee Dee raconte par exemple son premier voyage en stop vers la Californie. Il est ramassé par deux mecs louches à Flint, dans le Michigan : «I rode with them to Indiana (...) They had a flexible saw and they were planning to decapitate the next person they met.» On est aux États-Unis, un pays construit dans la violence, et aux mains d’un écrivain dont l’imagination est fertile. Dee Dee rocke ses phrases. Il les dope. Il dit un peu plus loin qu’il a fait son choix très tôt : «The key to survival seemed to be a college education, but I had already graduated to my role in life - that of social deviant.» Bienvenue au club, dirait Mick Farren.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

    Dee Dee + Connie

             Chez Dee Dee, le punk est partout, pas seulement dans la musique et dans la dope, le punk sublime aussi ses relations sentimentales : «She picks up a pot of old spaghetti off the stove and flings it at my head, splattering the wall with rotten meat sauce.» Vlaaaaffff ! Dee Dee n’embrasse pas sa copine sur une plage au coucher du soleil. La copine en question, c’est la fameuse Connie qui avait coupé de pouce de Killer Kane pendant qu’il dormait, au temps des Dolls.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Quand Dee Dee rend hommage à ses pairs, ça peut donner une formule du genre : «Johnny Thunders and Tommy Ramone both went to London to get the right stuff to be the top flashmen about town.» Et à la suite, il résume en une seule phrase toute l’histoire de la scène punk new-yorkaise : «After the Dolls broke up, three were still a bunch of creeps who needed a scene.» La formulation est parfaite : a bunch of creeps who needed a scene. C’est presque musical, avec des mots spontanés. Pur street talk. S’il raconte le premier concert des Ramones au CBGB, c’est à sa façon : «The audience looked like a bunch of glowing Jack o’ Lanterns sitting on a graveyard fence on Halloween night.» On est pas loin de la mâchoire qui se décroche et qui pend comme une lanterne, cette expression de Lux Interior qui amusait tellement Jean-Yves.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

    Arturo + Dee Dee

             Tu veux encore du punk ? Alors va dormir chez Arturo Vega : «Arturo had had bricks thrown through his windows so many times because of bad dope deals and crazy love feuds that it’s a wonder no one ever get concked in the head by one.» T’es au salon et une brique arrive. Pas mal. À une époque, Dee Dee vit dans un immeuble où vivent aussi des punks encore pires que lui : «They were killing cats up there. I know that for sure, because they would throw their half-eaten carcasses out the window. It was disgusting.» Attends, c’est pas fini - They were all chopping up the furniture for firewood and building campfires on the floor for heat and to cook rats they caught when no one had a cat. It was nuts - Dee Dee se régale dans cet univers. Et il continue de battre tous les records de fucked-up punk style : «There was vomit everywhere. On the floor, in the sink, and overflowing from the toilet bowl. This is sick, I thought to myself.» Quand il raconte ça, il est dans les toilettes du Country Cousin, sur King’s Road, avec Sid Vicious. Mais Dee Dee n’a encore rien vu : Sid va lui montrer comment on bat tous les records de fucked-up punk style : «Sid produced a horrible syringe with old blood caked around the needle. I gave Sid some of the speed and he tapped it into the syringe to load it up for a hit. Then he stuck the needle into the toilet and drew up water from the bowl into the hypo so he could coldshake the speed that was in the outfit. The water had vomit, piss and snot in it.» En en guise de chute, Dee Dee lâche : «Now I’ve seen it all.» Les gogues, c’est tout un monde.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Quand Sire signe les Ramones, voilà ce que dit Dee Dee : «Seymour Stein and Danny Fields signed us; and they’re as cheap as they come. Real cheap-skate stuff.» Tu lis ça en claquant des doigts. Real cheap-skate stuff ! Et Dee Dee redescend dans la rue en claquant des doigts : «I just thought ‘oh I’m cool,’ and I hit the street as a drug addict.» Il est en plein dans Lou Reed. Plus loin, il refait swinguer ses mots ainsi : «The old routine. Hitting the sidewalk around 12 o’clock to go cop.» Quand il fait la queue pour la methadone, il se marre : «The methadone patients were so stoned that they would stand on the street and sway in the wind.» T’as l’image.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Il adore la dope, mais il a une façon particulière de le dire : «My favorite was Zero Zero, an opiate hash that really got me stoned.» Et quand les douaniers l’embêtent à Gatwick, Dee Dee leur balance ça : «You know you guys, are a right bunch of assholes, aren’t you? - and gimme back my passport, motherfuckers.» Il a vraiment le sens des formules fleuries. Quand il appelle les secours, ça donne ça : «Hello, this is Dee Dee Ramone. I am going crazy. Send an ambulance. I am flipping out beyond return. I mean it! No-hope crazy, ok? Bersek, completely insane!».

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             En société, Dee Dee sait se conduire : «I sat down next to Paul Cook and Dave Dee, and I was so happy. I said, ‘Davy, I really love your...’ And I threw up in my dinner.» Relations sociales toujours : «I ran into Lemmy from Motorhead. He took one look at me and he told me I looked terrible. I knew that.»

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

               Ça fait du bien de voir Dee Dee entrer dans l’histoire littéraire. Il s’appuie sur une œuvre et sur un vécu, comme Céline et Burroughs. Donc il a de la matière. Et comme il a aussi du style, ça donne un petit book explosif. Il a sans doute été traduit en français, mais c’est dans sa version originale qu’il faut lire ce chef-d’œuvre. C’est comme de voir les films de Martin Scorsese doublés en français. Même pas la peine de commencer. Si on perd la langue, on perd tout. Surtout la langue de ce fantastique italo-rapper qu’est Robert de Niro.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Joan Jett rappelle dans son intro qu’en 1978, les Ramones ont tourné pendant trois mois avec les Runaways, driving across the country in vans. Et d’ajouter ceci qui éclaire tout le reste : «It was the best three months of my whole life.» Pour elle, «Dee Dee was the heart and soul of the Ramones.» Et voilà, c’est dit.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Le pauvre Dee Dee n’a pas eu la vie facile - My parents were so miserable that secretly I was hoping that Dad would just run our little German car right off the road and kill our whole family - Il est terrifié par son père alcoolo et fait tout pour l’éviter. Le père picole et rentre à l’aube en gueulant - Being miserable seemed normal. There didn’t seem to be any other way - Et il tire très tôt les enseignements de tout ce bordel : «Rebels were a lot cooler to me than squares. My parents seemed like a continual drag. I could never forgive them for what was going on at home.» Tout le monde le sait : c’est ce que tu vis dans ton enfance et dans ton adolescence qui pré-détermine ta vie d’adulte. Si tu grandis avec des cons, t’es baisé. C’est aussi simple que ça.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Quand il vit encore en Allemagne avec ses parents, Dee Dee commence à tester la dope et notamment la morphine - It felt like you were getting an electric shock when you shot it up - À Berlin, il commence à s’habiller et à loucher sur les Levi’s jackets. Il teste aussi le LSD - I did it hundreds of times, and I don’t think I ever had any bad trips, but it really wasn’t my thing. It was  heroin that would get me through the day - Et il adore le pot - Ho ho ho. I lit up a joint of Chiba Chiba Columbian Gold - Il en arrive à son fameux Chinese Rock - For a while dope was called Chinese Rock in New York - Et là on entre dans l’autre mythologie, celle du compositeur d’hits interplanétaires : «Richard Hell had mentioned to me that he was going to write a song better than Lou Reed’s ‘Heroin’, so I took his idea and wrote ‘Chinese Rocks’ in Deborah Harry’s apartment that night.» Et plus tard, comme beaucoup d’autres, Croz, Sly et toute la bande, Dee Dee va devenir cocaine crazy.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

    Dee Dee & Johnny

             Le cœur battant du book, c’est bien sûr l’histoire des Ramones. On pourrait même dire la vraie histoire des Ramones. Comme les Ramones sont un groupe passionnant et que Dee Dee est un écrivain passionnant, ça donne des pages passionnantes. Dee Dee donne le ton : «All of us were a bunch of ill-mannered lowlifes.» Tu comprends, c’est pas les Talking Heads. Au début, Johnny Ramone portait les cheveux très longs, «down to his waist, comme Mark Farmer de Grand Funk Railroad.» Johnny et Dee Dee ont un sacré point commun : ils sont fans des Stooges. Dee Dee n’en revient pas de trouver un autre fan des Stooges à Forest Hills - It was like a miracle - Pour lui, les Stooges sont les meilleurs - They were very very creepy. Creepy is the best description for them. They were the kings of the creeps - Dee Dee et Johnny ramone adorent aussi Jimi Hendrix. Quand Johnny Ramone s’achète une guitare, c’est une Mosrite, comme celle des Stooges, dit Dee Dee (il doit confondre avec Fred Sonic Smith), alors que la Mosrite est une surf guitar. Quand ils voient les Stooges à l’Electric Circus, Iggy arrive sur scène in red underpants et Scott Asheton s’est peint une croix gammée dans le dos de sa motorcycle jacket - They were loud and angry.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

    Hilly Kristal

             Au départ, Dee Dee ne sait pas jouer de la basse. C’est Johnny qui lui montre les notes - All I knew was the E - Et pouf c’est parti ! - We did our first show with The Fast at Performance Studios. For the second show, no one came back - Puis c’est bien sûr le CBGB - We had to watch out for rat, mice and dog shit on the floor. It was the pits. Especially Hilly Kristal, a big fat guy, who ran the place and apparently never bathed - Il dit aussi que sa femme, Karen Kristal, haïssait les Ramones. Aucun détail punk n’échappe à Dee Dee : «The didn’t have any toilets, so the audience just pissed where they stood.» Endroit idéal pour les Ramones - We had a four-way chemistry that was insane - À la fin du premier show, Dee Dee lance sa Dan Electro en l’air «and let it bounce up and down a few times until it broke. I thought that was the ultimate in glamor.» Il ajoute que les Ramones se sont vite taillés une belle réputation, «but not making any money.»

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

    Jeffrey Lee Pierce

             Dee Dee dit aussi que la presse anglaise leur manquait de respect - The British press treated us like clowns - Plus loin, il enfonce encore son clou : «Flying in England in February to do interviews with the creepy English press. The biggest assholes in the world. Smarty-farties, that’s what we called them.» Dee Dee décrit aussi une crise de colère de Jeffrey Lee Pierce contre les journalistes français et qui les chasse à coups de Strato blanche. Même chose avec Johnny Ramone qui chasse McLaren de la loge du Whisky a Go Go en brandissant sa Mosrite, «Get out Get out!».

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Dee Dee donne pas mal de détails fascinants sur la cuisine des Ramones. Joey compose ses chansons sur une Yamaha acou qui n’a que deux cordes, «and then Johnny would struggle his best to interpret it. Johnny would show me the bass parts to my own songs because I had no idea how they went on the bass.» Et puis t’as les relations entre les gens. Dès le départ, Dee Dee se sent à part, «because I think they couldn’t understand me.» Puis quand Marky Ramone arrive dans le groupe, ça se met à picoler sec - Marc and me were drinking ourselves to oblivion, twenty double martinis a night. Booze and pills and cocaine. We were sick.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Nous autres les admirateurs, on ne voyait que le côté rock des Ramones. Dee Dee, qui vivait ça de l’intérieur, voyait surtout le côté sombre du groupe - By this stage, Johnny Ramone decided everything for the Ramones. I sat in the back of the van and they sat up front. No one ever spoke to me. Joey and Johnny had a few phoney conversations, but that was about it - Johnny Ramone écoute le baseball sur l’auto-radio, alors tout le monde ferme sa gueule dans le van - Monte would never turn it off because John wanted it that way - Dee Dee en a marre. Il rêve de prendre un job ailleurs, «a doorman, or a candy-store owner, or having a hot dog stand. I was serious. I’d had enough.» Il finit par voir Johnny comme un beauf. Et il enfonce bien son clou : «Johnny was making too many musical decisions for a person who wasn’t a songwriter.» Dee Dee ne peut plus le schmoquer : «It got on my nerves. Johnny just criticized everything. It seemed to be his way of having fun.» Dee Dee décroche au moment de Brain Drain, il ne joue pas sur l’album - Everybody in the band had problems; girlfriend problems, money problems, mental problems - Dee Dee se dit scié de voir que les gens ont une idée idyllique des Ramones. Quand il entend dire que Del Shannon s’est tiré une balle, «it made me think of why I wanted to shoot myself too.» Puis Dee Dee commence à faire de la parano : il croit que les trois autres veulent le virer du groupe - How can you talk about that with people who hate you? - Il ne demande aucune faveur, car il sait qu’il n’obtiendra rien. Même pas de Monte qui veille alors sur Joey, «and a slave to the whims of Johnny Ramone». La cuisine des Ramones n’est pas jojo. Dee Dee n’y voit que le côté dark du punk. Les bad vibes, l’énergie souterraine. Il quitte enfin le groupe.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Quand Dee Dee est au ballon, il est obligé de vendre ses droits sur «Poison Heart», «Main Man» et Strength To Endure» pour pouvoir se payer un avocat et sortir. Personne ni à New York ni dans les Ramones n’est venu à son aide - And to top it off, these songs ended up on a new Ramone album called Mondo Bizarro - Dee Dee est furieux, car dans les interviews, les Ramones tentent de minimiser son rôle - «Dee Dee co-wrote it.» No, I wrote it with all my heart and soul. «Poison Heart» was MY song about MY life.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

    Londres / 05 / 06 / 1977

             Dee Dee aura tourné 17 ans avec les Ramones. Il rappelle que les règles étaient établies - We toured the world by rules that were decided for me - I had no part in making them. I was only allowed to learn them, live by them and not question them - Il voit Johnny Ramone comme un monstre - He would get dangerous, yelling and glaring at everyone. He had nothing but pure hate in his eyes. He hated everyone, especially Joey and me - Dee Dee réagissait à sa façon  - I have pulled knives on him, yelled the f-word at him, and told him I hated his guts.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

    Dernier concert 1996

             Quand il revoit les Ramones au moment des derniers concerts, c’est pathétique. Dans la rue, Marky fait semblant de ne pas le voir. Il faut lire ces pages, car Dee Dee décrit la fin misérable d’un groupe qui a tellement compté pour beaucoup de gens. Et sur scène, c’est pas terrible - They were good, but they had lost their cool. Johnny Ramone seemed more like a tennis player than a guitar player.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Le passage le plus génial du book est celui consacré à la conférence de presse à Londres : c’est l’équivalent de Las Vegas Parano. Il est à Londres avec Monte Melnick et Joey Ramone. Ils sont tous les trois «pretty fucked up». Joey est «drunk as a skunk». Et puis t’as les London cabs qui ne s’arrêtent pas - Cabs won’t pick you up, especially if you’re American and very drunk - Alors Dee Dee garde toujours des bouteilles de bière avec lui, la nuit à Londres, «to fling at the cabs.» 

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Dee Dee rend quelques beaux hommages, à commencer par Alan Vega - If Iggy had created a Frankenstein, it was Alan Vega. When Alan jumped in the sparse audience, it was a bit too much for me (...) He’s a very serious performer - Il brosse aussi un sacré portrait de Connie, originaire de Fort Worth, Texas, et ex-poule de Killer Kane - She also had lived with the GTOs, Pamela and all those people, in California. She had been living with Jobriath at the Chelsea Hotel - Hommage encore aux Pistols - But the truth is they were a really good band. They weren’t a bunch of monkeys. They were totally street.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Quand Dee Dee voit Totor pour la première fois, il le compare à Dracula. Dee Dee raconte aussi la soirée chez Totor : «Then he sat down at his black concert piano and made us listen to him play and sing ‘Baby I Love You’ until well after 4:30 in the morning. By 5:00 AM, I felt as if I was going to completely lose my mind.» Et comme l’ont dit les autres, Dee Dee ne sait pas qui a joué de la basse sur End Of The Century.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

    Dee + Stiv

             Dee Dee évoque aussi l’épisode du super-groupe à Paris avec Stiv Bators et Johnny Thunders, but nothing worked. Pour lui, c’est comme les Ramones, impénétrable - Eventually, the Ramones became a clique and I felt excluded from it - Dee Dee ajoute que Stiv Bators lui a piqué une K7 sur laquelle se trouvait sa compo «Poison Heart», et bien sûr, Bators va enregistrer une démo.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Le grand passage hilarant du book, c’est son séjour à l’asile de fous - I was given a room to share with a negro. He was quiet and well-behaved. He just lay on his cot, sleeping with eyes open, and I sat in the window frame looking at a light bulb - Version punk du Vol Au-dessus d’Un Nid De Coucous - That was fucked up. They also made me play volleyball. It was a nightmare.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

    Signé : Cazengler, ramone encore sa fraise

    Dee Dee Ramone. Lobotomy: Surviving The Ramones. Da Capo 2016

     

     

    L’avenir du rock

     - Atalhos de l’ass

             Finalement, l’avenir du rock trouve le désert très sympa. Il apprécie le calme. Pas de bagnoles, tu respires l’air pur. Pas de gros con au volant d’un diesel, ça repose les yeux. Pas besoin de parapluie, ça simplifie les choses. Pas besoin de cavaler, on a tout le temps. Il n’en finit plus d’énumérer les avantages, pas de factures à payer, pas de plombier à trouver pour réparer la chasse d’eau, pas de mises à jour à télécharger sur le fucking ordi, pas de liquide à retirer pour aller aux putes, mais le plus intéressant, ce sont les rencontres. L’avenir du rock serait prêt à parier qu’elles sont spécifiques au désert. Ce sont des rencontres qu’on ne pourrait pas faire en ville. Exemple : un jour il croise un drôle d’individu aux allures de dieu grec. Cheveux bouclés, peau claire, il a une aile greffée sur la joue gauche. Il paraît un peu louche, mais l’avenir du rock ne s’en offusque pas puisqu’il engage la conversation :

             — Bonjour, je suis l’avenir du rock. Vous cherchez quelque chose ?

             — Oh oui, je cherche mon frère Thanatos...

             — Ah oui, le dieu de la mort ! Donc vous êtes Hypnos ! Quelle joie que de vous rencontrer ! 

             Hypnos s’incline respectueusement :

             — Cette joie est réciproque. Quand je vais raconter ça à Nyx, ma mère...

             — Nyx ta mère ?

             — Arrêtez vos conneries !

             — Je posais juste une question !

             — Bon, bref, quand je vais lui raconter ça, Nyx ma mère ne voudra jamais me croire : un helléniste en plein désert !

             — N’exagérez pas, je ne connais que deux/trois bricoles, juste de quoi alimenter une modeste rubrique. Et puis c’est pas tous les jours qu’on rencontre un dieu grec. Ça change ! Ça remonte le niveau intellectuel. Je ne devrais pas vous dire ça à vous, mais ça donne des ailes !

             — Pardonnez-moi d’insister, avenir du rock, mais vous n’avez pas répondu à ma question...

             — Non, je n’ai pas vu Thanatos, du moins pas encore, mais je vous recommande chaudement Atalhos. Vous m’en direz des nouvelles !

     

    , television, wednesday, ramones, atalhos, john hammond, ouroboros, hecate's breath,

             Le chanteur d’Atalhos s’appelle Gabriel Soares. Il a le prénom d’un ange bien connu. Il dispose des deux atouts qui font les superstars, enfin les vraies, celles de l’underground : le power et la grâce. En plus, il a les compos. En plus du plus, il y croit dur comme fer. C’est tout de même incroyable de voir ces quatre Brésiliens jouer une pop de cracks pour une salle à moitié vide. Ça crève les yeux : Atalhos est un groupe de

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

    surdoués miraculeusement de passage en Normandie. Sur scène, ils dégagent une puissance extraordinaire, tout repose sur la qualité des chansons et les dynamiques internes, le bassman joue à la vie à la mort, t’as un mec au beurre qui ne la ramène pas mais qui cale tout comme il faut, et l’ange Gabriel partage ses duties aux poux avec un barbu d’une surprenante discrétion. Sa façon de jouer dans l’ombre rappelle celle de Joey Santiago.

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             Comment pourrait-on les situer musicalement ? Grande power-pop atmosphérique ? Ils ont tellement de personnalité qu’on peine à les comparer. Dans une interview, ils citent Wilco, mais ils sont bien meilleurs que les Américains. T’en perds pas une miette, ils combinent les échappées mélodiques avec un power bien tempéré, chaque cut se distingue du précédent par sa structure, mais globalement, l’ambiance ne bouge pas. Ils sont captivants de bout en bout. T’as vraiment

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

    l’impression d’assister au concert d’un groupe légendaire que personne ne connaît. Comme ils chantent en brésilien, t’es baisé, t’as aucun point de repère, donc tu dois te contenter de ce que raconte l’ange Gabriel entre deux cuts. Miraculeusement, il parle français, avec un fort accent. L’un de ses plus beaux cuts concerne le Paraguay, mais il ne figure pas sur l’album que tu ramasses ensuite au merch. 

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

             L’album s’appelle A Tendaçao Do Fracasso et date de 2022. T’as zéro info dans Discogs. Et de toute façon, tu ne te fais aucune illusion : tu sais bien que tu ne vas pas retrouver la clameur du set dans l’album, même si les compos tiennent la route. Tu

    television,wednesday,ramones,atalhos,john hammond,ouroboros,hecate's breath

    retrouves un peu de cette puissance atmosphérique dans le cut d’ouverture de balda, «Tierra Del Fuego», et avec le morceau titre, tu re-goûtes à cette fast pop de qualité extrême. Midas Gabriel transforme sa pop en or. Sa copine Delfina Campos vient duetter sur «Te Encontrei Em Sp» et te voilà sous le charme. Et ça continue en B avec ce «Teoria Del Cuerpo Enamorado» qui te monte bien au cerveau. Mais malgré tous tes efforts de subjectivité, tu ne retrouves pas l’éclat du set. «Monica Vitti» somme comme une pop douce et tendre, vertueuse et bien roulée, c’est un joli mid-tempo fleuri de notes aériennes. Tu retrouves enfin le beat têtu qui te plaisait tant sur scène dans «Ushuaia». C’est là qu’ils excellent, voilà l’hit d’Atalhos, mood musclé, bien soutenu et traversé par les alizés du paradis.

    Signé : Cazengler, qui l’a dans l’Atalhos

    Atalhos. Le Trois Pièces. Rouen (76). 23 février 2026

    Atalhos. A Tendaçao Do Fracasso. Costa Futura 2022

    Concert Braincrushing

     

     

    Wizards & True Stars

     - Hammond honorable

     (Part One)

     

    z31193johnhammond.gif

             La vie de John Hammond est un peu à l’image de celle d’Auguste Renoir : elle n’offre pratiquement pas de reliefs. Comme chez Renoir, tout l’attrait se résume à l’œuvre, et non dans la vie de l’artiste, alors que dans le cas de Paul Gauguin, par exemple, l’attrait se trouvait à la fois dans l’œuvre et dans la vie de l’artiste. Il faut simplement se souvenir que John Hammond est le fils du célèbre producteur John Hammond, lui-même descendant d’une longue lignée de John Hammonds qui remonte jusqu’à l’antiquité. L’ancêtre s’appelait Jean Amande et il cultivait ce précieux fruit dont le lait rendait folles les princesses de Nubie. 

             Pour les becs fins du blues, John Hammond est l’un des meilleurs. Il vient de casser sa pipe an bois, aussi allons-nous lui rendre hommage en célébrant une œuvre dense.

    z31203bigcityblues.jpg

             L’un des plus beaux albums de blues blanc est certainement Big City Blues. Pochette magnifique. On y voit le jeune John assis sur sa Honda rouge. Il porte du cuir noir, et derrière lui resplendissent les buildings de Manhattan. Si une pochette dit l’Amérique intrépide, c’est bien celle-ci. Et quel album ! Il attaque avec l’« I’m Ready » de Big Dix et on a tout de suite la vraie voix. Il joue un boogie blues extrêmement sérieux et doté d’un certain cachet. Dès le premier cut, John Hammond entre dans la cour des grands. Avec « My Starter Won’t Start », il montre bien qu’il sait chanter le blues. Il recrée le blues blanc. En fait, il semble coloniser le blues, comme ce naufragé qui colonisa une île du Pacifique en construisant une église en palmes. On tombe ensuite sur « Barbecue Blues », un beau boogie de caractère. John Hammond sait ce qu’il veut. Il reprend l’« I’m A Man » de Bo Diddley et sonne comme les Pretty Things ! Non ! Mais si ! Il tient bien son« Barrelhouse Woman Blues » et il déroule l’extraordinairement spatial et spacieux « Midnight Hour Blues ». Il chante presque comme Stan Webb, avec du doux dans le gras du menton. En B, il attaque avec le « Backdoor Man » de Chucky Chuckah. Puis il revient à Big Dix avec « I Live The Life I Love ». Il peut sonner comme Alvin Lee. Au fond, si on réfléchit cinq minutes, John Hammond pourrait bien être une sorte de Chucky Chuckah blanc. Il livre aussi une version extraordinaire de « No Money Down », swinguée jusqu’à l’oss de l’ass et visitée par les vents d’Ouest. Puis t’as une version secouée de « My Babe », classique big dixien qu’il transmute en or philosophique. Il tient tous se cuts par la peau du cou. On considère Big City Blues comme le premier « white blues record from either side of the Atlantic ».

    z31202johhammond.jpg

             Comme il dispose d’une vraie voix, qu’il adore le blues et qu’il sait jouer de la guitare, le jeune John sait que l’avenir lui appartient et qu’il va pouvoir enregistrer des tas de disques. Sa discographie s’étend sur cinq décennies. L’amateur se retrouve avec du grain à moudre. Juste avant Big City Blues, le jeune John avait déjà enregistré un bon album sans titre chez Vanguard : John Hammond. Il y reprend une belle ribambelle de classiques : « Two Trains Running » (de Muddy qu’il tape à la dure en jouant seul et en tapant du pied sur une grosse planche, mais il n’est pas Hooky), « Give Me A 32-20 » (de Big Boy Crudup, il tape toujours du pied et il chante au raw). On l’aime bien, le jeune John mais il a un gros problème : une peau blanche. C’est compliqué. Mais pourquoi ce blanc-bec veut sonner plus noir qu’un nègre du Mississippi ? C’est une aberration. Quand il hurle Lord mama, sait-il seulement de quoi il parle ? A-t-il une idée de ce que ces pauvres nègres ont enduré ? Il retape dans Chucky Chuckah pour une version softy de « Maybellene ». Mais Chucky Chuckah est plié de rire. Chucky Chuckah est passé par Angola. Mais le jeune John ne se déballonne pas. Il revient avec « Louise » qu’il joue bien au trade et il devient magnifique de solitude et de peau blanche dans le monde des noirs. On le sent inspiré. Il tape ensuite dans le « This Train » de Big Bill Broonzy et il le fait bien, il le choo-choote en grattant des poux exacerbés - Hey hey - et ça passe comme une lettre à la poste. Il chante « East St Louis Blues » comme un nègre atteint de tuberculose. La Dame aux Camélias se serait jetée aux pieds du jeune John, car il fait là une fabuleuse dentelle d’art moderne. Il est encore plus fantomatique avec « Going Back To Georgia ». C’est du Skip James à l’état pur ! Il va chercher « I Got A Letter This Morning » de Son House au chat perché. On sent bien la cabane perdue au bout des champs. Et il refait son numéro skipy avec « Alabama Woman Blues » et on se retrouve une fois de plus en pleine fantomisation des choses. Il se rend aussi au carrefour du diable pour le fameux « Crossroad Blues » de Robert Johnson. C’est une fois de plus un prodige transcendantal.

    z31212atthecrossroad.jpg

             Il reviendra à Robert Johnson en 2003 avec un album assez stupéfiant, At The Crossroads. On peut même parler d’album mythique. Tout y pincé jusqu’à l’excellence, comme cette fantastique version de « 32-20 Blues ». Pureté du son et de la voix. Tout est joué au picking différé et chanté au velouté de lait crémeux, comme ce « Milkcow’s Calf Blues », qui semble descendre d’un pis dans l’aube fraîche du Kentucky. Ce mec sait traire les notes de blues au fond des fermes les plus reculées. Il a un son tellement pur ! T’es obligé de t’en délecter. Impossible de faire autrement. Dans « Trawling Riverside Blues », le jeune John claque ses vieux accords de principe avec la niaque des Appalaches. C’est effarant de crudité véracitaire. En vieillissant, le jeune John flirte de plus en plus avec le génie. Il creuse toujours plus dans les profondeurs des roots avec « Stones In My Passway », puis il rebat tous les records de purisme avec « Cross Road Blues ». Il gratte ça à la lune. C’est un fou des roots. Un dingue du real deal. Tout est gratté au clair de bottleneck. Il finit par se perdre dans le fouillis des roots et des cabanes - Lord I believe it’s time to go - Eh oui, son « Me And The Devil Blues » est d’une finesse extrême. Il devient enragé avec le fantastique « Walking Blues » des origines et passe ensuite au brasier des poux avec « Preaching Blues ». On le sent possédé ! Il joue comme dix ! Puis il salue Chicago avec « Sweet Home Chicago » et sonne comme Elmore James qui avait tout pompé à Robert Johnson. Il emmène « When You Got A Good Friend » au chant sibyllin et passe à l’heavy blues avec « Judgment Day ». Hallucinant ! Le jeune John sonne comme les Doors. Il boucle cet album héroïque avec une cover demented de « Rambling Blues ». Alors attention les gars : ce cut contient toute la mythologie du blues. Tout Elmore James était déjà là et donc tout l’early Fleetwood Mac de Peter Green et donc tout le blues rock anglais des seventies. John Hammond t’en bouche un coin.

             C’est sa façon de dire : Robert Johnson se trouve à l’origine de tout.

    z31204somanyroads.jpg

             Attention à So Many Roads paru en 1965 : c’est un album garage. Le jeune John est accompagné par les mecs des Hawks et Charlie Musselwhite passe de coups d’harp sur « Down In The Bottom ». Bloomy joue aussi un peu de piano. Charlie et Bloomy débarquaient de Chicago pour participer aux séances d’enregistrement de ce disque, et à l’époque, on ne les connaissait pas encore très bien. C’est tout le génie du jeune John d’avoir récupéré ces deux petits mecs. À l’époque, on racontait que le jeune John avait influencé Dylan. Évidemment, Dylan se trouvait dans les parages. Les Hawks, Bloomy, Charlie, c’était sa came. Dylan fut fortement impressionné par le son du jeune John et de toute cette bande de bohémiens inféodés au blues. Dylan n’en était encore qu’à « Bringing It All Back Home », il n’était pas encore passé à l’électrique. Et ce fut le déclic. On tombe ensuite sur une version mauvaise (au sens de la mauvaiseté) de « Who Do You Love », avec au programme du raw et des guts à gogo. Tout le destin de Dylan se joua semble-t-il sur cet album, car il récupérera à la suite les Hawks pour en faire The Band et Bloomy pour l’accompagner sur Highway 61 Revisited. On a un heavy blues de rêve avec la reprise de l’« I Want You To Love Me » de Muddy. Ils passent le « Rambling Blues » de Robert Johnson en mode heavy blues de cabane. Quant à « Oh Yeah », c’est du garage avant le garage, on est en 1965 - She’s my lover and she’s my ball - C’est l’une des versions les plus raw du hit de Bo qui soit, bien plus punk que celle des Shadows Of Knight. Admirable, même si c’est balayé à l’orgue. Le jeune John sait chanter comme un renégat. Même chose pour la cover de « You Can’t Judge A Book By The Cover », qu’il chante avec une malveillance considérable. Et l’album se termine en apothéose avec « Gambling Blues » (monstrueux ! Reprise sauvage et hargneuse), « Baby Please Don’t Go » (version pépère, pas celle des Them) et « Big Boss Man » (joué à la Pretty Things). John Hammond serait donc le punk blanc original, et alors tout devient évident : le blues était punk bien avant l’invention du punk-rock.

    z31205countryblues.jpg

             Sur Country Blues paru aussi en 1965, le jeune John recommence à taper dans les classiques de Robert Johnson, de John Lee Hooker et de Bo Diddley qu’il rejouera tout au long de son aventure musicale. Il chante « Hitchhiking Woman » à la Skip James, d’une voix de fantôme épuisé par l’intemporalité. Nous autres terriens nous plaignons que la vie est courte, mais sachez que les fantômes se plaignent du contraire. Il gratte bien son « Statesborough Blues » et recherche l’authenticité de cristal du blues des origines. Alors il gratte à l’ongle sec et chante à l’étranglette. Sacré John, il ne s’épargne aucun effort. Mais c’est tellement blanc qu’on se demande parfois s’il ne vaut mieux pas écouter l’original. Oh il sait jouer, c’est sûr, mais Robert Johnson aussi, surtout avec « Milk Cow Calf Blues ». On écoute attentivement sa version de « Crawling Kingsnake » mais on ne peut pas s’empêcher de préférer celle de Doors. Il chante « Bull Frog Blues » à la syllabe mouillée et opère quelques petites accélérations de tempo typiques des bluesmen des origines. Comme Taj Mahal, il tape aussi dans Sleepy John Estes. Sa version de « Drop Down Mama » vaut le détour, croyez-le bien. Puis il s’attaque à un autre géant : Jimmy Reed, avec « Little Rain Falling » qu’il prend au chat perché. Il en fait une version bourrée du meilleur feeling blanc. C’est tout de même autre chose que John Mayall. Dernier gros coup, cette cover de « Who Do You Love ». Il la prend à la mine mauvaise, avec un faux air d’Al Capone, ou de Dick Tracy, c’est comme on veut, du moment qu’on a un menton carré et une balafre - Voo doo you lov ? - Il fouette ça au gratté de poux foutraques et tartine par dessus des vieux coups d’harp. Mirobolant !  

    z31206mirrors.jpg

             Pour Mirrors paru deux ans plus tard, il s’offre une pochette psychédélique, mais il ne bascule pas dans le psyché comme Wolf et Muddy. Il reste résolument tourné vers le passé de ses idoles. Sur certains cuts, on retrouve Bloomy et Charlie. En fait, cet album est une compilation, avec une A électrique et une B où il joue seul en s’accompagnant à la gratte. Il tape dans T-Bone avec un très beau « They Call It Stormy Monday ». Il le prend au chat perché. Il faut bien comprendre que le jeune John aura passé sa vie à chercher le feeling absolu, c’est-à-dire la pierre philosophale du blues. Et en l’écoutant, on comprend ce qui s’est passé dans sa tête : il s’est découvert un jour une sorte de facilité vocale, une petite aisance à glisser dans les aigus limpides, alors il a fermé les yeux et a poussé tout naturellement sa voix. Il s’est laissé aller. Complètement aller. Alors il s’est mis à jouer de sa voix comme d’un instrument, en essayant d’en maîtriser la technique. Un peu plus loin, il fait une version superbe du fameux « Keys Of The Highway », signé Big Bill Broonzy. Il n’existe pas de blues plus éclatant à la surface de cette terre. Il prend ensuite « I Just Got Here » en mode slow blues, et Barry Goldberg l’accompagne à l’orgue. Le mec qui joue de la basse sur « Travelling Riverside » s’appelle Jimmy Lewis et on n’entend que lui. En B, il fait son Robert au rossignol de beau merle avec des covers de « Stones In My Passway » et « Walking Blues ». Son « Death Don’t Have Mercy » compte parmi les plus sombres de l’histoire du blues.

    z31207bicantell.jpg

             Sur I Can Tell paru en 1967, le jeune John tape une belle version du « Smokestack Lightning » de Wolf. Il joue le solo et ne prend aucun risque. Il sait respecter la mouvance de la menace perfide instituée par Wolf. Robbie Robertson joue sur cet album gorgé d’hommages superbes à John Lee Hooker (« I’m In The Mood », spectral), à Bo Diddley (« I Can Tell » chanté avec une incroyable largeur d’esprit), à Big Dix (« Spoonful » qu’il chante avec du feeling plein la bouche et plus loin « My Baby Is Sweeter », qu’ils jouent dans une ambiance à la Chicken Shack), à Elmore James (« Coming Home »), à Chucky Chuckah (« Brown Eyed Handsome Man ») et à Little Walter avec l’excellent « You’re So Fine ».

    z31208soonerlater.jpg

             Encore un fantastique album avec Sooner Or Later paru en 1968. Le jeune John attaque avec le vieux « Crosscut Saw » qui fut aussi un hit pour Albert King. Il le prend au sérieux et ça devient véritablement énorme. Il tape ensuite dans un cut de Wolf, « How Many More Years », amené à coups d’harp. Le jeune John a une vraie voix, il va chercher le bon raw. Il prend « Shake Your Money Maker » à la sauvage. Puis ça bascule dans le le  boogie dévastateur. Well done, John ! Le « Sugar Mama » qu’il attaque à la suite préfigure celui de Taste. Le jeune John joue ça au max de son animalité. Il devient est l’un des géants du blues. Chaque fois qu’il tape dans un classique, il trouve le bon son et sait placer sa voix. Il attaque la B avec « Nine Below Zero », un heavy blues extraordinairement agressif. Nous voilà confrontés à l’archétype de l’heavy blues. L’harp traîne à l’arrière et le jeune John sort pour l’occasion son plus beau raw. Il sature ses coups d’harp. Il tape plus loin dans l’Evil que Big Dix avait composé pour Wolf : « Evil Is Going On ». Le jeune John le soigne aux petits oignons. On peut lui faire confiance. Il termine sur un monstrueux classique de r’n’b connu comme le loup des steppes, « Don’t Start Me Talking ». Ouch ! Quel album ! 

    z31209southernfried.jpg

             Pour enregistrer Southern Fried, il débarque en 1970 à Muscle Shoals. Eddie Hinton, David Hood et toute la bande accourent au rendez-vous. Dès « Shake For Me » on entend la belle basse de David Hood. Je jeune John a vraiment un faible pour Big Dix, car il tape dans « Don’t Go No Further », et surtout le fantastique « You’ll Be Mine » qu’il transforme en pur hit de juke. Curieusement, l’album est tellement beau qu’il en paraît lisse. Tout est parfait, le choix des cuts, la voix du jeune John et le house-band de Muscle Shoals. Aucun défaut et c’est précisément cet aspect lisse qui peut agacer, ou provoquer une certaine impatience. Le jeune John « sauve » cet album trop parfait avec une reprise magnifique d’un autre hit de Wolf, « I’m Leaving You ». Il tente de revenir à l’heavy stuff hanté de la grande mesure, mais sa cover sonne comme une reprise de Chuck Willis. Trop bien huilée. Il attaque la B avec un beau « Nadine » dont il ralentit le beat histoire de marquer sa différence avec Chucky Chuckah. On se régale du bassmatic transversal de David Hood. Par contre, le jeune John commet une grosse erreur en voulant reprendre « Mystery Train ». Ce classique d’Elvis fait partie des intouchables, tu ne le savais pas, John ?

    z31210sourcepoint.jpg

             On reste dans les années soixante-dix avec Source Point. Le jeune John est devenu un expert du boogie-blues classique et de l’heavy-comme-pas-deux, comme on le voit avec « Hoo-Doo Blues ». Il chante ça à l’accent sale et sonne comme un vieux black ayant affronté plusieurs fois la mort. Il fait un petit coup de Big Dix avec « Mellow Down Easy », bien cousu de fil blanc, mais il ramène par la bande un petit côté infernal et inspiré, et comme il le fait avec une certaine conviction, ça tourne au voodoo. Il prend ça au carré du menton, un peu à la manière d’Alvin Lee. C’est terrible de génie blanc, et il claque en prime un solo imparable. Il fait aussi une belle cover du « She Moves Me » de Muddy. Il la prend sous les aisselles et l’accompagne à coups d’harp bienveillant. S’ensuit une bonne surprise : « Let’s Get Home » de Pops Staples - On the morning train - Le jeune John joue ça rockab sur un beau choo-choo beat. Puis c’est un nouveau coup de chapeau à Wolf, il le fait avec un infini respect punk. Quant à « My First Plea », c’est vraiment digne de Jimmy Reed, bien sucré et racé, le jeune John le chante à la délectation, encore une fois, il se situe dans le pouvoir du génie blanc. Il termine cet excellent album avec « As The Years Go Passing By », encore un blues racé comme ce n’est pas permis - There’s nothing I can do/ If you leave me to cry - Il chante ça avec une classe insolente - My love will follow you/ As the years go passing by - C’est un absolu de blues inspiré. Le problème avec un mec comme le jeune John, c’est qu’après ce genre d’album, on va attendre de lui des miracles. 

    z31111imsatisfied.jpg

             Vous voulez des miracles, les gars ? Pas de problème. On en trouve sur I’m Satisfied qui sort un an plus tard. Il ouvre le bal avec « Outside Your Door », chanté avec un feeling infernal et même insupportable de pureté intentionnelle. Ce mec a les mains propres, on ne pourra jamais l’accuser d’avoir voulu tirer profit des vieux nègres édentés et mentalement démolis par l’historique de l’esclavage. C’est vrai qu’il faut toujours se méfier des blancs, ils vont chercher à tirer profit de la moindre chose, mais les nègres, my God, ils en sont parfaitement incapables, parce qu’ils s’en foutent, comme d’ailleurs les Indiens d’Amérique qui ne comprenaient pas qu’on pût vendre la terre. Pour eux, la terre, le ciel, les fleuves, les bois et les nuages appartenaient à tous. Enfin bref. S’ensuit « If You Ever Need A Man ». Il y va le jeune John, il fait ça avec de l’art plein la bouche, on sent le confiné du culte, on sent le petit blanc qui regrette la cruauté de ses ancêtres et qui tente de réparer l’injustice de l’esclavage, mais comment peut-il seulement imaginer que c’est possible ? C’est irréparable. Aussi irréparable que les camps de la mort, sauf que la condition des nègres était encore pire. Oh, c’est sûr, ils n’étaient pas gazés, mais ils devaient travailler leur vie entière pour des patrons blancs dépravés et personne n’a la moindre idée de ce que ça pouvait représenter au quotidien, en termes d’humiliation et de cruauté. Tu te lèves tous les matins avant le lever du soleil et tu vas travailler aux champs, négrillon ! Pas de smartphone ni de facebook ! Pas de syndicat ni de Sécurité sociale, connard ! Pas de RTT ni de vacances aux sports d’hiver ! T’as le museau dans le limon du delta ! T’aimes le blues ? Alors vas-y, ramasse le coton et ferme ta gueule ! On n’en finira plus de touiller l’abjection du système qui a promu le blues. En tous les cas, ces gens-là ont gratté la terre toute leur vie pour rien, et souvent sous les coups de patrons blancs cupides. Bien sûr, on ne va pas s’en prendre au pauvre John qui fait l’impossible pour sonner au plus juste de ce qu’il imagine être le blues, comme on le constate à l’écoute de « Man In The Road ». Le jeune John chante le blues avec un talent avéré. Mais on a quand même envie de lui demander de laisser la place aux vieux nègres édentés et nécessiteux qui ont réussi à survivre par on ne sait quel miracle dans cette effroyable machine à tuer les pauvres que fut - et qu’est encore certainement aujourd’hui - le fameux Deep South. Quand on trempe dans le blues, on est forcément confronté à toutes ces questions. D’évidence, John Hammond s’est posé toutes ces questions. Il a choisi la voie harmonique du talent inverti pour rendre le meilleur hommage possible à tous ces grands clochards nègres, mais c’est insuffisant, car à aucun moment ne se reflète l’abîme dans lequel les ancêtres de tous ces pauvres gens furent précipités. Pour continuer l’écoute de cet album, il faut foutre la paix au jeune John et lui faire confiance. Il attaque un gospel intitulé « I’m Satisfied » et bien évidemment, des petites négresses font les chœurs. Puis il enchaîne avec des boogie-blues dignes de Boogie McCain et boucle avec « From Fear », merveilleuse pièce de blues tardif. C’est vrai que le jeune John soigne son velouté, et on l’admire pour ça. D’autres préféreront admirer Skip James qu’on paya 40 $ pour dix-huit morceaux devenus plus tard des classiques. 

    Signé : Cazengler, John Immonde

    John Hammond. Disparu le 28 février 2026

    John Hammond. John Hammond. Vanguard 1963

    John Hammond. Big City Blues. Vanguard 1964

    John Hammond. So Many Roads. Vanguard 1965

    John Hammond. Country Blues. Vanguard 1965

    John Hammond. Mirrors. Vanguard 1967

    John Hammond. I Can Tell. Atlantic 1967

    John Hammond. Sooner Or Later. Atlantic 1968

    John Hammond. Southern Fried. Atlantic 1970

    John Hammond. Source Point. Columbia 1971

    John Hammond. I’m Satisfied. Columbia 1972

     

    *

             Le problème avec les cercles c’est que ça n’en finit jamais…

    META-METAL

                      Profitons d’une étrange connexion saisonnière entre l’envie d’entreprendre une kronic sur le groupe Ouroboros et la sortie d’un livre  aux éditions des Belles Lettres. Quand j’ai vu l’annonce de sa parution j’ai eu un haut-le-cœur, quoi un ouvrage de Sénèque dont j’ignorais jusqu’à l’existence, je commande illico presto !

    LES DERNIERS JOURS DE L’HUMANITE

    (Intoduction, traduction, notes : JEAN-LOUIS POIRIER)

    (Les Belles-Lettres / Janvier 2026)

    z31078booksénèque.jpg

             Le livre fait cent-soixante-dix pages. Rassurons ceux qui n’aiment pas les gros bouquins, le texte de Sénèque ne dépasse pas quinze pages. Je respire, ce n’est pas un texte rare de notre philosophe. Seulement un extrait prélevé dans un de ses ouvrages, livre de plus de trois cents pages intitulé Question Naturelles.

             Le titre n’est pas de Sénèque mais de Jean Poirier. Il joue un peu avec les lecteurs modernes, notre monde sent la guerre, et avec un peu de chance pourquoi pas une apocalypse nucléaire... L’Antiquité ne possédait pas l’arme atomique, mais si toute chose a une fin, une question judicieuse se pose : pourquoi le monde lui aussi n’aurait-il pas une fin… Vaste question, nous ne l’étudierons que sous son aspect historial romain. Les Grecs se sont aussi posés la question : pensez ne serait-ce qu’à la disparition de l’Atlantide exposée dans trois des dialogues de Platon.

             Il est à noter que ce thème renaît au temps d’Auguste, qui fonda l’Imperium Romanum. Les plus grands poëtes de langue latine, Horace, Virgile, Ovide, Lucain, aborderont selon divers éclairages ce thème. A peine l’Imperium est-il né que l’on redoute la fin de l’Imperium… Les chrétiens s’empareront très vite de ce thème : certains historiens datent la rédaction l’Apocalypse de Jean du règne de Néron dont Sénèque fut le précepteur.

             Pour Sénèque la fin du monde n’est pas une hypothèse. Elle reviendra. Il hésite un tant soit peu sur la manière dont cette fin s’effectuera. Il propose   trois versions : un déluge qui noiera la terre, un incendie qui  calcinera toutes formes de vie, un mix des deux. Le mot déluge risque de vous diriger vers l’idée du déluge biblique, fausse piste car il n’y a ni arche ni survivant. Quand il dit déluge, mer montante, fleuves débordants il faut entendre Eau et quand il dit incendie : Feu. Nous voici dans la vision fondatrice des quatre éléments, la Terre n’est pas la catastrophe puisqu’elle subit la catastrophe. L’Air est hors de cause : certes il pousse d’énormes vagues et il attise avec violence les flammes, mais en tant qu’élément subtil, il est avant tout l’agent de liaison des quatre éléments qui permet de s’élever du Feu à l’Ether élément particulier : celui du Divin.

             Si Sénèque pose la fin du monde comme inéluctable, c’est parce qu’il suit l’enseignement du Stoïcisme, vaste sagesse philosophique qui pose les quatre premiers éléments comme participatifs de tout ce qui existe. Le cinquième élément les stoïciens lui donnent le nom de Logos, lui aussi il participe de tout ce qui existe, vous le retrouvez en toute chose dès que vous pensez, dès que vous conceptualisez, n’importe quelle chose du monde. Mais vous ne pouvez vous opposer à l’ordre immuable, au destin du monde. Le Divin, ou l’Ether, ou le Logos, roule sur lui-même, c’est un cycle qui se répète à l’infini, car lorsque le moteur mobile du Divin  a fait un tour lui-même, il s’est accompli parfaitement tout en soumettant le monde à sa propre nécessité cyclique. Le Divin ne peut s’accomplir au-delà de sa propre perfection, d’où la nécessité destinale d’un amoindrissement pivotal du Divin qui arrivé à sa perfection ne peut que recommencer un cycle qui le mènera une nouvelle fois à sa perfection, cette déperdition perfective se traduit  par une conflagration destructrice du monde qui lui aussi repart pour un tour. Le monde revient ainsi chaque fois tel qu’il était dans son tour précédent. Ce que l’on appelle l’Eternel Retour, symbolisé par l’anneau du Serpent qui se dévore lui-même pour rester éternellement lui-même.

             Dans la centaine des pages qui restent Jean-Louis Poirier nous offre une petite anthologie de textes de penseurs qui se sont intéressés à cette problématique. Elle débute par un texte d’Ovide et se termine par des lyrics de… Bob Dylan.

             Une remarque incidente : parmi tous les auteurs cités, l’on rencontre Schopenhauer, philosophe un peu déserté (à tort) par les temps qui courent, mais pas une ligne de Nietzsche le philosophe moderne de l’Eternel Retour, qui a décrit la pensée de l’Eternel Retour comme la pensée la plus lourde.  Une explication à cette absence : l’antiquité a pensé la fin du monde mais a jugé inutile de se focaliser sur le retour du monde. Il est vrai que lorsque nous avons déjà vu un film nous n’avons pas toujours l’envie de le visionner une deuxième fois. Ne connaissons-nous pas déjà la fin de l’intrigue.

             Il en est de même de l’Eternel Retour, certes nous connaissons la fin, mais entre cette fin et ce qui se passera depuis notre propre position sur le cercle, nous n’en savons rien. Peu s’y risquent. A part des auteurs de science-fiction, mais quand on réfléchit à leurs romans, notre réflexion s’infléchit selon le domaine de l’ordre du politique… ce qui nous amène sur un terrain mouvant…

             Il est temps de revenir à Ouroboros.

    GLORIFICATION OF A MYTH

    OUROBOROS

    (NOL / 2011)

    Groupe australien, nous chroniquons leurs deux albums, le dernier date de plus de dix ans, toutefois leur FB et leur Instagram sont de nouveau actifs.  Prépareraient-ils leur retour. Affaire à suivre.

    Michael Conti : bass, backing vovals / David Horgan : drums / Chris Jones : guitar / Evgeny Linnik : vocals / Michail Okrugin : guitare.

    z31077couveoroboros1.jpg

             Quelle couve ! Prodigieuse ! De Colin Maks. L’a déjà réalisé une centaine de pochettes d’album metal, à visiter sur Discogs. Mais celle-ci est son chef-d’œuvre, ne s’est pas donné la peine de représenter l’histoire complète du monde, simplement un torse d’homme, admirez les écailles de sa  peau, je suis sûr que Jim  ‘’King Lizard’’ Morrison aurait adoré, mais l’essentiel n’est pas là car l’absolu est niché dans la bouche d’ombre, ce serpent débordant de ses lèvres, peut-être même est-il en train de l’étouffer, preuve que Le concept d’Eternel Retour est avant tout une parole, un mythe, un logos, car ce que nous sommes incapables d’appréhender en sa propre objectivité nous le saisissons conceptuellement.

     Black hole generator :un summum battérial, ne vous laissent plus en paix, toutes les cinq secondes une floppée instrumentale fond sur vous, pas le temps de remettre vos idées en place dans les neurones, ça tangue de tous les côtés, sont comme des enfants de maternelle à qui lèvera le plus faut la main pour avoir droit à une barre de chocolat, du haché menu, quelle drummerie, c’est un fouillis d’ordres indécent, le vocal grogne dans son coin comme un ours en cage qui médite de sauter sur son soigneur dès qu’il ouvrira la porte. Si vous demandez quel est ce trou noir et ce qu’il est censé générer, la réponse est facile, premièrement c’est vous et le monde, un truc visqueux dont vous êtes l’englobant et l’englobé car que serait la matière sans la conscience de la matière, deuxièmement le trou noir c’est vous, chacun a le sien dans son cerveau, non ce n’est pas le vide absolu, c’est votre vision de la chose dont vous faites partie, ce sont vos

    z31140gauguin.jpg

    solutions à la fameuse interrogation que  Gauguin a magnifié dans son tableau D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?, comme toujours vous répondez : ce n’est pas moi, et vous caftez son nom à la maîtresse, celui d’un Dieu et de toute son histoire, maintenant que vous pouvez vous cacher derrière un nom désormais votre vie ne vous posera plus problème, vous avez trouvé, ou réinventé pour les plus astucieux, un mythe, une mythologie derrière laquelle vous vous sentez protégé. Lashing in the flames : toujours la même marmelade sonique, c’est fou, l’est impossible de compter les moulinets et les breaks, nous avons fait un grand saut en avant, nous étions chez les hommes du néolithique à créer des Dieux animaux et totémiques, à transformer les puissances élémentales en êtres divins personnalisés, en plein milieu du morceau une aubade espagnole à la guitare sèche, en pleine corrida à part que le rouleau compresseur reprend son acharnement colérique, un petit bémol à votre contentement, sur le sable, le taureau au milieu, c’est vous, pas de panique c’est vous et tous les autres, toute l’humanité avec vous, non ce n’est pas un jour de fête, plutôt le dernier jour du monde, ou l’avant-dernier, l’espèce humaine a peu de chance de réchapper à la toute prochaine guerre nucléaire, si vous ne sentez pas les flammes explosives qui s’apprêtent à vous tomber dessus… c’est que vous n’avez pas encore compris que l’espèce humaine (vous en faites partie) s’apprête à appuyer sur le bouton ! Croyances théocratiques se terminent en Apocalypse ! Animal, man, machine : presse-purée riffique, vocal en marche militaire pour énoncer l’évolution animal-homme  et hélas stade  involutoire : machine. Ça pilonne, ça forge, ça bat le fer tant qu’il est chaud, faut du temps pour que l’homme émerge de sa primarité, ensuite la courbe ascendante se précipite en sa propre impasse. Une guitare comme une mouche qui bourdonne, avons-nous vraiment subsumer ce stade, un riff funambule oriental essaie de charmer le serpent qui sommeille en nous, il ne réussit que trop bien, toute montée se résout en pente, nous ne sommes pas encore disparus, mais nous serons dans le wagon de la cinquième extinction. La machine nous remplacera. Sanctuary : nous courrions à la catastrophe et la musique devient rieuse, elle tournoie comme des pantins au bout d’une corde, je suis moi et je ne suis plus moi, je suis un mix intégré, mi-homme-mi-machine, si vous me prenez pour un fou relisez L’île du Docteur Moreau de H. G. Wells le visionnaire, la musique rigole moins, c’est vrai que je suis fou, non pas d’une folie douce ou dure, d’une folie salvatrice, je me suis renié pour mieux m’améliorer, ne serais-je pas en train de devenir un de ces Dieux que j’ai longtemps tant honni. J’ai abandonné mon cadavre sur le rivage, mon esprit machiné survole la mer. Sea to summit : la folie n’était qu’une rémission, le soleil réchauffe les pôles et l’eau monte, la mer recouvre les plus hauts sommets, Ouroboros a choisi son cataclysme parmi les solutions proposées par Sénèque, submersion par l’eau, peut-être restera-t-il une crête  émergeante sur laquelle nous trouverons refuge, la tarentelle orientale se métamorphose en leitmotive salvateur, peut-être survivrons-nous… Serais-je victime d’une de mes obsessions mais le déferlement sonique ressemble à certains passages de Nantucket Sleighride de Mountain, moins d’ampleur romantique mais une technicité augmentée. Disemboled mind : attention ça cahute dur, le feu se joint à l’eau, des anneaux d’Atlantide m’apparaissent, je ne suis pas le seul survivant puisqu’une voix m’appelle, une sorcière ratatinée se tient au pied de mon lit, la marmelade phonique parvient à être en même temps plus lyrique et davantage diffractée comme si le calme se teintait de folie, comme si la folie s’enfuyait de moi, une guitare scie l’aigu riffique, la réalité est-elle en moi ou au-dehors de moi, de qui suis-je le prisonnier de la sorcière, de moi-même, de mes rêves ou de mes cauchemars. Dissolve : accélération rythmique, instant crucial, batterie folle, guitares sous emprise, réaliser le grand-œuvre, tout dissoudre et tout coaguler, alchimie mentale, l’esprit a le pouvoir de disséquer tout phénomène et de réunir les morceaux de chair dionysienne ou osirienne répandue aux quatre coins de mon cerveau assez grand pour contenir le monde en son intégralité, vocal expérimental, tout se passe au niveau du concept, la batterie s’empresse de découdre ce que le vocal essaie de coudre ensemble. Le cycle se répète maintes fois dans ma tête, réussirai-je un jour à tout remettre ensemble ou serais-je attiré par les forces négatives qui ont présidé à la déchéance de l’espèce humaine. Panaceae : une batterie qui piétine sur elle-même, une guitare qui crie et larmoie, existe-t-il un remède universel qui puisse guérir un homme, ne sont-ils pas tous un de mes frères, de la mort. Difficile à  comprendre mon frère ne sera définitivement mort que lorsque je serai mort, la batterie casse du bois, les riffs s’enflamment, le vocal s’empresse auprès des mourant mais c’est celui qui chante qui doit mourir pour tuer la mort de l’autre. Le cataclysme ouroborien n’est-il pas lié à l’intimité de chacun, le macrocosme n’est-il pas que le rêve démesuré et cauchemardesque du microcosme. Un morceau épuré jusqu’à l’os battérial qui rampe à terre pour être au plus près du lieu de recueillement des cadavres. Sur la fin il adopte la semblance de l’effet d’un cataplasme, pour ne pas dire un cataclysme, sur une jambe bois. Edifice to Tyranny : après le drame intime, le drame collectif, la guerre, l’envie, la nécessité, le désir de tuer, la batterie tire à bout portant, mitraillage de riffs, mortal vocat, folie et  complicité des élites, un tableau sombre de la coalescence du politique, des élites et de l’inhumanité. La batterie s’entête peut-être espère-t-elle une autre fin. En vain. Absent from entity : Si vous parvenez jusqu’au bout du monde, ceci n’est pas une hypothèse en l’air, le groupe n’en est-il pas au morceau terminal de son album, il ne se demande pas comme Archytas de Trarente ce qui se passerait s’il lançait une flèche sur la muraille du monde, il se contente d’adapter cette interrogation à lui-même, à sa petite personne, exactement similaire à la vôtre, à la nôtre, se demande en toute simplicité ce qu’il adviendra si arrivé au bout de la folie que se passera-t-il s’il en franchit la dernière limite, sera-t-il encore plus fou ou encore toujours aussi fou qu’avant… une autre manière de se poser cette question un peu plus prosaïque : une fois que j’aurais atteint le bout de ma vie ( = une fois que je serai mort) si je continue à vivre serais-toujours aussi mort ou vivant… Nous sommes ici au moment de rupture élémental de l’Ouroboros, Ouroboros (le groupe) reprend la vision d’Empédocle pour expliquer le serpent ouroboïque : une force élémentale coagulante : l’Eros et une force élémentale dissolvante : l’Arès, qui prennent à tour de rôle le commandement du cycle : organisation-destruction. Le morceau terminal du disque est totalement arestique. Avec les deux précédents il forme un final d’une violence éblouissante, un tsunami intégral qui ravage tout. La terre et vos oreilles.

             A écouter en boucle. Sans fin.

    EMANATIONS

    (NOL / 2015)

    Michael Conti : bass, backing vovals / David Horgan : drums / Chris Jones : guitar / Evgeny Linnil : vocals. + PhilHarmonic Orchestra of Prague.

    z31076couveOuroboros2.jpg

             La couve est aussi de la main de Colin Marks. Quel autre peintre ou graphiste aurait pu lui succéder ? Le dessin est de toute beauté mais lorsque l’on le reçoit dans les mirettes sans avoir écouté le disque elle ne s’impose pas d’emblée. Quelle relation avec le titre de l’album, que sont ces émanations et quel rapport entretiennent-elles avec cet arbre. L’on pense à Gatzo, le personnage d’Henri Bosco dans le roman Mon compagnon de songe, qui refuse d’abdiquer sa quête éperdue de l’âme de Hyacinthe, que Cyprien avait dissimulée dans un arbre, mais les Caraques (gitans) ont préféré brûler toute la forêt afin que personne ne puisse la retrouver… Gatzo pense qu’elle n’est pas définitivement évanouie, qu’il pourra la récupérer dans les émanations de la fumée dégagée par l’incendie… L’analogie entre le groupe Ouroboros et le livre de Bosco peut sembler aussi impalpable et fantaisiste que l’objet de la quête de Gatzo, toutefois il est utile pour admettre la folie de Gatzo de comprendre que selon Henri Bosco le songe en tant que voie de connaissance s’inscrit dans la lignée poétique du rêve de Gérard de Nerval

    z31184bosco.jpg

             Sinon beaucoup plus prosaïquement il suffit d’expliquer que nous assistons à la conflagration terminale d’un des cycles de l’Ouroboros. Beaucoup moins de mystère alors pour cette silhouette d’arbre calciné mise en évidence, n’est-ce pas l’image symbolique de l’Yggdrasil des légendes nordiques à la fin du monde… N’ayez pas peur, sa mort se confondra avec sa renaissance lors du commencement du nouveau cycle… un peu comme le minuit de la pendule indique qu’une journée vient de se terminer et qu’une autre débute…

             Lorsque la forme de cet arbre s’est imposée à mes rétines, mon cerveau a immédiatement entrevu la silhouette de la Semeuse sur les anciennes pièces françaises…  Mais là je vous demande de n’accorder aucun crédit à mes visions phantasmatiques… Un ouroboros financier des banques capitalistes qui gèrent notre monde n’est pas pour me déplaire…

    Scion : le mot n’a rien à voir avec le Sion du dieu biblique, pour faire vite sans entrer dans un cours de jardinage sur l’art de la greffe  nous dirons qu’un scion est une nouvelle branche qui au printemps surgit du bout d’une branche de l’année précédente… juste une image symbolique pour signifier selon le mythe ouroborien, qu’une fois mort, nous renaîtrons pour recommencer notre vie à l’identique des millions de fois car nous mourons aussi des milliers de fois et ce cycle se répètera éternellement… Le texte déclare que l’amour est toute la loi, les lecteurs de nos chroniques sur Aleister Crowley qui reconnaîtront la formule magicke de la Grande Bête, auront tort, cette déclaration est à comprendre comme le corollaire de ce que nous avons expliqué sur Empédocle, voir le dernier morceau précédent qui mettait l’accent sur l’Arès force destructrice, alors qu’ici nous sommes dans l’autre étape, celle de l’Eros force coagulante... : l’humus phonique a changé de nature, l’est comme apaisé et davantage accompli, les samplers de l’orchestre classique apporte une épaisseur voluptueuse, après avoir été roulé durant des siècles dans les turpitudes de la désintégration, l’individu renaît de lui-même, les Dieux l’ont tué, mais le voici Immortel, les Dieux vaincus sont comme morts, ils ont trouvé plus fort qu’eux. Si je suis vainqueur qu’est devenue la mort… The sleep of reason : sommes-nous avant ou après, qu’importe sur le cercle tout moment présent est éternel, le chant comme un chœur de moines, le vocal vindicatif, le Dieu t’appelle, n’es-tu pas un rôdeur stalkérien qui cherches à pénétrer dans la zone pour accéder à la présence qui t’appelle, la batterie comme une reptation de reptile, le cercle lui-même n’est-il pas un serpent,  magnifique scène de film suggérée par l’orchestration classique et le charmeur qui se prend pour le maître du serpent, à moins que ce ne soit le cobra qui soit devenu ton maître, il s’est emparé de ta raison, il a endormi ta vigilance, tu croyais tourner la roue, c’est la roue qui te tourne. Horizons : nos horizons ne sont-ils pas derrière nous dans la bibliothèque d’Alexandrie détruite, nous sommes les fils des mythes véhiculés par la littérature et la philosophie, nous savons qu’il n’y a pas de Dieux, qu’ils sont morts, parfois le rythme se traîne, la lecture de certains textes se révèle difficile, mais le rythme reprend force, car ce qui ne nous a pas tué nous a rendu plus fort, verbiage et persiflage, parfois nous sommes Thiton, l’amant d’Eos, l’aurore aux doigts de rose, qui a obtenu nôtre immortalité mais qui a oublié d’intercéder en faveur de nôtre éternelle jeunesse, notre chlamyde est trouée comme la peau de la panthère de Dionysos est tachetée de  noir, Shelley le poëte n’a-t-il pas écrit que la toute-puissance d’Ozymandias demeure à jamais pour l’éternité dans son tombeau… saurons-nous un jour lors de notre retour marcher vers d’autres horizons… Emanation : tourbillon sonore, dans le grand chaudron de l’univers, beauté des ères que nous traversons, nous en sortons chaque fois plus grand, plus fort, les atomes s’assemblent, nous revivons la formation du monde, nous ne sommes qu’une particule, qu’une minuscule émanation de ce monde et pourtant en même temps nous sommes aussi l’entièreté de ce monde en perpétuelle métamorphose, le monde n’est-il pas le produit de notre conscience, le grand orchestre samplérique prend le commandement et supplante le vocal comme écrasé par le poids de ses paroles révélatrices, nous sommes l’être et le non-être, le Un et le non-Un… Submission : quel rapport entre ce que je suis et ce que je ne suis pas, qui parle, qui écoute, qui ordonne qui obéit, vocal colérique, peut-on fouetter la mort que l’on porte en soi pour la faire reculer, l’esprit n’est-il pas une citadelle vide sur ses parois apparaissent d’étranges peintures à moins que ce ne soit moi que les peintures regardent pour mieux m’effacer … batterie atteinte de folie se précipite dans le néant de ses battements, essayant à chaque instant d’écraser le vide qui sépare deux battements, tout n’est-il pas joué depuis toujours. Catholicon : un air de musique, pour

    z31080groupeorouboros.jpg

    nous rappeler que nous avons vécu des moments inoubliables emplis de haine et de sang, nous avons suivi les ordres du catéchisme, nous étions emplis du rêve de la Divinité, nous nous sentions grands et forts, et au moment de disparaître révoltons-nous contre Dieu et ses anges qui ne nous ont appris que la haine, le morceau est un film à grand spectacle qui se regarde davantage qu’il ne s’écoute, le vocal comme la voix du héros qui se remémore ses exploits et qui au moment de mourir tire la leçon de ses errements.  Benath heaven’s wawes : interminable montée en puissance, le serpent t’offre l’immortalité à l’égal des Dieux, mais cette immortalité ne dure pas toujours, tu ne fais que répéter les échecs de ta vie, oui ta vie est un échec puisque tu finiras par mourir pour mieux renaître, mais tu mourras aussi éternellement, la batterie hésite, l’orchestre console, tempête sous un crâne, si tu veux vivre éternellement tu dois accepter la mort, tu dois te laisser tomber dans l’immortalité infinie de la mort pour accéder à la joie de vivre éternellement, les deux faces d’une même monnaie, l’éternité du serpent est plus longue que l’immortalité des Dieux. Amaranthine : l’acceptation, le choix du néant pour accéder à l’éternité de la vie, la vie amaranthine n’est pas rose mais d’un rouge pourpre plus fort que la mort, des violons pour bercer ton sommeil, s’enfoncer dans la mort comme une troupe guerrière monte à l’assaut, mourir consiste à revenir à l’antiquité originelle de sa propre vie. The amber light : the amber light est bien ambigüe, moment du réveil, une éternité s’est écoulée, tu remues dans ton cercueil, les fantômes de ton passé, les présences de ton existence reviennent, tu t’agites, le serpent a effectué un tour complet et tu tâtonnes dans des bribes de cauchemars, l’orchestre prend son temps, il te laisse le temps de réaliser, même la batterie pour une fois ne pousse pas la rythmique, le vocal émet des grognements d’insatisfaction, tu es debout et tu reprends le chemin, l’éternité du retour pèse-t-il beaucoup plus lourd que l’éternité du départ…

    z31079logoouroboros.jpg

             Est-ce vraiment reparti pour un tour…

             …

             Tout n’est-il pas perdu de toute éternité… A vous d’en décider. Avec de dernier opus Ouroboros nous offre un double voyage musical, et philosophique. La partition est beaucoup plus riche et variée mais c’est au niveau des lyrics que le groupe fait preuve d’un savoir et d’une qualité d’écriture sans égale.

             Nous surprendront-ils un de ces jours avec une nouvelle œuvre. Je n’en sais rien, mais il ne m’étonne pas qu’après un tel prodige ils aient dû prendre une dizaine d’années pour amortir l’immensité de la tâche accomplie. L’on ne doit pas sortir indemne d’une telle création.

              Damie Chad.

     

    *

    Il y a des filles qui ne vous laissent jamais en paix. Je pensais, ce clair matin du 20 février, en être débarrassée pour un long moment, ne m’étais-je pas la semaine dernière attelé à chroniquer les trois opus qu’elle avait sortis en 2025. Stupeur et tremblements, la première chose que je trouve en rallumant l’ordinateur c’est le nouvel opus offert à la sombre et voluptueuse curiosité du public  ce 18 février 2026. J’ai ressenti comme un souffle froid me parcourir l’échine….

    A PATH PAVED WITH FLICKERING LIGHT

    HECATE’S BREATH

    (Bandcamp / Février 2026)

    El., TS, Ame Severe, Handful of Nails - All Melinoë - Noise, Subliminal Entities.

            Encore moins d’indices que la semaine précédente. Juste une phrase en exergue, un court poème d’Emily Dickinson, et cinq clichés aussi noirs que votre âme. Tout de même un truc marrant, enfin tout est relatif, sur le bandcamp qui annonce la sortie de ce nouvel opus. Juste un lieu de villégiature ou symbolique, le groupe se réclame, le patelin existe, de Quarré-les-Tombes… Seraient-ils des adeptes de la couleur locale, ou alors Balzac, esprit tortueusement génial, avait-il raison d’affirmer que les lieux exercent leur influence sur ceux qui y séjournent… Toujours est-il que l’emblème de la

    z31086blason carré.png

     bourgade vaut le déplacement, en haut un bandeau de trois têtes de mores qui rappellent l’écu de la Corse, mais ce sont des chefs de Sarrazins qui n’ont pas pu s’emparer de la ville, était-ce du temps de Charles Martel,  très sinistres sur notre gauche, trois carrés blancs sur un fond noir, serait-ce un rappel fantôme du beauséant des templiers, ou le souvenir des deux mille sarcophages vides exposés depuis des siècles autour de l’église, il en reste moins de deux cents aujourd’hui, de dextre un chêne que nous qualifierons de druidique, trop visible pour être honnête, j’ai l’impression que cette héraldique est d’une facture bien trop moderne…

    z31087photodickinsson.jpg

             Le souffle d’Hécate semble se mouvoir dans deux directions contradictoires : vers ce qu’il y a de plus menaçant dans notre monde si l’on en croit la traduction du poème de la recluse volontaire d’Amherst, Emily Dickinson (1830-1886), puisque son esprit captait la lointaine présence de toutes choses : « Je l'ai entendu dans les contrées les plus glaciales / Et sur les mers les plus étranges / Pourtant, jamais, dans l'extrême détresse / Il ne m'a demandé une miette. » Par contre la courte question en exergue de l’œuvre Perhaps you've lost your way ? semble empreinte d’une certaine sollicitude. Que vous ferez surtout attention à ne pas confondre avec une sollicitude certaine…

    Z31081apahpaved.jpg

    Celestial concussions : l’on dit que la maléfique Hécate est la gardienne des portes qui ne doivent surtout pas être ouvertes. Par un mortel évidemment. N’empêche qu’il me plaît de voir en cette sombritude une porte vitrée. L’épaisseur du verre ne permet pas de voir à l’intérieur, mais peut-être aussi à l’extérieur, en tout cas l’ombre pallide qu’elle laisse filtrer me paraît être un aiguillon destiné à satisfaire notre curiosité. Malsaine. Une commotion serait-elle céleste n’en reste pas moins une commotion. Je ne devrais pas le dire, mais je ressens beaucoup de douceur dans ce qui se veut être sûrement une inquiétude, le souffle d’Hécate nous semble marcher sur des ailes de colombe, l’est vrai que j’oubliai la dimension célestéenne du titre, ce n’est point un adjectif qui convient totalement à Hécate, d’ailleurs quels sont ces gratouillements vocaux, mais non il nous semble être encore une fois en train de flotter dans les airs sur des ailes séraphiques, toutefois il est quelques pincées de notes inquiétantes, peut-être une appréhension stupide de ma part. Si c’est du doom ambient, l’on est plus près de l’ambient que du dark doom, laissons-nous porter, nous ne savons où nous atterrirons mais cet envol n’est guère désagréable, même si sur la fin résonnent quelques bruits fantomatiques qui traîneraient un boulet métallique pas du tout pesant… Disoriented psychopompe I & II : beaucoup de gris,

    z31082disoriented.jpg

     mais l’œil est incapable de s’arracher à cette noirceur absolue de lame de guillotine et cette espèce de billot un peu maigrichon qui n’attend plus que la hache tranchante, qu’espérer de cette tache blanchâtre là où normalement devrait coaguler une épaisse flaque de sang noir séché… Un bruit plus léger que celui-ci tu meurs, si ce n’est déjà fait, diable l’on croirait entendre une musique de bal funèbre, troublée par des bruits d’âmes qui n’ont commis que le seul pécher de vivre, orgue ecclésiastique, qui se tait pour laisser place à une présence, serait-ce le passage d’Hermès, le dieu psychopompe, celui qui accompagne les âmes des morts qui descendent vers les sombres Enfers, des bruits sinistres peu encourageants, pas la peine de s’affoler, un peu de calme survient, toutefois vite troublé, mais pas trop, est-ce pour cela que le dieu est dit désorienté, ne sait-il pas encore s’il doit nous emmener  dans les enceintes airainiques du cruel Tartare ou sur l’Île des Bienheureux, pour préparer le Retour, dernières notes en point de suspension, comme quand vous l’on vous bande les yeux pour vous emmener vous ne savez où… Altered contusions : que de blanc ! Oui, mais c’est un mur. Les cloisons n’ont-elles pas été inventées pour vous empêcher de passer, d’aller où vous voulez, vous

    z31083alteredconfusion.jpg

    limiter, en vous-même si elles sont conceptuelles, mais en haut le blanc se perd dans le noir, et en bas la noirceur de ce haut de muraille s’avère si ténébreuse… fermez les yeux, vous êtes cerné ! De quoi vous ficher un coup au moral ! Ce qui vous saute aux oreilles provient de partout et de nulle part, échos de voix angéliques ou démoniques, vous êtes perdu, mais voici que l’on débite du bois, serait-ce pour préparer votre cercueil ou l’échafaud de votre guillotine, intérieure car c’est nous-mêmes qui décidons de notre destin même si nous errons en un étrange labyrinthe dans lequel on entend résonner nos propres pas qui nous conduisent vers une mystérieuse et bruyante machinerie. Terrestrial commotions : une espèce d’échiquier dont toutes les cases sont noires. D’un noir pas vraiment sombre, plutôt infiniment monotone. C’est sûrement le plus terrible, l’on finit par s’habituer à tout. Même plus peur. Aucune stratégie possible, celle de marcher au hasard peut-être… Si l’on n’avait pas percuté dans notre petite tête, le bruit qui fuse est là pour nous faire comprendre que nous avons changé de plan, du céleste nous sommes descendus sur le terrestre, sur le plancher des vaches pour employer une métaphore un peu moins grandiloquente, vous avez des notes qui clopinent et d’autres qui imitent l’eau qui coule du robinet de votre mémoire que vous avez oubliée de fermer, celui de égout intérieurs qui charrie bien des horreurs, des coups de marteau qui se moquent de vous, vous serez bien obligé de vous désaltérer de cette eau sale, quelques notes moqueuses pour vous rappeler que désormais vous ne vous plongerez votre bouche que de cette eau croupie qui charrie l’urine et les excréments de vos rêves. Isolation : noir

    z31085isolation.jpg

    de chez noir, tout en haut une échancrure noire, indubitablement l’on pense à Verlaine en ses prisons, à la souris rose d’aurore  de l’imagination qui trotte dans votre tête. L’imagination qui fuit, qui chantonne, douçoureusement ce que traduisent les notes sombres et le bruit du trousseau du geôlier, qui n’est que nous-même rappelons-le, un cliquètement monotone rappel de notre présence en ce lieu, en cette petite niche de survie que nous avons édifiée en nous-mêmes malgré la quincaillerie rugueuse de la réalité, l’envol est le plus fort…

             Ce sentier aux lumières clignotantes aura titillé l’esprit de quelques lecteurs, n’avons-nous pas déjà… se demanderont-ils, ils iront vérifier sur la chronique consacrée à Hecate’s Breath la semaine dernière, ils comprendront alors comment ce groupe se joue de nous, il nous repasse les mêmes plats et nous leur trouvons un goût différent, des manipulateurs, une photo, un poème et le tour est joué. Tout dépend non pas de la manière dont vous appréhendez les choses mais dont ils vous les font appréhender. Sont des illusionnistes. Soufflent sur l’eau et vous voyez une chose, vous ressoufflent sur l’eau un peu plus tard : vous voyez une autre chose. Vous regardez votre miroir et vous vous trouvez beau, le lendemain dans le même miroir vous vous jugerez particulièrement laid. Le miroir n’a pas changé, vous non plus, c’est votre regard qui a changé.

             Tout dépend de notre humeur, de l’ambiance du moment répondrez-vous, certes notre esprit toujours en mouvement varie sans cesse, une pensée chasse l’autre, ou conduit à une autre… Votre tour d’ivoire intérieure est-elle si poreuse qu’un souffle venu de l’extérieur puisse la pénétrer et se jouer de vous… Il est vrai que la chienne Hécate qui hurle aux carrefours du monde n’est pas tout à fait n’importe qui ! Pas tout à fait n’importe vous.

    Damie Chad.

     

     

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 717: KR'TNT ! 717 : BOBBY WOMACK / BLACK REBEL MOTORCYCLE CLUB / TOM WILSON / AL WILSON / RAMONES / RODOLPHE / LIGNUM MORTIS / SHADOWS TALLER THAN SOULS

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

    A20000LETTRINE.gif

    LIVRAISON 717

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    01 / 01 / 2026

     

     

     BOBBY WOMACK  

    BLACK REBEL MOTORCYCLE CLUB

    TOM WILSON / AL WILSON / RAMONES

    RODOLPHE / LIGNUM MORTIS

    SHADOWS TALLER THAN SOULS

     

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 717

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http ://kr’tnt.hautetfort.com/

     

     

    Wizards & True Stars

    - Womack the knife

    (Part Two)

     

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Il se pourrait bien que Bobby Womack soit l’un des personnages les plus centraux de l’histoire de la musique américaine. Par central, il faut entendre qu’il est au centre d’une galaxie d’autres personnages centraux. Il est aussi central que le fut Nico dont la galaxie comprenait Dylan, Lou Reed, Calimero, Andy Warhol, Jimbo, Brian Jones, Iggy Pop, Fellini, Philippe Garrel, Delon et John Cooper Clarke. Celle du p’tit Bobby comprend Sam Cooke, Pops Staples, James Brown, Jimi Hendrix, Ray Charles, Chips Moman, Janis Joplin, Wilson Pickett, Ike Turner, Jim Ford, Sly Stone, Ronnie Wood et donc les Stones. Il détaille tout ça dans son autobio : My Story 1977-2014. Le p’tit Bobby est donc un personnage considérable.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Nous n’allons pas revenir sur ses albums. Lorsqu’en juin 2014, le p’tit Bobby a cassé sa pipe en bois, nous lui avons rendu un p’tit hommage ici-même en déroulant l’habituelle revue critique de sa looooongue discographie. Ça peut avoir un côté gnan-gnan, et bien sûr, chaque fois on se pose la question : faut-il vraiment le faire ? Comme toujours, la réponse est dans la question. Comment peut-on oser évoquer un artiste de ce calibre sans rechercher une forme d’exhaustivité ? L’œuvre cache parfois sa grandeur dans la longueur. On l’a découvert en lisant certains de ceux qu’on appelle aujourd’hui les ‘auteurs classiques’. Le p’tit Bobby est un auteur classique. Il faut le ranger dans l’étagère à côté de Balzac et de Maupassant. Son œuvre est celle d’une vie. Sa p’tite autobio éclaire bien cette vie passionnante.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Pour la p’tite histoire : on avait ramassé ce p’tit book chez Smith, rue de Rivoli, en 2015, comme l’indique l’étiquette qui est encore collée au dos. Dix ans plus tard, on le sort de la pile, parce qu’on décide qu’il devient soudain plus prioritaire que les autres. Et comme il n’est pas lié à l’actu, sa lecture est plus pépère. On s’invente des compromis, on négocie du temps au temps - Chronos, donne-moi huit jours ! - Par contre, on ne sait pas si Chronos nous donnera le temps de lire toute la pile. Car il en arrive toujours d’autres - Des p’tits books, des p’tits books, toujours des p’tits books, sur l’air du Poinçonneur Des Lilas - L’avantage c’est que ça occupe. Pendant qu’on lit pour devenir liseron, on ne fait pas de conneries.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             En plus d’être au centre d’une galaxie de superstars, le p’tit Bobby est un fabuleux romancier. Pour la p’tite histoire : peu de temps après que son protecteur Sam Cooke se soit fait dessouder, le p’tit Bobby a épousé sa veuve Barbara, ce qui l’a mis au ban de la société. Et puis quand le p’tit Bobby s’est mis à sauter en douce Linda, la fille de Barbara, les choses ont mal tourné. Et c’est là où le p’tit Bobby a de la veine : comme Barbara est arrivée avec un calibre pour le buter, le p’tit Bobby démarre son prologue avec cet épisode - My wife was packing a .32 pistol. It was the first thing I saw - C’est pas donné à tout le monde de se faire canarder par sa femme. Et puis voilà Linda qui accourt pour demander à sa mère d’épargner le p’tit Bobby, et elle répond : «I’m not gonna shoot the bastard, I’m gonna kill him.» Finalement, elle tire dans la porte du garage, elle ne le bute pas, c’est pourquoi on peut lire ce p’tit book. Le p’tit Bobby se raconte planqué dans le garage, en calbut, car il sort du lit de Linda. Il est terrorisé - I was scared shitless. I had done something wrong, terribly wrong - Il ajoute qu’il avait laissé sa queue lui dicter sa conduite, «but dick has no concience», comme nous le savons tous, et comme le raconte Aragon dans Les Aventures De Jean-Foutre La Bite

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             À la fin de ce prologue qu’on croirait rédigé par un professionnel du thriller, le p’tit Bobby fait un premier bilan : son mentor Sam Cooke est mort, Barbara sa veuve, vient d’essayer de la buter, Linda qu’il aime va épouser le frère du p’tit Bobby et n’adressera plus jamais la parole à sa mère - That was all really fucked up. And it wasn’t about to get better - Nous voilà donc tous plongés dans un p’tit book captivant.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Tu veux de l’Americana ? Lis ce p’tit book. Le p’tit Bobby évoque l’autre Americana, celle du peuple noir - I was born in a ghetto. This particular ghetto was in Cleveland, Ohio. The neighbourhood was so ghetto that we didn’t bother the rats and they didn’t bother us - C’est pas loin de Dickens. Son père s’appelle Friendly, il a 7 frères et 8 sœurs. Sa mère a 8 frères et 7 sœurs - It was a big family - Mom a 13 ans quand elle épouse Friendly qui en a 19. L’Americana, c’est surtout ça. La mère du p’tit Bobby met 5 baby boys au monde et chaque fois, elle pleure, car elle voudrait une fille. Mais elle n’en aura pas. Le p’tit Bobby est le troisième, on le baptise Robert Dwayne, Bobby for short. Bobby a une santé fragile - My mother said I was real weak, and every couple of months I came close to checking out - Tous ses frères ont des surnoms : l’aîné, c’est Jim, puis The Colonel, puis Bobby, puis Goat, mais il ne sait pas pourquoi on l’appelle Goat, puis Cecil, or Cornflakes, parce que ses mains pelaient «and to us that looked just like cereal». Toutes ces pages s’avalent d’un trait, car le p’tit Bobby est fabuleux styliste. Il s’exprime dans sa vraie langue, qui est le black slang, and Gawd, il faut voir comme ça sonne. Un autre exemple : «Chicken was the dish most blacks ate. It was wolfed down with watermelon.» Mais il explique que la viande du poulet est réservée pour l’église, les pauvres ne récupèrent que le cou, le croupion et les pattes «with the talons still on them. My mom would fry up those claws real good for dinner». Et puis bien sûr, le p’tit Bobby évoque les blancs. Son père met les cinq frères en garde contre les blancs : «Never look away when you’re passing white folk; that’s when they will hit you.» Le p’tit Bobby se souvient aussi d’épisode étranges, comme le simple fait d’entrer dans une boutique ou un ascenseur «and hear some little white kid ask, ‘Mom, is that a nigger over here?’» Le p’tit Bobby comprend que les blancs sont dangereux, et que les blacks n’ont pas d’autre choix que de devenir athlètes ou musiciens. Sinon, ils restent coincés toute leur vie dans leur quartier. Americana toujours : le p’tit Bobby récupère une gratte. Il manque une corde, mais il gratte de l’André Segovia, de l’Elmore James et du BB King. Il sait tout jouer à l’oreille, classical music, Soul, country & western, and rock’n’roll - I played my ass off.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

    Bobby à la guitare, orchestre de Ray Charles (1966)

             Le style ! Le p’tit Bobby en a. Quand il évoque le draft, au moment de la guerre du Vietnam, il balance ça : «I didn’t want anything to do with Wietnam. I thought I’d gone through enough shit just to end up in a lousy war trying to dodge a bullet.» Au moment où il se fait virer par Ray Charles, il résume ainsi : «I was canned by Ray en 1967. Jobless and potless again. Fuck. I was going nowhere as a solo artist.» Son rapport à l’argent fait partie de l’héritage du ghetto : «It was the same mentality with banks. Didn’t trust them. None of us did. I was probably in my mid-twenties before I had my own bank account. I used to keep my money in my shoe.» Et quand il devient riche et célèbre, voici comment il se décrit : «So I went shopping. Washed the car - my little white two-seater Merc, not the Rolls - and off I went  for a spin. I drove down Sunset Boulevard, just cruising, sat in that little sports car with my big old medaillon on and a cowboy hat. I looked good, I thought. Il also thought, ‘Fuck this shit, I don’t need a motherfucking wife, I need a drink.» Americana toujours.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

    Curtis Amy = Curtis Aimey

             Un jour, le p’tit Billy se retrouve au plumard avec une gonzesse tellement grosse que personne ne veut la baiser. Il se dévoue et raconte ça dans le détail. Si tu veux mourir de rire, c’est là  : «We got started, but it was pretty rough going. Betty was just so big. Man, every time I thought I had it in there, she told me I’d just found a roll of fat. There was just no much flesh, it was terrible.» Il raconte ailleurs qu’en tournée avec Ray Charles, il partage sa chambre d’hôtel avec le saxophoniste Curtis Aimey. Curtis a besoin de dormir la fenêtre ouverte, même en plein hiver - He’d push it open, snow would fly in the hotel room and I’d close it. He’d push it open again - it could be a blowing blizzard - and I would close it again. He said he couldn’t breathe. I said I couldn’t sleep, not with the gale blowing through the room - C’est presque du Charlie Chaplin.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Le p’tit Bobby découvre les Soul Stirrers à l’âge de 9 ans - They would change my life around - Et pouf, il embraye sur «the good looking» Sam Cooke - Sam was about 165 pounds, real slim, about  five foot ten, maybe a little more. (70 kilos et 1,70 m) He looked cool, wore sharp outfits. Always neat. Always. He didn’t need a suit to look smart - Né à Clarksdale, Sam a 13 ans de plus que le p’tit Bobby. Ce fils de prêcheur a grandi à Chicago - Cooke and the Soul Stirrers got on something called the gospel highway. Now this was showbiz, man - Le p’tit Bobby et ses frères font un gospel band, the Womack Brothers et ils ouvrent pour Sam on the gospel highway. C’est le père Womack  qui manage les Womack Brothers, mais il bosse à l’ancienne, à l’opposé de Pops Staples qui regarde vers le futur. Quand le p’tit Bobby dit à son père qu’il veut jouer du boogie-wwogie, son père le roue de coups - I’m going to boogie your woogie!

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Le p’tit Bobby croise aussi les fantastiques Five Blind Boys Of Alabama d’Archie Brownlee. Quand les Blind Boys débarquent à Cleveland, ils font savoir qu’ils cherchent un guitariste et le p’tit Bobby va gratter ses poux pour eux. Il n’a que 13 ans.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Sam Cooke et son manager JW Alexander créent leur label, SAR (les initiales de Sam & Alex Records). Ils signent l’ex-Soul Stirrer Johnnie Taylor, Johnny Morrisette et the Sim Twins. Ils veulent aussi le groupe du p’tit Bobby. Sam lui explique en outre que le gospel va passer de mode et qu’il faut évoluer - I want you to write something with crossover appeal - C’est JW qui conseille aux Womack Brothers de changer de nom et de s’appeler The Valentinos. Ils remplacent ‘God’ dans les cuts par ‘girl’. Puis le p’tit Bobby découvre la réalité du music biz - The whole business was about screwing, c’est-à-dire se faire enculer - Alors il préfère la méthode soft de Sam, avec de la graisse, plutôt que la méthode dure, avec du sable - Or get screwed with sand. That was  painful - Le p’tit Bobby sait dire les choses.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Et hop, c’est parti pour les Valentinos. Ils ont besoin d’une vraie formation professionnelle, alors Sam les envoie tourner avec James Brown. Pas de meilleur prof. Le p’tit Bobby sait que Sam et James Brown se respectaient, mais il savait aussi que Sam voyait James Brown  comme un «arrogant motherfucker, a real rough ghetto kid.» C’était réciproque. Plus tard, James Brown dira au p’tit Bobby qu’il était jaloux de Sam, parce qu’il était beau et grand, alors que lui, James Brown, ne l’était pas. Ça se passe en 1962 ! Bien avant la bataille. James Brown est déjà un big performer. On trouve aussi à l’affiche de la tournée Solomon Burke et Freddie King. James Brown donne cinq concerts par jour. Le p’tit Bobby raconte aussi que Solomon Burke cuisine dans sa chambre d’hôtel et qu’il a toujours de la bouffe à vendre, du popcorn, du poulet ou des burgers. Il voyage avec ses ustensiles de cuisine. Plutôt que d’aller bouffer au resto, les musiciens vont dans sa chambre, car Solomon casse les prix. Il monte tout seul sur scène avec son ukulele - He didn’t have no band, but he sure as hell knew how to work a house. He could fill the hall with his voice, didn’t need no microphones - Dans les pattes du p’tit Bobby, les portraits prennent des proportions considérables !

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             James Brown leur apprend tout - You had to earn his respect to be in his army - Grâce à lui, les Valentinos apprennent to «kill the house». Et le p’tit Bobby ajoute : «I learned perfection from him.» Et ça encore : «He tried to teach us some stagecraft because we had none.» Pour un débutant, James Brown est la meilleure école. C’est un bel hommage que lui rend le p’tit Bobby.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Paru en 1964, le quatrième single des Valentinos est le fameux «It’s All Over Now». Mais ce sont les autres qui vont se faire du blé avec. Andrew Loog Oldham rencontre JW Alexander pour acheter le cut, et ce sont les Rolling Stones qui vont cartonner avec. Le p’tit Bobby se fend bien la gueule car il apprend que les Stones se construisent une image de bad guys en pissant contre une porte de garage, puis ils veulent se taper «a slice of blue-collar R&B and they went to Sam to get it.» Sam dit au p’tit Bobby que les Sones n’ont aucun talent, que leur chanteur ne sait pas chanter et qu’ils jouent out of key, «but there ain’t nobody like them.»  

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             On retrouve leur cover d’«It’s All Over Now» enregistrée chez Chess sur 12x5. Et ce fut leur premier number one en Angleterre. Merci p’tit Bobby ! Mais il est furieux, jusqu’au moment où il touche un premier chèque de royalties. Alors il ferme sa gueule. Il essaiera par la suite de leur refourguer d’autres cuts, car il trouve ça rudement rentable.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             En 1962, le p’tit Bobby qui n’a que 18 ans devient le guitariste de Sam. C’est lui qui gratte ses poux sur «Twisting The Night Away». Sam fait maintenant du rock’n’roll. Le p’tit Bobby raconte aussi qu’en tournée, la première chose que fait Sam lorsqu’il arrive en ville, c’est de chercher une librairie. Il incite aussi le p’tit Bobby à lire. Comme il est encore très jeune, tout le monde le charrie. Il n’a pas vraiment accès aux gonzesses. Sam lui dit de se laisser pousser une moustache. Il lui conseille aussi de boire un ou deux martinis, mais pas trop, et de fumer une clope au bar. Chaque soir, le p’tit Bobby voit Sam entouré de gonzesses - I’d watch him pull chicks any night, all night - Mais le plus important reste la musique - Sam liked my unorthodox style - Sam trouve que son protégé joue avec the spirit, «you don’t play with no music». Effectivement, le p’tit Bobby n’a aucune formation et il ne sait pas lire une partition. Tout à l’oreille. Et Sam en rajoute une louche : «The way you play, it makes me sing.» Le p’tit Bobby voit Sam comme son big brother. En 1963, Sam part en tournée dans le Sud, avec une belle affiche : Johnny Thunder (sic), The Crystals, Dionne Warwick and Solomon Burke. Il y a le Greyhound bus, et trois bagnoles, une Jaguar, une Cadillac et un van, for himself and the headliners.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Et puis un jour, Sam fait écouter au p’tit Bobby une chanson tout juste enregistrée : «A Change Is Gonna Come». Il veut son opinion - What do you think? - Et le p’tit Bobby répond : «It sounds like death.» - That’s what I had been thinking. Yeah death - Sam ne s’attendait pas à ça. Alors le p’tit Bobby lui explique que la chanson lui donne des frissons - It gives me the chills, Sam - Alors Sam lui dit qu’il a lui aussi la trouille de cette chanson - That’s why the fucker will never come out, Bobby. I’m scared of that song - Et il précise : «Pas de mon vivant.» Pour le p’tit Bobby, c’est une rude expérience, l’une de plus rudes de sa vie. Puis il explique que Sam avait été bluffé par le «Blowing In The Wind» de Bob Dylan et qu’il voulait apporter the black man’s response. Il a enregistré «A Change Is Gonna Come» en décembre 1963. Le p’tit Bobby n’était pas au courant, car il n’y a pas de guitare sur ce cut, seulement des violons - And the death walk thing that was a drum. That was Earl Palmer. And Sam was singing his ass off.   

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

    Sam Cooke in Rock Dreams par Guy Pellaert

             Et puis un jour Sam fait venir le p’tit Bobby chez lui pour lui expliquer qu’il va arrêter les tournées, parce qu’il perd de l’argent. Donc il n’a plus besoin de guitariste. Viré ! Et en décembre 1964, Sam se fait descendre dans un motel. RCA sort «A Change Is Gonna Come» deux semaines plus tard. Le p’tit Bobby ne s’était pas trompé : il avait eu une prémonition.         

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

    Et puis voilà la magie des tournées de l’époque. Le p’tit Bobby raconte que quelque part en 1964, les Valentinos se retrouvent à Atlanta, Georgie, avec Sam, Jackie Wilson, BB King et un mec nommé Gorgeous George Odell - Gorgeous was some kind of character - Et puis il ajoute : «Odell had got himself a young guitarist named Jimi Hendrix.» Tout ce que le p’tit Bobby sait de Jimi, c’est qu’il vient de se faire virer des Isley Brothers. Dans le bus de tournée, Jimi n’arrête pas de gratter sa gratte et le p’tit Bobby n’en peut plus : «‘Just put that fucking goddamn guitar down for an hour, half an hour? Fifteen minutes, Jimi, please?’ But he never stopped. It just went on, ching ting ting.» Comme le p’tit Bobby, Jimi est gaucher. Mais à la différence de Jimi qui inverse ses cordes, le p’tit Bobby n’inverse pas les siennes et Jimi lui dit : «You’re worse than me! Your shit is fucked up!». Ils s’échangent des licks au fond du bus - That’s how we became friends - Il ajoute ça qui éclaire bien la scène : «We were both unique players, but our styles were so different.» Jimi gratte une Strato et le p’tit Bobby gratte «the Cadillac of guitars, a big Gibson L-5 hollow body, or sometimes a Gretsch.» Jimi lui avoue qu’il a du mal à trouver sa place : «The whites don’t want me ‘cos they feel I’m imitating them and the blacks don’t want me because they say I am a misfit. I’m between a rock and a hard place.» Le p’tit Bobby raconte aussi que Gorgeous George lui a filé une gratte, l’une des premières grattes de Jimi, mais le manche était cassé et avait été réparé avec des clous. Jimi l’avait cassée sur scène et Gorgeous George l’avait réparée avec des clous pour que Jimi puisse jouer le lendemain soir.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Le p’tit Bobby raconte aussi dans le détail la façon dont Barbara Cooke lui a mis le grappin dessus, aussitôt après la disparition de Sam. Le p’tit Bobby raconte qu’elle lui fout la trouille, mais elle le veut et elle l’aura. Elle va même l’épouser et l’entretenir. Elle a dix ans de plus que lui. Elle lui ouvre les placards de Sam : des dizaines de costards ! Deux ou trois mois après les funérailles, elle épouse le p’tit Bobby qui a tout juste 21 ans - That’s when the problems started - Il la voit se lever chaque matin à 6 heures, avaler un café avec du brandy et poser 50 $ sur la table de chevet, l’argent de poche du p’tit Bobby. Ça tombe bien, le p’tit Bobby n’a pas un rond, alors il peut s’acheter des carambars et des malabars.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             C’est en 1965 que Ray Charles fait appel à lui. Il vient de monter un nouveau backing band, et comme il vient d’arrêter l’hero, il veut des musiciens clean. Mais il va y avoir un sacré problème : Ray Charles veut piloter son avion. Et il le pilote ! Il avait déjà conduit sa Cadillac et cogné des poubelles et des voitures en stationnement. Mais l’avion, c’est autre chose. Le p’tit Bobby est terrorisé. Il demande à Ray pourquoi il croit qu’il peut piloter un avion, et Ray lui répond : «Because it’s mine». Il avait déjà fait une tentative et cassé son avion en deux à Miami. Alors le p’tit Bobby décide de quitter l’orchestre. Pas question pour lui de monter dans l’avion de Ray. L’autre raison, c’est qu’il ne veut plus partager de chambre avec Curtis Aimey qui ouvre la fenêtre en grand, même en plein hiver - I’m freezing to death most nights and I got a blind man flying the plane. 

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

    Chips Moman

             Il sera resté deux ans dans l’orchestre de Ray Charles. En 1967, Wilson Pickett lui dit d’aller à Memphis : «Bobby, there are some white boys down there; if you closed your eyes, you could not tell they weren’t black. Those fuckers can play.» Et le p’tit Bobby ajoute : «Those fuckers were playing at a place called American Sounds.» Et là, on re-rentre dans la mythologie. Il va chez Chips parce que Stax, c’est trop «locked-up». Chez Chips, chest beaucoup mieux, «it was a funky old hole in the wall in a real bad section of town. (...) It had a vibe, il all worked. I headed there.» Alors il demande à Chips s’il peut gratter ses poux chez lui : «I’m good», I told Chips. Et Chips lui répond : «That’s great ‘cos we got Aretha coming through and then Wilson Pickett the following week.» Le p’tit Bobby est au paradis : «I played on everything. I mean every-fucking-thing that came into town. Aretha Franklin, Jackie Wilson, Joe Tex, Joe Simon, King Curtis and Dusty Springfield when she was recording Dusty In Memphis.» Il est fier d’avoir gratté ses poux pour Aretha : «I worked on Aretha Franklin’s session for the album Lady Soul. I was playing guitar with a cigarette in my mouth. Cool. It was 1967.» Elvis vient aussi enregistrer des cuts chez Chips pour From Elvis In Memphis - We weren’t that impresed. Yeah, man, Elvis is coming, so what? The guy had had his day, so we thought. It was like, no big deal. But then he showed up. The back door opened and in walked Elvis and we all backed up a step. He looked great - C’est là que Chips lui propose «Suspicious Minds» et «In The Ghetto». On sait tous qu’Elvis a adoré ces deux hits.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Après avoir été le pote et le poux-man de Sam et de Ray, le p’tit Bobby devient celui de Wicked Pickett. C’est un mec gentil mais compliqué - He didn’t trust a lot of people, however and mostly, I don’t think he trusted himself - Wicked Pickett va enregistrer 17 compos du p’tit Bobby, dont «I’m A Midnight Mover» - He called me Womack Stack. I forget why - Wicked Pickett grattait un peu de guitare and he blew a mean harmonica. Il trimballait un big band en tournée, 15 musiciens - five horns, keyboards, couple of guitarists. I followed after, went on the road with him for a few years - Wicked Pickett pouvait être violent, et balancer une gratte dans la gueule d’un musicien qui avait joué une fausse note. L’ambiance dans les tournées était toujours explosive - Pickett’s  temper versus the racist white boys - Quand le p’tit Bobby s’est joint à son big band, Pickett lui a demandé s’il a un flingue - Oh man - Pickett en portait toujours un sur lui. Le p’tit Bobby nous révèle aussi que Wicked Pickett n’a pas de compte en baraque : il garde tout son blé dans un placard. Mais l’énorme tension et la violence qui règnent dans les tournées finiront par avoir raison de la patience du p’tit Bobby, qui reconnaît pourtant en avoir vu des vertes et des pas mures depuis son enfance, «but Pickett was a little harder».

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             L’autre personnage principale de cette saga, c’est bien sûr la dope. Le p’tit Bobby commence à porter des lunettes noires et à sniffer des tonnes de coke. Il ne voulait pas que les gens voient sa peur. Il se considère comme un «boy half-scared to death». Alors il sniffe tout ce qu’il peut - I chopped out fat lines like there was no tomorrow - C’est lui qui pousse Wicked Pickett à sniffer. Il lui dit : «With cocaine, I can write, I don’t fear no man, I don’t fear nothing, I don’t even feel nothing.» - Pickett laughed at that. Told me I was weird. A weird motherfucker - Et il ajoute, en guise de bilan : «So I did blow for 20 years of my life.» Il craque 700 $ par semaine. Au début, c’est Barbara qui paye.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Le p’tit Bobby est en compagnie de Janis, le dernier soir de sa vie. Ils sont dans sa piaule et il croit qu’elle veut baiser, mais Janis reçoit un coup de fil et elle demande au p’tit Bobby de dégager. Elle ne veut pas qu’il voie son dealer. Un peu plus tard, le p’tit Bobby reçoit un coup de fil : Janis is dead - I was the last person to see her alive - Ils avaient une bonne relation. Le p’tit Bobby la trimbalait dans sa Mercedes et c’est là que Janis a composé «Mercedes Benz».

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Il évoque aussi Motown qu’il aurait bien aimé intégrer, mais aux funérailles de Mary Wells, Berry Gordy lui dit que ça n’aurait pas marché, car les Valentinos avaient un «distinctive sound». Too different, too gospel. Le p’tit Bobby va aussi fréquenter Ike Turner et le fameux Bolic Sound studio, down in Inglewood. Comme Marvin, Stevie Wonder et les Stones, le p’tit Bobby y a enregistré - What happened to the tapes? Ask Ike - Il évoque le big bowl de coke sur la console de Bolic Sound. Ike enfermait les gens dans le studio. Même les Stones, qui ont eu la trouille de leur vie. Tu peux taper à la porte, Ike n’ouvre pas. Quand Ike chope un musicien en train de barboter de la coke dans le big bowl, ça tourne très mal - Ike and Sly were both crazy like that.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Le p’tit Bobby est aussi pote avec un personnage pas très connu mais très important : Jim Ford, un blanc qui a deux particularités : il compose des hits et il est copain comme cochon avec Sly. Pendant un temps, Jim Ford est le writing partner du p’tit Bobby. Jim lui propose de rencontrer Sly, mais à une condition : «You’ll never go over his place without me.» Jim Ford sait que Sly est crazy, encore plus crazy qu’Ike. Le p’tit Bobby découvre qu’il y a deux Sly : le gentil, généreux, créatif, pretty cool Sylvester Stewart, et Sly Stone le destructeur. Ignorant la mise en garde de Jim Ford, le p’tit Bobby s’installe chez Sly, à Bel Air. C’est le bal des dopes. Comme chez Ike, Sly boucle tout et il ouvre quand il décide d’ouvrir - He’d stay up six, seven days with the drugs, and with that kind of punishment, you are going to hallucinate - Le p’tit Bobby bosse bien sûr sur There’s A Riot Going On, l’album culte qui sort en 1971. Quand Sly s’endort, c’est sur son piano. Le p’tit Bobby le réveille et Sly se met à chanter «A Family Affair» qu’il avait «composé» dans son sommeil. Il est plus efficace que les Surréalistes. Le p’tit Bobby évoque bien sûr Gun, le fameux pitbull dont tout le monde a la trouille. Il y a aussi un petit singe qui saute partout et un jour le Gun le chope, le tue et l’encule - that dog was vicious - Ce que le p’tit Bobby ne raconte pas, c’est la fin de Gun. Le clébard avait attaqué le baby de Sly et en représailles, Sly l’a emmené dans les bois et lui a tiré une balle dans la tête. On a tout le détail dans la fabuleuse autobio de Sly. Quand le p’tit Bobby a un fils, il demande conseil à Sly pour le prénom, et Sly  lui dit : «You should call him The Truth.» «The Truth?» «Yeah, Bobby». Aussi appelle-t-il son fils Truth - That was typical of Sly - heavy and totally unexpected, but right

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             En 1972, le p’tit Bobby enregistre Understanding à l’American Sound Studio de Memphis. Il se dit aussi très fier de BW Goes C&W - I really sang my heart out - Puis il sort The Poet en 1981, mais Otis Smith ne lui verse rien, alors que l’album se vend - He disrespected me - Le p’tit Bobby fréquente un autre requin, Allen Klein, qu’il connaît depuis les années 60, car Klein était le comptable de Sam - Allen was young then - and fat - Il portait un costard bleu tellement usé qu’il brillait. Sam avait confiance en lui. Et il écoutait ses conseils.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Puis Ronnie Wood devient son meilleur ami. Et comme Rod The Mod est dans les parage, il demande au p’tit Bobby ce que fumait et ce que buvait Sam - Told him L&Ms. Told him martini cocktails. Or Beefeater gin - Le p’tit Bobby se retrouve en studio avec les Stones, pour «Harlem Shuffle» sur Dirty Work. C’est une façon comme une autre de boucler la boucle.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

    Linda

             Alors attention, car la chute du p’tit book est hallucinante - I don’t speak to Barbara no more. Linda doesn’t speak to her. Haven’t spoken to Cecil (brother) for years. No one speaks to no one. Don’t know where Sly is at (....) Pickett I hadn’t heard from for a while by the time he died. I don’t talk to Jim Ford, but I think about him all the time (...) I don’t even try to talk to women now. Don’t need one. I ran out of energy. I don’t pick them up or see anyone else, not with this ton of baggage I still got. I guess I could tell them I got two kids in Chicago, one in New York, another in jail and two deceased. That’s enough.

    Signé : Cazengler, Bobby Fricotin

    Bobby Womack. My Story 1977-2014. John Blake Publishing 2014

     

     

    L’avenir du rock

    - Bienvenue au (Black Rebel Motorcycle) Club

             Pour retourner la situation à son avantage, l’avenir du rock a transformé le silence du désert en privilège. Il en est arrivé au point où il en savoure la moindre seconde. Il parle même de félicité. Il comprend ce que Baudelaire voulait insinuer, dans son Invitation Au Voyage, par luxe, calme et volupté. Pas un seul piaf pour lui péter les oreilles, pas le moindre fucking smartphone à l’horizon. Il goûte la paix céleste. Alors évidemment, quand il voit arriver à l’horizon un gros nuage de poussière accompagné d’une insolente pétarade, il sent la colère monter en lui.

             — Non mais c’est qui ce con !

             Rrrrombobobommm ! Rrrrombobobommm ! L’engin approche rapidement et la pétarade devient insupportable.

             — J’vais lui faire bouffer son bolide à c’te bâtard !

             Rrrrombobobommm ! Rrrrombobobommm ! Le mec arrive à fond et donne un coup de frein qui fait cabrer l’engin. À voir la tête ahurie et couverte de cloques de l’avenir du rock, le motard éclate de rire :

             — Aw Aw Aw, old chap, c’est ton jour de chance ! Monte derrière !

             Le mec est très beau. Une gueule de star du cinéma américain. Il porte un perfecto et une casquette en cuir blanc. Il a débrayé mais il remet les gaz pour faire tourner le moteur. Rrrombobobommm ! Rrrombobobommm !

             L’avenir du rock est tellement excédé qu’il décide de le snober :

             — J’monte pas sur ta fucking Triumph Thunderbird, j’monte que sur des BSA, sucker de mes deux !

             — Look out, old chap, faut que t’ailles voir un psy ! Le soleil t’a cramé la carlingue !

             Et il repart. Rrrombobobommm ! Rrrombobobommm ! Fou de rage, l’avenir du rock gueule après lui : 

             — Vas te faire mettre chez les grecs, Johnny Strabler ! Et ton Équipée Sauvage aussi ! Et ton Black Rebel Motorcycle Club avec !

     

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             La colère de l’avenir du rock est parfaitement légitime. S’il lui arrive de mordre de trait, c’est toujours pour la bonne cause. Par contre, le choix qu’a fait Peter Hayes d’appeler son groupe Black Rebel Motorcycle Club n’est pas très légitime. Ni l’Hayes ni Robert Levon Been n’ont des  dégaines d’Hell’s Angels. Ils sont même complètement à l’opposé. On les avait vus sur scène voilà  dix ans ou douze ans et Levon Been paraissait déjà chichiteux, sans doute victime d’une timidité maladive. On le sent lorsqu’il s’adresse brièvement au public, il n’ose pas trop la ramener. Contact minimal, même lorsqu’il descend dans la fosse avec sa basse, il garde ses distances. C’est pas Gyasi que tu peux tripoter. Quant à l’Hayes, il se planque sous une capuche pendant tout le concert. Zéro contact.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Tu dois presque te forcer pour retourner les voir sur scène. Tu gardais le souvenir d’un set prétentieux et statique, bien pompé sur les Mary Chain. Et puis tu gardes en mémoire la séquence de Dig! où Peter Hayes et les deux autres Brian Jonestown Massacre abandonnent Anton Newcombe en pleine tournée américaine. Autre chose : lors d’une interview, un journaliste demande à Anton Newcombe ce qu’il pense de l’Hayes, et l’Anton balance ça : «J’ui ai tout montré. Question suivante !». Donc ça fait un gros tas d’a-prioris. Mais comme on entre dans la pire zone de l’année pour les concerts, la fameuse trêve des confiseurs, on ne chipote pas trop : t’auras rien à te mettre sous la dent pendant deux mois, alors tu retournes voir les Black Rebel Motorcycle Club. 

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             La salle est pleine comme un œuf. Le Levon Been arrive sur scène avec son vieux caban. Au moins, on ne pourra pas lui reprocher de frimer. De l’autre côté de cette scène immense, l’Hayes chante sous sa capuche. Toute la première moitié du set reste extraordinairement calme, et les gens qui sont venus pour pogoter doivent crever d’ennui. T’en entends même au fond de la salle brailler des encouragements de football du genre «Allez Malherbe !». Au moins tu sais que t’es en France. Eh oui,

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

    l’Hayes gratte son «Complicated Situation» et ça sonne comme un fabuleux hommage Dylanesque. Même chose avec «Restless Sinner». Ce sont les cuts d’Howl. En fait ils jouent tout l’Howl. Et tu vas découvrir par la suite que c’est la tournée anniversaire d’Howl, qui reste sans doute leur album le plus pépère. Mais c’est le calme avant la tempête. Ils mettent leur machine en route au bout d’une heure avec cette pure Marychiennerie qu’est «Red Eyes & Tears», tirée du premier album BRMC. Le Levon Been fait un carton avec sa basse, il gratte des accords et sort un son qui se fond bien dans le fleuve de lave que déverse son collègue encapuchonné.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

    Leur numéro prend une dimension épique, ça devient même grandiose, et tout explose avec «Berlin» qui sent bon la Marychiennerie. Et tout ré-explose avec l’imparable «Whatever Happened To My Rock’n’roll (Punk Song)», amené par un riff gratté au bas du manche de basse. L’Hayes chante ça à la Jim Reid et tu retrouves le grain de folie qui hante l’«I Hate Rock’n’Roll» des p’tits Jesus. Les

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

    BRMC pompent ouvertement, mais au moins, ça fait sauter la Sainte-Barbe. Même chose avec «Spread Your Love» tiré du même premier album. Ils ressortent les vieux coucous que connaissent les gens. C’est de bonne guerre. On voit cependant les limites du genre. Les groupes qui pompent ont du mal à se renouveler. On va les appeler les Shadocks. Ou même les Shadrocks. Ils pompaient... Et ils pompaient...

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Tu peux ressortir le BRMC de l’étagère. Pas de problème, c’est un very big album. Ça démarre en trombe avec deux Marychienneries, «Love Burns» (même snarl de by my side) et «Bad Eyes & Tears» (avec un beat dévoré par des incursions intestines dignes de celles de William Reid. C’est féroce et complètement hanté). T’as

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

    une autre Marychiennerie plus loin qui s’appelle «Riffles» : ça groove dans la bouillasse. Et ça monte encore d’un cran avec «Whatever Happened To My Rock’n’roll (Punk Song)», l’Hayes a de la ressource, il fonce dans le tas, c’est assez viscéral, t’as là une merveilleuse défenestration, t’as la clameur et l’argent de la clameur, il a tout le revienzy du monde et le chant qui va bien. On se prosterne encore devant «White Palms», belle dégelée royale montée sur un beat bien têtu, et t’entends une basse de punk sidérante. Avec «Too Real», les Black Rebel battent pas mal de records de prod, c’est gratté aux accords tendancieux, avec une incroyable ambiance de la ramasse, ce sont des accords qu’on n’avait encore jamais entendus. La prod en devient extravagante. Belle intro de basse sur «Spread Your Love» et ça se barre en mode heavy stomp à la Sweet, mais bien pire. Peter Hayes gratte de purs accords de glam, mais on sent aussi le vieux Spirit In The Sky - Spread your love/ Like a fever ! - Cet album te re-bluffe chaque fois que tu le ré-écoutes.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Tu ressors les autres de l’étagère, tiens, pourquoi pas l’Howl, pour commencer ? Il date déjà de 20 ans ! Tu retrouves ce son enjoué et même bienvenu, et puis voilà l’«Howl», le morceau titre, beau et tentateur, doté d’une belle envolée finale. Une pure Beautiful Song ! Peter Hayes boucle son balda avec un gros stomp de boogie blues, «Ain’t No Easy Way», c’est bien vu, avec des ouh! au coin des couplets. En B, t’as encore des cuts qui forcent l’admiration («Still Suspicion Holds You Tight»). On peut dire que l’Hayes en a dans la culotte. La C est la plus réussie des quatre faces, grâce à ce «Gospel Song» digne de Spiritualized, un gospel électrique bardé de riffs cinglants, suivi de «Complicated Situation», gros clin d’œil Dylanex, avec ses coups d’harp et son gratté de poux fouillé. L’Hayes est un vrai caméléon.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Dans la foulée, tu te tapes un autre double album, Baby 81, qui date de la même époque. Celui-là regorge de Marychienneries : en B, tu tombes sur «666 Conducer», et en C, t’en as encore deux, «Lien On Your Dreams» et «Need Some Air» : c’est en plein dans le mille. Avec «Took Out A Loan», ils font du North Mississippi Allstars, c’est bien pompé, ils ne se cassent pas trop la nénette, et «Berlin» sent bon la Marychiennerie. Avec «Windows», ils font une espèce d’heavy Beatlemania, l’Hayes chante avec des accents de John Lennon, c’est de très haut niveau. Ce mec a de la suite dans les idées. En B, t’as encore un «Cold Wind» qui monte vite au cerveau, c’est bien monté en neige. Joli coup de Kilimandjaro. L’Hayes tient bien sa boutique. Il ne prend pas trop les gens pour des cons.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Tiens, encore un double album : Specter At The Feast. Tu te souviens que tous ces gros double albums coûtaient la peau des fesses. T’avais intérêt à bosser au black pour financer tout ça. Le Specter se met lourdement en route, tu assistes à un beau déploiement de forces sur «Let The Day Begin», mais les énormités se planquent en B, notamment «Hate The Taste» (bien sabré au riff acerbe, avec des refrains chantés dans la clameur de la chandeleur) et «Rival» (l’Hayes se jette à corps perdu dans la bataille à coups d’I need a rival, et ça sonne, ça splashe dans la bouillasse avec un sens aigu de la démesure). Les coups de génie se planquent en B : «Teenage Desease», une heavy gaga-punkerie qui te marque la mémoire au fer rouge, et «Funny Games», pur power blast. L’Hayes sait arracher son hydravion du lac. On sent chez ces trois mecs une nette volonté d’ampleur catégorielle. Tu te mets à les respecter pour de bon.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Take Them On, On Your Own date de 2003. Et c’est un big album, un de plus. T’as une Marychiennerie qui te saute dessus dès «Stop», te voilà dans le bain dès l’attaque à la basse fuzz. L’Hayes prend sa petite voix persistante de fouine lubrique. Puis ils basculent dans un genre qui leur est cher, le sonic genius, avec un «Six Barrel Shotgun» d’alerte rouge. T’as pas beaucoup de gens qui vont battre les BRMC à la course. Ils remontent un Wall of Sound pour «In Like The Rose», c’est de l’heavy Big Atmospherix, une montagne qui accouche non pas d’une souris, mais d’un gros cut titanesque. S’ensuit un «Ha Ha High Babe» noyé de violence sonique. Ils vont loin dans le piétinage des plates-bandes de la Marychiennerie. Mais tu ne t’en lasses pas. Ils allument encore leur «Generation» aux riffs de ferraille insidieuse, tout ici est taillé aux riffs de ciseaux tailladeurs, c’est une véritable agression. Ce mec Hayes a le génie du son. Même ses balladifs sont incandescents. L’Hayes ne vit que pour la dégelée royale («US Government»). Son «Rise Of Fall» est tendu à se rompre, les riffs sont compressés et soudain, tout explose sous ton nez. Nouveau wild ride avec «Going Under», mené de main de maître sur les accords de «Gloria». BRMC est une machine impitoyable. Nouveau coup de génie sonique avec «Heart & Soul». T’as là l’une des intros du siècle. Tu sais dès l’intro que ces trois mecs vont régner sur la terre le temps d’un cut, et ils remettent la pression de la Marychiennerie, alors les accords résonnent dans ta conscience, t’es allumé au plus haut degré, ils sont aussi ravageurs que les Mary Chain de la 25e heure. Là t’as tout : la persuasion, le génie électrique, l’excellence, le snarl, ils reprennent tous les poncifs des Mary Chain. Encore plus terrific, voici «High Low». Overwhelming ! Chargé de toute la menace sonique du monde, t’as plus de mots pour cadrer ce qui se passe sous le casque. Disons pour faire court qu’ils s’agit d’une Marychiennerie écrasée du talon dans le cendrier. L’Hayes t’arrache ça au raw de l’arghhhhh. T’en veux encore.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Si t’adores te faire sonner les cloches, alors tu peux écouter Beat The Devil’s Tattoo. Ils chargent vite la barcasse avec «Conscient Killer». Ah ils s’y connaissent en barcasse. D’ailleurs, leur barcasse s’écroule sous le poids de la charge, et les relances sont spectaculaires de violence. Ils ont des tonnes de son. Ils en font peut-être un peu trop. «Bad Blood» se noie dans le son. Glou glou. Ces mecs jouent à outrance, c’est une sorte d’upper-power trio, ils saturent leur Bad Blood de stridences florentines perverties. Le son est beau, le thème est beau, tout est beau et même glorieux. Comme son titre l’indique, «War Machine» est une machine de guerre. Le riff sonne comme les roues en bois d’une tour d’assaut et t’as même les éléphants de combat, ça glougloute dans le Salammbô. Ces barbares de BRMC transpercent la couenne du son. Ils reviennent à la formule magique de la Marychiennerie avec un «Evol» fouillé par un magnifique bassmatic. Ça monte comme la marée. Leur Evol est fabuleusement bien foutu, tu ne peux pas faire autrement que de te prosterner devant un truc pareil. C’est carrément une marée qui t’emporte. Les BRMC font partie de ceux qui réussissent ce genre de miracle. Ils reviennent au bord du fleuve pour «River Styx». Leur petite formule est bien au point. Somptueux, même si entre-deux. Plus loin, tu tombes sur l’hyper-violent «Aya». Ils te perforent la chair des oreilles. Ils savent monter un plan pour t’envoyer à l’hôpital. Back to the Mary Chain avec «Shadow’s Keeper». Ils saturent ça à l’extrême et mettent tout le paquet. Ils terminent en mode belle apothéose avec «Half State». Ce sont des spécialistes de la montée en neige.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Poussé par une curiosité dévorante, t’en écoutes encore un : Wrong Creatures. Tu tombes vite sur «Spook» qui t’hooke avec sa heavy riffalama de Marychiennerie. L’Hayes et son copain Robert ont bâti leur empire sur les ruines des Mary Chain. Ils ont encore un son énorme avec «King Of Bones». C’est l’heavy boogie des catacombes. T’as presque le poids des Cramps dans l’heavyness du beat. C’est à la fois puissant, mystérieux, glorieux et dangereux. Plus loin, tu croises un «Ninth Configuration» bien monté en neige. C’est leur Vice Suprême. Leur son sue sang et eau. Ils pleurent des larmes de sang. Et ça finit par prendre feu. Les BRMC sont des pyromanes, des dangers publics. Ils sont même submergés par leurs vagues de flammes. Tu vois encore «Calling Them All Away» se mettre en route tout seul pendant que tu te ronges l’os du genou. Ça devient épais, bourbeux et éhonté à la fois. Toujours le même cirque. Ave «Circus Bazooko» (sic), ils se prennent pour les Beatles, mais ils n’en ont pas les moyens. Et t’as «Carried From The Start» qui te tombe dessus comme une chape de plomb. Trop de son. T’es gavé comme une oie. Arfffffff.

    Signé : Cazengler, black re-baltringue

    Black Rebel Motorcycle Club. Le 106. Rouen (76). 2 décembre 2025

    Black Rebel Motorcycle Club. BRMC. Virgin 2001

    Black Rebel Motorcycle Club. Take Them On, On Your Own. Virgin 2003 

    Black Rebel Motorcycle Club. Howl. Echo 2005

    Black Rebel Motorcycle Club. Baby 81. Island Records 2007

    Black Rebel Motorcycle Club. Beat The Devil’s Tattoo. Cobraside Distribution Inc. 2010

    Black Rebel Motorcycle Club. Specter At The Feast. Abstract Dragon 2013

    Black Rebel Motorcycle Club. Wrong Creatures. Virgin 2018

     

     

    Wizards & True Stars

     - La case de l’oncle TomWilson

     

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Il aura fallu attendre un bel article sur Tom Wilson dans Shindig! pour avoir enfin le fin mot sur l’enregistrement du premier Velvet, le fameux banana album : tout le monde raconte depuis bientôt soixante ans qu’il est produit par Andy Warhol. Faux. John Cale rétablit la vérité : «Warhol didn’t do anything. Tom Wilson produced nearly all the track.» Le producteur ne pouvait être qu’un esprit moderne.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Peu de gens savent qui est en réalité Tom Wilson : un grand black né au Texas. En fac, il se passionne pour le jazz et interviewe Charlie Parker. Il monte Transition Records et sort des albums de Sun Ra et de Donald Byrd. Le label coule en 1957, alors il s’en va bosser pour différents labels, avant de rejoindre Columbia. Et là, on lui demande de s’occuper du «folk revival poster boy Bob Dylan.»

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

              Il est marrant, Tom Wilson : «J’avais enregistré Sun Ra et Coltrane and I thought folk music was for the dumb guys.» Alors il nous raconte la suite et on tend l’oreille : «This guy played like the dumb guys. But when these words came out, I was flabbergasted.» Et il s’approche de l’oreille d’Albert Grossman qui est dans le studio : «If you put some background to this you might have a white Ray Charles with a message.» On appelle ça le génie de l’opportunisme. Il faut aller vite, quand on a un débutant comme Bob Dylan dans le studio. C’est Tom Wilson qui enregistre Bringing It All Back Home, il overdubbe, comme il l’a fait pour Dion sur Wonder Where I’m Bound. Dion se souvient de Tom Wilson comme d’un mec très directif. Mais Bob Dylan et Tom Wilson s’embrouillent avec «Like A Rolling Stone». Dommage.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Tom Wilson quitte Columbia pour MGM. Il produit le Projections du Blues Project. Il s’intéresse à tout ce qui sort de l’ordinaire et s’en va rencontrer les Mothers en Californie. C’est grâce à lui que Freak Out sort - a subversive mashup of piss-take and doo-wop aberration - Mais il sait que ça va être dur à vendre. Il produit le suivant, We’re Only In it For The Money. Il récupère aussi les Animals qui viennent de rompre avec Mickie Most pour signer sur MGM. Ils sortent Animalization (their first Wilson-sponsored LP) et Zappa intervient sur le deuxième, Animalism. Zappa indique que des gens du Wrecking Crew jouent sur l’album. Tom Wilson produit ensuite Winds Of Change et The Twain Shall Meet - Wilson’s patronage of Burdon changed their material noticeably, transforming them from Northwest drinkers to West Coast thinkers - Et c’est lui qui signe le Velvet sur MGM. Il supervise l’enregistrement et voit «Sunday Morning» comme un «radio-friendly single».

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Tom Wilson a aussi eu l’idée de muscler le son de «The Sound Of Silence» pour le faire sonner comme le «Mr Tambourine Man» des Byrds. Alors, en juin 1965, pendant les sessions de «Like A Rolling Stone», Tom Wilson demande à Al Gorgoni, Vinnie Bell, Joe Mack et Bobby Gregg d’overdubber guitars, bass and drums. Et pouf, «The Sound Of Silence» grimpe à la tête des charts. À la différence de Totor et de George Martin, Tom Wilson n’a pas «un son», mais il fonctionne par opportunités. Dylan : «Aujourd’hui on l’appellerait un producteur, mais à l’époque on ne l’appelait pas ainsi. He was a typical A&R man.»

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             En 1967, Tom Wilson a 8 albums dans le Top 100. Comme c’est un aventurier, il quitte MGM en 1968 pour bosser en freelance. Il monte des tas de structures : Rasputin Productions, Gunga Din, Lumumba, Reluctant Management, Terrible Tunes & Maudlin Melodies. Il mise, alors parfois il gagne, parfois il perd. Parmi les groupes qu’il sort, il y The Bagatelle. Il bosse avec le jeune Eddie Kramer. Il produit le premier Soft Machine avec Chas Chandler, mais Kevin Ayers dit que Tom Wilson a passé son temps au téléphone pendant que le groupe jouait. Tom Wilson produit des tas d’autres groupes tombés dans l’oubli, dont le fameux Road de Noel Redding.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Quand il casse sa pipe en bois en 1978, à l’âge de 47 ans, il tombe aussitôt dans l’oubli. Aucun docu, que ce soit sur le Velvet ou Dylan, ne mentionne son nom. «Même la date inscrite sur sa pierre tombale est fausse», nous dit Sean Casey. Un projet de biopic serait à l’étude.  

    Signé : Cazengler, Wilson of a bitch

    Sean Casey : Tom Wilson. The futuristic sounds of the factory workman. Shindig! # 159 - January 2025

     

     

    Inside the goldmine

    - Wilson is shining

             Al Weber était un personnage assez complexe. Il exerçait le métier de correcteur de presse. Il bossait à la fois pour les quotidiens et pour les agences de com. On faisait appel à lui régulièrement lorsqu’on bouclait un dossier pour l’envoyer en fab. On finissait souvent tard le soir, alors Al dormait à la maison. Et de fil en aiguille, il devint ce qu’on appelle généralement un proche. Son apparente décontraction cachait un malaise profond. Il restait silencieux à table et se montrait évasif sur sa vie de famille. On savait simplement qu’il était marié, père de famille et propriétaire d’une belle maison en Normandie. Il préférait raconter les anecdotes du marbre, au Canard Enchaîné, quand la rédaction jette un dernier coup d’œil aux pages avant le bon à tirer. Al évoquait des épisodes dionysiaques qui, bien sûr, nous laissaient rêveurs. Al était un homme plutôt grand, bien de sa personne, brun mais avec le cheveu rare. Il parlait d’une voix grave et cultivait un humour qu’il fallait bien qualifier de noir, c’est-à-dire qu’il ne faisait rire personne, à part lui. On appréciait sa présence, bien sûr, mais on savait en même temps qu’il ne fallait pas en abuser, car il finissait par nous taper sur les nerfs. On essayait de lui parler comme on parle à un adulte, mais il réagissait comme un ado : il se refermait comme une huître dès qu’on essayait de lui donner un conseil, du genre «prends des vitamines», «fais de la rando pour te changer les idées» ou pire encore, «tu devrais aller voir un psy.» On sentait bien que tout cela l’agaçait, mais il restait de marbre. On se demandait comment sa femme pouvait supporter un mec comme lui. Elle ne le voyait que le week-end, ce qui devait bien l’arranger. Et puis un jour, on fit le numéro du central qui permettait de joindre Al, mais il était absent. Le central envoya quelqu’un d’autre. Même chose la semaine suivante. Il fallut se résoudre à l’appeler chez lui, en Normandie. Sa femme nous apprit d’une voix sèche qu’Al s’était pendu à la branche du pommier, au fond du jardin. 

     

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Pendant qu’Al se pend, un autre Al entre dans la légende. Al Wilson n’est pas du genre à aller se pendre au fond du jardin : c’est une force de la nature.

     

             On vient de rééditer l’album mythique d’Al Wilson, Searching For The Dolphins. Dans ses liners, Tony Rounce se demande comment un album aussi balèze que Searching For The Dolphins a pu flopper. Oui balèze car cet énorme Soul Brother tape dans Jimmy Webb, Holland/Dozier/Holland, Fred Neil, John Fogerty, Burt, Jerry & Billy Butler. Dans son ‘Spécial Sunshine Pop’, Shindig! cite l’album en référence. Heureusement que les Anglais sont là. 

             Comme David Ruffin, cet immense blackos a grandi à Meridian, Mississippi, puis après deux ans dans l’armée, il s’est installé en Californie. Dans une vie antérieure, Al Wilson fut certainement meneur d’une révolte d’esclaves. C’est en tous les cas ce qu’inspire son physique. Black Power !

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Il attaque Searching For The Dolphins avec l’un des plus beaux hommages à Fred Neil. Il tape «The Dolphins» d’une voix grave - I’ve been searching/ For the dolphins/ In the sea - Grosse présence vocale. Le secret de la grâce : Fred Neil + le Black Power. Il enquille à la suite un autre chef-d’œuvre, «By The Time I Get To Phoenix». Il le prend plus doucement que le fera Isaac le Prophète. Al Wilson tape ça à son aise. Il donne des ailes à son power. Sur cet album, tout est impeccable. Quand t’as la voix, t’as tout. Il porte «The Snake» à bouts de bras. Il en fait du big story-telling et ce sera un cut culte de Northern Soul, nous dit Rounce. «Who Could Be Loving You Other Than Me» est une véritable merveille de pop Soul, puis il groove délicieusement le «Shake Me Wake Me When It’s Over» d’Holland/Dozier/Holland. Big time de Motown Sound. Il retape dans l’excellence avec le «This Guy’s In Love With You» de Burt. Il y plonge avec cette voix de miel suburbain, tell me now/ Let me be the last to know, Il écrase le groove dans l’écrin de son génie vocal - I need you/ I want your love - C’est l’absolu de la Soul - My hands are shaking - Il tape la cover le plus puissante de Burt. Il passe encore en force avec «Brother Where Are You», mais avec un talent fou. Il croone la vie par les deux bouts. Le gros intérêt de rapatrier cette compile Kent, c’est le tas de bonus qui suit l’album. Dix en tout, et c’est du gros calibre. Al Wilson tape le «Lodi» de John Fogerty en mode heavy black rock. Raw to the bone, un modèle du genre. Il tape aussi le «Mississippi Woman» de Leslie West en mode heavy boogie, puis plus loin, l’«I Hear You Knocking» de Dave Edmunds. Saluons aussi cette Beautiful Song qu’est «You Do The Right Things». Il croone comme un beau diable.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Sur la pochette de Show And Tell, Al Wilson pose avec la 1927 Phantom 1 Rolls Royce d’Hal Blaine. Mais c’est pas tout : avec le morceau titre, il sonne exactement comme Isaac le Prophète. Fantastique qualité de la Soul ! Puis il arrache «Touch & Go» du sol et l’emmène au firmament de la Soul ! Il s’en va ensuite sonner comme les Temptations avec «My Song» : même attentisme d’hey mama ! Ça chauffe encore en B avec l’heavy Soul de revienzy de «Love Me Gentle Love Me Blind». Al Wilson travaille chaque cut au corps. Il est le Rodin de la Soul. Il faut dire qu’H.P. Barnum lui arrange tous ses coups. Retour aux Tempts avec «Moonlightn’» et il enchaîne avec l’heavy boogie down de «For Cryin’ Out Loud», c’est hot as hell avec les chœurs des Lovely Ladies créditées au dos : Cisely Johnson et Carol Augistus. Il se dirige vers la sortie avec une fastueuse cover d’«A Song For Me», l’hit intercontinental de Tonton Leon, il faut voir l’Al groover l’oooooh baby/ I love you. Fantastique ambiance ! L’Al explose littéralement Tonton Leon !  

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Weighing In est encore un fantastique album. L’Al attaque avec une cover foudroyante du «Born On The Bayou» de Creedence. Il rivalise de power vocal avec le Fog ! T’es au sommet du Black Power. Black Power encore avec «Somebody To Love» et des chœurs de blackettes folles. Il tape à la suite une Beautiful Song, «Settle Me Down», c’est dire si l’Al est un artiste complet. Il dispose là du power océanique, sa force s’étend jusqu’à l’horizon et te voilà une fois de plus avec un hit magique sur les bras. Ça te transperce autant le chœur que le ferait un slowah de Lanegan. Puis il balance une fantastique lampée de good time music avec «All For You». Tu crois rêver tellement c’est beau et puissant à la fois. En B, il tape avec «You Do The Right Things» un fantastique balladif d’extension du domaine de la turlutte boréale, t’es tellement ravi d’écouter cet album que les mots t’échappent pour danser tout seuls. Il est encore plus puissant avec «The Magic Of Your Mind» - C’mon let’s ride/ The magic of your mind - Il tartine ça là-haut dans l’apesanteur de l’excelsior parabolique, yeah c’mon ! Encore de l’heavy black rock avec «Keep On Loving You». Franchement t’en reviens pas d’entendre toutes ces merveilles. L’Al drive son black rock d’une main de fer.    

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Encore un very big album : La La Peace Song. Pas question de faire l’impasse sur un album aussi génial. Et si l’Al était l’un des rois de la good time music ? En tous les cas, c’est ce que montre le morceau titre en ouverture de balda, l’Al te prend par la main et te fait danser dans la vie. Sa joie de vivre est contagieuse. Il tape un Medley fantastique, «I Won’t Last A Day Without You»/«Let Me Be The One». Il a tous les chœurs qu’il faut derrière, alors il y va au oooooh baby, il pousse son let me be the one au max des possibilités, l’Al est un beautiful Soul Brother, un fanatique de la beauté purpurine. Et t’as ce «Passport» au bout du balda, avec des blackettes qui jettent tout leur dévolu dans la balance, alors l’Al peut foncer dans le tas. Steve Cropper produit «I’m A Weak Man», en B. Ça strutte au strat-over. Retour de la good time music de rêve avec «Fifty Fifty». Quel panache ! Avec «The Longer We Stay Together», l’Al propose une superbe tranche de country Soul panoramique. Sa puissance s’étend à l’infini. Crop produit aussi «Willoughby Brook» et ça sonne comme un hit des Staple Singers, ça rocke le boat !  Et l’Al regagne la sortie avec «You’re The One Thing (Keeps Me Goin’)», un heavy groove de black rock bien  drivé. Le cut a tous les atours du rock, avec un brin de Tony Joe White, une énergie à la Fogerty et les chœurs de Toton Leon, tout est bien, tout explose chez l’Al, le voilà au sommet de l’Ararat du rut.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Surtout, ne vas pas te fier à la pochette d’I’ve Got A Feeling. Tu crois que c’est un album de diskö, alors que c’est encore un big album d’Al Wilson. H.P. Barnum est encore dans le coup. L’Al s’impose dès le morceau titre. Soul Brother de premier rang ! Il se montre aussi puissant que les Temptations avec «Stay With Me». Et puis les coups de génie commencent à pleuvoir avec «Baby I Want Your Body» : il passe à l’heavy swing avec une aisance effarante. Il te prend par les hanches et te fait danser le groove urbain. Il est aussi puissant que Sam Cooke, Marvin et les Tempts. Ça continue avec «Differently», un cut d’H.P. Barnum qu’il empoigne et ne lâche pas. On entend des échos de Jacques Brel dans son chant opiniâtre. En B, il tape une cover d’«Having A Party», un vieux hit de Sam Cooke. L’Al en fait du hard r’n’b. L’Al a tout : le good time et le power des Tempts. Avec «Ain’t Nothing New Under The Sun», il tape une Soul urbaine orchestrée et chantée à l’arrache rock-solid. Et ça continue sur le même ton avec «How’s Your Lovelife?» : big drive de basse et power vocal. Et il remonte au sommet de la good time music pour «You Did it For Me»

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Count The Days est son dernier album, paru en 1979. Il est peu moins dense que les précédents, un peu diskoïdal, dirons-nous. «You Got It» est diskoïadal, mais bon esprit. L’Al tape là la diskö Soul des jours heureux. Il boucle son balda avec un «Save A Dance» infesté de relents de What’s Going On, et de chœurs perdus dans la stratosphère. C’est du pur Black Power briseur de chaînes. Et en B, tu ne sauves qu’un seul cut, la belle Soul ensorcelante de «You Really Turn Me On». L’Al t’accapare une dernière fois.

    Signé : Cazengler, Wilson of a bitch

    Al Wilson. Searching For The Dolphins. Kent Soul 2008

    Al Wilson. Show And Tell. Rocky Road Records 1973  

    Al Wilson. Weighing In. Rocky Road Records 1973    

    Al Wilson. La La Peace Song. Rocky Road Records 1974 

    Al Wilson. I’ve Got A Feeling. Playboy Records 1976  

    Al Wilson. Count The Days. Roadshow 1979

     

     

    Wizards & True Stars

     - Les Ramones la ramènent

     (Part One)

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Oups ! On avait oublié le Part One !

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Kris Needs fait feu de tout bois : dix pages sur les Ramones dans Vive Le Rock et 6 autres pages dans Mojo. Feu de tout bois pour Needy Needs, ça veut dire feu d’artifice de rock’n’roll language, pour lui c’est du gâtö que de qualifier le son des Ramones : «stripped down, speeded-up, insanely catchy and devoid of frills», des Ramones qui débarquent à Londres en juillet 1976 à la Roundhouse en première partie des Groovies. Puis il évoque le concert du lendemain soir au Dingwalls : «The Ramones coalesce into one blistering warhead, decimating the packed club with 17 songs in around 35 minutes.» Danny Fields qui a «découvert» les Stooges et qui a managé des Ramones de 1975 à 1980, résume bien l’impact du phénomène : «The Ramones ignited the power keg that was waiting to be ignited.»

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Pour Mojo, Needy Needs retrace la genèse des Ramones, racontant comment Tommy Erdelyi, d’ascendance hongroise, rencontre John Cummings, d’ascendance irlandaise, puis arrive dans le circuit Jeff Hyman, grand amateur de Beatles, de Beach Boys, de Totor et de glam, au point de se rebaptiser Jeff Starship et de porter des platform boots, lequel Jeff Hyman rencontre Doug Collins qui a grandi dans les bases américaines en Allemagne et qui a déjà fait du ballon pour des vols de bagnoles et des braquos, et qui pour financer son hero, fait le tapin à l’angle de la troisième avenue. En fait Doug et John se connaissent et un jour ils décident d’acheter des grattes chez Manny’s Music store : John se paye une blue Mosrite pour 50 $ et Doug une Danelectro.  Ils demandent à Jeff Starship de battre le beurre. Doug passe à la basse et se baptise Dee Dee Ramone, en souvenir du Paul Ramon qu’utilisait McCartney dans les hôtels. Alors Jeff Starship devient Joey Ramone et Doug Collins Johnny Ramone. Comme ils savent qu’ils ne correspondent à rien, Joey déclare : «We were all outcasts.»

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Les Ramones commencent à bosser leur formule : «Hit singles mixed with hard rock.» Ils jouent en public (30 friends) pour la première fois en 1974. Dee Dee chante, mais il a du mal à jouer en même temps. Tommy, qui a entendu Joey chanter, le fait passer au micro - It clicked right away - Les Ramones auditionnent des batteurs, mais aucun n’a le son. Alors Tommy se dévoue et devient Tommy Ramone. Needy Needs : «Ramones’ songs allied ‘50s and ‘60s rock’n’roll discipline to lyrics that mainlined their lives.» Et il balance l’info de choc : «The leather jackets and jeans look came from New York near-contemporaries The Dictators.»

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             C’est Jayne County qui branche Dee Dee sur le club d’Hilly Kristal au 315 Bowery - CBGB (Country, BlueGrass and Blues), appended by OMFUG (Other Music For Uplifting Gormandizers) - Les premiers à s’y produire sont Suicide, puis Television, puis Patti Smith accompagnée de Lenny Kaye. Et puis il y a les chiens d’Hilly qui chient partout. La plupart des habitués vivent dans les parages (Blondie et Talking Heads). Les Ramones jouent pour la première fois au CBGB en août 1974. Les Ramones sont loin d’être au point, mais Hilly les aime bien et continue de les programmer, sur le thème : si c’est pas moi qui le fais, personne ne le fera - Nobody’s gonna like you guys so I’ll have you back - Bravo Hilly ! Alan Vega les admire lui aussi : «The best thing I’d seen since the Stooges.» Itou pour les Cramps qui viennent d’arriver en ville, alors Ivy y va : «The Ramones are what set our pants on fire.»

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Si les Ramones se retrouvent sur Sire, c’est grâce au scout Craig Leon : pendant un an, il essaye de convaincre son boss Seymour Stein de les signer. Le premier Anglais à comprendre le génie des Ramones sera Charles Shaar Murray en 1975 - They’re simultaneously so funny, such a cartoon vision of rock and roll and so genuinely tight and powerful - Marthy Tau qui a managé les Dolls n’est pas intéressé, et c’est finalement Danny Fields et Linda Stein qui récupèrent le management. Linda réussira enfin à convaincre son mari de les signer. Craig Leon produit le premier album en janvier 1976 pour la modique somme de 6 400 $. Arturo Vega leur designe un Presidential seal logo et les Ramones vendent plus de T-shirts que d’albums. Ils deviennent les rois du merch. Lester Bangs les traite de «punk revolutionaries», ce qu’ils sont en réalité. C’est Joey qui a le mot de la fin : «We were doing something completely alien. Now everyone’s tried to copy us to some degree but nobody comes close. It’s just our attitude. It’s ourselves.»         

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Il est désormais question d’un biopic basé sur le book de Mickey Leigh, I Slept With Joey Ramone. Nouveau désastre en perspective.

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Dans le bien nommé Vive le Rock, Needy Needs repart de plus belle sur les Ramones des années 80 avec le batteur Richie Ramone. Il indique que l’album Too Tough To Die a sauvé le groupe. L’épisode End Of The Century en 1980, sous l’égide de Totor, avait bien failli réduire à néant le following des Ramones. Les Ramones étaient donc en quête d’un killer album destiné à restaurer leur crédibilité punk. Needy Needs les voyait encore comme un «extraordinary unique beast that instinctively amped up and mutated rock’n’roll’s original energy to create their own warped punk universe.» Needy Needs cultive mieux que personne l’art des formules qui tapent dans le mille. Mais en interne, les choses ne vont pas très bien, le bras de fer qui existe entre Johnny et Joey détériore l’équilibre précaire du groupe, d’autant plus que Johnny a barboté Linda Danielle, la poule de Joey. Pendant ce temps, Dee Dee jongle avec sa drug addict-mania, et Marky reste «permanently on the piss.»

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Pour l’album suivant, Joey voulait Steve Lillywhite, mais Seymour Stein a une autre idée en tête : Graham Gouldman, le mec de 10cc. Stein veut pousser les Ramones dans le mainstream ! L’album s’appelle Pleasant Dreams et Neddy Needs se marre  bien, car rien ne va plus en interne, avec «Dee Dee’s ongoing pharmaceutical merry-go-round and Marky’s booze problems.»

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

    Richie

             Une fois Marky saqué, les Ramones embauchent Richie Reinhardt, basé dans le New Jersey. C’est Joey qui le dit : «Richie saved the band as far as I’m concerned.» Et ça en plus : «He put spirit back in the band.» Il faudra quand même qu’il attende trois mois pour être intronisé en tant que Richie Ramone. Le conte de fées va durer 4 ans. Et quand il demande pourquoi il ne récupère pas sa part au merch, il est viré comme un malpropre. Needy Needs se fait un devoir de le réhabiliter - For facilitating Johnny’s mission to resuscitate The Ramones’ inimitable onslaught so they could squash the softie jibes and get back to stirring serious live carnage

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

    Milk 'n' Cookies

    groupe dans lequel  Richie a joué

             Needy Needs revient longuement sur les années d’apprentissage de Richie et notamment un job de batteur dans le groupe de Sal Maida, The Velveteens. Puis il entame une relation avec la chanteuse des Shirts, et un jour, le drum tech des Shirts, qui fait aussi le roadie pour les Ramones, dit à Richie que les Ramones cherchent un batteur. Il pose sa candidature et le road manager des Ramones Monte Melnick l’appelle pour venir auditionner à Daily Planet, le local de répète des Ramones. Il choisit de jouer trois cuts : «Sheena Is A Punk Rocker», «Blitzkrieg Pop» et «I Wanna Be Sedated». Il se pointe à Daily Planet avec ses cymbales, ses baguettes et son snare. Première session avec Johnny et Dee Dee : en plein dans le mille. Le lendemain, il revient, et cette fois Joey est là - I did it again and that was it - Richie rentre chez lui ce jour-là avec 35 cuts à apprendre, pour la prochaine tournée. Richie et Joey vont même devenir inséparables «pendant quatre ans et dix mois.»

             Richie se croyait assez pote avec les brothers pour pouvoir leur parler d’argent. Il voyait le cirque : le lendemain de chaque concert, dans le bus, on remettait aux trois autres Ramones une grosse enveloppe de cash : les ventes au merch. Que dalle pour Richie. Quand il réclame sa part, il est viré. 

    bobby womack,black rebel motorcycle club,tom wilson,al wilson,ramones,rodolphe,lignum mortis,shadows taller than souls

             Comme ça ne t’est jamais venu à l’idée d’écouter Too Tough To Die, tu profites de l’hommage que lui rend Needy Needs pour l’écouter. Richie bat le beurre et ça s’entend. Ça démarre sur un «Mama’s Boy» limite heavy. Les Ramones ont l’air sinistrés, en panne d’inspiration. On ne voit pas du tout l’intérêt de ce «Mama’s Boy». Il faut attendre le morceau titre pour retrouver les Ramones. Ils basculent dans la pop avec «Chasing The Night», mais ça reste dans le style de Joey. Il adore cette pop montée sur un big beat. Il reste dans la power pop avec «Howling At The Moon». Les Ramones remontent encore le courant de la grande pop new-yorkaise avec «Daytime Dilemma (Dangers Of Love)». Joey vole le show. Ah comme il est bon avec ses yeah yeah. Dans les bonus de la red, tu tombes sur une cover stoogienne de «Street Fighting Man» et t’es bien content de l’entendre, car ça rocke salement le boat.

    Signé : Cazengler, ramoné

    Ramones. Pleasant Dreams. Sire

    Ramones. Too Tough To Die. Sire 1984

    Kris Needs : To Tough To Die. Vive le Rock # 117 - 2024

    Kris Needs : New York state of mind. Mojo # 372 - November 2024

     

    *

    Exhumé d’une caisse. Tout neuf, tout beau. Pourquoi l’ai-je oublié. Je me souviens vaguement de l’avoir acheté, remisé sur le bureau de longs mois et puis… une seule excuse le blogue n’a commencé qu’en mai 2009… Comme quoi l’on est toujours plus riche qu’on ne le croit… Pourtant l’avait déjà sorti en 2007 la BD Gene Vincent : Une légende du rock’n’roll, et vous trouverez dans notre livraison 68 du 13 / 10 / 11 une chronique sur Rock’n’Roll Vinyls un de ses nombreux ouvrages consacrés à notre musique. La lecture de sa bibliographie, il n’est pas  monomaniaque, est un plaisir.

    z30537albumgenevincent.jpg

             Que l’on retrouve Glénat comme co-éditeur paraît logique, si Rodolphe est écrivain il est aussi un satané scénariste de BD, Glénat étant un des plus importants éditeurs BD en France, nous restons dans l’ordre logique des choses. Les Editions Chronique, quoiqu’elles aient été rachetées par Dargaud, autre grand éditeur BD, ont affiché dès leur création une démarche historique. A vocation grand-public. Rien à voir avec la recherche universitaire de pointe.  Chronique aime les gros livres, des espèces de dictionnaires chronologiques abondamment illustrés, photos pour l’époque moderne, documents iconographiques variés pour les périodes reculées.  Des textes relativement courts, bien documentés, et doctement factuels. Au début, ils se sont consacrés à l’Histoire, celle du vingtième siècle, celle de L’Humanité, puis celle de l’année écoulée, puis des monographies de grands hommes politiques comme Staline, enfin se sont diversifiés, culture, cinéma, sports, question musique par exemple Tout l’Art du Blues de Bill Dahl, Le Blues de Mike Evans, si je ne me trope point nous l’avons chroniqué, Culture Punk de Phillipe Margolin, et pour finir en beauté :

    LES ANNEES ROCK’N’ROLL

    RODOLPHE

    (Editions Chronique-Dargaud / 2008)

    z30536rodolphephoto.jpg

             Ce n’est pas une histoire du Rock’n’roll, plutôt in kaléidoscope Rock’n’roll, vous faudrait les cent yeux d’Argos, ce géant panoptique  aux cent prunelles, tué par Zeus. Héra les récupéra pour oceler la traîne magnifique de son animal favori : le paon ! Cette bête possède une voix discordante, un peu à la manière de  la musique que nous vénérons… L’est sûr qu’il faut du panache pour la défendre envers et contre tout !

    z30539bill haley.jpg

             Le principe du livre est simple : commence en 1955 se termine en 1965. Les puristes rouspètent : Rock Around The Clock  ne date-t-il pas de 1954 ! Même qu’il a été écrit en 1952 ! Certainement mais ce n’est pas un livre d’Histoire du rock’n’roll. Considérons-le plutôt comme un livre de géographie rock’n’roll, principalement centré sur trois pays, les USA, l’Angleterre et petit dernier la France. Inutile de faire la fine bouche avant d’insinuer que le rock’n’roll français gna-gna-gna… certes, parfois il est bon d’examiner le monde par le petit bout de la lorgnette. Depuis le lieu où l’on habite, oui sans les United States et l’United Kingdom le rock’n’roll… mais l’histoire que tente de nous raconter Rodolphe c’est comment et dans quel environnement culturel cette musique d’outre-Manche et d’outre-Atlantique s’est imposée en France. Notons que pour un lecteur américain et anglais cet ouvrage ne présente que peu d’intérêt. Sauf pour les esprits curieux et aristotéliciens. Retenons qu’un jeune français d’aujourd’hui risque d’être tout aussi déboussolé que ses homologues étrangers. Ne nous le cachons pas, ce livre fonctionne un peu à la nostalgie. Ceux qui sont nés un demi-siècle après cette époque ne possèderont pas les codes nécessaires à une telle lecture. Z’auront l’impression d’un aérolithe venu d’une autre planète…  Ceux qui ne reculeront pas devant l’effort se retrouveront à l’entrée d’une mine d’or dans laquelle débouche des centaines de galeries qui ne demandent qu’à être explorées…

    z30543billvoiture.jpg

             La progression s’effectue de double page en double page. Un véritable calendrier : vous n’êtes pas perdus en haut à gauche vous est indiqué l’année, le mois ou les mois que couvrent les évènements racontés… Attention, le rock’n’roll est le sujet mais l’environnement culturel et politique dans lequel il se développe est intégré, une véritable avalanche : prenons un exemple : pour janvier-février 1955 : nous avons droit dans le désordre, à la naissance d’Europe 1, de Télé-Magazine, du catalogue disques Pathé-Marconi, à l’évocation d’Alan Freed, de Martine à la Montagne, à Fats Domino, aux Diaboliques de Georges Clouzot, au Déserteur de Mouloudji, à la mort de Johnny Ace, à l’Affaire Tournesol de Tintin… nous pataugeons en pleine franchouillarderie, encore est-il nécessaire de comprendre que ce salmigondis n’est pas dû au hasard, qu’il est utile de séparer le bon grain de l’ivraie, et de savoir reconnaître les présages annonciateurs de ce qui se met en place… Les deux pages suivantes pour ceux qui aiment les montagnes russes, Bill Haley, Paul Claudel, Nicolas de Staël… ce qui comptait, ce qui faisait signe, comment le nouveau se dégage de l’ancien…

    z30543crocodile.jpg

             Vous avez le fil, vous n’avez qu’une idée c’est de tirer la bobine, un gros dispatch, des photos, des couleurs criardes, des pochettes de disques, un paquet d’informations à attraper l’excitante tremblante du mouton, à sentir votre cerveau surmené attaqué par la maladie de la vache folle, encore faut-il garder tête froide et se livrer à une radioscopie d’un tel tourbillon. Ce qui nous est proposé c’est une espèce d’IRM de l’implantation du rock’n’roll en notre douce France. Les petites graines, la germination, l’éclosion, l’efflorescence et la contamination…

             Toutefois, ne jouons pas au rocker buté, bas du front, en filigrane se trouve aussi une histoire du monde. La politique en arrière-plan, mais toujours-là, Rodolphe se limite aux faits, il ne prend pas parti, c’est au lecteur de se débrouiller, de tenter d’apercevoir ce qui relie par exemple en 1955 la parution du premier disque de Bo Diddley avec la décision du général De Gaulle de se retirer de l’action politique… Il est clair que rien ne les relie directement. Cependant il existe aussi une loi de gravité phénoménale des évènements qui les poussent à interférer entre eux. Le mode ne serait-il pas un système de vases communicants étrangement complexe. Certaines théories mathématiques et quantiques donnent à réfléchir. De l’interférence de l’infiniment petit rock’n’roll à l’infiniment grand de l’univers ferait un excellent sujet de thèse de troisième cycle. Mais revenons à nos moutons. Noirs de préférence.

    z30534alanfreed.jpg

    Commençons par le fil noir de chez noir qui apparaît et disparaît très régulièrement, depuis le début jusqu’à la fin du book, non il ne s’agit pas d’un chanteur de rock, mais d’un disc-jockey Alan Freed, qui a lancé le terme rock’n’roll, il existait bien avant lui désignant un certain ‘’ roulement’’ entraînant utilisé par les pianistes de boogie, un truc qu’ils exhibaient lors des concerts lorsqu’ils s’apercevaient que l’ambiance  mollissait et qu’il devenait nécessaire de booster le public. Alan Freed organisa des concerts regroupant plusieurs de nos idoles qui sont devenus mémorables. Son nom fut mêlé au scandale des payolas, ces accords passés entre les disc-jockeys et les compagnies de disques qui offraient des sommes d’argent contre le passage privilégié de certaines de leurs productions. Pratique déloyale certes mais courante à l’époque.  Par le plus grand des hasards la campagne de redressement moralistique menée par les autorités se concentra sur sa personne. Dans un premier temps, car très vite elle déborda sur ses soutiens avec menaces explicites pour les empêcher de manifester leurs désapprobations… Alan Freed se retrouva bien seul… abandonné de tous il mourut dans la solitude, l’alcool, le découragement et le désespoir. N’avait pas que des défauts, il passait des disques de nègres dans ses émissions radios, et invitait des artistes noirs dans ses nuitées tapageuses. Noir de chez noir !

    z30542danse.jpg

    A lire d’une traite le bouquin une question m’a turlupiné. L’on voit bien l’ascendance de la courbe rock’n’rollesque : point de départ in the States, les influences noires, la prise de relais des pionniers, noirs et blancs, la montée en puissance, le  jeu édulcorant de l’industrie, le saut en Angleterre avec une première génération de rockers anglais, la sournoiserie des maisons de disques qui poussent leurs vedettes à enregistrer des slows qui se vendent davantage, un leurre pour tous ces jeunes rockers qui ne réfléchissent pas à long terme se satisfaisant de leurs rentrées d’argent… En France, durant les années cinquante, le rock rampe, l’est un serpent dont les artistes de jazz se méfient, tout en essayant d’en profiter, tout en jetant le discrédit sur cette musique de dégénérés, Boris Vian est le parfait exemple de ces offensives  de retardement. Une jeune génération essaie de se former, pas très douée musicalement, font avec ce qu’ils glanent de-ci de-là, mais qui trouve un public enthousiaste… En Angleterre la première génération se dissout lentement mais sûrement. Mais une autre surgit. Beatles et compagnie… Qui très vite prend le dessus.

    Z30538assis.jpg

    En France cette deuxième génération n’existe pas, un peu comme si la première avait constitué tout l’effort de guerre rock dont le pays était capable. Certes les maisons de disques ont veillé au grain mais n’empêche qu’il a existé comme un hiatus musical générationnel quasi intégral. Troublante infertilité… Jusqu’à 4000 groupes en 1962, quelques centaines en 1964, la quasi-totalité d’entre eux très vite jettent l’éponge et disparaissent sans bruit… Je tente une explication, totalement hypothétique, la période 64 - 68, s’est avérée pour la jeunesse de notre pays, un lustre (peu lumineux) d’incubation d’un mouvement de révolte qui prend une autre forme que musicale, elle endosse une coloration politique qui éclatera en mai 68. C’est dans l’après-mai que la musique reprendra ses droits, des groupes, porteurs d’une démarche de rupture, verront le jour mais leur audience restera minoritaire. Ces nouvelles démarches se veulent underground – teintées de ‘’philosophie hippie’’ - leur rêve de changer les formes de vie de la société les coupe de la plus grande partie de cette génération que l’on stigmatisait alors sous la méprisante appellation de ‘’minets’’. Cette scission se poursuivra durant des années, la minorité rock se retrouvera dans le mouvement punk, et les jeunes minets deviendront les adeptes du disco. Cette vue souffre d’un schématisme extrêmement réducteur mais me semble à l’origine de bien des fractures de la population actuelle si l’on se donne la peine d’affiner l’analyse. Sociorocklogique !

    z30541billphoto.jpg

    Les double-pages de ce livre ressemblent à ces portes de  frigidaires envahies de post-its. Lues une par une, ces notules sont des plus lacunaires et fragmentaires. Elles n’en trahissent pas moins, si l’on prend soin de les interpréter  en leur intégralité cumulative, le portrait assez fiable de la personne qui les a réunies, une vision  schématique certes, mais qui permet de saisir une insistante cohérence. Mais dans ce volume chaque post-it exprime non pas une existence individuelle, mais l’inscription  d’une volonté collective en le sens ou le nom du chanteur ou du groupe est à percevoir comme une réaction sise en  un moment donné dans un mouvement musical dont ils ne sont qu’un des rouages, plus ou moins déterminatif, qu’ils ne sont pas les seuls (staff et public, etc…) à vouloir faire tourner plus ou moins vite.

    z30540comets.jpg

    Le livre se ferme en décembre 65. Suit une double-page terminale. Apparemment le truc que l’on n’a pas eu le temps de traiter : le rock’n’roll look. Vous auriez envie d’une conclusion, vous ne l’avez pas. D’autant plus que le look roc n’existe pas, il varie selon les époques, des tendances mais pas d’une uniformisation d’une décennie… N’est-ce pas plutôt une manière de nous prévenir : le rock’n’roll est un phénomène complexe et multiforme. Voici les faits, les personnages, les œuvres, les artefacts pour l’idéifier ne comptez sur vous-même !

    Z30535COUVEannéesrock'n'roll.jpg

    Se pose un dernier problème, le tout premier c’était le choix 1955, mais c’est le volume refermé que l’on peut se demander : mais pourquoi au juste 65 ? C’est bien une date charnière, perso j’aurais proposé 1964, mais une charnière possède deux volets articulatoires. La réponse me semble inscrite sur la couverture du livre. Une réussite. D’autant plus forte que d’une simplicité absolue, un fond rouge profond, de toute beauté sur laquelle se détache en blanc et noir la silhouette voltigeante d’Elvis Presley. Inutile d’aller chercher plus loin une explication, en 1965 le roi Elvis est détrôné par les Beatles, le rock’n’roll cède la place au rock. Une autre histoire commence, elle n’est que la suite de la précédente. Mais ce n’est plus la même histoire.

    Damie Chad.

    P.S.: pour illustrer cette chronique nous nous sommes amusés à rendre hommage à Bill Haley au travers de quelques pochettes… L’idée nous a été donnée par un des post-its consacré à l’immortel auteur de Rock Around The Clock !

     

     

    *

             Vous allez voir de quel bois je me chauffe, non je plaisante, une séquence strictement écologique, consacrée à un arbre, attention, il y a arbre et arbre !

    LIGNUM MORTIS

             Ne cherchez pas le nom du groupe, c’est un homme seul, ne cherchez pas le nom du gars, il ne fait qu’un qu’avec son œuvre. Comme Flaubert qui déclarait : ‘’Madame Bovary, c’est moi’’, à la différence près que notre homme a l’air plus intéressant que Mme Bovary. Je ne sais rien de lui, sinon qu’il vient de loin, du fin-fond du Chili. Ne donne que ses initiales J. E. ce qui permet de  le retrouver sur plusieurs autres groupes chiliens ultra-dark.

    Il n’arbore point pour se présenter comme la plupart des groupes metal un logo au lettrage gothique difficile à déchiffrer, il possède un sceau comme s’il voulait vous envoyer  une lettre de cachet. L’a choisi un symbole des plus réversibles, représente aussi bien le Christ promesse de vie éternelle qu’un arbre mort. Tous les catéchumènes savent bien que le Christ est mort pour nous, à moins que, selon certains hérésiarques, ce soit la mort qui ait été faite pour le Christ, ce qui change les perspectives…

    z30548logo.jpg

    Ecrit ses textes en espagnol et en latin, l’emploi de cet idiome me l’a rendu d’emblée sympathique. Pour moi tout ce qui vient de Rome et de Grèce éveille ma curiosité. J’avais envisagé de chroniquer son dernier opus, sorti ce mois de décembre 2025, mais j’ai trouvé  ces lyrics si bien écrits, le fait qu’il les ait tirés à 30 exemplaires sur K7 m’oblige à penser que pour notre poëte la poésie ne se divulgue pas. Elle attend qu’on la recherche. Du coup j’ai décidé de présenter l’ensemble de son œuvre, je vous rassure elle n’est pas trop longue.

    LIGNUM MORTIS

    (Mars 2015)

    z30544couveparadis.jpg

             Ne souriez après un regard hâtif sur la couve, non vous n’êtes pas au Paradis, enfin si vous y êtes mais vous arrivez au mauvais moment, celui de la chute, le serpent batifole dans le feuillage et, fixez le dessin, l’arbre n’est qu’un squelette, vous n’êtes pas auprès de l’arbre de vie regorgeant de fruits et visité  par les oiseaux, vous êtes loin de l’amélanchier  que Chrétien de Troyes se plaît à décrire dans ses romans-poèmes, vous êtes auprès de l’autre, celui du Bien et du Mal, dont les fruits vous feront comme des Dieux, hélas, ils vous offriront en contrepartie : la mort ! Lignum Mortis en doux langage latin signifie arbre de mort. Dans la liturgie catholique il est même associé au pilastre de bois sur lequel le Christ a été apposé sans ménagement.

             Que le lecteur ne soit pas surpris par la noirceur de cette thématique, le Chili est de culture espagnole, or la poésie espagnole regorge de poèmes auto-sacrificatoires à vocation masochiste, pour ce peuple religieux rien n’est jamais assez noir pour faire luire encore plus fort la lumière divine. Rien de plus nihiliste que cette vision ibérique. Nietzsche nous a expliqué : plus vous donnez une valeur à une chose, plus elle est destinée à périr. N’allez pas chercher plus loin pourquoi Dieu est mort : vous l’avez trop aimé ! Bande d’idolâtres ! Relisez les sermons de Bossuet !

    Mortem : avec un tel titre vous doutez que ça commence mal, après un tel début n’osez plus prononcer l’expression silence mortel ! Des pistes sonores superposées chacune continuant son chemin sans que les deux autres ne se préoccupent d’elle, d’abord la voix, grondante, elle explose du plus profond de la gorge, un son dévastateur, notre mort se porte bien, il grogne et charge avec la fureur d’un rhinocéros enragé, nous raconte une scène des plus érotiques, des plus dégoûtantes, pas le genre de cadavre à se masturber en cachette dans son cercueil, il se vautre dans sa chair putréfiée, l’en est même fier, il a péché selon la chair mais aussi avec lui-même car son reniement est trop violent pour ne pas être un désir inassouvi, n’est pas tout seul dans son agonie post-mortem, une espèce de fouet à béchamel géant vous corrode l’esprit de son incessant battement métallique, le récipient ne serait-il pas la boîte crânienne où son cerveau monté en neige éternelle est soumis à rude épreuve, ensuite vous avez un grondement, une espèce de cri d’anaconda à l’étroit dans un tuyau qui ne parvient ni à avancer ni à reculer, en prime sur la fin une batterie qui hache sans rime ni raison, uniquement parce que c’est nécessaire.  In fluunt de infiniti : (Emanant de l’infinité) :  dans dans la série mort où est ton royaume, la réponse à la question vous est apportée, sur un plateau chaotique, visite guidée avec, incroyable mais vrai, l’infernal boucan qui s’arrête, et vous voici dans une église avec un prêtre qui récite son homélie, ce moment de répit, toutefois lugubre, est brutalement suivi par un charivari endiablé, essayez d’imaginer un charleston joué par un groupe de metal orgiaque, car le mort n’est pas au bout de ses surprises, la mort regorge de monde, les dieux morts sont tous là et plus loin les puissances élémentales, et bientôt une décorporalisation de la matière physique, la mort est une pensée qui pense la mort, et cette pensée traverse le mort et le pense lui-même, elle l’abreuve de tous les crimes qui ont été commis, un flux infini de colère et de regrets le roule violemment, d’où la révélation que la pensée de l’horreur et la pensée d’une chose supérieure sont toutes deux une seule et même pensée. Dialogus cum ignis : tumulte vocifératif, les idées s’entrechoquent, si le plus égale le moins, et si l’on est parvenu au plus par le moins, autant suivre la pente du moins, tout s’emballe, plus vite encore, les bruits se télescopent, la réalité n’est-elle pas un kaos triomphant, le feu infernal n’est-il pas un moment de purification et un tourbillon de cendres.

    VACUUM INFERNO

    (Décembre 2022)

    z30545couvevaccum.jpg

    La pochette est réduite au minimum vital, pardon mortel. Figurativement parlant comment voudriez-vous dessiner le vide ?

    Vacuum inferno I : (Enfer vide) : pour comprendre cet opus il est nécessaire de ne pas oublier que le disque précédent est le récit d’une descente, non pas d’un vivant dans la mort, mais d’un mort dans la mort, une expérience infinie puisque l’éternité de la mort ne saurait être que l’éternité du divin, la résultante de cette opération étant qu’il est difficile de considérer que mort et divinité ne sont qu’une seule et même éternité. Mais alors qu’en est-il de cette notion d’éternité que l’on retrouve en tant que puissance infernale. Au morceau précédent nous étions dans les flammes de l’œuvre au rouge, nous voici dans l’œuvre au noir. Opération alchimique inversée. Du bruit, des trompes venues de nulle part et de partout, des espèces de clameurs vocales au-delà des mots, mystère et boule de gomme, boule de pierre géante qui court après vous sans vous rattraper car l’on ne peut tuer la mort, l’impression que des orques mugissent sur un rivage désertique, désolé nous faisons au mieux, pas de grandes orgues à notre disposition. Vacuum inferno II : du bruit encore plus assourdissant, des étirements sonores, protégez vos oreilles, comme des roulements de canon, serait-ce une illusion, on dirait que le bruit essaie d’imiter des choses, chacun les interprétera à sa manière, est-ce que ça ne ressemble pas à… on s’en moque, avant tout n’est-ce pas un effort de signifiance, pourquoi pas un effet de gentillesse, car après tout si l’enfer est constitué du même infini  que le divin, au-delà de l’ambiance écrasante et mortuaire, est-il besoin de s’en inquiéter vraiment. Ne serions-nous pas entre un verre d’infini à moitié plein et exactement dans le même verre d’infini à moitié vide…    

    LIGNEM MORTIS II :

    (Décembre 2025)

    Z30546CASSETTE.jpg

    Le quatrième disque de Led Zeppelin a été très vite surnommé IV.  Mais ce Lignem Mortis II n’est pas le deuxième opus mais le troisième. II signifie deuxième tentative. La première a fonctionné, mais maintenant elle ne satisfait plus son auteur. Alors il recommence : il ne reprend pas au début mais il commence là où la première tentative s’est arrêtée sur deux instrumentaux.

    Inmanencia : nous sommes dans l’immanence des choses, dans les choses elles-mêmes, une nuit de ténèbres, de pluie, d’orage et de tonnerre, un peu comme si depuis le fond de son infini infernal le mort haussait les yeux pour apercevoir le temps de chien qui ruisselle sur sa tombe. Un spectacle un peu cauchemardesque mais ô combien naturel. Même si l’on gît au fond de sa tombe l’on peut projeter un regard de peintre cubiste sur sa propre tombe.  Transubstanciacion : attention une inversion des valeurs pratiquement nietzschéenne, les instruments employés émettent de véritables sons d’instruments et le vocal porcin fait des efforts pour que l’on reconnaisse que celui qui s’égosille n’est pas un cochon, parvient même à articuler à la manière des êtres humains civilisés, normalement le vin se transforme en sang du christ, mystère de la transsubstantiation, ici le cycle est un peu plus long, le grouillement prostitutif de l’humanité et des dieux se nourrit de sa propre merde, une fois réduits en pourriture dieux et hommes repassent dans le grand recyclage, ils se transforment en herbe que broutent les moutons… les moutons nourrissent les hommes et tout recommence… ne pas confondre transsubstantiation et transformation…Cherchez l’erreur. L’infini de la mort ne se transforme pas en infini divin… Inexistentia : méditations ultra-rapide, moulin à paroles, drummerie galopante et guitares hors-bords, qui parle au juste, le mort, le Christ, la réponse n’est guère intéressante, de toutes les manières celui qui parle existe qu’il soit mort ou vivant, comme le cycle perpétuel de la nature qui se décompose et se renouvelle sans cesse, le divin n’est plus ce que l’on croyait il n’est qu’un autre mot, en plus ou en trop, qui philosophiquement s’énonce panthéisme… oui mais cette notion n’est-elle pas un voile jeté sur cette force kaotique qui n’est autre que l’infini divin. Oquedades : (= viduité) : quelle sérénité dans ces notes de guitare, c’est pourtant un moment de révolte métaphysique, combat contre l’hydre du vide aux mille têtes qui veulent m’imposer l’idée que tout existe, que tout se vaut, que ce que je nomme infini divin n’est pas supérieur ou inférieur à l’infini de la mort, chaque fois que ta pensée me touche je reprends force, car toi-même n’es-tu pas qu’uns forme de l’infini dans lequel tu serais englobé. Sol Occidit : (= le soleil se meurt) : ce morceau est sorti en avant-première au mois d’octobre, il était accompagné d’une couve très explicite : le sang

    z30547soloccidit.jpg

    du soleil recueilli dans la coupe du néant, ce dernier symbolisé par deux crânes :  l’on dirait un prêtre psalmodiant un rituel, en tout cas l’ambiance est aussi mélodramatique que quand Socrate a saisi la coupe de cigüe, mais ce que saisit notre mortel n’est-ce pas la coupe du néant philosophique, une manière comme une autre, pas tout à fait, car après avoir bataillé toute sa vie contre l’infini conçu en tant que néant, décider soi-même de l’instant où l’on retournera au néant, n’est-ce pas une manière de signifier quelque chose au néant de lui donner un sens particulier qui le colorie en quelque sorte selon moi. Quelques notes de guitares qui tombent dans le silence, mais la voix décide, c’est elle qui mène la barque, c’est elle qui commande. Ataraxia : pluie, orage, comme au début, coups comme si l’on frappait à une porte. Elle grince, elle s’est ouverte. Quelqu’un rentre-t-il dans son tombeau ou en sort-il. Que l’on y entre ou que l’on en sorte, quelle importance si votre âme est en paix avec elle-même. Un peu comme notre promeneur privé de son tourment.

             Attention ce Lignum Mortis peut vous plonger dans d’interminables ruminations. Mais penser n’est-il pas le propre de l’homme. Qu’il soit mort ou vivant. 

    Je vous laisse méditer sur la couve de l'opus...

    Damie Chad.

     

     

    *

             Y a des noms de groupes à dormir dehors. Je ne jette pas la première pierre, pas facile d’être original, je le concède. Toutefois j’avoue un a priori pour les noms à rallonges. Pour celui-ci, j’allais passer sans m’attarder, mais mon esprit a vacillé un quart de seconde : mais non Damie c’est le titre de l’album, vérifie ! Je ne m’étais pas éléphanté. C’était bien le nom de la formation, par contre quand je vois un tel titre, je n’écoute même pas avant de prendre la décision de chroniquer.

    OUROBOROS

    SHADOWS TALLER THAN SOULS

    (Bandcamp / Décembre 2025)

    z30594ouroboros.jpg

    La couve, due à Kyle Bialk, est plus profonde qu’il nous semble de prime abord. Le dessin un peu naïf en dit davantage qu’il n’y paraît. Une interprétation de la célèbre scène de Diogène se promenant à midi, l’heure la plus claire, dans les rues d’Athènes une lanterne à la main et répondant à ceux qui l’interrogent sur son étrange conduite : ‘’ Je cherche un homme !’’. Notre homme à nous, ne possède même pas une lanterne, sa seule boussole c’est son esprit, il regarde de tous les côtés, il cherche, il ne trouve rien, les ombres sont en effet plus épaisses que sa clairvoyance…

    J’ignore s’il s’agit du même Kyle Bialk mais voici huit ans est paru un ouvrage  titré :  The Diary of The Unknown Philosopher Vol 1 (Journal d’un philosophe inconnu. )

    Dan Schmidt : bass, addtl. guitars / Nick Stadler : guitars, vocals /
    Joe Widen : drums and percussion, addtl. guitars, backing vocals.

             Viennent de Milkwaukie célèbre par chez nous grâce à Jerry Lee Lewis, ville située à cent cinquante kilomètres de Chicago. Se présentent sans forfanterie : ce premier album est le résultat de leur travail depuis leur formation. Les premières démos remontent à 2019.On y retrouve toutes leurs influences : doom, punk, psyché, garage. Sont comme sur la pochette : recherchent tous azimuts.

    In darkness : ça déboule dur, pour des gars qui sont un peu perdus, ils tracent leur chemin à vitesse supersonique, galopent dans le noir comme en plein jour, une batterie qui cartonne et l’ensemble qui déchire, le vocal fondu dans la masse, sont honnêtes, ils sont pratiquement mort mais ils préfèrent vivre, sont comme Arthur Schopenhauher, ils ont le vouloir vivre chevillé au corps. Remarquez, c’est philosophiquement logique : Nietzsche a lu Schopenhauer et ensuite il a connu l’illumination de la pensée de l’Eternel Retour. Grim by reputation : ne sont pas là pour perdre le temps, ils essaient toutes les solutions, celle-ci est particulièrement violente, cassent même leur morceau en deux, une première partie, ils dévalent la théorie : on va tous crever, arrêt- buffet ils martèlent la solution : autant tuer que d’être tué, insinuent même avec un sourire sardonique qu’ils y prennent plaisir. Bonnes gens ne vous insurgez point, dans votre âme c’est le noir qui prédomine ! Mara : nettement plus lourd, plus doom, font le point, ce n’est pas tout à fait de leur faute, dans notre univers la tentation est partout, petit tour vers le boudhisme, mara ce n'est pas marrant, tout est possible, tentations illimitées, vous avez beau essayer, tentez ce que vous voulez, vous n’en serez pas plus heureux pour autant, même davantage malheureux, beaucoup de vocal, quand on est perdu on a tendance à se retrouver à  plusieurs, sur la fin on sent qu’ils ont pris une décision, la musique dément leur nihilisme affirmé. Shamsara : sont à cheval entre la théorie des cycles vie-mort qui n’en finissent pas de se répéter et de leur malaise physique à ne pas pouvoir s’en échapper : en tout cas ils ont repris du peps, y vont à tout berzingue, une voix de renard glapissant et toute la rythmique qui déboule à la Led Zeppe, une guitare ahane c’est sûr qu’ils n’ont pas trouvé l’escalier qui monte au Paradis, mais ils se permettent de ses dégringolades des plus énergiques. Stasis : beau son de guitare, ne pas confondre stase avec métastase, ni calme, ni luxe, ni volupté, certes on n’ avance pas mais on ne recule plus. Rebirth : en avant toute, les choses ne sont que ce qu’on en fait, un peu de courage, regarde ta triste situation comme l’oiseau s’approprie la branche sur laquelle il va construire son nid, à toi d’agir, si le temps est courbe, utilise la courbe, ne te bats pas contre elle, le bad trip se transforme en joyeuse farandole. Mage duel : les paroles sont inutiles, tu dois te battre contre toi-même, c’est fou comme les cymbales résonnent dans tes oreilles, c’est lourd, mais le chemin est à prendre et tu te mets à courir, droit devant toi, est-ce folie ou exaltation, délivrance ou cul-de-sac. Indecision : le rythme s’alentit, le vocal prend sa revanche, résonne comme un chant d’église, tu fais le point sur toi-même, est-ce que quand je serai mort je serai enfin tranquille, et pour combien de temps, les guitares klaxonnent, on dirait qu’elles se foutent de toi, tout le mode est déjà dans la voiture et l’on n’attend plus que toi, ne savent plus quoi faire pour que tu cèdes à l’appel, que tu prennes enfin ta décision, alors ils font un potin de tous les diables, l’on adore ce fabuleux tintouin ! Ouroboros : ben non, vous n’aurez pas la solution, la batterie concasse tes illusions, les guitares boutent le feu à cet amas de décombre qui t’encombre la tête, le vocal t’interpelle, les chœurs tentent de t’attirer, comme des matelots qui attendent que tu les rejoignes. Tout est en toi, ou tu souffres en masochiste ou tu danses comme la pensée de Nietzsche, ni bien, ni mal, ni tout, ni rien, tout dépend de ce que tu veux.

    Z30595PHOTOGROUPE.jpg

             Rien à dire, les grandes pensées aident la musique à se surpasser. Pensez à Nietzsche et à Wagner. Et puis pensez à ces Shadows Taller Than Souls, ce groupe vous foutra un gros coup de pied au cul et au mental.

             Je ne saurais vous souhaiter meilleure année qu’en vous recommandant d’écouter cet album.

    Damie Chad.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 712 : KR'TNT ! 712 : JON SPENCER / NEAL FRANCIS / RAMONES / JUNIOR PARKER / NICK WHEELDON / AGNOSTIC FRONT / 1914 / CRISTINA VANE

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

    A20000LETTRINE.gif

    LIVRAISON 712

    A ROCKLIT PRODUCTION

    FB : KR’TNT KR’TNT

    27 / 11 / 2025

     

     

    JON SPENCER / NEAL FRANCIS 

    RAMONES / JUNIOR PARKER

    NICK WHEELDON / AGNOSTIC FRONT   

    1914 / CRISTINA VANE

     

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 712

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http://kr’tnt.hautetfort.com/

     

     

    Wizards & True Stars

    - Spencer moi un verre, Jon !

    (Part Five)

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Tu l’as vu il y a six mois, mais t’y retournes. Jon Spencer jouerait tous les jours, et t’y retournerais, pas de problème. C’est lui ton manège-à-moi-c’est-toi, c’est lui ton directeur de conscience, c’est lui ton king of rock’n’roll, c’est lui ton sauteur en ciseau préféré, ton Zebra raunch, ton love-it-to-death, ton dark-eyed handsome boy, ta superstar préférée, ton dégoulineur de sueur numéro un, ton Euripide d’éruptions, ton injecteur d’interjections, ton catalyseur de cat-walk, ton cloueur de bec, ton riveur de raves, to screamer de scream parfait, bien serré dans un costard qu’il ne va pas surtout pas déboutonner. Jon Spencer est élégant, même s’il n’est pas anglais. C’est sans doute son seul défaut. On a déjà dit ici qu’hormis Francis Scott Fitzgerald, les dandies américains n’existaient pas, mais avec ses mocassins blancs,

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

    Jon Spencer pourrait faire exception à la règle. Il est certain que Des Esseintes lui aurait trouvé du charme frelaté, et Proust lui aurait conseillé l’œillet à la boutonnière. Et le voilà de nouveau sur scène, le Spence, le Skunk boy, à quatre pattes pour gaffer au sol sa planchette minimaliste dont on a dit en juin dernier qu’elle constituait le plus beau pied à nez à tous ces pseudo-pseudahs qui installent des plaques bardées de dizaines de pédales d’effets. Jon Spencer est depuis 40 ans le roi de minimalisme trash, c’est-à-dire le skunk. On le savait déjà en 1987 lorsqu’on écoutait «Pig Sweat» sur le Right Now de Pussy Galore, tout frais pêché dans un bac garage du killer Keller Born Bad, un «Pig Sweat» qu’on retrouve sur l’hallucinant Live In The Red. Eh oui amigo, c’est pas dans ta fucking amazonie de smartphone que t’auras ça. En matière de rock, il faut toujours commencer par le

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

    commencement. Si tu prends le train en marche avec un fucking smartphone et son son de casserole, t’as tout faux. Et tu ne pigeras jamais rien. D’ailleurs le Spence exècre les fucking smartphones, et pire encore, les fucking selfish. Il en a une sainte horreur. Le rock, ça commence avec Rigth Now et c’est catapulté dans l’avenir avec le Skunk qu’il skonke sur scène, car c’est bien de cela dont il s’agit : si t’as besoin de skunk pour skonker dans le sky, alors ton dealer c’est Jon Spencer. Tu scores du Skunk en direct, t’as ton score et ça te scratche le skull, c’est lui, le Spence, le sking, le sky, le scrack boom, le screw d’outer space, le wild scat, la stiring flaming star, l’estoile des neiges, il te scroutche l’oss de l’ass à sec, et t’en veux encore, alors tu prends le sTwo sKindsa Love en pleine spoire, t’as le sCome Along qui scum along,

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

    qui te scrame tout, les spoils et les spams, les spasmes et les spurrs, et voilà qu’arrive l’inévitable «Bellbottoms», le spring du prêche, le spow-how de la dernière heure où le Spence chante les louanges de Little Richard et où il rassemble les brebis égarées, il pardonne même aux fucking smartphones qui n’en finissent plus de filmer pour des prunes, pour des pages de fesse, pour rien, dans le chaos du néant numérique. Rien que d’y penser, t’as le vertige. Des milliards de vidéos qui ne serviront à rien. Le summum du néant. L’art rock et le néant numérique ne communiquent pas. Pourquoi ? Parce que le néant numérique remonte à rien et l’art rock remonte à Dionysos. Près du passé luisant, demain est incolore.   

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

    Signé : Cazengler, Spencer les fesses

    Jon Spencer. Le 106. Rouen (76). 12 novembre 2025

     

     

    L’avenir du rock

    - Neat Neat Neat Neal

    (Part Two)

             Depuis combien d’années erre-t-il dans le désert ? L’avenir du rock pose la question, et comme personne ne lui répond, il fait la réponse : «Dieu seul le sait.» Et il ajoute d’un ton léger dont il est le premier surpris : «Ce qui me fait une belle jambe !». Il n’a pas d’autre choix que de continuer à marcher en philosophant. «Dans la vie, il faut avancer, sinon on recule.» C’est le genre de remarque qu’il faisait au début. Il a laissé tomber ces coquetteries intellectuelles. «Nous n’en sommes plus là...», conclut-il d’une voix sourde dont l’écho se fond dans l’air brûlant. Pour se distraire, il a encore les erreurs. Tiens en voilà un ! L’homme avance, vêtu de lambeaux. Un javelot est resté planté à travers ses deux joues : le manche d’environ un mètre entre par la joue droite et un autre mètre avec sa pointe sanguinolante ressort par la joue gauche. L’avenir du rock le reconnaît :

             — Zêtes bien Richard Francis Burton ?

             — Rrrrraaaachaaaaviiiiiiiii !

             — Vous pourriez pas articuler ? J’ai rien pigé !

             — Nnnnnnnnooooiiiiisiiiii !

             — Zen faites exprès pour m’énerver ou quoi ? Vous voyez bien que ce n’est pas le moment de m’énerver !

             — Zeeeecrrrrchehheeleeechourcheduuuuuniiiiiiiii !

             — Chourche du qui ?

             — Rrrrrchehheeleeechourcheduuuuuniiiiiiiii !

             — Ah oui, ça me revient ! Vous cherchiez les sources du Nil, il y a quelques années, avec vot’ pot’ Speke, et je vous avais conseillé de plutôt chercher les sources du Neal. Vous ne m’avez pas écouté et voilà le résultat ! C’est bien fait pour votre gueule ! La prochaine fois, vous suivrez mes conseils !

     

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Normalement, Neal Francis est l’une des nouvelles superstars américaines, avec The Lemon Twigs et Brent Rademaker. En 2023 paraissait un double live, Francis Comes Alive. C’est bardé  de cool breeze de groove. T’as là-dedans le vrai son du r’n’b américain. Neat Neat Neat Neal groove bien son monde, il a tous les cuivres qu’il veut derrière lui. Sur la pochette, il a des faux airs du Jagger de Sympathy.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

    Mais globalement, ça sonne un peu Average White Band. Un peu trop pépère. Un peu trop établi. Pas de prise de risque. Neat Neat Neat Neal n’est pas James Chance. Il n’apporte pas d’eau neuve au moulin. En B, il vire plus poppy avec l’excellent «Alameda Apartments». Ça prend de l’ampleur. Encore de la belle pop de Soul classique avec «Promotheus». Il propose une pop véritablement pure. Et son «This Time» est un groove de Soul d’une rare élégance. On se régale en C de «Don’t Want You To Know» monté sur l’heavy riff d’une basse à contretemps. Il ramène le Ouh des Tempts dans «Very Fine Pts 1 & 2». Quel cake ! Il revient à un son plus poppy avec «Sentimental Garbage» en D. Poppy c’est sûr, mais dignement cuivré. Pas loin de Steely Dan - Thank you Chicago. We love you much, our hometown - Il termine ce solide double live avec «BNYLV», un heavy groove bardé de solos de sax, ça couine dans la couenne du lard fumant, ils sont dans la black jusqu’au cou et tu les salues bien bas. 

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Return To Zero vient de paraître, alors t’es bien content. Sergio Rios produit l’album et les Say She She font les chœurs. Ça démarre en mode funk de Soul, c’est très collet monté, très dancing beat, peut-être un peu trop à la mode. «Don’t Want» te renverrait presque aux jours heureux.  Il faut attendre «What’s Left Of Me» pour arquer un sourcil, car voilà une fast pop qui respire bien et qui sent bon le gros niveau. Il enchaîne avec au «150 More Times» aussi prometteur et ça finit en apothéose comme les grands cuts de Let It Bleed, et là mon gars, tu cries au loup. On reste dans le très haut de gamme avec cette heavy pop de Soul qu’est «Dance Through Life». Tout est axé sur la qualité, ici. Il se maintient dans une heavy pop de classe extravagante avec «Dirty Little Secret». Neat Neat Neat Neal est un personnage fascinant, il dépose sur la pop un voile de mystère. Et ça continue avec «Already Gone», une pop d’entertaining assez ambitieuse. Il monte bien sur ses grands chevaux, épaulé par les chœurs magiques de Say She She. Cette pop t’enflamme les glandes.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Et donc tu t’attends à monts et merveilles lorsqu’il arrive sur la petite scène de la Bellevilloise. Pas de chance, il reste coincé derrière ses claviers. Tu t’attendais à une espèce de grand show dansant, et c’est au contraire très statique. Neat Neat Neat Neal pianote et chante, avec des sacrées allures de superstar qui ne la ramène pas. Il fera juste un petit tour sur le devant de la scène, et regagnera sa planque derrière ses claviers. Les claviers sont un tue-l’amour, sur scène, surtout pour un leader. Le seul qui échappe à ce destin, c’est bien sûr Jerry Lee. Neat Neat Neat Neal ne tape pas tous les gros hits de son dernier album, dommage. On retrouve l’ambitieux «Already Gone», suivi de la fast pop de «What’s Left Of Me», mais pour le reste, il tape dans des albums plus anciens, notamment In Plain Sight. D’ailleurs il boucle son set avec le puissant groove de «BNYLV». C’est ce qu’on appelle un groove à rallonges. Neat Neat Neat Neal fait partie des artistes complets, il sait poser sa voix, composer et faire le show. Il dispose en plus d’un atout majeur : le look. Et d’un autre atout majeur : il est superbement bien accompagné. T’as Jo-la-powerhouse derrière les fûts et tu vois rarement des batteurs de ce niveau.  Jo-la-powerhouse sait tout jouer, surtout l’heavy funk. Il fait la locomotive. Sans lui, tout s’écroule et tu t’endors.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             La salle n’est pas pleine, loin de là. Neat Neat Neat Neal n’est pas encore très connu en France. Pourtant il a déjà enregistré quatre albums que les critiques anglais ont salué bien bas. Toujours ce décalage.

    Signé : Cazengler, Nul Francis

    Neal Francis. La Bellevilloise. Paris XXe. 13 novembre 2025

    Neal Francis. Francis Comes Alive. ATO Records 2023

    Neal Francis. Return To Zero. ATO records 2025

     

     

    Wizards & True Stars

    - Les Ramones la ramènent

    (Part Three)

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Tu croyais que les Ramones étaient quatre ? Non, ils sont cinq. Le road-manager-homme à tout faire Monte A Melnick est le cinquième Ramone. Si t’es fan des Ramones, alors tu devrais avoir lu l’oral history de Monte, On The Road With The Ramones. C’est l’un des books les plus rock’n’roll de tous les temps, si on considère que Vie Des Douze Césars de Suetone est aussi un book rock’n’roll.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Situé quelque part entre le format classique A5 et le grand format, ce book de 300 pages tient remarquablement bien en main. C’est presque un livre d’art rock, car Monte l’illustre abondamment, et le graphiste s’est lancé dans une admirable cabale de colonnages, passant du 2 col au 3 col au petit bonheur la chance, ce qui donne une belle dynamique à l’ensemble. T’as des pages qui accélèrent et d’autres qui ralentissent. Le fait qu’il ait opté pour un Helvetica condensed aggrave encore les choses : tu ne lis pas, t’avales. Tu deviens liseron, comme dirait Queneau.

             Monte et Frank Meyer ont habilement agencé les témoignages pour construire un récit fluide, dans le style du fameux Please Kill Me de Legs McNeil. Tous les acteurs de la saga témoignent. De tous, Monte est le plus passionnant.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Ce book complémente admirablement ceux de Dee Dee et de Johnny. Monte apporte un regard différent sur l’histoire agitée du groupe, mais le génie des Ramones n’en est que plus évident. 1, 2, 3, 4 ! Dès l’intro, ça résume sec - Leather jackets, torn jeans, dirty T-shirts, guitar down the knees, three chords and a wall of beautiful noise. Punk pionniers and Rock ‘n’ Roll Hall Famers. The Ramones were une undeniable force and at the peak of their powers, arguably the greatest band on the planet. They took pop sheen, doo-wop vocals, surf beats and ‘60s garage rock power and combined it to create a sound like no other - Oui, les Ramones ont inventé le punk et l’on incarné. Ça a duré 20 ans, et nous dit Monte, 2 263 shows - Like every other things they did, they rocked hard and fast, and they left.  

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Joey rappelle que Dee Dee se faisait appeler Dee Dee Ramone bien avant que le groupe n’existe. Tommy raconte comment il s’est installé derrière la batterie pour dépanner ses copains qui ne trouvaient pas le bon batteur - The music needed a driving kind of thing - Tu parles d’un driving kind of thing ! C’est l’un des driving beats les plus révolutionnaires du XXe siècle ! Joey ajoute que le groupe voulait juste un «simple drummer, a timekeeper». Alors on a convaincu Tommy d’essayer - he sat down and played in this style that no one’d ever heard - Tommy sentait que le projet allait être intéressant. Ils ont évolué très vite - I knew we had something different, original and exciting. Once I started playing drums, it was quick - Deux mois après qu’il ait commencé à battre le beurre, les Ramones montent sur scène. Premier concert au CBGB, opening for Blondie, who where called Angel & the Snake.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Joey rappelle au coin d’une page que ses héros alors étaient les Who. Et dans le portrait de Johnny, Tommy déclare : «Johnny is a mistery. He has different personalities. He’s a contradiction.»  Dans les chapôs des têtes de chapitres, t’as des textes merveilleusement bien écrits (Frank Meyer ?) - Four scraggly kids from Forest Hills hellbent on fusing the aggression of the Detroit proto-punk with the polish and pop snap of bubblegum music and girl groups, and the power and bombast of glam rock - Et plus loin, le chapôteur met le paquet sur les personnalités - Tommy’s musical finesse, Johnny’s military precision, Joey’s tender heartstrings and Dee Dee’s comic book rogue charisma fused to create a sound all their own - Ed Stasium : «Tommy was the intellectual, Johnny was the taskmaster, Dee Dee was the true punk and Joey was Joey.» Le décor est planté. Les Ramones allaient stormer the Big Apple «with their brand of candy-coated locomotive rock.» L’énergie des mots restitue bien l’énergie du son. Candy-coated locomotive rock !

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Très vite, le phénomène se développe. Monte en frétille encore : «Après une poignée de shows, it all developped - The Ramones feel, the official feel: the black leather jackets, the jeans, the T-shirts, the low-slung guitars, the haircuts - the whole attitude - C’est incroyable que ça ait aussi bien marché. John Holmstrom rappelle que l’art des Ramones est avant tout minimal - It was the music, They had everything: the image, the sound, the lyrics. They were the whole package. I’d never seen any band that had everything together like that - Johnny ne voit qu’un groupe du niveau des Ramones : les Heartbreakers. Il voit un clip de Led Zep au Madison Square Garden en 1975 et s’exclame : «Oh God, these guys are such shit!». Ils sont devenus des dinosaures et Johnny sent que les Ramones sont bien meilleurs, et il a raison. Sylvain Sylvain rappelle qu’à l’époque, les Dolls étaient en tête de la course de chevaux : «On était à deux doigts de la victoire et derrière nous, il y avait les Ramones, KISS, les Dictators et Blondie, and the list go on. Puis on est tombé, on s’est cassé une patte et les autres guys ont gagné la course.» Holmstrom ajoute que le punk rock en 1974, c’était Suicide, les Dictators, Television et les Ramones. Pour lui, les Dictators et les Ramones étaient comme les Beatles et les Stones d’une nouvelle révolution. On s’amusait encore en 1974, comme le rappelle Joey - The Ramones were always about having fun. Fun disappeared in 1974 - there were too many serious people out there at that time - Danny Fields souligne l’ironie des Ramones et des Pistols qui rêvaient d’être les Bay City Rollers - My God, here are the world’s two best bands wanting to be the Bay City Rollers. You can appreciate the irony of that - Danny Fields était fasciné par les Ramones au point de les manager. Pour lui, les Ramones proposaient ce que tout le monde attendait alors - Fill up that syringe and here’s my arm. Give it to me! Shout it! - C’est Danny Fields qui fait du porte à porte pour essayer de vendre la première démo des Ramones qu’avait supervisée Marty Thau. On sait comment ça se termine : chez Sire. Et voilà que les histoires de cul commencent à courir : Dee Dee a-t-il couché en trio avec Seymour et Linda Stein ? Dee Dee jure qu’il n’a jamais couché avec Linda. Évidemment Danny en profite : «Tout le monde aimait Dee Dee et voulait coucher avec lui. Je l’ai fait. It was nice.» N’oublions pas que Dee Dee se prostituait pour arrondir ses fins de mois. Waiting for the man. Sex & drugs & rock’n’roll. Il est important de rappeler de temps en temps que le rock ne se limite pas aux disques. Plus la réalité est crue et plus elle est intéressante.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             L’ex-girlfriend de Monte explique le rôle qu’il jouait dans cette aventure : «To the Ramones, Monte was a tour manager, mom, dad, teacher, doctor, babysitter, bill collector, voice of reason, referre, host, guest, shoulder to cry on, head to beat on, hand to hold, driver, negociator, pat on the back, pat on the ass, life saver, the boss, the peon and the whipping boy. And when his talents weren’t neceassary, he was there in the shadows.»

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Les premières tournées des Ramones sont assez catastrophiques. On les fait jouer en première partie de Johnny Winter et de Ted Nugent et le public les fait sortir de scène. Le pire, ce fut avec Sabbath. Monte : «Playing with Sabbath was dangerous.» Les gens ne voulaient pas des Ramones et ils étaient armés. Monte en conclut que les Ramones ne sont pas un opening band ! Alors ils deviennent des headliners ! - Everybody opened for us - Retournement de situation. Il suffisait d’y penser. Et ça tombait sous le sens. Mais c’est très compliqué de trouver des groupes capables d’ouvrir pour les Ramones. Monte : «One of the fisrt bands we got paired with that finally made some sense was the Runaways.» On suit pas à pas l’évolution du projet. Quand ils jouent en Angleterre, on les fait passer avant les Groovies. Grave erreur. Johnny : «Everyone was there to see us. People cleared out after us.» Les Groovies étaient déjà passés de mode. L’avenir appartenait aux Ramones. 1, 2, 3, 4 !

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Holmstrom : «The Ramones were punk rock. They were guenine. Johnny was a violent punk. Dee Dee was worse. Joey was a mental institution.» Holmstrom rappelle aussi que les Ramones respectaient leurs fans «and never got fucked-up. No drugs or alcohol before the show. You couldn’t do a show like the Ramones and be fucked up.» Johnny savait que pour tenir le coup pendant les tournées, il fallait éviter de traîner dans les parties après les shows, mais Dee Dee buvait comme un trou et prenait toute la dope qu’on lui proposait. Monte : «That was him. But we tried to keep it under control.» No smoking in the van. Dur pour Tommy qui fume à la chaîne. Monte pense que c’est l’une des raisons pour lesquelles il a quitté le groupe. Johnny et Monte étaient inflexibles. No smoking in the van. Vera qui a voyagé dans le van indique qu’il y avait des règles : «Basically, the women should be quiet. That was one.» On voit une photo de Monte devant un tour bus. Pour que tout ça tienne, il fallait des règles. Ça semble complètement logique.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Après Road To Ruin, Tommy commence à se sentir mal. «They were driving me crazy.» Il commençait à y avoir des problèmes dans le groupe. Alors Tommy dit qu’il arrête. Quand il annonce aux trois autres qu’il fait une dépression, ils explosent de rire. Johnny ne comprend pas qu’on puisse quitter les Ramones. Ça le dépasse. Tommy est un personnage clé dans le projet : il est le porte-parole du groupe et il a produit les quatre premiers albums. Il a créé the Ramones’ Sound. Johnny reprend immédiatement les choses en main et embauche Marky qui doit s’adapter vite fait : «I had to change my drum style. This was simplicity at its most simplistic.» Tais-toi et bats.  

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Dans Commando, Johnny Ramone dit qu’il n’aime pas trop Pleasant Dreams - This is not one of my favorites, to say the least - Eh oui, il arrive en studio et le producteur Graham Gouldman demande d’où sort ce humming. Well it was my guitar. Et là Johnny Ramone rumine. Il sait que ça ne va pas gazer avec le gars Gouldman, qui comme chacun sait est l’asticot de 10cc. C’est vrai que Pleasant Dreams est un peu bizarre. Disons que ce n’est pas le son habituel des Ramones. Mais il y a toujours les vieux restes de Joey. Ils renouent avec la Ramona dans «All’s Quiet On The Eastern Front», c’est un fast drive chanté en ping-pong avec Dee Dee. C’est sur cet album que tu croises «The KKK Stole My Baby Away», le cut de représailles que Joey a pondu après s’être fait barboter Linda par Johnny KKK. Joey le cocu n’est pas content - He took it away/ Away from me - En fait, c’est un album de power pop, comme le montrent «Don’t Go» et «She’s A Sensation», c’est puissant, avec un beurre bien plan-plan. «It’s Not My Place (In The 9 To 5)» est quasi good time. On perd le raw de la Ramona. «7-11» sonne radio friendly. Joey adore ça, il y va au bop she wap she wap. De cut en cut, les Ramones perdent leur punch. On entend même du piano dans «This Business Is Killing Me». On imagine Johnny Ramone penché sur son manche, à se demander ce qu’il fout là. Et puis quand on croit que c’est cuit aux patates, voilà qu’ils ressuscitent la Ramona avec «Sitting In My Room». Joey est bien chaud, ça redevient solide, punchy, élancé. Ils retrouvent tout leur éclat originel.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

    Marky

             Mais Marky picole - After a while, he was smashed all the time and started fucking up. The band was getting upset - Tais-toi, bats et arrête la picole. Mais il continue. Viré. Coup de fil de Joey et Dee Dee : «Mark, we can’t have you in the band anymore. You fucked up.» Richie le remplace. Monte est ravi de Richie : «Always on time. No drugs, no trouble. A far cry from Marky’s behaviour.» Richie fait trois albums avec les Ramones : Too Tough To Die, Animal Boy et Halfway To Sanity. Joey : «He saved the band as far as I’m concerned.» et il ajoute : «He put the spirit back in the band.» Mais Ed Stasium le voit comme un jazz drummer et trouve qu’il ne colle pas avec les Ramones.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Animal Boy est l’un des albums les plus percutants du groupe. Joey se met en rogne et le morceau titre sonne comme du trash punk pur et dur. En B, «My Brain Is Hanging Upside Down» sonne comme une belle tentative de Totor Sound. Et sur «Eat That Rat», Joey fait son Johnny Moped : même son que «No One».

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

    Richie

             Johnny : «Ce fut une période compliquée pour les Ramones, Joey et Richie menaient la vie dure à Daniel Rey qui produisant l’album. Ils voulaient tout le temps changer des trucs et remixer les chansons.» Il ajoute que Dee Dee ne joue pas sur Half Way To Sanity, même s’il est crédité. C’est Daniel Rey qui fait le Dee Dee. L’album est solide, «Go Lit’ Camaro Go», «I Know It Better Now» et «Bye Bye Baby» valent pour des coups de génie : Camaro pour son buzzsaw et le papa oum mama, le Better Now est de la pure Ramona, quant au «Bye Bye Baby», c’est de la pure pop de Brill, c’est-à-dire le pré carré de Joey. Et t’as Daniel Rey qui gratte ses poux. Joey te tortille la pop de Brill à sa façon, il rend hommage à Totor. Mais il en fait peut-être un peu trop. Avec «Death Of Me», Joey est au sommet de son lard, il mise tout sur les soupirs. Et quand les Ramones décident de revenir aux basics, ils font du Punk’s Not Dead de haute volée, comme le montre «I Lost My Mind». S’ensuit un «Real Cool Time» qui n’est pas celui des Stooges, par contre, «Worm Man» est en plein dans les Stooges ! Ils recréent la tension mythique du beat primitif des Stooges de «1969». Fantastique osmose de la comatose ! 

             Mais Richie veut sa part du gâtö, c’est-à-dire le merch. Il n’est pas un membre originel, donc zéro privilège. Les trois autres empochent le cash du merch. En 1987, après un show à East Hampton, Richie se barre sans dire au revoir. Ils essayent de le faire revenir avec un gros billet, mais Richie les envoie promener. Et les prochains concerts ? Il s’en lave les mains. Il ne va même pas ramasser ses royalties chez le comptable. Les chèques s’entassent sur le bureau du comptable pendant dix ans. Pour Monte, Richie est resté un mystère.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

    Clem Burke

             Johnny ne perd pas de temps et propose la botte à Clem Burke. Pas de pot, Clem arrive dans une mauvaise ambiance : tout le monde se déteste. «No chemistry. That creates an anti-chemistry.» Tout ça pour cacher la misère, car le pauvre Clem qui bat la pop de Blondie n’est pas foutu de battre le beurre des Ramones. C’est une catastrophe. Alors Johnny fait revenir Marky, «the quintessential Ramones drummer. The guy is a powerhouse.» Marky constate à son retour que l’ambiance s’est détériorée : «Joey was drinking and doing coke. Joey and John are définitively not talking at this point and I don’t know what planet Dee Dee was on. He was on psycho drugs, pot, wearing Adidas uniforms, sneakers and gold chains and was in his rap phase.»

             Johnny essaye de maintenir le groupe en état, mais c’est compliqué. Monte : «Johnny wouldn’t put up with his shit. Dee Dee would listen to Johnny. He wasn’t afraid of Johnny, but Johnny was the boss.» Tommy dit à Arturo d’apprendre vite fait à jouer de la basse, au cas où Dee Dee ferait une petite overdose.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Même si Johnny ne l’aime pas beaucoup - One of my least favourite albums - Brain Drain est un Sire qui se tient relativement bien. Johnny ajoute que Dee Dee est crédité, mais il ne joue pas. Les Ramones attaquent au Wall of Sound avec «Believe In Miracles» - I believe in a better world/ For me & you - Joey le prend en mode Heartbreakers. Pur New York City Sound ! Tout l’album est blindé, avec un Joey furibard qui chante du nez. Mais il manque les enchaînements. C’est très bizarre de ne pas entendre le fameux one two three four ! «Don’t Bust My Chops» est encore très Heartbreakers. Ils tapent une cover du «Palisades Park» de Freddie Cannon, puis ils embrayent sur «Pet Semetary». Tu sens le classique dès l’intro. C’est un petit joyau ramonesque bien noyé de son. Dommage qu’on entende des violons derrière. Laswell ramollit les Ramones. Back to punk avec «Learn To Listen». Ça reprend de l’allure, c’est même quasi-beefheartien, au sens de «Dropout Boogie». Voilà l’un des emblèmes du NYC punk : «Ignorance Is Bliss». Sur ce terrain, ils sont imbattables. Ils passent à la power pop avec «Come Back Baby» et regagnent la sortie en mode Christmas avec une belle dégelée de «Merry Christmas (I Don’t Want To Fight Tonight)». 

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Loco Live est l’un des grands albums live du XXe siècle. Impossible de faire l’impasse sur cette bombe atomique ramonesque. Ils sont venus, ils sont tous là, «Blitzkrieg Bop» (l’hymne !), «I Believe In Miracles» (attaque frontale), «The KKK Took My Baby Away» (Joey jette toute sa niaque dans le KKK), «Too Tough To Die» (vrai bulldozer, Ramona tout terrain), «Sheena Is A Punk Rocker» (l’hymne originel), «Rockaway Beach» (le cut prend feu), «Pet Semetary» (enfonce les lignes, Joey chante du museau). Petit coup de Punk’s Not Dead avec «Animal Boy» (quasi dirty proto). Ils passent le «Surfin’ Bird» des Trasmen à la casserole, et ça rebascule dans le mythe avec «Beat On The Brat» (c’est l’accord parfait des accords parfaits, l’oh yeah est pur comme de l’eau de roche), et «Chinese Rock», mythe d’or en barre, les Ramones l’explosent.

             En tournée, les Ramones font tourner Monte en bourrique. Pendant une tournée au japon, ils planquant une tête de poisson dans sa valise. Monte est furieux : ses fringues puent la poissecaille. Alors il bricole un petit axiome rigolo : «Quelle est la différence entre un tour manager et une lunette de WC ? A toilet bowl only has to deal with one asshole at a time!».

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

    Dany Fields

             Monte aborde aussi l’aspect réactionnaire de Johnny, qui fait souvent des blagues sur le dos des blacks et qui a sa carte au KKK - He tolerated other races - he had to - but it was pretty clear that he did not like them - Côté sexe, Danny Fields rappelle que les Ramones étaient monogames. Tout le monde baisait tout le monde en tournée, sauf les Ramones. Jusqu’au moment où Johnny baise la copine de Joey, lequel Joey le prend très mal - He destroyed the relationship and the band right there, amongst other things - Mais Johnny rappelle aussi sec que la relation était déjà détériorée. Ça remonte au temps où Tommy a quitté le groupe. Les choses empirent au moment d’End Of The Century quand Joey dit à Totor qu’il envisage une carrière solo. Johnny : «I wasn’t totally happy with the direction of the band on the album. Internally, things started to deteriorate around ‘79.» Quand Dee Dee était dans le groupe, tout le monde s’en prenait à lui. Quand il est parti, ce fut le tour de Joey. C’est comme ça qu’ils passaient le temps. Mais sur scène, ça ne se voit pas. Monte : «They knew they had a good thing going. Vers la fin, ils ne pouvaient plus se supporter, mais ils montaient sur scène and play a show and you’d never know. That was the Ramones magic.» Puis Monte sent que Joey va lâcher, alors il le prend totalement en charge, ce qui rend les autres jaloux. Joey prenait soin de sa voix et demandait à ce qu’il y ait une piscine dans l’hôtel. Il nageait et soignait sa voix dans le sauna.

             Malgré tous leurs bons albums et leur légende, les radios américaines ne veulent toujours pas des Ramones. Danny Fields : «Fuck radio. Radio is the stupidest, most backward white-man-is-now medium out there. It is populated with the dumbest shit and is the most cowardly of all forms of show business.» Les Ramones sont trop punk pour la radio - Speed, volume and guitar attack wasn’t synonymous with pop - Joey ne cache pas sa fierté : «We’re the only band that stuck up to its original ideal. Everybody else either went the sound of Bruce Springsteen or Elvis Costello or went disco or reggae. We never went the way of the Clash. We never wanted to go into, the discos that bad. It’s bullshit.» Cela s’appelle une profession de foi. Danny Fields ajoute que les Ramones sont devenus célèbres sans radio ni MTV, «and it’s the type of fame you can’t translate into record sales.» Mais Joey et Dee Dee ne veulent plus de Danny comme manager. Il votent à deux contre un (Johnny) contre lui. Joey et Dee Dee veulent le manager des Talking Heads, Gary Kurfirst. Ils voulaient juste renverser le pouvoir, c’est-à-dire Johnny et Danny. C’est aussi con que ça. Par contre, ils restent tous fidèles à Ed Stasium, qui va enregistrer 9 albums avec les Ramones, à partir de Too Tough To Die. Monte : «If I was the fifth Ramone, then Ed soon became the sixth.»

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Et puis il y a cet épisode clé dans l’histoire des Ramones : la rencontre avec Totor qui jurait à Ed Stasium qu’il allait faire des Ramones «the biggest thing since the Beatles. He was convinced of this.» Mais Johnny était contre ce projet depuis le début. Totor les harcelait depuis Rocket To Russia et Road To Ruin. Johnny revient aussi sur la pochette d’End Of The Century. Il y avait la photo avec et la photo sans les leather jackets. Dee Dee et Joey ont voté pour la photo sans les leather jackets. Johnny et Marky voulaient l’autre. Mais comme la voix de Marky ne comptait pas, Dee Dee et Joey ont gagné. Johnny : «That was Dee Dee and Joey trying to get the power away from me.» Les sessions d’End Of The Century furent terribles, selon Ed Stasium, «espacially for Johnny who hated Phil. Joey loved Phil». Les sessions durent des heures et Johnny en a ras le bol du take after take. Ils jouent «This Ain’t Havana» 353 fois, «over and over at absurd volumes.» Joey exulte : «It was a Frankenstein experiment. Everybody in the band hated working with Phil but I enjoyed it because he was so sick. He was so nuts that it was kind of pleasant. I was working with a master. I learned a lot.»   

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Quand Dee Dee entre dans sa phase rap, il collectionne les montres, puis les tatouages. Sur scène, il ne joue pas les bonnes basslines. Johnny demande au roadie Little Matt de le débrancher. Puis Dee Dee quitte les Ramones. Il ne supporte plus que Johnny lui donne des ordres, tu t’habilles comme ci et tu te coiffes comme ça. Terminé. Andy Shernoff : «Dee Dee was a nut job, but I never thought he would leave.» Alors évidemment, après, ce n’est plus la même histoire.

             Johnny dit aussi que les années 80 ont été rudes - We were out there by ourselves. There was no punk rock movement. If there was any, it was really underground. It was a lonely decade. Those were the hardiest years. We are so in our own world we barely even noticed. It was rough - Alors que les autres Ramones voulaient évoluer, Johnny ne voulait pas, «he wanted to keep it the way it was. He knew it would become a cult thing and he was right. it worked.»  

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Encore un big album avec Mondo Bizarro. T’y trouves une belle cover des Doors, «Take It As It Comes». Joey passe en force. Johnny : «We did a Doors cover, ‘Take It As It Comes’. It was my idea which nobody liked at first.» Et ça grouille de coups de génie sur ce Mondo, à commencer par «Censorshit», pur power de la Ramona, l’équilibre parfait du rock power/chant/chords, bien profilé sous le vent new-yorkais. Encore de la fantastique énergie avec «The Job That Ate My Brain», Joey injecte tout son sucre dans cet enfer. T’as encore du son à gogo dans «Poison Heart» et du full blown dans «Anxiety», Johnny te gratte ça à la vie à la mort et Daniel Rey fout le feu par derrière avec ses licks thunderiens. Magie pure encore avec «It’s Gonna Be Alright». Joey est le roi de la magie, il est le Merlin du punk new-yorkais, te voilà arrivé au max des possibilités du rock new-yorkais. Joey passe encore en force sur «Tomorrow She Goes Away», il chante au raw du raunch. Joey est un génie, au sens d’Aladin, il sort d’une lampe, hey hey ! Les Ramones n’ont jamais été aussi flamboyants. Joey n’en finit plus d’enfoncer son clou dans la paume du mythe. T’as les pires heavy chords de la Ramona dans «Cabbies On Crack» et ça se termine On The Beach avec un «Touring» digne des grandes heures des Beach Boys. Franchement, que demande le peuple ?       

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Paru en 1993, Subterranean Jungle reste un bon album. Pourquoi ? Parce qu’«In The Park», véritable chef-d’œuvre de buzzsaw pop un brin On The Beach, avec le génie Joey aux harmonies. Parce que «Time Bomb», et tous ces réflexes power pop extraordinaires. Le génie Joey te chante ça très laid-back. Parce que la petite cover du «Little Bit O Soul» de Music Explosion. Parce qu’«Outsider», du très grand yeah yeah yeah et un couplet chanté par Dee Dee. Et surtout parce «Time Has Come Today», fantastique hommage aux Chambers Brothers, tic tac coucou, ça ramone bien à la Ramona et les autres font hey ! Et puis sur la red Rhino, t’as des bonus, et là tu te régales, car t’as l’impression d’être en répète avec eux. Rien de plus juteux que les démos de la Ramona, notamment «Bumming Along» avec un Joey scintillant all over la Ramona, puis «My-My Kind Of Girl» où le génie Joey ramène tout son sucre et chante comme un dieu.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Acid Eaters ! Big-o big one ! Johnny explique qu’ils n’auraient pas pu faire cet album de reprises plus tôt, car il aurait fallu les adapter au style des Ramones, comme ils l’ont fait avec «California Sun». C.J. chante sur «The Shape Of Things To Come» et «My Back Pages». On perd la Ramona. Quelle tragédie ! Mais Joey se tape la part du lion avec «When I Was Young» où il fait son Burdon. Il explose le Burdon ! Marky rafle la mise sur le «7 & 7 Is» du roi Arthur. Ramona all over ! Ils triplettent la roulette de Belleville et Marky fait tout le boulot. Boom badabooom ! Et pourquoi c’est le plus bel album de covers de tous les temps ? À cause des six covers mythiques : «Substitute» (avec Pete Townshend dans les backing vocals, c’est du full blown de London Town in New York City. Power extrême), «Out Of Time» (Joey réinvente le Swingin’ London au sucre demented, il accroche chaque syllabe à la vie à la mort, c’est chargé de tout le barda du monde), «Somebody To Love» (Joey évince la Grace de l’Airplane), «Have You Ever Seen The Rain» (fantastique explosion nucléaire, les Ramones la ramènent au I know et au pur génie pulsatif, hommage suprême à Fog), «I Can’t Control Myself» (Joey y va au bah bah bah bah mythique, il tape ça en mode I can’t control maïséééé, et Johnny gratte des poux de rêve, il noie le mythe dans son wall of sound) et puis pour finir, le «Surf City» de Jan & Dean, pur jus d’On The Beach. T’as là la vraie racine du rock californien.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Et voilà l’album des adieux : Adios Amigos. Johnny : «This album has perhaps the best of all the guitar sounds I ever got. Daniel Rey produced it and he knew the Ramones were a guitar group. He also played the leads on here.» Et plus loin, il ajoute que C.J. chante quatre cuts («Making Monsters & Freaks», «The Crusher», «Cretin Family» et «Slatter Gun») Dès que Joey ne chante pas, on perd la magie des Ramones. Pur Ramona power avec «I Don’t Want To Show Up» - One two three four ! - C’est droit dans l’axe : Ramona intacte avec tout le sucre de Joey et le buzzsaw de Johnny. Joey oh-yeate son oh yeah dans la pire power-pop de «Life Is A Gas». Clameur éternelle ! T’as une espèce de suprématie, comme si les Ramones régnaient comme des Empereurs en perfecto sur la Rome du rock. Ça sonne comme un fait établi, cette pop est tellement pure, aussi pure qu’au premier jour. Joey te drive «Take The Pain Away» vite fait bien fait, avec Johnny en support tutélaire. Et puis t’as cet «Have A Nice Day» tapé dur dans l’oss, Joey chante aux parois nasales, à la niaque de la 25e heure. Encore un coup de génie avec «Got A Lot To Say», Johnny gratte la destruction massive, il jette tout son dévolu dans cette dernière bataille et Daniel Rey passe un killer solo flash. Ce dernier album est bardé de tous les symboles. C’est un album magnifique. «Born To Die In Berlin» sonne comme «Chinese Rocks». Mêmes accords. On reste dans les Heartbreakers avec cette cover mythique de «Baby I Love You» qui s’appelle ici «I Love You». Joey n’en fait qu’une bouchée, I really do, et Daniel Rey fait son Johnny, l’autre, le Thunders. T’es assez fier de faire partie des fans des Ramones. C’est aussi bête que ça.

             Joey avoue qu’il en avait assez après 22 years of constant touring - I definitively loved aspects  of the band, the live performances, the fans, but I had my fill. It was time to have a life - Mais plutôt que de jouer leur dernier concert à New York, ils le jouent à Los Angeles, parce que Johnny y vit. CJ : «It was ridiculous.» Ils ont des invités sur scène, Lemmy, Tim Armstrong et Eddie Vedder.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Les Ramones ne pouvaient boucler leur bouclard qu’avec une bombe atomique : We’re Outta Here est l’enregistrement live de leur dernier concert d’août 1996 au Palace de Los Angeles. Festin ramonesque de 32 cuts, mélange détonnant de coups de génie («Blitzkrieg Pop», «The KKK Toook My Baby Away», «Pet Semetary») et de cuts mythiques («Chinese Rock») Et si les Ramones étaient le groupe parfait ? Et si Joey était le chanteur parfait ? Tu sens le souffle dès «Teenage Lobotomy». Leur arrivée sur scène est dévastatrice. C.J. fait son Dee Dee et lance tout au one two three four! Joey chante comme un canard sur «Do You Remember Rock’n’Roll Radio» et une chape de plomb tombe sur la salle avec «I Believe In Miracles». Ramona power ! Ils sont insurpassables ! Quand ils font de la power pop avec «Rock’n’Roll High School», ils le font avec tout le power du monde. «I Wanna Be Sedated» te plonge au cœur du cyclone de la Ramona. Ce live est une véritable aventure. Les Ramones sonnent comme une aventure. Kings of cartoon ! Joey se jette dans le KKK avec tout la rage mythique dont il est capable. Il monte ses couplets comme ceux que montait Totor, aw yeah ! Joey reste au faîte de sa Ramona avec «I Just Want To Have Something To Do» et t’as «Judy Is A Punk Rocker» qui te tombe sur le coin de la gueule, aw yeah, Joey avale bien ses syllabes, sheenes/ punroka, le voilà au sommet du mythe, et ils enchaînent avec un «Rockaway Beach» ful-gu-rant. Ils transforment tous leurs hits en rouleaux compresseurs. Ils battent encore tous les records de trash-punk avec «Do You Wanna Dance» et Johnny remonte un Wall of Sound vite fait pour «Someone Put Something In My Drink». Encore une fournaise du diable avec «Cretin Hop», «R.A.M.O.N.E.S» sonne comme l’hymne new-yorkais, «53rd & 3rd» comme l’hymne de la Ramona, et «Chinese Rock» comme l’hymne national américain. Tu sors de là complètement rincé. 

              Quand tout ça est fini, Monte flippe : «After the Palace show I had no idea what to do with the rest of my life. I had put everything I had into The Ramones and now it was all over. I tried to start a normal life, but I didn’t know how.»

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

    Johnnu and Lisa

             Une fois installé à Hollywood, Johnny commença à retourner sa veste et à fréquenter la jet set - the life of the rock star - Monte dit qu’il traîne avec Vedder, Rob Zombie, Green Day, Rancid, Nicolas Cage et Lisa Maria Presley. Monte donne encore des coups de main aux survivants, comme Dee Dee pour enregistrer Greatest & Latest, un album de covers des Ramones avec Chris Spedding.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Et voilà qu’arrivent les conclusions : «If Joey was the band’s heart, Dee Dee was the soul and original drummer Tommy the mentor. Johnny was the drill sergeant, leading the group from battle after battle and off and it was he who oversaw the band’s destiny.» Johnny : «Nobody can sound like us. It is very difficult to do. No one can play the guitar like that, and the drumming is very difficult, too. No one can do down-strums. They have trouble getting through one song of down-strums.»

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             C’est à Rodney Bigenheimer, the Mayor of Sunset Strip, que revient le mot de la fin : «In the history of rock’n’roll, there’s Elvis Presley, The Beach Boys, The Beatles and The Ramones. They changed the whole punk history and the whole rock history. Even the Sex Pistols were influenced by The Ramones.» Bizarre que le Mayor of Sunset Strip oublie de citer Bob Dylan.

             Signé : Cazengler, Ramone sa fraise

    Ramones. Pleasant Dreams. Sire 1981

    Ramones. Animal Boy. Sire 1986

    Ramones. Halfway To Sanity. Sire 1987

    Ramones. Brain Drain. Sire 1989

    Ramones. Loco Live. Chrysalys 1991

    Ramones. Mondo Bizarro. Radioactive 1992

    Ramones. Subterranean Jungle. Sire 1993

    Ramones. Acid Eaters. Chrysalis 1993

    Ramones. Adios Amigos. Radioactive 1995

    Ramones. We’re Outta Here. Radioactive 1997

    Monte A. Melnick & Frank Meyer. On The Road With The Ramones. Independently published 2019

     

     

    Inside the goldmine

     - Junior on le connaît Parker

             Il est des gens que tu rencontres et qui te marquent à vie. Parcourt fait partie de ces gens-là. Tu commences par lui donner le bon dieu sans confession, c’est-à-dire que tu lui accordes ta confiance. Tu ne te poses même pas la question de savoir s’il saura s’en montrer digne. Tu marches à l’instinct. Tu sais aussi qu’une relation se bâtit dans le temps. Alors tu donnes du temps au temps et tu alimentes en dosant bien : un peu de musique, un peu de littérature, un peu de cinéma, quelques éléments succincts d’autobiographie, deux ou trois points de vue, non pas sur l’actu qui n’a jamais servi à rien, mais sur la vie et la mort. La relation se développe et s’équilibre. Parcourt réagit bien, il alimente lui aussi, et tu montres que tu es preneur, mais sans te forcer à accepter ce qui ne te convient pas. La base d’une relation équilibrée repose sur l’honnêteté morale et intellectuelle. C’est le seul moyen d’éviter les zones d’ombre et les prises de bec. Quand au fil du temps, tu vois poindre les premiers défauts, tu tentes de nier ta déception. Tu te dis que ce n’est pas si grave, même si tu vois Parcourt esquinter certaines règles tacites. Par exemple, il va te photographier comme le font tous les cons aujourd’hui sans te demander ton avis. Tu lui redis pourtant la règle d’or : n’inflige jamais à quiconque ce que tu ne voudrais pas qu’on t’inflige, mais il ne comprend pas. Cette incompréhension te met la puce à l’oreille. Tu réalises soudain que tu t’étais fait une idée de Parcourt qui ne correspond pas à la réalité. Et tu conclus amèrement qu’au terme d’une vie consacrée à l’étude approfondie de la condition humaine, tu peux encore te fourrer le doigt dans l’œil en prenant les vessies pour des lanternes. Mais en même temps, tu refuses de porter la responsabilité de cet échec. Tu te demandes encore pourquoi Parcourt t’a bluffé. Est-il rusé comme un renard, ou roué comme le petit paysan qu’il n’a jamais cessé d’être ? Est-il abandonné de Dieu ? Joue-t-il un rôle ? Et pourquoi le jouerait-il aussi mal ? Il finit par te faire pitié.

     

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Alors que Parcourt ruse sans avoir les moyens de la ruse, Parker crée sa légende. Il en a largement les moyens. En plein milieu des fifties, à Memphis, Junior Parker est entré dans la caste des géants du blues et de la Soul. L’un de ses premiers admirateurs fut Elvis.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Si on veut plonger dans la jeunesse du grand Junior Parker, il est conseillé d’écouter une vieille compile Ace de Little Junior Parker & The Blue Flames, I Wanna Ramble. C’est un album de gros jumpy jumpah avec ses solos de sexy sax. Alors attention, c’est Pat Hare qu’on entend sur «Can’t Understand», un fantastique boogie blues de down on the highway, qui sera pompé par Creedence sur down the highway. Tous ces cuts datent de la période 1954-1956, c’est du Duke  et l’heavy blues de «Driving Me Mad» va t’envoyer au tapis. En B, t’as le «5 Long Years» d’Eddie Floyd, un heavy blues d’I’ve been mistreated. Ces mecs savaient déjà tailler une route. Et puis t’as ce «Pretty Baby» qui va te liturger les abbatiales à coups de don’t like my automobile. Heavily balanced !

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             En 1962, Little Junior Parker pose avec sa Cadillac pour la pochette de Driving Wheel. Avec «I Need Love So Bad», il atteint une sorte d’apothéose de la Soul de blues, logique car signé Percy Mayfield. Il réédite l’exploit avec «Tin Pan Alley», monté sur un bassmatic délicieusement élastique. Il reste dans l’heavy blues d’harangue avec «Someone Broke This Heart Of Mine» et passe en mode boogie cavaleur avec «Yonder’s Wall». Par contre, il ne fait pas l’apologie de la «Sweet Talking Woman». Pourquoi ? Parce qu’elle lui a barboté all of his money. Les ceusses qui ont eu la bonne idée de rapatrier la red sont quasiment tous morts d’overdose : 15 bonus explosifs ! À commencer par «Mystery Train», la racine d’Elvis. Junior fait bien l’Elvis au train arrives et au Train train/ Comin’ on round the bend. T’as aussi «That’s Just Alright» tapé aux riffs carnassiers, inégalable ferveur primitive ! Il passe en mode big band avec «Peaches», Junior swingue sa chique, I know I know I know ! Dans tous les cas de figure, Junior a la classe. Encore un heavy boogie de fantastique allure : «Pretty Baby», et son «Sometimes» vaut toutes les versions de «Dust My Blues» jouées en Angleterre.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Paru en 1970, The Outside Man est ressorti sous une pochette beaucoup sexy et un autre titre : Love Ain’t Nothin’ But A Business Goin’ On. Quel album ! Junior est tellement à l’aise qu’il fait plaisir à voir, whoooo yeah ! Il attaque «The Outside Man» au big time out, machines de bassmatic avant toutes et Junior saute en croupe.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

    Magnifique groover ! Il manie à la fois le smooth et le raw. Il tape trois covers de Beatles sur cet album béni des dieux, à commencer par «Taxman». Ah il faut le voir groover entre les reins du Roi George ! - ‘Caus I’m the taxman ! - En B, il tape «Lady Madona» en mode Parker, il groove bien le butt des Beatles, il y va au whooo finds the money/ When you pay the rent ! Et il enchaîne avec l’encore pire «Tomorrow Never Knows», l’ancêtre de la psychedelia. Seul Junior peut se permettre ce luxe indécent. Il fait sa psyché. L’autre grosse cover de choc est celle du «Rivers Invitation» de Percy Mayfield. Il te groove ça à coups d’all across the country et d’I’m trying to find my baby. Il ne la trouve pas, alors il parle à la rivière, I spoke to the river/ And the river spoke back to me, il te swingue ça à la folie. Junior est un fantastique chanteur de charme, tu succombes en permanence. Il est certainement l’un des Soul Brothers les plus accomplis, la beauté n’est pas que dans la mélodie, elle est aussi dans le chatoiement de ses accents chantants. Il vibre littéralement son chant. Avec «You Know I Love You», il passe le blues en mode Soul de satin jaune.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Like It Is n’est pas vraiment son meilleur album. On y trouve deux beaux boogies, «Wish Me Well» et «Come Back Baby». Junior les mène de main de maître. On sent un brin de modernité dans son «Country Girl» - My little girl is a country girl - Et il groove comme un crack son «(Ooh Wee Baby) That’s The Way You Make Me Feel», il laisse filer sa note au chat perché. Il se prend pour une poissecaille dans l’heavy boogie blues de «Just Like A Fish» et il supplie sa baby de revenir dans «Baby Please». Toujours la même histoire : Baby please come back/ I need your love to set me free.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Tu te sens toujours bien en compagnie de Junior. Ce que vient confirmer Honey-Dripping Blues. La perle de l’album est sa cover du «Reconsider Baby» de Lowell Fulsom. Il y va à l’I hate to see you go, ça joue fabuleusement, et Junior y va encore, The way that I wish you/ I guess you never know - Il plonge dans le caramel d’«Easy Lovin’» au me & you easy lovin’ baby. Il enchaîne avec le fabuleux Soul blues d’«I’m So Satisfied», cuivré à outrance. Quel album ! Encore un somptueux froti-frotah de Soul : «You Can’t Keep A Good Woman Down», violonné jusqu’à l’horizon. Junior a des orchestrations de génie. Il est encore le crack du marigot avec «Lover To Friend» et te charme dès l’intro de «Your Bag Is Bringing Me Down». Il est à l’aise partout. Junior groove dans la dentelle. C’est un régal permanent que de le voir à l’œuvre.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             En 1969, Little Junior Parker enregistrait Blues Man sur Minit, le label de la Nouvelle Orleans. Pas l’album du siècle, mais on y trouve un Heartbreaking Blues mené à la glotte ultra sensible, «Get Away Blues». Il sait faire jouir un blues. Mais c’est le son Nouvelle Orleans qui domine l’album : «Let The Good Times Roll», «I Just Get To Know» et «I Found A Good Thing». Saluons aussi «Every Night & Every Day», un heavy blues de treat me right, et il y va, le Junior, au that’s how I love you. On peut lui faire confiance.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Entre 1971 et 1972, Junior Parker va enregistrer trois albums : You Don’t Have To Be Black To Love The Blues, Jimmy Mc Griff Junior Parker, et I Tell Stories Sad And True etc. Un petit black croque une pastèque sur la pochette du premier, le plus intéressant des trois. Junior Parker est un fantastique crooner de blues. Il le roule dans la farine divine, il en fait un blues velouté gorgé de feeling. La viande se planque en B. Il attaque avec un cut de Percy Mayfield, «I Need You So Bad». C’est la meilleure des conjonctions : Junior + Percy. Il chante au feeling subliminal. «Look On Yonder Wall» est un boogie écœurant de classe, et il bat encore tous les records de feeling avec «Man Or Mouse» - Sometimes I wonder/ I’m a man or mouse - C’est un bonheur que d’écouter Junior chanter.  

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Tu sauves un Heartbreaking Blues sur Jimmy Mc Griff Junior Parker : «Don’t Let The Sun Catch You Cryin’». On croise aussi un «Baby Please Don’t Go» crédité à Muddy et on retrouve le «Five Long Years» d’Eddie Floyd.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Et puis voilà I Tell Stories Sad And True etc. Deux covers de choc : «Funny How Time Slips Away» de Willie Nelson (Soul de blues et belles fondues de falsetto léger, merveilleux crooner), et «The Things That I Used To Do» (Classique insurpassable de Guitar Slim). Il tape aussi dans Hooky («I Done Got Over It», heavy boogie blues drivé à la plaintive) et dans le «Stranger In My Own Town» de Percy Mayfield. On s’extasie sur la profondeur du croon.

    Signé : Cazengler, stylo Parker

    Little Junior Parker & The Blue Flames. I Wanna Ramble. Ace Records 1984. 

    Little Junior Parker. Driving Wheel. Duke 1962  

    Junior Parker. Like It Is. Mercury 1967 

    Little Junior Parker. Blues Man. Minit 1969 

    Junior Parker. Honey-Dripping Blues. Blue Rock 1969

    Junior Parker. The Outside Man. Capitol Records 1970 ( =Love Ain’t Nothin’ But A Business Goin’ On)

    Junior Parker. You Don’t Have To Be Black To Love The Blues. Groove Merchant 1971 

    Junior Parker. Jimmy Mc Griff Junior Parker. United Artist Records 1972

    Junior Parker. I Tell Stories Sad And True etc. United Artist Records 1972

     

     

    Wheeldon du ciel

     - Part Two

     

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Avec Nick Wheeldon, c’est pas compliqué : tu pars à l’aventure. Son œuvre s’apparente à une jungle, mais pas la jungle de tous les dangers, comme celle de la forêt amazonienne, non, il s’agirait plutôt de la jungle du Douanier Rousseau, délicieusement exotique et dont on observe minutieusement tous les détails. Nick Wheeldon a joué dans une myriade de groupes, alors tu peux partir à l’aventure. Comme tout n’est pas accessible, ça te simplifie la vie, t’es pas obligé de tout écouter.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             En 2017, il jouait dans 39th & The Nortons et enregistrait The Dreamers. Big album. Avec Nick Wheeldon, le big albuming est quasiment automatique. Il suffit d’écouter «If It’s So Easy» pour en être convaincu. On sent bien le dévolu dans ce Big Atmospherix, il va chercher le pathos profond, les échos de John Lennon sont indéniables. Il éclate encore au grand jour avec un «I Ain’t Hiding» noyé d’orgue. Tu te régaleras de la merveilleuse qualité de l’attaque et du son de «Step Into Your World». La tension d’orgue amène du souffle, tu sens le véritable élan du songwriting. Tiens, encore un cut parfait avec «Without You», une belle pop-song noyée dans son jus. Chaque cut induit sa propre puissance. Nick Wheeldon crée son monde cut après cut, un monde de compositeur. Il est dans le même trip que Robert Pollard. Seule compte la beauté du geste. Avec «On My Own», il dégomme encore la pop et son aplomb n’en finit plus d’impressionner, et puis t’as un solo de flûte mercuriale. Tu vas trouver un son de rêve dans «Deserve Each Other», un son fruité, épais, chargé d’écho et le Nick entre à la harangue en ville conquise. T’as là une compo qui regorge de développements avec des chœurs soignés, et un son en sous-main qui vaut tout le nec plus ultra de Geno, le Nick t’embarque ça au big time out. «Deserve Each Other» est une grosse compo évolutive noyée de son et d’écho. Il flirte avec le No Other. On regagne la sortie avec le très entêtant «Looking For Tears», un cut farci de sonorités psychédéliques. Nick Wheeldon cultive son art avec délectation, il en cultive toutes les directions, il va là où son vent le porte, c’est extrêmement inspiré. 

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Il récidivait l’année suivante avec un album génial, Mourning Waltz. Pourquoi génial ? Parce que «21.01». Eh oui, il y va au tell me how, alors ça push le push à l’heavy psychout, et le groove grouille de poux, et c’est un bel enfer sur la terre du jingle jangle. Le lead est un crack, il s’appelle Loik Maille. Parce que «Caroline», ersatz Beatlemaniaque sur lequel le crack Loik fait encore des étincelles. Parce que «Baby Blue», cette grande pop élancée qui bat encore tous les records, brillante et même glorieuse, avec in Loik in tow, ce mec ne plaisante pas, il claque du slinging de choc. Parce que «Realise», Wheeldon y va au calling your name, c’est encore une pop inconnue qui sort de la jungle, velue et efflanquée, une pop aux joues roses, allègre et alerte, illuminée de l’intérieur par le slinging du crack Loik, et quelle puissance d’I realise ! Et puis t’as ce «Walking Slowly» en ouverture de balda qui sonne très Television Personalities, gentle et raffiné, et puis ce «White Light» encore plus gentle et raffiné, qui renvoie directement chez Syd Barrett.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             Autre épisode passionnant : Os Noctambulos. Tu peux rapatrier deux albums assez facilement, un 25 cm paru en 2017, The Devils, et un album paru deux ans plus tard, Silence Kills. Le 25 cm est assez largué, au bon sens du terme. Largué et spacieux, avec un petit Valentin Buchens qui s’amuse bien. Comme toujours chez Nick Wheeldon, c’est très inspiré, il reste très incisif, très porté sur la chose, c’est-à-dire sur l’ampleur, il a des orchestrations chatoyantes qui raflent bien la mise («Tangerine Boy»). On se régale du fabuleux fouillis de guitares en B, dans «Cucaracha», un cut qui regorge de richesses. Et avec «Nowhere», on assiste à un fantastique passage en force. C’est un mini-album de très grande masse volumique.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             On retrouve Valentin Buchens sur Silence Kills. Très vite, tu croises un «Living A Lie» doucement psyché, très Barrett dans l’esprit. T’as même parfois l’impression qu’ils jouent avec des pincettes : le meilleur exemple est ce cut nommé «You Walked Away», délicieusement psychédélique, mais ils te jouent ça en finesse, sans en rajouter. Tout est gentle et sacrément friendly. Par contre, ils s’énervent un peu sur «A Man Needs A Home», ils flirtent avec le vif argent de Moby Grape. Ils repartent toujours à l’attaque. C’est un album courageux. Nick Wheeldon a une belle équipe derrière lui. Pas d’hits, mais du son à gogo et surtout une musicalité exemplaire qui puise dans la meilleure veine pop-psyché anglaise des années phosphorescentes.

    jon spencer,neal francis,ramones,junior parker,nick wheeldon,agnostic front,1914,cristina vane

             On ne perd pas son temps à rapatrier l’Hopeless Friends des Creep Outs, un album que Nick Wheeldon a enregistré en 2008 avec Andrew Anderson. Ils proposent une heavy pop bien raclée du sacrement. Ils cultivent la clameur. Ils te cueillent au menton dès «Beautiful Eyes». T’as aussitôt le fantastique swagger de la fast pop anglaise et tu t’effares de leur incroyable allure, ils grattent comme des démons. Prépare tes adjectifs, car ça monte ! Nouvelle dégelée avec «What I’m Missing», bien glammy dans l’esprit, mais pulsé, yeahhh ! C’est de l’early Roxy explosé aux black bombers. On reste dans la fière allure avec «Treat Her Gently», ils attaquent ça de front, t’as là un archétype d’ampleur considérable, bien doublé au beurre. Ils restent dans la densité maximale avec «You Don’t Have To Lie» et un killer solo troue le cul du cut. Si tu veux voir le fantôme de Syd Barrett, tu vas le trouver dans l’heavy mélasse psychédélique de «Stay A While». Quel fabuleux cloaque ! Ces deux mecs disposent de toutes les ressources naturelles. Un petit shoot de proto-punk te ferait plaisir ? Alors voilà un «Treat Me Wong» criant de véracité. On passe à l’heavy déhanchement de rock anglais avec «Yours To Keep». Les Creep te creepent le chignon. Léger parfum de Small Faces. «They Don’t Love You» pourrait bien figurer sur l’un des grands albums de Wild Billy Childish. Ça groove aux accords de clairette. Retour au full blown avec un «Guess It’s All Over» bien foutraque et bien jeté dans la balance. Tu sors complètement rincé de cet album.

             Tu repars à la chasse, mais pas mal d’albums de Nick Wheeldon sont sortis de l’écran radar. En attendant Godot, tu vas devoir te ronger l’os du genou.

    Signé : Cazengler, Nick Wheeldinde

    The Creep Outs. Hopeless Friends. Off The Hip 2008

    Os Noctambulos. The Devils. Stolen Body Records 2017

    Os Noctambulos. Silence Kills. Stolen Body Records 2019

    39th & The Nortons. The Dreamers. Stolen Body Records 2017

    39th & The Nortons. Mourning Waltz. Croque Macadam 2018

     

    *

    J’ai toujours aimé ce groupe. Je ne l’ai jamais écouté. Mais leur nom m’a toujours fait rêver. Parfois le rêve est préférable à la réalité. Il faut savoir remettre à demain ce qui risquerait de vous décevoir aujourd’hui. Oui mais là, ils frappent un grand coup. Que dis-je : deux. D’abord la couve, magnifique. Quand j’ai vu le titre, j’ai sursauté, ils abordent un thème dont personne ne parle. Pourquoi ce silence. Ce n’est pas la peur. Ce n’est pas parce que ce serait dangereux. Non simplement par pudeur. Désolé ce n’est pas une question d’entre cuisse.

    ECHOES IN ETERNITY

    AGNOSTIC FRONT

    (Reigning Phoenix Music / Octobre 2025)

             En règle générale je désapprouve ceux qui se cachent derrière les mots commodes. Ils ne vous diront jamais : il y a un Dieu. Ou alors : je suis athée. Non ils se drapent derrière le cache-sexe de la savante ignorance. Ils ne savent pas. Ils ne prennent pas parti. Pour sûr ils ont réfléchi au problème, longuement, ils ont lu, ils en ont discuté avec leurs amis et la moitié de la population mondiale, ils pensent avoir trouvé l’arme imparable, le parapluie de la modestie : ce n’est pas ma petite personne pas très fûtée qui va trancher la question. Ne leur vient même pas l’idée qu’il pourrait y avoir d’autres réponses possibles.

             Pourraient peut-être se poser la question autrement : par exemple comme Aristote : pourquoi n’y-at-il pas rien ? Et ensuite essayer de définir cette chose qui n’est pas rien. Agnostic Front y répond à sa manière : ce qu’il y a : c’est une société injuste. Comme c’est un groupe hardcore : ils diront plutôt : une société de merde. Aussitôt ils ajoutent : il faut la détruire.

             Evidemment c’est politique. Et comme selon Clausewitz : ‘’ La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ‘’ en toute logique ils ont posé le vocable ‘’ front’’ à forte consonnance guerrière à la suite du mot Agnostic. Illico, on comprend où ils veulent en venir. Ne vous étonnez pas si par hasard vous apercevez, infâme stigmate, le sticker : Parental Advisory / Explicit Content, sur leurs pochettes.

             Ernie Parada a participé à de nombreux groupes dans lesquels il tient ou la guitare ou la batterie. Il est aussi graphiste. Si vous souffrez de dépression abstenez-vous de visiter son site. Toutes ses œuvres expriment un infime solitude, des êtres humains et des choses. Un regard sans complaisance, sans outrance. Parada offre à voir cet essentiel anecdotique qu’il ne nous donne pas en spectacle, son intention est de faire remonter à la surface de ses images l’extrême profondeur de leur horrible signifiance.

    z30183couveeternity.jpg

             Apparemment ce n’est pas la liberté guidant le peuple. Un gamin, oriflamme noire en main, qui marche d’un pas décidé. Jusque-là tout va bien, mais pourquoi a-t-il les yeux bandés. Le groupe voudrait-il nous dire que malgré nos certitudes les plus résolues  l’on avance  toujours en aveugle… Il existe un Official  Music Vidéo dont la première image utilise la même image colorisée en teinte jaunâtre, qui précède la vidéo que nous allons commenter. Nous écouterons d’abord le son, issu d’un vieux film américain de John Frangenheimer tourné en 1952 dont le titre français Un crime dans la tête est beaucoup plus explicite que l’original. Le scénario est complexe : un soldat américain prisonnier qui a subi un lavage de cerveau assez special, les services secrets communistes possèdent ainsi au cœur des USA un agent dormant qu’ils peuvent  manipuler à distance, par exemple pour tuer un futur candidat à la présidence de la République… les images sont beaucoup plus sommaires, vues plongeantes sur des milliers de croix de cimetières, de guerre et de civils, suivies d’entrecoupements de scènes de combats, de bombardements, d’explosions nucléaires, parfois vous apercevez les victimes innocentes, notre gamin, ou par exemple des familles en train de déjeuner, tous les yeux bandés, les fameuses victimes collatérales parfois plus nombreuses que les troupes engagées… Le message politique s’éclaircit :  l’Etat vous élève pour mieux se servir de vous. Quel que soit la couleur du drapeau qu’il vous refile entre les mains.

             Petit apparté totalement hots-sujet : le film est assez prémonitoire quant aux rôles des deux Lee Harvey Oswald, tous deux agents de la CIA, dont un se touve mêlé à l’assassinat de John Kenedy…

    z30182groupeagnostic.png

             Reste maintenant à interprêter le sens du titre : Echoes in eternity. Le groupe existe depuis plus de quarante ans. Il a été la figure centrale et fondatrice du mouvement hardcore new yorkais lors de leuRs apparitions au CBGB. Leur premier album est paru en 1984, depuis ils en ont produit une bonne quinzaine, ses fondateurs Roger Miret et  Vincent « Vinnie Stigma » Cappuccio, ne sont plus tout jeunes, l’heure de gloire du mouvement hardcore est passée, les  nouvelles générations se détournent en très grosse majorité de ces musiques revendicatrices, dans quelques années que restera-t-il de cette effulgence crépitante, personne n’en sait rien. Des civilisations entières ont disparu sans même que leurs noms nous soient parvenus… Que restera-t-il dans cent ans lorsque tous les témoins de cette aventure musicale aura été effacée des mémoires ? Agnostic Front se pose la question de la transmission ou de l’inanité à long terme de leur action… Nos actions résonneront au travers des siècles aimaient à répéter les officiers des légions romaines… En quoi les maigres échos qui nous en parviennent réflètent-ils la réalité de ce qui a eu lieu… Angoissantes réflexions, cet album d’Agnostic Front doit-il être interprété comme une bouteille sonore jetée à la mer des indifférences oublieuses.  Heidegger nous enseigne qu’il y a pire que l’oubli de l’être, c’est d’avoir oublié que l’on a oublié l’être.

    Vincent Cappuccio : guitare / Roger Miret : vocal / Mike Gallo : basse / Craig Silverman : guitare / Danny Lamagna : drums.

     Way of war : évidemment il n’y a pas l’extrait sonore du film de la vidéo sur l’album : le band ne perd pas de temps, vous saute à la gorge sans préavis, le pire c’est qu’ils disparaîtront aussi vite qu’ils sont apparus, faudra vous y habituer, chaque morceau est construit à la manière d’un braquage mental, une batterie fractale des guitares vibrionnantes, un vocal mordant et dévorant, un sacré ramdam, entre parenthèses incroyablement et inexplicablement mélodique, un véritable phénomène illogique, totalement inexplicable, pas le temps de s’appesantir, juste des mots d’ordre (ou de désordre) , ne vous laissez pas emporter par le maelström de la mort. Appel à la désobéissance. Civile et militaire. You say :  au cas vous n’auriez pas compris l’on vous secoue salement les puces, interdiction de rejeter vos manquements sur les autres. Le vocal en coup de poing. Pas de pitié. Vous renvoient le boomerang de votre incapacité, de votre lâcheté, en pleine gueule. Bien fait pour vous. Ne vous étonnez pas s’ils s’énervent à la fin. Matter of life and death : une

    z30184deathmater.jpg

    bonne branlée, une petite secouée mentale, ça ne fait pas de mal, le gars a compris, l’est maintenant un tigre en liberté dans les rues de la ville, il ne se défend plus, il n’avance plus en douce, il attaque, il n’est plus le vieil homme fatigué qui régnait en lui, l’est un adolescent empli de rage. Tears for everyone : urgence absolue, une batterie folle une guitare écartelée, un vocal tripal, la tempête est passée, il ne vous reste plus qu’à serrer les dents et à rependre le combat. Divided : comment font-ils pour être encore davantage violents et balancer encore plus violemment  chaque morceau, un couteau rouillé de solo, un vocal antifasciste fortement chaloupé, les fausses solutions contraignantes et la batterie qui emporte tout comme les vagues de la mer. Sunday matinee : une vidéo éclatée nous les montre sur scène devant des

    z30185matinee.jpg

    images du CBGB, de l’énergie et de la joie d’être ensemble, moment de recharge des batteries et de communion. Des instants à ne pas rater car la musique underground est un bienfait commun. Profitons-en pour expliquer à ceux qui ignorent tout du hardcore : comparé au hardcore le punk est un gros matou endormi sur le canapé de la maison, quant au hardcore il est un tigre mangeur d’hommes qui enfonce la porte de votre demeure. Can’t win : auto-lavage de cerveau immédiat, une batterie qui secoue sans ménagement la poussière de vos méninges calcifiées par le découragement et un brossage revigorant pour vous remettre en pleine forme, prêt à vous battre. Turn up the volume : poussez le potard de la révolte à 13, chœurs masculins qui appellent à l’union, au combat, des mots lancés comme des grenades dégoupillées, dégelée de cymbales, les guitares donnent l’assaut, galopades, appel à la Révolution. Le peuple ne sera guidé que par lui-même. Art of silence : moins de cinquante secondes pour mettre les choses au clair, les marxistes diraient que les sentiments petits-bourgeois interindividuels ne doivent pas amoindrir le temps que vous devez à la lutte. Shots  fired : un bon ennemi est un ennemi mort, la vengeance est un plat qui se mange froid. Ce n’est qu’un début. Le genre de morceau, d’une telle violence, que beaucoup désapprouveront. Ils auraient tort. Hell to pay : ce titre pour ceux qui n’auraient pas compris le précédent, vous avez eu droit à la violence extérieure, voici l’intérieure, celle qui vous brûle d’un feu indomptable, avertissement sans frais, à tous ceux qui voudraient se mettre en travers de mon chemin. Evolution of madness : grincements, la folie monte, partout autour de moi et en moi, vases communicants, crachats de haine contre un monde qui va mal. Skip the trial : ne s’en prendre qu’à soi. Mieux vaut mourir de sa propre main que de celle du juge. Il y a toujours une issue de secours qui s’offre à vous. Cette apologie du suicide heurtera les consciences chrétiennes… Obey : les deux voies de l’obéissance, celle de la société, celle de la désobéissance qui n’est que l’obéissance à la nécessité de la lutte. Ne pas confondre avec le péremptoire  Indignez-vous ! si à la mode par chez nous voici quelques années, s’agit de gueuler dans le but de d’aider et de pousser le monde à péricliter. Au plus vite. Eyes open wide : nécessité de garder les yeux grands ouverts, afin de ne pas se perdre dans ses propres noirceurs, voir la situation pour mieux s’y confronter, même si c’est dur, pour mieux la combattre sans jamais mollir.

             Un disque dont il est impossible d’arrêter pour passer à un autre. Tous les morceaux sont un tantinet construits sur le même schéma sonore, c’est cette particularité qui   donne à l’album  sa force, qui vous empoigne et vous oblige à marcher à coups de coups de pied au cul. Idéologiquement le sentier est étroit, entre la révolte et l’appel à la lutte armée, l’on pense au MC 5… évidemment les temps ont changé, ils ne sont plus à l’optimisme…

    Damie Chad.

     

    *

             Tiens un groupe qui a pris un nom latin, c’est sympa, la langue de Virgile ce n’est pas de la petite bière, ben non, c’est le titre de l’album, alors c’est qui ? non de Zeus, ils l’ont bien caché ! J’aurais pu commencer autrement, un groupe qui sort un album en novembre, doit y en avoir plusieurs centaines, ben non, ils se distinguent ils en sortent deux, c’est plus rare, ah ! j’ai repéré le nom du groupe, c’est un chiffre : 1914, avec un tel blaze ils profitent de la date commémorative du 11 novembre. Non ils ne surfent pas sur l’actualité, z’ont déjà dix ans d’âge, le groupe s’est formé en 2014, par contre des monomaniaques, des enragés, un groupe qui a trouvé sa thématique, la guerre de 14-18 ! Après tout à chacun son dada, leur premier album sorti en 2015 ne se nommait-il pas Eschatology of War autrement dit les fins dernières de la guerre. S’intéressent de près au sujet…  Dans tous les cas, avec les millions d’obus échangés durant ce conflit, n’est-ce pas une véritable aubaine pour un band métallifère, rien de plus bruyant qu’un bombardement, et rien de davantage full metal sur votre jacket !  Y avait juste un détail minuscule que je n’avais pas remarqué.

    VIRIBUS UNITIS

    1914

    (Napalm Records / 2025)

             Que voulez-vous, parfois le hasard fait mal les choses. Ou alors bien, cela dépend de la manière dont vous les appréhendez. Parfois l’Histoire vous rattrape ou alors ils ont senti venir l’entourloupe. De la prescience. Par chez nous, personne n’y croyait. L’on criait au bluff. Z’étaient mieux placés que nous. Vous comprendrez pourquoi lorsque je vous aurais dit qu’ils sont de Liuv. Vous ne connaissez pas : c’est en Ukraine. Je n’entends ni prendre parti pour les Ukrainiens ou les Russes. Je déplore simplement tous ces morts sur les champs de bataille. Les villes détruites, les civils assassinés… Tout cet argent, des milliards, pour enrichir les marchands de canon… Soyons égoïstes, la guerre l’on sait quand et où ça commence mais pas où et quand ça finit. Regardez l’Espagne en 36 et l’engrenage qui s’en est suivi…

    z30186viribus.jpg

             En tout cas, la couve est bluffante, très Death metal, au fond  la silhouette de la Mort, infatigable moissonneuse munie de sa faux tranchante, à ses côtés nous dirons l’ange exterminateur de l’apocalypse, au premier plan difficile de donner un nom à ces formes indistinctes, des cadavres, des combattants, des nids de mitrailleuses… mes pauvres yeux ne me permettent pas de voir mieux. Elle est signée par Vladimir ‘Smerdulak’ Chebakov, d’origine russe, l’a eu le déclic à l’âge de huit ans lorsque la pochette de Killers d’Iron Maiden lui est passée entre les mains. Depuis il dessine des pochettes pour des albums de metal. Son surnom signifie ‘’odeur’’, on la subodore mauvaise, en latin. Un art puissant et mortifère.

    K.K. LIR. Lemberg Nr.19 Fähnrich, Rostislaw Potoplacht : drums /

    k.u.k. Galizisches IR Nr.15, Gefreiter, Ditmar Kumarberg : vocal /

    K.K. LIR Czernowitz Nr.22 Oberleutnant, Witaly Wyhovsky : guitars /

    K.K. LIR Stanislau Nr.20 Zugsführer, Oleksa Fisiuk : guitars /

    k.u.k. Galizisch-Bukowina’sches IR Nr.24, Feldwebel, Armen Howhannisjan : bass /

    Les abréviations K. K. LIR : signifient : Régiment de réserve d’Infanterie Royal et Impérial / Les abréviations k.u.k. IR désignaient les Régiments d’Infanterie royale et impériale. Vous remarquez que chacun a choisi son régiment et son grade : enseigne, soldat, sous-lieutenant, caporal, sergent.

    z30187groupe.jpg

    Par souci d’identification, les membres du groupe se sont symboliquement enrôlés dans une des compagnies d’un régiment de leur choix. En hommage à tous les morts de la première guerre mondiale et vraisemblablement pour mieux ‘’ coller’’ au récit mis en scène par l’album.

             En France nous connaissons avant tout la guerre de 14-18 par l’affrontement qui se déroula sur notre sol entre les troupes françaises et les troupes allemandes. C’est oublier le rôle important de l’Empire austro-hongrois dans le conflit. Si les allemands se chargeront du front Ouest, ils laissent dans un premier temps les Austro-Hongrois libres de mettre à genoux la Serbie, de l’Italie et de la Russie. L’empire Austro-Hongrois va peu à peu s’épuiser, qui trop embrasse mal étreint, le Reich Allemand se chargera plus tard du front russe, politiquement et militairement le Reich prendra l’ascendant sue les Habsbourgs. L’empire Austro-Hongrois, sera le grand perdant de la première guerre mondiale. Reste le problème de l’Ukraine – n’oublions pas que nos musiciens sont Ukrainiens -  longtemps dominée par la Pologne, puis par l’Autriche et la Russie qui toutes deux exercent une forte influence sur les régions qu’elles contrôlent. A la fin de la guerre, profitant de la défaite de l’Autriche la Pologne essaie de récupérer l’Ukraine… Ce rapide résumé d’un imbroglio géopolitique extrêmement complexe peut permettre de comprendre la trame historiale du récit de cet album. 

    Pour ceux qui répugneraient à  se plonger dans des livres d’histoire, je conseille deux romans, le premier, sans aucune prétention historique, Taïa d’Albert T’Serstevens se déroule au tout début du conflit lors de l’assassinat de l’Archiduc d’Autriche Franz-Ferdinand en juin 1914, le deuxième Le Don Paisible de Mikhaïl Cholokhov nous emmène chevaucher avec les Cosaques Ukrainiens durant la Révolution Russe… Deux bouquins haletants, d’aventures et politiques, qui aident à réfléchir.

    Dernière remarque, non dénuée d’ironie, le titre Viribus Unitis peut se traduire : par  les Hommes Unis. Viribus Unitis  était la devise de de François Joseph 1er (1830-1916).

    War In ( The begining of the fall) : : vous attendez un déferlement métallique, mauvaise pioche, un vieux disque qui grésille, un peu vieillot, démodé, bien loin d’une fanfare fanfaronne, un chant teinté d’une certaine nostalgie, hymne national qui fut celui du Reich Allemand, et de l’Autriche…  1914 : The siege of Przemysl :

    z30189presmezyl.jpg

    Les Russes attaquent à Lemberg ville alors située en Autriche tout près de la frontière avec l’Ukraine, aujourd’hui Lemberg devenue Lvuv se situe en Ukraine. La forteresse de Przemyls fut prise par les Russes après cent jours de combat… Une Lyric  Video de Napalm Records offre photos et films… 1914 ne joue pas sur le tintamarre, la voix gronde comme le souffle d’un géant dont la respiration suffirait à évoquer la violence épique des combats, c’est elle qui orchestre le galop fou de la batterie et l’élan lyrique des cordes électriques. Quand survient la joyeuse musique d’un défilé militaire, l’on n’est pas surpris, ce n’est pas vraiment une cassure, juste un épisode parmi d’autres emporté par le courant de l’Histoire. 1915 (Easter Battle for the Zwinin Ridge) : il fallut plusieurs mois de combats acharnés aux troupes allemandes et austro-hongroise pour prendre la crête de Ziwni située à mille mètres d’altitude : victoire et optimisme, la rage l’emporte sur l’horreur de la guerre, batterie en rafales de mitrailleuses, assourdissances orchestrales, l’ouragan passe et se déchaîne, cris haineux d’invectives, parfois malgré la fureur le silence plane dans les bruitances, peut-être sont-ce les âmes des morts qui s’élèvent vers le ciel ou qui s’enfoncent dans le sol gelé, idée d’un engloutissement général, une fosse commune, celle des hommes vivants côte à côte, le morceau se termine sur les échos lointains d’une messe, le pain de Pâques n’est-il pas pétris de sang et de terre libérée !

    z30188subitrol.jpg

    1916 : The Süditirol offensive : L’Italie entre en guerre en 1915. Les armées austro-hohgroises contre-attaquent, les Italiens demandent l’aide des Russes dont l’intervention i monopolise une partie des forces austro-hongroises qui n’ont plus assez de vigueur pour avancer en Italie : Napalm Death offre une bande dessinée animée, dirigée par Tania Pryimych, qui relate les combats, terrible à dire mais cette vision d’acier de neige moirée de bleue, d’éclats orangée et de taches sanglante, rend la guerre sinon belle du moins esthétique… ce n’est certainement pas un hasard si la chaîne YT dédiée à cet album porte le nom de Poetry of War, terrible ambivalence marquée par la devise adjacente : ‘’Quand la mort devient absurde, la vie en devient encore plus absurde’’ : feu nourri nous sommes plongé au cœur de la bataille, mais la musique, parfois imitative prend le relais, la bande-son est d’une intelligence démoniaque, elle est en même temps répétitive tout en étant variée, par exemple cette espèce de duo chant / basse, tout en relatant les différents mouvements de la bataille, d’un côté nous sommes dans l’action, nous n’en savons pas plus loin que le bout de notre fusil, un peu à la manière de Fabrice à Waterloo, et de l’autre nous avons une vue générale du mouvement des troupes. Un chef d’œuvre sonique. La grande gagnante reste la grande faucheuse. 1917 : The Izonzo front : les Italiens bloqués par le fleuve Izonzo (= Soca) lancent une offensive, il faudra pas moins de neuf grandes batailles pour les arrêter. Les austro-hongrois devront demander l’aide des Allemands pour stopper l »avance Italienne. Les Italiens ont perdu une grande bataille mais pas la guerre. Résultats des courses : un million de morts, un million de blessés : en intro une martiale déclaration d’un dignitaire italien, ensuite hachis menu de la mêlée, la rage, juste la rage, plus rien ne compte, l’on se bat avec son arme puis avec son corps, combat singulier, face à un ennemi, face à son destin et à soi-même, pendant ce duel la guerre ne s’arrête pas, l’on tient le compte des morts, la bataille continue imperturbable, la batterie joue au canon, rupture, une simple guitare acoustique après le déferlement électrique, l’on entend une voix italienne, que dit-elle, est-ce vraiment important de le savoir, tout cela a-t-il seulement un sens. 1918 : part 1 : WIA  Wounded inaction) : les forces anglaises et françaises viennent à la rescousse des Italiens qui doivent reculer mais qui finissent par stopper l’armée austro-hongroise sur les hauteurs de Montello. Attention, le ton change, jusqu’à maintenant nous avons surtout suivi un soldat engagé en des combats qui le dépassent quelque peu, désormais nous rentrons en son histoire personnelle : musique militaire triomphante, chœurs d’hommes virils et dominateurs, il pleut de la musique, de plus en plus assourdissante, de plus en plus pesante, elle est sur votre dos, vous ne vous relèverez pas, d’abord pensez aux efforts surhumains nécessaires à ces centaines de milliers d’hommes, il est tombé, il est blessé, les obus tombent, vaincu lui-même mais les lignes s’effondrent, chœurs d’hommes, background processionnaires, tintements tels des instants suspendus sur la conscience du monde, hurlements collectifs, vocal enragé,  la réalité s’engourdit, elle ralentit, elle se tait. 1918 Part 2 : POW 5 Prisoner of War (Feat. Christopher Scott) : Christopher Scott est le chanteur du groupe metal américain Precious Death : destinée, épisode numéro deux, le groupe ne joue pas, il abat du son, il martèle, il ne chante plus, il prend la parole, le monologue intérieur d’un prisonnier sous le joug au travail forcé, sont des milliers comme lui, il n’est plus que le maillon d’une souffrance collective, une seule décision, intime, prendre la décision dans sa tête de tenir, de sortir vivant de cet enfer, espérer  survivre à la der des ders, si horrible qu’elle ne peut être que la dernière, le discours politique reprend vantant la victoire de l’armée italienne… 1918 Part 3: ADE (A duty to escape) (feat. Aaron  Stainthorpe) : Aaron Stainthorpe est le chanteur du groupe britannique My Dying Bride :

    z30190ade.jpg

    une vidéo animée de  Costin Chioreanu débute par une scène saisissante, celle du cadavre d’un soldat abandonnés sur le terrain qui peu à peu se fond dans la pierraille, il est désormais devenu une partie parcellaire du paysage… Ils sont trois à s’échapper du camp, trois ombres noires qui traversent des champs de neige et se confrontent à l’escalade  de la montagne, ils ne sont pas seuls, dans leurs tête les rejoignent leurs femmes et leurs enfants, l’évasion se métamorphose en voyage intérieur, en voyage au centre de soi-même, ils arpentent des abîmes de pensées,  l’image magnifiée et fantomatique de la Victoire de la patrie Austro-hongroise se métamorphose en celle de la sombre camarde à la faux assoiffée, trois camarades face à la Mort qui envoie une patrouille à leur rencontre, ils ne sont que deux, ils ont perdu un camarade et toutes leurs illusions. Dans sa tête il se dit qu’il ne sera plus jamais dupe. Bienvenue en Autriche. Meurtrière. Une musique noire, batterie saccadée, vocal au plus profond des entrailles, des chœurs surgissent, sont-ce des chants funèbres grégoriens ou la conscience des morts qui s’amalgame au pas des survivants, qui marchent avec eux, car ceux qui sont morts ne mourront plus jamais, étrangement la musique se fait lyrique, le danger ne provient-il pas davantage des vivants que des morts qui marchent avec nous, qui nous accompagnent en nous. Peut-être même sommes-nous davantage constitués de morts que de vivants. Magnifique oratorio. 1919 (The Home Where I Died) (feat. Jerome Reuter) : (Jérome Reuter est  le fondateur-chanteur-compositeur du groupe Rome, voir notre livraison 667 du 29 / 11 / 2024.) / En 1918 l’Ukraine retrouve son indépendance que lui dénient la Pologne et  l’URSS qui finira par l’annexer en 1922… : pointillés sonores, seraient-ce des bruits indus des rafales de mitrailleuses lointaines et assourdies qui se transforment en notes de piano avant de se muer en distorsions, avant de résonner en dos majeurs pianistiques, mais le son est voilé, comme vrillé, le héros désabusé est de retour, va-t-on le reconnaître, serait-il méconnaissable, on l’attendait, tout est bien qui finit bien, mais quelle nostalgie, quelle gravité dans le timbre de Jérôme Reuter, il a rencontré d’anciens frères de combat, les russes attaquent l’Ukraine, la guerre ne finira donc jamais, pensez à vos familles, il les rejoindra, l’Ukraine l’attend, n’est-ce pas son devoir de la défendre… War out : (the end ?) : le disque finit comme il a commencé par un chant patriotique, cette fois-ci en l’honneur de l’Ukraine. La guerre se terminera-t-elle un jour ? Un point d’interrogation instille l’idée d’un doute… Un siècle après, une certitude établie : la guerre entre l’Ukraine et la Russie a recommencé…

             Un disque d’actualité qui dit beaucoup plus qu’il ne raconte. L’ensemble est splendide.

             N’empêche qu’il pose une question essentielle : puisque l’homme est un être pour la mort  serait-il aussi, j’ai envie d’écrire par conséquence, un être pour la guerre ?

             Metal-rock ou rock actuel ?

    Damie Chad.

     

    *

             Tiens si j’allais regarder les nouveautés sur Western AF, présentent toujours des artistes, bluegrass, country, roots. La dernière fois ils m’ont bien eu. Suis tombé sur une  rockeuse, très bien d’ailleurs, mais moi je cherchais un autre style. Premier coup d’œil une fille avec une guitare, c’est parti. Même pas regardé l’engin qu’elle avait  entre ses pattes, c’est au premier son que j’ai compris que je m’étais fourvoyé.

    WISHING BONE BLUES

    CRISTINA VANE

    (Western AF / 2021)

    z30191cristinavane.jpg

    Elle sourit, gros plan sur son instrument, ce n’est pas une guitare, une poêle à frire, un résonateur, pas de doute, son petit doigt est armé d’un bottleneck, ô la chienne ! qu’est-ce qu’elle joue bien, du blues à la Skip James, à la Blind Willie Jefferson, cette manière d’espacer les notes alors que son appareil continue de ronronner, et puis cette voix, fluette, rien à voir avec les rocailles du vieux sud,  elle vous prend aux tripes, elle vous emporte en son monde, plus tard j’apprendrai qu’elle chante ce qu’elle a vécu, qu’elle a quitté Los Angeles, toute seule dans sa voiture, qu’elle a pris la route, à l’aventure durant sept mois, des nuits dans la tire, ou sous la tente, et d’autres sur des canapés, mais le matin elle repartait.

    z30192nowhere.jpg

    Elle vient de loin. De partout. Italie, France, Angleterre, sans compter des ascendances guatémaltèques. Elle a étudié à Princetown, a trouvé du boulot à Los Angeles dans une boutique de guitare folk… au bout de quatre ans elle a pris la route, s’est arrêtée à Nashville pour enregistrer un disque : Nowhere Sounds Lovely (2021), sera suivi de Make Myself Me Again (2022) et Hear My Call en février 2025.

    C’est vraisemblablement en cette occasion qu’elle est revenue chez Western AF.

    CRISTINA VANE

    LIVE PERFORMANCE / WESTERN AF

    z30193westernAF.jpg

    Difficile de faire plus minimaliste, peu de lumière, très opportunément le plancher est composé de lattes bleues, la scène est vaste, ils sont trois, si espacés qu’on ne les aperçoit que très rarement ensemble, Jeff Henderson le bassiste est légèrement décalé par rapport à Cristina, plus loin Roger Ross caresse sa batterie, pas une once d’esbrouffe, ils ne jouent pas fort mais juste, ce qu’il faut pour que vous prêtiez l’oreille et montiez le son, vous laissent libre, donnent l’impression de jouer ni pour eux, ni pour vous, sont là pour servir la musique. Ne se préoccupent que de l’essentiel. Ils ne racolent pas même si le rythme caracole. Little Black Cloud est une petite tornade à lui-tout seul. L’ergot au pouce de Cristina lance la danse très vite relayée par le vocal tout aussi rapide, les deux guys sont collés à la guitare, derrière mais impulsifs, jamais devant, c’est elle qui mène le jeu, le morceau est comme une orange bleue qu’ils n’entendent pas partager. Entraînant certes, mais d’une solitude absolue, paroles répétitives, nul besoin d’expliquer ceci ou cela, le vilain petit nuage est dans sa tête, disons que c’est une tentative d’approche de soi-même par soi-même. Travelin’ Blues prend la suite, plus relax mais pas tant que cela, si parfois la voix s’étire un peu elle rebondit par la suite, elle voulait lâccher une bouffée de tristesse sur le monde, elle est sur la route, pour échapper à la laideur de l’univers, ce n’est qu’en quittant le lieu par lequel elle passe qu’elle se sent mieux, oui la route est douce, elle serait mieux avec lui, elle a essayé, elle n’a pas réussi, se souviendra-t-elle seulement de lui lorsqu’elle mourra. Ce n’est pas qu’elle est cruelle, c’est qu’elle ne croit pas à la beauté des choses, la route ne conduit nulle part, l’oubli est partout, c’est son chemin à elle. Getting High in Hotel Rooms beaucoup plus proche du blues, disons qu’ici le blues de l’anatole ressemble un peu au Tombeau pour Anatole que Mallarmé avait tenté d’écrire à la mort de son petit garçon, rien de mieux qu’une

    Z30194af2.jpg

    chambre d’hôtel pour faire le point sur soi-même parce que sur les autres c’est une cause perdue, elle veut bien essayer, elle ne peut pas, elle voudrait bien, le reste des paroles sont glaçantes, une mouche qui se débat contre la vitre de ses pensées qu’elle a élevées entre elle et le monde, dans le seul but d’être seule… elle n’insiste pas sur les accords, elle ne fait pas pleurer sa guitare, mais je crois que je n’ai jamais entendu un blues d’une telle désolation. Blues de la tour d’ivoire bleue. Make Myself Me Again : elle s’est aperçue qu’elle a son résonateur dans les mains, alors elle vous montre comment elle sait s’en servir, aucune vantardise, chez elle c’est naturel, elle sait jouer alors souvent elle fait juste le minimum, comprenez le maximum où très peu parviennent à se hisser. Elle vous promet qu’elle va se reprendre, qu’elle a envie de faire des efforts, mais de temps en temps elle lâche en deux ou trois mots la réalité de son état, elle est fatiguée, non ce n’est pas une dépression juste sa philosophie de la vie, que le monde ne présente aucun intérêt, que les autres ne valent pas le coup, aucun mépris, elle ne vaut pas mieux, ce n’est pas qu’elle est pire, simplement un peu plus lucide que la moyenne, bref vous avez compris, elle est plus près du  blues que vous ne le serez jamais. Que jamais personne ne l’a été.

    z30195af3.jpg

    Damie Chad.