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  • CHRONIQUES DE POURPRE 712 : KR'TNT ! 712 : JON SPENCER / NEAL FRANCIS / RAMONES / JUNIOR PARKER / NICK WHEELDON / AGNOSTIC FRONT / 1914 / CRISTINA VANE

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 712

    A ROCKLIT PRODUCTION

    FB : KR’TNT KR’TNT

    27 / 11 / 2025

     

     

    JON SPENCER / NEAL FRANCIS 

    RAMONES / JUNIOR PARKER

    NICK WHEELDON / AGNOSTIC FRONT   

    1914 / CRISTINA VANE

     

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 712

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http://kr’tnt.hautetfort.com/

     

     

    Wizards & True Stars

    - Spencer moi un verre, Jon !

    (Part Five)

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             Tu l’as vu il y a six mois, mais t’y retournes. Jon Spencer jouerait tous les jours, et t’y retournerais, pas de problème. C’est lui ton manège-à-moi-c’est-toi, c’est lui ton directeur de conscience, c’est lui ton king of rock’n’roll, c’est lui ton sauteur en ciseau préféré, ton Zebra raunch, ton love-it-to-death, ton dark-eyed handsome boy, ta superstar préférée, ton dégoulineur de sueur numéro un, ton Euripide d’éruptions, ton injecteur d’interjections, ton catalyseur de cat-walk, ton cloueur de bec, ton riveur de raves, to screamer de scream parfait, bien serré dans un costard qu’il ne va pas surtout pas déboutonner. Jon Spencer est élégant, même s’il n’est pas anglais. C’est sans doute son seul défaut. On a déjà dit ici qu’hormis Francis Scott Fitzgerald, les dandies américains n’existaient pas, mais avec ses mocassins blancs,

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    Jon Spencer pourrait faire exception à la règle. Il est certain que Des Esseintes lui aurait trouvé du charme frelaté, et Proust lui aurait conseillé l’œillet à la boutonnière. Et le voilà de nouveau sur scène, le Spence, le Skunk boy, à quatre pattes pour gaffer au sol sa planchette minimaliste dont on a dit en juin dernier qu’elle constituait le plus beau pied à nez à tous ces pseudo-pseudahs qui installent des plaques bardées de dizaines de pédales d’effets. Jon Spencer est depuis 40 ans le roi de minimalisme trash, c’est-à-dire le skunk. On le savait déjà en 1987 lorsqu’on écoutait «Pig Sweat» sur le Right Now de Pussy Galore, tout frais pêché dans un bac garage du killer Keller Born Bad, un «Pig Sweat» qu’on retrouve sur l’hallucinant Live In The Red. Eh oui amigo, c’est pas dans ta fucking amazonie de smartphone que t’auras ça. En matière de rock, il faut toujours commencer par le

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    commencement. Si tu prends le train en marche avec un fucking smartphone et son son de casserole, t’as tout faux. Et tu ne pigeras jamais rien. D’ailleurs le Spence exècre les fucking smartphones, et pire encore, les fucking selfish. Il en a une sainte horreur. Le rock, ça commence avec Rigth Now et c’est catapulté dans l’avenir avec le Skunk qu’il skonke sur scène, car c’est bien de cela dont il s’agit : si t’as besoin de skunk pour skonker dans le sky, alors ton dealer c’est Jon Spencer. Tu scores du Skunk en direct, t’as ton score et ça te scratche le skull, c’est lui, le Spence, le sking, le sky, le scrack boom, le screw d’outer space, le wild scat, la stiring flaming star, l’estoile des neiges, il te scroutche l’oss de l’ass à sec, et t’en veux encore, alors tu prends le sTwo sKindsa Love en pleine spoire, t’as le sCome Along qui scum along,

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    qui te scrame tout, les spoils et les spams, les spasmes et les spurrs, et voilà qu’arrive l’inévitable «Bellbottoms», le spring du prêche, le spow-how de la dernière heure où le Spence chante les louanges de Little Richard et où il rassemble les brebis égarées, il pardonne même aux fucking smartphones qui n’en finissent plus de filmer pour des prunes, pour des pages de fesse, pour rien, dans le chaos du néant numérique. Rien que d’y penser, t’as le vertige. Des milliards de vidéos qui ne serviront à rien. Le summum du néant. L’art rock et le néant numérique ne communiquent pas. Pourquoi ? Parce que le néant numérique remonte à rien et l’art rock remonte à Dionysos. Près du passé luisant, demain est incolore.   

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    Signé : Cazengler, Spencer les fesses

    Jon Spencer. Le 106. Rouen (76). 12 novembre 2025

     

     

    L’avenir du rock

    - Neat Neat Neat Neal

    (Part Two)

             Depuis combien d’années erre-t-il dans le désert ? L’avenir du rock pose la question, et comme personne ne lui répond, il fait la réponse : «Dieu seul le sait.» Et il ajoute d’un ton léger dont il est le premier surpris : «Ce qui me fait une belle jambe !». Il n’a pas d’autre choix que de continuer à marcher en philosophant. «Dans la vie, il faut avancer, sinon on recule.» C’est le genre de remarque qu’il faisait au début. Il a laissé tomber ces coquetteries intellectuelles. «Nous n’en sommes plus là...», conclut-il d’une voix sourde dont l’écho se fond dans l’air brûlant. Pour se distraire, il a encore les erreurs. Tiens en voilà un ! L’homme avance, vêtu de lambeaux. Un javelot est resté planté à travers ses deux joues : le manche d’environ un mètre entre par la joue droite et un autre mètre avec sa pointe sanguinolante ressort par la joue gauche. L’avenir du rock le reconnaît :

             — Zêtes bien Richard Francis Burton ?

             — Rrrrraaaachaaaaviiiiiiiii !

             — Vous pourriez pas articuler ? J’ai rien pigé !

             — Nnnnnnnnooooiiiiisiiiii !

             — Zen faites exprès pour m’énerver ou quoi ? Vous voyez bien que ce n’est pas le moment de m’énerver !

             — Zeeeecrrrrchehheeleeechourcheduuuuuniiiiiiiii !

             — Chourche du qui ?

             — Rrrrrchehheeleeechourcheduuuuuniiiiiiiii !

             — Ah oui, ça me revient ! Vous cherchiez les sources du Nil, il y a quelques années, avec vot’ pot’ Speke, et je vous avais conseillé de plutôt chercher les sources du Neal. Vous ne m’avez pas écouté et voilà le résultat ! C’est bien fait pour votre gueule ! La prochaine fois, vous suivrez mes conseils !

     

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             Normalement, Neal Francis est l’une des nouvelles superstars américaines, avec The Lemon Twigs et Brent Rademaker. En 2023 paraissait un double live, Francis Comes Alive. C’est bardé  de cool breeze de groove. T’as là-dedans le vrai son du r’n’b américain. Neat Neat Neat Neal groove bien son monde, il a tous les cuivres qu’il veut derrière lui. Sur la pochette, il a des faux airs du Jagger de Sympathy.

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    Mais globalement, ça sonne un peu Average White Band. Un peu trop pépère. Un peu trop établi. Pas de prise de risque. Neat Neat Neat Neal n’est pas James Chance. Il n’apporte pas d’eau neuve au moulin. En B, il vire plus poppy avec l’excellent «Alameda Apartments». Ça prend de l’ampleur. Encore de la belle pop de Soul classique avec «Promotheus». Il propose une pop véritablement pure. Et son «This Time» est un groove de Soul d’une rare élégance. On se régale en C de «Don’t Want You To Know» monté sur l’heavy riff d’une basse à contretemps. Il ramène le Ouh des Tempts dans «Very Fine Pts 1 & 2». Quel cake ! Il revient à un son plus poppy avec «Sentimental Garbage» en D. Poppy c’est sûr, mais dignement cuivré. Pas loin de Steely Dan - Thank you Chicago. We love you much, our hometown - Il termine ce solide double live avec «BNYLV», un heavy groove bardé de solos de sax, ça couine dans la couenne du lard fumant, ils sont dans la black jusqu’au cou et tu les salues bien bas. 

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             Return To Zero vient de paraître, alors t’es bien content. Sergio Rios produit l’album et les Say She She font les chœurs. Ça démarre en mode funk de Soul, c’est très collet monté, très dancing beat, peut-être un peu trop à la mode. «Don’t Want» te renverrait presque aux jours heureux.  Il faut attendre «What’s Left Of Me» pour arquer un sourcil, car voilà une fast pop qui respire bien et qui sent bon le gros niveau. Il enchaîne avec au «150 More Times» aussi prometteur et ça finit en apothéose comme les grands cuts de Let It Bleed, et là mon gars, tu cries au loup. On reste dans le très haut de gamme avec cette heavy pop de Soul qu’est «Dance Through Life». Tout est axé sur la qualité, ici. Il se maintient dans une heavy pop de classe extravagante avec «Dirty Little Secret». Neat Neat Neat Neal est un personnage fascinant, il dépose sur la pop un voile de mystère. Et ça continue avec «Already Gone», une pop d’entertaining assez ambitieuse. Il monte bien sur ses grands chevaux, épaulé par les chœurs magiques de Say She She. Cette pop t’enflamme les glandes.

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             Et donc tu t’attends à monts et merveilles lorsqu’il arrive sur la petite scène de la Bellevilloise. Pas de chance, il reste coincé derrière ses claviers. Tu t’attendais à une espèce de grand show dansant, et c’est au contraire très statique. Neat Neat Neat Neal pianote et chante, avec des sacrées allures de superstar qui ne la ramène pas. Il fera juste un petit tour sur le devant de la scène, et regagnera sa planque derrière ses claviers. Les claviers sont un tue-l’amour, sur scène, surtout pour un leader. Le seul qui échappe à ce destin, c’est bien sûr Jerry Lee. Neat Neat Neat Neal ne tape pas tous les gros hits de son dernier album, dommage. On retrouve l’ambitieux «Already Gone», suivi de la fast pop de «What’s Left Of Me», mais pour le reste, il tape dans des albums plus anciens, notamment In Plain Sight. D’ailleurs il boucle son set avec le puissant groove de «BNYLV». C’est ce qu’on appelle un groove à rallonges. Neat Neat Neat Neal fait partie des artistes complets, il sait poser sa voix, composer et faire le show. Il dispose en plus d’un atout majeur : le look. Et d’un autre atout majeur : il est superbement bien accompagné. T’as Jo-la-powerhouse derrière les fûts et tu vois rarement des batteurs de ce niveau.  Jo-la-powerhouse sait tout jouer, surtout l’heavy funk. Il fait la locomotive. Sans lui, tout s’écroule et tu t’endors.

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             La salle n’est pas pleine, loin de là. Neat Neat Neat Neal n’est pas encore très connu en France. Pourtant il a déjà enregistré quatre albums que les critiques anglais ont salué bien bas. Toujours ce décalage.

    Signé : Cazengler, Nul Francis

    Neal Francis. La Bellevilloise. Paris XXe. 13 novembre 2025

    Neal Francis. Francis Comes Alive. ATO Records 2023

    Neal Francis. Return To Zero. ATO records 2025

     

     

    Wizards & True Stars

    - Les Ramones la ramènent

    (Part Three)

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             Tu croyais que les Ramones étaient quatre ? Non, ils sont cinq. Le road-manager-homme à tout faire Monte A Melnick est le cinquième Ramone. Si t’es fan des Ramones, alors tu devrais avoir lu l’oral history de Monte, On The Road With The Ramones. C’est l’un des books les plus rock’n’roll de tous les temps, si on considère que Vie Des Douze Césars de Suetone est aussi un book rock’n’roll.

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             Situé quelque part entre le format classique A5 et le grand format, ce book de 300 pages tient remarquablement bien en main. C’est presque un livre d’art rock, car Monte l’illustre abondamment, et le graphiste s’est lancé dans une admirable cabale de colonnages, passant du 2 col au 3 col au petit bonheur la chance, ce qui donne une belle dynamique à l’ensemble. T’as des pages qui accélèrent et d’autres qui ralentissent. Le fait qu’il ait opté pour un Helvetica condensed aggrave encore les choses : tu ne lis pas, t’avales. Tu deviens liseron, comme dirait Queneau.

             Monte et Frank Meyer ont habilement agencé les témoignages pour construire un récit fluide, dans le style du fameux Please Kill Me de Legs McNeil. Tous les acteurs de la saga témoignent. De tous, Monte est le plus passionnant.

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             Ce book complémente admirablement ceux de Dee Dee et de Johnny. Monte apporte un regard différent sur l’histoire agitée du groupe, mais le génie des Ramones n’en est que plus évident. 1, 2, 3, 4 ! Dès l’intro, ça résume sec - Leather jackets, torn jeans, dirty T-shirts, guitar down the knees, three chords and a wall of beautiful noise. Punk pionniers and Rock ‘n’ Roll Hall Famers. The Ramones were une undeniable force and at the peak of their powers, arguably the greatest band on the planet. They took pop sheen, doo-wop vocals, surf beats and ‘60s garage rock power and combined it to create a sound like no other - Oui, les Ramones ont inventé le punk et l’on incarné. Ça a duré 20 ans, et nous dit Monte, 2 263 shows - Like every other things they did, they rocked hard and fast, and they left.  

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             Joey rappelle que Dee Dee se faisait appeler Dee Dee Ramone bien avant que le groupe n’existe. Tommy raconte comment il s’est installé derrière la batterie pour dépanner ses copains qui ne trouvaient pas le bon batteur - The music needed a driving kind of thing - Tu parles d’un driving kind of thing ! C’est l’un des driving beats les plus révolutionnaires du XXe siècle ! Joey ajoute que le groupe voulait juste un «simple drummer, a timekeeper». Alors on a convaincu Tommy d’essayer - he sat down and played in this style that no one’d ever heard - Tommy sentait que le projet allait être intéressant. Ils ont évolué très vite - I knew we had something different, original and exciting. Once I started playing drums, it was quick - Deux mois après qu’il ait commencé à battre le beurre, les Ramones montent sur scène. Premier concert au CBGB, opening for Blondie, who where called Angel & the Snake.

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             Joey rappelle au coin d’une page que ses héros alors étaient les Who. Et dans le portrait de Johnny, Tommy déclare : «Johnny is a mistery. He has different personalities. He’s a contradiction.»  Dans les chapôs des têtes de chapitres, t’as des textes merveilleusement bien écrits (Frank Meyer ?) - Four scraggly kids from Forest Hills hellbent on fusing the aggression of the Detroit proto-punk with the polish and pop snap of bubblegum music and girl groups, and the power and bombast of glam rock - Et plus loin, le chapôteur met le paquet sur les personnalités - Tommy’s musical finesse, Johnny’s military precision, Joey’s tender heartstrings and Dee Dee’s comic book rogue charisma fused to create a sound all their own - Ed Stasium : «Tommy was the intellectual, Johnny was the taskmaster, Dee Dee was the true punk and Joey was Joey.» Le décor est planté. Les Ramones allaient stormer the Big Apple «with their brand of candy-coated locomotive rock.» L’énergie des mots restitue bien l’énergie du son. Candy-coated locomotive rock !

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             Très vite, le phénomène se développe. Monte en frétille encore : «Après une poignée de shows, it all developped - The Ramones feel, the official feel: the black leather jackets, the jeans, the T-shirts, the low-slung guitars, the haircuts - the whole attitude - C’est incroyable que ça ait aussi bien marché. John Holmstrom rappelle que l’art des Ramones est avant tout minimal - It was the music, They had everything: the image, the sound, the lyrics. They were the whole package. I’d never seen any band that had everything together like that - Johnny ne voit qu’un groupe du niveau des Ramones : les Heartbreakers. Il voit un clip de Led Zep au Madison Square Garden en 1975 et s’exclame : «Oh God, these guys are such shit!». Ils sont devenus des dinosaures et Johnny sent que les Ramones sont bien meilleurs, et il a raison. Sylvain Sylvain rappelle qu’à l’époque, les Dolls étaient en tête de la course de chevaux : «On était à deux doigts de la victoire et derrière nous, il y avait les Ramones, KISS, les Dictators et Blondie, and the list go on. Puis on est tombé, on s’est cassé une patte et les autres guys ont gagné la course.» Holmstrom ajoute que le punk rock en 1974, c’était Suicide, les Dictators, Television et les Ramones. Pour lui, les Dictators et les Ramones étaient comme les Beatles et les Stones d’une nouvelle révolution. On s’amusait encore en 1974, comme le rappelle Joey - The Ramones were always about having fun. Fun disappeared in 1974 - there were too many serious people out there at that time - Danny Fields souligne l’ironie des Ramones et des Pistols qui rêvaient d’être les Bay City Rollers - My God, here are the world’s two best bands wanting to be the Bay City Rollers. You can appreciate the irony of that - Danny Fields était fasciné par les Ramones au point de les manager. Pour lui, les Ramones proposaient ce que tout le monde attendait alors - Fill up that syringe and here’s my arm. Give it to me! Shout it! - C’est Danny Fields qui fait du porte à porte pour essayer de vendre la première démo des Ramones qu’avait supervisée Marty Thau. On sait comment ça se termine : chez Sire. Et voilà que les histoires de cul commencent à courir : Dee Dee a-t-il couché en trio avec Seymour et Linda Stein ? Dee Dee jure qu’il n’a jamais couché avec Linda. Évidemment Danny en profite : «Tout le monde aimait Dee Dee et voulait coucher avec lui. Je l’ai fait. It was nice.» N’oublions pas que Dee Dee se prostituait pour arrondir ses fins de mois. Waiting for the man. Sex & drugs & rock’n’roll. Il est important de rappeler de temps en temps que le rock ne se limite pas aux disques. Plus la réalité est crue et plus elle est intéressante.

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             L’ex-girlfriend de Monte explique le rôle qu’il jouait dans cette aventure : «To the Ramones, Monte was a tour manager, mom, dad, teacher, doctor, babysitter, bill collector, voice of reason, referre, host, guest, shoulder to cry on, head to beat on, hand to hold, driver, negociator, pat on the back, pat on the ass, life saver, the boss, the peon and the whipping boy. And when his talents weren’t neceassary, he was there in the shadows.»

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             Les premières tournées des Ramones sont assez catastrophiques. On les fait jouer en première partie de Johnny Winter et de Ted Nugent et le public les fait sortir de scène. Le pire, ce fut avec Sabbath. Monte : «Playing with Sabbath was dangerous.» Les gens ne voulaient pas des Ramones et ils étaient armés. Monte en conclut que les Ramones ne sont pas un opening band ! Alors ils deviennent des headliners ! - Everybody opened for us - Retournement de situation. Il suffisait d’y penser. Et ça tombait sous le sens. Mais c’est très compliqué de trouver des groupes capables d’ouvrir pour les Ramones. Monte : «One of the fisrt bands we got paired with that finally made some sense was the Runaways.» On suit pas à pas l’évolution du projet. Quand ils jouent en Angleterre, on les fait passer avant les Groovies. Grave erreur. Johnny : «Everyone was there to see us. People cleared out after us.» Les Groovies étaient déjà passés de mode. L’avenir appartenait aux Ramones. 1, 2, 3, 4 !

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             Holmstrom : «The Ramones were punk rock. They were guenine. Johnny was a violent punk. Dee Dee was worse. Joey was a mental institution.» Holmstrom rappelle aussi que les Ramones respectaient leurs fans «and never got fucked-up. No drugs or alcohol before the show. You couldn’t do a show like the Ramones and be fucked up.» Johnny savait que pour tenir le coup pendant les tournées, il fallait éviter de traîner dans les parties après les shows, mais Dee Dee buvait comme un trou et prenait toute la dope qu’on lui proposait. Monte : «That was him. But we tried to keep it under control.» No smoking in the van. Dur pour Tommy qui fume à la chaîne. Monte pense que c’est l’une des raisons pour lesquelles il a quitté le groupe. Johnny et Monte étaient inflexibles. No smoking in the van. Vera qui a voyagé dans le van indique qu’il y avait des règles : «Basically, the women should be quiet. That was one.» On voit une photo de Monte devant un tour bus. Pour que tout ça tienne, il fallait des règles. Ça semble complètement logique.

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             Après Road To Ruin, Tommy commence à se sentir mal. «They were driving me crazy.» Il commençait à y avoir des problèmes dans le groupe. Alors Tommy dit qu’il arrête. Quand il annonce aux trois autres qu’il fait une dépression, ils explosent de rire. Johnny ne comprend pas qu’on puisse quitter les Ramones. Ça le dépasse. Tommy est un personnage clé dans le projet : il est le porte-parole du groupe et il a produit les quatre premiers albums. Il a créé the Ramones’ Sound. Johnny reprend immédiatement les choses en main et embauche Marky qui doit s’adapter vite fait : «I had to change my drum style. This was simplicity at its most simplistic.» Tais-toi et bats.  

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             Dans Commando, Johnny Ramone dit qu’il n’aime pas trop Pleasant Dreams - This is not one of my favorites, to say the least - Eh oui, il arrive en studio et le producteur Graham Gouldman demande d’où sort ce humming. Well it was my guitar. Et là Johnny Ramone rumine. Il sait que ça ne va pas gazer avec le gars Gouldman, qui comme chacun sait est l’asticot de 10cc. C’est vrai que Pleasant Dreams est un peu bizarre. Disons que ce n’est pas le son habituel des Ramones. Mais il y a toujours les vieux restes de Joey. Ils renouent avec la Ramona dans «All’s Quiet On The Eastern Front», c’est un fast drive chanté en ping-pong avec Dee Dee. C’est sur cet album que tu croises «The KKK Stole My Baby Away», le cut de représailles que Joey a pondu après s’être fait barboter Linda par Johnny KKK. Joey le cocu n’est pas content - He took it away/ Away from me - En fait, c’est un album de power pop, comme le montrent «Don’t Go» et «She’s A Sensation», c’est puissant, avec un beurre bien plan-plan. «It’s Not My Place (In The 9 To 5)» est quasi good time. On perd le raw de la Ramona. «7-11» sonne radio friendly. Joey adore ça, il y va au bop she wap she wap. De cut en cut, les Ramones perdent leur punch. On entend même du piano dans «This Business Is Killing Me». On imagine Johnny Ramone penché sur son manche, à se demander ce qu’il fout là. Et puis quand on croit que c’est cuit aux patates, voilà qu’ils ressuscitent la Ramona avec «Sitting In My Room». Joey est bien chaud, ça redevient solide, punchy, élancé. Ils retrouvent tout leur éclat originel.

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    Marky

             Mais Marky picole - After a while, he was smashed all the time and started fucking up. The band was getting upset - Tais-toi, bats et arrête la picole. Mais il continue. Viré. Coup de fil de Joey et Dee Dee : «Mark, we can’t have you in the band anymore. You fucked up.» Richie le remplace. Monte est ravi de Richie : «Always on time. No drugs, no trouble. A far cry from Marky’s behaviour.» Richie fait trois albums avec les Ramones : Too Tough To Die, Animal Boy et Halfway To Sanity. Joey : «He saved the band as far as I’m concerned.» et il ajoute : «He put the spirit back in the band.» Mais Ed Stasium le voit comme un jazz drummer et trouve qu’il ne colle pas avec les Ramones.

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             Animal Boy est l’un des albums les plus percutants du groupe. Joey se met en rogne et le morceau titre sonne comme du trash punk pur et dur. En B, «My Brain Is Hanging Upside Down» sonne comme une belle tentative de Totor Sound. Et sur «Eat That Rat», Joey fait son Johnny Moped : même son que «No One».

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    Richie

             Johnny : «Ce fut une période compliquée pour les Ramones, Joey et Richie menaient la vie dure à Daniel Rey qui produisant l’album. Ils voulaient tout le temps changer des trucs et remixer les chansons.» Il ajoute que Dee Dee ne joue pas sur Half Way To Sanity, même s’il est crédité. C’est Daniel Rey qui fait le Dee Dee. L’album est solide, «Go Lit’ Camaro Go», «I Know It Better Now» et «Bye Bye Baby» valent pour des coups de génie : Camaro pour son buzzsaw et le papa oum mama, le Better Now est de la pure Ramona, quant au «Bye Bye Baby», c’est de la pure pop de Brill, c’est-à-dire le pré carré de Joey. Et t’as Daniel Rey qui gratte ses poux. Joey te tortille la pop de Brill à sa façon, il rend hommage à Totor. Mais il en fait peut-être un peu trop. Avec «Death Of Me», Joey est au sommet de son lard, il mise tout sur les soupirs. Et quand les Ramones décident de revenir aux basics, ils font du Punk’s Not Dead de haute volée, comme le montre «I Lost My Mind». S’ensuit un «Real Cool Time» qui n’est pas celui des Stooges, par contre, «Worm Man» est en plein dans les Stooges ! Ils recréent la tension mythique du beat primitif des Stooges de «1969». Fantastique osmose de la comatose ! 

             Mais Richie veut sa part du gâtö, c’est-à-dire le merch. Il n’est pas un membre originel, donc zéro privilège. Les trois autres empochent le cash du merch. En 1987, après un show à East Hampton, Richie se barre sans dire au revoir. Ils essayent de le faire revenir avec un gros billet, mais Richie les envoie promener. Et les prochains concerts ? Il s’en lave les mains. Il ne va même pas ramasser ses royalties chez le comptable. Les chèques s’entassent sur le bureau du comptable pendant dix ans. Pour Monte, Richie est resté un mystère.

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    Clem Burke

             Johnny ne perd pas de temps et propose la botte à Clem Burke. Pas de pot, Clem arrive dans une mauvaise ambiance : tout le monde se déteste. «No chemistry. That creates an anti-chemistry.» Tout ça pour cacher la misère, car le pauvre Clem qui bat la pop de Blondie n’est pas foutu de battre le beurre des Ramones. C’est une catastrophe. Alors Johnny fait revenir Marky, «the quintessential Ramones drummer. The guy is a powerhouse.» Marky constate à son retour que l’ambiance s’est détériorée : «Joey was drinking and doing coke. Joey and John are définitively not talking at this point and I don’t know what planet Dee Dee was on. He was on psycho drugs, pot, wearing Adidas uniforms, sneakers and gold chains and was in his rap phase.»

             Johnny essaye de maintenir le groupe en état, mais c’est compliqué. Monte : «Johnny wouldn’t put up with his shit. Dee Dee would listen to Johnny. He wasn’t afraid of Johnny, but Johnny was the boss.» Tommy dit à Arturo d’apprendre vite fait à jouer de la basse, au cas où Dee Dee ferait une petite overdose.

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             Même si Johnny ne l’aime pas beaucoup - One of my least favourite albums - Brain Drain est un Sire qui se tient relativement bien. Johnny ajoute que Dee Dee est crédité, mais il ne joue pas. Les Ramones attaquent au Wall of Sound avec «Believe In Miracles» - I believe in a better world/ For me & you - Joey le prend en mode Heartbreakers. Pur New York City Sound ! Tout l’album est blindé, avec un Joey furibard qui chante du nez. Mais il manque les enchaînements. C’est très bizarre de ne pas entendre le fameux one two three four ! «Don’t Bust My Chops» est encore très Heartbreakers. Ils tapent une cover du «Palisades Park» de Freddie Cannon, puis ils embrayent sur «Pet Semetary». Tu sens le classique dès l’intro. C’est un petit joyau ramonesque bien noyé de son. Dommage qu’on entende des violons derrière. Laswell ramollit les Ramones. Back to punk avec «Learn To Listen». Ça reprend de l’allure, c’est même quasi-beefheartien, au sens de «Dropout Boogie». Voilà l’un des emblèmes du NYC punk : «Ignorance Is Bliss». Sur ce terrain, ils sont imbattables. Ils passent à la power pop avec «Come Back Baby» et regagnent la sortie en mode Christmas avec une belle dégelée de «Merry Christmas (I Don’t Want To Fight Tonight)». 

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             Loco Live est l’un des grands albums live du XXe siècle. Impossible de faire l’impasse sur cette bombe atomique ramonesque. Ils sont venus, ils sont tous là, «Blitzkrieg Bop» (l’hymne !), «I Believe In Miracles» (attaque frontale), «The KKK Took My Baby Away» (Joey jette toute sa niaque dans le KKK), «Too Tough To Die» (vrai bulldozer, Ramona tout terrain), «Sheena Is A Punk Rocker» (l’hymne originel), «Rockaway Beach» (le cut prend feu), «Pet Semetary» (enfonce les lignes, Joey chante du museau). Petit coup de Punk’s Not Dead avec «Animal Boy» (quasi dirty proto). Ils passent le «Surfin’ Bird» des Trasmen à la casserole, et ça rebascule dans le mythe avec «Beat On The Brat» (c’est l’accord parfait des accords parfaits, l’oh yeah est pur comme de l’eau de roche), et «Chinese Rock», mythe d’or en barre, les Ramones l’explosent.

             En tournée, les Ramones font tourner Monte en bourrique. Pendant une tournée au japon, ils planquant une tête de poisson dans sa valise. Monte est furieux : ses fringues puent la poissecaille. Alors il bricole un petit axiome rigolo : «Quelle est la différence entre un tour manager et une lunette de WC ? A toilet bowl only has to deal with one asshole at a time!».

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    Dany Fields

             Monte aborde aussi l’aspect réactionnaire de Johnny, qui fait souvent des blagues sur le dos des blacks et qui a sa carte au KKK - He tolerated other races - he had to - but it was pretty clear that he did not like them - Côté sexe, Danny Fields rappelle que les Ramones étaient monogames. Tout le monde baisait tout le monde en tournée, sauf les Ramones. Jusqu’au moment où Johnny baise la copine de Joey, lequel Joey le prend très mal - He destroyed the relationship and the band right there, amongst other things - Mais Johnny rappelle aussi sec que la relation était déjà détériorée. Ça remonte au temps où Tommy a quitté le groupe. Les choses empirent au moment d’End Of The Century quand Joey dit à Totor qu’il envisage une carrière solo. Johnny : «I wasn’t totally happy with the direction of the band on the album. Internally, things started to deteriorate around ‘79.» Quand Dee Dee était dans le groupe, tout le monde s’en prenait à lui. Quand il est parti, ce fut le tour de Joey. C’est comme ça qu’ils passaient le temps. Mais sur scène, ça ne se voit pas. Monte : «They knew they had a good thing going. Vers la fin, ils ne pouvaient plus se supporter, mais ils montaient sur scène and play a show and you’d never know. That was the Ramones magic.» Puis Monte sent que Joey va lâcher, alors il le prend totalement en charge, ce qui rend les autres jaloux. Joey prenait soin de sa voix et demandait à ce qu’il y ait une piscine dans l’hôtel. Il nageait et soignait sa voix dans le sauna.

             Malgré tous leurs bons albums et leur légende, les radios américaines ne veulent toujours pas des Ramones. Danny Fields : «Fuck radio. Radio is the stupidest, most backward white-man-is-now medium out there. It is populated with the dumbest shit and is the most cowardly of all forms of show business.» Les Ramones sont trop punk pour la radio - Speed, volume and guitar attack wasn’t synonymous with pop - Joey ne cache pas sa fierté : «We’re the only band that stuck up to its original ideal. Everybody else either went the sound of Bruce Springsteen or Elvis Costello or went disco or reggae. We never went the way of the Clash. We never wanted to go into, the discos that bad. It’s bullshit.» Cela s’appelle une profession de foi. Danny Fields ajoute que les Ramones sont devenus célèbres sans radio ni MTV, «and it’s the type of fame you can’t translate into record sales.» Mais Joey et Dee Dee ne veulent plus de Danny comme manager. Il votent à deux contre un (Johnny) contre lui. Joey et Dee Dee veulent le manager des Talking Heads, Gary Kurfirst. Ils voulaient juste renverser le pouvoir, c’est-à-dire Johnny et Danny. C’est aussi con que ça. Par contre, ils restent tous fidèles à Ed Stasium, qui va enregistrer 9 albums avec les Ramones, à partir de Too Tough To Die. Monte : «If I was the fifth Ramone, then Ed soon became the sixth.»

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             Et puis il y a cet épisode clé dans l’histoire des Ramones : la rencontre avec Totor qui jurait à Ed Stasium qu’il allait faire des Ramones «the biggest thing since the Beatles. He was convinced of this.» Mais Johnny était contre ce projet depuis le début. Totor les harcelait depuis Rocket To Russia et Road To Ruin. Johnny revient aussi sur la pochette d’End Of The Century. Il y avait la photo avec et la photo sans les leather jackets. Dee Dee et Joey ont voté pour la photo sans les leather jackets. Johnny et Marky voulaient l’autre. Mais comme la voix de Marky ne comptait pas, Dee Dee et Joey ont gagné. Johnny : «That was Dee Dee and Joey trying to get the power away from me.» Les sessions d’End Of The Century furent terribles, selon Ed Stasium, «espacially for Johnny who hated Phil. Joey loved Phil». Les sessions durent des heures et Johnny en a ras le bol du take after take. Ils jouent «This Ain’t Havana» 353 fois, «over and over at absurd volumes.» Joey exulte : «It was a Frankenstein experiment. Everybody in the band hated working with Phil but I enjoyed it because he was so sick. He was so nuts that it was kind of pleasant. I was working with a master. I learned a lot.»   

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             Quand Dee Dee entre dans sa phase rap, il collectionne les montres, puis les tatouages. Sur scène, il ne joue pas les bonnes basslines. Johnny demande au roadie Little Matt de le débrancher. Puis Dee Dee quitte les Ramones. Il ne supporte plus que Johnny lui donne des ordres, tu t’habilles comme ci et tu te coiffes comme ça. Terminé. Andy Shernoff : «Dee Dee was a nut job, but I never thought he would leave.» Alors évidemment, après, ce n’est plus la même histoire.

             Johnny dit aussi que les années 80 ont été rudes - We were out there by ourselves. There was no punk rock movement. If there was any, it was really underground. It was a lonely decade. Those were the hardiest years. We are so in our own world we barely even noticed. It was rough - Alors que les autres Ramones voulaient évoluer, Johnny ne voulait pas, «he wanted to keep it the way it was. He knew it would become a cult thing and he was right. it worked.»  

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             Encore un big album avec Mondo Bizarro. T’y trouves une belle cover des Doors, «Take It As It Comes». Joey passe en force. Johnny : «We did a Doors cover, ‘Take It As It Comes’. It was my idea which nobody liked at first.» Et ça grouille de coups de génie sur ce Mondo, à commencer par «Censorshit», pur power de la Ramona, l’équilibre parfait du rock power/chant/chords, bien profilé sous le vent new-yorkais. Encore de la fantastique énergie avec «The Job That Ate My Brain», Joey injecte tout son sucre dans cet enfer. T’as encore du son à gogo dans «Poison Heart» et du full blown dans «Anxiety», Johnny te gratte ça à la vie à la mort et Daniel Rey fout le feu par derrière avec ses licks thunderiens. Magie pure encore avec «It’s Gonna Be Alright». Joey est le roi de la magie, il est le Merlin du punk new-yorkais, te voilà arrivé au max des possibilités du rock new-yorkais. Joey passe encore en force sur «Tomorrow She Goes Away», il chante au raw du raunch. Joey est un génie, au sens d’Aladin, il sort d’une lampe, hey hey ! Les Ramones n’ont jamais été aussi flamboyants. Joey n’en finit plus d’enfoncer son clou dans la paume du mythe. T’as les pires heavy chords de la Ramona dans «Cabbies On Crack» et ça se termine On The Beach avec un «Touring» digne des grandes heures des Beach Boys. Franchement, que demande le peuple ?       

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             Paru en 1993, Subterranean Jungle reste un bon album. Pourquoi ? Parce qu’«In The Park», véritable chef-d’œuvre de buzzsaw pop un brin On The Beach, avec le génie Joey aux harmonies. Parce que «Time Bomb», et tous ces réflexes power pop extraordinaires. Le génie Joey te chante ça très laid-back. Parce que la petite cover du «Little Bit O Soul» de Music Explosion. Parce qu’«Outsider», du très grand yeah yeah yeah et un couplet chanté par Dee Dee. Et surtout parce «Time Has Come Today», fantastique hommage aux Chambers Brothers, tic tac coucou, ça ramone bien à la Ramona et les autres font hey ! Et puis sur la red Rhino, t’as des bonus, et là tu te régales, car t’as l’impression d’être en répète avec eux. Rien de plus juteux que les démos de la Ramona, notamment «Bumming Along» avec un Joey scintillant all over la Ramona, puis «My-My Kind Of Girl» où le génie Joey ramène tout son sucre et chante comme un dieu.

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             Acid Eaters ! Big-o big one ! Johnny explique qu’ils n’auraient pas pu faire cet album de reprises plus tôt, car il aurait fallu les adapter au style des Ramones, comme ils l’ont fait avec «California Sun». C.J. chante sur «The Shape Of Things To Come» et «My Back Pages». On perd la Ramona. Quelle tragédie ! Mais Joey se tape la part du lion avec «When I Was Young» où il fait son Burdon. Il explose le Burdon ! Marky rafle la mise sur le «7 & 7 Is» du roi Arthur. Ramona all over ! Ils triplettent la roulette de Belleville et Marky fait tout le boulot. Boom badabooom ! Et pourquoi c’est le plus bel album de covers de tous les temps ? À cause des six covers mythiques : «Substitute» (avec Pete Townshend dans les backing vocals, c’est du full blown de London Town in New York City. Power extrême), «Out Of Time» (Joey réinvente le Swingin’ London au sucre demented, il accroche chaque syllabe à la vie à la mort, c’est chargé de tout le barda du monde), «Somebody To Love» (Joey évince la Grace de l’Airplane), «Have You Ever Seen The Rain» (fantastique explosion nucléaire, les Ramones la ramènent au I know et au pur génie pulsatif, hommage suprême à Fog), «I Can’t Control Myself» (Joey y va au bah bah bah bah mythique, il tape ça en mode I can’t control maïséééé, et Johnny gratte des poux de rêve, il noie le mythe dans son wall of sound) et puis pour finir, le «Surf City» de Jan & Dean, pur jus d’On The Beach. T’as là la vraie racine du rock californien.

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             Et voilà l’album des adieux : Adios Amigos. Johnny : «This album has perhaps the best of all the guitar sounds I ever got. Daniel Rey produced it and he knew the Ramones were a guitar group. He also played the leads on here.» Et plus loin, il ajoute que C.J. chante quatre cuts («Making Monsters & Freaks», «The Crusher», «Cretin Family» et «Slatter Gun») Dès que Joey ne chante pas, on perd la magie des Ramones. Pur Ramona power avec «I Don’t Want To Show Up» - One two three four ! - C’est droit dans l’axe : Ramona intacte avec tout le sucre de Joey et le buzzsaw de Johnny. Joey oh-yeate son oh yeah dans la pire power-pop de «Life Is A Gas». Clameur éternelle ! T’as une espèce de suprématie, comme si les Ramones régnaient comme des Empereurs en perfecto sur la Rome du rock. Ça sonne comme un fait établi, cette pop est tellement pure, aussi pure qu’au premier jour. Joey te drive «Take The Pain Away» vite fait bien fait, avec Johnny en support tutélaire. Et puis t’as cet «Have A Nice Day» tapé dur dans l’oss, Joey chante aux parois nasales, à la niaque de la 25e heure. Encore un coup de génie avec «Got A Lot To Say», Johnny gratte la destruction massive, il jette tout son dévolu dans cette dernière bataille et Daniel Rey passe un killer solo flash. Ce dernier album est bardé de tous les symboles. C’est un album magnifique. «Born To Die In Berlin» sonne comme «Chinese Rocks». Mêmes accords. On reste dans les Heartbreakers avec cette cover mythique de «Baby I Love You» qui s’appelle ici «I Love You». Joey n’en fait qu’une bouchée, I really do, et Daniel Rey fait son Johnny, l’autre, le Thunders. T’es assez fier de faire partie des fans des Ramones. C’est aussi bête que ça.

             Joey avoue qu’il en avait assez après 22 years of constant touring - I definitively loved aspects  of the band, the live performances, the fans, but I had my fill. It was time to have a life - Mais plutôt que de jouer leur dernier concert à New York, ils le jouent à Los Angeles, parce que Johnny y vit. CJ : «It was ridiculous.» Ils ont des invités sur scène, Lemmy, Tim Armstrong et Eddie Vedder.

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             Les Ramones ne pouvaient boucler leur bouclard qu’avec une bombe atomique : We’re Outta Here est l’enregistrement live de leur dernier concert d’août 1996 au Palace de Los Angeles. Festin ramonesque de 32 cuts, mélange détonnant de coups de génie («Blitzkrieg Pop», «The KKK Toook My Baby Away», «Pet Semetary») et de cuts mythiques («Chinese Rock») Et si les Ramones étaient le groupe parfait ? Et si Joey était le chanteur parfait ? Tu sens le souffle dès «Teenage Lobotomy». Leur arrivée sur scène est dévastatrice. C.J. fait son Dee Dee et lance tout au one two three four! Joey chante comme un canard sur «Do You Remember Rock’n’Roll Radio» et une chape de plomb tombe sur la salle avec «I Believe In Miracles». Ramona power ! Ils sont insurpassables ! Quand ils font de la power pop avec «Rock’n’Roll High School», ils le font avec tout le power du monde. «I Wanna Be Sedated» te plonge au cœur du cyclone de la Ramona. Ce live est une véritable aventure. Les Ramones sonnent comme une aventure. Kings of cartoon ! Joey se jette dans le KKK avec tout la rage mythique dont il est capable. Il monte ses couplets comme ceux que montait Totor, aw yeah ! Joey reste au faîte de sa Ramona avec «I Just Want To Have Something To Do» et t’as «Judy Is A Punk Rocker» qui te tombe sur le coin de la gueule, aw yeah, Joey avale bien ses syllabes, sheenes/ punroka, le voilà au sommet du mythe, et ils enchaînent avec un «Rockaway Beach» ful-gu-rant. Ils transforment tous leurs hits en rouleaux compresseurs. Ils battent encore tous les records de trash-punk avec «Do You Wanna Dance» et Johnny remonte un Wall of Sound vite fait pour «Someone Put Something In My Drink». Encore une fournaise du diable avec «Cretin Hop», «R.A.M.O.N.E.S» sonne comme l’hymne new-yorkais, «53rd & 3rd» comme l’hymne de la Ramona, et «Chinese Rock» comme l’hymne national américain. Tu sors de là complètement rincé. 

              Quand tout ça est fini, Monte flippe : «After the Palace show I had no idea what to do with the rest of my life. I had put everything I had into The Ramones and now it was all over. I tried to start a normal life, but I didn’t know how.»

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    Johnnu and Lisa

             Une fois installé à Hollywood, Johnny commença à retourner sa veste et à fréquenter la jet set - the life of the rock star - Monte dit qu’il traîne avec Vedder, Rob Zombie, Green Day, Rancid, Nicolas Cage et Lisa Maria Presley. Monte donne encore des coups de main aux survivants, comme Dee Dee pour enregistrer Greatest & Latest, un album de covers des Ramones avec Chris Spedding.

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             Et voilà qu’arrivent les conclusions : «If Joey was the band’s heart, Dee Dee was the soul and original drummer Tommy the mentor. Johnny was the drill sergeant, leading the group from battle after battle and off and it was he who oversaw the band’s destiny.» Johnny : «Nobody can sound like us. It is very difficult to do. No one can play the guitar like that, and the drumming is very difficult, too. No one can do down-strums. They have trouble getting through one song of down-strums.»

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             C’est à Rodney Bigenheimer, the Mayor of Sunset Strip, que revient le mot de la fin : «In the history of rock’n’roll, there’s Elvis Presley, The Beach Boys, The Beatles and The Ramones. They changed the whole punk history and the whole rock history. Even the Sex Pistols were influenced by The Ramones.» Bizarre que le Mayor of Sunset Strip oublie de citer Bob Dylan.

             Signé : Cazengler, Ramone sa fraise

    Ramones. Pleasant Dreams. Sire 1981

    Ramones. Animal Boy. Sire 1986

    Ramones. Halfway To Sanity. Sire 1987

    Ramones. Brain Drain. Sire 1989

    Ramones. Loco Live. Chrysalys 1991

    Ramones. Mondo Bizarro. Radioactive 1992

    Ramones. Subterranean Jungle. Sire 1993

    Ramones. Acid Eaters. Chrysalis 1993

    Ramones. Adios Amigos. Radioactive 1995

    Ramones. We’re Outta Here. Radioactive 1997

    Monte A. Melnick & Frank Meyer. On The Road With The Ramones. Independently published 2019

     

     

    Inside the goldmine

     - Junior on le connaît Parker

             Il est des gens que tu rencontres et qui te marquent à vie. Parcourt fait partie de ces gens-là. Tu commences par lui donner le bon dieu sans confession, c’est-à-dire que tu lui accordes ta confiance. Tu ne te poses même pas la question de savoir s’il saura s’en montrer digne. Tu marches à l’instinct. Tu sais aussi qu’une relation se bâtit dans le temps. Alors tu donnes du temps au temps et tu alimentes en dosant bien : un peu de musique, un peu de littérature, un peu de cinéma, quelques éléments succincts d’autobiographie, deux ou trois points de vue, non pas sur l’actu qui n’a jamais servi à rien, mais sur la vie et la mort. La relation se développe et s’équilibre. Parcourt réagit bien, il alimente lui aussi, et tu montres que tu es preneur, mais sans te forcer à accepter ce qui ne te convient pas. La base d’une relation équilibrée repose sur l’honnêteté morale et intellectuelle. C’est le seul moyen d’éviter les zones d’ombre et les prises de bec. Quand au fil du temps, tu vois poindre les premiers défauts, tu tentes de nier ta déception. Tu te dis que ce n’est pas si grave, même si tu vois Parcourt esquinter certaines règles tacites. Par exemple, il va te photographier comme le font tous les cons aujourd’hui sans te demander ton avis. Tu lui redis pourtant la règle d’or : n’inflige jamais à quiconque ce que tu ne voudrais pas qu’on t’inflige, mais il ne comprend pas. Cette incompréhension te met la puce à l’oreille. Tu réalises soudain que tu t’étais fait une idée de Parcourt qui ne correspond pas à la réalité. Et tu conclus amèrement qu’au terme d’une vie consacrée à l’étude approfondie de la condition humaine, tu peux encore te fourrer le doigt dans l’œil en prenant les vessies pour des lanternes. Mais en même temps, tu refuses de porter la responsabilité de cet échec. Tu te demandes encore pourquoi Parcourt t’a bluffé. Est-il rusé comme un renard, ou roué comme le petit paysan qu’il n’a jamais cessé d’être ? Est-il abandonné de Dieu ? Joue-t-il un rôle ? Et pourquoi le jouerait-il aussi mal ? Il finit par te faire pitié.

     

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             Alors que Parcourt ruse sans avoir les moyens de la ruse, Parker crée sa légende. Il en a largement les moyens. En plein milieu des fifties, à Memphis, Junior Parker est entré dans la caste des géants du blues et de la Soul. L’un de ses premiers admirateurs fut Elvis.

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             Si on veut plonger dans la jeunesse du grand Junior Parker, il est conseillé d’écouter une vieille compile Ace de Little Junior Parker & The Blue Flames, I Wanna Ramble. C’est un album de gros jumpy jumpah avec ses solos de sexy sax. Alors attention, c’est Pat Hare qu’on entend sur «Can’t Understand», un fantastique boogie blues de down on the highway, qui sera pompé par Creedence sur down the highway. Tous ces cuts datent de la période 1954-1956, c’est du Duke  et l’heavy blues de «Driving Me Mad» va t’envoyer au tapis. En B, t’as le «5 Long Years» d’Eddie Floyd, un heavy blues d’I’ve been mistreated. Ces mecs savaient déjà tailler une route. Et puis t’as ce «Pretty Baby» qui va te liturger les abbatiales à coups de don’t like my automobile. Heavily balanced !

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             En 1962, Little Junior Parker pose avec sa Cadillac pour la pochette de Driving Wheel. Avec «I Need Love So Bad», il atteint une sorte d’apothéose de la Soul de blues, logique car signé Percy Mayfield. Il réédite l’exploit avec «Tin Pan Alley», monté sur un bassmatic délicieusement élastique. Il reste dans l’heavy blues d’harangue avec «Someone Broke This Heart Of Mine» et passe en mode boogie cavaleur avec «Yonder’s Wall». Par contre, il ne fait pas l’apologie de la «Sweet Talking Woman». Pourquoi ? Parce qu’elle lui a barboté all of his money. Les ceusses qui ont eu la bonne idée de rapatrier la red sont quasiment tous morts d’overdose : 15 bonus explosifs ! À commencer par «Mystery Train», la racine d’Elvis. Junior fait bien l’Elvis au train arrives et au Train train/ Comin’ on round the bend. T’as aussi «That’s Just Alright» tapé aux riffs carnassiers, inégalable ferveur primitive ! Il passe en mode big band avec «Peaches», Junior swingue sa chique, I know I know I know ! Dans tous les cas de figure, Junior a la classe. Encore un heavy boogie de fantastique allure : «Pretty Baby», et son «Sometimes» vaut toutes les versions de «Dust My Blues» jouées en Angleterre.

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             Paru en 1970, The Outside Man est ressorti sous une pochette beaucoup sexy et un autre titre : Love Ain’t Nothin’ But A Business Goin’ On. Quel album ! Junior est tellement à l’aise qu’il fait plaisir à voir, whoooo yeah ! Il attaque «The Outside Man» au big time out, machines de bassmatic avant toutes et Junior saute en croupe.

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    Magnifique groover ! Il manie à la fois le smooth et le raw. Il tape trois covers de Beatles sur cet album béni des dieux, à commencer par «Taxman». Ah il faut le voir groover entre les reins du Roi George ! - ‘Caus I’m the taxman ! - En B, il tape «Lady Madona» en mode Parker, il groove bien le butt des Beatles, il y va au whooo finds the money/ When you pay the rent ! Et il enchaîne avec l’encore pire «Tomorrow Never Knows», l’ancêtre de la psychedelia. Seul Junior peut se permettre ce luxe indécent. Il fait sa psyché. L’autre grosse cover de choc est celle du «Rivers Invitation» de Percy Mayfield. Il te groove ça à coups d’all across the country et d’I’m trying to find my baby. Il ne la trouve pas, alors il parle à la rivière, I spoke to the river/ And the river spoke back to me, il te swingue ça à la folie. Junior est un fantastique chanteur de charme, tu succombes en permanence. Il est certainement l’un des Soul Brothers les plus accomplis, la beauté n’est pas que dans la mélodie, elle est aussi dans le chatoiement de ses accents chantants. Il vibre littéralement son chant. Avec «You Know I Love You», il passe le blues en mode Soul de satin jaune.

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             Like It Is n’est pas vraiment son meilleur album. On y trouve deux beaux boogies, «Wish Me Well» et «Come Back Baby». Junior les mène de main de maître. On sent un brin de modernité dans son «Country Girl» - My little girl is a country girl - Et il groove comme un crack son «(Ooh Wee Baby) That’s The Way You Make Me Feel», il laisse filer sa note au chat perché. Il se prend pour une poissecaille dans l’heavy boogie blues de «Just Like A Fish» et il supplie sa baby de revenir dans «Baby Please». Toujours la même histoire : Baby please come back/ I need your love to set me free.

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             Tu te sens toujours bien en compagnie de Junior. Ce que vient confirmer Honey-Dripping Blues. La perle de l’album est sa cover du «Reconsider Baby» de Lowell Fulsom. Il y va à l’I hate to see you go, ça joue fabuleusement, et Junior y va encore, The way that I wish you/ I guess you never know - Il plonge dans le caramel d’«Easy Lovin’» au me & you easy lovin’ baby. Il enchaîne avec le fabuleux Soul blues d’«I’m So Satisfied», cuivré à outrance. Quel album ! Encore un somptueux froti-frotah de Soul : «You Can’t Keep A Good Woman Down», violonné jusqu’à l’horizon. Junior a des orchestrations de génie. Il est encore le crack du marigot avec «Lover To Friend» et te charme dès l’intro de «Your Bag Is Bringing Me Down». Il est à l’aise partout. Junior groove dans la dentelle. C’est un régal permanent que de le voir à l’œuvre.

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             En 1969, Little Junior Parker enregistrait Blues Man sur Minit, le label de la Nouvelle Orleans. Pas l’album du siècle, mais on y trouve un Heartbreaking Blues mené à la glotte ultra sensible, «Get Away Blues». Il sait faire jouir un blues. Mais c’est le son Nouvelle Orleans qui domine l’album : «Let The Good Times Roll», «I Just Get To Know» et «I Found A Good Thing». Saluons aussi «Every Night & Every Day», un heavy blues de treat me right, et il y va, le Junior, au that’s how I love you. On peut lui faire confiance.

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             Entre 1971 et 1972, Junior Parker va enregistrer trois albums : You Don’t Have To Be Black To Love The Blues, Jimmy Mc Griff Junior Parker, et I Tell Stories Sad And True etc. Un petit black croque une pastèque sur la pochette du premier, le plus intéressant des trois. Junior Parker est un fantastique crooner de blues. Il le roule dans la farine divine, il en fait un blues velouté gorgé de feeling. La viande se planque en B. Il attaque avec un cut de Percy Mayfield, «I Need You So Bad». C’est la meilleure des conjonctions : Junior + Percy. Il chante au feeling subliminal. «Look On Yonder Wall» est un boogie écœurant de classe, et il bat encore tous les records de feeling avec «Man Or Mouse» - Sometimes I wonder/ I’m a man or mouse - C’est un bonheur que d’écouter Junior chanter.  

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             Tu sauves un Heartbreaking Blues sur Jimmy Mc Griff Junior Parker : «Don’t Let The Sun Catch You Cryin’». On croise aussi un «Baby Please Don’t Go» crédité à Muddy et on retrouve le «Five Long Years» d’Eddie Floyd.

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             Et puis voilà I Tell Stories Sad And True etc. Deux covers de choc : «Funny How Time Slips Away» de Willie Nelson (Soul de blues et belles fondues de falsetto léger, merveilleux crooner), et «The Things That I Used To Do» (Classique insurpassable de Guitar Slim). Il tape aussi dans Hooky («I Done Got Over It», heavy boogie blues drivé à la plaintive) et dans le «Stranger In My Own Town» de Percy Mayfield. On s’extasie sur la profondeur du croon.

    Signé : Cazengler, stylo Parker

    Little Junior Parker & The Blue Flames. I Wanna Ramble. Ace Records 1984. 

    Little Junior Parker. Driving Wheel. Duke 1962  

    Junior Parker. Like It Is. Mercury 1967 

    Little Junior Parker. Blues Man. Minit 1969 

    Junior Parker. Honey-Dripping Blues. Blue Rock 1969

    Junior Parker. The Outside Man. Capitol Records 1970 ( =Love Ain’t Nothin’ But A Business Goin’ On)

    Junior Parker. You Don’t Have To Be Black To Love The Blues. Groove Merchant 1971 

    Junior Parker. Jimmy Mc Griff Junior Parker. United Artist Records 1972

    Junior Parker. I Tell Stories Sad And True etc. United Artist Records 1972

     

     

    Wheeldon du ciel

     - Part Two

     

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             Avec Nick Wheeldon, c’est pas compliqué : tu pars à l’aventure. Son œuvre s’apparente à une jungle, mais pas la jungle de tous les dangers, comme celle de la forêt amazonienne, non, il s’agirait plutôt de la jungle du Douanier Rousseau, délicieusement exotique et dont on observe minutieusement tous les détails. Nick Wheeldon a joué dans une myriade de groupes, alors tu peux partir à l’aventure. Comme tout n’est pas accessible, ça te simplifie la vie, t’es pas obligé de tout écouter.

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             En 2017, il jouait dans 39th & The Nortons et enregistrait The Dreamers. Big album. Avec Nick Wheeldon, le big albuming est quasiment automatique. Il suffit d’écouter «If It’s So Easy» pour en être convaincu. On sent bien le dévolu dans ce Big Atmospherix, il va chercher le pathos profond, les échos de John Lennon sont indéniables. Il éclate encore au grand jour avec un «I Ain’t Hiding» noyé d’orgue. Tu te régaleras de la merveilleuse qualité de l’attaque et du son de «Step Into Your World». La tension d’orgue amène du souffle, tu sens le véritable élan du songwriting. Tiens, encore un cut parfait avec «Without You», une belle pop-song noyée dans son jus. Chaque cut induit sa propre puissance. Nick Wheeldon crée son monde cut après cut, un monde de compositeur. Il est dans le même trip que Robert Pollard. Seule compte la beauté du geste. Avec «On My Own», il dégomme encore la pop et son aplomb n’en finit plus d’impressionner, et puis t’as un solo de flûte mercuriale. Tu vas trouver un son de rêve dans «Deserve Each Other», un son fruité, épais, chargé d’écho et le Nick entre à la harangue en ville conquise. T’as là une compo qui regorge de développements avec des chœurs soignés, et un son en sous-main qui vaut tout le nec plus ultra de Geno, le Nick t’embarque ça au big time out. «Deserve Each Other» est une grosse compo évolutive noyée de son et d’écho. Il flirte avec le No Other. On regagne la sortie avec le très entêtant «Looking For Tears», un cut farci de sonorités psychédéliques. Nick Wheeldon cultive son art avec délectation, il en cultive toutes les directions, il va là où son vent le porte, c’est extrêmement inspiré. 

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             Il récidivait l’année suivante avec un album génial, Mourning Waltz. Pourquoi génial ? Parce que «21.01». Eh oui, il y va au tell me how, alors ça push le push à l’heavy psychout, et le groove grouille de poux, et c’est un bel enfer sur la terre du jingle jangle. Le lead est un crack, il s’appelle Loik Maille. Parce que «Caroline», ersatz Beatlemaniaque sur lequel le crack Loik fait encore des étincelles. Parce que «Baby Blue», cette grande pop élancée qui bat encore tous les records, brillante et même glorieuse, avec in Loik in tow, ce mec ne plaisante pas, il claque du slinging de choc. Parce que «Realise», Wheeldon y va au calling your name, c’est encore une pop inconnue qui sort de la jungle, velue et efflanquée, une pop aux joues roses, allègre et alerte, illuminée de l’intérieur par le slinging du crack Loik, et quelle puissance d’I realise ! Et puis t’as ce «Walking Slowly» en ouverture de balda qui sonne très Television Personalities, gentle et raffiné, et puis ce «White Light» encore plus gentle et raffiné, qui renvoie directement chez Syd Barrett.

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             Autre épisode passionnant : Os Noctambulos. Tu peux rapatrier deux albums assez facilement, un 25 cm paru en 2017, The Devils, et un album paru deux ans plus tard, Silence Kills. Le 25 cm est assez largué, au bon sens du terme. Largué et spacieux, avec un petit Valentin Buchens qui s’amuse bien. Comme toujours chez Nick Wheeldon, c’est très inspiré, il reste très incisif, très porté sur la chose, c’est-à-dire sur l’ampleur, il a des orchestrations chatoyantes qui raflent bien la mise («Tangerine Boy»). On se régale du fabuleux fouillis de guitares en B, dans «Cucaracha», un cut qui regorge de richesses. Et avec «Nowhere», on assiste à un fantastique passage en force. C’est un mini-album de très grande masse volumique.

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             On retrouve Valentin Buchens sur Silence Kills. Très vite, tu croises un «Living A Lie» doucement psyché, très Barrett dans l’esprit. T’as même parfois l’impression qu’ils jouent avec des pincettes : le meilleur exemple est ce cut nommé «You Walked Away», délicieusement psychédélique, mais ils te jouent ça en finesse, sans en rajouter. Tout est gentle et sacrément friendly. Par contre, ils s’énervent un peu sur «A Man Needs A Home», ils flirtent avec le vif argent de Moby Grape. Ils repartent toujours à l’attaque. C’est un album courageux. Nick Wheeldon a une belle équipe derrière lui. Pas d’hits, mais du son à gogo et surtout une musicalité exemplaire qui puise dans la meilleure veine pop-psyché anglaise des années phosphorescentes.

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             On ne perd pas son temps à rapatrier l’Hopeless Friends des Creep Outs, un album que Nick Wheeldon a enregistré en 2008 avec Andrew Anderson. Ils proposent une heavy pop bien raclée du sacrement. Ils cultivent la clameur. Ils te cueillent au menton dès «Beautiful Eyes». T’as aussitôt le fantastique swagger de la fast pop anglaise et tu t’effares de leur incroyable allure, ils grattent comme des démons. Prépare tes adjectifs, car ça monte ! Nouvelle dégelée avec «What I’m Missing», bien glammy dans l’esprit, mais pulsé, yeahhh ! C’est de l’early Roxy explosé aux black bombers. On reste dans la fière allure avec «Treat Her Gently», ils attaquent ça de front, t’as là un archétype d’ampleur considérable, bien doublé au beurre. Ils restent dans la densité maximale avec «You Don’t Have To Lie» et un killer solo troue le cul du cut. Si tu veux voir le fantôme de Syd Barrett, tu vas le trouver dans l’heavy mélasse psychédélique de «Stay A While». Quel fabuleux cloaque ! Ces deux mecs disposent de toutes les ressources naturelles. Un petit shoot de proto-punk te ferait plaisir ? Alors voilà un «Treat Me Wong» criant de véracité. On passe à l’heavy déhanchement de rock anglais avec «Yours To Keep». Les Creep te creepent le chignon. Léger parfum de Small Faces. «They Don’t Love You» pourrait bien figurer sur l’un des grands albums de Wild Billy Childish. Ça groove aux accords de clairette. Retour au full blown avec un «Guess It’s All Over» bien foutraque et bien jeté dans la balance. Tu sors complètement rincé de cet album.

             Tu repars à la chasse, mais pas mal d’albums de Nick Wheeldon sont sortis de l’écran radar. En attendant Godot, tu vas devoir te ronger l’os du genou.

    Signé : Cazengler, Nick Wheeldinde

    The Creep Outs. Hopeless Friends. Off The Hip 2008

    Os Noctambulos. The Devils. Stolen Body Records 2017

    Os Noctambulos. Silence Kills. Stolen Body Records 2019

    39th & The Nortons. The Dreamers. Stolen Body Records 2017

    39th & The Nortons. Mourning Waltz. Croque Macadam 2018

     

    *

    J’ai toujours aimé ce groupe. Je ne l’ai jamais écouté. Mais leur nom m’a toujours fait rêver. Parfois le rêve est préférable à la réalité. Il faut savoir remettre à demain ce qui risquerait de vous décevoir aujourd’hui. Oui mais là, ils frappent un grand coup. Que dis-je : deux. D’abord la couve, magnifique. Quand j’ai vu le titre, j’ai sursauté, ils abordent un thème dont personne ne parle. Pourquoi ce silence. Ce n’est pas la peur. Ce n’est pas parce que ce serait dangereux. Non simplement par pudeur. Désolé ce n’est pas une question d’entre cuisse.

    ECHOES IN ETERNITY

    AGNOSTIC FRONT

    (Reigning Phoenix Music / Octobre 2025)

             En règle générale je désapprouve ceux qui se cachent derrière les mots commodes. Ils ne vous diront jamais : il y a un Dieu. Ou alors : je suis athée. Non ils se drapent derrière le cache-sexe de la savante ignorance. Ils ne savent pas. Ils ne prennent pas parti. Pour sûr ils ont réfléchi au problème, longuement, ils ont lu, ils en ont discuté avec leurs amis et la moitié de la population mondiale, ils pensent avoir trouvé l’arme imparable, le parapluie de la modestie : ce n’est pas ma petite personne pas très fûtée qui va trancher la question. Ne leur vient même pas l’idée qu’il pourrait y avoir d’autres réponses possibles.

             Pourraient peut-être se poser la question autrement : par exemple comme Aristote : pourquoi n’y-at-il pas rien ? Et ensuite essayer de définir cette chose qui n’est pas rien. Agnostic Front y répond à sa manière : ce qu’il y a : c’est une société injuste. Comme c’est un groupe hardcore : ils diront plutôt : une société de merde. Aussitôt ils ajoutent : il faut la détruire.

             Evidemment c’est politique. Et comme selon Clausewitz : ‘’ La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ‘’ en toute logique ils ont posé le vocable ‘’ front’’ à forte consonnance guerrière à la suite du mot Agnostic. Illico, on comprend où ils veulent en venir. Ne vous étonnez pas si par hasard vous apercevez, infâme stigmate, le sticker : Parental Advisory / Explicit Content, sur leurs pochettes.

             Ernie Parada a participé à de nombreux groupes dans lesquels il tient ou la guitare ou la batterie. Il est aussi graphiste. Si vous souffrez de dépression abstenez-vous de visiter son site. Toutes ses œuvres expriment un infime solitude, des êtres humains et des choses. Un regard sans complaisance, sans outrance. Parada offre à voir cet essentiel anecdotique qu’il ne nous donne pas en spectacle, son intention est de faire remonter à la surface de ses images l’extrême profondeur de leur horrible signifiance.

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             Apparemment ce n’est pas la liberté guidant le peuple. Un gamin, oriflamme noire en main, qui marche d’un pas décidé. Jusque-là tout va bien, mais pourquoi a-t-il les yeux bandés. Le groupe voudrait-il nous dire que malgré nos certitudes les plus résolues  l’on avance  toujours en aveugle… Il existe un Official  Music Vidéo dont la première image utilise la même image colorisée en teinte jaunâtre, qui précède la vidéo que nous allons commenter. Nous écouterons d’abord le son, issu d’un vieux film américain de John Frangenheimer tourné en 1952 dont le titre français Un crime dans la tête est beaucoup plus explicite que l’original. Le scénario est complexe : un soldat américain prisonnier qui a subi un lavage de cerveau assez special, les services secrets communistes possèdent ainsi au cœur des USA un agent dormant qu’ils peuvent  manipuler à distance, par exemple pour tuer un futur candidat à la présidence de la République… les images sont beaucoup plus sommaires, vues plongeantes sur des milliers de croix de cimetières, de guerre et de civils, suivies d’entrecoupements de scènes de combats, de bombardements, d’explosions nucléaires, parfois vous apercevez les victimes innocentes, notre gamin, ou par exemple des familles en train de déjeuner, tous les yeux bandés, les fameuses victimes collatérales parfois plus nombreuses que les troupes engagées… Le message politique s’éclaircit :  l’Etat vous élève pour mieux se servir de vous. Quel que soit la couleur du drapeau qu’il vous refile entre les mains.

             Petit apparté totalement hots-sujet : le film est assez prémonitoire quant aux rôles des deux Lee Harvey Oswald, tous deux agents de la CIA, dont un se touve mêlé à l’assassinat de John Kenedy…

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             Reste maintenant à interprêter le sens du titre : Echoes in eternity. Le groupe existe depuis plus de quarante ans. Il a été la figure centrale et fondatrice du mouvement hardcore new yorkais lors de leuRs apparitions au CBGB. Leur premier album est paru en 1984, depuis ils en ont produit une bonne quinzaine, ses fondateurs Roger Miret et  Vincent « Vinnie Stigma » Cappuccio, ne sont plus tout jeunes, l’heure de gloire du mouvement hardcore est passée, les  nouvelles générations se détournent en très grosse majorité de ces musiques revendicatrices, dans quelques années que restera-t-il de cette effulgence crépitante, personne n’en sait rien. Des civilisations entières ont disparu sans même que leurs noms nous soient parvenus… Que restera-t-il dans cent ans lorsque tous les témoins de cette aventure musicale aura été effacée des mémoires ? Agnostic Front se pose la question de la transmission ou de l’inanité à long terme de leur action… Nos actions résonneront au travers des siècles aimaient à répéter les officiers des légions romaines… En quoi les maigres échos qui nous en parviennent réflètent-ils la réalité de ce qui a eu lieu… Angoissantes réflexions, cet album d’Agnostic Front doit-il être interprété comme une bouteille sonore jetée à la mer des indifférences oublieuses.  Heidegger nous enseigne qu’il y a pire que l’oubli de l’être, c’est d’avoir oublié que l’on a oublié l’être.

    Vincent Cappuccio : guitare / Roger Miret : vocal / Mike Gallo : basse / Craig Silverman : guitare / Danny Lamagna : drums.

     Way of war : évidemment il n’y a pas l’extrait sonore du film de la vidéo sur l’album : le band ne perd pas de temps, vous saute à la gorge sans préavis, le pire c’est qu’ils disparaîtront aussi vite qu’ils sont apparus, faudra vous y habituer, chaque morceau est construit à la manière d’un braquage mental, une batterie fractale des guitares vibrionnantes, un vocal mordant et dévorant, un sacré ramdam, entre parenthèses incroyablement et inexplicablement mélodique, un véritable phénomène illogique, totalement inexplicable, pas le temps de s’appesantir, juste des mots d’ordre (ou de désordre) , ne vous laissez pas emporter par le maelström de la mort. Appel à la désobéissance. Civile et militaire. You say :  au cas vous n’auriez pas compris l’on vous secoue salement les puces, interdiction de rejeter vos manquements sur les autres. Le vocal en coup de poing. Pas de pitié. Vous renvoient le boomerang de votre incapacité, de votre lâcheté, en pleine gueule. Bien fait pour vous. Ne vous étonnez pas s’ils s’énervent à la fin. Matter of life and death : une

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    bonne branlée, une petite secouée mentale, ça ne fait pas de mal, le gars a compris, l’est maintenant un tigre en liberté dans les rues de la ville, il ne se défend plus, il n’avance plus en douce, il attaque, il n’est plus le vieil homme fatigué qui régnait en lui, l’est un adolescent empli de rage. Tears for everyone : urgence absolue, une batterie folle une guitare écartelée, un vocal tripal, la tempête est passée, il ne vous reste plus qu’à serrer les dents et à rependre le combat. Divided : comment font-ils pour être encore davantage violents et balancer encore plus violemment  chaque morceau, un couteau rouillé de solo, un vocal antifasciste fortement chaloupé, les fausses solutions contraignantes et la batterie qui emporte tout comme les vagues de la mer. Sunday matinee : une vidéo éclatée nous les montre sur scène devant des

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    images du CBGB, de l’énergie et de la joie d’être ensemble, moment de recharge des batteries et de communion. Des instants à ne pas rater car la musique underground est un bienfait commun. Profitons-en pour expliquer à ceux qui ignorent tout du hardcore : comparé au hardcore le punk est un gros matou endormi sur le canapé de la maison, quant au hardcore il est un tigre mangeur d’hommes qui enfonce la porte de votre demeure. Can’t win : auto-lavage de cerveau immédiat, une batterie qui secoue sans ménagement la poussière de vos méninges calcifiées par le découragement et un brossage revigorant pour vous remettre en pleine forme, prêt à vous battre. Turn up the volume : poussez le potard de la révolte à 13, chœurs masculins qui appellent à l’union, au combat, des mots lancés comme des grenades dégoupillées, dégelée de cymbales, les guitares donnent l’assaut, galopades, appel à la Révolution. Le peuple ne sera guidé que par lui-même. Art of silence : moins de cinquante secondes pour mettre les choses au clair, les marxistes diraient que les sentiments petits-bourgeois interindividuels ne doivent pas amoindrir le temps que vous devez à la lutte. Shots  fired : un bon ennemi est un ennemi mort, la vengeance est un plat qui se mange froid. Ce n’est qu’un début. Le genre de morceau, d’une telle violence, que beaucoup désapprouveront. Ils auraient tort. Hell to pay : ce titre pour ceux qui n’auraient pas compris le précédent, vous avez eu droit à la violence extérieure, voici l’intérieure, celle qui vous brûle d’un feu indomptable, avertissement sans frais, à tous ceux qui voudraient se mettre en travers de mon chemin. Evolution of madness : grincements, la folie monte, partout autour de moi et en moi, vases communicants, crachats de haine contre un monde qui va mal. Skip the trial : ne s’en prendre qu’à soi. Mieux vaut mourir de sa propre main que de celle du juge. Il y a toujours une issue de secours qui s’offre à vous. Cette apologie du suicide heurtera les consciences chrétiennes… Obey : les deux voies de l’obéissance, celle de la société, celle de la désobéissance qui n’est que l’obéissance à la nécessité de la lutte. Ne pas confondre avec le péremptoire  Indignez-vous ! si à la mode par chez nous voici quelques années, s’agit de gueuler dans le but de d’aider et de pousser le monde à péricliter. Au plus vite. Eyes open wide : nécessité de garder les yeux grands ouverts, afin de ne pas se perdre dans ses propres noirceurs, voir la situation pour mieux s’y confronter, même si c’est dur, pour mieux la combattre sans jamais mollir.

             Un disque dont il est impossible d’arrêter pour passer à un autre. Tous les morceaux sont un tantinet construits sur le même schéma sonore, c’est cette particularité qui   donne à l’album  sa force, qui vous empoigne et vous oblige à marcher à coups de coups de pied au cul. Idéologiquement le sentier est étroit, entre la révolte et l’appel à la lutte armée, l’on pense au MC 5… évidemment les temps ont changé, ils ne sont plus à l’optimisme…

    Damie Chad.

     

    *

             Tiens un groupe qui a pris un nom latin, c’est sympa, la langue de Virgile ce n’est pas de la petite bière, ben non, c’est le titre de l’album, alors c’est qui ? non de Zeus, ils l’ont bien caché ! J’aurais pu commencer autrement, un groupe qui sort un album en novembre, doit y en avoir plusieurs centaines, ben non, ils se distinguent ils en sortent deux, c’est plus rare, ah ! j’ai repéré le nom du groupe, c’est un chiffre : 1914, avec un tel blaze ils profitent de la date commémorative du 11 novembre. Non ils ne surfent pas sur l’actualité, z’ont déjà dix ans d’âge, le groupe s’est formé en 2014, par contre des monomaniaques, des enragés, un groupe qui a trouvé sa thématique, la guerre de 14-18 ! Après tout à chacun son dada, leur premier album sorti en 2015 ne se nommait-il pas Eschatology of War autrement dit les fins dernières de la guerre. S’intéressent de près au sujet…  Dans tous les cas, avec les millions d’obus échangés durant ce conflit, n’est-ce pas une véritable aubaine pour un band métallifère, rien de plus bruyant qu’un bombardement, et rien de davantage full metal sur votre jacket !  Y avait juste un détail minuscule que je n’avais pas remarqué.

    VIRIBUS UNITIS

    1914

    (Napalm Records / 2025)

             Que voulez-vous, parfois le hasard fait mal les choses. Ou alors bien, cela dépend de la manière dont vous les appréhendez. Parfois l’Histoire vous rattrape ou alors ils ont senti venir l’entourloupe. De la prescience. Par chez nous, personne n’y croyait. L’on criait au bluff. Z’étaient mieux placés que nous. Vous comprendrez pourquoi lorsque je vous aurais dit qu’ils sont de Liuv. Vous ne connaissez pas : c’est en Ukraine. Je n’entends ni prendre parti pour les Ukrainiens ou les Russes. Je déplore simplement tous ces morts sur les champs de bataille. Les villes détruites, les civils assassinés… Tout cet argent, des milliards, pour enrichir les marchands de canon… Soyons égoïstes, la guerre l’on sait quand et où ça commence mais pas où et quand ça finit. Regardez l’Espagne en 36 et l’engrenage qui s’en est suivi…

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             En tout cas, la couve est bluffante, très Death metal, au fond  la silhouette de la Mort, infatigable moissonneuse munie de sa faux tranchante, à ses côtés nous dirons l’ange exterminateur de l’apocalypse, au premier plan difficile de donner un nom à ces formes indistinctes, des cadavres, des combattants, des nids de mitrailleuses… mes pauvres yeux ne me permettent pas de voir mieux. Elle est signée par Vladimir ‘Smerdulak’ Chebakov, d’origine russe, l’a eu le déclic à l’âge de huit ans lorsque la pochette de Killers d’Iron Maiden lui est passée entre les mains. Depuis il dessine des pochettes pour des albums de metal. Son surnom signifie ‘’odeur’’, on la subodore mauvaise, en latin. Un art puissant et mortifère.

    K.K. LIR. Lemberg Nr.19 Fähnrich, Rostislaw Potoplacht : drums /

    k.u.k. Galizisches IR Nr.15, Gefreiter, Ditmar Kumarberg : vocal /

    K.K. LIR Czernowitz Nr.22 Oberleutnant, Witaly Wyhovsky : guitars /

    K.K. LIR Stanislau Nr.20 Zugsführer, Oleksa Fisiuk : guitars /

    k.u.k. Galizisch-Bukowina’sches IR Nr.24, Feldwebel, Armen Howhannisjan : bass /

    Les abréviations K. K. LIR : signifient : Régiment de réserve d’Infanterie Royal et Impérial / Les abréviations k.u.k. IR désignaient les Régiments d’Infanterie royale et impériale. Vous remarquez que chacun a choisi son régiment et son grade : enseigne, soldat, sous-lieutenant, caporal, sergent.

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    Par souci d’identification, les membres du groupe se sont symboliquement enrôlés dans une des compagnies d’un régiment de leur choix. En hommage à tous les morts de la première guerre mondiale et vraisemblablement pour mieux ‘’ coller’’ au récit mis en scène par l’album.

             En France nous connaissons avant tout la guerre de 14-18 par l’affrontement qui se déroula sur notre sol entre les troupes françaises et les troupes allemandes. C’est oublier le rôle important de l’Empire austro-hongrois dans le conflit. Si les allemands se chargeront du front Ouest, ils laissent dans un premier temps les Austro-Hongrois libres de mettre à genoux la Serbie, de l’Italie et de la Russie. L’empire Austro-Hongrois va peu à peu s’épuiser, qui trop embrasse mal étreint, le Reich Allemand se chargera plus tard du front russe, politiquement et militairement le Reich prendra l’ascendant sue les Habsbourgs. L’empire Austro-Hongrois, sera le grand perdant de la première guerre mondiale. Reste le problème de l’Ukraine – n’oublions pas que nos musiciens sont Ukrainiens -  longtemps dominée par la Pologne, puis par l’Autriche et la Russie qui toutes deux exercent une forte influence sur les régions qu’elles contrôlent. A la fin de la guerre, profitant de la défaite de l’Autriche la Pologne essaie de récupérer l’Ukraine… Ce rapide résumé d’un imbroglio géopolitique extrêmement complexe peut permettre de comprendre la trame historiale du récit de cet album. 

    Pour ceux qui répugneraient à  se plonger dans des livres d’histoire, je conseille deux romans, le premier, sans aucune prétention historique, Taïa d’Albert T’Serstevens se déroule au tout début du conflit lors de l’assassinat de l’Archiduc d’Autriche Franz-Ferdinand en juin 1914, le deuxième Le Don Paisible de Mikhaïl Cholokhov nous emmène chevaucher avec les Cosaques Ukrainiens durant la Révolution Russe… Deux bouquins haletants, d’aventures et politiques, qui aident à réfléchir.

    Dernière remarque, non dénuée d’ironie, le titre Viribus Unitis peut se traduire : par  les Hommes Unis. Viribus Unitis  était la devise de de François Joseph 1er (1830-1916).

    War In ( The begining of the fall) : : vous attendez un déferlement métallique, mauvaise pioche, un vieux disque qui grésille, un peu vieillot, démodé, bien loin d’une fanfare fanfaronne, un chant teinté d’une certaine nostalgie, hymne national qui fut celui du Reich Allemand, et de l’Autriche…  1914 : The siege of Przemysl :

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    Les Russes attaquent à Lemberg ville alors située en Autriche tout près de la frontière avec l’Ukraine, aujourd’hui Lemberg devenue Lvuv se situe en Ukraine. La forteresse de Przemyls fut prise par les Russes après cent jours de combat… Une Lyric  Video de Napalm Records offre photos et films… 1914 ne joue pas sur le tintamarre, la voix gronde comme le souffle d’un géant dont la respiration suffirait à évoquer la violence épique des combats, c’est elle qui orchestre le galop fou de la batterie et l’élan lyrique des cordes électriques. Quand survient la joyeuse musique d’un défilé militaire, l’on n’est pas surpris, ce n’est pas vraiment une cassure, juste un épisode parmi d’autres emporté par le courant de l’Histoire. 1915 (Easter Battle for the Zwinin Ridge) : il fallut plusieurs mois de combats acharnés aux troupes allemandes et austro-hongroise pour prendre la crête de Ziwni située à mille mètres d’altitude : victoire et optimisme, la rage l’emporte sur l’horreur de la guerre, batterie en rafales de mitrailleuses, assourdissances orchestrales, l’ouragan passe et se déchaîne, cris haineux d’invectives, parfois malgré la fureur le silence plane dans les bruitances, peut-être sont-ce les âmes des morts qui s’élèvent vers le ciel ou qui s’enfoncent dans le sol gelé, idée d’un engloutissement général, une fosse commune, celle des hommes vivants côte à côte, le morceau se termine sur les échos lointains d’une messe, le pain de Pâques n’est-il pas pétris de sang et de terre libérée !

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    1916 : The Süditirol offensive : L’Italie entre en guerre en 1915. Les armées austro-hohgroises contre-attaquent, les Italiens demandent l’aide des Russes dont l’intervention i monopolise une partie des forces austro-hongroises qui n’ont plus assez de vigueur pour avancer en Italie : Napalm Death offre une bande dessinée animée, dirigée par Tania Pryimych, qui relate les combats, terrible à dire mais cette vision d’acier de neige moirée de bleue, d’éclats orangée et de taches sanglante, rend la guerre sinon belle du moins esthétique… ce n’est certainement pas un hasard si la chaîne YT dédiée à cet album porte le nom de Poetry of War, terrible ambivalence marquée par la devise adjacente : ‘’Quand la mort devient absurde, la vie en devient encore plus absurde’’ : feu nourri nous sommes plongé au cœur de la bataille, mais la musique, parfois imitative prend le relais, la bande-son est d’une intelligence démoniaque, elle est en même temps répétitive tout en étant variée, par exemple cette espèce de duo chant / basse, tout en relatant les différents mouvements de la bataille, d’un côté nous sommes dans l’action, nous n’en savons pas plus loin que le bout de notre fusil, un peu à la manière de Fabrice à Waterloo, et de l’autre nous avons une vue générale du mouvement des troupes. Un chef d’œuvre sonique. La grande gagnante reste la grande faucheuse. 1917 : The Izonzo front : les Italiens bloqués par le fleuve Izonzo (= Soca) lancent une offensive, il faudra pas moins de neuf grandes batailles pour les arrêter. Les austro-hongrois devront demander l’aide des Allemands pour stopper l »avance Italienne. Les Italiens ont perdu une grande bataille mais pas la guerre. Résultats des courses : un million de morts, un million de blessés : en intro une martiale déclaration d’un dignitaire italien, ensuite hachis menu de la mêlée, la rage, juste la rage, plus rien ne compte, l’on se bat avec son arme puis avec son corps, combat singulier, face à un ennemi, face à son destin et à soi-même, pendant ce duel la guerre ne s’arrête pas, l’on tient le compte des morts, la bataille continue imperturbable, la batterie joue au canon, rupture, une simple guitare acoustique après le déferlement électrique, l’on entend une voix italienne, que dit-elle, est-ce vraiment important de le savoir, tout cela a-t-il seulement un sens. 1918 : part 1 : WIA  Wounded inaction) : les forces anglaises et françaises viennent à la rescousse des Italiens qui doivent reculer mais qui finissent par stopper l’armée austro-hongroise sur les hauteurs de Montello. Attention, le ton change, jusqu’à maintenant nous avons surtout suivi un soldat engagé en des combats qui le dépassent quelque peu, désormais nous rentrons en son histoire personnelle : musique militaire triomphante, chœurs d’hommes virils et dominateurs, il pleut de la musique, de plus en plus assourdissante, de plus en plus pesante, elle est sur votre dos, vous ne vous relèverez pas, d’abord pensez aux efforts surhumains nécessaires à ces centaines de milliers d’hommes, il est tombé, il est blessé, les obus tombent, vaincu lui-même mais les lignes s’effondrent, chœurs d’hommes, background processionnaires, tintements tels des instants suspendus sur la conscience du monde, hurlements collectifs, vocal enragé,  la réalité s’engourdit, elle ralentit, elle se tait. 1918 Part 2 : POW 5 Prisoner of War (Feat. Christopher Scott) : Christopher Scott est le chanteur du groupe metal américain Precious Death : destinée, épisode numéro deux, le groupe ne joue pas, il abat du son, il martèle, il ne chante plus, il prend la parole, le monologue intérieur d’un prisonnier sous le joug au travail forcé, sont des milliers comme lui, il n’est plus que le maillon d’une souffrance collective, une seule décision, intime, prendre la décision dans sa tête de tenir, de sortir vivant de cet enfer, espérer  survivre à la der des ders, si horrible qu’elle ne peut être que la dernière, le discours politique reprend vantant la victoire de l’armée italienne… 1918 Part 3: ADE (A duty to escape) (feat. Aaron  Stainthorpe) : Aaron Stainthorpe est le chanteur du groupe britannique My Dying Bride :

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    une vidéo animée de  Costin Chioreanu débute par une scène saisissante, celle du cadavre d’un soldat abandonnés sur le terrain qui peu à peu se fond dans la pierraille, il est désormais devenu une partie parcellaire du paysage… Ils sont trois à s’échapper du camp, trois ombres noires qui traversent des champs de neige et se confrontent à l’escalade  de la montagne, ils ne sont pas seuls, dans leurs tête les rejoignent leurs femmes et leurs enfants, l’évasion se métamorphose en voyage intérieur, en voyage au centre de soi-même, ils arpentent des abîmes de pensées,  l’image magnifiée et fantomatique de la Victoire de la patrie Austro-hongroise se métamorphose en celle de la sombre camarde à la faux assoiffée, trois camarades face à la Mort qui envoie une patrouille à leur rencontre, ils ne sont que deux, ils ont perdu un camarade et toutes leurs illusions. Dans sa tête il se dit qu’il ne sera plus jamais dupe. Bienvenue en Autriche. Meurtrière. Une musique noire, batterie saccadée, vocal au plus profond des entrailles, des chœurs surgissent, sont-ce des chants funèbres grégoriens ou la conscience des morts qui s’amalgame au pas des survivants, qui marchent avec eux, car ceux qui sont morts ne mourront plus jamais, étrangement la musique se fait lyrique, le danger ne provient-il pas davantage des vivants que des morts qui marchent avec nous, qui nous accompagnent en nous. Peut-être même sommes-nous davantage constitués de morts que de vivants. Magnifique oratorio. 1919 (The Home Where I Died) (feat. Jerome Reuter) : (Jérome Reuter est  le fondateur-chanteur-compositeur du groupe Rome, voir notre livraison 667 du 29 / 11 / 2024.) / En 1918 l’Ukraine retrouve son indépendance que lui dénient la Pologne et  l’URSS qui finira par l’annexer en 1922… : pointillés sonores, seraient-ce des bruits indus des rafales de mitrailleuses lointaines et assourdies qui se transforment en notes de piano avant de se muer en distorsions, avant de résonner en dos majeurs pianistiques, mais le son est voilé, comme vrillé, le héros désabusé est de retour, va-t-on le reconnaître, serait-il méconnaissable, on l’attendait, tout est bien qui finit bien, mais quelle nostalgie, quelle gravité dans le timbre de Jérôme Reuter, il a rencontré d’anciens frères de combat, les russes attaquent l’Ukraine, la guerre ne finira donc jamais, pensez à vos familles, il les rejoindra, l’Ukraine l’attend, n’est-ce pas son devoir de la défendre… War out : (the end ?) : le disque finit comme il a commencé par un chant patriotique, cette fois-ci en l’honneur de l’Ukraine. La guerre se terminera-t-elle un jour ? Un point d’interrogation instille l’idée d’un doute… Un siècle après, une certitude établie : la guerre entre l’Ukraine et la Russie a recommencé…

             Un disque d’actualité qui dit beaucoup plus qu’il ne raconte. L’ensemble est splendide.

             N’empêche qu’il pose une question essentielle : puisque l’homme est un être pour la mort  serait-il aussi, j’ai envie d’écrire par conséquence, un être pour la guerre ?

             Metal-rock ou rock actuel ?

    Damie Chad.

     

    *

             Tiens si j’allais regarder les nouveautés sur Western AF, présentent toujours des artistes, bluegrass, country, roots. La dernière fois ils m’ont bien eu. Suis tombé sur une  rockeuse, très bien d’ailleurs, mais moi je cherchais un autre style. Premier coup d’œil une fille avec une guitare, c’est parti. Même pas regardé l’engin qu’elle avait  entre ses pattes, c’est au premier son que j’ai compris que je m’étais fourvoyé.

    WISHING BONE BLUES

    CRISTINA VANE

    (Western AF / 2021)

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    Elle sourit, gros plan sur son instrument, ce n’est pas une guitare, une poêle à frire, un résonateur, pas de doute, son petit doigt est armé d’un bottleneck, ô la chienne ! qu’est-ce qu’elle joue bien, du blues à la Skip James, à la Blind Willie Jefferson, cette manière d’espacer les notes alors que son appareil continue de ronronner, et puis cette voix, fluette, rien à voir avec les rocailles du vieux sud,  elle vous prend aux tripes, elle vous emporte en son monde, plus tard j’apprendrai qu’elle chante ce qu’elle a vécu, qu’elle a quitté Los Angeles, toute seule dans sa voiture, qu’elle a pris la route, à l’aventure durant sept mois, des nuits dans la tire, ou sous la tente, et d’autres sur des canapés, mais le matin elle repartait.

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    Elle vient de loin. De partout. Italie, France, Angleterre, sans compter des ascendances guatémaltèques. Elle a étudié à Princetown, a trouvé du boulot à Los Angeles dans une boutique de guitare folk… au bout de quatre ans elle a pris la route, s’est arrêtée à Nashville pour enregistrer un disque : Nowhere Sounds Lovely (2021), sera suivi de Make Myself Me Again (2022) et Hear My Call en février 2025.

    C’est vraisemblablement en cette occasion qu’elle est revenue chez Western AF.

    CRISTINA VANE

    LIVE PERFORMANCE / WESTERN AF

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    Difficile de faire plus minimaliste, peu de lumière, très opportunément le plancher est composé de lattes bleues, la scène est vaste, ils sont trois, si espacés qu’on ne les aperçoit que très rarement ensemble, Jeff Henderson le bassiste est légèrement décalé par rapport à Cristina, plus loin Roger Ross caresse sa batterie, pas une once d’esbrouffe, ils ne jouent pas fort mais juste, ce qu’il faut pour que vous prêtiez l’oreille et montiez le son, vous laissent libre, donnent l’impression de jouer ni pour eux, ni pour vous, sont là pour servir la musique. Ne se préoccupent que de l’essentiel. Ils ne racolent pas même si le rythme caracole. Little Black Cloud est une petite tornade à lui-tout seul. L’ergot au pouce de Cristina lance la danse très vite relayée par le vocal tout aussi rapide, les deux guys sont collés à la guitare, derrière mais impulsifs, jamais devant, c’est elle qui mène le jeu, le morceau est comme une orange bleue qu’ils n’entendent pas partager. Entraînant certes, mais d’une solitude absolue, paroles répétitives, nul besoin d’expliquer ceci ou cela, le vilain petit nuage est dans sa tête, disons que c’est une tentative d’approche de soi-même par soi-même. Travelin’ Blues prend la suite, plus relax mais pas tant que cela, si parfois la voix s’étire un peu elle rebondit par la suite, elle voulait lâccher une bouffée de tristesse sur le monde, elle est sur la route, pour échapper à la laideur de l’univers, ce n’est qu’en quittant le lieu par lequel elle passe qu’elle se sent mieux, oui la route est douce, elle serait mieux avec lui, elle a essayé, elle n’a pas réussi, se souviendra-t-elle seulement de lui lorsqu’elle mourra. Ce n’est pas qu’elle est cruelle, c’est qu’elle ne croit pas à la beauté des choses, la route ne conduit nulle part, l’oubli est partout, c’est son chemin à elle. Getting High in Hotel Rooms beaucoup plus proche du blues, disons qu’ici le blues de l’anatole ressemble un peu au Tombeau pour Anatole que Mallarmé avait tenté d’écrire à la mort de son petit garçon, rien de mieux qu’une

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    chambre d’hôtel pour faire le point sur soi-même parce que sur les autres c’est une cause perdue, elle veut bien essayer, elle ne peut pas, elle voudrait bien, le reste des paroles sont glaçantes, une mouche qui se débat contre la vitre de ses pensées qu’elle a élevées entre elle et le monde, dans le seul but d’être seule… elle n’insiste pas sur les accords, elle ne fait pas pleurer sa guitare, mais je crois que je n’ai jamais entendu un blues d’une telle désolation. Blues de la tour d’ivoire bleue. Make Myself Me Again : elle s’est aperçue qu’elle a son résonateur dans les mains, alors elle vous montre comment elle sait s’en servir, aucune vantardise, chez elle c’est naturel, elle sait jouer alors souvent elle fait juste le minimum, comprenez le maximum où très peu parviennent à se hisser. Elle vous promet qu’elle va se reprendre, qu’elle a envie de faire des efforts, mais de temps en temps elle lâche en deux ou trois mots la réalité de son état, elle est fatiguée, non ce n’est pas une dépression juste sa philosophie de la vie, que le monde ne présente aucun intérêt, que les autres ne valent pas le coup, aucun mépris, elle ne vaut pas mieux, ce n’est pas qu’elle est pire, simplement un peu plus lucide que la moyenne, bref vous avez compris, elle est plus près du  blues que vous ne le serez jamais. Que jamais personne ne l’a été.

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    Damie Chad.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 696 : KR'TNT ! 696 : JON SPENCER / BRIAN WILSON - SLY STONE / MOVE / FIEP / THESE ANIMAL MEN / PATRICK GEOFFROY YORFFEG / MANIARD / GENE VINCENT /

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 696

    A ROCKLIT PRODUCTION

    FB : KR’TNT KR’TNT

    26 / 06 / 2025

     

     

     JON SPENCER / BRIAN WILSON – SLY STONE

    THE MOVE / FIEP / THESE ANIMAL MEN

    PATRICK GEFFROY YORFFEG

     MANIARD  / GENE VINCENT

     

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 696

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http://kr’tnt.hautetfort.com/

     

    Wizards & True Stars

     - Spencer moi un verre, Jon

     (Part Four)

     

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             Jon Spencer déboule vite fait sur scène. Il sort de son Twin Reverb une petite planchette de contre-plaqué qui doit faire 10 x 10 cm et sur laquelle sont gaffées deux vieilles pédales hirsutes. Premier gros pied de nez à la frime du rock. Il s’agenouille

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    et branche un jack d’un côté et un autre de l’autre. Pouf, c’est réglé. À côté du Twin Reverb, t’as un petit Peavey. Pouf, c’est tout. Deuxième pied de nez à la frime du rock. Pas de connard qui vient tester les guitares pendant une plombe. Spence porte un petit costard boutonné et des mocassins blancs. Pouf, troisième pied de nez à la frime du rock. Il a un nouveau Blues Explosion : Kendall Wind (bass) et Macky Spider Bowman (beurre) des Bobby Lees. Deux jolis spécimens de wild-as-fucking fuck.

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             Après le pouf, c’est le bhammm ! Car ça joue tout de suite. Right on ! On est pourtant habitué aux départs arrêtés du JSBX, mais là, ça semble encore plus explosif, car Bowman the man est un fantastique batteur extraverti, et Spence rentre aussitôt dans le chou de son vieux lard cabalistique, ça ramdame dans les brancards, ça groove dans les bastaings, ça percute dans les percoles, ça buzze le jerk, ça décorne les vikings, ça ricoche dans les racks, ça bigne dans la beigne, ça t’intercepte

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    le missile, ça te claque toutes les voiles, flip flop, ça rue dans le rock, ça riffe dans la rafle, ça tire à boulets rouges, ça te cloue ton vieux bec vite fait, ça remet bien ta maudite pendule à l’heure, t’auras jamais de rock plus raw que celui de Jon Spencer. Ça n’en finit plus de claquer la claquemure, de fracasser la rascasse, de te scier des branches, de t’allumer des lampions sous le crâne, ça n’en finit plus de t’alarmer et de t’appareiller, de t’emboîter et de te déboîter, tu sais où t’habites et en même temps

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    t’en es plus très sûr, tu localises des bribes à la volée, tu reçois le vieux «Skunk» d’intro entre les deux yeux, c’mon ! t’ouvres la bouche et t’avales «2 Kindsa Love», gloups, ça te survolte, ça te ramène dans le cœur du vieux raw, t’as même le vieil «Afro» qui date du temps d’Acme, Acme, baby, rrrrremember ? Alors oui ça claque dans tes cacatois, ça te burn le carbu, ça va et ça vient entre tes seins si t’as des seins, ou entre tes reins si t’as pas de seins, alors comme t’as pas de seins, c’est entre tes

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    reins, de toute façon, le groove fait exactement comme il a envie de faire, c’est lui qui décide, pas toi, oh et puis tu chopes ce vieux hit d’Acme, «I Wanna Make It All Right», ça descend bien ton avenue, ça sert bien tes intérêts, ça va dans ton sens, à un point extraordinaire, s’il est un mec sur cette planète habilité à groover l’I wanna make it all right, c’est bien ce démon de Jon Spencer. Il dégouline vire fait, mais garde son veston boutonné. Looka here ! Il est encore plus beau qu’Elvis, plus classe qu’Eddie Cochran, plus wild que Little Richard. Et puis comme d’usage avec cette

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    superstar, le set s’éternise et voilà qu’il claque le vieux riff de «Wail» avant de terminer par un prêche anthemic, l’occasion pour lui de saluer la mémoire de Little Richard et de rappeler qu’il est essentiel de rester Together pour lutter contre des fucking fascistes qui s’installent au pouvoir. S’il avait été maître à penser et candidat à un trône rock, il est évident qu’on aurait tous voté pour lui.

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             Tu vas te régaler à l’écoute de Sick Of Being Sick!, l’album qu’il vient d’enregistrer avec ses amis Bowman et Wind. C’est du Spencer grand cru, dès le «Wrong» qui sonne comme une attaque frontale de destruction massive, c’est le blast des cavernes new-yorkaises. Il n’a jamais été aussi défonce-man, oh c’mon ! Avec «Get Away», il retombe dans tous ces vieux travers de wild preacher, got to get away go ! Il faut le voir insister sur le go ! Toutes les dynamiques sont là, intactes, parées de leur somptueuses imparabilité. Quel sommet ! Fin explosive de balda avec «Out Of Place», il sort sa plus belle fuzz et ça pulse dans la purée fumante. C’est énorme, concassé, déstructuré, d’une modernité demented. Et en B ça repart de plus belle avec «Fancy Pants». Quelle dégelée ! Rien que de la dégelée ! La magie se remet en branle. Si t’as jamais vu de la magie se mettre en branle, c’est là. Et t’as Bowman qui te bat tout ça ultra-sec et ultra-net. Ce mec est un crazy cat. Et t’as tout le spirit qui monte, c’mon ! Spence passe un anti-solo dans «Guitar Champ» et en plus t’as la profondeur de l’écho. Ce Sick Of Being Sick! est sans le moindre doute l’un des meilleurs albums des temps modernes. Spence te rocke le boat comme personne. Tu participes à la fête en continu et la fête se termine avec «Disconnected», hey disconnected once again ! C’est pulsé au basmatic invasif et cette façon qu’il a de monter son once again !

    Signé : Cazengler, Spencer les fesses

    Jon Spencer. La Maroquinerie. Paris XXe. 4 juin 2025

    Jon Spencer. Sick Of Being Sick! Bronze Rat Records 2024

     

    Wizards & True Stars

     - The Sly is the limit (Part Four)

    & Brillant Wilson (Part One)

     

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             Zut ! Z’ont cassé leur pipe en bois ensemble. Enfin, à deux jours d’intervalle. Sly Stone et Brian Wilson. Même âge : 82 balais. Même coin : Californie. Même niveau : légendaire. Même magie : blanche pour le Beach, noire pour le Stone. Même genre d’art : céleste pour le Beach, total pour le Stone. Même constance : soixante ans pour le Beach, soixante ans pour le Stone. Même soif de dope : LSD pour le Beach, crack-boom pour le Stoned Stone. Même fuck you attitude : «I Just Wasn’t Made For This Time» pour le Beach, «Don’t Call Me Nigger, Whitey» pour le Stone. Même empreinte universelle : «Sail On Sailor» pour le Beach, «Dance To The Music» pour le Stone. Même punch in the face : «Do It Again» pour le Beach, «I Want To Take You Higher» pour le Stone.  Même hauteur : 20 m pour le géant Beach, 20 m pour le géant Stone. Même sens de l’œuvre : des centaines de compos magiques pour le Beach, des centaines de compos magiques pour le Stone. Même goût de l’amitié : Andy Paley pour le Beach, George Clinton pour le Stone. Même genre d’admirateurs : Tony Rivers & The Castaways, Harpers Bizarre, Eric Carmen et Explorers Club pour le Beach, Bobby Freeman, Billy Preston, Jim Ford et Iggy pour le Stone. Même imparabilité des hits : «Dierdre» pour le Beach, «Family Affair» pour le Stone. Même sens du particularisme viscéral : sens aigu des harmonies vocales pour le Beach, extrême délicatesse harmonique pour le Stone. Même don d’ensorcellement : «Vegetables» pour le Beach, «Everyday People» pour le Stone. Même sens de l’œuvre historique : Pet Sounds pour le Beach, There’s A Riot Goin’ On pour le Stone. Même sens de l’œuvre byzantine : «I Know There’s An Answer» pour le Beach, «Thank You (Fallettinme Be Mice Elf Again)». Même actu Ace : Do It Again - The Songs Of Brian Wilson pour le Beach et Everybody Is A Star (The Sly Stone Songbook) pour le Stone. Tu peux y aller les yeux fermés.

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             Do It Again - The Songs Of Brian Wilson fait partie des compiles atomiques d’Ace. T’es là au maximum de ce que peut t’offrir une compile en termes de beauté pure, de clameur mélodique, d’intemporalité des hits et de génie interprétatif. Vers la fin, tu tombes sur les Persuasions qui, avec une magistrale cover de «Darlin’», réussissent à marier la Soul avec Brian Wilson : t’as là le plus beau mariage qui se puisse imaginer. C’est la B-side d’un single, nous dit Kris Needs qui signe les liners. Tout le monde adorait les Persuasions, nous dit Needs. Il cite d’ailleurs Tom Waits : «These guys are deep sea divers. I’m just a fisherman in a boat.» Et t’as juste après Frank Black avec une version abrasivement géniale d’«Hang On To Your Ego», tirée de son premier album solo sans titre. Needs lui rend un sacré hommage, alléguant que le gros transforme le cut de Brian Wilson en «gruff-voiced 90s electro-disco chug.» En ouverture du balda, t’as une cover mythique : Wall Of Voodoo et «Do It Again». Facile pour les Wall, puisqu’ils tapent dans l’un des plus gros hits des sixties. La tension du génie wilsonien est palpable. Alors après, est-ce que tu vas aller écouter les Wall Of Voodoo ? Bonne question. Tu retrouves à la suite une autre tarte à la crème des seventies : The Rubinoos et «Heroes & Villains». Ils ont du courage et s’en sortent avec les honneurs. Ils jonglent avec les harmonies vocales. Première révélation avec Celebration et «It’s Ok». Celebration est un side-project de Mike Love, d’où la qualité. Needs y va de bon cœur : «‘It’s OK’ celebrated summer whoopee with quintessential upbeat Beach Boys bounce and sprightly ’Do It Again’ immediacy in the chorus.» Jan & Dean rendent hommage au génie organique de Brian Wilson avec «Vegetables». Dans cette compile, t’es en permanence au sommet de la pop. Une seule comparaison possible : les Beatles. Et voilà deux autres diables californiens, Bruce & Terry avec «Hawaii». Il s’agit bien sûr de Bruce Johnston et Terry Melcher. Ils caressent Brian Wilson dans le sens du poil à coups de do you wanna come along with me. Needs ne peut pas s’empêcher de rappeler que Bruce Jonhston allait devenir un Beach Boy et que Terry Melcher allait produire les Byrds et fréquenter Charlie Manson. Et puis voilà Epicycle qui explose la vague de «Wake The World». Needs dit le plus grand bien de ce groupe de Chicago : «It’s handled like a reverential mating between a Beatles White Album piano stroller and Gilbert O’Sullivan gone pailsey, recycled through a Californian hallucino-juicer.» Epicycle est le groupe des frères Ellis et Tom Clark. Needs rappelle encore qu’Ellis et Tom sont revenus plus tard avec trois albums de «60s-washed baroque pop peppered with unusual instruments obviously in thrail of mid-period Beach Boys.» Pour les formules catchy, tu peux te fier à Needs. Matthew Sweet & Suzanna Hoffs explosent eux aussi la vague de «Warmth In The Sun», tiré d’un album de covers, Under The Covers. Tu montes encore une fois au paradis. On reste dans un océan de pur jus révélatoire avec The King’s Singers et «Please Let Me Wonder». Quand il a composé ce hit, nous dit Needs, Brian Wilson venait tout juste de découvrir la marijuana. Les King’s Singers sont une chorale de TV show, mais Needs nous rassure en précisant que Bruce Johnston et Mike Love sont dans les chœurs. On croise aussi Louis Philippe («Little Pad», tiré de Smile, alors autant écouter Smile) et The Pearlfishers («Let’s Put Our Hearts Together», David Scott est dessus mais il finit par devenir pénible). Et puis tu te frottes les mains en voyant arriver Bruce Johnston avec une version de «Deirdre», le cœur palpitant de Sunflower. Il y va franco de port, le Bruce, mais ça vire diskö-beat à la mormoille et au lieu de faire wouahhhhh!, tu fais berrrrk !

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             Back to Sly. Ça se bouscule aussi au portillon sur Everybody Is A Star (The Sly Stone Songbook). Ce sont Ike & Tina Turner & The Ikettes qui fracassent l’«I Want To Take You Higher» en mille morceaux. Cover explosive pas des exploseurs, et t’as l’Ike qui la ramène au baryton. Tu retrouves aussi l’excellent Joe Hicks avec un «Life & Death In G & A» sorti sur Stone Flower, le label de Sly. Heavy groove ! Hicks ? Un seul album sur Stax. Révélation avec Eric Benét et «If You Want To Stay», joli funky strut, solidement contrebalancé, quasi sautillé, joué par des cracks du boom-hue. T’en as deux qui ne passent pas : Jeff Buckley avec «Everyday People» (vite soûlant. Il ne plaît qu’aux gonzesses) et Magazine avec «Thank You (Fallentinme Be Mice Elf Again)» (bassmatic anglais, mais ça devient trop prétentieux). Retour aux choses sérieuses avec The Hearts Of Soul et «Sing A Simple Song». Elles sont hollando-indonésiennes. Ça percute bizarrement, avec une voix décalée dans l’écho et un yeah yeah yeah descendant. Elles mettent bien en exergue les finesses harmoniques de Sly. Petit choc révélatoire avec John Lee’s Groundhogs et «I’ll Never Fall In Love Again». White funk power d’early Tony McPhee ! Cut mythique, car produit par Bill Wyman et sorti sur Planet, le label de Shel Talmy. Encore du pur jus de Sly genius avec Six et «I’m Just Like You» : on y retrouve les deux mamelles de Sly, le groove extrême et la modernité flagrante. Nouveau coup de Jarnac avec Rose Banks et «I Get High On You» : fabuleuse attaque de wild funk ! Rose est la poule de Bubba Banks, loubard black, «controversial figure», manager et beau-frère de Sly puisque Rose s’appelait Stone avant de devenir Banks. Bubba a réussi à décrocher un deal sur Motown pour Rose et a même produit l’album, alors qu’il n’y connaissait rien. Rose va vite divorcer. Iggy nous fait le coup du Pop genius avec sa cover de «Family Affair» qui n’est sur aucun album. L’Ig rentre bien dans la peau de Sly. Pure magie blanche et noire. On regagne la sortie avec deux autres coups du sort : The Third Degrees et «You’re The One» (heavy funk de génie, elles t’en mettent plein la vue), puis les Jackson 5 et «Stand!» (et tout le power juvénile des Jackson qui eux aussi t’en mettent plein les mirettes. Alec Palao qui signe les liners parle d’«instrumental riffery and ear-catching moves that were synonymous with Sly Stone music.»  

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             T’as une autre compile Ace consacrée aux hits de Brian Wilson : Songs Of Brian Wilson : Here Today. The Songs Of Brian Wilson. Passer à côté, ce serait faire insulte au génie d’Ace, et pire encore, à celui de Brian Wilson. Ça commence très fort avec un nommé Darian Sahanaja qui reprend «Do You Have Any Regrets» tiré de Sweet Insanity. En plein dans le wall of sound, et même de profundis. Much better ! Cet inconnu est un heavy dude, il plombe l’art de Brian Wilson à coups de marteau, c’est assez monstrueux, tous les ingrédients définitifs sont au rendez-vous. Le mec des liners dit que Sahanaja allait ensuite jouer un rôle considérable dans le travail de restauration de Smile qu’allait entreprendre Brian Wilson. Drian Sahanaja fait aussi partie des Wondermints. S’ensuit une version d’«Here Today» par Bobby Vee qui lui aussi est en plein dans le son. Explosif ! Bobby est dessus, real magic, love is here ! Il va droit au but. Il a été l’un des premiers à sauter sur Pet Sounds. Et on monte encore d’un cran avec les Tokens et «Don’t Worry Baby». Il faut faire gaffe avec les Tokens, ils sont capables de miracles. Ils savent éclater au sommet de leur art, ces mecs nous font tomber de la chaise quand ils veulent, ils maîtrisent l’art des bouquets d’harmonies vocales. Avec «Help Me Rhonda», Bruce & Jerry - c’est-à-dire Terry Melcher et Bruce Johnston - s’en tirent avec les honneurs et un solo de sax. On reste dans les choses sérieuses avec Jan & Dean et leur version de «The New Girl In School». Fantastique jus de Beachy pop, doo ran doo ! Nouvelle extension du domaine de la turlutte avec «Time To Get Alone» par Redwood. Mais rien sur eux dans les liners. Le «Don’t Hurt My Little Sister» des Surfaris est aussi une bénédiction pour l’oreille. Ces mecs sing leur glotte out. Nouvelle horreur sublime avec le «My Buddy Seat» des Hondells. Tout le monde cavale sous le soleil, dans cette compile. Le «She Rides With Me» de Joey & The Continentals est complètement dévastateur, tapé au heavy Beachy Sound, bouffeur d’asphalte, terrific de joie et de bonne humeur. Toute l’énergie des Beach Boys est là. Nouveau coup de génie avec Tony Rivers & The Castaways et «The Girl From New York». C’est littéralement explosé dans l’œuf. Les mecs jouent le psyché les pieds dans le plat, leur power dépasse les bornes. Voilà le wild drive dans son extrême, le drive le plus wild de l’histoire du drive, ça ouh-ouhte avec des breaks de basse dignes de ceux de Larry Graham. Tout aussi effarant, voilà un reprise du premier hit de Brian Wilson, «Surf City» par The Tymes. Belle attaque, t’es tout de suite baisé. On est en plein Beachy world, explosé de son, joué à la basse cra-cra, ces mecs te remontent les bretelles. Keith Green a onze ans quand il enregistre «Girl Don’t Tell Me». Terrifiant de teenage genius et produit par Gary Usher. Betty Everett fait aussi une belle version de «God Only Knows» et avec Carmen McRae, on reste dans le domaine des géantes. Elle explose «Don’t Talk (Put Your Head On My Shoulder)», elle prend la mélodie de Brian Wilson et la porte, elle grimpe jusqu’au sommet de l’art vocal. Elle devient la reine avec ce don’t talk, elle est royale de sublimité, elle traîne ses syllabes comme savait si bien le faire Billie Holiday. Le «Caroline No» de Nick DeCaro coule dans la manche, tellement ça dégouline de big jazz feel. Louis Philippe cherche à restaurer la monarchie avec «I Just Wasn’t Made For These Times» et Kristy MacColl boucle avec «You Still Believe In Me». Elle y épouse langoureusement la courbe de Brian Wilson.

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             Il existe un très beau tribute à Brian Wilson paru en 1990, Smile Vibes & Harmony. Quatre clients s’y partagent les lauriers, à commencer par Billy Childish avec un «409» qu’il faut bien qualifier de dément. Il le pulse au fuzz scuzz de Medway, c’est dire la suprême intelligence du Big Billy. Il a compris l’esprit de la plage. On pourrait dire la même chose de Michael Kastelic et des Cynics qui explosent littéralement «Be True To Your School». Après Mike Love, Kastelic est le meilleur chanteur de Beachy pop, ce mec a véritablement du génie, il sait faire exploser sa Beachy pop dans le beat serré. Quelle leçon de niaque ! Autre réussite patente : Mooseheart Faith avec «Wind Chimes». C’est amené au big drive de basse, et t’es baisé, car la strangeness règne sans partage, à la fois totémique et insidieuse. Et puis les Sonic Youth jouent «I Know There’s An Answer» aux heavy guitars. Ils savent exploser la gueule d’un cut dans leur mur du son et le Moore en profite, car il dispose d’une mélodie chant parfaite. Sinon, on voit les Records taper une copie conforme de «Darlin’», alors quel intérêt ? Et Nikki Sudden referme la marche avec «Wonderful/Whistle In». Nikki dispose d’une voix de rêve, alors il peut entrer dans le délire de Whistle In. Petit régal d’osmose - Remember the day-ay/ The night-ight/ All day long/ Whistle in.

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             Encore un passage obligé : Pet Projects - The Brian Wilson Productions, un autre coup fourré d’Ace. L’une des pouliches de Brian Wilson s’appelle Sharon Marie. On l’entend à deux reprises et notamment dans «Thinking Bout You Baby» qu’elle chante d’une voix de suceuse. On la retrouve vers la fin avec «Story Of My Life». Elle remet bien les choses au carré. Mais elle sur-chante tellement qu’elle semble chanter du ventre. Le coup de génie de cette compile est bien sûr le «Sacremento» de Gary Usher. Quelle bombe ! Cut rampant et terrific. Brian & Gary : wow ! C’est bardé de foxy lowdown et de chœurs qui volent bas. Brian et Gary Usher jouent encore avec le feu dans «That’s The Way I Feel». Admirable profusion de génie sonique. L’autre gros coup de Brian Wilson, c’est The Honeys, un trio féminin dans lequel se trouvent Marilyn, sa poule, et Diane la frangine de sa poule. Elles ont le feu au cul dans «The One You Can’t Have». C’est excellent car pimpant, plein de peps, plein de la vie de Brian. Elles continuent avec «Surfin’ Down The Swanee River», elles flirtent avec la magie, ça explose de vie tagada, elles y vont fièrement. Stupéfiante qualité ! On retrouve aussi American Spring, c’est-à-dire Marilyn et Diane, avec «Shyin’ Away». Elles chantent comme une Judee Sill qui serait devenue joyeuse. Le «Number One» de Rachel & The Revolvers impressionne durablement, mais c’est avec Paul Petersen qu’on frémit pour de vrai. Son «She Rides With Me» est une vraie daze de défonce on the beach. C’est même du glam on the beach. Ce vieux renard de Glen Campbell ramène sa fraise avec «Guess I’m Dumb». Il chante mal. On ne comprend pas que Brian le laisse chanter.

    Signé : Cazengler, Family Stome de chèvre/Brian Wilcon

    Brian Wilson. Disparu le 11 juin 2025

    Smile Vibes & Harmony. A Tribute To Brian Wilson. Demilo Records 1990

    Pet Projects. The Brian Wilson Productions. Ace Records 2003

    Here Today. The Songs Of Brian Wilson. Ace Records 2016

    Do It Again. The Songs Of Brian Wilson. Ace Records 2022

    Sly Stone. Disparu le 9 juin 2025

    Sly Stone. Everybody Is A Star (The Sly Stone Songbook). Ace Records 2025

     

    Wizards & True Stars

    - Move on up (Part One)

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             Il est des zactus qui font le bonheur des vieux fans fanés. Prenons un exemple : la parution de Flowers In The Rain - The Untold Story Of The Move. L’auteur s’appelle Jim McCarthy. Vue d’avion, cette actu paraît insignifiante. En 2025, le nom des Move ne signifie plus grand chose. On vit une époque bizarre où les gens écoutent des albums sur YouTube et s’abonnent sur Amazon pour écouter sur leur smartphone les nouveautés que préconise Rock&Folk. Et plus les groupes sont médiocres, plus ça plait. Bien sûr, quand on a eu la chance de vivre les explosions successives que furent celles du rock’n’roll des late fifties, du British Beat des sixties et du Punk 76, il est tout simplement impossible de se satisfaire de toute cette médiocrité ambiante, et encore moins des mœurs qui vont avec. Fuck it ! Ce n’est pas du passéisme, mais l’expression d’une exigence. Quand t’as écouté les Who et les Move en 1966, tu ne peux pas saisir l’intérêt de trucs comme Lady Gogo ou Michael Jackson. Même chose en littérature : tu ne peux pas passer de Paul Léautaud et de son mentor stylistique Stendhal à des zauteurs de polars, ou pire encore, de science-fiction.

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             Il est important de rappeler ceci : pour les gens d’une certaine génération, le nom des Move inspirait le plus profond respect. En France, on les prononçait ‘Ze Mouv’, alors qu’il fallait les prononcer ‘Ze Mooove’, et bien appuyer sur l’oooo pour accentuer le mystère qui entourait le groupe. «I Can Hear The Grass Grow» naviguait exactement au même niveau que «Strawberry Fields Forever», «Over Under Sideways Down», «Midnight To Six Man», «My Generation» et «The Last Time». Ce genre d’hit t’hookait pour la vie. T’avais les Move dans la peau, de la même façon que t’avais les Beatles, les Yardbirds de Jeff Beck, les Pretties, les Who et les Stones dans la peau. Et si on parle de mystère à leur propos, c’est tout simplement parce que les images du groupe étaient plus rares que celles des Beatles et des Stones. Tu croisais Brian Jones dans Salut les Copains, certainement pas les Move. 

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             Bon, le book de McCarthy n’est pas le book de siècle. Il avoisine les 400 pages, composé dans un corps 10 ou 11 et interligné serré. Ce choix typo t’impose un certain rythme de lecture, t’es obligé d’avancer lentement : c’est bien tassé mais instructif. Pour peaufiner le portrait du contexte, on pourrait ajouter sans vouloir être méchant que McCarthy n’est pas une fine lame, mais il cite à très bon escient. Dans Record Collector, Michael Heatley confirme que McCarthy «is no wordsmith». Son book est extraordinairement bien documenté et, petite cerise sur le gâtö, il a rencontré les gens qu’il fallait rencontrer. Mais bon, il faut s’armer de courage pour en venir à bout. Heatley : «The 400 pages of tightly packed text contains much of interest, but the whole requires considerable dedication to navigate.» On ne peut pas mieux dire.

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    Ace Kefford

             La légende des Move repose sur trois piliers : Tony Secunda, Ace Kefford et Roy Wood. Mais avant d’entrer dans le détail des trois piliers, voyons ce qu’on peut dire des Move en tant qu’entité. Au départ, ils sont 5 : Ace Kefford (bass), Roy Wood (poux), Trevor Burton (poux), Bev Bevan (beurre) et Carl Wayne (chant). Comme Sabbath, ils viennent de Birmingham, Brum City.  Des gens comme Tony Visconti les comparaient aux Beatles. Leur règne «of pandemonium and uproar» ne va durer que 4/5 ans. Ils se positionnent comme un «big feedback group based on the Who», mais tapent dans la collection de singles d’Ace Kefford, et font sur scène du «Motown with a big beat.» Ace collectionne surtout les singles Chess. On qualifie les Move de «super-charged Mod-soul cover band.» Dans le groupe, tout le monde chante. Leurs harmonies vocales sont imparables. Ils sont beaucoup trop doués pour leur époque. Ils touchent à tout : la pop, le r’n’b, et le freakbeat. Ace chante les covers de r’n’b et Trevor le «Something Else» d’Eddie Cochran. Roy Wood dispose d’un registre plus haut : c’est lui qui chante «Fire Brigade». Dans le Melody Maker, Nick Jones exulte : «The Move from Birmingham are a stark, loud, flashy hard punch.» Ils tapent une cover du «Stop Her On Sight» d’Edwin Starr. On qualifie leurs harmonies vocales de «soul Beach Boys». Ace chante aussi le «Morning Dew» de Tim Rose. C’est encore lui qui chante l’«Open The Door To Your Heart» de Darrell Banks. Tout est superbement trié sur le volet.     

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             Au temps de leurs débuts au Cedar Club de Birmingham, ils sont à la même affiche que Little Stevie Wonder, Doris Troy, Inez & Charlie Fox. Puis Tony Secunda leur booke une residency le mardi soir au Marquee Club à Londres. Ils prennent la suite des Who qui jouaient là chaque mardi. Ils partagent l’affiche avec Gary Farr & The T-Bones, un Gary qui voit Ace Kefford comme le leader des Move - The one with blond hair! This guy stands out! - Joe Boyd découvre les Move au Marquee : «They were so fucking loud.» Il flashe sur eux. Cet Américain vient de débarquer à Londres et a vu naître ce qu’il appelle le ‘rock’ aux États-Unis avec Bob Dylan à Newport : «It was definitively not rock’n’roll. It wasn’t pop. It was roots-based. In America, everything was based on American roots.» Et il sent aussitôt la différence avec les «Brummie kids and the LSD revolution.» Pour situer leur impact, Boyd cite Moby Grape et Vanilla Fudge. Il amène Jac Holzman voir jouer les Move au Mecca Ballroom. Holzman est impressionné par le groupe, mais le contact ne se fait pas dans la loge. Les Move ne savent pas qui est Jac et ne connaissent pas Elektra. Les Brum kids restent de marbre.

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    Tony Secunda

             Tony Secunda manage les Move. Roy Wood ne l’aime pas trop. Il s’en méfie un peu. Il lui met sur le dos la responsabilité de l’échec des Move aux États-Unis - The failure of the Move in America was down to bad management - We didn’t get the breaks. It was all madness with Secunda. I tried to distance myself from it as far as I could.

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    Carl Wayne

             Sur scène, les Move font feu de tout bois, avec des coups de hache et des stroboscopes. Carl Wayne démolit des télés et une Chevrolet à coups de hache. Un certain Allen Harris affirme que les Pink Floyd ont copié le light-show des Move. Par contre, côté finances, c’est pas terrible. On retrouve les petites arnaques habituelles. Trevor Burton affirme qu’il n’a jamais rien touché à l’époque : «I never got any royalties. I got about £1,000 I think at the end, for everything. Denny Cordell and Secunda had the rest, I think. God bless ‘em!».

    jon spencer,brian wilson + sly stone,the move,fiep,these animal men,patrick geffroy yorffeg,maniard,gene vincentTrevor Burton

             Quand Jimi Hendrix débarque à Londres, il fait des ravages. Tout le monde se fait boucler les cheveux : God, c’est-à-dire Clapton, Ace et aussi Trevor. C’est Jessie, la femme d’Ace, qui leur fait les permanentes. Mais les autres Move se foutent bien de leur gueule - the other members fell about laughing when they saw the new ‘Brum Fro’ perms - John Cooper Clarke les qualifie de «gone wrong Mods». Ce qui les isole un peu plus au sein du groupe. Car Ace et Trevor sont des acid heads, alors que les trois autres sont des beer guys. Le fossé se creuse entre les deux clans, comme il s’est creusé dans Hawkwind et dans Dr Feelgood : les speed-freaks d’un côté (Lemmy et Wilko) et les autres de l’autre. Ace et Trevor boivent l’acide au goulot. Trevor : «It was still legal then». Et il ajoute ça qui est important : «You never knew what the dosage was. I think Ace and I were some of the first people in England to do acid back then.» Trevor poursuit : «It was only Ace and me that took drugs in the Move. We were like kids in the sweet shop. Our other thing was amphetamines. Quand tu joues six soirs par semaine, t’as besoin d’un petit remontant.» Bien sûr, Ace en a abusé et Trevor dit qu’il était déjà «crazy» et que ça ne l’a pas arrangé - And he went off then rails - Et avec son Afro, il a perdu un peu de sa coolitude. Bev dit aussi qu’il portait  des «granny glasses», ce qui n’arrangeait rien. 

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             Les Move vont vite passer du r’n’b à un son plus West Coast, avec des reprises des Byrds, de Love et de Moby Grape. En 1967, nous dit Will Birch, «they were still ultra tight and ultra convincing on stage.» Et le groupe va commencer à se désintégrer. Secunda crée le scandale en s’attaquant au Premier Ministre Harold Wilson et les Move se retrouvent au tribunal. Ils virent Secunda et se rapprochent de Don Arden. Les Move tournent avec Pink Floyd, The Jimi Hendrix Experience et Amen Corner. On dit que ce package est l’un des «best ever to tour the UK.»

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    Hendrix + Trevor

             Début de la fin des haricots quand Ace quitte le groupe. Trevor prend la basse. Au lieu de partager à 5, ils décident de continuer en partageant à 4. Le groupe tient encore bien la route grâce au «Roy Wood eccentric but commercial songwriting.» Puis Trevor Burton quitte le groupe. Il n’a que 19 ans et il fréquente des gens comme Jimi Hendrix. Il ne supporte pas de voir ses collègues commencer à vouloir porter des peintures de guerre sur scène - Well thankfully I left before the warpaint came along - Il ne supporte plus non plus la pop ni «Flowers In The Rain» - I didn’t want to do pop music anymore - Il préfère le blues. Rick Price le remplace. Rick sent tout de suite la tension qui existe entre Roy Wood et Carl Wayne.

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             McCarthy évoque aussi la tournée américaine de 1969 : les Move traversent les États-Unis en bagnole, car ils n’ont pas de budget, donc pas d’avion. Ils montent sur scène au Grande Ballroom de Detroit avec les Stooges. Puis ils partagent l’affiche du Fillmore West de San Francisco avec Joe Cocker et Little Richard. Ils sont cinq dans la bagnole : Bev, Roy, Rick, Carl et Upsy, le road manager.

             Carl Wayne caresse pendant un temps l’idée de ramener Ace et Trevor (The fire of the band) dans le groupe, mais ça n’intéresse pas Roy qui préfère rester sur sa mouture Price/Bev/Carl. Carl se met en pétard et traite Roy d’égoïste. Fuck you ! Et il quitte le groupe.

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             Quand fin 1969 Carl Wayne quitte les Move à son tour, juste après «Blackberry Way», il est remplacé par Jeff Lynne. Avec les départs d’Ace, de Trevor et de Carl, «all the verve, the crazy fire, the wild energy - alas - was all well and truly gone», nous dit McCarthy. C’est là que Roy Wood se peint le visage et passe au very-heavy rock avec «Brontosaurus». En gros, les Move ont échoué là où ont réussi les Kinks, les Who et les Small Faces.

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             C’est l’occasion ou jamais de ré-écouter cette belle box blanche, The Move Anthology 1966-1972, parue sur Salvo en 2008. C’est de toute évidence le meilleur moyen de mesurer le power des Move sur scène. Commence par le disk 2, enregistré en février 1968 au Marquee. Boom badaboum dès «It’ll Be Me», un hit signé Jack Clement que tape Jerry Lee sur un single Sun, et là t’as une idée très claire de ce que veut dire the Move Power. Quel fabuleux ramdam ! Les Move sont alors le groupe le plus puissant d’Angleterre, avec les Who et les Small Faces. Dans le book qui accompagne la box, le mec indique que les vocaux ont été refaits, mais on s’en bat l’œil. Power des Move encore avec «Flowers In The Rain», rien à voir avec la version studio, ils avancent comme un bulldozer, puis t’as «Fire Brigade» tapé au power définitif. C’est gratté aux pires accords de London Town. Trevor Burton prend la chant sur «Somethin’ Else». Ils démolissent tout ! Carl Wayne reprend le micro pour «So You Want To Be A Rock’n’Roll Star», avec Trevor on bass. Ils défoncent la gueule des Byrds. Et ça continue avec «The Price Of Love», Roy Wood joue comme un dieu de la vraie note et ils t’explosent les Everlys aux harmonies vocales. Et ça repart de plus belle avec «(Your Love Keeps Lifting Me) Higher & Higher» et le «Sunshine Help Me» des Spooky Tooth. T’en reviens pas d’entendre un tel son, tout est rempli à ras bord. Ils proposent un mélange unique de Mammoth sound et d’harmonies vocales.

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             Ils attaquent le disk 1 (1966-1968) avec un pur shoot de protozozo, «You’re The One I Need» : du vrai raw to the bone, pure délinquance sonique. T’en avales ta gourmette. On sent bien la patte de Roy Wood dans «Night Of Fear» et «I Can Hear The Grass Grow» sonne comme un classique dès la première mesure. Fantastique pression, chœurs de génie, t’as là toute la magie du Swinging London. Ça te laisse béat. Puis tu tombes sur «Move» by the Move. Hello Jean-Yves. Ils y vont au Move move move !  Ils repartent ensuite au stop the train sur «Wave The Flag & Stop The Train». Quel beau beat ! Ace on bass ! Tu baves devant la fabuleuse fraîcheur de «Fire Brigade». C’est même l’hymne de la nostalgie.

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             Encore pas mal de puces sur le disk 3 (1968-1970). Plus d’Ace, mais une série de cuts qu’il faut bien qualifier de déments. À commencer par ce «Wild Tiger Woman» gorgé de power et de panache. Puis tu entres dans la période heavy des Move avec un «Blackberry Way» digne des Beatles, mais en plus heavy. Roy Wood enfonce encore bien son clou avec «Hello Susie», et t’as ce «Don’t Make My Baby Blue» vraiment digne des Small Faces. Roy Wood pousse l’heavyness dans les orties. Puis tu vas le voir injecter de l’Angleterre dans les Nazz avec un version tonitruante d’«Open My Eyes». Tout y est : le riff, les chœurs, le punch et le Roy d’Angleterre passe même un killer solo à faire baver d’envie Todd Rundgren.

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             On regagne la sortie avec le disk 4 (1969-1972), et tu vois le Roy d’Angleterre larguer les amarres avec un «Brontosaurus» heavy as hell. Ça bat encore tous les records d’heavyness avec le brillant «Turkish Tram Conductor Blues» - A train is coming down the line - il reprend bien le thème à la gratte. Avec son bassmatic, Rick Price vole le show sur «Feel Too Good». Rick est un bon, c’est la raison pour laquelle le Roy l’a intégré. Un  Roy qui attaque «Ella James» au pire gras double d’Angleterre. Il a aussi bien sûr une petite faiblesse pour les Beatles, on la retrouve dans «Tonight». L’allégeance du Roy aux Beatles est totale. Tu veux entendre l’une des intros du siècle ? Alors saute sur «Do Ya». C’est l’un des grands hits intemporels d’Angleterre - Do ya/ Do ya want my love - Il y a quelque chose de royal dans le festif du Roy. Et puis tu vas voir le refrain de «Chinatown» te tomber dessus - See the Western lady/ Walk in Chinatown - T’es dans la magie. Le Roy prend soin de ses sujets. 

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    Electric Light Orkestra

             Et petit à petit, Roy Wood commence à se lasser des Move. Il a d’autres idées en tête. Notamment Electric Light Orchestra. Il va se mettre au violoncelle et y transposer des riffs hendrixiens. Il enregistre quinze pistes de cello - It really was beginning to sound like some monster heavy metal orchestra - Puis il se lasse très vite d’Electric Light Orchestra et laisse Bev et Jeff Lynne le bec dans l’eau. Il va aussitôt monter Wizzard et caresser ses rêves spectoriens.

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             Wizzard revient aussi dans l’actu avec une petite box, The Singles Collection. Les vieux hits glam du Roy vieillissent admirablement bien, notamment «See My Baby Jive», qui est le summum du glam revu et corrigé par le Totor Sound. Le glam de Totor ? Le rêve impossible ! Même chose avec «Angel Fingers». Le Roy fait du Wall pur, on se croirait au Gold Star, avec un sax en prime. «Rock’n’Roll Winter» semble sortir d’un album des Ronettes. Tu restes en plein rêve avec «I Wish It Could Be Christmas Everyday». Le Roy pousse le bouchon de la prod dans les orties. Quelle allure royale ! Quelle déboulade ! C’est lui le Roy d’Angleterre. Wall of Totor Sound encore avec «This Is The Story Of My Love (Balls)». Il chante comme Ronnie Spector, il en est imprégné, il s’en sature à outrance, et il rajoute du sax, ce que n’osait pas faire Totor. Et puis t’as «Ball Park Incident», de wild glam de clameur certaine, le Roy y va au yeah yeah yeah. Il n’y a que les Anglais pour oser ce yeah yeah yeah. Le Roy vire gaga avec «You Got The Jump On Me». Joli retour aux Move. Alors attention, il pique aussi des crises classiques ou de ragtime, en mode jazz-band : c’est plus difficile d’accès, car complètement barré. Sur le disk 2, il envoie pas mal de cornemuses, de swing, d’heavy pop ultra-orchestrée, c’est très éclectique, mais on perd Totor et le glam. Ah la vie n’est pas toujours facile !

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             Dans son book, McCarthy consacre une place considérable à Tony Secunda. La stratégie de Secunda pour rendre les Move célèbres était simple : outrepasser les Who. McCarthy dit aussi que McLaren devait tout à Secunda dont il s’est inspiré pour lancer les Pistols - with his dark Svengali like management style - Secunda utilisait en gros les mêmes méthodes qu’Andrew Loog Oldham, Kit Lambert & Chris Stamp, et Don Arden. Il travaillait l’image du groupe comme l’avait fait le Loog avec les Stones. Sauf que les Move étaient un groupe de «self-styled hard nuts». Comme le fera McLaren après lui, Secunda aimait bien se montrer imprévisible. Les gens qui le côtoyaient le voyaient plus intéressé par le biz que par la musique. Il avait toujours des idées intéressantes, il adorait flirter avec l’illégalité, l’immoralité, voire le danger. McCarthy le compare à Lambert & Stamp et à Andrew Loog Oldham : «Secunda was perhaps the wildest and toughest of all them.» Il rappelle à la suite que Secunda a été «the driving force» derrière les Moody Blues, les Move, Marc Bolan, John Cale et Steeleye Span. C’est lui qui a poussé les Move à adopter un look de gangsters - The Move and Secunda were the most successful mariage of insane publicity, hit making and performative controversy and strength - Le seul groupe qu’on pouvait comparer aux Move était The Action. Secunda a tenté de les récupérer, mais ça n’a pas marché.

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             Marc Bolan surnommait Secunda ‘Telegram Sam’, ou encore ‘Sailor Sam’. Linda McCartney le comparait à un rat. McCarthy ajoute que Secunda a grenouillé dans Londres de 1965 aux années 70, puis il s’est installé aux États-Unis pour devenir agent littéraire, avant de casser sa pipe en bois en 1995, à l’âge de 55 ans. Il avait démarré dans l’organisation de combats de catch puis il s’est occupé de Johnny Kidd. Le Kidd était alors accompagné de Clem Cattini, Alan Caddy et Brian Greg. Ils jouaient pour 30 shillings la soirée, alors Secunda a fait monter les prix pour atteindre 100 ou 150 £ par soirée. Il va ensuite en Afrique du Sud fricoter avec Mickie Most puis remonte à Londres s’occuper de Lesley Duncan. Il passe aux choses sérieuses en découvrant les Moody Blues à Birmingham. La vie de Tony Secunda est un petit résumé du Swinging London. Quand les Move le virent pour le remplacer par Don Arden, Secunda est furieux et dit qu’il va mettre un contrat sur la tête d’Arden. Secunda fera aussi équipe toute sa vie avec Denny Cordell qui démarre en produisant le «Whiter Shade Of Pale» de Procol Harum. Secunda va même essayer de récupérer le management de Procol qui refuse - They refused to accept my guidance and adopted a prima donna manner. They turned down  £100,000 worth of engagements I had arranged for them and that’s an awful lot of bread - Puis il va manager Marc Bolan qui va vite le virer. Pour se venger, Secunda tente de lancer Steve Peregrin Took, mais cette histoire va tourner en eau de boudin, car Took se méfie de Secunda. Took recevait les visites d’un certain Syd Barrett qui remontait à Londres après être rentré chez sa mère à Cambridge. Selon Secunda, on entend Syd sur les enregistrements réalisés chez Took, les fameux «Took ramblings». Secunda tente aussi de prendre Lemmy en main, mais ça n’a pas débouché. Son dernier épisode managérial avec Marianne Faithfull fut bref : elle ne supportait pas les méthodes de Secunda. Il est aussi en contact avec Chrissie Hynde. Il approche aussi les Sex Pistols et s’intéresse plus particulièrement à Jamie Reid. Il conseille ensuite à John Cale de monter sur scène avec un masque à gaz. Secunda apprécie la madness de John Cale : «When the madness hit, it hit hard.»    

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    Tony Secunda

             McCarthy brosse aussi un long portrait de Chelita, la première épouse de Secunda, qui fut en 1970 engagée comme PR par June, la femme de Marc Bolan. Chelita conseillait Bolan en matière de mode. Elle était aussi dealer de coke. McCarthy affirme qu’à eux deux, Chelita et Tony Secunda fournissaient un bon quart de la coke qui circulait à Londres. Et pendant l’âge d’or de T. Rex, elle fut la poule de Mickey Finn. Pour décrocher de l’hero, elle est allée séjourner en 1979 à Trinitad. Elle était bien sûr l’amie d’Anita Pallenberg et de Marianne Faithfull. 

             Le vrai héros du Move book, c’est bien sûr Ace Kefford, lequel Ace déclarait dans une interview : «We’ve been brought up tough at school and on the streets.» Il parle de lui et de Trevor Burton. Il ajoute ça qui est marrant : «My mum and grandad both played the piano by ear. The style was with ‘boxing glove’ left hands.» Son père lui paye une basse - a pink Fender bass like Jet Harris had. I had the Jet Harris look too - Puis il devient Ace the Face. Sur scène avec les Move, Ace devient «a ladies’ magnet and a favourite.» Il joue avec «a dive bombing technique on bass, adding much gusto to the music.» Il gratte une Fender Precision blanche. Le son des Move est alors l’un des «heaviest and loudest music ever played aloud onstage before punk or metal.»

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             Au sein des Move, Ace n’est pas à l’aise, car il n’a aucune éducation. Les autres le lui font bien sentir. Bev : «We were pretty hard-nosed Brummies.» Puis le répertoire change : terminé les belles covers de r’n’b que chantait Ace. Il le vit assez mal. Il chante de moins en moins. Les Move deviennent le groupe de Roy Wood. Quand Ace propose ses compos aux autres, ça ne les intéresse pas. Lors d’une répète, Ace lance sa basse dans le mur et s’en va. Quand «Fire Brigade» paraît, Ace a quitté les Move. Avril 1968. Le même mois, Syd Barrett est viré de son groupe, le Pink Floyd. Un sort que partagent aussi Peter Green et Brian Jones. Roy Wood : «Ace left because he couldn’t handle it. Depuis le début du groupe, aucun de nous ne s’entendait bien avec lui. He was a very strange person. He was very agressive.» Robert Davidson : «Poor old Ace, he was the one who fell in the spring of 1968 and ended up in a mental hospital.» Ace reconnaît que l’acide l’a bien esquinté : «Me and Trevor Burton did loads of acid... But it screwed up my life man. Devastated me completely.» 

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             La légende d’Ace Kefford ne s’arrête pas là. D’où l’intérêt de choper le Move book. Après son retour à Birmingham, McCarthy indique d’Ozzy Osbourne et Jeff Beck sont allés à se recherche, le voulant comme chanteur/bassman. Ozzy a même réussi à le rencontrer pour lui proposer de jouer avec Blizzard Of Oz. Mais Ace le trouve trop cinglé et dit non - I was already an alcoholic then. Also, I didn’t really like heavy metal music. But the main reason was I hadn’t the guts - Cozy Powell l’appelle et lui dit que Jeff Beck le cherche pour chanter dans son groupe. Ace se rend à des répètes à Londres. Jeff lui dit : «After you left the Move, I came looking for you all over Birmingham. Not as a singer but as a bass player.» Ace est fier d’entendre ça, car les Move lui laissaient entendre qu’il n’était pas si bon - Jeff Beck said Jimi Hendrix had rated me and had recommanded me to him. What further proof do you need that you’re a good bass player?

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             Quelle surprise quand on écoute The Lost 1968 album jamais paru d’Ace Kefford. On le trouve sur une compile Castle : Ace The Face (The Lost 1968 Album… And More). Ace chante comme un crack, c’est ce que révèle «Oh Girl». Ace est un chanteur puissant. Par contre, il bouffe un peu à tous les râteliers : il peut faire son Cat Stevens («White Mask») et son Obladi Oblada («Lay Your Head Upon My Shoulder»). Il revient au Move System et à la grosse bass attack avec «Step Out In The Night», mais il faut attendre «Trouble In The Air» pour crier au loup. Et ça gratte sec derrière Ace. Le cut a une fantastique vie intérieure, avec des riffs de clairette et un son de gratte metal. Et tu entends Jimmy Page passer un killer solo flash sur «Save The Life Of My Child». Puis tu tombes sur une série de cuts de l’Ace Kefford Stand, avec les frères Ball et Cozy Powell. Ils démarrent par une somptueuse cover de «For Your Love». Les voilà sur les traces des Yardbirds, avec le beurre fatal de Cozy Powell. Dave Ball se tape la part du lion avec un guitarring flamboyant. Il charge encore bien la barcasse sur «Gravy Booby Jamm». La Jamm est emportée comme un fétu par la rivière en crue, the Ball is on fire, c’est un fou ! Ils tapent plus loin une belle cover de «Born To Be Wild» et le Dave Ball se barre en crouille-martingale. Et t’as un bassmatic de haute voltige sur «Daughter Of The Sun» : Denny Ball vole le show, pendant que son frère passe en roue libre. Ace The Face est partout. Il a la voix. Il monte encore un projet nommé Rockstar et enregistre un «Mummy» sur lequel il sonne exactement comme Ziggy. Il aurait pu devenir énorme !  

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             Qui dit Ace dit Trevor. Trevor n’a que 19 ans quand il quitte les Move. Il jamme avec Jimi Hendrix et les gens de Traffic. Il fait partie de Ball, un super-groupe qui a failli exploser et dont Jackie Lomax fut brièvement le chanteur. Mais Ball est resté lettre morte. En 1970, il joue avec Crushed Butler et enregistre 12 cuts avec le groupe. Ça devait sortir sur Wizard, le label de Secunda. On n’en saura pas davantage. Entre 1971 et 1972, Trevor joue avec les Pink Fairies. On l’entend sur deux cuts de What A Bunch Of Sweeties. Il devient session man pour Island et on l’entend sur le Backstreet Crawler de son pote Paul Kossoff - The Backstreet Crawler one I did with Paul is my favourite - Puis il développe une petite addiction à l’hero. Secunda lui ordonne de rentrer chez lui à Brimingham to clean up - or I was going to die - Trevor suit son conseil et quitte Londres - I went back home to me mothers (sic). I went cold turkey and cleaned myself up - Puis en 1975, il rejoint the Steve Gibbons Band et va y rester 8 ans. McCarthy évoque bien sûr les quelques albums enregistrés par Trevor sur le tard.

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             Il ne faut pas attendre des merveilles de Long Play. C’est un album gratté à coups d’acou. On y entend le vieux Move taper un «Hit & Run» autobiographique et brillant. C’est le seul cut de l’album qui vaille la corde pour le pendre. Trevor fait un peu de Dylanex avec «Poverty Draft», et tape une belle cover de l’«In The Aeroplane Over The Sea» de Neutral Milk Hotel, mais pour le reste, c’est très compliqué.

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             Par contre, tu peux mettre le grappin sur cet album du Trevor Burton Band : Blue Moons. Incroyable qualité du son, t’es hooké aussitôt «Little Rachael» et son joli gras double. Tu savais que les Move étaient une bande de surdoués, mais là, le Trevor t’en bouche un coin. Tu t’attends à un album classique de blues-rock et t’as un big album dans les pattes. Apparemment, le lead guitar s’appelle Maz Matrenko et ce démon de Trevor chante comme un cake. Ils passent en mode puissante country pour un «Buffalo River Home» assez déterminant. Trevor sait blower un roof et il finit à la folie douce de riding home. Il s’impose cut après cut. Sur «When It All Comes Down», le Maz se barre en sucette de solo d’espagnolade demented. S’ensuit un fantastique balladif intitulé «Out Of Time». Ça sonne comme un hit. Trevor lui donne des couleurs. Il sait forcer sa chique. Son «Out Of Time» vaut bien tous les grands balladifs de la Stonesy. Quel album ! Trevor ne prend pas les gens pour des cons. Il s’impose avec un bel aplomb. Avec «If You Love Me Like You Say», il te fait le coup de Freddie King revisité par les Anglais. Il fait le white nigger et y va au raw, et derrière t’as le Maz qui t’amaze. Il joue comme un dieu. On se prosterne une dernière fois devant «Mississippi Nights». Trevor sait rôder dans la paraphernalia urbaine. C’est un fantastique mover-shaker.

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             McCarthy fournit aussi pas mal d’infos passionnantes sur Don Arden. L’Arden commence par récupérer une agence, Galaxy Entertainment, qui gère les carrières des Move, d’Amen Corner, des Nashville Teens, de The Action et de Neil Christian. Il a essayé de lancer The Attack, avec David O’List, mais ça n’a pas marché. McCarthy rappelle un détail essentiel : l’Arden adorait le processus créatif. Il avait aussi investi dans le Star Club de Hambourg en rachetant des parts. Il fut brièvement le manager de Gene Vincent, mais leur relation prit fin le jour où Gene lui mit une lame sous le nez. Le meilleur hommage à Don Arden est celui que lui rend Andrew Loog Oldham : «Here was a Jew that ran London, and thank God!». Le Loog se dit d’ailleurs fasciné par «the larger-than-life characters like Don Arden.» Pour lancer les Small Faces, l’Arden fait appel à Kenny Lynch qui compose «Sha La La La Lies» en 5 minutes. Don Black ajoute à tout cela que Don Arden «was far more rock’n’roll thant Gordon Mills and Brian Epstein.» En 1974, Don Arden monte son label, Jet Records. On trouve dans son roster Lynsey de Paul, Gary Moore, Alan Price et Adrian Gurvitz. L’Arden manage aussi Sabbath. C’est là que Sharon Arden craque pour Ozzy et l’épouse. Et bien sûr, on va retrouver sur Jet l’Electric Light Orchestra de Jeff Lynne.

             Roy Wood va renaître des cendres des Move et s’adonner à sa passion pour le Totor Sound. C’est dirons-nous une évolution logique. Celle qu’a aussi vécue Brian Wilson. Lynsey de Paul sera sa poule pendant un temps. On l’entend d’ailleurs sur «Rock‘n’Roll Winter». Mais les albums de Wizzard, See My Baby Jive et Eddie & The Falcons vont flopper. Ceci fera d’ailleurs l’objet d’un futur chapitre.  

    Signé : Cazengler, The Mou

    The Move Anthology 1966-1972. Salvo 2008

    Wizzard. The Singles Collection. Cherry Red 2023

    Jim McCarthy. Flowers In The Rain. The Untold Story Of  The Move. Wymer Publishing 2024

    Trevor Burton. Long Play. Gray Sky Records 2018

    Trevor Burton Band. Blue Moons. MASC Productions 1999 

    Ace Kefford. Ace The Face (The Lost 1968 Album… And More). Castle Music 2003

     

     

    L’avenir du rock

     - La FIEP du samedi soir

             Campé devant le grand miroir en pied, l’avenir du rock s’ajuste. Il lisse sa flamboyante crinière noire, sort le col pelle à tarte pour bien l’étaler sur les revers de son veston blanc, tire d’un petit coup sec sur le bas du gilet boutonné pour éradiquer les derniers plis et fait glisser les semelles de ses boots pour tester une dernière fois le lissage des semelles en cuir. Il descend dans la rue en chantonnant un petit coup de diskö - You’re stayin’ alive/ Stayin’ alive - et se glisse dans la foule en tortillant bien du cul. Il sait qu’à la terrasse du coin de la rue sont installés Boule et Bill. Justement les voilà. Il retortille du cul de plus belle. You’re stayin’ alive/ Stayin’ alive !

             Boule l’interpelle :

             — Où tu cours comme ça, avenir du rock ? 

             L’avenir du rock s’arrête un moment à leur hauteur, esquisse un pas de danse tout en ondulant vigoureusement des hanches et répond sur l’air de «Stayin’ Alive» :

             — Ahhh Ahhhh Ahhhh 2001 Odyssey/ 2001 Odyssey !

             Boule et Bill sont stupéfaits. L’avenir du rock bat tous les records de concupiscence.

             Boule beugle :

             — Ma parole ! T’es devenu une vraie tapette !

             Bill brait :

             — Tu prends combien, chéri, pour me sucer ?

             L’avenir du rock éclate d’un grand rire cristallin et fait une pirouette sur lui-même, saute en l’air et retombe en ciseau pour faire le grand écart - You’re stayin’ alive/ Stayin’ alive - Il ramène aussi sec ses deux pieds l’un vers l’autre et se redresse comme par magie. Boule et Bill sont bluffés.

             — Où tu veux en venir, avenir du rock ?

             — La FIEP, les amis ! La FIEP !

             — Quoi la fieppe ?

             — Ah ce que vous pouvez être lents à la détente ! La FIEP du samedi soir !

     

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             Parfois, c’est ton jour de chance. Tu descends à cave et tu tombes sur un bon groupe. Alors t’es bien content. Ça te donne une bonne raison de continuer à vivre. Le groupe est hollandais et s’appelle FIEP. Rien à voir avec la diskö, rassure-toi. Parlent dans leur langue. Pas la grosse affluence, mais ça ne les dérange pas. On sent bien qu’ils ont envie de jouer. Ils sont là pour ça. Pour en découdre. Pour enfoncer leur clou dans la paume du beat. T’as deux ou trois mecs sur scène et au milieu une petite blonde en jupe courte avec un look ado, à cause de ses grandes chaussettes blanches. On apprendra par la suite qu’elle s’appelle Veerle Suzanna Driessen. Elle dégage quelque chose. Disons qu’elle rayonne.

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             Dès qu’ils mettent leur set en route, tu sens le souffle. Ils tapent une pop extrêmement énergétique et sont capables de belles montées en neige, le vertige ne leur fait pas peur. Ils vont très vite à percuter et quittent avec une aisance stupéfiante la pop bien construite pour basculer dans des morasses psyché du meilleur acabit. Et là tu ne dis pas oui, mais wow ! T’applaudis des deux mains, car leur élan est d’une sincérité à toute épreuve. T’es vraiment content de voir foncer cette équipe

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     d’Hollandais, ils ne semblent rien devoir à personne, ils proposent des cuts frais et extrêmement dynamiques, te casse pas la tête à essayer de les référencer, contente-toi de savourer leur originalité et leur goût pour le final en forme de champignon atomique, que tu retrouves notamment dans l’ébouriffant «Ha Ha». Si t’as ramassé leur album Fried Rice Moon Bliss au merch, tu vas y retrouver ce joyau en forme de fière évolution du domaine de la turlutte, avec en guise de final, une clameur

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    fantastiquement viscérale. T’es à la fois scié et projeté. Et au milieu de tout ce bordel, t’as la petite Suzanne qui gratte sa gratte en secouant les cheveux. Spectacle complet. Art total. C’est avec ce genre d’exploit qu’ils raflent la mise. À côté de la petite Suzanne, t’as un mec en short qui gratte sa Tele avec une agressivité peu banale, il met une telle opiniâtreté à gratter ses poux qu’il en casse une corde, mais il continue à jouer comme si de rien n’était. Franchement, la FIEP du samedi soir vaut le

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    détour. L’autre cut Kratoïque du set s’appelle «R U Reading», il se trouve lui aussi sur l’album. Ça part en mode poppy poppah et ça s’en va télescoper l’excès de plein fouet, mais avec une rare violence, et la clameur te disjoncte pour mieux te projeter dans la stratosphère, tu passes de l’état de lettre morte à celui d’ectoplasme. Ça veut dire que cette musique te sort de toi et t’exporte ailleurs. Tu n’en demandais pas tant. Il y a quelque chose d’incroyablement jubilatoire dans leur son. Sur scène, ils

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     sont absolument somptueux d’explosivité, tu crois que le cut va leur échapper, mais ils le contrôlent. Pfffff ! Rien qu’avec ces deux sommets du genre FIEPy, t’es gavé comme une oie. T’as tout ce que tu peux attendre d’un concert de rock : la fraîcheur de ton, l’explosivité bien calibrée, l’inexorabilité de la présence scénique, l’originalité des compos et des moments qui culminent pour atteindre la perfection de l’instant T.

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    Signé : Cazengler, FIEP de ne rien faire

    FIEP. Le Trois Pièces. Rouen (76). 2 juin 2025

    FIEP. Fried Rice Moon Bliss. Not On Label 2025

    Concert Braincrushing

     

     

    Inside the goldmine

     - Call me Animal

             Zyzany était baisé d’avance. Avec un nom pareil, t’as aucune chance dans la vie. Tu peux être gentil, intelligent, courtois, prévenant, honnête, sérieux, solvable, cultivé, tu peux avoir toutes les qualités, ça ne sert à rien. En plus Zyzany était assez beau. Il aurait pu plaire aux femmes. Mais dès qu’il disait s’appeler Zyzany, c’était foutu.

             — Comment t’as dit ?

             — Zyzany !

             — Non... Tu plaisantes ?

             Il aurait pu choisir un surnom, du genre Zyzou, ou Zazou, mais il ne voulait pas tricher. Il faisait partie de ces gens très purs qui partent du principe qu’une relation sentimentale repose sur l’acceptation totale de l’autre. Il pensait souvent à cette fiancée de Dieu dont Bruno Dumont fait le portrait dans Hadewijch. Il voyait la relation sentimentale de la même façon, comme un absolu. À sa façon, Zyzany était un mystique. L’amour pour lui était avant toute chose une lumière. Rencontrer une femme, c’était une façon de connaître la révélation. Dans sa grande naïveté, il pensait que ce désir de pureté était réciproque. Il ne savait pas encore qu’il allait passer sa vie à attendre. Il comptait trop sur la providence. Les gens trop purs sont à l’image des agneaux qu’on conduit au sacrifice. Zyzany n’espérait qu’une seule chose : pouvoir enfin partager avec une femme cette notion très pure de l’amour. Les années passaient et chaque fois que l’occasion se présentait, il s’échouait sur le même écueil :

             — Comment t’as dit ?

             — Zyzany !

             — Non... Tu plaisantes ?

             Considérant sa vie comme un échec, et las de se sentir inutile, il partit un beau matin randonner en haute montagne et alla se jeter dans une crevasse. Car il n’était bien sûr pas question pour lui d’aller encombrer un cimetière.

     

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             On peut dire sans crainte de commettre une erreur que Zyzany et These Animal Men ont connu le même destin : trop purs et incompris. Tombés dans l’oubli. Arrachons-les à l’oubli !

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             Il suffit d’une page dans Vive Le Rock pour réanimer d’antiques ferveurs. VLR consacre en effet sa rubrique ‘Rough Guide’ à la New Wave Of New Wave (NWONW), c’est-à-dire S*M*A*S*H et These Animal Men. Il s’agit en fait d’un buzz créé par la presse anglaise au début des années 90, juste avant la Britpop. Deux groupes seulement, mais quels groupes ! On reviendra sur S*M*A*S*H une autre fois.

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             These Animal Men auraient dû devenir énormes. En tous les cas, leurs trois albums valent vraiment le détour. Le Rough Guide mentionne les «controversial lyrics et les confrontational riffs inspired by the fire of punk», mais en fait les Animal Men allaient beaucoup plus loin. Des groupes ont tout le temps essayé de recréer le buzz des Pistols : The Towers Of London ou les early Manic Street Preachers, mais les ceusses qui ont vraiment failli y parvenir sont These Animal Men. Ils sont arrivés en plus au moment ou le Grunge ravageait l’Amérique, et au moment où la house et les raves ravageaient l’Angleterre. Seuls les Stones Roses indiquaient une autre voie.

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             Fans des Stones et des Clash, Julian Hewings et Patrick Murray montent donc These Animal Men à Brighton. Julian : «All the old rock’n’roll stars had started to feel guilty about how successful they’d been. It was trying to pull its big-boys trousers up and be a no-gooder. Fuck that shit, man!». Ils avaient en plus de vraies allures de rock stars, ils trimballaient des looks parfaits, de ceux qu’on ne voit plus guère aujourd’hui dans la presse anglaise, excepté Johnny Marr qui continue de se coiffer, ou Peter Perrett qui n’a jamais cessé de se coiffer.

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             Le nom du groupe vient d’une phrase qu’aurait prononcé Jules César lancé à la conquête de ce qui allait devenir l’Angleterre, c’est-à-dire la terre des Angles. Quand il a vu arriver les Angles, effrayé par leur laideur et leur crasse, il se serait exclamé : «Oh these animal men !» Le chemin a donc été long jusqu’à Oscar Wilde.

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             Bon, t’as trois albums, c’est pas la mer à boire. Le premier paraît en 1994 et s’appelle (Come On) Join The High Society. C’est un fantastique album. Julian Hewings qu’on surnomme Hooligan sonne comme l’early Bowie sur «Empire Building» et «Ambulance». Ses accents à la Ziggy ne trompent pas. Et t’as des lyrics fantastiques à base d’your misfit soul. Il règne sur cet album un fort parfum de glam-punk. Et puis t’as toutes les influences qui remontent à la surface : Small Faces dans «Flawed Is Beautiful (heavy glam-rock), Pistols dans «This Is The Sound Of Youth» (même hargne, wild as fuck), et Who dans «Too Sussed?» (Les accords de clairon sont ceux des Who, c’est un cut écarlate, d’une puissance rare, élucidé de l’intérieur par des chœurs extravertis). Encore du big glam-out avec «You’re Always Right», un glam incroyablement inverti, merveilleusement mouillé, sanctionné par un solo classique pur et dur. «Sitting Tenant» est aussi très clair sur ses intentions, car monté sur un big bassmatic de dub. Jah peut aller se rhabiller. Et en prime, t’as un refrain à la Ziggy. Cut emblématique encore avec «We Are Living» - Nicotine, acohol amphetamine we take it all - Sex & drugs & rock’n’roll à l’état pur. Quel album ! Et c’est passé à l’as, tu te rends compte ? Il finissent avec un slight return sur le morceau titre, bien dans l’esprit du «Rock’n’roll Suicide» de Ziggy.

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             Pochette bizarre pour Too Sussed?, mais morceau titre digne des Who, comme déjà dit. Ils développent exactement le même power ! C’est infernal de véracité Whoish crue. On se croirait sur Live At Leeds. S’ensuit une nouvelle giclée de grande pop anglaise avec «Speed King», et final en big solo flash. Mais en fin de balda, ils finissent par perdre le panache Whoish de Too Sussed. En B, «Who’s The Daddy Now» sonne comme une véritable entreprise de démolition, et ils passent au heavy balladif chargé de la barcasse avec «You’re Not My Babylon». Ils se montrent capables de très gros développements expiatoires.

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             Accident & Emergency sera donc le dernier album des Animal Men. Pochette fantastique, album fantastique, t’es là au max des possibilités qu’offre le rock anglais. T’as du heavy glam dès l’ouverture de balda avec «Life Support Machine», et ça continue avec «Light Emitting Electronical Wave», ça glamme dans la couenne du lard, c’est un glam puissant chanté à deux voix. Quel racket ! «24 Hours To Live» sonne comme un hit et ils plongent dans l’heavy groove Animal avec un «So Sophisticated» bien titillé de la titillette. Par contre, la B est moins bonne. Ils s’énervent un peu sur «Ambulance Man», mais ça reste de l’Animal de zone B.

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             Il existe aussi un mini-album chaudement recommandé : Taxi For These Animal Men. Pour deux raisons : «False Identification», bien secoué du bananier, et «Wait For It», avec son intro du diable et le bassmatic de congestion compulsive bien remonté dans le mix. «Wait For It» sonne comme un hit séculaire. Encore une belle énormité avec «You’re Always Right». Julian Hewings jette son dévolu dans la balance, c’est bardé du best barda in town. Fabuleux, coloré, vivant, one day ! Glissé dans la pochette, t’as un booklet grand format de 24 pages richement illustré qui documente leur voyage à New York pour un concert et une émission de radio dans le New Jersey.  En fait, le texte n’est pas très bon, Paul Moody n’a rien de très intéressant à raconter. Les Animal Men rencontrent l’écrivain Quentin Crisp et ils se font photographier avec lui.

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             Après la fin des Animal Men, Julian Hewings, Craig Warnock et Alexander Boag montent Mo Solid Gold avec le black ‘K’. Après enquête, on découvre qu’il s’appelle Kevin Hepburn. Et quand t’écoutes Brand New Testament, tu ne comprends plus rien : comment un album aussi génial a-t-il pu passer à la trappe ? Ce fut sans le moindre doute le meilleur album de 2001. T’as ce crack de K qui allume aussitôt avec «Prince Of The New Wave», vite soutenu par l’Hammond de Warnock et le punk guitarring d’Hooligan Hewings. T’as un mélange sidérant de black Soul et de punk-rock britannique. Cocktail définitif ! Tout est puissant et ultra-joué sur ce Testament. «Love Keep On» est assez proche de ce que fait The Heavy dans la déclaration d’intention. Et voilà l’explosif «Spooky Too» qui va bien au-delà des espérances du Cap machin-chose, ils percent les blindages, aw Lawd, ils travaillent une formule ambitieuse. Plus loin, t’as «Personal Saviour» monté sur un petit riff sixties de type Spencer Davis Group et K te chante ça comme un crack black. Il fait ensuite son Tom Jones avec «Ghost In My House». Big voice ! Et puis on va taper dans les coups de génie avec «On My Mind» et «Mo Trilogy». K chauffe bien son attaque  d’You’re/ You’re on my mind. Il y va au croon de charme et arrache littéralement le cut du sol, cette brute shoote comme un wild-as-fuck, il monte son you’re in my mind très haut, il fait autorité, il en fait une merveille historiographique, Aw K, Black Power man ! Quel aplomb d’airain ! T’as aucune comparaison. Il te plaque son cut au ciel avec un timbre cinglant et avec le power d’un dieu, tiens, on va en prendre un au hasard : Zeus ! Si tu veux bien imaginer un Zeus black. Avec «Mo Trilogy» c’est encore pire : il bat les Righteous Brothers à la course. K est un géant. Il monte même au-dessus des géants. Cette attaque en hauteur est unique au monde. Il monte une deuxième fois et t’explose l’Ararat qui s’dilate. L’album aurait dû smasher, au moins en Angleterre. T’en sors complètement scié.

    Signé : Cazengler, animé

    These Animal Men. (Come On) Join The High Society. Hi-Rise Recordings 1994

    These Animal Men. Too Sussed? Virgin 1994

    These Animal Men. Taxi For These Animal Men. Hi-Rise Recordings 1995

    These Animal Men. Accident & Emergency. Hut Recordings 1996

    Mo Solid Gold. Brand New Testament. Chrysalys 2001

    A Rough Guide To The New Wave of New Wave. Vive Le Rock # 99 - 2023

     

    *

             Il n’arrête pas, il joue d’à peu près tous les instruments, il dessine, il peint, il sculpte, il photographie, il lit, il écrit, il chante, il compose, il est blues, il est rock, il est jazz, il commet tous ces crimes et tous ses cris, tranquillou mais en transe intérieure, chez lui.

             Dans notre livraison 686 du 17 / 04 /2025 nous présentions un de ses objets sonores difficilement identifiables, en tant que serial-admirater nous récidivons, oreilles chastes n’écoutez pas, vous seriez les prochaines victimes. Toutefois nous vous accordons quelques minutes de répit avant que vous ne passiez à la casserole. Auditive.   

             Juste quelques notes préliminaires. Cette vidéo est un mix. Cette kronic aussi. J’y ai mêlé les cinq strophes du poème Danse sacrée avec le feu composé par GFY en hommage à Jimi Hendrix. L’œuvre sans guitare est composée pour deux instruments, Shehnai et percussions. Tous deux joués par GFY.

             Le Shehnai est un instrument indien, une espèce de flûte baryton pas très longue mais à hanche double. Il est utilisé lors de cérémonies dans les temples et accompagne de nombreuses festivités familiales. Le shehnai ne se joue pas en solitaire, il faut plusieurs shehnai (pour faire un chevaux suis-je tenté de dire) pour composer un orchestre. Je suppose que plus on est riche plus on se doit d’embaucher de musiciens. Au naubat ainsi formé vous ajouterez un khurdak qui comme chacun sait est une petite percussion. Le khurdak de PGY semble fait d’éléments de batterie et de cuisine. De break et de brocke.

    SACRED DANCE WITH FIRE

    PATRICK GEFFROY YORFFEG

    (YT / 2021)

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    Quelques notes comme un signal, un shehnai de trompette, P.G.Y veut-il alerter le monde. Lève fièrement la tête comme un légionnaire romain qui s’apprête à souffler dans un buccin, et le miracle se produit, en sourdine un deuxième shehnai se joint à lui, sont deux maintenant à jouer, à se répondre, un dialogue avec soi-même, est-ce pour cela que l’image se dédouble, que vous avez deux ombres qui marchent côte à côte comme disciple qui côtoie Aristote, une ombre facétieuse qui joue à l’ombre qu’elle n’est pas sur le mur, le son est-il aigu pour les tympans obtus, coupure infinitésimale, pas le temps de compter les décimales,  Geffroy nous tourne le dos, le voici qui tapote, comme s’il beurrait des biscotes, ne pas casser la cavalcade, et pendant que le gong  gondole et mirobole  son son, le cri perçant du shehnai revient,  combien sont-ils, n’empêche que Patrick ne l’écoute point accaparé par sa console sonore de timbalier au chagrin, tape de ses deux bras, s’en rajoute deux en surimpression, décalcomanie psychique hindienne, aspire-t-il à être Shiva, le dieu destructeur à mille mains, explose une pétarade de shehnais qui montent à l’assaut, le combat dure longtemps, l’image se couvre d’une teinte brun-rosé, il souffle dans son shehnai, l’art est-il avant tout un combat contre soi-même, une apocalypse criarde d’égo survolté qui se dynamite de

    Le roi soleil électrique

      perce le mur du son

        sur sa guitare noire

           Fender Stratocaster

            où mille doigts de feu

              dansent sur les cordes

                à la vitesse de l'éclair

                  jusqu'à fendre l'air.

     l’intérieur, avez-vous entendu le son du Shehnai le soir au fond d’un bois, si oui : j’ai le regret de vous annoncer que vous êtes déjà mort, imaginez un nid de serpents qui sifflent dans vos oreilles, le Geffroy l’a pas froid aux esgourdes, il fait comme s’il ne les entendait pas, il caresse la peau de ses tambours, il maillote avec délicatesse, il percute sans rut, le mec qui se fiche des stridences des cornemuses des régiments écossais, ces farouches highlanders qui filent droit vers lui dans son dos, lui cisèle la petite touche, celle qui amplifie la catastrophe, il orchestre sa symphonie du désastre comme s’il marquait précautionneusement le rythme d’un chant d’oiseau de Messiaen, ayant le souci que le passereau effarouché ne s’envolât vers de nouveaux cieux radieux, le shehnai lui il s’en moque, de temps en temps il se lance dans solo à circonvolutions multiples à la Miles Davis, ou alors avec ses copains dans une immonde klaxonade mexicaine, un petit coup de l’adieu aux armes martelée avec vigueur, suivi d’un concours de shehnai à qui sifflera le plus longtemps, le plus lointain, jusqu’à expiration, le PGY interrompt sa trépanation temporaire pour s’emparer

      Sur ce point orgasmique de l'univers

        c'est là que tout se joue,

          c'est aussi là que tout commence,

            jusqu'à dérive tire lyre

              les strates de la terre,

                dans la démesure azurée

                  de la note bleue

                     qui vibre à perdre haleine.

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    de son shehnai personnel et se lancer dans un interminable glissando sur le dos d’un do mineur qui tente le grand saut dans le néant, vers l’interruption de grossesse métaphysique, un contre-rut inédit, mais non il s’est échappé, il file tout droit, inutile de l’estabousier d’un grand coup de cymbale, parfois la musique se libère du musicien et s’en va battre la campagne, une fusée interplanétaire qui vous lape la voie lactée d’un seul coup de langue, et drôle de bruit elle s’enfonce dans un trou noir, le gong sort donc de ses gonds car il n'entend pas ne pas l’accompagner, l’entraide est le meilleur moyen de survivre a écrit Kropotkine, alors batucada de barricade et section de cuivres boisés partent ensemble, elles courent pour qu’on ne les rattrape, on croit qu’on ne les reverra jamais plus, surprise les voici, pour se faire pardonner le shehnain ous refile un solo de sax à s’y méprendre, puis

      Vibrations originelles

        à pleines dents,

           à pleine bouche

            de l’univers,

              où voûte crânienne

                 et voûte céleste

                  se confondent.

    un tremblement de trompette entre barrissement déchiqueté d’éléphant tuberculeux et un spasme méticuleux à la Ravaillac écartelé par quatre chevaux, serait-ce un adieu ou un appel, l’on ne saura jamais, nous parviennent des éclats, des brisures, des emballements, sans fin, sans fin,

      Oh Jimi !

        grand fleuve d'amour

          tu retournes

            à la source du blues océanique.

    un crépuscule qui ne veut ni s’éteindre ni se raviver, une stagnation inouïe, une splendeur symphonique sabotée à grands coups battériaux, rien n’est plus têtu qu’un Shehnai qui ne veut pas mourir, il expire, la dame aux camélias sur son lit de mort n’a jamais réussi à pousser de telles clameurs rauques, de tels vagissements de nouveau-né à peine jailli du ventre de sa mère que l’on se hâte d’enfouir tout de suite en terre dans un cercueil capitonné, car il est des présences inhumaines qui nous sont interdites.

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      Ta musique coule

        dans les veines du temps.

          Tu as ouvert en grand

            les portes des paradis artificiels

              où

                tout

                  vole

                    en

                      poussières

                        d'or

    Musique de nôtre temps, mais d’une autre temporalité.

    Damie Chad.

     

    *

             Il est des titres qui vous attirent. Surtout lorsqu’ils semblent aller à l’encontre des représentations les plus habituelles. Le point de départ de ce qui, in fine, a donné à Einstein l’idée de la théorie de la relativité est d’avoir entendu les clochers de sa ville, chacun fièrement dressé dans son quartier, sonner l’heure, pas tout à fait à la même heure, quelques secondes avant ou après, voire selon un intervalle d’une minute les uns par rapport aux autres. Vous en auriez conclu que les horloges étaient décalées qu’il y en avait sûrement plusieurs en retard ou en avance. Einstein en a simplement déduit que chaque clocher possédait son propre temps, ou ce qui revient au même, que le temps n’est pas le même selon l’endroit où il se trouve. Un  sophisme pensez-vous ? Qu’en savez-vous au juste ? Le propre du génie ne serait-il pas de tirer d’une observation primesautière, une règle qui exprimerait une loi fondamentale – n’oubliez pas que dans ce mot vous avez le fond mais aussi le mental, preuve qu’il se passe autant de choses dans l’univers que dans votre esprit. Bref jugez de ma stupéfaction lorsque m’est apparu le titre de cet album :

    FRAGMENTS OF TIME

    MANIARD

    (Bandcamp / Mai 2025)

             Ils ont sorti un premier EP trois pistes en 2013, z’ont dû se perdre durant un long moment dans une boucle de l’espace-temps, j’opinerais pour la Norvège, dont ils ne sont parvenus à s’échapper qu’en 2024 pour produire deux morceaux que l’on retrouve sur cet album.         

             Le groupe est domicilié à Bordeaux. J’imagine que Maniard est le nom d’un hameau perdu au fond de l’Aquitaine, mais je n’en sais fichtrement rien. Sont trois : honneur à la demoiselle : Tara Vanhatalo : basse / Thomas Vanhatalo : voix, guitare, claviers / Thibault Guezennec : drums.

    Plus prosaïquement parlant, la sœur et le frère avaient formé un groupe dans leur jeunesse, ils ont décidé de compiler sur cet album les morceaux qu’ils avaient écrits tout au long de tout cet entre-temps passé… Une manière somme toute proustienne de le retrouver…

    L’artwork attribué à Romain Meyraud est assez étrange, il oscille sans arrête entre abstraction lyrique cosmologique et personnages de bande dessinée déjantés, tout dépend du temps que vous passerez à le regarder.

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    Fragments of time : grondement lointain, qui grossit de plus en plus dans notre ouïe, pas d’image, nous sommes comme des aveugles qui s’apercevraient que nous situons juste au début du film, juste le défilement du générique, nous imaginons le choc titanesque entre quoi et quoi nous ignorons tout de la calamité qui va se produire, ben non on appréhendait le pire, l’on a droit à un résumé, soyons juste le speaker a un bel organe (demoiselles un peu de tenue) c’est beau, très poétique, on s’y laisserait prendre, la voix des sirènes homériques frappe encore, incroyable mais vrai c’est déjà fini, quelque part on a  pour notre argent, chrono en main, en deux minutes tout est dit, rien n’est caché, toute l’histoire de l’univers, certes pour les détails c’est râpé, je ne vous révèle pas les derniers épisodes, remerciez-moi pour les cauchemars évités, vous vous reconnaîtriez si facilement en heroes of tne very bad end. . Valley of the Gods : entrée fracassante, technicolorique, l’orage gronde les cymbales pépient comme les oiseaux du malheur du lac Stymphale, travail herculéen de Thibault sur sa batterie, le frère et la sœur vous roulent un riff qui huhule comme le tonnerre, tout reste en suspension, presque à mi-voix Thomas vous conte un conte fantastique, vous qui êtes promis par Baudelaire à devenir une putride charogne, vous voici conviés à un merveilleux voyage vers la vallée des Dieux, du coup le riffage bénéficie d’ un regain d’activité, vous avez un solo qui vous tire les tripes pars par les trous du nez, quelle merveilleuse odyssée, la tension monte, vous sentez que l’on va débarquer dans le nirvana, la musique se condense comme la poudre dans le fût du canon. Vous voici au stade ultime. Charogne tu es, charogne tu resteras. Forgotten songs & the Colossus : le tonnerre gronde sur la mer, les vagues sont violentes mais une guitare vous masse agréablement le cerveau, une douceur chantonne comme un chardonneret, faut que Thomast vienne vous raconter, du fin-fond d’on ne sait où des promesses peu agréables, les instrus font du bruit pour qu’on ne l’écoutiez point, mais le message passe. Ce n’est pas la première fois que vous accédez au cycle des renaissances, mais la statue du Commandeur, serait-ce le méchant ogre, s’érige au-dessus de l’univers. Son nom : il vaut mieux l’ignorer, le grand manipulateur. Définitif. Vous ne lui échapperez pas. Sont sympathiques ils vous tressent une longue guirlande musicale belle comme une illumination du sapin de Noël de votre enfance, elle clignote mollement. Ne rêvez pas c’est l’univers qui se désagrège. Black mountain : Brr ! Thomas scande selon une persuasive douceur l’hymne des pénitents de la montagne noire, un riff s’élève aussi mortel que le requiem de Mozart, Thomas ne cache plus son jeu, il éructe, il menace, il vomit, pourquoi Tara colorie-t-elle le monde de la noirceur de sa basse, Thibault enfonce les éclats de verre de la guitare tranchante de Thomas dans votre corps de supplicié, la souffrance mentale vous entraîne en une autre dimension, marche nuptiale claviérique, le grand secret vous est révélé, vous qui tentiez d’escalader la montagne noire, savez-vous qu’elle est formée de la cendre des morts, qu’à chaque instant elle grandit, et auriez-vous le courage de vous élever, participerez-vous au triomphe de la sombre montagne. The

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     machin roll on : Orgue séraphique, l’on vous a adressé une proposition, acceptez-la, refusez-la, on s’en fout, que vous soyez avec ou contre la machine du monde, elle continuera à fonctionner pareillement, sans vous ou avec vous, oui c’est un peu triste, les voix se font douces pour faire passer la pilule, vous voyez que dans votre malheur l’on fait tout ce que l’on peut pour apaiser votre désespoir. Inutile d’être triste. Ce sentiment disparaîtra avec vous.The walkin eye : boucan riffique. Le soleil vous gueule dessus. Se présente comme l’œil limpide de l’univers. Adorez-le, vénérez-le comme un Dieu, il connaît toute l’histoire, elle a défilé dans la prunelle de ses yeux, il a vu tant d’horreurs, maintenant il enrage, la mort triomphe, ne s’attaque-t-elle pas à lui aussi, après avoir vu périr l’l’humanité ne serait-il pas en train de dégénérer  à son tour. Le tapage musical veut-il imiter son entrée en agonie. Cassiopeia : Andromède la fille de Cassiopée fut sauvée in extremis, alors qu’elle était attachée nue sur un rocher attendant le monstre matin dépêchée par Poseidon pour la dévorer, par bonheur  Persée survint juste à temps. Une belle histoire qui se finit bien.  Inutile de vous en convaincre alors que votre corps est en train de pourrir dans l’irréversible processus de votre mort. L’espoir fait vivre même quand l’on est mort, c’est pour cela qu’au début quelques notes toute claires de clavier embaument votre imagination, ensuite ça se gâte, pas de souci à vous faire, la batterie qui pilonne ne vous laisse aucun espoir, mais l’ampleur sonore vous emporte vous et votre rêve, loin, très loin, en plein cœur des étoiles, mais vos forces vous abandonnent les remous de la désespérance vous assaillent, que trouverez-vous au bout de l’éternité de la mort, c’est un peu le morceau symphonique de l’opus, l’on est plus près du prog que de Black Sabbath, la musique océanique vous emporte, vous et votre cadavre êtes poussés dans la moulinette de la destruction, de ce maelström profond vous reviendrez, votre coops déchiqueté se reformera, votre âme reconstituée s’y logera et vous serez de retour. Victoire.… Scattered across an Ageing Cosmos : Le titre est un vers du premier morceau, le poème recommence, le poème continue, vous voici une nouvelle fois au début du cycle, vous vivrez et vous crèverez, Thomas exhibe toujours son bel organe, mais pourquoi ces étranges grésillements, la machine déraille-t-elle, coupure. Ce morceau encore moins long que la première fois. A chaque tour le monde s’use-t-il davantage… Un jour le retour ne reviendra plus. Vultures wait : Triste fin, chez Maniard, ils ne sont pas Mani-hard, vous avez droit à un cadeau, pas de fin d’année mais de fin de cycle. Ultime bonus track. Ne vous précipitez pas pour l’ouvrir, vous connaissez le contenu. Vous refont une fois de plus toute l’histoire. L’ouverture n’est pas vraiment gaie, normal c’est une fermeture. Tous les motifs de l’opus repassent dans vos oreilles. Un comprimé de quatre minutes. Toujours cette voix mixée en arrière, une idée merveilleuse, de quoi rabattre la vanité des chanteurs, toujours sur le devant de la scène et là tout au fond comme s’il coulait au fond de la Seine. Oui les vautours, comme toujours auront le dernier mot, ils vous attendent, imaginez-les perchés sur une branche commedans la B.D. de Lucky Luke, oui mes frères vous êtes malchanceux, car cette fois-ci, ils vous la font à la dernière mode, le monde renaît puis il meurt. Non il n’est pas détruit en un gigantesque feu d’artifice tuhu-bohuque final, se sont mis au goût du jour, on aurait espéré un scénario démentiel, les moustiques tigres, les fourmis rouges, les araignées noires, les extraterrestres, ben non, font comme dans les media mainstream et les réseaux  sociaux, ils nous refont le coup du changement climatique. Mais cette fois définitif. Perso je suis un peu déçu par cette tarte à la crème sans sucre ajouté. Vous n’êtes pas obligé de me suivre. Surtout que l’opus est  bon. En plus ils vous en donnent plus qu’ils n’en promettent. De simples fragments temporels, un peu des pages arrachées à un livre. Et plouf ils vous racontent l’Histoire de l’Univers depuis son auto-extraction du néant jusqu’à son extinction. Z’ont même le souci de ceux qui ont la comprenette lente, ils vous la racontent plusieurs fois. Et à chaque fois c’est un nouveau régal.

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             Un seul défaut pour faire plus vrai, ils auraient dû continuer jusqu’à la fin du monde. L’on ne s’en serait pas aperçu !

    Damie Chad.

     

    *

    C’est un ensemble de quinze vidéos, pas très longues, souvent constituées de plans fixes. Des interviews : une caméra, quelques questions, l'interviewé. Des témoins qui ont connu, travaillé, avec Gene Vincent parlent. Ils ont tous le sale défaut de s’exprimer en langue anglaise, mais il suffit de cliquer pour accéder aux textes prononcés. Ce n’est pas idéal, mais ça aide beaucoup. Elles ont été enregistrées par Kenneth van Schooten entre 2003 et aujourd’hui. La plupart de celles réalisées jusqu’en 2014 l’ont été par Julie Ragusa. Julie et Kennetfh possèdent les droits de ces productions. Ils nous permettent d’en profiter, remercions-les !

    Vous avez aussi d’autres vidéos rock’n’roll sur la chaîne YT : VanShots – RocknRoll Videos. Vous y trouverez aussi son Instagram, seulement neuf posts.  Notre méthode sera simple. Nous écouterons les vidéos dans l’ordre de leur numérotation.

    The Gene Vincent files #1: Lemmy talking about Gene Vincent and the early days of Rock and Roll.

             Bien sûr nous rencontrerons d’autres artistes dont les noms nous viennent plus souvent en mémoire dès que nous pensons à Gene Vincent. Commencer par le leader de Motörhead nous semble une bonne idée, c’est attirer sur Gene l’attention de trois générations, hard rock, heavy metal, et metal pour lesquelles il demeure peut-être un inconnu. Les amateurs de rock se souviennent que Lemmy a formé avec Slim Jim Phantom le groupe : The Head Cats.

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             Lemmy se souvient d’avoir entendu Be Bop A Lula en 57 ou 58. Il connaissait déjà Bill Haley et Elvis Presley. Mais celui à qui les gamins voulaient ressembler, c’était Gene Vincent. Il a rencontré en Angleterre quatre ou cinq fois backstage. Gene était toujours bon sur scène, même vers la fin, toutefois il buvait beaucoup pour supporter la douleur de sa jambe. L’était difficile d’accès à cause de son état. Question de musiciens Lemmy préférait  les Blue Caps même si l’orchestre de Little Richard jouait mieux. Oui il a assisté à la naissance su rock anglais. Cliff Richard était toujours souriant… Il préférait Billy Fury. Le rock plaisait d’autant plus aux jeunes que les parents haïssaient très fort ce genre de musique. Oui il a vu Gene pour la première fois en même temps que  les Gladiators. Il était accompagné par les British Blue Caps, des gars coiffés d’une caquette bleue… peut-être étaient-ce les Tornados. Sa chanson préférée de Gene est I’m Goin’ Home enregistrée avec les Sounds Incoporated. C’était le groupe parfait pour Gene.  Griff le saxophoniste faisait la roue tout en jouant du saxo. Pourquoi Gene était-il davantage connu aux USA qu’en Angleterre, tout comme Buddy Holly d’ailleurs, en Amérique Gene n’était pas dans  les clous, il n’était pas assez beau, ils n’ont pas su trouver le truc pour le promouvoir. Les américains n’aimaient guère le rock’n’roll, ils préféraient Bobby Ryddel.  Gene a compris qu’il pourrait faire davantage d’argent en Angleterre et en Europe, en France il était un Dieu, pour sûr Lemmy est au courant de  l’accident,  il hésite entre 1960 et 61, Eddie Cochran est mort, il ne l’a jamais vu sur scène, je me souviens très bien de tout cela. Les musiciens anglais qui ont du succès ont-ils été influencés par des gens comme Gene Vincent, alors que Gene connut des temps très durs ? Les gens aiment bien les vieilles choses mais aussi les nouveautés. Alvin Stardust était anglais, il connaissait Gene et Vince Taylor, il s’est habillé de cuir noir, il connaissait la chanson… Pourquoi Gene a-t-il eu tant de mal avec ses managers et les labels. Vous qui êtes dans le métier depuis quelques années comment doit-on faire pour avoir toujours du succès ? Je n’ai eu du succès que durant cinq ans, et puis le business c’est de la merde, ils se préoccupent de ce que vous vendez, c’est comme des boîtes de haricots, vous devez comprendre que ce sont des hommes d’affaires, ce ne sont pas des artistes, ce ne sont pas des amoureux  de musique, ce sont juste des hommes d’affaires, vous devez le comprendre, pas besoin de parier dessus, ce sont toujours les mêmes, vous savez c’est toujours pareil maintenant… pensez-vous que sa musique ait eu une influence sur les groupes dans lesquels vous jouez ? oui nous faisons ses morceaux, que nous avons l’habitude de faire. Nous faisons She she Little Sheila, Be Bop A Lula, puis dans un autre groupe nous jouions I’m Going Home, mais nous n’avions pas de saxophone, c’était moins bien,.. Pouvez-vous me dire l’influence de la musique de Gene Vincent sur la musique en général ? Je ne sais pas il est surtout considéré plutôt comme un symbole que comme un chanteur, car il n’a pas eu un tas de hits, vous savez il est un peu comme une icône en cuir noir, et cette étrange allure, ces jambes plantées comme des bâtons derrière lui, et cette façon de passer la jambe par-dessus le micro, c’était vraiment bon, et il a tourné comme cela durant des années et des années, il était comme Motörhead, comme cela oui, toujours le même, il n’est pas mort si jeune que cela, il devait avoir  quarante ans,  non trente-six, non non, il était plus vieux que cela, déjà dans la Navy, il déjà chanteur, il devait avoir dix-huit ans, si en 54 dans la Navy il les avait,  il devait être plus vieux que trente-six ans, n’est-ce pas. Ça se pourrait. Peu importe ce que je suppose, mais vous savez tout ce qui lui est tombé dessus, ses blessures et sa bouteille qu’il buvait avant d’entrer en scène et une autre en sortant, sans compter tout un tas de médicaments qu’il prenait probablement en plus, et je pense qu’il a tenu ce régime pendant

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    longtemps…  Pensez-vous qu’il a eu la reconnaissance qu’il méritait durant sa vie sachant tout cela ? Vous savez l’Amérique s’est vite détournéE de lui, quand il n’a plus eu de hits, après I’m Going Home, un hit qui n’était pas en Amérique, vous savez tout un tas de personnes ne reçoivent jamais la reconnaissance qu’ils méritent, je pense à Elvis, ce fut énorme, mais il n’a pas eu de reconnaissance pour la première partie de sa carrière, les gens se souviennent de Las Vegas, je veux dire que pour moi il a été le premier chanteur, le premier chanteur de rock’n’roll, je sais il y avait eu Bill Haley, mais nous ne parlons pas de la même chose ce petit gars enrobé avec son attache-cœur, rien à voir avec Elvis, la première icône, Gene Vincent était très loin de lui, je ne pense pas que beaucoup de ces gars n’ont pas eu une  reconnaissance semblable dans leur vie, quand ils étaient dans la fournaise. J’ai monté ce groupe de rockabilly the Head Cat, a side project, j’ai récolté des tas de remerciements de gens branchés rockabilly, vous savez nous parlons de ces vieux gars, Gene Vincent, Lemmy and the Rock Hats, il était un grand fan de Gene Vincent, vous savez ce n’est pas comme quand vous parlez à Gene Vincent, c’est à eux que vous parlez… Les Teddy boys et les Rockers vous disent-ils que vous faites partie de cette tribu ? Mon frère était Teddy Boy j’ai hérité de ses jackets plus tard, je n’étais pas assez vieux pour être un Teddy Boy, mais je me souviens de lui, je m’en souviens bien, ils avait l’habitude de me montrer les hameçons enfouis dans le tissu de leurs jackets, bref si vous vous emparez da la veste, vous n’allez pas bien loin, les vieux teddies restent dans leur territoire, ils ont l’habitude de gauler les noix entre eux, les américains ne comprennent pas que durant des années et des années vous seriez capable de faire un sort à n’importe quel américain, vous ne pourriez pas comprendre que l’on vient vers vous pour se battre, ils se battent comme s’il y avait toujours un léger avantage à être dans une entourloupe. Vous vous êtes battu un max ? Tout le monde se bat un peu quand vous avez quinze ans. Vous devez rester vivant à l’école, je pense que les gamins sont les personnes les plus cruelles sur cette terre. Si vous voulez un bon tortionnaire, embauchez un gamin. Merci beaucoup. 

    The Gene Vincent files #2: Billy Zoom sharing his experiences as a guitarist in Gene Vincent's band

    Zoom est un nom un peu étrange, X peut paraître inconnue, mais tout s’éclaire si l’on précise que Billy Zoom a formé le groupe X en 1977 à Los Angeles. Que l’on a souvent dénommé punk. Quand on aura rajouté que les punks ont réendosser le cuir, et que Ray Manzarek des Doors a produit les premiers albums de X, l’on se dit que l’interview du guitariste de Zoom risque de nous révéler quelle a été l’influence post-mortem de Gene Vincent sur le futur du rock, l’on rajoute les accointances de   The Clash avec Vince Taylor, et l’on se souvient de la kronic du Cat Zengler sur Johnny Rotten dont le père était un passionné de Gene Vincent…

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    Well, une agence d’Hollywood nommée Musicians Contact Service, une sorte d’agence de rencontre pour musiciens, un batteur avec des guitaristes par exemple ou s’il vous manque un bassiste dans votre groupe vous contactez le service, ils vous mettent en relation avec plusieurs personnes, Gene et son manager voulaient monter un orchestre pour Gene Vincent et ils voulaient une liste de guitaristes qu’ils voulaient embaucher, je suppose que Sterling le boss du Service a répondu, j’en ai seulement un à disposition, il vous ferait bien l’affaire, il est parfait, c’était moi, ils m’ont appelé, j’ai répondu que je   terminais un engagement avec Etta James.  Le temps de rentrer, un message m’attendait, disant si tu veux jouer avec Gene Vincent appelle ce numéro. J’ai été grandement surpris, le numéro que m’avait laissé le gars ne répondait pas, à cette époque nous n’avions pas de machine pour répondre, ils ont laissé un message à mon voisin, qui ne connaissait pas Gene Vincent, Gene Vincent, son manager habite in Laurell Canyon, je pars là-bas avec mon matos, je le sors et j’ai eu le job. Nous jouions déjà  dans un gros club de rock’n’roll sur Sacramento, nous étions quatre dans le groupe, un roadie, Gene, Marcy et les trois gamins, bref il y avait dix personnes et le manager de Gene avait réservé une seule chambre dans un motel, pensant que ce serait suffisant car il était le manager et tous les autres des idiots, nous avons dû nous fâcher, passer un tas de coups de téléphone, nous avons finalement obtenu une deuxième chambre, Gene, Marcy et les trois gamins dans l’une, et le groupe dans l’autre, le roadie dans une autre, voilà l’histoire, vous savez elle est typique de la manière dont les choses se sont  passées, toujours dans la plus totale inorganisation, quand nous allions discuter avec Gene chez son manager, il y a des pelletées de guitaristes dans le coin, Gene devait chanter tout de même, le manager n’avait aucune idée de la situation et de ce dont nous avions besoin, que nous ayons besoin d’un micro ou autre chose, alors j’ai dit j’ai un micro et un pied dans ma camionnette, prenons-les, ainsi Gene s’est branché  dans l’ampli de ma guitare et a pu chanter, durant les concerts Gene disait toujours : ne te tracasse pas pour le son original, fais juste comme tu le sens. Je me souviens que nous n’interprétions pas un maximum de morceaux de Gene, parce que l’on ne pouvait trouver des disques de Gene. Gene n’avait même pas un simple en distribution. Vous ne pouviez pas en commander, il n’y avait pas d’internet, ses disques n’étaient plus réédités depuis des années, les boutiques de disques n’en possédaient pas dans leurs rayons, si vous en vouliez il fallait aller en Angleterre, ou en France. Pour nous en souvenir, vous pouviez les écouter sur les radios comme quand on était jeune, nous jouions tout un lot de de Jerry Lee Lewis, des reprises de Chuck Berry, Gene avait récemment enregistré un album in Nashville il essayait de le sortir mais il était malheureusement incapable de faire un deal, il avait enregistré Sunday Morning Coming Down de Kris Kristopherson, qui fut plus tard reprise par Johnny Cash, à cette époque le morceau était tout nouveau, c’était la balade du set, je jouais de la flûte en intro et du piano électrique sur le pont,  sinon nous jouions Roll Over Beethoven et Whole Lotta Shakin’ Goin’ on, et des trucs dans le genre, et Be Bop A Lula, c’était il y a trente-cinq ans, nous avions un drummer nommé Tony quelque chose, un autre guitariste nommé Richard et j’ai oublié le nom du bassiste – n’était-ce pas Richard Cole ? Oui !  il jouait de la guitare, nous en jouions tous les deux, je jouais aussi du saxophone du piano électrique et de la flûte. Gene devait aimer il me demandait souvent de jouer du saxophone. Ce n’était pas une bonne période pour Gene, c’était avant le Revival des années 70, avant Happy Days, nous étions loin des grands temps du rock’n’roll, une dure époque pour lui, j’étais dans le groupe le seul, oui le seul, qui aimait cette musique, tous les autres passaient leur temps à se plaindre et maugréer de leur malaise de jouer ce style de musique face à des gens car ils pensaient que c’était vieillot et que ça datait, mais moi j’étais réellement excité… Oui nous avons fait une séance photo, Gene n’aimait pas les types qui étaient dessus, il m’en a donné une de lui, il m’ a donné cette chemise bouffante qu’il avait sans doute déniché à Carnaby Street, sur le cliché je portais un pantalon à patte d’éléphants hippie et cette nouvelle  jolie chemise bouffante, des photos je n’en ai eu aucun exemplaire parce que le manager n’a pas payé le photographe. Gene m’a montré dans sa maison en haut dans sa chambre il avait une étagère avec une douzaine de cartes d’anniversaires de chacun des Beatles et d’autres de stars anglaises et  d’autres méga-rock’n’roll stars, je me souviens de le voir en train de regarder tout cela et d’en avoir été impressionné. Il a vécu une grande partie des années soixante en Angleterre, et il était une sorte de légende, indifférent-au mépris des musiciens modernes qui se ressemblent tous, vous l’idolâtrez mais en Amérique il n’était vraiment pas très connu, vous savez une fois que vous n’êtes plus dans la playlist, l’on vous jette et c’est fini. Particulièrement par les temps qui courent, une fois que vous n’êtes plus dans les charts, ils s’en foutent. Je me souviens que dans les années soixante-dix, vous ne pouviez même pas acheter un disque d’Elvis, à l’exception de Blue Hawaï, vous ne trouviez aucun disque de rock’n’roll, vous ne pouviez pas acheter un disque de Chuck Berry, aucun album de Little Richard, ni d’Eddie Cochran, ce fut une belle découverte quand au milieu des années soixante-dix ils ont ressorti tout cette came, je connaissais déjà tout cela.  Je me souviens qu’il en parlait et racontait des histoires, je m’asseyais et rêvais d’avoir un magnétophone, car il racontait des anecdotes amusantes, que se promenant dans Soho il était tombé sur Duane Eddie en   travesti, sans connaître aujourd’hui Duane Eddie, c’était un garçon et vous comprenez l’étonnement qui s’ensuit… quel magnifique groupe possédait Sam Cooke, combien Eddie Cochran était le plus grand et comment s’il avait vécu il aurait dépassé Elvis, il était intarissable sur le sujet… l’on a raconté tant de choses sur lui, il était toujours sobre et avait l’esprit vif, et c’était agréable d’être avec lui pendant que nous bossions, j’ignore s’il montrait une face plus sombre à d’autres personnes, je ne l’ai jamais vue, si vous ne le connaissez pas mieux, vous avez besoin d’un long moment pour le comprendre, si vous commencez à croire et à penser, l’on vous taille facilementun costume dès que vous tourniez le dos, et vous êtes bien servi … Vous savez dans la musique les artistes sont toujours  tout en haut ou tout en bas, car   ils sont sans cesse occupés ou en train de travailler avec des entreprises qui ont à leur actif des centaines d’artistes, compagnies et manager sont travaillé avec des centaines d’artistes et ils savent s’y prendre et les exploiter. Avec le temps vous comprenez mieux comment vous arrivez au sommet… Il est mort

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    le douze octobre, je pense que c’était une ou deux semaines pendant lesquelles  je m’étais absenté. Il est parti e Angleterre, juste avant de mourir, ils auraient voulu que je parte, mais je n’avais pas confiance en son manager et son manager n’a pas voulu me donner un billet aller-retour, ils donnaient un seul ticket, j’ai dit : non, non, vous me donnez un aller-retour sinon je ne pars pas. Quelques semaines après, je conduisais sur la route de Laurel Canyon, je m’arrête pour prendre un auto-stoppeur et le gars me dit : tu sais Gene est mort. Vraiment je suis sûr que c’est une blague. Non il est revenu ici, il m’a tout expliqué et le monde s’est effondré. Je suppose qu’il a bu et il est mort. J’ai trouvé sa nécrologie dans Rolling Stone, à trente-six ans, il était joliment vieux ! Ce n’est pas à ce moment que j’ai pensé qu’il était mort  seulement  à trente-six ans, que ce n’est rien mais il semblait déjà à un vieux gars, moi j’en avais vingt-trois et j’ai pensé que ce serait bien si j’arrivais déjà à trente-six. Il est mort au commencement du Revival des années cinquante. Vous voyez Happy Days, American graffiti, Sha-Na-Na avait son émission à la télé, et les gens ont commencé à revenir vers le rock’n’roll, une résurgence, et ils ont commencé à rééditer les disques De Gene et d’Eddie, et ce fut le rockabilly revival fin seventies and early eighties, tout cela influencé par Gene et Eddie, et il n’était plus là ! Il aurait été fun de jouer avec Gene, j’ai réalisé que j’ai eu durant ces gigs beaucoup plus de plaisir qu’en toute autre occasion c’est alors que j’ai commencé à creuser davantage les vieilles musiques que les modernes, je n’aime pas la musique des années 70 mais j’ai débuté là, au moment où j’ai entrepris de retourner aux racines du rockabilly, si bien qu’au milieu des seventies j’ai fondé un groupe de rockabilly et ai enregistré des disques de rockabilly, je pense que Gene a eu une énorme influence sur un grand grand, très grand nombre de musiciens, certainement sur les Stray Cats qui ont été énormément influencés par Gene et Eddie Cochran, et particulièrement  par Gene pour nombre d’entre nous passionnés de New Rockabilly, Gene est le commencement, il est leur héros beaucoup plus, à tort ou à raison, qu’Elvis et Chuck Berry ou n’importe quel autre, Gene est le héros de ce nouveau culte, maintenant vous le savez ce culte a contaminé un couple de générations.

    Damie Chad.

    P.S. : sur X (surtout John Doe) : lire kronic de Patrick Cazengler : Kr’tnt : 527 du 18 / 10 / 2021

    A suivre.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 584 : KR'TNT 584 : P. P. ARNOLD / JON SPENCER / GARY USHER / TAJ MAHAL & RY COODER / SWELL MAPS / GOZD / GENE VINCENT / JULIANE GARSTKA / JACK BODLENNER / DAJANA LOUAAR / ROCKAMBOLESQUES

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 584

    A ROCKLIT PRODUCTION

    FB : KR’TNT KR’TNT

    19 / 01 / 2023

     P.P. ARNOLD / JON SPENCER

     GARY USHER / TAJ MAHAL & RY COODER

    SWELL MAPS / GOZD

    GENE VINCENT / JULIANE GARSTKA  

    JACK BODLENNER / DAJANA LOUAAR

     ROCKAMBOLESQUES

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 584

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http ://krtnt.hautetfort.com/

     

    Arnold Layne

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             Indépendamment de ses qualités de Soul Sister, l’élément le plus intéressant chez P.P. Arnold est sa double nationalité artistique : elle est à la fois une Soul Sister à Los Angeles et une star du Swingin’ London. Ikette d’un côté et First Lady of Immediate de l’autre. Amie de Gloria Scott, de Maxayn et de Johnny Guitar Watson d’un côté, amie de Jagger, de Steve Marriott, de Barry Gibb, de Brian Jones, de Madeline Bell et de Doris Troy de l’autre. Elle est avec Jimi Hendrix l’une des rares à avoir réussi sa relocalisation. Mais à la différence du pauvre Jimi, elle a survécu. D’où le titre de son autobio, Soul Survivor - The Autobiography.

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             Sacré book, en vérité. Pas forcément bien écrit, mais on n’est pas là pour ça. On est là pour les Ikettes. Avant d’entrer dans le backstage, mettons les choses au point : P.P. Arnold n’est pas son vrai nom, c’est un choix (bizarre) d’Andrew Loog Oldham. P.P. se prononce Pipi. En français, ça ne passerait pas. K.K. non plus. On voit d’ici l’étendue du désastre. Inutile d’espérer que le Gaulois va se civiliser, il est trop tard. En réalité, elle s’appelle Pat Cole, Arnold étant le nom du mari qui lui tapait dessus. Bizarrement, elle réussit à divorcer mais elle garde le nom, comme le fait d’ailleurs son ancienne patronne, Tina Turner. Et comme le fera aussi Brix Smith. Elles se plaignent toutes de leurs maris, mais elles gardent le nom, c’est assez incompréhensible. Alors pour avancer, on va l’appeler Pat.

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    ( Tina à droite / PP Arnold à gauche )

             Si on veut tout savoir sur les Ikettes, c’est là, dans le Pat Book. Pat commence par passer une audition chez Ike & Tina. Elle nous explique qu’il existe alors deux moutures d’Ikettes, les backing singers d’Ike & Tina : Robbie Montgomery, Venetta Fields et Jessie Smith constituent la mouture A qui part en tournée avec Ike & Tina, et la mouture B qui tourne avec The Dick Clark Show. Pat postule pour la mouture B en compagnie de Gloria Scott et de Maxine Smith. C’est Ike le renard qui a l’idée des deux moutures. On appelle ça avoir plusieurs fers au feu. Ike fait déjà du big biz. À l’époque, Gloria Scott est assez expérimentée, nous dit Pat, pour s’être retrouvée à la même affiche que les Supremes et d’autres Motown acts. Quand la mouture A se mutine et démissionne, la mouture B monte en grade et part en tournée avec l’Ike & Tina Turner Revue. Et c’est là que Pat démarre.

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             Elle ne brosse pas un portrait très flatteur d’Ike Turner : «Il avait la peau très noire et n’était pas très grand, un peu dégingandé, avec une tête allongée qui semblait trop grande pour son corps, un visage taillé à la serpe et des yeux très grands. Il avait les jambes arquées, ce qui le rendait sexy au yeux de certaines femmes. Il avait un sens de l’humour Southern, mais je ne savais pas quoi penser de lui. Il n’était pas laid, mais il n’était pas non plus très beau. Il racontait des blagues salaces qui me mettaient mal à l’aise. Il m’a demandé mon nom avec un petit rire bizarre et semblait fasciné par la taille de mon cul.» Pat passe l’audition avec succès, mais à l’époque, elle est mariée et mère de deux enfants. Ike réussit à convaincre le mari psychopathe de laisser Pat partir en tournée pour plusieurs mois. C’est tellement bien raconté qu’on s’y croirait. Pat narre cette première tournée à travers les États-Unis, la Revue sur scène, et l’arrivée de Tina qui chaque soir provoque l’explosion du public - She broke into «Shake» and boy could she shake her money-maker - Chacun sait que Totor a craqué en la voyant sur scène. L’early Tina était fantastique, she was beautiful and wild - She was the female James Brown - Pat compare aussi les nouvelles Ikettes aux anciennes : «We were pretty green, but we were in tune with the latest trends. We were like a baby Supremes, only raunchier. Our youthful zest is what Ike and Tina liked. We could inject their show with that high-energy teen Go-Go vibe.» Ike ne veut ni drogues ni alcool dans les Ikettes. Il fout des prunes quand un truc ne va pas, par exemple une perruque de travers. Elles reçoivent 250 $ par semaine, mais doivent payer leur bouffe et l’hôtel. Elles portent toutes les trois des perruques. Pat donne tous les détails. Il faut savoir qu’à l’époque, toutes les Soul Sisters portent des perruques. Il faudra attendre la mode des afros pour voir les perruques disparaître. La seule des trois qui tient tête à Ike, c’est Gloria Scott, parce qu’elle le connaît depuis longtemps et qu’elle a du caractère.

             Et puis un jour, Maxine, Gloria et Pat ratent le bus pour Houston, où est prévu un concert. Elles doivent prendre l’avion à leurs frais et en arrivant, Ike leur colle en plus une prune. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Alors Maxine et Gloria décident de quitter la Revue. Mais Pat qui a deux gosses à charge se désolidarise et décide de rester, trahissant ses amies. Elle ajoute que Maxine ne lui a jamais pardonné cette trahison. Par contre, Gloria lui dira plus tard qu’elle avait compris les raisons de sa décision. Eh oui, le résultat est que Maxine et Gloria ont sombré dans l’anonymat, alors que Pat a choisi la survie. Soul Survivor. La vie ne tient qu’à un fil. Surtout la vie artistique.

             Alors tout le monde attend de savoir : Pat s’est-elle fait sauter par Ike ou pas ? Oui, ça paraît évident. Toutes les Ikettes passaient à la casserole et Tina ne disait rien. Ike avait pour habitude de se pointer dans les loges avec la bite à l’air. L’idée étant que tailler une pipe permettait de s’agrandir la gorge et de mieux chanter. Ike finit par baiser Pat qui nous donne tous les détails, «the big black ugly dick inside me». Mais à côté de ça, elle apporte des éclairages sur ce personnage tellement contradictoire, dont le père avait été lynché par des blancs. Comme il n’avait pas été soigné, le père s’était chopé la gangrène. Installé sous une tente plantée devant la maison, il a cassé sa pipe en bois sous les yeux horrifiés du petit Ike. Un drame pareil, ça te transforme un gamin. Ike est alors devenu un wild child, Il trafiquait du moonshine pour survivre et au tout début des années 50, il a formé les Kings of Rhythm, l’un des meilleurs combos ayant jamais existé aux États-Unis. Puis il a monté la Revue et s’est inspiré des Raylettes de Ray Charles pour rassembler ses Ikettes. Et comme Ray Charles baisait ses Raylettes, Ike baisait ses Ikettes. Ça fait partie du jeu.

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             C’est en août 1966 que Pat débarque en Angleterre avec les Ikettes, pour la tournée anglaise des Rolling Stones. The Ike & Tina Turner Revue joue en première partie, avec les Yardbirds, Long John Baldry et Peter Jay & The Jaywalkers. Les Ikettes sont trois : Pat, Rose Smith et Ann Thomas, qui ne chante pas et qui mime pendant que Jimmy Thomas fait sa voix en coulisse. Ike dit «pas touche !» aux petits culs blancs qui louchent sur le petit cul noir de Pat Arnold. Mais Jag a commencé à loucher sur le petit cul noir de Pat, et Bill sur celui de Rose. Pat se dit fascinée par les Stones - This was some serious hardcore elecrifying rock’n’roll - Quand elle voit Jag danser, elle se marre - He was hilarious, with gangly white-boy sex appeal, trying real hard to look black - Quand il secoue les bras, elle le compare à un poulet dans la basse-cour. Et hop, au lit ! Elle devient la girlfriend de Jag, en concurrence directe avec Marianne. C’est Glyn Johns qui alerte Ian Stewart, le sixième Rolling Stone - You got to come and hear the girl sing - Stewart alerte à son tour Andrew Loog Oldham qui la signe sur Immediate et qui la baptise comme on l’a dit Pipi Arnold. C’est ce contrat et sa liaison avec Jag qui vont la convaincre de rester en Angleterre. Stewart commence par sortir Pat des griffes d’Ike qui lui ordonne de rentrer à Los Angeles. No way. Stewart la met à l’abri dans sa maison de campagne. Puis Pat doit téléphoner à son père pour lui demander l’autorisation de tenter sa chance à Londres. Le père lui donne six mois et lui fait confiance : «On ne sait rien à propos de l’industrie du disque, mais on sait que tu as du talent et on ne voudrait se mettre en travers de ton chemin.» Pat chiale toutes les larmes de son corps en entendant ça. Mom & Dad vont s’occuper des gosses, donc Pat peut foncer.

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             Elle commence par tourner en Angleterre, avec les Blue Jays, puis T.N.T. dont le bassiste n’est autre qu’Eddie Phillips, le flash guitar slinger de Creation. Comme c’est une tournée Immediate, elle se retrouve à l’affiche avec les Small Faces. Elle a une petite aventure avec Steve Marriott - a little extra-curricular sexual activity - Elle baise aussi avec Rod The Mod - We had a lot of laughs and sex was cool - Elle fréquente Marianne Faithful avec laquelle elle se trouve pas mal de points communs, même si elles sont d’origines sociales radicalement opposées : «On était toutes les deux des teenage mothers and teenage brides, on avait été découvertes toutes les deux par Andrew Loog Oldham and we were both Mick Jagger’s lovers.» Pat va chez Jag quand Marianne n’y est pas, mais Marianne déboule une nuit avec une copine américaine et elles se mettent au lit avec Pat et Jag - Je me suis retrouvée au milieu d’une orgie with these two soft white blonde girls all over me - Démarre ensuite une petite période de ménage à trois, mais Jag s’écarte un peu de Pat, lui préférant Marianne. Un peu plus tard, Marianne va passer à l’héro, et au moment de l’hommage à Brian Jones à Hyde Park, elle verra Jag se pavaner avec Marsha Hunt qu’il vient d’engrosser. Marianne va tenter de se suicider aux barbituriques en Australie, pendant le tournage de Ned Kelly. Elle va rester six jours dans le coma. À son retour à Londres, elle ramasse ses affaires et quitte la maison de Chelsea et, nous dit Pat, Marsha s’installe à sa place. Elle est pas belle la vie ?

             Comme Pat a besoin d’un chauffeur, Andrew lui file Kenny Pickett, l’ex-chanteur de Creation. À cette époque, elle baise aussi avec Jimi Hendrix qui vit tout près, in Montague Square, right around the corner from my flat in Bryanston Mews East.

             Pour son premier album Immediate, Pat a tout le gratin dauphinois derrière elle, notamment les futurs membres de Nice. Andrew voit en Pat une sorte de superstar et veut qu’elle ait les meilleurs auteurs, les meilleurs arrangeurs et les meilleurs producteurs. Il agit comme son mentor Totor. Pat : « Andrew was into the West Coast Phil Spector girl group thing. » 

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             Paru en 1968 sous une pochette iconique signée Gered Mankowitz, The First Lady Of Immediate pourrait bien se retrouver sur l’île déserte, car cet album grouille littéralement d’énormités. Elle démarre bien sûr avec le fameux « (If You Think You’re) Groovy » des Small Faces, qu’elle embarque à la grimpette foldingue, c’est tapé à la puissance Marriott/Lane et aux descentes de toms de Kenney Jones. Marriott et Lane pensaient d’abord lui filer « Afterglow », mais ils changèrent d’avis et lui proposèrent Groovy. Avec « Something Beautiful Happened », Pat tape dans le Brill, soutenue par un grand ensemble dévastateur. Sacrée Pat, elle peut monter tellement haut qu’elle devient une sorte de visiteuse des cieux. Avec « Born To Be Together », elle fait sauter le couvercle de la voûte, elle chante avec toute la puissance de sa blackitude céleste. Wow ! Quelle shouteuse ! Elle hurle littéralement au sommet du beat. On a là le nec plus ultra du bénéfice des longs termes. Toujours aussi magnifique, voici « Am I Still Dreaming » monté sur un beat solide et embarqueur de première. C’est une énormité sans nom, comme on dit quand on ne sait plus quoi dire, une énormité montée à l’adrénaline de mini-jupe, un jerk des enfers. Tu viens danser, baby ? Elle finit l’A avec le fameux « The First Cut Is The Deepest », ce vieux balladif d’intensité maladive. Elle y fait un final éblouissant à coups de gotta gotta. « Everything is Gonna Be Alright » s’ouvre sur une grosse pelletée d’orchestration. C’est signé Oldham. Pur jus de Swingin’ London. Stomp de rêve - hey hey hey - C’est plombé au beat direct, Pat le chante à bout de voix et l’explose à la fin. S’ensuit la pop nerveuse de « Treat Me Like A Lady ». Ça part en pur jive de jerk. Très franchement, cet album compte parmi les fleurons des sixties. Encore une fois, Pat explose tout. C’est son seul vice. Elle se montre chaque fois terrifiante de force et dégoulinante de jus de présence. Elle peut driver un cut comme Aretha. Elle revient au jerk d’Andrew Loog Oldham avec « Speak To Me », un hit fait pour danser, et secouée par des tourbillons de violons, Pat chante à outrance.

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             Comme les albums Immediate sont devenus inabordables, on peut se rabattre sur une fantastique compile parue en 2001, The First Cut, qui est du triple concentré de dynamite à la tomate. On y retrouve tous les hits de The First Lady Of Immediate, notamment « Everything’s Gonna Be Alright », ce stomp composé par Dave Skinner, de Twice As Much, duo qu’Oldham avait signé sur Immediate et qu’il payait pour composer. En 1967, on savait stomper. On y retrouve aussi le gros hit de Pat, « The First Cut Is The Deepest », signé Cat Stevens et orchestré à la Totor par Mick Hurst, un type qui fit partie des Springfields, avec Dusty chérie. C’est joué aux trompettes de la renommée et très cousu de fil blanc, mais à l’époque, ça plaisait beaucoup. Pat revient au pur jus de juke avec « The Time Has Come » et dans la foulée voilà que déboulent tous ses hits Immediate, « Angel In The Morning » (du Chip Taylor bien produit), « Speak To Me » (stomper des enfers, Pat éclate comme Aretha, elle grimpe là-haut sur la montagne), « Born To Be Together » (production à la Totor - Normal, c’est une compo signée Spector/Mann/Weil que reprendra aussi Dion - Alors bien sûr elle l’explose - on dirait qu’elle ne sait faire que ça). C’est le même problème avec toutes les grandes interprètes, il faut leur donner de bonnes chansons, sinon elles tournent en rond. Avec une belle compo de Totor, Pat devient un shouteuse fascinante, comme l’est Dusty chérie avec une belle compo de Burt. D’ailleurs Pat sait comment s’y prendre avec Totor, puisqu’elle a participé aux mythiques sessions d’enregistrement de « River Deep Mountain High ». On trouve encore une belle perle de juke avec « Am I Still Dreaming ». Là, elle fait sa Martha Reeves, elle se fait vacharde et bousculeuse, puissante et insidieuse, elle envoie sa voix claquer au firmament. Et la fête se poursuit avec « Treat Me Like A Lady », un autre r’n’b brûlant, musclé, rapide et raunchy, doublé de chœurs déments, visité par un solo de guitare cabossé. Tout cela file à une vitesse supersonique. Pat a le diable au corps. Elle crache le feu sacré du r’n’b. Par contre, son « Would You Believe » est plus cérémonieux et même massacré par des violons. On trouvera un peu plus loin un sacré coup de chapeau à Brian Wilson, puisqu’elle reprend « God Only Knows », tiré de son deuxième album, Kafunka. Elle tape dans le dur du mille. Elle y va au bluff. Comment peut-on oser taper dans un tel classique ? Elle s’y colle vaillamment et serre ses petits poings noirs. Elle force tellement qu’elle fait mal aux oreilles. Puis elle tape dans les Beatles avec « Eleanor Rigby » et surtout « Yesterday » qu’elle transforme en powerhouse. Elle se bat jusqu’au bout et en cela, elle est admirable. En fin de parcours, on va trouver deux autres merveilles : « To Love Somebody » des Bee Gees qu’elle transforme en r’n’b magique, et « Welcome Home » dont elle fait une monstruosité mélodique.

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             On trouve assez facilement un Best Of de Pat édité en Hollande sur Immediate. Tous les gros hits pré-cités s’y trouvent, bien sûr. Nous sommes là au cœur de l’âge d’or d’Immediate. Cette époque sentait bon la veste en velours et la mini-jupe, le jabot et la mèche folle. On pataugeait dans l’insouciance des jours heureux. Des artistes comme Pat Arnold et les Small Faces parvenaient à cristalliser toute cette fantastique énergie. 

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             Dans une interview qu’elle accorde à Lois Wilson, Pat cite les Staple Singers, Aretha et Dionne Warwick comme ses premières influences. Quand Ike & Tina reviennent en Angleterre, ils ramènent une nouvelle brochette d’Ikettes : Ann Thomas, Paulette Parker et Claudia Lennear, une Claudia, nous dit Pat, qui louche sur Jag. Alors Pat en profite pour faire le point sur «Brown Sugar» : «La rumeur dit que Mick s’est inspiré de Claudia pour ‘Brown Sugar’. Mais c’est plus compliqué. Un jour, à la fin des années 70, nous dînions à Los Angeles avec Marsha Hunt et notre amie mutuelle Linda Livingston, et selon Linda, Mick se serait inspiré de moi pour ‘Brown Sugar’. Ça m’a bien fait rire, mais ça n’a pas fait rire Marsha qui est convaincue d’être la vraie Brown Sugar.» On ne saura jamais la vérité et on s’en fout. Fataliste, Pat dit que Jag a baisé Marsha et Claudia, mais elle ajoute qu’elle était là avant - Mick was my first white lover, back when interracial relations were taboo.

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             Elle enregistre son deuxième album Kafunka en 1968. Album étrange. Pat y porte une sorte de coiffure indienne du Mardi Gras de la Nouvelle Orleans. Dans son autobio, elle rappelle qu’elle a du sang Choctaw dans les veines. Elle ajoute que les Choctaw étaient l’une des ‘Five Civilized Tribes’ qui ont adopté le mode de vie des blancs, allant jusqu’à faire travailler des esclaves sur leurs plantations. Sur Kafunka, Pat tape dans l’intapable, c’est-à-dire le « God Only Knows » de Brian Wilson, l’une des pierres angulaires de Pet Sounds. C’est à sa main, car elle force bien. Elle ne se résigne pas et repousse ses limites en quête de l’octave impérieuse. Andrew était quand même gonflé de lui demander de chanter ça. Elle chevrote admirablement. Deux autres merveilles se nichent en B : « To Love Somebody » et « Dreamin’ ». Les Small Faces l’accompagnent sur « To Love Somebody » et Mac nous nappe ça d’orgue. Il faut voir comme ça swingue. « Dreamin’ » est une reprise des Bee Gees qu’elle va chercher au beau chat perché. Si on apprécie les beaux balladifs, on se régalera aussi de « Welcome Home ».

             Puisqu’on parlait des Bee Gees, voilà Barry Gibb qui devient pote avec Pat et qui lui compose des cuts. Pat connaît Barry Gibb grâce à Jim Morris, son mari, qui fut à l’époque le chauffeur de Robert Stigwood. Par contre, Pat ne s’entend pas du tout avec Lulu, la poule de Maurice Gibb. Lulu lui montre un peu de mépris, ce qui n’est pas le cas de Dusty chérie - always warm and friendly with me - Barry lui compose des super-cuts, et dans les backing vocals, on retrouve Madeline Bell et Doris Troy.

             Après la fin d’Immediate, Robert Stigwood demande à Barry Gibb de produire le premier album de Pat sur RSO, mais comme les Bee Gees viennent de splitter, le projet est abandonné. Clapton prend la suite, en tant que producteur sur trois cuts, mais Stigwood n’aime pas les enregistrements. Il ne les trouve pas assez commerciaux. Alors il enterre le projet. Pat est virée - Dropped and lost - Et pourtant, elle repartait du bon pied, puisqu’elle avait comme backing band Ashton Gardner & Dyke, Steve Howe on guitar, et Lesley Duncan aux backing vocals. Autant dire la crème de la crème. Mais ça n’a servi à rien. Comme Pat portait une afro, I got revolutionary, I got attitude, elle pense que ça ne plaisait pas à Stigwood. Les bandes vont prendre la poussière sur une étagère pendant 50 ans. Hein ? Oui, tu as bien entendu : 50 ans !

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    Dans Classic Rock, Henry Yates indique que Pat a passé sa vie à courir après son passé. En effet, pour récupérer ces fameux enregistrements de 1969, elle a dû frapper à des tas de portes et se montrer insistante - I’ll be an old lady soon. I want my music ! - Et c’est justement le jour de ses 70 ans, en 2017, qu’elle reçoit enfin une réponse d’Universal par mail : elle peut tout récupérer, les enregistrements, les licences et les droits !

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             L’album s’appelle The Turning Tide et sort donc sur Kundalini Music, le label de Steve Cradock d’Ocean Colour Scene, un Cradock génial qui a soutenu Pat pendant toutes ses démarches. Ça valait le coup d’attendre 50 ans, car forcément l’album est génial. Rien que pour cette cover du « Medicated Goo » de Traffic. Pat mène le bal des Anglais et cet enfoiré de Carl Radle navigue à vue sur le manche de sa basse. C’est du groove de black anglomaniaque mené par une Pat qui pulse son jus d’Angelinote. Encore un coup de génie avec « Spinning Wheel », le vieux hit de Blood Sweat & Tears. Elle n’en fait qu’une bouchée. Elle explose le Wheel du Spinning en plein vol. Tout aussi génial, voilà « You’ve Made Me So Very Happy », groove de bar de nuit rendu célèbre par Brenda Holloway. Pat gère bien son affaire. Elle sait. Pas besoin de lui expliquer. Sa façon de groover relève du génie pur, aucun doute là-dessus. Elle enchaîne deux slowahs monumentaux : « If This Were My World » et « High & Windy Mountain ». Pat peut grimper dans les étages, elle n’a aucun problème de ce côté-là. Elle grimpe tellement haut qu’elle finit par donner le vertige. Elle force son passage vers les étoiles, à la manière de Cilla Black. Elle se bat comme une reine avec les octaves. Madeline Bell vient chanter avec elle « Burry Me Down By The River » qui est un cut de gospel batch, alors ça explose. On entend Madeline hurler dans le fond ! Tiens, encore du gospel avec « Children Of The Last War ». Tout est démesuré sur ce disque sauvé des eaux, comme Boudu. Même le gospel relève d’une incroyable véracité. Elle explose aussi « The Turning Tide », une compo somptueuse, on se croirait à Broadway. Alors oui, Pat peut éclater au firmament, en voilà la preuve. Elle est tout simplement extravagante de démesure octavienne. Ian Stewart avait raison : « You got to come and hear the girl sing ! » Tout est bon sur cet album, elle chante tout à plein temps, elle remplit l’espace de chaque cut et comme Sharon Tandy, elle vise chaque fois l’explosion finale. Elle termine avec une version démente du « Can’t Always Get What You Want » des Stones. Elle tape dans l’intapable, comme Merry Clayton avant elle, et s’en sort avec les honneurs, d’autant qu’elle le trashe d’entrée de jeu. C’est tout de même incroyable que Stigwood ait pu enterrer des enregistrements de cette qualité.  

             À l’époque, Pat est bien pote avec Brian Jones - He was very cute and sexy and looked aristocratic, eccentric and yet elegant in his flamboyant attire, his dandy scarves and beautiful smoking jacket - Elle n’est pas attirée sexuellement par lui, mais Brian se conduit en gentleman avec elle. Pat dort avec lui, mais note-t-elle, il n’est plus en état de fricoter. La mort rôde déjà dans le Swingin’ London. Pat va voir ses bons amis disparaître : Brian Jones et Jimi Hendrix. Elle se lie avec Madeline Bell - She had the clearest cristaline vibrato I’ve ever heard - et avec Doris Troy, via Madeline. Doris et Madeline se sont rencontrées à New York. Doris est une battante, elle passe sa vie à courir après ses royalties. Un jour en Californie, elle emmène Pat chez Nina Simone. Pat se dit fascinée par le spectacle de ces deux stars qui se racontent leurs mésaventures avec le music biz et comment elles se sont fait plumer. 

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             Comme elle est bloquée par Stigwood, pour vivre, elle doit faire des backing vocals. Elle se retrouve avec Doris derrière Nick Drake pour les sessions de Bryter Layter, derrière les Move pour celles de Looking Back et, avec Claudia, derrière Humble Pie pour les sessions de Rock On. Elle cite des tas d’autres choses moins intéressantes. Elle se réinstalle à Los Angeles avec le batteur de CSN&Y et de Manassas, Calvin Fuzz Samuels, et lui donne un fils, Kodzo. Elle devient pote avec Paulette Parker qui fut comme on l’a déjà dit une Ikette, avant de devenir Maxayn Lewis. Pat rappelle que Marlo Henderson, le guitariste de Maxayn, fit partie du Buddy Miles Express et de Wonderlove (Stevie Wonder). Elle rend aussi hommage à Andre Lewis, le mari de Paulette, la reine des paupiettes, qui lui aussi a joué avec Buddy Miles, et Frank Zappa. Le groupe que Pat tente de monter avec son mari Fuzz s’inspire de Maxayn : il s’appelle Axis, en hommage à Jimi Hendrix. Ils reçoivent même une avance d’EMI. Mais rien ne sort.  

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             En 2007, elle enregistre un album avec Dr Robert : Five In The Afternoon. Dr Robert avait été le chanteur des Blow Monkeys. Et donc forcément, cet album prend une coloration groovy, puisque les Blow Monkeys s’étaient spécialisés dans la pop sophistiquée. On entre dans ce disque comme dans le lagon du groove bluesy. Ils bricolent tous les deux des balades enchanteresses et frileuses. On sent bien la reptilienne conjugaison des feelings. Avec « Careless Blues », ils passent à l’exotica de haut rang. Il règne une certaine élégance dans leurs parages dégingandés, une sorte d’excellence caraïbe. Un alizé gonfle doucement les voiles de tulle suspendus au toit de palmes, et au loin, l’océan se charge d’un mystère ancien. Ils maintiennent ce sentiment d’aisance nonchalante pour le morceau titre de l’album et avec « I Saw Something », on passe au grand groove, celui de Marvin Gaye. C’est superbement balancé et gorgé de langueur. Pat fait vibrer sa glotte au grand air et une fois encore, elle atteint les cimes. En général, la majesté du groove ne pardonne pas. Le groove ne fait pas de prisonniers. Il asservit les sens et enchaîne les membres. Il n’existe pas d’échappatoire. Tout doit se plier aux exigences du frisson. Avec « Stay Now », Pat revient faire un petit tour chez Stax. Mais ce n’est pas évident. Retour au groove avec « Ghost Of Winter ». C’est un genre qui leur va comme un gant. Celui-ci est d’autant plus impressionnant qu’il est sensible, intelligent et distingué, comme disait Alain Souchon à propos de Michel Berger. Ils font monter la chose en chantilly et nous dilatent le bulbe. Voilà une pièce d’antho à Toto. Puis Dr Robert se transforme en requin et entre dans le lagon d’un cut nommé « Shape It For Me ». On voit son aileron disparaître au loin, sous le ciel en feu du crépuscule tropical.       

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             En 2017, la presse anglaise se déchaînait. Elle annonçait le grand retour de Pat avec le lancement d’une tournée, la parution d’une autobiographie et l’enregistrement d’un nouvel album avec Steve Cradock. Justement, le voilà ! Paru en 2019, il s’appelle The New Adventures of P.P. Arnold et c’est un é-nor-me album. Sur la pochette, Pat est superbe de kitschity et elle démarre avec un coup de génie intitulé « Baby Blue ». Elle revient immédiatement à son cher pinacle, c’est extrêmement bien chanté, poussé dans ses retranchements, avec un bel esprit de conquête et une inflexible volonté d’en découdre. Spectaculaire ! Pat retrouve sa niaque d’Ikette - In peacock colours/ Like you used to do/ Before you were baby blue - Stu-pé-fiant. Elle va continuer de s’imposer cut après cut, comme avec « Though It Hurts Me Badly », oui, elle tape dans le haut de vieille glotte et c’est aussitôt relayé par des vagues de son énormes, elle ultra-chante au collet monté d’Ikette et swingue admirablement ses pointes, elle chante à la niaque supérieure. Avec « The Magic Hour », elle crée tout simplement de la magie, the spirit of the Swingin’ London is alive and well - Just look at the sunlight magic/ It’s everywhere/ If only paradise/ It could take us there - Fabuleux ! Nouveau coup de génie avec « Different Drum », elle fait exploser le groove dans une apothéose d’excellence - I’m not ready for any prison - C’est de la pop magique, elle pulse autant que Ronnie Spector, elle va au-delà de toute expectative, elle ramène aussi toute la dramaturgie orchestrale de Totor - Pull the reins in on me/ If you live without me - Demented ! Pat a tous les droits, même celui de proposer des mauvais cuts, puisqu’elle est bardée de crédit. Elle revient aux choses sérieuses avec « When I Was Part Of Your Picture » qui sonne comme un hit obscur de l’âge d’or Motown. Elle ramone sa Soul orchestrale in the dark - Remember when we could fly - Elle amène « I Finally Found My Way Back Home » au grand mystère extraordinaire. Sa force est de transformer la découverte d’une île en bonheur de vivre, let it shine. Elle relance à n’en plus finir, elle secrète des hormones de magie pure, elle puise son power dans le gospel des origines, yeah-eh eh - People living in fields/ Living in dirt - C’est d’une rare puissance et elle revient avec son refrain totémique, I found my way back home. Elle passe à l’état d’extase. Le temps d’un « You Got Me », elle domine le monde, elle devient astounding, comme dirait un Anglais, elle claque ses cuts au sommet du lard fumé, oooh baby baby baby, cette petite diablesse descend son baby baby baby avec toute l’ampleur du Soul System. On la voit aussi chanter par dessus les toits dans « Still Trying » et elle boucle cet album pour le moins effarant avec un « I’ll Always Remember You » qu’elle chante a capella. Pat Arnold est une princesse de l’aristocratie britannique. Elle tient la dragée haute à son rang. Cet album est avec celui du grand retour de Merry Clayton (Beautiful Scars) l’un des albums phares de ce début de siècle.  

    Signé : Cazengler, Pipi au lit

    PP Arnold. The First Lady Of Immediate. Immediate 1968

    PP Arnold. Kafunka. Immediate 1968

    Dr Robert & PP Arnorld. Five In The Afternoon. Curb Records 2007

    PP Arnold. The Best Of PP Arnold. Immediate

    PP Arnold. The First Cut. Sanctuary Records 2001

    PP Arnold. The Turning Tide. Kundalini Music 2017

    PP Arnold. The New Adventures Of. Ear Music 2019

    Pat Gilbert. First Cuts Are The Deepest. Mojo#287 - October 2017

    Henry Yates. PP Arnold. Classic Rock #240 - September 2017

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    Paul Ritchie/ A Cut Above The Rest. Shindig #68 - June 2017

    Lois Wilson. The tide comes in at last. Record Collector #473 - December 2017

    P.P. Arnold. Soul Survivor - The Autobiography. Nine Eight Books 2022

     

     

    Spencer moi un verre, Jon - Part Two

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             S’enfoncer dans l’œuvre épaisse de Jon Spencer, c’est comme s’enfoncer dans l’œuvre d’un auteur qu’on aime bien, parce qu’il ne déçoit jamais. Exemple : Alexandre Dumas, ou encore Balzac. Les tomes qui s’amoncellent produisent une sensation de confort, on peut s’y pelotonner indéfiniment. Jon Spencer est l’un des rockers américains les plus prolifiques et dès le commencement de sa carrière, il met un point d’honneur à se distinguer du troupeau bêlant. Pussy Galore ne ressemble à aucun autre groupe des années quatre-vingt. Jon Spencer révèle très vite un goût prononcé pour l’avant-gardisme, il développe avec le concassage sonique de la Galore une modernité de ton qui va faire école, non seulement dans son réseau personnel, mais dans la scène new-yorkaise. Il n’est pas étonnant de le voir croiser les chemins de Jerry Teel, de Ron Ward, d’Andre Williams ou encore de Monsieur Jeffrey Evans.

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             Il s’entoure bien pour lancer le train fou de Pussy Galore : Bob Bert aux metallic drums (qu’on retrouvera plus tard dans les Chrome Cranks et dans les Hitmakers) et Neil Hagerty qui ira former Royal Trux. En 1986, ils démarrent par un sacré coup d’éclat : une adaptation libre d’Exile On Main Street.  Album de rêve, pourrait-on dire. Alors bien sûr, Jon Spencer et sa fine équipe tapent dans la Stonesy dès «Rocks Off», mais ils font ça au trash suprême. Les Stones n’auraient jamais osé aller jusque-là. Les Pussy claquent tout à la volée. Welcome in hell. L’autre fabuleux shoot de Stonesy est bien sûr l’«Happy». Ils traînent Keef dans la boue du trash de Galore. C’est une admirable déflagration, rien d’aussi réjouissant sur cette terre, voilà un son bardé de stridences et concassé à coups de bassmatic. Ils font un «Shake Your Hips» bien raw to the bone, assez demented, imbattable de primitivisme. Voilà la grande force des Galore : la surenchère primitiviste. Ils se montrent inconoclastes avec «Tumbling Dice». Ils trashent la structure des atomes du rock, ils jettent de l’huile sur le feu du Dice. Difficile d’aller aussi loin dans ce genre d’entreprise de démolition. On peut dire la même chose de «Sweet Virginia». Quelle allure ! Ils démolissent aussi le vieux «Casino Boogie» et saturent «Torn And Frayed» de guitares désordonnées. «Loving Cup» est certainement le meilleur hommage aux Stones jamais enregistré. C’est à la fois admirable et sans retour possible. Une fille essaye de parler dans «Turd On The Run» mais Jon Spencer lui dit de la fermer. Shut up ! Abominable homme des neiges. Ils jouent tout dans une purée de basse fosse. Ils jouent des squelettes d’accords. «Let It Loose» sonne comme un souvenir précis dans un moment de défonce. Extraordinaire de véracité, car oui, c’est comme ça que se passe. Tu vois ton souvenir vibrer dans le cosmos. Ils jouent aussi «Stop Breaking Down» à ras des pâquerettes. Ils ne prennent pas de risques. Ça joue tout seul.

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             L’année suivante paraît l’explosif Right Now. On pourrait même dire qu’avec cet album, Pussy Galore invente le trash-rock. Ça démarra avec un «Pig Sweat» martelé et sans espoir, une merveille de désespérance jusqu’au-boutiste. On ne saurait imaginer son plus trashy. Ils jouent aussi «Upright» au boogie new-yorkais des bas fonds. Jon Spencer commence à se spécialiser dans les onomatopées, comme on le voit dans «Biker Rock Loser» - Fuck ya ! Watch out ! - Avec un solo d’arrache cœur. Comme son nom l’indique, «Fuck You Man» te fucke et ils couronnent ce balda avec un «New Breed» d’antho à Toto, admirablement shaké par Bob au beat metallic KO et un «Alright» quasi-garage. En B, «Punch Out» se distingue du lot par son beau trash galorique. Jon Spencer joue déjà les enfonceurs de portes ouvertes. Il déploie d’immenses quantités d’énergie pour démolir son rock. On le voit hurler dans la tourmente de «Trash Can Oil Drum» et il monte avec «Really Suck» un coup fumant en multipliant tout simplement les exactions. Il démolit son château de cartes à coups de tronçonneuse. Ce mec est très intéressant.

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             Attention au Sugarshit Sharp paru l’année suivante. On trouve en B un excellent coup de Stonesy intitulé «Handshake» et deux énormités, «Sweet Little Hifi» et «Renegade». C’est du straight ahead rock, véritable shoot de Galore garage pouilleux. Bob bat ça sec, si sec. C’est d’une solidité à toute épreuve. «Brick» impressionne aussi par sa carrure. On voit bien que Pussy Galore était en avance sur son temps. Avec ce genre de punch, ils préfiguraient le JSBX.   

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             À une époque, on jouait dans un groupe avec un guitariste qui possédait Dial M For Motherfucker. Le problème est qu’il n’aimait pas l’album. Au fond, le vrai problème était de savoir ce qu’on foutait tous les deux dans le même groupe. Eh oui, Dial M For Motherfucker est un superbe album de trash-rock, un disque bien vivant, qui reste assez inégalable, trente ans après. Boom badaboom dès «Understand Me». Schtroumphé d’entrée de jeu. Magnifico ! C’est dégoulinant de classe - Don’t ! Don’t ! - Ça marche dans la gadouille du trash, ça riffe dans le bone, c’est allumé comme une chaudière à l’ancienne. Encore pire, voici «SM 57», gratté à l’os du bone. Ces mecs ont le génie du son, inutile d’aller chercher midi à quatorze heures. «Kicked Out», c’est le rock du Revenant, un DiCaprio coincé dans la glace, avec des flèches dans les cuisses, véritable apologie du no way out. Avec «Solo Sex», Jon Spencer avance à la titube, on entend des filles crier au loin et puis il va ensuite au bois avec «Undertaker». Il abat les chords à la hache, il n’a pas le choix. Il faut alimenter le Pussy Galore, il shoote le shake dans le ventre béant du son. Il tape à la suite son «DWDA» à la petite revoyure de revienzy. Pur riffing de king of trash. On est dans le vrai truc. Il s’installe définitivement dans le trash avec «Dick Johnson» et «1 Hour Later». C’est dans les deux cas un chef-d’œuvre de trash-rock global avec un Jon Spencer qui joue ses trucs en fourbe, par derrière. Il peut aussi gratter le pire boogie de l’univers. C’est effarant de puss & boots. Encore une horreur avec «Eat Me», qui sonne comme une exaction fatidique. Il réinvente la frénésie avec «Waxhead». Il gratte ça à l’os du Pussy, c’est buté du bulbique, le cut avance tout seul contre vents et marées, ça arrose les murs. L’album est tellement organique qu’il semble vivant. C’est à ça qu’on reconnaît le génie d’un mec comme Jon Spencer. En plus, il ne demande rien à personne. Avec «Wait A Minute», il taille une fabuleuse tombe de pierre philosophale cinéphale. Il chante avec des boules de billard dans la bouche. Il fait du battage patibulaire. On passe au heavy sludge avec «Hang On». Pussy galère dans la Galore, ils ont tout bon, jusqu’au bout des ongles sales. Ils déglutissent le meilleur son d’Amérique, cut après cut. Ils travaillent tous leurs cuts au corps, ils jouent des coups de dé qui jamais n’aplatiront le bazar. Jon Spencer chante à l’arrache invertébrée et lève des lièvres dans le buisson ardent. Il adore aussi cavaler ventre à terre, comme on le voit avec «Handshake». C’est joué aux trublions de vrille, à la Wilko, avec de l’incendie en fond de scène. Quel festin orgiaque ! On entend des voix éclater dans tous les coins sur «Adolescent Wet Dream» et ils nous explosent «Sweet Little Hi Fi» d’entrée de jeu. Ils rockent leur shit comme personne et multiplient les départs fulgurants. C’est battu dans la chair de la brèche par ce dingue de Bob Bert et explosé par des retours de cavalcade. Rien d’aussi précieux que ce rock insurrectionnel. Tout est souligné de fuzz. Ils ramènent des gimmicks à la Wilko dans «Brick» et cet album faramineux s’achève avec «Renegade», infernale déclaration d’intention dotée d’un son de batterie révolutionnaire, très métallique, comme si Bob Bert jouait sur un sommier rouillé. On a même un solo de gras double et un Jon Spencer qui n’en finit plus d’allumer la gueule du pauvre cut. C’est définitif autant que déterminant. Rien que pour le son du drumbeat, cet album est un passage obligé. Les guitares croisent dans le dépotoir comme des requins en maraude. Ils finissent aux clap-hands, hey clap your hands, alors vas-y.     

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              Bob Bert volerait presque le show sur Historia De La Musica Rock paru en 1990. Il crée une sacre ambiance sur «Song At The End Of The Side» qui clôt l’A et sur «Ship Comin’ On» qui ouvre la B. Il joue un beat clair de bord de caisse sur le premier et bas bien sec le deuxième. Ils adorent ces ambiances à la dépenaille avec les guitares au fond et des chœurs légèrement foireux. Le hit de l’album se trouve aussi en B : «Mono Man» - I got the power ! - C’est du garage de saw buzz à la Galore. Un peu de provoc avec «Eric Clapton Must Die». C’est une interprétation libre de «Little Red Rooster» et cette fois, on entend Neil Hagerty chanter. Belle giclée de trash dans «Don’t Jones Me». Voilà encore un cut privé d’avenir, mal ficelé, mal chanté, un pur joyau trash. On voit aussi Bob Bert battre «Revolution Summer» comme plâtre et le départ en solo de Neil Hagerty vaut tout l’or du monde.

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             Le meilleur album de Pussy Galore est certainement le fameux Live In The Red paru tardivement, en 1998. C’est là qu’on trouve le plus beau killer solo flash de l’histoire du rock américain, celui de «Pig Sweat». C’est joué au pire binaire de l’univers et soudain, Neil Hagerty troue le cul du cut. On voit une falaise de son s’écrouler et Neil jouer dans les décombres. Ils ne parviendront jamais à surpasser ce coup de génie. Tous les cuts sont tartinés à la disto, joués au pulsatif d’agonisant et troués à coups de killer solos flash. Ils battent tous les records d’invraisemblance avec «Sweet Little Hifi». Jon Spencer y cherche des noises définitives à la noise, il repousse les frontières de son empire trash et vise l’absolu de l’ultimate dévastateur. Derrière, Bob Bert martèle, awite ! Ce diable de Jon Spencer chante comme un requin affamé, l’œil fou. Avec «Understand Me», ils donnent une vision claire du sludge et Bob Bert bat «1 Hour Later» si sec qu’il semble lui briser les reins. C’est un beat sec spécifique, du big bad Bert quasi rockab. Hallucinant. Il faut entendre jouer ces quatre mecs. On trouve à la suite un «Dead Meat» infesté de guitares, ça joue dans les eaux troubles du rock le plus enragé qui soit. Ils bouclent l’A avec un summum du punch-rock qui s’appelle «Kicked Out». On peut les féliciter pour ce souci de cohérence. La B reste au même niveau d’explosivité permanente, avec des trucs comme «Undertaker» monté sur le kick ass metallic KO du grand Bob, et plus loin l’effarant «Kill Yourself», pur jus de désespérance, cut idéal pour se tirer une balle dans la tête.

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             Paru en 1986, Groovy Hate Fuck (Feel Good About Your Body) est présenté comme une compile, mais en réalité, c’est l’un des meilleurs albums de ce groupe d’avant-garde que fut Pussy Galore. Là-dessus, tout est poussé dans ses extrémités. Ils sont tellement enragés qu’ils élèvent le trash au rang d’art majeur. Ils ne basculent jamais dans le hardcore. Jon Spencer veille à ne jamais mordre le trait. C’est toute sa force. On entend Juila Cafritz gueuler dans «Cunt Tease». Elle est archi fausse. Les gros coups du balda sont «Constant Pain» et «No Count». Ils font de l’hypno avec «Constant Pain» et s’y soûlent de beat metallic KO. «No Count» va plus sur le garage de type «She’s My Witch». Par contre, avec le «HC Rebellion» d’ouverture de bal de B, ils vont plus sur le Velvet, car ils chantent à deux voix dans l’écho du temps de «Murder Mystery». On voit jusqu’où s’étend leur empire. Ils développent des énergies fondamentales dans «Get Out» et battent tous les records de punch avec «Die Bitch». Jon Spencer est fou à lier. On retrouve l’excellent «Kill Yourself» et ça se termine avec l’apocalyptique «Asshole» et son solo glouglou. I’m restless !

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             Après avoir fait tourner R.L. Burnside en première partie du JSBX, Jon Spencer lui propose d’enregistrer en 1996 un album devenu mythique : An Ass Pocket Of Whiskey. Toute l’équipe du JSBX descend dans le Mississippi. Russell Simins, Judah Bauer et Jon Spencer se retrouvent dans une cabane de chasseurs en compagnie de RL et de Kenny Brown. Ensemble, ils foutent le souk dans la médina. Ce disque est l’une des pires pétaudières de l’histoire de l’humanité. La tension monte dès le premier morceau, «Goin’ Down South», monté sur un beat sourd et mauvais comme une teigne. Russell Simins bat ça bad. On entend bien les quatre guitares jouer ce groove mortel du Mississippi qu’on appelle la purée du diable. S’ensuit un hommage à John Lee Hooker, «Boogie Chillen». Jon Spencer donne la réplique au maître RL - Yeah ! Ça repart de plus belle avec «Snake Drive», belle fournaise de boogie downhome. Jon Spencer pousse des cris - Snake driiiiiiiiiiiiiive ! et RL fait Yeah ! Ils s’amusent comme des fous. RL mène le bal. C’est un vrai boute-en-train. La cerise sur le gâteau se trouve en B : «The Criminel Inside Me» - Mama I wan’ some meal ! - et le voilà le meal : le gros groove spencerien. Ils refont un gros duo d’enfer tous les deux :

             — Hey RL !

             — Yeah !

             — You get goin’ you son of a bitch aw !

             Et RL prévient Jon Spencer que s’il ne dégage pas rapidement, il va lui botter le cul :

             — If you don’t get out fast I’m gonna get my feet right in your ass !

             — Aw !

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             Si Memphis Sol Today est arrivé jusqu’à nous, c’est grâce à Jon Spencer. En 1993, il fut enrôlé par Monsieur Jeffrey Evans pour jouer dans le ‘68 Comeback. Attention, cet album est d’une nature violente. On peut y voir Monsieur Jeffrey Evans, Don Howland, Rick Lillah et Jon Spencer démantibuler le trash dans «Memphis Chicken», puis démantibuler le stomp dans un «Barbara» claqué à coups d’accords fatals - Do the boogaloooo ! - Puis démantibuler Charlie Feathers dans «Lil’ Hand Big Gun», en guise d’hommage. Puis démantibuler Junior Kimbrough avec «I Feel Good Little Girl», puis démantibuler Nathaniel Mayer avec «I Had A Dream». En fait, ils ne le démantibulent pas vraiment, ils le passent à la moulinette, ce qui est un concept différent, le but restant bien sûr d’atteindre le stade du trash ultime. On les voit aussi démantibuler le venin dans «Coming Up». Attendez ne partez pas, ce n’est pas fini ! Cette entreprise de démantibulation se poursuit avec «Let’s Work Together». Ils ne laissent aucune chance à ce vieux coucou rendu célèbre par Canned Heat - C’mon c’mon - Jon Spencer le tarpouine à l’arrache de la rascasse, le mâchouille et le crache ensuite à la face de Dieu. Puis une grosse dérobade de solo complètement foireux tombe du ciel. On entend hurler un fou. Nous voilà rendus au cœur du trash. Ils vont même s’amuser à démantibuler les enfers avec «Down In The Alley» et démantibuler le blues avec «I’ll Follow Her Blues» qui empeste la vieille cabane branlante. Don Howland chante et c’est gratté sec. Ils tripotent la puissance du son et vomissent dans le réservoir. Ah il faut les voir claquer leur son.

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             Fulgurant album que cet Hung Far Low enregistré en 1991. Jon Spencer et Russell Simins viennent renforcer les rangs des Honeymoon Killers et ça change tout. Dès «Mad Dog», ils se montrent malveillants en jouant sous le manteau. Mais c’est avec «Wanna White» que ça explose. On y assiste au fantastique développement du heavy groove new-yorkais. Jon Spencer l’embarque en enfer et Jerry Teel l’embobine au riff tournoyant. C’est so good que Jon Spencer grommelle so good ! On reste dans l’énormité avec «You Can’t Do That». Avec Jon Spencer, il y a toujours un aboutissant. Ce «You Can’t Do That» renvoie au «Dropout Boogie» de Captain Beefheart. Aw ! Il pousse même les Aw que John Lennon pousse dans «Cold Turkey». Pendant que Russell Simins bat bien son beurre et que Jerry Teel gratte sa gratte, la petite Lisa bosse bien sa basse. Avec «Kansas City Milkman», Jon Spencer abandonne toute dignité et se vautre dans le stupre new-yorkais. Mais c’est en B que les choses se corsent, avec notamment «Thanks A Lot» attaqué à la petite vérole stoogienne, aux pires riffs de Jerry Teel. Ils sont capables d’être encore plus primitifs que les Stooges. Au chant, Jon Spencer bat tous les records de violence psychotique. Encore un cut drivé au riff malade avec «Fannie Mae». Jon Spencer y joue la carte du riff excédé, il trépigne de rage. Ils continuent de battre bien des records avec «Scootch Says». Violente montée de la basse dans le mix, et derrière ça cisaille à la parade. Oh comme ça monte ! Lisa chante «Madwoman Blues», elle chante ça à la paumée de la pommerolle paupérisée, c’est incroyablement trash, d’autant plus trash qu’elle n’a pas de voix, et derrière, ils font Massacre à la Tronçonneuse. Bon, il est temps que cet album se termine. «Whole Lotta Crap» se veut plus cérémoniel. Ils sont imbattables au petit jeu du pété de casseroles. Il souffle un beau vent de folie dans les quilles du bâti stoogy. Ils dévorent leur place au soleil.

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             En 2001, Jon Spencer enregistre un album avec les fils Dickinson au Zebra Ranch de Jim Dickinson. Il faut savoir que pour tous les aficionados du Memphis Beat, le Zebra Ranch est une sorte de Mecque. Au moins autant que Graceland. On en voit quelques images dans le booklet. Cody et Luther Dickinson accompagnent le Yankee Spencer et Dad joue un peu de piano sur deux cuts. On entend aussi l’harmo de Jerry Teel sur «Cryin’», un groove à la Screamin’ Jay Hawkins qui sonne comme une progression dans la douleur. Fabuleuse dégueulade de big heavy sugarshit. Luther y va de bon cœur sur sa guitare et Cody nous bat ça si sec. Le jackpot de l’album s’appelle «Primitive». C’est du Primitive de Zebra Ranch, chanté dans le rond de lunette de Méliès sur un beat originaire du Rif marocain, mais avec des tortillettes marioles des Batignoles. On y est, on est au cœur du mythe, chez Dickinson. Aw c’mon car voilà «Sat Morn Cartoons» chargé comme une mule et fouillé par un killer solo flash, aw c’mon ! Luther joue comme un dingue, il nous fait les Stooges, il bascule dans la folie - Do you remember/ Nothing at all - Ils sont encore plus royalistes que les Stooges, comme si c’était possible. Ils rendent un bel hommage à Zigaboo Modeliste avec «Zigaboo» et tirent une belle décharge de chevrotines avec «That’s A Day». C’est tellement chargé de son que ça chevrote dans la cuvette - That’s a draaaag - Ils n’en finissent plus de colmater le collimateur et ça continue avec un «I’m Not Ready» beaucoup trop puissant. Ils jouent comme des cons. Jon Spencer profite de «(Chug Chug) It’s Not Ok» pour s’adonner au screamin’ - I don’t believe you - Screamin’ Jon domine bien la situation. Ils terminent cet album haut en couleurs avec «Book Of Sorrow» - I’m gonna write/ A book of sorrow - Ce démon de Jon Spencer allumer sa mèche quand ça lui chante, chapter one, chapter two, il gueule du book tant qu’il peut, il s’appuie sur le pire heavy beat de la région, I’m gonna write, ça sonne comme du gospel batch de possédé et comme si ça ne suffisait pas, il en fait une sorte d’abomination substantifique.

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             Dans les années 2000, Jon Spencer fricote avec Ron Ward et Bob Bert dans Five Dollar Priest, un super-groupe de l’underground new-yorkais. Sobrement titré Five Dollar Priest, leur premier album paraît sur le mighty label basque Bang Records en 2008. Dès «Fingered», on sent le souffle d’une sacrée démesure battue en brèche par Bob Bert. On est dans le heavy New-York City urban beat, spécifique et dur, chargé d’un son d’obédience pirandellienne. Ron Ward amène «Bobby Chan» à la harangue de Bobby Chan, c’est secoué d’explosions. Sur l’album, Jon Spencer est crédité au térémine qu’on n’entend que sur «Cunty Lou». Fantastique atmosphère, tension énorme. Jon Spencer fait le con au fond avec sa machine. Le reste de l’album se tient magnifiquement. Ron Ward est le roi de la harangue vénéneuse. Il nous emmène dans les bas-fonds de Babylone. Il fait aussi du funk blanc avec «Ghost Of Bob Rose», c’est extrêmement digne du no-wavisme dévorant, d’autant plus digne que James White joue aussi sur l’album. Ron Ward et ses amis dotent chaque cut d’une longue dérive abdominale et de poussées de fièvre spectaculaires. «Decatur Street Blues» sonne comme un boogie industriel abominablement bien balancé. Ron Ward jive sur l’orgue et sur le monster beat que bat Bob à la syncope de charley. Il faut les voir jiver Conway Twitty sur «Conway Twitty’s Bag», solide shoot de r’n’b blanc explosé au free. Ils montent aussi «Mao Tse Tongue» sur une rythmique pressée bien nappée d’orgue et violemment perforée au sax. Ron Ward y pulse sa chère surenchère.

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             Dans les années quatre-vingt-dix, Jon Spencer monte Boss Hog avec sa femme Cristina Martinez. Elle fit en temps partie de Pussy Galore et c’est elle qui prend le lead dans Boss Hog. Mais on se doute bien que Jon Spencer fait tout le boulot. Avec un premier album paru en 1990, Boss Hog faillit rester bloqué au fond de l’underground. Cold Hands n’est pas l’album du siècle, loin s’en faut. On y trouve cependant deux belles réminiscences de Pussy Galore, «Gerard» et «Duchess». Jerry Teel qui fait alors partie du groupe ramone son manche de basse sur «Gerard» et ça sonne comme une sorte de trash-core d’underground de désaille new-yorkaise. Tout le jus est là. Jon Spencer pousse des soupirs de géant dans «Duchess», véritable modèle de heavy groove menaçant à la Gilles de Rais. Il s’en va chercher son groove très loin au fond d’une animalité répugnante. On sauvera encore deux cuts sur cet album : «Eddy», heavy comme pas deux, sonnant et trébuchant comme le ducat d’or du duc de Dôle, et «Go Wrong», way back to the basics instincts de Pussy warmer de Galore. Oh et puis tiens, le «Pete Shore» qui ouvre le bal de la B vaut bien le détour, à cause de cet épouvantable riff que triture Jon Spencer à l’ongle sale.

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             Leur second album s’appelle Boss Hog et paraît en 1995. C’est un album classique, 100% pur jus. Tout est là : le raunch, le goût de l’aventure et les exactions foudroyantes. On compte au moins deux coups de génie sur Boss Hog, à commencer par «Beehive». Le mari Jon prend le lead avec des ahhhh graves et bascule dans le JSBX apocalyptique. Jon sait mastiquer des grooves de génie. Il chante ça de l’intérieur du menton, personne ne l’entend, il foutrait presque la trouille, cet imbécile. Il nous claque ça à l’atmosphère inventive. Seul Jon Spencer peut se lancer dans ce type d’aventure sauvage. On le sait, il cultive depuis le début la pure démence de la partance ! Jon Spencer appuie là où ça fait du bien et ça jingle dans le jangle. L’autre coup de Jarnac s’appelle «Green Shirt», joué à la syncope fatale, avec de vraies coulées de lave. Nouvelle explosion de son, et à un moment, on voit du trash liquide couler au milieu, pareil à une rivière de flammes. Le cut d’ouverture s’appelle «Winn Coma» et sonne comme du garage dévastateur, explosif, jouissif, gorgé de son, nothing to lose ! Puis Cristina fait sa rampante dans «Sick», mais elle ne convaincra personne, en dépit du renfort inopiné du Sixième de Cavalerie, c’est-à-dire son mari. Disons que c’est rampant au sens du fumant, c’est du parfaitement inconvenant, du gras qui se fout du monde. Ils veillent tous les deux à la parfaite intensification du conflit. Ce qui frappe le plus dans le «Ski Bunny» qui arrive un peu après, c’est l’énormité du son. Jon Spencer et Cristina chantent ensemble, mais sous le boisseau. Les voilà extrêmement exacerbés - Ski Bunny ! Suicide ! - Ils sont enragés et ça joue sourdement. Arrivé à ce stade de l’album, on ne souhaite plus qu’une seule chose : que ça se calme. «What The Fuck» ! Cristina prend la main pour ce cut visité par des vagues de son gigantesques - Get the fuck ! - Jon en ramène des caisses. La fête se poursuit en B avec «White Sand», chanté à la mystérieuse. Ils ramènent un peu de son, surtout le mari. Oh il adore ça. Une fois encore, ça chante sous le boisseau et le mari arrive au triple galop pour lui porter secours - Break dance ! - C’est claqué aux pires gimmicks new-yorkais. Puis Jon attaque «Strawberry» d’une voix de vieil alligator. Affreux et génial ! Il groove son baryton et fait du JSBX au grand jour. Le «Walk In» qui suit rappelle «Memphis Soul Typecast», et ils finissent par faire exploser leur jouet. Ils bouclent avec «Sam» qu’ils pulvérisent à coups de killer solos et de nappes d’orgue.

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             Quatre ans plus tard paraît Whiteout. Cristina pose en petite tenue sur la pochette. Elle porte du blanc immaculé et c’est forcément en hommage à Elvis qui préférait voir ses poules porter de l’underwear blanc. L’image attire l’œil et la musique fait dresser l’oreille du lapin blanc, seulement l’oreille. Surtout «Get It While You Wait», une pop atmosphérique absolument envoûtante. C’est bardé de dynamiques infernalement sucrées. Appelons ça une pure merveille d’élévation spirituelle. Ils s’ébrouent dans le lagon de la pop magique, yeah yeah yeah, elle se jette dans la vague et s’abandonne aux langues de la clameur. L’autre gros cut s’appelle «Defender», gratté au gros riff sixties et Cristina part à l’aventure. Elle gueule, mais elle n’est pas fiable à 100%. On voit bien qu’ils tentent de faire un vrai truc, mais ce n’est pas toujours facile. On fait avec ce qu’on a, comme dirait le patron du PMU de la rue Saint-Hilaire. Jon Spencer multiplie les effroyables départs en solo et les arrêts brusques sur la voie. Il électrise à outrance et envoie de sacrées giclées de gras double. Dans «Trouble», Cristina explose son I can’t stand it. Non elle ne peut plus supporter ça, c’mon, et voilà les clap-hands. Elle se révèle excellente dans les redémarrages en côte. On trouve aussi sur cet album un «Chocolate» dur à croquer. Jon Spencer fait le show avec sa baby all down the machine. Dans «Nursery Rhyme», Cristina se met à sonner comme Hope Sandoval. Il reste deux animaux : «Jaguar» et «Monkey». Jon Spencer leur shake le shook à sa façon, c’mon let’s do it ! Ce mec est incapable de se calmer.

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             Oh et puis tiens, puisque le dernier album de Boss Hog paraît sur In The Red, on va l’écouter. Il s’appelle Brood X et dès «Billy», on retrouve le son bien fuselé, lisse comme un suppositoire et joué à la menace sourde, très spencerish. C’est tellement parfait qu’on a l’impression que Jon Spencer n’y croit plus. Il a déjà accompli trop de miracles, que peut-il apporter de plus aujourd’hui ? Il reprend à son compte le coup des montées en puissance dans le mix qu’avait inventé Jim Dickinson. On note la constance d’une belle efficacité directorielle. Il joue ensuite «Black Eyes» au petit profilé malsain et maintient la pression d’une menace sourde. Joli travail de duo sur «Ground Control» dans une ambiance de guitare baryton, de beau plâtras bassmatique et de relances d’époux exacerbés - Turn the radio on ! - Ils bouclent l’A avec «Signal», joué à l’exaction d’exaltation. Jon Spencer joue sa meilleure carte, celle du sharp. Le groupe sort un son technique et très froid, comme s’ils manquaient d’idées et de chaleur humaine. Ils jouent tout au gimmick de bakélite, noir et glacé. Ça se réchauffe heureusement en B avec l’imparable «Rodeo Chica» pris au dig it up chica de Jon Spencer. Il duette avec Cristina à la décontracte maximaliste. C’est excellent, vraiment digne de «Memphis Soul Typecast» - What’s wrong baby ? - On retrouve là tout ce qui fit l’écrasante modernité du JSBX. Back to the big allure sportive pour «Elevator». On sent chez eux une vraie disposition à l’élan harmonieux, le souci d’une vraie cadence d’élancement bassmatique. Dans «Fomula X», Cristina se prend pour une formula X. Elle cherche la petite bête et Jon Spencer joue des riffs de harangue fumée apollinarienne. 

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             L’autre grand épisode de la saga Jon Spencer est bien sûr Heavy Trash qu’il monte dans les années 2000 avec Matt Verta-Ray. Leur concept consiste à taper dans un agglomérat de country sauvage, de gospel de bastringue et de ramshakle monochrome. Leur premier album sobrement titré Heavy Trash paraît en 2005. Ils optent pour une pochette dessinée qui ne les restitue pas très bien. Mais musicalement, on risque l’overdose. Dès «Lover Street», Jon Spencer blaste son r’n’b et lâche des ouh ! parfaitement justifiés. Il flirte avec le boogaloo pendant que le mate Matt tisse sa toile - Ouh ! - Jon Spencer fonce, comme il l’a toujours fait. Il jerke à la croisée des chemins et mélange Johnny Burnette avec Eddie Floyd. En bonne éponge qui se respecte, il récupère tout et recrache du shuffle de glotte - Sock it to me baby ! - Il enjambe tous les genres. Ce mec n’en finit plus de jouer avec le génie comme le chat avec la souris. Il reprend à son compte tous les effets vocaux d’Elvis dans «The Loveless». Sans problème. Tous ceux qui l’ont vu sur scène ont forcément été frappés par sa classe et une perfection morphologique digne de celle d’Elvis. Avec «Walking Bum», Matt the mate et Jon Spencer roulent sur les plate-bandes du Creedence Clearwater Revival - époque du premier album - le mate Matt nous gave de twang guitar. «Justine Alright» bénéficie d’une petite intro speedée à la Eddie Cochran. Jon Spencer rigole - ah ah ah - et il embraye brutalement sur un killer cut aux paroles mâchées, une espèce de rap country, pendant que Matt the mate place des chorus écœurants de perfection. Jon Spencer attaque tous ses couplets avec cette opiniâtreté bravache qui depuis est entrée dans la légende. Le son de «The Hump» se veut aussi épais que de la purée froide. Jon Spencer y enfonce son dard vocal et avance avec un foudroyant mépris de la résistance des matériaux. «Mr KIA» sonne comme le «What’d I Say» de Ray Charles. Jon Spencer chante ça d’une voix atrocement profonde, en fait un prêche à la Jerry Lee et plane au-dessus de nos têtes comme un vautour. Pendant ce temps, Matt the mate joue comme un dieu. On le voit tirer les cordes de sa Gretsch et en se contorsionnant. S’ensuit «Gaterade», un classique automatique monté sur une petite gamme diabolique. Jon Spencer espace ses phrasés pour laisser Matt the mate descendre sa petite gamme et balancer un solo de fête foraine d’une perfection intangible. Et puis voilà «This Way Is Mine» que Jon Spencer balance avec la ferveur d’un vendeur aux enchères texan sorti d’un film de Robert Altman. À sa parution, ce premier album de Heavy Trash créa l’événement. On savait Jon Spencer parfaitement incapable de sortir un mauvais disque.

             Il est probablement l’un des derniers grands rockers à maîtriser parfaitement le heavy-duty-talking-blues. Matt the mate et lui sont devenus les killers suprêmes. Ils échappent à toutes les catégories. On risque de s’embourber à vouloir décrire l’exceptionnel talent de Jon Spencer. Le problème est qu’il en a trop. 

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             Un second album d’Heavy Trash paraît en 2007 : Going Way Out With Heavy Trash. Encore une pochette dessinée. On les voit courir vers un train à vapeur comme deux hobos à l’ancienne mode, avec leurs guitares et leurs balluchons. Bel album, plein de bonnes surprises. On retrouve la dynamique du groupe sur scène dès le premier cut, «That Ain’t Right», gros solo de Matt the mate, beau son de stand-up et sacrées montées en température. Et en prime, les Sadies les accompagnent. «Double Line» est du typical Jon Spencer. Une vraie insurrection - Ouh ! - et c’est joué garage au prêche abricot. Avec «I Want Oblivion», Jon Spencer fait sa baraque de foire. Ça bat du tambour et il fait la retape, pendant que le mate Matt joue la fuite éperdue. Puis Jon Spencer s’en va croasser comme un vieil alligator dans «I Want Refuge» - I got a love - Et il gospellise. Il s’en va ensuite claquer ses syllabes au micro pour «You Can’t Win» - Another shot transmission/ You can’t win - c’est un heavy groove de boogaloo. Et en B, il revient à son admiration pour Eddie Cochran avec un «Crazy Pritty Baby» monté sur le riff de «Somethin’ Else». Bel hommage. Jon Spencer n’oublie pas la répartie au baryton et Matt the mate veille au sévère cocotage de Gretsch. Ils reviennent (enfin) au rockab avec «Kissy Baby», joliment slappé par un nommé Kim Kix. Wow, quel bop, Bob ! Ils restent dans la pure pulsion rockab avec «She Baby» et nous servent ça sur une rythmique de rêve. Et la fête continue avec «You Got What I Need», un fantastique brouet de slap bass et de bouquets d’accords garnis.

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             Leur troisième album Midnight Soul Serenade sort trois ans plus tard, avec une pochette illustrée, mais cette fois l’ambiance beaucoup plus lugubre annonce le ton de cet album qui bascule dans la sérénade heavily déviante. Dès le premier cut, «Gee I Really Love You», l’air glacial nous saisit. Jon Spencer et Matt the mate créent une ambiance délétère. On assiste ensuite en plein milieu de «Good Man» à un beau démarrage rockab. Jon Spencer et Matt the mate ne semblent s’intéresser qu’aux dynamiques des morceaux. «The Pill» est une mélodie malsaine et Jon Spencer se lance dans le film noir. Avec «Pimento», on passe à la samba du diable. Jon Spencer fait son Tav Falco. L’un des cuts les plus intéressants de cet album restera sans doute «(Sometimes You Got To Be) Gentle». Voilà une belle pièce d’exaction intrinsèque à la fois collante et abrasive, jolie et grandiose et pleine de rebondissements. On y sent de l’ambition. Ah look out ! Jon Spencer lance «Bedevilment» comme s’il jouait avec le JSBX et revient à ses vieilles concassures de rythme. Et le reste de l’album s’écoule paisiblement, sans que rien ne vienne chasser les mouches. 

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             Tiens ! Un nouvel album de Heavy Trash ? Matt the mate qui est le plus gentil des Canadiens nous avertit :

             — Ce ne sont pas des chansons... Ce sont des expérimentations.

             — What do you mean ? Oh pardon, qu’est-ce tu veux dire ?

             — On a expérimenté des sons en studio....

             — Mais quoi comme son, du rockabilly ?

             — Ouais, mais il y a aussi Stockhausen...

             — Oh la la !

             L’album s’appelle Noir, noir comme le café, dit Jon Spencer. Il traite de la question des cheveux dans «Good Hair», le cut d’intro, sous un faux air lagoyesque - beautiful hair, black like coffee - Franchement, ce premier cut est de nature à faire tomber de cheval n’importe quel desperado, mais il faut s’armer de patience, car ce disque réserve de belles surprises. Les cuts qu’il propose sont en effet des expérimentations enregistrées sur une période de dix ans et par moments, on a clairement l’impression de se trouver dans le studio avec Matt the mate et Jon Spencer, car l’esprit de ce disque se veut intimiste. On assiste au grand retour du format chanson avec «Wet Book» doté de la meilleure dynamique qui soit ici-bas. Ils claquent ça dans l’épaisseur de l’ombre et un sax vole au secours de la montée de fièvre. Jon Spencer sue la soul par tous les pores de sa pop. On revient à l’étrangeté avec un «Out Demon Out» qui ne doit rien à Edgar Broughton. Car ça slappe sec derrière ce mélange de talking jive et de clap-hands de Joujouka. Jon Spencer vise le cœur de la scansion. Le cut tourne au cauchemar, tellement le son de slap le bigarre. Au loin, des voix d’écho perdurent à n’en plus finir. Ce côté expérimental est d’autant plus troublant que Jon Spencer s’est montré tout au long de son parcours le plus carré des hommes. Tous les morceaux de cet album sont captivants, même «Viva Dolor» cette jolie pièce de pianotis de fin de nuit si douce à l’intellect. Matt the mate et Jon Spencer renouent avec le petit rockab ouaté en cuisant «Blade Off» à l’étouffée. Jon Spencer tape du pied et fait son strumming. Il ouh-ouhte de temps en temps, histoire de signaler son choo-choo aux passages à niveaux. Ils ouvrent le Bal des Laze de la B avec un «Pastoral Mecanique» d’orgue de barbares égarés et hagards, tels qu’on peut en voir au soir du sac d’une ville. Les sons s’échangent et relayent l’extase de l’ombilic des limbes. Comme deux compagnons d’aventures, Matt the mate et Jon Spencer brillent ardemment au soleil noir de l’expérimentation - This is pure heavy trash - Et puis voilà «Discobilly», un rockab déviant et gondolé. Ils brassent leur beat et ça frôle le mambo d’Alcatraz. Ça tombe en décadence d’Empire romain et ça glisse doucement vers le couchant. Avec «Jibber Jabber», Jon Spencer joue avec la musique des mots. Il raconte à sa façon l’histoire du rock, en partant de Big Bopper pour remonter jusqu’à Jimi Hendrix, Mama Cass et Jim Morrison - What happens to the real rock’n’roll heroes ? - Jon Spencer joue à merveille de cette diction blackoïde de nez pincé - Rock on my brother/ Rock’n’roll my sister/ And get down - Ils font ensuite une belle reprise de Johnny Cash, «Leave That Junk Alone», puis ils passent au relativisme écarlate avec «Notlob» et bouclent leur petite affaire avec un «Last Saturday Night» gratté au bord du fleuve et humé au glou-glou. Quelle bonne compagnie ! Jon Spencer miaule et substitue l’intention au chant, tout simplement. Il n’a pas besoin de paroles. Mais oui, il a raison. Pourquoi s’épuise-t-on à vouloir écrire des paroles ? 

    Signé : Cazengler, Spencer les fesses

    Pussy Galore. Exile On Main Street. Shove Records 1986  

    Pussy Galore. Right Now. Caroline Records 1987

    Pussy Galore. Sugarshit Sharp. Caroline Records 1988

    Pussy Galore. Dial M For Motherfucker. Caroline Records 1989   

    Pussy Galore. Historia De La Musica Rock. Rough Trade 1990

    Pussy Galore. Live In The Red. In The Red Recordings 1998

    Pussy Galore. Groovy Hate Fuck (Feel Good About Your Body). Shove Records 1986

    R.L. Burnside. A Ass Pocket Of Whiskey. Matador 1996

    Gibson Bros. Memphis Sol Today. Sympathy For The Record Industry 1993

    Honeymoon Killers. Hung Far Low. Fist Puppet 1991

    Spencer Dickinson. Toy’s Factory 2001

    Five Dollar Priest. Five Dollar Priest. Bang Records 2008

    Boss Hog. Cold Hands. Amphetamine Reptile Records 1990

    Boss Hog. ST. DGC 1995

    Boss Hog. Whiteout. City Slang 1999

    Boss Hog. Brood Star. Bronze Rat Records 2016

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    Boss Hog. Brood X. In The Red Records 2017

    Heavy Trash. Heavy Trash. Yep Rock 2005

    Heavy Trash. Going Way Out With. Crunchy Frog Recordings 2007

    Heavy Trash. Midnight Soul Serenade. Crunchy Frog Recordings 2009

    Heavy Trash. Noir ! Bronzerat Rat Records 2015

     

     

    Wizards & True Stars - Cher Usher

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             Le voisinage a-t-il joué un rôle important dans l’histoire du rock ? Dans le cas de Gary Usher, oui. Il vit à Hawthorne, une banlieue de Los Angeles, et un jour, il entend de la musique dans la rue. Oh, mais ça vient de chez les Wilson ! Alors il va voir. Et pouf, il devient pote avec les trois frères Wilson, et plus particulièrement avec l’aîné, Brian. Les voilà copains comme cochons, et plutôt que de feuilleter des revues porno comme le font tous les autres copains comme cochons, ils composent une chanson ensemble, le fameux «409» qui en 1962 va se retrouver sur le deuxième single des Beach Boys. Mais Marty, le père Wilson, ne voit pas d’un très bon œil l’arrivée d’un étranger dans un biz qu’il voit plus familial. Alors il vire Usher.

             Ce qui ne l’empêchera pas de devenir l’un des personnage clé de la scène californienne et devenir aussi légendaire que vont l’être Nick Venet, Kim Fowley ou Terry Melcher. Comme Brian Wilson, Gary Usher est l’un des pionniers de la surf culture. Cet auteur compositeur/producteur/chanteur/guitariste sera l’un des premiers collaborateurs de Brian Wilson. À cause de Marty, ils se voient en cachette. En 1963, ils composent ensemble «In My Room». Usher a aussi pas mal d’accointances avec Dennis, le petit frère de Brian, qui bat le beurre avec lequel il part en virée à Tijuana, en quête de «local action». On retrouve encore ce cher Usher aux côtés de Dick Dale, Jan & Dean, the Peanut Butter Conspiracy, Chad & Jeremy et bien sûr Curt Boettcher, avec lequel il monte Sagittarius. En 1963, il est engagé comme producteur par Challenge Records, mais à l’époque, le rôle de producteur n’est pas clairement défini. Il s’agit surtout pour le producteur de veiller à deux choses : tenir le budget et veiller à ce que tout le monde soit à l’heure dans le studio, interprètes comme musiciens. Le jeune Usher qui apprend vite. En parallèle, il enregistre. C’est sa période surf craze, drag & hot-rods.

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             Sur la compile que lui consacre Ace, Happy In Hollywood - The Productions Of Gary Usher, on trouve l’un de ses groupes de surf craze, The Hondells, avec un «Show Me Girl» signé Goffin & King, pur jus d’On The Beach, ils sont dedans jusqu’au cou. Pour enregistrer «Just One More Chance», ce cher Usher s’entoure des meilleurs : Glen Campbell, Dick Burns et Curt Boettcher. Tant qu’on y est, on peut aller voir ce qui se passe sous les jupes des deux albums des Hondells, Go Little Honda (1964) et The Hondells (1965).

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    Ce sont deux fantastiques albums de surf craze, dans le même esprit que les premiers albums des Beach Boys. D’ailleurs, c’est Brian Wilson qui signe «Little Honda». Vroom vroom, toute l’énergie est déjà là. Ils font du classic surf avec «A Guy Without Wheels», bien sabré du champ et ce cher Usher signe cette merveille nommée «The Wild One», qui a du Beach Boys sound plein l’élan.

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    Le «Black Denim» qui ouvre le balda du second album est encore un fantastique pulsatif. Le hit de The Hondells s’appelle «My Buddy Seat», pur jus de Beach Boys craze, c’est même assez wild. Ces deux albums sont un vrai festival de joie de vivre et de grande précision guitaristique. Bien sûr, les Hondells roulent en Honda.

             Comme son ami Brian Wilson et d’autres visionnaires, ce cher Usher va évoluer rapidement et devenir l’un des producteurs les plus recherchés de son temps. On le connaît surtout comme producteur des Byrds. Il va produire trois de leurs albums, Younger Than Yesterday, Sweetheart Of The Rodeo et The Notorious Byrd Brothers. Le babal de cette compile s’ouvre sur «Lady Friend». Apoplexie garantie. C’est explosé de son, wow my Gawd, ce sont les Byrds, ils te chatouillent bien la rate, c’est joué au max de l’Usher Sound System, au plein son du plainsong, même niveau que Spector, mais c’est encore autre chose. En tous les cas, les Byrds volent très haut. Sans prod, pas de Byrds. Sans Totor, pas de Righteous brothers ni de River Deep. Les Byrds enregistrent «Lady Friend» en 1966. Gene Clark a déjà quitté le groupe. Croz et McGuinn ont engagé leur petit bras de fer. Kingsley Abbott qualifie «Lady Friend» de one of the Byrds’ crowning glories. Il parle aussi d’une prod scintillante, forcément, avec les Byrds, ça ne peut que scintiller, c’est leur fonds de commerce. Mais Croz refait les vocaux en douce, ce qui lui vaudra, en plus de son comportement au Monterey Festival, d’être viré du groupe. On trouve plus loin un autre cut des Byrds, «You Ain’t Going Nowhere», une cover de Dylan, jouée country upfront et chantée à la pure perfe, ça flotte dans l’ouate californienne, tout là-haut. C’est l’époque Sweetheart Of The Rodeo, Croz, Michael Clarke et Gene Clark sont partis et, nous dit Abbott, les Byrds sont devenus méconnaissables. Hillman et McGuinn recrutent Gram Parsons. Ce cher Usher descend à Nashville avec eux et reconnaît que l’ami Gram a du charisme. Trop. McGuinn veille à ce que Gram ne prenne pas le pouvoir. Le jeu consiste pour Usher à établir un équilibre entre McGuinn, Hillman, Gram et lui. Mais quand Sweetheart Of The Rodeo paraît, Gram a déjà quitté le groupe. Il aime trop sa liberté.

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             On reste dans la magie des Byrds avec Gene Clark et «So You Say You Lost Your Baby». Ça reste du très haut niveau. Fabuleuse présence que celle de Gene Clark, il est le psychedelic king of California. Usher va produire l’excellent Gene Clark With The Gosdin Brothers, l’un des albums phares de cette époque. Petite cerise sur le gâtö : Tonton Leon signe les arrangements de «So You Say You Lost Your Baby». Les Gosdin, ça ne te rappelle rien ? Mais oui, un autre Gary, le Paxton. On est ici dans la galaxie des producteurs surdoués : Gary Usher, Gary S. Paxton, Brian Wilson. On reste dans le cercle magique avec Saggitarius et «My World Fell Down», une pop qui rivalise avec celles des Beatles et de Brian Wilson. Le power californien te jette dans le mur. Cut mouvementé : on assiste à quelques épisodes et ça repart à l’explosion. Notre cher Usher voyait Saggitarius comme un projet solo, mais il va le développer avec Curt Boettcher, l’autre surdoué de service. Sur «My World Fell Down», Glen Campbell chante lead, Bruce Johnston et Terry Melcher font les harmonies vocales.

             Tiens, une autre vieille connaissance : Keith Allison, avec l’énorme «Louise». Il est fabuleux, on peut même le couronner King of the Californian Hell, il claque sa Louise au heavy gaga. Notre cher Usher rappelle que Keith Allison et Terry Melcher sont de très bons amis à lui. Comme chacun sait, l’Allison ira rejoindre les Raiders et il montera un backing-band pour ses vieux amis Boyce & Hart. Sur cette compile détonante, on trouve pas mal de fast pop ultra-produite (The Wheel Men avec «School Is A Gas» et The Spiral Starecase avec «Baby What I Mean»). Usher produit aussi Chad & Jeremy qu’on trouve ici sous la forme de Chad Stuart & Jeremy Clyde avec un «Sunstroke» envahi par les sitars. Chad & Jeremy sont des florentins florissants intéressants, il paraît logique qu’ils traînent dans les parages d’un maître florentin comme Gary Usher, le Michel-Ange de la pop californienne. Par contre, Chuck & Joe sont deux mecs des Castells qui se prennent pour les Righteous Brothers. Ils montent tellement en neige l’«I Wish You Don’t Treat Me So Well» qu’il devient vertigineux. On retrouve les Castells un peu plus loin avec «An Angel Cried», et là, on entre dans le territoire des Four Seasons, avec de fantastiques harmonies vocales, notre cher Usher monte ça en ultra-neige, on serre bien fort la pince d’Ace pour dire merci, car «I Wish You Don’t Treat Me So Well» et «An Angel Cried» sont des hits immémoriaux. Sans Ace, ils seraient passés à l’as. On peut faire entrer le «Shame Girl» des Neptunes dans la même catégorie. Pour monter ce coup, notre cher Usher rassemble le Wrecking Crew. Tonton Leon fait partie de l’aventure. Encore un hit mystérieux, celui des Forte Four avec un «I Don’t Wanna Say Goodnight» signé P.F. Sloan. Tout n’est que mystère dans les ténèbres de la Maison Usher. Pourquoi tous ces hits n’ont-ils pas explosé au grand jour ?

              Jusqu’au bout, notre cher Usher défend l’esthétique des Beach Boys : avec le «Catch A Little Ride» des Surfaris, il continue de produire cette pop ultra-énergique drivée par les bagnoles au c’mon c’mon. Phénomène typiquement californien. Gary Usher découvre aussi les Sons Of Adam et s’intéresse assez à eux pour les emmener en studio, mais ça ne se passe pas très bien, nous dit Abbott, car ce cher Usher est un florentin qui cherche sa voie, alors que Randy Holden et son gang ne rêvent que d’une chose : retrouver le raw scénique, alors ça ne colle pas. Ils parviennent toutefois à enregistrer «Take My Hand», un beau slab de wild gaga. Notre cher Usher en profite pour envoyer les guitares rôder au fond du son. Abbott pense qu’Usher aurait pu être en avance son temps, «ahead of the psych game, mais il n’avait pas trouvé le bon groupe».

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             Vient de sortir dans le commerce une compile des Sons Of Adam. Saturday’s Sons. The Complete Recordings 1961966. Chacun sait que le groupe fut baptisé par Kim Fowley, comme l’indique Michael Stuart-Ware, le futur batteur de Love, dans On The Pegasus Carousel With The Legendary Rock Group Love. On retrouve bien sûr l’excellent «Take My Hand» sur cette compile. Et d’autres merveilles, comme cette cover des Yardbirds, «You’re A Better Man Than I», qu’ils répliquent à la perfection, comme le fit en son temps Todd Rundgren avec «Happening Ten Years Time Ago» sur Faithfull. Les coups de génie se planquent à la fin, «Everybody Up» et «Highway Surfer». Deux bombes atomiques ! Moloch bouffe le surf craze tout cru. Moloch, c’est Randy Holden. Il tape sa craze à l’extrême. Il est le wild guitar slinger de la West Coast, il joue au big day out, comme Dick Dale. L’avantage de cette compile est qu’on voit Randy Holden revenir à ses racines, le surf. Il fait encore des ravages avec «Lonely Surf Guitar», c’est comme s’il s’enfonçait dans la craze, ça va vite l’enfoncement, d’autant qu’il noie ça de relents d’écho. Il fait aussi pas mal de Californian Hell avec «It Won’t Be Long» et «Saturday’s Son», enregistrés live à l’Avalon en 1966. Le groupe avait un potentiel énorme, ils généraient une fantastique élongation du domaine de la lutte, ils sonnaient même comme les Byrds avec «Saturday’s Son». Encore une cover des Yardbirds : «Evil Hearted You». Ils développent une énergie considérable et bouclent le show de l’Avalon avec une cover de «Gloria» qui tape en plein dans le mille, ils n’ont pas la voix, mais le wild passe dans le jeu. La deuxième partie de la compile est une série de singles et d’outtakes : les cuts de surf craze évoqués plus haut, et l’excellent «Tomorrow’s Gonna Be Another Day», un wild gaga d’antho à Toto. Tu y vas les yeux fermés. Ils expédient aussi leur «Feathered Fish» en enfer et le carbonisent à coups d’I don’t know. Nouvelle rasade de punch suprême avec «Baby Show The World» et avec «Mar Gaya», Randy Holden attaque sa capiteuse croisade de surf craze.

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             Encore un épais mystère : The Guild avec «What Am I Gonna Do», un heavy slowah traîné dans la boue argentée. Les Guild arrivent à appâter ce cher Usher en lui envoyant une cassette bourrée de covers des Beach Boys, alors évidemment, il mord à l’hameçon et vient les voir jouer dans l’Illinois. Ils est knocked outed : «The Guild sang Beach Boys songs far better !». Le chanteur Tom Kelly va même se porter candidat et auditionner pour le remplacement de Brian Wilson. Il est si bon que Carl Wilson veut l’embaucher on the spot. Et bien sûr, ce surdoué de Tom Kelly va disparaître, Abbott donne quelques infos, mais rien de très mémorable. On parlait du loup, alors le voilà : Brian Wilson avec «Let’s Go To Heaven In My Car». Les sessions pour l’album Sire de Brian Wilson vont durer trois ans, nous dit Abbott, mettant la patience de tout le monde à rude épreuve, notamment celles d’Andy Paley, de Russ Titelmann et de Lenny Waronker. Co-écrit par Usher et Brian, «Let’s Go To Heaven In My Car» est tout de suite au carré d’un certain carré, the Californian Wizard Of Oz s’agite dans son espace vital, quel power ! On pourrait même dire : trop de power ! Après le passage pénible des Peanut Butter Conspracy (ce cher Usher ne s’entend pas avec les hippies de San Francisco et c’est réciproque), Abbott finit sa compile en beauté avec California, le projet monté par Gary Usher avec Curt Boettcher. C’est le cut qui donne son titre à la compile, «Happy In Hollywood». Belle façon d’entrer dans le mythe de la pop californienne, ils sont tous là, Curt Boettcher, Chad & Jeremy, Bruce Johnston, c’est la pop de biais du génie pur. Rien d’aussi biaisé là-haut dans le firmament. 

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             En 1970, Gary Usher rend un bel hommage à son ami Brian Wilson avec un album d’instros intitulé A 1970 Symphonic Salute To The Great American Songwriter Brian Wilson, que Poptones a eu la décence de rééditer en 2001. Merci Joe Foster. C’est un album très spécial, ultra symphonique. Comme le dit si bien l’ami Foster dans les liners, better late than never, surtout quand on peut se régaler de la bossa nova de «Busy Doin’ Nothin’». Usher se fait aider par Curt Boettcher et Keith Olsen. Back to the cœur du mythe avec «Pet Sounds». L’excellence symphonique à l’état le plus pur. L’un des chefs-d’œuvre du XXe siècle. Il propose ensuite un medley «Fall Breaks & Back To Winner/Good Vibrations/Heroes & Villains» gorgé d’atonalités. Quand Brian compose «God Only Knows», il sait de quoi il parle. Power dément, on est au paradis. On reste dans les nuages avec «Please Let Me Wonder». Ce sont les grandes pompes, alors forcément on biche. Toute cette belle aventure se termine avec «In My Rom», l’un des fils mélodiques les plus purs de l’histoire du rock, et les vagues de violons aggravent encore les choses, ça bascule dans un gros shakeout astronomique digne, comme le rappelle Joe Foster, de Gershwin.

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             Les fans d’Usher se sont jetés sur Beyond A Shadow Of Doubt comme des requins sur des naufragés d’une bataille navale. Il faut savoir que sur cet album béni des dieux, Usher chante et Dick Campbell compose. On en profite pour saluer au passage Gene Sculatti sans qui Dick Campbell serait resté un parfait inconnu. Si on aime la pop paradisiaque, alors on est gâté avec «Grey Soft Black & Blue». Belle pureté d’intention, et assez mirifiquement orienté vers la lumière dans ce qu’elle peut avoir de plus aveuglant. On reste dans l’expression du génie mélodique avec «Sleepy Land», Dick Campbell et Curt Boettcher font des backing vocals. On a là une merveille de pop transie à la Brian Wilson, une pop qui grelotte de beauté sous le soleil exactement. Au fil des cuts, Usher développe une énergie de la beauté pure, comme le montre encore «Ships», ce fabuleux envol de heavy pop. Pas besoin de littérature, la musique parle toute seule. Elle est même assez toxique, au bon sens du terme. Comme Brian Wilson, Usher embarque ses amis les auditeurs dans une dimension du rêve mélodique. Avec «Everything Turns Out Right», Usher vire pychedelic et c’est une merveille insupportable. Les cuts de pop lourde et lente se succèdent jusqu’à plus soif, «So Long» est une chanson tellement parfaite qu’elle explose tout doucement et atteint tous les sommets qu’on voudra bien imaginer. Attention, il y a des bonus et ils nous réembarquent aussi sec pour Cythère. Avec «Slippin’», pas besoin de Brian Wilson, on a notre cher Usher. Il est en plein dedans. Magie du jour naissant. S’ensuit un «We May Like It Yet» joué au gratté d’arpèges californiens, avec une voix burinée par le soleil couchant, ça sent bon les drogues du paradis, il suffit d’écouter notre cher Usher pour le comprendre. Avec «Walk A Mile», il fait une pop d’early morning avec my love for you. Il y va de bon cœur. C’est vraiment très pur. Belle pop de walk in the grass. On en trouve d’ailleurs deux versions. Toute cette belle virée paradisiaque se termine avec «Go Rachel Go», gratté au heavy power d’acou dylanex, et Usher l’explose. Thank God pour cette pop d’Usher. 

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             En 2008, Sundazed arrachait Gary Usher à l’oubli en sortant un double album intitulé Barefoot Adventure. The 4 Star Sessions 1962-1966. Il s’agit bien sûr de surf-music des early sixties, bien secouée du cocotier. Là-dedans, tout est pulsé au meilleur son d’époque et notamment «Cheater Slicks» un hit primitif ravagé par un solo d’orgue et des clap-hands. Ces mecs avaient comme les Beach Boys un sens aigu du juke, turn on ! Ah ah ah, il rit comme un pirate. Ce qui frappe le plus dans tout ce délire, c’est l’énergie. C’mon cher Usher, son «CC Cinder» file ventre à terre. On assiste à une extraordinaire résurgence de heavy beat dans «The Chug-A-Lug». On s’effare de tant d’énergie et de la virulence du solo de sax et on se prosterne jusqu’à terre devant toute cette débinade de surf craze. Ils jouent «Soul Stompin’» au dératé et piquent une belle crise de fever dans «Power Shift». Le disk 2 s’ouvre sur un «Wax Board And Woody» digne des early Beach Boys, ils se gargarisent de ce tagada early sixties. Le hit s’appelle «RPM». Avec Hal Blaine on drums et ce solo d’orgue, c’est imbattable. S’ensuit un «Barefoot Adventure» pulsé par une énergie démente, let’s go surfin’ ! On tombe plus loin sur un «Coney Island Wild Child» qui ne doit rien à Lou Reed, mais qui est explosé de petits cris délinquants. C’est embarqué vite fait, les Californiens savent envelopper un bonbon. Et petit à petit, ça vire pop, une pop un peu barrée. The teenage blonde Ginger Blake chante «You Made A Believer Out Of Me» et c’est tapé au fin du fin de l’Usher sound. On le retrouve ensuite dans «Waiting For The Day» où elle gueule tout ce qu’elle peut, et elle est dessus. Il faut savoir que Ginger Blake fait partie d’un trio vocal, the Honeys avec ses cousines Marilyn et Diane Rovell. Ginger est la girlfriend d’Usher et grâce à eux, Marilyn va rencontrer Brian Wilson et l’épouser.

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             Si on s’intéresse à Gary Usher, on ne perdra pas son temps à écouter l’album des Kickstands, Black Boots And Bikes, enregistré en 1964 et réédité par Sundazed. On est en plein dans le son des early Beach Boys, avec le session wiz Jerry Cole. Et comme Earl Palmer fait partie de l’aventure, c’est battu à la diable. On le voit battre tout ce qu’il peut battre dans «Hill Climb». «Mean Streak» sonne comme un hit des Beach Boys et Jerry Cole joue son gut out sur «Side Car». Mais attention, c’est avec «Two Wheel Show» que tout explose. Jerry Cole défonce la plage, ça outrepasse l’espace, ça dégomme le chamboule-tout du Beach craze. Il y a là-dedans plus de punk attitude que dans toute la vague punk anglaise, la violence est sous-cutanée, amenée aux clap-hands et au venin de Jerry Cole. On assiste à un fantastique démontage de la gueule du rock, Beach Boys to no avail. «Haulin’ Honda» pourrait bien être l’instro préféré du diable. Jerry Cole entre dans le son avec un gusto qui devrait servir de modèle à tous les guitaristes. Ah tu voulais en croquer, alors vas-y croque.

    Signé : Cazengler, qui vaut pas (U)sher    

    Happy In Hollywood. The Productions Of Gary Usher. Ace Records 2022

    Gary Usher. A Symphonic Salute To The Great American Songwriter BW. Dreamsville Records 2001

    Gary Usher. Beyond A Shadow Of Doubt. Dreamsville Records 2001

    Gary Usher. Barefoot Adventure. The 4 Star Sessions 1962-1966. Sundazed Mucic 2008

    Kickstands. Black Boots And Bikes. Capitol Records 1964

    The Hondells. Go Little Honda. Mercury 1964 

    The Hondells. The Hondells. Mercury 1965

    Sons Of Adam. Saturday’s Sons. The Complete Recordings 1961-1966. High Moon Records 2022

     

     

    L’avenir du rock - Taj in & Ry complet

     

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             Longtemps l’avenir du rock ne s’est pas couché de bonne heure mais plutôt levé de bonne heure dans les montagnes du Haut Atlas. Il adorait se rendre au Maroc pour y savourer la musique berbère, comme le fit en son temps Brian Jones, qui soit dit en passant, reste le chouchou numéro un au hit parade local. Alors attention, la musique berbère n’est pas celle qu’on croit, en tous les cas, pas celle qu’on entend dans les restaurants de Marrakech ou qu’on achète à la FNAC sur des petits labels branchés de musique world. Comme le fit en son temps Brian Jones, l’avenir du rock s’est rendu à dos de mule dans des villages isolés de la montagne, car c’est là, loin des villes, des magasins et des touristes, qu’on la joue. Et on ne la joue pas sur des guitares électriques, mais sur des instruments à cordes qui remontent à l’antiquité, et sur les fameux tambours berbères qu’on tient à la verticale par le pouce de la main gauche et qu’on frappe en rythme du plat de la main droite. Et puis bien sûr les chants, dans la meilleure des traditions orales. Puisque chez les Berbères jouer est une fête, le maître de cérémonie invite chaque convive à apprendre les paroles des chants traditionnels, souvent très simples et bien sûr allégoriques, les traduisant au passage pour que le convive sache de quoi il s’agit, à la suite de quoi il peut se joindre aux chœurs du village et vibrer avec tous ces gens magnifiques à l’unisson d’un saucisson qui remonte à la nuit des temps. Ces chants n’existent que dans les villages et l’avenir du rock en savourait chaque fois l’extraordinaire valeur sacrée. Si d’aventure la petite caravane qui emmenait l’avenir du rock vers son destin ne traversait pas un village, on installait un bivouac dans la montagne. Le cuisinier qui était la réincarnation pasolinienne de Charlie Chaplin préparait alors le thé à la menthe, puis épluchait quelques légumes pour préparer le meilleur plat du monde, le tajine berbère, après quoi l’avenir du rock et ses compagnons d’aventures Taj in et Ry complet se réunissaient autour du feu pour entonner les chants berbères dont ils connaissaient désormais les paroles par cœur.     

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             Le nouvel album de Taj & Ry n’est pas à proprement parler un album de chants berbères, mais, d’un point de vue mythique, c’est tout comme. Taj in & Ry complet repartent du vieux Get On Board de Sonny Terry & Brownie McGhee & Coyal McMahan paru en 1952, sur Folkways, un album célèbre qui captait bien l’esprit du folk et du blues d’une époque qui est celle des «pionniers noirs» de l’après-guerre. Taj in & Ry complet s’arrangent pour faire sonner leur album comme s’il était enregistré dans une cabane branlante et non dans un studio moderne. C’est presque réussi, mais on se sent pas les dents branlantes et la bloblotte occasionnées par la sous-alimentation. Ils cassent aussitôt la baraque avec «Packing Up Ready To Go», un fantastique rumble tiré des profondeurs de profundis, arraché aux ténèbres de la conscience asservie, ça sent le tribal du travail forcé. Des forces profondes remontent à la surface. Que peux-tu espérer d’autre qu’un coup de génie de la part de ces deux vieux crabes ? Pareil avec le cut d’ouverture de bal, «My Baby Done Changed The Lock On The Door», ils chargent la barcasse dès la première mesure, Taj in est en colère, cette salope a changé la serrure de la porte, alors il enrage, et derrière Ry complet fait le fantôme d’Elseneur, c’est l’un des géants de cette terre, il te vole dans les plumes avec un son des enfers. Tu te doutais bien qu’ils allaient te casser la baraque, mais pas à ce point. Ils tapent «The Midnight Special» à la concorde du coin du feu, Ry complet chante d’une voix blanche et Taj in passe des coups d’harmo du Mississippi, c’est plein de vieux jus, on a là un album de fieffés musicologues. Tu vis un moment exceptionnel. Ils n’en finissent plus de rootser les roots. Ils passent au heavy blues avec «Deep Sea River», mais un heavy blues de rootsy roots. Dans les liners, Taj in exulte : «C’est incroyable, après tout ce qui a été dit et fait, après qu’on ait joué long and hard enough, on s’est mis d’accords tous les deux, you Ry, me Taj, pour devenir the modern day exponents de ces très vieux musiciens et styles de musiques dont nous sommes tombés deeply in love quand on était des jeunes Turcs enthousiastes, voici sept décennies.» Et il ajoute : «Brownie McGhee & Sonny Terry, Rev Gary davis ! Un trio de Blues Rascals (si une telle chose existe) are shoulders on which we now stand and build upon.» Taj in a raison d’exulter ! Il faut entendre leur version chantée à deux voix de «Pick A Bale Of Cotton», fabuleux stomp de cotton patch blues - Big! Big! Big fun/ Loose n’tight/ Crazy ‘bout the/that rhythm/ Cause it’s ragged but right ! - Ils font le «Drinkin’ Wine Spo Dee O Dee» à la Tom Waits, Taj in chante à la glotte de mineur silicosé. Diable, on s’inquiète : qui va aller écouter ça aujourd’hui ? Ces vieux crabes s’enferment dans le deepy deep. Ils allument «Cornbread Peas Black Molasses» à coups d’harmo. Ils y vont de si bon cœur. Ils terminent cet album impressionnant avec «I Shall Not Be Moved» qu’ils chantent à deux voix dans l’enfer du paradis d’une très vieille Americana toute noire. C’est Ry complet qui a le mot de la fin : «Quand tu es jeune, tu peux tomber sur quelque chose qui va ouvrir ton esprit aux mystères et aux possibilités. Ça peut être un chesseburger sur la plage, une balade dans une décapotable la nuit, un livre ou alors un disque, oui, j’ai dit un disque. Dans mon cas, il s’agissait d’un 10’’ Folkways, Get On Board, by the Folk Masters, avec Brownie McGhee, Sonny Terry and the elusive Coyal McMahan. J’aimais bien les 10’’ Folkways, ils étaient différents, mystérieux, ils semblaient dire : ‘Ici, vous trouverez ce que vous cherchez.’ Folk-blues voulait dire une musique destinée aux gens normaux, avec des instruments acoustiques, des rythmes faciles, les paroles sensées. Blind Lemon Jefferson était trop triste, Howlin’ Wolf was out of contreol, Wynonie Harris avait l’esprit trop tordu. Le Folk Blues n’avait pas de double sens, pas de secret race subtext to worry about.» Ry complet explique ensuite qu’il a acheté ce 10’’ à l’âge de 12 ans, au Children’s Music Center in downtown Los Angeles, et qu’il l’écoutait chez lui, au grand ravissement de ses parents. «J’ai lu les notes de pochette, les paroles des chansons, j’ai mémorisé chaque note de musique, je pouvais jouer les chansons sur ma guitare en les écoutant. J’ai découvert le jeu de Brownie, j’ai appris ses bass runs et sa façon de jouer du pouce et des doigts. Maintenant que j’ai 76 ans, je les joue encore mieux. J’ai aussi compris que Sonny Terry fonctionnait comme un arrangeur, quelle invention, quelle puissance ! Il est le George Frederick Handel de l’harmonica, ça ne fait pas de doute. Get On Borad a été enregistré à l’apogée de l’ère McCarthy : bad times + good music = always a winning combination. Taj and I have lived and worked in this music, from those times forward. On espère vous apporter the best. We’re the old timers now.» Fantastique profession de foi. Dans sa critique très élogieuse, Terry Staunton parle d’un «loose, laconic labour of love». C’est la raison pour laquelle il faut écouter Get On Board.

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             Le fin du fin serait d’écouter à la suite le fameux 10’’ qui a révolutionné la cervelle du jeune Ry complet. On peut choper ce Folkways 1952 en bon état pour un prix convenable. Sur la pochette, Sonny Terry fout un peu la trouille avec son œil crevé. Le son du Get On Board original est d’une pureté absolue, Sonny Terry & Brownie McGhee & Coyal McMahan te claquent un Midnight special/ Shine a light on me assez puissant, bien calé dans ses rootsy roots. On s’effare de l’extrême qualité de l’«In His Case», le big gospel blues de Lawd, c’est de la pure black Americana. À ce petit jeu, ils sont imbattables. C’est une Americana qui n’est pas faite pour les petits culs blancs. En B, ils tapent le vieux «Pick A Ball Of Cotton» en mode hot shuffle, ils font du chain gang avec des renvois de chœurs de l’aube des temps. Pour l’époque, il s’agissait d’un album d’une grande modernité, à cheval sur le folk, le gospel et le blues. Ils sont intenses les pépères, pas étonnant que d’autres pépères leur rendent hommage.

             Dans Uncut, Terry Staunton rappelle que Taj in et Ry complet ont démarré ensemble dans les Rising Sons. C’est important de le savoir. Formés en 1964, les Rising Sons enregistrèrent un album qui n’est sorti qu’en 1992, soit quasiment trente ans plus tard. On y revient prochainement, car il faudra bien rendre hommage à ces deux mighty wizards.

    Signé : Cazengler, Tajine berk-berk

    Taj Mahal & Ry Cooder. Get On Board. Nonesuch 2022

    Sonny Terry & Brownie McGheee & Coyal McMahan. Get On Board. Folkways Records 1952

     

     

    Inside the goldmine

    - Swell Maps on the map (Part One)

             Avec sa dégaine de bureaucrate, sa veste à carreaux, son pull jacquard à losanges et à col en V, Zozo ne payait pas de mine. Il avait en plus le cheveu rare, d’une couleur improbable, une lippe pendante au-dessus d’un menton fuyant et ces lunettes horribles qu’on appelait à l’époque les «montures sécu». Il n’avait décidément rien d’un sex symbol, hormis ses deux petits yeux bleus. Mais il ne faut jamais se fier aux apparences. Sous ces faux airs de toquard se planquait le mec le plus rock’n’roll du secteur. Il avait même mille longueurs d’avance sur les tenants du titre, tous ces mecs favorisés par la nature, qui avaient une bite à la place du cerveau et qui ne juraient que par Birthday Party et Hüsker Dü. Zozo s’asseyait couramment à la grande table conviviale pour trinquer à l’apéro, un apéro qui dégénérait systématiquement en nuit blanche, à longueur de bavasseries interminables et plus soûlantes encore que ces packs de bières qu’on descendait mécaniquement, et au matin, alors que les premiers rayons du soleil filtraient à travers les rideaux des fenêtres, Zozo se levait d’un bond, réajustait son col de chemise et, d’une voix à peine esquintée par des heures de bavasserie, il lançait : «Salut les gars, c’est l’heure qu’j’aille au boulot !». S’il s’intéressait au rock, c’est uniquement parce qu’il fréquentait des gens de sa famille passionnés de rock. Lorsque pendant le week-end, on passait l’après-midi avec lui, et qu’il roulait des joints avec la beuh de son jardin, il ne passait qu’un seul et unique album, toujours le même, Never Mind The Bollocks. Il fallait élever la voix pour alimenter la conversation. Une autre fois, en plein cœur d’une nuit extrêmement arrosée, on le vit mettre les enceintes de la chaîne sur le rebord de fenêtre de la cuisine et il envoya le «400 Bucks» du Reverend Horton Heat arroser le voisinage, pendant qu’il se livrait dans le jardin à la plus impressionnante des crises de danse de Saint-Guy. Zozo disposait en outre d’une qualité qu’on croise rarement chez les oiseaux de nuit : la capacité de redémarrer en côte, au terme des trois premiers rounds que sont l’apéro, les vins servis pendant le repas, et les cerises à l’eau de vie après le repas. C’est là que ça se passait, au cœur de la nuit blanche, avec le quatrième round, lorsqu’on ramenait d’autres bouteilles bien plus redoutables sur la table et que bon nombre de participants avaient sombré dans les abysses. Zozo qui se trouvait toujours installé en bout de table remplissait de grands verres de rhum ou de whisky, et avec une énergie surnaturelle, il s’adressait aux derniers survivants pour relancer brutalement une conversation menacée d’inintelligibilité. Et ça allait loin car du même coup, il réveillait des interlocuteurs luttant contre la somnolence. La conversation reprenait comme si personne n’avait rien bu. Et Zozo n’en finissait plus de remplir les verres.

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             Nikki Sudden et son frère Epic font en 1978 exactement ce que fait Zozo au bout de la table : ils redémarrent en côte. Ces deux fans de glam eurent l’idée de redémarrer le punk en montant un groupe d’äfter-punk avec des copains du quartier. Ils mirent Swell Maps on the map. Zozo et Swell Maps puisent à la même source : la grande intelligence.

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             Hugh Gulland en fait six pages dans Vive Le Rock. Vas-y Hugh, on est avec toi ! En fait, c’est le bassman Jowe Head qui alimente le buzz autour de Swell Maps, avec un book à paraître, et une compile, Mayday Signals, dont on va parler un peu plus bas. Selon Jowe Head, on disait de Swell Maps à l’époque «qu’ils se diversifiaient tellement qu’ils semblaient se désintégrer». Mais heureusement, «leur sensibilité commune recollait les morceaux». Jowe Head est fier de rappeler qu’ils n’étaient pas comme tous ses groupes qui à l’époque se faisaient un «fast buck avec un ou deux punk singles avant de changer de style pour suivre la mode». Swell Maps restaient fidèles à leurs influences, notamment Faust. En citant Faust IV, Jowe Head parle d’un multi-facet work of genius. Beaucoup plus important, l’Head insiste sur la spécificité du groupe : «Maps were always quintessencially English to me - (...) But there’s a quality of eccentricity about it.» Et pouf, il tire l’overdrive : «Swell Maps were an odd cocktail of apparently unreconciliable influences: T Rex, Can, Buzzcocks, King Crimson, Sex Pistols - and Faust!». Il dit aussi qu’à l’instar de beaucoup de groupes allemands, Swell Maps rejetaient le monopole culturel américain, trop de groupes anglais à l’époque subissaient cette influence, «you know, all the blues, soul, funk and boogie clichés, with long guitar solo and so on. It was so boring!». Il pousse son raisonnement assez loin, affirmant que les seuls groupes progressifs anglais intéressants de l’époque étaient ceux qui cultivaient leur Britishness, et il cite Crimson, Genesis, Third Ear Band et Soft Machine. Bizarre qu’il oublie Van Der Graaf. Et puis en même temps, il dit avoir adoré the alien American sound de Captain Beefheart et de Sun Ra.

             L’autre paradoxe de Swell Maps est qu’ils portaient les cheveux longs et quand ils montaient sur scène en 1978, on les traitait de Pink Floyd, l’injure suprême. Ils étaient donc victimes de leur singularité. Ils ne voulaient pas ressembler aux autres groupes punk. Pour eux, le seul élément important du mouvement punk, c’est l’anticonformisme. On le retrouve dans leur musique.

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             Leur premier album paraît en 1979 et s’appelle A Trip To Marineville. Une baraque prend feu sur la pochette, ce qui est un bon présage. Ils jouent en effet un punk-rock de front room en feu, avec les moyens du bord. Ce qui leur permet de refaire les Buzzcocks de Spiral Scratch avec «Another Song». Fantastique phénomène de mimétisme. Ils brûlent un peu les étapes et arrivent directement au coup de génie avec «Vertical Slum» - The weather ! The leather/ The weather ! The leather - On va qualifier ça de punk primitif digne du Magic Band. Avis aux amateurs ! On l’a bien compris, les Swell Maps cultivent le primitivisme. Les Buzzcocks en avaient fait leur sinécure et les Swell Maps s’en inspirent directement. Ils replongent dans l’excelsior du Magic Band avec «Harmony In Your Bathroom», ils tapent dans l’irrévérence absolue, on entend les bubbles dont parle Luke la main froide dans sa column. C’est dans «Midget Submarines» qu’ils mettent en route l’aspirateur. Au passage, Midget est un excellent cut de rock insidieux. En B, ils vont faire un brin d’hypno avec «Full Moon In My Pocket» et devenir classiques avec «Blam», pur jus de classic Maps, bien tendu, plein de small swell, hanté par une basse intermittente et le vaillant Nikki au chant - I don’t care/ I guess I’m nealy dead.

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             Jowe Head indique que le groupe a splitté à la fin de leur tournée, en avril 1980. Ils ne pouvaient plus se supporter les uns les autres. Ils parviennent néanmoins à compléter leur deuxième album, In Jane From Occupied Europe. Dès «Let’s Buy A Bridge», on sent une sorte de tendance au post-punk dylanesque, aussi étrange et concubin qu’un concombre compromettant. En voit-on l’intérêt ? Non. Par contre «Border Country» se distingue par un solide claqué de guitares. Brillant car joué à l’idée. Et ça continue avec «Cake Stop», joué au laid-back déviant de petite ramasse d’orgue et chanté à l’avenant. On comprend subitement que Nikki et son frère expérimentent. C’est donc tout à fait par hasard qu’ils développent une sorte de post-punk velvetien avec «The Helicopter Spies». D’autant plus inattendu que c’est suivi par un son de trompette. Quand même, il fallait oser. Ils singent l’esprit des Cramps avec un instro ambiancier intitulé «Big Maz In The Desert From The Trolley», mais c’est en B qu’ils stockent la viande, à commencer par «Collision With A Frogman», un instro monté sur un beat certain, solidement ancré dans une culture de l’hypno qui va de Can à Can. Oui, ils sont dans cette excellence. «Secret Island» pourrait sortir du pot de chambre de Pere Ubu, tellement c’est bien chanté et bien ramassé. Encore plus passionnant, voici «Whatever Happens Next», cut toxico à gogo, un vrai modèle d’hypno tentaculaire. Tout aussi dévoyé, voici «Blenheim Shots», joué à l’hypno calorique de dandysme perdurant, chanté au yoyo de voix de «Time’s Up», et viscéral d’élégance marmoréenne, comme le furent en leur temps les premiers singles des Pistols et des Buzzcocks.

             Après le split, Jowe Head continue de bosser un peu avec Epic. Ils enregistrent un album jamais paru, Daga Dag Daga, que Jowe compte bien exhumer. Il continue aussi de bosser avec Phones Sportsman avec lequel il a aussi des choses en cours. 

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             On trouve aussi une compile indispensable dans le commerce, l’infernal International Rescue. Tu es fixé sur ton sort dès le morceau titre, une bien belle slabberie d’after-punk montée au bassmatic énervé et sacrément proéminent. Epic y bat le beurre du diable et Jowe ramone bien sa cheminée, c’est complètement dévoré de l’intérieur, ces petits mecs sont très puissants, on entend même les chutes de «Time’s Up». Nikki joue déjà la carte de la prescience. «Real Shocks» vaut n’importe quel early hit des Buzzcocks et «Ammunition Train» sonne comme un coup de génie, un de plus, car c’est gratté sévère et Epic tatapoume à bras raccourcis. C’est bourré à craquer de punch, ils font à la fois le train et le Velvet, ils ont exactement le même sens de la consistance que l’early Velvet. Chez eux, tout est dans l’early. Ils sont les dandies de l’early. Et c’est chanté à deux voix. Charmant et complètement dépenaillé. On voit bien qu’avec «Ripped & Torn», ils ont déjà créé leur monde, et ce n’est pas un petit monde. La fête se poursuit avec un «Spitfire Parade» qui sonne comme un cut des Heartbreakers. Les Swell Maps ont exactement le même panache, mais avec du punk anglais en plus dans le mix. Oui, car Nikki chante à la hargne de Rotten avec des chutes à la Devoto. On reste dans le fabuleusement énergétique avec «New York», pur slab de naive-pop punk, comme l’indique Paul Morley au dos de la pochette. On se noie dans un océan de destroy oh boy ! En B, on se régalera du buzzcockien «Forest Fire» - même chant, même frénésie, même classe working-class - et de «Winter Rainbow», embarqué au meilleur after-punk d’époque. C’est d’une santé exubérante. Les Swell Maps se distinguent par la constance des éclats et un perpétuel éventail des possibilités. Encore plus indécent de santé sonique, voilà «Dresden Style (City Boys)». Nikki et Epic savent secouer un cocotier. Une fois de plus, ça sonne comme les Buzzcocks car c’est cisaillé par des embrouilles de solo, ils ont exactement le même sens du misérabilisme glorieux. C’est ce qui fait leur grandeur, ils n’ont aucune prétention. On retrouve à la suite l’excellent «Vertical Slum», véritable est-ender punkoïde des enfers chanté au straight cockney-strut de street. Infernal ! Et pour finir, voici «Hey Johnny Where’s The Chewing Gum», tapé à la carcasse du wild post-punkster Sludge System d’Angleterre. On assiste éberlué à l’incroyable sauvagerie de l’assaut, awite, le Sudden descend son awite avec une délectation de psychopathe, il bouscule au passage toute la léthargie de l’étal étoilé.

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             Jowe Head vient de faire paraître une jolie compile sur Easy Action, Mayday Signals. Il propose 36 tracks qui vont des primitive home-made recordings jusqu’aux derniers enregistrements studio. Jowe Head veut montrer l’évolution du groupe, tant en termes d’idées que de capacité à jouer tout en développant ce qu’il qualifie de charismatic weirdness. On y retrouve l’excellent «Vertical Slum» et un «One Of The Crowd» qui semble sortir tout droit d’un single des early Buzzcocks. Nikki embarque ça dans le punk de Manchester, il se prend pour Boredom, c’est exactement le dévolu de Devoto, avec un chant jeté en pâture. Ils font aussi du pur Dada avec «Read About Seymour» et «Bandits 1-5», ils développent d’énormes chevaux vapeur. Ils poussent même le bouchon assez loin puisqu’ils font du Dada guttural. C’est un groupe étonnant pour l’époque, extrêmement subversif. Ils passent au fast punk d’ultra-violence avec «Off The Beach» et on retrouve l’excellent «Ripped & Torn». Nikki est dessus vite fait bien fait, c’est l’endroit exact où le génie rejoint l’underground. Nouveau coup de semonce avec «Fashion Cult (Opaque)», encore une fois vite fait bien fait, monté sur un heavy grove de r’n’b, ils ont tout ce qu’il faut en magasin, ils ramènent du son et de l’esprit. Encore du punk de Maps avec «Johnny Seven». Et quand on retombe sur «International Rescue», on comprend que les Swell Maps étaient en leur temps l’un des meilleurs groupes underground d’Angleterre.

    Signé : Cazengler, Swell Naze

    Swell Maps. A Trip To Marineville. Rough Trade 1979

    Swell Maps. In Jane From Occupied Europe. Rough Trade 1980

    Swell Maps. International Rescue. Alive Total Energy Records 2009

    Swell Maps. Mayday Signals. Easy Action 2021

    Hugh Gulland : Prince of the nautical swells. Vive Le Rock # 83 – 2021

     

    *

    Avant même la couve, le nom du groupe m’a attiré, GOZD, diable se prendraient-ils pour DIEU, et qu’est-ce que ce Z que l’on placerait d’instinct en quatrième position, que veulent-ils nous signifier ? A moins qu’ils ne soient encore plus pervers que notre imagination ne l’imaginait, suffit de lire la liste des musiciens, ce n’est pas long, ne sont que deux : GOZDEK Jakub (guitars, lyrics, vocals, bass ) et GOZDEK Marek ( drums, backing vocals ), deux frères qui n’oublient pas de dédier ce premier album à la mémoire de Robert Sobansky  avec qui il a été initialement conçu et mis en œuvre. A partir de leur patronyme ont-ils voulu induire l’idée qu’il y aurait comme une césure, une zébrure, une fente dans le nom de God. Nous refairaient-ils le coup à la polonaise d’ En attendant Godot

    Viennent de Wroclaw, surnommée la Venise Polonaise, située en Silésie au Sud-Est de la Pologne, ville universitaire et culturelle au passé prestigieux… Mais il est temps de regarder la pochette signée de Pysemyslaw Kris, la visite de son instagram @nom4dsky est surprenante. A première vue pas d’artwork personnel, avant tout des paysages et des photographies d’immeubles, mais si l’on s’attarde quelque peu sur chaque post l’on s’aperçoit qu’ Industrialism Maximus, ainsi se surnomme-t-il, ne nous offre pas des cartes postales simplement agréables ou surprenantes à regarder, possède un regard architectural, il dissèque les lieux selon leur disposition, il en exprime leur signifiance profonde qui n’est pas sans produire un effet d’étrangeté, même lorsqu’ils ont été façonnés par le travail des hommes ou édifiés de toutes pièces… il parvient à donner l’impression que ces lieux existent par eux-mêmes en dehors de toute ingérence humaine comme si notre engeance n’avait jamais existé. Nous nous sentons exclus de notre monde…

    Si nous nous rendons sur l’instagram de Godz, @godzband, nous avons droit à quatre vues différentes de l’artwork de Pysemyslaw Kris, qui n’incitent pas à l’optimisme, sombres (même la dernière baignée de jaune ) et mystérieuses, qu’est-ce au juste, un paysage d’apocalypse et de fin du monde, ces boules rondes sont-elles des engins spatiaux venues apportées la destruction ou un enchevêtrement de planètes déviées de leurs orbites pour une raison ignorée.

    Conflagration interstellaire ou en of the world… Toutefois le titre qui s’étale en grosse lettres est davantage rassurant :

    THIS IS NOT THE END

    GOZD

    ( BSDF Records - 15 / 01 / 2023 )

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    La phrase de présentation de leur album : ‘’Bienvenue dans le monde de GOZD, plongez dans le chaos et le néant avec nous.’’ témoigne d’une sympathie inquiétante. Dans la série ‘’mais que fait la police ?’’ le lecteur s’attardera sur le lettrage du nom du groupe, les quatre lettres étant elles-mêmes graphiquement scindées en deux… Dieu serait-il fêlé ? Si ce n’est pas la fin, serait-ce la mort de Dieu ?

    Lost in chaos : malgré le titre ça commence relativement calmement, hélas très vite surviennent un frottis de cordes pas franchement désagréables ( même plutôt appétissants ) si vous n’êtes pas sensibles à ces mini-ruptures incessantes de tonalités un peu comme si vous marchiez sur un plancher qui se fragmenterait sous vos pas, surgit une voix très grave, elle semble appartenir à celui que l’on nommerait le Maître du chaos si tant est que le chaos pourrait se plier aux ordres d’un maître, toujours est-il qu’elles ( car apparemment Robert Sobansky aurait posé quelques lyrics )  sont sombres et graves, beaux échos de basse, et le chant liturgique reprend, qui dit kaos dit noise, mais ici la mélodie domine, Gozd ne décrit pas le chaos mais essaie d’exprimer les sentiments de déréliction engendrés par une telle occurrence, la batterie avance le chemin noir que l’on parcourt lentement malgré certaines brisures qui ne génèrent jamais d’accélération. Si ce n’est pas la fin, lorsque la musique s’éteint l’on reste sur sa faim. Unknown answers : décidément l’on n’est pas invité à pénétrer dans le chaos du monde mais à rentrer dans notre âme pour nous poser des questions sans réponses,  bulles successives de résonnances graves qui s’évanouissent dans leur propre splendeur comme si vous électrifiez et espaciez des notes du piano de Chopin et les faites résonner dans le vide de votre esprit, déferlements de guitares, les interrogations sont porteuses d’angoisses et de lourdeurs, l’on tourne en rond dans sa propre histoire rabattus par l’ampleur du son vers les murs de nos incapacités, la voix est sans pitié, elle énonce et dénonce, des couches de guitares mélodramatiques vous tombent dessus cisaillantes et engluantes, sortirez-vous un jour de vous-même, une basse inexorable vous porte des coups, vous tombez dans un entonnoir sonore, la batterie bat la chamade par-dessous, ne restent plus que les battements de votre cœur qui s’arrête. Un morceau dont on ne sort pas indemne. This is not the end : tambourinade, frétillements cordiques, chantonnements de basse, le rythme s’accélère lentement  et la voix se penche sur vous pour vous réveiller de votre mort mentale, le son s’épanouit, l’on vous prend par la main, l’on vous guide, l’on vous pousse dans le dos, la musique plantureuse est votre seule béquille, une onde sonore se lève et vous emporte, tout semble marcher comme sur des roulettes, arrêt, silence, re-tambourinade, mais plus forte, vous avez passé un degré d’initiation, voici le deuxième, batterie pratiquement militaire, cette fois c’est du sérieux la guitare résonne comme des cors de guerre, le riff implacable et saccadé ne vous laisse pas le temps de réfléchir, cymbales et la machine se met en route, à la vitesse à laquelle elle vous entraîne vous comprenez que c’est loin d’être fini, seriez même plutôt projeté sur un tobogan infini, les guitares sonnent comme des coups de sabre, ce n’est pas la fin vous répète-t-on puisque vous entamez le combat pour votre survie. Escape from the inevitable : l’on reste sur le même tissu sonore tout le long du morceau, l’on a échappé au pire, la voix susurre des conseils tout fort à l’oreille de l’impétrant, il ne suffit pas d’être initié, il faut encore comprendre ce à quoi l’on a échappé, faire le point, pour ne pas retomber dans les vortex dérélictoires, l’on est maintenant capable de marcher sur le tapis de cendre froide du néant, il suffit de se lever et d’avancer à l’intérieur de soi. La musique processionnaire vous accompagne. In extreme to extreme : même gravité, même intensité, même si quelque chose semble s’accélérer, la voix se fait profonde, elle dit, elle résume, elle reprend l’itinéraire du début à la fin, et la vérité fuzze, si l’on croyait être tiré d’affaire il n’en est rien, ne serait-on pas exactement au même point, ce n’est pas la fin uniquement parce que la fin n’est pas encore terminée, les guitares se font incendie, tout se précipite, rien n’a changé, le chaos et le néant sont toujours là tapis au fond de nous, batterie oppressante, nous n’y échapperons pas.

    ET dieu dans tout ça ? comme dirait l’autre, nom de Gozd ! Disons qu’il bénéficie d’un sursis. N’a pas réussi à remporter une victoire éclatante sur le chaos, mais ne semble pas avoir été vaincu. Se serait-il enfermé dans la forteresse de l’âme humaine ? L’on attend la suite dans le deuxième opus, celui-ci tout d’une pièce, certes il laisse la question (et la réponse ) en suspens, bénéficie de ce que dans le théâtre classique l’on nommait l’unité de ton, de la première note à la dernière une atmosphère analogue se déploie sans jamais provoquer la moindre parcelle de monotonie, ambiance doom stonner fortement mélodique, une parfaite réussite.

    Damie Chad.

     

    ROCKABILLY RULES ! ( 6 )

    N’oubliez jamais que toutes les règles sont faites pour être contournées, dépassées, chamboulées, piétinées, car l’important avant tout c’est d’avoir un cœur fidèle et rebelle !

    GENE VINCENT’ S FANS

    JULIANE GARSTKA / JACK BODLENNER / DAJANA LOUAAR

    Nombreux sont les fans de Gene Vincent mais certains font tout pour perpétuer non pas le souvenir mais la présence de Gene. Je commencerai par évoquer :

    JULIANE GARSTKA

    J’ai découvert Juliane Garstka tout dernièrement, exactement depuis le 3 janvier 2023 par l’intermédiaire du groupe ( public ) FB Dance and Sing with Gene Vincent, un post provenant de sa participation à ce groupe qui défile à toute vitesse sur ma page d’accueil et que je stoppe immédiatement, touché coulé en plein cœur.

    En quelques mots elle explique que c’est une peinture qu’elle a exécutée voici longtemps alors qu’elle n’était qu’une gamine intéressée par le dessin. Mais autant la laisser s’exprimer elle-même : ‘’ Gene Vincent died on oct 12 th 1971, only 36 years old. He suffered throughout his life after smashing his leg in an accident and hurt it again in a second accident, that took the life of his friend Eddie Cochran. But also he was just pure RocknRoll. He also was my teenage hero and I painted this picture 1982, that sums up the sadness and depression of his life. He will always be in my heart and I deeply miss him although I never had the slightest chance to meet him. ’’

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    Des portraits de Gene Vincent, plus ou moins bien réussis, j’en ai vu des dizaines, mais comme celui-ci jamais. Manifestement inspiré de la pochette de The Day The World Turned Blue, ( 1971 ) l’ultime album de Gene. Mais vue de l’intérieur. La couve est assez parlante, Gene derrière une fenêtre aux vitres brisées, au vu de la façade décrépite la maison a dû être belle, comme Gene elle a connu des jours meilleurs, la sensation de solitude et de tristesse est accentuée par la cime nue d’un arbre dépouillé de ses feuilles. J’ai commandé ce disque à sa sortie, je ne sais plus si c’était en Angleterre ou aux States, la réception du précédent If  Only You Could See Me ( 1970 ) avait été un véritable coup de poignard dans le cœur, Gene allait mal, je le savais, mais là j’avais l’aveu devant les yeux, avec ce dernier disque j’eus la prémonition que les jeux étaient faits, que Gene nous quitterait bientôt, ces deux  albums sont sublimes et crépusculaires ils rayonnent de regret, de nostalgie, de colère rentrée et d’amertume désabusée, ce n’était pas Gene derrière la fenêtre, mais l’annonce de son départ pour autre part. J’ai vécu ces deux dernières années dans l’idée que la fin était proche. Au début du mois d’octobre 71 installé dans un autobus j’attendais le départ, j’entendais sans vraiment écouter le flash d’information de France Inter, rien de bien intéressant, mais sitôt le flash terminé sans aucune annonce ont retenti les premières notes de Be Bop A Lula. J’ai compris. Un tel titre à huit heures du matin ce ne pouvait être que… A la fin du morceau le speaker a confirmé…

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    Et maintenant, un demi-siècle plus tard cette œuvre de Juliane Gartska, qui ravive cette ancienne blessure jamais refermée, la mienne sans importance comparée à celle de Gene, cet homme qui a tant donné pour le rock’n’roll et ses fans, enfermé dans une immense solitude et un sentiment d’abandon et d’injustice, ‘’ I was standing by my window /  on one cold and cloudy day / When I saw that hearse come rolling…’’ le cercle impitoyable qui s’est refermé lentement sur lui, Gene a eu le temps de l’appréhender… tout cela une adolescente l’a ressenti et exprimé bien plus fortement que mes mots, cette pièce blanche, cet homme en noir à la fenêtre, dont pas même un corbeau ne s’aventure à toquer à l’un des vantaux, la représentation d’une âme enfermée dans le sépulcre de son agonie, dans le monde vide des illusions perdues, une vision intérieure…

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    Depuis Juliane Garstka a grandi, elle a gardé sa sensibilité artistique, une visite de son FB s’impose, vous y verrez de nombreuses photos de chevaux qu’elle sculpte. Elle a aussi gardé son attachement pour Gene. Les photos ne permettent pas de juger si ce sont des sculptures ( résines ? ) ou des figurines peut-être habillées ou des poupées,  voici Gene en action, lorsqu’elle se réunit avec des potes pour chanter et jouer ( devinez quoi !), autour de chez elle dans la nature, elle n’arrête pas de le mettre en scène, avec Jerry Lou, notamment avec Daniel Lanoy, producteur, chanteur, musicien canadien une autre de ses admirations,  elle qui a su traduire l’intérieur de Gene, elle l’affiche maintenant à l’extérieur dans sa vie, il est toujours là, objectif, vivant - car l’art immortalise – à ses côtés. Que voulez-vous, elle n’a pas renoncé à son rêve. Nous l’en remercions.

    *

    PRECISIONS HISTORICO-GEOGRAPHIQUES

    Topanga Canyon est situé au nord de Los Angeles entre Santa Monica et Malibu, il est peut-être moins célèbre que le Laurel Canyon beaucoup plus proche de Los Angeles, mais ces deux endroits sont constitutifs de ce qu’en France on appellerait la légende hippie, ce que plus pragmatiques les américains nomment le California Sound. Ces lieux encore un peu sauvages et désertiques attirèrent la faune des musiciens avides de ces libertés que nous qualifierons de sonores, extatiques et sexuelles. Jim Morrison, Mama Cass, Joni Mitchell pour ne citer que les plus célèbres, nous n’oublions pas la bande des quatre, Crosby, Stills, Nash and Young – le Cat Zengler pas plus tard que la semaine dernière nous entretenait de Stephen Stills – fréquentèrent le Laurel, Le Topanga accueillit la famille ( peu recommandable ) Manson mais aussi Woody Guthrie, Jack Eliott, Canned Heat, Emylou Harris, et bien sûr Neil Young… Tous ces artistes se sont produits au célèbre Topanga Corral vaste discothèque qui proposait de nombreux concerts. Le vivier n’était pas loin.

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    A l’inverse Anaheim se trouve de l’autre côté, donc au Sud-Est de Los Angeles, la ville est surtout connue pour ses deux Parcs Disney et un important salon annuel de musique de la National Association of Music Merchants Show.

    Précisions nécessaires pour bien comprendre les trois premières lignes de l’intitulé du concert qui suit :

    1971 : THE ANAHEIM SHOW

    06 - 06 - 1971 / TOPANGA CORRAL

    TOPANGA CANYON

    JACK BODLENNER / DAJANA LOUAAR

    DERNIER CONCERT DE GENE VINCENT

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    Les personnes qui se rendent sur le FB Kr’tnt Kr’tnt pour accéder au blogue Chroniques de Pourpre connaissent JACK BODLENNER, sur le bandeau de tête c’est lui à moitié allongé sur la scène dont les doigts atteignent l’attelle de la jambe blessée de Gene Vincent. Jack Bodlenner est un fan inconditionnel de Gene Vincent, il a assisté à de nombreux concerts, notamment en France, de Gene, il possède sans compter les photos plus de six cent heures d’enregistrements (scènes, coulisses, hors concerts), il n’est pas de ceux qui gardent égoïstement leurs documents, il les livre peu à peu au public. Il intervient souvent sur le groupe public FB Dance and Sing with Gene Vincent qui offre à tous les fans un espace où déposer en libre accès documents iconographiques et vidéos, connus, rares, inédits… Une mine d’or.

    En 1971, j’étais à Toulouse, beaucoup plus malin et avisé que moi Jack Bodlenner assistait au dernier concert de Gene Vincent aux USA, au Topanga Corral, il en a ramené quelques bandes.

    Si vous les retrouvez sur FB, vous pouvez remercier DAJANA LOUAAR c’est une des administratrices du groupe qui a proposé à Jack Bodlenner de mettre en images les extraits de ce concert – le but ultime est de le donner en son intégralité – ce ne sont pas les images de ce concert mais une succession de photos diverses qui défilent sous vos yeux et rendent en quelque sorte l’écoute plus vivante, ‘’ plus palpable’’.

    Dajana Louaar  et Jack Bodlenner font bien plus que rendre hommage à Gene Vincent, ils suscitent sa présence.

    WORKING ON THE RAILROAD

             Quand ce morceau a été révélé sur You Tube les oreilles ont tilté, il dépasse dix minutes une longueur inusitée pour Gene, à part Tush Hog et Slow times comin’ ce genre de long fleuve tranquille – quoique Tush Hog soit assez mouvementé - n’était pas dans ses habitudes.  Le premier enregistrement de ce traditionnel effectué par Leadbelly date de 1942, il en existe différentes variantes on le retrouve souvent sous le titre de Take this hammer, on classe souvent Leadbelly parmi les artistes de blues, toutefois la majeure partie de son répertoire est plus proche du folksong que du blues. C’est le goût prononcé de Gene pour le country qui a sans doute emmené Gene à s’intéresser à ce morceau. L’est vrai qu’il est idéal pour la scène, ses lyrics courts et répétitifs se prêtent à toutes les insistances et à toutes les improvisations. Nous ne possédons aucun renseignement précis sur Kid Chaos le groupe qui l’accompagne, tout ce que nous pouvons dire c’est que ce n’est pas un combo de rockabilly, la qualité sonore du document ne permet pas de préjuger de sa valeur mais il nous semble dans la moyenne de la manière dont on jouait le rock au début des seventies, autre remarque : la voix de Gene est moins desservie que ses musiciens. Mais arrêtons de pérorer sur le quai de la gare et montons dans le train, ou pour être beaucoup plus fidèle à l’esprit de la chanson arrêtons de trimer pour rien et prenons à toute vitesse la voie de la liberté. Ce morceau fleure bon l’idéologie des travailleurs adhérents à l’IWW ( Industrial Workers in the World ) syndicat à tendance anarchisante et autogestionnaire.  Le train démarre sur sa vitesse de croisière menée par la voix de Gene, la batterie a dû s’accaparer le plus grande largeur de la bande, elle ne permet pas à la guitare et à la  basse de donner toute leur impulsion, la voix de Gene est un peu reléguée au fond, avec les acclamations du public, ce qui est dommage car Gene est en pleine forme, un beau solo de guitare perce la brume sonore, l’on atteint à une belle intumescence lyrique, normalement ce devrait être la fin mais ça continue pour… mieux stopper, seul le batteur maintient l’imperturbable rythme, vite rejoint par la voix revendicatrice, coléreuse et agressive de Gene,  mais tout rendre dans l’ordre pour aborder un beau pont musical, nouvel arrêt, le batteur batifole Gene parle, et l’on repart pour mieux laisser à Gene clore la fin de la ligne. Vu la qualité sonore, je conseille de l’écouter plusieurs fois, c’est ainsi que ce qui pourrait apparaître comme un tantinet monotone se révèle empli de finesse.

    BE BOP A LULA

    Pendant longtemps écouter Be Bop A Lula restait relativement simple, la version 56 inimitable, la version 62 twist et rapide, la version lente que parfois Vincent interprétait sur scène ( Eddy Mitchell sen inspira pour sa version 63 ) et la version bastringue 69 musicalement si différente et si lourde que beaucoup ne savaient quoi en penser… avec le Net l’on ne compte plus les extraits de concerts qui proposent ce morceau, à tel point qu’il est difficile de trancher entre elles. De tous les morceaux de ce dernier concert in USA, c’est celui-ci qui bénéficie de la meilleure qualité sonore, c’est un peu dommage car l’on sent que l’orchestre ne rentre en rien dans ce parangon idéel du rock ‘n’ roll, patauge à côté de l’esprit rawkabilly, peu de subtilité, beaucoup de lourdeur au sens négatif de ce terme. Malgré les acclamations qui fusent dès les premières notes Vincent l’expédie rapidement – combien de fois l’a-t-il exécuté dans sa vie en final de show – il sait que pour resplendir ce joyau doit être enserré dans un chaton musical le plus pur. Sur les applaudissements terminaux un Monsieur Loyal remercie Gene.

    SUNDAY MORNING COMING DOWN

    Un morceau de Kris Kristofferson écrit en 1969, Gene a dû l’emprunter à Johnny Cash un de ses chanteurs préférés qui l’interpréta en 1970, il en existe aussi une remarquable ‘’ démo’’ de Gene d’une tristesse et d’une pureté qui vous serre à la gorge. La voix de Gene au premier plan mais voilée par un souffle qui heureusement de temps en temps s’efface, un accompagnement tout ce qu’il y a de plus traditionnel en country, est-ce le public qui chantonne ou les musicos, vraisemblablement le public car sur les dernières notes des voix féminines se détachent preuve que Gene à quatre mois de sa disparition séduit encore et imprime sa marque sur chacune de ses interprétations.

    CORINE, CORINA

    Une chanson douce pour les effusions sentimentales, encore un traditionnel, la basse en avant, les cris du public, le slow d’enfer qui tue les dernières résistances, rien qu’à la façon dont Gene triture et tord son nom, la Corine doit mouiller sa culotte, un peu d’orgue pour mettre du liant et la batterie qui rapplique pour rajouter un peu plus la pression, faut savoir lâcher un semblant de lest pour se permettre d’être plus leste en un second temps. Dès que ce grand rock ‘n’roller que fut Gene s’empare d’une ballade, une magie saisissante opère. Vous transmet l’émotion de ces moments de la vie somme toute banale, mais qu’il fixe dans une aura de nostalgie poignante.

    WHOLE LOTTA SHAKIN’ GOIN’ ON

     Le band visiblement plus à l’aise sur ce classique de Jerry Lou que sur Be Bop A Lula, la voix de Vincent trop en arrière ce qui est regrettable car il est évident qu’il est en forme, l’on se console avec ce piano qui rit de toutes ses dents d’ivoire, après la furie du début, l’on y va relax et la basse consent à monter les escaliers en courant, mais ça repart tout de suite sur les chapeaux de roue pour se terminer illico. Consacrer moins de cinq minutes pour un morceau taillé pour la scène, c’est râlant.

             Il resterait une émotionnante version d’Over The Rainbow à venir.

             Généralement c’est ce que l’on appelle des vidéos pour les fans. Cela tombe bien, j’en suis un. Il est sûr qu’il faut les écouter à l’ombre des enregistrements ‘’ officiels’’. Mais tout ce qui provient de Gene Vincent reste précieux. Merci à Dajana Louaar pour la mise en images.

    Damie Chad.

     

     

     

    ROCKAMBOLESQUES

    LES DOSSIERS SECRETS DU SSR

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    (Services secrets du rock 'n' roll)

    Death, Sex and Rock’n’roll !

                                                             

    EPISODE 15 ( Ablatif ) :

    78

    Je suis un peu ( à peine plus de trois heures ) en retard ce matin au local. La journée de la veille a été très chaude et mouvementée, pas de quoi fatiguer ces hommes de fer que sont les agents du SSR, je n’y suis pour rien la faute en incombe à Calliope. J’étais tranquille chez moi en train de beurrer pour le petit déjeuner de Molossa et Molossito les biscottes - ces braves bêtes les adorent, à condition que je glisse entre deux toasts préalablement grillés à point, une entrecôte de bœuf saignante – je n’avais pas encore bu la moindre gorgée de café lorsque j’ai été submergé par l’enthousiasme poétique, c’était Calliope la muse de l’éloquence et de l’épopée qui à l’oreille m’enjoignit de rédiger dans mon autobiographie Mémoires d’un GSH ( *)  le passage relatant les évènements survenus dans la Forêt de Laigue. Je recopie ses paroles texto : ‘’ Damie, le monde de demain a le droit de savoir ce qui s’est réellement passé hier soir ! C’est ton devoir de le relater ! Au travail gros paresseux !’’

    Compréhensif le Chef a tout de suite excusé mon retard : ‘’ L’on ne fait pas attendre une déesse’’ me déclara-t-il et il ajouta : ‘’ Peut-être qu’avec l’aide de Calliope et de votre stylo Bic, les actes du SSR ainsi rapportés ensemenceront-ils les esprits des grands hommes de la future Humanité et ainsi permettront-ils à notre misérable engeance de ne pas périr lors de la septième extinction…’’

    79

    C’est avec la voix que je prends spécialement pour réciter les épodes de Pindare que je me lançai dans la lecture de mon œuvre immortelle, par modestie je n’en recopie que quelques extraits : ‘’ … les deux Compagnies Républicaines de Sécurité que rien ne menaçait tirèrent à elles seules davantage de grenades de désencerclement – stratégie peu appropriés puisqu’ils n’étaient pas encerclés - que n’en tira le divin Héraklès sur les oiseaux du Lac Stymphale qui se ruaient sur lui dans l’intention de déchirer en lambeaux sanguinolents son corps de héros. Dans leur mansuétude proverbiale les Dieux ne ripostèrent point et se contentèrent de sourire, mais lorsque le Commandant Octave Rimont ordonna à la phalange du GIGN de donner l’assault, du haut de son trône Zeus grimaça, et une ombre gigantesque se dressa dans le ciel. On aurait dit un immense oiseau, était-ce l’aigle de Zeus, ou la chouette d’ Artémis, plus tard certains émirent qu’il s’agissait de la chienne d’Hécate la déesse des carrefours métamorphosée en vautour gypaète barbu, l’on ne sait, l’oiseau noir passe et repasse ( normal c’est un rapace ) à plusieurs reprises au-dessus de la tête des deux cents CRS alignés, peu prennent garde à sa présence, mais à la septième fois que l’ombre noire survole la colonne de ces cracheurs de brouillards puants, tous, un par un s’écroulèrent à terre, sans bruits de façon peu spectaculaire, comme si cédant à une grande fatigue ils s’adonnaient à un somme réparateur, par contre les membres du GIGN qui avaient déjà atteint les hautes ramures de la futaie chutèrent lourdement, l’on entendait leurs corps glisser et se fracasser sur les branches puis s’écraser à terre comme ces fruits trop mûrs qui éclatent à peine ont-ils touché le sol, aucun des assaillants ne se releva, le grand oiseau noir sembla se désagréger en des milliers de fragments qu’un coup de vent emporta on ne sait où… Octave Rimont se précipite vers ses hommes, il hurle de rage et de dépit, tous sont morts, il fait signe au petit groupe qu’il avait écarté de la première ligne de ne pas bouger mais Molossa et Molossito foncent en avant et je les suis, deux hommes sont en train de descendre des arbres qui cachent le mur d’enceinte, le Chef et un sympathique inconnu qui répond au nom de Carlos, laissant Octave Rimont à son désespoir nous nous éclipsons discrètement…’’

    80

    • Ah, ce Carlos quel homme providentiel, s’exclame le Chef, agent Chad votre récit est un chef-d’œuvre de la littérature universelle, mais il est temps de nous livrer à un petit examen herméneutique en le comparant avec l’article pondu par Lamart et Sureau, d’ailleurs repris ou cité par le reste de la presse, écrite, parlée, télévisée, réseaux sociaux à fond la caisse, tout ce petit monde en ébullition tant au niveau national qu’international… trop occupé par la rédaction de vos mémoires vous ne vous êtes pas penché sur les nouvelles matutinales, je vous laisse lire tranquillement la une du Parisien Libéré, je ne vous en ferai pas la lecture, le devoir m’appelle, je me dois d’allumer un Coronado.

    81

    TERRIBLE RECRUDESCENCE

    DU COVID 19

    UN NOUVEAU VARIANT HYPERCONTAGIEUX

    237 MORTS EN QUELQUES MINUTES

    Olivier Lamart : ce devait être une après-midi sans histoire. C’est un peu en traînant que nous nous sommes rendus, sur invitation spéciale du Commandant Octave Mirmont, mon collègue Martin Sureau et moi-même, en forêt de Laigue, pour assister à un entraînement des forces spéciales de Gendarmerie. Rien du tout nous avait assuré Octave Mirmont, un petit exercice de ‘’ lance-patates’’ pour les Compagnies Républicaines de Sécurité dans le but d’assurer une ‘’ sécurité offensive’’ du Président de la République lors de ses déplacements et un premier ‘’stage d’escalade arborée préventive’’ dédié au GIGN afin de lutter au plus près des pyromanes qui n’hésitent plus à s’attaquer à nos forêts indispensables à notre survie écologique.

    Martin Sureau : nous avions affaire à des fonctionnaires d’état hyper-spécialisés et particulièrement motivés. Une fois les ‘’grenadiers’’ ayant effectué leurs tirs sans anicroche, ce fut autour des membres du GIGN de prouver leur promptitude à monter le long des troncs des arbres choisis pour cet exercice périlleux. La plupart d’entre eux s’étaient déjà postés et dissimulés dans l’épais feuillage des frondaisons les plus hautes de la forêt lorsque se produisit un léger incident.

    Olivier Lamart : un CRS – on les avait laissés sur place pour qu’ils puissent bénéficier du spectacle et de l’exemple offerts par leurs collègues qui font partie de l’élite sécuritaire de notre nation – s’affaissa sans préavis, ses collègues les plus proches n’eurent pas le temps de se porter à son secours, eux aussi saisi par un mal mystérieux s’effondrèrent tour à tour, tous furent terrassés, pas un ne se releva.

    Martin Sureau : le plus terrible à regarder ce fut ces policiers du GIGN qui dégringolaient de branche en branche sans ménagement sans même pousser un cri.

    Olivier Lamart : en effet chose incroyable, ils ne se sont pas tués en tombant, ils étaient déjà morts lorsqu’ils ont commencé à chuter. Les premiers secours et les médecins du Samu étaient formels.

    Martin Sureau : passons sur le balai des brancardiers qui transportèrent les corps dans leurs ambulances stationnées à deux kilomètres dans une des grandes allées carrossables de la Forêt de Laigue. Il fallait faire vite pour autopsier les cadavres de ces malheureux.

    Olivier Lamart : à peine quatre heures plus tard les premiers résultats fiables commencèrent à arriver au PC de crise établi dans la cour de l’hôpital militaire de Paris. Les analyses étaient formelles et concordantes. Tous nos valeureux policiers ont été atteints par un variant du Covid 19 hautement virulent et hyper-transmissible.

    Martin Sureau : c’est dans la nuit, quelques minutes avant de finir cet article qu’un communiqué de l’Elysée nous est parvenu. Nous en copions l’extrait le plus important :

    ‘’ La situation est grave mais nous appelons nos concitoyens à garder leur calme. Certes plus de deux cents policiers ont été victimes d’une attaque foudroyante d’un variant encore inconnu du Covid 19. Mais il ne faut point s’affoler, aucun des soignants, brancardiers, ambulanciers, infirmiers, médecins, professeurs, qui ont été de par leur fonction invités à manipuler les cadavres ne souffrent d’aucun mal. Il semble que cette souche ultra-virulente se soit développée dans un unique endroit somme toute circonscrit de la Forêt de Laigue. Celle-ci est désormais fermée et interdite aux visiteurs tant que des scientifiques internationaux n’aient rendu leur conclusion nous   assurant de l’innocuité de ces lieux. D’après les premières données de nos plus grands experts, il y a peu de chances que de telles attaques foudroyantes se renouvellent puisque ce variant est tellement nocif qu’en tuant ceux qu’il contamine, il se tue lui-même. Honneur à nos forces policières victimes de ce fléau qui sans le savoir, ont sauvé le reste de la population française en formant de leurs corps le barrage nécessaire à la survie du pays. Leur sacrifice n’aura pas été vain. La France reconnaissante.’’

    Notre propre survie à nous deux journalistes qui suivaient de très près le déroulement de ces opérations militaires ne sont-elles pas la preuve de la véracité des propos de ce communiqué officiel ?

    Faisons confiance à notre gouvernement !

    Olivier Lamart & Martin Sureau.

    A suivre…

    *Les initiales GSH signifient : Génie Supérieur de l’Humanité.