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CHRONIQUES DE POURPRE

  • CHRONIQUES DE POURPRE 723: KR'TNT ! 723 : SAINTS / DREAM SYNDICATE / BUDDY GUY / JOAN JETT / JOHNNY LEGEND / RITUEL / SANS ROI / KURT COBAIN

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 723

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    12 / 02 / 2026

     

      

    SAINTS / DREAM SYNDICATE

    BUDDY GUY / JOAN JETT

    JOHNNY LEGEND / RITUEL

      SANS ROI  / KURT COBAIN

     

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 723

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http ://kr’tnt.hautetfort.com/

     

     

    The One-offs

    - Les Saints à l’air

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             Sans doute est-ce parce que Jean-Jean était obsédé par les Saints que nous avons monté à une époque un groupe de reprises de Saints. C’est le genre de décision qu’on qualifie d’inévitable.

             Le groupe s’appelait les Nuts. Années 90. On se savait assez cinglés pour se lancer dans ce genre d’aventure. Ça partait donc d’un a-priori favorable. Nous disposions d’un autre atout majeur : la voix. Jean-Jean disposait de ce qu’on appelle communément une vraie voix. Sans doute la seule vraie voix connue en Normandie. Il avait fait ses armes dans un groupe local nommé Big City Gang. Leurs compos ne fonctionnaient pas, mais les covers raflaient la mise : «Hey Girl» des Small Faces, «(There’s Gonna Be A) Showdown» des Dolls, «Fireball» des Ducks Deluxe et le «Rat Crawl» de Third World War. Pardonnez du peu. Diable comme ce mec savait chanter.

             Il fut aussi l’un des premiers locaux à se balader en perfecto. Il avait les Saints et les Dolls dans la peau. Après avoir enrôlé un gratteur de poux et un petit mec au beurre, on a donc commencé à taper dans le répertoire, comme on dit. Le problème était que Jean-Jean et le gratteur de poux voulaient taper dans Paralytic Tonight Dublin Tomorrow, qui n’est pas forcément la meilleure des entrées en matière, et pouf on s’est retrouvés tous les quatre en studio à essayer de mettre en place deux des cuts les plus difficiles de l’histoire des Saints et du rock, «Simple Love» et «(Don’t Send Me) Roses». Ah il fallait les voir tous les deux, le Jean-Jean et le gratteur, échanger des regards énamourés pendant qu’on ramait à essayer de faire sonner ces deux horreurs sophistiquées. Avec l’expérience, on apprend une chose importante : rien n’est plus dangereux que les morceaux lents, ce sont non seulement des tue-l’amour, mais sur scène, ça pète les reins du set. Crack ! Terminé ! T’es mort. Ils ont voulu faire les malins à jouer ça sur scène, et bien sûr ça ne marchait pas. Ça ne passe que sur disque, et encore.

             Ce fut notre premier et dernier point de désaccord.

             L’idéal eut été bien sûr de taper dans le premier album des Saints. «Nights In Venice» ? Jean-Jean poussait des cris d’orfraie ! Non ! Intouchable ! On va se vautrer ! On a fini par se mettre d’accord sur «Kissing Cousins». Jean-Jean en adorait le snarl et cette structure classique qui tournait si facilement au vinaigre punk. Pour varier les plaisirs, on tapait aussi dans les Heartbreakers («Born To Lose»), dans les Mary Chain («Darklands»), les Pixies/Mary Chain («Head On») et d’autres goodies du même acabit. Mais les Saints restaient les maîtres du jeu, avec notamment un «Something Somewhere Sometimes» tiré d’un fabuleux album qui s’appelle Howling.

             Et puis un jour on a ressorti ce double 45 tours qui nous semblait tellement mythique à l’époque de sa parution, sur lequel se trouve la fameuse reprise de «River Deep Mountain High». «Pourquoi on reprendrait pas ce truc-là ?» Jean-Jean fit la moue et lâcha son verdict : «C’est pas pour nous. C’est pour les jeunes...» Fuck !

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             Les Nuts ont disparu lorsque Jean-Jean a cassé sa pipe en bois. On est alors reparti vers d’autres aventures. Tant que tu peux arquer, tu peux monter des projets. Le suivant fut El Cramped, un tribute aux Cramps dont on reparlera un autre jour. Après la fin lamentable d’El Cramped, on a monté un groupe de reprises sixties baptisé Magic Potion, d’après le fameux classique des Other Mind qui a inauguré notre première répète. On a mis «Magic Potion» au carré aussi sec. Tout s’est passé comme sur des roulettes. T’es toujours content de refaire équipe avec des vrais frères de la côte. On a ensuite tapé dans les Remains, les Standells, les Seeds, bref dans Nuggets, avec une facilité qui chaque fois qu’on jouait nous laissait tous les quatre comme des ronds de flan. On faisait sauter la sainte-barbe à coups de «Psychotic Reaction» et de «Dirty Water». Et puis un jour, à l’apéro d’après-répète, j’ai à nouveau tenté le diable : «Ça vous dit de reprendre la cover qu’ont fait les Saints de River Deep Mountain High ?» On l’a écoutée vite fait et il n’y a eu aucune hésitation. Banco !

             On est quatre dans Magic Potion, mais on joue le River Deep à trois, car c’est Fab, le batteur, qui le prend au chant, et il faut voir avec quelle niaque il te le dégringole, il n’a pas vraiment le timbre de Chris Bailey mais il a cette furie en lui qui lui permet de foutre le feu à ce vieux classique de Totor revu et corrigé par les Saints. On en fait aujourd’hui la plus honorable des moutures trash-boom hue-hue, pendant que Fab, penché comme une gargouille sur ses fûts, re-dynamite ce blaster, on bombarde en contrepoint tout ce qu’on peut sur nos manches, mais vraiment tout ce qu’on peut. Et ça marche. Inespéré ! Si seulement Jean-Jean pouvait voir ça.

             S’il fallait définir le rêve d’une vie, c’est très simple : pouvoir jouer un jour le River Deep des Saints avec des frères de la côte. Des vrais.

    Signé : Cazengler, Sainte-nitouche

    Saints. River Deep Mountain High (In One Two Three Four/2x7’’). Harvest 1977

     

     

    Wizards & True Stars

     - Syndicate d’initiatives

     (Part Eight)

     

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             C’est toujours un bonheur que de revoir les syndicalistes du Dream Syndicate débouler sur scène. D’autant plus que le Wynner affirme sa détermination à renouer avec l’âge d’or du groupe, et pour ça, il dispose d’un atout majeur : Jason Victor,

     

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     l’Argonaute intrépide, le cosmonaute de l’embellie sidérale, le cybernaute du killer flash, le spationaute de wild slinging, le would-be-naute de l’effluve rachidienne, la trashonaute de l’hyper-extension du domaine de la turlutte, l’hypernaute de la vingt-cinquième heure, le jaguaronaute du non-retour, le grattonaute de poux atomiques, le triponaute du bananas intégral, le désintégronaute de la lutte finale, l’empironaute de la réaction en chaîne, le pluvionaute de cats and dogs, l’apesanteuronaute de la giclée suspensive, l’excurionaute du blow-the-roof, le démonolonaute de tous les diables, le dervichonaute du sonic soufi, l’hyperolonaute de l’évasion viscérale, tu peux retourner ça dans tous les sens : t’es bel et bien face à un phénomène. Voir ce mec gratter ses poux pendant deux heures, c’est une fin en soi, presque l’aboutissement d’une vie de travail. On pourrait plagier Verlaine et scander, en écho à l’Il Patinait Merveilleusement : «Il grattait merveilleusement/ S’élançant qu’impétueusement/ Rarrivant si joliment vraiment.» Dans le jeu de Jason Victor, en plus de la frénésie sonique, on a la grâce verlainienne, on a la modernité du ton, on a l’inventivité permanente, on a l’impétuosité cavalante, on a le goût des violentes poussées de fièvre, on a l’expertise catégorielle, on a le goût des aventures et des voyages, ce qui semble

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    logique pour un Argonaute. Jason Victor passe son temps à cultiver l’élégiaque, ses solos fougueux se cabrent, ses notes s’ébrouent, ses riffs écument, il mise tout sur la puissance de ses flux, il varie les figures à l’infini, il gère son manche des quatre doigts, il va chercher les formules inconnues, il explore des glissandos, et avant que t’aies eu le temps de dire ouf, il fout le feu à la pampa, il cisèle des formules d’arpèges cristallins et se prend soudain pour le Krakatoa, brrroooof, il vomit sa lave, il veille à rester imprévisible et amène en permanence du sang neuf aux fantastiques vieilles chansons du Wynner, qui lui, passe quasiment tout son temps à observer son Argonaute. Il le fixe parfois comme s’il ne l’avait jamais vu. C’est tout de même assez rare de voir l’élève envoûter le maître.

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             Ils proposent un show en deux parties : ils commencent par puiser copieusement dans cet excellent album que fut How Did I Find Myself Here, avec notamment un morceau titre qui sera le théâtre d’un long, très long duel de guitares monté en neige de façon apocalyptique, et là, le Wynner et l’Argonaute atteignent le sommet du genre, l’Ararat du twin guitar attack, c’est tellement inspiré que ça bat tous les records d’intensité ! T’en as le souffle court. Après l’entracte, ils reviennent pour la résurrection de Medecine Show, qui fut le deuxième album «raté» du groupe, à l’époque, ce dont s’explique bien le Wynner dans son book. Cette fois, le Medecine Show sonne car l’Argonaute veille bien au grain. Il transfigure tous ces vieux cuts et ça rocke salement le boat. Ils bouclent avec une version complètement transfigurée du «John Coltrane Stereo Blues», et quand on dit transfiguré, c’est uniquement parce qu’on a pas trouvé d’autre mot. Et puis t’as ce rappel avec trois cuts de The Days of Wine & Roses, histoire de compléter l’overdose. Tu sors de ce Hasard Ludique (qui ne doit rien à Mallarmé) gavé comme une oie. Coin coin. 

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             On n’en finirait plus avec un mec comme le Wynner. Plus tu creuses et plus tu découvres. Le Wynner est un insondable. Sa came est toujours bonne. Pour preuve, ce Smack Dab enregistré en Espagne en 2007. Smack Dab est aussi le nom du trio formé

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    du Wynner, de sa poule Linda Pitmon et d’un poto espagnolo, Paco Loco. C’est lui le Loco qu’on entend bassmatiquer sur «Quarantine». T’as tout de suite l’envolée, comme chez Dean Wareham, qui travaille sur le même genre de rapport longévité/qualité. Ils ne sont plus très nombreux à savoir jouer à ce petit jeu. Les autres cracks du rapport longévité/qualité sont bien sûr Frank Black, Robert Pollard, Anton Newcombe, Jon Spencer, Bob Mould et Wild Billy Childish. Paco Loco refait des siennes sur «Kickstart My Jacknife», encore un cut excellent, bien drivé sous le boisseau. Mince alors ! Le Wynner sait aussi traîner la savate, comme le montre «Free Love», et claquer une vieille rengaine Dylanesque avec «My Cross To Bear». Il chante avec la voix de Dylan à son apogée. Il y descend avec les heavy poux d’Highway 61. Même sonic gut. En fait, Smack Dab est l’album de Paco Loco, comme le montre «Smack Dab Attack». Il dicte sa loi, avec cet heavy groove gigantesque et assez Crampsy dans l’esprit. 

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             On ne perd pas son temps à écouter le Grand Salami Time du Baseball Project. C’est même un big album. Rappelons que Peter Buck fait partie du Project. On a un son énorme dès le morceau titre d’ouverture de bal. Le Wynner + Buck + Linda Pitmon, ça ne pardonne pas. C’est fabuleusement porté aux nues, avec un certain McCaughey au chant. Les arpèges de «The Tips» sont ceux de «Paperback Writer». Le Wynner monte au micro et Buck gratte les riffs de George Harrison. Il faut dire que le Buck est un solide guitar slinger. On n’entend que lui. Quel bouquet de son et d’arpèges ! Le Wynner repend le Salami en main pour «Uncle Charlie» - Uncle Charlie’s gonna get you - Heavy sound. Le Wynner sonne comme Bob Dylan ! On croise plus loin un coup de génie nommé «Erasable Man». Ils savent claquer un beignet ! Quel power ! C’est un stomp d’Erasable tapé à la cloche de bois. T’es littéralement sonné à chaque cut. Belle dégelée d’oh oh dans «New Oh In Town», c’est excellent, gorgé de son. Le Grand Salami n’en finit plus de t’embobiner. Ils montent «The All Or Nothings» sur les accords de Gonna Miss Me, ça déboule bien, ça sent bon le Roky. Encore de la pop énorme avec «The Voice Of Baseball». On sort de là ravi et comblé.

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             Bon, le Live At Raji’s du Dream Syndicate n’est pas aussi bon que les lives inclus dans la box d’annive de The Days Of Wine & Roses. Le son y est lisse et le staff différent : c’est l’époque Paul B. Cutler. Même si ce live est bien noyé de poux Syndicalistes, on perd la folie de Preco. Le Wynner tente de raviver la grandeur sonique du Syndicate, mais il manque tout le feedback de Preco. Ça ne pardonne pas. Le Wynner fond sur ses cuts comme l’aigle sur la belette. Évidemment, la belette n’a aucune chance. On assiste à des pluies de solos dans «Burn», ça joue à la vie à la mort du cheval blanc d’Henri IV, mais encore une fois, c’est pas Preco. Le son est trop Cutler, trop lisse. Pas beau. Il faut attendre «Halloween» pour frémir un petit coup et retrouver la jolie progression d’accords, c’est un régal que de la ré-entendre, et puis il y a ce joli guitarring intempestif bien déraillé du bulbique.

    Signé : Cazengler, Steve Ouine Ouine

    Dream Syndicate. Le Hasard Ludique. Paris XVIIIe. 4 février 2026

    Smack Dab. Smack Dab. Houston Party Records 2007

    Baseball Project. Grand Salami Time. Omnivore Recordings 2023

    Dream Syndicate. Live At Raji’s. Enigma Records 1989

     

     

    L’avenir du rock

     - Holy Buddy

     (Part Two)

             Au point où il en est, l’avenir du rock ne chipote plus. Si t’erres dans le désert et que t’as des hallucinations, c’est normal. Inutile de vouloir s’opposer au cours logique des choses. La rationalité ne fait guère bon ménage avec l’errance. Alors autant accepter le principe des défaillances. Et comme l’avenir du rock a de la suite dans les idées, il en rajoute : autant décliner dans la joie et la bonne humeur. Alors hallucinons ! Comme toutes les idées qu’il peut encore avoir, celle-ci lui plaît. Il l’adore ! Mais pour halluciner, il faut des erreurs. Ils se font rares et l’avenir du rock peine à étancher sa soudaine soif d’hallucinations. Ah, voilà que se dessine à l’horizon une silhouette. Enfin ! L’avenir du rock accélère le pas pour approcher au plus vite. L’homme est armé d’une mitraillette rustique, enturbanné d’un chèche gris et drapé d’une djellaba rapiécée. Il affiche une mine d’animal traqué.

             — Ne craignez rien mon ami, je suis l’avenir du rock !

             — Salam wa aleïkoum ! Je suis Fella Guy !

             Et il repart aussitôt au petit trot. Quelques jours plus tard, il voit se dessiner à l’horizon une silhouette qui n’a rien d’humain. L’avenir du rock approche prudemment. L’apparition a l’allure d’un gros navet. L’avenir du rock aurait préféré un lapin blanc ou le Cheshire Cat, mais bon, c’est déjà ça, aussi engage-t-il la conversation :

             — Permettez-moi de me présenter. Je suis l’avenir du rock, pour vous servir...

             — Ravi de vous rencontrer. Je suis Rutaba Guy !

             Quelques jours plus tard, l’avenir du rock croise un flic. Il a essayé de l’éviter, mais dans le désert, ce n’est pas facile.

             — Je suis Poula Guy ! Je suis à la recherche du renégat René Guy, un sale petit délinquant. L’auriez pas vu dans les parages ?

             — Pas que je sache. Par contre, je peux vous brancher sur Buddy Guy. Ça vous ferait le plus grand bien.

     

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             Le vieux Buddy refait des étincelles avec Ain’t Done With The Blues. T’es frappé par la vitalité qui se dégage de cet album. Tout est bien. T’as du mythique avec deux clins d’yeux, le premier à Hooky («Hooker Thing», Buddy gratte sa Martin Boogie Chillum) et plus loin, gros clin d’œil à Earl King avec «Trick Bag», riffé dans les règles du lard avec des accords riches de énième diminuée et la réverb du diable. Autre grand

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    choc émotionnel avec «Jesus Loves The Sinner» : les Blind Boys Of Alabama font les chœurs et ça monte vite au ciel - Jesus loves the sinner/ But he hates the sin - Il faut voir comme les Blind Boys te swinguent le sin. Le Bud a du son à n’en plus finir sur «Been There Done That». Il gratte sa Black & White Polka Dot Relic Fender Strat. Il est hors compétition. Pour «Blues Chase The Blues Away», il gratte sa 1972 Fender Tele Deluxe et la Polka Dot. Merveilleux shoot d’heavy boogie blues. Avec celui de Lazy Lester, t’as là le meilleur boogie d’Amérique. Il invite Kingfish Ingram à gratter son gras double sur «Where U At». C’est complètement dément, c’est saturé de blues et de Soul, avec des cuivres pharaoniques. Puis le Bud passe au Heartbreaking Blues avec «Blues On Top» - Blues on top/ Pushing down on me - Il duette avec Bonamassa sur «Dry Stick» et avec Frampton sur «It Keeps Me Young». Franchement, il aurait pu choisir quelqu’un d’autre pour duetter, pas cette crêpe. Il revient au classic boogie blues sur «Love On A Budget», mais son solo prend feu ! On salue encore l’énorme power de la niaque du Bud dans «Upside Down». Ses solos sont la pulpe du blues, jouissifs et juteux. Le Bud est encore vert. Il sait encore rocker un boat. Écoutez bien ses solos, les gars, ce sont des œuvres d’art.

    Signé : Cazengler, Guy mauve

    Buddy Guy. Ain’t Done With The Blues. RCA 2025

     

     

    Wizards & True Stars

     - Jett set

     (Part One)

     

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             Joan Jett brandit l’étendard du glam depuis quarante ans. Rien que pour cette prouesse athlétique, elle mérite une médaille. Elle enfile ses albums comme des perles et bénéficie encore aujourd’hui d’une belle notoriété.

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             Comme beaucoup d’adolescentes fascinées par les Stones dans les seventies, elle doit son look à Keith Richards, coiffure, allure et façon de jouer de la guitare sur scène. Et ce qu’on apprécie particulièrement chez elle, c’est qu’en quarante ans, elle a su rester fidèle à un son et à une image, comme l’a fait Chrissie Hynde. Joan Jett cultive l’image de l’éternelle adolescente subjuguée par l’image que lui renvoie son miroir. Keef se décharne inexorablement, mais Joan semble rajeunir, comme le montre la pochette de son dernier album, Unvarnished (sans fard). Et sur cet album, paru quasiment quarante ans après le premier album des Runaways, elle continue de jouer du glam. Alors forcément, ça impressionne. Car il n’est rien qu’on apprécie autant que la constance. Écoutez cet album et vous serez surpris par la densité du son et par la fière épaisseur du cocotage. Elle reste l’heavy-rockeuse qu’on aimait bien et elle nous ressert du gros glam à la Gary Glitter avec « TMI », avec le vrai stomp d’intro, comme au bon vieux temps des télés qui vibraient. Joan Jett rallume le brasier, beaucoup mieux que les autres revivalistes glam de type Giuda. Comme sur tous ses autres albums, elle joue avec le feu, c’est-à-dire avec la power-pop, mais l’étincelle lui fait souvent défaut. « Really Mentality » est le hit de ce disque, construit sur un vieux riff garage. Elle en fait une merveille délinquante de juke des faubourgs. Tout y est, la tension juvénile de la gamine en guerre contre la société des culs serrés. Elle chante son truc avec tout le chien dont elle est capable, et le diable sait si elle en a montré en quarante ans de dévotion au rock’n’roll. Elle réussit toujours aussi bien ses Aouw ! Elle sait où les placer pour qu’ils nous sautent à la figure. « Bad As We Can Be » sonne comme un hit punk de 1977. Elle lance une belle cavalcade de guitare en intro et ça vire power-pop en up-tempo très haut de gamme. C’est une pièce de collection. Elle a toujours eu un petit faible pour la power-pop, telle que la jouaient ses copains les Ramones. Puis elle revient à la cloche de bois pour « Different » et elle retape dans l’heavy beat. Elle ne peut pas se passer de sa chère consistance. On sent la rockeuse dans la force de l’âge. Elle manie son cut comme un vrai hit garage et ça devient bouleversant. Rien que pour ces trois ou quatre titres, Joan reste d’une actualité brûlante.

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             Dave Thompson lui a consacré un bio rapide, comme il sait si bien le faire : Bad Reputation: The Unauthorized Biography of Joan Jett. Il retrace tout le parcours Kim Fowley/Greg Shaw/Suzi Quatro/English Disco/Arrows/Kenny Laguna. Il fait de l’histoire de Joan Jett une histoire importante et, disons-le tout net, indissociable de celle de Kim Fowley.

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             Pour bien comprendre Joan, il faut remonter aux sources, c’est-à-dire aux Runaways. C’est elle qui entra en contact avec Kim Fowley, grâce à sa copine Kari Krome qui avait treize ans. Elle l’attendait à l’entrée de l’English Disco et quand elle le vit arriver, elle l’accosta. Kim lui demanda :

             — As-tu une démo ?

             — Hein ? C’est quoi une démo ?

             — Bon d’accord...

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             Malgré ça, Kim vit tout de suite qu’elle avait un truc. Il la mit en contact avec une petite batteuse, Sandy West. Première répète chez Sandy et Kim et première mouture des Runaways à trois avec Micki Steele, basse et chant. Pour les amateurs, ce fut la meilleure mouture des Runaways - covered in blood and guts, disait Kim - Mais la bassiste est virée (on la retrouvera plus tard dans les Bangles). Kim complète le groupe avec deux autres filles, Lita Ford et Jackie Fox, puis une petite blonde au chant, Cherie Currie. Il veut monter un gros coup, the next big thing, le premier teenage-girl group d’Amérique. Le seul groupe de filles en activité alors, c’est Fanny. Les gamines s’y croyaient. Comme le dira plus tard Jackie Fox - bassiste - Joan se prenait pour Suzi Quatro, Lita pour Ritchie Blackmore, Sandy pour un membre de Queen, Cherie pour Bowie. Et Jackie se prenait pour Gene Simmons. Les Runaways ne voulaient ni des chansons de Mars Bonfire qui travaillait pour Kim Fowley, ni des vieux coucous de la collection de disques de Greg Shaw. Elles voulaient leurs chansons.  

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             Dave Thompson apporte toujours de petits éclairages intéressants. Il indique que Ron Asheton traînait pas mal dans les répétitions des Runaways. Il indique aussi que Patti Smith détestait les Runaways et les virait de sa loge. Une vraie conne (elle détestait aussi Blondie). Gros éclairage aussi sur Alan Merrill et les Arrows, un groupe magique injustement oublié. « I Love Rock’n’Roll » était pour Alan Merrill une réponse à l’« It’s Only Rock’n’Roll » des Stones. Il cite les Hammersmith Gorillas parmi les noms des groupes qui ont secoué les cocotiers de Los Angeles en 1976. Pas mal, non ? Il explique aussi comment Sandy West a envoyé Rat Scabies au tapis d’un coup en pleine tête. Puis vers la fin de l’ouvrage, il rappelle qu’on a proposé trois millions et demi de dollars aux Runaways pour une tournée de reformation comprenant quarante dates. Joan et Cherie étaient d’accord. On avait proposé le job de bassiste à Suzi Quatro qui n’avait pas dit non. Mais Lita Ford envoya paître ses anciennes collègues : « Je n’ai pas besoin de ce fric. Je suis dans ma maison de deux millions de dollars aux Caraïbes ! Alors amusez-vous bien ! » (Pauvre Lita, son rêve caribéen allait se transformer an cauchemar, car son mari Jim Gillette la retenait prisonnière sur l’île. Elle réussit à s’enfuir, mais sans ses deux enfants).

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             Si on s’intéresse aux Runaways, il faut aussi lire l’autobiographie de Cherie Currie, Neon Angel. Elle raconte comment, morpionne, elle vola la bouteille de bière de David Johansen qui chantait sur scène au Whisky. Cherie se prenait pour Bowie et sa mère l’encourageait. Mais dans un chapitre, elle déraille un peu dans le trash en décrivant une scène de cours sexuel. Cherie et Sandy auraient été enfermées dans une chambre de motel et Kim Fowley aurait soit-disant baisé une fille nommée Marcie devant elles en commentant toutes les étapes. Cherie donne aussi dans son livre pas mal de détails croustillants sur sa propre consommation de drogues, à commencer par le Placidyl (dont Elvis faisait lui-même une grosse consommation), le PCP, la benzedrine puis la freebase coacaïne, comme David Crosby. Elle raconte qu’elle devient accro aux orgasmes, ce qui nous éloigne de la musique - c’est d’ailleurs ce que lui reprochait Joan Jett - Elle s’étend aussi assez longuement sur sa relation tumultueuse avec Lita Ford qui l’accusait de vouloir focaliser l’attention des médias sur elle.

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             Le film The Runaways tourné en 2010 par Floria Sigismondi s’inspire directement de cette autobiographie. Le film est bien foutu. Il recrée les ambiances seventies et brosse un portrait un peu grossier de Kim Fowley. Comme Jackie Fox et Lita Ford n’ont pas voulu céder leurs droits, Floria Sigismondi les a complètement marginalisées dans le film. Joan Jett, Kim Fowley et Sandy West - qui avait cédé ses droits juste avant de mourir d’un cancer - ont joué le jeu à fond. Michael Shannon joue le rôle de Fowley et on voit bien que c’est un peu n’importe quoi. Heureusement, les scènes musicales du film sont excellentes et délicieusement intenses. Il faut prendre le temps de voir ce film, car il est bien à l’image des Runaways : en effet, ce film qui fit un bide raconte l’histoire d’un groupe qui n’a jamais réussi à décoller.

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             Au rayon films, il est aussi indispensable de visionner le docu consacré à Rodney Bigenheimer, Mayor Of The Sunset Strip, sorti en 2003. Au même titre que Kim Fowley, Rodney est un personnage clé de l’histoire des Runaways. C’est Peter Pan au pays magique du rock. Le docu montre ce lieu mythique que fut The English Disco, l’endroit où Joan Jett rencontra Kim Fowley. Le docu propose des plans extraordinaires de Rodney en compagnie de ses meilleurs amis, Kim Fowley, Cher, Brian Wilson et Nancy Sinatra. Il semble que tout le gratin du rock soit au rendez-vous de ce film exceptionnel : on voit Rodney en compagnie d’Elvis, des Monkees, des Mamas & The Papas, des Beatles, de Bowie et de quelques autres. Rodney a consacré sa vie à la musique et l’une des dernières scènes du film le montre assis sur une terrasse hollywoodienne en compagnie d’un Kim Fowley en costume rouge qui déclare : « We’re still here, so fuck you ! »

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             Tant qu’on y est, on peut aussi consacrer une petite heure à Edgeplay - A film about the Runaways, tourné en 2004 par Vicky Blue qui avait remplacé Jackie Fox dans les Runaways. Joan Jett avait refusé de participer à ce docu, car elle lui reprochait de s’intéresser à tout, sauf à la musique. Vicky Blue fait donc des portraits de Lita, de Sandy et de Cherie. Les filles en profitent pour se livrer à quelques confidences. Le portrait le plus sensible de ce docu est incontestablement celui de Sandy West que Vicki a filmé le jour de sa libération. Elle sortait du placard. Et là, si on veut entrer dans l’histoire extraordinaire de Sandy West, il faut lire l’ouvrage hyper-documenté d’Evelyn McDonnell, Queens Of Noise - The Real Story Of The Runaways. Son ouvrage est bon car elle a vraiment essayé de dépasser les clichés en faisant de l’investigation, chose que ne font jamais les journalistes de rock. Elle consacre l’un des derniers chapitres de son livre au destin tragique de Sandy West : « Parfois quand elle disparaissait, c’est parce qu’elle était en taule. Ça a commencé en 1988, quand elle fut arrêtée à Orange County pour conduite en état second. Après ça, elle fut arrêtée au moins six fois pour possession de substances et pour conduite sans permis. Elle purgea ses peines sans aucun problème parce qu’elle disait qu’on s’occupait d’elle - comme au temps des Runaways. Pour elle, se retrouver en taule, c’était comme d’être dans un groupe. C’était la seule source de stabilité dont elle disposait. Quand on la relâchait, elle replongeait dans le chaos. »

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    Sandy West

             L’auteur raconte que Sandy portait un flingue et qu’on l’envoyait « encaisser les dettes ». Elle travaillait pour des caïds de la drogue et vivait de sales moments. À l’époque de leur premier album, les Runaways voulaient se faire passer pour des délinquantes, notamment dans « Dead End Justice », mais la seule vraie délinquante dans cette histoire, c’était Sandy. Dans Edgeplay, elle parle d’une voix grave : « C’était peut-être mon côté auto-destructeur, mais je n’ai jamais eu peur. Tu vas chez quelqu’un et tu défonces la porte. T’as des calibres pointés sur toi et tu pointes ton calibre sur eux. Tu ne sais pas qui va mourir. Une fois j’ai dû briser le bras d’un mec. J’ai aussi dû enfoncer mon calibre dans la gorge d’un mec et il a chié dans son froc. Tu fais des trucs comme ça et pourtant, tout ce que je voulais, c’est jouer de la batterie dans un groupe de rock. » Sandy West pourrait bien être la vraie héroïne de cette histoire. Evelyn McDonnell cadre aussi très bien la personnalité de Joan Jett qui n’a jamais voulu jouer les stars et qui a toujours su rester comme elle était. Joan voulait vivre son rêve, elle voulait être comme son idole Suzi Quatro, sur scène avec une guitare. Et selon Kim Fowley, Sandy, c’était Dennis Wilson. Evelyn McDonnell rappelle aussi un détail important : les Runaways furent bien accueillies en Angleterre. Des Américaines comme Suzi Quatro, Chrissie Hynde et PP Arnold y sont devenues des stars, ce qui n’aurait sans doute pas été les cas aux États-Unis. Mick Farren trouvait que les Runaways jouaient mieux que le Ramones, qu’elles chantaient mieux que Patti Smith et qu’elle avaient beaucoup plus d’animalité que les Bay City Rollers. Et puis Kim Fowley rappelle aussi que ces filles n’ont jamais porté de jupes.

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             On sent bien au fil des pages qu’Evelyn McDonnell nourrit une sorte de ressentiment contre Kim Fowley. Vers la fin de son livre, elle dérape un peu et le traîne dans la boue avec des petites insinuations merdiques, mais la vraie star de toute cette histoire, c’est bien lui, l’immense Kim Fowley, sans qui rien de tout cela n’aurait été possible.

             Kim : « J’avais une mère baisable, une sorte de Doroty Lamour qui était une salope, et mon père était un abruti. Je suis leur enfant et je porte parfois du maquillage. » Ça et la polio ont fait de lui un survivant et un loup des steppes. Kim Fowley est un personnage d’un calibre beaucoup trop important pour une petite intello à tendance féministe comme Evelyn McDonnell.

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             Pour lancer les Runaways, Kim Fowley les fit travailler à la dure. Il leur gueulait dessus et les insultait. « Okay dog shit ! One two three ! » Il voulait les professionnaliser. Il composa des chansons avec Joan, notamment « Cherry Bomb » qui ouvrait le bal du premier album des Runaways, sorti sur Mercury - qui était aussi le label des New York Dolls - Le morceau était assez bon, puisqu’il est devenu un classique. Lita Ford n’avait que 17 ans et elle y grattait un fier solo. Les Runaways avaient injecté tout leur esprit dans ce morceau. Joan composa « You Drive Me Wild » toute seule, et avec cette belle pièce de glam, elle sut se montrer inspirée. Kim offrit à ses pouliches « Is It Day Or Night » qu’elles riffèrent bien grassement. Rien qu’avec ces trois cuts, le balda de l’album tenait admirablement la route. On trouvait en B l’« American Nights » de Mark Anthony et Kim Fowley, un véritable hit planétaire. On se serait cru chez les Hollywood Stars. Mais le morceau phare de l’album était le fameux « Dead End Justice » qui sonnait comme un mini-opéra et que Kim Fowley voyait comme un mélange de Taxi Driver, de Cagney et de Bogart, comme du « dirty filthy rock and roll » - I’m sweet sixteen and a rebel queen/ I look real hot in my tight blue jeans - et hop, la rebel queen se retrouvait au ballon - Behind the bars/ There’s a superstar/ Who never had a chance - Elle demandait justice, mais ça ne servait à rien, alors elle s’évadait - Joan/ Let’s break out tonight/ Ok Cherie/ What’s the plan ? - Mais Cherie se tordait la cheville et Joan devait s’enfuir toute seule. Voilà ce qu’on pouvait appeler une chute prémonitoire.

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             C’est Earle Mankey des early Sparks qui produisit le second album des Runaways, le fatidique Queens Of Noise. La plupart des chansons furent co-écrites par Kim Fowley. Joan chantait ses deux compos, « Take It Or Leave It » et « I Love Playing With Fire ». Son power-chording était cousu de fil blanc, mais au fond, ça la rendait éminemment sympathique. Sandy frappait comme une sourde et Lita partait en dérapage contrôlé. Les copines de Joan assuraient bien ! Par contre, le morceau titre qui ouvrait le balda semblait un peu mou du genou. On sentait comme une torpeur, comme une sorte de ramollissement du beat. L’hit de l’album était « Midnight Music ». On y sentait la patte de Kim car le cut contenait à refrain à panache - Making midnight music/ Singing rock n roll songs/ Living midnight music/ Just to get along - On avait là une pop-song idéale dotée d’une fantastique élévation de concordance morale. Franchement, les filles avaient beaucoup de chance de fréquenter Kim Fowley, ne fût-ce que pour ce hit. La B était un peu ratée. Il fallait attendre le dernier cut, « Johnny Guitar » (signé Ford-Fowley) pour retrouver le frisson. Lita partait en heavy bleues matérialiste. Non seulement Lita grattait comme une déesse, mais elle était en prime assez pulpeuse. Elle soignait son look de belle blonde appétissante et elle n’hésitait à ouvrir sa chemise pour laisser apparaître un joli sein, comme on le voit sur la pochette

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    intérieure de l’album. On sentait en Lita l’épicurienne fondamentaliste de la guitare électrique. Elle titillait ses cordes avec un art consommé. On sentait bien qu’elle aimait la vie, le plaisir et l’électricité. Lita était parfaitement capable de jouer seule un long heavy blues de dix minutes. Sacrée Lita. Elle nous faisait tous baver.

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             À leur grande surprise, elles furent accueillies comme des stars au Japon, ce qui était loin d’être le cas aux États-Unis ou en Europe. C’est la raison pour laquelle il faut écouter l’album Live In Japan. Quand on ouvre la pochette, on voit les Runaways sur scène. C’est l’une des plus belles photos de l’histoire du rock. Ce qu’elles dégagent, c’est l’essence même du rock’n’roll. Elles sont sur scène et elles règnent sur l’empire du soleil levant. Vêtue d’une combinaison rouge, Joan plaque ses power-chords avec une moue de riffeuse. Juste derrière elle, Jackie joue ses notes avec un petit sourire en coin. Là-bas, Lita secoue ses cheveux en secouant le manche de sa guitare de metalleuse et on voit Sandy surélevée en train de battre le beurre. Cherie attaque avec « Queens

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    Of Noise ». Quelle magnifique équipe ! Mais c’est aussi l’occasion de constater à quel point la pauvre Cherie chantait mal. Elles font des versions complètement ratées de « Wild Thing » et du « Rock’n’Roll » de Lou Reed. On frise la catastrophe avec la version mal chantée de « You Drive Me Wild ». Heureusement que Joan cocote et que Lita place des solos flash. Elles tapent dans le hit que Kim confia à Venus & The Razorblades, « I Wanna Be Where The Boys Are » et Cherie s’énerve enfin. Version sacrément musclée, Cherie screame et Lita part en solo à la note folledingue. S’ensuit une bonne version de « Cherry Bomb » que Joan cocote. C’est précisément de là que vient Joan Jett : l’aspect glammy à la Sweet et le cocotage de « Locomotive Breath ». Puis elles bouclent leur petite affaire avec le fantastique « American Nights », extravagant de grandeur glammy et brisé net par un beau break de basse de Jackie, puis « C’mon », encore une solide compo de Joan qui ferraille comme un chiffonnier de banlieue.

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             Cherie Currie et Jackie Fox quittent le groupe et Joan prend le chant sur l’album suivant, Waitin’ For The Night. Mais dès qu’elle veut grimper dans l’octave, c’est foutu. Elle n’a pas la voix pour ça. Elle chante « Wasted » d’une voix très sucrée et impubère, et Lita balance un solo très seventies. Kim est passé par là - Redneck rocker devil daughter/ Doesn’t really matter - Joan continue de se livrer à son sport favori, le cocotage. C’est tout son univers. Cocoter ou mourir ! « Schooldays » est aussi co-écrit avec Kim. Excellente pièce de rock - Used to be the wild one/ Hated class only lived for fun - Avec « Trash Can Murders », Joan chante comme une sale petite teigne. Lita place l’un de ces beaux solos dont elle a le secret. Les gamines ont du répondant. Kim avait raison de leur faire confiance. Leur disque se tient vraiment bien, même si elles n’inventent pas le fil à couper le beurre.

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             Chant du cygne avec And Now... The Runaways. C’est plus qu’un chant du cygne, c’est un couac. Joan chante la plupart des chansons d’une voix pas bien ferme. Elle fait une reprise d’« Eight Days A Week » complètement foireuse. La reprise de « Mama Weer All Crazee Now » est un tout petit peu plus élégante. Joan réussit parfois à se fâcher, mais elle roule ce classique de Slade dans une farine un peu cucul la praline, d’autant qu’on entend un piano. Mais ça tourne à la catastrophe avec « I’m A Million » que chante Lita et « Right Now », en début de B, que chante Sandy. On comprend que la seule qui savait chanter dans cette équipe, c’était Cherie. Elles finissent cet album pitoyable avec une belle compo de Steve Jones, « Black Leather ». Franchement, c’est vraiment dommage que tout l’album ne soit pas calé sur cette belle pièce signée Jonesy. Lita y joue comme une diablesse. Elle place des incursions délibérées dans tous les coins. Le morceau est remarquable du point de vue productiviste. Il suffisait de mettre Lita dans le fond et de la laisser tisser des toiles incendiaires. C’est dans ce genre de son qu’auraient dû s’installer les Runaways, dans ce son à deux niveaux, car il s’y passe des choses étonnantes. 

     Cazengler : Ruine away.

    Runaways. The Runaways. Mercury 1976

    Runaways. Queens Of Noise. Mercury 1977

    Runaways. Waiting For The Night. Mercury 1977

    Runaways. Live In Japan. Mercury 1977

    Runaways. And Now... The Runaways. Mercury 1979

    Joan Jett. Unvarnished. Blackheart Records 2013

    Dave Thompson. Bad Reputation. The Unauthorized Biography of Joan Jett. Backbeat Books 2011

    Cherie Currie. Neon Angel. A Memoir Of A Runaway. HarpersCollins Publishing 2010

    Evelyn McDonnell. Queens of Noise - The Real Story of the Runaways. Da Capo Press 2013

    Mayor of the Sunset Strip. George Hickenlooper. DVD 2003

    Edgeplay. A film about the Runaways. Victory Tischler-Blue. DVD 2004

    The Runaways. Floria Sigismondi. DVD 2010

     

     

    Rockabilly boogie

     - La légende de Johnny Legend

     

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             Le vieux pépère Johnny Legend vient de casser sa pipe an bois, aussi allons-nous lui rendre un modeste hommage funéraire.

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    Hichem + Emma Preston

             On avait ramassé l’I Itch de Johnny Legend au Marché Dauphine (Porte de Clignancourt), chez Hichem, qui est quand même le plus grand disquaire/spécialiste du rockab en France. Le premier album de Carl & The Rhythm All Stars, Music To Live, est sorti en 2006, sur le label qu’il avait fondé à l’époque, Sfax. Il avait aussi Betty & The Bops, les Hot Chickens et pas mal d’excellents groupes de rockab sur Sfax. C’est un disquaire dont il faut écouter les conseils. Tu ne repars jamais les mains vides de son stand qui ressemble à une caverne d’Ali-Baba.

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             Dans les liners de The Rollin’ Rock Recordings, le boss de Rollin’ Rock Ronny Weiser rappelle qu’on surnommait Johnny Legend ‘The Rockabilly Rasputin’. Puis J. Sebastian Strauss relate un épisode mystérieux : durant l’été 1971, Ronny Weiser enregistra quelques démos avec Gene Vincent qui cherchait à faire son retour, mais son groupe sonnait comme Cream, Et Ronny n’aimait leur son, aussi ne conserva-t-il que la voix de Gene. C’est Johnny Legend et son groupe qui devaient l’accompagner, mais hélas Gene cassa sa pipe en bois deux mois plus tard, en octobre 1971. Et pouf, on apprend que le guitariste de Rollin’ Rock Rebels de Johnny Legend n’est autre que Billy Zoom, le futur X. Et bien sûr, le stand-up man, c’est Ray Campi. Puis Strauss fait le lien avec Mika et ses brillants Fightin’ Fin-A-Billies finlandais. Ray Campi signe aussi deux pages de liners. Il rappelle que Johnny s’appelle Martin Marguilies dans le civil et que certaines de ses chansons l’impressionnaient (a few were shocking to me).

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             Sur I Itch, Johnny est accompagné par des Finlandais, The Fightin’ Fin-A-Billies : Sami Roine (poux), Mika Railo (stand-up) et Jarmo Jami Haapanen (beurre). T’es hooké dès «Mexican Love» et son beat rockab. On sent bien les Wild Cats dans «I’m Loaded». C’est puissant et tapé à la dure, et t’as le cat qui fraye au burnin’ hop. Ils passent à l’heavy blues cadavérique avec «My Baby Ditched Me». Johnny Legend sait varier les plaisirs. Il ne cherche pas à faire du Screamin’ Jay, mais c’est dans l’esprit. Et ça repart en mode Wild Cats avec «One Way Or Another». Le vieux Johnny adore ça. Getcha ! C’est excellent ! D’une façon ou d’une autre, il va l’avoir, alors Getcha ! Getcha ! Getcha ! Tu te régales de la fantastique pulsion rockab de «3-D Daddy». Puis avec «Witch Doctor», ils foncent à cent à l’heure, woopee ouh-ah-ah, ça percute les Trashmen de plein fouet et t’as le killer solo de cavalcade insensée. Tout est bien sur cet album, tout est alerte et dynamique, ultra-joué, le vieux Johnny finit son «Sad Story» au cry cry cry cry. T’as la fantastique prévalence du beat rockab, les Finlandais savent pilonner, t’as le slap et la gloire du slap, et t’as en prime un cat qui sait gratter les poux du diable quand ça lui chante, alors pour le vieux Johnny, c’est du gâtö. Il a du pot d’avoir ces Finlandais derrière lui.

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             The Rollin’ Rock Recordings vient aussi du bac d’Hichem. T’as 29 cuts et pas mal de déchets, mais t’entends aussi le slap de Ray Campi sur pas mal de cuts, notamment «Rollin’ The Rock» et «She’s Gone», emporté par un slap de débinade. Slap de rêve encore dans «California Rockabilly», wild as fucking fuck ! Slap toujours dans «Wild Wild Women», pulsatif génial qui marque l’apogée rockab de Johnny Legend. T’as aussi l’«Ole Jack Hammer Blues», un heavy boogie blues bien slappé derrière les oreilles. Quel son ! Johnny Legend s’impose comme une vraie voix avec «Raunchy Tonk Song», et comme le roi des Wild Cats avec «Rockabilly Rumble» : en plein dans le mille, avec un titre pareil, il ne pouvait pas faire autrement. Il récidive plus loin avec «Rockabilly Bastard» et t’as un beau killer solo. Et puis voilà la coup de génie qui arrive comme la cerise sur le gâtö : «Guess Who Ain’t Getting Laid Tonight» : wild as fuck et gratté à l’oss, tu ne sais plus si c’est du gaga-rockab ou du proto-punk de rockab, c’est explosé de power et chanté à l’excédée. Nouvelle apogée de Johnny Legend.

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             Par contre, c’est pas utile d’aller cavaler après le Bitchin’, paru en 1998. L’album est trop novelty, à cheval sur le western spaghetti et la poppy popette. On n’y sauvera qu’un seul cut, «Dummy Doll», un fantastique novelty cut du vieux boppin’ cat. Il puise dans ses racines rockab. On sent aussi de beaux restes de Wild Rasputin dans le «Psycho Rock» qui ouvre le bal de la B, mais pour le reste, pas de quoi pavoiser.

    Signé : Cazengler, Johnny la jambe

    Johnny Legend. Disparu le 2 janvier 2026

    Johnny Legend. Bitchin’. Dionysus Records 1998

    Johnny Legend. I Itch. Bluelight Records 2014

    Johnny Legend. The Rollin’ Rock Recordings. Part Records 2015

     

    * 

          Je m’étais réjoui, qu’une telle revue pensât après son numéro d’essai   à adopter une parution régulière m’agréait. J’ai attendu plusieurs mois. Je n’ai rien vu venir. Ni herbe qui verdoie, ni route qui poudroie. Chaque mois devant ma devanture à revues-rock j’étais comme l’âne à qui l’on refuse d’apporter son picotin. J’ai fini par me lasser. Je n’y croyais plus. Mais que vis-je, mais oui c’était elle, je la pris entre mes mains, pour être sûr que je n’avais pas la berlue, j’ai relu trois fois le titre, aucune erreur possible c’était bien :

    Rituel # 2

    (Solstice d’Hiver  2025)

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    Sol Invictus ne saurait trahir ! C’est encore un Hors-Série Rock Hard, la revue n’a pas pris son autonomie mais l’important c’est qu’elle soit là ! Davantage qu’une revue, moins épaisse qu’un livre, 146 pages, un mook ! On ne se moque pas du monde ! Format géant, c’est que si voulez beaucoup de texte et des photos qui ne soient pas des mini-confetti, faut de l’espace. En plus la typo n’est pas tassée comme une tortue romaine !   

    Un régal pour les yeux et encore plus pour l’esprit. Oreilles fragiles, abstenez-vous, la revue est consacrée aux musiques extrêmes. Metal Brutal. Metal Cheval. De guerre. Metal Fatal. Etrangement, vous ne débarquez pas dans un univers de brutes avinées et ravinées de bêtise. L’est vrai que la couverture ne plaira pas aux âmes timorées. Une espèce de fantôme sanglant à vous refiler la scarlatine, et la fièvre quarte comme l’on disait au Moyen-âge. Si vous ressentez la fièvre vous gercer les lèvres, ce n’est peut-être pas une suggestion, l’auteur ne se nomme-t-il pas Laurent Fièvre. Dix grandes pages lui sont consacrées. Genre le musée des horreurs Ce gars ne mérite pas le nom d’illustrateur. C’est un peintre. Un vrai. Un grand. Un monde de morts-vivants. Non ils ne sortent pas de l’Enfer. Sont si vulnérables, si méditatifs, si fragiles qu’ils nous ressemblent un peu. Comme des frères. Sont un peu comme le mort que nous transportons partout avec nous. Nous sommes si habitués à sa présence que nous n’y faisons plus attention. Quant à nos amis c’est très simple, ils nous confondent avec elle.  Bon, j’admets que certains sont assez effrayants, beaucoup sont toutefois empreints d’une telle tendresse, d’une telle sollicitude, d’une telle douceur que vous avez envie de les prendre par la main, de les emmener à l’école, de les rassurer et de les persuader que la vie n’est pas pire que la mort, à moins que ce ne soit le contraire. Fièvre se raconte en toute simplicité, sans aucune ostentation. Ce mec à la force d’un Goya. En plus l’a du goût, l’a illustré Les Chants de Maldoror de Lautréamont. Un rocker avant l’heure qui a composé son poème en prose assis à son piano, en torturant sans fin ses touches.

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    J’avoue que j’ai eu peur en ouvrant le bouquin. Une grosse déception. Zut ! eux aussi, ils sacrifient à la mode, vingt-deux pages sur les femmes dans le metal ! Je me suis engagé dans ce tunnel à reculons, encore un truc dégoulinant de bons sentiments, tartinade de très politiquement correct. Ben non, n’ont même pas choisi l’autre tarte à la crème, celle du politiquement incorrect, z’ont tout simplement donné la parole à nos oiselles. Si vous croyez lire six interviewes les unes à la suite des autres, vous êtes dans l’erreur, Emmanuel Hennequin qui a concocté ce dossier ne fonctionne pas au saucissonnage, l’a écrit son article, l’a tramé, l’en a fait une véritable composition musicale avec des thèmes qui s’entrecroisent, s’éloignent et se diversifient. Un magnifique aiguilleur, un introducteur, un monsieur loyal de génie, jamais un mot de trop, juste ce qu’il faut, ce qui est sûr c’est qu’il sait écrire. L’a su mettre en lumière nos dark women. L’on sent qu’il ne les a pas trahies.

    Le numéro est drôlement intuité. Z’ont médité. Z’ont traqué le hasard. Le monde du metal est grand. Cinquante ans d’existence. Ne chipotons pas. Vous lisez, et miracle vous n’avez pas l’impression qu’il manque quelqu’un. Qu’un de vos groupes favoris, voire votre chouchou, n’est même pas nommé, un scandale pour lequel l’équipe entière devrait être fusillée. Oui mais ce sont des retors, des stratèges. Il est impossible de citer tout le monde, ce qui n’aurait aucun intérêt, alors ils vous proposent de visiter le metal, tout le metal, sont très fort ils commencent par la fin, par la mort du metal. Pas tous les morts, un seul mais qui parle pour tous. En fait il ne dit pas un mot, normal puisqu’il est mort, c’est un ami et sa copine qui racontent Oscar Swinks, une page, une photo. Pas plus. Mais tout est là, surtout Oscar, un lamento de souffrance et de combat, la mort en face et la vie derrière. On le connaît, on n’en a jamais entendu parler, cela n’a aucune importance, on dirait qu’il est mort pour nous, puisqu’il est parti de notre monde et qu’il emporte avec lui un fragment de nos rêves.

    Vous tournez la page. Juste la suite, la traversée des Enfers, pas ceux de Perséphone, ceux du vécu, deux artisans du death metal, Shiran Kaïdine et Eddy Homer, tous deux de Mortuaire, cela ne s’invente pas, tous deux gravement malades, tous deux porteurs de grosses saloperies qui font flipper, mais l’envie de vivre chevillée au corps et les limites repoussées…

    Ensuite ce sont les groupes, Impureza nous parle de leurs influences, le Moyen-âge, le flamenco, le cinéma, le western, l’Histoire, chacun trimballe de semblables micmacs dans sa tête, attention quand on s’attaque au passé de son pays c’est toujours le présent qui se radine…

    Nous quittons l’Espagne pour nous retrouver au Japon ave Sakrifiss, une culture différente, une langue comme un autre monde, une autre Histoire qui ne vous appartient pas mais qu’il faut respecter… Faisons un saut, jusqu’en Inde, le pays n’est pas le plus metalleux de la planète, n’empêche que Kunal Choksi a créé un label connu dans tout l’occident, il parle de metal et de ses chats. Ces deux mondes sont aussi importants pour lui. Pour vous aussi, mais pour lui ce n’est pas pareil il est Indien. Revenons en France avec le label Adipocere, une aventure bien de chez nous différente et pourtant semblable…  

    J’arrête là, juste avant d’entrer dans le cœur de la musique. Si vous avez l’eau à la bouche, méfiez-vous c’est de l’eau noire !

    Une revue de toute beauté, et de grande intelligence.

    Damie Chad.

     

    *

             Nous reprenons  la suite de notre chronique de la première trilogie de Sans Roi. Dans la livraison précédente 722 du 05 / 12 / 2025, nous avons présenté successivement le volet 3 et le volet 2.  Toutefois avant d’aborder le volet 1 jetons un coup d’œil sur la manière dont le groupe se présente sur bandcamp, voici le texte reproduit in-extenso : ‘’ Dissection, Tribulation, Satyricon, Moonspell, Watain, The Vision Bleak, S.U.P., Anorexia Nervosa, Paradise Lost, Misanthrope, Tiamat, Death, Jours Pâles & many more… ‘’.

             Evidemment ce sont des groupes de la mouvance metal, certains très connus, d’autres moins. Cette façon de faire n’est guère originale, les formations aiment bien citer leurs inspirations. C’est aussi pour Sans Roi une manière de se cacher  derrière cent groupes… Un art mutin d’avertir les auditeurs : l’on ne te dit rien, voici notre musique, débrouille-toi pour effectuer tout seul le chemin  nécessaire pour la comprendre et entendre ce que l’on te dit…

    L’ESPRIT ET LA MATIERE

    SANS ROI

    (CD / Février 2023)

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             La couve est assez consternante, un groupe de quatre membres et un seul a droit à être sur la photo ! Ce n’est pas parce que les autres seraient laids et lui le seul assez beau pour parader. Il porte un linge sur la figure. Voudrait-on se moquer de nous, est-il habité par une espèce de rare timidité paranoïaque ? Ou alors se prendrait-il pour Isis porteuse d’un voile. Cette hypothèse, même si elle était fausse, possède un grand mérite, celui de nous rapprocher du romantisme allemand, notamment de Novalis et de son récit : récit : Les disciples à Saïs, ce qui nous met immédiatement sur la piste des dieux et des chercheurs d’absolu…

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    Disciples of the roots : le morceau commence par un petit laïus expédié à la va-vite, en quelques mots le Christ nous est présenté comme un guérisseur. Ce n’est pas le Dieu-Sauveur de l’Eglise catholique, d’ailleurs les guitares courent et le vocal nous conte une étrange histoire, nous voici en Amazonie, pas aux  temps de la conquête espagnole, bien avant, au cœur de la forêt, tout près du grand serpent, qui n’est pour les gnostiques qu’une figure du Christ, ce serpent enroulé autour de l’arbre du paradis, qui n’est pas le Diable très méchant, mais un être hybride porteur de connaissance, un éveilleur de l’esprit endormi en vous, le sorcier vous impose des jets de fumée issue du tabac sacré sur différent points de votre corps, les hindous parleraient d’ouverture des chakras, le serpent kundalinique de l’ADN se réveille en vous, tout peuple où qu’il soit éparpillé sur la terre possède cette racine reptilienne au fond de lui, les gnostiques  l’appellent Christ car ils utilisent les mots véhiculés par les premières sectes chrétiennes, la culture religieuse dans laquelle ils baignaient, mais ils ne souscrivent pas au dogme ecclésial  d’ailleurs encore mouvant car en formation. Le vocal est magnifique, imaginez que vous amplifiez le bruit d’un serpent se faufilant dans les hautes herbes. No turning back : nous voici loin de l’Amazonie, nous n’y retournerons pas, elle n’est qu’un continent conceptuel parmi des milliers d’autres entassés le fatras de notre tête, pas besoin de revenir, nous sommes chez nous, en nous. Musicalement ce n’est guère mieux, c’est même pire, le serpent s’est transformé en tourbillons dans notre labyrinthe neuronal, ça valdingue de tous les côtés et le gars a l’air sévèrement touché, l’est vrai que les coups de tambour ne lui font pas du bien, ça tournoie méchant dans ses synapses, se prend pour un mec bien, ou un criminel, le voici guerrier viking mort au combat qui est reçu au walhalla, hou-la-la, en plein délire et il n’a pas un chamane pour le soigner, l’est le bien et le mal en même temps, disons qu’il est surtout au plus mal. Qu’importe, il grimpe vers le lui-même, il vacille, mais les dieux sont là. The sleeper must  awaken : le rythme ralentit, un peu de calme permet de s’endormir pour mieux se réveiller, le sommeil n’est que l’image de la mort, il hurle, il s’admoneste, il doit se réveiller, doit se sortir de ce monde illusoire, le voici en plein Matrix, une seule solution se réveiller, s’il n’y a pas de retour il n’en reste pas moins que l’univers a bien commencé un jour, la voix s’étire comme un serpent qui entreprend de monter le long d’un arbre. L’esprit et la matière : riffs teintés d’orientalisme mais le vocal et la gangue instrumentale débordent sur nous, toute la matière du monde nous étreint, folies dionysiaques nous étreignons des corps de jeunes filles, voici une absolution charnelle qui vaut celle du salut de l’esprit, tintement, je sais que je suis cet esprit qui gravit l’interminable échelle pour s’affronter à l’être divin dont je connais le nom, folie stupéfiante, né dans la matière je m’expulse de mon propre fœtus, pourquoi folie et sagesse se ressemblent-elles tant. Texte d’une beauté flamboyante. Apocrypfal gospels : musique angélique, une voix féminine nous prévient que nous allons entendre ce  que Jésus a ‘’vraiment’’ dit. Le chant scande avec enthousiasme des passages des Evangiles Apocryphes retrouvés en 1945 près de ruines enfouies d’habitations esséniennes, le message est luminescent, celui qui doit voir verra, ceux qui ne doutent pas seront sauvés… Où la folie s’exprime : une longue introduction, le disciple voilé raconte son

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     illumination, sa rencontre avec une petite fille qui se promène avec son père qui lui dit qu’elle s’appelle Madeleine - dans les rouleaux des évangiles apocryphes il en est un attribué à Marie-Madeleine, (rappelons que la chronique du troisième volet  dont la couverture représente la Tour Magdala liée à l’énigme de Rennes-le-Château dont le trésor tant cherché serait selon quelques livres célèbres les tombeaux de Marie-Madeleine et Jésus…). Pour certains gnostiques Marie-Madeleine serait une représentation de la Sophia, cette sagesse qui guide le gnostique vers la viduité suprême du premier Dieu. C’est en lisant Gérard de Nerval et André Breton que le disciple aurait compris que la folie aurélienne – auréaliénique - du doux Gérard et de Nadja lui auraient permis de comprendre que la folie poétique serait identique à la Sagesse suprême, maintenant il crie, il exulte, le haut est comme le bas, le mal est comme le bien, le christ est un être de chair, tout est renversé, ébranlement mystique, le plus terrible c’est que l’on peut le voir au cinéma. Push the reset button : on a déjà eu une allusion à Matrix, il suffit de cliquer pour supprimer l’illusion du monde : les choses ne sont jamais simples, il suffit de croire, ou plutôt il suffit de savoir, tintamarre, tourbillons, cris charivariques, un dialogue mais qui parle, est-ce quelqu’un qui se parle à lui-même ou quelque chose de plus mystérieux, moments d’apaisements, et puis une rupture, qui s’en va ? Dieu ? la sagesse, l’homme ? les paroles se finissent sur une chanson de Gainsbourg, je suis venu te dire que je m’en vais. Il est vrai, ajouterais-je, que Dieu fume des Havanes ! L’hypostase des archontes : fragment dialogué, les sans roi ne veulent pas d’un Dieu qui soit un chef, les gnostiques aiment le divin, notion grecque par excellence, quel mélange de christianisme et de grécité ! Certains gnostiques accordent d’ailleurs leur préférence à Plotin, et se soucient fort peu de la pensée biblique. La sagesse confine à la folie, le dialogue commence et laisse place à la musique, les paroles sont comme les vomissures qui s’échappaient de la bouche de la Pythie de Delphes, que les prêtres devaient interpréter, c’est elle la sagesse  qui en s’évadant de la sphère du Dieu prisonnier de lui-même a donné naissance à Yaldabaoth le mauvais dieu, souverain parmi les souverains archontaux  qui dominent le monde matériel dont il est une mort(-)aise, le voile que porte le disciple n’est-il pas le symbole de la noirceur du monde matériel dans lequel il se débat, ne serait-ce pas la sage Isis qui devrait arracher le voile que porte le disciple, mais le disciple Sans Roi privé de prêtres intercesseurs se doit de lui-même abolir le voile de ténèbres qu’il se doit de traverser, pour aller vers la lumière du vide de l’Incrée, le  dieu prisonnier de lui-même, le disciple parcourt à l’envers le chemin de folie initiée par la sagesse, afin que son âme à lui se perde dans la viduité du divin. Les mauvais esprits comme moi appelleront cela le retour au kaos. Il est vrai que je suis plutôt un adepte de Celse – celui qui rédigea une ironique imprécation contre les chrétiens - que gnostique.

             Ce premier volet de la trilogie est le plus difficile à saisir. Premièrement parce que ce n’est pas en moins de quarante minutes que l’auditeur puisse saisir les subtilités de la doctrine gnostique, d’autant plus qu’il est sûr qu’il y a autant de doctrines que de gnostiques. C’est d’ailleurs cela qui donne au gnosticisme sa grande attirance. Les gnostiques peuvent être qualifiés d’anarchistes métaphysiciens. L’on ne classe pas les gnostiques parmi les anarchistes, c’est un tort, ce furent de grands saccageurs du christianisme. De véritables ennemis intérieurs du christianisme en formation. Ils ont malheureusement perdu la bataille politique.

    Ce dernier morceau ne rugit comme un tigre qui va vous dévorer tout cru, mais il ronronne. A part que le ronronnement du félin mangeur d’hommes a une dimension supérieure à celui du chaton blotti sur vous genoux. Soyez rassurés il ne vous dévore pas, ni tout cri, ni tout cru, quoique sur la fin la batterie s’affole, l’on entend des hurlements, et tout se termine par un cri libérateur. Une rigolade chargée d’ironie auto-immune, le tigre vous a chargé la cervelle jusqu’à la gueule. Peut-être explose-t-elle comme un canon. Atteindra-t-il les étoiles…

    Une dernière proposition pour ceux qui voudraient, ne serait-ce qu’à titre de curiosité, se pencher sur la gnose. Il ne serait pas stupide de mettre en relation la gnose avec l’orphisme qui peut être considéré comme une gnose païenne. Les fameux reflets réciproques propres à Mallarmé.

    Si vous écoutez ce premier volet, l’écoute des deux suivants s’impose.

    Sans Roi vous posera davantage de questions que vous n’en résoudrez, mais vous aurez le privilège de l’illusion d’avoir été intelligent. Au moins une fois dans d’autre vie.

             Si vous classez Sans Roi comme le roi de tous les albums que vous entendus. C’est que quelque chose vous a échappé, et que vous devriez le réécouter. Ce qui vous causera un immense plaisir.

    Damie Chad.

     

    *

              J'en ai déjà une édition. Enfouie depuis quelques années dans un carton empilé dessus et dessous d’autres cartons. J’avais feuilleté, je ne l’avais pas trouvé à mon goût. Mai voici une édition de poche dans une boîte à livres. Impossible de laisser une idole rock tomber dans les mains du premier venu. Je m’en empare et le soir-même je le lis in extenso.

    JOURNAL

    KURT COBAIN

    (Traduction Laure Romance)

    (10 / 18 -  2009)

             J’ai bien réfléchi, ce qui m’a plu avant tout dans ce bouquin, c’est la photo de la couverture. Exactement le visage de l’idole, ses cheveux longs lui donnent l’apparence d’un indien. Autrement dit celle d’un rebelle avec une cause. Ce qui nous rappelle la sentence de Max Stirner dans L’Unique et sa Propriété : J’ai basé ma cause sur rien, j’ai basé ma cause sur moi. Remarquons qu’avec ce mot ‘’ rien’’ Stirner a tout dit.

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             San quoi le livre est assez décevant. Je ne parle même pas des rares dessins dont il est parsemé. Cobain a eu raison de ne pas chercher à devenir un auteur de bande dessinée. Un gros défaut : le texte est donné brut de décoffrage. Nul effort de présentation, il aurait été au moins utile de donner quelques dates. C’est au lecteur de se débrouiller. De dresser un parallèle avec la ‘’carrière’’ de son auteur. A proprement parler ce n’est pas un journal, mais des notes prises le vif, prises sur le mort.

             On peut classer ses notes en deux parties, celles écrites avant le ‘’succès’’, celles rédigées après le ‘’succès’’. C’est en ce mot relativement stupide que réside le drame intérieur de Cobain. Nombreux sont les artistes et les activistes qui connaissent une exceptionnelle réussite à entrer, pour employer une expression convenue, en dépression. Certes Kobain n’est pas dépourvu d’ambition, il cherche à savoir comment les autres formations qu’il côtoie sont parvenues à posséder une originalité, un son, des prestations efficaces, des morceaux construits, des disques enregistrés, il les observe, il les médite, retrace  leurs parcours, il les compare, il les suit, il dresse des listes, celles des groupes qui lui paraissent importants, des listes de chansons qui lui semblent intéressantes.

             On peut comprendre : Nirvana arrive au plus mauvais moment de l’histoire du rock, les mastodontes à la Zeppelin s’essoufflent, peut-être tout simplement sont-ils en train de vieillir, la tornade punk a tout cassé, tout démoli, tout pété. Le punk a décrété qu’il n’y avait plus d’avenir dans la société anglaise et tout le monde a compris qu’il n’y avait plus de futur dans le rock’n’roll. Allez donc après cela reconstruire quelque chose de cohérent sur ces ruines. Après les punks les notions de succès et de réussites sont devenues ringardes.

             Drôle de challenge, soit rester dans le cloaque des groupes d’adolescents sans avenir, soit avoir la chance de devenir un phare dans la nuit du rock’n’roll. Un signe de ralliement, de regroupement des énergies. Pas plus, mais une espèce de légende. Hélas le scénario de Nirvana va emprunter une tout autre route. Des millions de Nevermind  vendus. Pas du tout à la sauvette. Je me souviens encore du voisin du dessous qui sonne, son husky à ses côtés, tenant entre ses mains le graal du rock’n’roll…

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             Ce n’est pas tout, faut gérer. L’argent ne fait pas le bonheur, pas obligatoirement le malheur non plus. Faut s’y préparer. Toutefois là n’est pas le problème. Ce n’est pas l’argent qui est dangereux, ce sont les intérêts qu’il procure. Pas les vôtres, celui des autres. Pour les rockers les dangers sont très vite repérables. Les fans, vous étiez un mec sympa, vous devenez une idole. Vous n’étiez rien, pour votre entourage, et pour des centaines de millions d’anonymes, vous êtes tout. Ce n’est pas votre propre statut qui change, c’est celui que vous bâtissent les autres. Sans arrêt en porte-à-faux avec vous-même. Mais ce n’est pas de loin, le plus grave. Kurt s’isole, il se replie sur un petit noyau. Il construit sa petite forteresse de survie écologique. Pas facile, mais tout dépend de lui.

             Par contre le problème vient des pressions exercées par le système économico-culturel. Tout d’abord les demandes exercées par la maison de disques qui aimerait que la poule aux œufs d’or ne prenne pas de repos. Le plus d’albums possible et des tournées à foison sans oublier les rendez-vous pour les radios, les télés, les journaux, les journalistes et leurs questions décourageantes. Confrontation directe avec la bêtise (in)humaine.  Physiquement la vie du groupe n’est plus de tout repos. Plusieurs mois de tournées vous épuisent un homme. Comment trouver dans le tourbillon des instants pour créer de nouveaux morceaux. Quelques textes de futures chansons apparaissent entre les pages des feuillets. Des idées, des fulgurations, des intuitions, rien d’achevé et surtout rien de satisfaisant. Rien de plus déstabilisant pour un artiste que de se sentir comme rejeté hors de son œuvre. D’être expulsé de votre création par le séisme dont vous êtes le principal instigateur. Terrible impression d’exil à l’extérieur de soi-même. De se retrouver en position oblique par rapport à soi-même.

             L’on sait comment l’histoire se terminera. Une balle dans la bouche. Au revoir les amis, je retourne en moi-même, c’est encore-là que j’ai toujours été le mieux. Vous avez essayé de m’arracher de moi-même. Peine perdue. C’est moi qui vous ai retranché de moi-même. Kurt nous a virés. Ce genre de situation est inconfortable pour ceux qui restent. Beaucoup se sont sentis trahis. Ils avaient misé sur Kurt Cobain. Et leur poulain numéro un a préféré à la course en tête les verts pâturages d’un ailleurs  dans lequel personne n’a envie de le retrouver. Du moins tout de suite. Toute une génération s’est sentie trahie.

    L’on a accusé la drogue, sans doute les accusateurs étaient-ils vexés de ne plus retrouver leur produit de substitution dont ils avaient besoin pour se sentir bien, une dose de Kurt Cobain chaque jour, et ils voyaient la vie en rose. Dur de vivre sans désormais. L’on a imaginé des crimes sordides, chacun y est allé de son petit scénario pour trouver un coupable machiavélique et idéal. De fait sans s’en apercevoir les gens se retrouvaient là ou Cobain les avait poussés. Hors de lui, dans leur solitude, dans leur insuffisance. Dans leur pauvreté intérieure. Tels furent pris qui croyaient qu’ils avaient encore quelque chose à prendre, à grapiller…

    L’on s’est consolé comme on a pu, l’on a pleuré Kurt, puis l’on s’est dépêché d’enterrer le grunge. Les absents ont toujours tort. Leur crime ne serait-il pas de vous avoir abandonné. Un rendu pour un prêté…

    Quand on lit ces pages l’on se dit que Kurt Cobain a cherché le lieu et la formule. Le lieu, il l’a repéré tout de suite, au tout début, aux confins de l’enfance et de l’adolescence : c’était le rock’n’roll. Quant à la formule il l’a cherchée, il a cru que c’était les Melvins, puis les Vaselines, peut-être les deux ensemble, le coup de l’équation à deux inconnues, puis il a décidé que ce serait son groupe : Nirvana. Mais non, ce n’était pas encor ça, a-t-il réalisé au dernier moment de la déflagration qu’il s’était trompé, que le lieu et la formule c’était Kurt Cobain.

    Damie Chad.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 722: KR'TNT ! 722 : MICK FARREN / SPUNYBOYS / LEN PRICE 3 / EVIE SANDS / BASS DRUM OF DEATH / THE RED RIDING / SANS ROI

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 722

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    05 / 02 / 2026

     

      

    MICK FARREN / SPUNYBOYS

    LEN PRICE 3 / EVIE SANDS  

    BASS DRUM OF DEATH

    THE RED RIDING / SANS ROI  

     

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 722

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http ://kr’tnt.hautetfort.com/

     

     

    The One-offs

     - Farren d’Angleterre

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             «Screwed Up» occupe un rang particulier dans la petite mythologie personnelle. Non seulement Mick Farren inventait le trash-punk frénétique, mais il réussissait en plus à swinguer sa chique sur cet excellent groove robotique. Sans doute avait-on là le meilleur single punk de l’an de disgrâce 1977. Mick Farren est aussi l’auteur d’un classique littéraire, Gene Vincent: There’s One In Every Town, sans doute l’un des books les plus parfaits en matière de rock culture. Bizarrement, personne n’avait songé à le traduire en français. Incompréhensible ! L’idée de le traduire germa et proliféra au point de devenir une obsession. Le contact éditorial pour la publication des Cent Contes Rock se fit à Marseille avec Dom, et quand il me demanda ce jour-là si les trads étaient dans mes cordes, je sortis aussi sec du sac le Gene Vincent de Mick Farren.

             — Il faut absolument traduire ça en français !

             Grâce à Dom, le contact se fit avec Mick Farren. Voici l’échange que nous avons eu, dans  sa brève intégralité.

             De pat@triplebuzz.com à byron4d@msn.com - Sunday, June 05, 2011 6:27 PM

             Hey Mick

             Dom, the guy who’s going to publish your great ‘Gene Vincent’ in France gave me your mail. I’ve just finished the translation of your book in French and it was a real pleasure from the first word to the very last one.

             I’m a longtime fan of you, as I bought the 3 Deviants records in the seventies. As I used to read every page you set on fire in the NME. ‘Give The Anarchist A Cigarette’ is one of my all-time faves. To my taste, it’s pure literature. And my favorite punk record from 1977 is of course Screwed Up.

             Anyway, I read your Gene Vincent when it was published, in 2004. I started with Gene when I was a kid and your book sounds unbelievably true but I’m a bit sad caus’you forgot to set the light on Bird Doggin’, the very last skidmark of Gene’s raw genius.

             Would you like to write a few lines about Bird Doggin’? We could add them to the french version of your book, as some kind of explosive appendix

             thank you Mick

             pk

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             Mercredi 8 juin 2011

             Dear Patrick,

             Thanks for all the kind words.

             Yeah. It’s a good idea to give a mention to Bird Doggin’. It’ll take me a couple of weeks. Since I moved back to the UK, I don’t have any of the Challenge material.

             All the best,

             Mick

     

             Le temps a passé. Pas de nouvelles. Osera-t-on relancer Mick Farren ? Oh yeah...

             Hey Mick

             In June, you told me you were okay for writing a few lines about Bird Doggin’, in the forthcoming French edition of your great Gene Vincent. Could you find any Challenge material ? I’m sorry for that mail, but the book is about to get printed (next month).

             By the way, I’ve read your great pages about Hawkwind in the last issue of Classic Rock. You’re still the best of them all.

             All the best

             pk

     

             Dear Patrick,

             I feel I have rather let you down on this. For last couple of months I have been incapacitated by a collapsed lung and -- along with a lot of other things -- have not had the strength to order the challenge material. I feel kinda bad about this and am really sorry.

             All the best,

             Mick 

    Signé : Cazengler, Mick farine

    Mick Farren. Screwed Up. Stiff Records 1977

     

     

    Rockabilly boogie

     - The Spunyboys are back in town

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             Le book de la semaine n’est pas un book, mais un Hors-série de Rockabilly Generation  consacré aux mighty Spunnyboys, les rois de la stand-up volante, les gardiens du temple rockab, les pourvoyeurs de bop éternel. T’aime bien bopper ?, alors les Spuny c’est pour toi. Si t’aimes pas bopper, c’est pour toi quand même.

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             L’Hors-série vaut largement un bon book : 48 pages, des images fabuleuses ET une préface. Pas n’importe quelle préface. Signée Chad Damie, alias Damie Chad, un texte solide et orienté sur l’avenir, avec un gros clin d’œil à Baudelaire. En deux pages, tout est dit : les Spuny, c’est une fête. Une fête qui dure depuis 20 ans. Plus rien à prouver. Hommage à «l’escogriffe» Rémi Spuny, Damie rappelle que «son chant griffe». Et oui, ce qui frappe le plus quand on les écoute, c’est la qualité du chant, l’effarante qualité du posé de voix. Ce mec est extraordinairement brillant. Pas étonnant qu’on le voie duetter avec un autre crack du boom-hue, Don Cavalli. Les Spuny sont on fire, et comme le dit si bien Damie, «l’aventure ne fait que commencer». Alors tu tournes les pages.

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             Tu pars à la pêche. Dans une première interview, les Spuny citent quelques noms : Johnny Horton, Little Richard, Larry Williams, Charlie Feathers, George Jones, Grady Martin, Joe Clay puis des noms de Teds anglais. Comme les boas, ils digèrent les cracks et puis ils jouent. Dans une autre interview, ils évoquent leurs tournées dans le monde entier, ce qui te fait une belle jambe, quand tu ne vas pas dans le monde entier. Et puis soudain, voilà qu’arrive Dédé des Hot Slap dans la conversation. On tourne la page et on tombe sur une petite photo d’Eddie avec Don Cavalli. C’est tout ce que t’auras à te mettre sous la dent. Tu tombes aussi sur une grande image plein pot de Rémi qui vient de lancer da stand-up à six mètres de hauteur. Il bat le record de Jake Calypso qui sait lui aussi lancer sa stand-up en l’air, mais pas aussi haut. Il faut savoir la rattraper. Une autre photo nous montre Rémi au sol, sur le dos, tenant sa stand-up par le manche debout entre ses dents.

             Dans une dernière interview, ils se disent toujours à la recherche d’un son. Voyons tout cela de plus près. 

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             Moonshine est un bon petit album. Pas d’hit, mais tout est bien, rien à jeter, les Spuny taillent leur route, ils n’ont besoin de personne en Harley Davidson. T’en es convaincu dès «Natural Born Lover», solidement claqué du beignet. Énergie considérable. On retrouve ce Natural Born Lover à la fin, et là, grosse surprise, Rémi Spuny duette avec Don Cavalli, donc ça prend du poids. C’est tout de suite supérieur à tout. Les Wild Cats sont de retour avec «None Of My Business». C’est du bon vieux real deal. Dommage que le slap ne soit pas monté plus haut dans le mix, comme chez les Hot Slap. Ça manque de tacatac. Et puis on va se perdre pendant quelques cuts dans les méandres de la culture rockab, avec des cartes postales du genre «Moonshine», même si la voix reste bien en place. Ils perdent encore le rockab sur «Lights Out» qui est trop rock’n’roll. Le slap monte enfin au-devant du mix dans «Too Young To Cry». Rémi Spuny chante vraiment comme un crack. «Gotta Get Drunk» sonne comme un mid-tempo de real Wild Cats, bien contrebalancé au slap. Quelle classe ! Gros clin d’œil à Bo avec «Get Wild With My Child» et un autre gros clin d’œil à Chucky Chuckah avec «Peter Borough». T’es en plein Johnny B Goode ! S’ensuit un «Gone With The Wind This Morning» bien slappé derrière les oreilles, il y va au coming back no more, et ça passe comme une lettre à la poste.

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             Sur Just A Little Beat, t’as un gros coup de génie nommé «Another Farewell». Les Spuny cassent la baraque. Ce cut hyper classique traversé de part en part par un solo de clairette est digne des géants. Tu craques aussi pour «Bop For Your Life». Comme l’indique le titre, c’est du pur bop. En fait, ce qui t’émerveille le plus chez les Spuny, c’est la chant de Rémi Spuny. Il sait poser sa voix, même quand ça part en trombe («Losing At Your Own Game»). Il fait merveille sur «Trouble Town». «Glad To Be Home» sonne comme un mid-tempo de classe intercontinentale, avec du petit slap d’entre-deux eaux. Ils n’ont pas d’hit, ils n’ont que du bon esprit. Ils tapent leur «Rockabilly Legacy» à la Bo. Bel ancrage.    

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             Rémi Spuny fait encore des étincelles sur Destination Unknown, et notamment sur «King Of The Royal Street». Belle embellie, beau beat rockab et il chante comme un dieu, bien contrebalancé par l’hard slap. Mais c’est avec «Dang Me» qu’il rentre dans la caste des grands chanteurs américains. Il entre en compétition avec les meilleurs jivers de l’âge d’or. Les Spuny redeviennent des Wild Cats de choc avec un «Fame In Vain» attaqué au slap. Ils ont le feu sacré et tapent le rockab à leur façon. Un rockab fin et direct, éclatant de santé, un rockab moderne aux joues roses. T’en reviens pas de les voir réinventer le genre. Wild Cats encore avec «Coffee Tox», Uh ! Big push, ils foncent dans le tas à coups d’I’m a coffee tox, ça file sous le vent. Ils font aussi du Stray Cats de fête foraine avec «Blowing In The Howling Wind». Easy going de Stray Cats en camors. Retour en force des Wild Cats avec «Do Right Do Write», ils tapent en plein dans le mille du real deal. Pur beat rockab.

    Signé : Cazengler, puni boy

    Spunyboys. Moonshine. Not On Label 2020            

    Spunyboys. Just A Little Beat. Not On Label 2020    

    Spunyboys. Destination Unknown. Ba Zique 2024

    The Spunyboys 2006-2026. Rockabilly Generation Hors série #7 - Décembre 2025

     

     

    L’avenir du rock

     - Pure Len vierge

     (Part Two)

             — Comment t’as dit ?

             — Len Price 3 !

             — Laine comme laine, bon d’accord, price comme leaderprice, et tri comme tri postal ?

             — Non, Boule, tri comme 3.

             — Comme le tree, alors !

             — Non, Bill, tri comme 3. Comme 3 Dog Night !

             Boule et Bill se regardent, consternés. Boule reprend :

             — Faut toujours que t’essaye de nous rabaisser, avenir du froc.

             — C’est plus fort que toi, pas vrai ?, renchérit Bill. T’es vraiment un sale mec... En plus t’uses de ta condescendance pour mieux nous embrouiller la dialectique.

             — Et nous comme deux pauv’ cons, on t’écoute pérorer..., soupire Boule.  Non mais t’as pas honte ? Tu t’prends pour quoi ?

             L’avenir du rock comprend que Boule et Bill ont tellement honte de pas connaître les Len Price 3 qu’ils tentent de retourner la situation à leur avantage.

             — Le prenez pas comme ça les gars. En plus, chuis sûr que ça vous botterait. Si vous voulez, j’peux vous prêter les disks ! Faites gaffe, c’est de la dynamite !

             — On n’a pas d’platine. Y sont-y sur Amazon ?

             — M’étonnerait. Y font pas d’la musique pour les cons. Y font du vinyle...

             — Bon, ça va ! Arrête avec tes anathèmes ! Tu commences à nous essorer la méningerie. Comment qu’y s’appellent déjà tes tri-machins ?

             — Len Price 3. Comme one two tri.

             Boule éclate de rire :

             — Non seulement t’es un sale con, mais tu sais même pas prononcer l’anglais. On dit pas tri, avenir du troc, mais frit. One two frit !

     

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             Il s’en passe des choses à Clochemerle ! Voilà que sort le nouvel album des Len Price 3 et ça plonge le petit hameau dans l’exaltation. Eh oui, comment peut-on espérer un album plus excitant que ce Misty Medway Magick ?

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             T’es hooké aussitôt «Margate Sand». C’est sans appel ! The Len Power ! Blow out total. T’as pas d’infos sur la pochette, alors tu te débrouilles avec les cuts. Tu tombes ensuite sur l’éclatant «Emily’s Shop». Ça joue dans tous les coins. Si tu cherches les grands albums, en voilà un ! Ils tapent en plein dans l’œil de la cocarde avec «Misty Medway». Ce sont les accords des Who, ils rentrent en plein dans le chou du lard-power de maximum r’n’b, t’as tout le raw de Pete Townshend. Rien de plus Whoish que ce Misty Medway. Ils entrent en concurrence directe avec les Spartan Dreggs de Wild Billy Childish. T’es encore effaré par cet «Arthur’s Whirlwind» tapé sec en mode wild Mod craze, c’est de la dynamite combinée à de l’Edgar Broughton Band et finalement, ça ne marche pas. Ils s’éloignent de leur pré carré. Ils amènent «Strange Love» en mode jerk de fuzz et tout rebascule dans la Mod craze avec «Gyspsy Magick». Ils mettent le paquet et t’as le killer solo de service. T’entends un riff de Dave Davies dans «Haw Haw’s Daughter». Terrific ! Ça explose au cul du Kent, et ça dégénère avec des accords des Stooges. Ils terminent avec un coup d’éclat nommé «If I Could Cheer You Up», une nouvelle crise de pure Mod craze. Wow, ça sent bon la cocarde bien fraîche.

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             Andy Morten qui a le bec fin leur consacre deux pages dans Shindig!. Il rencontre le frontman Glenn Page pour célébrer le 20e anniversaire du groupe et la parution du fringuant Misty Medway Magick. Et pouf, le Page y va franco de port : «I like The Beatles, Who and Kinks as much as the Ramones, Pistols and Clash, so there’s a variation in sound and textures.» Il ajoute qu’il écoute aussi du jazz, du blues et du dub. Le Page n’en revient pas d’exister depuis 20 ans. Il dit avoir survécu à un premier gig qui était un disaster : problème technique plus trous de mémoire.  Il détaille aussi sa relation de travail avec le boss de son nouveau label Wicked Cool, le gros Steven Van Zandt. Mais le cœur du sujet reste bien sûr Chatham, le fief de Wild Billy Childish. Le Page dit avoir joué avec les Buff Medways, Graham Day’s Gaolers et The Len Bright Combo. Il se dit aussi dingue de l’énergie des Headcoats - I wanna do THAT! - Il ajoute que Big Billy a dit du mal de Len Price 3 dans un book sur Medway, mais il s’est ensuite rapproché pour s’excuser. Coup de chapeau aussi à Graham Day qui est venu les féliciter un soir après un gig. Ils ont enregistré ensemble l’album Picture en 2010 et ils vont jouer avec les Prisoners dans le Nord du Kent en février 2026. This one is for Jacques.

    Signé : Cazengler, Laid Price 3

    Len Price 3. Misty Medway Magick. Wicked Cool Records 2025

    Andy Morten : Play Misty for me. Shindig! # 168 - October 2025

     

     

    Wizards & True Stars

     - Ce n’est pas l’Evie qui manque

    (Part Two)

     

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             On a croisé Evie Sands l’an passé inside the goldmine, le temps de lui trousser un petit hommage et d’explorer sa discographie. Et éventuellement d’éprouver un enchantement bien réel. Vient de paraître I Can’t Let Go, une belle compile Ace qui rassemble tous les singles qu’elle a enregistrés entre 1963 et 1970, et là, attention, c’est de la dynamite. Pas tout, mais la période Blue Cat est explosive.

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             Pour mémoire, Blue Cat est le petit frère de Red Bird, label mythique fondé par Leiber & Stoller au Brill Building. Et donc Evie se retrouve dans les pattes des gens qui comptent parmi les plus intéressants de cette époque : Leiber & Stoller, Chip Taylor & Al Gorgoni. Sur Blue Cat, Leiber & Stoller ont déjà les Ad-Libs et Alvin Robinson. Chip indique qu’à l’époque, Evie a 15 ans. Elle se pointe au 1650 Broadway et monte directement au huitième étage pour enregistrer des bricoles. Coup de pot, Chip entend sa voix et s’exclame : «Wow! This girl can sing!». Alors avec Al ils décident de lui composer des hits. Chip trouve même qu’elle sonne comme une black - To me it was the ultimate find, just to be working with Evie Sands - Pendant la première session, Evie claque deux smashes épouvantables : «Take Me For A Little While» et «Run Home To Your Mama». Sur ces deux hits de forever, Evie a le raw d’Aretha et elle peut grimper là-haut, pas de problème. On se croirait chez Motown, ça monte extraordinairement bien en neige. Avec le Mama, elle fait de l’hard pop de Soul. C’est un petit chef-d’œuvre de rentre-dedans. Manque de pot, Leonard le renard chope un test-presssing de «Take Me For A Little While», flaire le jack-pot et l’enregistre aussi sec avec Jackie Ross sur Chess. Et ça sort avant le single d’Evie. La pauvre Evie est catastrophée. «Welcome to the music biz!», s’exclame-t-elle.

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             Evie, Chip et Al décident alors de retenter leur chance avec un autre hit single, «I Can’t Let Go»/«You’ve Got Me Up Tight». Evie rentre à nouveau dans le chou du lard d’«I Can’t Let Go», ça sonne comme un hit Motown et ça se développe merveilleusement, ça gratte à la cocote de basse et Evie décolle. Elle a encore une niaque incroyable sur «You’ve Got Me Up Tight». Dans ses liners, Jai Rathbone parle de «driving soul-pop masterpieces» et, pour la B-side, d’une «rocking and rhythmic little slice of garage soul». Pour tout le monde, ça devait être un hit. Mais Leiber & Stoller sont en train de se désengager du music biz et ce sont les Hollies qui vont décrocher le pompon avec leur cover d’«I Can’t Let Go». Evie sent qu’elle est poissarde : ces singles sont fabuleux, mais ce sont les autres qui tirent les marrons du feu.

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             Comme Blue Cat n’existe plus, Chip et Al vont bosser pour Cameo-Parkway qui a des hits avec Chubby Checker et Dee Dee Sharp. C’est Neil Bogart qui signe Evie. «Picture Me Gone» est encore une compo de Chip Taylor & Al Gorgoni. Evie te chante ça comme une reine. On l’entend dans son grand studio. Encore un flop, même si le single devient culte dans la Northen Soul anglaise. 

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             Chez Cameo, elle enregistre aussi une cover du «Love Of A Boy» de Burt, mais ça retombe comme un soufflé. Et puis voilà «Angel In The Morning». Bon ça va ! C’est pas non plus l’hit du siècle ! C’est l’heavy slowah de la catapulte orgasmique. En backing vocals, elle a Nick Ashford et Valerie Simpson. La pauvre Evie est en pleine phase sentimentale. Elle a perdu le rauch du Little While. Rathbone rappelle qu’«Angel In The Morning» fut proposé à Kathy McKord et à Connie Francis qui ont eu peur du côté tendancieux des paroles. Mais c’est Merrilee Rush qui aura du succès avec l’Angel. Et en Angleterre, PP Arnold va entrer dans le Top 30 avec l’Angel. La pauvre Evie est dépitée.

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             Par contre, «Billy Sunshine» sonne comme du full blown de Swinging London - A breezy and vibrant dancefloor classic - C’est heavy on the beat et tu jerkes. Mais Cameo se casse la gueule et Allen Klein l’avale. Evie, Chip et Al repartent à l’aventure.

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             Les voilà chez A&M. Le paradis. Les artistes y sont bien traités. C’est l’opposé de Chess et des autres rats d’égout. Evie est ravie - Artists and staff were treated fairly, honestly and well supported. Imagine that! - Tu te régales encore des arrangements de «Shadow In The Evening», gratté à l’ancienne avec une basse bien ronde. Elle chante encore l’«Until It’s Time For You To Go» de Buffy Sainte-Marie d’une voix de reine - I’m not a queen - Il y a Toni Wine dans les backings, la future femme de Chips Moman. L’Evie navigue dans les mêmes eaux que Sharon Tandy.

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             Et puis voilà l’autre hit faramineux d’Evie, «Any Way That You Want It», toujours du Chip & Al - If it’s love that you want/ Baby you’ve got it - L’Evie jette toute sa fabuleuse niaque dans la balance. Tu ne peux pas faire mieux. Evie dit qu’elle y gratte ses poux. Tina Mason avait déjà enregistré sa version d’Any Way en 1966, et la version des Troggs fut un smash en Angleterre. Evie finit par avoir un peu de succès aux États-Unis. Avec «Crazy Annie», elle se donne encore à fond et force l’admiration. La Crazy Annie en question est une personnage de Midnight Cowboy, où joue John Voight, le frère de Chip Taylor (qui s’appelle James Voight dans le civil). Elle crée encore de la magie dans l’écho du temps avec «Maybe Tomorrow», un hit signé Quincy Jones. C’est complètement hors de portée, elle éclate littéralement au firmament. Ce sera son dernier single pour A&M.

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             Elle dit alors qu’elle n’a pas encore enregistré d’album. Tous les hits qui précèdent sont des singles. Elle enregistre son premier album Any Way That You Want Me en 1970. On l’a salué inside the goldmine, Et puis ça explose encore avec «But You Know I Love You». C’est du pur jus de Mad Dogs & Englishmen. Elle revient ensuite dans Motown avec une nouvelle mouture de «Take Me For A Little While», histoire d’enfoncer son clou dans la paume du beat. C’est monumental, elle fait la nique aux Supremes. Elle est encore astronomique avec «It’s This I Am I Find», soutenue par des tempêtes de violons extrêmes. Tout dans cette période A&M est saturé de luxe, de beauté et de volupté. 

    Signé : Cazengler, Evie pressante

    Evie Sands. I Can’t Let Go. Ace Records 2025

     

     

    Killed by (Bass Drum Of) Death

     

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             Comme tu te méfies un peu de ce nom de groupe un peu ronflant, tu testes un album de milieu de parcours : Say I Won’t. Un bon point et deux mauvais points. Le bon point : ça sort sur Fat Possum, gage de qualité. Les mauvais points : la pochette n’est pas belle et c’est le binoclard des Black Keys qui produit l’album. Ces mecs des Black Keys n’en finissent plus de fourrer leur nez partout. Ils sont pires que Bono.

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    Maintenant qu’il est là, t’es bien obligé de l’écouter, le Say I Won’t. Au bout de deux cuts, tu comprends que t’auras du mal à les prendre au sérieux. C’est pas bon. Pourquoi c’est pas bon ? La voix n’est pas bonne. Les compos ne sont pas bonnes. On entend des échos d’un riff à la Spencer Davis Group dans «No Soul». Et puis, ils flirtent avec la new wave. Globalement, ça sonne comme de la mauvaise pop-rock. Il y a cependant des idées de son. Avec une vraie voix, ça passerait. Ils montent «No Doubt» sur un heavy bass drum of death, mais la voix est trop verte, trop vertueuse. On entend enfin un riff sexy dans le morceau titre, alors ils s’enfoncent dans le chou du lard et ça finit par sonner (enfin) comme une bénédiction, ça sonne bien gras et bien malencontreux. Ils regagnent la sortie avec un «Too Cold To Hold» de bonne stature, ce mec parvient à transformer sa voix et il riffe sans peur et sans reproche sur sa gratte. Ils ont un son très seventies, réactualisé par le big beurre. Ils savent faire bonne figure, after all.

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             Par contre, le premier album sans titre de Bass Drum Of Death est une petite bombe. John Barrett peut sonner à la fois comme les Pistols («Bad Reputation») et Nirvana («No Demons»). Eh oui, il sort les accords du Teen Spirit sur «No Demons», et il fait son p’tit Pistol avec «Bad Reputation», il y sonnerait presque comme l’early Johnny Rotten et derrière, ça cisaille à l’ancienne. Dès le «Wanna Be Forgotten» d’ouverture de bal, t’es fixé. T’as le vrai son, pas la daube des Black Keys  qu’on entend sur Say I Won’t. Ce «Wanna Be Forgotten» est saturé de power viscéral, c’est bardé à ras-bord de toute la bardasse du monde, un vrai chef-d’œuvre de blasting blast. T’en as le souffle court. John Barrett a une voix tellement verte qu’il a des accents de Marc Bolan sur «Fine Lies». Il renoue avec son fier ramshakle dans «Shattered Me». Puis il gratte «Such A Bore» sur les accords de «Gloria», l’animal connaît bien ses classiques, puis ça se barre dans le bush, les poussées de fièvre n’ont aucun secret pour lui. Il attaque «Crawling After You» à la bonne franquette, il chante dans la clameur de l’écho, mais le beurre new wave ruine un peu ses efforts. La structure de «White Fright» n’est pas bonne, trop pop indé, par contre, son solo se concasse atrocement, et ça se noie dans le son. T’applaudis des deux mains. Il pompe encore le riff du «Cannonball» des Breeders pour son «Way Out». Il te chante ça à l’écho sec. C’est de bonne guerre.    

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             Tu retrouves sensiblement les mêmes tenants et les mêmes aboutissants sur Rip This. John Barrett fait sonner son Bass Drum comme Nirvana avec «Sin Is In 10» : c’est submergé de power chords, t’as tout le grain du grunge. Et t’as pas mal d’énormités qui rôdent dans les parages, comme cet «Electric» d’ouverture de bal qui reste bien raw to the bone, avec toute l’ampleur de la petite clameur underground. Car c’est bien de cela dont il s’agit : l’underground. Son «Black Don’t Glow» a deux défauts : un, trop classique pour être honnête, et deux, déjà entendu 1000 fois. Mais le solo est incendiaire. Et malgré tous ses efforts, John Barrett peine à créer la sensation. Il regagne la sortie avec l’excellent «Route 69 (Yeah)». Il a quand même un truc qui force la sympathie. Il sait se montrer insistant. Pour en avoir le cœur net, il faut bien sûr écouter les autres albums.

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             Pas grand-chose à dire du Live And Let Die. C’est l’archétype du live qui ne fonctionne pas. On est aux antipodes de No Sleep Till Hammersmith, d’At Budokan et de Live At Leeds. On sent pourtant les affres du power trio dès «I Wanna Be Forgetten» et «No Soul». Ils savent te percuter l’occiput et gratter une cocote sévère. Ils visent la grosse déflagration. Le p’tit Barrett a de l’énergie, mais il reste dramatiquement prévisible. Ah c’est sûr qu’ils font remuer les têtes en concert, mais ça s’arrête là. Quand t’écoutes ce live, tu sais que ça va être long en concert. Il faut t’y préparer. Le mec n’est pas vraiment bon, mais il insiste, c’est sa seule chance de l’emporter. Et puis te retrouves le «No Demons» pompé sur le Teen Spirit de Nirvana. Leur truc ne marche pas.

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             T’arrives au cinquième album qui curieusement s’appelle Six et t’es toujours pas convaincu. Le p’tit Barrett cherche à créer la sensation, mais il n’a pas les épaules. Il cherche en permanence à passer en force, mais c’est dur d’écouter ça après Wednesday. S’il fallait résumer Bass Drum Of Death en une seule formule, ce serait ‘dru pour des prunes’. Ils n’inventent rien, mais ils tapent dans le dur. «Do Nothing» sonne comme du Dave Edmunds, tellement la structure est classique. T’as partout de la grosse énergie, mais pas de compo. Ça végète. Pas d’hit. Et puis soudain, l’album se réveille avec «Like A Knife» et sa belle entrée en matière. Enfin un cut qui sonne comme un hit, c’est une petite merveille de mid-tempo saturé de disto. Et un killer solo flash éclate au beau milieu du Sénégal. Le p’tit Barrett ramène enfin des éclairs de Zeus. Puis il traîne son «Zeroed Out» dans la boue et «Day Late Dollar Short» rappelle des bons souvenirs. Encore un killer killérique ! Le p’tit Barrett finit en mode 13th Floor avec «Night Ride», et t’es en plein dans le groove des Texans, les plans en escalier sont bien ceux de Stacy Sutherland.

             Par ici, on appelle ça un «travail préparatoire» : tu rapatries 5 albums, et tu les écoutes méticuleusement pour préparer le concert. Comme te l’a indiqué le Live And Let Die, tu t’attends au pire. Mais tu fanfaronnes en clamant que «sur scène c’est parfois mieux qu’en studio».

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             Les voilà qui arrivent sur scène. Ils appliquent la formule deux grattes/batteur. Mais ils ne sont pas les Gories. Et comme tu t’y attendais, tu passes à travers tous les cuts, un par un. Ça tourne en rond. T’as pas un seul cut qui décolle. Ils grattent leurs poux à la vie à la mort, mais ils n’ont ni la voix, ni les compos, ni le charisme. Ils n’ont rien. Ils te désespèrent. Tu te demandes ce que tu fous là. Si au moins le p’tit Barrett se roulait par terre, si au moins il tapait des covers du diable, si au moins il claquait des killer solos d’antho à Toto, si au moins il screamait à s’en arracher la glotte, fuck, tout ça pour rien ! Quel magnifique miroir aux alouettes ! C’est important de voir des groupes qui ne fonctionnent pas. Ça permet de mesurer l’écart qui existe avec ceux qui fonctionnent. Choisis bien ton camp, camarade.

    Signé : Cazengler, dream of death

    Bass Drum Of Death. Le 106. Rouen (76). 23 janvier 2026

    Bass Drum Of Death. Bass Drum Of Death. Innovative Leisure Records 2013    

    Bass Drum Of Death. Rip This. Innovative Leisure Records 2014

    Bass Drum Of Death. Say I Won’t. Fat Possum Records 2023

    Bass Drum Of Death. Live And Let Die. Cobraside Distribution Inc 2024

    Bass Drum Of Death. Six. Cobraside Distribution Inc 2025

     

     

    *

             Certains groupes arborent fièrement leur couleur, ils hissent le drapeau rouge ou l’étamine noire, parfois les deux ensemble. Bref, ils ne chichitent pas, ils dédaignent poser leur cul entre deux chaises, ce sont des radicaux, bientôt pour se débarrasser d’eux on leur accolera l’étiquette de terroristes. Les menottes aux mains, les pieds entravés, un bâillon sur la bouche et une balle dans le cœur. Avant que cela n’arrive, écoutons-les, soutenons-les. Car ils seront le dernier rempart.

    A FEU ET A SANG

    THE RED RIDING

    (Bandcamp / Janvier 2026)

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                    Ni pochette design, ni couve dessin, un oriflamme  dessein,  l’est simple comme un uppercut, taper : votre comprenette direct à la gueule, ne vous méprenez pas ce n’est pas le petit chaperon rouge qui s’en va batifoler dans les prés, c’est le méchant loup, le vrai, celui qui arpente les grands boulevards insurrectionnels, celui qui fait peur aux adultes, et qui enchante les esprits rebelles. Le message est clair : Frappez d’abord, Prévenez ensuite.

    En avant ! : méfiez-vous z’y vont mollo-rock au début, petite rythmique imitation sixties, z’avez le chant qui déboule vite, c’est un peu la mémoire des luttes, les années quarante, les quatre-vingt, les quatre-vingt-dix, toujours le même combat contre les fascistes, le ventre de la bête n’est pas mort. Ils parlent du passé pour mieux évoquer le présent. A feu et à sang : en pleine insurrection, on se croirait en 68 chandelles, ou en des années postérieures, l’envie de tout changer, le désir de tout détruire, chantent en chœur pour se donner de l’allant, la batterie ne presse pas le pas, elle martèle les pavés, pourquoi se presser, la fin est connue, au final ce sont les enragés qui vont trinquer, prenez garde parfois les cendres froides se métamorphosent en semences. Désolé ! : rythme endiablé, imaginez des couleurs vives pour peindre la misère de la vie quotidienne, un hymne à l’insoumission individuelle toutefois exemplaire. Haine du travail, mépris de la vie conjugale étriquée, refus des idéologies castratrices qui  passent une muselière à votre révolte. Faut-il trouver étrange que ce morceau soit plus explosif que le précédent qui nous plongeait en pleine insurrection. Non nous sommes à l’intérieur de la marmite qui accumule la poudre noire de la révolte. C’était mieux demain : comprendre que hier n’a pas disparu, non pas un adieu à ceux qui sont tombés, les noms des camarades et des compagnons sont égrenés, mais un salut à la vie, le rythme est vif même si une guitare larmoie discrètement, rappel des heures chaudes, des grands flamboiements, aujourd’hui disparus, faut vivre avec la grande histoire qui  s’immisce dans nos vies étriquées. Tout va bien : c’était mieux demain mais aujourd’hui c’est pire, de l’anti-phrase c’est parfait, ça commence comme anti-fachisme, anti-police, anti-patrons et anti-multi-nationales, z’y mettent du coeur pour balancer leur désespoir joyeusement désespéré. C’est peut-être parce qu’en creux ils inscrivent les têtes de chapitre d’un anti-programme à écrire et à mettre en application… Sans tarder.

             Un opus roboratif, du rock à textes vindicatifs, ne cherchez pas le dernier solo qui tue destiné à révolutionner le rock’n’roll. C’est dans votre tête qu’il faut activer le changement et changer de cap. De préférence choisissez celui des tempêtes !

    Damie Chad.

     

    *

    C’était il y a longtemps, j’avais quatorze ans. Je lus Le Chef-d’œuvre inconnu de Balzac. La lecture me transporta. Encore aujourd’hui ce bref roman continue à me hanter. J’ai tout de suite cherché à comprendre, non pas le sens littéral, l’histoire est assez simple, mais l’impression qu’elle suscita en moi. J’ai cherché, je n’ai rien trouvé. Ce récit imaginaire, il vaudrait mieux dire ce récit imaginal, restait comme auréolé d’un étrange mystère. Je ne fus pas sans tarder après quelques recherches à m’apercevoir qu’un de ses personnages avait vraiment existé. Il s’agit du peintre : Nicolas Poussin. Le dictionnaire Larousse n’était guère bavard à son sujet. Toutefois j’eus la chance, c’était peut-être une malédiction, de trouver la représentation d’un de ses tableaux dans un livre de  classe : la toile du tombeau nommée Et ego in Arcadia. Cette inscription latine même traduite m’intriguait. Que voulait-elle dire au juste ?

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    L’année suivante, j’étais en classe de troisième, le professeur de latin nous initia à l’œuvre de Virgile. Une intuition me vint de je ne sais où : selon moi il existait un rapport évident entre les Bucoliques de Virgile et cette inscription. Qui bien entendu n’est présente dans aucun des ouvrages du poëte romain.

    Plus tard j’appris que ce tableau de Poussin est un élément de ce que l’on a appelle ‘’ Le mystère du trésor de Rennes le Château’’. L’existence hypothétique de ce trésor ne m’intéresse guère, mais le mystère : oui. Pour ceux qui connaissent cette affaire je rajouterai deux faits : Paul Valéry a traduit les Bucoliques de Virgile. Stéphane Mallarmé, que Valéry vénérait, fit paraître en 1877 un étrange ouvrage, alimentaire et pédagogique, intitulé Les Mots Anglais

    Nous n’irons pas plus loin. Or un groupe de metal français, de Clermont-Ferrand, a consacré un album un peu plus qu’allusif à Rennes-le-Château…

    LE RÊVE ET LA VIE

    SANS ROI

     (Chapitre XII Productions / Octobre 2025)

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    Pour s’en convaincre il suffit de regarder la couve de cet album.  La silhouette de la tour qui en occupe la partie droite n’est autre que celle de la Tour Magdala du domaine de l’abbé Saunière. La comparaison avec quelques photos de Rennes-le-Château sur le net  vous en apportera la preuve. Pour l’individu et le serpent nous verrons plus loin.

    Par contre le lecteur ne pourra pas rester insensible au monogramme du Christ, ce signe qui apparut à Constantin (In hoc signo vinces = par ce signe tu vaincras) qui représente les lettres grecques : Chi = X et Rho = P, les deux premières lettres de Christ en grec. Sur l’insigne de Constantin s’étalent les lettres Alpha et Omega la première et la dernière lettre de l’alphabet grec d’où la célèbre parole du Christ : ‘’Je suis le début et la fin’’.  

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    Notre groupe n’a pas hésité à remplacer l’Alpha et l’Omega par ses propres initiales S(ans) R(oi). Ne criez pas à la profanation, réfléchissez plutôt ce que peut signifier Sans Roi lorsque l’on fait allusion au Christ-Roi…

    Enfin cerise sur le gâteau, cette espèce de vitrail qui représente un navire : certains affirmeront que la relation est évidente entre la tour Magdala(= Madeleine) et Sainte Madeleine qui aurait débarqué pas très loin de Rennes-le-Château après la crucifixion du Christ… Pour moi je renverrai au recueil des Poésies de Mallarmé, ne cherchez pas bien loin, lisez juste le premier poème : Salut.

    Si cette présence christique vous interroge, souriez : l’affaire de Rennes-le-Château n’est-elle pas parfois nommée : le mystère des trois curés !
    Arnaud Ranty : vocals / Adam DSX : bass, vocals / Pierre "U" Librini : guitar /  Manon Chatillon : Guitar / Gustave "Zweihänder" Heitz : drums, vocals.

    Love’s Secret Domain : vous attendez de la musique, vous avez droit à un discours, vous vous croyez dans un film du seizième siècle avec un astrologue, il aurait un accent à la Léonard de Vinci qui garderait ses intonations italiennes en s’exprimant en notre langue, il nous enseigne la paix et la sagesse que nous prodiguera la contemplation des étoiles… se lève alors une déferlante sonore de bon aloi qui emporte tout, une batterie tape-à-l’œil, qui peu à peu impose un rythme binaire que des giclées de guitares sauvages rompent et finissent par emporter le morceau, que d’inventions, un serpent qui se tortille dont vous vous demandez quelle direction il va finir par prendre. A première écoute nous sommes loin de Rennes-le-Château, il est inutile de vous raccrocher aux petites branches en déclarant que le domaine est celui de l’Abbé Saunière et l’amour dont il est question serait celui des rapports sexuels qu’il entretiendrait avec Marie Denarnaud, sa jeune servante peu morganatique… D’autres pontifieront que cette interprétation ancillaire est trop terre à terre parce que le texte est trop ‘’poétique’’ pour se rapporter à une simple femme de chair et d’os, ils parleront d’éternel féminin et de Marie Madeleine et de son étreinte cosmique avec le Christ, tirons vite la sonnette aux sornettes ! Revenons aux fondamentaux : nous sommes d’emblée dans un texte gnostique, de ces sectes proto-chrétiennes baignées d’influences platoniciennes et néo-platoniciennes qui partaient du principe que tous les chemins sont bons, sans aucune assistance ecclésiale, pour s’élever vers la divinité. Ce désir actant est symbolisé sur la pochette du CD par la présence du serpent aux anneaux d’or qui s’entremêle avec les pas du personnage.  La voie du serpent serait-elle le chemin… Metanoïa : En tout cas vous avez une guitare qui s’entremêle à la batterie comme un motif oriental, comme un serpent qui progresse sur son chemin. Etrange comme ce chant  très marécageux se révèle comme l’élément fondamental du morceau, la parole, ici le vocal, n’est-elle pas le logos qui explicite le monde. Amusons-nous, traduisons metanoïa qui signifie coupure conceptuelle par après l’inouï, ici le changement intellectuel, la rupture spirituelle est nommée comme une chute. Laissez le pauvre diable sous son bénitier dans l’Eglise de Rennes-le-Château, il s’agit d’une chute en soi-même, notons que dans l’infinité de toutes choses, la chute désigne tout aussi bien une ascension. Mais tout aussi bien, une dilution, symbolisée par la mort du Christ, celui qui comme Gérard de Nerval a traversé deux fois vainqueur l’Achéron de la mort. Bain lustral qui vous invite à une grande humilité, à un dépouillement total.

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    Liber novus : autant le dire d’emblée ce morceau est totalement fou, une pierre, une gemme, une améthyste arrachée à la couronne de l’Ange déchu, ou pourquoi pas au trône de Dieu ? Pas du tout, un rubis sculpté dans le rouge de la couverture d’un livre écrit et dessiné par un être humain des plus respectables. Carl Gustav Young. Auteur du Livre Rouge, dont la réalisation a succédé à celle du Livre Noir, nous reconnaissons les deux couleurs fondamentales de l’alchimie… L’on ne résume pas la pensée de Jung en quelques lignes. Disons que pour Jung au fond de nous gît l’immémorialité de notre présence mutique et mythique au monde. L’individu se doit de pénétrer en ce lieu pour accéder aussi bien à sa  connaissance qu’à celle du monde. Ci-dessous vous trouvez une image tirée du Livre Rouge, la ressemblance avec le personnage de la couve du CD,

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    pour ne pas dire l’inspiration, est flagrante. Nous y revenons plus loin. La fin du morceau est une parfaite introduction au morceau suivant. Lecture d’un passage de Jung, cette fois lu sans cet accent italien que maintenant toutefois  nous mettons en relation non plus avec Léonard de Vinci mais avec Dante, avec sa Divine Comédie un bouquin qui descend au plus bas pour arriver au plus haut, dans lequel nous sommes accueillis - quelle surprise ! - par Virgile. Le rêve et la vie : musique joyeuse, elle irait très bien pour accompagner la nef des fous. Le vocal nous arrache aux certitudes. La vie est un cirque, le rêve est le seul chemin qui nous permette d’ordonner le monde en entrant en communication avec l’infrangible structure du monde. Encore une fois pensons à Nerval, au chaos de sa vie et à la lumière noire irradiant de ses Chimères qui nous mène aux rivages idéens de la réalité mythique d’un monde en perpétuelle migration vers lui-même. Sur la couve ce n’est pas l’homme qui regarde la forteresse de l’âme mais la forteresse qui dirige un œil de lumière vers lui. Un va-et-vient entre nous et nous. Terribilis est locus iste : cette inscription est inscrite au-dessus de l’entrée de l’église de Rennes-le-Château. Ici l’on ne rit plus. L’on hurle de désespoir et d’incompréhension, grêle de growl, malgré toutes nos connaissances, la mort est au bout du chemin, quel que soit le chemin que l’on ait choisi, le vocal semble s’étrangler est-ce de peur ou de rage, sarabande folle, ronde interminable, les initiés n’ont pas un sort plus enviable que les autres, l’ascèse de la recherche ne nous épargne pas de mourir. Peut-être parce que nous sommes déjà morts, et nous sommes revenus, ce qui ne nous empêchera point de mourir une seconde fois. Serait-ce parce que nous sommes déjà immortels... Vivre avec l’Invisible : le côté positif des choses, musique un tantinet grandiloquente, l’on rentre dans le dur, notre première mort ne nous at-elle pas  doté de pouvoirs magistraux, Jim Morrison cet enfonceur de doors n’a-t-il pas clamé qu’il était le roi lézard ( voie du serpent) et qu’il pouvait faire n’importe quoi, tous les chemins de l’Ether nous sont ouverts, nous pouvons pénétrer au cœur du microcosme comme celui du macrocosme, la musique sans parole gorgée de savoir devient sentencieuse, pour revenir à une satiété tourbillonnaire, nous sommes un miroir du monde qui se mire en nous. La voix italienne revient, elle nous apprend que puisque nous sommes en communication avec l’Invisible, nous recevrons des informations de l’Invisible. Jouons à Jacque Chancel et sa fameuse interrogation : Et Dieu dans tout ça ? J’espère qu’il a gardé mon numéro de téléphone ! The art of dreaming : j’ai été un peu goguenard, je reçois une réponse, pas de dieu mais du groupe. Un peu didactique dans sa formulation comme dans son vecteur musical, l’on martèle les mots autant que la musique, l’on rajoute un peu de majesté et quelques arabesques sonores. Le final est particulièrement réussi. Le message est clair, il faut savoir rêver. Surtout ne pas céder aux stupides et prétentieuses  interprétations freudiennes des images qui se bousculent dans votre tête durant votre sommeil. L’art du rêve n’est pas un rêve d’art, l’art du rêve est un art comme l’art équestre  ou l’art de la danse. Une discipline qui maîtrise votre esprit en le mettant au contact de ce que Jung appelle l’âme. La molécule de l’esprit :  bousculade de basse, cliquetis clopinant, ondées phoniques mouvante, la voix nous ramène aux origines humaines, il est une manière de pousser les portes de l’invisible, depuis des millénaires l’Homme a utilisé des substances psychotiques, le groupe n’hésite pas à citer en toutes lettres  la  diméthyltryptamine, hallucinogène ancestral qui permet de voyager dans les étoiles, celles du ciel et parmi les nôtres intérieures, certains racontent qu’elles les transportent jusqu’aux rivages de la mort, mais chacun traduit ses expériences avec ses propres mots et connaissances singulières, Sans Roi parle d’ascension vers le divin, le morceau s’achève sur des cliquètements de plus en plus incertains, censés signifier l’infini de la nuit cosmique qui effacerait toute l’humanité résiduelle qui émanerait de nous. Viduité absolue de notre conscience en osmose totale avec le vide absolu.

             Un album surprenant. Paul Valéry nous enseigné que le sens et le son doivent tous deux céder la place à son alter égo.

             Le motif de Rennes-le-Château n’est guère prépondérant, il est employé comme un marqueur énigmatique. Il y aurait une autre manière de chroniquer cet album, l’on peut analyser chacun des huit – chiffre de l’infini -  morceaux  en tant qu’étape du long processus alchimique.  Une troisième manière consisterait à s’en référer amplement à la pensée jungienne.

             Mais cet opus ne sort pas de nulle part. Il est le troisième élément qui clôt une trilogie. Nous avons affaire à une démarche raisonnée. Que certains, jugeront déraisonnée. Tout dépend si vous avez l’esprit ancré dans la terre ou dans les étoiles. Quoi qu’il en soit, nous reviendrons très prochainement sur les deux premiers tableaux de cette trilogie. A savoir : L’esprit et la Matière (2023) et Alchimie du Scorpion (2024). Mais ce n’est que le début d’un plan prémédité, cette première trilogie sera suivie de deux autres.

             La semaine dernière nous avons employé la notion de meta-metal, Sans Roi colle parfaitement à ce concept.

             Une entreprise follement originale. Prométhéenne. Mais le feu qu’ils dérobent produit une couronne de flammes noires. De lumière noire.

    Damie Chad.

     

    *

    Chose promise, chose due ! Nous passons au deuxième volet de la première trilogie de Sans Roi. Dans certains rituels marcher à reculons n’est en rien une marque de recul !

    ALCHIMIE DU SCORPION

    SANS ROI

    (Bandcamp / 2024)

             Il existe un autre rituel, celui du franchissement des cercles. De la périphérie vers le centre. Parfois il faut rebrousser chemin. Car les cercles voisins ne communiquent pas obligatoirement. Un labyrinthe possède des chambres hermétiquement closes par lesquelles il faut absolument passer. Ainsi dans ma chronique de Le rêve et la vie, je me suis focalisé sur la couve du CD. Ensuite j’ai sauté dans le disque lui-même oubliant tout en haut de la couverture les deux mots en lettres majuscules qui crèvent les yeux. Sans Roi. Quel drôle de nom, quelle bizarre prétention de se prétendre sans roi tout en faisant remarquer cette absence de monarque. Serait-on en présence de nostalgiques royalistes ! Une revendication politique en quelque sorte.

             Les gnostiques posent l’existence de deux Dieux, le premier est inconnaissable et inatteignable. Mais son existence n’en est pas moins la possibilité de ses hypostases, totalement séparées de lui. Pour la petite histoire, nous ne sommes pas très loin d’une espèce de personnification, d’une divinisation, du moteur immobile d’Aristote. C’est donc un deuxième Dieu souvent nommé le Démiurge qui aurait créé la matière. Certains le vénèrent, d’autres le haïssent de les avoir englobés dans ce sale pétrin matériel.

    Beaucoup de gnostiques révèrent le premier Dieu, totalement impuissant puisque totalement refermé sur sa propre puissance. Il est dans l’incapacité totale de porter secours aux hommes enchâssés dans une gangue de matière extrêmement gluante. Ce premier Dieu est comme un Roi sans couronne, sans royaume, sans armée, sans sujet. Les gnostiques sont comme leur Dieu, pire ils n’ont même pas de Roi. Une espèce d’identification par la négative qui leur a permis de se définir sans prononcer le nom de leur Dieu qui évidemment n’a pas de nom. Ils ne pouvaient pas s’auréoler de l’appellation ‘’sans dieu’’ qui aurait été au pire une absurdité, au mieux une déclaration d’athéisme. N’oublions pas que les sectes gnostiques se forment dans les milieux juifs sensibles au message de  l’annonce de la venue du Christ. Or ce Christ qui n’était qu’un homme ne pouvait pas être en même un dieu, car il aurait été un dieu mortel, c’est-à dire un mortel… D’où la nécessité d’un Dieu qui ne soit habité d’aucune tare humaine et même de toute attache avec la création entrevue non pas comme la fabrication par un dieu de la matière inférieure à sa propre divinité, mais comprise comme une diminution, un amoindrissement de la puissance divine. Une espèce de dieu en toc, peu satisfaisant pour les assoiffés de Dieu !  L’Eglise catholique instituera le Christ en Dieu d’amour, les gnostiques préfèrent le sexe à l’amour !

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    Nous avons, voici une dizaine d’années et même plus chroniqué un livre de Pacôme Thiellement sur Led Zeppelin. Soyons précis : sur les aspects occultes du Dirigeable. Car si les riffs de Jimmy Page sont étincelants sa pensée est beaucoup plus obscure…En 2017, Thiellement a sorti un livre qui fera tilt dans les lecteurs de cette chronique : La Victoire des Sans Roi. Révolution Gnostique. Je résume grossièrement : la pop culture n’est que la continuation et le triomphe sous une autre forme de l’expression de la pensée gnostique. Thiellement est très sympathique mais il n’est pas Carl  Gustav Jung. Il est toutefois l’un des rares à faire référence aux écrits de Raymond Abellio.

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    Il est temps de nous pencher sur la couve du CD. Artworkée à partir d’une gravure intitulée L’âme du Scorpion de Pierre-Yves Trémois. Né en 1921, mort en 2020, Trémois appelé à devenir peintre et dessinateur a eu la chance de naître dans une famille de bonnes accointances avec le monde de l’art… Son œuvre est immense, elle mérite le détour. Il a notamment illustré L’Après-midi d’un Faune de Stéphane Mallarmé.

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    Il est intéressant de regarder le traitement que Sans Roi a fait subir à l’œuvre de Trémois. Ne déplorons pas l’étrange grille d’hiéroglyphes sur laquelle ils ont déposé le dessin du peintre réalisé, quel hasard, à l’encre noire. Ces motifs de fond ne sont pas étrangers à la manière de Trémois, qui n’hésite pas à employer l’écriture mathématique, pour signifier que nous ne regardons pas l’univers mais que nous le décodons avec notre propre langage.  Autrement dit nous ne percevons pas l’univers mais notre propre interprétation phénoménale. Pour la figure elle-même une ressemblance s’impose : ne sommes-nous pas face à la face de la lune.  Malgré sa pâleur l’on a envie  de dire lune noire. Noirceur  magnifiée par le scorpion. Animal porteur de mort. Que fait-elle notre bestiole peu ragoûtante, ne s’apprête-telle pas à dévorer l’étoile noire. Il n’est pas inutile de penser au dernier, l’adjectif ultime conviendrait mieux, album de David Bowie intitulé Blackstar. Manque de respect de Sans Roi envers la douce et printanière Phoébé, elle est aussi le symbole de la peu ragoûtante Hécate, ne voici-t-il pas notre pleine lune dument enchaînée. Ce qui lui donne un peu  l’aspect d’une araignée à six pattes, et je ne sais pas pourquoi  à une amibe. Dans le premier cas pensez à notre engluement dans la matière, et dans le second à la chaîne de transformation du vivant qui part de l’amibe pour réaliser un être humain. Bref à un processus d’extraction ou d’amélioration. Deux opérations marquées du sceau de l’alchimie. Pour faire la jonction entre Pierre Yves Trémois et Sans Roi, forgeons le mot valise : âlmchimie. Cette bestiole répugnante aurait donc  une âme !

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    Soyons balzacien, ou ne soyons rien. Le lecteur lira La Recherche de l’Absolu du grand Honoré avant de se lancer dans une quête alchimiste. Dans la vie, parfois il faut des garde-fous pour s’accrocher à sa propre folie. Profitons-en pour nous approcher des recherches de Josef Hoëné Wronski, le mathématicien dissident.

    Prima materia : première surprise, le morceau ne commence pas en musique mais par une introduction parlée. Deuxième surprise, le titre nous met sur la voie de l’alchimie traditionnelle, nous pensions à la matière noire. Celle qui doit servir de base aux différentes manipulations de l’Adepte, quelle est-elle cette première matière noire : d’infinies propositions ont été proposées, elles vont des résidus solidifiés de lie de vin au fond des barriques de vin jusqu’aux excrément humains, certains préfèrent les différents liquides sécrétés par les corps  lors de copulations sexuelles, sans doute sont-elles plus faciles à trouver et plus agréables à susciter, ce dernier exemple vous ravit-il, notre professeur n’en dit mot, le matériel de base dont il conseille l’emploi sont les vingt-deux arcanes du tarot, l’alchimie est avant tout un travail intellectuel. Un parcours initiatique, vous êtes la première carte du tarot, le fou, l’innocent, l’idiot utile, nommez-le comme vous le voulez, de fait la materia prima c’est vous, qui vu votre état larvaire avez intérêt à vous améliorer, et votre parcours consiste en cette métamorphose, le voyage n’est pas sans danger, case Treize bonjour la Mort, case seize, je la cite par rapport à la couve du troisième album de la trilogie Le Rêve & la Vie : c’est la Tour, qui représente le chaos et la révélation, au bout du chemin vous avez atteint la pierre philosophale qui n’est autre que vous-même qui êtes devenu le miroir dans lequel Dieu peut vous regarder. Dans ses nuits durant lesquelles il creuse le vers des Noces d’Hérodiade au bout desquels il trouve le néant, Mallarmé confie à un ami que regardant dans le miroir, il s’aperçoit que l’image de son visage que le miroir devrait lui renvoyer est absente. En conclurez-vous que Dieu est mort… Comme par hasard le texte qui transcrit cette expérience est Igitur( = donc) à vous de tirer la conséquence et l’expérience est relatée sous le sous-titre : La folie d’Elbehnon. Il est temps de passer  à l’écoute de la musique : oui la violence du morceau est surprenante, et le vocal semble dégurgiter le monde entier, la musique frôle le noise, ce morceau est une terreur, que nous conte-t-il, nous le résumerons en un seul mot, un des plus courts et des plus communs de la langue française : la copule ‘’et’’ : parce que le tout et le rien, la paradoxale alliance des contraires, le voyage du serpent dans les herbes mouillées de la rosée du chaos, le protocole de toutes les étapes alchimiques qui se succèdent, chacune étant le néant de l’autre, qu’elle soit antérieure ou postérieure, tout est mêlé et chacun des ingrédients factuels vise à sa solitude phénoménale. Donc : nécessité de la séparation. Alchimie du scorpion : ambiance sombre, les guitares tissent des voiles funèbres, plaquent des panneaux funèbres, à la gloire du scorpion, le grand dissociateur -  Valéry usait du terme de Gladiator, Rimbaud prophétisait la venue des Horribles Travailleurs – acte de destruction nécessaire, défloration de ce qui est,  nécessité des vierges folles, pensez aux Noces d’Hérodiade,   Narcisse brise son propre miroir pour échapper à son reflet,  Narcisse n’est que le double du scorpion, qui n’est que notre double, après cet ouragan, doctement le professeur conclue cet épisode brutal : ‘’ Le plus grand travail du scorpion c’est la désidentification’’, il continue son discours, il a dit l’essentiel, il cause des scories psychiques qui encombrent votre cerveau, mais notre attention est retenue par ce glas qui ponctue son exposé, et la tornade reprend en plus violente, en plus échelée, une véritable chevauchée de

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    Walkyries électriques. Knight of cups : arcane mineure dévolue aux destins individuels, le type du chercheur anonyme qui se met en route vers un royaume mythique qui serait, que l’on ne trouvera qu’au fond de soi, le moment de sa mort. Une musique, pas reposée, celui qui vit dans son rêve n’est-il pas heureux, le vocal s’emballe, l’on sent l’enthousiasme et la fureur car tout compte fait il faudrait ne pas rester enfermé en soi-même, que les pinces du scorpion viennent cisailler cette carapace protectrice qui nous empêche aussi de triompher. Sarabande déjantée, personne ne va plus loin que soi-même. All flows, nothing stays : discordances, elles vous tombent dessus comme le couperet de la guillotine, combien de fois devons-nous mourir à nous-mêmes, nous séparer de nous-même, dur combat, dur duel, contre le dragon qui n’est que le serpent ondoyant de nos métamorphoses successives, nous pourrions ne plus avoir la force de nous relever, de passer le seuil, de rester bloqué en nous-même, chaque victoire peut être suivie de la défaite la plus amère. Enfin rentrer à la maison, celle qui n’est pas nous-même qui nous permet de nous perdre en l’altérité charnelle du monde. Ora et labora : l’on entend une voix serait-ce celle de Janus qui dans la pièce de Villiers de l’Ile Adam instruit Axel, et tout de suite au travail, l’on se précipite, l’on refait le chemin, on épuise le possible de chaque arcane, quel amoncellement sonore, quelle somptuosité, c’est comme si nous courions sur la crête du serpent ouroboros en lui arrachant les écailles une par une, intense labeur que de faire le tour du monde et un tour dans sa tête. Que ne faut-il accomplir pour être le grand dissociateur ! The lovers : danse sacrée, brouhaha, exubérance amoureuse, vocal et background luttent pour prendre la meilleure place, luxe de la luxure, l’amour ne suffit pas il doit cohabiter avec le désir, deux chemins différents, ce n’est la copule et mais la copulation avec, se réunir c’est aussi affirmer la bipolarité, dans l’étreinte pour mieux s’appartenir, c’est jouir autant du feu de l’embrasement bilatéral que se retrouver dans la solitude de son feu personnel,  ronde de sorcières, guitares en folie, la batterie essaie de suivre le rythme qu’elle a impulsé tant la tête lui tourne. Débordement euphorique. Heptalion : on avait le couple l’on ne s’attendait pas si rapidement à nous retrouver à écouter un prêtre conseillant les époux.  L’est vrai que sept est un chiffre sacré et que Seth est un Dieu puissant. Laissons-là nos élucubrations, l’officiant est bien gentil mais il semble davantage se préoccuper de la mère que du père, et bientôt son regard se tourne en exclusivité vers l’enfant à naître. Nous avons adoré le scorpion séparateur et voici que les deux se sont réunis et ont donné lieu à un, à un tout-un, faudra-t-il appelé maître scorpion pour qu’il dissocie une fois de plus cet homonculus avant qu’il soit homologué en tant qu’être parfait. Prépondérance pianistique, hurlements ou braillements d’enfant en bas-âge, folie générale dans la nurserie, quelle est cette ribambelle de gosses hurleurs, est-ce que la multiplication équivaut à  un démembrement.  Multiplié par sept égale-t-il mutilé par Seth. Occult love phenomena : nous ne sommes pas sortis des tourments amoureux. Un pied dans l’infini, un pied dans la vie, le tout en hurlant à plein poumon, ne suis-je pas deux en un seul, c’est ainsi que moi, que je, j’ai traversé les deux mondes, l’exotérique et l’occulte, à l’autre bout de moi-même ne me se suis-je pas retrouvé, un autre homme bien plus chargé de souvenirs et de connaissances que  celui que je suis et que je ne suis pas. Pourquoi croyez-vous que le vocal étire si longuement les syllabes, sans doute parce qu’il n’y a pas de mot assez grand pour contenir mes deux postulations. La neuvième arcane : nous avons déjà parler de Led

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    Zeppelin, c’est le moment de ressortir le IV et de l’ouvrir pour nous trouver face à la reproduction du neuvième arcane du tarot, ce vieillard courbé, un peu bringuebalant, l’on a envie de lui glisser un banc, et pourquoi marche-t-il avec cette lanterne allumée, est-il comme Diogène, cherche-t-il un homme, non il l’a déjà trouvé, c’est lui-même deux en un puisqu’il y a lui et la connaissance figurée par cette lanterne, chant de triomphe,  farandole métaphysique, victoire du scorpion, il a réussi à séparer l’homme et la connaissance, défaite du scorpion, il sont tout de même unis en un seul, l’Adepte est réalisé, par le chemin initiatique qu’il a suivi, par le chemin opératif qui l’a unifié en lui-même. Quelle puissance secrète porte-t-il ?

             Rock’n’rollement parlant je préfère ce deuxième tome de la trilogie au troisième. Une outrance sonore beaucoup plus forte. Il est davantage complexe, il court sur deux cimes à la fois : le tarot et l’alchimie. Les deux titres peuvent être commentés selon ces deux modalités.

             Difficile de trouver mieux dans la production française actuelle !

    Damie Chad.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 721: KR'TNT ! 721 : TOMMY JAMES & THE SHONDELLS / GINGERELLA / DESTINATION LONELY / WILSON PICKETT / THE FIVE DU-TONES / TWO RUNNER / MARIEE SIOU / ASTRAL RUINS

     

     KR’TNT ! 

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 721

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    29 / 01 / 2026

     

     

    TOMMY JAMES & THE SHONDELLS

    GINGERELLA / DESTINATION LONELY

    WILSON PICKETT / THE FIVE DU-TONES

    TWO RUNNER / MARIEE SIOU 

    ASTRAL RUINS

     

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 721

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http ://kr’tnt.hautetfort.com/

     

     

    The One-offs - Hanky crois-tu, Panky ?

     

             Chaque jour, on revenait de l’école aussi vite que possible, on prenait le raccourci par le Temple, on remontait la rue Jean-Romain à toute allure, puis on tournait aussi sec à gauche dans la rue Saint-Jean et, trois carrefours plus loin, on arrivait essoufflés à la salle de jeux.

             Dans la vitrine qui donnait sur la rue Saint-Jean trônait un énorme juke-box. La salle de jeux prenait d’abord la forme d’un long couloir. Tu passais devant des flippers. Il devait y en avoir une bonne vingtaine alignés contre le mur, avec tous ces petits loubards qui s’excitaient dessus, cling clong cling clong ! T’arrivais au fond et tu tombais sur une grande salle de forme carrée où étaient installés quatre big baby-foots à cinquante centimes la partie.

             À partir du jour où nous avons osé entrer dans cette salle de jeux, nous y sommes retournés quotidiennement, après l’école, et le jeudi après-midi tout entier. On se débrouillait avec l’argent de poche, et quand ça ne suffisait pas, on piochait dans le porte-monnaie des commissions. Il fallait des pièces. On était des malades du baby-foot. Mais vraiment des malades. On était devenus les deux frères «qui prenaient les vainqueurs». Deux branleurs invincibles. On défiait les cracks. On jouait le plus souvent contre des mecs nettement plus âgés qui portaient des blousons en cuir noir, des rouflaquettes et des bagues, des mecs du Chemin Vert ou de la Guérinère, disait-on, qui garaient leurs mobs sur le trottoir devant la salle. Ils nous regardaient avec un drôle de sourire en coin, mais quand on jouait, ça ne rigolait plus. Ils fermaient leur grande gueule. On les foutait fanny. T’as pas besoin d’être grand ni musclé pour gagner au baby, baby.

             Le baby, c’est comme le billard, ça demande une appétence pour l’addiction, et surtout du temps, énormément de temps. Le temps qu’il te faut pour développer ta petite technique, mettre au point tes roublardises à deux pieds pour passer le barrage de la barre à cinq joueurs du milieu, et maîtriser tes tours de poignet droit. Tu peux apprendre à marquer des buts de l’arrière en trouvant la trajectoire de biais, et pour l’attaque, il faut fignoler ses figures de style, savoir faire rouler la baballe sous le pied pour terroriser l’adversaire, titiller des petits va-et-vient, accélérer tout en gardant la baballe sous le pied, accéder à cette virtuosité qui fait croire à l’autre en face qu’il n’a aucune chance, choisir de cogner cette putain de baballe par le devant du pied ou par l’arrière du pied, l’impact n’est pas le même quand tu cognes avec le pied à l’arrière. Lorsqu’enfin t’as la baballe au pied face au défenseur, tu pousses à l’extrême le pathos de l’exécution finale, tu fais rouler la baballe devant la cage aussi longtemps que tu veux, tu passes du pied devant au pied derrière, tu fais bien durer le suspense, tic tic, tu fais ricocher la baballe entre ton ailier et ton attaquant central, et d’un tour de poignet fulgurant, tu fais tournicoter la putain de baballe autour du pied et tu la claques aussi violemment que tu peux, à en tordre la barre, histoire d’aller faire schtoooonnnguer la baballe dans la tôle de la cage ! Le schtoooong est parfois tellement percutant que la baballe rebondit et ressort, alors tu la re-schtooongue de plus belle. C’est ta botte de Nevers. 

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             Les flippers faisaient tellement de bruit qu’on n’entendait pas trop la musique qui venait du gros juke-box situé à l’autre bout de la salle. Mais un jour, au-dessus des cling clang cling clang et des rafales de schtoooonnngs à répétition, une chanson déclencha ce qu’il faut bien appeler un gros émoi. On tomba aussi sec sous le charme de ce slow-groove exotique et mystérieux, tu sentais ta tête bouger toute seule, les yeah du chanteur te filaient des frissons, tu découvrais l’état second, t’étais transcendé, transformé à jamais. Tu venais d’entendre pour la première fois «Hanky Panky» et t’es devenu dingue d’Hanky Panky, tu rêvais la nuit d’Hanky Panky, tu chantais My baby does the zan/ hanky panky en descendant les quatre étages. Tu chantais I saw her walking down the line en remontant les quatre étages. Ta vie s’est alors résumée à Hanky Panky. Cette obsession marchait de pair avec celle du baby-foot.

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              Quelqu’un avait à une époque jugé bon de me barboter quelques 45 tours, mais on n’en fit pas un fromage. Dans ces cas-là, on se dit que la vie est ainsi faite. Puis on a vu les Cramps tenter le coup d’une cover d’«Hanky Panky», mais ça n’avait pas marché car il manquait l’essentiel : le juke-box dans la vitrine de la salle de jeux. Ils n’ont pas su le faire groover.

             Et plus récemment, alors que nous étions chez Marc Z pour les interviews, l’EP Roulette refit une apparition. Nous menions les interviewes à deux. À la fin des séances, le collègue entrait en transe en farfouillant dans la prodigieuse collection de 45 tours de Marc. Comme il avait besoin de blé, Marc confiait au collègue le soin de vendre tous ces 45 tours rarissimes à la pièce sur eBay. Comme par miracle est apparu l’EP Roulette flambant neuf avec sa languette. Lui ayant raconté l’histoire de la salle de jeux, Marc accepta de me vendre «Hanky Panky» pour un prix symbolique. 

    Signé : Cazengler, Hankyllé

    Tommy James & The Shondells. Hanky Panky/Thunderbolt - Dave Baby Cortez. Count Down/Summertime. Roulette 1966

     

     

    L’avenir du rock

    - Gingerella donne le la

     

             L’avenir du rock sirote sa mousse au bar, bien peinard. Manque de pot, Boule et Bill déboulent.

             — Alors, avenir du rock, on boit en juif ?, lance Boule d’un ton qui ne laisse aucun doute sur sa répugnante intentionnalité.

             — Tu bois quoâ, avenir du froc ?, ajoute Bill d’un ton ostensiblement méprisant.

             — Ginger ale...

             — Ah voilà ! C’est plus fort que l’roquefort, tu peux pas t’empêcher de nous snobber la gueule !, lance Boule d’un ton qui ne laisse aucun doute sur sa venimeuse intentionnalité. 

             — Y va nous brancher sur les Ginger, Boule, tu vas voir, ce mec-là y l’est cousu de fil blanc, y se sert de nos pommes pour faire son cirque !, lance Bill d’une voix sifflante de haine.

             — Y va nous sortir le Ginger Baker, tu vas voir, Bill !

             — Boule, j’te parie dix boules qu’y va nous faire le coup du Ginger Wildheart !

             — J’tiens l’pari, tope là, Bill, y va aussi nous faire le coup du Ginger & Fred, ça va pas rater !

             — Tu l’vois pas venir avec ses p’tits yeux en trous d’pine ? Y va nous faire le coup d’Goldie & The Gingerbreads, tu vas voir, Boule !

             L’avenir du rock a l’habitude de ces deux gros cons : il les laisse parler. Il sait qu’ils vont finir par s’arrêter. Il sait pour les avoir vus à l’œuvre que la connerie ça peut épuiser une cervelle aussi sûrement qu’un gros effort intellectuel. Comme prévu, ils finissent par tomber en panne sèche et fermer leur clapet. Magnanime, l’avenir du rock leur concède ceci :

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             — Bon les gars, vous êtes bien gentils, tous les deux, mais vous oubliez le plus important : Gingerella.

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             C’est vrai que Tommy Adamson a des allures de rock star : petit costard noir, petits cheveux blonds, petites silver boots, petite gueule d’ange, grosse présence scénique et surtout grosses compos. Gingerella sur scène, pas compliqué : c’est les Kinks. Ils ont cette fantastique énergie Kinky et ce sens parfait du déroulé pop, avec un story-telling imprenable et des jolies poussées de fièvre anglaise. Un groupe anglais, ça fait toujours la différence, on peut prendre la chose par n’importe côté :

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    en matière de rock, les Anglais ont un truc que n’auront jamais les autres, c’est bien sûr la grâce naturelle. Tu le sens dès qu’ils montent sur scène et qu’ils attaquent leur set, ils jouent de manière totalement instinctive, tu ne sens jamais le travail en amont, c’est tout de suite en place et terriblement fluide. Ils prennent vite de l’altitude et ça t’embarque, le parallèle avec les Kinks se fait très vite, t’as ce mélange de soft psychedelia et de pop tonique, portée par des mecs taillés sur mesure. Tu crois rêver. Tommy Adamson et des Ginger boys reprennent les choses exactement là où les frères Davies les ont laissées en 1968 avec The Village Green Preservation Society, ils t’en mettent plein la vue. C’est même complètement irréel de voir un groupe de ce niveau dans un petit bar rouennais. Ils ont un cut bourré de panache qui s’appelle «Cabaret» et Tommy Adamson y injecte un joli brin de glam, of course. Encore du glam Kinky avec «Sofisticats», la qualité des cuts t’effare. Même chose vers la fin, juste avant le rappel, avec l’explosif «Party Girls», te voilà

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    au cœur de London town. Le petit lead guitar s’appelle Noah, il gratte ses poux sur la Les Paul de Jimmy Page, t’as vraiment l’impression de revenir aux sources, il ranime des feux très anciens, on se souvient de cette Les Paul orange, et cette façon qu’il a d’enrouler ses gimmicks à l’anglaise te plaît infiniment, il passe même des coups de wah avec ses boots noires de kid parfaitement dévoué à la cause. Rien que dans la façon de se tenir sur scène, il bat tous les records d’élégance. Il a l’air complètement out of his mind, mais peut-être est-ce son état naturel. Et son collègue

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    Tommy Angel Face gratte lui aussi des poux de Tele définitivement anglais dans leur essence, il tient les rênes du set et commence à bâtir sa légende.  Et puis t’as une section rythmique écœurante d’efficacité. Les deux cocos ne la ramènent pas, mais ça pulse à l’anglaise. En ton for intérieur, tu te dis tout va bien : tant que des kids de ce calibre monteront sur scène, le rock pourra dormir sur des deux oreilles. 

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             Au merch, ils n’ont que leur premier EP, Eat Your Heart Out paru sur le très beau label français basé à Toulouse, Pop Supérette. Attention, c’est sans le moindre

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    doute l’un des meilleurs mini-albums de l’année. Tommy Adamson attaque avec un poème fleuve, «Stacey’s World» et il tape en plein story-telling Kinky - Stacey is a girl of all repute/ For pulling off the stiches of her own parachute - c’est effarant de proximité Kinky, de prodigieuse élégance pop. Et dans ce cut qui n’en finit plus, ça repart toujours à l’enthousiasme pur. Il est encore en plein dans le raffinement élégiaque de Ray Davies avec «Miss Twenty Something», ça sonne même comme un hymne, t’as aussi de l’Hunky Dory sous-jacent. C’est le son de l’aristocratie du rock anglais, la forme d’art moderne la plus évoluée. C’est confondant. Tu fonds comme beurre en broche. Final exemplaire, solo en échappée libre et yeah yeah yeah. C’est miraculeux d’entendre ces mecs renouer avec l’âge d’or du rock anglais. Et ça continue en B avec «When Sunday Comes». Tommy Adamson t’embobine avec sa déliquescence à la Waterloo Sunset, il a des accents d’éclat Kinky dans sa voix tellement fruitée, il te scie par sa classe, par sa connaissance des arcanes de la Kinkologie, c’est un fabuleux retour aux sources de la Village Green Preservation Society, et tu sens poindre l’Hunky Dory dans le Waterloo Sunsetting. Ils terminent avec une «Fanclub» joliment tarabiscoté, bien enroulé et bien déroulé. T’en finirais plus avec ces mecs-là. Ils ouvrent la voie. Toutes leurs compos sont bonnes.

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    Signé : Cazengler, Givrérella

    Gingerella. Le Fury Défendu. Rouen (76). 21 janvier 2026

    Gingerella. Eat Your Heart Out. Pop Supérette 2025

     

     

    L’avenir du rock

     - All the Lonely people

     (Part Two)

     

             L’avenir du rock ne s’imaginait pas qu’il verrait autant de trafic dans le désert. Bon d’accord, c’est pas le périf aux heures de pointe, mais quand même ! Avec tous ces erreurs qui vont et qui viennent, l’avenir du rock se demande si finalement, la réputation du désert n’est pas surfaite. Ça l’intrigue tellement qu’il a décidé de compter les erreurs. Comme il n’a ni papier ni crayon, ni ordi ni calculette, alors il compte de tête. Il en compte déjà au moins onze sur la dernière année : Sylvain Tintin porté par Abébé Bikila et ses trois frères, Lawrence d’Arabie, Stanley qui cherche Livingstone, Johnny Strabler et sa Triumph Thunderbird, the Night Tripper, Belphégor, Richard Francis Burton et son javelot Danakil fiché à travers ses deux joues, et il en oublie forcément. Quand on se nourrit de cailloux comme les poules, on a la mémoire qui flanche. Ah en voilà un  douzième ! L’erreur est petit mais distingué, âgé mais alerte, l’œil clair et le pied léger, il porte du tweed et le cheveu court taillé en brosse. Il tient un petit chameau en laisse sur lequel sont arrimés ses bagages. Il s’incline respectueusement devant ce déchet qu’est devenu l’avenir du rock :

             — Bowles ! Paul Bowles, pour vous servir...

             — Je suis l’avenir du rock... Soyez certain que je suis ravi de vous rencontrer sous ce Sheltering Sky.

             — Inutile de frimer, avenir du rock, nous ne sommes pas dans un salon littéraire. Par contre, votre délabrement me rappelle celui de William Burroughs. Le vôtre est plus avancé...

             — Bon ça va ! Pas la peine d’en rajouter ! Parlez-moi plutôt de votre destination...

             — Sachez bien mon pauvre ami que ce n’est pas la destination qui compte, mais la route ! Et vous même qui me semblez si hagard, en avez-vous une ?

             — Oui, bien sûr je n’ai qu’une seule destination : Destination Lonely !

     

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             Belle pochette, joli titre, big Voodoo : le nouveau Destination Lonely s’appelle Eat LSD, Pray To Satan, Love No One. Tu dis quoi ? Miam miam. En d’autres termes, tu te frottes les mains en bavant comme une limace. Avec tes grosses pognes moites, tu tripotes la pochette Voodoo, ah comme ils sont punk les trois Destination au dos ! T’as un Voodoo leaflet rouge à l’intérieur et un fat vinyle noir, alors tu lui poses aussi sec la question : «Qu’est-ce t’as adans le ventre ?» Réponse : un «Daddy ‘O» sourd-dingue, foncièrement trashé jusqu’à l’oss de l’ass par un killer solo infectueux. Et ça continue de ramper à ras des pâquerettes avec un «Nobody’s Friend» ultra chargé de la barcasse et allumé en pleine gueule par la wah du diable. Attention les gars, c’est un disk accidenté. Pas la peine d’aller chercher les Américains, t’as tout à la maison. Ta nouvelle destination c’est les Destination. Ça bout sous le couvercle qui danse le jerk. En deux cuts, l’album a déjà l’allure d’une bombe atomique. Encore du killer solo de gras double dans «Dead Letters», un Dead Letters monté sur un beat de type Muddy Mud. T’as là toute l’essence du garage des années de braise, et quand on parle de garage des années de braise, on pense bien sûr à tout l’In The Red Recordings, car les Destination viennent de là en direct. Cheater Slicks, bien sûr, mais aussi tout le reste, Bassholes, ‘68 Comeback, Blacktop, Dan Melchior’ Broke Revue, Hunches, Deadly Snakes et tout ce tintouin qui nous mettait alors en transe. Maintenant t’as tout ça à la maison. En B, tu vas tomber sur les accords sixties en couveuse de «Full Of Sorrow», pulsatif de type 13th Floor traversé de part en part par un killer solo trash dégoulinant de gras double. Nouvelle attaque frontale avec «Anything Else». C’est leur fonds de commerce, punch in the mouth et t’as le scream qui coule comme un fleuve de lave, t’as là un cut insistant qui t’harasse bien la paillasse et bien sûr un killer solo va te bigorner sérieusement la carlingue. Pas de problème, t’es là pour ça.

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             Si c’est pas encore fait, allez tous jeter une oreille sur l’After Chez Eddy, sur Canal Sud. Lo’Spider y mène le bal, comme Gildas au temps du Dig It! Radio Show. La playlist du 1er janvier est un modèle du genre.

    Signé : Cazengler, qui n’arrivera jamais à Destination

    Destination Lonely. Eat LSD Pray To Satan Love No One. Voodoo Rhythm 2025

     

     

    Wizards & True Stars

     - Pickett c’est pas de la piquette

     (Part One)

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             Si tu veux tout savoir de la jeunesse de Wilson Pickett en Alabama, alors il faut lire le petit book que lui consacre sa frangine Louella, Don’t Let The Green Grass Fool You. Bon, c’est écrit avec les moyens du bord et un peu avec les pieds, mais l’ouvrage a le mérite de parler extrêmement vrai, et dans le cas de Wicked Pickett, c’est essentiel. Car Wicked Pickett n’est pas seulement l’immense Soul Brother que l’on sait, the black panther dont on s’arrachait les beaux cartonnés US sur Atlantic, c’est aussi un Docteur Jekyll/Mister Hyde qui, une fois bourré d’alcool et de coke, avait la sale manie de frapper tous ceux qui l’entouraient. Pif paf pouf !

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             Mais avant le stardom et les belles baraques sur la côte Est, il y a l’Alabama, un coin qu’il a passé son enfance à haïr - I was picking three or four hundred pounds of cotton a day. We’d work hard, from sunup to sundown, six to six. I’m so glad that I was able to get away from there - Il grandit à Prattville, au nord de Montgomery. C’est une famille de 11 enfants, et sa mère s’appelle Lena.

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             Quand il ne bosse pas sur le cotton patch - which he hated with a passion - le p’tit Pickett adore chasser et pêcher. Il se taille une gaule pour pêcher, et il chasse le lapin à la fronde. Il ramène des tas de lapins et les épluche. Le p’tit Pickett surnomme sa frangine Louella ‘Coot’. Coot rappelle qu’on paye les fils d’esclaves 3 dollars pour 100 livres de coton, c’est à peine mieux que de bosser à l’œil. Les blancs, qui étaient passés maître dans l’art de l’exploitation de l’homme noir par l’homme blanc, obtenaient des nègres un rendement meilleur qu’au temps de l’esclavage. Et comme le p’tit Pickett voulait être le meilleur en tout dès son plus jeune âge, il se levait à 4 h de mat pour aller cueillir le fucking coton, et quand les autres arrivaient, il avait déjà gagné 6 dollars. Six fucking dollars !

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             Et bien sûr il ne supporte pas l’école des blancs. On envoyait les p’tits nègres du coin dans une training school - Augusta County Training School - où on leur apprenait les trucs de base : cuisiner, prendre soin de soi et comment bosser pour les blancs. Les p’tits nègres sont baisés d’avance. Mais ça ne marche pas avec le p’tit Pickett. Il a flairé l’arnaque. Pas question d’aller dans cette fucking school. Côté cul, il est extrêmement précoce. Il a très vite une fiancée, Clara Kate, mais il lui cogne la gueule. Pif paf pouf ! - He was crazy about Clara Kate. She was his first girlfriend. But he would beat her up. He was mean with Clara Kate - Son père s’est barré à Detroit «pour préparer une vie meilleure à la famille», et comme le p’tit Pickett veut échapper au coton et à la fucking school des blancs d’Alabama, il n’a plus qu’une idée en tête : partir pour Detroit et rejoindre son père. Alors il engage de bras de fer avec sa mère en refusant d’aller à l’école. Elle lui dit que s’il refuse d’aller à l’école, alors, il doit quitter la maison et le p’tit Pickett lui répond : «Well Mama, I’ll see your later.» Et pouf, il se barre. Ça se passe en 1955. Il a 15 ans.

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             Il a une relation très dure avec sa mère. Elle n’a pas réussi à le dresser, même en lui cognant dessus. À Detroit, son père s’est bien sûr remaqué avec une autre femme, Helen. Le p’tit Pickett arrive à Detroit au bon moment, en plein boom du doo-wop. Il va chanter dans les églises et rencontrer Aretha et son père le Révérend Franklin. Puis Willie Schoffield le découvre et lui propose de venir auditionner pour les Falcons qui cherchent quelqu’un pour remplacer Joe Stubbs, le lead singer. Willie Schoffield est la voix de basse dans les Falcons qui viennent de décrocher un hit avec «You’re So Fine». Dans le groupe, il y aussi Eddie Floyd et Sir Mack Rice, originaire de Clarksdale (lui aussi voix de basse). Mack Rice va devenir légendaire, en composant des tas de hits, notamment le «Respect Yourself» des Staple Singers et «Mustang Sally» pour Wicked Pickett. 

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             Pickett se pointe à l’audition et chante «The Sky Is Crying». Alors Mack Rice dit à Schoffield : «Hey man that’s it. That’s the cat. Whoever the guy is, that’s the right guy there.» Et pouf, Wicked Pickett devient le lead singer des Falcons. Mack Rice continuera de bien s’entendre avec Wicked Pickett - Every time I ran across Pickett, we had a good time. He was kinda hard to get along with, so they say, but I never had a problem with him in my life.

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             Wicked Pickett reste à Detroit jusqu’en 1963. Son père ne parvient pas non plus à le dresser, alors ça se termine à coups de poing dans la gueule. Pif ! Paf ! Pouf ! Au passage, Wicked Pickett colle son poing dans la gueule d’Helen qui pousse son père à le foutre à la porte - He hit her in the mouth - C’est la signature de Wicked Pickett : l’hit in the mouth. C’est pendant le séjour à Detroit qu’il rencontre Dovie, l’une des femmes de sa vie - I met a lady, she’s real good to me - Mais au bout de 15 ans de pif ! Paf ! Pouf ! dans la gueule, Dovie finira par se faire la cerise. 

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             Le personnage de Wicket Pickett est emblématique d’un phénomène de société : ces fils d’esclaves qui ont grandi dans un climat de violence raciste ne pouvaient pas devenir des humanistes éclairés. Élevés dans un cloaque de haine, de misère, d’injustice et privés d’avenir, ils développaient des pathologies comportementales dont les proches faisaient fatalement les frais. La violence de Wicked Pickett est celle que les blancs lui ont inculqué, il incarne l’avatar d’une violence institutionnelle. Elle existait en Allemagne dans les années 20 et 30 contre les juifs. Elle existait de la même façon en Algérie, en Afrique du Sud, en Palestine. Et partout on retrouve les mêmes : les blancs, les colons blancs, les pires prédateurs, les descendants des culs terreux, ceux qui débarquent chez toi et qui te disent : «Maintenant, c’est chez moi.» Et ça continue encore aujourd’hui. Les colons et le colonialisme sont le pire fléau de l’histoire de l’humanité. Colonialisme/Capitalisme/Catholicisme : trilogie de la mort. Wicked Pickett est l’un des fruits les plus sophistiqués de cette violence institutionnelle. Quand tu réfléchis bien à tout ça, tu t’en étrangles de rage. 

             Quand Wicked Pickett voit qu’il stagne à Detroit, il dit à Dovie : «We are going to move.» Et pouf, ils partent à New York - I can do better in New York - Ils s’installent dans un deux pièces à Hollis, Long Island. Tout se passe bien jusqu’au moment où la coke arrive. Dovie dit qu’il va tourner sur un budget de 3 000 $ par semaine.

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    ( Maison de Pickett à Ashburn, circa 1988)

             Wicked Pickett est jaloux comme un tigre et il commence à devenir violent. Pif ! Paf ! Pouf ! Puis le couple s’installe dans une belle baraque à Englewood Cliffs, New Jersey : 5 chambres, 5 salles de bain, et des plafonds très hauts. Dovie subit le même sort que Ronnie Spector : pas question d’aller traîner dehors. Elle dit à Wicked Pickett qu’elle veut travailler, alors il lui fait installer un bureau au rez-de-chaussée, avec un téléphone rouge, et lui dit de répondre quand ça sonne. Elle passe ses journées dans le «bureau» en attendant que ça sonne. Personne ne doit adresser la parole à Dovie s’il n’est pas là. Mais ça ne l’empêche pas de courir les jupons. Wicked Pickett est comme il est. On ne le changera pas. Et puis Dovie finira par en avoir marre de prendre des coups, Pif ! Paf ! Pouf ! même si Wicked Pickett s’excuse. Elle sait qu’elle doit sauver sa peau et quitter ce dingue de Soul Brother détraqué.

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    (Wilson Pickett et Hendrix)

             Coot évoque brièvement la mafia, mais n’ose pas trop s’aventurer sur ce terrain. Elle rapporte cependant une anecdote hilarante. Dovie et Wicked Pickett se retrouvent un soir dans un club qui a pour étrange particularité d’être situé dans un cimetière. Le club appartient à la mafia - Oh if anything should happen, they don’t have far to go - Wicked Pickett est aussi allé chanter à Las Vegas, dans un club appartenant à la mafia. Mais Coot en reste là. Elle n’a pas les infos. On ira voir ailleurs.

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             Comme il ne veut plus que sa mère vive en Alabama, Wicked Pickett lui achète une baraque à Louisville, Kentucky. Devenu star et riche, Wicked Pickett claque son blé en voitures et en bijoux. Il claque aussi du blé au jeu. C’est Jerry Wexler qui a fait de lui une star. C’était pourtant mal barré, car Wicked Pickett avait enregistré une démo d’«If You Need Me». Wexler la refila à Solomon Burke qui l’enregistra pour en faire un hit. Quand Wicked Pickett est tombé sur le pot aux roses, il s’est mis à chialer comme un gamin. Mais Wexler va lancer sa carrière et l’envoyer enregistrer dans le Sud, chez Stax à Memphis. Coot n’a pas trop les infos, mais les gens de Stax n’aimaient pas Wicked Pickett. Ils sentaient que c’était un sale mec. C’est là qu’il enregistre «In The Midnight Hour». Wicked Pickett dit qu’il a tout composé et qu’on lui a imposé de partager les crédits avec Steve Cropper et Eddie Floyd. Mais il y a d’autres témoignages qui disent le contraire. Wexler envoie ensuite Wicked Pickett chez Rick Hall à Muscle Shoals, Alabama. Et quand il débarque à l’aéroport et qu’il voit arriver un blanc dans une old beat-up Chrysler car, Wicked Pickett pâlit. Il se demande dans quelle embrouille Wexler l’a fourré. En plus, il y a des champs de coton tout autour. Un vrai cauchemar. Mais Wicked Pickett retournera deux fois à Muscle Shoals. Puis il ira enregistrer chez American à Memphis, avec Tom Dowd et Tommy Cogbill. C’est là qu’il devient pote avec Bobby Womack, qui va rester l’un de ses collaborateurs et qui va lui composer des hits.

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             Coot relate aussi la tension qui existait entre Wicked Pickett et James Brown. Un soir ils sont tous les deux à l’affiche de l’Apollo, à Harlem. Wicked Pickett screame énormément sur scène et James Brown qui passe après lui n’aime pas ça. Alors il envoie Bobby Byrd trouver Wicked Pickett dans sa loge pour lui ordonner de pas screamer - Because there was only one screamer on the show - James Brown, bien sûr. Arrive le deuxième show de la soirée et Wicked Pickett s’est mis à screamer deux fois plus. Personne ne lui rabaissera son caquet, pas même James Brown. Plus tard, ils vont devenir de bons amis et même des voisins à Long Island. Mack Rice : «The only person who gave James Brown hell was Pickett.» Ils ont tous les deux le même mode de fonctionnement avec les musiciens : deux vrais tyrans - Everybody feared him. Nobody questioned him - Wicked Pickett fait régner la terreur en tournée. Une fausse note ? Un coup de guitare en pleine gueule. Autre chose : comme il n’a pas été à l’école, Wicked Pickett ne sait quasiment pas lire ni écrire. La seule chose qu’il sache faire, c’est compter son blé. Il conserve son cash dans une mallette et la trimballe avec lui sur scène.

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             Pas trop d’infos non plus sur Buddy Miles qui fit partie des Midnight Movers, le backing band de Wicked Pickett, avant que Bloomy ne vienne le lui barboter pour monter Electric Flag. Le saxophoniste Jack Philpott jouera ensuite pour les Isley Brothers, puis Sam & Dave et Joe Simon. Et puis après Atlantic, Wicked Pickett signe chez RCA en 1974, mais il n’aura plus d’hits. C’est le commencement du déclin, jusqu’à son dernier album, It’s Harder Now, paru en 1999. On reviendra dessus dans un Part Two.

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    Veda and Wilson

             Coot consacre la deuxième partie de son p’tit book à la famille. Comme Wicked Pickett plaisait aux femmes, il collectionnait les conquêtes - They loved the bow-legged intense panther of a black man with a sexy smile and swagger - Il a reconnu six gosses en tout : Lynderrick et Veda d’un premier mariage à Detroit, Michael d’une femme blanche et que Dovie a élevé, puis Soumaya, Saphan et Bernard. Alors Coot rentre dans le détail de la progéniture et c’est pas jojo, car Wicked Pickett en roue certains de coups. Pif ! Paf ! Pouf ! Roué de coups quand il était petit, Wicked Pickett reproduit le modèle. Pif ! Paf ! Pouf ! Michael est métis et c’est lui qui prend le plus de coups, avec Dovie. Puis Wicked Pickett branche son fils sur la coke. Soumaya revoit son père «heavily on drugs». Elle assiste à une shoote entre sa mère et Wicked Pickett qui la frappe à coups d’aspirateur, Pif ! Paf ! Pouf !, alors Soumaya frappe son père derrière le crâne ! Furieux, Pickett ramasse un pied de lampe en marbre et lui en colle un coup en pleine gueule. Ce n’est que ça. Pif ! Paf ! Pouf ! Wicked Pickett est tellement défoncé qu’il passe son temps à hurler et à cogner. Alors tout le monde se barre : Karine et Soumaya, Jean Cusseaux, Dovie. La dernière compagne de Wicked Pickett s’appelle Gail. Mais il est devenu un mec assez seul et assez triste. En 1994, il roule bourré et écrase un vieux de 86 ans. Il fait un an de ballon. Michael : «He was never clean. I’m sure he got high the day he died.» Et puis t’as la maladie, l’hosto et l’héritage, qui chez les blacks est toujours un épisode très compliqué. Surtout quand il y a du blé et de l’immobilier. On fait venir un notaire à l’hosto. Gail veut bien être exécutrice testamentaire à condition de recevoir 35 % du pactole. Wicked Pickett dit non. Il ramène le chiffre à 10 %. Gail lui dit qu’il peut se les carrer dans l’ass ses 10 %, elle n’a pas besoin de ça pour vivre. Alors Wicked Pickett remonte à 15 %. Elle accepte. Le frère Max est l’autre co-exécuteur testamentaire. Don Covay et Bo Diddley assistent aux funérailles. La vie est courte, ne l’oublions pas.

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             On reviendra sur les albums. C’est plus intéressant que cette vie de patachon. 

    Signé : Cazengler, Wilson Piqué (de la ruche)

    Louella Pickett-New. Don’t Let The Green Grass Fool You. Fulton Books 2015

     

     

    Inside the goldmine

    - Les Du-Tones, ça détonne

     

             Il avait le malheur de s’appeler Duton. Alors vous pensez bien qu’à l’école, ça y allait ! Dans le Duton, tout est bon ! Et hop, à la récré, tout le monde ou presque lui mettait la main au cul. «Dans le Duton, tout est bon !» Le pauvre Duton en pleurait de chagrin. Les plus grands étaient plus vicieux. Ils approchaient de Duton, lui passaient le bras sur l’épaule pour le rassurer et la vanne ne tardait pas : «Du... ton... Du... ton... Dubonnet !» Et ça éclatait de rire, wouarf waouarf wouarf ! On a souvent souligné la cruauté des gosses dans les cours de récré, mais avec Duton, ça battait tous les records. Les grands voulaient pousser le bouchon un peu loin et faire coller Duton avec sa réalité, enfin leur réalité. Ils commencèrent à chercher dans le dictionnaire à quoi ressemblait un vrai thon. Ils furent déçus de voir qu’un thon ne ressemblait à rien d’autre qu’une grosse poissecaille. Ils allèrent à la bibliothèque municipale et demandèrent à la mère Pichegru si elle avait un livre sur «les grosses poissecailles comme les thons». Elle leur dénicha une belle encyclopédie de la pêche en mer des Caraïbes et les grands flashèrent sur une photo d’Hemingway avec un espadon de 2 m suspendu par la queue à côté de lui. Ils demandèrent à la mère Pichegru si le ‘nespadon’ était comme un thon, et la mère Pichegru qui n’y connaissait rien répondit que c’était le cousin germain du thon. Alors les grands exultèrent. Ils mirent leur projet à exécution. La semaine suivante, on fit tous une curieuse découverte en arrivant le matin à l’école : accroché à l’anneau de voûte du porche d’entrée pendouillait Duton, plus mort que vif. On l’avait ligoté serré, enveloppé de papier alu sur lequel on avait dessiné au feutre de grossières écailles. Avec du ruban adhésif d’emballage, on l’avait bâillonné et fixé sur le sommet du crâne une épée en plastique. Comme le ‘nespadon’ d’Hemingway, Duton était accroché en l’air par les pieds. Dans le Duton, tout est bon.

     

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             Les grands auraient eu plus de problèmes avec les Du-Tones qui ne se seraient pas laissés faire comme Duton. On ne sait pas ce qu’est devenu le pauvre Duton, par contre, on sait très bien ce que sont devenus les fantastiques Du-Tones.

             Le plus drôle, quand tu regardes les pochettes des Five Du-Tones, c’est qu’ils sont six. Ils ont démarré dans un high-school de St. Louis et le lead s’appelle Andrew Butler.

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             Dans ses liners, Clive Richardson rappelle que 1963 était the year of the bird : un vent de bird craze balayait l’Amérique : The Dells avec «The (Bossa Nova) Bird», Dee Dee Sharp avec «Do The Bird», les Rivingtons avec «The Bird Is The World» et bien sûr les Du-Tones avec «Shake A Tail Feather», un hit signé Mac Rice et du prophète Isaac. Richardson rappelle aussi qu’ado il était fan de «roaring, gritty lead voice, fast tempo and thudding beat», et il est hooked par le single Stateside des Du-Tones qu’il parvient à se payer, en 1963 ! Des fois, ça vaut le coup de lire les liners, car bien sûr, les mecs qui les rédigent sont essentiellement des fans de la première heure. Richardson explique comment il est tombé sous le charme du «roaring baritone lead vocal» d’Andrew Butler. Il décrit tous les délices de ce hit intemporel - I’ve heard about the fellow/ You been dancin’ with/ All over the neighborhood - alors les quatre autres Du-Tones font «twist it/ Shake it/ Shake it baby/ Bent over/ Let me see you shake a tail feather !». Richardson parle ici de «wildest elements of rock’n’roll, R&B and gospel influences into a seminal Soul smash». Le hit sera bien sûr repris par les Purify, Ike & Tina Turner et Ray Charles dans The Blues Brothers. Les Du-Tones comprennent rapidement qu’ils sont coincés à St. Louis, alors ils prennent la décision d’aller tenter leur chance à Chicago. Et bien sûr, Richardson fait référence à l’excellent book de Robert Pruter, Chicago Soul. Ils commencent par croiser des gens comme Andre Williams et finissent par rencontrer George & Ernie Leaner du label One-Derful. Un label d’une relative importance, car on y retrouve les noms d’Alvin Cash, de McKinley Mitchell, d’Harold Burrage et d’Otis Clay. Richardson cite aussi les noms de Willie Parker, de Beverly Shaffer, de Josephine Taylor & The Sharpees (hello Jean-Yves), «only known within hardcore specialists circles to this day».

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             Richardson entre ensuite dans le délire des tournées. Leur manager Louis Tate leur paye un bus et les envoie tourner dans les états du Sud en compagnie des Du-ettes (elles aussi sur One-Derful, et dont l’«Every Beat Of My Heart» est un autre seminal Soul smash), et Johnny Sayles. Ils terminent cette tournée à l’Apollo d’Harlem. 

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             Dernière précision richardsonienne : les Five Du-Tones furent étiquetés «novelty dance», comme les Contours, les Isley Brothers, les Vibrations et les Rivingtons. Mais foin des étiquettes, Richardson cœur de lion donne son dernier conseil : mets ce disk dans ton player, bent over and let me see you Shake a Tail Feather !    

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             Pour entrer dans leur monde magique, tu as deux compiles, aussi belles l’une que l’autre. Tiens, on va commencer par jeter un œil sur la compile italienne Ring Of Stars. Pas de titre, juste The Five Du-Tones. Ils attaquent avec le «Shake A Tail Feather» qui est aussi le morceau titre de la deuxième compile, ils y vont au ah-ah, ça monte au shake/shake it baby et ça donne du wild Du-Tones, du wild incontrôlable. Le coup de génie de la compile s’appelle «Woobine Twine», amené au chant d’ange de miséricorde. C’est à tomber de ta chaise, ils montent l’heavy groove au chat perché de doo-wop infectieux. Ils figurent parmi les meilleurs représentants du Black Power, comme le montrent «We Want More» et «Come Back Baby», ils balancent un doo-wop gonflé de gospel Soul - We really got to love it - les voix sont délicates, comme des pattes de gazelles, par contre «Come Back Baby» flirte avec le wild r’n’b, les Du-Tones y vont franco de port. Ils bouffent le r’n’b tout cru. Ils sont extraordinaires. Leur «Get It» sent bon les semelles de crêpe au coin du juke et le c’mon baby, «The Flea» est axé dans l’axe, et ils montent le doo-wop de «Mountain Of Love» au somment de l’Ararat. Ils produisent les plus belles harmonies vocales qu’on ait vues depuis le temps des Drifters. Encore deux petites bombes avec «The Cool Bird» et «Outside The Record Hop», ils te défoncent la rondelle des annales avec un bassmatic taureau fou. Ces six Du-Tones ont une sacrée grandeur d’âme. Ils démolissent encore tout avec «The Ghouster», c’mon baby, it’s Ghouster time ! Cette belle épopée s’achève avec un «Chicken Astronaut» amené au wanna go to the moon

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             La compile de Richardson s’appelle Shake A Tail Feather - The Complete One-Derful Recordings. On y retrouve tout le saint-frusquin de la compile d’avant, le raw & primitive «Shake A Tail Feather», cet énorme r’n’b chauffé à blanc qu’est «The Flea», l’infâme «Come Back Baby» troué du cul, le wild punk r’n’b de «The Gouster» qui a perdu l’H au passage, le groove de jazz de «Nobody But You», les excellents «Cool Bird» et «Chicken Astronaut», et Richardson rajoute un «Sweet Lips» qui n’est pas sur le Ring Of Star, un fantastique heavy r’n’b qui tombe du ciel, même magie que Motown. Puis revoilà le vaillant «Woodbine Twine», têtu comme une bourrique et ce coup de génie complètement imparable qu’est «Outisde The Record Hop», les Du-Tones te labourent le champ en profondeur, avec des chœurs de folles. Et puis avec «Divorce Court», ils font les Coasters on speed. Ce qui fait deux compiles pour le prix d’une.

    Signé : Cazengeler, qui Du-conne

    The Five Du-Tones. The Five Du-Tones. Ring Of Stars 1996

    The Five Du-Tones. Shake A Tail Feather - The Complete One-Derful Recordings. Shout Records 2006

     

     

    *

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             Je n’y avais prêté que peu d’attention. Nous étions quelques jours avant Noël, ce joli petit mot calligraphié ne pouvait être qu’une sympathique manière de nous fêter de joyeuses fêtes, voire avec un peu d’avance une bonne année, je n’avais lu que la première phrase, remerciements à tous les fans qui bla-bla-bla…pas la peine de continuer j’aurais pu écrire la suite, certes avec moins d’aisance parce que l’anglais j’aime bien mais ces gens-là ont de ces manières de s’exprimer parfois étonnantes, et puis la maison était pleine d’enfants… bref je suis passé à autre chose. C’est hier soir que j’y suis retourné, tout compte fait ces derniers mois j’avais été moins assidu, j’avais même laissé un évènement important, tant pis pour moi, mais à voir cette photo de Paige Anderson toute seule, je me suis douté de quelque chose, non ce n’était pas un mot anodin dicté par l’actualité, juste l’annonce d’une époque révolue…

    TWO RUNNER

             Two Runner se sépare. Two Runner continue. Mais autant reprendre l’histoire le début. Enfin pas tout-à-fait, depuis notre livraison 512 du 25 / 01 / 2021. Depuis un moment plus de nouvelle sur Paige Anderson. Disparue corps et bien. Me vint alors l’idée de retracer sa’’carrière’’, une famille typique américaine, version bluegrass, le père la mère, la grande sœur les deux puinées et un petit garçon, au début le marmot était sur scène avec le reste de la smala, ne jouait de rien, trop jeune pour tenir un instrument, les enfants ont grandi, les parents se sont peu à peu esquivés laissant les jeunes pousses jouer seuls. La personnalité de Paige s’est affirmée au cours des années… En 2014 les enfants ont sorti chez Folkway un album, Fox in June   sous le

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    nom de Paige Anderson and The Fearless  Kin, la fratrie s’est peu à peu disloquée, plus de nouvelle. J’en étais là à la fin de ma chronique, je retourne sur You Tube pour vérifier l’orthographe d’un titre et plouf, ceci est le bruit de ce qu’André Breton  qualifia de hasard objectif, je tombe une vidéo de Two Runner, dès la première image moi qui ne suis guère physionomiste, l’est vrai qu’il y a aussi sa voix et son banjo, je reconnais Paige Anderson. Un cri de colère et de renaissance. Elle a tourné la Paige…

             Two Runner est un duo formé de Paige Anderson (guitare, banjo, chant) et d’Emilie Rose et son fiddle démoniaquement rawmantique. Parti de rien, de concert  en concert, puis de festival en festival, elles se font connaître, les anciens fans des années d’enfance de Paige sont vite rejoints par de nouveau, KR’TNT les suivra de loin guettant les nouvelles vidéos et leur premier disque…

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             Durant le dernier mois d’octobre je ne jette qu’un coup d’œil hâtif sur leur FB. Funeste négligence. En novembre elles sont en Europe. En première partie d’Alela Diane, habituée des salles européennes, qu’elles rejoignent sur scène en tant qu’accompagnatrices. Le 10 novembre à Paris !  

    (Photos de JeanMichel Iacono)

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    Elles rentrent au plus vite pour assurer courant décembre quelques dates. Le dernier concert aura lieu dans la salle locale de Grass Valley où elles habitent, le 19 décembre 2025. Leur séparation a été annoncée le 15.

             Mais Two Runner continue sa route. Paige accompagnée par un groupe. Un disque est en préparation.

             La roue tourne, la vie continue, nous serons au rendez-vous.

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    Damie Chad.

     

     

    *

              Grande est mon ignorance, jusqu’à ce que je lise son nom j’ignorais jusqu’à l’existence d’Alela Diane. J’avais donc l’idée de me renseigner et de chroniquer un de ses albums.  Voire plus si affinité. Sans doute le ferais-je plus tard. Goethe nous a prévenus les affinités sont électives. Or lisant sa maigre fiche wikipedia, deux mots français me sautent aux yeux, Alela Diane a été accompagnée sur scène par la chanteuse Mariee Sioux. Encore une fois je ne connaissais pas, mais le mot sioux a déboulé avec la force de ces hommes rouges qui ont annihilé Custer et son régiment. Bref quelqu’un qui s’appelle Sioux mérite d’instinct mon respect.

                      Immediao je pars sur le sentier de la guerre. Donc je cherche et je trouve. Une incongruité orthographique, parfois elle s’appelle Mariee Sioux et parfois Mariee Siou. L’existence disparitionnelle de ce ‘’x’’ me paraît aussi complexe que l’inconnue (introuvable) des équations. Je recherche, je retrouve : Marie et Sioux sont ses deux prénoms. Or ayant effectué quelques recherches sur le nom de son peuple dont elle est partie originaire Mariee apprend que ce nom n’est pas celui de son peuple. Il provient du français. Nos ancêtres ont simplifié en le réduisant à une seule syllabe le mot ‘’sioux’’ : Nadoweissew, désormais moins fatigant à prononcer. Pourquoi ont-ils choisi ce mot ? Parce que Nadoweissew signifie ‘’petit serpent’’ Comme ces tribus n’étaient pas particulièrement enjouées de voir leurs territoires envahis, nos trappeurs nationaux ont trouvé adéquat de les nommer ‘’les serpents’’, animal perfide par excellence, même quand ils sont petits, vous en conviendrez. Bref Mariee a supprimé ce X final qu’elle a considéré comme une marque d’insulte. Nous l’appellerons désormais : Mariie Siu.

             Nous écouterons son troisième album sur lequel nous retrouvons certains morceaux enregistrés sur ses deux premiers opus réalisés à la do it yourself, avec moins de moyens.

    FACES ON THE ROCKS

    MARIEE SIOUX

    (Grass Roots Records Co / 2007)

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    La couve réserve une première surprise. Deux intervenants : Maria Pugnatti : peinture / Jeremiah Conte : insertions dessin. La face 1 du CD  proprement dite ne représente qu’une partie de l’œuvre, il est nécessaire d’en regarder l’intégralité pour mieux en apprécier la force. Que représente-telle ? Un paysage fantomatique peuplé de fantômes. Ceux des indiens d’autrefois. Les arbres présentent d’étranges formes torturées, l’herbe de la prairie est décolorée, les silhouettes des animaux et de la tribu ne sont plus que des ombres blanches. Notons que pour beaucoup de peuples la mort n’est pas symbolisée par la couleur noire mais par le blanc. Le tableau se lit toutefois comme la représentation d’une époque d’innocence et d’harmonie révolue à jamais. Mais il y a cet arbre posé tel un totem bénéfique au centre, déjà pourvu d’un poids de réalité bien plus dense que le rideau de tous les autres, leur alignement semble vouloir dresser une ultime barrière dérisoire,  mais l’arbre tutélaire en ses racines abrite et maintient la mémoire du peuple natif, la transmission, les signes imprescriptibles des mains rouges de sang et blanches de mort, elles n’annoncent peut-être pas le retour, mais la présence indélébile de ce qui persiste, dans les veines vivantes des survivants,  dans les frondaisons bruissantes du dire de la poésie. Dans le coin à gauche la figure de Mariee Siou, elle n’est pas là pour se faire voir, mais en tant que gardienne des dires sacrés destinés à assurer la survie de ceux qui ont disparu et qui resteront, tant que le flot des paroles inspirées ne sera jamais interrompu.

    Le titre de l’album veut-il nous signifier que l’homme rouge est encore présent, que son sang innerve jusqu’aux rochers du paysage américain, ou comme pour nous, génération de rockers subversifs, qui pensons à la couverture de In Rock de Deep Purple, adresse-t-il un pied de nez à la célèbre sculpture géante des quatre présidents sur le Mount Rushmore.

    Maggie McKay : accordéon / Luke Janela : violoncelle / Jonathan Hiscke : basse / Gary Sobonya : mandoline / Gentle Thunder : bufallo drum, flûte indienne, cymbale, bâton de pluie, tambour basse / Mariee Siou : lyrics, guitare, chant.

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     Wizzard Flurry home : une belle mélodie, une belle voix, une douce ballade toute douce et en même temps virevoltante, des flocons de neige que l’on invite à rentrer danser dans la maison, elle chante si bien que parfois c’est comme si elle racontait une histoire, on imagine qu’elle parle, l’on pense à une enfant couchée auprès de sa mère dans un lit douillet, cette flûte qui  vrille si peu, cette voix si pure, et brutalement tout change, qui parle, la neige ou la chanteuse, l’on ne sait plus, tout a changé, est-ce une espèce de prière pour que cet instant de grâce dure toujours, l’on pense au Lac de Lamartine, l’on n’en n’est pas si loin, d’ailleurs il apparaît, ne serait-ce pas une espèce de méditation non pas pour que le présent dure éternellement mais pour que la grâce se transforme en glace et fige pour toujours la danse des danseurs qui dansèrent autrefois auprès du lac, la voix se tait, un instant magique qui a aboli le temps et fusionné les temporalités. Nous voici transportés sur l’autre rive du lac. Burried in teeth : vous avez la flûte, vous avez la guitare, vous avez Gentle Thunder qui tapote gentiment, puis Mariee Siou qui chante si bellement, un souvenir d’enfance, que tous connaissent, en France ce sera la première gorgée de café au lait qui passe sous les dents, des souvenirs s’éveillent en doux, Mariee vous entraine en de doux rêves oubliés, vous ne prêtez pas attention aux paroles, vous êtes si bien en vous-même, vous avez raison, car c’est une terrible chanson que nous conte Siou, celle de la vie intimement mêlée à la mort, car tout ce que vous dévorez n’est que de la mort, la chair des animaux, les baies des buissons, depuis des siècles les loups de la mort fantomatiques hantent les prairies, et nous-mêmes connaîtrons le même sort, nous serons dévorés à notre tour, nous serons comme tout ce qui a été vivant,   nous aurons ce regard venu du plus profond, englouti au fond du monde, qui alimente  nos yeux et qui peut-être est déjà en train de nous dévorer. Une véritable réflexion poétique sur la nature qui n’est pas considérée comme une bonne mère protectrice, un doux paysage fleuri, une naïve vision écologique, mais comme un effroyable processus destructif dont nous sommes autant les victimes que les acteurs. Nous sommes très loin de la vision idyllique des peuples indiens chère aux années soixante-dix, pas besoin de retour, le wild est déjà là, plus sauvage que nous le

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    pensons, nous mangeons les morts et les morts nous mangent.  Friendboats : avis aux lecteurs français ce morceau n’a rien à voir avec Les copains d’abord de Brassens.  Idem pour ceux qui se croiraient partis pour une joyeuse excursion en bateau  avec des amis. Ils sont déjà partis. Comment la voix de Mariee peut-elle atteindre une telle douceur, une telle pureté, comment peut-elle chantonner si légèrement, les barques funèbres dodelinent gentiment sur cette guitare obsédante qui les entraîne vers l’autre rive, beaucoup plus rapidement qu’il n’y paraît, il est question d’eau de mort et de feu destructif et libérateur, est-ce pour s’unir avec le peuple des amis disparus ou se retrouver broyé dans le renouvellement, le recyclage de la nature. Le morceau précédent répond à cette question. Wild eyes : un long morceau de plus de neuf minutes, une épopée sans héros, la vie simple de tous les jours, Papa et Maman, les remembrances de l’enfance, les doux trémolos de la flûte qui prend la parole pour raconter ce que l’émotion empêche de dire… Pas de nostalgie, il y a ces yeux sauvages, ceux des êtres chairs et chers, ceux de Mariie au regard de poëte qui voient plus loin que nous, qui possédons pourtant les mêmes yeux sauvages, la fin du poème est aussi forte que les vers les plus hallucinés de Victor Hugo dans Les Contemplations. Les yeux sauvages sont ceux qui regardent la mort. Et le feu destructeur qui nous ronge et nous consume. A tout instant. Le plus terrible dans cette ballade qui court sans fin, c’est que vous n’y trouverez aucun grain de nostalgie. Bravitzlana Rubakalva : Mariee  Siou n’est plus une voyante, elle a sorti sa plus mignonnette voix de petite fille, pour nous conter un véritable conte de fées. Attention, elle s’arrête pour mieux reprendre pas tout à fait de la même manière, une espèce d’imploration, car il n’y a pas de fées dans ce conte, d’ailleurs ce n’est pas un conte, un rêve, le rêve d’un pays de bonheur, de sérénité, il ressemble tant aux villages de toile perdus des nations indiennes, avant l’arrivée des blancs, avec l’immortalité en plus, mais sans doute notre interprétation fait-elle fausse piste, ce pays perdu ne ressemble-t-il pas à un village éternel sur l’autre rive de la mort, dans la vie rien n’est simple, car si la mort existe c’est parce qu’elle est déjà en nous, d’où cette soudaine supplication que nous pourrions la chasser de nos veines, de nos territoires charnels d’êtres vivants, ainsi, sans doute serions-nous immortels. Two

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    tongues : ce morceau est comme la suite du précédent ; une guitare grave et une  flûte branlante, la voix de Mariee envahie d’une fragilité extrême, parfois le passé revient plus fort que d’habitude, les fantômes des bisons semblent vouloir forcer les portes du réel, les gens à la langue bifide sont venus et ont tué les enfants, au temps des arrières-arrières-arrières grands-parents, la voix de Mariie se charge de tremblements et de colère, elle entre en communion avec son peuple, il est là tout près, dans les herbes, les visages transparaissent dans les rochers, il suffit de sauver une mère et un enfant, les couvrir d’une couverture filée avec les cheveux des morts, la voix de Mariie s’anime, elle devient tempête, à l’impossible chacun est tenu, elle est la bougie qui brille dans l’orbite d’un bison, l’ourse qui veille ses oursons morts. Le texte est d’une magnificence absolue. Bundles : ce morceau est de pure poésie, une avalanche, une tornade, un souffle d’une beauté imparable, des mots simples pour dire, pour essayer de mettre à jour l’étroite différence, cet interstice clos qui sépare et unit la vie et la mort, cette fine brisure dans la chair qu’il suffirait d’ouvrir pour que la mort s’enfuie, pour que tout ce qui est mort renaisse, une prophétie teintée de folie et de profonde sagesse, un tourbillon qui nous emmène au plus près des mystères de la seule frontière qui nous sépare de nous-même. Un Bob Dylan n’a jamais atteint à une telle incandescence. Le texte culmine en une dimension rarement frôlée par les plus grands, je pense à certains poèmes de Keats. Flowers and blood : le dernier morceau psalmodié selon un mode  davantage vital, elle a une  de ces façons d’appuyer sur le pronom ‘’I’’ qui commence ses phrases, moment d’exultation et de joie, tous les possibles sont ouverts, elle a trouvé ‘’ son jumeau’’, ouverture d’un nouveau cycle, comme par hasard revient le thème de la manducation du premier morceau, vous avez les fleurs, nouvelles certes, qui embaument un des moments du présent,  mais vous avez aussi, l’autre jumeau, le sang qui sourd dans les veines de la chair et du monde. Et de la mort. Le jumeau fantôme de soi-même.

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             Je croyais avoir trouvé un album et une chanteuse.

             Je suis trompé, j’ai découvert un poëte à part entière et un chef- d’œuvre.

    Damie Chad.

     

    *

    REFLEXIONS SUR LE META-METAL (1)

    1 / Introduction

     A l’origine le metal est une surenchère sonore, cinétique, visuelle. Plus vite, plus fort et côté scène davantage tape l’œil. Les petites historiettes humaines, amours, vengeances, serial killers ont commencé très vite à faire piètre figure devant les boursouflures sonores. L’apocalypse phonique a exigé des personnages un peu plus redoutables, ont été enrôlés toute une armée de démons, bientôt emmenés par Satan lui-même, et comme l’on ne doit pas mégoter sur le casting quelques anges ont été recyclés dans les scénarios, pour finir Dieu en personne a été embauché. N’est-il pas l’ennemi personnel du Diable, de surcroît premier responsable de notre triste vie.

    Cela n’a pas suffi. Les Dieux de l’Olympe et ceux des légendes nordiques – Wagner n’est-il pas le premier metalleux du monde – ont été convoqués, passons sur les héros tout heureux d’effectuer quelques exploits supplémentaires. Difficile de faire mieux : non, il reste encore quelques puissances élémentales, terre-eau-air-feu. Des concepts difficiles à manier. La solution la plus facile souvent adoptée a été de les représenter par leurs divinités effigiques : exemple : Zeus pour la puissance destructive du feu, Poseidon pour la mer maléfique… et vogue la galère, tant que les Dieux sont à leur place, tout est pour le mieux dans le meilleur du monde metal.

    Oui, mais il existe aussi un méta-metal, méta au sens aristotélicien du terme, certains groupes ont décidé de traiter non d’un seul des quatre éléments primordiaux, mais de l’ensemble du cycle perpétuel terre-eau-air-feu, que l’on peut résumer par le concept d’ouroboros, davantage connu sous la dénomination nietzschéenne d’Eternel Retour.

    Ce faisant le metal entre dans une méditation philosophique et métaphysique évidente. Penson à ces groupes comme Thumos qui n’hésitent pas à aborder des dialogues de Platon… Le lecteur attentif n’aura pas manqué de remarquer notre allusion à Aristote. Or cet empêcheur de penser en rond d’Aristote n’a-t-il pas eu l’outrecuidance d’ajouter, sans le dire expressément, un cinquième élément à la liste des quatre premiers précités. L’Ether ! nous notons qu’il ne se lance pas dans une description très exhaustive de ce nouveau venu se contentant de le qualifier comme un feu encore plus subtil que le feu.

    Le problème n’est pas de savoir ce qu’est au juste l’Ether, mais pourquoi Aristote a-t-il éprouvé la nécessité de ce cinquième élément. Peut-être cette question ne vous réveille-t-elle pas la nuit. Elle est pourtant au cœur de la réflexion scientifique contemporaine. Pourquoi pensez-vous qu’Einstein se soit vu obligé de penser la lumière pourvue d’une double nature constituée d’une onde et en même temps comme une succession de petites particules corpusculaires, les photons. 

    2 / Nécessité aristotélicienne de concept d’Ether

              Aristote part du principe que tout est mouvement. Quand vous ne bougez pas, votre corps n’en continue pas moins de vieillir. Or tout mouvement est mis en mouvement par un autre mouvement. Or si tout est mouvement rien n’est mouvement. D’où pour Aristote cette idée d’un premier moteur immobile, dont l’immobilité est la condition sine qua non du mouvement. Raisonnement imparable qui consiste à dire que si mouvement il y a, obligatoirement vous trouverez par le simple fait de son existence mouvementée qu’il a été suscité par une immobilité première.

             Une logique infaillible. Or le cycle élémental terre-eau-air-feu de par le fait de son retour éternel est donc un mouvement qui n’a nul besoin d’une immobilité première pour démarrer puisqu’il est éternel. D’où la nécessité de rajouter un cinquième élément qui soit la cause immobile de ce départ. Ce qui conduit au cycle : éther-terre-eau-air-feu. Lorsque le cercle se termine, l’éther succède une nouvelle fois au feu. Donc voici un cycle qui connaît un nouveau départ immobile. Or un cycle éternel qui s’arrête n’est plus éternel… D’où la nécessité d’entrevoir l’Ether comme la condition éternelle du cycle terre-eau-air-feu c’est-à-dire comme un élément éternel constitutif de la facticité du cycle terre-eau-air-feu. En d’autres termes l’Ether est l’élément immobile dans lequel le cycle élémental se soumet à son propre mouvement. Or qu’avons-nous si ce n’est ce que nous dit Einstein. Le cycle aristotélicien est en même temps : mise en mouvement de quatre corpuscules élémentaires terre, eau, air, feu et une espèce d’enveloppe immobile dans lequel les quatre éléments se livrent à une course folle.

             Plus simplement : les choses se meuvent dans le vide. Pour Einstein ce vide est parcouru par la lumière. Pour Aristote ce vide est un élément à part entière qu’il nomme éther.

    3 / De la notion d’Ether

             Avec la lumière qui  est en même temps onde et corpuscules Einstein s’est débarrassé de la notion d’Ether qui l’empêchait de trouver un agent unificateur nécessaire à sa théorie. Or pour que les calculs d’Einstein entrent en conformité avec les nouvelles observations et les expériences actuelles de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, les physiciens d’aujourd’hui sont obligés de poser l’hypothétique présence d’une matière noire et même d’une énergie noire qui échappent à toute observation. Certains y voient le cinquième élément aristotélicien : l’Ether.

             Les réflexions sur l’Ether ont suscité au cours des siècles de nombreuses théories. L’Ether ne serait-il pas une antique et maladroite dénomination de ce que Newton a nommé la gravité.  L’étude de la gravité est au départ de la théorie de la relativité… 

    Certains considèrent l’Ether comme un fluide ou une onde dont l’existence permettrait de se déplacer au-travers de tout l’univers.

    L’Ether considéré ainsi s’est vu renommé Astral. Comme nous sommes nous-mêmes traversés par l’Astral, si nous parvenons à nous brancher à l’Astral nous pourrons voyager dans tout l’univers…

    Evidemment certains groupes metal se sont lancés dans l’exploration de l’Astral… Une espèce de cinquième dimension…

    En voici un exemple.

    CURSEBOUND

    ASTRAL RUINS

    (Bandcamp/ Janvier 2026)

    Le groupe semble chercher l’anonymat. La seule chose que nous connaissons d’eux : viennent de Vienne. En Autriche. Rien d’autre. Même pas le nom de ses membres. La couve n’est guère parlante. Elle est même difficile à interpréter. Que sont ces traits verticaux qui tombent d’on ne sait où, qui semblent se diriger tout droit vers une présente fantomatique toute blanche, discerne-ton vraiment une espèce d’immense monument juché au-dessus d’une espèce de pic rocheux… si par souci d’une plus grande identification vos yeux s’attardent trop longtemps vous aurez l’impression de découvrir les silhouettes de quelques personnages indistincts, de fortes chances pour que ce ne soit qu’un phénomène facétieux de votre cerveau trop imaginatif.

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    Cursebound : l’effet d’une chute dans le noir, une batterie qui broie du noir, des guitares qui chantent, et une voix aussi difficile à déchiffrer qu’une inscription hiéroglyphique, ce qui est sûr c’est que vous êtes emporté par ce flot inconnu que rien ne semble pouvoir arrêter, rupture rythmique et accentuation phonique le hachis battérial se transforme en roulements démentiels, l’idée d’une pluie monstrueuse se transforme en  cascades moussante lorsqu’elles dégringolent le long d’abruptes déclivités de toitures mansardées… quand le morceau s’arrête vous n’avez rien compris à cette course vagabonde d’une malédiction immémoriale qui tombe drue sur vous. The heavenly kingdom in flames ! : premier constat, ce ne sont pas des morceaux séparés, plutôt une espèce d’oratorio diluvien emportant tout sur son passage, le vocal s’humanise, l’effet de la souffrance, nous avions traversé des nappes d’eau, le titre nous détrompe, nous voici dans un océan de flammes, pourquoi tant de cruauté, nulle part il n’est écrit que le paradis perdu a été détruit par les flammes, où sommes-nous donc… Keys to astral dimensions : grondement de basse comme pluie de cendre s’abattant mollement recouvrant d’un silence mystérieux ce qui déjà n’est plus qu’un souvenir, qu’un fantôme engoncé dans un suaire gris. Nous étions donc ailleurs, quelque part en un royaume appartenant au domaine interdit de la sphère astrale. Mysteries of the Aether : changement d’état, vitesse effroyable, nous nous éloignons à toute vitesse, le vocal vitupère comme si le pilote nous entraînait dans une zone de vaste turbulence, la vitesse n’est pas due à une longue distance,  au contraire nous n’allons pas bien loin, tout près, au cœur de la chose astrale en sa dimension essentielle et absolue, est-ce pour cela que les guitares déraillent et que dévalons une pente vertigineuse qui nous mène au noyau de la chose elle-même, batterie turbo, aurions-nous déjà connu une sensation semblable insupportable et ravissante, une espèce d’acmé temporelle qui maintenant nous tient en suspend dans une matière d’une densité extraordinaire. Blood offer : sifflements comme un cimeterre d’archange qui nous lacérerait le cœur, quel est donc le sens de notre sang donné en offrande, serait-ce une étrange transsubstantiation qui nous permettrait d’atteindre l’inatteignable, vocal totalement indistinct comme passant par un voicoder  cosmique pour venir ricocher sur notre cœur, tout s’éloigne jusqu’au son qui commence à devenir humain puisqu’il permet à nos pensées d’accéder à une célérité insensée, nous ne comprenons rien mais nous savons tout, nous sommes notre propre mystère puisque notre sacrifice nous a ouvert des zones de pensée totalement différentes, d’une nature qui nous était jusqu’à lors inconnue.  Cast in aethereal silence : glissade insensées, nous atteignons une vitesse inimaginable, allons-nous plus vite que la lumière ou alors ne serait-ce pas plutôt que nous pulvérisons notre propre cécité, folie démentielle, nous ne savons plus, nous ne savons plus rien, nous sommes désormais tissé d’une autre matière, nous n’appartenons plus à notre ancienne implantation sensorielle, ce n’est pas ce monde qui va trop vite c’est notre pensée qui va plus vite que lui, d’ailleurs le rythme rétrograde, preuve que nous avons atteint un état de conscience supérieur, serions-nous devenus des Dieux nous mouvant sur le théâtre d’un monde déserté empli de l’insistante rumeur de notre seule présence, serions-nous devenus pour nous-mêmes des monstres. The ruins below : en bas tout en bas, là où notre regard plonge tel un aigle qui fond sur sa proie, nous arpentons en piqué les voûtes stellaires nécessaires à l’épanouissement de notre grandeur. Nous ne tombons point nous sommes en suspension en nous-mêmes, nous volons en nous-mêmes, comme les condors qui ne remuent pas une plume et qui se laissent porter par le vent, ainsi naviguons-nous au pinacle de l’altitude vertigineuse jamais atteinte par ceux dont les cadavres gisent tout en bas sous les pierres géantes des palais écroulés de ce royaume que nous nous avons abandonné, pour monter  encore plus haut dans les particules éthéréennes que chacun transporte en lui… le bruit s’estompe, jusqu’au silence qui enfin se tait…

             Splendide. Un objet de rêverie intégral. Un phénoménal tremplin vers le rêve de soi-même. Ouvert à tous. Que la plupart s’interdiront. Du haut de leur suffisance située à la même altitude que leur insuffisance.

             Un fait révélateur, peu de mots sont associés à ce groupe : ambient, black metal, underground. Ce dernier mot me fait rire : underground alors que c’est aussi épuré et puissant qu’une fugue de Bach !

             Goin’ Bach metal home !

             Evidemment !

     REFLEXIONS SUR LE META-METAL (2)

    4 / Du kaos

    J’aime bien aller jusqu’au fond des choses. Cela se prête à nos élucubrations. Lorsque l’on parle d’une chose il est bon de parler de son origine. Notons que l’origine d’une chose ne fait pas partie de la chose. Pas besoin de se prendre la tête, l’origine de tout concept mythologique est identique à toutes les différentes conceptualisations dont elle est tissée. Toutefois chacune d’elles en est plus ou moins éloignée. C’est comme pour les hommes, vous avez la descendance directe et les nombreuses filiations entrecroisées qui en découlent…

    Traduire Kaos par désordre (voire par amas de rochers plus ou moins bien empilés) n’est qu’une traduction de deuxième ordre. Les termes de notre langue qui correspondraient les mieux seraient : vide ou fente. Une fente d’où jailliraient une terrible énergie qui perdrait peu à peu se force et prendrait petit à petit la concrète forme des Eléments et des Dieux. Cette énergie aux moments de sa plus grande puissance est symbolisée par la couleur noire. N’oubliez pas que nous parlons de Black Metal, ainsi Kaos engendre l’Erèbe (le noir le plus noir) et Nyx (la nuit) qui vont donner naissance à l’Ether. Notons que Terre-eau-air-feu ne sont pas encore né. L’Ether serait la partie la plus subtile du feu, située au haut de la voûte céleste. Symboliquement lui est attribué la couleur blanche. Qui équivaut à la transparence du jour, autrement dit la lumière. Faite le rapport avec Einstein et ses réflexions basées sur la lumière.

    Si nous évoquons le kaos en lui donnant la signification de vide, reste à comprendre pourquoi ce vide engendrerait la ribambelle de Dieux qui naissent ainsi du néant. Certains objecteront que par rapport au néant le vide est encore quelque chose. Que le vide serait en quelque sorte l’enveloppe du néant. Donc que le néant ne serait pas absolu. C’est encore Aristote qui nous aide à comprendre cette contradiction, que le vide ne serait pas autre chose que son fameux moteur immobile qui par son immobilité engendrerait le mouvement.

    Subtile cohésion de la pensée aristotélicienne ! Pensée de la logique conceptuelle. Nous avons longuement expliqué dans notre première partie comment pour penser la totalité du monde sous forme des quatre éléments : terre-eau-air-feu Aristote s’est vu obligé de théoriser l’existence d’un cinquième élément différent des autres puisque étant comme le contenant de leur propre énergie.

    5 / Origine de l’origine

             Nous avons cité Aristote et Platon. L’un et l’autre tout autant redoutables. Ne partent pas de rien, ne tirent leur pensée ni de leur chapeau ni de leur vaste intelligence. S’appuient sur tous deux, sur toute une réflexion conduite par plusieurs penseurs, sophistes et théoriciens qui les ont précédés. Dont les textes ont été perdus ou brûlés par nos doucereux frères très chrétiens.

             La deuxième provenance de leurs connaissances remonte à la mythologie. Qui fut jusqu’à sa proscription non pas un dogme intangible mais une véritable œuvre en progrès sans cesse remodelée et réinterprétée et pas du tout unifiée au cours des générations. Celle-ci est à considérer non comme une religion mais comme une œuvre de conceptualisation incessante, se servant de symboles grossiers accessibles à toutes les intelligences. Mythologie et Philosophie se sont mutuellement influencées et soutenues. L’esprit grec est un savant mélange entre les plus hautes conceptualisations et les représentations au plus près de la concrétude des choses.

    6 / Chronique du Metal

             Souvent l’homme agit en utilisant des objets, des idées, qui sont à sa portée, dans ses possibilités d’usage pour les premiers, plus ou moins en désordre dans son cerveau. Dans son Sophiste Platon nous explique cela. En plus il rajoute la manière dont ces deux matériaux de base, matière et pensée se coordonnent sans que nous en ayons conscience. La plupart du temps nous effectuons le but que nous nous sommes proposé sans nous poser quelque question quant à l’origine de ce que nous sommes en train de faire,  même notre tâche achevée nous ne nous posons point davantage de questions quant à sa ou ses lointaines provenances.

             Rendre compte d’une œuvre nous parlons ici explicitement de peintures (photos, images, tableaux) et d’enregistrements (concerts ou tous vecteurs utilisés) nécessite de décrire ce que l’on voit, ce que l’on entend.  Nous y ajoutons notre grain de sel, ce que nous comprenons, ce qui pour beaucoup correspond à leurs goûts et à leurs dégoûts. Les enfants disent j’aime ou j’aime pas. Souvent les grands utilisent la même échelle de valeurs qui dans la plupart des cas, quand on y pense un tantinet, n’a d’intérêt que pour celui qui l’énonce.

              Tout acte de création repose sur un entrelacs de données et de motivations dont nous sommes plus ou moins conscients. Le chroniqueur se doit selon nous, au-delà de toute description, faire saillir les filaments conceptuels, culturels et historiaux qui le rattachent à une réalité bien plus vaste que lui, pratiquement invisible, dont il est en parti issu même s’il en paraît totalement détaché, car la volition d’une chose ne dépend pas de la chose elle-même.

    Damie Chad.