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CHRONIQUES DE POURPRE

  • CHRONIQUES DE POURPRE 726: KR'TNT ! 726 : WHO / COWBOYS FROM OUTERSPACE / SCREAMIN' JAY HAWKINS / M/X / DION LUNADON / HECATE'S BREATH / METALLIAN

     

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 726

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    05 / 03 / 2026

     

     

     WHO / COWBOYS FROM OUTERSPACE

    SCREAMIN' JAY HAWKINS

    M/X / DION LUNADON

    HECATE’S BREATH / METALLIAN

      

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 726

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http ://kr’tnt.hautetfort.com/

     

    The One-offs

     - Who Who oui oui

     

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             S’il est une pochette qui nous faisait loucher à l’époque, c’est bien celle de l’EP Decca des Who, «My Generation» : Moonie, son air ahuri et sa cocarde. Pete Townshend et son blazer Union Jack (que personne n’aurait eu le cran de porter en France). John Entwistle et cette liquette bleue (passée sur un col roulé noir). On ne comprenait pas bien l’utilité des blasons qu’il avait fait coudre sur sa liquette. Et Daltrey qu’on n’aimait déjà pas trop parce qu’on avait entendu dire qu’il cognait la gueule de Moonie. Daltrey-connard dans son petit futal à carreaux et qui faisait tellement pâle figure à côté d’un Moonie fabuleusement déhanché, à sa gauche. Cette pochette foutait le feu à la pampa de ton imaginaire. Souvenir de l’avoir examinée pendant une éternité, au moins aussi longtemps que celle de l’EP «Satisfaction» des Stones (on n’y voyait que le col roulé blanc de Brian Jones. Les autres s’habillaient comme des mecs de Pont-Audemer).

             Quatre titres sur l’EP des Who. Le plus drôle, c’est qu’on n’a jamais écouté les trois autres : focus définitif sur «My Generation» et sur le bégaiement de Daltrey - People try to put us d-d-d-down/ Just because we get around - Et cette promesse plus loin de mourir avant de devenir vieux - Hop’ I’ll die before I get old - Le seul qui a su tenir cette promesse, c’est bien sûr Moonie. Daltrey et Townshend sont toujours là, et comme tous les vieux schnoques, ils ne sont pas jojo. On a le même problème avec la reformation des Pistols. Et dire que t’en as qui vont voir ça en concert...

             Si t’écoute «My Generation» à tire-larigot, ce n’est pas spécialement pour la partie chant. Elle est sympa, mais ce qui fait la puissance du cut, c’est le break de basse que passe The Ox en plein milieu. C’est là que tu entres en religion. Ce break deviendra une obsession religieuse.

             Oh il faudra quelques années pour accéder au niveau spirituel de ce break de basse. Comme pour tout cheminement spirituel, il faut un point de départ. Ce sera une guitare sèche. Sèche parce que pas chère. Et un cahier d’accords pour apprendre les accords. Les  majeurs, les mineurs et les septièmes. Normalement ça suffit pour gratter les trucs que t’as besoin de gratter, comme «Like A Rolling Stone» ou «All Along The Watchtower», ou tous ces trucs des Stones dont on raffolait tous à l’époque, comme «Dead Flowers», «The Under-Assistant West-Coast Promotion Man», et un peu plus tard, le «Changes» de David Bowie, tellement sophistiqué. Puis t’es passé comme tout le monde à l’électrique avec une imitation Les Paul en or, une japonaise qui s’appelait Maya et qui coûtait pas cher. T’avais l’ampli qui coûtait pas cher et la grosse pédale fuzz qui coûtait pas cher. Et boum, tous les soirs en rentrant du boulot, tu grattais «No Fun» et les voisins venaient taper à la porte, alors tu montais le son sur l’ampli. No fun for you and me !

             On allait voir répéter des vagues connaissances, des mecs qui essayaient de faire du Led Zep et du blues électrique. Un jour, leur bassman s’est barré et Jean-Claude, le guitariste, me demande :

             — Tu sais jouer de la basse ?

             — Bah oui. 

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             Il a vite vu que bah non, mais il m’a montré les lignes de basse, et t’apprends assez vite. On a joué ensemble quelques années. Trouvé à l’époque un cahier des tablatures de Jack Casady. C’est une façon d’avancer sur le chemin spirituel. Et un beau jour, tu sors l’EP des Who de la caisse des 45 tours et tu décides d’apprendre à jouer le fameux break de basse qui t’obsède depuis dix ans.

             — Bon d’où c’est qu’y part le pépère ? Ah c’est en Sol et y redescend en Fa.

             Bim bim bim bim bam bam bam ! Ça martèle bien. Ça bouge pas. Couplet, tout le bordel de Daltrey et voilà le moment fatidique. Premier plan.

             — Où c’est qu’y va chercher sa note, l’enfoiré ? Bim ? Bom ? Non, c’est là. Bim bim ! Vaut mieux le prendre en bas du manche. Bim bim bim bim bam bam bam en Sol/Fa sur la corde Ré, oh tu descends sur la corde Sol chercher un Ré, ah putain, c’est enfantin, mais faut le faire groover...

             Tu remontes le plan et tu retombes sur le balancement Sol/Fa. Puis t’attaques le deuxième plan, il monte sur les grosses cordes au-dessus et tu trouves l’astuce, fuck, comme c’est bien foutu, tu le chantes pour le jouer, mais tu sais que tu vas y passer des heures pour que ça coule de source. Tu repars sur le balancement Sol/Fa pour chercher le troisième plan, dans les gras, avec une variante. C’est compliqué à jouer au médiator, The Ox claquait tout aux quatre doigts. Et sur le quatrième plan, t’es baisé, parce qu’il tagadate ses notes à quatre doigts et toi t’as l’air d’un con avec ton médiator, alors tu demandes à Dieu de te pardonner d’esquinter ce substrat de la quintessence divine, et il te pardonne. Bim bim bim bim bam bam bam !

    Signé : Cazengler, Whogarou

    The Who. My Generation/La La La Lies/ The Ox/Much Too Much. Decca 1966

     

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    L’avenir du rock

     - Un Outerspace qui porte bien son nom

    (Part Three)

     

             C’est pour des besoins bassement matériels que l’avenir du rock retourne régulièrement dans le Colorado. Il a besoin d’alimenter sa rubrique, aussi va-t-il chercher l’inspiration auprès de son vieil ami Jeremiah Johnson. C’est l’hiver. Tout est blanc et silencieux. Il franchit un col et aperçoit au loin un filet de fumée. «Ah ça ne peut être que lui !», lance l’avenir du rock d’un ton jovial, et il éperonne sa mule. Il sait que Jeremiah Johnson adore pique-niquer au milieu de nulle part. Il arrive à l’orée d’un petit bois. Jeremiah Johnson est là, avec des dizaines de flèches plantées dans le dos et son sourire de superstar. Mais il n’est pas seul. Quelle curieuse compagnie !

             — T’arrive au bon moment, avenir du rock ! C’est l’apéro !

             Il sort un litre de pastis gelé de la sacoche de son cheval et casse la bouteille d’un coup de crosse. Il casse ensuite un glaçon de pastis et le tend à l’avenir du rock :

             — Tiens, suce !  

             — Qui sont ces gens, Jeremiah ?

             L’avenir du rock désigne du doigt les étranges créatures installées autour du feu et auxquelles Jeremiah distribue des glaçons de pastis.

             — Ce sont les Crows From Outerspace...

             L’avenir du rock comprend mieux. Les créatures sont conformes à l’idée qu’on se fait des extraterrestres : ils sont verts, avec des pustules gélatineuses et des tentacules, ils poussent des borborygmes et semblent bien s’amuser. Les glaçons de pastis ont même l’air de faire leur petit effet. L’un deux lève son tentacule pour réclamer une rincette. Alors Jeremiah sort une autre bouteille gelée de sa sacoche.

             — Dis voir, Jeremiah, pourquoi tu les appelles les Crows From Outerspace ?

             — Parce qu’il sont aussi cons que les Crows ! Quand ils seront rôtis, ils vont fabriquer un arc pour me tirer des flèches dans le dos. Ça les fait marrer.

             — C’est pas pour dire, Jeremiah, mais au fond je préfère nettement les Cowboys From Outerspace.

     

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             Et nous aussi, Jeremiah, on préfère nettement les Cowboys From Outerspace. On peut même dire qu’on en raffole. Et ce depuis plus de 20 ans, depuis Choke Full Of. Car chez les Cowboys, t’as une outrance que tu ne retrouves nulle par ailleurs, sauf chez Jeffrey Lee Pierce, chez les Drones de Gareth Liddiard, chez les Beasts de Tex Perkins ou les Chrome Cranks de Peter Aaron. Michel Basly tape exactement dans le même registre, dans l’outrance du trash-blues, dans la démesure du throw-it up, telle que définie en son temps par Jeffrey Lee Pierce avec «Death Party» et «She’s Like Heroin To Me», on pourrait même citer tous les cuts du premier Gun Club. C’est

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    inespéré d’entendre aujourd’hui encore l’écho de cette fournaise. Les Cowboys sont les derniers à porter la flamme sacrée de la Guerre du Feu, comme l’ont portée avant eux tous ces cracks du boum-hue que sont les Cheater Slicks, le ‘68 Comeback de Monsieur Jeffrey Evans, Jon Spencer et tous ces groupes faramineux qu’on trouve sur l’In The Red du mighty Larry Hardy. Et qu’on retrouvait aussi sur le Nova Express de l’hyper-mighty Lucas Trouble.

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             Si on était en Angleterre, on qualifierait le style des Cowboys d’«utter fucked-up trash-punk blues». Mais on est en France, alors on peut tout bêtement les qualifier de bulldozer, ils te bulldozent ta dose, ils t’endossent le bulbe, ils te dé-bullshittent la mise, ils t’artémisent le bol, ils t’embuent la misaine, ils t’arsouillent le bilboquet, t’en avais bien besoin. En vrais bulldozers, ils passent partout, ils ratiboisent et ils déboisent,

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      c’est Attila et ses Attilettes, t’as intérêt à garer ta mobylette, et puis tu comprends vite que c’est pas un rock de demi-portions, planque ta misère, fous tes Led Zep et tes fucking Pink Floyd à la poubelle, c’est le moment de prendre un nouveau départ, amigo. Les Cowboys ont tout en magasin, le very-Big Atmospherix du désespoir («Lost Men Blues»), la valse à trois temps, et puis au coin du bois, tu vois Michel Basly gratter

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    un thème rockab («Favorite Rock’n’Roll Band») qui remet bien toutes les pendules au carré. C’est comme s’il pouvait tout se permettre. Et puis il adore faire dérailler le TGV du garage-punk («Black Haired Cocktail») et battre tous les records de destruction massive avec «Dancin’ Machine». T’as beau connaître tous ces cuts, t’es bluffé par la démesure du chant, t’es affolé par la mise en place, par l’extrême pertinence de son lard fumant, par l’assise du son qui sort de ce vieil ampli Fender défoncé et éculé par tant d’abus. Quand il gratte ses poux, c’est pour foutre le feu à la pampa. Et puis t’as les cuts du nouvel album, Spaceship To Nowhere.

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             Celui qui va te coller au mur, c’est «The Love Song». Complètement fucked-up. Point névralgique du set, mais aussi de l’album. Basly hurle par-dessus les toits. C’est magnifique ! Il chauffe à blanc, au white light white heat, il chante à la hurlette de Hurlevent, la pire de toutes. T’as pas ça ailleurs en France, Pas la peine de chercher. T’avais ça uniquement chez Jeffrey Lee Pierce et les deux ou trois screamers pré-cités.

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    En piochant dans les notes au dos de la pochette, tu découvres que Lo’ Spider a produit l’album. Lo’ et le Kaiser sont les seuls capables de capturer l’énergie des Cowboys pour la sublimer. Sur l’album, t’as aussi du classic badaboum battu à la dure («Spaceship To Love»), et t’as toujours l’heavy heartbeat du big Bazile Gonzalez, fantastique dérouleur de basslines. Il joue tout au doigt. La voix de Michel Basly est prise dans le son, c’est un son plus caverneux, bien swamplandish. Ta raison va encore vaciller avec «I Won’t Fly». Basly torture longuement son solo seventies, ça goutte de pus et ça reste diablement atmosphérique. Puis il monte «Breathe» en mode Dust My Blues, pour une wild partie de boogie down. Ah ça déboule ! C’est le deuxième cut du set et on a vu de nos yeux vu les colonnes du temple danser le twist. En B, «Better Man» est hanté par l’un de ces solos qui n’en finissent plus d’agoniser au crépuscule. Et ils repassent aussi sec à l’hot as hell avec «Get Crazy». T’as là-dedans un killer solo flash qui crève l’œil du cyclope. Encore un point chaud du set ! «As Cool As I Am» sonne un brin rockab, c’est très sophistiqué, ça file à fière allure et t’es frappé par cette façon que les Cowboys ont de renaître en plein élan ! Ils regagnent tous les trois la sortie avec une cover de «Goodbye Johnny», nettement plus lourde que celle tapée sur scène. Encore un cut qui agonise dans tes bras. C’est hanté, complètement hanté. Fantastique hommage. Michel Basly et Kid Congo sont les derniers à savoir rendre de tels hommages. 

    Signé : Cazengler, cobaye from outerspace

    Cowboys From Outerspace. Le Fury Défendu. Rouen (76). 18 février 2026

    Cowboys From Outerspace. Spaceship To Nowhere. Lollipop Records 2025

     

     

    Wizards & True Stars

    - Maman Jay peur !

    (Part Two) 

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             En 1980, Keef demande à Jay d’ouvrir pour les Stones au Madison Square Garden. Puis Ginny sa barre après vingt de vie commune - She just got fed up - Jay va se remarier quatre fois. Dans un docu, Jay dit : «My second mariage was to a Filipino from the Philippines, That didn’t work. The third mariage was a black girl from Guadalupe. The next time I married, it was a Japasese girl from Tokyo. The next time I married, it was a French girl.»

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             Jay enregistre Real Life à Paris en 1983 avec Larry Martin (guitare), Zox (basse) et un accordéoniste qu’on entend surtout sur «Deep In Love». Puis il chante en Français sur «Get Down In France». Il raconte n’importe quoi - Get down mademoiselle ! Madame ! Do it ! - C’est monté sur un beat têtu comme un âne, Jay fait tout à l’interjection - Do it ! Get down ! Move Around ! - Il ressuscite en B son vieux «Feast Of The Mau Mau», il y fait Jay the baboon, et il passe en force son «Poor Folks» sur une valse à trois temps. Il termine par une nouvelle version de «Constipation Blues» encore plus ‘lumineuse’ que celle de What That Is - I got a pain down inside/ Everytime I try/ I can’t get satisfied - Alors il va jusqu’à la victoire finale, let it go ! Prout ! Il est hilarant. Il est le seul au monde à savoir pousser derrière un micro, uuuhharhhhh, tout en couinant des p’tis cris d’orfraie, et tu te marres à chaque fois que tu l’entends lâcher les gaz. Prout prout ! 

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             Puis Jay rencontre Rudi Protrudi des Fuzztones, qui le branche sur Midnight Records, le label de JD Martignon, un Français installé à New York. Martignon sort un Live de Screamin’ Jay Hawkins & The Fuzztones. Jay le harcelle pour lui soutirer du blé, mais Martignon n’a pas un rond. Le Live avec Fuzztones est un mini-album 4 titres, et dès «Alligator Wine», Jay screame son scream out ! Il surpasse tout ce qui a été fait en matière de scream. Il screame encore le because you’re miiiiine d’«I Put A Spell On You», et en B, il attaque un nouveau cut, «It’s That Time Again», après avoir présenté Henry et les Fuzztones. C’est un gros boogie avec du solo de fuzz sur la fin. Puis arrive le prout final avec «Constipation Blues», oumpfff, il pousse, prrrrrr, prrrrrr, il y va au let it go et il nous sert sur un plateau d’argent le summum de la pétomanie screameuse extrême.

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             Bergsman évoque aussi une bagarre entre Jay et Esquerita, à propos d’une vieille histoire de dette. Jay sort un cran et Esquerita brandit une bouteille cassée. Le sang gicle. Jay en a marre des conneries d’Esquerita, alors il lui décoche un crochet du gauche «to the side of his head, knocked him out cold. End of fight.» Rudi raconte aussi que Jay et Esquerita ont passé du temps ensemble au ballon - According to Jay, he had to beat the shit out of Esquerita because he was a fucking queer. Chez Jay, tout est drôle, même les histoires de ballon.

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             Il existe un live enregistré au Méridien de la Porte Maillot : Live & Crazy. Jay avertit le public : «Tonight we’re part of the history. We’re doing a record ! Marci bûcouuuuu !» Et il annonce a song from a very good friend, Mr Lloyd Price : «Lawdy Miss Claudy». Et comme dans tous les albums live, t’a le solo de gratte et le solo de sax. Il pousse ses cris habituels dans «The Whammy», dans «Hong Kong», et dans «Alligator Wine» - Don’t be afraid to be an animal/ Because that’s what love is all about - Il fout le paquet sur son vieux «Put A Spell On You», et plus loin, sur l’imbattable «Constipation Blues», un vrai festival de prout-prout, ça rigole bien au Méridien, prrrrrrr splashhhh, I think it’s gonna be alright ! Puis il remercie les Parisiens, marci bôcouuuu ! Marci môsieuh !  T’es plié de rire.

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             En 1989, Jay tourne Mystery Train avec Jarmush. Il y joue le rôle du night clerck at the Arcade Hotel, et Cinqué Lee (petit frère de Spike Lee) joue le rôle du bellboy. Ils observent une prune que Jay finira par avaler. Grâce à Jarmush, la situation financière de Jay s’améliore et il achète une maison à Los Angeles. Mais il a des problèmes financiers et il largue tout pour aller s’installer en France, avec Colette, qu’il épouse. Il a 30 ans de plus qu’elle. Leur mariage dure trois ans, de 1992 à 1995. Jay est resté très attaché à la France. L’un de ses meilleurs amis n’est autre que Gainsbarre, auteur d’Evguénie Sokolov, l’histoire d’un peintre pétomane. Gainsbarre et Jay font une version de «Constipation Blues» pour un show télé.

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             Pourquoi faut-il écouter Black Music For White People ? Pour trois raisons essentielles. Un, une cover de l’«I Hear You Knockin’» de Smiley Lewis rendue célèbre par Dave Edmunds. Jay bouffe l’Edmunds tout cru. Crouch crouch ! Deux, la revisitation d’«Ol’ Man River», il y fait un vrai numéro de cirque. Et trois, «Strokin’», un heavy funk, et là le Jay devient fou. Il joue avec le funk comme on joue avec le feu. Jay est un prince clownesque, un imbattable - I’m strokin’ to the East/ I’m strokin’ to the West ! Have you ever made love before breakfast ? - Il mène le bal, il groove son scream to the East et to the West -Did you make love yesterday?/ Did you make love last week? - Il déraille pour le meilleur du pire, sa voix s’éraille à merveille - I won’t stop until she’s satisfied - Jay est l’un des cracks du siècle, ce Stockin’ couronne sa légende. Sur cet album, il fait aussi une version diskö d’«I Put A Spell On You». 

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             I Shake My Stick At You est un album attachant. Jay est bien accompagné, notamment sur «Because Of You», un fast jump. Avec l’extraverti de service, ça fait des étincelles. Jay allie l’énergie subliminale à la fantaisie du Grand Guignol. Avec «Don’t Fool With Me», il passe à l’heavy groove. Il est magnifiquement accompagné : poux et sax sont saignants, alors Jay screame de toute son âme. Il monte «Furburger» sur le tempo d’«High Heel Sneakers», et à la fin, il ramène son cirque de scream extrême. Il emmène encore «Cookie Time» au scream extrême. Il bat tous les records du scream. Les cuts sont longs et souvent sans valeur ajoutée, mais si on attend la fin, on entend Jay screamer comme un démon. Il termine avec un «Rock Australia Rock» monté sur un beat tribal, il le chauffe à blanc et bascule dans le primitif. C’est assez demented.

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             Sur Cow Fingers & Mosquito Pie, on retrouve 8 cuts d’At Home With Screamin’ Jay Hawkins et des chutes de session OKeh. Qu’importe, ça reste un bonheur que d’écouter le vieux clown : «Little Demon», classic Jay monté sur un beat rockab. En bon cannibale, il bouffe «You Made Me Love You (I Didn’t Want To Do)» tout cru. T’en peux plus de rigoler avec «Hong Kong», et on lui déroule le tapis rouge sur «I Love Paris», il ramène les Mau Mau à Paris. Il est le roi des iconoclastes. Il prend son «Alligator Wine» de haut, eh eh, et fait l’opéra de la Soul avec «Temptation».

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             Le stand-out track de Stone Crazy paru en 1993 est une cover de Wolf, «Who’s Been Talking». Un géant salue un autre géant. Très impressionnant, d’autant qu’un certain Michael Keneally joue des plans de gratte vertigineux. Jay revient à son vieux jump de type Leiber & Stoller avec «I Don’t Know». Il y singe le Riot In Cellar Block #9. Et quand on l’entend chanter «I Beleive To My Soul», on voit qu’il maîtrise bien le genre. Plentiful of Jay ! Il croque toute la black à pleines dents. Son terrain de prédilection reste bel et bien le comedy act. Dans «Last Saturday Night», il raconte qu’il rentre bourré chez lui et qu’il trouve une tête dans son lit. C’est la tête de sa femme. En B, il appelle le plombier («Call The Plumber») et passe au heavy romp d’High Heel Sneakers avec «I Wanna Know». Fantastique romper !

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             Enregistré en 1994, Somethin’ Funny Goin’ On ne sort pas du rang. Jay est bien accompagné, le guitariste s’appelle Buddy Blue et le morceau titre est un heavy boogie, donc pas de problème pour Jay qui le bouffe tout cru. Sur «Rock The House», il a des chœurs en call & response - Rock the hall ! Everybody ! -  et il fout le feu à son boogie dans «Give It A Break» à coups de bye bye love. Et il profite de «You Make Me Sick» pour pousser des hurlements d’hérétique travaillé au fer rouge par le Grand Inquisiteur espagnol, ammmhhhh, ooohhhhh, et il pète un coup pour briser le pathos des caves maudites.  

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             Au dos d’At Last, Jay porte des bagues à tous les doigts. Et dès «Listen», il sort le grand jeu, avec des cris de martien. Jim Dickinson produit cet album enregistré à Memphis, chez Sam Phillips. Roland Janes est l’ingé-son. David Hood et Roger Hawkins sont en studio. Jay pète et fait le con, il fait la basse-cour et prout-proute à gogo. Ah qu’est-ce qu’ils ont dû se marrer dans le studio d’Uncle Sam ! Jay tape dans le blues avec «Pot Luck». Pour cet heavy blues, il retrouve la stature de Jerry Lee. Il parle de lui, comme le fait Jerry Lee. Il parle aussi d’alligators et même de crocodiles. Il grogne comme Bobby Bland - I’ll put my spell on you/ I’ll turn you in a three legged kangaroo - et il devient fou, alors il grogne et il pète à tire-larigot. On a aussi un «Deceived» joué à la ballade expéditive. C’est un extraordinaire numéro de Roger Hawkins. Ça solote de partout, guitare puis sax, Jay est tellement content qu’il pousse des cris de bête. On a encore du balladif tapageur emmené à train d’enfer avec «Shut Your Mouth When You Sneeze». Il y a du Kurt Weil en Jay, c’est évident. Il se passe aussi des choses extraordinaires dans «You Want Love». Frank Ash part en solo dans les coups de sax de Jim Spake, et Jay hurle - baby I’m your man like the wind and the sand - Dickinson finit ça au piano. Avec «Make Me Happy», Jay fait le blues de gospel définitif. Il peut hurler dans le blues et faire son prêcheur fou - Don’t tell me no more lies - et il finit avec une version trash d’«I Shot The Sheriff». Wild as fuck ! Ça bat tous les records !

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             L’année suivante sort sur Last Call un fabuleux Live At The Olympia, un double CD bourré de Jay, un Jay qui n’en finit plus que remercier les Français, marci ! Marci bôcouuuuu ! On l’entend screamer comme une bête sur «Don’t Love You No More» et t’entends de très beaux solos à rallonges de Frank Ash. Marci ! Marci bôcouuuuu ! Ash allume encore le «Pretty Girl’s Everywhere» qui suit. Le mec au sax est aussi un vrai crack, il s’appelle Didier Marty et Jay n’en finit plus de réclamer du rab, one more ! Pas de surprise sur l’ensemble, Jay enfile tous ses vieux classiques comme des perles et les versions sont souvent à rallonges. Il fait de l’opéra sur «I’ll Be There» - When you’re blue/ Call me/ I’ll Be there - Et il attaque le disk 2 avec «Bite It», marci ! Marci bôcouuuuu ! Et pouf, voilà «Constipation Blues». Tu risques l’overdose de prout. C’est la première fois qu’on prout-proute à l’Olympia. Jay s’amuse bien avec «What’d I Say» et il part en délire booga booga avec «Alligator Wine». Il redevient le screamer extrême que l’on sait avec «I Put A Spell On You», marci ! Marci bôcouuuuu !, il shake le «Shout» des Isleys, marci ! Marci bôcouuuuu !, et adresse un gros clin d’œil à Fatsy avec «Please Don’t Leave Me», woh-oh-oh-oh et ça répond. Marci ! Marci bôcouuuuu !. Puis voilà la conclusion suprême, «Goodnight Sweetheart» : «My name is Screamin’ Jay Hawkins ! Thank you !

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             Les fans de Jay peuvent s’offrir The Singles 1954-1957, une compile parue en 2011 sur Rumble. On y retrouve des tas de choses connues comme «Baptize Me In Wine» ou «Please Try To Understand». Il reste très vieille école, allant du jump de big band au heavy balladif gluant. On voit qu’il crée un genre avec «(She Put The) Whammee (On Me)» : l’horror rock voodoo de train fantôme. Il propose en B un «Talk About Me» de thé dansant, très plaisant, un peu désuet, puis «Little Demon», un petit rock bien saxé et c’est avec «Frenzy» qu’il salue la compagnie.

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             S’il fallait emmener un Screamin’ Jay sur l’île déserte, ce serait bien sûr le Screamin’ Jay Rocks de Bear. Car là t’as tout, l’early Jay déjà dangereusement extraverti («Little Demon»), l’heavy shouter de jump, aussi puissant que Jerry Lee («In My Front Room», le pire raw de tous les temps, il finit en cannibale), l’écrabouilleur de wahhhhh («This Is All», raw à l’extrême), le screamer ultime («[She Put The] Wamee [On me]», il screame dans la glaire), le roi de l’heavy blues («I Is», oh yeah I is), le bouffeur de jump («You Ain’t Foolin’ Me», il croque les os du jump, crounch crounch), le virtuose du bllllllllbllllllll («Frenzy»), l’homme de la jungle («Alligator Wine»), le fou dangereux («The Whammy», il te screame ça jusqu’à l’oss de l’ass), le primitif explosif («All Night», il fait son cannibale, il renifle), et le roi du raw, le pire raw de l’histoire raw («Please Don’t Leave Me», il fait monter le who-oh-oh et les chœurs suivent, quel cirque !). Jay et Jerry Lee : le blanc et le noir. Là t’as tout.

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             La fin de l’histoire de Jay est nettement moins drôle. La fameuse Monique... L’Africaine...Jay habite à un étage et elle à un autre. En l’an 2000, Jay a 70 balais. Il a la trouille de Monique. Il appelle Colette pour lui dire qu’à chaque fois que Monique lui prépare la gamelle, il est malade comme un chien. Rudi : «I do know that one person in his band insinuated that Monique killed him.» Jay arrive à l’hosto avec un blocage intestinal et il casse sa pipe en bois aussi sec. T’as plus qu’à sortir ton mouchoir.

    Signé : Cazengler, Cognac Jay

    Screamin’ Jay Hawkins. Real Life. Zeta 1983

    Screamin’ Jay Hawkins & The Fuzztones. Live. Midnight Records 1985

    Screamin’ Jay Hawkins. Live & Crazy. Blue Phoenix 1989

    Screamin’ Jay Hawkins. Black Music For White People. Bizarre/Straight/Planet 1991

    Screamin’ Jay Hawkins. Cow Fingers & Mosquito Pie. Epic 1991

    Screamin’ Jay Hawkins. I Shake My Stick At You. Aim 1991

    Screamin’ Jay Hawkins. Stone Crazy. Bizarre/Straight/Planet 1993

    Screamin’ Jay Hawkins. Somethin’ Funny Goin’ On. Bizarre/Straight/Planet 1994

    Screamin’ Jay Hawkins. At Last. Last Call Records 1998

    Screamin’ Jay Hawkins. Live At The Olympia Paris 1998. Last Call Records 1999

    Screamin’ Jay Hawkins. Screamin’ Jay Rocks. Bear Family Records 2008

    Screamin’ Jay Hawkins. The Singles 1954-1957. Rumble Records 2011

    Steve Bergsman. I Put A Spell On You : The Bizarre Life Of Screamin’ Jay Hawkins. Feral House 2019

     

     

    L'avenir du rock

     - M/X file

     

             Afin d’explorer les frontières de la métaphysique contemporaine, Jacques Sans-Sel reçoit une fois encore l’avenir du rock. D’une voix théâtralement grave, il ouvre son Bal des Naze :

             — Avenir du rock, votre rupture avec la scolastique universitaire n’est-elle pas anachronique ?

             — Nique ta mère...

             — Pardon ?

             — J’t’ai dit : nique ta mère.

             Aguerri, Jacques Sans-Sel reprend aussitôt. Il se sent même galvanisé par l’écueil sur lequel vient de s’échouer son radio show.

             — Vos admirateurs ont noté votre ralliement au système cosmologique copernicien. Comment pourriez-vous justifier un tel ralliement ?

             — M’en branle

             — Pardon ?

             — Ralliement/M’en branle.

             Excité, Jacques Sans-Sel desserre son nœud de cravate. Ça faisait une éternité qu’il n’était pas tombé sur un os pareil. Voilà enfin un invité qui dit vraiment ce qu’il pense ! Wouah !

             — Pourquoi vous acharnez-vous à détruire le dogmatisme, avenir du rock ?

             — Wanna be your dog.

             — Pardon ?

             — Wanna be your dogmastisme !

             Jacques Sans-Sel entre en transe. Il sent qu’on a dépassé les frontières de la métaphysique contemporaine, il exulte, il transpire. D’une voix chevrotante, il pose une dernière question :

             — Quel message souhaitez-vous transmette au genre humain, avenir du troc ?

             — M/X !

     

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             Nouveau jackpot à la grande loterie du rock : M/X. T’en reviens pas de tomber sur un groupe inconnu aussi bon. Ce p’tit power trio vient tout de droit de Bristol,

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    deux p’tites gonzesses et un p’tit mec. La p’tite Mimi Edwards n’a pas l’air comme ça, mais elle bat un sacré beurre, dans la prestigieuse tradition des grands batteurs anglais, elle peut battre heavy et rouler jeunesse. La p’tite Liv Allen gratte une SG avec

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    un ferveur incontestable, au point que t’as du mal à la quitter des yeux. Pur rock’n’roll animal ! Et au milieu t’as le p’tit Max Pickering qui rue dans ses brancards avec une autorité disturbante. Il a tout : le look et la vraie voix. Il a tous les atours et les pourtours d’une rockstar. Vers la fin du set, il va même gratter un peu de basse.

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    Les trois M/X proposent une formule explosive enracinée dans la noise-punk anglaise, un webzine anglais les qualifie de DIY punk-rock trio, mais ça va beaucoup plus loin que ça, car ils ont des chansons, notamment cette bombe atomique nommée «Pavlov» qu’ils claquent en début de set. T’es hooké aussi sec. Dès Pavlov, tu piges tout. T’es ahuri par le niveau de ce trio qui tombe du ciel et tu vois la p’tite Liv trépigner comme une espèce d’AC/DC dans son coin, elle frétille et elle exulte, elle bouillonne et elle beugle, elle gratte et elle rue, elle te goinfre de good vibes, elle semble exploser de bonheur, tout ce qu’elle gratte est minimal et foutrement efficace. Tu vois rarement trois énergies se combiner aussi merveilleusement. Ils enfilent leurs cuts comme des perles, tu tends l’oreille car c’est très écrit. C’est très Fall dans l’esprit. Ils ont du

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    contenu dans le contenant. Sur «Momma», la p’tite Liv gratte des accords de énième diminuée qui te montent droit au cerveau. Ils font basculer leur Momma dans un abîme de noise anglaise. C’est à peu près le seul cut calme du set et aussi le plus fascinant. Toute cette effervescence impressionne. Le parallèle avec The Fall n’est pas exagéré. Ils y vont au nothing to lose, à la va-comme-je-te-pousse, au here-we-go permanent, ils ne connaissent ni le mot ‘répit’, ni le mot ‘calmos’, leur truc c’est de redonner vie au rock anglais. Pan a encore frappé.

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    Signé : Cazengler, classé X

    M/X. Le Trois Pièces. Rouen (76). 12 février 2026

    Concert Braincrushing

     

     

    L’avenir du rock

     - Nom de Dion !

             Boule et Bill déboulent au bar. L’avenir du rock les salue d’un hochement de tête. Pas question de se salir les mains. Boule rire son premier boulet :

             — Y boit quoâ, l’avenir du froc ?

             Bill répond :

             — On dirait bien qu’y boit une mousse, Boule...

             S’ensuit une minute de silence. Bill la brise :

             — Y paierait-y pas sa mousse, c’te gros égoïsse ?

             L’avenir du rock ne s’abaisse pas à répondre. Il les connaît par cœur. Ils vont s’épuiser la cervelle en cinq minutes. Agacé par le silence méprisant de l’avenir du rock, Boule reprend d’un ton menaçant :

             — L’est pas très charitable, l’avenir du troc !

             À quoi Bill ajoute :

             — L’est aussi chrétien qu’un ch’veu sur la têt’ à Mathieu !

             Et Boule de surenchérir :

             — Doit pas aller souvent à la messe, l’avenir d’mes deux !

             — Tu crois qu’y croit en queck’chose, c’te gros égoïsse ?

             — Chais pas, Bill, ça m’a pas l’air, faut lui d’mander...

             — Alors avenir du broc, tu crois-ty en queck’chose ?

             Excédé, Boule monte d’un ton :

             — Tu crois en qui, avenir de mes couilles, en nallah, en bouddah, en Zeusse ? Tu crois-ty au père Noël ?

             — Boule, j’te parie cent boules qu’y l’est assez con pour croire en Dieu !

             Pas question de rater une occasion pareille. L’avenir du rock éclate de rire :

             — Pas en Dieu, Bill, mais en Dion.

             Les deux autres sont sidérés. Tout ça pour en arriver là ! L’avenir du rock, ajoute, en levant un doigt expert :

             — Attention les gars, je parle de Dion Lunadon, et non de Dion DiMucci. C’est pas la même boutique !

     

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             On gardait un bon souvenir de Dion Lunadon. Il avait su ramener un peu d’In The Red dans la prog dramatiquement melbournisée du festival de Binic. On peut même dire que cette année-là (2024), avec ses anciens collègue d’A Place To Bury Strangers, ils avaient sauvé ce pauvre festival en perdition. In The Red c’est pas de la gnognotte, c’est une école de pensée, au même titre que Crypt, Norton, Estrus et Sympathy For The Record Industry, ces gens-là ont initié une véritable révolution permanente avec des racines qui plongent dans le garage-punk des sixties. Dion Lunadon a sorti deux albums sur In The Red, et ce n’est pas un hasard s’il ouvre pour la nouvelle coqueluche du label, Des Demonas. On ne peut pas imaginer meilleure prestance de la cohérence. Par les temps qui courent, un label comme In The Red est devenu essentiel à la survie des cervelles.

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             Dion Lunadon ramène avec lui le fantôme de Dominique Laboubée. Il ramène aussi cette chaîne phosphorescente dont on ne comprend pas l’intérêt. Mais bon, il aime bien faire le con avec sa chaîne. Il l’exhibe d’ailleurs que la pochette de Systems Edge. Comme le fantôme de Dominique, il porte du cuir noir. Il gratte une SG blanche éculée par des tas d’abus, et à sa droite se dresse un fabuleux bassman japonais. Celui-ci nous dira d’ailleurs après le set qu’il a failli être embauché par Guitar Wolf. Pas surprenant : allure de rockstar, joli son, énorme présence scénique, il a tout simplement volé le show.

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             Et quel show, amigo ! Ils sont nettement plus hot au club que sur la grande scène de Binic. C’est toujours une erreur que de programmer des groupes de garage-punk en plein jour sur cette grande scène : le son se barre et le groupe est tellement dispersé qu’il perd sa cohésion. C’est tout de même dingue que les organisateurs ne comprennent pas ça. Jouer en plein jour sur une grande scène, c’est un véritable handicap pour un groupe habitué aux petites salles. La différence est nette au Club, Dion Lunadon et ses trois collègues fulminent admirablement, they blow littéralement le roof, ils transforment ce pauvre Club en cocotte-minute, ça rue bien dans les rencards, ça pousse au cul, ça push les poches, ça pique des pointes, ça pleut des cordes, ça pousse-toi-d’là que-j’m’y-mette, ça perce des tunnels, ça percute le fouettard de plein fouet, ça tape dans l’œil du cyclone, au passage, tu reconnais cet «Howl» qui flirte tellement avec l’insanité et qui se trouve sur le premier album sans titre. Ce digne

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    fils de Bury n’en finit plus d’enfiler ses perles fumantes. Zéro contact avec le public - shy as a cloud drifting ? - il mise tout sur ses dynamiques dévastatrices et l’over-power de sa riffalama. Il tape une vieille stoogerie, l’«It’s The Truth», tirée de son premier In The Red, Beyond Everything. Il rocke à outrance les limbes de son ombilic. Il met tout le paquet, comme on dit quand on ne sait pas quoi dire. Il invente un genre nouveau : le wild blast lunadien ! Wild blast encore avec «Living & Dying With You». Tu t’en décroches la mâchoire. C’est bourrin, mais c’est aussi sans appel. Il faut entendre ‘bourrin’ au sens du percheron de Millet qui laboure le champ à l’aube. Comme Georges Rouquier dans Farrebique, Dion Lunadon te laboure en profondeur, il te retourne les terres pour que le printemps germe dans le Biquefarre qui te sert de

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    cervelle. Dion Lunadon est l’un des derniers grands blasters des temps modernes. On retrouve encore l’excellent «I Walk Away» bien excédé, il s’arrache bien les ovaires à coups d’Aw walk away ! Tout tient debout, même si t’entends parfois des cuts d’un intérêt limité, mais globalement, tu tires bien tes petits marrons du feu. Dion Lunadon alimente ton goût pour les vieilles mythologies, et de savoir qu’il existe encore ça et là des petits volcans actifs sur cette pauvre terre, ça remonte bien le moral des troupes.

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             Pour rester sur ces bonnes impressions, l’idéal est de rapatrier vite fait le mini-album Memory Burn paru en 2024. Comme d’usage, il enregistre tout seul son fast-punk d’hard Dion, aidé par un mec au beurre. Le Dion adore foncer tout droit, c’est sa raison d’être. Il est d’une certaine façon le dieu de la pugnacité têtue, comme le montre le «Good Times» d’ouverture de balda. Bon autant te prévenir : t’apprendras rien de plus que ce que tu sais déjà. C’est solide, mais sans surprise. C’est en B que se planque l’hit : «Hollywood Blues». C’est très «Death Party». Même beasty sound, même stubborn beat. Puis il s’énerve pour de bon avec «Zenith Forever». On se souviendra du Dion comme d’un p’tit mec bien énervé. C’est sa grandeur.

    Signé : Cazengler, Lunacon

    Dion Lunadon. Le 106. Rouen (76). 10 février 2026

    Dion Lunadon. Memory Burn. Beast Records 2024

     

    *

             En ce bas monde, seule une chose est sûre, il est inutile d’aller vers Hécate, c’est elle qui vient vers vous. Méfiez-vous des carrefours. Surtout si vous entendez un chien aboyer.

             Je peux en apporter la preuve : je recherchais de la musique grecque inspirée par l’antiquité, la première chose que j’aperçois sur la chaîne de  Stefanos Krasopoulis, c’est une belle photo. Darkly. Rien à voir avec ce qu’il poste d’habitude, des trucs d’obédience plutôt folklorique pour employer un mot stupide, mais là indubitablement la photographie d’une prêtresse invoquant, le titre de la vidéo est clair Hecate’s Breath.

              Mon cerveau m’avertit, attention Damie, tu connais. J’opine, je ferme la chaîne de Stephanos Krasopoulis, je farfouille dans mes archives, cinq minutes, l’intuition est bonne, je rouvre la chaîne de Stephanos, la photo de la prêtresse a disparu.

             Les rockers détestent que les filles leur échappent, serait-ce même une des plus terrifiantes déesses de la Grèce antique, évidemment mon flair me permet de la retrouver !

             Nous avons dans notre livraison 680 du 06 / 03 / 2025 chroniqué un  premier album d’Hecate’s Breath nommé Innocences assez déconcertant. Il avait été précédé en 2024 par Danse Macabre  dont nous reparlerons une autre fois. Nous allons nous intéresser à divers regroupements de morceaux effectués par le groupe lui-même durant l’année 2025.

    El., TS, Ax, Handful of Nails : All / Vile & El. : vocals  /Ame Severe : Add. guitars & Production / Melinoë : noise, subliminal entities

    ROOM FILLED WITH TARNISHED MIRRORS

    HECATE’S BREATH

    Il n’est pas évident de d’interpréter les créations d’Hecate’s Breath, nous n’avons que peu d’indices, parfois une image, parfois un poème, voire simplement une strophe.

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    Terrestrial commotions : La photographie dévolue à ce morceau est de Clarence Hudson White. Il est indéniable que le photographe né en 1871 et mort en 1925 s’inspire pour cet artefact de l’esthétique préraphaélite et symboliste. Un court poème de William Saphier lui sert d’exergue. Like crawling black monsters /The big clouds tap at my window, /Their shooting liquid fingers slide /Over the staring panes /And merge on the red wall.' En tant que directeur de revue, Saphier a permis à quelques-uns des plus importants poëtes anglais et américains de la première moitié du vingtième siècle d’acquérir une vaste audience. Surprenant cette violence musicale si on la compare à la pose hiératique de la photo, il est vrai que l’intensité sonore ne varie guère, toutefois il semble que quelque chose est en train de se déglinguer, le sentiment de menace oppressant comme ces coups batteriaux du destin inflexible se désagrège  en notes grêles… il est vrai que la prêtresse tient entre ses mains une boule de verre fragile, éclate-t-elle, se brise-t-elle comme un rêve, la rotondité de la terre est-elle vouée à la destruction, ne reste-t-il pas des traces de sang sur le mur du poème… Isolation : inhabituel, incroyable, une image en

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    couleur, de Jean Mazza (né en 1972), nous qui pensions que la palette d’Hecate’s breath ne s’autorisait que le blanc et le noir, et le blanc  n’est-il pas un simple noir négatif. Oui, mais le rouge n’est-il pas encore moins rassurant que le noir, n’est-ce pas lui qui colore la main des meurtriers. Un court poème d’Emily Dickinson : Hope is the thing with feathers / That perches in the soul, / And sings the tune without the words, /And never stops at all. Un oiseau de malheur, le coucou de l’âme, qui ne dit rien mais qui ne cesse pas de dire qu’il ne dit rien. Peut-être parce que dans leur tour d’ivoire les poëtes n’ont rien à dire. Souffles envoûtants et bruit de moteur, des coups pas très forts, dont la cadence se ralentit, serait-ce le rythme de l’assassin qui se fatigue à aiguiser son couteau, maintenant il nous semble entendre le bruissement de la mer, le moteur déferle et s’éloigne. Qui saigne là… la victime, le bourreau, ou le couteau. Le morceau est précédé d’une dédicace : funeste chanson pour une année sans lumière… Sheeted mirrors :

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    l’artwork : Anna-Vamey Cantodea, chanteuse, son Instagram est follement original. Le poème est de Sylvia Plath : "The size of a fly, /The doom mark Crawls / down the wall." Peut-être est-il temps de s’intéresser au titre de ce recueil qui repris pour illustrer ce recueil est agrémenté d’un ajout intéressant : Chambres remplies de miroirs ternis, / En train de tourner vers des horizons déchirés... Serait une allusion aux miroirs de Kozyrev… un bruit, une tornade se déplaçant dans l’espace à des milliards d’années-lumière car les dieux viennent de plus loin que la lumière, de plus près aussi, car peut-être tournoient-ils seulement dans notre tête. Aigrette romantique, drame de l’Homme confronté à sa propre création, un riff cosmique qu’il faut bien se résoudre à appeler une envolée des tréfonds, un cri qui laisse place aux sanglots d’un violon, et la profération survient, une onde de poésie submergeante, une tache noire posée sur la candeur de l’univers qui se résout à simuler un bruit de moteur, à imiter un violon tsigane faute de mieux. Serait-ce le souffle prodigieux d’Hécate…

             A méditer.

    THERE WILL BE NOTHING LEFT

             Un lit, une poupée, une chambre vide, fenêtres noires ouvertes sur la nuit… Le texte épigraphique de William Blake précise à merveille de quoi il s’agit : ‘’Ô Rose, tu es malade ! Le ver invisible Qui vole dans la nuit, Dans la tempête hurlante, A trouvé ton lit De joie cramoisie : Et son amour secret et ténébreux Détruit ta vie.’’ Ouverture et finitude coïncident.

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    Apathie for destruction : phonétiquement le titre fait penser à l’album Appetite for the destruction de Ted Nuggent comme quoi il existe toujours une zone d’ombre dans laquelle les contraires sont reliées par une invisible zone de coexistence. Une citation de William Blake nous indique de quel côté nous nous trouvons :  ‘’Et je l'ai arrosée de mes peurs, / Nuit et matin de mes larmes ; / Et je l'ai ensoleillée de sourires, / Et de douces ruses trompeuses’’. L’image est à l’image de l’absente de tous bouquets de Mallarmé, autrement dit d’une présence… Un bruit des pas lourds qui s’avancent mais qui s’effacent, un morceau stationnaire aussi immobile que ce 666 tracé sur une stèle, un simple compteur d’électricité, en bout de rue, quelques maisons, neige partout, une voix s’élève et puis se tait, l’on ne voit guère la différence, peut-être sommes-nous de l’autre côté de la fenêtre, qui ressemble tant à n’importe quelle fenêtre, dark ambient parcouru de courant d’effluves plus sombres, quatre notes qui résonnent plus fort afin de mieux disparaître. Mugissement de bateau qui quitte le port, qui s’éloigne du rivage. Qui saurait se battre devant l’inéluctable. Surtout pas le désir. There will be

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    nothing left : encore William Blake, l’homme de toutes les expériences et de toutes les innocences, ne seraient-ce pas les mêmes, seul le regard que nous leur portons… en tous les cas les deux vers érigent une coupure : ‘’ Et son amour secret et ténébreux : détruit ta vie.’’ autrement dit, deux contiguïtés, la photo n’en montre qu’une : guitare, rock’n’roll et solitude. Au bas de la photo, un trait de sang. Idéal pour que vous fassiez le test de rorschach… bruissements industriels de chagrin, des cymbales qui vous empêchent de penser, perdu que vous êtes dans les tubulures de vos synapses, tout droit dans un labyrinthe dans lequel vous tournez en rond, accroissement irrégulier de l’impossible retour en avant ou en arrière à tel point que ne subsiste plus qu’un grésillement, des voix s’élèvent chœurs angéliques, ou démoniaques, c’est encore à vous de choisir, d’ailleurs elles s’arrêtent pour que vous puissiez vous décider, la marche, le cheminement impossible reprend, même si vous comprenez que vos pas ne vous porteront jamais plus loin que votre chagrin, clameurs hurlantes, vous avez pénétré dans la chambre close de l’impossible, auquel nul n’est tenu,  n’est-ce pas ce qu’il pourrait vous arriver de mieux, apaisement, bruit de casserole, un vent mauvais stoppe la machine. Leçons de ténèbres : dans les ténèbres le lumignon de la poésie n’éclaire rien,

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    l’image est floue, nous nous croyions dans la métaphysique la plus abstruse, nous voici devant un pavillon de banlieue, le père, la mère, le bébé, un monde quotidien et souriant, plus inquiétant, cette silhouette au premier plan qui tient un fusil, que vise-t-il, la cible est hors du champ de la photographie. Quatre coups de cymbale pour annoncer le déploiement des ténèbres, et la musique survient, le générique de l’inénarrable avec hurlements à l’appui qui se répètent, des explications nous sont données à voix hautes, difficilement compréhensibles, mais qu’y a-t-il à comprendre lorsque l’on a déjà compris que les ténèbres retombent sur nous, nous enveloppent, nous englobent en elles, d’ailleurs quand nous avons franchi la barrière ne sommes-nous pas dans une zone de calme, quelques notes éparses comme quand vous cheminez dans le noir en tâtonnant sur les rochers qui parsèment le chemin, mais non ce n’est pas parce que nous avons quitté la zone de l’horreur que cette zone ne subsisterait pas hors de nous, et pourquoi pas en nous-même, comme de lointains échos auxquels nous finissons par nous habituer, à ne plus entendre, mais qui ne cessent pas… Comforting presence :

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     nous n’avons qu’une photo, surexposée, peut-être à un danger, un peu flou de même car il ne faut pas se fier obligatoirement aux apparences, bref une jeune femme endormie auprès de son chat, un vulgaire tigré, mais les yeux grand-ouverts, étincelants de limpidité, à quelle part de l’invisible est-il sensible en langue des oiseaux Hécate ne se traduit-il pas par : hey cat ! Résonnances metallique, serait-il possible que leur monotonie puissent nous induire au ronronnement d’un chat, amplifié et survolé, quelqu’un s’approche-t-il sur des pattes de velours, pas tout à fait des hurlements, des stridences, le chat entent-il ces sonorités d’outre-tombe à moins que la dormeuse ne soit déjà que la préfiguration d’une jeune morte, qui s’éloigne, que le félin ne quitte pas des yeux, pourquoi ses pupilles ne sont-elles pas dilatées par l’effroi, silence existe-t-il des endroits que les vivants ne puissent explorer qu’avec leurs yeux, un chœur angélique semblable à ces colliers de fleurs avec lesquels dans les îles paradisiaques l’’on vous accueille et que dans contrées occidentales l’on dépose sous forme de couronnes sur le marbre des tombeaux, le son devient si solennel que votre interprétation vous est fortement suggérée. Dancing queen : sachons que le groupe possède une œuvre en progress, peut-être

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     abandonnée ou remise à plus tard, qui s’intitule Danse Macabre… qui est la dancing queen, sur la photo,  elle paraît un peu délurée, affriolante, une jeune femme rieuse, l’on ne voit pas trop ce qu’elle est en train de bricoler dans / et avec ses mains, je lui trouve une certaine ressemblance avec Nancy Spungen la petite amie de Sid Vicious, mais je suis sûr que je suis le seul à émettre cet avis sur cette terre qu’il nous faudra bien quitter un jour. Ou une nuit. Z’en tout cas la phonerie ne donne pas l’illusion d’une joyeuse bacchanale, le bruit grossi mille fois de ces anciens téléphones de bakélite dont la roulette tournait à vide dans l’incapacité d’accrocher le moindre chiffre sur le cadran, entend-on un murmure, quelque serait-il au bout de la ligne pourquoi ces espèces de piaillements incessants qui vous foutent les chocottes, il est apparemment difficile de trouver une interlocutrice dans l’au-delà. Days : une photo, un polaroïd, l’on y voit une jeune femme, accompagnée

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     d’une fillette, peut-être deux sœurs, évidemment le cliché est flou et surexposé, au bas une date 20 août 1985, cela ne nous rajeunit pas, mais vieillit-on lorsque l’on est mort. Des sons qui s’éloignent puis se déploient, une voix chante elle parle de soleil et de jours heureux qui ont dégénéré comme si elle voulait les figer dans l’éternité. On dit qu’elle ne dure qu’un instant, ce doit être vrai, la chanson ne dépasse pas les deux minutes. Que voulez-vous l’éternité c’est court, surtout quand elle débute. Bard’s call : puisqu’il y

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    avait une prêtresse au début sur la photo, il faut bien qu’il y ait un barde, le voici sur la photo, elle n’est pas floue, l’on voit parfaitement la croix inversée fermement tracée sur son front, son regard n’inspire pas la sympathie, d’ailleurs est-ce simplement un barde, n’est-ce pas quelqu’un d’Autre… Des sonorités franches mais aussi fuyantes, lourdes mais des glissements comme des reptations, des tubulures entassées les unes sur les autres, il parle, il profère, lance-t-il des imprécations chacun de ces mots est un appel à le rejoindre, il se doit d’être compris comme une menace, il pénètre dans vos rêves, de ceux que vous recevez quand vous êtes vivants, de ceux que vous recevez quand vous êtes morts, il est le rêve d’un cauchemar et le cauchemar d’un rêve, nulle issue, nul endroit où fuir, ils détient la puissance, l’entendez-vous tinter, l’entendez-vous tenter votre âme si tenu qu’elle soit encore à vous, des bruits d’épée qui s’entrecroisent doucement car l’Adversaire est sûr de vaincre,  la musique s’étend, vous devez avouer qu’elle est belle, que vous ne mériteriez pas de l’entendre, quelque chose s’enfuit au loin dans l’espace… Cradle song : surprise elle est là, toute belle en pleine forme, toute de

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    blanc vêtu, un sourire trop joyeux pour être qualifié de blanc candide, déguisée en ours blanc, car si elle voulait se faire passer pour un ange, c’est méchamment raté. Ça commence doucement, mais pas tout à fait comme une berceuse, retour de ces pas lourds qui monopolisent l’attention, la bande-son essaie de les effacer mais ils persistent, mais vous avez ces instants de beauté foudroyantes et cette voix rauque qui délivre le message que vous attendiez depuis toujours, ce vous avez pris pour une pelure d’ours polaire n’est peut-être qu’une robe de mariée peu virginale. Il ne vous laissera rien.

    Vous êtes avertis.

    LIGHTLESS MASS

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    Celebrating a distant absence : titre éponyme de l’EP. Une femme à trois visages sur le dessin. Elles ne peuvent que représenter les phases de la lune hécatienne. La déesse, face sereine, tient en sa main un sablier pour nous signifier que la mort s’approche, de l’autre un bouquet qu’elle cueillit dans les champs d’asphodèles, à sa droite le visage de la demoiselle nous regarde avec suspicion, la troisième darde vers nous un regard compassionnel.  Le texte de Marion E White : L’on s’appelle, puis l’on se plaint de l’écho, se fait-il l’écho du dialogue intérieur de la déesse ou est-il dirigé vers ces masses d’individus qui se ressemblent tous dans leur propre obscurité mentale… Une première note en point d’interrogation qui se métamorphose en une belle suite musicale, l’atmosphère s’assombrit, tintements, sont-ce les crotales lointains des officiants dans le temple, cliquètement et tintinnabulation, la voix s’élève, claire et distincte, quelques instrument en grésillent de peur, l’on ne sait ce qu’elle a dit, lorsque les paroles sont trop claires comment notre obscurité   pourrait-elle le comprendre, l’on est dans une cérémonie, une procession qui tourne sans fin, peut-être autour de la statue de la déesse, le chant reprend comme un écho surmultiplié, elle est là, toute voilée de noir, souvent la lune est noire même si beaucoup l’ignorent, ses mains se meuvent, elles s’ouvrent font mine de caresser les chœurs qui accompagnent leur danse sacrée, mais se muent en griffes, en serres d’oiseau de proie, l’image s’efface, des voix éthérées s’élèvent. Psalm for the dead :

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    Claude Cahun (1894-1954) fut la nièce de Marcel Schwob, ne soyez donc pas étonnés si elle fut poëte, peintre, photographe, féministe, surréaliste, résistante, oscillant entre érotisme, amour fou et folie… Elle a longtemps habité près d’un cimetière, le texte qui accompagne la photo est d’Anne Sexton (1928-1974), poëtesse et dépressive, elle influença notamment la Beat Generation, « Et les morts ? Ils gisent pieds nus dans leurs barques de pierre. Ils ressemblent plus à la pierre que ne le serait la mer si elle s'arrêtait. Ils refusent d'être bénis, gorge, œil et phalange. » Est-il nécessaire d’expliciter davantage, toutes deux pourraient relever d’une confrérie de sœurs hécatiennes. Est-il besoin de faire tant de bruit pour réveiller les morts, dorment-ils seulement, ne sont-ils pas des vaisseaux de pierre qui naviguent sans sombrer, ni escale sur de lointaines mers intérieures. La voix s’élève comme une prière aux morts qui sont plus vivants que nous selon Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, est-ce pour se faire remarquer que la voix dégobille et la mort forgeronne en vain peut-être, car peut-être les morts sont-ils éparpillés dans la voix des vivants, dans les bruits des instruments, cette pensée ne nous conduit-elle pas vers la folie de penser que le monde est fait de la matière des morts. Sifflements, que voulez-vous il faut bien vivre.  Gall saliva psalmody : le dessin représente Cerbère le chien à trois

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    têtes, le vers de Virgile le décrit à merveille : "Monstrum horrendum, informe, ingens / cui lumen ademptum’’. Psalmodie pour les insectes qui pondent dans les tissus des morts, lorsque les œufs éclosent les larves se nourrissent des morts, sont-ce les morts incommodés qui rugissent en eux-mêmes, ou alors les paroles qu’échangent les larves, ou juste un avertissement de ce qu’ils deviendront quand ils ne seront plus. Musique inéluctable qui avance à la manière d’un précis de décomposition, un feu qui couve lentement mais sûrement. L’est sûr qu’il y a de quoi saliver et déglutir. Mouvement perpétuel. Les vivants ne se nourrissent-ils pas des morts, en habitant leurs maisons, en lisant leurs poëtes, en s’inspirant de leurs artistes. Vesperal  auspices : l’artwork n’est

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     pas sans évoquer l’esprit des photos de Clarence Hudson White, photos qu’il réalisait avec les membres de sa bourgeoise famille, ce qui toutefois laisse rêveur, sans être un sectateur d’Hécate il suffit d’être touché par le souffle d’Hécate pour être inspiré. Rappelons que les auspices sont des présages envoyés par les Dieux. Sur la photo, la prêtresse ou Hécate désigne ce qui va arriver en donnant l’ordre de se diriger dans la direction qu’elle indique. Vespéral signifie ‘’du soir’’. Se souvenir de l’expression ‘’ soir de la vie’’… Le premier pas à effectuer pour rejoindre ceux qui couchés sous la terre sont privés de lumière. Musique sombre. Marche funèbre. Générique de fin. Toutes les contradictions arrivent à leur terme et se dénouent, tristesse et grandeur, il est inutile de se révolter, comme des coups de fouets sur les épaules, les hurlements de ceux qui ont peur, ou ceux de la bête qui se lèche les babines, des sifflements, des applaudissements de ceux qui tiennent enfin leur meilleur rôle de figurants dans la dernière scène, grandiose et peu éphémère car la fin ne se terminera vraiment jamais. Les huis des portes se referment sur un dernier grincement.

             Ceci n’est qu’une rêverie interprétative. Le souffle d’Hécate m’a-t-il inspiré ?

    Damie Chad.

     

    *

             Il fut une époque, hélas lointaine, où j’achetais beaucoup de magazines Metal, j’ai arrêté, à la longue cela devenait fastidieux, toutes les revues se ressemblaient, de belles photos couleur, là-dessus aucun problème, mais tous les articles se répétaient, on vient d’enregistrer un disque, quelques anecdotes bla-bla-bla, on part en tournée bla-bla-bla, à force j’avais l’impression que tous les groupes jouaient à plus substituable que moi tu meurs, bref plus vous lisiez,  l’envie pressante de se procurer les disques diminuait… L’ensemble manquait d’âme, cela sentait trop le processus stéréotypé de commercialisation, la mise en place de la pieuvre invisible du marché (pour parler comme Karl Marx), comme il se doit tentaculaire… mais au kiosque ce matin deux chiffres ont réveillé d’étranges impressions, 35 et 150…

    METALLIAN

    (N° 150 / Déc 2025 - Jan 2026)

             Metallian, le nom porte à la rêverie, Metallian, ce n’est pas Metal, c’est davantage et c’est moins. Un truc qui ne coïncide pas exactement avec ce dont il se réclame. Une certaine façon de voir. Je n’ai même pas jeté un  coup d’œil à l’intérieur de la revue avant de m’en emparer. Le légendaire flair du rocker. Supérieur à celui de Sherlock Holmes !

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             A l’origine, en 1991 Metallian est une revue underground, le tirage  photocopié ne dépasse pas les cinq cents exemplaires, née au Canada, à Montreal, vendue pratiquement en de rares boutiques ultra-spécialisées, elle parvient à toucher les Etats-Unis… Plus tard elle essaiera de percer dans les pays anglophones et distribuera chez les disquaires une version rédigée en langue anglaise. Son créateur, Yves Campion, revenu en France le fanzine va faire petit à petit son trou et se forger un petit noyau d’inconditionnels. La photocopie laisse la place à l’imprimerie. Une étape importante sera réalisée lorsque la revue est diffusée en kiosque.

             La revue a évolué, le heavy metal est laissé de côté, les sommaires proposent des groupes marginaux, un peu extrémistes dans leur approches musicales… Une nouvelle génération metallique est en train de naître dont les magazines qui squattent les gondoles ne parlent jamais… Elle ne tardera pas à être imité mais Metallian a toujours un ou deux coups d’avance sur la concurrence, dans leur grande majorité les fans restent fidèles, détestant retrouver leurs groupes ‘’à eux’’ dans les publications davantage grand-public, qui suivent la mode mais ne la créent point.

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    Metallian innove, le label Adipocere – un excellent article sur le créateur de ce label est à lire dans le deuxième numéro de Rituel – encarte son catalogue dans la revue, les lecteurs savent désormais où trouver les disques que les disquaires n’ont pas dans leurs stocks...  Coup de génie, la revue offre un CD présentant des morceaux de formations peu connues, voire totalement inconnues… dans son ensemble la presse n’y croyait pas, toutes les revues proposeront bientôt leur digipack… Dernière nouveauté, la revue troque les CD pour les DVD… Elle abandonnera vite, réaliser des reportages sur des groupes exige trop de moyens, techniques et financiers.

             C’est que les temps ont changé, le net propose des enregistrements sonores et imagés à tire-larigot. Plus besoin d’acheter un disque, il suffit de le charger, rapidement et gratuitement. La revue qui écoulait jusqu’à trente-cinq mille exemplaires ne dépassent plus les dix mille. Heureusement qu’un noyau de fans de la première heure et un socle d’indéfectibles abonnés a permis à la revue de survivre et de continuer sur sa lancée, trente-cinq ans plus tard Yves Campion est encore aux commandes…

    Il est temps de quitter cette hâtive présentation à gros traits pour regarder ce que ce cent cinquantième numéro a dans le ventre.  Débarrassé de sa gangue de plastique, fini les doux temps des feuilletages instructifs, le numéro paraît plus grand, simple illusion d’optique, je le concède, par contre nous avons bien les 84 pages du cent cinquantième fascicule en main, mais aussi en supplément le Metallian Underground N° 27 de vingt-quatre pages. Cerise sur le cerisier que l’on imagine japonais, si vous êtes abonné vous recevez en plus le CD Sampler Metal Explosion 05.

    Passons sur l’édito qui encourage les lecteurs à ne pas oublier de se ravitailler sur les stands de merchandising… l’argent a de toujours été le nerf de la guerre, le courage aussi. Niklas Kvarforth, fondateur de Shining, groupe suédois qualifié de Black Metal Suicidaire - genre de renommée un peu plus classieuse qu’une Légion d’Honneur - fondé en 1996, qui vient de sortir un album, n’en manque pas dans Les Chroniques Sulfureuses.  Commence par dire du mal du soleil trop chaud du Hellfest, s’en prend aux journalistes qui posent des questions si stupides qu’il a pris l’habitude de leur répondre par des idioties, ce qui a eu pour conséquence de porter ombrage à Shining… Il termine cette première salve en clamant haut et fort son dégoût d’internet. Le dernier bon disque qu’il ait entendu date de 1996… Mais depuis quelque temps il a enfin trouvé un groupe à son goût : Peste Noire. Hélas boycotté. Il est vrai que certains pensent que Peste Noire devrait plutôt s’appeler Peste Brune… Pourquoi la musique ne serait-elle pas traversée des mêmes idéologies que celles qui quadrillent la société actuelle, l’inverse serait encore plus inquiétant… L’important est de ne pas être dupe des endroits, quels qu’ils soient, où l’on met les pieds.

             Le reste de la revue bénéficie d’une structure assez simple. Pas de chronique de disque à part la rubrique Listenning session un seul album, appelé à sortir dans un délai assez bref, une unique page en vis-à-vis de l’interview d’un de ses membres du groupe. La couve du disque ou du CD sur lequel porte l’entretien se retrouve en petit format en haut de de cette page. Attention certains groupes bénéficient de quatre pages ou simplement de trois. La lecture est facilitée par une typographie aérée très agréable à l’oeil. Beaucoup de blancs séparatifs. Il est de notoriété commune que les lecteurs d’aujourd’hui n’apprécient guère les longues colonnes resserrées…

             Surprise, douze pages sont consacrées au calendrier 2026. Le bas de la page occupée par une photo d’un musicien, d’une affiche, ou d’un groupe, sur la large partie supérieure vous pouvez noter les dates de vos prochains concerts. Il serait mal venu de marquer vos rendez-vous chez le dentiste. Après cet intermède, qui avouons-le fait un peu remplissage, le magazine reprend son rythme habituel… Commenceriez-vous par vous lasser ?

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             Vous avez raison. Mais Metallian doit connaître la capacité d’ingurgitation de ses lecteurs. Voici la rubrique Grands Reportages. Munissez-vous d’une petite laine, nous voici en Norvège. Vous osez Oslo, touché, coulé, à l’eau ! Non à Bergen, ville mythique du Black Metal. La légende est connue, des groupes borderlines, Old Funeral, Immortal, et surtout Mayhem et Burzum. La frontière commune de ces groupes est la mort, attrait et répulsion. Violence, sang, incendies, meurtre, suicide, folie, forment le cocktail détonnant de cette moderne saga nordique.

             L’interview de Jannicke Miesse-Hansen, est la plus instructive. Vous ne la connaissez peut-être pas mais vous la voyez souvent. Ce n’est pas son visage qui apparaît sur des centaines de pochette de Metal, c’est elle qui a mis au point le principe des lettrages illisibles pour signifier le nom des groupes. Pourquoi si difficiles à déchiffrer. Parce que le secret est une marque d’appel. Parce que toute connaissance demande effort. Immortal et Burzum furent ses deux premiers logos… Elle parle aussi de politique. De Varg Vikernes qui participa à Mayhem et fonda Burzum, qui brûla plusieurs églises, qui assassina Oysten Aarseth… elle avoue qu’elle a témoigné contre lui… elle ne regrette pas cette époque chaotique, les choses se sont calmées, ils ont vieilli…

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    La rubrique Road Blues Festival évoque le Tyrant Fest 2025 à Oignies et Lille. Davantage de photos que de textes. Les dernières pages sont consacrées aux chroniques, un peu expéditives, à mon humble avis, des nouveautés. Toutefois nécessaire pour ceux qui veulent suivre l’actualité. Qui n’est que l’autre face de l’immuabilité des choses.

             Manque dans cette chronique l’essentiel : la beauté de l’artefact. Photos, poses, publicités (exclusivement Metal) donnent une unité de ton, de lieu, d’espace et de continuum digne des tragédies classiques.

             D’ailleurs le Black  Metal, n’est-il pas une tragédie en lui-même…

    METALLIAN

    UNDERGROUND N° 27

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             Ne partez  pas, le rideau se lève pour le deuxième acte. Pardon pour le vingt-septième. Le Metal c’est un peu comme la représentation de la Tétralogie de Wagner à Bayreuth. Faut quatre jours pour la voir en entier.

             Ne vous affolez pas, vous n’êtes pas en pays inconnu. Cet Underground est bâti sur le même modèle que son grand-frère. L’aurait été dispersé dans la mouture du précédent que l’on ne s’en serait pas aperçu. Si le numéro 350 a mis Megadeth en première page, le groupe sort son dernier album et est censé clore définitivement son parcours. (Il est à noter que si parmi le genre humain Jésus Christ ait été le seul à avoir ressuscité après son trépas, les groupes de Metal qui reprennent le harnais après leur dissolution sont monnaie courante… Dans d’autres courants musicaux aussi, mais les Black Metalleux sont les seuls à se revendiquer du Devil, ce qui change la donne !).

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             Sur sa couve le 27, peut se vanter d’un poids-lourd que le Megadeth, Z’ont plus lourd et plus pire, comme l’on dit dans les cours de récréation.  Pas n’importe qui : Mayhem en la personne d’Attila  Csihar qui présent le nouvel album Liturgy od Death. Comme un écho avec ce que racontait Jannicke Miesse-Hansen puisque sur la fin du dialogue Attlla évoque son fils Arion… le temps passe…

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             Certes Epitome vient de Pologne, Sepulchral d’Espagne, Ennui de Georgie, Slagmaur de Norvège mais  Jours pâles, Mortuaire, Thalidomide, Demontool, et Mankind de France, autre cocorico dans la partie Demo et Indie sur dix envois, cinq proviennent de notre pays, nul besoin de réindustrialiser, nous sommes un grand un grand producteur de metal !

             Pour les acharnés, reste encore trois pages de cortes chroniques d’albums qui viennent de sortir.

             Bonne lecture.

             Une mine à ciel ouvert.

             Pardon, à underground à explorer.

    Damie Chad.

            

     

     

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 725: KR'TNT ! 725 : PERE UBU / JAMES HUNTER / HARLEM GOSPEL TRAVELERS / SCREAMIN JAY HAWKINS / GIGI & THE CHARMAINES / NICK SHOULDERS / BLUT AUS NORD / ABYSMAL GRIEF

     

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 725

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    26 / 02 / 2026

     

     

     PERE UBU / JAMES HUNTER

    HARLEM GOSPEL TRAVELERS  

     SCREAMIN JAY HAWKINS

    GIGI & THE CHARMAINES

     NICK SHOULDERS / BLUT AUS NORD /

    ABYSMAL GRIEF

     

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 726

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http ://kr’tnt.hautetfort.com/

     

     

    The One-offs

    - Ubu roi

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             Bon, que peut-on raconter de plus que ce qu’on a déjà raconté dans l’Ubu Roi des Cent Contes Rock ? De plus que ce qu’on a déjà raconté quand Crocus Behemot a cassé sa pipe en bois l’an passé ? De plus que tout ce qu’on sait déjà et qu’ainsi va la vie ? Ne serait-ce pas l’occasion d’évoquer l’ombre tutélaire d’Alfred Jarry, précurseur de Dada, dont on était dingue dans les early seventies ? On verra ça plus tard.

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             C’est par contre l’occasion rêvée d’évoquer la magie du 45 tours. Tu n’aurais jamais trouvé «The Final Solution» chez les disquaires français, enfin ceux que tu fréquentais à l’époque. Pour mettre le grappin sur ce single qu’il faut bien qualifier de magique, il fallait se livrer à un petit rite initiatique : la lecture d’un fanzine, en l’occurrence Who Put The Bomp!. Le fanzine était dans les early seventies le seul moyen de sortir des sentiers battus (Rock&Folk, le Melody Maker, Sounds et le NME) pour accéder au real deal, c’est-à-dire les 45 tours underground que ne distribuaient pas les labels. Les mecs des gros labels ne s’intéressaient qu’à ce qui se vendait bien, et l’underground, par définition, ne se vend pas bien. L’underground reste confidentiel, et c’est cette confidentialité qui le protège des prédateurs. L’underground concerne ce qu’on appelle outre-Manche les happy few. Seuls les happy few connaissent les scènes importantes : la Mod culture, la Northern Soul, le rockab, et le punk-rock anglais de 1976 sont les quatre principaux exemples. Quand ça tombe dans les pattes des gros labels, c’est foutu. Le meilleur exemple est celui du punk anglais, flingué à bout portant par les gros labels. Les Clash sur CBS ? N’importe quoi ! Au moins les Damned ont eu l’élégance de démarrer sur Stiff.

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             Encore plus élégant : Pere Ubu a enregistré ses premiers singles sur son propre label, Heathan. T’avais l’info grâce au fanzine de Greg Shaw : une minuscule chronique et une adresse où commander le mystérieux single. C’est tout, rien d’autre. Il fallait envoyer les sous par Postal Money Order à l’adresse indiquée, à Cleveland. Les autres détails se sont depuis lors effacés, mais on a su que Miriam Linna qui vivait encore à Cleveland faisait les paquets pour Pere Ubu. Plus aucun souvenir des autres détails. Il ne reste de cet épisode que le single, et croyez-le bien, il est arrivé comme le messie. Le fanzinard de Bomp! n’avait pas raconté de conneries. «The Final Solution» est un single magique, et le contexte de son rapatriement accentuait encore ce sentiment de magie. Tu ne comprenais d’ailleurs pas comment un cut aussi génial pouvait rester inconnu. C’est là qu’est née cette infinie passion pour l’underground. Plus c’est obscur et mieux c’est, à condition bien sûr que le cut tienne la route. On citera d’autres exemples dans les One-offs à venir. À sa façon, «The Final Solution» recréait la sensation de vivre un moment unique, comme l’avaient fait d’autres 45 tours, dix ans auparavant, du genre «Bird Doggin’» ou encore «Hold On». Mais «The Final Solution» battait tous les autres singles à la course, car issu du mystère le plus épais, enraciné dans Alfred Jarry qui était alors une idole personnelle au même titre qu’Iggy, Jimbo et Gene Vincent. «The Final Solution» avait en plus ce prestige qu’offrent rarement les autres 45 tours, le cumul des perfections : beat des forges parfait, lyrics parfaits, posé de voix parfait, groove parfait, durée parfaite, killer solo à rallonges parfait, nuclear destruction finale parfaite. Tu écoutais chanter le gros Crocus et tu sentais bien qu’il prenait la chose au sérieux, il interprétait son rôle de victim of natural selection à la perfection, il modulait à merveille son rôle de gros qui cherche some pants that fit, il mâchouillait sa misdirection avec un accent de véracité qui ne laissait aucun doute sur la taille de son génie déviant, on le devinait gros et puissant comme Fatsy et Leslie West, il était à sa façon le précurseur du gros Black, le dadaïste ventripoteur, la pure réincarnation d’Ubu Rock, et ce beat lancinant n’en finissait plus de te hanter et de t’enchanter, peu d’objets rock ont ce pouvoir rimbaldien de bouleverser tous les sens. Oh bien sûr, tu peux citer les grands albums de cette époque, Ramones, Heartbreakers, Damned, Saints, mais le single de Pere Ubu concentrait toutes les énergies de ce qu’on appelait alors le «vrai rock», celui des real dealers, des movers & shakers de rang supérieur. «The Final Solution» symbolisait à sa façon l’esprit de modernité, tel que l’avait conçu en son temps Alfred Jarry, c’est-à-dire un goût effréné pour la liberté absolue mêlée de fantaisie. Union parfaite de l’humour et de la puissance littéraire. Comme Jarry avant eux, Crocus et des Ubus ont su créer un monde à partir de rien. «The Final Solution» est l’un des rares singles magiques littéraires : il fut immédiatement admis au petit panthéon personnel où avec quelques rockers trônaient Hubert Juin et tous ces écrivains de l’Avant-Siècle qu’il arrachait

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    pour nous à l’oubli. Les deux univers marchaient de pair. JK Huysmans et Buy me a ticket to a sonic reduction : même combat. Jean Lorrain et A little bit of fun’s never been an insurrection : même combat. Léon Bloy et Don’t need a cure/ Need a final solution : même combat.

     Signé : Cazengler, ubuesque

    Pere Ubu. The Final Solution/Cloud 149. Hearthan 1976

     

     

    L’avenir du rock

     - They call me the Hunter

     (Part Three)

             Dans sa vie d’erreur, l’avenir du rock n’avait encore jamais vu ça : une barrière douanière en plein désert ! Non ça n’est pas une hallucination. Planqué dans l’ombre de sa guérite, le douanier demande d’une voix sèche :

             — Passeport, s’il vous plaît !

             Hunterloqué, l’avenir du rock Hunterjecte :

             — Va te faire Hunterpénétrer chez les Grecs !

             Bien sûr, l’avenir du rock n’a pas de papiers. Et puis une frontière au beau milieu de nulle part, ça n’a tellement pas de sens que ça le met hors de lui. Il profite de l’occasion pour sortir de ses gonds. Un contrôleur dans le désert, dans cet espace de liberté absolue, c’est n’importe quoi ! Alors attention, quand il est dans cet état, l’avenir du rock peut devenir atrocement vulgaire. Habitué à l’agressivité des erreurs, le douanier répond :

             —  Je ne suis qu’un Huntermédiaire. Si vous voulez vous plaindre, adressez un courrier recommandé avec accusé de réception au Ministère de l’Hunterieur !

             L’avenir du rock est sidéré par l’incongruité de cette Hunteraction :

             — Êtes-vous conscient que votre Huntervention atteint des proportions de connerie Huntergalactique ! Vous battez tous les records d’absurdité Huntersidérale !

             — Vous Hunterprêtez tout de travers...

             — Non ! Je vous Hunterdis de dire une chose pareille !

             — Ça m’Hunteresserait de savoir pourquoi !

             — Parce que je suis cohérent. Quand on est fan d’Hunter, on est un mec cohérent !

             — L’Hunter de Milan ?

     

             Visiblement, le douanier ne sait pas qui est James Hunter. Et bien sûr, l’avenir de rock n’ira pas perdre son temps à expliquer à cet abruti qui est James Hunter. Mais à des gens plus évolués, il rappellera que James Hunter est l’un des très grands artistes de notre époque.

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             James Hunter vient de sortir un nouvel album et n’a qu’une seule date en France, au New Morning. Alors, on y va, évidemment. Si t’y va pas, personne n’ira pour toi.

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              On l’a dit : l’Hunter sur scène, c’est la classe. On pourrait le qualifier de magnifico Toto Lariflette. En anglais, ça pourrait donner : playful virtuosic Tootoo Lariflloat. Car l’Hunter n’en finit plus de se marrer en grattant ses licks virtuosic, il gratte ses poux bien secs sur une golden solid body Gretsch et t’as pas beaucoup de

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     gens capables de gratter ça en se poilant la gueule comme un bossu. Et plus il claque ses descentes au barbu et plus il se fend la poire, c’est un phénomène de foire, dirait le foireux lambda, et un foireux plus perspicace comprendrait que l’Hunter prend un plaisir fou à partager son blues-skunk jazzy strut avec les gens. Tu vois ce mec sur scène et tu comprends ce truc fondamental qui s’appelle le plaisir de jouer devant un public. L’Hunter ne vit apparemment que pour ça. Il est comme un gosse,

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    complètement transparent, il transpire comme un bœuf, mais il reste hilare de bout en bout, comme Steve Diggle, victime lui aussi du même genre de candeur transcendantale. Quand il prend son harmo, c’est pour imiter Van Morrison, et s’il claque une cover, ce sera le «Baby Don’t Do It» de Marvin Gaye, et là, amigo, tu ne peux pas rêver de cover plus dévastatrice, l’Hunter rentre dans le chou du lard de Motown et ça explose. Il l’Hunteriorise, pulsé par la stand-up, les deux saxes, le clavier et un mec au beurre qui connaît tous les secrets du swing, même s’il est blanc. Plus loin

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    dans le set, l’Hunter repart à 200 à l’heure sur «Okie Dokie Stomp», et le transperce en plein cœur d’un killer solo flash d’antho à Tootoo Larifloat. T’en as vu des milliers, des killer soloter en mode flash extrême, mais aucun avec une telle fulgurance, une pugnacité dans les doigts et dans la mâchoire. Il faut le voir gratter ses cordes par le dessus, avec une position de la main droite peu banale, celle qu’on voit chez les guitaristes de jazz manouche. L’Hunter ramène tout à la dimension du jeu. Just play it again, Sam.  

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             L’Hunter est encore meilleur sur Off The Fence, son dernier album, que sur scène. Il arrive avec tout le poids d’un son énorme et d’une voix pleine dès «Two Birds One Stone». Il est dans la lignée des grands White Niggers anglais. Ça continue avec

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    «Let Me Out Of This Love», en mode heavy tempo daptonien. C’est beaucoup plus dense ici que sur scène. En vieillissant, l’Hunter devient de plus en plus intense. L’album est produit par Bosco Mann, d’où le côté daptonien des choses. L’Hunter groove tout ce qu’il touche, il est le Midas du groove, il s’avoue gun shy dans «Gun Shy» et il fait son Louis Armstrong dans «Here & Now», avec une fantastique noircitude du chant, et voilà qu’il te gratte un beau solo de jazz en apesanteur. Tu cherches l’artiste complet ? C’est l’Hunter. On pense à tous les malheureux qui ont raté ce concert. Il gratte une belle intro de jazz funk pour son morceau titre, et là tu montes droit au paradis. Il est nettement plus sec et net que sur scène, il crée une tension fabuleuse, c’est serré, vivant, rythmé à la secousse exotique, là t’as un hit fantastique, l’énergie est palpable, c’est un hit de dandy, il te chante ça à l’apparence appalante des Appalaches. Il duette à la suite avec Van Morrison sur «Ain’t That A Trip», encore un haut lieu du set, mais ici ça sonne comme un heavy blast des catacombes, et t’as un fabuleux duo sur un beat qui dépasse les bornes. L’Hunter et Van The Man se complètent merveilleusement. Sur scène, l’Hunter fait les deux à la fois, alors t’as qu’à voir. Il attaque «Troubles Comes Calling» au heavy jive d’Hunter rumble et c’est cuivré de frais. Et il passe un killer solo flash de golden Gretsch exacerbé. Avec le round midnite de «Particular», il s’installe au sommet de son lard. C’est extrêmement intimistic. Même les mots deviennent jouissifs. Il tranche dans le vif avec «A Sure Thing», c’est du swing de génie, voix, poux, swing, tout ici n’est que luxe, calme et volupté. 

    Signé : Cazengler, Hunter minable

    The James Hunter Six. Le New Morning. Paris Xe. 7 février 2026

    The James Hunter Six. Off The Fence. Easy Eye Sounds 2025

     

     

    L’avenir du rock

     - Travelers check

     (Part Three)

     

    Comme chaque mardi soir, le cercle des Pouets Disparus se réunit rue de Rome, chez l’avenir du rock. Le thème de la soirée sera l’écriture automatique. Le principe est simple : on installe l’un des Pouets Disparus dans un fauteuil confortable, on lui fait avaler une poignée de somnifères pour éléphants, et dès qu’il plonge dans les bras de Morphée, on lui murmure un mot thématique dans l’oreille, et on note sur un carnet moleskine le résultat de ses divagations. Paimpol Roux se porte candidat à cet exercice de l’automatisme psychique de la pensée soporifique. Il avale ses pilules et commence à ronfler. L’avenir du rock se penche vers sa grande oreille en forme de feuille de laitue et y dépose délicatement une première suggestion :

             — Harlem...

             Paimpol Roux émet des bruits respiratoires bizarres et, l’écume aux lèvres, se met à bredouiller :

             — Harlemmy Killmester, Mester of the universe, verse-moi un verre, ver de terre, terre de feu, feu follet, lait de vache, mort aux vaches, à bas le roi, vive l’anarchie, mort aux cons !

             Excédé, Paul RocFort lui renverse le seau à glaçons sur le crâne. Paimpol Roux revient à lui avec stupeur et, brandissant le poing, menace de quitter le cercle des Pouets Disparus. L’avenir du rock déploie des trésors de diplomatie pour le ramener au calme, et lui propose de poursuivre l’expérience. Paimpol Roux accepte en maugréant et avale une nouvelle poignée de pilules. Il s’assoupit et l’avenir du rock lui murmure le mot ‘Gospel’ dans l’oreille. Paimpol Roux repart de plus belle :

             — Gospelle à tarte, tarte aux pommes, pomme de terre, terre de feu, feu follet, lait de vache, vache de ferme, ferme ta gueule...

             Paul RocFort s’empare de la bouteille de Moët & Chandon et la vide sur le crâne de Paimpol Roux qui, cette fois encore, revient à lui dans un état de stupeur subliminale. Il se lève d’un bond et tente d’étrangler l’avenir du rock qui parvient miraculeusement à le calmer en vantant ses qualités de prosateur. Paimpol Roux se rassoit et accepte de tenter une dernière expérience. Il avale sa poignée de pilules et l’avenir du rock lui murmure le mot ‘Traveler’.

             — Travelair d’un con, confrérie, riz au lait, lait de vache, vache de ferme...

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             Pendant que les Pouets Disparus tentent vainement de révolutionner l’histoire littéraire, on file au Club revoir les Harlem Gospel Travelers. Ils sont venus voici trois ans et n’ont pas changé : au centre, Thomas Gatling, fantastique shouter efféminé, à la croisée d’Esquerita et de David Ruffin. Il s’est laissé pousser les cheveux, il arbore

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     désormais une crinière extraordinaire de starlette black à la Diana Ross, et il n’en finit plus de se jeter tout entier dans le Shoutabamalama. À sa gauche, George Marage opte pour d’extravagants numéros d’ange de miséricorde, il rivalise de pureté évangélique avec Aaron Neville et Eddie Kendricks, il est devenu monstrueusement stratosphérique, il monte là où peu de gens sont capables de monter, et il redonne une

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    nouvelle jeunesse au gospel batch. Et puis t’as le p’tit Dennis Keith Bailey qui fait son Snoopy Dog en rappant sa chique, et qui danse comme un dieu aux pieds ailés. Ah il faut les voir, lui et Gorge, faire les chœurs sur les cuts que prend Thomas Gatling en lead, ce sont les chœurs de Motown avec les pas de danse des Supremes, eh oui, ils ressuscitent la grandeur de Motown, c’est complètement inespéré. Ils te donnent une

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     idée de l’accomplissement que fut le lard total de Motown, l’une des formes de la perfection contemporaine, qui alliait si bien la perfection visuelle à la perfection musicale. Ils ne tapent plus les covers d’antan («Love Train» et «Satisfaction»), ils se recentrent sur le gospel pur de Rhapsody, leur dernier album, avec ces fantastiques hommages à Gawd que sont «Somebody’s Watching You», «God’s Been Good To Me» et «How Can I Lose». En rappel, le p’tit Dennis Keith Bailey improvise pendant quinze bonnes minutes une prayer song, incitant les gens à prier et rappelant encore et encore qu’il prie pour nous, au risque de réveiller chez certains de vieux sentiments anticléricaux, mais le gospel échappe à ça parce qu’il est black et qu’il s’adresse à une

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     région moins ravagée de ton cerveau. Il faut comprendre que c’est d’abord du lard et les Travelers en sont les nouveaux hérauts. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils sont accueillis comme des héros. Ça te remonte bien le moral d’entendre les ovations.  

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    Signé : Harlem Gospel travelot

    Harlem Gospel Travelers. Le 106. Rouen (76). 6 février 2026

     

     

    Wizards & True Stars

     - Maman Jay peur !

    (Part One)

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             Si Bobby Womack est le plus central de tous les Soul Brothers, Smokey Robinson le plus élégant, Walter Jackson et Lille Willie John les plus injustement méconnus, alors Screamin’ Jay Hawkins est le plus attachant de tous. Pourquoi ? Parce que fantastiquement drôle, parce que brillant, parce que cannibale pétomane, parce que ténor de train fantôme, parce que pulvérisateur de classiques, parce que trop bon pour le monde du rock. Trop bon pour des gens comme nous.  On eut la chance, et même le privilège, de le voir sur scène au Méridien de la Porte Maillot, on riait à ses conneries, mais on était surtout pétrifié par la prestance de cet artiste considérable qui, pour cachetonner, faisait encore le pitre.

             Au Méridien, tu pouvais voir Jay, Vigon et Ike Turner, trois des plus grands artistes de tous les temps. Et même Fred Wesley !

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             Pour entrer dans le détail de la vie du grand Jay, il existe un book de Steve Bergsman,  I Put A Spell On You: The Bizarre Life Of Screamin’ Jay Hawkins. Bon c’est pas l’auteur du siècle, tout le monde n’est pas Cézanne, nous nous contenterons de peu, disait Aragon, mais t’as les infos.

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             La galaxie Screamin’ Jay Hawkins est moins impressionnante que celle du p’tit Bobby, mais elle a du charme : Jay a croisé les pistes d’Esquerita, de Fatsy, de Wynonie Harris, de Mickey Baker, d’Alan Freed, de Don Arden, de Lord Sutch, de David Allen Coe, de Jim Jarmush et de Gainsbarre, pardonnez du peu.

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             Bergsman attaque par le côté baratineur de Jay qui racontait volontiers dans les interviews qu’il avait combattu les Japonais dans le Pacifique, pendant la Deuxième Guerre Mondiale - I figured they were going to kill me, so I killed as many as I can. And it was beautiful to me to take a life, knowing that I didn’t have to go to jail - et voilà le travail. Il raconte aussi qu’il a «helped to clean up Okinawa, where the Japanase were still fighting even when the war was over.» Jay raconte aussi qu’il a été torturé, et donc traumatisé par les Japonais pendant une pseudo détention, alors quand Jarmush lui fait rencontrer les deux Japs de Mystery Train, il doit y aller avec des pincettes. C’est d’autant plus comique que Jay a été marié pendant vingt ans avec une petite gonzesse originaire des Philippines. C’est Nick Toshes qui rétablit la vérité : Jay a servi dans the Special Services division of the US Army-Air Force, jouant dans les clubs militaires en Allemagne, en Corée, au Japon et aux États-Unis.

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             Petit, il est abandonné par sa mère à Cleveland. Tout ce qu’il sait de son père, c’est qu’il était soudanais. Puis il sera adopté par des Indiens Blackfoot. Il va aussi boxer, comme le fera Jackie Wilson. Côté femmes, c’est un festival. Sa première épouse s’appelle Anna Mae, ils ont deux filles ensemble, puis Jay disparaît, et dans les journaux, Sookie, sa fille aînée, découvre que Jay s’est fiancé avec Pat Newborn, puis marié avec Virginia Ginny Sabellona, alors qu’il est toujours l’époux d’Anna Mae. Mais ça ne va pas empêcher Jay de se remarier avec une black, Cassie, puis avec une Japonaise, puis dans les années 90 avec une Française, Colette, puis avec une Camerounaise, Monique, mais ce dernier mariage va très mal tourner. La raison officielle de tous ces mariages ? Jay ne peut pas rester seul un seul instant. C’est son boogaloo.

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             Bergsman revient sur l’anecdote du «1er rock’n’roll». Il commence par affirmer que «Rocket 88» de Jackie Brenston et un «jump-blues infused update of such prior songs as ‘Rocket 88 Boogie’ Parts 1 and 2 by Pete Johnson in 1949 and ‘Cadillac Boogie’ by Jimmy Liggins in 1947.» Et page suivante, il affirme que «Tiny Grimes wrote the first rock’n’roll tune, called ‘Tiny’s Boogie’, which was recorded in 1946.» Tiny Grimes est le premier employeur de Jay.

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             Quand Jay est démobilisé en 1951 et qu’il rentre à Cleveland, il tombe sur le Moondog Show d’Alan Freed - Freed howled and jowled in hipster slang as he played the latest hits of rhythm and blues - Jay rencontre Alan Freed et s’exclame : «This cat was stone wild!». Bergsman rappelle qu’Alan Freed est crédité de l’invention du mot «rock’n’roll», une formule qui existait pourtant depuis longtemps, depuis les années 20, quand Trixie Smith enregistra «My Daddy Rocks Me (With One Steady Roll)». Et en 1952, Alan Freed organise un monster concert, The Moondog Coronation Ball, avec les Dominoes, Paul Williams & His Hucklebuckers et Tiny Grimes & His Rocking Highlanders. C’est là que Jay rencontre Tiny pour lui demander un job et Tiny l’embauche. Jay entre dans le biz «as Tiny’s valet, bodyguard, dog walker, piano player and blues singer and all this for $30 a week.» 

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             Sa première séance d’enregistrement est historique. En 1953, Atlantic veut enregistrer Tiny Grimes, et comme Jay s’est composé deux cuts pour sa pomme, Tiny accepte de le laisser enregistrer ses deux cuts en fin de session. Alors Jay commence à chanter dans le micro et Ahmet Ertegun l’interrompt. Quatre ou cinq fois. Ahmet demande à Jay de calmer le jeu : «tone the song down, perhaps like Fats Domino.» Alors Jay explose et lui dit d’aller enregistrer Fats Domino. Il sort de ses gonds : «I want to be known as the screamer!». Ahmet essaye encore de le calmer, mais Jay est incalmable : «You go to hell!». Et là, il commet la plus grosse erreur de sa carrière. Il saute sur Ahmet. Une autre version de l’incident est plus rigolote. Jay : «He [Ahmet] started up again and pow! I just punched him in the mouth.» Et voilà Jay qualifié d’«unrepentant boxing champ» qui a frappé Ahmet Ertegun quand celui-ci lui demandait de chanter comme Fats Domino. T’es forcément écroulé de rire. Il n’existe pas de version officielle du punch-up. La seule version existante est celle de Jay. Et bien sûr, le «Screamin’ Blues» qu’il enregistrait n’est jamais sorti.

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             C’est au Dew Drop Inn de la Nouvelle Orleans que Jay rencontre Esquerita. Ils sont devenus amis, puis plus tard, ennemis. Puis Fatsy le repère et lui demande un service : «Je veux que tu montes au balcon pour compter how many times my diamond ring flashes.» Jay compte et dit à Fatsy que sa bague a flashé 40 fois. Mais ça ne plait pas à Jay qui contacte Wynonie Harris. Le voilà au Smalls Paradise à Harlem - Jay moved on because he wanted to be a star. The Fats Domino gigs were a stepping stone, just like his tenure with Tiny Grimes - Et quand Jay enregistre «Not Anymore», Mickey Baker l’accompagne. Bill Millar est en extase devant les early recordings de Jay - These are dark, seemingly inebriant performances with few equals in blues or rock - et il ajoute plus loin : «That amazing whiskey-stained baritone with blocked-sinus clearings, constricted screams and low, dissolute moans.» Sur les singles Wing et Mercury, Jay est accompagné par Sam The Man Taylor, Big Al Sears, Panama Francis et Mickey Baker - Drunk as a shrunk he (Baker) could still play better than most guitarists.

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             On peut entendre ces merveilles sur une belle compile Rev-Ola, The Whamee 1953-55. T’as le vrai son des origines, avec la jazz guitar de Mickey Baker. Jay screame son Whamee dans «She Put The Whamee On me». Early Jay ! Fabuleux shoot de swing avec le big-banditisme de «What That Is». Que de son encore dans «In My Front Room» ! Jay a la voix du siècle et tout le son du siècle. C’est l’incroyable dévolu du Black Power, bien au-dessus de Fatsy et de Little Richard. Jay surpasse tous les autres au raw de scream. Il finit en mode cannibale. «This Is All» est un slowah décalqué à la hurlette de Jay. Il remonte toutes les bretelles. Il a déjà la vraie voix, si tôt ! Il groove puissamment sur «Well I Tried» et fout le feu à la variété d’«Eyes Thought». Il prend «Baptize Me In Wine» de très haut et chante «Why Did You Waste My Time» d’une voix de stentor d’arrache suprême. Il pousse des cris de bête dans «No Hug No Kiss», il rugit dans le mood de l’heavy groove. Il est vraiment le seul au monde à savoir faire ça. Encore du pur jus de booze genius dans «I Found My Way To Wine». Et puis t’as encore «$10.000 Lincoln Continental» - In nineteen fifty six ten thousand dollar Lincoln Conti/ nental - il exulte - Yeah I’ve got everything in the back seat for the race track - Et il finit en mode heavy jump avec «Mumble Blues», fantastique jiver de m-m-m-m-m-m-mumbbble !

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             Et puis voilà l’anecdote de l’enregistrement fétiche, «I Put A Spell On You». Bergsman cite trois versions. Jay raconte qu’Arnold Maxim a fait venir une caisse «of Italian Swiss Colony Muscatel, and we all got our heads bent... 10 days later, the record comes out. I listened to it and I heard all those drunken screams and groans and yells. I thought, oh my God.» Jay est persuadé que c’est pas lui : «That wasn’t me. No way.» En même temps, il est convaincu qu’il doit se forger un style. «I Put A Spell On You» «was the apogee of Jay’s hard-earned brilliance.» Dans la foulée, ils enregistrent d’autres cuts, de quoi faire un premier album

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             Paru en 1958, At Home With Screamin’ Jay Hawkins fit pas mal de ravages, même si Jay trempait encore un peu dans le music-hall. Mais sur le beat d’une valse à trois temps, «Hong Kong» lui permettait de se dédouaner. Il y faisait le con avec my baby was gone in Hong Kong et se mettait à parler le chinetok de mange-ta-yande. C’est avec «I Love Paris» qu’il décrochait ses lauriers - I love Paris in the spingtime/ I love Paris in the fall - Il aimait Paris aux quatre saisons et le chantait à la toute puissance du ténor d’opéra qu’il était en réalité. Il profitait de l’occasion pour ramener des chinetoks et des Mau-Mau à Paris. Extraordinaire bateleur ! «I Put A Spell On You» sonnait comme un coup de génie, et en B, il revenait à ses amours anciennes, le cabaret («If You Are But A Dream») et le jump («Give Me My Boots And Saddle»). Il finissait en s’arrachant la glotte au sang avec «You Made Me Love You».

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             Bien que l’album soit une merveille, les radios n’en veulent pas. Elvis posait encore des problèmes de pelvis, alors «I Put A Spell On You» pouvait devenir le pire cauchemar de l’Amérique des blancs. On qualifiait les grognements de Jay de «demented», «cannibalistic» et «erotic». Nick Tosches ajoute : «The record became an underground sensation.» Pour lui, les grognements de Jay évoquaient «all manner of horrible things, from anal rape to cannibalism.» D’ailleurs, Jay s’en est plaint à Toshes : «Man it was weird. I was forced to live the life of a monster. I’d go do my act at Rockland Palace and there’s be all these goddam mothers walking with picket signs; We don’t want our daughters to look at Screamin’ Jay Hawkins.» C’était pourtant la grande époque des «outlandish and revolutionaty» performers, du type Little Richard et Jerry Lee, mais Jay allait beaucoup plus loin. 

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             En 1955, Alan Freed organise le Rock’n’Roll Easter Jubilee au Brooklyn Paramount Theater, avec LaVern Baker, The Three Chuckles, Danny Overbea, The Moonglows, Eddie Fontaine et The Penguins. En 1956, Alan Freed en organise encore trois, et pour son Rock’n’Roll Christmas Jubilee, il met Jay en tête d’affiche. Boom ! Jay : «Alan Freed was the first man that I ever met, that acted like he cared about black people. I mean not just myself alone, I’m talking about Fats Domino, I’m talking about Ruth Brown, I’m talking about Sarah Vaughan, I’m talking about the Clovers and The Coasters and Lloyd Price.» C’est Alan Freed qui lance l’idée du cercueil. Il fait même venir un cercueil au Paramount avant d’en parler à Jay, mais Jay trouve l’idée trop gruesome, c’est-à-dire horrible. Pas question pour lui de grimper dans un cercueil. Jay lui dit : «Now you don’t show this nigger no coffin. ‘Cause he knows he gets in that only once. And when he does, he’s dead.» Mais il finira bien sûr par accepter, car Alan Freed lui glisse un gros billet. Avec cet épisode, on a la conjonction de deux visionnaires.

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             Alan Freed organise aussi des tournées, dont le fameux Six Week Tour, avec Buddy Holly, Chucky Chuckah, Frankie Lymon, Danny & The Juniors, The Chantels, Sam The Man Taylor, Jerry Lee et Jay. Jerry Lee admire Jay et ne le voit pas comme un rival, «but something of a vaudeville act rather than a musical act.» En tournée, Jay partage des fêtes bien arrosées avec Jesse Belvin, Johnny Ace et Guitar Slim, trois cats qui vont disparaître prématurément : Belvin dans un car crash à 27 ans, Ace à la roulette russe à 25 ans et Guitar Slim d’une pneumonie à 32 ans. Jay a de la veine d’avoir vécu plus longtemps. Par contre, il reste connu pour ses excès : «Jay was a heavy drinker, smoked a lot of marijuana and took a lot of prescription pills.» Il fait aussi un peu de placard à l’Ohio’s Manfield State Reformatory et y rencontre David Allen Coe, un Coe qui raconte dans son autobio Just For The Record que Jay jouait du sax dans l’orchestre du placard.

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             Jay finit par en avoir marre d’être qualifié de rock’n’roll clown, de Voodoo Prince et de Man of Many Faces. Pouf, il part s’installer à Hawaï - In 1958, I decided the people of America just wasn’t ready for me. I wasn’t making money, I wasn’t in the clique - Il se met en ménage avec Pat Newborn, a female Satan. Jay adore les parties à trois, mais Pat regarde. Jay bosse dans un club de strip-tease - he was like a fox in the chicken coop - Une des allumeuses du club s’appelle Virginia Ginny Sabellona et Jay flashe sur elle. Il l’épouse en 1964. Mais ça pose un double problème : Jay vit avec Pat, et deux il est encore marié avec Anna Mae. Bon alors Pat le prend mal et plante un couteau de cuisine dans le cou de Jay qui se retrouve à l’hosto. Rançon de la gloire pour le tombeur de ces dames - He was a big shot and he treated the girls. They came to him because he had big money, big tongue and a big cock.

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             Des fans anglais de Manchester sont dingues de Jay et trouvent que c’est indigne d’une star comme Jay de devoir chanter dans un strip club à Hawaï. Ils lui proposent de revenir enregistrer à New York. Jay enregistre «The Wammy» qui sort sur Roulette, puis il arrive en tournée en Angleterre. Les fans dont fait partie Bill Millar l’accueillent à l’aéroport. Jay porte une cape et un turban, et tient Henry dans la main. Il porte aussi des énormes émeraudes aux doigts et un gros médaillon autour du cou. Pour un show télé, son backing band comprend Jimmy Page. Alors qu’il traverse Manchester en bagnole, Jay baisse la vitre et tire des balles à blanc sur les passants. Le chauffeur gueule : «What the hell are you doin?», et Jay répond : «Just keeping ‘em on their toes, man.» C’est Don Arden qui supervise la tournée et qui choisit The Blues Set comme backing band. Arden profite de la tournée pour organiser une session d’enregistrement à Abbey Road, en mai 1965. Ce sont les cuts qu’on retrouve sur The Night And Day Of Screamin’ Jay Hawkins.

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             Les gens d’Ace ont réédité The Night And Day Of Screamin’ Jay Hawkins avec des bonus, dans une belle compile : The Planet Sessions. Tu peux y aller les yeux fermés. En plus, Alec Palao signe les liners. Dès la cover du «Night & Day» de Cole Porter, tu entres dans le mythe. Ça swingue avec un solo d’orgue ! Tu vas encore te régaler avec un «Your Kind Of Love» plus rockalama et bien troussé. Jay fait régner le boogaloo sur tous ses cuts. Avec «Serving Time», il fait son Jailhouse Rock. Quel aplomb ! Arrive le slowah gluant avec «Please Forgive Me» - My heart’s crying/ My soul is dying - Il passe au petit jerk de Jay avec «Move Me» - C’mon & move me - Il revient à son vieux big band jive avec «I’m So Glad». C’est son monde. Il vient de là. Et il t’effare encore avec l’heavy romantica de «My Marion». Dans les bonus, t’a le cha cha cha de «Stone Crazy», il fait le pitre à coups de rrrrblblblblblbl. Puis on retrouve des takes différentes des cuts de l’album. Son ombre s’étend, ce fabuleux crooner t’envoûte.

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             Palao y va fort : «It is nigh imposible to do the sound of Screamin’ Jay Hawkins justice with the written word. To be sure, the man could scream.» Palao note aussi le patronage du tastemaker Alan Freed dans le parcours de Jay. Puis Palao évoque les Anglais de Manchester, Don Arden et Abbey Road en mai 1965. Palao n’a aucune info sur les musiciens - seasoned jazz players - avec Norman Smith à la console. Puis éclate la shoote entre Jay et Don Arden. Jay revient en Angleterre en 1966. Il semble que ce soit Don Arden qui ait demandé à Shel Talmy de sortir The Night & Day Of Screamin’ Jay Hawkins sur son petit label, Planet. Et bien sûr, Planet se casse la gueule.

             Bergsman revient sur la shoote qui éclate entre Jay et Don Arden. Jay ne supporte pas qu’Arden ne paye pas le backing-band, et donc il annonce qu’il quitte la tournée. Alors Don Arden sort son flingue. Mais Jay a aussi un flingot. Don Arden a des liens avec le milieu londonien, mais Jay a aussi des accointances avec la mafia, via Roulette. Il regarde froidement Don Arden et lui dit : «Right, that’s me out of here.»

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             En 1966, lorsqu’il revient en Angleterre, Jay rencontre son admirateur/imitateur Screamin’ Lord Sutch. Bergsman rappelle que Lord Sutch & Heavy Friends est classé Worst Album Of All Time en 1998. Et bien sûr, on y retrouve Jimmy Page derrière Lord Sutch. Jay voit le show de Lord Sutch, mais ce n’est pas show qui l’intéresse mais plutôt la personne de Lord Sutch. Nina Simone flashe elle aussi sur Jay : elle va taper une cover hallucinante d’«I Put A Spell On You».

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             Jay finit par décrocher un contrat chez Philips. Paru en 1969, What That Is restera certainement l’album de Jay le plus connu, non seulement par la pochette (on le voit couché dans son cercueil), mais aussi et surtout pour l’inénarrable «Constipation Blues» - Love, heartbreak, loneliness, being broke/ Nobody recorded a song about real pain - Et il explique : «We recorded a man in the right position/ Uuuuhhhhh Awww !» Il en chie. Sacré Jay. Aeuuuhh ! Il pousse - Got a pain down inside/ Everytime I try/ I can’t get satisfied - Il reprend tous les poncifs du blues - Wow this pain down inside - Splash ! Soudain ça vient - Splash !/ I feel alrite ! Splashhh ! Oh ! - Il souffle - Everything’s gonna be alrite ! - Il est au sommet de son art. On le voit faire toutes les voix dans le comedy act du morceau titre, accompagné par Earl Palmer. Il imite le cannibale dans «Feast Of The Mau Mau» - What do you want ? - C’est admirable de boogaloo. Il fait tourner son «Stone Crazy» en bourrique et sort d’un des plus beaux slowahs de l’histoire du slowah avec «I Love You». Mais la B peine à jouir.

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             Bergsman salue la performance de Constipation Blues : «There is never a ‘halfway’ with Jay when it comes to the absurd. He feels ‘alright’ at the end, and we are all relieved because Jay’s noises are anything except foul.» Jay dit avoir écrit Constipation sur le tas, dans la vérité de l’instant.

             En plus du cercueil et d’Henry the smoking skull, il a aussi une main mécanique qui traverse la scène. Il porte autant de bagues que Fats Domino. Il vit à l’hôtel à New York, mais pas n’importe quel hôtel : on y trouve Esquerita et le backing band de Jackie Wilson. Graham Knight rend visite à Jay dans sa piaule. Il voit trois valises : c’est toute la vie de Jay. Il n’a rien d’autre. 

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             Jay enregistre son deuxième album Philips à Houston, Texas. Si Because Is In Your Mind compte parmi ses meilleurs albums, la raison en est simple : Huey P. Meaux le produit. Jay démarre avec l’insanité de «Please Don’t Leave Me». Il embarque son heavy shuffle à la démesure cannibalistique. Il est sans doute le plus wild shouter de l’histoire du rock, c’est en tous les cas ce que tend à prouver «I Wanta Know». Il martèle comme Jerry Lee mais avec la rage négroïde en plus. Il embarque l’«I Need You» ventre à terre et se calme en B avec un «Good Night My Love» délicieusement kitschy kitschy petit bikini. Et comme le montre «Our Love Is Not For 3», il vaut bien James Brown. Il passe le raw à la moulinette. Il revient au jump avec «Take Me Back» et au shout balama de r’n’b avec «Trying To Reach My Goal». Jay swingue son r’n’b et les filles sont au rendez-vous. Il termine avec un «So Long» de round midnite, ultra-joué au bassmatic de Meaux.

             Malgré tout ça, la carrière de Jay ne décolle pas. Il joue dans des clubs, avec un os dans le nez et un serpent en plastique autour du cou. Il finira par crever la dalle. On lui coupe l’électricité. Il ne veut pas bosser pour moins de 1500 $. Il dit à son manager : «Seth, I got a name.» Mais personne ne connaît Jay.

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             A Portrait Of The Man And His Woman date de 1972. C’est l’une des pochettes les plus pourries de l’histoire des pochettes. Il fait aussi n’importe quoi avec «Little Bitty Pretty One», mais il parvient à le finir à coups d’onomatopées. Puis il reprend la main avec un heavy blues de sang royal, «Don’t Decieve Me». Il l’arrache du sol au seul power de son stentoring. Il a encore des chœurs de rêve sur «What’s Gonna Happen On The Eighth Day». Il s’arrache la glotte au sang et bat Wicked Pickett à la course. Il érupte comme un black Krakatoa. Fantastique shouter ! Comme il enregistre cet album à Nashville, il récupère les cracks  de Music Row, dont Tommy Allsup (bass). Les guitaristes sont Chip Young et Jommy Colvard. Il tape une cover d’«It’s Only Make Believe» (Conway Twitty) d’une voix de stentor d’opéra, et une cover du «Please Don’t Leave Me» de Fatsy - Wooh-ho-oh-oh, et les chœurs font oh-oh-oh, alors Jay lance l’oula-la ouh ah ah ah, il s’amuse comme un gamin. Pour sa nouvelle mouture d’«I Put A Spell On You», il sort tout l’attirail du cannibale pétomane. Il fait du cinémascope à lui tout seul, il pousse la dramaturgie à l’extrême. Aucun artiste n’est allé aussi loin dans le boogaloo, à cheval sur l’opéra et les catacombes, prout prout, il grogne, il en rajoute des caisses. L’«I Don’t Know» qui suit est d’une classe assommante, il grogne dans son boogie et il termine avec un r’n’b qu’il passe en force, «What Good It Is (If You Don’t Use It)», et profite de l’occasion pour refaire son Wicked Pickett.

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             Ce serait une grave erreur que de faire l’impasse sur I Put A Spell On You, un beau Versatile de 1977, car Jay repart de plus belle avec son cut fétiche, le Spell On You, il sonne comme un cannibale effaré, mais cette fois, c’est en mode up-tempo, et Jay le bouffe tout cru, plus rien à voir avec la version originale, c’est un stormer. Il pousse les cris habituels, waooohh, waohhhhuuh ! Il fait ensuite son Barry White avec «I’ve Got You Under My Skin», et tu plonges dans un nouveau monde d’hyper-orchestration, c’est absolument fabuleux. Jay est un magicien. Et ça continue avec le fast groove de «Time After Time», un vieux hit de Frank Sinatra, Jay fait rouler le chant dans l’exotica d’une flûte en liberté, il monte et il screame à s’en défoncer les quinconces. Il est le plus grand screamer de l’univers, loin devant Wicked Pickett. Il screame à l’outrance rabelaisienne ! Nouveau coup de Jarnac avec «Ebb Tide», une cover des Righteous Brothers. Il y refait du Barry White, il souffle sa tempête à la surface de l’océan, il explose le Barry White à coups de stentoring, il jette le Barry White par-dessus l’Ararat, il l’explose au burn inside. Puis il chauffe son vieux jerk «Move Me» à la casserole, il a derrière lui un guitar slinger des enfers. Tu veux du funk ? Alors écoute «Africa Gone Funky» ! Jay bat James Brown à la course, wahhh ! Euhh! Il jette toute sa barbarie dans la bataille ! Il charge encore sa barcasse avec «Ashes». Ginny lui dit «Shut up/ I said shut up!», et t’as un killer qui part en vadrouille dans le lagon de la vadrouille, alors Jay continue ad vitam et Ginny lui dit de la fermer, mais c’est impossible ! «I Need You» sonne comme une grosse cavalcade quasi rockab. Jay monte à dada et ça file. Fantastique allure ! 

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             Avec Screamin’ The Blues, on entre dans la période des albums difficiles. Jay fait du Grand Guignol, mais il n’y a rien de nouveau. Il monte quasiment tous ses cuts sur le même tempo. Il passe du train fantôme à la valse à trois temps. «She Put The Whammee On Me» sonne toujours comme un classique - I bought a shotgun/ A big long shotgun - Mais il reste au fond très vieille école. Avec «You’re All Of My Life To Me», il s’enracine dans le pre-war du Chitlin’. Et quand il attaque «I Hear Voices», il devient fou à lier. Alors en B, il refait un peu de jump («Just Don’t Care»), du Jay («The Whammy») et du shake endiablé aux chœurs de filles («All Night»)

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             Lawdy Miss Clawdy bénéficie d’une belle pochette dessinée. Jay ressort son «Spell» qu’il décore de tous les bruits, le prout et le groin. On retrouve aussi le «Please Don’t Leave Me» et les oula oula oula avec une fille qui lui donne la réplique. Jay vit férocement, oui oui oui, wow oh oh. Il ouvre le bal de la B avec le morceau titre qu’il traite à la barrelhouse de la Nouvelle Orleans. Il fait plus loin un coup de round midnite absolument parfait avec «Don’t Deceive Me» et emmène «I Feel Alright» à la force du poignet.

             Suite au prochain épisode...

    Signé : Cazengler, Cognac Jay

    Screamin’ Jay Hawkins. At Home With Screamin’ Jay Hawkins. Epic 1958

    Screamin’ Jay Hawkins. The Night And Day Of Screamin’ Jay Hawkins. Planet 1965 (= The Planet Sessions. Ace Records 2017)

    Screamin’ Jay Hawkins. What That Is. Philips 1969

    Screamin’ Jay Hawkins. Because Is In Your Mind. Philips 1970

    Screamin’ Jay Hawkins. A Portrait Of The Man And His Woman. Hotline 1972

    Screamin’ Jay Hawkins. I Put A Spell On You. Versatile 1977

    Screamin’ Jay Hawkins. Screamin’ The Blues. Red Lightnin’ 1979

    Screamin’ Jay Hawkins. Lawdy Miss Clawdy. Koala 1979

    Screamin’ Jay Hawkins. The Whamee 1953-55. Rev-Ola 2006

    Steve Bergsman. I Put A Spell On You: The Bizarre Life Of Screamin’ Jay Hawkins. Feral House 2019

     

     

    Inside the goldmine

     - Charmantes Charmaines

             Gisèle semblait dater d’une autre époque. Un peu forte, un peu surannée, un peu fanée, et surtout péniblement rétrograde. Ça nous arrangeait bien quand elle fermait sa gueule. Mais si par malheur, à table, elle avalait deux verres de pinard, alors elle entrait dans la conversation et c’était un désastre, surtout lorsqu’on attaquait des sujets littéraires. Ou si elle évoquait un rock book qu’elle venait de lire. Elle était parfaitement inculte. Elle n’avait sans doute jamais lu ce qu’on appelle un auteur de sa vie. On a fini par en déduire qu’elle était mentalement retardée. Ce ne sont pas des jugements faciles à porter, mais dans son cas, ça paraissait inévitable. La façon dont elle donnait son avis sur des sujets qu’elle ignorait complètement ne laissait aucun doute. Il ne s’agissait pas de l’expression d’un complexe d’infériorité, elle émettait des avis qui la ridiculisaient gravement, et personne n’osait rien lui dire, de peur de mettre son mec dans l’embarras. Il aurait pu lui dire gentiment de fermer sa gueule, mais il n’osait pas. On le soupçonnait même parfois de l’admirer. Ce genre d’incident plongeait la tablée dans la stupeur, et il fallait très vite changer de conversation avant que ne fuse une remarque à la fois circonstanciée et désobligeante. Le malheur de Gisèle, c’est qu’elle avait à sa table d’éloquents discoureurs, et dans les tréfonds de son animalité campagnarde, une envie de participer la travaillait, et forcément, ça la précipitait dans le gouffre de son incurie. Effarés que nous étions par l’ampleur de son néant à la fois culturel et intellectuel, nous finîmes par comprendre que pour éviter le spectacle de cette désolation, il valait mieux éviter les sujets pointus et revenir à des choses plus triviales. Pas si simple. Quand on ne suit pas l’actu et qu’on ne regarde la fucking télé, c’est compliqué d’aborder la trivialité. Alors on se sentait piégé. C’est comme un piège à loups. Crack ! 

     

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             Pendant que cette malheureuse Gisèle sombrait dans le gouffre de Padirac, Gigi remontait à la surface, grâce aux gens d’Ace. On appelle ça des destins croisés. Il se passe des tas de choses intéressantes inside the goldmine.  

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             Partir à la découverte de Gigi & The Charmaines, c’est partir en quête de régalade. Dans son booklet, Mick Patrick y va fort : «The trio was Cincinnati’s top girl group.» Elles ont duré dix ans, nous dit-il, enregistré sur 6 labels différents, et fait des backing vocals pour James Brown et Lonnie Mack. C’est Gigi Griffin qui a raconté l’histoire du trio à ce gros veinard de Mick.

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             Elle monte le groupe avec ses frangines Rosemary, Merel et Jerri - We called ourselves the Jackson Sisters - Elles chantent all over Cincinnati, dans des églises. Jeune elle adorait la pop mais aussi Broadway. Son vrai prénom c’est Marian, mais sa petite sœur l’appelle Gigi, alors elle devient Gigi. Elles passent un concours et gagnent le premier prix : un contrat d’enregistrement avec Mr. Harry Carlson, the president of Fraternity Records. Puis, leur carrière s’envole. Elles enregistrent «What Kind Of Girl (Do You Think I Am?)» à Nashville, at Bradley’s Studio. Leur «Where Is The Boy Tonight» est, selon Mick, du pré-Ronettes. On est en 1962 ! Elles vont aussi faire des backups chez King pour Little Willie John, Bobby Freeman et Gary US Bonds. À l’époque, Gigi vit tout près des studios King Records, alors c’est pratique. Puis, comme ça marche bien au Canada, elles s’y installent. Elles voient ensuite arriver la fameuse British Invasion. Gigi voit le Dave Clark Five et les Stones au Canada. Elles font même des premières parties. Puis elle épouse Harry Griffin, un mec signé par Motown et ex-mari de Mary Wells. Griffin leur décroche un deal chez Columbia. Wow ! Gigi n’en revient pas ! C’est sur Date, un subsidiary de Columbia, que sort cette énormité nommée «Eternally» et produite par Herman Lewis Griffin. 

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             Elles sonnent très Motown avec «Poor Unfortunate Me», rendu célèbre par J.J. Barnes. C’est vraiment beau. Un petit hit inconnu ? Encore une belle tension Motown avec «I Don’t Wanna Lose Him», superbe d’ho no no no, et monté sur un beat bien soutenu. Et ça monte encore en neige avec l’effarant «Eternally», propulsé par une incroyable section rythmique et une basse bien muddy. Les Charmaines swinguent le r’n’b à coups de talk to me baby. Et puis voilà la cover miracle : «Brazil». Elles plongent dans les exubérances braziliennes. Et puis après, ça va se calmer, ce qui explique en partie le fait que Gigi & The Charmaines aient sombré dans l’oubli. Elles tapent «I Idolize You» au heavy shuffle de r’n’b, et même si c’est bien ravalé de la façade, ça ne franchit pas la ligne d’arrivée. Elles basculent dans la pop, mais c’est une veine poppy pas terrible. On perd le Motown et tout le r’n’b. Elles passent par des phases kitschy kitschy petit bikini («What Kind Of Girl (Do You Think I Am)»), des tentatives de Shangri-Las («Where Is The Boy Tonight») et du Twisted Jukebox urbain pur et dur («All You Gotta Go»). Retour au boogie avec «Baby What’s Wrong». C’est bien emmanché. Normal, puisque Lonnie Mack mène le bal. Elles font les chœurs. On les retrouve derrière Lonnie dans «Say Something Nice To Me» et «Oh I Apologize».

    Signé : Cazengler, charmé

    Gigi & The Charmaines. Ace Records 2006

     

     

    *

             Un ami m’ayant offert une compilation 72 titres d’Hank Williams, l’envie m’est venu de faire une fois de plus un tour sur la chaîne Western AF, je tombe pile sur un gars, quand vous l’écoutez, vous avez l’impression qu’Hank Williams est accompagné par un orchestre symphonique, que diable, qui est-ce ? Pas besoin de chercher bien loin, je m’aperçois, une fois de plus, de ma profonde ignorance.

             Nick Shoulders est né en 1989 dans l’Arkansas, ancien territoire sioux. S’est fait connaître à Fayetteville, deuxième grande ville de l’état, en fondant en 2010, un groupe punk  les Thunderlizards, on le retrouve plus tard jouant banjo et de l’harmonica dans Shawn James and the Shapeshifters. En 2017, il entame une carrière solo. Nous commençons par le deuxième de ses deux premiers enregistrements.

    LONElY LIKE ME

    NICK SHOULDERS

    (2018 / Not on Label)

    Nick Soulders est réputé pour un avoir un beau coup de crayon. En tout cas c’est lui qui se charge de ses pochettes. Sympathiques certes, mais à mon humble avis pas un chef d’œuvre qui survivra à l’Humanité.

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    Grant d’Aubin : basse, harmonies vocales, whistling (sifflements) / Cas P Ian : guitare électrique, backing vocals  / Chelsea Moosekan : drums

    Snakes and waterfalls : l’on s’attend à une voix mâle et virile, et l’on est cueilli par cette voix féminine, genre un aigle se lève dans mon cœur comme disent les Indiens dans les westerns, la voix de Nick ne tarde pas, un peu nasale mais point trop, quant à la batterie elle se foule pas trop, point de tennis elbow à redouter, un petit tapotement régulier, avance à la vitesse d’un petit train fatigué, le Niks a l’air de s’en foutre et de s’en contre-foutre, continue à nous raconter qu’il aime l’Arkansas, ses serpents et ses cascades. L’a sa voix bien en place qui se coule sur le rythme comme un serpent dont la forme épouse les cailloux du terrain, la guitare nous fait un petit solo, totalement démantibulé, mais en même temps pas si éloigné que cela de ce  que Sam Phillips parvenait à susciter dans son studio, le pire c’est que l’on ne s’ennuie pas, les filles vous filent de temps en temps le frisson, pour le dessert vous avez droit à un petit sifflement, le même que celui fait le vent de par chez nous en caressant les chardons. Vous ressortez de cela un peu mitigé mais vous avez envie d’écouter la suite. After hours : on continue dans la série étonnez-moi Benoît, le rythme est un peu plus vif, la guitare maigriotte se la joue sixties sound au gros dos, profitez-en car après c’est du n’importe quoi comme vous dites lorsque vous vous resservez pour la septième fois de la compote aux orties dans le saladier, vous avez tout ce dont ne vous n’avez jamais eu  besoin  dans votre vie, au début l’est gentleman (farmer puisque l’on est dans du country) laisse une fille chanter, prend la suite sur le même ton, se moque à mort de la gerce, ensuite vous êtes perdu, il yodelle autour de la chandelle, faites un effort pour intuiter, et puis la batterie qui vapotait tranquillou se lance dans un killer solo jazz, immédiatement embrayée par le guitariste qui se la joue manouche, passez muscade l’on tombe en embuscade dans un gospel à mettre le feu au trône du bon dieu, et quand ça se termine, vous êtes obligé de reconnaître que c’est méchamment country. De quoi en perdre sa promised land. Je ne voudrais pas vous causer des soucis mais les paroles sont étranges. Lonely like me : ouf, une véritable chanson d’amour, et du vrai country, juste un petit problème, vous n’y croyez pas une minute, pourrait vous mettre la Bible en chanson que vous vous ne vous repentiriez pas de tous vos péchés, ce n’est pas qu’il chante mal, c’est qu’il chante à côté de ses paroles et de ses bottes, il siffle comme s’il imitait un rouge-gorge, la basse en profite pour faire un peu de bruit, style ne m’oubliez pas, vous êtes obligé de vous dire qu’il chante comme Hank Williams les soirs où il avait trop bu et avalé trop de cachets, c’est-à-dire avec une maestria inégalée. Une chansonnette de trois minutes et vous avez l’impression d’avoir pénétré l’âme de la grande Amérique. La populaire. Black star : vous ne m’avez pas cru lorsque

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     j’ai parlé des studio Sun, je ne me suis pas beaucoup trompé, Black Star fait partie à l’origine des morceaux enregistrés par Elvis pour le film Flaming Star (Les rôdeurs de la plaine par chez nous), une des meilleures pellicules du King. Nick l’a-t-il choisi parce que les lyrics assurent que chaque homme possède une ombre sur ses shoulders ? Je l’ignore, par contre je peux affirmer que l’interprétation d’Elvis est magnifique, ramassée comme un pur-sang. Faut être un peu fou pour se mesurer au pistolero de GraceLand, Nick n’a pas peur du ridicule, l’a raison, le morceau est bien un hommage à Presley sans être une copie. S’en écarte tout en étant lui-même, ce petit côté je fais les choses comme je les ressens, surtout n’oubliez pas que ne suis pas comme vous. Presley vous file le frisson, Shoulders n’a pas peur de son ombre. Ne tire pas plus vite qu’elle, mais pour une deuxième gâchette, il mérite son rôle.  Empty yoddel N° 0 : le country devrait se déguster toujours avec au moins une rondelle de yodel, y’a pas que Presley dans la vie, le titre est à lui tout seul clin d’œil à Jimmie Rodgers, pour ceux qui pensent qu’avant Elvis il n’y avait rien, tout y est sauf la stupide idée de ‘’regardez comme je fais aussi bien que le Maître’’. Shoulders le fait à sa manière, un peu désinvolte, un peu dilettante, se permet même de siffloter en plein milieu, il ne copie pas, l’accouche naturellement sans avoir l’air de trop y penser, l’on est bien obligé d’avouer que ce gars est terriblement doué. N’essaie pas d’imiter un train ou de poursuivre une vache au grand galop pour attirer l’attention sur lui, n’empêche qu’il jongle avec l’humaine solitude. No fun : dans la série un petit rock n’a jamais tué personne, et qui résisterait

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    à un grand plaisir, les musicos vous plaquent les accords à la va-vite, z’avez droit à un petit solo de banjo, Nicks en profite pour vous faire une petite incursion dans le blues et l’on repart tous dans un petit Nick Shoulders allégro le bonco. Tears stupid tears : le morceau est de Daniel Johnson, pas vraiment un countryman, comme Nick Shoulders il a enregistré des cassettes, les couves étaient aussi de ses propres mains, il a fallu des années avant qu’une major s’intéressât à lui, avant de le laisser tomber… une carrière un peu en dessous des radars, Kurt Cobain l’a beaucoup admiré… une espèce du blues du pauvre qui n’ose pas trop ni top la ramener, un truc d’ado chagriné d’amour en simili-dépression, alors Nick traite le morceau mi-ballade, mi-je ne sais quoi…

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    Les deux derniers morceaux n’apportent rien, l’on sent la cassette ou la démo de démonstration que l’on fait circuler… par contre les cinq premiers titres éveillent l’attention…

     Damie Chad.

    *

            Voici deux mois le groupe a sorti son seizième opus. Longtemps que j’ai envie de chroniquer une de leur précédente parution, vieille de dix ans. A l’époque dès que j’ai lu le titre, sans même l’avoir écouté. Je suis impardonnable, d’autant plus qu’il s’agit d’un des Dieux grecs les plus redoutables. Que vous voulez-vous, parfois je suis inconséquent.

    SATURNIAM POETRY

    MEMORIA VETUSTA III

    BLUT AUS NORD

    (Debemus Morti Production / 2014)

             Un groupe français. Du Calvados. Se définissent comme des Théoréticians of Insane Aesthéticians : théoriciens d’un esthétisme fou. Notons que la théorétique est une connaissance qui n’a d’autre projet et expérimentation qu’elle-même. Une connaissance de la connaissance en tant que connaissance. Quant au nom du groupe Blut Aus Nord, Sang du Nord, il évoque en moi un recueil de poésie, égaré sous des empilements de cartons, dont le nom de l’auteure m’échappe, édité au début des années 70, dans une maison d’édition underground Tjernem, dont le titre Poèmes de la Dérive Entrevue au Nord peut aider à comprendre le nom du groupe autrement qu’une simple localisation géographique, si l’on part du principe poétique que le sang ne coule pas dans nos veines mais qu’il n’en finit pas de dériver en nous.

             Quant au surtitre Memoria Vetusta III il s’explique parce qu’il a été précédé en 1996 par : Memoria Vetusta I – Fathers of the Icy Age et en 2009 de : Memoria Vetusta II – Dialogue with the Stars.

    Vindsval : guitar, vocals / Thorns : drums.

             Memoria Vetusta n’est pas à prendre au sens de souvenir de vieilleries. Tout au contraindre, il vaudrait mieux l’entendre au sens de persistance de ce qui est fondateur. Tout phénomène peut être signifié sous forme de concept. Mais tout concept est inopératoire si on ne décline pas sous forme d’acte. Un coup de dés dira Mallarmé. Le terme de Poetry vient du grec poïesis qui signifie création.

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             Si Poseidon était l’ébranleur, celui qui détruit, Saturne est conçu comme sa contrepartie, il est l’impulseur, celui qui actionne. Saturne institua l’âge d’or, temps de paix et de prospérité. Le souvenir de cette époque idyllique était célébré au mois de décembre dans les jours qui précédaient le solstice d’hiver. De par son assimilation avec le titan Kronos, Saturne est aussi entrevu comme le Dieu du Temps et de la vieillesse. Du fait que Kronos perdit son titre de roi des Dieux lorsque son fils Zeus lui ravit son trône, Saturne fut souvent considéré comme un  dieu, triste, amer, néfaste.  Les Poèmes Saturniens de Verlaine qui présentent le poëte comme un être maudit né sous une mauvaise étoile évoquent l’aspect délétère de l’influence de Saturne sur l’esprit humain.  

            La couve est de Necrotor, musicien suédois qui a réalisé près de trois cents pochettes pour des albums de metal. Sa teinte mordorée peut évoquer l’âge d’or initiée par Saturne, mais aussi par son absence de brillance un monde désertique et désolé. Au premier plan, les hamadryades, nymphes des bois, portent-elles un salut un salut à la lumière qui n’a pas encore revêtu son éclat matutinal ou déplorent-elles son éclipse…

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    Prelude : vous ne savez pas ce que c’est, un son, un son qui coule, ou qui se déplace dans l’espace, laissez votre imaginaire se débrouiller avec, selon moi une fuite encore modeste, échappée de la coque disloquée d’un vieux pétrolier oublié, coulé au fond de la mer depuis des milliers d’années, une marée noire insidieuse, qui issue de très loin et d’autrefois s’en viendrait polluer nos paysages intérieurs, pourquoi ne serait-ce pas un bienfait, ne pourrait-on pas penser à un fil liquide qui tiendrait à se raccorder à nous, le noir est-il obligatoirement néfaste… ne conviendrait-il pas de le remonter afin de nous introduire en cette soute ignorée au fond de nous qui essaie de nous faire signe… Païen : nous voici parachutés en plein paganisme, pas l’historique, pas le mythologique, pas dans l’esprit des plus grands penseurs, mais dans l’âme de n’importe qui, encore faut-il qu’il ait une volonté de s’évader de soi-même. Musicalement c’est noir de chez noir, une espèce de trombe métaphysique qui vous tombe dessus, vous englobe, et vous emporte. Très loin, et pas très loin, juste garé à côté de vous-même comme la voiture au bord du trottoir, en ce point où vous êtes au centre du monde. Nulle part et partout en même temps. Les vocaux sont réduits, dans une tête jivaroïsée les pensées sont-elles pour autant rapetissées. Les vocaux sont comme ces tourbillons qui se forment sur l’eau qui coule sur une planche inclinée, au bout d’un moment sans raison apparente se forment des tourbillons qu’une célèbre théorie mathématique nomment des catastrophes, rien d’accidentel, simplement vous êtes happé hors de votre train-train habituel. Toutefois, il existe non pas un point unique de basculement  mais deux points d’intensité égale. L’Extase et l’Illumination. Celui privilégié en ce morceau est l’Illumination. Nous nous reportons-nous donc à

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    Plotin, (205 – 270) surnommé le dernier grand philosophe, ce qui n’es pas tout-à-fait vrai, sa doctrine eut maille à partir avec les gnostiques et les chrétiens. Plotin reste fidèle à Parménide qui pose l’Être en tant qu’Un, même si Platon qui a énormément influencé et inspiré Plotin a rajouté à l’Un l’Autre… L’Un est un concept, la démarche philosophique est selon Plotin le chemin qui nous permet de prendre conscience de tout ce qui en nous participe de l’Un et ainsi d’y participer non plus en ayant conscience de l’existence du Un mais en étant le Un.  Plotin aurait connu au cours de sa vie deux ou quatre (les avis divergent) ravissements… Qui ne sont pas sans rappeler ces espèces

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    d’absences poétiques durant lesquelles Virgile transcrivait en une sorte d’écriture automatique inspirée (rien à voir, avec celle des surréalistes) des passages de l’Enéide  qui s’ajoutaient, en différents point, à cette œuvre en progrès qu’était le manuscrit. Selon les lyrics ces deux points de fixation permettraient de contempler le Vide qui précédait le Kaos, Kaos ici assimilé au Démiurge gnostique, à qui nous devons l’existence et notre mort… Le dernier couplet fait référence à  la Foi. Concept chrétien par excellence. Tellus mater : guitares et roulements battériaux si compressés qu’ils semblent coagulés même si à la fin les tambours sont comme pris d’une crise de folie épileptique, le morceau n’est pas sans grandeur, nous voici à fouler le sol de la terre primordiale, fille du Kaos selon les romains, mère des Dieux qui seront issus d’elle, ce qui équivaut à la considérer comme une puissance fondamentale supérieure aux Dieux, le ravissement nous attire vers l’Un mais la terre ne serait-elle pas l’Une. Faudrait-il la mort comme le moyen d’accéder à l’Une, un ravissement qui serait de fait un enfouissement, la terre comme table d’émeraude, où le bas et le haut se confondent… aperçus vertigineux. Forhist : Forhist est aussi le titre d’un album paru en 2021 de Blut Aus Nord conçu comme un hommage au metal norvégien des années 90 à qui le courant metal doit beaucoup, l’on peut se servir de ce terme pour évoquer les temps préhistoriques, selon ce morceau le terme de ‘’primordiaux’’ nous semble davantage acceptable). Un morceau aussi long que l’Histoire. Soyons modestes, il ne s’agit pas de notre Humanité mais de l’Histoire Mythologique même si l’expression peut paraître paradoxale. Une diarrhée noire, mélodique et aventureuse, une accumulation de génériques de fin de films, le vocal perce la croûte terrestre, qui sont-elles ces entités qui creusent vers le haut, un long moment d’accalmie comme traversée d’une couche granitique, juste quelques notes de claviers, le temps de reprendre force, un dernier sursaut énergétique, elles perfusent la terre et le temps, les voici dans le jardin d’Eden dans lequel elles ne s’arrêtent pas, plus haut, toujours plus haut, elles s’élèvent comme si elles voulaient s’emparer de l’Olympe, mais leurs désirs sont plus grands, elles visent l’empyrée et au-dessus de l’orbe du monde jusqu’à Dieu et encore plus haut, vers l’Un.  Henosis : roulements, moulinets, montées en puissance, exacerbation, la chose se passe à deux niveaux en même temps, elle et lui, l’extase amoureuse, et l’autre qui étreint autre glaise que charnelle, pénétration au cœur de la physis, la terre conçue en tant que principe vivant, le phénomène ondoyant de toutes choses à vouloir être, l’autre face du Un, qui a engendré le Divin. Le chant en chœurs exultatifs, braillements du vocal, les Dieux sont nés. Metaphor of the moon : retour aux réalités, celles de nos ignorances et de notre désir de percer le mystère primal, voici la lune autre face de Saturne, si nous ne la voyons pas c’est que nous ne savons pas la voir, bien sûr elle n’est pas là, l’instrumentation comme une houle incoercible, nos yeux sont devenus pensée, aucun besoin de la présence d’un luminaire pour le voir. Un long regard sur le calme des Dieux disait Valéry. Ce qui est, ce qui n’est pas, ce qui ne fait que passer. Qui n’a pas été. Qui ne sera plus. Clarissimama mundi lumina : la face de Saturne n’est pas la

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    (Saturne)

    lune. Elle n’est pas notre regard. C’est Saturne qui nous regarde. En tant que représentant du Divin. En tant que représentant de l’Un. Le monde est sous son regard lumineux et maléfique. Le Un n’est pas le Bien. Parfois nous le voyons comme un Bien. Parfois nous le voyons comme un Mal. Dans les deux cas nous voyons mal, même si ce n’est déjà pas mal de mal voir. Le Un est au-delà du mal et du bien. Comme nous quand nous sommes Un. La lumière du monde n’est pas la lumière du Un. Elle est notre lumière.

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             Une partition noire. D’un seul tenant. Une espèce d’oratorio gnostique.

    L’ensemble est peut-être plus près d’une méditation poétique que d’une écriture musicale.

             De toute beauté. Plotin ne disait-il pas que l’on n’entrevoit l’Un que par l’éclat de sa beauté.

    Damie Chad.

     

    *

             Peut-être jugez-vous les textes gnostiques fort utopiques. Changeons de fusil d’épaule. Plongeons nous dans les délices du nihilisme. Trois forces semblent se partager la psyché humaine : une force de vie, une force de mort, une force de rêve. A nous de privilégier celle dont le triomphe nous paraît le plus souhaitable. Plus loin nous lisons que le groupe refuse toute interview et toute participation aux grandes communions festivalières.

    TAETRA PHILOSOPHIA

    ABYSMAL GRIEF

    (Avantgarde Music / 2025)

    Leur site personnel débute par une condamnation à mort. N’ayez pas peur vous n’êtes pas nommément concerné. Un texte d’une dizaine de lignes, une charge sans équivoque sur la production artistique contemporaine des trente dernières années inféodées aux désidérata des réseaux sociaux. Un seul mot pour la définir : mort. D’où la logique de se détourner de la platitude de cet abîme à ras de terre.

    Le groupe a publié son premier opus en 2007. Malgré des périodes de silence celui-ci est le septième, sans compter les lives, les singles, les splits, les compilations, les EP’s… Viennent de Gênes, en Italie pour ne rien vous cacher.  

    Regen Graves : guitars, keyboards, drums / Labes C.Necrothytus : vocals, keyboards / Lord Alastair : bass.

             Je reconnais que la couve n’est guère réjouissante. Un cadavre enveloppé dans son suaire. Le fait que les pieds nus dépassent ajoutent à la nudité de la toile. Tout en haut deux insignes, peut-être ne peuvent-ils se regarder sans éclater de rire. Le premier surajouté à l’illustration est le logo du groupe. Contrairement à 99 % des marques des groupes d’obédience metal il n’est pas réalisé à partir de lettres illisibles inspirés des typographies  gothiques et uniques. Deux symboles qui parlent d’eux-mêmes, un cercueil et une espèce de chauve-souris vampirique. Le deuxième est un crucifix. L’on en profite pour relire le poème du même nom d’Alphonse Lamartine dans les Nouvelles Méditations, à l’inverse du poëte romantique, vous comprenez qu’ici il n’est pas un symbole de résurrection et de vie éternelle, mais que la seule éternité évoquée est celle de la mort. L’artwork est de Simone Salvatori que vous retrouvez aussi dans les groupes Spiritual Front et Morgue Ensemble. Un gars étrange, faites un tour sur son Instagram il y a de fortes chances que vous en reveniez plus effrayé que satisfait. 

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    Deus cornatus : si vous pensez que vous allez vous retrouver avec le Diable ou Satan tels que l’imagination populaire les représente vous êtes sur une fausse piste. Notre dieu cornu ne possède pas deux cornes au sommet de sa tête, n’en possède qu’une qu’il tient en sa main comme Roland à Roncevaux. Malgré son titre latin il appartient à la mythologie nordique, sa corne, celle d’un bélier ne lui sert pas à boire de la bière mousseuse. L’on eût aimé un objet pus rare, la conque du pâtre qui résonne dans L’Oubli de José-Maria de Heredia afin de signaler la solitude du monde déserté par les dieux, voire une majestueuse défense de mammouth enroulée autour du corps du souffleur, ne serait-ce une de ces canines géantes de plusieurs mètres de long qui ressemblent aux sabres-laser des Jidai du Seigneur des Anneaux… Heimdall, le deus Cornatus des vikings est censé souffler dans sa trompe pour

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    signaler l’ouverture du Ragnaröck, le commencement de la fin du monde… Musique d’église, un orgue et des fidèles qui chantent en chœur, très vite l’orchestration devient rythmiquement plus rock, mais l’orgue ne se résout pas à lâcher prise, il impose une espèce de riff cyclique qui ne lâchera jamais prise, le vocal un peu sépulcral s’élève, il ne parle pas de mort, il édicte d’une voix ferme des conseils, pour mener  sa vie,  ne pas avoir peur, lutter, affronter la solitude, une guitare aigüe souligne ces propos, le rythme s’accélère en tournant tourne sur lui-même, comprendre que la nature est soumise à un cycle qui vous amène inéluctablement à la mort, c’est la loi de la nature, de ce qui se dévoile sous forme de phusis, dont le mouvement final est symbolisé par l’image plus accessible  du souffleur cornatus, le dieu des funérailles. Dépourvu de toute transcendance. Taetra philosophia : nous traduirions par ‘’philosophie horrible’’ ou ‘’sagesse répugnante’’, mais ici il n’est pas question de connaissance au sens strict du terme, il ne s’agit plus de penser, mais de faire, d’acter, de réaliser. Dans les cas extrêmes, lorsque l’on ne sait plus quoi faire, le mieux est de se conformer à la coutume, ou du moins à une coutume, le deus cornatus que nous avons évoqué sous sa forme nordique remonte par-delà le néolithique, au paléolithique. Le mort s’étant éloigné de la vie un acte rituel symbolisera la notion de séparation, sous différentes formes. La manipulation d’un cadavre n’étant pas particulièrement plaisante puisqu’elle nous confronte à notre propre mortalité l’on comprend mieux le sens de l’adjectif latin, qui correspond à cette idée que si notre mort ne concerne que nous, puisqu’au final elle est la dernière chose qui nous appartienne définitivement, elle est aussi actée par les vivants sous forme d’une réappropriation collective, car les autres ressentent aussi cet acte de séparation que nous avons effectué comme un amoindrissement de leur pouvoir collectif sur l’unicité d’un individu désormais considéré comme un traître, un déserteur qu’il convient de ré-amarrer à la communauté humaine… Reprise de la moulinette riffique et la voix pleine d’entrain comme si elle essayait d’expédier le plus rapidement possible une réalité difficile à supporter, nous sommes dans une église, les choses ne sont pas très claires, l’atmosphère est obscure mais inéluctable. Des voix surgissent et se taisent, infatigable la machine rythmique semble s’arrêter, mais elle reprend, la voix de plus en plus forte, des chœurs pour accompagner l’opération, la tombe ouverte, le couvercle du cercueil ôté, le suaire déroulé, les mains à la recherche des os, qui seront déposés dans une urne, la tombe violée, le repos du mort bafoué, la trahison du prêtre. La musique s’arrête brutalement, le rituel est accompli. Ambulacrum luctus : nous sommes tous des marcheurs, ceux qui marchent sous la terre et ceux qui marchent dessous, mais tous, morts et vivants, marchons vers notre dissolution future, chacun depuis le lieu qu’il occupe. La ritournelle reprend sur un  rythme plus lent, les instruments de concert et la voix gravissime par-dessus rajoute un peu de cendre sur le chemin. Dans le suaire le corps se décompose, il marche sans se presser vers sa dissolution. Est-ce pour cela que le maître de cérémonie a comme envie de cracher, la glotte baignée de son vomi. L’est sûr que malgré nos pérégrinations dans des salles obscures nous nous dirigeons vers la mort,  nous mourrons seul, la musique dodeline de la tête comme le serpent qui s’apprête à vous frapper, même les os s’effritent et deviennent poussière, les instruments déraillent, un peu comme des chevaux qui sentent l’écurie, ils s’affolent, ils rigolent, ils savent où ils vont, tant pis, ils s’y précipitent la tête la première, seraient-ils devenus fous, un rire absurdement sardonique retentit comme un dernier adieu à notre monde… Qui se souviendrait de nous… Si vous étiez une rumeur, un écho dans un couloir vide, sachez qu’elle s’est éteinte lentement. Mais sûrement. Lumen ad urnam : instrumental. Que voulez-vous ajouter de plus à une histoire qui est déjà finie puisque vous êtes encapsulé dans votre urne votre turne mortuaire de glaise cuite. Normalement l’on ne devrait entendre aucun bruit. Mais est-ce un dernier cadeau de la part de vos amis qui se seraient cotisés pour vous offrir en souvenir de vous une belle messe, ben non, juste un peu de lumière hasardeuse qui tombe sur votre urne oubliée dans un vieux cimetière, ce n’est pas un dieu qui darde sa prunelle sur votre étui pour se pencher sur votre cas. Intile de frémir d’aise. Il n’est personne, ni Dieu, ni homme qui s’occuperont de vous. Peut-être sont-ils tous déjà morts comme vous, ou alors ils sont en train de glisser plus ou moins vite vers leur propre trépas. Corpus mortuum : doom-rock. Doom parce que la mort, rock parce que l’on vous emmène en visite. Un conseil n’y allez pas, déjà rien que le chant sépulcral vous saperait le moral. Des déglutis morbides, avec au loin des chœurs de moines qui s’obstinent à vous rappeler la tristesse du monde privé de Dieux. Ils insistent méchant, vous décrivent l’ossuaire, les derniers relents des charognes mortuaires qui s’en viennent effluer vos narines dégoûtées, les crânes empilés, les fémurs croisés, la puanteur, le flux musical se tait en douceur, il ne faudrait surtout pas vous tirer de vos songeries funéraires. Se nourrir des fragrances de la pourriture des morts ne vous rendra pas immortels. Les morts qui pourrissent deviennent-ils mauves ou violet de la couleur des perles des gerbes funéraires que l’on dépose sur les tombes, je n’en sais rien, mais cette couleur nous éloigne du Divin… Speculum fractum : l’on

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    dit que la voix de certaines cantatrices cassent le cristal, ce n’est pas la voix de la Malibran qui ouvre le morceau mais le ton péremptoire de l’officiant de la cérémonie qui réduit en poudre la moindre parcelle d’une hypothétique survie, les fantômes, les revenants, n’existent pas, nul ne revient, point de marche arrière. La musique qui tourne sur elle-même reprend la parole à sa manière, celle d’un rouleau compresseur impavide, mais le maître des ballets vous traduit le jeu de la machine arrasante, s’il vous semble que vous avez aperçu un signe, un phénomène étrange et bizarre qui pourrait laisser croire la possibilité que quelque chose d’inconnu vient d’avoir lieu, que sais-je, un frémissement de cadavre, une voix d’outre-tombe, pas de panique, pas d’espoir, vous vous trompez, erreur monumentale, tout cela n’est qu’un ramassis d’illusions suscitées par vos sens trompeurs et trompés, suit un bourdonnement, quelques souffles, quelques bruissements, des ondées célestes d’orgue viennent beurrer la biscotte du rêve, mais la voix chuchote, elle vous avertit que certains soulevés par des espoirs insensés tiennent de mystérieux propos, la musique s’épanouit, ce qui doit être compris doit être énoncé clairement, il existe des tas de doctrines, que les dieux vous rendront la vie, que votre âme peut s’élever jusqu’à se blottir bien au chaud dans l’orbe ensoleillé du Divin, que le Nirvana vous attend, que votre âme migrera dans un animal, dans un bébé qui vient de naître, qu’un jour vous reviendrez et que vous revivrez exactement la même vie que vous avez déjà vécue ou une autre, tout cela se résume en un seul mot : foutaises ! Futilités ! N’y croyez pas : quand vous êtes mort, ce n’est même pas pour toujours, encore moins pour une éternité, c’est tout simplement que vous êtes mort. Lamentum : après une telle volée de bois vert vous ne vous étonnez pas qu’il n’y ait plus rien à dire, un instrumental suffira amplement, Abysmal Grief vous offre un lot de consolation, un lamento, un bref lacrymal pour panser la blessure qui vous accable – à moins que vous ne soyez une âme forte – un lamento subito. Se donnent du mal, belle musique, belle instrumentation, pas joyeuse mais comme des coups de vent pour chasser les ondées, comme des bisous sur le genou à un enfant que l’on veut calmer…

             Désolé de vous assener le feu brûlant du nihilisme dans votre comprenette. Je n’y suis pour rien. C’est la faute d’Abysmal Grief !

    Damie Chad.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 724: KR'TNT ! 724 : LITTLE RICHARD / DES DEMONAS / SPITFIRES / JOAN JETT / MIKE STUART SPAN / LYCHGATE / ÖXXÖ XÖÖX

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 724

    A ROCKLIT PRODUCTION

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    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    19 / 02 / 2026

     

     

     LITTLE RICHARD / DES DEMONAS

    SPITFIRES / JOAN JETT  

     MIKE STUART SPAN / LYCHGATE  

     ÖXXÖ XÖÖX  

      

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 724

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http ://kr’tnt.hautetfort.co

     

     

     

     

    The One-offs

    - Richard cœur de lion

     

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             Revenons un moment à 2016. Un jour, Laurent propose d’aller voir les Real Kids à Caen.

             — Y jouent dans une salle qu’est sur le port. 

             — Quoi, sur le qui ?

             — Sur le port...

             — Ya un port à Caen ?

             Première nouvelle. On savait pas. Et pourtant on a grandi pas très loin. Il suffit de remonter la rue Saint-Jean et de tourner à droite rue de Bernières, et pouf, tu tombes sur un petit port de plaisance. On l’a découvert 50 ans plus tard.

             Gamins, on sortait rarement de notre quartier. L’école n’était pas très loin. T’avais deux boutiques qui faisaient le coin de la rue : la chocolaterie Charlotte Corday, (qui existe toujours), du nom de la conne qui a dessoudé Marat, et juste en face, de l’autre côté de la rue, un chapelier (qui n’existe plus). Aussitôt entré dans la rue Saint-Jean, tu tournais à gauche et tu passais devant le bureau de tabac où notre mère nous envoyait chaque jeudi prendre Nous Deux, Télé 7 Jours et deux paquets de Royales. C’est sur la couve d’un Télé 7 Jours qu’on vit pour la première fois les Beatles : derrière, deux debout, et devant, deux perchés sur des tabourets, sur fond bleu, avec en guise de guirlande une corde blanche passée sur leurs épaules. L’image te parlait, mais tu ne savais pas encore à quoi ça correspondait exactement. C’était juste une question de mois. On prononçait ça les bihatles. Un peu plus loin, il y avait le boulanger qui proposait un délicieux pain carré, qui encore chaud, se mangeait comme un gâteau. En continuant, on tombait sur une agence de voyages qu’on dévalisait régulièrement, car les brochures étaient gratuites. Le jeudi après-midi, on poussait jusqu’au bout de la rue Saint-Jean et on grimpait au château de Guillaume le Conquérant pour aller faire les cons dans les souterrains qui étaient alors en fouille, et qui étaient aussi le refuge des clochards auxquels on jetait des pétards. Avec le p’tit frère, on disposait d’un rayon d’action limité, mais notre soif de conneries était illimitée. On allait au dernier étage des Galeries Lafayette barboter ce qu’on appelait ‘des soldats’, qui étaient le plus souvent des chevaliers du moyen-âge en plastique et richement décorés. Enfin bref.

             Un jeudi après-midi, nous partîmes tous les deux en expédition vers un quartier inconnu, tout au bout de la rue Saint-Pierre. On prit à droite pour remonter une rue tortueuse, la rue Froide. À notre grande stupéfaction, nous tombâmes sur la mystérieuse échoppe d’un bouquiniste : il vendait des livres et des bandes dessinées d’occasion. C’était un paradis pour les grosses araignées noires et poilues. On y dénicha toute la collection des Prince Valiant en grand format.

             Le jeudi suivant, nous poussâmes l’expédition un peu plus loin. Nous passâmes devant un grand tribunal et pénétrâmes dans un quartier lépreux que les Américains n’avaient pas réussi à ratiboiser. Nous tombâmes émerveillés sur une petite boutique extraordinaire qui proposait du bric et du broc, un fouillis d’objets hétéroclites, comme par exemple des porte-clés, qu’on collectionnait. Mais nous fûmes surtout subjugués par deux pochettes de 45 tours qui étaient disposées au pied de la vitrine : une jaune et une bleue. Sur la bleue t’avais une espèce de romanichel dans un costard ridicule avec les bras en croix, un vrai fou, et sur la jaune tu l’avais encore avec les yeux aux ciel et sa coiffure en promontoire ! On s’interloqua :

             — Aw Wop Bop A Loo Bop ?

             — A Wop Bam Boom !

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             Un early choc esthétique. Un séisme juvénile. L’apparition de la Vierge. On est entrés tous les deux dans la boutique d’Ali Baba pour acheter les deux 45 tours. Bien sûr, à cette époque, nous n’avions pas encore de tourne-disque. Il a fallu attendre que le Père Noël nous paye un crin-crin pour pouvoir enfin écouter ces deux 45 tours. Sur le jaune, t’avais «Rip It Up», «Ready Teddy», «Tutti Frutti» et «Long Tall Sally», bon d’accord, c’est du gros ramdam, mais c’est le bleu qui avait nettement ta préférence, avec ce doublon du diable, «Hey-Hey-Hey-Hey» suivi d’«Ooh My Soul», qui te ramonait le wop-a-loop. Le bleu inaugura une vie entière d’écoute de disques. Depuis ce jour de 1964, «Hey-Hey-Hey-Hey» est resté le modèle absolu en matière de sauvagerie, le mètre étalon du blast, l’insurpassable brûlot. Jim Jones est le seul qui ait OSÉ reprendre «Hey-Hey-Hey-Hey», et il convient de le féliciter, car ce petit cul blanc est loin d’être ridicule.

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    Signé : Cazengler, Little Ricard

    Little Richard. Hey-Hey-Hey-Hey/Ooh ! My Soul/Good Golly Miss Molly/Baby Face (N°5). Disques London 1964

     

     

    L’avenir du rock

     - Out Demonas Out !

     

             Comme il a du temps devant lui, l’avenir du rock profite de son errance dans le désert pour faire le point sur sa spiritualité. Il cultive depuis toujours un sens pratique qui lui permet de rentabiliser les temps morts. Alors bien sûr, il ne croit pas aux âneries classiques, ni aux notions de bien et de mal, et encore moins à celles de l’enfer et du paradis. Il ne croit que ce qu’il voit. Et  lorsqu’il se demande où ses pas le portent, il se réfère au destin, la seule concession qu’il puisse faire à l’immatériel. Ainsi, errer dans le désert, c’est marcher vers son destin. Au moins, comme ça, les choses sont claires. Et puisque le destin est éternel, alors il sait qu’il va errer pour l’éternité, ce qui d’une certaine façon le rassure. Il existe des destins bien moins favorables. Il comprend confusément qu’il vient de s’inventer un mythe confucéen. Alors il reprend tout à zéro pour être sûr de son coup - marcher, destin, éternel - et il en arrive à la même conclusion : errer pour l’éternité. Il se sent à la fois tributaire de sa raison et victime de son enthousiasme. Il est tellement absorbé par son postulat qu’il n’a pas vu arriver le diable.

             — Alors, avenir du rock, on gamberge ?, lance le diable d’une voix formidable.

             — Chuis pas surpris de vous croiser dans cet enfer. Et puis sachez bien mon vieux Satan que vous ne m’avez jamais impressionné.

             — Misérable imbécile, comment oses-tu défier le diable ?

             — Je ne crains ni la mort ni le diable, c’est pas la peine de me faire vos gros yeux, ça ne marche pas avec un mec comme moi.

             — Ahh Ahh Ahh ! C’est bien la première fois que j’entends de telles balivernes ! Et si tu ne crains ni la mort ni la diable, que crains-tu donc, misérable avorton ?

             — Des Demonas !

     

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             Il semblerait que Des Demonas aient eu l’idée de renouer avec le mythique ramshakle d’In The Red. T’as deux albums pour y voir plus clair : le premier album sans titre paru en 2017, et Apocalyptic Boom Boom, paru l’an passé.

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             L’album sans titre est une bombe de modernité. T’as déjà ce black Jacky Couguar qui chante bien, mais t’as en plus un vétéran de toutes les guerres à la gratte, Mark Cisneros, qui a battu le beurre avec The Make Up, puis gratté ses poux pour Kid Congo. Tu sais que t’es sur In The Red dès «The South Will Never Rise Again». Le Couguar deliver the goods ! Oh les gerbes ! Puis t’as le «Tuff Turf» bien explosé du bananas, le Couguar est complètement nuts. Ça pue encore la modernité dans «Lies», ça gicle de partout. Vitalité et modernité sont les deux mamelles des Des Dem. L’angle de «Sideways Man» est un peu plus new wave, mais le Couguar se lance tellement bien dans la bataille qu’on leur pardonne. Ça vire absolute beginner d’extrême onction. Et puis t’as un «Psychedelic Soldier» écrasant de power définitif. T’assistes là à un fantastique déroulement du dévolu. Le phénomène n’est pas courant, aussi faut-il en profiter. Les Des Dem te rappellent la claque de Davila 666 : avec «Brown Rooster», ils tapent dans le même genre de registre : power + unexpected. T’as de l’allure jusque dans les os du beat. Explosif ! Tu retrouves encore toute la musicalité d’In The Red avec «Do No Wrong». Accès direct à la modernité, avec le foutoir habituel - I wanna die black the blue suede shoes/ I do no wrong - Quelle énergie du son ! Ces mecs jouent à la vie à la mort d’In The Red. Encore de l’excellente dégelée avec «Golden Eggs». Ils n’en finissent plus d’arroser dans la joie et la bonne humeur. Fin de parcours avec le pur blast de «Teen Stooge». Attaque de front. Sans pitié. On retombe dans les racines d’In The Red. Ça cogne dans le bastingage, avec de l’harsh killer solo à rallonges. Fabuleux killer ! Cisneros forever ! T’es sur In The Red, avec les mêmes pochettes qu’avant, la même avant-garde gaga, la même pulsation du trash, la vraie vie de l’underground US.

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             Leur deuxième album s’appelle Apocalyptic Boom Boom. Malgré ce joli titre, il est nettement moins bon que le premier. Plus groovy, dirons-nous, plus hanté, plus Des-Demonic. Avec le morceau titre, ils plongent dans les ténèbres de l’heavy doom. Jacky Couguar adore ça. Mais ils ont perdu leur niaque d’In The Red. Cisneros finit le cut en mode dentelle de Calais. Il faut attendre la B et «Elvis & Nixon» pour trouver des gros accords garage. Ça pulse dans l’In The Red, mais c’est pas bon. Ils sauvent les meubles avec l’excellent «Miles Davis Headwound Blues», le Couguar se jette enfin dans la bataille et ça finit par prendre feu. Puis Cisneros s’en vient hanter «Backwards Man» et il te file ta dose. Tu devras te contenter de ça.

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             Muni de ces deux aperçus, tu files au Club. Ça fait un bail qu’on a pas vu un groupe In The Red sur scène. Le Couguar arbore un fantastique T-shirt, «Trump is a pig». Comme ça au moins les choses sont claires. C’est un slogan qui devrait vite devenir universel. Ils démarrent avec le «Tuff Turf» du premier album et, intérieurement, tu pries Dieu pour qu’ils restent le plus longtemps possible sur les cuts

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     du premier album. Te voilà au pied d’une montagne nommée Mark Cisneros, la hauteur de cette incarnation parfaite du garage underground américain te donne le vertige, ce vétéran gratte les poux fielleux et acides, perçants et cintrés, coriaces et corrosifs, il gratte les poux que tu préfères, les poux étrusques et étranges, les poux denses et dantesques, les poux qui grattent et le poux qui puent, les poux fidèles et les poux qu’on épouse, les poux qui puisent et les poux qui poissent, les poux qui pissent et les poux qui passent, les poux qui piquent et les poux qui percent, les poux d’impair et passe et le poux de bonne aventure, les poux d’avant-garde et les poux d’arrière-cour, les poux qui mirobolent et les poux qui astrobolent, tout repose sur lui, Mark la montagne gratte une patte en avant, prodigieusement concentré. Il a des allures de

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    géant. Et comme c’est souvent le cas, Dieu n’a pas entendu ta prière car voilà que nos amis Des Domonas tapent dans le deuxième album. Fuck ! On reconnaît tous ces cuts qui retombent comme des soufflés, «The Duke Ellington Bridge», «Fascist Discotheque», «Restructuring», mais heureusement «Miles Davis Headwound Blues» relève un peu le niveau. Fantastique version de «The South Will Never Rise Again» vers la fin du set, belle tranche palpitante de garage cahotant, c’est là qu’ils font la différence et qu’ils renouent avec ce qui fait la spécificité d’un label comme In The Red : le garage d’avant-garde et l’harsh du son. En rappel, ils tapent «The Ballad Of Ike & Tina» et blastent pour finir un fantastique «Psychedelic Soldier» tiré du premier album. L’honneur est sauf.  

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    Signé : Cazengler, Demonaze

    Des Demonas. Le 106. Rouen (76). 10 février 2026

    Des Demonas. Des Demonas. In The Red Recordings 2017

    Des Demonas. Apocalyptic Boom Boom. In The Red Recordings 2024

     

     

    L’avenir du rock / In Mod we trust

    - Light my Spitfires

             On s’amuse bien le mardi soir chez l’avenir du rock, en son coquet salon de la rue de Rome. Le Cercle des Pouets Disparus est à nouveau réuni pour une séance d’automatisme psychédélique de la pensée en dehors de toute contrainte marmoréenne ou esthétique. Le thème de la soirée est le fire, c’est-à-dire le feu sacré, l’emblème de la confrérie. Comme d’usage, Paimpol Roux s’expose le premier, c’est un sanguin, un téméraire, il pointe un doigt noueux vers le lustre de cristal et lance d’une voix de stentor celtique :

             — I âm... the god... of hellfire !

             La petite assemblée pousse un oooouuuh d’admiration symbolique. Galvanisé par la chaleur de la clameur, Paimpol Roux reprend, avec une spontanéité qui n’a d’égale que l’inénarrable élégance de sa crinière échevelée :

             — Côme on baby ! Light my fire !

             Et il ajoute en s’étranglant d’extase mystique :

             — Try to set the night on fiiiiiiiiiiiiiiiiiiire !

             Les Pouets Disparus applaudissent à tout rompre et entonnent, en tapant du pied :

             — Une autre ! Une autre !

             Dopé par ce rush quintessentiel, Paimpol Roux lève les deux bras au ciel, et puise, au plus profond de son larynx d’airain :

             — The fire of lôve... is burning me...

             Et il ajoute, en s’écroulant à la renverse sur le guéridon Louis XV :

             — The fire of love won’t let me be...

             — Une autre ! Une autre ! Une autre ! Une autre ! Une autre ! Une autre !

             Paimpol Roux se relève péniblement et ramasse le seau à champagne qu’il a entraîné dans la chute de son règne. Il sort un grand mouchoir à carreaux de la poche de sa vareuse en satin vert émeraude, et lance d’une voix de capitaine de flibuste :

             — Vive le fire des Spitfires !

     

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             Incroyable que Paimpol Roux connaisse les Spitfires ! Il est vrai que l’avenir du rock n’invite pas n’importe qui chez lui. C’est, comme on dit, du trié sur le volet.

             Autre chose : les Spitfires sont un groupe Mod anglais. Ils devraient donc apparaître dans la célèbre rubrique ‘In Mod We Trust’, mais pour de sombres raisons éditoriales, l’avenir du rock a décidé unilatéralement de fusionner les deux rubriques.

             Et comme nous ne sommes plus à une coïncidence près, les Spitfires jouent dans le coin, alors on suit le conseil de Paimpol Roux et, sans plus réfléchir, on se précipite à la Traverse.

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             En préliminaire, tu vois Billy Sullivan arriver sur scène en mohair tonic gris passé sur un polo bordeaux, chaussettes assorties au polo et mocassins noirs. Il accorde sa Ricken et tire bien les cordes pour les mettre en condition. Coupe de cheveux early Small Faces. L’ensemble coupe/pretty face/mohair/Ricken est l’une des images qui dit le mieux la perfection du rock anglais. Il faut savoir que ce genre de petit mec ne vit que pour ça, la culture Mod. Comme l’a si bien dit Eddie Piller dans Clean Living Under Difficult Circumstances: A Life In Mod – From the Revival to Acid Jazz, ça n’est possible qu’en Angleterre.

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             T’as le look et t’as le rock. Les Spitfires sont trois : un petit batteur hautement tonique, un bassman qui ne la ramène pas mais qui fait son Ox dans son coin, et Billy Sullivan superstar. Oh bien sûr, il sonne un peu comme Paul Weller, mais il faut le voir faire le show, c’est un spécialiste du Mod rush, des soudaines montées d’adrénaline, il peine à contenir sa fougue, il est mille fois plus électrique que tous les garage-bands réunis, c’est un peu comme s’il lançait des petits éclairs, tout dans son jeu dit la gloire des Mods anglais, cette façon qu’il a de plier la jambe en l’air, de jeter la tête en arrière au coin d’un couplet, de pincer les cordes avec ses gros doigts agglutinés, cette voix sourde qui dit les Mods mieux que tout le reste, et cette extraordinaire faculté à déambuler sur la grande scène en grattant d’hallucinants mish-mash toniques de Ricken, t’en reviens pas de voir un mec aussi accompli, aussi brillant, aussi électrique, aussi pur. Billy Sullivan te bluffe, même si t’aime pas trop les Jam, il est inféodé, c’est évident, mais on voit plus en lui l’early Pete Townshend que Weller, car il a cette grâce de l’invincibilité, on pourrait presque dire cette grâce de la jeunesse éternelle. T’es sûr et certain que dans 20 ans, Billy Sullivan aura la même gueule. On prend les paris.

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             Il attaque son set avec «The Great Divide», le cut d’ouverture de bal de MKII, son dernier album et le boucle avec «4am» tiré de son premier album, Response. Il boucle son rappel avec «The New Age» et «Over And Over Again» tirés de Year Zero. Il peut taper dans ses réserves, pas de problème.

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             Tu ramasses MKII au merch du p’tit batteur. Tu retrouves «The Dreat Divide» et son fond de ska dans la rythmique. C’est très anglais et c’est la raison pour laquelle ça ne marche pas en France. On retrouve cette ferveur ska dans «When Did We Go Wrong», c’est même de l’heavy ska, ça tape dur, il combine l’énergie du tonic suit avec celle de l’hard ska. Mais les autres cuts sont trop pop. Il propose une pop anglaise surchargée. On retrouve un petit éclair de Mod craze vers la fin avec «The Witing’s On The Wall», mais c’est pas si bon.

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             Pour te replonger dans l’excellence du set, il vaut mieux écouter le Live At The Electric Ballroom paru en 2022. Tu ne perdras pas ton temps. Tous les ingrédients sont là : la tension, le chant sourd, le ska beat. On ne peut pas nier cette ferveur. Il boucle son balda avec un «Stand Down» somptueusement cuivré et chanté à la sourde. Et ça continue en B, tout est gorgé de clameurs anglaises et de nappes de cuivres et il enfonce bien le clou du New Age dans «New Age», ça cuivre à la vie à la mort. Quelle insistance ! En C, on flashe facilement sur «Over & Over Again» : pop dense, charnue, tendue, toujours chantée à la sourde. Et en D, t’as deux énormes compos, «Something Worth Fightin’ For» et «Return To Me». C’est de la belle dramaturgie cuivrée, le p’tit Billy fait preuve de grandeur atmosphérique, ça pèse son poids, et il regagne la sortie avec «I’m Holdin’ On». Il renoue avec le r’n’b à l’anglaise ! Tu finis par te faire avoir. Ce mec est brillant, même s’il paraît extrêmement austère.

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             Chouette s’est-on dit quand on a mis le grappin sur Response, le premier album des Spitfires. Joli quarteron de Mods anglais, on va se régaler. C’est vrai qu’ils ont le look, les coupes et les Ben Sherman. Au dos, on voit une Rickenbacker adossée à un ampli Orange, donc ça renvoie plus aux Jam. Effectivement, «Disciples» sonne comme du pur Weller, joué au beurre appuyé et bien décidé. Très bardé et même très bardant, ils sont dedans, mais dedans quoi ? Dans cette petite surexcitation de pousse-toi-de-là que-je-m’y-mette. Ils se déclarent au fisc Mod. Pas de surprise, c’est du sur-cousu de Bespoké. Il faut attendre «Escape Me» pour s’intéresser vraiment au groupe. Voilà un cut chargé de son jusqu’à la gueule, comme on le dit d’un canon. Billy Sullivan est un clone pur de Weller, il chante à l’astonish atonality, derrière ça bombarde sec avec des cuivres, et un solo de sax vient jeter de l’huile sur le feu de l’enfer Mod. C’est brillant. On dira autant de bien de «Spoke Too Soon», le slow super-frotteur des Spit, bien monté en noise, imparable, oui, imparable c’est le mot, ils flirtent avec le Mercury Rev, c’est assez engagé et ils terminent avec un bouquet final en forme d’apothéose. Alors on applaudit. Retour au big holdin’ on avec «I’m Holdin’ On», embarqué au pur raw Mod energy. À tomber ! Dommage que Billy Sullivan ne fasse que du Weller. D’autres cuts sont trop Jam pour être honnêtes. Par contre, «Words To Say» tape dans le mille de la cocarde. Here we go ! Pumping Mods, excellente pulsion des Watford Mods. C’est presque du forever. Ils restent dans cet éclat du Mod power avec «When I Call Your Name». Ils font exploser leur box office, ils sortent des recettes à base de nitro Mods, ça saute à tous les coups, ils sont capables de grosses envolées dévastatrices, c’est plein de veines, plein de vitalité pré-pubère, ça vire mad Mod frenzy. Ils jerkent le Mod power. 

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             La grande qualité des Spitfires, c’est l’ampleur du son et leur grand défaut, c’est un appétit démesuré pour le mainstream sound. Paru en 2016, A Thousand Times est un album qui laisse perplexe. Billy Sullivan chante trop, il se positionne dès le morceau titre au sommet du pop Mod sound anglais. Il a même du mal à respirer dans les paquets de mer. On croirait qu’il chante au large de Terre Neuve. Il invente un genre nouveau : le big Atmospherix de Terre Neuve. Si tu veux goûter au fin du fin, c’est-à-dire au pur British sound, il faut que tu ailles tout de suite écouter «I Don’t Even Know Myself». Billy Sullivan fait du Moz, avec une big prod et des échos de voix auxquels se mêlent des échos de trompette et de Blue-beat. Ils développent des dynamiques infernales et du coup, ils déboulent dans la cour des grands. L’autre point fort de l’album s’appelle «On My Mind» et ça frise le sous-Weller, mais ils savent développer leur potentiel et cavaler dans leur Wall of sound. Billy Sullivan chante déjà d’une voix de vieux et invente un deuxième nouveau genre : the Wall of Mod. Les Spitfires jonglent avec les raz de marée et les overwhelmings, enfin tout ce qui peut dépasser les bornes. Billy Sullivan veut de toute évidence laisser sa trace, alors il charge sa barque. «Last Goodbye» est chargé de son à outrance, tout est claqué du beignet, trop claqué, trop chargé, mais de quoi se plaint-on ? «Day To Day» flirte atrocement avec le mainstream, jusqu’au moment où ça bascule dans un fabuleux shake de Spit et ils développent un shuffle inespéré. Ces mecs sont dans la vie. Ils semblent vouloir revenir au Mod Sound avec «So long», c’est assez fin et en même temps bardé de tout le barda du régiment. Dans le booklet, on voit des images clés, la pochette d’un album de Curtis Mayfield et un truc des Redskins, plus la couve du Clockwork Orange d’Anthony Burgess. Nous voilà renseignés. On s’amourache des violentes escalades qui animent «The Suburbs» et Billy Sullivan frotte son «Return To Me» au groove reggae, il se frotte à tout, il est frotté d’office et un solo coule entre les cuisses du groove.

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             Pas de surprise avec Year Zero, paru en 2018. C’est le mélange habituel de ska et de MODus Cubitus. Les Mods se régaleront de «Sick Of Hanging Around». Les Spitfires cherchent l’autre passage, celui du hit mélodique heavily orchestré. Ils ont pas mal de ressources, c’est aussi complet que peut l’être le riz complet. Les solos de trompettes indiquent clairement les voies du seigneur, celles qu’on dit à juste raison impénétrables. Encore de la bonne énergie sur «The New Age». Ça bouillonne de Mod craze. Rien qu’avec ces deux cuts, ils sauvent leur album. Que peut-on dire du reste ? Oh pas grand-chose d’intéressant. «Remains The Same» flirte avec le ska Weller, mais ça tourne vite à la caricature. Billy Sullivan avance à la force du poignet, aidé par une trompette. Les cuts suivants sont un peu trop Jammy pour être honnêtes. Billy Sullivan et ses amis créent une sorte de power populaire à base de reggae et d’indicibilité working class mal dégrossie. Ça sent le Ben Sherman mal lavé. Il chante «Over & Over Again» à l’Anglaise de hit-parade. Ça update trop. Malgré sa voix ingrate, il parvient cependant à imposer sa présence sur les ruines de l’Empire britannique. Il puise énormément dans le groove des West Indies. Sur la photo qui se trouve à l’intérieur du digi, ils se sentent très concernés. Tu veux briller en société, Billy, alors vas-y, brille. Les Spitfires tapent «Move On» au dub de quartier. Ils restent dans le feu de leur action avec des trompettes, c’est très speed, comme l’indique le titre. Ils terminent avec un autre dubby dubbah, «Dreamland». En fait, ça les honore, car Billy dub it right, et ça en dit long sur la pureté de ses intentions. Pas question de déroger, il faut y aller.

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             Il n’est pas surprenant de voir les Spitfires débarquer sur Acid Jazz avec leur quatrième album, l’excellent Life Worth Living. Acid Jazz est un des labels qui fait partie comme Fat Possum des composantes de l’avenir du rock. Tant que ces mecs-là sont aux manettes (Eddie Piller et Matthew Johnson), l’avenir du rock peut naviguer en père peinard sur la grand-mare des canards. Comme Bette Smith avec la Soul, les Spitfires redorent le blason du Mod Sound avec une stupéfiante énergie. En bons Spitfires qui se respectent, ils font feu de tout bois dès «Start All Over Again». Pas de titre plus prophétique, ils amènent ça avec des cuivres, ils se prennent un peu pour le Weller, ils sont déterminés à vaincre et ils vainquent. Ils sont même écrasants, avec leurs chœurs de cathédrale. Ils basculent - et nous avec - dans l’overwhelming. Deux cuts mériteraient de devenir des hymnes du Mod Sound : «Tear This Place Right Down» et «Have Your Way». Le premier est sacrément cuivré de frais, on se croirait sur le dance-floor du Wigan Casino, c’est un fantastique shoot d’exaction modéliste, ils jouent leur carte à fond. Ils explosent le deuxième à l’energy black-bomber, grosses veines dans le cou et cheveux taillés court. Quelle science de la teigne ! Ils partent aussi à l’aventure sur deux ou trois cuts, comme «It Can’t Be Done» (heavy Mod Sound avec de l’harmo intentionnel), ou encore «Kings And Queens», qui va plus sur le blue-beat de l’épicier du coin. Ils sont nourris de ça, avec un chant trop généreux qui risque de les précipiter dans le mainstream. Ils restent dans l’excellence blue-beat avec «(Just Won’t) Keep Me Down». On les voit danser comme des scarabées dans les pubs des suburbs, ils sont en plein dans leur trip Mod, avec toute l’énergie West Indies, c’est un truc assez vif. Et puis avec «Tower Above Me», ils vont droit sur le Mod pop, on les accueille à bras ouverts, même s’ils trempent parfois dans des resucées. Mais c’est bien foutu, comme chez Moz. Ben Sherman & tattoos, les images du booklet sont très belles, bien suburbic. Billy Sullivan se bat sur toutes ses chansons, il frôle parfois le gothique, comme le montre «Make It Through Each Day» et donc il perd des points dans les sondages. Il faut faire gaffe, p’tit Billy à ne pas trop bien chanter, car tu risques d’aller péter plus haut que ton cul comme d’autres avant toi, et ce n’est pas un spectacle très plaisant.  

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             Encore un petit coup d’Acid Jazz avec Play For Today. Bon, c’est pas l’album du siècle, mais t’as une prod qui défie toute concurrence. «Save Me» te saute au pif, pulsé par un heavy drive de basse. Oh ça sent bon la big Mod craze, mais c’est un peu plus sophistiqué. Le p’tit Billy flirte par mal avec la new wave avec les cuts suivants et ça peut indisposer. Retour aux affaires sérieuses avec un «Did You Have To Go?» fantastiquement orchestré. Il grimpe au paradis du paradigme. Le seul vrai cut de Mod craze sera ce «Spoiler Alert» bien gratté à la cisaille. Dernier coup de prod avec «Costa Del Mundane», on peut parler d’extrême pop d’Acid jazz ultra produite. Te voilà bluffé.

    Signé : Cazengler, Spitfoireux

    Spitfires. La Traverse. Cléon (76). 31 janvier 2026

    Spitfires. Response. Catch 22 Records 2015

    Spitfires. A Thousand Times. Catch 22 Records 2016

    Spitfires. Year Zero. Hatch Records 2018

    Spitfires. Life Worth Living. Acid Jazz 2020

    Spitfires. Play For Today. Acid Jazz 2022

    Spitfires. Live At The Electric Ballroom. Catch 22 Records 2022

    Spitfires. MKII. Bellevue Music 2025

     

     

    Wizards & True Stars

     - Jett set

    (Part Two)

     

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             Dans Bad Reputation: The Unauthorized Biography of Joan Jett, Dave Thompson suit méthodiquement la carrière solo de Joan Jett. Il passe tous les albums au peigne fin et donne quelques informations sur le destin des anciennes Runaways. Jackie Fox

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     devint une spécialiste de la juridiction artistique. Sandy West travailla pour un gros dealer local, et Lita Ford rêvait de faire un retour fracassant. Mais pour Joan, les temps sont difficiles, car aucun label ne veut d’elle. On disait qu’elle ne savait pas chanter. Par miracle, Kenny Laguna, vétéran des circuits de production, la prend sous son aile et fait jouer ses relations. 

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             Le premier album solo de Joan s’intitule Bad Reputation. Dès le morceau titre, elle donnait le ton : glam-punk. Morceau excellent, devenu un classique. Elle fait sa vaurienne. Elle essaie de s’imposer. Par facile, pour une jeune femme de s’imposer dans le monde du rock électrique, essentiellement masculin. Mais Joan a décidé de s’accrocher. On sent bien qu’elle en veut, qu’elle est teigneuse. À sa façon, elle créait un style avec « Bad Reputation ». Steve Jones et Paul Cook jouent sur deux morceaux, « You Don’t Own Me » (reprise de Lesley Gore) et « Don’t Abuse Me », mais il ne se passe rien de particulier, hormis le killer solo en deux notes que place Steve Jones dans « Don’t Abuse Me ». Elle fait deux reprises de Gary Glitter, « Do You Wanna Touch Me (Oh Yeah) » et « Doing All Right With The Boys ». Elle joue la carte du real glam stomp drumbeaté à la Top Of The Pops, bardé d’accords en disto et bien espacés, comme le veut la règle. Elle adore le gros son imparable. Joan nous emmène dans son jardin magique, dans sa prédilection, sur sa terre promise, dans son intimité. Le glam est son bras armé, sa raison d’être. Parmi les autres invités de ce disque, on trouve Sean Tyla qui gratte sa gratte dans « Jezebel ». Elle finit avec une belle reprise musclée du « Wooly Bully » de Sam The Sham. Et puis voilà.

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             Son second album s’appelle I Love Rock ‘N Roll. Au moins avec elle, les choses sont claires. Le morceau titre est aussi un beau classique glam pur jus. Elle respecte bien les règles d’or du glam à l’ancienne : bon son, bon drumbeat et jolies manières au chant. Elle tente une reprise du « Crimson And Clover » de Tommy James, en mode heavy. Elle tente d’en faire un gros hit ventru. Elle frôle la vérité. Mais l’hit de l’album, c’est une reprise du Dave Clark Five, « Bits & Pieces ». En plein dans le mille ! Solide prouesse de glammeuse, ça stompe pour de vrai, t’as le real deal avec un chant en retrait. Elle œuvre au guttural. Dans « Oh Woe Is Me », elle revient à Keef par sa façon de claquer sa ruffalama. Elle chatouille les bollocks du rock avec inspiration. On ne pourra jamais lui enlever ça. Et elle finit avec un beau shoot de power-pop, « You Don’t Know What You’ve Got ». Elle rugit comme une lionne. Sacrée Joan, dans son genre, elle restera la meilleure.

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             Album arrive dans les bacs en 1983. On y trouve une superbe reprise du fameux « Everyday People » de Sly Stone - Ouuuh cha cha - bien dotée et inspirée. On sent le répondant. Elle tape ensuite dans les Stones, avec « Star Star » mais elle sonne encore comme une ingénue libertine. « The French Song » est beaucoup plus solide, car claqué aux accords de la cavalcade - J’aime faire l’amour surtout à trois - et elle riffe gras, bien à cheval sur les ambiguïtés de la partouze. Avec « Tossin’ And Burnin’ », elle s’énerve et ça lui va bien. C’est un beau cut de pop de juke. Elle passe un joli classique sous le manteau. Franchement, c’est un étrange mélange de rudesse hollywoodienne et de belle pop américaine. Joan s’en sort admirablement. Elle claque « I Love Playing With Fire » à l’accord et le chante avec une pointe de colère, mais ça sent le déjà vu. Elle prend « Had Enough » à l’anglaise, avec un petit filet de morve à la Rotten.

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             Glorious Results Of A Misspent Youth grouille de hits. On voit rarement des albums aussi bons dans les bacs des marchands. Elle attaque avec une belle retape de « Cherry Bomb », le vieux hit des Runaways. Elle fait son cirque - Hello Daddy ! Hello Mom ! - et elle ch-ch-ch-cherrybombe oh yeah ! Admirable ! Elle tape ensuite dans son idole Gary Glitter avec « I Love You Love Me » et fait du heavy glam extravagant. Elle n’hésite pas à faire main basse sur l’empire de ce vieux pervers. Avec « Frustrated », elle délivre sa vision de la pop à grosse bassline. Ça devient très vite fascinant car le cut est solide, malgré un refrain un peu faible, mais elle repart aussitôt après en walking bass. Elle fait son teenage rampage. Avec ce cut, on a tout ce qu’on aime dans le rock. On retrouve la grosse ambiance glam cadavérique qu’elle affectionne particulièrement dans « Talkin’ Bout My Baby », vraie pièce de choix chantée au chi-chi et agrémentée de cris d’hyène des faubourgs. Elle tape dans le pur génie de juke et envoie un solo tordu qui boite. Avec « Need Someone », elle fait du Brill musclé. C’est bourré d’énergie. Joan Jett s’y montre démoniaque. Elle sait allier le sucré et le power. Elle tape un peu plus loin dans le boogie des diables réunis avec « New Orleans », un classique de Gary US Bonds. Gary fait les chœurs. Et ça devient tout simplement énorme. Plus énorme ? Ça n’existe pas. S’ensuit un « Someday », gros groove reptilien sur lequel on marche et dont la peau éclate - Splish splash. Retour foudroyant au glam avec « Push A Stomp » - I say hey hey ! - Joan grimpe directement au firmament du glam, sans demander l’avis de personne. Glorious Results Of A Misspent Youth mérite vraiment sa place dans ton étagère.

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             Good Music passe un peu inaperçu, en plein cœur des années 80. Elle tape dans « Roadrunner » et se prend pour les Modern Lovers, mais elle n’a pas la voix pour ça. Ni pour « Light Of Day », où elle veut passer pour plus méchante qu’elle n’est en réalité. Dommage, car cette compo montée sur un beat glam est rudement solide. L’hit du disque, c’est bien sûr « Black Leather », monté sur un riff insolent et elle nous balade au talking-jive de rapper. Elle sait swinguer un beat. Dommage qu’elle ne le fasse pas plus souvent. Son truc sonne comme une vraie bête de juke. C’est là qu’on reconnaît la grande Joan, la petite punkette de Los Angeles. Sa diction de street girl ne trompe pas. Elle revient au vieux beat Glitter avec « Just Lust », orné d’un joli solo traversier, puis elle tape dans Jimi Hendrix, comme le fait Chrissie Hynde : elle sort une cover musclée d’« You Got Me Floatin’ ». Tout le psyché d’origine est au rendez-vous. Joan se réconcilie avec l’inspiration. Elle redevient la petite teigne qui ne se laisse pas faire. Elle chante ensuite « Fun Fun Fun » un peu faux, mais les Beach Boys au grand complet volent à son secours. Ils sont tous là, Carl Wilson, Mike Love, Al Jardine et Bruce Johnston. Magnifico.

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             Up Your Alley sort en 1988 et elle attaque avec un vieux glam défraîchi à la Glitter, « I Hate Myself For Loving You ». Elle pousse ses raoouuuhhh de petite panthère d’Hollywood, et Ricky Byrd place l’un des solos dont il est le plus fier. Il se dit d’ailleurs inspiré par Leslie West et Jeff Beck, ce qui n’est pas rien. Elle fait une reprise de Chucky Chuckah, « Tulane », bien tapée au beat, mais désolé, Joan, tu ne feras jamais le poids avec un mec comme le vieux Chucky Chuckah. Elle essaie de se rattraper avec les Stooges et saute sur « Wanna Be Your Dog », et c’est raté, car elle chante mal. La pauvrette chante par les narines et elle pousse un petit euhhh juste après le fatidique face to face. Elle croit qu’en imitant un chat qu’on torture elle va pouvoir chanter comme Iggy. C’est atrocement prétentieux. Cette reprise est le comble du déballage de mauvais goût. C’est la raison pour laquelle elle s’est discréditée, à l’époque. On pense à ces mauvais frimeurs des Guns N’ Roses qui se prenaient pour Ron Asheton. Dans cette version inepte, Joan ramène son cher cocotage, ce qui n’a rien à voir avec les Stooges. Mais comme elle est l’enfant terrible du rock américain, on lui passe tous ses caprices. Elle revient ensuite au glam avec « I Still Dream About You ». Il faut un peu de courage pour aller au bout de cet album.

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             Avec Notorious, Joan nous repond un fantastique album. Ça démarre en trombe avec « Backlash », une excellente pièce de rock électrique, co-écrite avec Paul Westerberg. C’est digne des Stones, mais avec de l’épaisseur en plus. Elle nous claque ça au beignet de l’accord. Franchement, c’est elle que les Stones auraient dû embaucher, pas Mick Taylor. Autre perle : « The Only Good Thing » clap-handy dès l’intro et montée sur un riff de gras double. Joan est particulièrement bonne sur ce genre de coup de force. Elle voulait devenir rock star ? Elle est devenue rock star. Elle joue le jeu à fond. Son cut éclate au ciel, dans des tons bien glam. Avec « Nachismo », elle va chercher le gros beat. C’est battu à l’encan. Cut extrêmement intéressant car inspiré et monté sur une basse chantante, un vrai hit de juke. Ils sont trois et Joan envoie ses waouuuh juste quand il faut. Solo à la ramasse, claqué par derrière. C’est tout simplement exceptionnel. On croit que c’est fini, pas du tout. Elle passe une nouvelle vitesse avec « Tradin’ Water » monté sur le beat de Gary Glitter. C’est de l’heavy glam. Elle a tout compris : le stomp et la teigne glitter. Franchement, on peut écouter Joan Jett les yeux fermés, elle ne prendra jamais les gens pour des cons. Elle finit avec un « Wait For Me » claqué au glam angelino. Elle monte son truc à l’œuf de la mayo, le bat au clap-hands et tend l’ambiance avec le suspense du glam. 

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             The Hit List est un album de reprises. Alors, attention aux yeux. Tout le monde n’est pas David Bowie, comme dirait Aragon. Ça commence très mal avec « Dirty Deeds » d’AC/DC. Absolument aucun intérêt. Il faut attendre « Pretty Vacant » pour commencer à rigoler un peu. On entend un gros pounding destiné à singer Paul Cook. Joan descend directement dans le cut - I’ve got no reason it’s all too much - et on reste bien sûr dans la nostalgie des Pistols. Le son est bon, car Joan respecte le travail de Steve Jones. Elle force adroitement sa voix et écrase ses mégots-syllabes. Puis elle tape dans Ray Davies avec une reprise de « Celluloid Heroes ». Le son est là, mais sa voix de fille ingrate ne colle pas à l’esprit chaud de ce classique. Elle ne dispose pas de la grâce requise pour ce genre d’exercice. Elle tape ensuite dans le « Tush » des Zizitops. Elle a beaucoup de chance, car son guitariste gratte des poux sérieux. Elle devient beaucoup plus ambitieuse avec sa cover de « Time Has Come Today ». Elle tente désespérément de compenser le brasier perdu au chant par sa morgue, et ça marche. Joan Jett s’attaque à des classiques hyper-chantés qui sont des modèles de raunch - Rotten, Gibbons et Chambers ne sont pas des petits chanteurs à la Croix de Bois, alors il faut rester prudent - ah ah ! - et elle essaie de pousser du nez. On aime bien Joan pour sa détermination exceptionnelle, même si elle frise parfois le mauvais plagiat. Puis elle refait comme Chrissie Hynde, elle retape dans Hendrix avec « Up From The Skies ». C’est un vrai suicide. Quelle folle ! Le résultat est atroce. Elle essaie le Jetter Hendrix. Bizarrement, c’est peut-être sa meilleure reprise. S’ensuit une cover d’« Have You Ever Seen The Rain » de Fog dont on ne voit pas l’intérêt. Elle tape ensuite dans les Doors avec « Love Me Two Times », avec un son de gratte dix mille fois plus gras que celui de Robbie Krieger. Elle tente de s’aligner sur Jim Morrison, mais c’est flasque. L’exercice des covers reste un exercice périlleux. Elle peut faire sa sombre voyoute, mais ça ne marche pas à tous les coups. Elle transforme le vieux classique des Doors en petite pop. Bel exploit. 

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             S’il fallait qualifier l’album Pure And Simple paru en 1994, on pourrait parler de ‘solid stuff’. Et même de ‘so solid stuff’. Joan revient à son cher glammy gloommy avec « Eye To Eye ». On sent la profondeur dans le son. « Spinster » est une belle pièce d’excellence. Joan y hurle à la limite de ses possibilités. « Torture » est certainement l’un de ses hits du mi-temps. On pense aux biscuits de la Mère Poulard. Quelque chose de classique et d’un peu traditionnel. Au moins, quand on l’entend dans « Rubber & Glue », on voit qu’elle a appris à chanter. En plus, elle est bien accompagnée. Elle a voulu s’entourer de mecs pour éviter de renouer avec le déclin des Runaways, mais on peut aussi ajouter sans vouloir être méchant que le son est autrement plus solide. Ce cut est une magnifique pièce de rock énergétique frappadinguée aux dingoïdes. Joan glisse sur des envolées power-pop et miraculeusement, sa voix suit, un peu éraillée, mais juste. Ses progrès sont spectaculaires. « Activity Grrrl » est bien amené par un grattage de poux légèrement provoquant. C’est relayé par une fantastique basherie de bloomstiquage et Joan pose là-dessus le cocotage dont elle est si friande. Chapeau bas, les gars. Sur ces entrefaites un solo arrive. Il est suffisamment bien roulé pour être pris en considération. Dans « Insécure », Joan fait sa femme mûre - Oh shit yeah - Elle adore jouer les gros bras. Une fois de plus, elle se vautre dans la power-pop. Elle continue dans la même veine avec « Wonderin’ » et passe même à la vitesse incendiaire. Encore une pièce de pure powerfulness avec « You Got A Problem », bien amenée, sérieuse et chantée haut perché. Elle n’a plus rien à prouver.  

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             Evil Stig sort en 1995. Elle est dans sa période Riot Grrrl et elle fréquente les Bikini Kill. Belle ouverture de bal avec « Sign Of The Crab », un punk-rock explosé du ciboulot et derrière Steve Moriarty bat un beurre dément. C’est hallucinant, puissant et défenestré. Moriarty va emmener tout l’album à un train d’enfer. Si vous jouez du punk-rock et que vous cherchez un batteur, contactez-le. « Drinking Song » est encore un fantastique punk-rock envoyé au combat. Ça sonne comme un hit anglais des années de poudre. Joan s’amuse comme une folle. C’est dingue ce qu’elle devient bonne en vieillissant. Avec « Last To Know », ça explose de plus belle. Joan chante dans la couenne d’une vague mélodie. Encore un morceau incompressible avec « Guilt Within Your Head ». Elle y pulse la bonne parole de la punkette de Los Angeles devenue grande. Avec « Whirlwind », elle claque l’étendard du féminisme. Elle rentre dans le chou du beat de « Second Skin » et elle s’énerve, alors chauffe Marcel, comme dirait Jacques Brel. Steve Moriarty bat ça à la vie à la mort. Jamais encore on a entendu un tel dingue au beurre. Elle revient à son cher cocotage pour « Activity Grrrl » et retape à la suite dans le vieux hit de Tommy James & The Shondells, « Crimson & Clover ». Elle alterne bien les accélérations et les ralentissements. Elle sait jouer sur tous les tableaux. L’album se termine avec « Drunks », un punk-rock dur, brutal, battu une fois de plus par ce dingue de Moriarty.

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             Surtout n’allez pas rapatrier ce Naked paru au Japon en 2004, car c’est un doublon de Sinner, paru dans la foulée aux États-Unis. Pas mal de gros trucs sur cet album. Elle recocote de plus belle dans « Riddley », un classique glammy bourré de chœurs et d’écho. Elle reste bien dans son monde qui est celui des clap-hands et des accords rock’n’roll. Elle veille à ce que les ingrédients du rock soient toujours présents. Il faut se souvenir de ce qu’elle disait de sa guitare : elle la sentait sur son pubic bone. Elle cultive à la fois l’élégance du sleaze et la pureté du style. Belle surprise avec « Everyone Knows », chef-d’œuvre d’énormité mélodique, stupéfiant de mise en place, et qui pue le sexe. Autre joli coup : « Change The World ». Elle y va, la petite Joan. Elle a derrière elle un groupe superbe et un batteur fou. Elle poursuit son rêve de rockstar. Elle envoie son classique glam-punk rouler dans les collines. Joan Jett veillera toujours à faire des bons disques. Elle saura toujours tirer le meilleur parti des  power-chords, du pounding, des chœurs d’artichaut, de l’énergie de nez et du chien de sa chienne. Wow Joan, quelle leçon d’intégrité ! Elle tape dans l’« Androgynous » signé Paul Westerberg. On tombe ensuite sur l’heavy, gras et bon « Fetish ». Elle chante ça à la reaînasse. Elle démolit tout avec son gimmick incroyablement heavy. C’est là qu’on comprend ce qu’elle veut dire quand elle parle de vocation. Dans « Watersign » se niche un solo explosif. Voilà un balladif digne de Chrissie Hynde. Écouter Joan Jett, c’est une façon de renaître. Encore du pop-glam de haut niveau avec « Turn It Around », power-chords et bastringue habituel. Puissance infernale de « Baby Blue », les chœurs font exploser la carcasse et c’est ravagé par un solo tellement cacochyme qu’il finit par s’étrangler. Tout ce qu’on aime dans le rock.   

             Quand Ricky Byrd quitte les Blackhearts en 2010, c’est Kenny Aaronson de Dust qui le remplace.

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             Les compiles de Joan Jett sont souvent de très grosses poissecailles. Ça vaut le coup de les pêcher. Flashback et Do You Wanna Touch Me sont parues toutes le deux en 1993. C’est du double concentré de tomate. Flashback propose pas mal de morceaux qu’on ne retrouve pas sur les albums comme « Real Wild Child » (lancé à 200 à l’heure), « Hide & Seek » (bourré d’énergie raunchy), « I Hate Long Goodbyes » (tout simplement bien foutu, accrocheur en diable, belle pièce de power-pop), « Cherry Bomb » (elle joue avec L7, inutile d’ajouter que ça dépote et que ça cocote sec), « MCA » (reprise démente du « EMI » des Pistols, elle chante comme Johnny et réussit l’exploit de sonner comme les Pistols. Elle veut du vrai rock, alors elle est bien obligée de taper dans ce qu’il y a de meilleur), puis elle sort une reprise infernale de « Rebel Rebel », le classique fatal par excellence. Elle est dessus dès l’intro. Elle y va. Pas d’affectation à la Bowie. Elle fait du Jett. On sent qu’elle adore ça. Elle claque ses accords rageurs et nous offre en prime un final explosif. Elle fait aussi une reprise superbe du « Be My Lover » d’Alice Cooper. Elle le bouffe tout cru - And I play guitar in a rock’n’roll band - Quelle bonne pioche ! Du coup le « Bad Reputation » qu’on trouve à la suite reprend des couleurs, il sonne comme un vieux hit pop, avec un solo effroyable. On trouve ensuite « Black Leather », gros glam à la Glitter et l’hit des Arrows d’Alan Merrill, « I Love Rock’n’Roll », l’archétype du stomp à sec - Play my favourite song !

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             Sur Do You Wanna Touch Me, on retrouve tous les vieux coucous de Joan, les reprises de Gary Glitter (« Do You Wanna Touch Me »), « Torture » (heavy pop sacrément bien foutue, le domaine où elle excelle), « Wonderin’ » (belle pop puissante jouée à l’accord électrique, dans la veine Runaways/Pistols), « Cherry Bomb » (version ultra-produite, du coup ça devient un classique glam, c’est d’une qualité irréprochable) et les reprises de Sly Stone (« Everyday People ») et de Bowie (« Rebel Rebel »).

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             Il existe un beau livre d’images au format carré qu’on prendra plaisir à feuilleter, si on aime bien Joan. Le Joan Jett de Todd Oldham paru en 2010 est un bel hommage iconographique à notre glammeuse favorite. On a 200 pages d’images souvent plein pot et on s’en goinfre comme une oie. Les photos sont souvent accompagnées de phrases terribles du genre : « Il existe très peu de gens comme moi qui considèrent le rock’n’roll comme une religion ». Ailleurs, elle dit que tout ce qui compte pour elle, c’est d’être sur scène. Elle raconte qu’elle voulut sa première guitare électrique à l’âge de 13 ans et comme tous les ados de sa génération, elle s’escrima à jouer les accords de « Smoke On The Water », d’« All Right Now » et d’« Iron Man ». Puis elle aborde la période Teenage Glitter Scene et donc la période Runaways. On entre ensuite dans la période solo et elle place une annonce : « Joan Jett recherche trois super mecs ». Ce seront les Blackhearts. Au fil des pages, on réalise à quel point Joan a su rester photogénique. Un vrai p’tit rock’n’roll animal. Elle explique qu’elle a appris à crier en écoutant Marc Bolan dans « Bang A Gong ». On voit pas mal de photos de Joan dans des stades, toute petite face à des gradins monstrueux remplis par des centaines de milliers de gens. Elle leur fait face, avec sa Gibson blanche très bas sur les cuisses. Et sur toutes les images, elle joue en barré. Ses confidences présentent toujours quelque chose de troublant. Elle dit à un moment qu’elle reste toujours très naturelle et qu’elle ne fait que ce qu’elle a envie de faire. « It’s me. What you see is what you get », le fameux wysiwyg d’Apple. On a ce qu’on voit. Elle rappelle qu’elle fait « ça » depuis l’âge de 15 ans et qu’elle s’est toujours habillée de la même façon. Cuir, bracelets à clous, make-up. Personne ne mettra plus son intégrité en doute.  

    Signé : Cazengler, rhum away

    Joan Jett. Bad Reputation. Boardwalk Records 1981

    Joan Jett. I Love Rock ‘N Roll. Boardwalk Records 1981

    Joan Jett. Album. MCA Records 1983

    Joan Jett. Glorious Results Of A Misspent Youth. MCA Records 1984

    Joan Jett. Good Music. Polydor 1986

    Joan Jett. Up Your Alley. London Records 1988

    Joan Jett. The Hit List. Blackheart Records 1990

    Joan Jett. Notorious. Epic 1991

    Joan Jett. Pure And Simple. Blackheart Records 1994

    Evil Stig. Blackheart Records 1995

    Joan Jett. Sinner. Blackheart Records 2006

    Joan Jett. Flashback. Blackheart Records 1993

    Joan Jett. Do You Wanna Touch Me. Blackheart Records 1993

    Dave Thompson. Bad Reputation. The Unauthorized Biography of Joan Jett. Backbeat Books 2011

    Todd Oldham. Joan Jett. Ammobooks 2010

     

     

    Inside the goldmine

     - Peter Span

             Pas facile de situer un mec comme Édouard Spa. Fan de rock, c’est sûr, mais après ? Tu l’écoutes, tu l’observes et t’en déduis qu’il peut être plein de choses à la fois. Faux jeton ? Pointure ? Solide ? Pas solide ? En fait, t’en sais rien. Et puis pourquoi a-t-on toujours besoin de situer les gens ? T’as peur d’avancer trop loin dans une relation ? Peur de quoi ? Peur de te planter ? Ta petite fierté n’en finira plus de te jouer des tours. T’auras passé ta vie à tourner en rond avec les mêmes obsessions. Et pourtant, tu sais bien que tout se joue dans l’action. Le mal vient sans doute de là : le manque d’action. La routine relationnelle. Tu observes Édouard Spa et tu demandes si dans un cas extrême, il te sauverait la vie. T’en sais rien. Édouard Spa s’exprime correctement, il a encore une bonne coupe de cheveux, tu fais quelques pas avec lui et tu perçois son énergie du coin de l’œil, mais tu ne sais pas comment s’établit la circulation des fluides entre son esprit et le tien. Te comprend-il ? T’en sais rien. Disons que le contact est bon, puisqu’il repose sur un respect mutuel. Mais bien sûr, ça ne te suffit pas. D’une certaine façon, il affronte la mort, puisqu’il est malade. C’est un autre cas de figure. Tes meilleurs amis sont passés par là. Ils sont partis en beauté, l’un a refusé la fucking chimio, et avec l’autre, on est allés sur une plage avec deux bouteilles, une de tequila et une de sédatif, pour en finir dignement. Édouard Spa se bat à sa façon. Il vient tout droit du moyen-âge et sort son épée pour combattre un dragon dix fois plus grand que lui. Son héroïsme t’intéresse. Il est capable de vaincre le dragon. En attendant, il te fait écouter des bons 45 tours quand tu te pointes chez lui. Il les collectionne. Encore un bon point. Tu finis par accepter l’idée des «deux catégories» : celle des frères de sang et celle des mecs intéressants. 

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             Pendant que le Spa bâtit sa légende, penchons-nous sur celle du Span.

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             C’est Record Collector qui arrache le Mike Stuart Span à l’oubli, avec un petit article. Ouf ! Enfin, un article, c’est vite dit : juste une page, la rubrique ‘Under the radar’, vers la fin du canard. Tim Card a l’air d’être un connaisseur puisqu’il qualifie «Children Of Tomorrow» de «key British freakbeat/psych 45». On retrouve «Children Of Tomorrow» sur Eddie Piller Presents British Mod Sounds Of The 1960s Vol. 2 - The Freakbeat & Psych Years, sur Chocolate Soup For Diabetics Vol 2 et bien sûr dans le répertoire des mighty Embrooks. Ces références suffisent à situer le Span, petit groupe anglais des sixties. 

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    (Brian Bennett)

             L’arme secrète du Span n’est autre que Brian Bennett, le guitariste. Il dit être entré dans le Span en répondant à une annonce parue dans le Melody Maker. Ils sont au plus mal (pas de maison de disques et pas de manager) quand ils enregistrent «Children Of Tomorrow» en 1968. Ils s’auto-financent. Ils tentent le tout pour le tout. 

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             C’est David Wells qui signe les liners de la petite compile Grapefruit parue en 2011, Children Of Tomorrow. Wells rappelle qu’en 1969, le groupe s’est appelé Leviathan et a enregistré 3 singles pour Elektra, avant que Jac Holzman ne leur coupe le sifflet. Un album enregistré pour Elektra existe, mais n’est sorti que récemment, sur le label de Record Collector. Intouchable. 

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             C’est Stuart Hobday qui lance l’affaire à Brighton. Premier groupe : The Mighty Atoms. Roger McCabe en fait partie. Puis le groupe va devenir le Mike Stuart Span, en inversant les deux prénoms de Stuart Hobday, et Span pour Span, c’est-à-dire étendue. Et puis un jour, leur guitariste Nigel Langham trippe au LSD et saute par la fenêtre, croyant voler. Splashhhh ! Après ça, les mecs du Span ne toucheront plus jamais aux drogues - They became a resolutely drug-free-zone - Dans un premier temps, ils

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    continuent sans guitariste et enregistrent en 1966 leur premier single, «Come On Over To Our Place», une cover des Drifters. C’est ce smash qui ouvre le bal de la compile : pur Swinging London sound ! Inexorable ! C’est orchestré et chanté all over the place ! En 1967, ils enregistrent «Invitation», une heavy pop signée Mike d’Abo. Ambiance Small Faces, t’es hooké. Cette grande pop anglaise explose au firmament de l’underground ! Malgré la qualité des deux singles, EMI les vire. Alors ils se débarrassent de leur section de cuivres et passent la fameuse annonce dans le Melody Maker à laquelle répond le brillant Brian Bennett. Ils passent du r’n’b/Mod craze au rock psyché. Ils entrent en studio pour Decca et tapent une cover du «Rescue Me» de Fontella Bass, et ça donne une pop congestionnée et pleine d’espoir, soutenue par le bassmatic demented de Roger McCabe. Ils enregistrent aussi «Second Production», du full blown électrique et tendu. La fabuleuse puissance du groove t’ahurit. Mais Decca fait la fine bouche et les vire.

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             En 1968, ils montent leur label Jewel et entrent au RG Studio de Morden pour enregistrer «Children Of Tomorrow». Wells parle d’un «full-blown masterpiece». C’est pire que ça : wild as fuck. Fusillé du bulbique, félin et puissant, bardé de tout le barda du monde. Le single tire à 500 ex. C’est pour ça qu’il vaut une fortune aujourd’hui.

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    S’ensuivent «You Can Understand Me» (digne des Hollies) et «Baubles & Bangles», peut-être un peu trop poppy, gâté par des hurlements de gonzesses hystériques. Les Span retournent au RG Studio enregistrer leur chant du cygne, l’effarant «World In My Head», attaqué à coups d’acou et qui, soudain, s’élance vers l’avenir. Brian Bennett te cisaille ça vite fait dans les tibias, c’est une pure approche novatrice, t’es complètement scié. Puis ils te jazzent le «Blue Day» vite fait, Roger McCabe tire les ficelles d’un drive de basse puissant, ils ont un son terriblement moderne. Brian Bennett est un génie, il prend le pouvoir. L’A&R d’Elektra en Angleterre entend ça. Il en glisse un mot à Jac Holzman qui flashe et qui donne le feu vert pour un album, à condition que le groupe change de nom. Ils deviennent Levianthan. Les Span recyclent leurs vieux coucous pour Elektra : «Remember The Times» (qui sonne comme un hit gorgé de power), «Second Production» et «Time». Globalement, t’es complètement flabbergasted par la qualité du son et des compos. Le mystère reste entier : qui peut comprendre que le Span soit tombé dans l’oubli ?

     Signé : Cazengler, Span Span cucul

    Mike Stuart Span. Children Of Tomorrow. Grapefruit Records 2011

    Tim Card : Under the radar - The Mike Stuart Span. Record Collector # 571 - June 2025

     

    *

             Pour entrer quelque part il suffit de pousser la porte. Oui mais ici c’est un porche funéraire, vous n’avez pas peur, très bien, toutefois faites attention où vous posez le pied, le problème c’est qu’il donne direct sur un précipice. Evitez de vous précipiter.

    PRECIPICE

    LYCHGATE

    (Debemur Morti Production / Décembre 2025)

    J.C. Young "Vortigern" : guitar, organ, piano, orchestration / Greg Chandler : vocals / S.D. Lindsley : guitar  /Tom MacLean : bass / T.J.F. Vallely : drums & percussion / F.A. Young : piano, organ / Y.W. : flûte.

             Ce n’est pas un orchestre symphonique mais ça pourrait y ressembler. Si la musique classique vous effraie sachez qu’eux-mêmes définissent leur travail comme la bande-son de notre époque :  Soundtrack pour une dystopie comme ils aiment à dire. Ce n’est pas qu’ils se prennent pour des cadors, mais leur précédent EP s’intitule Also Spratch Futura. Se placer sous l’égide de Nietzsche nécessite un sacré courage. Une ambition démesurée ajouteront les rabat-joie, mais les Grecs nous ont tellement parlé de l’hubris que l’on ne peut être que tenté de franchir  la barrière interdite.  Quand on aura rajouté qu’ils puisent leur inspiration dans la littérature, vous comprendrez que cette singularité m’attire. Cela entre parfaitement avec ce que je nomme méta-metal.

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             Je concède que la couve de l’ouvrage n’incite pas une franche rigolade, est-ce un squelette ou une larve. Un rebut de la mort ou une chrysalide. Nous en reparlerons. Nous remarquons que cette chose emmaillotée en sa propre pourriture ou en sa propre métamorphose est juchée sur le toit d’un temple, c’est-à-dire sur un local qui sert de résidence sur la terre aux Dieux avec qui l’espèce humaine se complaît depuis des millénaires à entrer en communication. N’est-ce pas un peu présomptueux pour ces chétives créatures.

    Introduction : The sleeper awakes : le morceau est inspiré du poème de T.S. Elliot, La Terre vaine, qui conte la désolation intérieure du poëte confronté à ses propres démons et à la coupure civilisatrice qu’eut pour conséquence le conflit de 14-18, cette terre vaine puise ses racines dans la terre gaste que parcourt Perceval dans Le début du roman Perceval ou La Quête du Graal de Chrétien de Troyes. Il va de soi que chacun transporte sa terre gaste à l’intérieur de soi et la projette sur la réalité de son époque. Notes funèbres qui s’épanouissent en chant lointain de cloche, plain-chant d’orgue, la terre dépouillée résonne encore du pas de l’ost qui l’ a ravagée, est-ce ce bruit ancien qui réveille le dormeur, il a mis ses pieds dans l’écho de ceux qui l’ont précédé, son désespoir s’accroît au fur et à mesure qu’il avance, il arpente des ruines, il est perdu… Mausoleum of steel : orchestration tumultueuse, que de bruit pour une méditation infinie, un labyrinthe en soi-même que l’on parcourt sans fin, toute prison est comme la caverne originelle de Platon, le vocal tâte les murs avec rage, ici tout est faux, ce n’est pas le royaume des idées que l’on a perdu mais le rapport avec la beauté du monde, inversion des valeurs, ne pas confondre l’empire de l’emprise avec la connaissance empirique des choses, ce que nous voyons nous l’appréhendons avec la pensée qui nous enferme dans la hauteur vertigineuse de ses propres murailles, qui sont celles du tombeau dans lequel nous n’avons jamais reposé. Violences sonores comme ces coups de marteaux qui enfoncent dans le roc du désespoir les chaînes qui nous retiennent à nous-mêmes, surgit le sifflement d’une flûte qui se moque de nous. Catalepsie sonore. Renunciation : un clavier qui court, une batterie qui forge les armes de la délivrance mentale, et toujours ce vocal chargé l’on ne sait comment d’angoisse et de grandeur, le titre est étrange en quoi et pourquoi le souhait d’une délivrance serait-il une renonciation, si ce n’est pour insister qu’il faille d’abord s’évader de la terre gaste intérieure qui doit bien posséder quelques avantages puisqu’il est besoin de se motiver, le vocal se tait sans doute pour nous permettre de réfléchir. C’est que se délivrer, c’est quitter le cocon caverneux pour accéder à la terre gaste extérieure, celle dont nous sommes le reflet mais que nous ne connaissons que par les anciens chants des poëtes, ils ont chanté les prairies verdoyantes, mais ils ont aussi évoqué les adjacentes contrées de la mort, si je ne peux retrouver les plénitudes ensoleillées du royaume, choisir au moins de mourir dans le lieu même, dans le lieu dévasté du royaume perdu à jamais. The

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    meeting of Orion and Scorpio : musique désolée, la voix murmure, celui qui s’est échappé sur la terre gaste, celui qui a quitté la sombre caverne a rencontré la lumière de l’été de la connaissance, à l’orient se trouve l’Orion, il croyait marcher vers le midi il est allé vers le nord, les pinces du scorpion se sont refermées sur lui, il a voulu fuir, il voulait la beauté du monde, il a longtemps erré avant de s’apercevoir qu’il marchait sur les terres de la mort. Hives of parasites : retour à la case départ, après la mythologie grecque la mythologie littéraire anticipatrice, nombreux furent les écrivains qui nous décrivirent un futur peu réjouissant, E. M. Forster ( 1879-1970) nous a signifié dans The Machine Stops notre avenir comme un retour à la caverne platonicienne, modernisée, les hommes ne sont pas retenus dans les hypogées nocturnes de l’ignorance mais par une machine qui pourvoie à tous leurs besoins  les enfermant dans des alvéoles dont ils n’éprouvent surtout pas le besoin de sortir. Suites de notes interminables, la batterie comme coups de marteau pour nous avertir du spectacle qui va nous être dévoilé : le nôtre, celui d’une humanité gavée, le vocal nous fracasse le crâne, enfoncez-vous bien cela dans la tête, regardez autour de vous, la société ou la machine - choisissez le terme qui vous fait le moins peur - pourvoie à tous vos besoins, vous êtes les abeilles, la reine ou les élites sont là pour vous, juste quelques notes de guitares, inutile de dire un mot, puisque vous n’avez plus nécessité de penser par vous-mêmes, l’idéologie vous est fournie, gobez-là, et silence, acceptez de n’être que la volonté de sa volonté. Pour finir un bref vocal vociférant. Esclaves restez muets ! Death’s twilight Kingdom : douce musique, tintements légers, aubade pianistique, ne vous réjouissez pas, ce n’est qu’une description du peuple des esclaves, le vocal édicte ses explications, l’esclave n’a même plus besoin de maître, les maîtres sont morts, la machine idéologique est morte, plus besoin d’elle, le rythme s’accélère, le monde court à sa perte puisque plus rien n’a de sens, notes comme des gouttes d’eau qui tombent dans l’évier du néant, tout court à sa perte, une corde mugit doucement, retournement inédit : si l’esclave n’a plus de volonté, la volonté n’a plus d’esclave, il lui faudra longtemps pour comprendre qu’il est devenu libre. Un dernier accord perdu qui n’est pas sans rappeler l’ouverture d’Ainsi Parlait Zarathoustra de Richard Strauss. Terror silence : les guitares chantent, car parfois il vaut mieux rire que pleurer, le vocal remet les choses en ordre, il énumère ce qui est en train de se dérouler. Normalement il devrait jouer le rôle d’un comédien de génie qui se roulerait par terre en hurlant de désespoir, non il se contente de hausser la voix c’est l’orgue qui se charge du message final : l’Homme est en train de mourir, la voix reprend, ce que nous voulons nous l’avons, le précipice du néant est devant nous.

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    Nous n’avons plus qu’à nous taire pour effectuer le dernier pas. Anagnosiris : ce mot est à la croisée de la pensée platonicienne et aristotélicienne, la ‘’reconnaissance’’ peut être interprétée comme l’anamemsis, faculté humaine qui selon Platon permet à l’être humain de passer de la connaissance du monde sensible à la connaissance du monde intelligible, beaucoup plus terre à terre Aristote définit la reconnaissance comme le dénouement d’une œuvre littéraire qui révèle comment va se terminer l’intrigue exposée. Moment clef de l’action : musique solennelle, le vocal ne fait pas de cadeau, la révélation n’est pas gaie ce qui est prévu est encore pire que la montée nietzschéenne du nihilisme pour les trois siècles à venir, ce n’est ni plus ni moins que l’effondrement total de l’Humanité. Ce n’est pas le crépuscule wagnérien des Dieux, c’est le crépuscule de l’Homme, surtout pas son amoindrissement, non tout bonnement l’extinction de son espèce. Ne reste plus que quelques notes cristallines, les dieux, comprendre la pensée luminescente de la Grèce, s’éloignent définitivement, mais la voix vindicative reprend, elle hurle, de colère et non de désespoir, nous sommes de retour, non pas sur la terre gaste, mais sous la terre gaste, à l’intérieur d’eux-mêmes les morts ne se tourneront plus vers les dieux, fussent-ils ex-machina, mais vers la pierre définitivement brisée des autels. L’homme est devenu un fossile. L’orgue nous offre, dernier cadeau à la civilisation humaine, un magnifique accord final majestueux. Pangeaea : nous n’existons plus, ni les Dieux, ni les hommes. Ne reste plus que la terre seule. Revenue par la force de notre absence à son état naturel de Pangée initiale. L’orgue fugue, il sait qu’il a tout son temps, mais la voix s’élève, sombre et terrible, mais porteuse d’espoir, la vie recommencera, reprendra son cours, et au bout de l’évolution, une nouvelle espèce humaine apparaîtra. Faut-il penser au serpent de l’Ouroboros… Le groupe se tait, peut-être parce que la pensée de l’Ouroboros pose  une renaissance éternelle mais aussi le retour éternel à la terre gaste. Au précipice.

             D’une beauté noire. Opus somptueux.

    Damie Chad.

     

    *

             Vous savez combien j’aime les choses tordues. J’étais heureux j’avais trouvé un groupe bien tordu. Hélas il en cachait un autre encore plus tordu. Vous connaissez le démon de la perversité cher à Edgar Poe. Je n’y suis pour rien, il m’a poussé dans le dos, bref  je me suis retrouvé face à un autre groupe plus tordu que tordu. Je préparais ma chronique, c’est alors qu’en est arrivé, un quatrième, je n’ai pas pu résister, celui-là il était au-delà du tordu, n’en croyez pas pour autant qu’au-delà de la torsion se trouve la rectitude, contentez-vous d’imaginer un groupe à lui tout seul davantage tordu que les trois autres réunis. Le problème c’est que quand un groupe est réellement tordu, par la loi de la  réciprocité des choses votre cerveau se doit d’épouser une courbure identique à la chose à laquelle vous prêtez un semblant d’attention. Je vous souhaite du courage.

    + (THE OPENING OF HYPERCUBE)

    ÖXXÖ XÖÖX

    (Bandcamp / 2024)

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             J’entends déjà les petits malins ricaner, les trémas sur les noms des groupes ce n’est pas neuf, déjà Blue Öyster Cult en 1972, oui les gars pour vous rapprocher de la cible reculez d’un an, en 1970 Magma, s’exprimait en un étrange langage le kobaïen, notre groupe possède aussi son propre idiome, sur bandcamp ils vous mettent un glossaire, prévoyez une bonne soirée pour atteindre la lettre Z.

    Mais d’abord un petit rappel de mathématique. S’ils mettent le signe + devant le titre de l’album, c’est simplement parce que leur album précédent sorti en 2019 se nommait (ÿ) = Cube. Evidemment vous pensez aux films canadiens Cube, Cube 2, et Cube 0, perso je vous encouragerais plutôt à penser au dodécaèdre de Platon, qui est disons un cube un peu particulier sans être de ce fait tout à fait un cube. Laissons là la géométrie, le groupe commence par vous donner une petite leçon d’algèbre :  ÖxxÖ XööX = 69 car ÖxxÖ = 6 et XööX = 9 en numération binaire décimal. En Ariège lorsque dans les lotos communaux le meneur de jeu tire un jeton il le crie bien fort à toute l’assistance, par exemple : Attention mesdames 69 ! Si vous pensez cette explication un peu trop graveleuse je vous suggère celle-ci : dans la tétralogie de Wagner Siegmund et Sieglinde qui sont frères et sœurs se retrouvent pour engendrer Siegfried.   

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    Maintenant prenons nous un peu la tête. L’album (+) est la suite de l’album (ÿ). (ÿ) symbolisé par la couleur rouge = feu = technologie est dévolu à la rébellion contre la terre. (+) symbolisé par la couleur bleue = eau (= haut en langue des oiseaux) représente l’aspiration céruléenne vers le divin. Les démons de la terre (n’oublions pas que Socrate se vantait d’avoir en sa tête un démon) cherchent à se réaliser par la puissance, d’autres démons cherchent à redevenir les anges qu’ils ont été. Notons que Victor Hugo avait institué un système selon lequel le minéral pouvait devenir végétal qui pouvait accéder à l’animal qui s’est subsumé en homme qui avait la possibilité de s’élever dans les hiérarchies spirituelles. Voir La Fin de Satan. L’ouverture de l’hypercube correspond à sortir du cube pour accéder à l’intelligence divine, que l’on pourrait comparer à un programmateur supérieur…

    Öxxö Xööx (Laurent Lunoir) : musique, paroles, chant masculin, visuels / Rïcïnn (Laure Le Prunenec) : chant féminin / Isarnos (Thomas Jacquelin) : batterie Nür : chant féminin supplémentaire.

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    Cundu(-)Peusanteur : ce premier morceau est un essai de conceptualisation de la nature de la terre. Elle est comme un condensateur qui aspire la lumière. La lumière se densifie se métamorphosant en obscurité. Le côté obscur de la force selon une célèbre formule cinématographique. Il existe une corrélation entre la densification de la lumière et l’obscurantisme de esprit de finesse qui se transforme en esprit géométrique ( merci Pascal)  d’accumulation cubico-géométrique, sur un plan moral et même amoral le mal est le résultat d’une densification du Bien… nous retombons ici sur une vision gnostique qui admet que le Démiurge qui a créé la matière et le mal n’est pas aussi mauvais que l’on pourrait l’accroire puisque sans lui nous n’existerions pas, se rapporter à Leibniz, mathématicien et philosophe,  qui déclara dans sa Théodicée que le monde réel est le meilleur de tous les mondes possibles… c’est d’ailleurs pour accaparer un maximum de lumière densifiée que nous essayons par tous les moyens de dominer nos semblables, afin de profiter de leur force de travail qui n’est autre que l’énergie lumérique densifiée…  Le texte est chanté en leur kobaïen, parfois en français, la musique n'est pas du tout dark, ni très claire non plus, beaucoup de percussion comme à tâtons qui créent comme l’idée d’une reptation transpercées par des espèces d’envolées organiques qui  n’emportent jamais le morceau hors de sa gamme rythmique, le jeu des voix, alternances masculines et féminines forment de fait le véritable background musical, un flot qui bat les rochers du rivage de la compréhension, il n’y a pas à proprement parler de ruptures, plutôt des changements de direction qui sans cesse captent votre attention. Santa(S) Tromperie : qui est trompé au juste. Ne serait-ce pas le Démiurge lui-même, qui ayant dirigé  la lumière vers la terre aurait été lui-même corrompu par la possibilité du mal qu’il aurait engendré. Le mal réside en le fait que la lumière aurait été transformée en énergie. Par le seul fait automatique que l’énergie est une sorte d’expulsion de la lumière contenue en elle-même. L’énergie n’est autre chose que l’exil du divin de sa propre lumière irradiante. Il se peut que les légendes aient  une basse réelle, qu’il ait existé un ange, peut-être le Démiurge, qui ait été expulsé de la plénitude du divin, sans que celle-ci en soit amoindrie… toutefois il est inutile d’accuser le divin ou Satan l’ange déchu de lui-même, si nous sommes victime du désir de puissance, autrement dit du mal, n’est-ce pas parce que nous le voulons bien, parce que nous sommes complices de notre corruptibilité. Poinçons désagréables dans les oreilles qui ne durent pas longtemps, sont très vite suivis par une musique joyeuse, une batterie allègre et des chants qui inspirent joie et confiance, il subsiste bien quelques grincements d’instruments un peu trop conscients de la réalité mais l’ambiance reste guillerette, des murmures toutefois comme si l’on se passait en douce des vérités pas très bonnes à crier sur les toits, mais le rebondissement suivant nous incite à entendre comme un hymne souterrain à Satan, l’on oscille entre le scandale et la honte  mais il est sûr que l’on éprouve pour employer un stupide vocable fort à la mode ces derniers temps une forme de résilience suspecte, un dédouanement, plus près de la compréhension que de la condamnation. La voix masculine s’enroue, les féminines en profitent pour monter vers le ciel et le clavier se prend pour l’orgue de l’Eglise Notre-Dame dans le final du Te deum le jour de Pâques. Dae(8) Intrusion : les démons, ce sont des entités produites par la condensation énergétique de la lumière, sont rusés. Les âmes avides de puissance se laissent facilement vampiriser, les démons boivent leur lumière intérieure, mais d’autres ne se résolvent pas d’elles-mêmes à se laisser envahir. Les démons ont créé les sectes lucifériennes qui présentent Satan comme un innocent expulsé du ciel par un dieu jaloux. Ils proposent un système – entre nous soit-dit pas très éloigné de celui de Victor Hugo – qui donne à chacun la chance de gravir à partir de leur lumière intérieure l’arbre de lumière extérieur qui vous permet d’accéder au divin par vous-même, une tromperie éhontée, la plupart s’y laissent prendre mais certains refusent d’emprunter la voie de ce faux arbre de Noël, passez-moi l’expression, resplendissant des mille feux de ses trompe-l’œil multicolores destinés à finir dans le brasier destructif après la période de ses saturnales infernales, désormais remisées aux calendes grecques. Dans cette musique tout n’est que calme luxe et volupté, l’on baigne dans une douce torpeur, une quiète quiétude, nous ne sommes pas au paradis mais l’on s’y croirait, la voix rauque et masculine nous encourage à ne pas prendre des vessies pour des lanternes, les voix féminines deviennent plus vindicatives, mélodieuses pour retenir vos attentions dans le but de vous dévoiler les ruses infâmes des démons sans pitié qui comptent vous utiliser pour leurs noirs desseins, vous êtes pour ainsi dire entre deux tentations, la musique est agréable mais ce sont les voix qui donnent l’alarme, des chœurs angéliques vous aspirent vers le haut, mais n’est-ce pas votre lumière intérieure qui croyant monter au divin passent dans les entrailles des démons. Sans être comminatoire le ton de nos sirènes s’alarme. Ne soyez pas dupes ! Dïrïü(X)Rébellion : ce n’est pas exactement le moment de la Rébellion, toutefois le stade qui la précède, l’instant où nous accumulons en nous la poudre qui produira l’explosion. Une espèce d’autosuggestion qui consiste à prendre confiance en nous, à savoir qu’il faut nous appuyer sur cette lumière qui est en nous, à l’intérieur de nous car tout est en nous… le morceau est bâti comme une progression, au début un vocal qui répète sa leçon d’écolier, lentement en articulant chaque mot pour s’imprégner de son sens, ensuite ce sont des paliers que l’on franchit l’un après l’autre, tous ne sont pas victorieusement franchis, l’on peine à les traverser, l’on prend exemple sur ceux qui sont sur le même chemin pour mieux prendre confiance en soi-même l’on finit en une apothéose calme, mélodique, l’on a réussi à transformer l’énergie de mort qui se solidifiait en nous en énergie de vie porteuse de courage et d’amour. Ce dernier mot démontre combien le gnosticisme actuel est totalement cannibalisé par le christianisme. Il est étrange de voir comment tout un courant meta-metal à l’origine anti-chrétien pour ne pas dire pro-païen, commence à aborder un étrange demi-tour, une étape de satanisme revendiqué, une station luciférienne qui modifie le statut du diable en archange chassé par Dieu et pour finir un rapprochement avec la figure consolatrice du Christ. Ama(I)Faux Lumière : Ne croyons surtout pas que la partie soit

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    gagnée, l’âme n’en n’est pas pour autant tirée d’affaire, la lumière en nous est porteuse de fausse promesse, avant de se rapprocher du divin elle nous conseille d’améliorer l’homme, c’est ici que nous comprenons pourquoi la rébellion rouge de la matière se déploie par les avancées de la technicité, le transhumanisme est censé augmenter nos capacités, mais il est nécessaire de se détourner de cette voie prométhéenne et nous intéresser à nos semblables, chaque fois que nous manifestons de la compassion envers eux, nous intensifions en nous cette part de bonne lumière. Le rapprochement avec le christianisme devient de plus en plus évident… Le morceau dans sa forme vocale devient une récitation de cathéchumène qui essaie de se persuader de la justesse de sa foi. Cela vous a un fort avant-goût de patenôtres évangéliques. Musicalement le morceau est très curieux, l’on a l’impression qu’il est parsemé de stases luminescentes qui prennent l’allure d’arrêts mélodiques, l’ensemble forme un étonnant cortège d’auréoles phoniques. Or(o)Ames emprisonnées : Ce qu’il y a de terrible avec les sectateurs d’une religion c’est qu’ils ont sans cesse besoin de se justifier à eux-mêmes la motivation de leur foi. C’est un peu du prêchi-prêcha redondant, l’on est les meilleurs puisque l’on est du côté du bien et les autres du mal. Vous exposent leurs mantras sous différent véhicules, ils emploient les termes Yin, Yang et Karma… ne maudissent pas tout-à-fait les entités obscures qui pompent notre lumière, ne sommes-nous pas comme eux, ne mangeons-nous pas les animaux et les végans s’abstiennent-ils de légumes… Qu’importe, ils s’agrippent à leur non-violence comme des naufragés à une épave… Le récitatif continue, les répons d’autosatisfaction  alternent sans répit. L’on sent comme une angoisse, celle de ne pouvoir imposer ses propres idées non pas aux autres mais à soi-même, nous devons reconnaître que les démons ont une influence sur nous beaucoup plus grande que nous le voudrions, nos âmes sont emprisonnées même si parfois le chant éthéré semble prendre son envol, les percussions nous hachent le cœur, et l’envie de tuer qui n’est que l’image de notre attirance pour notre mort devient insupportable. Les âmes connaissent le besoin de se torturer sans avoir besoin d’un bourreau étranger à soi-même. La fin du morceau ressemble au capharnaüm d’un cerveau encombré d’idées et de désirs contradictoires. Splendide. Füch©Ouroboros brisé : grosse déception, point question de mon reptile favori dans ce long laïus, ou alors il faut comprendre que l’Ouroboros, le serpent de l’éternel retour n’est que notre cerveau reptilien, cette notion rapidement évoquée est d’ailleurs la seule qui soit teintée d’une certaine modernité car pour le reste l’on se croirait dans L’imitation de Jésus Christ, en gros tout est de votre faute, si vous commettez le mal c’est que vous ne vous êtes pas assez préparé à lui résister. Cet opuscule vieux de cinq à six siècles qui empoisonna bien des âmes tout le long du dix-neuvième siècle est une véritable mise en accusation de l’âme pieuse qui vient y chercher du réconfort… Sa première phrase : ‘’ Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres ‘’ correspond comme par hasard au jeu Ombre / Lumière, sur lequel est bâti cet album. Z’y vont tout doux, les percus devant les voix presque souterraines, cependant exaltées parce que l’exaltation se doit d’être intérieure, l’on sent une certaine allégresse comme si les difficultés qui les attendent ne leur procurait aucune peur, mais une détermination de se confronter à n’importe quel obstacle, sont en forme car ils se dépatouillent avec des sentiments, des rapports humains, des comportements qui appartiennent à notre sphère culturelle, pas la plus intime, mais extrêmement extime puisque nous vivons dans un milieu d’entregent,  nous sommes donc concernés doublement car tout dépend de nous. Est-ce un hasard si un instrument j’ignore lequel imite un accordéon de bal populaire. Kris(T)Réparation : tiens-tiens le voici donc depuis le temps où l’on subodorait sa présence, bon on tombe dans la casuistique jésuistique, certes il y a deux camps irréconciliables, si l’on appartient à la terre les hauteurs du divin nous sont totalement fermées, définitivement interdites. Le principe est sans appel. Oui mais le Christ est amour. Donc les pauvres peuvent s’ouvrir à la lumière divine. Oui, à une condition, qu’ils se repentent puisqu’ils sont au départ des adeptes de la terre, alors ils auront la permission d’accéder au divin. Attention, ce ne sera pas facile, à plusieurs reprises il est déclaré qu’obtenir ce pardon équivaut à un chemin de croix… Preuve que le Christ avait beaucoup à se faire pardonner. Cette remarque sardonique n’est pas du groupe mais de ma modeste personne. Le ton est grave, nous sommes au moment du partage des eaux, celui où tout s’aggrave, l’on dirait une procession bruissante de psalmodies, les voix féminines montent haut, un peu trop hystériques tout de même, elles semblent mettre le gars en accusation, son dossier est discuté, comporte quelques subtilités accablantes, les percus font le bruit du marteau du procureur qui émet un terrible jugement, l’on se dispute dans le prétoire, l’on ergote sur la recevabilité de son cas, en fait on s’en tient à la déclaration des principes. La musique s’envole vers les cieux. L’on ne saura pas si le pardon est accordé à l’impétrant. Düntö(+)Fly away : Dernières mises au point. Dieu est partout, ceux qui ne suivent pas sa loi n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes. De toutes les manières tout est perdu, il n’y a pas assez de lumière, nous sommes condamnés à mourir. Notre corps nous quitte pour toujours. Mais si nous avons fait le bon choix, notre âme rejoindra Dieu. Il semble que l’on ait abandonné la voie gnostique pour l’autoroute très chrétienne et catholique. Le Dieu d’amour est avant tout un Dieu de justice. Des tambourins résonnent, rehaussés de bondieuseries vocales, l’on chante le droit, l’on semble heureux, l’ouverture du cube consistait en fait sauter le couvercle de l’âme pour qu’elle puisse monter au ciel.

             Idéologiquement parlant cet album est extrêmement déceptif. Par contre question récitatif d’une parole il est assez extraordinaire. Première fois dans un risque de rock où le chant se transforme en vocal, et où les lyrics mènent l’instrumentation.

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             L’on ne peut pas dire qu’ils ne nous aient pas avertis, la couve de l’opus ressemble à une chute d’eau. Si l’on y regarde de plus près transparaît très stylisée la façade d’une cathédrale. Quant à l’ouverture de (+) il est indéniable que Öxxö Xööx culmine en une croix.

             Du rock chrétien en définitive.

             Je ne m’étais pas trompé. Vraiment des tordus. Mais pas dans le bon sens.

    Damie Chad.