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  • CHRONIQUES DE POURPRE 726: KR'TNT ! 726 : WHO / COWBOYS FROM OUTERSPACE / SCREAMIN' JAY HAWKINS / M/X / DION LUNADON / HECATE'S BREATH / METALLIAN

     

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 726

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    05 / 03 / 2026

     

     

     WHO / COWBOYS FROM OUTERSPACE

    SCREAMIN' JAY HAWKINS

    M/X / DION LUNADON

    HECATE’S BREATH / METALLIAN

      

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 726

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http ://kr’tnt.hautetfort.com/

     

    The One-offs

     - Who Who oui oui

     

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             S’il est une pochette qui nous faisait loucher à l’époque, c’est bien celle de l’EP Decca des Who, «My Generation» : Moonie, son air ahuri et sa cocarde. Pete Townshend et son blazer Union Jack (que personne n’aurait eu le cran de porter en France). John Entwistle et cette liquette bleue (passée sur un col roulé noir). On ne comprenait pas bien l’utilité des blasons qu’il avait fait coudre sur sa liquette. Et Daltrey qu’on n’aimait déjà pas trop parce qu’on avait entendu dire qu’il cognait la gueule de Moonie. Daltrey-connard dans son petit futal à carreaux et qui faisait tellement pâle figure à côté d’un Moonie fabuleusement déhanché, à sa gauche. Cette pochette foutait le feu à la pampa de ton imaginaire. Souvenir de l’avoir examinée pendant une éternité, au moins aussi longtemps que celle de l’EP «Satisfaction» des Stones (on n’y voyait que le col roulé blanc de Brian Jones. Les autres s’habillaient comme des mecs de Pont-Audemer).

             Quatre titres sur l’EP des Who. Le plus drôle, c’est qu’on n’a jamais écouté les trois autres : focus définitif sur «My Generation» et sur le bégaiement de Daltrey - People try to put us d-d-d-down/ Just because we get around - Et cette promesse plus loin de mourir avant de devenir vieux - Hop’ I’ll die before I get old - Le seul qui a su tenir cette promesse, c’est bien sûr Moonie. Daltrey et Townshend sont toujours là, et comme tous les vieux schnoques, ils ne sont pas jojo. On a le même problème avec la reformation des Pistols. Et dire que t’en as qui vont voir ça en concert...

             Si t’écoute «My Generation» à tire-larigot, ce n’est pas spécialement pour la partie chant. Elle est sympa, mais ce qui fait la puissance du cut, c’est le break de basse que passe The Ox en plein milieu. C’est là que tu entres en religion. Ce break deviendra une obsession religieuse.

             Oh il faudra quelques années pour accéder au niveau spirituel de ce break de basse. Comme pour tout cheminement spirituel, il faut un point de départ. Ce sera une guitare sèche. Sèche parce que pas chère. Et un cahier d’accords pour apprendre les accords. Les  majeurs, les mineurs et les septièmes. Normalement ça suffit pour gratter les trucs que t’as besoin de gratter, comme «Like A Rolling Stone» ou «All Along The Watchtower», ou tous ces trucs des Stones dont on raffolait tous à l’époque, comme «Dead Flowers», «The Under-Assistant West-Coast Promotion Man», et un peu plus tard, le «Changes» de David Bowie, tellement sophistiqué. Puis t’es passé comme tout le monde à l’électrique avec une imitation Les Paul en or, une japonaise qui s’appelait Maya et qui coûtait pas cher. T’avais l’ampli qui coûtait pas cher et la grosse pédale fuzz qui coûtait pas cher. Et boum, tous les soirs en rentrant du boulot, tu grattais «No Fun» et les voisins venaient taper à la porte, alors tu montais le son sur l’ampli. No fun for you and me !

             On allait voir répéter des vagues connaissances, des mecs qui essayaient de faire du Led Zep et du blues électrique. Un jour, leur bassman s’est barré et Jean-Claude, le guitariste, me demande :

             — Tu sais jouer de la basse ?

             — Bah oui. 

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             Il a vite vu que bah non, mais il m’a montré les lignes de basse, et t’apprends assez vite. On a joué ensemble quelques années. Trouvé à l’époque un cahier des tablatures de Jack Casady. C’est une façon d’avancer sur le chemin spirituel. Et un beau jour, tu sors l’EP des Who de la caisse des 45 tours et tu décides d’apprendre à jouer le fameux break de basse qui t’obsède depuis dix ans.

             — Bon d’où c’est qu’y part le pépère ? Ah c’est en Sol et y redescend en Fa.

             Bim bim bim bim bam bam bam ! Ça martèle bien. Ça bouge pas. Couplet, tout le bordel de Daltrey et voilà le moment fatidique. Premier plan.

             — Où c’est qu’y va chercher sa note, l’enfoiré ? Bim ? Bom ? Non, c’est là. Bim bim ! Vaut mieux le prendre en bas du manche. Bim bim bim bim bam bam bam en Sol/Fa sur la corde Ré, oh tu descends sur la corde Sol chercher un Ré, ah putain, c’est enfantin, mais faut le faire groover...

             Tu remontes le plan et tu retombes sur le balancement Sol/Fa. Puis t’attaques le deuxième plan, il monte sur les grosses cordes au-dessus et tu trouves l’astuce, fuck, comme c’est bien foutu, tu le chantes pour le jouer, mais tu sais que tu vas y passer des heures pour que ça coule de source. Tu repars sur le balancement Sol/Fa pour chercher le troisième plan, dans les gras, avec une variante. C’est compliqué à jouer au médiator, The Ox claquait tout aux quatre doigts. Et sur le quatrième plan, t’es baisé, parce qu’il tagadate ses notes à quatre doigts et toi t’as l’air d’un con avec ton médiator, alors tu demandes à Dieu de te pardonner d’esquinter ce substrat de la quintessence divine, et il te pardonne. Bim bim bim bim bam bam bam !

    Signé : Cazengler, Whogarou

    The Who. My Generation/La La La Lies/ The Ox/Much Too Much. Decca 1966

     

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    L’avenir du rock

     - Un Outerspace qui porte bien son nom

    (Part Three)

     

             C’est pour des besoins bassement matériels que l’avenir du rock retourne régulièrement dans le Colorado. Il a besoin d’alimenter sa rubrique, aussi va-t-il chercher l’inspiration auprès de son vieil ami Jeremiah Johnson. C’est l’hiver. Tout est blanc et silencieux. Il franchit un col et aperçoit au loin un filet de fumée. «Ah ça ne peut être que lui !», lance l’avenir du rock d’un ton jovial, et il éperonne sa mule. Il sait que Jeremiah Johnson adore pique-niquer au milieu de nulle part. Il arrive à l’orée d’un petit bois. Jeremiah Johnson est là, avec des dizaines de flèches plantées dans le dos et son sourire de superstar. Mais il n’est pas seul. Quelle curieuse compagnie !

             — T’arrive au bon moment, avenir du rock ! C’est l’apéro !

             Il sort un litre de pastis gelé de la sacoche de son cheval et casse la bouteille d’un coup de crosse. Il casse ensuite un glaçon de pastis et le tend à l’avenir du rock :

             — Tiens, suce !  

             — Qui sont ces gens, Jeremiah ?

             L’avenir du rock désigne du doigt les étranges créatures installées autour du feu et auxquelles Jeremiah distribue des glaçons de pastis.

             — Ce sont les Crows From Outerspace...

             L’avenir du rock comprend mieux. Les créatures sont conformes à l’idée qu’on se fait des extraterrestres : ils sont verts, avec des pustules gélatineuses et des tentacules, ils poussent des borborygmes et semblent bien s’amuser. Les glaçons de pastis ont même l’air de faire leur petit effet. L’un deux lève son tentacule pour réclamer une rincette. Alors Jeremiah sort une autre bouteille gelée de sa sacoche.

             — Dis voir, Jeremiah, pourquoi tu les appelles les Crows From Outerspace ?

             — Parce qu’il sont aussi cons que les Crows ! Quand ils seront rôtis, ils vont fabriquer un arc pour me tirer des flèches dans le dos. Ça les fait marrer.

             — C’est pas pour dire, Jeremiah, mais au fond je préfère nettement les Cowboys From Outerspace.

     

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             Et nous aussi, Jeremiah, on préfère nettement les Cowboys From Outerspace. On peut même dire qu’on en raffole. Et ce depuis plus de 20 ans, depuis Choke Full Of. Car chez les Cowboys, t’as une outrance que tu ne retrouves nulle par ailleurs, sauf chez Jeffrey Lee Pierce, chez les Drones de Gareth Liddiard, chez les Beasts de Tex Perkins ou les Chrome Cranks de Peter Aaron. Michel Basly tape exactement dans le même registre, dans l’outrance du trash-blues, dans la démesure du throw-it up, telle que définie en son temps par Jeffrey Lee Pierce avec «Death Party» et «She’s Like Heroin To Me», on pourrait même citer tous les cuts du premier Gun Club. C’est

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    inespéré d’entendre aujourd’hui encore l’écho de cette fournaise. Les Cowboys sont les derniers à porter la flamme sacrée de la Guerre du Feu, comme l’ont portée avant eux tous ces cracks du boum-hue que sont les Cheater Slicks, le ‘68 Comeback de Monsieur Jeffrey Evans, Jon Spencer et tous ces groupes faramineux qu’on trouve sur l’In The Red du mighty Larry Hardy. Et qu’on retrouvait aussi sur le Nova Express de l’hyper-mighty Lucas Trouble.

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             Si on était en Angleterre, on qualifierait le style des Cowboys d’«utter fucked-up trash-punk blues». Mais on est en France, alors on peut tout bêtement les qualifier de bulldozer, ils te bulldozent ta dose, ils t’endossent le bulbe, ils te dé-bullshittent la mise, ils t’artémisent le bol, ils t’embuent la misaine, ils t’arsouillent le bilboquet, t’en avais bien besoin. En vrais bulldozers, ils passent partout, ils ratiboisent et ils déboisent,

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      c’est Attila et ses Attilettes, t’as intérêt à garer ta mobylette, et puis tu comprends vite que c’est pas un rock de demi-portions, planque ta misère, fous tes Led Zep et tes fucking Pink Floyd à la poubelle, c’est le moment de prendre un nouveau départ, amigo. Les Cowboys ont tout en magasin, le very-Big Atmospherix du désespoir («Lost Men Blues»), la valse à trois temps, et puis au coin du bois, tu vois Michel Basly gratter

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    un thème rockab («Favorite Rock’n’Roll Band») qui remet bien toutes les pendules au carré. C’est comme s’il pouvait tout se permettre. Et puis il adore faire dérailler le TGV du garage-punk («Black Haired Cocktail») et battre tous les records de destruction massive avec «Dancin’ Machine». T’as beau connaître tous ces cuts, t’es bluffé par la démesure du chant, t’es affolé par la mise en place, par l’extrême pertinence de son lard fumant, par l’assise du son qui sort de ce vieil ampli Fender défoncé et éculé par tant d’abus. Quand il gratte ses poux, c’est pour foutre le feu à la pampa. Et puis t’as les cuts du nouvel album, Spaceship To Nowhere.

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             Celui qui va te coller au mur, c’est «The Love Song». Complètement fucked-up. Point névralgique du set, mais aussi de l’album. Basly hurle par-dessus les toits. C’est magnifique ! Il chauffe à blanc, au white light white heat, il chante à la hurlette de Hurlevent, la pire de toutes. T’as pas ça ailleurs en France, Pas la peine de chercher. T’avais ça uniquement chez Jeffrey Lee Pierce et les deux ou trois screamers pré-cités.

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    En piochant dans les notes au dos de la pochette, tu découvres que Lo’ Spider a produit l’album. Lo’ et le Kaiser sont les seuls capables de capturer l’énergie des Cowboys pour la sublimer. Sur l’album, t’as aussi du classic badaboum battu à la dure («Spaceship To Love»), et t’as toujours l’heavy heartbeat du big Bazile Gonzalez, fantastique dérouleur de basslines. Il joue tout au doigt. La voix de Michel Basly est prise dans le son, c’est un son plus caverneux, bien swamplandish. Ta raison va encore vaciller avec «I Won’t Fly». Basly torture longuement son solo seventies, ça goutte de pus et ça reste diablement atmosphérique. Puis il monte «Breathe» en mode Dust My Blues, pour une wild partie de boogie down. Ah ça déboule ! C’est le deuxième cut du set et on a vu de nos yeux vu les colonnes du temple danser le twist. En B, «Better Man» est hanté par l’un de ces solos qui n’en finissent plus d’agoniser au crépuscule. Et ils repassent aussi sec à l’hot as hell avec «Get Crazy». T’as là-dedans un killer solo flash qui crève l’œil du cyclope. Encore un point chaud du set ! «As Cool As I Am» sonne un brin rockab, c’est très sophistiqué, ça file à fière allure et t’es frappé par cette façon que les Cowboys ont de renaître en plein élan ! Ils regagnent tous les trois la sortie avec une cover de «Goodbye Johnny», nettement plus lourde que celle tapée sur scène. Encore un cut qui agonise dans tes bras. C’est hanté, complètement hanté. Fantastique hommage. Michel Basly et Kid Congo sont les derniers à savoir rendre de tels hommages. 

    Signé : Cazengler, cobaye from outerspace

    Cowboys From Outerspace. Le Fury Défendu. Rouen (76). 18 février 2026

    Cowboys From Outerspace. Spaceship To Nowhere. Lollipop Records 2025

     

     

    Wizards & True Stars

    - Maman Jay peur !

    (Part Two) 

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             En 1980, Keef demande à Jay d’ouvrir pour les Stones au Madison Square Garden. Puis Ginny sa barre après vingt de vie commune - She just got fed up - Jay va se remarier quatre fois. Dans un docu, Jay dit : «My second mariage was to a Filipino from the Philippines, That didn’t work. The third mariage was a black girl from Guadalupe. The next time I married, it was a Japasese girl from Tokyo. The next time I married, it was a French girl.»

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             Jay enregistre Real Life à Paris en 1983 avec Larry Martin (guitare), Zox (basse) et un accordéoniste qu’on entend surtout sur «Deep In Love». Puis il chante en Français sur «Get Down In France». Il raconte n’importe quoi - Get down mademoiselle ! Madame ! Do it ! - C’est monté sur un beat têtu comme un âne, Jay fait tout à l’interjection - Do it ! Get down ! Move Around ! - Il ressuscite en B son vieux «Feast Of The Mau Mau», il y fait Jay the baboon, et il passe en force son «Poor Folks» sur une valse à trois temps. Il termine par une nouvelle version de «Constipation Blues» encore plus ‘lumineuse’ que celle de What That Is - I got a pain down inside/ Everytime I try/ I can’t get satisfied - Alors il va jusqu’à la victoire finale, let it go ! Prout ! Il est hilarant. Il est le seul au monde à savoir pousser derrière un micro, uuuhharhhhh, tout en couinant des p’tis cris d’orfraie, et tu te marres à chaque fois que tu l’entends lâcher les gaz. Prout prout ! 

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             Puis Jay rencontre Rudi Protrudi des Fuzztones, qui le branche sur Midnight Records, le label de JD Martignon, un Français installé à New York. Martignon sort un Live de Screamin’ Jay Hawkins & The Fuzztones. Jay le harcelle pour lui soutirer du blé, mais Martignon n’a pas un rond. Le Live avec Fuzztones est un mini-album 4 titres, et dès «Alligator Wine», Jay screame son scream out ! Il surpasse tout ce qui a été fait en matière de scream. Il screame encore le because you’re miiiiine d’«I Put A Spell On You», et en B, il attaque un nouveau cut, «It’s That Time Again», après avoir présenté Henry et les Fuzztones. C’est un gros boogie avec du solo de fuzz sur la fin. Puis arrive le prout final avec «Constipation Blues», oumpfff, il pousse, prrrrrr, prrrrrr, il y va au let it go et il nous sert sur un plateau d’argent le summum de la pétomanie screameuse extrême.

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             Bergsman évoque aussi une bagarre entre Jay et Esquerita, à propos d’une vieille histoire de dette. Jay sort un cran et Esquerita brandit une bouteille cassée. Le sang gicle. Jay en a marre des conneries d’Esquerita, alors il lui décoche un crochet du gauche «to the side of his head, knocked him out cold. End of fight.» Rudi raconte aussi que Jay et Esquerita ont passé du temps ensemble au ballon - According to Jay, he had to beat the shit out of Esquerita because he was a fucking queer. Chez Jay, tout est drôle, même les histoires de ballon.

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             Il existe un live enregistré au Méridien de la Porte Maillot : Live & Crazy. Jay avertit le public : «Tonight we’re part of the history. We’re doing a record ! Marci bûcouuuuu !» Et il annonce a song from a very good friend, Mr Lloyd Price : «Lawdy Miss Claudy». Et comme dans tous les albums live, t’a le solo de gratte et le solo de sax. Il pousse ses cris habituels dans «The Whammy», dans «Hong Kong», et dans «Alligator Wine» - Don’t be afraid to be an animal/ Because that’s what love is all about - Il fout le paquet sur son vieux «Put A Spell On You», et plus loin, sur l’imbattable «Constipation Blues», un vrai festival de prout-prout, ça rigole bien au Méridien, prrrrrrr splashhhh, I think it’s gonna be alright ! Puis il remercie les Parisiens, marci bôcouuuu ! Marci môsieuh !  T’es plié de rire.

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             En 1989, Jay tourne Mystery Train avec Jarmush. Il y joue le rôle du night clerck at the Arcade Hotel, et Cinqué Lee (petit frère de Spike Lee) joue le rôle du bellboy. Ils observent une prune que Jay finira par avaler. Grâce à Jarmush, la situation financière de Jay s’améliore et il achète une maison à Los Angeles. Mais il a des problèmes financiers et il largue tout pour aller s’installer en France, avec Colette, qu’il épouse. Il a 30 ans de plus qu’elle. Leur mariage dure trois ans, de 1992 à 1995. Jay est resté très attaché à la France. L’un de ses meilleurs amis n’est autre que Gainsbarre, auteur d’Evguénie Sokolov, l’histoire d’un peintre pétomane. Gainsbarre et Jay font une version de «Constipation Blues» pour un show télé.

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             Pourquoi faut-il écouter Black Music For White People ? Pour trois raisons essentielles. Un, une cover de l’«I Hear You Knockin’» de Smiley Lewis rendue célèbre par Dave Edmunds. Jay bouffe l’Edmunds tout cru. Crouch crouch ! Deux, la revisitation d’«Ol’ Man River», il y fait un vrai numéro de cirque. Et trois, «Strokin’», un heavy funk, et là le Jay devient fou. Il joue avec le funk comme on joue avec le feu. Jay est un prince clownesque, un imbattable - I’m strokin’ to the East/ I’m strokin’ to the West ! Have you ever made love before breakfast ? - Il mène le bal, il groove son scream to the East et to the West -Did you make love yesterday?/ Did you make love last week? - Il déraille pour le meilleur du pire, sa voix s’éraille à merveille - I won’t stop until she’s satisfied - Jay est l’un des cracks du siècle, ce Stockin’ couronne sa légende. Sur cet album, il fait aussi une version diskö d’«I Put A Spell On You». 

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             I Shake My Stick At You est un album attachant. Jay est bien accompagné, notamment sur «Because Of You», un fast jump. Avec l’extraverti de service, ça fait des étincelles. Jay allie l’énergie subliminale à la fantaisie du Grand Guignol. Avec «Don’t Fool With Me», il passe à l’heavy groove. Il est magnifiquement accompagné : poux et sax sont saignants, alors Jay screame de toute son âme. Il monte «Furburger» sur le tempo d’«High Heel Sneakers», et à la fin, il ramène son cirque de scream extrême. Il emmène encore «Cookie Time» au scream extrême. Il bat tous les records du scream. Les cuts sont longs et souvent sans valeur ajoutée, mais si on attend la fin, on entend Jay screamer comme un démon. Il termine avec un «Rock Australia Rock» monté sur un beat tribal, il le chauffe à blanc et bascule dans le primitif. C’est assez demented.

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             Sur Cow Fingers & Mosquito Pie, on retrouve 8 cuts d’At Home With Screamin’ Jay Hawkins et des chutes de session OKeh. Qu’importe, ça reste un bonheur que d’écouter le vieux clown : «Little Demon», classic Jay monté sur un beat rockab. En bon cannibale, il bouffe «You Made Me Love You (I Didn’t Want To Do)» tout cru. T’en peux plus de rigoler avec «Hong Kong», et on lui déroule le tapis rouge sur «I Love Paris», il ramène les Mau Mau à Paris. Il est le roi des iconoclastes. Il prend son «Alligator Wine» de haut, eh eh, et fait l’opéra de la Soul avec «Temptation».

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             Le stand-out track de Stone Crazy paru en 1993 est une cover de Wolf, «Who’s Been Talking». Un géant salue un autre géant. Très impressionnant, d’autant qu’un certain Michael Keneally joue des plans de gratte vertigineux. Jay revient à son vieux jump de type Leiber & Stoller avec «I Don’t Know». Il y singe le Riot In Cellar Block #9. Et quand on l’entend chanter «I Beleive To My Soul», on voit qu’il maîtrise bien le genre. Plentiful of Jay ! Il croque toute la black à pleines dents. Son terrain de prédilection reste bel et bien le comedy act. Dans «Last Saturday Night», il raconte qu’il rentre bourré chez lui et qu’il trouve une tête dans son lit. C’est la tête de sa femme. En B, il appelle le plombier («Call The Plumber») et passe au heavy romp d’High Heel Sneakers avec «I Wanna Know». Fantastique romper !

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             Enregistré en 1994, Somethin’ Funny Goin’ On ne sort pas du rang. Jay est bien accompagné, le guitariste s’appelle Buddy Blue et le morceau titre est un heavy boogie, donc pas de problème pour Jay qui le bouffe tout cru. Sur «Rock The House», il a des chœurs en call & response - Rock the hall ! Everybody ! -  et il fout le feu à son boogie dans «Give It A Break» à coups de bye bye love. Et il profite de «You Make Me Sick» pour pousser des hurlements d’hérétique travaillé au fer rouge par le Grand Inquisiteur espagnol, ammmhhhh, ooohhhhh, et il pète un coup pour briser le pathos des caves maudites.  

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             Au dos d’At Last, Jay porte des bagues à tous les doigts. Et dès «Listen», il sort le grand jeu, avec des cris de martien. Jim Dickinson produit cet album enregistré à Memphis, chez Sam Phillips. Roland Janes est l’ingé-son. David Hood et Roger Hawkins sont en studio. Jay pète et fait le con, il fait la basse-cour et prout-proute à gogo. Ah qu’est-ce qu’ils ont dû se marrer dans le studio d’Uncle Sam ! Jay tape dans le blues avec «Pot Luck». Pour cet heavy blues, il retrouve la stature de Jerry Lee. Il parle de lui, comme le fait Jerry Lee. Il parle aussi d’alligators et même de crocodiles. Il grogne comme Bobby Bland - I’ll put my spell on you/ I’ll turn you in a three legged kangaroo - et il devient fou, alors il grogne et il pète à tire-larigot. On a aussi un «Deceived» joué à la ballade expéditive. C’est un extraordinaire numéro de Roger Hawkins. Ça solote de partout, guitare puis sax, Jay est tellement content qu’il pousse des cris de bête. On a encore du balladif tapageur emmené à train d’enfer avec «Shut Your Mouth When You Sneeze». Il y a du Kurt Weil en Jay, c’est évident. Il se passe aussi des choses extraordinaires dans «You Want Love». Frank Ash part en solo dans les coups de sax de Jim Spake, et Jay hurle - baby I’m your man like the wind and the sand - Dickinson finit ça au piano. Avec «Make Me Happy», Jay fait le blues de gospel définitif. Il peut hurler dans le blues et faire son prêcheur fou - Don’t tell me no more lies - et il finit avec une version trash d’«I Shot The Sheriff». Wild as fuck ! Ça bat tous les records !

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             L’année suivante sort sur Last Call un fabuleux Live At The Olympia, un double CD bourré de Jay, un Jay qui n’en finit plus que remercier les Français, marci ! Marci bôcouuuuu ! On l’entend screamer comme une bête sur «Don’t Love You No More» et t’entends de très beaux solos à rallonges de Frank Ash. Marci ! Marci bôcouuuuu ! Ash allume encore le «Pretty Girl’s Everywhere» qui suit. Le mec au sax est aussi un vrai crack, il s’appelle Didier Marty et Jay n’en finit plus de réclamer du rab, one more ! Pas de surprise sur l’ensemble, Jay enfile tous ses vieux classiques comme des perles et les versions sont souvent à rallonges. Il fait de l’opéra sur «I’ll Be There» - When you’re blue/ Call me/ I’ll Be there - Et il attaque le disk 2 avec «Bite It», marci ! Marci bôcouuuuu ! Et pouf, voilà «Constipation Blues». Tu risques l’overdose de prout. C’est la première fois qu’on prout-proute à l’Olympia. Jay s’amuse bien avec «What’d I Say» et il part en délire booga booga avec «Alligator Wine». Il redevient le screamer extrême que l’on sait avec «I Put A Spell On You», marci ! Marci bôcouuuuu !, il shake le «Shout» des Isleys, marci ! Marci bôcouuuuu !, et adresse un gros clin d’œil à Fatsy avec «Please Don’t Leave Me», woh-oh-oh-oh et ça répond. Marci ! Marci bôcouuuuu !. Puis voilà la conclusion suprême, «Goodnight Sweetheart» : «My name is Screamin’ Jay Hawkins ! Thank you !

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             Les fans de Jay peuvent s’offrir The Singles 1954-1957, une compile parue en 2011 sur Rumble. On y retrouve des tas de choses connues comme «Baptize Me In Wine» ou «Please Try To Understand». Il reste très vieille école, allant du jump de big band au heavy balladif gluant. On voit qu’il crée un genre avec «(She Put The) Whammee (On Me)» : l’horror rock voodoo de train fantôme. Il propose en B un «Talk About Me» de thé dansant, très plaisant, un peu désuet, puis «Little Demon», un petit rock bien saxé et c’est avec «Frenzy» qu’il salue la compagnie.

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             S’il fallait emmener un Screamin’ Jay sur l’île déserte, ce serait bien sûr le Screamin’ Jay Rocks de Bear. Car là t’as tout, l’early Jay déjà dangereusement extraverti («Little Demon»), l’heavy shouter de jump, aussi puissant que Jerry Lee («In My Front Room», le pire raw de tous les temps, il finit en cannibale), l’écrabouilleur de wahhhhh («This Is All», raw à l’extrême), le screamer ultime («[She Put The] Wamee [On me]», il screame dans la glaire), le roi de l’heavy blues («I Is», oh yeah I is), le bouffeur de jump («You Ain’t Foolin’ Me», il croque les os du jump, crounch crounch), le virtuose du bllllllllbllllllll («Frenzy»), l’homme de la jungle («Alligator Wine»), le fou dangereux («The Whammy», il te screame ça jusqu’à l’oss de l’ass), le primitif explosif («All Night», il fait son cannibale, il renifle), et le roi du raw, le pire raw de l’histoire raw («Please Don’t Leave Me», il fait monter le who-oh-oh et les chœurs suivent, quel cirque !). Jay et Jerry Lee : le blanc et le noir. Là t’as tout.

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             La fin de l’histoire de Jay est nettement moins drôle. La fameuse Monique... L’Africaine...Jay habite à un étage et elle à un autre. En l’an 2000, Jay a 70 balais. Il a la trouille de Monique. Il appelle Colette pour lui dire qu’à chaque fois que Monique lui prépare la gamelle, il est malade comme un chien. Rudi : «I do know that one person in his band insinuated that Monique killed him.» Jay arrive à l’hosto avec un blocage intestinal et il casse sa pipe en bois aussi sec. T’as plus qu’à sortir ton mouchoir.

    Signé : Cazengler, Cognac Jay

    Screamin’ Jay Hawkins. Real Life. Zeta 1983

    Screamin’ Jay Hawkins & The Fuzztones. Live. Midnight Records 1985

    Screamin’ Jay Hawkins. Live & Crazy. Blue Phoenix 1989

    Screamin’ Jay Hawkins. Black Music For White People. Bizarre/Straight/Planet 1991

    Screamin’ Jay Hawkins. Cow Fingers & Mosquito Pie. Epic 1991

    Screamin’ Jay Hawkins. I Shake My Stick At You. Aim 1991

    Screamin’ Jay Hawkins. Stone Crazy. Bizarre/Straight/Planet 1993

    Screamin’ Jay Hawkins. Somethin’ Funny Goin’ On. Bizarre/Straight/Planet 1994

    Screamin’ Jay Hawkins. At Last. Last Call Records 1998

    Screamin’ Jay Hawkins. Live At The Olympia Paris 1998. Last Call Records 1999

    Screamin’ Jay Hawkins. Screamin’ Jay Rocks. Bear Family Records 2008

    Screamin’ Jay Hawkins. The Singles 1954-1957. Rumble Records 2011

    Steve Bergsman. I Put A Spell On You : The Bizarre Life Of Screamin’ Jay Hawkins. Feral House 2019

     

     

    L'avenir du rock

     - M/X file

     

             Afin d’explorer les frontières de la métaphysique contemporaine, Jacques Sans-Sel reçoit une fois encore l’avenir du rock. D’une voix théâtralement grave, il ouvre son Bal des Naze :

             — Avenir du rock, votre rupture avec la scolastique universitaire n’est-elle pas anachronique ?

             — Nique ta mère...

             — Pardon ?

             — J’t’ai dit : nique ta mère.

             Aguerri, Jacques Sans-Sel reprend aussitôt. Il se sent même galvanisé par l’écueil sur lequel vient de s’échouer son radio show.

             — Vos admirateurs ont noté votre ralliement au système cosmologique copernicien. Comment pourriez-vous justifier un tel ralliement ?

             — M’en branle

             — Pardon ?

             — Ralliement/M’en branle.

             Excité, Jacques Sans-Sel desserre son nœud de cravate. Ça faisait une éternité qu’il n’était pas tombé sur un os pareil. Voilà enfin un invité qui dit vraiment ce qu’il pense ! Wouah !

             — Pourquoi vous acharnez-vous à détruire le dogmatisme, avenir du rock ?

             — Wanna be your dog.

             — Pardon ?

             — Wanna be your dogmastisme !

             Jacques Sans-Sel entre en transe. Il sent qu’on a dépassé les frontières de la métaphysique contemporaine, il exulte, il transpire. D’une voix chevrotante, il pose une dernière question :

             — Quel message souhaitez-vous transmette au genre humain, avenir du troc ?

             — M/X !

     

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             Nouveau jackpot à la grande loterie du rock : M/X. T’en reviens pas de tomber sur un groupe inconnu aussi bon. Ce p’tit power trio vient tout de droit de Bristol,

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    deux p’tites gonzesses et un p’tit mec. La p’tite Mimi Edwards n’a pas l’air comme ça, mais elle bat un sacré beurre, dans la prestigieuse tradition des grands batteurs anglais, elle peut battre heavy et rouler jeunesse. La p’tite Liv Allen gratte une SG avec

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    un ferveur incontestable, au point que t’as du mal à la quitter des yeux. Pur rock’n’roll animal ! Et au milieu t’as le p’tit Max Pickering qui rue dans ses brancards avec une autorité disturbante. Il a tout : le look et la vraie voix. Il a tous les atours et les pourtours d’une rockstar. Vers la fin du set, il va même gratter un peu de basse.

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    Les trois M/X proposent une formule explosive enracinée dans la noise-punk anglaise, un webzine anglais les qualifie de DIY punk-rock trio, mais ça va beaucoup plus loin que ça, car ils ont des chansons, notamment cette bombe atomique nommée «Pavlov» qu’ils claquent en début de set. T’es hooké aussi sec. Dès Pavlov, tu piges tout. T’es ahuri par le niveau de ce trio qui tombe du ciel et tu vois la p’tite Liv trépigner comme une espèce d’AC/DC dans son coin, elle frétille et elle exulte, elle bouillonne et elle beugle, elle gratte et elle rue, elle te goinfre de good vibes, elle semble exploser de bonheur, tout ce qu’elle gratte est minimal et foutrement efficace. Tu vois rarement trois énergies se combiner aussi merveilleusement. Ils enfilent leurs cuts comme des perles, tu tends l’oreille car c’est très écrit. C’est très Fall dans l’esprit. Ils ont du

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    contenu dans le contenant. Sur «Momma», la p’tite Liv gratte des accords de énième diminuée qui te montent droit au cerveau. Ils font basculer leur Momma dans un abîme de noise anglaise. C’est à peu près le seul cut calme du set et aussi le plus fascinant. Toute cette effervescence impressionne. Le parallèle avec The Fall n’est pas exagéré. Ils y vont au nothing to lose, à la va-comme-je-te-pousse, au here-we-go permanent, ils ne connaissent ni le mot ‘répit’, ni le mot ‘calmos’, leur truc c’est de redonner vie au rock anglais. Pan a encore frappé.

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    Signé : Cazengler, classé X

    M/X. Le Trois Pièces. Rouen (76). 12 février 2026

    Concert Braincrushing

     

     

    L’avenir du rock

     - Nom de Dion !

             Boule et Bill déboulent au bar. L’avenir du rock les salue d’un hochement de tête. Pas question de se salir les mains. Boule rire son premier boulet :

             — Y boit quoâ, l’avenir du froc ?

             Bill répond :

             — On dirait bien qu’y boit une mousse, Boule...

             S’ensuit une minute de silence. Bill la brise :

             — Y paierait-y pas sa mousse, c’te gros égoïsse ?

             L’avenir du rock ne s’abaisse pas à répondre. Il les connaît par cœur. Ils vont s’épuiser la cervelle en cinq minutes. Agacé par le silence méprisant de l’avenir du rock, Boule reprend d’un ton menaçant :

             — L’est pas très charitable, l’avenir du troc !

             À quoi Bill ajoute :

             — L’est aussi chrétien qu’un ch’veu sur la têt’ à Mathieu !

             Et Boule de surenchérir :

             — Doit pas aller souvent à la messe, l’avenir d’mes deux !

             — Tu crois qu’y croit en queck’chose, c’te gros égoïsse ?

             — Chais pas, Bill, ça m’a pas l’air, faut lui d’mander...

             — Alors avenir du broc, tu crois-ty en queck’chose ?

             Excédé, Boule monte d’un ton :

             — Tu crois en qui, avenir de mes couilles, en nallah, en bouddah, en Zeusse ? Tu crois-ty au père Noël ?

             — Boule, j’te parie cent boules qu’y l’est assez con pour croire en Dieu !

             Pas question de rater une occasion pareille. L’avenir du rock éclate de rire :

             — Pas en Dieu, Bill, mais en Dion.

             Les deux autres sont sidérés. Tout ça pour en arriver là ! L’avenir du rock, ajoute, en levant un doigt expert :

             — Attention les gars, je parle de Dion Lunadon, et non de Dion DiMucci. C’est pas la même boutique !

     

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             On gardait un bon souvenir de Dion Lunadon. Il avait su ramener un peu d’In The Red dans la prog dramatiquement melbournisée du festival de Binic. On peut même dire que cette année-là (2024), avec ses anciens collègue d’A Place To Bury Strangers, ils avaient sauvé ce pauvre festival en perdition. In The Red c’est pas de la gnognotte, c’est une école de pensée, au même titre que Crypt, Norton, Estrus et Sympathy For The Record Industry, ces gens-là ont initié une véritable révolution permanente avec des racines qui plongent dans le garage-punk des sixties. Dion Lunadon a sorti deux albums sur In The Red, et ce n’est pas un hasard s’il ouvre pour la nouvelle coqueluche du label, Des Demonas. On ne peut pas imaginer meilleure prestance de la cohérence. Par les temps qui courent, un label comme In The Red est devenu essentiel à la survie des cervelles.

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             Dion Lunadon ramène avec lui le fantôme de Dominique Laboubée. Il ramène aussi cette chaîne phosphorescente dont on ne comprend pas l’intérêt. Mais bon, il aime bien faire le con avec sa chaîne. Il l’exhibe d’ailleurs que la pochette de Systems Edge. Comme le fantôme de Dominique, il porte du cuir noir. Il gratte une SG blanche éculée par des tas d’abus, et à sa droite se dresse un fabuleux bassman japonais. Celui-ci nous dira d’ailleurs après le set qu’il a failli être embauché par Guitar Wolf. Pas surprenant : allure de rockstar, joli son, énorme présence scénique, il a tout simplement volé le show.

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             Et quel show, amigo ! Ils sont nettement plus hot au club que sur la grande scène de Binic. C’est toujours une erreur que de programmer des groupes de garage-punk en plein jour sur cette grande scène : le son se barre et le groupe est tellement dispersé qu’il perd sa cohésion. C’est tout de même dingue que les organisateurs ne comprennent pas ça. Jouer en plein jour sur une grande scène, c’est un véritable handicap pour un groupe habitué aux petites salles. La différence est nette au Club, Dion Lunadon et ses trois collègues fulminent admirablement, they blow littéralement le roof, ils transforment ce pauvre Club en cocotte-minute, ça rue bien dans les rencards, ça pousse au cul, ça push les poches, ça pique des pointes, ça pleut des cordes, ça pousse-toi-d’là que-j’m’y-mette, ça perce des tunnels, ça percute le fouettard de plein fouet, ça tape dans l’œil du cyclone, au passage, tu reconnais cet «Howl» qui flirte tellement avec l’insanité et qui se trouve sur le premier album sans titre. Ce digne

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    fils de Bury n’en finit plus d’enfiler ses perles fumantes. Zéro contact avec le public - shy as a cloud drifting ? - il mise tout sur ses dynamiques dévastatrices et l’over-power de sa riffalama. Il tape une vieille stoogerie, l’«It’s The Truth», tirée de son premier In The Red, Beyond Everything. Il rocke à outrance les limbes de son ombilic. Il met tout le paquet, comme on dit quand on ne sait pas quoi dire. Il invente un genre nouveau : le wild blast lunadien ! Wild blast encore avec «Living & Dying With You». Tu t’en décroches la mâchoire. C’est bourrin, mais c’est aussi sans appel. Il faut entendre ‘bourrin’ au sens du percheron de Millet qui laboure le champ à l’aube. Comme Georges Rouquier dans Farrebique, Dion Lunadon te laboure en profondeur, il te retourne les terres pour que le printemps germe dans le Biquefarre qui te sert de

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    cervelle. Dion Lunadon est l’un des derniers grands blasters des temps modernes. On retrouve encore l’excellent «I Walk Away» bien excédé, il s’arrache bien les ovaires à coups d’Aw walk away ! Tout tient debout, même si t’entends parfois des cuts d’un intérêt limité, mais globalement, tu tires bien tes petits marrons du feu. Dion Lunadon alimente ton goût pour les vieilles mythologies, et de savoir qu’il existe encore ça et là des petits volcans actifs sur cette pauvre terre, ça remonte bien le moral des troupes.

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             Pour rester sur ces bonnes impressions, l’idéal est de rapatrier vite fait le mini-album Memory Burn paru en 2024. Comme d’usage, il enregistre tout seul son fast-punk d’hard Dion, aidé par un mec au beurre. Le Dion adore foncer tout droit, c’est sa raison d’être. Il est d’une certaine façon le dieu de la pugnacité têtue, comme le montre le «Good Times» d’ouverture de balda. Bon autant te prévenir : t’apprendras rien de plus que ce que tu sais déjà. C’est solide, mais sans surprise. C’est en B que se planque l’hit : «Hollywood Blues». C’est très «Death Party». Même beasty sound, même stubborn beat. Puis il s’énerve pour de bon avec «Zenith Forever». On se souviendra du Dion comme d’un p’tit mec bien énervé. C’est sa grandeur.

    Signé : Cazengler, Lunacon

    Dion Lunadon. Le 106. Rouen (76). 10 février 2026

    Dion Lunadon. Memory Burn. Beast Records 2024

     

    *

             En ce bas monde, seule une chose est sûre, il est inutile d’aller vers Hécate, c’est elle qui vient vers vous. Méfiez-vous des carrefours. Surtout si vous entendez un chien aboyer.

             Je peux en apporter la preuve : je recherchais de la musique grecque inspirée par l’antiquité, la première chose que j’aperçois sur la chaîne de  Stefanos Krasopoulis, c’est une belle photo. Darkly. Rien à voir avec ce qu’il poste d’habitude, des trucs d’obédience plutôt folklorique pour employer un mot stupide, mais là indubitablement la photographie d’une prêtresse invoquant, le titre de la vidéo est clair Hecate’s Breath.

              Mon cerveau m’avertit, attention Damie, tu connais. J’opine, je ferme la chaîne de Stephanos Krasopoulis, je farfouille dans mes archives, cinq minutes, l’intuition est bonne, je rouvre la chaîne de Stephanos, la photo de la prêtresse a disparu.

             Les rockers détestent que les filles leur échappent, serait-ce même une des plus terrifiantes déesses de la Grèce antique, évidemment mon flair me permet de la retrouver !

             Nous avons dans notre livraison 680 du 06 / 03 / 2025 chroniqué un  premier album d’Hecate’s Breath nommé Innocences assez déconcertant. Il avait été précédé en 2024 par Danse Macabre  dont nous reparlerons une autre fois. Nous allons nous intéresser à divers regroupements de morceaux effectués par le groupe lui-même durant l’année 2025.

    El., TS, Ax, Handful of Nails : All / Vile & El. : vocals  /Ame Severe : Add. guitars & Production / Melinoë : noise, subliminal entities

    ROOM FILLED WITH TARNISHED MIRRORS

    HECATE’S BREATH

    Il n’est pas évident de d’interpréter les créations d’Hecate’s Breath, nous n’avons que peu d’indices, parfois une image, parfois un poème, voire simplement une strophe.

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    Terrestrial commotions : La photographie dévolue à ce morceau est de Clarence Hudson White. Il est indéniable que le photographe né en 1871 et mort en 1925 s’inspire pour cet artefact de l’esthétique préraphaélite et symboliste. Un court poème de William Saphier lui sert d’exergue. Like crawling black monsters /The big clouds tap at my window, /Their shooting liquid fingers slide /Over the staring panes /And merge on the red wall.' En tant que directeur de revue, Saphier a permis à quelques-uns des plus importants poëtes anglais et américains de la première moitié du vingtième siècle d’acquérir une vaste audience. Surprenant cette violence musicale si on la compare à la pose hiératique de la photo, il est vrai que l’intensité sonore ne varie guère, toutefois il semble que quelque chose est en train de se déglinguer, le sentiment de menace oppressant comme ces coups batteriaux du destin inflexible se désagrège  en notes grêles… il est vrai que la prêtresse tient entre ses mains une boule de verre fragile, éclate-t-elle, se brise-t-elle comme un rêve, la rotondité de la terre est-elle vouée à la destruction, ne reste-t-il pas des traces de sang sur le mur du poème… Isolation : inhabituel, incroyable, une image en

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    couleur, de Jean Mazza (né en 1972), nous qui pensions que la palette d’Hecate’s breath ne s’autorisait que le blanc et le noir, et le blanc  n’est-il pas un simple noir négatif. Oui, mais le rouge n’est-il pas encore moins rassurant que le noir, n’est-ce pas lui qui colore la main des meurtriers. Un court poème d’Emily Dickinson : Hope is the thing with feathers / That perches in the soul, / And sings the tune without the words, /And never stops at all. Un oiseau de malheur, le coucou de l’âme, qui ne dit rien mais qui ne cesse pas de dire qu’il ne dit rien. Peut-être parce que dans leur tour d’ivoire les poëtes n’ont rien à dire. Souffles envoûtants et bruit de moteur, des coups pas très forts, dont la cadence se ralentit, serait-ce le rythme de l’assassin qui se fatigue à aiguiser son couteau, maintenant il nous semble entendre le bruissement de la mer, le moteur déferle et s’éloigne. Qui saigne là… la victime, le bourreau, ou le couteau. Le morceau est précédé d’une dédicace : funeste chanson pour une année sans lumière… Sheeted mirrors :

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    l’artwork : Anna-Vamey Cantodea, chanteuse, son Instagram est follement original. Le poème est de Sylvia Plath : "The size of a fly, /The doom mark Crawls / down the wall." Peut-être est-il temps de s’intéresser au titre de ce recueil qui repris pour illustrer ce recueil est agrémenté d’un ajout intéressant : Chambres remplies de miroirs ternis, / En train de tourner vers des horizons déchirés... Serait une allusion aux miroirs de Kozyrev… un bruit, une tornade se déplaçant dans l’espace à des milliards d’années-lumière car les dieux viennent de plus loin que la lumière, de plus près aussi, car peut-être tournoient-ils seulement dans notre tête. Aigrette romantique, drame de l’Homme confronté à sa propre création, un riff cosmique qu’il faut bien se résoudre à appeler une envolée des tréfonds, un cri qui laisse place aux sanglots d’un violon, et la profération survient, une onde de poésie submergeante, une tache noire posée sur la candeur de l’univers qui se résout à simuler un bruit de moteur, à imiter un violon tsigane faute de mieux. Serait-ce le souffle prodigieux d’Hécate…

             A méditer.

    THERE WILL BE NOTHING LEFT

             Un lit, une poupée, une chambre vide, fenêtres noires ouvertes sur la nuit… Le texte épigraphique de William Blake précise à merveille de quoi il s’agit : ‘’Ô Rose, tu es malade ! Le ver invisible Qui vole dans la nuit, Dans la tempête hurlante, A trouvé ton lit De joie cramoisie : Et son amour secret et ténébreux Détruit ta vie.’’ Ouverture et finitude coïncident.

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    Apathie for destruction : phonétiquement le titre fait penser à l’album Appetite for the destruction de Ted Nuggent comme quoi il existe toujours une zone d’ombre dans laquelle les contraires sont reliées par une invisible zone de coexistence. Une citation de William Blake nous indique de quel côté nous nous trouvons :  ‘’Et je l'ai arrosée de mes peurs, / Nuit et matin de mes larmes ; / Et je l'ai ensoleillée de sourires, / Et de douces ruses trompeuses’’. L’image est à l’image de l’absente de tous bouquets de Mallarmé, autrement dit d’une présence… Un bruit des pas lourds qui s’avancent mais qui s’effacent, un morceau stationnaire aussi immobile que ce 666 tracé sur une stèle, un simple compteur d’électricité, en bout de rue, quelques maisons, neige partout, une voix s’élève et puis se tait, l’on ne voit guère la différence, peut-être sommes-nous de l’autre côté de la fenêtre, qui ressemble tant à n’importe quelle fenêtre, dark ambient parcouru de courant d’effluves plus sombres, quatre notes qui résonnent plus fort afin de mieux disparaître. Mugissement de bateau qui quitte le port, qui s’éloigne du rivage. Qui saurait se battre devant l’inéluctable. Surtout pas le désir. There will be

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    nothing left : encore William Blake, l’homme de toutes les expériences et de toutes les innocences, ne seraient-ce pas les mêmes, seul le regard que nous leur portons… en tous les cas les deux vers érigent une coupure : ‘’ Et son amour secret et ténébreux : détruit ta vie.’’ autrement dit, deux contiguïtés, la photo n’en montre qu’une : guitare, rock’n’roll et solitude. Au bas de la photo, un trait de sang. Idéal pour que vous fassiez le test de rorschach… bruissements industriels de chagrin, des cymbales qui vous empêchent de penser, perdu que vous êtes dans les tubulures de vos synapses, tout droit dans un labyrinthe dans lequel vous tournez en rond, accroissement irrégulier de l’impossible retour en avant ou en arrière à tel point que ne subsiste plus qu’un grésillement, des voix s’élèvent chœurs angéliques, ou démoniaques, c’est encore à vous de choisir, d’ailleurs elles s’arrêtent pour que vous puissiez vous décider, la marche, le cheminement impossible reprend, même si vous comprenez que vos pas ne vous porteront jamais plus loin que votre chagrin, clameurs hurlantes, vous avez pénétré dans la chambre close de l’impossible, auquel nul n’est tenu,  n’est-ce pas ce qu’il pourrait vous arriver de mieux, apaisement, bruit de casserole, un vent mauvais stoppe la machine. Leçons de ténèbres : dans les ténèbres le lumignon de la poésie n’éclaire rien,

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    l’image est floue, nous nous croyions dans la métaphysique la plus abstruse, nous voici devant un pavillon de banlieue, le père, la mère, le bébé, un monde quotidien et souriant, plus inquiétant, cette silhouette au premier plan qui tient un fusil, que vise-t-il, la cible est hors du champ de la photographie. Quatre coups de cymbale pour annoncer le déploiement des ténèbres, et la musique survient, le générique de l’inénarrable avec hurlements à l’appui qui se répètent, des explications nous sont données à voix hautes, difficilement compréhensibles, mais qu’y a-t-il à comprendre lorsque l’on a déjà compris que les ténèbres retombent sur nous, nous enveloppent, nous englobent en elles, d’ailleurs quand nous avons franchi la barrière ne sommes-nous pas dans une zone de calme, quelques notes éparses comme quand vous cheminez dans le noir en tâtonnant sur les rochers qui parsèment le chemin, mais non ce n’est pas parce que nous avons quitté la zone de l’horreur que cette zone ne subsisterait pas hors de nous, et pourquoi pas en nous-même, comme de lointains échos auxquels nous finissons par nous habituer, à ne plus entendre, mais qui ne cessent pas… Comforting presence :

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     nous n’avons qu’une photo, surexposée, peut-être à un danger, un peu flou de même car il ne faut pas se fier obligatoirement aux apparences, bref une jeune femme endormie auprès de son chat, un vulgaire tigré, mais les yeux grand-ouverts, étincelants de limpidité, à quelle part de l’invisible est-il sensible en langue des oiseaux Hécate ne se traduit-il pas par : hey cat ! Résonnances metallique, serait-il possible que leur monotonie puissent nous induire au ronronnement d’un chat, amplifié et survolé, quelqu’un s’approche-t-il sur des pattes de velours, pas tout à fait des hurlements, des stridences, le chat entent-il ces sonorités d’outre-tombe à moins que la dormeuse ne soit déjà que la préfiguration d’une jeune morte, qui s’éloigne, que le félin ne quitte pas des yeux, pourquoi ses pupilles ne sont-elles pas dilatées par l’effroi, silence existe-t-il des endroits que les vivants ne puissent explorer qu’avec leurs yeux, un chœur angélique semblable à ces colliers de fleurs avec lesquels dans les îles paradisiaques l’’on vous accueille et que dans contrées occidentales l’on dépose sous forme de couronnes sur le marbre des tombeaux, le son devient si solennel que votre interprétation vous est fortement suggérée. Dancing queen : sachons que le groupe possède une œuvre en progress, peut-être

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     abandonnée ou remise à plus tard, qui s’intitule Danse Macabre… qui est la dancing queen, sur la photo,  elle paraît un peu délurée, affriolante, une jeune femme rieuse, l’on ne voit pas trop ce qu’elle est en train de bricoler dans / et avec ses mains, je lui trouve une certaine ressemblance avec Nancy Spungen la petite amie de Sid Vicious, mais je suis sûr que je suis le seul à émettre cet avis sur cette terre qu’il nous faudra bien quitter un jour. Ou une nuit. Z’en tout cas la phonerie ne donne pas l’illusion d’une joyeuse bacchanale, le bruit grossi mille fois de ces anciens téléphones de bakélite dont la roulette tournait à vide dans l’incapacité d’accrocher le moindre chiffre sur le cadran, entend-on un murmure, quelque serait-il au bout de la ligne pourquoi ces espèces de piaillements incessants qui vous foutent les chocottes, il est apparemment difficile de trouver une interlocutrice dans l’au-delà. Days : une photo, un polaroïd, l’on y voit une jeune femme, accompagnée

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     d’une fillette, peut-être deux sœurs, évidemment le cliché est flou et surexposé, au bas une date 20 août 1985, cela ne nous rajeunit pas, mais vieillit-on lorsque l’on est mort. Des sons qui s’éloignent puis se déploient, une voix chante elle parle de soleil et de jours heureux qui ont dégénéré comme si elle voulait les figer dans l’éternité. On dit qu’elle ne dure qu’un instant, ce doit être vrai, la chanson ne dépasse pas les deux minutes. Que voulez-vous l’éternité c’est court, surtout quand elle débute. Bard’s call : puisqu’il y

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    avait une prêtresse au début sur la photo, il faut bien qu’il y ait un barde, le voici sur la photo, elle n’est pas floue, l’on voit parfaitement la croix inversée fermement tracée sur son front, son regard n’inspire pas la sympathie, d’ailleurs est-ce simplement un barde, n’est-ce pas quelqu’un d’Autre… Des sonorités franches mais aussi fuyantes, lourdes mais des glissements comme des reptations, des tubulures entassées les unes sur les autres, il parle, il profère, lance-t-il des imprécations chacun de ces mots est un appel à le rejoindre, il se doit d’être compris comme une menace, il pénètre dans vos rêves, de ceux que vous recevez quand vous êtes vivants, de ceux que vous recevez quand vous êtes morts, il est le rêve d’un cauchemar et le cauchemar d’un rêve, nulle issue, nul endroit où fuir, ils détient la puissance, l’entendez-vous tinter, l’entendez-vous tenter votre âme si tenu qu’elle soit encore à vous, des bruits d’épée qui s’entrecroisent doucement car l’Adversaire est sûr de vaincre,  la musique s’étend, vous devez avouer qu’elle est belle, que vous ne mériteriez pas de l’entendre, quelque chose s’enfuit au loin dans l’espace… Cradle song : surprise elle est là, toute belle en pleine forme, toute de

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    blanc vêtu, un sourire trop joyeux pour être qualifié de blanc candide, déguisée en ours blanc, car si elle voulait se faire passer pour un ange, c’est méchamment raté. Ça commence doucement, mais pas tout à fait comme une berceuse, retour de ces pas lourds qui monopolisent l’attention, la bande-son essaie de les effacer mais ils persistent, mais vous avez ces instants de beauté foudroyantes et cette voix rauque qui délivre le message que vous attendiez depuis toujours, ce vous avez pris pour une pelure d’ours polaire n’est peut-être qu’une robe de mariée peu virginale. Il ne vous laissera rien.

    Vous êtes avertis.

    LIGHTLESS MASS

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    Celebrating a distant absence : titre éponyme de l’EP. Une femme à trois visages sur le dessin. Elles ne peuvent que représenter les phases de la lune hécatienne. La déesse, face sereine, tient en sa main un sablier pour nous signifier que la mort s’approche, de l’autre un bouquet qu’elle cueillit dans les champs d’asphodèles, à sa droite le visage de la demoiselle nous regarde avec suspicion, la troisième darde vers nous un regard compassionnel.  Le texte de Marion E White : L’on s’appelle, puis l’on se plaint de l’écho, se fait-il l’écho du dialogue intérieur de la déesse ou est-il dirigé vers ces masses d’individus qui se ressemblent tous dans leur propre obscurité mentale… Une première note en point d’interrogation qui se métamorphose en une belle suite musicale, l’atmosphère s’assombrit, tintements, sont-ce les crotales lointains des officiants dans le temple, cliquètement et tintinnabulation, la voix s’élève, claire et distincte, quelques instrument en grésillent de peur, l’on ne sait ce qu’elle a dit, lorsque les paroles sont trop claires comment notre obscurité   pourrait-elle le comprendre, l’on est dans une cérémonie, une procession qui tourne sans fin, peut-être autour de la statue de la déesse, le chant reprend comme un écho surmultiplié, elle est là, toute voilée de noir, souvent la lune est noire même si beaucoup l’ignorent, ses mains se meuvent, elles s’ouvrent font mine de caresser les chœurs qui accompagnent leur danse sacrée, mais se muent en griffes, en serres d’oiseau de proie, l’image s’efface, des voix éthérées s’élèvent. Psalm for the dead :

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    Claude Cahun (1894-1954) fut la nièce de Marcel Schwob, ne soyez donc pas étonnés si elle fut poëte, peintre, photographe, féministe, surréaliste, résistante, oscillant entre érotisme, amour fou et folie… Elle a longtemps habité près d’un cimetière, le texte qui accompagne la photo est d’Anne Sexton (1928-1974), poëtesse et dépressive, elle influença notamment la Beat Generation, « Et les morts ? Ils gisent pieds nus dans leurs barques de pierre. Ils ressemblent plus à la pierre que ne le serait la mer si elle s'arrêtait. Ils refusent d'être bénis, gorge, œil et phalange. » Est-il nécessaire d’expliciter davantage, toutes deux pourraient relever d’une confrérie de sœurs hécatiennes. Est-il besoin de faire tant de bruit pour réveiller les morts, dorment-ils seulement, ne sont-ils pas des vaisseaux de pierre qui naviguent sans sombrer, ni escale sur de lointaines mers intérieures. La voix s’élève comme une prière aux morts qui sont plus vivants que nous selon Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, est-ce pour se faire remarquer que la voix dégobille et la mort forgeronne en vain peut-être, car peut-être les morts sont-ils éparpillés dans la voix des vivants, dans les bruits des instruments, cette pensée ne nous conduit-elle pas vers la folie de penser que le monde est fait de la matière des morts. Sifflements, que voulez-vous il faut bien vivre.  Gall saliva psalmody : le dessin représente Cerbère le chien à trois

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    têtes, le vers de Virgile le décrit à merveille : "Monstrum horrendum, informe, ingens / cui lumen ademptum’’. Psalmodie pour les insectes qui pondent dans les tissus des morts, lorsque les œufs éclosent les larves se nourrissent des morts, sont-ce les morts incommodés qui rugissent en eux-mêmes, ou alors les paroles qu’échangent les larves, ou juste un avertissement de ce qu’ils deviendront quand ils ne seront plus. Musique inéluctable qui avance à la manière d’un précis de décomposition, un feu qui couve lentement mais sûrement. L’est sûr qu’il y a de quoi saliver et déglutir. Mouvement perpétuel. Les vivants ne se nourrissent-ils pas des morts, en habitant leurs maisons, en lisant leurs poëtes, en s’inspirant de leurs artistes. Vesperal  auspices : l’artwork n’est

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     pas sans évoquer l’esprit des photos de Clarence Hudson White, photos qu’il réalisait avec les membres de sa bourgeoise famille, ce qui toutefois laisse rêveur, sans être un sectateur d’Hécate il suffit d’être touché par le souffle d’Hécate pour être inspiré. Rappelons que les auspices sont des présages envoyés par les Dieux. Sur la photo, la prêtresse ou Hécate désigne ce qui va arriver en donnant l’ordre de se diriger dans la direction qu’elle indique. Vespéral signifie ‘’du soir’’. Se souvenir de l’expression ‘’ soir de la vie’’… Le premier pas à effectuer pour rejoindre ceux qui couchés sous la terre sont privés de lumière. Musique sombre. Marche funèbre. Générique de fin. Toutes les contradictions arrivent à leur terme et se dénouent, tristesse et grandeur, il est inutile de se révolter, comme des coups de fouets sur les épaules, les hurlements de ceux qui ont peur, ou ceux de la bête qui se lèche les babines, des sifflements, des applaudissements de ceux qui tiennent enfin leur meilleur rôle de figurants dans la dernière scène, grandiose et peu éphémère car la fin ne se terminera vraiment jamais. Les huis des portes se referment sur un dernier grincement.

             Ceci n’est qu’une rêverie interprétative. Le souffle d’Hécate m’a-t-il inspiré ?

    Damie Chad.

     

    *

             Il fut une époque, hélas lointaine, où j’achetais beaucoup de magazines Metal, j’ai arrêté, à la longue cela devenait fastidieux, toutes les revues se ressemblaient, de belles photos couleur, là-dessus aucun problème, mais tous les articles se répétaient, on vient d’enregistrer un disque, quelques anecdotes bla-bla-bla, on part en tournée bla-bla-bla, à force j’avais l’impression que tous les groupes jouaient à plus substituable que moi tu meurs, bref plus vous lisiez,  l’envie pressante de se procurer les disques diminuait… L’ensemble manquait d’âme, cela sentait trop le processus stéréotypé de commercialisation, la mise en place de la pieuvre invisible du marché (pour parler comme Karl Marx), comme il se doit tentaculaire… mais au kiosque ce matin deux chiffres ont réveillé d’étranges impressions, 35 et 150…

    METALLIAN

    (N° 150 / Déc 2025 - Jan 2026)

             Metallian, le nom porte à la rêverie, Metallian, ce n’est pas Metal, c’est davantage et c’est moins. Un truc qui ne coïncide pas exactement avec ce dont il se réclame. Une certaine façon de voir. Je n’ai même pas jeté un  coup d’œil à l’intérieur de la revue avant de m’en emparer. Le légendaire flair du rocker. Supérieur à celui de Sherlock Holmes !

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             A l’origine, en 1991 Metallian est une revue underground, le tirage  photocopié ne dépasse pas les cinq cents exemplaires, née au Canada, à Montreal, vendue pratiquement en de rares boutiques ultra-spécialisées, elle parvient à toucher les Etats-Unis… Plus tard elle essaiera de percer dans les pays anglophones et distribuera chez les disquaires une version rédigée en langue anglaise. Son créateur, Yves Campion, revenu en France le fanzine va faire petit à petit son trou et se forger un petit noyau d’inconditionnels. La photocopie laisse la place à l’imprimerie. Une étape importante sera réalisée lorsque la revue est diffusée en kiosque.

             La revue a évolué, le heavy metal est laissé de côté, les sommaires proposent des groupes marginaux, un peu extrémistes dans leur approches musicales… Une nouvelle génération metallique est en train de naître dont les magazines qui squattent les gondoles ne parlent jamais… Elle ne tardera pas à être imité mais Metallian a toujours un ou deux coups d’avance sur la concurrence, dans leur grande majorité les fans restent fidèles, détestant retrouver leurs groupes ‘’à eux’’ dans les publications davantage grand-public, qui suivent la mode mais ne la créent point.

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    Metallian innove, le label Adipocere – un excellent article sur le créateur de ce label est à lire dans le deuxième numéro de Rituel – encarte son catalogue dans la revue, les lecteurs savent désormais où trouver les disques que les disquaires n’ont pas dans leurs stocks...  Coup de génie, la revue offre un CD présentant des morceaux de formations peu connues, voire totalement inconnues… dans son ensemble la presse n’y croyait pas, toutes les revues proposeront bientôt leur digipack… Dernière nouveauté, la revue troque les CD pour les DVD… Elle abandonnera vite, réaliser des reportages sur des groupes exige trop de moyens, techniques et financiers.

             C’est que les temps ont changé, le net propose des enregistrements sonores et imagés à tire-larigot. Plus besoin d’acheter un disque, il suffit de le charger, rapidement et gratuitement. La revue qui écoulait jusqu’à trente-cinq mille exemplaires ne dépassent plus les dix mille. Heureusement qu’un noyau de fans de la première heure et un socle d’indéfectibles abonnés a permis à la revue de survivre et de continuer sur sa lancée, trente-cinq ans plus tard Yves Campion est encore aux commandes…

    Il est temps de quitter cette hâtive présentation à gros traits pour regarder ce que ce cent cinquantième numéro a dans le ventre.  Débarrassé de sa gangue de plastique, fini les doux temps des feuilletages instructifs, le numéro paraît plus grand, simple illusion d’optique, je le concède, par contre nous avons bien les 84 pages du cent cinquantième fascicule en main, mais aussi en supplément le Metallian Underground N° 27 de vingt-quatre pages. Cerise sur le cerisier que l’on imagine japonais, si vous êtes abonné vous recevez en plus le CD Sampler Metal Explosion 05.

    Passons sur l’édito qui encourage les lecteurs à ne pas oublier de se ravitailler sur les stands de merchandising… l’argent a de toujours été le nerf de la guerre, le courage aussi. Niklas Kvarforth, fondateur de Shining, groupe suédois qualifié de Black Metal Suicidaire - genre de renommée un peu plus classieuse qu’une Légion d’Honneur - fondé en 1996, qui vient de sortir un album, n’en manque pas dans Les Chroniques Sulfureuses.  Commence par dire du mal du soleil trop chaud du Hellfest, s’en prend aux journalistes qui posent des questions si stupides qu’il a pris l’habitude de leur répondre par des idioties, ce qui a eu pour conséquence de porter ombrage à Shining… Il termine cette première salve en clamant haut et fort son dégoût d’internet. Le dernier bon disque qu’il ait entendu date de 1996… Mais depuis quelque temps il a enfin trouvé un groupe à son goût : Peste Noire. Hélas boycotté. Il est vrai que certains pensent que Peste Noire devrait plutôt s’appeler Peste Brune… Pourquoi la musique ne serait-elle pas traversée des mêmes idéologies que celles qui quadrillent la société actuelle, l’inverse serait encore plus inquiétant… L’important est de ne pas être dupe des endroits, quels qu’ils soient, où l’on met les pieds.

             Le reste de la revue bénéficie d’une structure assez simple. Pas de chronique de disque à part la rubrique Listenning session un seul album, appelé à sortir dans un délai assez bref, une unique page en vis-à-vis de l’interview d’un de ses membres du groupe. La couve du disque ou du CD sur lequel porte l’entretien se retrouve en petit format en haut de de cette page. Attention certains groupes bénéficient de quatre pages ou simplement de trois. La lecture est facilitée par une typographie aérée très agréable à l’oeil. Beaucoup de blancs séparatifs. Il est de notoriété commune que les lecteurs d’aujourd’hui n’apprécient guère les longues colonnes resserrées…

             Surprise, douze pages sont consacrées au calendrier 2026. Le bas de la page occupée par une photo d’un musicien, d’une affiche, ou d’un groupe, sur la large partie supérieure vous pouvez noter les dates de vos prochains concerts. Il serait mal venu de marquer vos rendez-vous chez le dentiste. Après cet intermède, qui avouons-le fait un peu remplissage, le magazine reprend son rythme habituel… Commenceriez-vous par vous lasser ?

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             Vous avez raison. Mais Metallian doit connaître la capacité d’ingurgitation de ses lecteurs. Voici la rubrique Grands Reportages. Munissez-vous d’une petite laine, nous voici en Norvège. Vous osez Oslo, touché, coulé, à l’eau ! Non à Bergen, ville mythique du Black Metal. La légende est connue, des groupes borderlines, Old Funeral, Immortal, et surtout Mayhem et Burzum. La frontière commune de ces groupes est la mort, attrait et répulsion. Violence, sang, incendies, meurtre, suicide, folie, forment le cocktail détonnant de cette moderne saga nordique.

             L’interview de Jannicke Miesse-Hansen, est la plus instructive. Vous ne la connaissez peut-être pas mais vous la voyez souvent. Ce n’est pas son visage qui apparaît sur des centaines de pochette de Metal, c’est elle qui a mis au point le principe des lettrages illisibles pour signifier le nom des groupes. Pourquoi si difficiles à déchiffrer. Parce que le secret est une marque d’appel. Parce que toute connaissance demande effort. Immortal et Burzum furent ses deux premiers logos… Elle parle aussi de politique. De Varg Vikernes qui participa à Mayhem et fonda Burzum, qui brûla plusieurs églises, qui assassina Oysten Aarseth… elle avoue qu’elle a témoigné contre lui… elle ne regrette pas cette époque chaotique, les choses se sont calmées, ils ont vieilli…

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    La rubrique Road Blues Festival évoque le Tyrant Fest 2025 à Oignies et Lille. Davantage de photos que de textes. Les dernières pages sont consacrées aux chroniques, un peu expéditives, à mon humble avis, des nouveautés. Toutefois nécessaire pour ceux qui veulent suivre l’actualité. Qui n’est que l’autre face de l’immuabilité des choses.

             Manque dans cette chronique l’essentiel : la beauté de l’artefact. Photos, poses, publicités (exclusivement Metal) donnent une unité de ton, de lieu, d’espace et de continuum digne des tragédies classiques.

             D’ailleurs le Black  Metal, n’est-il pas une tragédie en lui-même…

    METALLIAN

    UNDERGROUND N° 27

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             Ne partez  pas, le rideau se lève pour le deuxième acte. Pardon pour le vingt-septième. Le Metal c’est un peu comme la représentation de la Tétralogie de Wagner à Bayreuth. Faut quatre jours pour la voir en entier.

             Ne vous affolez pas, vous n’êtes pas en pays inconnu. Cet Underground est bâti sur le même modèle que son grand-frère. L’aurait été dispersé dans la mouture du précédent que l’on ne s’en serait pas aperçu. Si le numéro 350 a mis Megadeth en première page, le groupe sort son dernier album et est censé clore définitivement son parcours. (Il est à noter que si parmi le genre humain Jésus Christ ait été le seul à avoir ressuscité après son trépas, les groupes de Metal qui reprennent le harnais après leur dissolution sont monnaie courante… Dans d’autres courants musicaux aussi, mais les Black Metalleux sont les seuls à se revendiquer du Devil, ce qui change la donne !).

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             Sur sa couve le 27, peut se vanter d’un poids-lourd que le Megadeth, Z’ont plus lourd et plus pire, comme l’on dit dans les cours de récréation.  Pas n’importe qui : Mayhem en la personne d’Attila  Csihar qui présent le nouvel album Liturgy od Death. Comme un écho avec ce que racontait Jannicke Miesse-Hansen puisque sur la fin du dialogue Attlla évoque son fils Arion… le temps passe…

    who,cowboys from outerspace,screamin' jay hawkins,mx,dion lunadion,hecate's breath

             Certes Epitome vient de Pologne, Sepulchral d’Espagne, Ennui de Georgie, Slagmaur de Norvège mais  Jours pâles, Mortuaire, Thalidomide, Demontool, et Mankind de France, autre cocorico dans la partie Demo et Indie sur dix envois, cinq proviennent de notre pays, nul besoin de réindustrialiser, nous sommes un grand un grand producteur de metal !

             Pour les acharnés, reste encore trois pages de cortes chroniques d’albums qui viennent de sortir.

             Bonne lecture.

             Une mine à ciel ouvert.

             Pardon, à underground à explorer.

    Damie Chad.

            

     

     

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 453 : KR'TNT ! 453: SCREAMIN' MONKEYS / ANDY LEWIS / THE TWANGY & TOM TRIO / WHO / TENDRESSE DECHIRANTE / CODICILLE

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 453

    A ROCKLIT PRODUCTION

    FB : KR'TNT KR'TNT

    27 / 02 / 2020

     

    SCREAMIN' MONKEYS / ANDY LEWIS

    THE TWANGY & TOM TRIO / WHO

    TENDRESSE DECHIRANTE / CODICILLE

     

    Too much Monkeys business

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    Seulement deux 45 tours ! Les Screamin’ Monkeys préfèrent la raréfaction à la prolifération. Pas de danger qu’on les accuse de Ty-Segaller.

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    Leur premier 45 tours date de 2016 et vaut qu’on y fourre son nez car un hit s’y niche : «Cosmic Farmer». Ils amènent ça au heavy groove envenimé et après un superbe solo à la déglinguette bourguignonne, on les voit s’enflammer, c’est fuzzé dans l’âme à coups d’awite awite. Avec «Walk Alone», ils se prennent pour des Américains et ça leur va bien, ils ont de la rémona à revendre, hey hey ! Ils savent ouhater leur pré carré et cultiver une certaine forme de démesure. Ils passent au vieux shoot de garage fever avec «Makes Me Fever». C’est là où les singes sautent sur les archéologues pour leur dévorer les yeux. Quelle boucherie ! Leur fever sent bon la fièvre aphteuse, ils savent articuler leur shit, c’est admirable et intéressant à la fois, une belle énergie sous-tend l’ensemble, d’autant que le mec est bon au chant, comme le montre «Ginger Twister», il traîne ça jusqu’au sommet à coups de what’s the matter, c’est du sérieux, ils groovent un sacré big bag of sound.

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    L’autre single refuse de décliner son identité. Les flics insistent. No title ! Bim bam ! «Band Of Freaks» ! Les coups commencent à pleuvoir. Garage d’orgue embarqué pour Cythère. Dynamique ventrue et chargée de fagots. Les Monkeys écument la contrée comme les colonnes infernales de Turreau, ils dévastent les Vendées du garage. «Poison Vivi» refuse aussi d’obtempérer. Rien à faire, même si c’est chanté au gras. Bim bam ! Alors il ne leur reste plus qu’une seule chose à faire : une B-side. Ça tombe bien, car voici leur hommage à Jack Scott avec «I Love You Until The Song Is Over», c’est du Way I Walk de bonne guerre et les Monkeys sont malins car ils savent générer des petites débinades psychotropiques. Le chanteur fait une parfaite impersonation de wild rockab, il frise le Robert Gordon, ce qui vaut pour un compliment. Beau final en mode hypno, rehaussé de roucoulades somptueuses.

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    Vous l’avez bien compris, c’est sur scène qu’ils donnent leur pleine mesure. Attention, les Chalonais sont six sur scène et ils réussissent l’exploit de s’encastrer tous les six dans un minuscule recoin avec une batterie, un orgue et trois amplis. Il faut savoir le faire. Ils semblent réactiver une vieille manière de jouer le rock, pas loin de l’anglaise, celle qui reposait sur une science aiguë du jumping beat et des maracas. Et lorsque l’harmo pointe le museau, il charrie des petits échos de pub-rock à l’anglaise. Oui, un son déjà entendu des milliards de fois mais quand c’est amené avec autant d’allant, ça cloue vite le bec aux commentaires. Ils mettent leur petite industrie en route et s’y tiennent avec une suite dans les idées qui les honore. On ne sait pas qui est Belinda, mais elle a un joli cul. Il faut voir comment les Monkeys lui shakent le booty. Fantastique présence ! C’est la dynamique des deux chanteurs qui donne aux Monkeys ce côté explosif. Franck et Fouine se partagent les cuts et chantent à deux sur d’autres, alors ça précipite le dégorgement des engorgements, ça émoustille les wild émanations, ça bisque les basques du best blast around, ça rue dans les brancards et ça maracasse la carcasse de la rascasse. Et quand on a dit ça, on n’a rien dit.

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    On les voit vite partir en mode Fuzztones avec une voodooterie nommée «Voodoo Doll» avant de sombrer dans les affres d’un «Primitive» joué au trombone à coulisse, ce qui est un pari osé, mais qui ne tente rien n’a rien, n’est-il pas vrai ? Leur dominante reste bien le garage d’orgue à la Fuzztones, il adorent se couler dans ce type de mood, c’est leur manière de prêter allégeance au rude Rudi qui du haut de ses deux mètres domine encore l’immense cimetière où dorment en paix relative les milliers de tenants et d’aboutissants du garage moderne. Les Monkeys redonnent vie à leur vieux «Cosmic Farmer» chargé de relents beefheartiens, mais privé du scream final qui impressionnait tant dans la version enregistrée. Quand ils piquent une crise avec «Paranoia», ils filent ventre à terre, histoire de rendre hommage au speed-garage héroïque des New Bomb Turks et autres calaminés des années de braise, et ils reviennent au jumpy jumpah de bonne famille avec «Walk Alone». Comme tous les grands amateurs d’apocalypse, ils aménagent des petites zones de calme pour mieux rebondir au moment de l’assaut final. Si on aime le garage bien foutu et bien senti, c’est le groupe qu’il faut voir. Ils dégagent une sorte d’excédent budgétaire, ce qui mérite d’être noté. Ils dépotent une vingtaine de morceaux avec un enthousiasme qui ne pâlit pas un seul instant et une énergie qui est celle des opiniâtres invétérés.

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    Leur «Monkey Twist» est une petite merveille d’insistance cavalante, Ces mecs ne lâchent jamais la rampe. Ils redonnent vie à toute cette culture Back From The Grave/Pebbles qui fit les beaux jours des oreilles d’antan. Le garage quand il est bien joué reste l’un des styles de rock les plus vivants, les plus frétillants et certainement le moins corrompu de tous les genres puisque condamné à l’underground. Mais encore une fois, l’underground est un havre de paix, si on voit ce qui se passe aujourd’hui dans les grandes salles de concert. Voir Franck et Fouine chanter à deux «Le Stonien» console du spectacle de toutes ces horreurs. Ils mettent tellement de jus dans ce cut qu’il sonnerait presque comme un hit, d’autant que c’est gorgé d’accents de Stonesy et explosé aux yeah d’unisson du saucisson. Joli coup de chapeau aux Stones qui, faut-il le rappeler, sont à l’origine de tout, enfin de ce qui nous concerne ici.

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    Les Monkeys enchaînent avec un autre clin d’œil, cette fois à Screamin’ Lord Sutch, avec «Jack The Ripper», l’occasion de ressortir le trombone à coulisse pour cuivrer de frais cette vieille scie sautillante qui ne prend toujours pas de rides. C’est chanté au meilleur guttural local, avec du scream à la clé et un sens aigu du boogaloo qui non seulement nous enchante, mais qui en plus croule sous le poids de sa crédibilité.

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    S’ensuit l’excellent «I Love You Until The Song Is Over» qui se trouve sur leur deuxième 45 tours. Ils en font une version longue, un peu hypno et l’arrêtent brutalement. Dommage. Ils pourraient tirer la sauce et faire sauter la sainte-barbe. Ils vont faire un rappel bien sonné des cloches avec un «Diddley Train» tatapoumé dans les règles de l’art et chanté aux renvois de chœurs. Hey Bo Diddley ! Rien de plus légendaire. C’est là où la dynamique des deux chanteurs reprend du poil de la bête. C’est le vrai Diddley beat, avec ses crises de scream et toute sa spectaculaire modernité. Ils finissent à l’emporte-pièce avec un clin d’œil fatal aux Dictators. Ils déterrent «California Sun» de ce premier album des Dictators qui frappa tant les imaginations à sa sortie en 1975. N’oublions pas que Lindsay Hutton tirait le titre de son fanzine The Next Big Thing de cet album fantastique. Les Monkeys amènent le riff de «California Sun» aux deux guitares alternées. C’est en place, bien posé sur le California beat et vite explosé au coin du bois. Ils restituent avec brio la magie de ce cut de cinquante ans d’âge qui repose sur l’alternance de passages clairs et de bouquets d’harmonies vocales noyées de son. Vertiges de l’atour.

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    Signé : Cazengler, Screamin’ moquette

    Screamin’ Monkeys. Chez Kriss. Évreux (27). 31 janvier 2020

    Screamin’ Monkeys. ST. Pop The Balloon 2016

    Screamin’ Monkeys. No Title. Pop The Balloon 2018

     

    Handy Andy

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    Pour bien situer Andy Lewis, il faut commencer par écouter un album paru sur Acid Jazz et annoté par Eddie Piller, qui s’appelle Billion Pound Project. Comme on dit dans les milieux autorisés, c’est un chef d’œuvre. Andy Lewis y invite tous les gens qu’il admire. Piller dit d’Andy qu’il porte son cœur sur les lèvres - this creator and composer wears its heart on its sleeve - Pour Piller, Andy est le gentleman quintessentiel - the quintessential English gentleman - Quand on entend le groove magique de «100 Oxford Street», c’est un peu comme si on se retrouvait à l’angle de Wardour Street at midnight. La température monte violemment avec «(Love is) Alive In My Heart», car Andy fait chanter Keni Burke - a Curtis Mayfield prodigy - Il plane sur le cut un parfum de strong groovy magic. Mais ce qui suit est bien pire : Andy confie «Laughter Ever After» à Bettye LaVette et tout bascule dans la monstruosité, d’autant que Bettye attaque ça à la manière d’Esther Phillips, en chuintant légèrement. Le cut tourne à la dinguerie et ça groove tellement dans l’os de l’art qu’on se retrouve au sommet du genre. Stupéfiant ! En réalité, c’est Bettye qui rend hommage au quintessential gentleman et non l’inverse.

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    La fête se poursuit avec une autre idole d’Andy, Reg King, qui comme chacun sait fut le chanteur de The Action. Le cut s’appelle «Since I Lost My Baby», une fière reprise de Smokey. On a là un fantastique condensé de rock Action définitif. Nous voilà une fois de plus au cœur du mood de myth Mod, dans une sorte de perfection absolue, à l’équilibre parfait entre la classe Soul et l’élégance pop britannique. Encore un coup d’éclat avec «See You There» chanté par l’extraordinaire Lynda Laurence. Elle gueule comme Aretha et vrille son me-eeeeh. Encore une révélation un peu plus loin avec «Devastated», un cut de funk allumé au white heat et que chante Loleatta Holloway. C’est tout simplement le white funk de Sloane Square par un soir glacé et foggy, violonné et saxé, effarant de modernisme déterminé. Andy tend le micro à un autre héros, Andy Ellison, qui ramène sa morgue pour chanter «Heather Lane». C’est toujours un plaisir que d’entendre chanter ce fabuleux glamster métastaseur. Il reste encore une merveille au bout de cette B fatidique : «One By One» que chante Fonchi, une autre reine de la nuit londonienne. Andy lui fournit des chœurs de rêve, c’est-à-dire des chœurs Tamla. Et là, on re-décolle, une fois encore. Impossible de rester assis quand on écoute ce disque.

    Au final, cet album donne l’équation magique de la scène Mods anglaise contemporaine, qui propose un mélange unique au monde de Soul et de Mod-rock. Tout ça sur Acid jazz.

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    Album bien intentionné et même lumineux que ce You Should Be Hearing Something Now paru aussi sur Acid Jazz en 2007. Ce qui frappe le plus, chez Andy Lewis, c’est la clarté du propos. Ce mec joue dans les règles de l’art et s’entoure d’invités de choix. Tiens par exemple Corrina Greyson pour «Window Shopping». C’est une vieille descente au dance-floor, Corrina sait de quoi elle parle, bienvenue au paradis de l’English diskö. Quelle violente énergie, ça transfigure la diskö, kökö, tu n’as même pas idée, voilà le monster küt par excellence ! L’énergie dévore l’oreille. Andy duette ensuite avec Paul Weller qui chante son ass off sur «Are You Trying To Be Something». Ils embarquent ça au meilleur beat qui se puisse concevoir, mais ça va encore se corser avec «Don’t You Know Why You Do it». Claire Nicolson chante ça sucré et propose une fantastique lampée de pop anglaise, avec une perfection qui renvoie bien sûr au cœur de ce vieux mythe qu’on appelait autrefois le Swinging London. Ils sont en plein dedans. On assiste là à un phénomène d’insistance lumineuse assez rare. Sur cet album, tout semble couler de source. Andy Lewis embarque «Phantom Street» au glouglou famélique, il joue son bassmatic avec la grâce d’un saumon d’Écosse argenté et vivace, lancé à l’assaut du torrent. Il duette ensuite avec un certain Johnny Cooke sur «Come Along With Me». C’est un fantastique shuffle d’anticipation, avec une trompette en or qui se glisse dans la ferveur du groove, et Johnny Cooke chante dans la chaleur de la nuit londonienne, c’est somptueux, ultra-orchestré, hissé au sommet de tous les apanages, surtout celui du Mod Jazz. Retour de Claire Nicolson pour ce coup de génie intitulé «In The Land Of You And Me». Elle y va direct. Ah comme c’est puissant ! Elle revient au sucré du jerk, au pur London shake. Ils sont dans l’excellence de la pertinence, dans le tronc du culte, comme dirait Mocky. Andy Lewis sonne comme les Beatles sur «Tell Me Once Again You Love Me» et duette avec David Jay sur «The Love Of My Life», assez black dans l’esprit. Pur son d’exception, une fois encore, David Jay tire la bobinette et ça devient vite énorme. Existe-t-il quelque chose d’aussi parfait ? Dieu seul le sait. Claire Nicolson est au rendez-vous de «Beyond The Fields». Elle chante d’une voix de rêve. Andy Lewis ne pouvait pas espérer mieux. Derrière, ils sont au carré. Et puis voilà le grand retour d’Andy Ellison avec «Top Of The Tower». Il est en place et what a voice ! Il brandit le big étendard du glam anglais. Andy et Andy font bien la paire. C’est convaincu d’avance, le bassmatic dévore le cut tout cru. Croutch croutch.

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    Le mini-album 41 est paru sur Acid Jazz en 2011 sous la forme d’un double EP. «Complexity» et «Sky Bar» sonnent comme des solides Mod rocks, bien dans l’esprit de la London Mod scene, pas loin de Jam. Par contre, «Centre Of Attention» sonne plus psychédélique, même s’il est monté sur un tempo diskoïdal digne des diskö-floors britanniques.

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    Avec le Billion Pound Project, l’album qu’Andy Lewis a enregistré avec Judy Dyble est le plus réussi. Il s’appelle Summer Dancing et date de 2017. Il faut se souvenir que Judy Dyble fut la chanteuse & founder-member de Fairport Convention, qu’elle quitta pour aller monter Trader Horne avec Jackie McAuley. Elle a ce qu’on appelle un pedigree. Le morceau titre de l’album sonnerait presque comme in hit psych des sixties. La voix est toujours là. Cette fois, Andy Lewis ne vise pas le Mod rock mais l’esthétique Fairport. Premier point fort de l’album : «A Message». C’est en enchantement. Andy Lewis accompagne Judy Dyble à la stand-up. On sent l’inspiration, elle est palpable. Ça devient infernal avec «Night Of A Thousand Hours», un groove de jazz pianoté dans le flesh du groove. En B, Judy Dyble passe au jerk avec «My Electric Chauffeur». Eh oui, c’est aussi simple que ça. Andy Lewis réussit l’exploit de la ramener sur la piste de danse. On note l’extrême pureté de sa voix dans «Treasure». C’est un filet lumineux, incroyablement juste. L’enchantement se poursuit avec «The Day They Took The Music Away», extraordinaire coup de transe. On entend tout simplement des héros de l’underground britannique. Judy Dyble revient avec «Summer Of Love» à son cher chant chaleureux de l’archiduchesse, alors sont-elles sèches, archi-sèches ? Elle règne sur la tradition d’un chant très anchien. Elle chante aussi «Tired Bones» à la clameur d’antan, la bonne vieille clameur d’excellence privative. C’est paisible et si profondément beau.

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    On trouve aussi sur Acid Jazz l’album des Red Inspectors, Are We The Red Inspectors? Are We? Andy et ses amis y proposent des instros de clubbing londonien à la James Taylor Quartet. Ils affectionnent particulièrement le groove charmant. On entend Pete Twyman chanter «He’s A Menace» et c’est excellent. On le retrouve au chant sur «The Apology Squad», petite pop montée sur une bassline de rêve, comme suspendue dans le son.

    Donc pas grand chose pour un personnage aussi légendaire, mais ses trois albums figurent parmi les grands classiques du rock anglais.

    Signé : Cazengler, Andy Le vice

    Andy Lewis. Billion Pound Project. Acid Jazz Records 2005

    Andy Lewis. You Should be Hearing Something Now. Acid Jazz 2007

    Andy Lewis. 41. Acid Jazz 2011

    Judy Dyble/Andy Lewis. Summer Dancing. Acid Jazz 2017

    Red Inspectors. Are We The Red Inspectors? Are We? Acid Jazz 2011

     

     

     

    TROYES / 22 – 01 – 2020

    3B

    THE TWANGY & TOM TRIO

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    Huit cents kilomètres de la veille dans les pneus et la Teuf-teuf file sur la route de Troyes comme une jeune fille à son premier rendez-vous d'amour. Pour moi ce n'est pas pareil, une question métaphysique m'obsède depuis que j'ai repéré l'affiche sur le FB de Béatrice Berlot, comment trois peut-il être égal à deux ? N'ai jamais été fortiche en mathématique, mais tout de même ! Un truc encore plus difficile que le mystère de la sainte trinité qui nous dit que trois égale un. Maintenant que j'écris cet incipit j'ai la solution, celle du trio pas de la trinité, vous la refilerai tout à l'heure. Le temps de vous faire saliver. Une petite discussion avec Béatrice, toute fière des cent-dix groupes de rockab qui ont défilé dans le 3 B en six ans, mais cela c'est le passé, le futur c'est la programmation qui vient, avec une grosse surprise à venir. Non je ne vous donnerai aucun indice, ni un, ni deux, ni trois, d'autant plus que le Twangy & Tom Trio entre en scène.

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    THE TWANGY & TOM TRIO

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    Je vous rassure tout de suite. Le trio est bien constitué de trois éléments. Ce qui est terrible, car il faut l'avouer vous pourriez en supprimer deux au hasard, que celui qui resterait tout seul vous l'écouteriez avec autant de plaisir. A notre droite Gégene ( du Loiret n'oubliez pas la formation est basée à Orléans ). Contrebasse vert turquoise. Avec un auto-collant de pin-up collé dessus. Ce qui pose problème. Pas la pin-up. La colle. Elle tient, un véritable miracle. L'image ne s'est pas décollée de tout le set. C'est que Gégene quand il cogne, vous l'entendez. Ce doit être son karma. Dans une autre vie il a dû mener la charge des éléphants de Porus contre les fantassins d'Alexandre le Grand. Chaque fois que sa menotte s'en vient se catapulter sur les cordes, c'est votre cerveau dans votre boite crânienne qui fait un tour sur lui-même. En plus il exagère, il écrase tout sur son passage, vous pensez que l'histoire du monde vient de se terminer, mais non, si c'était un musicien classique faudrait lui écrire Molto Allegro sur la partoche, car il swingue et caracole comme un jeune poulain qui s'élance au grand trot vers les infinis de l'herbe bleue du Kentucky.

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    A notre gauche Phil Twangy, à la Gretsch cochranique. Et granitique. Ne vous fiez pas à son air sympathique. Un étrangleur. La main tout en haut du manche. Vous le tient ferme. L'on dirait qu'il a attrapé un cobra par le collet et qu'il lui serre le cou à mort. La poigne reste immobile. N'y a que ses gros doigts qui bougent, comme s'il cherchait à lui éclater quelques ganglions vitaux à l'intérieur. De l'autre main, ce n'est guère mieux. Disons-le franchement, c'est pire. N'est pas du genre à gentiment gratouiller les cordes comme s'il caressait un chat. L'est du style à percer sans pitié le ventre du greffier de multiples coups de poignards. Et vos oreilles le remarquent, il vous les cingle comme s'il vous ramonait l'œsophage avec un fil de fer barbelé. C'est violent, c'est brutal, et vous vous rendez-compte que vous avez en vous une dimension masochiste que vous ignorez.

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    Oui Phil et Gégene ont le rockabilly sauvage. A tel point que vous dites que ces deux malfrats vous suffisent. Qu'il n'y a aucune nécessité d'ajouter un troisième larron à ce duo. Et pourtant, il y a bien un troisième individu entre ces deux rocs, un gars longiligne, sous une grosse casquette bouffante. Au début vous pensez qu'il est là pour rien. Le gus inutile par excellence. D'ailleurs il n'a même pas un instrument. Enfin si, un minuscule, qu'il cache dans sa main. Un harmonica. Vous le plaignez, mais à part fredonner Oh ! Susanna en sourdine entre deux morceaux, vous vous demandez ce qu'il peut bien pouvoir faire entre ces deux monstruosités rockabyliennes. S'appelle Long Tom, et ce mec il exagère. Nous sommes en plein rockabilly, et au lieu de dire pouce, je passe mon tour, le guy se met à jouer... du blues. Mais du blues plus bleu que bleu. Au début vous pensez qu'il s'est trompé de casting, peut-être même de café, qu'il doit y avoir un concert de blues organisé à l'autre bout de la ville, et puis au bout de deux minutes, vous êtes obligés de reconnaître qu'entre la sauvagerie du rockabilly et la trouble lancinance du blues s'installe une étrange alliance. Ce ne sont pas des contraires qui se repoussent mais des pertinences qui déteignent l'une sur l'autre.

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    C'est qu'entre le blues et le rockabilly, vous avez quelques relations incestueuses. A l'inter set, Long Tom résumera ces accointances très simplement : vous accélérez un blues vous avez un rockab, vous ralentissez un rockab vous obtenez un blues. Certains croient avoir trouvé la solution en créant le concept de rocking blues. Qui ne me satisfait pas. C'est un truc qui n'a jamais existé, d'un côté vous avez le blues et de l'autre le rockabilly et à eux deux c'est exactement la même chose. La musique du diable pour résoudre le mystère de la sainte trinité ! Si vous en avez deux, vous en avez trois !

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    La théorie c'est bien. La pratique c'est mieux. Le Twangy & Tom Trio vont aligner trois sets. Nous avouent qu'ils n'ont que trois compos à eux, mais quand l'on compte les compos personnelles d'un Gene Vincent, l'on est surpris. La reprise n'est pas un problème, la solution c'est l'appropriation, vous pouvez faire mieux peut-être, mais l'important c'est de faire autrement. Je prends un exemple : These boots are made for walking, avec eux ça ne marche pas, ça galope, un déchaînement, en l'écoutant je me dis que c'est comme cela que Lee Hazlewood avait dû le rêver avant de la refiler à la petite Nancy. Mais revenons au rockabilly et au blues. Vous ne trouverez pas plus noir que Bo Diddley. Entre nous soit dit avec Gégene, le beau Bo a bobo avec ses congas, peut aller se rhabiller, la contrebasse vous aligne le jungle beat avec une férocité inégalable, Phil à la guitare se charge du rebond, vous tranche les lianes de la forêt vierge à coups de machette, vous débite les pythons en tranches sans état d'âme. Le jeu est si serré que Long Tom n'y glissera pas une fumée d'harmonica, juste quelques bouffées rapides, ne prendra ses aises que lorsque le morceau s'accélèrera, s'échevèlera sur lui-même, alors là vous aurez droit à un incendie australien. On ne peut pas dire que Phil y cassera une corde, c'est si violent que l'on dirait qu'il l'a arrachée.

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    Mais non, ne sont pas spécialisés dans les instrumentaux, un rockab sans vocal c'est comme film de science-fiction sans extraterrestre. Phil chante comme il joue de la guitare. Fort et incisif. Pousse les lyrics comme des lames de rapière dans le corps d'un ennemi. Particulièrement bon sur les morceaux de Cochran, un Skinny Jim raboté à l'entaille, un Summertime Blues à vous cogner ( merci Gégene ! ) la tête sur le plancher, et un Twenty Fligth Rock monstrueux. De la belle ouvrage. Le troisième set sera démoniaque. Un Mystery Train fabuleux, si vous aviez été là vous comprendriez la trisomie du rockabilly et du blues, Long Tom nous ramène dans le delta alors que dans le même temps Phil nous en éloigne pendant que Gégene nous martèle un boogie-shuffle à vous briser les os. L'on croyait avoir atteint la cime du concert, mais non comparé au Mojo Working qui suit l'on n'était que sur des plateaux de moyenne altitude. Vont nous le faire défiler longtemps, mais en accéléré, sans halte, pire qu'à Chicago à la grande époque de la Chess électrique. Long Tom comme chez lui, et les deux autres qui ne lui cèdent en rien. Jamais l'eau dans laquelle vous avez lavé votre âme n'aura été aussi boueuse. Mais le trio est survolté, vous avez eu du black handsome man, eh bien vous aurez des petits blancs et ils nous fourguent un Rock This Town à faire sauter les centrales atomiques.

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    Z'ont trop bien fait leur boulot. Doivent payer l'addition. Sont les premiers à s'apercevoir que le Thirty Days de Chuck Berry même rallongé au bouillon-cube explosif ce ne sera pas suffisant. Un rappel avec le monde entier qui danse devant eux, quelle soirée ! J'ai oublié pour débuter le deuxième set les deux morceaux en l'honneur de Crazy Cavan qui s'en est allé rejoindre les anges noirs de l'enfer du rock 'n' roll sans préavis.

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    Ma promesse : au début c'était Twangy & Tom Duo parce qu'ils étaient deux. Gégene est venu et le duo s'est mué en trio. Mais ce n'est pas fini, Phil me dit qu'ils pensent rajouter un batteur. A croire que ce coup-ci ils veulent ratiboiser l'univers. Surtout laissez-les faire. Après la grande claque, ce sera la grosse beigne. Monstrueux !

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    Damie Chad.

    ( Photos : FB : CHRISTOPHE BANJAC )

    THE WHO

    ( Collection ROCK&FOLK # 13 / 06 – 02 – 2020 )

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    Pour ne pas vous mélanger les pédales ne confondez pas Rock & Folk Hors - Série, le dernier, le Numéro 38, 22 V'la les filles ! est sorti en novembre 2019, avec Collection Rock & Folk dont le Numéro 13 consacré aux WHO vient de paraître cette première semaine de février 2020. Si les Hors-Séries proviennent tout droit de la plume des journalistes du plus vieux mensuel rock national et international, la Collection est réalisée en collaboration avec Uncut. Une revue rock anglaise à laquelle notre Cat Zengler fait régulièrement allusion dans ses chroniques car les anglais sont plutôt pointus question rock.

    L'expression '' biographie non autorisée '' permet de mieux comprendre la raison du titre du magazine britannique. Non coupé, car Uncut n'a pas l'habitude de ne pas poser les questions embarrassantes et de passer sous silence les épisodes plus ou moins controversés de la vie de nos idoles. Toutefois avec un zèbre à la Pete Townshend, c'est comme les tubes de dentifrice, à peine avez-vous dévissé le bouchon que le contenu se hâte de se déverser dans la bonde du lavabo. Ce mec est un bonheur pour les journalistes, vous ouvrez le micro et il prend la parole pour des heures et des heures. Les 120 pages du numéro sont remplies d'interviews données au fil des années à différentes revues, notamment le Melody Maker et Uncut...

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    Certes les Who étaient quatre mais Keith Moon et John Entwistle ont quitté notre planète voici longtemps, Roger Daltrey n'a jamais été un grand hâbleur – ce qui ne l'a pas empêché d'avoir ses petites idées personnelles sur la carrière du groupe – et c'est Pete Tonwshend qui est apparu dès le début comme le leader incontestable du bataillon de cette mauvaise troupe. L'est sûr que quand l'on compare Keith à Pete, il n'y a pas photo, entre le gamin qui se complaît à empiler conneries sur conneries et Pete l'intellectuel toujours prêt à expliquer longuement le pourquoi et le comment de tous les actes du band... D'un côté la folie, de l'autre la réflexion. Quant à John et Roger ils suivaient sans trop la ramener, même sans être convaincus, parce que pour prouver à Pete qu'il avait tort, ce n'était pas évident. D'autant plus que les évènements lui donnaient raison. L'était un peu comme ces joueurs d'échecs qui ont un tour d'avance, ou ces turfistes dont la dernière martingale se révèle la plus efficace. Du moins au début. C'est après que les choses se sont gâtées. Mais l'arbre n'est pas tombé du côté par où il penchait.

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    Donc quatre gamins qui arrivent un peu après la bataille. Beatles, Rolling Stones, Kinks, Animals squattent les premières places depuis deux ans lorsque nos quatre malotrus se jettent dans la mêlée. Ne sont peut-être pas plus plus doués que les autres mais ils possèdent le cinquième élément : l'énergie. N'y a qu'à les voir pour en être convaincu. D'abord vous avez Moon qui vous montre les deux faces de la lune en même temps, il ne joue pas de la batterie, il la détruit. Ensuite vous avez Daltrey qui s'égosille comme un cochon que l'on saigne, Tonwshend qui ne sait pas vraiment jouer de la guitare, alors il lui mouline et lui assène de ces tornioles à lui faire rendre l'âme, et Entwistle qui dans son coin vous surfile toute cette cacophonie au gros fil de basse aussi épais qu'un démarrage de quadrimoteur. Sur disque, ils font ce qu'ils peuvent, de l'improbable au chef d'œuvre. Du rhythm 'n' blues de deuxième zone, des harmonies vocales d'oiseau de volière, et des tranches de grabuge éhontées.

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    Et là-dessus se pointe le plus gros malheur que la terre ait porté depuis la création des chevaliers de l'Apocalypse. Ne venez pas tenter une piètre divergence avec le dérèglement climatique. Un truc ovnique venu d'ailleurs qui vous pulvérise toute la concurrence. Un morceau, comme on n'en fait plus. Comme ils n'en feront jamais plus. La preuve c'est qu'ils en aligneront des meilleurs. My Generation ! My Malediction ! conviendrait mieux. Surtout pour Pete. '' People try to put usd-down talking 'bout my generation '', entre nous soit dit ça sonne moins bien qu'un vers de Shelley, mais ça pète dur dans les consciences de tous les adolescents du monde. Un beau remue-ménage sonique et un superbe remue-méninge consciencial. Première fois qu'un groupe de rock'n'roll voit plus loin que sa bite, ce n'est pas encore le Tractatus Logicus de Wittgenstein, mais ça s'en rapproche. D'assez loin, pour être franc, disons qu'un professeur ferait suivre de la mention «  En progrès ! » Nous sommes en 1965 et Pete Townshend ( et ses acolytes ) viennent d'inventer le rock'n'roll intellectuel.

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    Le pauvre Pete n'en croit pas ses yeux. L'est comme l'autruche qui découvre qu'elle vient de pondre un œuf dur. En or. L'avenir est tout tracé. Suffit de suivre la ligne droite du succès. La pente fatale de la victoire. Des trucs aussi chiadés que My Generation, il va vous en écrire toute une série. Saison 1000 en perspective. Un avenir radieux s'annonce. Mais le soleil refusera au dernier moment de se lever. Les singles suivants comblent les fans et les amateurs. La pente sisyphique est toutefois ascendante. I can see for miles le single sur lequel Townshend misait beaucoup pour un numéro 1 n'est pas au rendez-vous. Succès d'estime en quelque sorte, mais pas de quoi remplir la tirelire de l'auto-satisfaction. Townshend est touché dans son orgueil. Mais pas coulé. Réunit son équipage de forbans et leur propose l'inouï. Sont bien obligés d'accepter car ils n'ont aucun autre produit de substitution à offrir.

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    Ce sera Tommy. Le premier opéra-rock. Ce n'est pas vrai, Townshend le répète à longueur de colonnes, l'a fauché l'idée au Kinks. Certes elle le tenaillait depuis longtemps, l'envie de produire un trente-trois tours qui ait une unité qui racontât une histoire. Un truc qui se tient, avec un début, un milieu et une fin. Il ne va pas y arriver. Va tout juste parvenir à produire un gruyère. En gros la story d'un gamin, une espèce d'autiste, un asperger du flipper, Pete lui-même le reconnaît, pour un auditeur pourvu d'une intelligence supérieure il est difficile de comprendre la logique interne du scénario. L'est rempli de trous. Ce n'est pas très grave, l'humanité est constituée en sa majeure partie d'un ramassis d'esprits moyens. Chacun remplira les vides à sa manière. C'est qu'en y réfléchissant un peu, la véritable nature de Tommy ce n'est pas un opéra. C'est un concept. Mais de quoi ? De Tommy évidemment. Il n'est guère de serpent plus long que celui qui se mord la queue.

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    Par contre question musique Tommy est une réussite. C'est un opéra – répétons-le – mais nos quatre lascars ne convoquent pas le London Symphonic Orchestra, se chargent du boulot de A à Z. Un orchestre de rock. Un point c'est tout. Avec l'ajout de quelques curiosités pour faire gloser le bas-peuple des journalistes, comme Daltrey qui souffle dans un cor... Mais dans la vie, il ne s'agit pas de faire. Faut aussi refaire. Et les Who vont vous exécuter leur œuvre en public, tout seuls comme des grands, du début à la fin. Succès phénoménal. Townshend n'a pas les chevilles qui enflent. Mais la tête qui explose. Comprend que le problème n'est pas de remporter une victoire si éclatante soit-elle, mais d'en aligner d'autres à la suite.

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    Dans son cerveau surchauffé Tonwshend se lance dans l'écriture d'un nouvel opéra. Un projet mirifique. Tommy n'est qu'un individu, Lifehouse sera plus ambitieux, une espèce de métaphore musicale de la vie humaine qui embrasse aussi bien le passé que l'avenir. Projet ambitieux qui n'aboutira pas. Echec cuisant mais qui ne se verra pas. Avec les débris de Lifehouse, les Who bâtiront Who's Next ? Une splendeur, bourrée de rock et d'électronique. Ce n'est plus un succès, c'est un virus meurtrier. Les Who ne sont peut-être pas le plus grand groupe de rock du monde, mais certainement le plus novateur. Une promesse d'avenir. Ce fabuleux quatuor détient le futur du rock.

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    Tiens si on parlait rock. Le rock à prétention intellectuelle c'est bien, mais c'est fatigant. Avec Live At Leeds, les Who démontrent qu'ils n'ont rien perdu de leur fougue et de leur virulence. Un disque à ranger sur l'étagère du haut à côté de Jerry Lou au Star-Club de Hambourg. Townshend se défend à moult reprises d'avoir inventé le hard-rock avec this record. Laisse la couronne à Deep Purple et à plein d'autres. Ce n'est pas que le hard soit trop simpliste, c'est que reconnaître cette paternité c'est perdre l'aspect novateur des Who, n'être plus qu'une étiquette qui sert à désigner une tendance, dont l'évolution lui échappera un jour. Le problème c'est l'échec de Lifehouse. Dans sa tête. Comment le surmonter ? Comment aller de l'avant ?

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    Townshend tombe dans le piège qu'il a creusé de ses propres mains. Quand on ne peut pas avancer. Ne reste qu'une solution, le retour en arrière. Ce sera Quadrophenia. What is it ? Un nouvel ( un autre ) opéra rock. Bien plus puissant que Tommy. Mais qu'on le veuille ou non, pas autre chose que le concept d'opéra-rock ! Mais ce n'est pas le plus grave. La prescience du danger est d'autant plus dangereuse que souvent elle est inconsciente. Quadrophenia conte la vie de Jimmy, un jeune Mod, autant dire que c'est du passé, nous sommes en 1973 et les Mods c'est de la préhistoire, une période qui connaîtra son acmé entre – soyons généreux – 1964 et 1966. Avec Quadrophenia les Who sont en train de scier les six planches nécessaires à la confection de leur cercueil.

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    Les disques qui suivront seront un cran au-dessous. Je me souviens d'une longue discussion à la cafetaria de la fac sur le Who by numbers, les malgré-tout et les déçus, mais dans les deux cas la sensation de participer à un combat d'arrière-garde. Les Who se cherchent et ne se trouvent pas. Aux temps d'Elvis, l'on disait qu'une carrière ne durait pas plus de deux ans, ensuite c'était les oubliettes et pour les plus doués la capitalisation rentière assurée par la fidélité des fans des années fastes. Les Who sont dans le peloton de tête depuis plus de dix ans. Le problème c'est qu'il leur reste encore un demi-siècle à vivre. Les choses ont commencé à mal tourner en 1975, les deux années suivantes porteront un coup terrible au rock dit classic. La génération punk ne respecte rien. Rien à foutre des glorieux ancêtres. L'avenir appartient aux jeunes. Les Who s'en vont visiter ses mauvaises troupes dissidentes, sont reçus avec un respect empreint de forte goguenardise. Les grand-pères que l'on aime bien mais totalement dépassés. T'es plus dans le coup papy ! C'est Moon venu en Rolls-Royce qui s'en tirera le mieux. Sur ce, Moon tire sa révérence. L'histoire des Who ne s'achève pas en cette funeste année 1978, mais elle est symboliquement terminée. Par contre c'est celle de Pete Townshend qui commence. Ce numéro spécial Who devient un super spécial Townshend.

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    Tonwshend est une tête d'œuf cassé. Une espèce de neurasthénique jamais content de lui. Toutefois un déprimé qui se soigne. Un artiste du recollage des morceaux. Un expert de l'art de recycler les restes. Dès 1979 sort The Kids are Allright, un film qui retrace les folles années du groupe à partir de documents d'époque. Même pas six mois plus tard sur les écrans le film Quadrophenia. Puis la bande-originale du film, puis une comédie musicale... Suivront quelques albums des Who, un retour sur scène avec tournée mondiale pour le cinquantenaire, des éditions d'inédits à n'en plus finir, tout cela n'empêche pas Nicolas que la Commune n'est pas morte, non ce n'est pas cela, tout ces efforts, plutôt mieux que mal aboutis, font que Townshend se retrouve renvoyé à lui-même, non pas à son œuvre, l'en est même s'il dit le contraire, assez sereinement satisfait, mais à son corps qui se dégrade, aux années qui s'accumulent, au vieillissement pour employer le mot qui fâche. Ce n'est plus le cinquième élément de l'immortalité éthéréenne des Dieux mais le quatrième âge et son déambulateur qui se profile.

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    Comme pour tout le monde. Z'oui mais lorsque l'on est un artiste de rock'n'roll c'est plus difficile. Vivre vite et faire un beau cadavre. James Dean avait ainsi défini l'art de vivre very rock'n'roll. Pour la première partie de l'adage chacun se débrouille au mieux, pour la deuxième moins de monde se presse au portillon. Est-ce bien raisonnable, n'est-ce pas une imposture lorsque l'on s'appelle Pete Townshend. Le temps est le lézard dans l'horloge et la lézarde fissure la psyché Townshendienne. L'était un jeune homme en colère contre les adultes de ses jeunes années, mais maintenant le seul coupable qui ne lui a pas permis de s'adjuger ce qu'il désirait – mais quoi au juste ? - c'est lui-même. D'où la nécessité de revenir ronger les vieux os de sa jeunesse. De repartir en tournée. D'enregistrer un nouveau disque des Who en 2019. De publier un roman en 2020, et surtout de s'interroger sans fin sur le sens de cette odyssée du rock'n'roll, de s'obstiner à trouver à cette cochonnerie une tête, une queue et un sens qui lui apportent sinon satisfaction – les Stones s'en chargent – du moins plénitude.

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    A première vue, l'on peut s'en moquer. Les affres et les douleurs de Townshend lui appartiennent et personne n'a envie de s'en charger. Surtout pas vous. Moi encore moins. Devrait se souvenir de l'hémistiche fatal des Destinées d'Alfred de Vigny : '' Seul le silence est grand ''. Le genre de rétention orale à laquelle Pete Townshend ne peut se résoudre. Pour nous agacer. Pour notre plus grand plaisir aussi. Le rock est un miroir et nous ne ferons pas comme Tommy l'erreur de le briser. Ce serait se retrouver face à soi-même. L'est plus plaisant de voir Townshend se débattre à notre place. Le spectacle en vaut la peine. Ce pourrait être nous. Mais c'est lui. Tant pis pour lui. Quelle jouissance de le zieuter s'emmêler sans fin les pinceaux de ses contradictions. Voyeurisme et cynisme sont les deux mamelles du rock'n'roll. Et ce treizième – chiffre tarotique maudit – opuscule de la Collection Rock & Folk nous offre cent quarante agoniques pages de délectation assurée. This is not yet the end, beautifull friend !

    Damie Chad.

    PLANE / TENDRESSE DECHIRANTE

    ( Clip / 6 – 02 – 2020 )

    Troisième clip de Tendresse Déchirante. Nous avions chroniqué le premier Romance Américaine dans notre livraison 412 du 28 / 03 / 2019 et le deuxième Acte II dans la livraison 420 du 23 / 05 / 19.

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    Un projet d'une simplicité extrême. Du fait maison. Du cousu main. Sont trois, Diane Aberdam et Emilien Prost. Plus une idée. Une ambiance. Une solitude, celle qui régit les êtres entre eux. Une infranchissable pourriture dirait Joë Bousquet, qui sépare et unit tous ceux qui se mettent en marche l'un vers l'autre. Des chansons d'amertume douce, des frisottis d'écume sonore, la plaie et le sel. Celui de la vie qui fuit. Et celui de la mort qui ne vient pas. Un entre-deux. Entre regret et désespoir. Entre présence et absence. Entre fille et garçon. Si loin de l'androgyne initial. Si ce n'est par l'affleurance de la cassure initiale, seule faille qui permette de remonter vers l'origine. Sinon il ne vous reste plus qu'à explorer les conduites induites.

    Un clip qui se lit. Une véritable bande-dessinée. Qui bouge. Une application qui métamorphose les images en dessin. Noir et blanc absolument tranchés. Esthétique froide. Expressionniste. Un véritable roman policier. La victime est devant vous. Vivante. Elle dort. Elle se réveille comme tout un chacun puisque le portable sonne. Heureusement qu'il y a ce téléphone qui fait son office de réveille-matin. Il vous rappelle que vous êtes dans un clip musical. Et la musique arrive doucement, des gouttelettes de pluie qui s'éparpillent sur le cristal des songes. Elle est là. L'absente du Dormeur. Poupée fantôme qui danse dans les coins et empoisonne la mémoire de l'Eveillé. Elle joue de la guitare et vous entendez ce froufrou de soie infinie qui bourdonne comme une mouche tsé-tsé qui vous réveille et ne vous laisse que votre rêve à vivre.

    Et Lui se plante devant vous. Elle derrière, qui s'agite comme en contre-chant. Car Lui il ne chante pas. Il exhale une longue plainte. Il étire les syllabes, il révèle un secret que tout le monde connaît. Muezzin muré en lui-même qui se mire en son minaret, enfermé dans la tour d'ivoire de sa folie, il évoque l'idole enfuie. Une histoire terriblement quotidienne. Le ballet de la vie heureuse terrassé par les coups de balai du grand nettoyage. Celui des rapports humains, du partage des tâches ménagères, toute cette non-vie qui corrode les âmes bien mieux que le désir.

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    C'est alors que commence l'histoire. Je ne vous rassure pas, elle n'a pas de fin. Même lorsque le clip s'arrête. Ce n'est pas que nos deux artistes créateurs-réalisateurs n'auraient pas eu le temps de l'achever. Tout au contraire c'est qu'ils ont compris que le temps est discontinu. Qu'il n'est pas une matière homogène. Qu'il est constitué de bulles. Que lorsque vous êtes coincé à l'intérieur de l'une d'entre elles, soit vous êtes assez fort pour la crever et partir vous enfermer dans une autre. Soit vous êtes incapable de casser la coquille protectrice de l'œuf temporel où vous étiez si bien et vous vous recroquevillez entre ses parois ovoïdes car vous êtes persuadé que vous n'en trouveriez pas de meilleur ailleurs.

    Ce qui a existé existe pour toujours. Le mieux est de ne pas s'en éloigner. D'y rester à jamais. Cela tourne dans votre tête, cela les autres l'appelle délire. Plane conte cet enfermement en soi-même. Peut-être que ça plane pour lui, mais c'est sûrement plane after crash. Pour que vous compreniez mieux, les paroles ( en anglais ) défilent au bas de l'écran. Elles sont en jaune. La seule couleur du clip, avec le mauve pâle, couleur du sang séché, du chemisier de l'Enfuie.

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    L'Eveillé est en lui-même. Il est conscient qu'il marche sur l'abîme. Mais il sait que les autres ont tort. Qu'ils sont rétifs  à une réalité plus subtile du monde. Il n'a même plus besoin d'aller vers eux, vers ces semblables si dissemblables, n'envoient-ils pas une messagère, chargée de le ramener à la vie courante. Mais c'est la même qui revient toujours. Car c'est elle que son absence obsédante appelle. L'histoire se répètera mille fois, c'est la seule qu'il veut lire et revivre. Pour des myriades d'éternité. Le schème de la folie n'est que la répétition du même schéma désiré. Cette tendresse déchirée et déchirante se reconstitue sans cesse elle-même.

    Très beau clip – une réussite parfaite tant dans la mise en scène de l'adéquation du son et de l'image que dans sa portée métaphysique - avec ce chant de cygne lancinant qui agonise sans fin. Une goutte de poison finement élaborée. Ne l'écoutez pas, ne le regardez pas, vous en deviendriez prisonnier, vous ne pourriez plus vous en détacher. Il est des séparations impossibles.

    Damie Chad.

     

    CODICILLE A LA CHRONIQUE

    ( IN LIVRAISON 452 )

    HAPPY LEGS YEAR 2020

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    Une précision d'importance apportée par Jean-Michel Esperet quant à ma chronique de la semaine précédente sur le calendrier Happy Legs Year 2020. Non ZioLele n'est pas un être du sexe féminin comme je l'avais induit du court liminaire qui en langue anglaise le définissait en tant que feminist photographer. C'est un homme. Cette qualité n'enlève rien à la beauté de ses photographies mais peut en oblitérer quelque peu la réception. Les esprits pondérés feront remarquer que des jambes féminines photographiées par un homme ou par une femme restent toujours des jambes de femmes. Ce qui est absolument vrai, et totalement faux. Dans une photographie ce n'est pas tant l'objet ou le sujet photographié qui compte mais la vision de l'artiste et aussi son intention.

    Les courts dialogues de Jean-Michel Esperet qualifié de mysogynist writer qui mettent en scène la confrontation d'Elle et Lui, m'ont poussé à l'erreur funeste de croire que cette guerre des sexes se perpétuait aussi dans le choix des artistes, un homme écrivain et une femme photographe. Peut-être mérité-je le qualificatif de misogyne au moins autant que Jean-Michel Esperet puisque instinctivement et inconsciemment en ai-je déduit qu'un homme ne pouvait pas être féministe. Par nature. Et par culture. Pour ne pas entrer en d'oiseuses digressions philosophiques, disons par stratégie politique. Qu'un homme puisse se dire féministe me semble relever de ce que Marx appelait, sur un tout autre plan, trahison de classe. Ce qui n'empêche en rien qu'un bourgeois puisse se rallier au prolétariat et en sens inverse un prolétaire à la bourgeoisie. L'intérêt de l'individu s'opposant à celui de sa propre classe.

    Je ne pense pas que trahison de sexe soit une heureuse expression. Elle est porteuse d'une certaine connotation moralisante que je réprouve. De même chez Marx cette notion de trahison contient aussi cette dose de moralité qui paraît dire qu'entre les factions qui s'opposent l'une émarge du côté du mal et l'autre du bien. La notion d'intérêt s'y oppose pourtant formellement. En tant que stirnérien – et au-delà de toute vision transgenre - je ne saurais être féministe non pas parce que je suis un homme mais parce que je ne suis que Moi.

    Reste maintenant à dégager l'intention du regard de l'homme qui a pris les photos de ces jambes féminines et que je crus femme. Oultre le fait que tous deux soient des êtres humains, celui-ci se décline en tant qu'autre et celle-là en tant que même. Nous entrons-là dans les combinaisons hegelienne de la positivité et de la négativité. Le tout obvié par ma propre subjectivité. Selon que ZioLele soit homme ou femme, la visée de la tentation pourrait être modalisée sous forme active ou passive. Avec aussi cette possibilité que son intention puisse être entrevue sous la forme contraire.

    Mais peut-être vaudrait-il mieux se complaire dans la contemplation esthétique de ces photographies que de se perdre dans des ratiocinations indues. Qui n'apportent rien à leur beauté intrinsèque.

    Damie Chad.