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CHRONIQUES DE POURPRE 724: KR'TNT ! 724 : LITTLE RICHARD / DES DEMONAS / SPITFIRES / JOAN JETT / MIKE STUART SPAN / LYCHGATE / ÖXXÖ XÖÖX

KR’TNT !

KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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LIVRAISON 724

A ROCKLIT PRODUCTION

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SINCE 2009

FB : KR’TNT KR’TNT

19 / 02 / 2026

 

 

 LITTLE RICHARD / DES DEMONAS

SPITFIRES / JOAN JETT  

 MIKE STUART SPAN / LYCHGATE  

 ÖXXÖ XÖÖX  

  

 

Sur ce site : livraisons 318 – 724

Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

http ://kr’tnt.hautetfort.co

 

 

 

 

The One-offs

- Richard cœur de lion

 

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         Revenons un moment à 2016. Un jour, Laurent propose d’aller voir les Real Kids à Caen.

         — Y jouent dans une salle qu’est sur le port. 

         — Quoi, sur le qui ?

         — Sur le port...

         — Ya un port à Caen ?

         Première nouvelle. On savait pas. Et pourtant on a grandi pas très loin. Il suffit de remonter la rue Saint-Jean et de tourner à droite rue de Bernières, et pouf, tu tombes sur un petit port de plaisance. On l’a découvert 50 ans plus tard.

         Gamins, on sortait rarement de notre quartier. L’école n’était pas très loin. T’avais deux boutiques qui faisaient le coin de la rue : la chocolaterie Charlotte Corday, (qui existe toujours), du nom de la conne qui a dessoudé Marat, et juste en face, de l’autre côté de la rue, un chapelier (qui n’existe plus). Aussitôt entré dans la rue Saint-Jean, tu tournais à gauche et tu passais devant le bureau de tabac où notre mère nous envoyait chaque jeudi prendre Nous Deux, Télé 7 Jours et deux paquets de Royales. C’est sur la couve d’un Télé 7 Jours qu’on vit pour la première fois les Beatles : derrière, deux debout, et devant, deux perchés sur des tabourets, sur fond bleu, avec en guise de guirlande une corde blanche passée sur leurs épaules. L’image te parlait, mais tu ne savais pas encore à quoi ça correspondait exactement. C’était juste une question de mois. On prononçait ça les bihatles. Un peu plus loin, il y avait le boulanger qui proposait un délicieux pain carré, qui encore chaud, se mangeait comme un gâteau. En continuant, on tombait sur une agence de voyages qu’on dévalisait régulièrement, car les brochures étaient gratuites. Le jeudi après-midi, on poussait jusqu’au bout de la rue Saint-Jean et on grimpait au château de Guillaume le Conquérant pour aller faire les cons dans les souterrains qui étaient alors en fouille, et qui étaient aussi le refuge des clochards auxquels on jetait des pétards. Avec le p’tit frère, on disposait d’un rayon d’action limité, mais notre soif de conneries était illimitée. On allait au dernier étage des Galeries Lafayette barboter ce qu’on appelait ‘des soldats’, qui étaient le plus souvent des chevaliers du moyen-âge en plastique et richement décorés. Enfin bref.

         Un jeudi après-midi, nous partîmes tous les deux en expédition vers un quartier inconnu, tout au bout de la rue Saint-Pierre. On prit à droite pour remonter une rue tortueuse, la rue Froide. À notre grande stupéfaction, nous tombâmes sur la mystérieuse échoppe d’un bouquiniste : il vendait des livres et des bandes dessinées d’occasion. C’était un paradis pour les grosses araignées noires et poilues. On y dénicha toute la collection des Prince Valiant en grand format.

         Le jeudi suivant, nous poussâmes l’expédition un peu plus loin. Nous passâmes devant un grand tribunal et pénétrâmes dans un quartier lépreux que les Américains n’avaient pas réussi à ratiboiser. Nous tombâmes émerveillés sur une petite boutique extraordinaire qui proposait du bric et du broc, un fouillis d’objets hétéroclites, comme par exemple des porte-clés, qu’on collectionnait. Mais nous fûmes surtout subjugués par deux pochettes de 45 tours qui étaient disposées au pied de la vitrine : une jaune et une bleue. Sur la bleue t’avais une espèce de romanichel dans un costard ridicule avec les bras en croix, un vrai fou, et sur la jaune tu l’avais encore avec les yeux aux ciel et sa coiffure en promontoire ! On s’interloqua :

         — Aw Wop Bop A Loo Bop ?

         — A Wop Bam Boom !

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         Un early choc esthétique. Un séisme juvénile. L’apparition de la Vierge. On est entrés tous les deux dans la boutique d’Ali Baba pour acheter les deux 45 tours. Bien sûr, à cette époque, nous n’avions pas encore de tourne-disque. Il a fallu attendre que le Père Noël nous paye un crin-crin pour pouvoir enfin écouter ces deux 45 tours. Sur le jaune, t’avais «Rip It Up», «Ready Teddy», «Tutti Frutti» et «Long Tall Sally», bon d’accord, c’est du gros ramdam, mais c’est le bleu qui avait nettement ta préférence, avec ce doublon du diable, «Hey-Hey-Hey-Hey» suivi d’«Ooh My Soul», qui te ramonait le wop-a-loop. Le bleu inaugura une vie entière d’écoute de disques. Depuis ce jour de 1964, «Hey-Hey-Hey-Hey» est resté le modèle absolu en matière de sauvagerie, le mètre étalon du blast, l’insurpassable brûlot. Jim Jones est le seul qui ait OSÉ reprendre «Hey-Hey-Hey-Hey», et il convient de le féliciter, car ce petit cul blanc est loin d’être ridicule.

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Signé : Cazengler, Little Ricard

Little Richard. Hey-Hey-Hey-Hey/Ooh ! My Soul/Good Golly Miss Molly/Baby Face (N°5). Disques London 1964

 

 

L’avenir du rock

 - Out Demonas Out !

 

         Comme il a du temps devant lui, l’avenir du rock profite de son errance dans le désert pour faire le point sur sa spiritualité. Il cultive depuis toujours un sens pratique qui lui permet de rentabiliser les temps morts. Alors bien sûr, il ne croit pas aux âneries classiques, ni aux notions de bien et de mal, et encore moins à celles de l’enfer et du paradis. Il ne croit que ce qu’il voit. Et  lorsqu’il se demande où ses pas le portent, il se réfère au destin, la seule concession qu’il puisse faire à l’immatériel. Ainsi, errer dans le désert, c’est marcher vers son destin. Au moins, comme ça, les choses sont claires. Et puisque le destin est éternel, alors il sait qu’il va errer pour l’éternité, ce qui d’une certaine façon le rassure. Il existe des destins bien moins favorables. Il comprend confusément qu’il vient de s’inventer un mythe confucéen. Alors il reprend tout à zéro pour être sûr de son coup - marcher, destin, éternel - et il en arrive à la même conclusion : errer pour l’éternité. Il se sent à la fois tributaire de sa raison et victime de son enthousiasme. Il est tellement absorbé par son postulat qu’il n’a pas vu arriver le diable.

         — Alors, avenir du rock, on gamberge ?, lance le diable d’une voix formidable.

         — Chuis pas surpris de vous croiser dans cet enfer. Et puis sachez bien mon vieux Satan que vous ne m’avez jamais impressionné.

         — Misérable imbécile, comment oses-tu défier le diable ?

         — Je ne crains ni la mort ni le diable, c’est pas la peine de me faire vos gros yeux, ça ne marche pas avec un mec comme moi.

         — Ahh Ahh Ahh ! C’est bien la première fois que j’entends de telles balivernes ! Et si tu ne crains ni la mort ni la diable, que crains-tu donc, misérable avorton ?

         — Des Demonas !

 

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         Il semblerait que Des Demonas aient eu l’idée de renouer avec le mythique ramshakle d’In The Red. T’as deux albums pour y voir plus clair : le premier album sans titre paru en 2017, et Apocalyptic Boom Boom, paru l’an passé.

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         L’album sans titre est une bombe de modernité. T’as déjà ce black Jacky Couguar qui chante bien, mais t’as en plus un vétéran de toutes les guerres à la gratte, Mark Cisneros, qui a battu le beurre avec The Make Up, puis gratté ses poux pour Kid Congo. Tu sais que t’es sur In The Red dès «The South Will Never Rise Again». Le Couguar deliver the goods ! Oh les gerbes ! Puis t’as le «Tuff Turf» bien explosé du bananas, le Couguar est complètement nuts. Ça pue encore la modernité dans «Lies», ça gicle de partout. Vitalité et modernité sont les deux mamelles des Des Dem. L’angle de «Sideways Man» est un peu plus new wave, mais le Couguar se lance tellement bien dans la bataille qu’on leur pardonne. Ça vire absolute beginner d’extrême onction. Et puis t’as un «Psychedelic Soldier» écrasant de power définitif. T’assistes là à un fantastique déroulement du dévolu. Le phénomène n’est pas courant, aussi faut-il en profiter. Les Des Dem te rappellent la claque de Davila 666 : avec «Brown Rooster», ils tapent dans le même genre de registre : power + unexpected. T’as de l’allure jusque dans les os du beat. Explosif ! Tu retrouves encore toute la musicalité d’In The Red avec «Do No Wrong». Accès direct à la modernité, avec le foutoir habituel - I wanna die black the blue suede shoes/ I do no wrong - Quelle énergie du son ! Ces mecs jouent à la vie à la mort d’In The Red. Encore de l’excellente dégelée avec «Golden Eggs». Ils n’en finissent plus d’arroser dans la joie et la bonne humeur. Fin de parcours avec le pur blast de «Teen Stooge». Attaque de front. Sans pitié. On retombe dans les racines d’In The Red. Ça cogne dans le bastingage, avec de l’harsh killer solo à rallonges. Fabuleux killer ! Cisneros forever ! T’es sur In The Red, avec les mêmes pochettes qu’avant, la même avant-garde gaga, la même pulsation du trash, la vraie vie de l’underground US.

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         Leur deuxième album s’appelle Apocalyptic Boom Boom. Malgré ce joli titre, il est nettement moins bon que le premier. Plus groovy, dirons-nous, plus hanté, plus Des-Demonic. Avec le morceau titre, ils plongent dans les ténèbres de l’heavy doom. Jacky Couguar adore ça. Mais ils ont perdu leur niaque d’In The Red. Cisneros finit le cut en mode dentelle de Calais. Il faut attendre la B et «Elvis & Nixon» pour trouver des gros accords garage. Ça pulse dans l’In The Red, mais c’est pas bon. Ils sauvent les meubles avec l’excellent «Miles Davis Headwound Blues», le Couguar se jette enfin dans la bataille et ça finit par prendre feu. Puis Cisneros s’en vient hanter «Backwards Man» et il te file ta dose. Tu devras te contenter de ça.

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         Muni de ces deux aperçus, tu files au Club. Ça fait un bail qu’on a pas vu un groupe In The Red sur scène. Le Couguar arbore un fantastique T-shirt, «Trump is a pig». Comme ça au moins les choses sont claires. C’est un slogan qui devrait vite devenir universel. Ils démarrent avec le «Tuff Turf» du premier album et, intérieurement, tu pries Dieu pour qu’ils restent le plus longtemps possible sur les cuts

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 du premier album. Te voilà au pied d’une montagne nommée Mark Cisneros, la hauteur de cette incarnation parfaite du garage underground américain te donne le vertige, ce vétéran gratte les poux fielleux et acides, perçants et cintrés, coriaces et corrosifs, il gratte les poux que tu préfères, les poux étrusques et étranges, les poux denses et dantesques, les poux qui grattent et le poux qui puent, les poux fidèles et les poux qu’on épouse, les poux qui puisent et les poux qui poissent, les poux qui pissent et les poux qui passent, les poux qui piquent et les poux qui percent, les poux d’impair et passe et le poux de bonne aventure, les poux d’avant-garde et les poux d’arrière-cour, les poux qui mirobolent et les poux qui astrobolent, tout repose sur lui, Mark la montagne gratte une patte en avant, prodigieusement concentré. Il a des allures de

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géant. Et comme c’est souvent le cas, Dieu n’a pas entendu ta prière car voilà que nos amis Des Domonas tapent dans le deuxième album. Fuck ! On reconnaît tous ces cuts qui retombent comme des soufflés, «The Duke Ellington Bridge», «Fascist Discotheque», «Restructuring», mais heureusement «Miles Davis Headwound Blues» relève un peu le niveau. Fantastique version de «The South Will Never Rise Again» vers la fin du set, belle tranche palpitante de garage cahotant, c’est là qu’ils font la différence et qu’ils renouent avec ce qui fait la spécificité d’un label comme In The Red : le garage d’avant-garde et l’harsh du son. En rappel, ils tapent «The Ballad Of Ike & Tina» et blastent pour finir un fantastique «Psychedelic Soldier» tiré du premier album. L’honneur est sauf.  

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Signé : Cazengler, Demonaze

Des Demonas. Le 106. Rouen (76). 10 février 2026

Des Demonas. Des Demonas. In The Red Recordings 2017

Des Demonas. Apocalyptic Boom Boom. In The Red Recordings 2024

 

 

L’avenir du rock / In Mod we trust

- Light my Spitfires

         On s’amuse bien le mardi soir chez l’avenir du rock, en son coquet salon de la rue de Rome. Le Cercle des Pouets Disparus est à nouveau réuni pour une séance d’automatisme psychédélique de la pensée en dehors de toute contrainte marmoréenne ou esthétique. Le thème de la soirée est le fire, c’est-à-dire le feu sacré, l’emblème de la confrérie. Comme d’usage, Paimpol Roux s’expose le premier, c’est un sanguin, un téméraire, il pointe un doigt noueux vers le lustre de cristal et lance d’une voix de stentor celtique :

         — I âm... the god... of hellfire !

         La petite assemblée pousse un oooouuuh d’admiration symbolique. Galvanisé par la chaleur de la clameur, Paimpol Roux reprend, avec une spontanéité qui n’a d’égale que l’inénarrable élégance de sa crinière échevelée :

         — Côme on baby ! Light my fire !

         Et il ajoute en s’étranglant d’extase mystique :

         — Try to set the night on fiiiiiiiiiiiiiiiiiiire !

         Les Pouets Disparus applaudissent à tout rompre et entonnent, en tapant du pied :

         — Une autre ! Une autre !

         Dopé par ce rush quintessentiel, Paimpol Roux lève les deux bras au ciel, et puise, au plus profond de son larynx d’airain :

         — The fire of lôve... is burning me...

         Et il ajoute, en s’écroulant à la renverse sur le guéridon Louis XV :

         — The fire of love won’t let me be...

         — Une autre ! Une autre ! Une autre ! Une autre ! Une autre ! Une autre !

         Paimpol Roux se relève péniblement et ramasse le seau à champagne qu’il a entraîné dans la chute de son règne. Il sort un grand mouchoir à carreaux de la poche de sa vareuse en satin vert émeraude, et lance d’une voix de capitaine de flibuste :

         — Vive le fire des Spitfires !

 

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         Incroyable que Paimpol Roux connaisse les Spitfires ! Il est vrai que l’avenir du rock n’invite pas n’importe qui chez lui. C’est, comme on dit, du trié sur le volet.

         Autre chose : les Spitfires sont un groupe Mod anglais. Ils devraient donc apparaître dans la célèbre rubrique ‘In Mod We Trust’, mais pour de sombres raisons éditoriales, l’avenir du rock a décidé unilatéralement de fusionner les deux rubriques.

         Et comme nous ne sommes plus à une coïncidence près, les Spitfires jouent dans le coin, alors on suit le conseil de Paimpol Roux et, sans plus réfléchir, on se précipite à la Traverse.

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         En préliminaire, tu vois Billy Sullivan arriver sur scène en mohair tonic gris passé sur un polo bordeaux, chaussettes assorties au polo et mocassins noirs. Il accorde sa Ricken et tire bien les cordes pour les mettre en condition. Coupe de cheveux early Small Faces. L’ensemble coupe/pretty face/mohair/Ricken est l’une des images qui dit le mieux la perfection du rock anglais. Il faut savoir que ce genre de petit mec ne vit que pour ça, la culture Mod. Comme l’a si bien dit Eddie Piller dans Clean Living Under Difficult Circumstances: A Life In Mod – From the Revival to Acid Jazz, ça n’est possible qu’en Angleterre.

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         T’as le look et t’as le rock. Les Spitfires sont trois : un petit batteur hautement tonique, un bassman qui ne la ramène pas mais qui fait son Ox dans son coin, et Billy Sullivan superstar. Oh bien sûr, il sonne un peu comme Paul Weller, mais il faut le voir faire le show, c’est un spécialiste du Mod rush, des soudaines montées d’adrénaline, il peine à contenir sa fougue, il est mille fois plus électrique que tous les garage-bands réunis, c’est un peu comme s’il lançait des petits éclairs, tout dans son jeu dit la gloire des Mods anglais, cette façon qu’il a de plier la jambe en l’air, de jeter la tête en arrière au coin d’un couplet, de pincer les cordes avec ses gros doigts agglutinés, cette voix sourde qui dit les Mods mieux que tout le reste, et cette extraordinaire faculté à déambuler sur la grande scène en grattant d’hallucinants mish-mash toniques de Ricken, t’en reviens pas de voir un mec aussi accompli, aussi brillant, aussi électrique, aussi pur. Billy Sullivan te bluffe, même si t’aime pas trop les Jam, il est inféodé, c’est évident, mais on voit plus en lui l’early Pete Townshend que Weller, car il a cette grâce de l’invincibilité, on pourrait presque dire cette grâce de la jeunesse éternelle. T’es sûr et certain que dans 20 ans, Billy Sullivan aura la même gueule. On prend les paris.

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         Il attaque son set avec «The Great Divide», le cut d’ouverture de bal de MKII, son dernier album et le boucle avec «4am» tiré de son premier album, Response. Il boucle son rappel avec «The New Age» et «Over And Over Again» tirés de Year Zero. Il peut taper dans ses réserves, pas de problème.

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         Tu ramasses MKII au merch du p’tit batteur. Tu retrouves «The Dreat Divide» et son fond de ska dans la rythmique. C’est très anglais et c’est la raison pour laquelle ça ne marche pas en France. On retrouve cette ferveur ska dans «When Did We Go Wrong», c’est même de l’heavy ska, ça tape dur, il combine l’énergie du tonic suit avec celle de l’hard ska. Mais les autres cuts sont trop pop. Il propose une pop anglaise surchargée. On retrouve un petit éclair de Mod craze vers la fin avec «The Witing’s On The Wall», mais c’est pas si bon.

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         Pour te replonger dans l’excellence du set, il vaut mieux écouter le Live At The Electric Ballroom paru en 2022. Tu ne perdras pas ton temps. Tous les ingrédients sont là : la tension, le chant sourd, le ska beat. On ne peut pas nier cette ferveur. Il boucle son balda avec un «Stand Down» somptueusement cuivré et chanté à la sourde. Et ça continue en B, tout est gorgé de clameurs anglaises et de nappes de cuivres et il enfonce bien le clou du New Age dans «New Age», ça cuivre à la vie à la mort. Quelle insistance ! En C, on flashe facilement sur «Over & Over Again» : pop dense, charnue, tendue, toujours chantée à la sourde. Et en D, t’as deux énormes compos, «Something Worth Fightin’ For» et «Return To Me». C’est de la belle dramaturgie cuivrée, le p’tit Billy fait preuve de grandeur atmosphérique, ça pèse son poids, et il regagne la sortie avec «I’m Holdin’ On». Il renoue avec le r’n’b à l’anglaise ! Tu finis par te faire avoir. Ce mec est brillant, même s’il paraît extrêmement austère.

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         Chouette s’est-on dit quand on a mis le grappin sur Response, le premier album des Spitfires. Joli quarteron de Mods anglais, on va se régaler. C’est vrai qu’ils ont le look, les coupes et les Ben Sherman. Au dos, on voit une Rickenbacker adossée à un ampli Orange, donc ça renvoie plus aux Jam. Effectivement, «Disciples» sonne comme du pur Weller, joué au beurre appuyé et bien décidé. Très bardé et même très bardant, ils sont dedans, mais dedans quoi ? Dans cette petite surexcitation de pousse-toi-de-là que-je-m’y-mette. Ils se déclarent au fisc Mod. Pas de surprise, c’est du sur-cousu de Bespoké. Il faut attendre «Escape Me» pour s’intéresser vraiment au groupe. Voilà un cut chargé de son jusqu’à la gueule, comme on le dit d’un canon. Billy Sullivan est un clone pur de Weller, il chante à l’astonish atonality, derrière ça bombarde sec avec des cuivres, et un solo de sax vient jeter de l’huile sur le feu de l’enfer Mod. C’est brillant. On dira autant de bien de «Spoke Too Soon», le slow super-frotteur des Spit, bien monté en noise, imparable, oui, imparable c’est le mot, ils flirtent avec le Mercury Rev, c’est assez engagé et ils terminent avec un bouquet final en forme d’apothéose. Alors on applaudit. Retour au big holdin’ on avec «I’m Holdin’ On», embarqué au pur raw Mod energy. À tomber ! Dommage que Billy Sullivan ne fasse que du Weller. D’autres cuts sont trop Jam pour être honnêtes. Par contre, «Words To Say» tape dans le mille de la cocarde. Here we go ! Pumping Mods, excellente pulsion des Watford Mods. C’est presque du forever. Ils restent dans cet éclat du Mod power avec «When I Call Your Name». Ils font exploser leur box office, ils sortent des recettes à base de nitro Mods, ça saute à tous les coups, ils sont capables de grosses envolées dévastatrices, c’est plein de veines, plein de vitalité pré-pubère, ça vire mad Mod frenzy. Ils jerkent le Mod power. 

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         La grande qualité des Spitfires, c’est l’ampleur du son et leur grand défaut, c’est un appétit démesuré pour le mainstream sound. Paru en 2016, A Thousand Times est un album qui laisse perplexe. Billy Sullivan chante trop, il se positionne dès le morceau titre au sommet du pop Mod sound anglais. Il a même du mal à respirer dans les paquets de mer. On croirait qu’il chante au large de Terre Neuve. Il invente un genre nouveau : le big Atmospherix de Terre Neuve. Si tu veux goûter au fin du fin, c’est-à-dire au pur British sound, il faut que tu ailles tout de suite écouter «I Don’t Even Know Myself». Billy Sullivan fait du Moz, avec une big prod et des échos de voix auxquels se mêlent des échos de trompette et de Blue-beat. Ils développent des dynamiques infernales et du coup, ils déboulent dans la cour des grands. L’autre point fort de l’album s’appelle «On My Mind» et ça frise le sous-Weller, mais ils savent développer leur potentiel et cavaler dans leur Wall of sound. Billy Sullivan chante déjà d’une voix de vieux et invente un deuxième nouveau genre : the Wall of Mod. Les Spitfires jonglent avec les raz de marée et les overwhelmings, enfin tout ce qui peut dépasser les bornes. Billy Sullivan veut de toute évidence laisser sa trace, alors il charge sa barque. «Last Goodbye» est chargé de son à outrance, tout est claqué du beignet, trop claqué, trop chargé, mais de quoi se plaint-on ? «Day To Day» flirte atrocement avec le mainstream, jusqu’au moment où ça bascule dans un fabuleux shake de Spit et ils développent un shuffle inespéré. Ces mecs sont dans la vie. Ils semblent vouloir revenir au Mod Sound avec «So long», c’est assez fin et en même temps bardé de tout le barda du régiment. Dans le booklet, on voit des images clés, la pochette d’un album de Curtis Mayfield et un truc des Redskins, plus la couve du Clockwork Orange d’Anthony Burgess. Nous voilà renseignés. On s’amourache des violentes escalades qui animent «The Suburbs» et Billy Sullivan frotte son «Return To Me» au groove reggae, il se frotte à tout, il est frotté d’office et un solo coule entre les cuisses du groove.

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         Pas de surprise avec Year Zero, paru en 2018. C’est le mélange habituel de ska et de MODus Cubitus. Les Mods se régaleront de «Sick Of Hanging Around». Les Spitfires cherchent l’autre passage, celui du hit mélodique heavily orchestré. Ils ont pas mal de ressources, c’est aussi complet que peut l’être le riz complet. Les solos de trompettes indiquent clairement les voies du seigneur, celles qu’on dit à juste raison impénétrables. Encore de la bonne énergie sur «The New Age». Ça bouillonne de Mod craze. Rien qu’avec ces deux cuts, ils sauvent leur album. Que peut-on dire du reste ? Oh pas grand-chose d’intéressant. «Remains The Same» flirte avec le ska Weller, mais ça tourne vite à la caricature. Billy Sullivan avance à la force du poignet, aidé par une trompette. Les cuts suivants sont un peu trop Jammy pour être honnêtes. Billy Sullivan et ses amis créent une sorte de power populaire à base de reggae et d’indicibilité working class mal dégrossie. Ça sent le Ben Sherman mal lavé. Il chante «Over & Over Again» à l’Anglaise de hit-parade. Ça update trop. Malgré sa voix ingrate, il parvient cependant à imposer sa présence sur les ruines de l’Empire britannique. Il puise énormément dans le groove des West Indies. Sur la photo qui se trouve à l’intérieur du digi, ils se sentent très concernés. Tu veux briller en société, Billy, alors vas-y, brille. Les Spitfires tapent «Move On» au dub de quartier. Ils restent dans le feu de leur action avec des trompettes, c’est très speed, comme l’indique le titre. Ils terminent avec un autre dubby dubbah, «Dreamland». En fait, ça les honore, car Billy dub it right, et ça en dit long sur la pureté de ses intentions. Pas question de déroger, il faut y aller.

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         Il n’est pas surprenant de voir les Spitfires débarquer sur Acid Jazz avec leur quatrième album, l’excellent Life Worth Living. Acid Jazz est un des labels qui fait partie comme Fat Possum des composantes de l’avenir du rock. Tant que ces mecs-là sont aux manettes (Eddie Piller et Matthew Johnson), l’avenir du rock peut naviguer en père peinard sur la grand-mare des canards. Comme Bette Smith avec la Soul, les Spitfires redorent le blason du Mod Sound avec une stupéfiante énergie. En bons Spitfires qui se respectent, ils font feu de tout bois dès «Start All Over Again». Pas de titre plus prophétique, ils amènent ça avec des cuivres, ils se prennent un peu pour le Weller, ils sont déterminés à vaincre et ils vainquent. Ils sont même écrasants, avec leurs chœurs de cathédrale. Ils basculent - et nous avec - dans l’overwhelming. Deux cuts mériteraient de devenir des hymnes du Mod Sound : «Tear This Place Right Down» et «Have Your Way». Le premier est sacrément cuivré de frais, on se croirait sur le dance-floor du Wigan Casino, c’est un fantastique shoot d’exaction modéliste, ils jouent leur carte à fond. Ils explosent le deuxième à l’energy black-bomber, grosses veines dans le cou et cheveux taillés court. Quelle science de la teigne ! Ils partent aussi à l’aventure sur deux ou trois cuts, comme «It Can’t Be Done» (heavy Mod Sound avec de l’harmo intentionnel), ou encore «Kings And Queens», qui va plus sur le blue-beat de l’épicier du coin. Ils sont nourris de ça, avec un chant trop généreux qui risque de les précipiter dans le mainstream. Ils restent dans l’excellence blue-beat avec «(Just Won’t) Keep Me Down». On les voit danser comme des scarabées dans les pubs des suburbs, ils sont en plein dans leur trip Mod, avec toute l’énergie West Indies, c’est un truc assez vif. Et puis avec «Tower Above Me», ils vont droit sur le Mod pop, on les accueille à bras ouverts, même s’ils trempent parfois dans des resucées. Mais c’est bien foutu, comme chez Moz. Ben Sherman & tattoos, les images du booklet sont très belles, bien suburbic. Billy Sullivan se bat sur toutes ses chansons, il frôle parfois le gothique, comme le montre «Make It Through Each Day» et donc il perd des points dans les sondages. Il faut faire gaffe, p’tit Billy à ne pas trop bien chanter, car tu risques d’aller péter plus haut que ton cul comme d’autres avant toi, et ce n’est pas un spectacle très plaisant.  

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         Encore un petit coup d’Acid Jazz avec Play For Today. Bon, c’est pas l’album du siècle, mais t’as une prod qui défie toute concurrence. «Save Me» te saute au pif, pulsé par un heavy drive de basse. Oh ça sent bon la big Mod craze, mais c’est un peu plus sophistiqué. Le p’tit Billy flirte par mal avec la new wave avec les cuts suivants et ça peut indisposer. Retour aux affaires sérieuses avec un «Did You Have To Go?» fantastiquement orchestré. Il grimpe au paradis du paradigme. Le seul vrai cut de Mod craze sera ce «Spoiler Alert» bien gratté à la cisaille. Dernier coup de prod avec «Costa Del Mundane», on peut parler d’extrême pop d’Acid jazz ultra produite. Te voilà bluffé.

Signé : Cazengler, Spitfoireux

Spitfires. La Traverse. Cléon (76). 31 janvier 2026

Spitfires. Response. Catch 22 Records 2015

Spitfires. A Thousand Times. Catch 22 Records 2016

Spitfires. Year Zero. Hatch Records 2018

Spitfires. Life Worth Living. Acid Jazz 2020

Spitfires. Play For Today. Acid Jazz 2022

Spitfires. Live At The Electric Ballroom. Catch 22 Records 2022

Spitfires. MKII. Bellevue Music 2025

 

 

Wizards & True Stars

 - Jett set

(Part Two)

 

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         Dans Bad Reputation: The Unauthorized Biography of Joan Jett, Dave Thompson suit méthodiquement la carrière solo de Joan Jett. Il passe tous les albums au peigne fin et donne quelques informations sur le destin des anciennes Runaways. Jackie Fox

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 devint une spécialiste de la juridiction artistique. Sandy West travailla pour un gros dealer local, et Lita Ford rêvait de faire un retour fracassant. Mais pour Joan, les temps sont difficiles, car aucun label ne veut d’elle. On disait qu’elle ne savait pas chanter. Par miracle, Kenny Laguna, vétéran des circuits de production, la prend sous son aile et fait jouer ses relations. 

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         Le premier album solo de Joan s’intitule Bad Reputation. Dès le morceau titre, elle donnait le ton : glam-punk. Morceau excellent, devenu un classique. Elle fait sa vaurienne. Elle essaie de s’imposer. Par facile, pour une jeune femme de s’imposer dans le monde du rock électrique, essentiellement masculin. Mais Joan a décidé de s’accrocher. On sent bien qu’elle en veut, qu’elle est teigneuse. À sa façon, elle créait un style avec « Bad Reputation ». Steve Jones et Paul Cook jouent sur deux morceaux, « You Don’t Own Me » (reprise de Lesley Gore) et « Don’t Abuse Me », mais il ne se passe rien de particulier, hormis le killer solo en deux notes que place Steve Jones dans « Don’t Abuse Me ». Elle fait deux reprises de Gary Glitter, « Do You Wanna Touch Me (Oh Yeah) » et « Doing All Right With The Boys ». Elle joue la carte du real glam stomp drumbeaté à la Top Of The Pops, bardé d’accords en disto et bien espacés, comme le veut la règle. Elle adore le gros son imparable. Joan nous emmène dans son jardin magique, dans sa prédilection, sur sa terre promise, dans son intimité. Le glam est son bras armé, sa raison d’être. Parmi les autres invités de ce disque, on trouve Sean Tyla qui gratte sa gratte dans « Jezebel ». Elle finit avec une belle reprise musclée du « Wooly Bully » de Sam The Sham. Et puis voilà.

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         Son second album s’appelle I Love Rock ‘N Roll. Au moins avec elle, les choses sont claires. Le morceau titre est aussi un beau classique glam pur jus. Elle respecte bien les règles d’or du glam à l’ancienne : bon son, bon drumbeat et jolies manières au chant. Elle tente une reprise du « Crimson And Clover » de Tommy James, en mode heavy. Elle tente d’en faire un gros hit ventru. Elle frôle la vérité. Mais l’hit de l’album, c’est une reprise du Dave Clark Five, « Bits & Pieces ». En plein dans le mille ! Solide prouesse de glammeuse, ça stompe pour de vrai, t’as le real deal avec un chant en retrait. Elle œuvre au guttural. Dans « Oh Woe Is Me », elle revient à Keef par sa façon de claquer sa ruffalama. Elle chatouille les bollocks du rock avec inspiration. On ne pourra jamais lui enlever ça. Et elle finit avec un beau shoot de power-pop, « You Don’t Know What You’ve Got ». Elle rugit comme une lionne. Sacrée Joan, dans son genre, elle restera la meilleure.

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         Album arrive dans les bacs en 1983. On y trouve une superbe reprise du fameux « Everyday People » de Sly Stone - Ouuuh cha cha - bien dotée et inspirée. On sent le répondant. Elle tape ensuite dans les Stones, avec « Star Star » mais elle sonne encore comme une ingénue libertine. « The French Song » est beaucoup plus solide, car claqué aux accords de la cavalcade - J’aime faire l’amour surtout à trois - et elle riffe gras, bien à cheval sur les ambiguïtés de la partouze. Avec « Tossin’ And Burnin’ », elle s’énerve et ça lui va bien. C’est un beau cut de pop de juke. Elle passe un joli classique sous le manteau. Franchement, c’est un étrange mélange de rudesse hollywoodienne et de belle pop américaine. Joan s’en sort admirablement. Elle claque « I Love Playing With Fire » à l’accord et le chante avec une pointe de colère, mais ça sent le déjà vu. Elle prend « Had Enough » à l’anglaise, avec un petit filet de morve à la Rotten.

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         Glorious Results Of A Misspent Youth grouille de hits. On voit rarement des albums aussi bons dans les bacs des marchands. Elle attaque avec une belle retape de « Cherry Bomb », le vieux hit des Runaways. Elle fait son cirque - Hello Daddy ! Hello Mom ! - et elle ch-ch-ch-cherrybombe oh yeah ! Admirable ! Elle tape ensuite dans son idole Gary Glitter avec « I Love You Love Me » et fait du heavy glam extravagant. Elle n’hésite pas à faire main basse sur l’empire de ce vieux pervers. Avec « Frustrated », elle délivre sa vision de la pop à grosse bassline. Ça devient très vite fascinant car le cut est solide, malgré un refrain un peu faible, mais elle repart aussitôt après en walking bass. Elle fait son teenage rampage. Avec ce cut, on a tout ce qu’on aime dans le rock. On retrouve la grosse ambiance glam cadavérique qu’elle affectionne particulièrement dans « Talkin’ Bout My Baby », vraie pièce de choix chantée au chi-chi et agrémentée de cris d’hyène des faubourgs. Elle tape dans le pur génie de juke et envoie un solo tordu qui boite. Avec « Need Someone », elle fait du Brill musclé. C’est bourré d’énergie. Joan Jett s’y montre démoniaque. Elle sait allier le sucré et le power. Elle tape un peu plus loin dans le boogie des diables réunis avec « New Orleans », un classique de Gary US Bonds. Gary fait les chœurs. Et ça devient tout simplement énorme. Plus énorme ? Ça n’existe pas. S’ensuit un « Someday », gros groove reptilien sur lequel on marche et dont la peau éclate - Splish splash. Retour foudroyant au glam avec « Push A Stomp » - I say hey hey ! - Joan grimpe directement au firmament du glam, sans demander l’avis de personne. Glorious Results Of A Misspent Youth mérite vraiment sa place dans ton étagère.

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         Good Music passe un peu inaperçu, en plein cœur des années 80. Elle tape dans « Roadrunner » et se prend pour les Modern Lovers, mais elle n’a pas la voix pour ça. Ni pour « Light Of Day », où elle veut passer pour plus méchante qu’elle n’est en réalité. Dommage, car cette compo montée sur un beat glam est rudement solide. L’hit du disque, c’est bien sûr « Black Leather », monté sur un riff insolent et elle nous balade au talking-jive de rapper. Elle sait swinguer un beat. Dommage qu’elle ne le fasse pas plus souvent. Son truc sonne comme une vraie bête de juke. C’est là qu’on reconnaît la grande Joan, la petite punkette de Los Angeles. Sa diction de street girl ne trompe pas. Elle revient au vieux beat Glitter avec « Just Lust », orné d’un joli solo traversier, puis elle tape dans Jimi Hendrix, comme le fait Chrissie Hynde : elle sort une cover musclée d’« You Got Me Floatin’ ». Tout le psyché d’origine est au rendez-vous. Joan se réconcilie avec l’inspiration. Elle redevient la petite teigne qui ne se laisse pas faire. Elle chante ensuite « Fun Fun Fun » un peu faux, mais les Beach Boys au grand complet volent à son secours. Ils sont tous là, Carl Wilson, Mike Love, Al Jardine et Bruce Johnston. Magnifico.

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         Up Your Alley sort en 1988 et elle attaque avec un vieux glam défraîchi à la Glitter, « I Hate Myself For Loving You ». Elle pousse ses raoouuuhhh de petite panthère d’Hollywood, et Ricky Byrd place l’un des solos dont il est le plus fier. Il se dit d’ailleurs inspiré par Leslie West et Jeff Beck, ce qui n’est pas rien. Elle fait une reprise de Chucky Chuckah, « Tulane », bien tapée au beat, mais désolé, Joan, tu ne feras jamais le poids avec un mec comme le vieux Chucky Chuckah. Elle essaie de se rattraper avec les Stooges et saute sur « Wanna Be Your Dog », et c’est raté, car elle chante mal. La pauvrette chante par les narines et elle pousse un petit euhhh juste après le fatidique face to face. Elle croit qu’en imitant un chat qu’on torture elle va pouvoir chanter comme Iggy. C’est atrocement prétentieux. Cette reprise est le comble du déballage de mauvais goût. C’est la raison pour laquelle elle s’est discréditée, à l’époque. On pense à ces mauvais frimeurs des Guns N’ Roses qui se prenaient pour Ron Asheton. Dans cette version inepte, Joan ramène son cher cocotage, ce qui n’a rien à voir avec les Stooges. Mais comme elle est l’enfant terrible du rock américain, on lui passe tous ses caprices. Elle revient ensuite au glam avec « I Still Dream About You ». Il faut un peu de courage pour aller au bout de cet album.

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         Avec Notorious, Joan nous repond un fantastique album. Ça démarre en trombe avec « Backlash », une excellente pièce de rock électrique, co-écrite avec Paul Westerberg. C’est digne des Stones, mais avec de l’épaisseur en plus. Elle nous claque ça au beignet de l’accord. Franchement, c’est elle que les Stones auraient dû embaucher, pas Mick Taylor. Autre perle : « The Only Good Thing » clap-handy dès l’intro et montée sur un riff de gras double. Joan est particulièrement bonne sur ce genre de coup de force. Elle voulait devenir rock star ? Elle est devenue rock star. Elle joue le jeu à fond. Son cut éclate au ciel, dans des tons bien glam. Avec « Nachismo », elle va chercher le gros beat. C’est battu à l’encan. Cut extrêmement intéressant car inspiré et monté sur une basse chantante, un vrai hit de juke. Ils sont trois et Joan envoie ses waouuuh juste quand il faut. Solo à la ramasse, claqué par derrière. C’est tout simplement exceptionnel. On croit que c’est fini, pas du tout. Elle passe une nouvelle vitesse avec « Tradin’ Water » monté sur le beat de Gary Glitter. C’est de l’heavy glam. Elle a tout compris : le stomp et la teigne glitter. Franchement, on peut écouter Joan Jett les yeux fermés, elle ne prendra jamais les gens pour des cons. Elle finit avec un « Wait For Me » claqué au glam angelino. Elle monte son truc à l’œuf de la mayo, le bat au clap-hands et tend l’ambiance avec le suspense du glam. 

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         The Hit List est un album de reprises. Alors, attention aux yeux. Tout le monde n’est pas David Bowie, comme dirait Aragon. Ça commence très mal avec « Dirty Deeds » d’AC/DC. Absolument aucun intérêt. Il faut attendre « Pretty Vacant » pour commencer à rigoler un peu. On entend un gros pounding destiné à singer Paul Cook. Joan descend directement dans le cut - I’ve got no reason it’s all too much - et on reste bien sûr dans la nostalgie des Pistols. Le son est bon, car Joan respecte le travail de Steve Jones. Elle force adroitement sa voix et écrase ses mégots-syllabes. Puis elle tape dans Ray Davies avec une reprise de « Celluloid Heroes ». Le son est là, mais sa voix de fille ingrate ne colle pas à l’esprit chaud de ce classique. Elle ne dispose pas de la grâce requise pour ce genre d’exercice. Elle tape ensuite dans le « Tush » des Zizitops. Elle a beaucoup de chance, car son guitariste gratte des poux sérieux. Elle devient beaucoup plus ambitieuse avec sa cover de « Time Has Come Today ». Elle tente désespérément de compenser le brasier perdu au chant par sa morgue, et ça marche. Joan Jett s’attaque à des classiques hyper-chantés qui sont des modèles de raunch - Rotten, Gibbons et Chambers ne sont pas des petits chanteurs à la Croix de Bois, alors il faut rester prudent - ah ah ! - et elle essaie de pousser du nez. On aime bien Joan pour sa détermination exceptionnelle, même si elle frise parfois le mauvais plagiat. Puis elle refait comme Chrissie Hynde, elle retape dans Hendrix avec « Up From The Skies ». C’est un vrai suicide. Quelle folle ! Le résultat est atroce. Elle essaie le Jetter Hendrix. Bizarrement, c’est peut-être sa meilleure reprise. S’ensuit une cover d’« Have You Ever Seen The Rain » de Fog dont on ne voit pas l’intérêt. Elle tape ensuite dans les Doors avec « Love Me Two Times », avec un son de gratte dix mille fois plus gras que celui de Robbie Krieger. Elle tente de s’aligner sur Jim Morrison, mais c’est flasque. L’exercice des covers reste un exercice périlleux. Elle peut faire sa sombre voyoute, mais ça ne marche pas à tous les coups. Elle transforme le vieux classique des Doors en petite pop. Bel exploit. 

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         S’il fallait qualifier l’album Pure And Simple paru en 1994, on pourrait parler de ‘solid stuff’. Et même de ‘so solid stuff’. Joan revient à son cher glammy gloommy avec « Eye To Eye ». On sent la profondeur dans le son. « Spinster » est une belle pièce d’excellence. Joan y hurle à la limite de ses possibilités. « Torture » est certainement l’un de ses hits du mi-temps. On pense aux biscuits de la Mère Poulard. Quelque chose de classique et d’un peu traditionnel. Au moins, quand on l’entend dans « Rubber & Glue », on voit qu’elle a appris à chanter. En plus, elle est bien accompagnée. Elle a voulu s’entourer de mecs pour éviter de renouer avec le déclin des Runaways, mais on peut aussi ajouter sans vouloir être méchant que le son est autrement plus solide. Ce cut est une magnifique pièce de rock énergétique frappadinguée aux dingoïdes. Joan glisse sur des envolées power-pop et miraculeusement, sa voix suit, un peu éraillée, mais juste. Ses progrès sont spectaculaires. « Activity Grrrl » est bien amené par un grattage de poux légèrement provoquant. C’est relayé par une fantastique basherie de bloomstiquage et Joan pose là-dessus le cocotage dont elle est si friande. Chapeau bas, les gars. Sur ces entrefaites un solo arrive. Il est suffisamment bien roulé pour être pris en considération. Dans « Insécure », Joan fait sa femme mûre - Oh shit yeah - Elle adore jouer les gros bras. Une fois de plus, elle se vautre dans la power-pop. Elle continue dans la même veine avec « Wonderin’ » et passe même à la vitesse incendiaire. Encore une pièce de pure powerfulness avec « You Got A Problem », bien amenée, sérieuse et chantée haut perché. Elle n’a plus rien à prouver.  

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         Evil Stig sort en 1995. Elle est dans sa période Riot Grrrl et elle fréquente les Bikini Kill. Belle ouverture de bal avec « Sign Of The Crab », un punk-rock explosé du ciboulot et derrière Steve Moriarty bat un beurre dément. C’est hallucinant, puissant et défenestré. Moriarty va emmener tout l’album à un train d’enfer. Si vous jouez du punk-rock et que vous cherchez un batteur, contactez-le. « Drinking Song » est encore un fantastique punk-rock envoyé au combat. Ça sonne comme un hit anglais des années de poudre. Joan s’amuse comme une folle. C’est dingue ce qu’elle devient bonne en vieillissant. Avec « Last To Know », ça explose de plus belle. Joan chante dans la couenne d’une vague mélodie. Encore un morceau incompressible avec « Guilt Within Your Head ». Elle y pulse la bonne parole de la punkette de Los Angeles devenue grande. Avec « Whirlwind », elle claque l’étendard du féminisme. Elle rentre dans le chou du beat de « Second Skin » et elle s’énerve, alors chauffe Marcel, comme dirait Jacques Brel. Steve Moriarty bat ça à la vie à la mort. Jamais encore on a entendu un tel dingue au beurre. Elle revient à son cher cocotage pour « Activity Grrrl » et retape à la suite dans le vieux hit de Tommy James & The Shondells, « Crimson & Clover ». Elle alterne bien les accélérations et les ralentissements. Elle sait jouer sur tous les tableaux. L’album se termine avec « Drunks », un punk-rock dur, brutal, battu une fois de plus par ce dingue de Moriarty.

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         Surtout n’allez pas rapatrier ce Naked paru au Japon en 2004, car c’est un doublon de Sinner, paru dans la foulée aux États-Unis. Pas mal de gros trucs sur cet album. Elle recocote de plus belle dans « Riddley », un classique glammy bourré de chœurs et d’écho. Elle reste bien dans son monde qui est celui des clap-hands et des accords rock’n’roll. Elle veille à ce que les ingrédients du rock soient toujours présents. Il faut se souvenir de ce qu’elle disait de sa guitare : elle la sentait sur son pubic bone. Elle cultive à la fois l’élégance du sleaze et la pureté du style. Belle surprise avec « Everyone Knows », chef-d’œuvre d’énormité mélodique, stupéfiant de mise en place, et qui pue le sexe. Autre joli coup : « Change The World ». Elle y va, la petite Joan. Elle a derrière elle un groupe superbe et un batteur fou. Elle poursuit son rêve de rockstar. Elle envoie son classique glam-punk rouler dans les collines. Joan Jett veillera toujours à faire des bons disques. Elle saura toujours tirer le meilleur parti des  power-chords, du pounding, des chœurs d’artichaut, de l’énergie de nez et du chien de sa chienne. Wow Joan, quelle leçon d’intégrité ! Elle tape dans l’« Androgynous » signé Paul Westerberg. On tombe ensuite sur l’heavy, gras et bon « Fetish ». Elle chante ça à la reaînasse. Elle démolit tout avec son gimmick incroyablement heavy. C’est là qu’on comprend ce qu’elle veut dire quand elle parle de vocation. Dans « Watersign » se niche un solo explosif. Voilà un balladif digne de Chrissie Hynde. Écouter Joan Jett, c’est une façon de renaître. Encore du pop-glam de haut niveau avec « Turn It Around », power-chords et bastringue habituel. Puissance infernale de « Baby Blue », les chœurs font exploser la carcasse et c’est ravagé par un solo tellement cacochyme qu’il finit par s’étrangler. Tout ce qu’on aime dans le rock.   

         Quand Ricky Byrd quitte les Blackhearts en 2010, c’est Kenny Aaronson de Dust qui le remplace.

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         Les compiles de Joan Jett sont souvent de très grosses poissecailles. Ça vaut le coup de les pêcher. Flashback et Do You Wanna Touch Me sont parues toutes le deux en 1993. C’est du double concentré de tomate. Flashback propose pas mal de morceaux qu’on ne retrouve pas sur les albums comme « Real Wild Child » (lancé à 200 à l’heure), « Hide & Seek » (bourré d’énergie raunchy), « I Hate Long Goodbyes » (tout simplement bien foutu, accrocheur en diable, belle pièce de power-pop), « Cherry Bomb » (elle joue avec L7, inutile d’ajouter que ça dépote et que ça cocote sec), « MCA » (reprise démente du « EMI » des Pistols, elle chante comme Johnny et réussit l’exploit de sonner comme les Pistols. Elle veut du vrai rock, alors elle est bien obligée de taper dans ce qu’il y a de meilleur), puis elle sort une reprise infernale de « Rebel Rebel », le classique fatal par excellence. Elle est dessus dès l’intro. Elle y va. Pas d’affectation à la Bowie. Elle fait du Jett. On sent qu’elle adore ça. Elle claque ses accords rageurs et nous offre en prime un final explosif. Elle fait aussi une reprise superbe du « Be My Lover » d’Alice Cooper. Elle le bouffe tout cru - And I play guitar in a rock’n’roll band - Quelle bonne pioche ! Du coup le « Bad Reputation » qu’on trouve à la suite reprend des couleurs, il sonne comme un vieux hit pop, avec un solo effroyable. On trouve ensuite « Black Leather », gros glam à la Glitter et l’hit des Arrows d’Alan Merrill, « I Love Rock’n’Roll », l’archétype du stomp à sec - Play my favourite song !

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         Sur Do You Wanna Touch Me, on retrouve tous les vieux coucous de Joan, les reprises de Gary Glitter (« Do You Wanna Touch Me »), « Torture » (heavy pop sacrément bien foutue, le domaine où elle excelle), « Wonderin’ » (belle pop puissante jouée à l’accord électrique, dans la veine Runaways/Pistols), « Cherry Bomb » (version ultra-produite, du coup ça devient un classique glam, c’est d’une qualité irréprochable) et les reprises de Sly Stone (« Everyday People ») et de Bowie (« Rebel Rebel »).

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         Il existe un beau livre d’images au format carré qu’on prendra plaisir à feuilleter, si on aime bien Joan. Le Joan Jett de Todd Oldham paru en 2010 est un bel hommage iconographique à notre glammeuse favorite. On a 200 pages d’images souvent plein pot et on s’en goinfre comme une oie. Les photos sont souvent accompagnées de phrases terribles du genre : « Il existe très peu de gens comme moi qui considèrent le rock’n’roll comme une religion ». Ailleurs, elle dit que tout ce qui compte pour elle, c’est d’être sur scène. Elle raconte qu’elle voulut sa première guitare électrique à l’âge de 13 ans et comme tous les ados de sa génération, elle s’escrima à jouer les accords de « Smoke On The Water », d’« All Right Now » et d’« Iron Man ». Puis elle aborde la période Teenage Glitter Scene et donc la période Runaways. On entre ensuite dans la période solo et elle place une annonce : « Joan Jett recherche trois super mecs ». Ce seront les Blackhearts. Au fil des pages, on réalise à quel point Joan a su rester photogénique. Un vrai p’tit rock’n’roll animal. Elle explique qu’elle a appris à crier en écoutant Marc Bolan dans « Bang A Gong ». On voit pas mal de photos de Joan dans des stades, toute petite face à des gradins monstrueux remplis par des centaines de milliers de gens. Elle leur fait face, avec sa Gibson blanche très bas sur les cuisses. Et sur toutes les images, elle joue en barré. Ses confidences présentent toujours quelque chose de troublant. Elle dit à un moment qu’elle reste toujours très naturelle et qu’elle ne fait que ce qu’elle a envie de faire. « It’s me. What you see is what you get », le fameux wysiwyg d’Apple. On a ce qu’on voit. Elle rappelle qu’elle fait « ça » depuis l’âge de 15 ans et qu’elle s’est toujours habillée de la même façon. Cuir, bracelets à clous, make-up. Personne ne mettra plus son intégrité en doute.  

Signé : Cazengler, rhum away

Joan Jett. Bad Reputation. Boardwalk Records 1981

Joan Jett. I Love Rock ‘N Roll. Boardwalk Records 1981

Joan Jett. Album. MCA Records 1983

Joan Jett. Glorious Results Of A Misspent Youth. MCA Records 1984

Joan Jett. Good Music. Polydor 1986

Joan Jett. Up Your Alley. London Records 1988

Joan Jett. The Hit List. Blackheart Records 1990

Joan Jett. Notorious. Epic 1991

Joan Jett. Pure And Simple. Blackheart Records 1994

Evil Stig. Blackheart Records 1995

Joan Jett. Sinner. Blackheart Records 2006

Joan Jett. Flashback. Blackheart Records 1993

Joan Jett. Do You Wanna Touch Me. Blackheart Records 1993

Dave Thompson. Bad Reputation. The Unauthorized Biography of Joan Jett. Backbeat Books 2011

Todd Oldham. Joan Jett. Ammobooks 2010

 

 

Inside the goldmine

 - Peter Span

         Pas facile de situer un mec comme Édouard Spa. Fan de rock, c’est sûr, mais après ? Tu l’écoutes, tu l’observes et t’en déduis qu’il peut être plein de choses à la fois. Faux jeton ? Pointure ? Solide ? Pas solide ? En fait, t’en sais rien. Et puis pourquoi a-t-on toujours besoin de situer les gens ? T’as peur d’avancer trop loin dans une relation ? Peur de quoi ? Peur de te planter ? Ta petite fierté n’en finira plus de te jouer des tours. T’auras passé ta vie à tourner en rond avec les mêmes obsessions. Et pourtant, tu sais bien que tout se joue dans l’action. Le mal vient sans doute de là : le manque d’action. La routine relationnelle. Tu observes Édouard Spa et tu demandes si dans un cas extrême, il te sauverait la vie. T’en sais rien. Édouard Spa s’exprime correctement, il a encore une bonne coupe de cheveux, tu fais quelques pas avec lui et tu perçois son énergie du coin de l’œil, mais tu ne sais pas comment s’établit la circulation des fluides entre son esprit et le tien. Te comprend-il ? T’en sais rien. Disons que le contact est bon, puisqu’il repose sur un respect mutuel. Mais bien sûr, ça ne te suffit pas. D’une certaine façon, il affronte la mort, puisqu’il est malade. C’est un autre cas de figure. Tes meilleurs amis sont passés par là. Ils sont partis en beauté, l’un a refusé la fucking chimio, et avec l’autre, on est allés sur une plage avec deux bouteilles, une de tequila et une de sédatif, pour en finir dignement. Édouard Spa se bat à sa façon. Il vient tout droit du moyen-âge et sort son épée pour combattre un dragon dix fois plus grand que lui. Son héroïsme t’intéresse. Il est capable de vaincre le dragon. En attendant, il te fait écouter des bons 45 tours quand tu te pointes chez lui. Il les collectionne. Encore un bon point. Tu finis par accepter l’idée des «deux catégories» : celle des frères de sang et celle des mecs intéressants. 

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         Pendant que le Spa bâtit sa légende, penchons-nous sur celle du Span.

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         C’est Record Collector qui arrache le Mike Stuart Span à l’oubli, avec un petit article. Ouf ! Enfin, un article, c’est vite dit : juste une page, la rubrique ‘Under the radar’, vers la fin du canard. Tim Card a l’air d’être un connaisseur puisqu’il qualifie «Children Of Tomorrow» de «key British freakbeat/psych 45». On retrouve «Children Of Tomorrow» sur Eddie Piller Presents British Mod Sounds Of The 1960s Vol. 2 - The Freakbeat & Psych Years, sur Chocolate Soup For Diabetics Vol 2 et bien sûr dans le répertoire des mighty Embrooks. Ces références suffisent à situer le Span, petit groupe anglais des sixties. 

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(Brian Bennett)

         L’arme secrète du Span n’est autre que Brian Bennett, le guitariste. Il dit être entré dans le Span en répondant à une annonce parue dans le Melody Maker. Ils sont au plus mal (pas de maison de disques et pas de manager) quand ils enregistrent «Children Of Tomorrow» en 1968. Ils s’auto-financent. Ils tentent le tout pour le tout. 

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         C’est David Wells qui signe les liners de la petite compile Grapefruit parue en 2011, Children Of Tomorrow. Wells rappelle qu’en 1969, le groupe s’est appelé Leviathan et a enregistré 3 singles pour Elektra, avant que Jac Holzman ne leur coupe le sifflet. Un album enregistré pour Elektra existe, mais n’est sorti que récemment, sur le label de Record Collector. Intouchable. 

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         C’est Stuart Hobday qui lance l’affaire à Brighton. Premier groupe : The Mighty Atoms. Roger McCabe en fait partie. Puis le groupe va devenir le Mike Stuart Span, en inversant les deux prénoms de Stuart Hobday, et Span pour Span, c’est-à-dire étendue. Et puis un jour, leur guitariste Nigel Langham trippe au LSD et saute par la fenêtre, croyant voler. Splashhhh ! Après ça, les mecs du Span ne toucheront plus jamais aux drogues - They became a resolutely drug-free-zone - Dans un premier temps, ils

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continuent sans guitariste et enregistrent en 1966 leur premier single, «Come On Over To Our Place», une cover des Drifters. C’est ce smash qui ouvre le bal de la compile : pur Swinging London sound ! Inexorable ! C’est orchestré et chanté all over the place ! En 1967, ils enregistrent «Invitation», une heavy pop signée Mike d’Abo. Ambiance Small Faces, t’es hooké. Cette grande pop anglaise explose au firmament de l’underground ! Malgré la qualité des deux singles, EMI les vire. Alors ils se débarrassent de leur section de cuivres et passent la fameuse annonce dans le Melody Maker à laquelle répond le brillant Brian Bennett. Ils passent du r’n’b/Mod craze au rock psyché. Ils entrent en studio pour Decca et tapent une cover du «Rescue Me» de Fontella Bass, et ça donne une pop congestionnée et pleine d’espoir, soutenue par le bassmatic demented de Roger McCabe. Ils enregistrent aussi «Second Production», du full blown électrique et tendu. La fabuleuse puissance du groove t’ahurit. Mais Decca fait la fine bouche et les vire.

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         En 1968, ils montent leur label Jewel et entrent au RG Studio de Morden pour enregistrer «Children Of Tomorrow». Wells parle d’un «full-blown masterpiece». C’est pire que ça : wild as fuck. Fusillé du bulbique, félin et puissant, bardé de tout le barda du monde. Le single tire à 500 ex. C’est pour ça qu’il vaut une fortune aujourd’hui.

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S’ensuivent «You Can Understand Me» (digne des Hollies) et «Baubles & Bangles», peut-être un peu trop poppy, gâté par des hurlements de gonzesses hystériques. Les Span retournent au RG Studio enregistrer leur chant du cygne, l’effarant «World In My Head», attaqué à coups d’acou et qui, soudain, s’élance vers l’avenir. Brian Bennett te cisaille ça vite fait dans les tibias, c’est une pure approche novatrice, t’es complètement scié. Puis ils te jazzent le «Blue Day» vite fait, Roger McCabe tire les ficelles d’un drive de basse puissant, ils ont un son terriblement moderne. Brian Bennett est un génie, il prend le pouvoir. L’A&R d’Elektra en Angleterre entend ça. Il en glisse un mot à Jac Holzman qui flashe et qui donne le feu vert pour un album, à condition que le groupe change de nom. Ils deviennent Levianthan. Les Span recyclent leurs vieux coucous pour Elektra : «Remember The Times» (qui sonne comme un hit gorgé de power), «Second Production» et «Time». Globalement, t’es complètement flabbergasted par la qualité du son et des compos. Le mystère reste entier : qui peut comprendre que le Span soit tombé dans l’oubli ?

 Signé : Cazengler, Span Span cucul

Mike Stuart Span. Children Of Tomorrow. Grapefruit Records 2011

Tim Card : Under the radar - The Mike Stuart Span. Record Collector # 571 - June 2025

 

*

         Pour entrer quelque part il suffit de pousser la porte. Oui mais ici c’est un porche funéraire, vous n’avez pas peur, très bien, toutefois faites attention où vous posez le pied, le problème c’est qu’il donne direct sur un précipice. Evitez de vous précipiter.

PRECIPICE

LYCHGATE

(Debemur Morti Production / Décembre 2025)

J.C. Young "Vortigern" : guitar, organ, piano, orchestration / Greg Chandler : vocals / S.D. Lindsley : guitar  /Tom MacLean : bass / T.J.F. Vallely : drums & percussion / F.A. Young : piano, organ / Y.W. : flûte.

         Ce n’est pas un orchestre symphonique mais ça pourrait y ressembler. Si la musique classique vous effraie sachez qu’eux-mêmes définissent leur travail comme la bande-son de notre époque :  Soundtrack pour une dystopie comme ils aiment à dire. Ce n’est pas qu’ils se prennent pour des cadors, mais leur précédent EP s’intitule Also Spratch Futura. Se placer sous l’égide de Nietzsche nécessite un sacré courage. Une ambition démesurée ajouteront les rabat-joie, mais les Grecs nous ont tellement parlé de l’hubris que l’on ne peut être que tenté de franchir  la barrière interdite.  Quand on aura rajouté qu’ils puisent leur inspiration dans la littérature, vous comprendrez que cette singularité m’attire. Cela entre parfaitement avec ce que je nomme méta-metal.

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         Je concède que la couve de l’ouvrage n’incite pas une franche rigolade, est-ce un squelette ou une larve. Un rebut de la mort ou une chrysalide. Nous en reparlerons. Nous remarquons que cette chose emmaillotée en sa propre pourriture ou en sa propre métamorphose est juchée sur le toit d’un temple, c’est-à-dire sur un local qui sert de résidence sur la terre aux Dieux avec qui l’espèce humaine se complaît depuis des millénaires à entrer en communication. N’est-ce pas un peu présomptueux pour ces chétives créatures.

Introduction : The sleeper awakes : le morceau est inspiré du poème de T.S. Elliot, La Terre vaine, qui conte la désolation intérieure du poëte confronté à ses propres démons et à la coupure civilisatrice qu’eut pour conséquence le conflit de 14-18, cette terre vaine puise ses racines dans la terre gaste que parcourt Perceval dans Le début du roman Perceval ou La Quête du Graal de Chrétien de Troyes. Il va de soi que chacun transporte sa terre gaste à l’intérieur de soi et la projette sur la réalité de son époque. Notes funèbres qui s’épanouissent en chant lointain de cloche, plain-chant d’orgue, la terre dépouillée résonne encore du pas de l’ost qui l’ a ravagée, est-ce ce bruit ancien qui réveille le dormeur, il a mis ses pieds dans l’écho de ceux qui l’ont précédé, son désespoir s’accroît au fur et à mesure qu’il avance, il arpente des ruines, il est perdu… Mausoleum of steel : orchestration tumultueuse, que de bruit pour une méditation infinie, un labyrinthe en soi-même que l’on parcourt sans fin, toute prison est comme la caverne originelle de Platon, le vocal tâte les murs avec rage, ici tout est faux, ce n’est pas le royaume des idées que l’on a perdu mais le rapport avec la beauté du monde, inversion des valeurs, ne pas confondre l’empire de l’emprise avec la connaissance empirique des choses, ce que nous voyons nous l’appréhendons avec la pensée qui nous enferme dans la hauteur vertigineuse de ses propres murailles, qui sont celles du tombeau dans lequel nous n’avons jamais reposé. Violences sonores comme ces coups de marteaux qui enfoncent dans le roc du désespoir les chaînes qui nous retiennent à nous-mêmes, surgit le sifflement d’une flûte qui se moque de nous. Catalepsie sonore. Renunciation : un clavier qui court, une batterie qui forge les armes de la délivrance mentale, et toujours ce vocal chargé l’on ne sait comment d’angoisse et de grandeur, le titre est étrange en quoi et pourquoi le souhait d’une délivrance serait-il une renonciation, si ce n’est pour insister qu’il faille d’abord s’évader de la terre gaste intérieure qui doit bien posséder quelques avantages puisqu’il est besoin de se motiver, le vocal se tait sans doute pour nous permettre de réfléchir. C’est que se délivrer, c’est quitter le cocon caverneux pour accéder à la terre gaste extérieure, celle dont nous sommes le reflet mais que nous ne connaissons que par les anciens chants des poëtes, ils ont chanté les prairies verdoyantes, mais ils ont aussi évoqué les adjacentes contrées de la mort, si je ne peux retrouver les plénitudes ensoleillées du royaume, choisir au moins de mourir dans le lieu même, dans le lieu dévasté du royaume perdu à jamais. The

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meeting of Orion and Scorpio : musique désolée, la voix murmure, celui qui s’est échappé sur la terre gaste, celui qui a quitté la sombre caverne a rencontré la lumière de l’été de la connaissance, à l’orient se trouve l’Orion, il croyait marcher vers le midi il est allé vers le nord, les pinces du scorpion se sont refermées sur lui, il a voulu fuir, il voulait la beauté du monde, il a longtemps erré avant de s’apercevoir qu’il marchait sur les terres de la mort. Hives of parasites : retour à la case départ, après la mythologie grecque la mythologie littéraire anticipatrice, nombreux furent les écrivains qui nous décrivirent un futur peu réjouissant, E. M. Forster ( 1879-1970) nous a signifié dans The Machine Stops notre avenir comme un retour à la caverne platonicienne, modernisée, les hommes ne sont pas retenus dans les hypogées nocturnes de l’ignorance mais par une machine qui pourvoie à tous leurs besoins  les enfermant dans des alvéoles dont ils n’éprouvent surtout pas le besoin de sortir. Suites de notes interminables, la batterie comme coups de marteau pour nous avertir du spectacle qui va nous être dévoilé : le nôtre, celui d’une humanité gavée, le vocal nous fracasse le crâne, enfoncez-vous bien cela dans la tête, regardez autour de vous, la société ou la machine - choisissez le terme qui vous fait le moins peur - pourvoie à tous vos besoins, vous êtes les abeilles, la reine ou les élites sont là pour vous, juste quelques notes de guitares, inutile de dire un mot, puisque vous n’avez plus nécessité de penser par vous-mêmes, l’idéologie vous est fournie, gobez-là, et silence, acceptez de n’être que la volonté de sa volonté. Pour finir un bref vocal vociférant. Esclaves restez muets ! Death’s twilight Kingdom : douce musique, tintements légers, aubade pianistique, ne vous réjouissez pas, ce n’est qu’une description du peuple des esclaves, le vocal édicte ses explications, l’esclave n’a même plus besoin de maître, les maîtres sont morts, la machine idéologique est morte, plus besoin d’elle, le rythme s’accélère, le monde court à sa perte puisque plus rien n’a de sens, notes comme des gouttes d’eau qui tombent dans l’évier du néant, tout court à sa perte, une corde mugit doucement, retournement inédit : si l’esclave n’a plus de volonté, la volonté n’a plus d’esclave, il lui faudra longtemps pour comprendre qu’il est devenu libre. Un dernier accord perdu qui n’est pas sans rappeler l’ouverture d’Ainsi Parlait Zarathoustra de Richard Strauss. Terror silence : les guitares chantent, car parfois il vaut mieux rire que pleurer, le vocal remet les choses en ordre, il énumère ce qui est en train de se dérouler. Normalement il devrait jouer le rôle d’un comédien de génie qui se roulerait par terre en hurlant de désespoir, non il se contente de hausser la voix c’est l’orgue qui se charge du message final : l’Homme est en train de mourir, la voix reprend, ce que nous voulons nous l’avons, le précipice du néant est devant nous.

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Nous n’avons plus qu’à nous taire pour effectuer le dernier pas. Anagnosiris : ce mot est à la croisée de la pensée platonicienne et aristotélicienne, la ‘’reconnaissance’’ peut être interprétée comme l’anamemsis, faculté humaine qui selon Platon permet à l’être humain de passer de la connaissance du monde sensible à la connaissance du monde intelligible, beaucoup plus terre à terre Aristote définit la reconnaissance comme le dénouement d’une œuvre littéraire qui révèle comment va se terminer l’intrigue exposée. Moment clef de l’action : musique solennelle, le vocal ne fait pas de cadeau, la révélation n’est pas gaie ce qui est prévu est encore pire que la montée nietzschéenne du nihilisme pour les trois siècles à venir, ce n’est ni plus ni moins que l’effondrement total de l’Humanité. Ce n’est pas le crépuscule wagnérien des Dieux, c’est le crépuscule de l’Homme, surtout pas son amoindrissement, non tout bonnement l’extinction de son espèce. Ne reste plus que quelques notes cristallines, les dieux, comprendre la pensée luminescente de la Grèce, s’éloignent définitivement, mais la voix vindicative reprend, elle hurle, de colère et non de désespoir, nous sommes de retour, non pas sur la terre gaste, mais sous la terre gaste, à l’intérieur d’eux-mêmes les morts ne se tourneront plus vers les dieux, fussent-ils ex-machina, mais vers la pierre définitivement brisée des autels. L’homme est devenu un fossile. L’orgue nous offre, dernier cadeau à la civilisation humaine, un magnifique accord final majestueux. Pangeaea : nous n’existons plus, ni les Dieux, ni les hommes. Ne reste plus que la terre seule. Revenue par la force de notre absence à son état naturel de Pangée initiale. L’orgue fugue, il sait qu’il a tout son temps, mais la voix s’élève, sombre et terrible, mais porteuse d’espoir, la vie recommencera, reprendra son cours, et au bout de l’évolution, une nouvelle espèce humaine apparaîtra. Faut-il penser au serpent de l’Ouroboros… Le groupe se tait, peut-être parce que la pensée de l’Ouroboros pose  une renaissance éternelle mais aussi le retour éternel à la terre gaste. Au précipice.

         D’une beauté noire. Opus somptueux.

Damie Chad.

 

*

         Vous savez combien j’aime les choses tordues. J’étais heureux j’avais trouvé un groupe bien tordu. Hélas il en cachait un autre encore plus tordu. Vous connaissez le démon de la perversité cher à Edgar Poe. Je n’y suis pour rien, il m’a poussé dans le dos, bref  je me suis retrouvé face à un autre groupe plus tordu que tordu. Je préparais ma chronique, c’est alors qu’en est arrivé, un quatrième, je n’ai pas pu résister, celui-là il était au-delà du tordu, n’en croyez pas pour autant qu’au-delà de la torsion se trouve la rectitude, contentez-vous d’imaginer un groupe à lui tout seul davantage tordu que les trois autres réunis. Le problème c’est que quand un groupe est réellement tordu, par la loi de la  réciprocité des choses votre cerveau se doit d’épouser une courbure identique à la chose à laquelle vous prêtez un semblant d’attention. Je vous souhaite du courage.

+ (THE OPENING OF HYPERCUBE)

ÖXXÖ XÖÖX

(Bandcamp / 2024)

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         J’entends déjà les petits malins ricaner, les trémas sur les noms des groupes ce n’est pas neuf, déjà Blue Öyster Cult en 1972, oui les gars pour vous rapprocher de la cible reculez d’un an, en 1970 Magma, s’exprimait en un étrange langage le kobaïen, notre groupe possède aussi son propre idiome, sur bandcamp ils vous mettent un glossaire, prévoyez une bonne soirée pour atteindre la lettre Z.

Mais d’abord un petit rappel de mathématique. S’ils mettent le signe + devant le titre de l’album, c’est simplement parce que leur album précédent sorti en 2019 se nommait (ÿ) = Cube. Evidemment vous pensez aux films canadiens Cube, Cube 2, et Cube 0, perso je vous encouragerais plutôt à penser au dodécaèdre de Platon, qui est disons un cube un peu particulier sans être de ce fait tout à fait un cube. Laissons là la géométrie, le groupe commence par vous donner une petite leçon d’algèbre :  ÖxxÖ XööX = 69 car ÖxxÖ = 6 et XööX = 9 en numération binaire décimal. En Ariège lorsque dans les lotos communaux le meneur de jeu tire un jeton il le crie bien fort à toute l’assistance, par exemple : Attention mesdames 69 ! Si vous pensez cette explication un peu trop graveleuse je vous suggère celle-ci : dans la tétralogie de Wagner Siegmund et Sieglinde qui sont frères et sœurs se retrouvent pour engendrer Siegfried.   

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Maintenant prenons nous un peu la tête. L’album (+) est la suite de l’album (ÿ). (ÿ) symbolisé par la couleur rouge = feu = technologie est dévolu à la rébellion contre la terre. (+) symbolisé par la couleur bleue = eau (= haut en langue des oiseaux) représente l’aspiration céruléenne vers le divin. Les démons de la terre (n’oublions pas que Socrate se vantait d’avoir en sa tête un démon) cherchent à se réaliser par la puissance, d’autres démons cherchent à redevenir les anges qu’ils ont été. Notons que Victor Hugo avait institué un système selon lequel le minéral pouvait devenir végétal qui pouvait accéder à l’animal qui s’est subsumé en homme qui avait la possibilité de s’élever dans les hiérarchies spirituelles. Voir La Fin de Satan. L’ouverture de l’hypercube correspond à sortir du cube pour accéder à l’intelligence divine, que l’on pourrait comparer à un programmateur supérieur…

Öxxö Xööx (Laurent Lunoir) : musique, paroles, chant masculin, visuels / Rïcïnn (Laure Le Prunenec) : chant féminin / Isarnos (Thomas Jacquelin) : batterie Nür : chant féminin supplémentaire.

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Cundu(-)Peusanteur : ce premier morceau est un essai de conceptualisation de la nature de la terre. Elle est comme un condensateur qui aspire la lumière. La lumière se densifie se métamorphosant en obscurité. Le côté obscur de la force selon une célèbre formule cinématographique. Il existe une corrélation entre la densification de la lumière et l’obscurantisme de esprit de finesse qui se transforme en esprit géométrique ( merci Pascal)  d’accumulation cubico-géométrique, sur un plan moral et même amoral le mal est le résultat d’une densification du Bien… nous retombons ici sur une vision gnostique qui admet que le Démiurge qui a créé la matière et le mal n’est pas aussi mauvais que l’on pourrait l’accroire puisque sans lui nous n’existerions pas, se rapporter à Leibniz, mathématicien et philosophe,  qui déclara dans sa Théodicée que le monde réel est le meilleur de tous les mondes possibles… c’est d’ailleurs pour accaparer un maximum de lumière densifiée que nous essayons par tous les moyens de dominer nos semblables, afin de profiter de leur force de travail qui n’est autre que l’énergie lumérique densifiée…  Le texte est chanté en leur kobaïen, parfois en français, la musique n'est pas du tout dark, ni très claire non plus, beaucoup de percussion comme à tâtons qui créent comme l’idée d’une reptation transpercées par des espèces d’envolées organiques qui  n’emportent jamais le morceau hors de sa gamme rythmique, le jeu des voix, alternances masculines et féminines forment de fait le véritable background musical, un flot qui bat les rochers du rivage de la compréhension, il n’y a pas à proprement parler de ruptures, plutôt des changements de direction qui sans cesse captent votre attention. Santa(S) Tromperie : qui est trompé au juste. Ne serait-ce pas le Démiurge lui-même, qui ayant dirigé  la lumière vers la terre aurait été lui-même corrompu par la possibilité du mal qu’il aurait engendré. Le mal réside en le fait que la lumière aurait été transformée en énergie. Par le seul fait automatique que l’énergie est une sorte d’expulsion de la lumière contenue en elle-même. L’énergie n’est autre chose que l’exil du divin de sa propre lumière irradiante. Il se peut que les légendes aient  une basse réelle, qu’il ait existé un ange, peut-être le Démiurge, qui ait été expulsé de la plénitude du divin, sans que celle-ci en soit amoindrie… toutefois il est inutile d’accuser le divin ou Satan l’ange déchu de lui-même, si nous sommes victime du désir de puissance, autrement dit du mal, n’est-ce pas parce que nous le voulons bien, parce que nous sommes complices de notre corruptibilité. Poinçons désagréables dans les oreilles qui ne durent pas longtemps, sont très vite suivis par une musique joyeuse, une batterie allègre et des chants qui inspirent joie et confiance, il subsiste bien quelques grincements d’instruments un peu trop conscients de la réalité mais l’ambiance reste guillerette, des murmures toutefois comme si l’on se passait en douce des vérités pas très bonnes à crier sur les toits, mais le rebondissement suivant nous incite à entendre comme un hymne souterrain à Satan, l’on oscille entre le scandale et la honte  mais il est sûr que l’on éprouve pour employer un stupide vocable fort à la mode ces derniers temps une forme de résilience suspecte, un dédouanement, plus près de la compréhension que de la condamnation. La voix masculine s’enroue, les féminines en profitent pour monter vers le ciel et le clavier se prend pour l’orgue de l’Eglise Notre-Dame dans le final du Te deum le jour de Pâques. Dae(8) Intrusion : les démons, ce sont des entités produites par la condensation énergétique de la lumière, sont rusés. Les âmes avides de puissance se laissent facilement vampiriser, les démons boivent leur lumière intérieure, mais d’autres ne se résolvent pas d’elles-mêmes à se laisser envahir. Les démons ont créé les sectes lucifériennes qui présentent Satan comme un innocent expulsé du ciel par un dieu jaloux. Ils proposent un système – entre nous soit-dit pas très éloigné de celui de Victor Hugo – qui donne à chacun la chance de gravir à partir de leur lumière intérieure l’arbre de lumière extérieur qui vous permet d’accéder au divin par vous-même, une tromperie éhontée, la plupart s’y laissent prendre mais certains refusent d’emprunter la voie de ce faux arbre de Noël, passez-moi l’expression, resplendissant des mille feux de ses trompe-l’œil multicolores destinés à finir dans le brasier destructif après la période de ses saturnales infernales, désormais remisées aux calendes grecques. Dans cette musique tout n’est que calme luxe et volupté, l’on baigne dans une douce torpeur, une quiète quiétude, nous ne sommes pas au paradis mais l’on s’y croirait, la voix rauque et masculine nous encourage à ne pas prendre des vessies pour des lanternes, les voix féminines deviennent plus vindicatives, mélodieuses pour retenir vos attentions dans le but de vous dévoiler les ruses infâmes des démons sans pitié qui comptent vous utiliser pour leurs noirs desseins, vous êtes pour ainsi dire entre deux tentations, la musique est agréable mais ce sont les voix qui donnent l’alarme, des chœurs angéliques vous aspirent vers le haut, mais n’est-ce pas votre lumière intérieure qui croyant monter au divin passent dans les entrailles des démons. Sans être comminatoire le ton de nos sirènes s’alarme. Ne soyez pas dupes ! Dïrïü(X)Rébellion : ce n’est pas exactement le moment de la Rébellion, toutefois le stade qui la précède, l’instant où nous accumulons en nous la poudre qui produira l’explosion. Une espèce d’autosuggestion qui consiste à prendre confiance en nous, à savoir qu’il faut nous appuyer sur cette lumière qui est en nous, à l’intérieur de nous car tout est en nous… le morceau est bâti comme une progression, au début un vocal qui répète sa leçon d’écolier, lentement en articulant chaque mot pour s’imprégner de son sens, ensuite ce sont des paliers que l’on franchit l’un après l’autre, tous ne sont pas victorieusement franchis, l’on peine à les traverser, l’on prend exemple sur ceux qui sont sur le même chemin pour mieux prendre confiance en soi-même l’on finit en une apothéose calme, mélodique, l’on a réussi à transformer l’énergie de mort qui se solidifiait en nous en énergie de vie porteuse de courage et d’amour. Ce dernier mot démontre combien le gnosticisme actuel est totalement cannibalisé par le christianisme. Il est étrange de voir comment tout un courant meta-metal à l’origine anti-chrétien pour ne pas dire pro-païen, commence à aborder un étrange demi-tour, une étape de satanisme revendiqué, une station luciférienne qui modifie le statut du diable en archange chassé par Dieu et pour finir un rapprochement avec la figure consolatrice du Christ. Ama(I)Faux Lumière : Ne croyons surtout pas que la partie soit

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gagnée, l’âme n’en n’est pas pour autant tirée d’affaire, la lumière en nous est porteuse de fausse promesse, avant de se rapprocher du divin elle nous conseille d’améliorer l’homme, c’est ici que nous comprenons pourquoi la rébellion rouge de la matière se déploie par les avancées de la technicité, le transhumanisme est censé augmenter nos capacités, mais il est nécessaire de se détourner de cette voie prométhéenne et nous intéresser à nos semblables, chaque fois que nous manifestons de la compassion envers eux, nous intensifions en nous cette part de bonne lumière. Le rapprochement avec le christianisme devient de plus en plus évident… Le morceau dans sa forme vocale devient une récitation de cathéchumène qui essaie de se persuader de la justesse de sa foi. Cela vous a un fort avant-goût de patenôtres évangéliques. Musicalement le morceau est très curieux, l’on a l’impression qu’il est parsemé de stases luminescentes qui prennent l’allure d’arrêts mélodiques, l’ensemble forme un étonnant cortège d’auréoles phoniques. Or(o)Ames emprisonnées : Ce qu’il y a de terrible avec les sectateurs d’une religion c’est qu’ils ont sans cesse besoin de se justifier à eux-mêmes la motivation de leur foi. C’est un peu du prêchi-prêcha redondant, l’on est les meilleurs puisque l’on est du côté du bien et les autres du mal. Vous exposent leurs mantras sous différent véhicules, ils emploient les termes Yin, Yang et Karma… ne maudissent pas tout-à-fait les entités obscures qui pompent notre lumière, ne sommes-nous pas comme eux, ne mangeons-nous pas les animaux et les végans s’abstiennent-ils de légumes… Qu’importe, ils s’agrippent à leur non-violence comme des naufragés à une épave… Le récitatif continue, les répons d’autosatisfaction  alternent sans répit. L’on sent comme une angoisse, celle de ne pouvoir imposer ses propres idées non pas aux autres mais à soi-même, nous devons reconnaître que les démons ont une influence sur nous beaucoup plus grande que nous le voudrions, nos âmes sont emprisonnées même si parfois le chant éthéré semble prendre son envol, les percussions nous hachent le cœur, et l’envie de tuer qui n’est que l’image de notre attirance pour notre mort devient insupportable. Les âmes connaissent le besoin de se torturer sans avoir besoin d’un bourreau étranger à soi-même. La fin du morceau ressemble au capharnaüm d’un cerveau encombré d’idées et de désirs contradictoires. Splendide. Füch©Ouroboros brisé : grosse déception, point question de mon reptile favori dans ce long laïus, ou alors il faut comprendre que l’Ouroboros, le serpent de l’éternel retour n’est que notre cerveau reptilien, cette notion rapidement évoquée est d’ailleurs la seule qui soit teintée d’une certaine modernité car pour le reste l’on se croirait dans L’imitation de Jésus Christ, en gros tout est de votre faute, si vous commettez le mal c’est que vous ne vous êtes pas assez préparé à lui résister. Cet opuscule vieux de cinq à six siècles qui empoisonna bien des âmes tout le long du dix-neuvième siècle est une véritable mise en accusation de l’âme pieuse qui vient y chercher du réconfort… Sa première phrase : ‘’ Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres ‘’ correspond comme par hasard au jeu Ombre / Lumière, sur lequel est bâti cet album. Z’y vont tout doux, les percus devant les voix presque souterraines, cependant exaltées parce que l’exaltation se doit d’être intérieure, l’on sent une certaine allégresse comme si les difficultés qui les attendent ne leur procurait aucune peur, mais une détermination de se confronter à n’importe quel obstacle, sont en forme car ils se dépatouillent avec des sentiments, des rapports humains, des comportements qui appartiennent à notre sphère culturelle, pas la plus intime, mais extrêmement extime puisque nous vivons dans un milieu d’entregent,  nous sommes donc concernés doublement car tout dépend de nous. Est-ce un hasard si un instrument j’ignore lequel imite un accordéon de bal populaire. Kris(T)Réparation : tiens-tiens le voici donc depuis le temps où l’on subodorait sa présence, bon on tombe dans la casuistique jésuistique, certes il y a deux camps irréconciliables, si l’on appartient à la terre les hauteurs du divin nous sont totalement fermées, définitivement interdites. Le principe est sans appel. Oui mais le Christ est amour. Donc les pauvres peuvent s’ouvrir à la lumière divine. Oui, à une condition, qu’ils se repentent puisqu’ils sont au départ des adeptes de la terre, alors ils auront la permission d’accéder au divin. Attention, ce ne sera pas facile, à plusieurs reprises il est déclaré qu’obtenir ce pardon équivaut à un chemin de croix… Preuve que le Christ avait beaucoup à se faire pardonner. Cette remarque sardonique n’est pas du groupe mais de ma modeste personne. Le ton est grave, nous sommes au moment du partage des eaux, celui où tout s’aggrave, l’on dirait une procession bruissante de psalmodies, les voix féminines montent haut, un peu trop hystériques tout de même, elles semblent mettre le gars en accusation, son dossier est discuté, comporte quelques subtilités accablantes, les percus font le bruit du marteau du procureur qui émet un terrible jugement, l’on se dispute dans le prétoire, l’on ergote sur la recevabilité de son cas, en fait on s’en tient à la déclaration des principes. La musique s’envole vers les cieux. L’on ne saura pas si le pardon est accordé à l’impétrant. Düntö(+)Fly away : Dernières mises au point. Dieu est partout, ceux qui ne suivent pas sa loi n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes. De toutes les manières tout est perdu, il n’y a pas assez de lumière, nous sommes condamnés à mourir. Notre corps nous quitte pour toujours. Mais si nous avons fait le bon choix, notre âme rejoindra Dieu. Il semble que l’on ait abandonné la voie gnostique pour l’autoroute très chrétienne et catholique. Le Dieu d’amour est avant tout un Dieu de justice. Des tambourins résonnent, rehaussés de bondieuseries vocales, l’on chante le droit, l’on semble heureux, l’ouverture du cube consistait en fait sauter le couvercle de l’âme pour qu’elle puisse monter au ciel.

         Idéologiquement parlant cet album est extrêmement déceptif. Par contre question récitatif d’une parole il est assez extraordinaire. Première fois dans un risque de rock où le chant se transforme en vocal, et où les lyrics mènent l’instrumentation.

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         L’on ne peut pas dire qu’ils ne nous aient pas avertis, la couve de l’opus ressemble à une chute d’eau. Si l’on y regarde de plus près transparaît très stylisée la façade d’une cathédrale. Quant à l’ouverture de (+) il est indéniable que Öxxö Xööx culmine en une croix.

         Du rock chrétien en définitive.

         Je ne m’étais pas trompé. Vraiment des tordus. Mais pas dans le bon sens.

Damie Chad.

 

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