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CHRONIQUES DE POURPRE

  • CHRONIQUES DE POURPRE 718: KR'TNT ! 718 : SHARON TANDY / LAWRENCE / LITTLE WILLIE JOHN / FRANCOIS PREMIERS / ANDWELLA / RODOLPHE / SEPSI / PALE HORSE RITUAL / LAVANDULA

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 718

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    08 / 01 / 2026

     

     

    SHARON TANDY / LAWRENCE

    LITTLE WILLIE JOHN / FRANCOIS PREMIERS

    ANDWELLA / RODOLPHE / SEPSI   

    PALE HORSE RITUAL / LAVANDULA

     

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 718

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http://kr’tnt.hautetfort.com/

     

     

    The One-offs

     - Tandy quoi ?

     

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             Passé un certain âge, on commence à voir arriver la nouvelle année comme la dernière. Avant la prochaine. C’est l’avantage d’être entré dans l’ère du sursis. Ce qui n’empêche nullement de jouer au petit jeu des bonnes résolutions. Jadis, on décidait d’arrêter de fumer au premier janvier. Trop facile. Aujourd’hui, on décide d’inaugurer une nouvelle rubrique. Plus difficile.

             Son nom ? The One-offs. C’est-à-dire les 45 tours qui formatent une cervelle pour la vie.

             Jusqu’en 1969, nous vivions dans cette bonne ville de Caen, reconstruite à neuf à l’issue des bombardements américains. Ils avaient rasé la ville, à part quelques fucking églises. Nous logions dans un bel immeuble construit en pierre de Caen. Le balcon de l’appartement situé au 4e étage donnait sur le jardin de la Banque de France, en plein centre-ville. On y voyait un symbole de prospérité. Le p’tit frère avait un copain de classe, un certain Jean-Yves, interne au lycée d’If. Nous disposions alors d’un petit tourne-disque Philips à piles, cadeau du Père Noël. Il était en deux parties, le couvercle se déboîtait et, posé debout, servait d’enceinte. On l’appelait le crin-crin. Avec le crin-crin, le Père Noël avait déposé un 33 tours de Bill Haley, le fameux Rock Around The Clock à pochette rouge. Mais cela ne suffisait pas. On entendait trop d’hits déments à la radio, alors on avait commencé à barboter des 45 tours au Monop du quartier, les fameux EPs français. C’était un jeu d’enfant, le rayon disques se trouvait juste à côté de la sortie. On planquait les rapines dans le double fond du gros bureau en bois que le paternel avait récupéré au siège de la boîte qui l’employait, et qu’il avait fait installer dans notre chambre pour que nous puissions y faire nos devoirs.

             Le jeudi après-midi, Jean-Yves venait écouter des 45 tours avec nous. Comme nous n’en n’avions qu’un petit tas, nous les écoutions plusieurs fois. Et puis un jeudi, il est arrivé avec un 45 tours jaune. Son premier 45 tours. L’«Hold On» de Sharon Tandy sur Atlantic. Le souvenir de ce jour historique est resté précis. Sur le crin-crin, «Hold On» ferraillait sec ! Sharon Tandy chantait d’une petite voix perçante et insidieuse, et pour nous qui étions encore à l’aube des temps, elle sentait bon le sexe, tout au moins l’invitation au sexe. Les couplets étaient gorgés de shuffle d’orgue et d’accords de fer blanc. Et t’avais ce solo d’une sauvagerie jusque-là inconnue, qui n’existait pas chez les Beatles et même pas chez les Who. À part Dave Davies dans «You Really Got Me», aucun des guitaristes anglais que nous connaissions ne sortait un tel ramdam de freakout. Nous étions dingues d’«Hold On». Possédés par le diable, nous dansions le jerk au Palladium.

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             Ce sont précisément ce ferraillage et cette fantastique sauvagerie qui nous ont formaté la cervelle, en matière de rock anglais. Nous apprîmes beaucoup plus tard que le backing-group de Sharon Tandy s’appelait les Fleur De Lys et le guitariste Bryn Haworth, un nom facile à mémoriser ! Depuis ce jour de 1967 - ou peut-être était-ce 1968 - Jean-Yves est resté LE visionnaire. Il voyait tout avant les autres. Il racontait par exemple l’histoire du Velvet comme s’il avait traîné à la Factory, il y avait quelque chose de surnaturel dans sa façon non pas de raconter, mais de conter, qui fascinait tous ceux qui l’approchaient. S’il décidait de devenir Brian Jones, il allait se faire teindre les cheveux en blond platine, et pouf, il devenait Brian Jones. Comme par magie.

             «Hold On» donna le La. Le cirque a duré quasiment soixante ans, jusqu’au moment où Jean-Yves nous a faussé compagnie, voici environ trois ans. Lors de la cérémonie de sa crémation, on fit bien sûr retentir «Hold On» dans la chapelle. Sous cette égide, la cérémonie prit une dimension surnaturelle. Puis on a pris l’habitude de fêter l’anniversaire de la dispersion de ses cendres, qui eut lieu à l’île de Groix, selon sa volonté. Nous sommes six à célébrer cet anniversaire. Dans les six, il y a Jean-Luc, lui aussi un ami de longue date de Jean-Yves mais, comme on avait quitté Caen en 1969, on ne le connaissait pas. On ne s’est rencontrés que beaucoup plus tard, de manière plutôt surnaturelle, au premier rang d’un concert des Mary Chain au Trianon. Singulièrement, la conversation est arrivée sur Caen. À la question : «Connais-tu un mec qui s’appelle Jean-Yves ?», il répondit : «Oui, bien sûr.» On se voit désormais chaque année pour l’anniversaire.

             Un jour il m’appelle pour me dire qu’il est de passage Rouen et qu’il a un cadeau. Dans la grande enveloppe craft se trouve l’«Hold On» de Sharon Tandy sur Atlantic. Le même single sous sa pochette jaune, exactement le même ! Nouvelle manifestation surnaturelle ? Il est évident qu’à ce moment précis, Jean-Yves s’est manifesté via Jean-Luc. Il n’y a pas d’autre explication. 

             Et puis l’an passé, nous avons fêté le deuxième anniversaire de la dispersion des cendres chez Jean-Luc, tout en haut du Cotentin. Nous avons festoyé, rendu hommage à Dionysos et Jean-Luc a sorti ses caisses de 45 tours. Bien sûr, nous avons tous écouté «Hold On» dans le plus frileux des recueillements, profondément convaincus que l’esprit de Jean-Yves rôdait parmi nous.     

    Signé : Cazengler, Tandynite

    Sharon Tandy. Hold On/Stay With Me. Atlantic 1967

     

     

    L’avenir du rock

    - Lawrence d’Arabie

     (Part Five)

             Comme l’avenir du rock se croit supérieur en tout, il refuse d’admettre qu’il peut être le jouet d’hallucinations. Et pourtant c’est ce qui pend au nez de tous, les erreurs dans le désert. Quand le soleil cogne, il est normal que la cervelle chauffe. Et comme la rate, la réalité se dilate. Mais pas pour l’avenir du rock. Il veut garder le contrôle, il en fait une question de dignité, même dans l’état de délabrement critique où il se trouve. Il ne se rend même plus compte que son souci de rigueur morale est devenu atrocement grotesque. Voilà qu’arrive au loin une silhouette familière. Tagada tagada voilà non pas les Dalton, mais Lawrence d’Arabie sur son dromadaire. Il approche rapidement et fait halte à deux pas de l’avenir du rock qui a l’air outré :

             — Mais vous n’êtes pas Lawrence ! 

             — Mais si, je suis Lawrence !

             L’homme porte une casquette à visière transparent bleue et des lunettes de soleil.

             — Vous êtes un usurpateur, Lawrence est bien plus beau que vous ! Il n’aurait jamais porté une casquette aussi laide ! Comment osez-vous monter son dromadaire ?

             — Mais c’est mon dromadaire !

             — Mais c’est pas possible, vous ne pouvez pas vous faire passer pour Lawrence d’Arabie et monter son dromadaire !

             — Mais puisque je vous dis que je suis Lawrence et que c’est mon dromadaire !

             L’avenir du rock trépigne de rage :

             — Mais puisque je vous dis que ce n’est pas possiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiible !

             — C’est incroyable de croiser dans le désert des réactionnaires comme vous. Vous n’avez rien d’autre à faire que de nier l’identité des gens, espèce de globo poujadiste ?

             Pour un homme, quel que soit son statut social, c’est l’injure suprême. Dans le désert, ce genre d’insulte prend une résonance particulière. Si l’avenir du rock survit à ça, ce sera un miracle. 

     

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             Un nouveau Mozart Estate ? Aussitôt paru, tu sautes dessus. T’en baves d’avance. Il a mis une copine tatouée sur la pochette et t’as les paroles imprimées sur un grand poster. Lawrence d’Arabie prend bien soin de ses fans. Tu sais pour l’avoir fréquenté depuis le début, c’est-à-dire le temps de Felt, que son biz consiste à créer la sensation. Il part en mode la la la à la Brian Wilson et vire electro-pop. Tu sens

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    poindre une légère déception. Pendant quatre ou cinq cuts, il ne se passe rien. Pas de miracle, pas de glam, pas de rien. Le glam arrive enfin avec «A Lorra Laughs With Cilla». C’est sucré et délicieux. Un peu plus loin, il donne des ailes à sa pop avec «Donna & The Dope Fiends». Lawrence d’Arabie a ce genre de facilité, et soudain t’as un hit. Mais l’album est rongé par l’electro des machines. La voix est là, mais les machines gâchent tout. Il est en caoutchouc sur «Transgressions», son electro cache la misère compositale. Tu ne peux pas accepter ça. Et puis soudain t’as l’HIT fondamental : «Listening To Marmalade». Le voilà rétabli sur son trône, il a des grattes demented et des aw!, c’est tellement fabuleux que tu l’écoutes plusieurs fois de suite. Lawrence d’Arabie est l’héritier de Slade et de Mott, des Move et des Creation. Avec «City Centre», il ramène encore les grattes de rock et ça change tout. Il ramène aussi du Pretty Vacant et du Jonesing, mais il veille à rester poppy au chant - Ooh the nitty-gritty of your shitty city centre - Te voilà plus que jamais accro à l’Arabeat de Lawrence d’Arabie.

    Signé : Cazengler, le rance d’Arabie

    Mozart Estate. Power Block In A Jam Jar. Cherry Red 2025

     

     

    Wizards & True Stars

     - Le grand Little Willie John

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             Selon Sam Moore et Joe Tex, Little Willie John était le meilleur. Ce petit black de Detroit rêvait de devenir l’égal de son idole Frank Sinatra et beaucoup de ceux qui le connaissaient savaient bien qu’il allait y parvenir. Comme le dit si justement Sam Moore, Little Willie pouvait chanter le blues, le jazz et même tout le bottin du téléphone. On dit aussi que le style de Rod Stewart venait en droite ligne de celui de Little Willie.

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             À une époque, Susan Whitall avait interviewé Mable John pour «Women Of Motown», un petit livre consacré aux divas de Detroit. C’est de là que lui est venue l’idée de retracer l’histoire de Little Willie John qui était le petit frère de la grande Mable John. Little Willie John’s Fast Life, Mysterious Death, and the Birth of Soul est un petit livre dense et dont la sobriété de style fait la grandeur. Elle brosse un portrait extrêmement attachant de Little Willie et réussit l’exploit de le rendre encore plus vivant qu’il n’était. Susan Whitall nous fait galoper dans les rues de Detroit en compagnie du gamin Little Willie et de son copain Levi Stubbs qui deviendra le chanteur des Four Tops. La nuit, Little Willie sort par la fenêtre de sa chambre pour aller participer à des concours de chant qu’il remporte haut la main. Sa chance est d’avoir un père intelligent qui accepte de l’aider plutôt que d’essayer de le recadrer.  Il faut dire que ce quartier nord de Detroit grouillait de gens intéressants : Mack Rice, Bettye LaVette, Smokey Robinson, Jackie Wilson et Aretha, des gens qui allaient tous et toutes devenir les stars que l’on sait. Mack Rice ajoute que tout le monde se connaissait et que tout le monde était le cousin de tout le monde. C’est Johnny Otis qui repère Little Willie, Jackie Wilson et Hank Ballard au Paradise Theater. Little Willie n’a que 13 ans. Ces trois-là vont décoller comme des fusées. Johnny Otis avait déjà découvert Little Esther. Ce mec avait du flair.

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             Little Willie va rester Little Willie. Pas de problème, on comptait déjà pas mal de Little célèbres à l’époque : Little Esther, Little Richard, Little Walter et Little Stevie Wonder. Au moins Little Willie restera en cohérence avec son nom puisque le destin de lui permettra pas de vieillir.   Quand on meurt à 31 ans, on reste un Little.

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             Little Willie s’est rapidement émancipé. Il est allé s’installer très jeune à New York, qui était alors la capitale de l’industrie musicale. Et c’est Henry Glover, un producteur noir embauché par Syd Nathan, qui ramène Little Willie chez King Records. Voilà comment Little Willie est entré dans la légende. Il avait annoncé à sa famille qu’il reviendrait à la maison avec un disque et c’est exactement ce qu’il a fait. Il avait aussi annoncé qu’il conduirait une Cadillac verte et qu’il serait copain avec Sugar Ray Robinson, le grand boxeur. Tout ce qu’il annonçait s’est réalisé.

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             Pour Little Willie comme pour d’autres artistes - et James Brown en fait partie - Syd Nathan était un père tyrannique, mais un père. Pour accompagner Little Willie, Henry Glover fait appel à Mickey Baker qui était alors le guitariste le plus réputé d’Amérique. Willie accomplissait encore l’un de ses rêves : il se retrouvait en studio avec les meilleurs musiciens du showbiz. En 1955, Little Willie portait des costumes taillés sur mesure et conduisait une Thunderbird, ce qui amusait beaucoup Mickey Baker qui l’avait vu porter des costumes trop grands pour lui. Little Willie n’avait que 18 ans. Il ne portait que du mohair, du tweed et de la soie. Il préparait le terrain pour des play-boys en devenir, comme Marvin Gaye et les Temptations. Willie arrivait en studio vêtu d’un costume en soie gris clair, d’une chemise blanche, d’une cravate en soie grise et portait au doigt une bague sertie de quatre diamants.

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    Jimi and Fayne ( Foxy Lady ? )

             Il a commencé très vite à fréquenter les filles, et sa première fiancée fut Faye Pridgon qui allait ensuite passer dans les mains de Sam Cooke, puis de Jimmy James qui ne s’appelait pas encore Jimi Hendrix.

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             Little Willie mit le turbo en récupérant le groupe de Little Richard, The Upsetters, qui de toute façon risquaient de tourner en rond, vu que Little Richard avait jeté ses bagues dans un canal pour signifier son retour à l’église. Avec les Upsetters, le show de Little Willie allait devenir de la dynamite et rivaliser avec celui de James Brown qui avoue qu’il avait beaucoup de mal à tenir le choc.

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             Pour tenir le rythme des tournées, Willie et ses amis buvaient comme des trous. Sam Moore avoue volontiers qu’il fumait de l’héro en compagnie de Little Willie. Tous les grands artistes noirs prenaient des drogues. James Brown n’a fait que ça toute sa vie, comme le rappelle Hal Neely, son manager et producteur chez King.

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             Selon H.B. Barnum, producteur chez Capitol, il n’y avait que deux géants de la Soul : Little Willie et Aretha. Alors Capitol décida de donner une chance à Little Willie, en lui proposant un contrat. Pour Little Willie, c’était la consécration, car Capitol était le label de son idole Frank Sinatra. Little Willie enregistra un album entier, mais comme il avait oublié de dire qu’il était encore sous contrat chez King, la parution de l’album fut bloquée, car Syd Nathan avait lâché ses avocats.

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             Le bon temps n’aura pas duré longtemps pour le pauvre Little Willie : le temps de fonder une famille avec Darlynn et d’avoir deux fils Keith et Kevin, dont il était dingue, d’acheter une maison de rêve à Miami et d’aider sa famille restée à Detroit. Et puis, un soir de virée alcoolisée à Seattle, la choses prirent une mauvaise tournure. Un gros con nommé Roundtree cherchait des noises à Willie. Le p’tit Willie n’aimait pas qu’on lui cherche des noises. Dans la bagarre qui a suivi, Roundtree s’est ramassé un coup de couteau dans la poitrine. Le p’tit Willie a dit qu’il n’y était pour rien, mais des témoins l’ont accusé et il s’est retrouvé dans une taule dure, Walla Walla, pour quelques années.

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             Tout est devenu très confus à partir du moment où on l’a arrêté pour le conduire au ballon, à l’été 66. Sa peine initiale de 3 ans s’était mystérieusement transformée en une peine qui allait de 8 à 20 ans, avec un minimum de 7 ans et demi. Ses proches pensaient qu’il allait s’en sortir en faisant appel. James Brown fit partie de ceux qui vinrent lui rendre visite et il s’alarma de l’état de santé du p’tit Willie. Mais c’était trop tard. Le p’tit Willie n’était plus que l’ombre de lui-même. En mai 68, Darlynn John reçut un télégramme lui annonçant la mort de son mari. Les circonstances exactes de sa mort ne furent jamais élucidées. Pneumonie ? Meurtre ? Rien n’a filtré. Personne n’a cherché à savoir ce qui était arrivé au pauvre p’tit Willie John. Personne. 

             Il nous reste les disks, et là attention, on ne rigole plus.

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             Le p’tit Willie démarre en 1958 avec Talk To Me. C’est de l’avant-Soul, avec son mélange de slowahs sirupeux et de petits mambos de thé dansant. Il tape dans l’heavy jump avec «Uh Uh Baby». Le p’tit Willie est un fantastique shouter, il y va de bon cœur, et t’as même un killer solo flash à la King. Il rocke encore en boat avec «Until You Do». Puis il se lance sur les traces de l’ange Aaron en tapant une cover de «Tell It Like It Is». Il la shoute à l’oss de l’ass. Il a les chœurs du Sacré-chœur dans «Don’t Be Ashamed To Call My Name», un fast gospel ride qui surprend par sa vitalité. Le p’tit Willie est aussi le roi de la prélasse de la rascasse, comme le montre «If I Thought You Needed Me», et il regagne la sortie avec un heavy blues d’époque, «There Is Someone In This World For Me». Il le tient par la barbichette.

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             T’as un très beau Froti-frotah sur le Mister Little Willie John qui date aussi de 1958 : «Don’t Leave Me My Dear». Il groove bien sa mélasse. Quel merveilleux petit roucouleur ! Ça t’émeut au plus haut point, surtout quand tu connais les circonstances de sa mort. Il t’émerveillera encore avec «You Got To Get Early In The Morning», ce petit jump bien frétillant. C’est le royaume du p’tit Willie. En fait, Ace a fait avec lui le même délire qu’avec George Jackson, en prenant soin de son œuvre. Mais la plupart des cuts de cet album n’ont pas de valeur ajoutée. Dans «Home At Last», le p’tit Willie groove en profondeur - My girl is a country girl - Il groove avec de fabuleuses cassures de rythme. Et dans «Are You Ever Coming Back», il se demande si sa baby l’aime encore. Et puis on le voit sauter derrière son micro dans «Why Don’t You Haul Off & Love Me». On l’adore.

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             C’est une grande voix que t’entends sur l’antédiluvien Sure Things, un King de 1961. L’ambiance est au petit mambo, ça ne vieillit pas très bien, mais t’as la voix. Une voix ferme et fruitée. Il peut monter, alors il monte dans «A Cottage For Sale». Il a du potentiel et il peut devenir spectaculaire. Il feule. Ça prend vite de l’ampleur. Little Willie John est tellement précoce ! T’en reviens pas d’entendre cette bête de scène ! «My Love Is» sonne comme «Fever». Même ambiance, même drive de basse suspendu - My love is a deep blue sea - Encore une entourloupe romantique avec «The Very Thought Of You». Ça t’emmène loin. Ce fabuleux interprète pousse bien la chansonnette - I see your face in every flower - Comme le montre «You Hurt Me», il reste bien ancré dans l’heavy slowah. Sa voix tranche bien. Le p’tit Willie dégouline de talent. On comprend qu’il soit devenu culte. Il y a du Ray Charles en lui.

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             Parue en 2002, la première compile qu’Ace consacre au p’tit Willie s’appelle The Early King Sessions. T’es vite frappé par la fantastique présence et l’accent tranchant du p’tit Willie. «All Around The World» sonne comme un vieux hit de juke. Et plus loin, t’as la magnifique tenue de route d’«Home At Last» - My little girl/ Is a country girl - Il est déjà complet comme le montre ce vieux jump d’«I’m Sticking With You». Et tu finis par tomber sur «Fever». Il est au sommet de son lard. Et comme le montre «My Nerves», ça swingue chez King. Il pose encore sa voix au sommet de «Do Something For Me». Tony Rounce a raison de clamer sur tous les toits que le p’tit Willie est le best. Il fout encore le feu à l’early Soul avec «I’ve Been Around» et tu tombes à la suite sur le puissant «Suffering With The Blues». Tu ne t’en lasses plus. Il chauffe encore à blanc «A Little Bit Of Loving» et on sent sa maîtrise instinctive du génie Soul avec «Will The Sun Shine Tomorrow». On teste encore le fabuleux power de la King size avec le swing de «You Got To Get Up Early In The Morning». Pour un early, le p’tit Willie est déjà très en avance. Il donne le tournis, tellement il est bon, «Look What You’ve Done To Me» le sort encore du lot : t’as peu d’artistes aussi intéressants. Il chante l’«I’ve Got To Go Cry» à la cantonade, et c’est pas fini, car voilà l’ahurissant «Uh Uh Baby», un jump qu’il arrache du sol, et dans «Dinner V-Date», une petite gonzesse lui donne la réplique. Ça se termine avec «Until You Do», un jump à la Fats Domino. Le p’tit Willie a ce type se ressort, il peut rocker tout un boat de jump. Fantastique p’tit shouter !  

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    Four Tops

             Bill Dahl rappelle que le p’tit Willie est arrivé avec les pionniers, Ray Charles, Clyde McPhatters, Jackie Wilson et Sam Cooke. Dahl rappelle aussi que Levi Stubbs et le p’tit Wille étaient copains d’enfance et qu’ils participaient ensemble aux concours du Paradise Theatre de Detroit. Le p’tit Willie gagnait toujours le premier prix. Son premier hit sera «All Around The World» et son premier méga-hit «Fever».     

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             Ace consacre une deuxième compile au p’tit Willie : The King Sessions 1958-1960. On y retrouve les cuts de Talk To Me et Mister Little Willie John, et notamment l’extraordinaire chanteur d’«A Cottage For Sale», on retrouve cette voix colorée et lancée vers l’avenir, cette voix qui tranche dans le lard, même chose avec l’ultra-chanté «There’s A Difference», le p’tit Willie ne te lâche plus la grappe. Il chante encore «I’ll Carry Your Love Wherever I Go» à la vie à la mort. Il rocke le boat de Mathusalem avec «Spasms», tape le «Tell It Like It Is» d’Aaron, et on entend des chœurs de rêve incroyablement nasillards sur «Don’t Be Ashamed To Call My Name». Cette compile propose un fabuleux mélange de slowahs dégoulinants et d’early r’n’b ! Régal encore que ce «My Love Is», monté sur le bassmatic de «Fever». Régal derechef avec l’heavy boogie down d’«Heartbreak (It’s Hurting)», bien bardé de la bardasse. King ne lésinait pas sur les basses.

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             Alors attention : cette compile Ace qui s’appelle Nineteen Sixty Six. The David Axelrod/Barnum Sessions pourrait bien être l’un des plus grands disks de Soul de tous les temps. Le p’tit Willie est sorti du placard le temps d’enregistrer 11 cuts chez Capitol, mais comme il est sous contrat chez King, Syd Nathan bloque la parution. Incroyable gâchis ! Autour du p’tit Willie, t’as H.B. Barnum et David Axelrod, mais aussi Carol Kaye au bassmatic et Earl Palmer au beurre. Et ça démarre avec l’incroyable swagger de «Country Girl». T’entends ce fantastique blackos aux abois de la Soul - So glad I’m home at last - On entend une force de la nature. Il gueule son «Never Let Me Go» par-dessus les toits. Le p’tit Willie est un géant, un génie impérieux. La prod est stupéfiante. Il amène «(I Need) Someone» au sommet des possibilités du genre. Tu vas de prodige en prodige. Il plonge encore dans un océan de génie productiviste avec «Welcome To The Club» et t’entends l’un des trois guitaristes gratter des poux de punk dans «Early In The Morning». T’as encore un heavy blues gorgé de génie avec «Crying Over You». C’est Carol Kaye qui introduit le dernier cut à la basse, «You Are My Sunshine», elle groove fantastiquement, avec le shuffle d’Earl derrière. Prod demented ! Puis à la suite, t’as des alternates. Le p’tit Willie se colle tout seul au plafond. Ça swingue au paradis de Kent Soul avec une autre version de «Welcome To The Club», t’as une prod à la Michel Legrand, c’est dire le punch astronomique. Le p’tit Willie reste au-devant du mix somptueux d’H.B. Barnum. Et ce vieux con de Syd a bloqué tout ça ! Non mais, tu te rends compte ? Dans ses liners, Tony Rounce explique que ces bandes sont restées bloquées pendant 40 ans. C’est Billy Vera qui va alerter Ace sur l’existence de ces enregistrements. Pour David Axelrod, c’est «the best album I ever produced that nobody’s never heard.»

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             Pas mal de bonnes surprises sur Heaven All Around Me - The Later King Sessions 1961-63, la quatrième compile qu’Ace consacre au p’tit Willie. T’as l’heavy boogie down de «Take My Love (I Want To Give It All To You)». Là tu tagadates ! Le p’tit Willie peut se montrer aussi incendiaire que Little Richard. Il sait aussi se montrer sirupeux : «My Love Will Never Change» dégouline de spurr. Et puis t’as cet heavy jive incendié au sax, «Doll Face», qui a tous les atours d’un vieux coup de génie. Le p’tit Willie se jette à corps perdu dans le morceau titre, «Heaven All Around Me», qui sonne comme un gospel d’orgue, il y shoote tout son dévolu. Quel p’tit crack ! Il peut gueuler comme un veau et challenger le Soul System. Encore un fantastique heavy slowah : «Come Back To Me». Il le prend à l’accent tranchant. Le p’tit Willie ramone la cheminée de la Soul. Il est à l’aise partout. Il hiccupe sur «(I’ve Got) Spring Fever». Pas de problème. Il fait son Isley sur «Come On Sugar» et il s’accroche à son now you know dans «Now You Know». «Like Boy Like Girl» sonne comme un petit jive de juke d’avant la bataille, et il revient au slowah qui est son cœur de métier avec l’effarant «I Wish I Could». Il y jongle avec les pillow et les willow. Sacré p’tit Willie ! Il chante avec son p’tit chapeau à carreaux sur la tête, tout est dans le pillow et le willow. Quelle clameur ! Puis il s’en va rocker sa compile avec l’hard r’n’b de «Don’t You Know I’m In Love». Il peut te foutre le feu à la grange. Il adore l’odeur du cochon grillé. Solo de sax et King prend feu ! Dans ses liners, Tony Rounce affirme que le p’tit Willie est son all-time favourite singer. Pour lui, le p’tit Willie a inventé «the art of soul singing, quelques années avant que le rhythm & blues ne devienne la Soul.» Il considère que Chuck Jackson, Sam Cooke, Oscar Toney Jr et James Brown «own him a debt of stylistic gratitude.» Rounce rappelle que le p’tit Willie est né en Arkansas, mais il a grandi à Detroit. Il a démarré à l’âge de 16 ans dans le Paul Williams Orchestra, et signé son premier contrat chez King en 1955. Quand le p’tit Willie se retrouve au ballon en 1965, le boss de King Syd Nathan essaye encore de l’aider. Pour Nathan, le p’tit Willie est «in my book, the best vocalist in the US.». Impossible de le faire sortir. La santé de Syd Nathan décline et le p’tit Willie va se retrouver seul face à son destin pourri. Syd Nathan casse sa pipe en bois en mars 1968. Le p’tit Willie va casser lui aussi sa pipe en bois, deux mois plus tard. Pneumonie ? 

    Signé : Cazengler, Little tout court

    Little Willie John. Talk To Me. King Records 1958

    Little Willie John. Mister Little Willie John. King Records 1958

    Little Willie John. Sure Things. King Records 1961  

    Little Willie John. The Early King Sessions. Ace Records 2002        

    Little Willie John. The King Sessions 1958-60. Ace Records 2005 

    Little Willie John. Nineteen Sixty Six. The David Axelrod/Barnum Sessions. Ace Records 2008

    Little Willie John. Heaven All Around Me. The Later King Sessions 1961-63. Ace Records 2009

    Susan Whitall. Fever - Little Willie John’s Fast Life, Mysterious Death, And The Birth Of Soul. Titan Books 2011

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    (1958)

     

    L’avenir du rock

     - 1515 ? François Premiers

    (Part Two)

             D’une voix solennelle, Jacques Sans-Sel interpelle l’avenir du rock :

             — Avenir du rock, dans votre pensée, pas de Freud, pas de Marx, pas de mode, donc vous êtes un provocateur...

             — Pfffff...

             — Vous vous interdisez tout, même la Bible ?

             — Pffffff...

             — Et Dieu dans tout ça ?

             — Pffffff...

             L’avenir du rock sait qu’il a encore fait une connerie. Il n’aurait jamais dû accepter cette invitation à Radioscopix, le radio show le plus pompeux de tous.

             — Devons-nous comprendre que répugnez à parler de votre spiritualité, avenir du rock ?

             — Pfffff...

             L’avenir du rock observe la tronche de cake de Jacques Sans-Sel. Il n’arrive pas à en penser du bien. Et puis sa condescendance commence à sérieusement lui courir sur l’haricot.

             — Votre réserve naturelle vous honore, avenir du rock. Serait-elle la partie visible de l’iceberg de votre intégrité ? Permettez-moi de n’en point douter... On vous sait aussi définitivement réfractaire aux idées de profit, de progrès, de bonheur conjugal, de réussite, de croissance, vous affirmez aussi que le digital est le diable...

             — Pfffff...  

             — On dit encore que vous haïssez les riches, les parvenus, les développeurs, les intellos, les télérameurs, les grosses bites, les footballeurs, les gens qui votent, et surtout les winners...

             — Pfffff...

             — Peut-on dire que, globalement, vous haïssez les premiers de la classe ?

             — Tous les premiers sans exception. Sauf les François Premiers. Pas de problème avec ces mecs-là.

     

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             Si tu veux passer un bon quart d’heure, si tu veux ta petite dose de rock’n’roll local, si t’as besoin de te décrasser les oreilles, si t’as besoin d’oublier que le monde est monde, si t’as envie de taper du pied, si tu crois encore aux vertus d’un bon set de rock, si tu préfères le real deal à la mormoille, si tu en pinces pour les petites

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    communions communautaires, si t’as vraiment envie de voir deux mecs gratter leurs Teles avec une réelle envie d’en découdre, si tu veux voir un groupe qui vieillit bien, alors tu peux aller voir jouer les François Premiers. T’auras tout ça et encore plein

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    d’autres choses : du son, zéro frime, de la suite dans les idées, ils ont en plus un goût pour les covers de choc, à commencer par cette fantastique cover du «Way You Touch My Hand» des Revelons, repris par les Nomads, et là ils t’envoient balader dans la meilleure des stratosphères, ils s’approprient ce vieux classique intouchable

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    et lui redonnent vie de façon spectaculaire. Avec cet hommage aux Nomads, ils basculent dans le rut du rock et t’as cette densité des deux Teles qui te percute le chambranle, au point que tu vas garder la mélodie chant en tête pendant plusieurs jours. Ils tapent d’autres covers qui ne sont pas aussi magistrales, comme le «Don’t Put Me On» des Groovies, ou encore le «So Bad» de Little Bob. Par contre, ils terminent leur set avec un clin d’œil aux Standells : «Sometimes Good Guys Don’t

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    Wear White» et ça passe comme une lettre à la poste. Ils raflent encore la mise avec l’excellent «Franciscopolis», leur premier single, bourré de niaque, et «Space Time» qui t’envoie aussi au tapis. Le set est dense. T’as vraiment pas le temps de t’ennuyer. 

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             Tu retrouves le flashy «Space Time» sur un single, tu le vois virer glorieux, en plein dans la veine des Groovies, bien rauque et rocailleux, avec son refrain éclatant.

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     En B-side, t’as une frétillante cover de l’«Alone With You» des Sunnyboys. Tu retrouves aussi «Salamander Shuffle» sur un autre single, mais il te fait le même effet qu’en concert : pas vraiment d’originalité. Le «Let Me In» en B-side est plus alléchant, car monté sur un gros shuffle et bien tortillé de la tortillette. C’est une cover des Sorrows et donc ça passe comme une lettre à la poste.

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    Signé : Cazengler, fantoche premier

    François Premiers. Le Fury Défendu. Rouen (76). 5 décembre 2025

    Space Time. Poseur 2022

    Salamander Shuffle. Poseur 2024

     

     

    Inside the goldmine

     - Andwella-haut

             André Lat était un petit homme assez imbu de sa personne. On ne tolérait sa présence que parce qu’il était le patron de la structure, mais globalement, les gens ne l’appréciaient pas beaucoup, sauf peut-être la concierge qui lui ramenait son courrier chaque matin avec les derniers potins du quartier. Cette femme relativement jeune n’inspirait pas non plus beaucoup de sympathie, autant dire aucune, aussi les trouvait-on bien assortis. Pas si simple de bosser dans un tel environnement. On a beau essayer de faire abstraction de certains désagréments, la réalité se charge toujours de les remettre en évidence. Au point qu’on redoutait l’arrivée de la concierge en milieu de matinée. André Lat poussait le bouchon jusqu’à lui claquer la bise et essayer de la faire passer pour plus intelligente qu’elle n’était, en lui donnant par exemple quelques détails sur des projets en cours. Bien évidemment, elle n’y pigeait rien, mais elle faisait celle qui s’intéresse. «Ah bon ?». Puis André Lat lui proposait un café, et comme on bossait en open space, on devait supporter cette conversation sans queue ni tête chaque matin, et ça finissait par devenir insupportable. Elle en profitait pour glisser quelques petites vacheries, du genre, «vous savez que certains de vos salariés ne me disent pas bonjour quand ils passent devant ma fenêtre», et la sentant venir, au lieu de demander des noms, André Lat lui expliquait qu’il venait de décrocher un gros budget chez Gaz De France, pour un quiz technique destiné à tout le personnel, à quoi la concierge répondait : «Ah bon ?», comme si elle savait de quoi il s’agissait, et cette conversation quotidienne qui n’avait ni queue ni tête finissait pas se perdre dans des considérations habituelles du genre «il va faire beau aujourd’hui». On se demandait si André Lat baisait la concierge, car il lui arrivait de s’absenter une petite heure de temps en temps, nous disant à tous : «Je reviens ! Je suis à côté !». C’est vrai qu’avec du recul, tout cela n’est pas si grave. Les gens qu’on envoyait jadis bosser au fond des puits de mine devaient en baver beaucoup plus que nous, mais eurent-ils à subir le spectacle d’une telle médiocrité comportementale ?

     

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             Alors qu’on étouffe avec André Lat, on respire au grand air avec Andwella. Ce groupe cultissime monté par David Lewis en 1969 s’appela d’abord Andwellas Dream, puis Andwella.

             C’est tout de même incroyable ! Alex Stimmel a réussi à interviewer David Lewis cinquante ans après la bataille ! Quelle bataille ? Et qui est David Lewis ?

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             La bataille est celle d’Andwellas Dream et David Lewis l’homme à tout faire d’Andwellas Dream : flûtiste, guitariste, chanteur, compositeur, et même brillant compositeur. Écoute le World’s End paru en 1970, et tu sauras tout ce que tu dois savoir sur la brillance compositale. Donc cinq pages sur Andwellas Dream dans Ugly Things ne devraient pas te faire peur.

             En fait, Stimmel centre son pâté de foi sur le premier album de David Lewis, Love & Poetry. Le groupe s’appelle encore Andwellas Dream. Stimmel parle en termes de «top-flight psychedelic songwiting and heavy organ/guitar interplay». Le manque de succès de son premier album va traumatiser le jeune David Lewis.

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             En fait, David Lewis est un petit mec de Belfast qui a commencé par flasher sur Roy Orbison et le British Blues. Il rencontre un groupe nommé The Method et leur manager s’appelle George Mehan. Quand il voit Cream sur scène, David Lewis flashe sur les Marshall stacks et il veut les mêmes. Pas de problème. Mehan sait booker des dates, et pas seulement en Irlande. Il fait jouer The Method au Marquee Club. David Lewis gratte une 1950s Les Paul. Ce qui impressionne son copain Gary Moore. David Lewis rencontre aussi Phil Lynott et Brush Shiels de Skid Row à Dublin.

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             Il décide de rester à Londres, car c’est là que ça se passe. Le nom d’Andwella lui vient en rêve. D’où Andwellas Dream, sans apostrophe. Ils font partie des grands power trios de l’époque. Leur modèle, c’est Cream. Ils sont repérés par une filiale de CBS, Reflection. Le batteur Wilgar Campbell quitte le groupe en plein milieu des sessions pour rentrer en Irlande jouer avec Rory Gallagher qui lui propose un gros billet. Gordon Barton le remplace, mais pour David Lewis, ce n’est plus l’Andwellas Dream original. L’album Love & Poetry sort, mais ne se vend pas. Donc pas un rond. Ce sont les parents qui mettent du beurre dans les épinards.

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             Bizarre que Love & Poetry n’ait pas marché, car David Lewis est un crack du gras double. Il faut le voir ramener des poux bien gras dans le «The Day Grew Longer For Love» d’ouverture de balda. Et t’as en plus le bassmatic extraordinairement inventif de Nigel Smith. Et ça bascule aussitôt après dans le coup de génie avec «Sunday», belle tendance au power-gaga psyché avec de l’écho plein les poux. Quel volume, et quel relief et quel panache ! Avec «Man Without A Name», David Lewis entre bien dans le chou du lard, il ne fait pas semblant. Mais c’est avec «Cocaine» qu’il rafle la mise. Il amène sa coke au heavy groove de gras double de when you come around. Il flirte une fois de plus avec le génie, il gratte de délicieux poux liquides. C’est une merveille de doux sonic wail. La B est un tout petit peu moins dense. «Shades Of Grey» se présente toujours avec ces faux airs de paix sur la terre, mais c’est vite ravagé par la gras double de David Lewis. Et puis t’as cette belle plongée en eaux troubles psychédéliques qu’est «Felix». Superbe ! C’est noyé d’orgue et de bassmatic envoûtant. Incroyable qu’un album de cette qualité soit passé à l’as.

             Après cet échec qu’il considère comme cuisant, David Lewis qui n’a encore que 17 ans,  simplifie le nom du groupe qui devient Andwella. Il revient en studio et John Hawkins qui se prend pour un arrangeur arrose les compos de David Lewis qui n’est pas très content du résultat. Pour Gordon Barton, Andwella commence à sonner comme les Moody Blues. Le bassman Nigel Smith en a ras le bol et quitte le groupe.

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             World’s End est donc le dernier rêve d’Andwella. Mais quel bel album ! T’es happé aussitôt «Hold On To Your Mind» et ce joli background de percus & beurre, c’est même très «Baron’s Saturday» dans l’esprit, et quand David Lewis ramène son gras double, on adhère au parti. S’ensuit un «Lady Love» fantastiquement bien chanté. David Lewis a de l’à-propos. Et quelle compo ! Il a des faux airs lennoniens. L’autre grosse compo de l’album se trouve aussi sur le balda : «I’m Just Happy To See You Get Her». David Lewis chante son ass off et c’est extrêmement orchestré. On retrouve le thème d’intro de «Get Back» dans «Michael Fitzhenry», avec une flûte à la Tull derrière. Mais David Lewis sait muscler un cut, comme le montre «Just How Long». Le gras double n’est jamais loin. Il sait aussi challenger une fin de cut. Quel gaillard ! En B, il chante «Back On The Road» au doux du doux et son «I Got A Woman» est assez Peter Greeny dans l’esprit (Black Magic Woman). Il atteint encore les cimes de la pop anglaise avec ce «Reason For Living» qu’il monte bien en neige, et qu’il farcit d’un joli développement en interne. On retrouve l’intro de «Get Back» dans «Shadow Of The Night», mais traité en thème, avec un piano jazz et ça vire en mode heavy groove de pop flûtée. C’est très anglais.

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             World’s End, c’est bien sûr le World’s End du bout de King’s Road. On s’étonne d’une telle qualité, mais on comprend mieux, quand Tyler Wilcox nous explique dans le luxueux booklet de la red Numero Group que David Lewis vient de rencontrer Bobby Scott, un Américain d’ascendance Sioux/Irish installé à Londres, et notamment compositeur d’«He Ain’t Heavy He’s My Brother», popularisé par les Hollies et Neil Diamond. Scott est surtout un pianiste de jazz qui a joué avec Quincy Jones et Chet Baker, et qui a enregistré un album culte, Robert William Scott et masterminded le What A Beautiful Place de Catherine Howe. Pardonnez du peu. Scott et David Lewis nourrissent une admiration mutuelle. C’est Scott qui compose «World’s End Part 1».

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             Alors intrigué, t’écoutes Bobby Scott et son album sans titre, Robert William Scott, paru en 1970. Tu vas aller de surprise en surprise, et ce dès «Glory Glory Hallelujah», un shoot de gospel blanc, avec des chœurs de filles glorieuses. C’est à la fois très beau et très ténébreux. Il enfonce son clou dans ton oreille avec «Willoughby Grove», un fantastique groove de grove, chanté d’une voix sourde, dans une ambiance à la Larry Jon Wilson. Bobby Scott se positionne dans le croon de round midnite d’une portée considérable, notamment sur «That’s Where My Brother Sleeps», il sonne comme un Ray Charles blanc. C’est en B qu’il atteint la gloire éternelle avec «He Ain’t Heavy He’s My Brother». Il semble épuisé par l’effort, par tant de pureté mélancolique, ça ne tient qu’à un fil. On peut même parler d’éclat mirifique. Il finit son «Woman In The Window» en apothéose d’are you free, et c’est avec le plus dansant «Rivers Of Time» qu’il te marque la cervelle au fer rouge. Quel romp et quelle allure ! Il boucle avec un «Taste Of Honey» comme suspendu dans les jardins de Babylone, ça fait l’effet d’une lévitation mélodique exceptionnelle, assez dénudée dans son essence, mais luxuriante par sa défiance. Tu retournes la pochette et tu vois Bobby Scott s’enfoncer dans les bois.

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             Un deuxième album d’Andwella sort la même année : People’s People. Il est beaucoup plus faible que World’s End. On sent les influences de la pop américaine, notamment The Band dans «Saint Bartholomew». «Mississippi Water» sonne aussi trop américain. Et avec «I’ve Got My Own», il se prend pour Dylan. Même nez pincé et même poids mélodique. Le morceau titre est un balladif de petite vertu. Franchement, qui va aller écouter cet album ?

             Puis CBS va virer Reflection et les droits des cuts de David Lewis vont être revendus sans qu’il le sache. Quand tout s’est écroulé, David Lewis n’a encore que 19 ans. Il ne rentre pas en Irlande. Il s’installe à la campagne, dans le Sussex, et fonde une famille. Puis sur le tard, il ira comme beaucoup d’Anglais s’installer en Espagne.

    Signé : Cazengler, Andwellariflette

    Andwellas Dream. Love & Poetry. CBS 1969

    Andwella. World’s End. Reflection 1970

    Andwella. People’s People. Reflection 1970

    Robert William Scott. Robert William Scott. Warner Bros. Records 1970

    Alex Stimmel : Andwellas Dream. Ugly Things # 58 - Winter 2021

     

     

    *

            Il faut bien que le cercle se referme. Nous avons terminé l’année dernière – même si la chronique est officiellement datée du 01 / 01 / 2026 – par la présentation d’un livre déjà ancien, Les années Rock’n’roll de Rodolphe, or comme un cercle ne se termine que pour mieux recommencer, nous embrayons cette happy new year - goûtez l’amère ironie de cette expression,  nous ferions mieux d’utiliser le titre Under the Volcano du roman de Malcolm Lowry - sur un livre de Rodolphe, ce coup-ci : une nouveauté, encore du rock’n’roll, soyons précis du :

    ROCKABILLY

    RODOLPHEDUBOIS

    (Editions Daniel Maghen / Septembre 2025)

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    J’avais vu la couve sur le net et passé la commande chez ma libraire. En fait je n’avais rien vu. J’avais à peine refermé la porte de la boutique que l’on m’a de loin exhibé l’exemplaire, waouf, ça en jette, une oriflamme, rien à voir avec l’image nettique, un véritable vitrail, un truc qui vous éclabousse les yeux, exit le format timbre-poste, presque une affiche de cinoche, l’on sent que ça va être dur, nos deux héros sont dos au mur, seuls contre l’univers entier, pas adossés à une épaisse courtine médiévale, un vieux truc branlant de planches pourries, n’ont pas d’armes pour se défendre sinon une gratte au manche fatigué, oui mais une Gretsch, vous savez les westerns sans musique… Remarquez le rockab sans guitare, c’est idem…

    Bref, dès la couve Christophe nous montre de quel Dubois il se chauffe, certes sur la dernière page, vous avez une liste de vingt-trois titres pour vous mettre dans l’ambiance, Gene Vincent est le seul, avec Presley, à être crédité de deux morceaux, le genre de détail qui me comble d’aise, tous des pionniers, nous ne citerons que Johnny Carroll, Ronnie Self, Johnny Reynolds, et Barbara Pittman… certes ce n’est pas mal, mais enfin une bande dessinée ne chante pas, va donc falloir tenir un œil sur le dessin et tendre l’oreille pour l’entendre.

    Rodolphe et Dubois ont déjà travaillé ensemble sur les trois tomes de la série TER, et les trois tomes de la série Terre. Si je devais recopier la bibliographie de Rodolphe, je n’aurais plus de place pour la chronique de notre ouvrage. Ce qui suit est un hors-sujet :  je m’aperçois que Rodolphe et Dominique Cordonnier ont créé une série de deux albums, : Tome 1 : Les horizons perdus (1986) et Tome 2 : Saint-Petersbourg (1987), intitulée Milosz. Rien à voir avec le rockabilly. Je n’ai pas lu ces deux albums, et n’en connaissais même pas l’existence, mais le nom de Milosz, un des plus grands poëtes de notre littérature, est un azimut fixe de ma boussole intérieure… Même si les dates et les lieux de leur existence peuvent coïncider, le héros de cette BD malgré cette homonymie n’a rien à voir avec notre poëte un des plus énigmatiques notre lyrique, qui s’en est venu mourir à Fontainebleau, ville impériale où il avait pris l’habitude de venir nourrir les oiseaux dans un jardin public… Je ne rate jamais dans mes chroniques l’occasion d’un hommage fugace à cet arpenteur du rêve…

    Nous voici donc à Hazard, un bled pommé des Appalaches sis dans le sud-est du Kentucky, relativement proche de la frontière avec la Virginie. En fervent mallarmiste je me suis demandé par quel hasard l’action se déroule dans une ville appelée Hazard. La réponse s’avère davantage historique que mallarméenne, les hasards de la guerre y sont pour beaucoup, le commodore Olivier Hazard Perry remporta une victoire décisive sur les forces anglaises lors de la bataille du Lac Erié en 1813. Une centaine de volontaires, vêtus de leurs vestes à franges à la Davy Crockett et armés de leur longs fusils, venus du Kentucky jouèrent un rôle décisif  durant la bataille. De retour au Kentucky, ils insistèrent pour que le soixante-huitième comté de l’Etat portât le nom de Perry… Les premières baraques de rondins construites sur la fourche nord de la rivière Kentucky prirent très vite le nom de Hazard… Comme quoi quelques coups de fusils ne peuvent que précipiter le Hazard.

    Je vous ai fait attendre, excusez-moi, ce n’est pas de ma faute, le train a mis du temps arriver. Le frérot s’impatiente, l’a autre chose à faire de bien plus intéressant, c’est ce qu’il dit parce que dans quelques minutes, il déclarera qu’il ne rêve que de se barrer au plus vite  de ce trou à rat – nous sommes en 1956 ou 1957 - les statistiques sont formelles La bourgade de Hazard a commencé à perdre sa population à partir de la deuxième guerre mondiale – le frérot n’est pas un mauvais bougre, il est là pour remplacer son grand-frère retenu par le boulot à la ferme, en plus il est sympathique il trimballe sa guitare, il en joue et essaie d’improviser des parole sur ce qu’il est présentement en train de faire. Compose un morceau de rockab, c’est dommage que la BD ne soit pas écrite en anglais, car les mots (en français) sur lesquels il s’escrime ne font pas très rockab… Bref la personne qu’il attend arrive. Surprise, il s’attendait à un cageot, à un boudin, non c’est une garce qui a du chien. En plus elle est branchée rockab, elle connaît Buddy Holly, et James Dean.  Perso, autour de moi, je connais des tas de filles qui n’ont jamais entendu parler de Buddy Holly !

    Âmes tendres et romantiques, ne croyez pas qu’ils vont se marier et avoir beaucoup d’enfants. En fait ça ressemble un peu au premier film d’Elvis Presley, Le cavalier du crépuscule. Hank est venu chercher Barbie qui doit se marier avec son frère Bram. Un bosseur, pas branché rockab. Vous savez parfois dans la vie, le mariage par correspondance est un moyen qui vous permet de vous tirer d’une situation pas très smart…

    Le premier repas en soirée se passe bien, Barbie fait la connaissance de la famille. Des mecs bien. Non, pas de femme, si une sœur mais elle compte pour du beurre, la mère a foutu le camp il y a longtemps, bref le père et les garçons ont survécu comme ils ont pu. Barbie est bien reçue… J’ai menti, l’est vrai que le repas est sympa, au début parce qu’à la fin, ça se gâte un peu. L’engrenage s’enclenche…

    Si vous n’avez jamais compris pourquoi André Gide a déclaré famille je vous hais, la lecture de cet album vous aidera. Tout s’enchaîne, le pire et l’horrible s’amusent à tour de rôle à faire la course en tête. Si vous êtes un sociologue de gauche, vous leur trouverez quelques excuses, la misère, l’ignorance, vous ajouterez d’un air docte que dans les coins reculés des Appalaches, la population un peu tarée, l’alcool, le poids de la religion bla…bla… bla… bref vous aurez l’impression que Zola et Céline ont écrit des romans pour la bibliothèque rose pâle…

    Intéressons-nous aux fleurs idylliques qui poussent sur le fumier. Oui Hank se sortira de son patelin pourrave et de sa famille sordide… Il a rêvé d’être chanteur de rockabilly, il le sera. Pourriez-vous espérer une meilleure fin, voire un tel destin. Surtout qu’entre-temps l’on verra Gene Vincent sur scène et l’on croisera Jerry Lou. Bref ça rocke à mort. Mais ce n’est pas tout, après la tornade familiale échevelée, un scénario à la Faulkner, Rodolphe et Dubois font le maximum pour satisfaire vos désirs les plus chers, l’album n’a pas de fin. Il en a trois.

    Pourquoi trois ? Parce que la vie n’est pas un long fleuve tranquille, parce qu’il faut savoir chevaucher le tigre, parce que parfois il faut prendre prendre le temps de réfléchir. Votre bouquin refermé, il faudra faire turbiner vos neurones.

    Un bel album. Les fans de rockabilly adoreront. Ceux qui n’aiment pas le rockabilly risquent de ne pas tout comprendre.

    Tant pis pour eux !

    Damie Chad.

     

    *

    J’ai toujours pensé que les tours n’ont jamais tort. Je bosse par accointance. Je pars d’un rayon qui émane de mon cerveau reptilien. Je ne sais pas où je vais, mais je me compare à un phare qui tourne sans fin sur lui-même dans l’opacité du monde, sans que rien jamais n’apparaisse dans son faisceau… En  tout cas dans la vie réelle dès que j’aperçois une tour, je vais en faire le tour.

    LA TORRE

    SEPSI

    (Bandcamp / Décembre 2025)

             Projet d’un homme seul. Normal, les tours sont souvent solitaires. Un italien. De Turin. Je ne connais pas la langue de Dante, j’ignore si ce prénom est courant en Italie. Toutefois je doute. A la limite un surnom affectueux, là je suis carrément sceptique.  La racine grecque de ce mot nous a donné les vocables sepsis et septicémie. Un état qu’en ce début d’année je ne vous souhaite pas puisqu’il qui vous mène aux portes de la mort…

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             Indice concordant la tour de la couve ne me semble guère en bon état. Je ne pense pas qu’elle soit appelée à survivre autant que celle de Pise…

    Tracce : z’êtes accueillis par un bourdonnement doré de basse funèbre, une mouche qui prend son pied sur un cadavre, puis survient le vocal, un italien en italien, une voix de gorge étranglée, mais quelle faconde, quelle exagération, quelle gesticulation, quelle boursouflure méridionale, certes il a un chagrin d’amour, pas la peine non plus d’en faire trop, lui-même doit s’en apercevoir car il prend la parole, on le croirait en train de prononcer une homélie sur la fin des temps dans la basilique Saint Pierre de Rome, tremblez chrétiens et non-chrétiens, la fin du monde et votre entrée en Enfer sont imminentes, entre nous il ne doit pas être trop croyant, car il reprend son rôle de tragédien, dernière scène du dernier acte d’Andromaque, un réel talent de comédien, rajoutez la batterie qui appuie sur le couvercle du pot de la mayonnaise, et vous êtes servi, l’a tout de même un sursaut, il reprend sa voix sépulcrale et apocalyptique, les temps derniers doivent être terminés  car le morceau s’arrête. Ne croyez pas que je me moque, à la fin du spectacle vous levez et vous applaudissez à tout rompre, ce n’est en rien novateur, mais comme c’est bien envoyé, vous en ressortez tout fier comme si vous veniez d’être nommé premier moutardier du pape par sa Sainteté en personne. Landa desolata : une perceuse qui se prend pour un percolateur, nous étions dans les fastes pontificaux, nous voici transformés en ermite errant dans le désert, l’amour a disparu, ne reste plus qu’une terrible solitude pour l’homme, notre anachorète a bouffé trop de cacahouètes, elles roulent dans sa voie agonique, elles produisent un gravellement ironique, guitare et batterie montent en puissance elles n’ont pas toujours l’habitude d’accompagner une agonie en direct, notre histrion n’en arrête pas moins de jacter pour autant, l’est désespéré de l’état dans lequel il s’est lui-même plongé et l’en devient en colère, il balance son ire contre lui-même, contre son état furibond, et contre le monde entier que son exécration réduit à un désert, l’est maintenant sujet à des hallucinations auditives, qui parle, non ce n’est pas Dieu, même pas le Diable qu’il aurait dépêché pour s’occuper spécialement de vous, véritable suspense, quelles sont ces voies inconnues qui l’appellent… Devant une telle énigme le morceau ne peut que s’arrêter. Vous-même vous le remettez, certes il très malheureux mais vous n‘avez jamais entendu un doom de lamentin de cette nature, qui vous vous procure une telle jubilation. La Torre : enfin la tour, le drone du doom se casse la figure sur sa muraille infranchissable, la batterie fait tout ce qu’elle peut pour disloquer les pierres, efforts inutiles, l’est enfermé dans la tour, en pleine folie, en pleine déraison, il hurle, il maudit, une guitare joue à la scie sauteuse pour lui couper la langue, hélas, elle ne réussit pas, il reprend ses lamentations incoercibles avec encore davantage de virulence, ne riez pas, nous sommes tous des tours, dans lesquelles nous nous sommes enfermés, nous y souffrons, nous y mourrons de solitude, toute tour est intérieure, toute tour est métaphysique, elles sont le premier et le dernier asile, dont jamais nous ne parviendrons à sortir, notre tour est notre mal-être congénital, nous nous énervons, nous  nous démenons contre nos propres démons, nous nous débattons contre nous-même, ce qui explique pourquoi nous ne gagnerons jamais la partie. Un dernier cadeau : une fin consolatrice, de la belle musique, du doom doux, du doom allègre, du doom léger comme autant en emporte le vent, du doom-vin, du doom-vain, un doom qui ne vous fera plus jamais de mal, un doom inattendu, un doom inentendu, que voulez-vous la fureur de la folie se résout souvent en rire inextinguible, car tant que nous sommes fous, nous sommes vivants, la tour tient bon et résiste à tous les assauts, ceux qui viennent de l’extérieur, et les autres les plus dangereux qui proviennent de nous… Vous voici prisonnier de vous-même, sans masque de fer blanc, pour vous, pauvre Pierrot lunaire... Sans Colombine. Sans fard. Ni phare.

             Follement surprenant.

    Damie Chad.

     

     *

             Si je vous proposais de tuer un cheval à la prochaine pleine nouvelle lune, sans doute vous feriez-vous la promesse de ne plus jamais lire une de mes chroniques, c’est vraisemblablement parce que dans les temps anciens vous n’avez jamais chevauché, centaure sans tort, à la tête d’une horde barbare. Vous ne pourrez donc jamais comprendre l’amitié et le pacte de sang qui puissent unir un cavalier à sa monture, un homme avec un cheval. Vous n’avez jamais mêlé votre fluide vital à celui d’un dieu galopant à la longue crinière. Tout ce qui précède pour vous expliquer que la couve de l’album suivant m’a laissé de marbre. Son titre m’a paru terne et dépourvu d’originalité. Oui mais le nom du groupe a éveillé en moi de profonds souvenirs des temps épiques où les hommes et les chevaux ne formaient qu’un seul peuple. Evidemment dans le jeu de feu de ce paragraphe vous rechercherez l’ombre tutélaire et dévastatrice de Poseidon.

    DIABOLIC FORMATION

    PALE HORSE RITUAL

    ( Black Throne Productions / Novembre 2025)

    Formation canadienne basée à Hamilton, ville de plus d’un million et demi d’habitants, sise au Sud de la province de l’Ontario pas très éloignée des Chutes du Niagara. Hamilton fut un centre sidérurgique important, ne nous étonnons donc pas si Pale Horse Ritual s’inscrit dans la constellation Metal.

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    Si vous pensez que la pochette de leur premier album vous semble s’inscrire dans la mouvance de l’esthétique des premiers opus de Black Sabbath, vous n’aurez point tort. Nous sommes face à un jeune groupe qui reprend le sombre travail metallifère à la base, tout en étant conscient du processus arborescent qui s’en est suivi durant plus d’un demi-siècle. Rappelons toutefois que le Retour à l’origine ne signifie pas totalement que l’origine se trouve systématiquement au commencement d’un phénomène. Souvent elle peut se situer avant : ce qui se comprend aisément, parfois après : ce qui exige une réflexion plus intense. La lecture d’Heidegger permet de mieux entendre ce type de  pensée.

    Ceci posé, la couve de Diabolic Formation, blanc, mauve et noir, ne me semble guère magnifique. Tout comme les deux autres pochettes de morceaux sortis d’abord en simple mises en exergue de chacun ces deux titres, son sujet n’effleure que très loin les thèmes traités dans les lyrics. Elles apportent une forte coloration érotique utilisée pour appâter le lecteur, en faisant appel à ses instincts les plus bas. Une basse manœuvre à mettre sur le compte des tours éculés du Diable…

    Un EP  Enchantress est paru en octobre 2024   sous le nom de The Pale Horses. La nouvelle dénomination est carrément porteuse d’une plus grande densité poétique.

    Paco : bass, vocals, acoustic guitar / James Matheson : lead guitar / Will Adams : rhythm guitar, backing vocals, keys / Jonah Santa-Barbara : drums.

    Deflowered : instrumental, une manière comme une autre de ne pas déflorer le sujet. Tout en l’évoquant. Hors de question de mettre n’importe quel morceau plus ou moins bruyant. L’art de tout dire sans prononcer une parole. Sont au niveau de leur promesse, une formation diabolique c’est le cas de dire, une base de basse comme un fondu-enchaîné rehaussée des tintements d’une cymbale entêtante à en devenir angoissante, un riff qui ne se répète pas tout à fait pas comme les autres, ne cherche pas se faire oublier, à se fondre dans le paysage sonore, appuie bien fort là où vous avez mal, ensuite c’est la guitare de Matheson qui vous vous inocule son venin lentement, chaque note comme une goutte de poison que l’on vous verserait dans l’oreille, rappelez-vous c’est ainsi qu’a été occis le père d’Hamlet, un son aussi noir que l’âme d’un adolescent, prêt à sacrifier sa plus belle proie dans l’eau stagnante des marais du vouloir vivre. Glauque ambiance. Wickedness : ne croyez pas que l’on

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    va vous laisser dans l’ignorance, une intro de trêve, un ricanement de guitare, un riff qui se tortille en accordéon pour vous inviter à head banger en mesure, faut bien que votre petit pois qui s’agite dans votre boîte crânienne sache à qui vous avez affaire, Paco vous révèle le nom de son avatar vocal, n’est autre que le prince du mal en personne, Le prince Lucifer, Rofocale comme on le surnomme dans le septième cercle, il ne vous veut pas du bien, entendez son soubassement sardonique, ne vous réfugiez pas dans les croyances chrétiennes, n’espérez rien, il est impitoyable, il ne cache pas, il proclame sa méchanceté sans borne, il connaît tous les pièges. Holy lies : un riff zèbre la nuit sans étoile, les cymbales écrasent toute velléité de lumière, les guitares englobent la réalité d’un ruissellement mortifère, ce n’est plus Lucifer, c’est sa face sombre Satan l’ennemi qui dicte sa loi, qui vous met au défi de lui ravir sa puissance, le background sonore écrase tout sur son passage, l’homme est un tissu royal de médiocrité, une guitare prend feu, le carnage se transforme en cendre…  Save you : dans les disques darkly, faut se méfier des romances, des passages fluides, des guitares romantiques et apaisantes, c’est comme dans les bals des fêtes votives il y a toujours le slow qui tue, c’est ici qu’apparaît le cheval pâle qu’il vous faudra sacrifier, n’est pas un palefroi d’apparent, la bestiole sait rester discrète, n’hennit pas sauvagement, ne frappe pas d’un sabot d’étincelles le sol de roche dure, juste un synthé qui ricane si doucettement que vous avez envie de le caresser, presque rien, un murmure, un trottinement dans votre oreille, des mots de consolation, vocal à l’unisson, tout simple, un survol de mots consolants, un peu à la manière d’un géant qui essaie de ne pas effrayer le chaton perdu que vous êtes, venu miauler à sa fenêtre, il a ouvert et vous entrez, sa voix caressante palpe et apaise vos blessures. Morceau ensorcelant. Sachez rester vigilant, mais qui résisterait à cette suavité sise en sérénité.

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    Bloody demon : changement de climat, après le printemps musical, l’hiver tonitruant, tu as cru avoir choisi le bon cheval, et te voici à jouer aux dés avec les yeux du serpent, à tous les coups tu perds, le riff tire-bouchonne, tire bouffonne pour se moquer de toi, tu t’es engagé dans une partie dont tu ne sortiras pas vainqueur, un solo de guitare vient de te sauver, non le riff lui coupe le son, as-tu remarqué comme ta voix a changé. A moins que ce ne soit l’écho sombre du lieu dans lequel tu es désormais qui la déforme. D.E.D. : le titre t’en persuade, ded de chez dead, tu es mort et bien mort, pas de grands effets musicaux pour saluer ta mutation, juste un doigt insistant sur une corde répétitive, la mélodie s’installe sur les cordes du solo,  tout éclate, la mort t’a libéré de ton corps, la cymbale exulte, la basse applaudit, tu es libre comme l’air, ton âme se balade dans la voie lactée, si la musique est lourde, si ton vocal possède un cou de taureau, ton esprit est léger comme l’air, tu prends de l’altitude, tu t’extirpes du cercle du dieu du bien, et tu échappes au cercle de dieu du mal, tu files droit vers l’incandescence des anciens Dieux immortels et ensoleillés… A beautifull end : attention pour l’apothéose faut les grands moyens - z’avaient déjà embauché la basse et la voix de  Dom Valela pour le morceau précédent, pour celui-ci ils ont rajouté   Doom Walhalla pour jouer le rôle du prêcheur – musique qui flirte avec la grandeur, mais la mort n’est pas aussi simple que l’on pourrait l’accroire, l’est aussi compliquée que la vie, tel est vaincu qui croyait vaincre, difficile pour un mort de s’extraire de ses bases culturelles et cultuelles, l’immortalité n'est pas donnée à tout le monde, encore faudrait-il la mériter… ne jamais se fier ni au Diable, ni à Dieu. S’arrangent toujours pour vous rattraper. Musicalement ce morceau ne tient les promesses de son titre. Liturgiquement parlant, il paraît un peu confus.

             Ressemble un peu au palais du Facteur Cheval.

    Damie Chad.

     

    *

    Encore un opus un peu frappé de la cafetière comme je les aime. Certains se demanderont pourquoi  tant d’obstination à se pencher sur le délitement des choses. L’être humain ne peut s’intéresser qu’à deux versants de l’existence, aux autres ou à lui-même. Ces deux registres d’apparence si contradictoires mènent au même endroit, à un sentiment exacerbé de solitude que ce soit en empruntant la voie d’appropriation (ou de rapprochement si ce terme vous paraît par trop négatif) des autres, soit en vous refermant sur vous-même dans le but ultime de trouver enfin et en désespoir de cause au fond de vous une voie d’appropriation plus efficiente, puisque vous êtes en même temps la proie et le prédateur. En alchimie l’on parle de voie combustive ou de voie de feu. La première demande plusieurs mois, la seconde quelques jours. Dans une existence commune, celle de tout le monde, la première exige toute votre vie, la seconde votre mort. Encore reste-t-il 0 saisir l’intemporalité de votre mort.

    THE DISINTEGRATION OF HUMAN SPIRIT

    LAVANDULA

    (K7 / Bandcamp / Décembre 2025)

    J’aime certains artefacts sonores plus que d’autres, une attirance toute particulière pour ces groupes qui utilisent les anciennes cassettes, l’on subodore des tirages confidentiels, en nos temps de modernité uniformisante et castratrice, ils me font l’impression de guerriers de l’âge atomique qui se remettraient à tailler des silex… un ultime acte de résistance…

    Je ne l’avais jamais remarqué jusqu’à lors. Je rajoute cela après l’écoute de la bande, juste pour vous mettre l’eau (de  mort) à la bouche. Je pense que la comparaison vous apparaîtra comme l’évidence même. Le format rectangulaire d’une cassette ne vous évoque-t-il pas la forme d’un cercueil… Voire celle d’un cercueil à deux places. N’est-il pas vrai que nous ne sommes jamais seuls puisque nous emportons nos rêves avec nous…

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    Lavandula provient de Hagen, ville allemande de la région de La Rhur, autrefois cité sidérurgique qui aujourd’hui abrite surtout des sociétés de services… L’est étrange qu’un groupe ultra dark, apparemment un one woman band, ait choisi ce nom : lavandula est le terme latin désignant notre lavande. Dans le langage des fleurs elle symbolise la tendresse respectueuse !

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    The Chasm Beckons : jusqu’à ce que s’élève la voix malgré le titre qui vous dit que le Gouffre m’appelle, vous pouvez refuser l’inéluctabilité de la descente, un peu comme si vous égreniez de tristes et chers souvenirs auprès d’une tombe, mais lorsque le vocal proféré du dessous vous parvient, lorsque la musique se vrille comme si vos souliers pleins de terre crissaient sur les marches de fer d’un interminable escalier en colimaçon, vous devez comprendre que le titre ne ment pas, vous êtes en pleine descente, lente et vertigineuse, lorsque une stridence battériale vient peser sur votre dos, vous comprenez qu’il n’est pas de retour possible, l’espèce de glapissement vulpinesque s’allonge, la batterie comme des paquets de terre qu’une pelle rejette pour que vous puissiez progresser encore et encore de plus en plus bas, l’énergie vous gagne, vous comprenez que ce qui vous est révélé est ce que l’on appelle le péché originel, non pas la fable d’une pomme partagée mais l’entrée en connaissance de votre origine, vous passez les portes, vous les ouvrez sans regret, vous savez que vous retournez auprès de vos ancêtres. K'dath, Shaped by Dreams :  est-ce la réalité ou l’image sacrée et imaginale, vous voici arpentant une ville fantomatique, des terrassements de guitare, vous avancez et vous dérivez votre déambulation, tout s’accélère comme un film dont la bobine deviendrait folle, n’empêche que votre voix s’étire vers l’infini et la finitude de toute action, le morceau n’est pas très long mais si pénible qu’il semble que ce soit le temps lui-même qui s’étire, le bruit de la minuterie infernale prend la suite de votre parole, maintenant vous hurlez, vous comprenez que vous êtes parmi les fragments les plus terribles de la mort selon les anciens Egyptiens, vous prononcez les rituels les plus obscurs, ceux par lesquels vous vous instruisez des connaissances, réservées aux Dieux mythiques, par  lesquels vous puisez dans le terroir hiéroglyphique de votre immémorialité, et cette horrible sensation que plus vous vous enfoncez dans la terre des cimetières, plus vous devenez vivants.  Desolation Shall Claim You :  ta démarche étouffée, seul le bruit de tes pas alourdi dans  par la cendre des morts, ne seraient-ce pas eux qui t’appellent, qui exercent sous toi, une terrible succion comme s’ils voulaient t’attirer encore plus bas, le son devient plus fort, une escadrille d’avions en piqué, maintenant tu vomis des paroles indues celles qui affirment que tu es dans le cocon protecteur originel et qu’en même temps tu subis ta destinée, qui est celle d’une chute, qui te mène plus bas que bas, pourtant résonne la plénitude des notes du début scandée par des coups de cymbales, jusqu’à ce que tu éructes car tu sens séparé de ta volonté, quelque chose te guide, pourtant c’est-à moi de frayer mon chemin, de trouver la solution de me sortir de là. Conne un loup qui hurle sur mes talons, je continue malgré la hargne de ces hurlements. In Endless Darkness Lies : ce n’est pas la fin, c’est l’infini, violence partout, repos nulle part, maintenant je sais où je suis, je ne suis descendu qu’en moi-même, en mon propre dépérissement, en mon sale pourrissement, je pue la charogne, la musique devient assourdissante, je clame, je déclame, je réclame, je sombre en moi-même, au plus profond de mon propre océan, mes cris m’assourdissent, tout se ligue contre moi, tout me pousse en cette descente infernale, je m’égosille, l’on me regarde mais peut-être est-ce moi qui me regarde, qui porte mon propre regard mental sur moi-même, un être immonde carbonise mes chairs, son haleine me poursuit et m’enveloppe, je suis au plus profond, je m’amalgame à la terre, je me fossilise en pierre. Même ainsi en cet état minéral, je ne suis que moi-même. The Disintegration of the Human Spirit : le morceau le plus long, celui qui ne finit jamais, le calme avant la tempête, le calme après la tempête, maintenant j’ai une vision distincte de cette présence invisible que je ressentais sans jamais parvenir à l’identifier, belles ondes, est-ce un archet qui glisse, en tout cas ça ressemble à un aboiement de chien, la tempête se lève, c’est le moment le plus aigu du rituel, le plus périlleux, celui qui me guidait n’était autre que moi, moi et mon autre moi, mon antre moi, face à face pour le baiser de la mort, il me donne la vie et je lui refile la mort, nous sommes deux jumeaux, nous n’en formons qu’un, maintenant je sais, j’ai compris, je suis moi et je suis lui, que je sois en moi ou en lui, c’est toujours moi qui vis, c’est toujours moi qui meurs, ma voix de chacal assourdissante, je suis la mort, je suis la vie, je suis aussi le passage de l’une à l’autre et le change de l’autre par l’une, à moins que ce ne soit le contraire, le péché originel est de savoir que celui qui meut ne meurt pas, que celui qui vit ne meurt pas non plus, l’esprit en perpétuel anéantissement, en perpétuel devenir, une bouteille à la mort bouchée hermétiquement,  qui garde son secret pour elle-même, un tour de passe-passe incompréhensible pour les vivants qui ne sont pas morts et pour les morts qui ne sont pas vivants. Accompagnement morbide mais triomphal. Ne l’oubliez pas tout est égal. Je suis l’abîme et l’obélisque.

             Je ne dis pas que vous ne sortirez pas vivant de l’écoute de cet opus, juste pour ne pas vous décourager.

             Sombre et magnifique.

    Damie Chad.

     

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 717: KR'TNT ! 717 : BOBBY WOMACK / BLACK REBEL MOTORCYCLE CLUB / TOM WILSON / AL WILSON / RAMONES / RODOLPHE / LIGNUM MORTIS / SHADOWS TALLER THAN SOULS

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 717

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

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    01 / 01 / 2026

     

     

     BOBBY WOMACK  

    BLACK REBEL MOTORCYCLE CLUB

    TOM WILSON / AL WILSON / RAMONES

    RODOLPHE / LIGNUM MORTIS

    SHADOWS TALLER THAN SOULS

     

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 717

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    Wizards & True Stars

    - Womack the knife

    (Part Two)

     

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             Il se pourrait bien que Bobby Womack soit l’un des personnages les plus centraux de l’histoire de la musique américaine. Par central, il faut entendre qu’il est au centre d’une galaxie d’autres personnages centraux. Il est aussi central que le fut Nico dont la galaxie comprenait Dylan, Lou Reed, Calimero, Andy Warhol, Jimbo, Brian Jones, Iggy Pop, Fellini, Philippe Garrel, Delon et John Cooper Clarke. Celle du p’tit Bobby comprend Sam Cooke, Pops Staples, James Brown, Jimi Hendrix, Ray Charles, Chips Moman, Janis Joplin, Wilson Pickett, Ike Turner, Jim Ford, Sly Stone, Ronnie Wood et donc les Stones. Il détaille tout ça dans son autobio : My Story 1977-2014. Le p’tit Bobby est donc un personnage considérable.

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             Nous n’allons pas revenir sur ses albums. Lorsqu’en juin 2014, le p’tit Bobby a cassé sa pipe en bois, nous lui avons rendu un p’tit hommage ici-même en déroulant l’habituelle revue critique de sa looooongue discographie. Ça peut avoir un côté gnan-gnan, et bien sûr, chaque fois on se pose la question : faut-il vraiment le faire ? Comme toujours, la réponse est dans la question. Comment peut-on oser évoquer un artiste de ce calibre sans rechercher une forme d’exhaustivité ? L’œuvre cache parfois sa grandeur dans la longueur. On l’a découvert en lisant certains de ceux qu’on appelle aujourd’hui les ‘auteurs classiques’. Le p’tit Bobby est un auteur classique. Il faut le ranger dans l’étagère à côté de Balzac et de Maupassant. Son œuvre est celle d’une vie. Sa p’tite autobio éclaire bien cette vie passionnante.

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             Pour la p’tite histoire : on avait ramassé ce p’tit book chez Smith, rue de Rivoli, en 2015, comme l’indique l’étiquette qui est encore collée au dos. Dix ans plus tard, on le sort de la pile, parce qu’on décide qu’il devient soudain plus prioritaire que les autres. Et comme il n’est pas lié à l’actu, sa lecture est plus pépère. On s’invente des compromis, on négocie du temps au temps - Chronos, donne-moi huit jours ! - Par contre, on ne sait pas si Chronos nous donnera le temps de lire toute la pile. Car il en arrive toujours d’autres - Des p’tits books, des p’tits books, toujours des p’tits books, sur l’air du Poinçonneur Des Lilas - L’avantage c’est que ça occupe. Pendant qu’on lit pour devenir liseron, on ne fait pas de conneries.

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             En plus d’être au centre d’une galaxie de superstars, le p’tit Bobby est un fabuleux romancier. Pour la p’tite histoire : peu de temps après que son protecteur Sam Cooke se soit fait dessouder, le p’tit Bobby a épousé sa veuve Barbara, ce qui l’a mis au ban de la société. Et puis quand le p’tit Bobby s’est mis à sauter en douce Linda, la fille de Barbara, les choses ont mal tourné. Et c’est là où le p’tit Bobby a de la veine : comme Barbara est arrivée avec un calibre pour le buter, le p’tit Bobby démarre son prologue avec cet épisode - My wife was packing a .32 pistol. It was the first thing I saw - C’est pas donné à tout le monde de se faire canarder par sa femme. Et puis voilà Linda qui accourt pour demander à sa mère d’épargner le p’tit Bobby, et elle répond : «I’m not gonna shoot the bastard, I’m gonna kill him.» Finalement, elle tire dans la porte du garage, elle ne le bute pas, c’est pourquoi on peut lire ce p’tit book. Le p’tit Bobby se raconte planqué dans le garage, en calbut, car il sort du lit de Linda. Il est terrorisé - I was scared shitless. I had done something wrong, terribly wrong - Il ajoute qu’il avait laissé sa queue lui dicter sa conduite, «but dick has no concience», comme nous le savons tous, et comme le raconte Aragon dans Les Aventures De Jean-Foutre La Bite

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             À la fin de ce prologue qu’on croirait rédigé par un professionnel du thriller, le p’tit Bobby fait un premier bilan : son mentor Sam Cooke est mort, Barbara sa veuve, vient d’essayer de la buter, Linda qu’il aime va épouser le frère du p’tit Bobby et n’adressera plus jamais la parole à sa mère - That was all really fucked up. And it wasn’t about to get better - Nous voilà donc tous plongés dans un p’tit book captivant.

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             Tu veux de l’Americana ? Lis ce p’tit book. Le p’tit Bobby évoque l’autre Americana, celle du peuple noir - I was born in a ghetto. This particular ghetto was in Cleveland, Ohio. The neighbourhood was so ghetto that we didn’t bother the rats and they didn’t bother us - C’est pas loin de Dickens. Son père s’appelle Friendly, il a 7 frères et 8 sœurs. Sa mère a 8 frères et 7 sœurs - It was a big family - Mom a 13 ans quand elle épouse Friendly qui en a 19. L’Americana, c’est surtout ça. La mère du p’tit Bobby met 5 baby boys au monde et chaque fois, elle pleure, car elle voudrait une fille. Mais elle n’en aura pas. Le p’tit Bobby est le troisième, on le baptise Robert Dwayne, Bobby for short. Bobby a une santé fragile - My mother said I was real weak, and every couple of months I came close to checking out - Tous ses frères ont des surnoms : l’aîné, c’est Jim, puis The Colonel, puis Bobby, puis Goat, mais il ne sait pas pourquoi on l’appelle Goat, puis Cecil, or Cornflakes, parce que ses mains pelaient «and to us that looked just like cereal». Toutes ces pages s’avalent d’un trait, car le p’tit Bobby est fabuleux styliste. Il s’exprime dans sa vraie langue, qui est le black slang, and Gawd, il faut voir comme ça sonne. Un autre exemple : «Chicken was the dish most blacks ate. It was wolfed down with watermelon.» Mais il explique que la viande du poulet est réservée pour l’église, les pauvres ne récupèrent que le cou, le croupion et les pattes «with the talons still on them. My mom would fry up those claws real good for dinner». Et puis bien sûr, le p’tit Bobby évoque les blancs. Son père met les cinq frères en garde contre les blancs : «Never look away when you’re passing white folk; that’s when they will hit you.» Le p’tit Bobby se souvient aussi d’épisode étranges, comme le simple fait d’entrer dans une boutique ou un ascenseur «and hear some little white kid ask, ‘Mom, is that a nigger over here?’» Le p’tit Bobby comprend que les blancs sont dangereux, et que les blacks n’ont pas d’autre choix que de devenir athlètes ou musiciens. Sinon, ils restent coincés toute leur vie dans leur quartier. Americana toujours : le p’tit Bobby récupère une gratte. Il manque une corde, mais il gratte de l’André Segovia, de l’Elmore James et du BB King. Il sait tout jouer à l’oreille, classical music, Soul, country & western, and rock’n’roll - I played my ass off.

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    Bobby à la guitare, orchestre de Ray Charles (1966)

             Le style ! Le p’tit Bobby en a. Quand il évoque le draft, au moment de la guerre du Vietnam, il balance ça : «I didn’t want anything to do with Wietnam. I thought I’d gone through enough shit just to end up in a lousy war trying to dodge a bullet.» Au moment où il se fait virer par Ray Charles, il résume ainsi : «I was canned by Ray en 1967. Jobless and potless again. Fuck. I was going nowhere as a solo artist.» Son rapport à l’argent fait partie de l’héritage du ghetto : «It was the same mentality with banks. Didn’t trust them. None of us did. I was probably in my mid-twenties before I had my own bank account. I used to keep my money in my shoe.» Et quand il devient riche et célèbre, voici comment il se décrit : «So I went shopping. Washed the car - my little white two-seater Merc, not the Rolls - and off I went  for a spin. I drove down Sunset Boulevard, just cruising, sat in that little sports car with my big old medaillon on and a cowboy hat. I looked good, I thought. Il also thought, ‘Fuck this shit, I don’t need a motherfucking wife, I need a drink.» Americana toujours.

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    Curtis Amy = Curtis Aimey

             Un jour, le p’tit Billy se retrouve au plumard avec une gonzesse tellement grosse que personne ne veut la baiser. Il se dévoue et raconte ça dans le détail. Si tu veux mourir de rire, c’est là  : «We got started, but it was pretty rough going. Betty was just so big. Man, every time I thought I had it in there, she told me I’d just found a roll of fat. There was just no much flesh, it was terrible.» Il raconte ailleurs qu’en tournée avec Ray Charles, il partage sa chambre d’hôtel avec le saxophoniste Curtis Aimey. Curtis a besoin de dormir la fenêtre ouverte, même en plein hiver - He’d push it open, snow would fly in the hotel room and I’d close it. He’d push it open again - it could be a blowing blizzard - and I would close it again. He said he couldn’t breathe. I said I couldn’t sleep, not with the gale blowing through the room - C’est presque du Charlie Chaplin.

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             Le p’tit Bobby découvre les Soul Stirrers à l’âge de 9 ans - They would change my life around - Et pouf, il embraye sur «the good looking» Sam Cooke - Sam was about 165 pounds, real slim, about  five foot ten, maybe a little more. (70 kilos et 1,70 m) He looked cool, wore sharp outfits. Always neat. Always. He didn’t need a suit to look smart - Né à Clarksdale, Sam a 13 ans de plus que le p’tit Bobby. Ce fils de prêcheur a grandi à Chicago - Cooke and the Soul Stirrers got on something called the gospel highway. Now this was showbiz, man - Le p’tit Bobby et ses frères font un gospel band, the Womack Brothers et ils ouvrent pour Sam on the gospel highway. C’est le père Womack  qui manage les Womack Brothers, mais il bosse à l’ancienne, à l’opposé de Pops Staples qui regarde vers le futur. Quand le p’tit Bobby dit à son père qu’il veut jouer du boogie-wwogie, son père le roue de coups - I’m going to boogie your woogie!

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             Le p’tit Bobby croise aussi les fantastiques Five Blind Boys Of Alabama d’Archie Brownlee. Quand les Blind Boys débarquent à Cleveland, ils font savoir qu’ils cherchent un guitariste et le p’tit Bobby va gratter ses poux pour eux. Il n’a que 13 ans.

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             Sam Cooke et son manager JW Alexander créent leur label, SAR (les initiales de Sam & Alex Records). Ils signent l’ex-Soul Stirrer Johnnie Taylor, Johnny Morrisette et the Sim Twins. Ils veulent aussi le groupe du p’tit Bobby. Sam lui explique en outre que le gospel va passer de mode et qu’il faut évoluer - I want you to write something with crossover appeal - C’est JW qui conseille aux Womack Brothers de changer de nom et de s’appeler The Valentinos. Ils remplacent ‘God’ dans les cuts par ‘girl’. Puis le p’tit Bobby découvre la réalité du music biz - The whole business was about screwing, c’est-à-dire se faire enculer - Alors il préfère la méthode soft de Sam, avec de la graisse, plutôt que la méthode dure, avec du sable - Or get screwed with sand. That was  painful - Le p’tit Bobby sait dire les choses.

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             Et hop, c’est parti pour les Valentinos. Ils ont besoin d’une vraie formation professionnelle, alors Sam les envoie tourner avec James Brown. Pas de meilleur prof. Le p’tit Bobby sait que Sam et James Brown se respectaient, mais il savait aussi que Sam voyait James Brown  comme un «arrogant motherfucker, a real rough ghetto kid.» C’était réciproque. Plus tard, James Brown dira au p’tit Bobby qu’il était jaloux de Sam, parce qu’il était beau et grand, alors que lui, James Brown, ne l’était pas. Ça se passe en 1962 ! Bien avant la bataille. James Brown est déjà un big performer. On trouve aussi à l’affiche de la tournée Solomon Burke et Freddie King. James Brown donne cinq concerts par jour. Le p’tit Bobby raconte aussi que Solomon Burke cuisine dans sa chambre d’hôtel et qu’il a toujours de la bouffe à vendre, du popcorn, du poulet ou des burgers. Il voyage avec ses ustensiles de cuisine. Plutôt que d’aller bouffer au resto, les musiciens vont dans sa chambre, car Solomon casse les prix. Il monte tout seul sur scène avec son ukulele - He didn’t have no band, but he sure as hell knew how to work a house. He could fill the hall with his voice, didn’t need no microphones - Dans les pattes du p’tit Bobby, les portraits prennent des proportions considérables !

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             James Brown leur apprend tout - You had to earn his respect to be in his army - Grâce à lui, les Valentinos apprennent to «kill the house». Et le p’tit Bobby ajoute : «I learned perfection from him.» Et ça encore : «He tried to teach us some stagecraft because we had none.» Pour un débutant, James Brown est la meilleure école. C’est un bel hommage que lui rend le p’tit Bobby.

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             Paru en 1964, le quatrième single des Valentinos est le fameux «It’s All Over Now». Mais ce sont les autres qui vont se faire du blé avec. Andrew Loog Oldham rencontre JW Alexander pour acheter le cut, et ce sont les Rolling Stones qui vont cartonner avec. Le p’tit Bobby se fend bien la gueule car il apprend que les Stones se construisent une image de bad guys en pissant contre une porte de garage, puis ils veulent se taper «a slice of blue-collar R&B and they went to Sam to get it.» Sam dit au p’tit Bobby que les Sones n’ont aucun talent, que leur chanteur ne sait pas chanter et qu’ils jouent out of key, «but there ain’t nobody like them.»  

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             On retrouve leur cover d’«It’s All Over Now» enregistrée chez Chess sur 12x5. Et ce fut leur premier number one en Angleterre. Merci p’tit Bobby ! Mais il est furieux, jusqu’au moment où il touche un premier chèque de royalties. Alors il ferme sa gueule. Il essaiera par la suite de leur refourguer d’autres cuts, car il trouve ça rudement rentable.

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             En 1962, le p’tit Bobby qui n’a que 18 ans devient le guitariste de Sam. C’est lui qui gratte ses poux sur «Twisting The Night Away». Sam fait maintenant du rock’n’roll. Le p’tit Bobby raconte aussi qu’en tournée, la première chose que fait Sam lorsqu’il arrive en ville, c’est de chercher une librairie. Il incite aussi le p’tit Bobby à lire. Comme il est encore très jeune, tout le monde le charrie. Il n’a pas vraiment accès aux gonzesses. Sam lui dit de se laisser pousser une moustache. Il lui conseille aussi de boire un ou deux martinis, mais pas trop, et de fumer une clope au bar. Chaque soir, le p’tit Bobby voit Sam entouré de gonzesses - I’d watch him pull chicks any night, all night - Mais le plus important reste la musique - Sam liked my unorthodox style - Sam trouve que son protégé joue avec the spirit, «you don’t play with no music». Effectivement, le p’tit Bobby n’a aucune formation et il ne sait pas lire une partition. Tout à l’oreille. Et Sam en rajoute une louche : «The way you play, it makes me sing.» Le p’tit Bobby voit Sam comme son big brother. En 1963, Sam part en tournée dans le Sud, avec une belle affiche : Johnny Thunder (sic), The Crystals, Dionne Warwick and Solomon Burke. Il y a le Greyhound bus, et trois bagnoles, une Jaguar, une Cadillac et un van, for himself and the headliners.

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             Et puis un jour, Sam fait écouter au p’tit Bobby une chanson tout juste enregistrée : «A Change Is Gonna Come». Il veut son opinion - What do you think? - Et le p’tit Bobby répond : «It sounds like death.» - That’s what I had been thinking. Yeah death - Sam ne s’attendait pas à ça. Alors le p’tit Bobby lui explique que la chanson lui donne des frissons - It gives me the chills, Sam - Alors Sam lui dit qu’il a lui aussi la trouille de cette chanson - That’s why the fucker will never come out, Bobby. I’m scared of that song - Et il précise : «Pas de mon vivant.» Pour le p’tit Bobby, c’est une rude expérience, l’une de plus rudes de sa vie. Puis il explique que Sam avait été bluffé par le «Blowing In The Wind» de Bob Dylan et qu’il voulait apporter the black man’s response. Il a enregistré «A Change Is Gonna Come» en décembre 1963. Le p’tit Bobby n’était pas au courant, car il n’y a pas de guitare sur ce cut, seulement des violons - And the death walk thing that was a drum. That was Earl Palmer. And Sam was singing his ass off.   

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    Sam Cooke in Rock Dreams par Guy Pellaert

             Et puis un jour Sam fait venir le p’tit Bobby chez lui pour lui expliquer qu’il va arrêter les tournées, parce qu’il perd de l’argent. Donc il n’a plus besoin de guitariste. Viré ! Et en décembre 1964, Sam se fait descendre dans un motel. RCA sort «A Change Is Gonna Come» deux semaines plus tard. Le p’tit Bobby ne s’était pas trompé : il avait eu une prémonition.         

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    Et puis voilà la magie des tournées de l’époque. Le p’tit Bobby raconte que quelque part en 1964, les Valentinos se retrouvent à Atlanta, Georgie, avec Sam, Jackie Wilson, BB King et un mec nommé Gorgeous George Odell - Gorgeous was some kind of character - Et puis il ajoute : «Odell had got himself a young guitarist named Jimi Hendrix.» Tout ce que le p’tit Bobby sait de Jimi, c’est qu’il vient de se faire virer des Isley Brothers. Dans le bus de tournée, Jimi n’arrête pas de gratter sa gratte et le p’tit Bobby n’en peut plus : «‘Just put that fucking goddamn guitar down for an hour, half an hour? Fifteen minutes, Jimi, please?’ But he never stopped. It just went on, ching ting ting.» Comme le p’tit Bobby, Jimi est gaucher. Mais à la différence de Jimi qui inverse ses cordes, le p’tit Bobby n’inverse pas les siennes et Jimi lui dit : «You’re worse than me! Your shit is fucked up!». Ils s’échangent des licks au fond du bus - That’s how we became friends - Il ajoute ça qui éclaire bien la scène : «We were both unique players, but our styles were so different.» Jimi gratte une Strato et le p’tit Bobby gratte «the Cadillac of guitars, a big Gibson L-5 hollow body, or sometimes a Gretsch.» Jimi lui avoue qu’il a du mal à trouver sa place : «The whites don’t want me ‘cos they feel I’m imitating them and the blacks don’t want me because they say I am a misfit. I’m between a rock and a hard place.» Le p’tit Bobby raconte aussi que Gorgeous George lui a filé une gratte, l’une des premières grattes de Jimi, mais le manche était cassé et avait été réparé avec des clous. Jimi l’avait cassée sur scène et Gorgeous George l’avait réparée avec des clous pour que Jimi puisse jouer le lendemain soir.

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             Le p’tit Bobby raconte aussi dans le détail la façon dont Barbara Cooke lui a mis le grappin dessus, aussitôt après la disparition de Sam. Le p’tit Bobby raconte qu’elle lui fout la trouille, mais elle le veut et elle l’aura. Elle va même l’épouser et l’entretenir. Elle a dix ans de plus que lui. Elle lui ouvre les placards de Sam : des dizaines de costards ! Deux ou trois mois après les funérailles, elle épouse le p’tit Bobby qui a tout juste 21 ans - That’s when the problems started - Il la voit se lever chaque matin à 6 heures, avaler un café avec du brandy et poser 50 $ sur la table de chevet, l’argent de poche du p’tit Bobby. Ça tombe bien, le p’tit Bobby n’a pas un rond, alors il peut s’acheter des carambars et des malabars.

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             C’est en 1965 que Ray Charles fait appel à lui. Il vient de monter un nouveau backing band, et comme il vient d’arrêter l’hero, il veut des musiciens clean. Mais il va y avoir un sacré problème : Ray Charles veut piloter son avion. Et il le pilote ! Il avait déjà conduit sa Cadillac et cogné des poubelles et des voitures en stationnement. Mais l’avion, c’est autre chose. Le p’tit Bobby est terrorisé. Il demande à Ray pourquoi il croit qu’il peut piloter un avion, et Ray lui répond : «Because it’s mine». Il avait déjà fait une tentative et cassé son avion en deux à Miami. Alors le p’tit Bobby décide de quitter l’orchestre. Pas question pour lui de monter dans l’avion de Ray. L’autre raison, c’est qu’il ne veut plus partager de chambre avec Curtis Aimey qui ouvre la fenêtre en grand, même en plein hiver - I’m freezing to death most nights and I got a blind man flying the plane. 

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    Chips Moman

             Il sera resté deux ans dans l’orchestre de Ray Charles. En 1967, Wilson Pickett lui dit d’aller à Memphis : «Bobby, there are some white boys down there; if you closed your eyes, you could not tell they weren’t black. Those fuckers can play.» Et le p’tit Bobby ajoute : «Those fuckers were playing at a place called American Sounds.» Et là, on re-rentre dans la mythologie. Il va chez Chips parce que Stax, c’est trop «locked-up». Chez Chips, chest beaucoup mieux, «it was a funky old hole in the wall in a real bad section of town. (...) It had a vibe, il all worked. I headed there.» Alors il demande à Chips s’il peut gratter ses poux chez lui : «I’m good», I told Chips. Et Chips lui répond : «That’s great ‘cos we got Aretha coming through and then Wilson Pickett the following week.» Le p’tit Bobby est au paradis : «I played on everything. I mean every-fucking-thing that came into town. Aretha Franklin, Jackie Wilson, Joe Tex, Joe Simon, King Curtis and Dusty Springfield when she was recording Dusty In Memphis.» Il est fier d’avoir gratté ses poux pour Aretha : «I worked on Aretha Franklin’s session for the album Lady Soul. I was playing guitar with a cigarette in my mouth. Cool. It was 1967.» Elvis vient aussi enregistrer des cuts chez Chips pour From Elvis In Memphis - We weren’t that impresed. Yeah, man, Elvis is coming, so what? The guy had had his day, so we thought. It was like, no big deal. But then he showed up. The back door opened and in walked Elvis and we all backed up a step. He looked great - C’est là que Chips lui propose «Suspicious Minds» et «In The Ghetto». On sait tous qu’Elvis a adoré ces deux hits.

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             Après avoir été le pote et le poux-man de Sam et de Ray, le p’tit Bobby devient celui de Wicked Pickett. C’est un mec gentil mais compliqué - He didn’t trust a lot of people, however and mostly, I don’t think he trusted himself - Wicked Pickett va enregistrer 17 compos du p’tit Bobby, dont «I’m A Midnight Mover» - He called me Womack Stack. I forget why - Wicked Pickett grattait un peu de guitare and he blew a mean harmonica. Il trimballait un big band en tournée, 15 musiciens - five horns, keyboards, couple of guitarists. I followed after, went on the road with him for a few years - Wicked Pickett pouvait être violent, et balancer une gratte dans la gueule d’un musicien qui avait joué une fausse note. L’ambiance dans les tournées était toujours explosive - Pickett’s  temper versus the racist white boys - Quand le p’tit Bobby s’est joint à son big band, Pickett lui a demandé s’il a un flingue - Oh man - Pickett en portait toujours un sur lui. Le p’tit Bobby nous révèle aussi que Wicked Pickett n’a pas de compte en baraque : il garde tout son blé dans un placard. Mais l’énorme tension et la violence qui règnent dans les tournées finiront par avoir raison de la patience du p’tit Bobby, qui reconnaît pourtant en avoir vu des vertes et des pas mures depuis son enfance, «but Pickett was a little harder».

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             L’autre personnage principale de cette saga, c’est bien sûr la dope. Le p’tit Bobby commence à porter des lunettes noires et à sniffer des tonnes de coke. Il ne voulait pas que les gens voient sa peur. Il se considère comme un «boy half-scared to death». Alors il sniffe tout ce qu’il peut - I chopped out fat lines like there was no tomorrow - C’est lui qui pousse Wicked Pickett à sniffer. Il lui dit : «With cocaine, I can write, I don’t fear no man, I don’t fear nothing, I don’t even feel nothing.» - Pickett laughed at that. Told me I was weird. A weird motherfucker - Et il ajoute, en guise de bilan : «So I did blow for 20 years of my life.» Il craque 700 $ par semaine. Au début, c’est Barbara qui paye.

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             Le p’tit Bobby est en compagnie de Janis, le dernier soir de sa vie. Ils sont dans sa piaule et il croit qu’elle veut baiser, mais Janis reçoit un coup de fil et elle demande au p’tit Bobby de dégager. Elle ne veut pas qu’il voie son dealer. Un peu plus tard, le p’tit Bobby reçoit un coup de fil : Janis is dead - I was the last person to see her alive - Ils avaient une bonne relation. Le p’tit Bobby la trimbalait dans sa Mercedes et c’est là que Janis a composé «Mercedes Benz».

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             Il évoque aussi Motown qu’il aurait bien aimé intégrer, mais aux funérailles de Mary Wells, Berry Gordy lui dit que ça n’aurait pas marché, car les Valentinos avaient un «distinctive sound». Too different, too gospel. Le p’tit Bobby va aussi fréquenter Ike Turner et le fameux Bolic Sound studio, down in Inglewood. Comme Marvin, Stevie Wonder et les Stones, le p’tit Bobby y a enregistré - What happened to the tapes? Ask Ike - Il évoque le big bowl de coke sur la console de Bolic Sound. Ike enfermait les gens dans le studio. Même les Stones, qui ont eu la trouille de leur vie. Tu peux taper à la porte, Ike n’ouvre pas. Quand Ike chope un musicien en train de barboter de la coke dans le big bowl, ça tourne très mal - Ike and Sly were both crazy like that.

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             Le p’tit Bobby est aussi pote avec un personnage pas très connu mais très important : Jim Ford, un blanc qui a deux particularités : il compose des hits et il est copain comme cochon avec Sly. Pendant un temps, Jim Ford est le writing partner du p’tit Bobby. Jim lui propose de rencontrer Sly, mais à une condition : «You’ll never go over his place without me.» Jim Ford sait que Sly est crazy, encore plus crazy qu’Ike. Le p’tit Bobby découvre qu’il y a deux Sly : le gentil, généreux, créatif, pretty cool Sylvester Stewart, et Sly Stone le destructeur. Ignorant la mise en garde de Jim Ford, le p’tit Bobby s’installe chez Sly, à Bel Air. C’est le bal des dopes. Comme chez Ike, Sly boucle tout et il ouvre quand il décide d’ouvrir - He’d stay up six, seven days with the drugs, and with that kind of punishment, you are going to hallucinate - Le p’tit Bobby bosse bien sûr sur There’s A Riot Going On, l’album culte qui sort en 1971. Quand Sly s’endort, c’est sur son piano. Le p’tit Bobby le réveille et Sly se met à chanter «A Family Affair» qu’il avait «composé» dans son sommeil. Il est plus efficace que les Surréalistes. Le p’tit Bobby évoque bien sûr Gun, le fameux pitbull dont tout le monde a la trouille. Il y a aussi un petit singe qui saute partout et un jour le Gun le chope, le tue et l’encule - that dog was vicious - Ce que le p’tit Bobby ne raconte pas, c’est la fin de Gun. Le clébard avait attaqué le baby de Sly et en représailles, Sly l’a emmené dans les bois et lui a tiré une balle dans la tête. On a tout le détail dans la fabuleuse autobio de Sly. Quand le p’tit Bobby a un fils, il demande conseil à Sly pour le prénom, et Sly  lui dit : «You should call him The Truth.» «The Truth?» «Yeah, Bobby». Aussi appelle-t-il son fils Truth - That was typical of Sly - heavy and totally unexpected, but right

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             En 1972, le p’tit Bobby enregistre Understanding à l’American Sound Studio de Memphis. Il se dit aussi très fier de BW Goes C&W - I really sang my heart out - Puis il sort The Poet en 1981, mais Otis Smith ne lui verse rien, alors que l’album se vend - He disrespected me - Le p’tit Bobby fréquente un autre requin, Allen Klein, qu’il connaît depuis les années 60, car Klein était le comptable de Sam - Allen was young then - and fat - Il portait un costard bleu tellement usé qu’il brillait. Sam avait confiance en lui. Et il écoutait ses conseils.

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             Puis Ronnie Wood devient son meilleur ami. Et comme Rod The Mod est dans les parage, il demande au p’tit Bobby ce que fumait et ce que buvait Sam - Told him L&Ms. Told him martini cocktails. Or Beefeater gin - Le p’tit Bobby se retrouve en studio avec les Stones, pour «Harlem Shuffle» sur Dirty Work. C’est une façon comme une autre de boucler la boucle.

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    Linda

             Alors attention, car la chute du p’tit book est hallucinante - I don’t speak to Barbara no more. Linda doesn’t speak to her. Haven’t spoken to Cecil (brother) for years. No one speaks to no one. Don’t know where Sly is at (....) Pickett I hadn’t heard from for a while by the time he died. I don’t talk to Jim Ford, but I think about him all the time (...) I don’t even try to talk to women now. Don’t need one. I ran out of energy. I don’t pick them up or see anyone else, not with this ton of baggage I still got. I guess I could tell them I got two kids in Chicago, one in New York, another in jail and two deceased. That’s enough.

    Signé : Cazengler, Bobby Fricotin

    Bobby Womack. My Story 1977-2014. John Blake Publishing 2014

     

     

    L’avenir du rock

    - Bienvenue au (Black Rebel Motorcycle) Club

             Pour retourner la situation à son avantage, l’avenir du rock a transformé le silence du désert en privilège. Il en est arrivé au point où il en savoure la moindre seconde. Il parle même de félicité. Il comprend ce que Baudelaire voulait insinuer, dans son Invitation Au Voyage, par luxe, calme et volupté. Pas un seul piaf pour lui péter les oreilles, pas le moindre fucking smartphone à l’horizon. Il goûte la paix céleste. Alors évidemment, quand il voit arriver à l’horizon un gros nuage de poussière accompagné d’une insolente pétarade, il sent la colère monter en lui.

             — Non mais c’est qui ce con !

             Rrrrombobobommm ! Rrrrombobobommm ! L’engin approche rapidement et la pétarade devient insupportable.

             — J’vais lui faire bouffer son bolide à c’te bâtard !

             Rrrrombobobommm ! Rrrrombobobommm ! Le mec arrive à fond et donne un coup de frein qui fait cabrer l’engin. À voir la tête ahurie et couverte de cloques de l’avenir du rock, le motard éclate de rire :

             — Aw Aw Aw, old chap, c’est ton jour de chance ! Monte derrière !

             Le mec est très beau. Une gueule de star du cinéma américain. Il porte un perfecto et une casquette en cuir blanc. Il a débrayé mais il remet les gaz pour faire tourner le moteur. Rrrombobobommm ! Rrrombobobommm !

             L’avenir du rock est tellement excédé qu’il décide de le snober :

             — J’monte pas sur ta fucking Triumph Thunderbird, j’monte que sur des BSA, sucker de mes deux !

             — Look out, old chap, faut que t’ailles voir un psy ! Le soleil t’a cramé la carlingue !

             Et il repart. Rrrombobobommm ! Rrrombobobommm ! Fou de rage, l’avenir du rock gueule après lui : 

             — Vas te faire mettre chez les grecs, Johnny Strabler ! Et ton Équipée Sauvage aussi ! Et ton Black Rebel Motorcycle Club avec !

     

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             La colère de l’avenir du rock est parfaitement légitime. S’il lui arrive de mordre de trait, c’est toujours pour la bonne cause. Par contre, le choix qu’a fait Peter Hayes d’appeler son groupe Black Rebel Motorcycle Club n’est pas très légitime. Ni l’Hayes ni Robert Levon Been n’ont des  dégaines d’Hell’s Angels. Ils sont même complètement à l’opposé. On les avait vus sur scène voilà  dix ans ou douze ans et Levon Been paraissait déjà chichiteux, sans doute victime d’une timidité maladive. On le sent lorsqu’il s’adresse brièvement au public, il n’ose pas trop la ramener. Contact minimal, même lorsqu’il descend dans la fosse avec sa basse, il garde ses distances. C’est pas Gyasi que tu peux tripoter. Quant à l’Hayes, il se planque sous une capuche pendant tout le concert. Zéro contact.

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             Tu dois presque te forcer pour retourner les voir sur scène. Tu gardais le souvenir d’un set prétentieux et statique, bien pompé sur les Mary Chain. Et puis tu gardes en mémoire la séquence de Dig! où Peter Hayes et les deux autres Brian Jonestown Massacre abandonnent Anton Newcombe en pleine tournée américaine. Autre chose : lors d’une interview, un journaliste demande à Anton Newcombe ce qu’il pense de l’Hayes, et l’Anton balance ça : «J’ui ai tout montré. Question suivante !». Donc ça fait un gros tas d’a-prioris. Mais comme on entre dans la pire zone de l’année pour les concerts, la fameuse trêve des confiseurs, on ne chipote pas trop : t’auras rien à te mettre sous la dent pendant deux mois, alors tu retournes voir les Black Rebel Motorcycle Club. 

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             La salle est pleine comme un œuf. Le Levon Been arrive sur scène avec son vieux caban. Au moins, on ne pourra pas lui reprocher de frimer. De l’autre côté de cette scène immense, l’Hayes chante sous sa capuche. Toute la première moitié du set reste extraordinairement calme, et les gens qui sont venus pour pogoter doivent crever d’ennui. T’en entends même au fond de la salle brailler des encouragements de football du genre «Allez Malherbe !». Au moins tu sais que t’es en France. Eh oui,

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    l’Hayes gratte son «Complicated Situation» et ça sonne comme un fabuleux hommage Dylanesque. Même chose avec «Restless Sinner». Ce sont les cuts d’Howl. En fait ils jouent tout l’Howl. Et tu vas découvrir par la suite que c’est la tournée anniversaire d’Howl, qui reste sans doute leur album le plus pépère. Mais c’est le calme avant la tempête. Ils mettent leur machine en route au bout d’une heure avec cette pure Marychiennerie qu’est «Red Eyes & Tears», tirée du premier album BRMC. Le Levon Been fait un carton avec sa basse, il gratte des accords et sort un son qui se fond bien dans le fleuve de lave que déverse son collègue encapuchonné.

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    Leur numéro prend une dimension épique, ça devient même grandiose, et tout explose avec «Berlin» qui sent bon la Marychiennerie. Et tout ré-explose avec l’imparable «Whatever Happened To My Rock’n’roll (Punk Song)», amené par un riff gratté au bas du manche de basse. L’Hayes chante ça à la Jim Reid et tu retrouves le grain de folie qui hante l’«I Hate Rock’n’Roll» des p’tits Jesus. Les

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    BRMC pompent ouvertement, mais au moins, ça fait sauter la Sainte-Barbe. Même chose avec «Spread Your Love» tiré du même premier album. Ils ressortent les vieux coucous que connaissent les gens. C’est de bonne guerre. On voit cependant les limites du genre. Les groupes qui pompent ont du mal à se renouveler. On va les appeler les Shadocks. Ou même les Shadrocks. Ils pompaient... Et ils pompaient...

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             Tu peux ressortir le BRMC de l’étagère. Pas de problème, c’est un very big album. Ça démarre en trombe avec deux Marychienneries, «Love Burns» (même snarl de by my side) et «Bad Eyes & Tears» (avec un beat dévoré par des incursions intestines dignes de celles de William Reid. C’est féroce et complètement hanté). T’as

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    une autre Marychiennerie plus loin qui s’appelle «Riffles» : ça groove dans la bouillasse. Et ça monte encore d’un cran avec «Whatever Happened To My Rock’n’roll (Punk Song)», l’Hayes a de la ressource, il fonce dans le tas, c’est assez viscéral, t’as là une merveilleuse défenestration, t’as la clameur et l’argent de la clameur, il a tout le revienzy du monde et le chant qui va bien. On se prosterne encore devant «White Palms», belle dégelée royale montée sur un beat bien têtu, et t’entends une basse de punk sidérante. Avec «Too Real», les Black Rebel battent pas mal de records de prod, c’est gratté aux accords tendancieux, avec une incroyable ambiance de la ramasse, ce sont des accords qu’on n’avait encore jamais entendus. La prod en devient extravagante. Belle intro de basse sur «Spread Your Love» et ça se barre en mode heavy stomp à la Sweet, mais bien pire. Peter Hayes gratte de purs accords de glam, mais on sent aussi le vieux Spirit In The Sky - Spread your love/ Like a fever ! - Cet album te re-bluffe chaque fois que tu le ré-écoutes.

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             Tu ressors les autres de l’étagère, tiens, pourquoi pas l’Howl, pour commencer ? Il date déjà de 20 ans ! Tu retrouves ce son enjoué et même bienvenu, et puis voilà l’«Howl», le morceau titre, beau et tentateur, doté d’une belle envolée finale. Une pure Beautiful Song ! Peter Hayes boucle son balda avec un gros stomp de boogie blues, «Ain’t No Easy Way», c’est bien vu, avec des ouh! au coin des couplets. En B, t’as encore des cuts qui forcent l’admiration («Still Suspicion Holds You Tight»). On peut dire que l’Hayes en a dans la culotte. La C est la plus réussie des quatre faces, grâce à ce «Gospel Song» digne de Spiritualized, un gospel électrique bardé de riffs cinglants, suivi de «Complicated Situation», gros clin d’œil Dylanex, avec ses coups d’harp et son gratté de poux fouillé. L’Hayes est un vrai caméléon.

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             Dans la foulée, tu te tapes un autre double album, Baby 81, qui date de la même époque. Celui-là regorge de Marychienneries : en B, tu tombes sur «666 Conducer», et en C, t’en as encore deux, «Lien On Your Dreams» et «Need Some Air» : c’est en plein dans le mille. Avec «Took Out A Loan», ils font du North Mississippi Allstars, c’est bien pompé, ils ne se cassent pas trop la nénette, et «Berlin» sent bon la Marychiennerie. Avec «Windows», ils font une espèce d’heavy Beatlemania, l’Hayes chante avec des accents de John Lennon, c’est de très haut niveau. Ce mec a de la suite dans les idées. En B, t’as encore un «Cold Wind» qui monte vite au cerveau, c’est bien monté en neige. Joli coup de Kilimandjaro. L’Hayes tient bien sa boutique. Il ne prend pas trop les gens pour des cons.

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             Tiens, encore un double album : Specter At The Feast. Tu te souviens que tous ces gros double albums coûtaient la peau des fesses. T’avais intérêt à bosser au black pour financer tout ça. Le Specter se met lourdement en route, tu assistes à un beau déploiement de forces sur «Let The Day Begin», mais les énormités se planquent en B, notamment «Hate The Taste» (bien sabré au riff acerbe, avec des refrains chantés dans la clameur de la chandeleur) et «Rival» (l’Hayes se jette à corps perdu dans la bataille à coups d’I need a rival, et ça sonne, ça splashe dans la bouillasse avec un sens aigu de la démesure). Les coups de génie se planquent en B : «Teenage Desease», une heavy gaga-punkerie qui te marque la mémoire au fer rouge, et «Funny Games», pur power blast. L’Hayes sait arracher son hydravion du lac. On sent chez ces trois mecs une nette volonté d’ampleur catégorielle. Tu te mets à les respecter pour de bon.

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             Take Them On, On Your Own date de 2003. Et c’est un big album, un de plus. T’as une Marychiennerie qui te saute dessus dès «Stop», te voilà dans le bain dès l’attaque à la basse fuzz. L’Hayes prend sa petite voix persistante de fouine lubrique. Puis ils basculent dans un genre qui leur est cher, le sonic genius, avec un «Six Barrel Shotgun» d’alerte rouge. T’as pas beaucoup de gens qui vont battre les BRMC à la course. Ils remontent un Wall of Sound pour «In Like The Rose», c’est de l’heavy Big Atmospherix, une montagne qui accouche non pas d’une souris, mais d’un gros cut titanesque. S’ensuit un «Ha Ha High Babe» noyé de violence sonique. Ils vont loin dans le piétinage des plates-bandes de la Marychiennerie. Mais tu ne t’en lasses pas. Ils allument encore leur «Generation» aux riffs de ferraille insidieuse, tout ici est taillé aux riffs de ciseaux tailladeurs, c’est une véritable agression. Ce mec Hayes a le génie du son. Même ses balladifs sont incandescents. L’Hayes ne vit que pour la dégelée royale («US Government»). Son «Rise Of Fall» est tendu à se rompre, les riffs sont compressés et soudain, tout explose sous ton nez. Nouveau wild ride avec «Going Under», mené de main de maître sur les accords de «Gloria». BRMC est une machine impitoyable. Nouveau coup de génie sonique avec «Heart & Soul». T’as là l’une des intros du siècle. Tu sais dès l’intro que ces trois mecs vont régner sur la terre le temps d’un cut, et ils remettent la pression de la Marychiennerie, alors les accords résonnent dans ta conscience, t’es allumé au plus haut degré, ils sont aussi ravageurs que les Mary Chain de la 25e heure. Là t’as tout : la persuasion, le génie électrique, l’excellence, le snarl, ils reprennent tous les poncifs des Mary Chain. Encore plus terrific, voici «High Low». Overwhelming ! Chargé de toute la menace sonique du monde, t’as plus de mots pour cadrer ce qui se passe sous le casque. Disons pour faire court qu’ils s’agit d’une Marychiennerie écrasée du talon dans le cendrier. L’Hayes t’arrache ça au raw de l’arghhhhh. T’en veux encore.

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             Si t’adores te faire sonner les cloches, alors tu peux écouter Beat The Devil’s Tattoo. Ils chargent vite la barcasse avec «Conscient Killer». Ah ils s’y connaissent en barcasse. D’ailleurs, leur barcasse s’écroule sous le poids de la charge, et les relances sont spectaculaires de violence. Ils ont des tonnes de son. Ils en font peut-être un peu trop. «Bad Blood» se noie dans le son. Glou glou. Ces mecs jouent à outrance, c’est une sorte d’upper-power trio, ils saturent leur Bad Blood de stridences florentines perverties. Le son est beau, le thème est beau, tout est beau et même glorieux. Comme son titre l’indique, «War Machine» est une machine de guerre. Le riff sonne comme les roues en bois d’une tour d’assaut et t’as même les éléphants de combat, ça glougloute dans le Salammbô. Ces barbares de BRMC transpercent la couenne du son. Ils reviennent à la formule magique de la Marychiennerie avec un «Evol» fouillé par un magnifique bassmatic. Ça monte comme la marée. Leur Evol est fabuleusement bien foutu, tu ne peux pas faire autrement que de te prosterner devant un truc pareil. C’est carrément une marée qui t’emporte. Les BRMC font partie de ceux qui réussissent ce genre de miracle. Ils reviennent au bord du fleuve pour «River Styx». Leur petite formule est bien au point. Somptueux, même si entre-deux. Plus loin, tu tombes sur l’hyper-violent «Aya». Ils te perforent la chair des oreilles. Ils savent monter un plan pour t’envoyer à l’hôpital. Back to the Mary Chain avec «Shadow’s Keeper». Ils saturent ça à l’extrême et mettent tout le paquet. Ils terminent en mode belle apothéose avec «Half State». Ce sont des spécialistes de la montée en neige.

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             Poussé par une curiosité dévorante, t’en écoutes encore un : Wrong Creatures. Tu tombes vite sur «Spook» qui t’hooke avec sa heavy riffalama de Marychiennerie. L’Hayes et son copain Robert ont bâti leur empire sur les ruines des Mary Chain. Ils ont encore un son énorme avec «King Of Bones». C’est l’heavy boogie des catacombes. T’as presque le poids des Cramps dans l’heavyness du beat. C’est à la fois puissant, mystérieux, glorieux et dangereux. Plus loin, tu croises un «Ninth Configuration» bien monté en neige. C’est leur Vice Suprême. Leur son sue sang et eau. Ils pleurent des larmes de sang. Et ça finit par prendre feu. Les BRMC sont des pyromanes, des dangers publics. Ils sont même submergés par leurs vagues de flammes. Tu vois encore «Calling Them All Away» se mettre en route tout seul pendant que tu te ronges l’os du genou. Ça devient épais, bourbeux et éhonté à la fois. Toujours le même cirque. Ave «Circus Bazooko» (sic), ils se prennent pour les Beatles, mais ils n’en ont pas les moyens. Et t’as «Carried From The Start» qui te tombe dessus comme une chape de plomb. Trop de son. T’es gavé comme une oie. Arfffffff.

    Signé : Cazengler, black re-baltringue

    Black Rebel Motorcycle Club. Le 106. Rouen (76). 2 décembre 2025

    Black Rebel Motorcycle Club. BRMC. Virgin 2001

    Black Rebel Motorcycle Club. Take Them On, On Your Own. Virgin 2003 

    Black Rebel Motorcycle Club. Howl. Echo 2005

    Black Rebel Motorcycle Club. Baby 81. Island Records 2007

    Black Rebel Motorcycle Club. Beat The Devil’s Tattoo. Cobraside Distribution Inc. 2010

    Black Rebel Motorcycle Club. Specter At The Feast. Abstract Dragon 2013

    Black Rebel Motorcycle Club. Wrong Creatures. Virgin 2018

     

     

    Wizards & True Stars

     - La case de l’oncle TomWilson

     

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             Il aura fallu attendre un bel article sur Tom Wilson dans Shindig! pour avoir enfin le fin mot sur l’enregistrement du premier Velvet, le fameux banana album : tout le monde raconte depuis bientôt soixante ans qu’il est produit par Andy Warhol. Faux. John Cale rétablit la vérité : «Warhol didn’t do anything. Tom Wilson produced nearly all the track.» Le producteur ne pouvait être qu’un esprit moderne.

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             Peu de gens savent qui est en réalité Tom Wilson : un grand black né au Texas. En fac, il se passionne pour le jazz et interviewe Charlie Parker. Il monte Transition Records et sort des albums de Sun Ra et de Donald Byrd. Le label coule en 1957, alors il s’en va bosser pour différents labels, avant de rejoindre Columbia. Et là, on lui demande de s’occuper du «folk revival poster boy Bob Dylan.»

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              Il est marrant, Tom Wilson : «J’avais enregistré Sun Ra et Coltrane and I thought folk music was for the dumb guys.» Alors il nous raconte la suite et on tend l’oreille : «This guy played like the dumb guys. But when these words came out, I was flabbergasted.» Et il s’approche de l’oreille d’Albert Grossman qui est dans le studio : «If you put some background to this you might have a white Ray Charles with a message.» On appelle ça le génie de l’opportunisme. Il faut aller vite, quand on a un débutant comme Bob Dylan dans le studio. C’est Tom Wilson qui enregistre Bringing It All Back Home, il overdubbe, comme il l’a fait pour Dion sur Wonder Where I’m Bound. Dion se souvient de Tom Wilson comme d’un mec très directif. Mais Bob Dylan et Tom Wilson s’embrouillent avec «Like A Rolling Stone». Dommage.

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             Tom Wilson quitte Columbia pour MGM. Il produit le Projections du Blues Project. Il s’intéresse à tout ce qui sort de l’ordinaire et s’en va rencontrer les Mothers en Californie. C’est grâce à lui que Freak Out sort - a subversive mashup of piss-take and doo-wop aberration - Mais il sait que ça va être dur à vendre. Il produit le suivant, We’re Only In it For The Money. Il récupère aussi les Animals qui viennent de rompre avec Mickie Most pour signer sur MGM. Ils sortent Animalization (their first Wilson-sponsored LP) et Zappa intervient sur le deuxième, Animalism. Zappa indique que des gens du Wrecking Crew jouent sur l’album. Tom Wilson produit ensuite Winds Of Change et The Twain Shall Meet - Wilson’s patronage of Burdon changed their material noticeably, transforming them from Northwest drinkers to West Coast thinkers - Et c’est lui qui signe le Velvet sur MGM. Il supervise l’enregistrement et voit «Sunday Morning» comme un «radio-friendly single».

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             Tom Wilson a aussi eu l’idée de muscler le son de «The Sound Of Silence» pour le faire sonner comme le «Mr Tambourine Man» des Byrds. Alors, en juin 1965, pendant les sessions de «Like A Rolling Stone», Tom Wilson demande à Al Gorgoni, Vinnie Bell, Joe Mack et Bobby Gregg d’overdubber guitars, bass and drums. Et pouf, «The Sound Of Silence» grimpe à la tête des charts. À la différence de Totor et de George Martin, Tom Wilson n’a pas «un son», mais il fonctionne par opportunités. Dylan : «Aujourd’hui on l’appellerait un producteur, mais à l’époque on ne l’appelait pas ainsi. He was a typical A&R man.»

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             En 1967, Tom Wilson a 8 albums dans le Top 100. Comme c’est un aventurier, il quitte MGM en 1968 pour bosser en freelance. Il monte des tas de structures : Rasputin Productions, Gunga Din, Lumumba, Reluctant Management, Terrible Tunes & Maudlin Melodies. Il mise, alors parfois il gagne, parfois il perd. Parmi les groupes qu’il sort, il y The Bagatelle. Il bosse avec le jeune Eddie Kramer. Il produit le premier Soft Machine avec Chas Chandler, mais Kevin Ayers dit que Tom Wilson a passé son temps au téléphone pendant que le groupe jouait. Tom Wilson produit des tas d’autres groupes tombés dans l’oubli, dont le fameux Road de Noel Redding.

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             Quand il casse sa pipe en bois en 1978, à l’âge de 47 ans, il tombe aussitôt dans l’oubli. Aucun docu, que ce soit sur le Velvet ou Dylan, ne mentionne son nom. «Même la date inscrite sur sa pierre tombale est fausse», nous dit Sean Casey. Un projet de biopic serait à l’étude.  

    Signé : Cazengler, Wilson of a bitch

    Sean Casey : Tom Wilson. The futuristic sounds of the factory workman. Shindig! # 159 - January 2025

     

     

    Inside the goldmine

    - Wilson is shining

             Al Weber était un personnage assez complexe. Il exerçait le métier de correcteur de presse. Il bossait à la fois pour les quotidiens et pour les agences de com. On faisait appel à lui régulièrement lorsqu’on bouclait un dossier pour l’envoyer en fab. On finissait souvent tard le soir, alors Al dormait à la maison. Et de fil en aiguille, il devint ce qu’on appelle généralement un proche. Son apparente décontraction cachait un malaise profond. Il restait silencieux à table et se montrait évasif sur sa vie de famille. On savait simplement qu’il était marié, père de famille et propriétaire d’une belle maison en Normandie. Il préférait raconter les anecdotes du marbre, au Canard Enchaîné, quand la rédaction jette un dernier coup d’œil aux pages avant le bon à tirer. Al évoquait des épisodes dionysiaques qui, bien sûr, nous laissaient rêveurs. Al était un homme plutôt grand, bien de sa personne, brun mais avec le cheveu rare. Il parlait d’une voix grave et cultivait un humour qu’il fallait bien qualifier de noir, c’est-à-dire qu’il ne faisait rire personne, à part lui. On appréciait sa présence, bien sûr, mais on savait en même temps qu’il ne fallait pas en abuser, car il finissait par nous taper sur les nerfs. On essayait de lui parler comme on parle à un adulte, mais il réagissait comme un ado : il se refermait comme une huître dès qu’on essayait de lui donner un conseil, du genre «prends des vitamines», «fais de la rando pour te changer les idées» ou pire encore, «tu devrais aller voir un psy.» On sentait bien que tout cela l’agaçait, mais il restait de marbre. On se demandait comment sa femme pouvait supporter un mec comme lui. Elle ne le voyait que le week-end, ce qui devait bien l’arranger. Et puis un jour, on fit le numéro du central qui permettait de joindre Al, mais il était absent. Le central envoya quelqu’un d’autre. Même chose la semaine suivante. Il fallut se résoudre à l’appeler chez lui, en Normandie. Sa femme nous apprit d’une voix sèche qu’Al s’était pendu à la branche du pommier, au fond du jardin. 

     

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             Pendant qu’Al se pend, un autre Al entre dans la légende. Al Wilson n’est pas du genre à aller se pendre au fond du jardin : c’est une force de la nature.

     

             On vient de rééditer l’album mythique d’Al Wilson, Searching For The Dolphins. Dans ses liners, Tony Rounce se demande comment un album aussi balèze que Searching For The Dolphins a pu flopper. Oui balèze car cet énorme Soul Brother tape dans Jimmy Webb, Holland/Dozier/Holland, Fred Neil, John Fogerty, Burt, Jerry & Billy Butler. Dans son ‘Spécial Sunshine Pop’, Shindig! cite l’album en référence. Heureusement que les Anglais sont là. 

             Comme David Ruffin, cet immense blackos a grandi à Meridian, Mississippi, puis après deux ans dans l’armée, il s’est installé en Californie. Dans une vie antérieure, Al Wilson fut certainement meneur d’une révolte d’esclaves. C’est en tous les cas ce qu’inspire son physique. Black Power !

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             Il attaque Searching For The Dolphins avec l’un des plus beaux hommages à Fred Neil. Il tape «The Dolphins» d’une voix grave - I’ve been searching/ For the dolphins/ In the sea - Grosse présence vocale. Le secret de la grâce : Fred Neil + le Black Power. Il enquille à la suite un autre chef-d’œuvre, «By The Time I Get To Phoenix». Il le prend plus doucement que le fera Isaac le Prophète. Al Wilson tape ça à son aise. Il donne des ailes à son power. Sur cet album, tout est impeccable. Quand t’as la voix, t’as tout. Il porte «The Snake» à bouts de bras. Il en fait du big story-telling et ce sera un cut culte de Northern Soul, nous dit Rounce. «Who Could Be Loving You Other Than Me» est une véritable merveille de pop Soul, puis il groove délicieusement le «Shake Me Wake Me When It’s Over» d’Holland/Dozier/Holland. Big time de Motown Sound. Il retape dans l’excellence avec le «This Guy’s In Love With You» de Burt. Il y plonge avec cette voix de miel suburbain, tell me now/ Let me be the last to know, Il écrase le groove dans l’écrin de son génie vocal - I need you/ I want your love - C’est l’absolu de la Soul - My hands are shaking - Il tape la cover le plus puissante de Burt. Il passe encore en force avec «Brother Where Are You», mais avec un talent fou. Il croone la vie par les deux bouts. Le gros intérêt de rapatrier cette compile Kent, c’est le tas de bonus qui suit l’album. Dix en tout, et c’est du gros calibre. Al Wilson tape le «Lodi» de John Fogerty en mode heavy black rock. Raw to the bone, un modèle du genre. Il tape aussi le «Mississippi Woman» de Leslie West en mode heavy boogie, puis plus loin, l’«I Hear You Knocking» de Dave Edmunds. Saluons aussi cette Beautiful Song qu’est «You Do The Right Things». Il croone comme un beau diable.

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             Sur la pochette de Show And Tell, Al Wilson pose avec la 1927 Phantom 1 Rolls Royce d’Hal Blaine. Mais c’est pas tout : avec le morceau titre, il sonne exactement comme Isaac le Prophète. Fantastique qualité de la Soul ! Puis il arrache «Touch & Go» du sol et l’emmène au firmament de la Soul ! Il s’en va ensuite sonner comme les Temptations avec «My Song» : même attentisme d’hey mama ! Ça chauffe encore en B avec l’heavy Soul de revienzy de «Love Me Gentle Love Me Blind». Al Wilson travaille chaque cut au corps. Il est le Rodin de la Soul. Il faut dire qu’H.P. Barnum lui arrange tous ses coups. Retour aux Tempts avec «Moonlightn’» et il enchaîne avec l’heavy boogie down de «For Cryin’ Out Loud», c’est hot as hell avec les chœurs des Lovely Ladies créditées au dos : Cisely Johnson et Carol Augistus. Il se dirige vers la sortie avec une fastueuse cover d’«A Song For Me», l’hit intercontinental de Tonton Leon, il faut voir l’Al groover l’oooooh baby/ I love you. Fantastique ambiance ! L’Al explose littéralement Tonton Leon !  

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             Weighing In est encore un fantastique album. L’Al attaque avec une cover foudroyante du «Born On The Bayou» de Creedence. Il rivalise de power vocal avec le Fog ! T’es au sommet du Black Power. Black Power encore avec «Somebody To Love» et des chœurs de blackettes folles. Il tape à la suite une Beautiful Song, «Settle Me Down», c’est dire si l’Al est un artiste complet. Il dispose là du power océanique, sa force s’étend jusqu’à l’horizon et te voilà une fois de plus avec un hit magique sur les bras. Ça te transperce autant le chœur que le ferait un slowah de Lanegan. Puis il balance une fantastique lampée de good time music avec «All For You». Tu crois rêver tellement c’est beau et puissant à la fois. En B, il tape avec «You Do The Right Things» un fantastique balladif d’extension du domaine de la turlutte boréale, t’es tellement ravi d’écouter cet album que les mots t’échappent pour danser tout seuls. Il est encore plus puissant avec «The Magic Of Your Mind» - C’mon let’s ride/ The magic of your mind - Il tartine ça là-haut dans l’apesanteur de l’excelsior parabolique, yeah c’mon ! Encore de l’heavy black rock avec «Keep On Loving You». Franchement t’en reviens pas d’entendre toutes ces merveilles. L’Al drive son black rock d’une main de fer.    

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             Encore un very big album : La La Peace Song. Pas question de faire l’impasse sur un album aussi génial. Et si l’Al était l’un des rois de la good time music ? En tous les cas, c’est ce que montre le morceau titre en ouverture de balda, l’Al te prend par la main et te fait danser dans la vie. Sa joie de vivre est contagieuse. Il tape un Medley fantastique, «I Won’t Last A Day Without You»/«Let Me Be The One». Il a tous les chœurs qu’il faut derrière, alors il y va au oooooh baby, il pousse son let me be the one au max des possibilités, l’Al est un beautiful Soul Brother, un fanatique de la beauté purpurine. Et t’as ce «Passport» au bout du balda, avec des blackettes qui jettent tout leur dévolu dans la balance, alors l’Al peut foncer dans le tas. Steve Cropper produit «I’m A Weak Man», en B. Ça strutte au strat-over. Retour de la good time music de rêve avec «Fifty Fifty». Quel panache ! Avec «The Longer We Stay Together», l’Al propose une superbe tranche de country Soul panoramique. Sa puissance s’étend à l’infini. Crop produit aussi «Willoughby Brook» et ça sonne comme un hit des Staple Singers, ça rocke le boat !  Et l’Al regagne la sortie avec «You’re The One Thing (Keeps Me Goin’)», un heavy groove de black rock bien  drivé. Le cut a tous les atours du rock, avec un brin de Tony Joe White, une énergie à la Fogerty et les chœurs de Toton Leon, tout est bien, tout explose chez l’Al, le voilà au sommet de l’Ararat du rut.

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             Surtout, ne vas pas te fier à la pochette d’I’ve Got A Feeling. Tu crois que c’est un album de diskö, alors que c’est encore un big album d’Al Wilson. H.P. Barnum est encore dans le coup. L’Al s’impose dès le morceau titre. Soul Brother de premier rang ! Il se montre aussi puissant que les Temptations avec «Stay With Me». Et puis les coups de génie commencent à pleuvoir avec «Baby I Want Your Body» : il passe à l’heavy swing avec une aisance effarante. Il te prend par les hanches et te fait danser le groove urbain. Il est aussi puissant que Sam Cooke, Marvin et les Tempts. Ça continue avec «Differently», un cut d’H.P. Barnum qu’il empoigne et ne lâche pas. On entend des échos de Jacques Brel dans son chant opiniâtre. En B, il tape une cover d’«Having A Party», un vieux hit de Sam Cooke. L’Al en fait du hard r’n’b. L’Al a tout : le good time et le power des Tempts. Avec «Ain’t Nothing New Under The Sun», il tape une Soul urbaine orchestrée et chantée à l’arrache rock-solid. Et ça continue sur le même ton avec «How’s Your Lovelife?» : big drive de basse et power vocal. Et il remonte au sommet de la good time music pour «You Did it For Me»

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             Count The Days est son dernier album, paru en 1979. Il est peu moins dense que les précédents, un peu diskoïdal, dirons-nous. «You Got It» est diskoïadal, mais bon esprit. L’Al tape là la diskö Soul des jours heureux. Il boucle son balda avec un «Save A Dance» infesté de relents de What’s Going On, et de chœurs perdus dans la stratosphère. C’est du pur Black Power briseur de chaînes. Et en B, tu ne sauves qu’un seul cut, la belle Soul ensorcelante de «You Really Turn Me On». L’Al t’accapare une dernière fois.

    Signé : Cazengler, Wilson of a bitch

    Al Wilson. Searching For The Dolphins. Kent Soul 2008

    Al Wilson. Show And Tell. Rocky Road Records 1973  

    Al Wilson. Weighing In. Rocky Road Records 1973    

    Al Wilson. La La Peace Song. Rocky Road Records 1974 

    Al Wilson. I’ve Got A Feeling. Playboy Records 1976  

    Al Wilson. Count The Days. Roadshow 1979

     

     

    Wizards & True Stars

     - Les Ramones la ramènent

     (Part One)

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             Oups ! On avait oublié le Part One !

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             Kris Needs fait feu de tout bois : dix pages sur les Ramones dans Vive Le Rock et 6 autres pages dans Mojo. Feu de tout bois pour Needy Needs, ça veut dire feu d’artifice de rock’n’roll language, pour lui c’est du gâtö que de qualifier le son des Ramones : «stripped down, speeded-up, insanely catchy and devoid of frills», des Ramones qui débarquent à Londres en juillet 1976 à la Roundhouse en première partie des Groovies. Puis il évoque le concert du lendemain soir au Dingwalls : «The Ramones coalesce into one blistering warhead, decimating the packed club with 17 songs in around 35 minutes.» Danny Fields qui a «découvert» les Stooges et qui a managé des Ramones de 1975 à 1980, résume bien l’impact du phénomène : «The Ramones ignited the power keg that was waiting to be ignited.»

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             Pour Mojo, Needy Needs retrace la genèse des Ramones, racontant comment Tommy Erdelyi, d’ascendance hongroise, rencontre John Cummings, d’ascendance irlandaise, puis arrive dans le circuit Jeff Hyman, grand amateur de Beatles, de Beach Boys, de Totor et de glam, au point de se rebaptiser Jeff Starship et de porter des platform boots, lequel Jeff Hyman rencontre Doug Collins qui a grandi dans les bases américaines en Allemagne et qui a déjà fait du ballon pour des vols de bagnoles et des braquos, et qui pour financer son hero, fait le tapin à l’angle de la troisième avenue. En fait Doug et John se connaissent et un jour ils décident d’acheter des grattes chez Manny’s Music store : John se paye une blue Mosrite pour 50 $ et Doug une Danelectro.  Ils demandent à Jeff Starship de battre le beurre. Doug passe à la basse et se baptise Dee Dee Ramone, en souvenir du Paul Ramon qu’utilisait McCartney dans les hôtels. Alors Jeff Starship devient Joey Ramone et Doug Collins Johnny Ramone. Comme ils savent qu’ils ne correspondent à rien, Joey déclare : «We were all outcasts.»

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             Les Ramones commencent à bosser leur formule : «Hit singles mixed with hard rock.» Ils jouent en public (30 friends) pour la première fois en 1974. Dee Dee chante, mais il a du mal à jouer en même temps. Tommy, qui a entendu Joey chanter, le fait passer au micro - It clicked right away - Les Ramones auditionnent des batteurs, mais aucun n’a le son. Alors Tommy se dévoue et devient Tommy Ramone. Needy Needs : «Ramones’ songs allied ‘50s and ‘60s rock’n’roll discipline to lyrics that mainlined their lives.» Et il balance l’info de choc : «The leather jackets and jeans look came from New York near-contemporaries The Dictators.»

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             C’est Jayne County qui branche Dee Dee sur le club d’Hilly Kristal au 315 Bowery - CBGB (Country, BlueGrass and Blues), appended by OMFUG (Other Music For Uplifting Gormandizers) - Les premiers à s’y produire sont Suicide, puis Television, puis Patti Smith accompagnée de Lenny Kaye. Et puis il y a les chiens d’Hilly qui chient partout. La plupart des habitués vivent dans les parages (Blondie et Talking Heads). Les Ramones jouent pour la première fois au CBGB en août 1974. Les Ramones sont loin d’être au point, mais Hilly les aime bien et continue de les programmer, sur le thème : si c’est pas moi qui le fais, personne ne le fera - Nobody’s gonna like you guys so I’ll have you back - Bravo Hilly ! Alan Vega les admire lui aussi : «The best thing I’d seen since the Stooges.» Itou pour les Cramps qui viennent d’arriver en ville, alors Ivy y va : «The Ramones are what set our pants on fire.»

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             Si les Ramones se retrouvent sur Sire, c’est grâce au scout Craig Leon : pendant un an, il essaye de convaincre son boss Seymour Stein de les signer. Le premier Anglais à comprendre le génie des Ramones sera Charles Shaar Murray en 1975 - They’re simultaneously so funny, such a cartoon vision of rock and roll and so genuinely tight and powerful - Marthy Tau qui a managé les Dolls n’est pas intéressé, et c’est finalement Danny Fields et Linda Stein qui récupèrent le management. Linda réussira enfin à convaincre son mari de les signer. Craig Leon produit le premier album en janvier 1976 pour la modique somme de 6 400 $. Arturo Vega leur designe un Presidential seal logo et les Ramones vendent plus de T-shirts que d’albums. Ils deviennent les rois du merch. Lester Bangs les traite de «punk revolutionaries», ce qu’ils sont en réalité. C’est Joey qui a le mot de la fin : «We were doing something completely alien. Now everyone’s tried to copy us to some degree but nobody comes close. It’s just our attitude. It’s ourselves.»         

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             Il est désormais question d’un biopic basé sur le book de Mickey Leigh, I Slept With Joey Ramone. Nouveau désastre en perspective.

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             Dans le bien nommé Vive le Rock, Needy Needs repart de plus belle sur les Ramones des années 80 avec le batteur Richie Ramone. Il indique que l’album Too Tough To Die a sauvé le groupe. L’épisode End Of The Century en 1980, sous l’égide de Totor, avait bien failli réduire à néant le following des Ramones. Les Ramones étaient donc en quête d’un killer album destiné à restaurer leur crédibilité punk. Needy Needs les voyait encore comme un «extraordinary unique beast that instinctively amped up and mutated rock’n’roll’s original energy to create their own warped punk universe.» Needy Needs cultive mieux que personne l’art des formules qui tapent dans le mille. Mais en interne, les choses ne vont pas très bien, le bras de fer qui existe entre Johnny et Joey détériore l’équilibre précaire du groupe, d’autant plus que Johnny a barboté Linda Danielle, la poule de Joey. Pendant ce temps, Dee Dee jongle avec sa drug addict-mania, et Marky reste «permanently on the piss.»

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             Pour l’album suivant, Joey voulait Steve Lillywhite, mais Seymour Stein a une autre idée en tête : Graham Gouldman, le mec de 10cc. Stein veut pousser les Ramones dans le mainstream ! L’album s’appelle Pleasant Dreams et Neddy Needs se marre  bien, car rien ne va plus en interne, avec «Dee Dee’s ongoing pharmaceutical merry-go-round and Marky’s booze problems.»

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    Richie

             Une fois Marky saqué, les Ramones embauchent Richie Reinhardt, basé dans le New Jersey. C’est Joey qui le dit : «Richie saved the band as far as I’m concerned.» Et ça en plus : «He put spirit back in the band.» Il faudra quand même qu’il attende trois mois pour être intronisé en tant que Richie Ramone. Le conte de fées va durer 4 ans. Et quand il demande pourquoi il ne récupère pas sa part au merch, il est viré comme un malpropre. Needy Needs se fait un devoir de le réhabiliter - For facilitating Johnny’s mission to resuscitate The Ramones’ inimitable onslaught so they could squash the softie jibes and get back to stirring serious live carnage

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    Milk 'n' Cookies

    groupe dans lequel  Richie a joué

             Needy Needs revient longuement sur les années d’apprentissage de Richie et notamment un job de batteur dans le groupe de Sal Maida, The Velveteens. Puis il entame une relation avec la chanteuse des Shirts, et un jour, le drum tech des Shirts, qui fait aussi le roadie pour les Ramones, dit à Richie que les Ramones cherchent un batteur. Il pose sa candidature et le road manager des Ramones Monte Melnick l’appelle pour venir auditionner à Daily Planet, le local de répète des Ramones. Il choisit de jouer trois cuts : «Sheena Is A Punk Rocker», «Blitzkrieg Pop» et «I Wanna Be Sedated». Il se pointe à Daily Planet avec ses cymbales, ses baguettes et son snare. Première session avec Johnny et Dee Dee : en plein dans le mille. Le lendemain, il revient, et cette fois Joey est là - I did it again and that was it - Richie rentre chez lui ce jour-là avec 35 cuts à apprendre, pour la prochaine tournée. Richie et Joey vont même devenir inséparables «pendant quatre ans et dix mois.»

             Richie se croyait assez pote avec les brothers pour pouvoir leur parler d’argent. Il voyait le cirque : le lendemain de chaque concert, dans le bus, on remettait aux trois autres Ramones une grosse enveloppe de cash : les ventes au merch. Que dalle pour Richie. Quand il réclame sa part, il est viré. 

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             Comme ça ne t’est jamais venu à l’idée d’écouter Too Tough To Die, tu profites de l’hommage que lui rend Needy Needs pour l’écouter. Richie bat le beurre et ça s’entend. Ça démarre sur un «Mama’s Boy» limite heavy. Les Ramones ont l’air sinistrés, en panne d’inspiration. On ne voit pas du tout l’intérêt de ce «Mama’s Boy». Il faut attendre le morceau titre pour retrouver les Ramones. Ils basculent dans la pop avec «Chasing The Night», mais ça reste dans le style de Joey. Il adore cette pop montée sur un big beat. Il reste dans la power pop avec «Howling At The Moon». Les Ramones remontent encore le courant de la grande pop new-yorkaise avec «Daytime Dilemma (Dangers Of Love)». Joey vole le show. Ah comme il est bon avec ses yeah yeah. Dans les bonus de la red, tu tombes sur une cover stoogienne de «Street Fighting Man» et t’es bien content de l’entendre, car ça rocke salement le boat.

    Signé : Cazengler, ramoné

    Ramones. Pleasant Dreams. Sire

    Ramones. Too Tough To Die. Sire 1984

    Kris Needs : To Tough To Die. Vive le Rock # 117 - 2024

    Kris Needs : New York state of mind. Mojo # 372 - November 2024

     

    *

    Exhumé d’une caisse. Tout neuf, tout beau. Pourquoi l’ai-je oublié. Je me souviens vaguement de l’avoir acheté, remisé sur le bureau de longs mois et puis… une seule excuse le blogue n’a commencé qu’en mai 2009… Comme quoi l’on est toujours plus riche qu’on ne le croit… Pourtant l’avait déjà sorti en 2007 la BD Gene Vincent : Une légende du rock’n’roll, et vous trouverez dans notre livraison 68 du 13 / 10 / 11 une chronique sur Rock’n’Roll Vinyls un de ses nombreux ouvrages consacrés à notre musique. La lecture de sa bibliographie, il n’est pas  monomaniaque, est un plaisir.

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             Que l’on retrouve Glénat comme co-éditeur paraît logique, si Rodolphe est écrivain il est aussi un satané scénariste de BD, Glénat étant un des plus importants éditeurs BD en France, nous restons dans l’ordre logique des choses. Les Editions Chronique, quoiqu’elles aient été rachetées par Dargaud, autre grand éditeur BD, ont affiché dès leur création une démarche historique. A vocation grand-public. Rien à voir avec la recherche universitaire de pointe.  Chronique aime les gros livres, des espèces de dictionnaires chronologiques abondamment illustrés, photos pour l’époque moderne, documents iconographiques variés pour les périodes reculées.  Des textes relativement courts, bien documentés, et doctement factuels. Au début, ils se sont consacrés à l’Histoire, celle du vingtième siècle, celle de L’Humanité, puis celle de l’année écoulée, puis des monographies de grands hommes politiques comme Staline, enfin se sont diversifiés, culture, cinéma, sports, question musique par exemple Tout l’Art du Blues de Bill Dahl, Le Blues de Mike Evans, si je ne me trope point nous l’avons chroniqué, Culture Punk de Phillipe Margolin, et pour finir en beauté :

    LES ANNEES ROCK’N’ROLL

    RODOLPHE

    (Editions Chronique-Dargaud / 2008)

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             Ce n’est pas une histoire du Rock’n’roll, plutôt in kaléidoscope Rock’n’roll, vous faudrait les cent yeux d’Argos, ce géant panoptique  aux cent prunelles, tué par Zeus. Héra les récupéra pour oceler la traîne magnifique de son animal favori : le paon ! Cette bête possède une voix discordante, un peu à la manière de  la musique que nous vénérons… L’est sûr qu’il faut du panache pour la défendre envers et contre tout !

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             Le principe du livre est simple : commence en 1955 se termine en 1965. Les puristes rouspètent : Rock Around The Clock  ne date-t-il pas de 1954 ! Même qu’il a été écrit en 1952 ! Certainement mais ce n’est pas un livre d’Histoire du rock’n’roll. Considérons-le plutôt comme un livre de géographie rock’n’roll, principalement centré sur trois pays, les USA, l’Angleterre et petit dernier la France. Inutile de faire la fine bouche avant d’insinuer que le rock’n’roll français gna-gna-gna… certes, parfois il est bon d’examiner le monde par le petit bout de la lorgnette. Depuis le lieu où l’on habite, oui sans les United States et l’United Kingdom le rock’n’roll… mais l’histoire que tente de nous raconter Rodolphe c’est comment et dans quel environnement culturel cette musique d’outre-Manche et d’outre-Atlantique s’est imposée en France. Notons que pour un lecteur américain et anglais cet ouvrage ne présente que peu d’intérêt. Sauf pour les esprits curieux et aristotéliciens. Retenons qu’un jeune français d’aujourd’hui risque d’être tout aussi déboussolé que ses homologues étrangers. Ne nous le cachons pas, ce livre fonctionne un peu à la nostalgie. Ceux qui sont nés un demi-siècle après cette époque ne possèderont pas les codes nécessaires à une telle lecture. Z’auront l’impression d’un aérolithe venu d’une autre planète…  Ceux qui ne reculeront pas devant l’effort se retrouveront à l’entrée d’une mine d’or dans laquelle débouche des centaines de galeries qui ne demandent qu’à être explorées…

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             La progression s’effectue de double page en double page. Un véritable calendrier : vous n’êtes pas perdus en haut à gauche vous est indiqué l’année, le mois ou les mois que couvrent les évènements racontés… Attention, le rock’n’roll est le sujet mais l’environnement culturel et politique dans lequel il se développe est intégré, une véritable avalanche : prenons un exemple : pour janvier-février 1955 : nous avons droit dans le désordre, à la naissance d’Europe 1, de Télé-Magazine, du catalogue disques Pathé-Marconi, à l’évocation d’Alan Freed, de Martine à la Montagne, à Fats Domino, aux Diaboliques de Georges Clouzot, au Déserteur de Mouloudji, à la mort de Johnny Ace, à l’Affaire Tournesol de Tintin… nous pataugeons en pleine franchouillarderie, encore est-il nécessaire de comprendre que ce salmigondis n’est pas dû au hasard, qu’il est utile de séparer le bon grain de l’ivraie, et de savoir reconnaître les présages annonciateurs de ce qui se met en place… Les deux pages suivantes pour ceux qui aiment les montagnes russes, Bill Haley, Paul Claudel, Nicolas de Staël… ce qui comptait, ce qui faisait signe, comment le nouveau se dégage de l’ancien…

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             Vous avez le fil, vous n’avez qu’une idée c’est de tirer la bobine, un gros dispatch, des photos, des couleurs criardes, des pochettes de disques, un paquet d’informations à attraper l’excitante tremblante du mouton, à sentir votre cerveau surmené attaqué par la maladie de la vache folle, encore faut-il garder tête froide et se livrer à une radioscopie d’un tel tourbillon. Ce qui nous est proposé c’est une espèce d’IRM de l’implantation du rock’n’roll en notre douce France. Les petites graines, la germination, l’éclosion, l’efflorescence et la contamination…

             Toutefois, ne jouons pas au rocker buté, bas du front, en filigrane se trouve aussi une histoire du monde. La politique en arrière-plan, mais toujours-là, Rodolphe se limite aux faits, il ne prend pas parti, c’est au lecteur de se débrouiller, de tenter d’apercevoir ce qui relie par exemple en 1955 la parution du premier disque de Bo Diddley avec la décision du général De Gaulle de se retirer de l’action politique… Il est clair que rien ne les relie directement. Cependant il existe aussi une loi de gravité phénoménale des évènements qui les poussent à interférer entre eux. Le mode ne serait-il pas un système de vases communicants étrangement complexe. Certaines théories mathématiques et quantiques donnent à réfléchir. De l’interférence de l’infiniment petit rock’n’roll à l’infiniment grand de l’univers ferait un excellent sujet de thèse de troisième cycle. Mais revenons à nos moutons. Noirs de préférence.

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    Commençons par le fil noir de chez noir qui apparaît et disparaît très régulièrement, depuis le début jusqu’à la fin du book, non il ne s’agit pas d’un chanteur de rock, mais d’un disc-jockey Alan Freed, qui a lancé le terme rock’n’roll, il existait bien avant lui désignant un certain ‘’ roulement’’ entraînant utilisé par les pianistes de boogie, un truc qu’ils exhibaient lors des concerts lorsqu’ils s’apercevaient que l’ambiance  mollissait et qu’il devenait nécessaire de booster le public. Alan Freed organisa des concerts regroupant plusieurs de nos idoles qui sont devenus mémorables. Son nom fut mêlé au scandale des payolas, ces accords passés entre les disc-jockeys et les compagnies de disques qui offraient des sommes d’argent contre le passage privilégié de certaines de leurs productions. Pratique déloyale certes mais courante à l’époque.  Par le plus grand des hasards la campagne de redressement moralistique menée par les autorités se concentra sur sa personne. Dans un premier temps, car très vite elle déborda sur ses soutiens avec menaces explicites pour les empêcher de manifester leurs désapprobations… Alan Freed se retrouva bien seul… abandonné de tous il mourut dans la solitude, l’alcool, le découragement et le désespoir. N’avait pas que des défauts, il passait des disques de nègres dans ses émissions radios, et invitait des artistes noirs dans ses nuitées tapageuses. Noir de chez noir !

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    A lire d’une traite le bouquin une question m’a turlupiné. L’on voit bien l’ascendance de la courbe rock’n’rollesque : point de départ in the States, les influences noires, la prise de relais des pionniers, noirs et blancs, la montée en puissance, le  jeu édulcorant de l’industrie, le saut en Angleterre avec une première génération de rockers anglais, la sournoiserie des maisons de disques qui poussent leurs vedettes à enregistrer des slows qui se vendent davantage, un leurre pour tous ces jeunes rockers qui ne réfléchissent pas à long terme se satisfaisant de leurs rentrées d’argent… En France, durant les années cinquante, le rock rampe, l’est un serpent dont les artistes de jazz se méfient, tout en essayant d’en profiter, tout en jetant le discrédit sur cette musique de dégénérés, Boris Vian est le parfait exemple de ces offensives  de retardement. Une jeune génération essaie de se former, pas très douée musicalement, font avec ce qu’ils glanent de-ci de-là, mais qui trouve un public enthousiaste… En Angleterre la première génération se dissout lentement mais sûrement. Mais une autre surgit. Beatles et compagnie… Qui très vite prend le dessus.

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    En France cette deuxième génération n’existe pas, un peu comme si la première avait constitué tout l’effort de guerre rock dont le pays était capable. Certes les maisons de disques ont veillé au grain mais n’empêche qu’il a existé comme un hiatus musical générationnel quasi intégral. Troublante infertilité… Jusqu’à 4000 groupes en 1962, quelques centaines en 1964, la quasi-totalité d’entre eux très vite jettent l’éponge et disparaissent sans bruit… Je tente une explication, totalement hypothétique, la période 64 - 68, s’est avérée pour la jeunesse de notre pays, un lustre (peu lumineux) d’incubation d’un mouvement de révolte qui prend une autre forme que musicale, elle endosse une coloration politique qui éclatera en mai 68. C’est dans l’après-mai que la musique reprendra ses droits, des groupes, porteurs d’une démarche de rupture, verront le jour mais leur audience restera minoritaire. Ces nouvelles démarches se veulent underground – teintées de ‘’philosophie hippie’’ - leur rêve de changer les formes de vie de la société les coupe de la plus grande partie de cette génération que l’on stigmatisait alors sous la méprisante appellation de ‘’minets’’. Cette scission se poursuivra durant des années, la minorité rock se retrouvera dans le mouvement punk, et les jeunes minets deviendront les adeptes du disco. Cette vue souffre d’un schématisme extrêmement réducteur mais me semble à l’origine de bien des fractures de la population actuelle si l’on se donne la peine d’affiner l’analyse. Sociorocklogique !

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    Les double-pages de ce livre ressemblent à ces portes de  frigidaires envahies de post-its. Lues une par une, ces notules sont des plus lacunaires et fragmentaires. Elles n’en trahissent pas moins, si l’on prend soin de les interpréter  en leur intégralité cumulative, le portrait assez fiable de la personne qui les a réunies, une vision  schématique certes, mais qui permet de saisir une insistante cohérence. Mais dans ce volume chaque post-it exprime non pas une existence individuelle, mais l’inscription  d’une volonté collective en le sens ou le nom du chanteur ou du groupe est à percevoir comme une réaction sise en  un moment donné dans un mouvement musical dont ils ne sont qu’un des rouages, plus ou moins déterminatif, qu’ils ne sont pas les seuls (staff et public, etc…) à vouloir faire tourner plus ou moins vite.

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    Le livre se ferme en décembre 65. Suit une double-page terminale. Apparemment le truc que l’on n’a pas eu le temps de traiter : le rock’n’roll look. Vous auriez envie d’une conclusion, vous ne l’avez pas. D’autant plus que le look roc n’existe pas, il varie selon les époques, des tendances mais pas d’une uniformisation d’une décennie… N’est-ce pas plutôt une manière de nous prévenir : le rock’n’roll est un phénomène complexe et multiforme. Voici les faits, les personnages, les œuvres, les artefacts pour l’idéifier ne comptez sur vous-même !

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    Se pose un dernier problème, le tout premier c’était le choix 1955, mais c’est le volume refermé que l’on peut se demander : mais pourquoi au juste 65 ? C’est bien une date charnière, perso j’aurais proposé 1964, mais une charnière possède deux volets articulatoires. La réponse me semble inscrite sur la couverture du livre. Une réussite. D’autant plus forte que d’une simplicité absolue, un fond rouge profond, de toute beauté sur laquelle se détache en blanc et noir la silhouette voltigeante d’Elvis Presley. Inutile d’aller chercher plus loin une explication, en 1965 le roi Elvis est détrôné par les Beatles, le rock’n’roll cède la place au rock. Une autre histoire commence, elle n’est que la suite de la précédente. Mais ce n’est plus la même histoire.

    Damie Chad.

    P.S.: pour illustrer cette chronique nous nous sommes amusés à rendre hommage à Bill Haley au travers de quelques pochettes… L’idée nous a été donnée par un des post-its consacré à l’immortel auteur de Rock Around The Clock !

     

     

    *

             Vous allez voir de quel bois je me chauffe, non je plaisante, une séquence strictement écologique, consacrée à un arbre, attention, il y a arbre et arbre !

    LIGNUM MORTIS

             Ne cherchez pas le nom du groupe, c’est un homme seul, ne cherchez pas le nom du gars, il ne fait qu’un qu’avec son œuvre. Comme Flaubert qui déclarait : ‘’Madame Bovary, c’est moi’’, à la différence près que notre homme a l’air plus intéressant que Mme Bovary. Je ne sais rien de lui, sinon qu’il vient de loin, du fin-fond du Chili. Ne donne que ses initiales J. E. ce qui permet de  le retrouver sur plusieurs autres groupes chiliens ultra-dark.

    Il n’arbore point pour se présenter comme la plupart des groupes metal un logo au lettrage gothique difficile à déchiffrer, il possède un sceau comme s’il voulait vous envoyer  une lettre de cachet. L’a choisi un symbole des plus réversibles, représente aussi bien le Christ promesse de vie éternelle qu’un arbre mort. Tous les catéchumènes savent bien que le Christ est mort pour nous, à moins que, selon certains hérésiarques, ce soit la mort qui ait été faite pour le Christ, ce qui change les perspectives…

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    Ecrit ses textes en espagnol et en latin, l’emploi de cet idiome me l’a rendu d’emblée sympathique. Pour moi tout ce qui vient de Rome et de Grèce éveille ma curiosité. J’avais envisagé de chroniquer son dernier opus, sorti ce mois de décembre 2025, mais j’ai trouvé  ces lyrics si bien écrits, le fait qu’il les ait tirés à 30 exemplaires sur K7 m’oblige à penser que pour notre poëte la poésie ne se divulgue pas. Elle attend qu’on la recherche. Du coup j’ai décidé de présenter l’ensemble de son œuvre, je vous rassure elle n’est pas trop longue.

    LIGNUM MORTIS

    (Mars 2015)

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             Ne souriez après un regard hâtif sur la couve, non vous n’êtes pas au Paradis, enfin si vous y êtes mais vous arrivez au mauvais moment, celui de la chute, le serpent batifole dans le feuillage et, fixez le dessin, l’arbre n’est qu’un squelette, vous n’êtes pas auprès de l’arbre de vie regorgeant de fruits et visité  par les oiseaux, vous êtes loin de l’amélanchier  que Chrétien de Troyes se plaît à décrire dans ses romans-poèmes, vous êtes auprès de l’autre, celui du Bien et du Mal, dont les fruits vous feront comme des Dieux, hélas, ils vous offriront en contrepartie : la mort ! Lignum Mortis en doux langage latin signifie arbre de mort. Dans la liturgie catholique il est même associé au pilastre de bois sur lequel le Christ a été apposé sans ménagement.

             Que le lecteur ne soit pas surpris par la noirceur de cette thématique, le Chili est de culture espagnole, or la poésie espagnole regorge de poèmes auto-sacrificatoires à vocation masochiste, pour ce peuple religieux rien n’est jamais assez noir pour faire luire encore plus fort la lumière divine. Rien de plus nihiliste que cette vision ibérique. Nietzsche nous a expliqué : plus vous donnez une valeur à une chose, plus elle est destinée à périr. N’allez pas chercher plus loin pourquoi Dieu est mort : vous l’avez trop aimé ! Bande d’idolâtres ! Relisez les sermons de Bossuet !

    Mortem : avec un tel titre vous doutez que ça commence mal, après un tel début n’osez plus prononcer l’expression silence mortel ! Des pistes sonores superposées chacune continuant son chemin sans que les deux autres ne se préoccupent d’elle, d’abord la voix, grondante, elle explose du plus profond de la gorge, un son dévastateur, notre mort se porte bien, il grogne et charge avec la fureur d’un rhinocéros enragé, nous raconte une scène des plus érotiques, des plus dégoûtantes, pas le genre de cadavre à se masturber en cachette dans son cercueil, il se vautre dans sa chair putréfiée, l’en est même fier, il a péché selon la chair mais aussi avec lui-même car son reniement est trop violent pour ne pas être un désir inassouvi, n’est pas tout seul dans son agonie post-mortem, une espèce de fouet à béchamel géant vous corrode l’esprit de son incessant battement métallique, le récipient ne serait-il pas la boîte crânienne où son cerveau monté en neige éternelle est soumis à rude épreuve, ensuite vous avez un grondement, une espèce de cri d’anaconda à l’étroit dans un tuyau qui ne parvient ni à avancer ni à reculer, en prime sur la fin une batterie qui hache sans rime ni raison, uniquement parce que c’est nécessaire.  In fluunt de infiniti : (Emanant de l’infinité) :  dans dans la série mort où est ton royaume, la réponse à la question vous est apportée, sur un plateau chaotique, visite guidée avec, incroyable mais vrai, l’infernal boucan qui s’arrête, et vous voici dans une église avec un prêtre qui récite son homélie, ce moment de répit, toutefois lugubre, est brutalement suivi par un charivari endiablé, essayez d’imaginer un charleston joué par un groupe de metal orgiaque, car le mort n’est pas au bout de ses surprises, la mort regorge de monde, les dieux morts sont tous là et plus loin les puissances élémentales, et bientôt une décorporalisation de la matière physique, la mort est une pensée qui pense la mort, et cette pensée traverse le mort et le pense lui-même, elle l’abreuve de tous les crimes qui ont été commis, un flux infini de colère et de regrets le roule violemment, d’où la révélation que la pensée de l’horreur et la pensée d’une chose supérieure sont toutes deux une seule et même pensée. Dialogus cum ignis : tumulte vocifératif, les idées s’entrechoquent, si le plus égale le moins, et si l’on est parvenu au plus par le moins, autant suivre la pente du moins, tout s’emballe, plus vite encore, les bruits se télescopent, la réalité n’est-elle pas un kaos triomphant, le feu infernal n’est-il pas un moment de purification et un tourbillon de cendres.

    VACUUM INFERNO

    (Décembre 2022)

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    La pochette est réduite au minimum vital, pardon mortel. Figurativement parlant comment voudriez-vous dessiner le vide ?

    Vacuum inferno I : (Enfer vide) : pour comprendre cet opus il est nécessaire de ne pas oublier que le disque précédent est le récit d’une descente, non pas d’un vivant dans la mort, mais d’un mort dans la mort, une expérience infinie puisque l’éternité de la mort ne saurait être que l’éternité du divin, la résultante de cette opération étant qu’il est difficile de considérer que mort et divinité ne sont qu’une seule et même éternité. Mais alors qu’en est-il de cette notion d’éternité que l’on retrouve en tant que puissance infernale. Au morceau précédent nous étions dans les flammes de l’œuvre au rouge, nous voici dans l’œuvre au noir. Opération alchimique inversée. Du bruit, des trompes venues de nulle part et de partout, des espèces de clameurs vocales au-delà des mots, mystère et boule de gomme, boule de pierre géante qui court après vous sans vous rattraper car l’on ne peut tuer la mort, l’impression que des orques mugissent sur un rivage désertique, désolé nous faisons au mieux, pas de grandes orgues à notre disposition. Vacuum inferno II : du bruit encore plus assourdissant, des étirements sonores, protégez vos oreilles, comme des roulements de canon, serait-ce une illusion, on dirait que le bruit essaie d’imiter des choses, chacun les interprétera à sa manière, est-ce que ça ne ressemble pas à… on s’en moque, avant tout n’est-ce pas un effort de signifiance, pourquoi pas un effet de gentillesse, car après tout si l’enfer est constitué du même infini  que le divin, au-delà de l’ambiance écrasante et mortuaire, est-il besoin de s’en inquiéter vraiment. Ne serions-nous pas entre un verre d’infini à moitié plein et exactement dans le même verre d’infini à moitié vide…    

    LIGNEM MORTIS II :

    (Décembre 2025)

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    Le quatrième disque de Led Zeppelin a été très vite surnommé IV.  Mais ce Lignem Mortis II n’est pas le deuxième opus mais le troisième. II signifie deuxième tentative. La première a fonctionné, mais maintenant elle ne satisfait plus son auteur. Alors il recommence : il ne reprend pas au début mais il commence là où la première tentative s’est arrêtée sur deux instrumentaux.

    Inmanencia : nous sommes dans l’immanence des choses, dans les choses elles-mêmes, une nuit de ténèbres, de pluie, d’orage et de tonnerre, un peu comme si depuis le fond de son infini infernal le mort haussait les yeux pour apercevoir le temps de chien qui ruisselle sur sa tombe. Un spectacle un peu cauchemardesque mais ô combien naturel. Même si l’on gît au fond de sa tombe l’on peut projeter un regard de peintre cubiste sur sa propre tombe.  Transubstanciacion : attention une inversion des valeurs pratiquement nietzschéenne, les instruments employés émettent de véritables sons d’instruments et le vocal porcin fait des efforts pour que l’on reconnaisse que celui qui s’égosille n’est pas un cochon, parvient même à articuler à la manière des êtres humains civilisés, normalement le vin se transforme en sang du christ, mystère de la transsubstantiation, ici le cycle est un peu plus long, le grouillement prostitutif de l’humanité et des dieux se nourrit de sa propre merde, une fois réduits en pourriture dieux et hommes repassent dans le grand recyclage, ils se transforment en herbe que broutent les moutons… les moutons nourrissent les hommes et tout recommence… ne pas confondre transsubstantiation et transformation…Cherchez l’erreur. L’infini de la mort ne se transforme pas en infini divin… Inexistentia : méditations ultra-rapide, moulin à paroles, drummerie galopante et guitares hors-bords, qui parle au juste, le mort, le Christ, la réponse n’est guère intéressante, de toutes les manières celui qui parle existe qu’il soit mort ou vivant, comme le cycle perpétuel de la nature qui se décompose et se renouvelle sans cesse, le divin n’est plus ce que l’on croyait il n’est qu’un autre mot, en plus ou en trop, qui philosophiquement s’énonce panthéisme… oui mais cette notion n’est-elle pas un voile jeté sur cette force kaotique qui n’est autre que l’infini divin. Oquedades : (= viduité) : quelle sérénité dans ces notes de guitare, c’est pourtant un moment de révolte métaphysique, combat contre l’hydre du vide aux mille têtes qui veulent m’imposer l’idée que tout existe, que tout se vaut, que ce que je nomme infini divin n’est pas supérieur ou inférieur à l’infini de la mort, chaque fois que ta pensée me touche je reprends force, car toi-même n’es-tu pas qu’uns forme de l’infini dans lequel tu serais englobé. Sol Occidit : (= le soleil se meurt) : ce morceau est sorti en avant-première au mois d’octobre, il était accompagné d’une couve très explicite : le sang

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    du soleil recueilli dans la coupe du néant, ce dernier symbolisé par deux crânes :  l’on dirait un prêtre psalmodiant un rituel, en tout cas l’ambiance est aussi mélodramatique que quand Socrate a saisi la coupe de cigüe, mais ce que saisit notre mortel n’est-ce pas la coupe du néant philosophique, une manière comme une autre, pas tout à fait, car après avoir bataillé toute sa vie contre l’infini conçu en tant que néant, décider soi-même de l’instant où l’on retournera au néant, n’est-ce pas une manière de signifier quelque chose au néant de lui donner un sens particulier qui le colorie en quelque sorte selon moi. Quelques notes de guitares qui tombent dans le silence, mais la voix décide, c’est elle qui mène la barque, c’est elle qui commande. Ataraxia : pluie, orage, comme au début, coups comme si l’on frappait à une porte. Elle grince, elle s’est ouverte. Quelqu’un rentre-t-il dans son tombeau ou en sort-il. Que l’on y entre ou que l’on en sorte, quelle importance si votre âme est en paix avec elle-même. Un peu comme notre promeneur privé de son tourment.

             Attention ce Lignum Mortis peut vous plonger dans d’interminables ruminations. Mais penser n’est-il pas le propre de l’homme. Qu’il soit mort ou vivant. 

    Je vous laisse méditer sur la couve de l'opus...

    Damie Chad.

     

     

    *

             Y a des noms de groupes à dormir dehors. Je ne jette pas la première pierre, pas facile d’être original, je le concède. Toutefois j’avoue un a priori pour les noms à rallonges. Pour celui-ci, j’allais passer sans m’attarder, mais mon esprit a vacillé un quart de seconde : mais non Damie c’est le titre de l’album, vérifie ! Je ne m’étais pas éléphanté. C’était bien le nom de la formation, par contre quand je vois un tel titre, je n’écoute même pas avant de prendre la décision de chroniquer.

    OUROBOROS

    SHADOWS TALLER THAN SOULS

    (Bandcamp / Décembre 2025)

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    La couve, due à Kyle Bialk, est plus profonde qu’il nous semble de prime abord. Le dessin un peu naïf en dit davantage qu’il n’y paraît. Une interprétation de la célèbre scène de Diogène se promenant à midi, l’heure la plus claire, dans les rues d’Athènes une lanterne à la main et répondant à ceux qui l’interrogent sur son étrange conduite : ‘’ Je cherche un homme !’’. Notre homme à nous, ne possède même pas une lanterne, sa seule boussole c’est son esprit, il regarde de tous les côtés, il cherche, il ne trouve rien, les ombres sont en effet plus épaisses que sa clairvoyance…

    J’ignore s’il s’agit du même Kyle Bialk mais voici huit ans est paru un ouvrage  titré :  The Diary of The Unknown Philosopher Vol 1 (Journal d’un philosophe inconnu. )

    Dan Schmidt : bass, addtl. guitars / Nick Stadler : guitars, vocals /
    Joe Widen : drums and percussion, addtl. guitars, backing vocals.

             Viennent de Milkwaukie célèbre par chez nous grâce à Jerry Lee Lewis, ville située à cent cinquante kilomètres de Chicago. Se présentent sans forfanterie : ce premier album est le résultat de leur travail depuis leur formation. Les premières démos remontent à 2019.On y retrouve toutes leurs influences : doom, punk, psyché, garage. Sont comme sur la pochette : recherchent tous azimuts.

    In darkness : ça déboule dur, pour des gars qui sont un peu perdus, ils tracent leur chemin à vitesse supersonique, galopent dans le noir comme en plein jour, une batterie qui cartonne et l’ensemble qui déchire, le vocal fondu dans la masse, sont honnêtes, ils sont pratiquement mort mais ils préfèrent vivre, sont comme Arthur Schopenhauher, ils ont le vouloir vivre chevillé au corps. Remarquez, c’est philosophiquement logique : Nietzsche a lu Schopenhauer et ensuite il a connu l’illumination de la pensée de l’Eternel Retour. Grim by reputation : ne sont pas là pour perdre le temps, ils essaient toutes les solutions, celle-ci est particulièrement violente, cassent même leur morceau en deux, une première partie, ils dévalent la théorie : on va tous crever, arrêt- buffet ils martèlent la solution : autant tuer que d’être tué, insinuent même avec un sourire sardonique qu’ils y prennent plaisir. Bonnes gens ne vous insurgez point, dans votre âme c’est le noir qui prédomine ! Mara : nettement plus lourd, plus doom, font le point, ce n’est pas tout à fait de leur faute, dans notre univers la tentation est partout, petit tour vers le boudhisme, mara ce n'est pas marrant, tout est possible, tentations illimitées, vous avez beau essayer, tentez ce que vous voulez, vous n’en serez pas plus heureux pour autant, même davantage malheureux, beaucoup de vocal, quand on est perdu on a tendance à se retrouver à  plusieurs, sur la fin on sent qu’ils ont pris une décision, la musique dément leur nihilisme affirmé. Shamsara : sont à cheval entre la théorie des cycles vie-mort qui n’en finissent pas de se répéter et de leur malaise physique à ne pas pouvoir s’en échapper : en tout cas ils ont repris du peps, y vont à tout berzingue, une voix de renard glapissant et toute la rythmique qui déboule à la Led Zeppe, une guitare ahane c’est sûr qu’ils n’ont pas trouvé l’escalier qui monte au Paradis, mais ils se permettent de ses dégringolades des plus énergiques. Stasis : beau son de guitare, ne pas confondre stase avec métastase, ni calme, ni luxe, ni volupté, certes on n’ avance pas mais on ne recule plus. Rebirth : en avant toute, les choses ne sont que ce qu’on en fait, un peu de courage, regarde ta triste situation comme l’oiseau s’approprie la branche sur laquelle il va construire son nid, à toi d’agir, si le temps est courbe, utilise la courbe, ne te bats pas contre elle, le bad trip se transforme en joyeuse farandole. Mage duel : les paroles sont inutiles, tu dois te battre contre toi-même, c’est fou comme les cymbales résonnent dans tes oreilles, c’est lourd, mais le chemin est à prendre et tu te mets à courir, droit devant toi, est-ce folie ou exaltation, délivrance ou cul-de-sac. Indecision : le rythme s’alentit, le vocal prend sa revanche, résonne comme un chant d’église, tu fais le point sur toi-même, est-ce que quand je serai mort je serai enfin tranquille, et pour combien de temps, les guitares klaxonnent, on dirait qu’elles se foutent de toi, tout le mode est déjà dans la voiture et l’on n’attend plus que toi, ne savent plus quoi faire pour que tu cèdes à l’appel, que tu prennes enfin ta décision, alors ils font un potin de tous les diables, l’on adore ce fabuleux tintouin ! Ouroboros : ben non, vous n’aurez pas la solution, la batterie concasse tes illusions, les guitares boutent le feu à cet amas de décombre qui t’encombre la tête, le vocal t’interpelle, les chœurs tentent de t’attirer, comme des matelots qui attendent que tu les rejoignes. Tout est en toi, ou tu souffres en masochiste ou tu danses comme la pensée de Nietzsche, ni bien, ni mal, ni tout, ni rien, tout dépend de ce que tu veux.

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             Rien à dire, les grandes pensées aident la musique à se surpasser. Pensez à Nietzsche et à Wagner. Et puis pensez à ces Shadows Taller Than Souls, ce groupe vous foutra un gros coup de pied au cul et au mental.

             Je ne saurais vous souhaiter meilleure année qu’en vous recommandant d’écouter cet album.

    Damie Chad.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 716: KR'TNT ! 716 : DEE DEE RAMONE / NOTHINGHEADS / SHE & HIM / GARY FARR / CHEAP TRICK / DENNIS COVINGTON / ELVIS PRESLEY / GENE VINCENT + McCARTNEY / CERBERE / MALEMORT

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 716

    A ROCKLIT PRODUCTION

    FB : KR’TNT KR’TNT

    24 / 12 / 2025

     

    DEE DEE RAMONE / NOTHINGHEADS

    SHE & HIM / GARY FARR / CHEAP TRICK 

    DENNIS COVINGTON / ELVIS PRESLEY

     GENE VINCENT + PAUL McCARTNEY

      CERBERE / MALEMORT

     

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 716

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http://kr’tnt.hautetfort.com/

     

     

    Wizards & True Stars

     - Les Ramones la ramènent

    (Part Four)

     

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             Avec les Ramones, c’est un peu comme avec les Beatles : on a du mal à choisir son chouchou. Difficile de préférer John à George. Difficile de préférer Dee Dee à Joey. Mais ça ne nous empêche pas de faire des focus. Les focus ne disent pas une préférence. Ils se contentent de focuser. Comme Joey, Dee Dee a une vie en dehors des Ramones, oh pas grand-chose, mais ses quelques albums et ses deux ou trois books valent le détour.

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             À ceux qui ne l’ont pas encore lu, on recommandera la lecture de Legend Of A Rock Star: The Last Testament Of Dee Dee Ramone. Dee Dee y raconte dans le détail sa dernière tournée européenne, en mars/avril 2001, en trio avec Chase Manhattan (drums) et Chris Black (guitar). Le book s’orne en couve d’une somptueuse photo du Dee Dee torse nu. Il est en parfaite osmose avec le titre de son Testament. Il n’existe rien sur cette terre de plus rock-staric que Dee Dee Ramone.

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             Tous les fans des Ramones voient Dee Dee comme le plus créatif des quatre. Ce book alimente ce mythe. Bon alors attention, Dee Dee Ramone n’est pas un styliste ni un prosateur de haut vol. Il se contente de rester égal à lui-même, c’est-à-dire un outsider sorti de nulle part, qui est arrivé in the right place in the right time, with the right guys. Il ne faut jamais perdre ça de vue. Les Ramones ne pourraient pas apparaître en 2025. Ils ne pouvaient apparaître qu’en 1975. C’est une évidence, qui, comme toutes les évidences, n’a besoin d’aucune explication. Disons qu’au sortir de l’adolescence, on a eu la chance de «vivre» tout ça : Stooges, MC5, Dolls, Velvet et Ramones. C’était la troisième vague, la première étant celle d’Elvis/Jerry Lee/Little Richard/Gene Vincent/Chucky Chuckah/Bo Diddley, la deuxième étant celle des Beatles/Pretty Things/Who/Rolling Stones/Kinks/Beach Boys, et la quatrième sera celle des Pistols/Damned/Buzzcocks. Voilà pour les vagues. Les vagues sont importantes. Elles emportaient tout. On en garde des souvenirs grandioses. Aujourd’hui, elles semblent avoir disparu. Ainsi va la vie.

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             Le Dee Dee book est bien sûr richement illustré. Les photos de Dee Dee pullulent. Les amateurs de bon trash vont se régaler, car Dee Dee donne tous les détails, il s’amuse à faire dérailler son récit, il entre par moments dans le territoire du Conte Rock. Premier exemple avec cet échange entre Chris Black et lui. Ça se déroule dans l’hall de l’aéroport de Los Angeles. Chris mâche son chewing-gum et Dee Dee lui demande d’arrêter de mâcher comme un dingue, how about giving me a break, mais l’autre ne comprend pas, what do you mean a break Dee Dee?, alors Dee Dee est obligé de lui expliquer qu’il ne supporte plus le gum chewing et il s’enfonce dans le détail de son exaspération, your jaw is going a million miles a minute, il lui demande de jeter son chewing gum, get rid of the gum, all right?, alors l’autre lui dit qu’il vient d’arrêter de fumer qu’il chewe son gum, God! Damn! It! I’m doing this for the band. La scène se déroule juste avant d’embarquer dans l’avion à destination de l’Europe. Dee Dee remet les choses au point avec les deux autres : «I don’t like smart alecks. I hate gum chewing. It makes me dislike young people.»

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             Et c’est parti. Sur scène à Londres, il sniffe des lignes de coke entre deux cuts, feignant des problèmes techniques and walking backstage for a second. Sur scène, il joue des Ramones songs, plus le «Motorbikin’» de Chris Spedding et deux ou trois bricoles comme «Do You Love Me», «The Locomotion» et «Mr. Postman». Il décrit soigneusement les backstages, raconte qu’ils sifflent 44 canettes de bière à eux trois, qu’ils baisent des groupies, qu’ils laissent les murs couverts de bodily fluids, il rappelle que tous sont mariés ou dans des relations durables, mais ajoute-t-il avec un sourire en coin, il n’y a pas de mal à accepter un blow job once in a while and that’s not cheating for the guy. Et tout le monde fume de l’herbe là-dedans, and we could hardly see or breath anymore. Les scènes qu’il décrit sont marrantes. On sent que Dee Dee se régale à décrire le trash des backstages. Les petites gonzesses qui entrent dans les loges viennent clairement pour se faire baiser.

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             Ah ! Et les hôtels ! Encore un moment d’anthologie. Il décrit l’Hôtel Durante à Milan - The place litteraly stinks like cat piss - Les toilettes sont dans le couloir. Dee Dee va jeter un coup d’œil à la bathroom, et en ouvrant la porte, il tombe sur un «angry, centipede fiercely coiling in a corner, giving me a don’t-give-me-any-shit attitude on the garbage-covered floor.» Et c’est pas fini ! Il lève la tête et il voit au plafond des toiles d’araignées «with lethal-looking black widow spider calmly hanging down from them, giving me looks of death.» Bienvenue dans le punk fairy world of Dee Dee Ramones. Son récit déraille délicieusement, il crée un monde à partir de rien et ce sont ces gens-là qu’on aime bien.

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             On retrouve le chaos sur scène, ça dégénère assez souvent et pour ne pas se faire casser la gueule, ils doivent se barrer de toute urgence and throw ourselves into the van. Dee Dee claque la porte violemment et crack, il coupe les doigts d’un fan qui lui tendait un papelard pour avoir un autographe, alors le road manager Minna passe la première et fonce, et bam, il percute un fan «holding the first Ramones album in his mitts, probably killing him on the spot», et Dee Dee d’ajouter, goguenard et un brin fataliste : «I don’t know for sure (si l’autre est mort), but the one that got his fingers cut off looked a mess, shouting in pain and blood spraying from the amputated stumps.» On dirait les paroles d’un hit des Ramones, one two three four ! And blood spraying from the amputated stumps !

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             Un autre plan backstage : Dee Dee cause avec un angry Swiss psycho qui affirme que «Punk rock started in Ireland», ce qui fout Dee Dee en rogne. Wott? rétorque Dee Dee. Et il met les points sur les zi : «The fucking Ramones started punk rock music in New York, right?». Le Swiss psycho lui répond : «My favorite group is the Angelic Upstarts», alors Dee Dee attrape une chaise et lui fracasse la gueule, «over the head three or four times», puis il l’attrape par le pied et le traîne dans la rue pour le finir à coups de pompes, «then I dragged this poor, half-dead person and left him bleeding on a cow pile.» Dee Dee écrit tout simplement un punk book.

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             En Allemagne, il a un autre échange tumultueux avec un certain Herman qui ose dire à Dee Dee qu’il hait le punk : «We’re not punk, I hate punk, we’re rock and roll», alors Dee Dee se fout en pétard, il se met à hurler : «Aren’t the Ramones punk? Aren’t I the king of punk?» Et l’autre lui répond que les Ramones «are scheiss. I hate them.» Dee Dee sort de ses gonds, «What? You hate the Ramones?», et l’Herman en rajoute une couche, «And I hate punk. And I hate all Americans.» Dee Dee tombe des nues : «But America gave the world rock and roll music.»

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             Et voilà les frontières. Ils doivent aller jouer à Oslo. Les flicards norvégiens leur demandent de se garer pour une fouille. Ça caille. À poil ! Dee Dee repère un queer cop avec un gant en caoutchouc. Baissez vos frocs ! Quoi ? Le queer cop va leur mettre le doigt dans le cul ? No way ! Alors Dee Dee cogne l’un des flicards, lui pique son flingue et descend les autres. Le groupe les finit à coups de pompes - There was blood and guts all over the snow - Ils planquent les corps et se barrent. Punk book. Enfin un contrôle de frontière marrant ! Ne manque que Nico.

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             Dee Dee sent qu’il commence à fatiguer. Il ne veut plus faire ce genre de tournée. Il ne veut plus jamais revenir en Allemagne de l’Est. Et pourtant, c’est là qu’il a grandi - I used to feel sentimental about Germany. I grew up here. My mother is German. Maybe I don’t fit in, in Germany. That’s not my fault - Et sur la page d’en face, il se confie : «I’m not a punk, skin, Nazi, or snob. I’m defiant. I’m angry. You made me that way. So fuck you all. Yes, I’ll want my turn in line.» Et plus loin, il chute ainsi : «What I had to end up becoming in an American fucking outlaw. So burn, Germany, burn. I’ll light the fire.»

             Et quand les concerts dégénèrent un peu trop, Dee Dee se dit qu’il est grand temps d’arrêter les frais - After the set was over, things spilled out on the street. The police had to come, and an ambulance. The only way that I can protect myself against all this is to stay home where it’s safe, and to get out of the music business while I’m still in one piece. Classique.

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             Dee Dee décrit les toilettes du Club Atlantik, à Fribourg, en Allemagne. Pas de portes aux gogues et un canard pop allemand, Bravo, pour se torcher - Rip out a page and wipe your asshole with it. Ouch! - En plus, ce sont des toilettes turques et tout le monde a la diarrhée. Punk book. Dee Dee décrit une scène qui détend une atmosphère bien chargée (smelly farts, bad hotels and riding in the van) : comme il n’y a pas de porte, tout le monde voit Robert en train de chier. Il attrape un numéro de Bravo et tombe sur un pinup poster de Britney Spears, et plutôt que de se torcher le cul avec, il se branle dessus, «then masturbating his hard-on and then shooting a load all over her pouting face.» Dee Dee est encore pire que Michel Houellebecq.

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             On approche de la fin et Dee Dee raconte qu’il écrit ce texte le 4 juillet, Independance Day, 2001 - I can still sort of remember playing the Round House in London twenty-five years ago on July 4, 1976. Wow.

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             Il va finir sur l’épisode du Music Hall Of Fame où sont invités les trois Ramones survivants. Pour lui c’est important, car cette consécration indique que les Ramones «will hold a legendary position in musical history, right there after the Beatles.» Et voilà comment on boucle la boucle.

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             Pourquoi Zonked! est un big album ? Parce que Daniel Rey le produit et l’enlumine avec son jeu Johnny-Tunderien. C’est clair dès «Fix Yourself Up». Tu crois entendre ce vieux héros de Johnny T. Joey ramone sa fraise sur «I Am Seing UFOs», te voilà en plein dans le son des Dolls et des Ramones. «Get Off Of The Scene» est encore bien Dollsy. Daniel Rey est un fabuleux entremetteur. On monte encore d’un cran dans le mythical avec «Bad Horoscope» puisque Lux chante. Il tranche dans le vif. Il te propulse droit au cœur du mythe. «It’s So Bizarre» voudrait bien sonner comme un hit, le Dee Dee y va au what can I do ah ah ah-ah et on savoure son génie pop. Barbara chante deux cuts, «Get Out Of My Room» et «My Chico,» et on se régale une dernière fois avec le départ en vrille de wah que place Daniel Ray à la fin de «Victim Of Society».

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             Chris Spedding produit et joue sur Greatest & Latest. Dee Dee ne se casse pas la nénette, il tape dans la Ramona, donc pas de surprise. T’as Barbara on bass et Chase Manhattan au beurre. Ça joue sec. On assiste à une belle descente au barbu avec «Time’s Bomb», et avec «Sheena Is A Punk Rocker», ils passent au big time out, au punk de wild-as-fuck, ça taille salement la route ! Puis ils tapent une cover du «Motorbikin’» de Sped, c’est rondement mené, avec le Sped en concasse sur la fin. On a encore du pur jus de Ramona avec «Cretin Hop», mais c’est joué à la Sped, sans égards pour les canards boiteux. Belle cover du «Shakin’ All Over» de Johnny Kidd, le Sped veille au grain et ramène son expertise du rock anglais dans la Ramona, et avec Dee Dee, ça fait tilt. Ils tombent en  plein dans les Dolls avec «Fix Yourself Up». Sped s’en donne à cœur joie, il attaque à la Johnny T sur ce fast boogie. Le «Beat On The Brat» sans Joey sonne bizarrement, mais ça tient bon. Et le coup de génie arrive en fin de route avec la version instru de «Sidewalk Surfin’», le Sped gratte des poux magiques, il ramifie ses notes à l’ongle sec, il joue gras et futuriste, il flamboie de tous ses feux et gratte à la pure jouissive acidulée. 

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             C’est encore Sped qui produit Hop Around. Il y gratte aussi ses poux. Il gratte à la cisaille extrême. Quant à Dee Dee, il ne lâche pas sa formule : one two three four ! Il fait de l’heavy Ramona. «Get Out Of This House» sonne comme un coup de génie, itou pour «38th & 8th», chargé d’une riffalama énorme. Le Sped is on fire ! Barbara bouffe le morceau titre tout cru. On sent bien l’insistance du Sped dans «What About Me». Fantastique clameur ! Dee Dee bricole encore une weird tale avec «I Saw A Skull Instead Of My Face». C’est un créatif ! Sped te sature «I Wanna You» de disto et on revient au mythe avec la dégelée de «Chinese Rocks». Dee Dee on the rocks ! Sa compo ! Il chante comme Johnny Thunders. Barbara bouffe tout cru l’hard groove d’«Hurtin’ Kind» et Dee Dee incarne bien sa légende avec «I’m Horrible». Quel album !

    Signé : Cazengler, Ramone encore sa fraise

    Dee Dee Ramone. Zonked! Other Peoples Music 1997

    Dee Dee Ramone. Greatest & Latest. Conspiracy Music 2000

    Dee Dee Ramone. Hop Around. Other Peoples Music 2000

    Dee Dee Ramone. Legend Of A Rock Star: The Last Testament Of Dee Dee Ramone. Thunder’s Mouth Press 2002

     

     

    L’avenir du rock

     - Nothing(heads) to lose

     

             Bernard Pavot se tourne vers son invité :

             — Quel est le mot qui vous inspire le plus, avenir du rock ?

             L’avenir du rock fait semblant de réfléchir. Il fronce bien les sourcils et prend son air le plus con.

             — Laisse-moi gamberger un moment, mon Nanard.

             Il laisse encore passer une minute et lâche dans un soupir :

             — Ah tu m’as posé une colle, espèce de bâtard !

             Le silence s’installe. Les minutes s’écoulent. Bernard Pavot se tourne vers la caméra :

             — Pendant que notre invité réfléchit, nous allons diffuser une page de publicité. C’est à vous Cognacq-Jay !

             Dix minutes plus tard, le direct revient. Avec un grand sourire compatissant, Bernard Pavot relance son invité :

             — Alors, avenir du rock, allez-vous nous livrer le résultat de vos cogitations ? Nos téléspectatrices et nos téléspectateurs brûlent d’impatience de le connaître...

             — Nothing !

             — Vous n’allez quand même pas nous laisser en plan ?

             — Nothing ! Que dalle ! T’es bouché ou quoi, Nanard ?

             — Mais ça n’est pas possible, avenir du rock, vous qui êtes d’ordinaire si fécond, si prolixe... Vous qui êtes un tel puits de connaissances, un oracle insondable !

             — Nothing ! T’as les portugaises ensablées ? T’auras des coton-tiges pour ton Noël, mon Nanard !

             — Voyons, faites un effort, avenir du rock, vous êtes en direct devant des millions de téléspectatrices et de téléspectateurs...

             — Bon d’accord, c’est bien parce que c’est toi. Nothingheads !

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             — C’est tout ?

             — C’est déjà pas mal.

     

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             Tu vois les Nothingheads sur scène et t’en penses quoi ? Le plus grand bien. Pourquoi ? Parce qu’ils ont un sens aigu des montées en température et des shoots d’adrénaline. Leur set est un festin de son, un gros champ de bouillasse sonique que laboure en profondeur le petit mec du fond sur sa basse Burns. Ça faisait une

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    éternité que t’avais pas entendu gronder une basse Burns sur scène. Ces quatre Londoniens ont tout bon. On les catalogue ‘post-punk’, mais ça n’a rien à voir avec la Post. Ils se réclameraient plutôt du défenestratif, de l’onslaught, du rentre-dedans de revienzy, du so far-out de no-way out. Leur sens aigu du ramdam rappelle celui du Part Chimp de Tim Cedar.  

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             Au merch, tu ramasses Strongroom, leur petit bootleg live. Logiquement, il devrait te restituer l’ambiance explosive du concert. Dès «Down The Doomhole», ils labourent leur champ à coups de basse Burns. Ces mecs ont de la rémona plein les

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    pognes. La basse Burns creuse bien les sillons. Premier coup de génie avec «Lipstick». Quelle violence ! Et ils développent cette violence. C’est explosif. Tous leurs cuts vont osciller entre les Stooges et le Basement Five. Avec «Bean Engine», le bassman embarque la purée au paradis du no way out. Ils font du punch in the face en permanence. Soit ils labourent leur champ, soit ils le bombardent. Ils ne savent rien faire d’autre. Leur «Cabaret» file bien sous le vent et pouf, voilà un «Rat» bien dévastateur, monté sur un riff downhomy très Basement Five, ils sont même en plein dedans. Ils tapent dans cette fabuleuse esthétique du dark beat jadis initiée par Basement Five avec «Last White Christmas». Les Nothingheads deviennent très angulaires avec «Repeat Under The Lens», mais ça reste sans concession, joué à la vie à la mort. Et puis voilà «Salt», qui ne traîne pas en chemin, et la basse Burns retourne tout ça vite fait. T’as des échos de stoogerie dans «Blind Spot», ça destroy-oh-boy, il essaye d’élever le débat, mais la Burns bruine tout, on entend les accords de Wanna Be Your Dog, et ça se termine en explosion nucléaire où les Stooges se mélangent au Basement Five. Sur «Crumbs», le riff de basse renvoie aux Cramps, c’est encore du pur Basement Five, mais avec le swagger des Cramps, t’as vraiment cette combinaison de folies pures. Attaque frontale de la basse Burns sur «Diggins», et il chante au sang-froid explosif. Et ça se termine avec un «Private Pyle» bien dévoré du foie et explosé à chaque instant. Le plus drôle c’est qu’on n’entend pas les deux grattes sur le bootleg live, la basse Burns bouffe tout le son. Du coup, ça donne aux Nothingheads un allure encore plus sauvage. Tout prend feu sur ce bootleg live, c’est explosif de bout en bout. Il faudrait presque inventer des mots pour décrire tout ce bordel. 

    Signé : Cazengler, Nothing tout court

    Nothingheads. Le Trois Pièces. Rouen (76). 24 novembre 2025

    Nothingheads. Strongroom. Live Bootleg

    Concert Braincrushing

     

     

    Wizards & True Stars

     - Third World Ward

     (Part Two)

     

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             Suite des aventures d’M Ward avec le duo She & Him. Elle s’appelle Zooey Deschanel, et bien sûr, elle est très belle. Alors forcément, on s’attend au pire du meilleur, vu qu’M Ward est un surdoué. La meilleure façon de se conforter dans cette idée est d’aller écouter Melt Away: A Tribute To Brian Wilson. Ils en font un

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    carnage divin. Carnage car hors normes, et divin car encore plus hors normes. Ils attaquent avec «Darlin’» (Zooey arrive dans cette merveille avec une voix irréelle de beauté grasse). T’as Joey Sampinato d’NRBQ on bass. Et ça continue avec «Wouldn’t It Be Nice», c’est encore elle qui attaque cette merveille intemporelle au sucre de rêve. Elle traîne sa traînée, t’es au firmament de la pop, tout est parfait, on se croirait chez Des Esseintes. On entend bien sûr M gratter ses poux derrière, et ça vaut tout l’or du Rhin. On les attend au virage avec «Deirdre». C’est encore elle ! M gratte du jazz derrière. Et ça monte au ciel, ils duettent comme des coqs en pâte. Ils embarquent «Don’t Talk (Put Your Head On My Shoulder)» dans l’éther et elle arrive avec un sucre ferme. Zooey est infernalement juste et M déroule le tapis de velours du don’t talk. Dans une vie, on entend rarement des duos aussi brillants. Cet album est génial. On retrouve la pureté d’intention du duo dans «Don’t Worry Baby», M l’attaque au doux du menton et ça s’élève vers le ciel. Tu retrouves toutes les dynamiques des Beach Boys dans «This Whole World», les aouh dab dee lee lee, comme dans «Do It Again». Puisqu’on parle du loup, le voilà ! «Do it Again», dee dee dee lee. Le grand saut ! M est un crack ! And the beach was the place to go. M et Zooey le chargent à outrance, t’as même Brian Wilson derrière dans les da da lee lee lee, ça se noie dans le bonheur de l’endless summer, tap ta loo wahhhh ! Rien n’a jamais autant swingué sur cette terre que ce cut là, tap ta loo wahhhhhh !

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             Zooey et M tentent le diable sur Volume One avec «Sweet Darlin’» : ils recréent le Wall of Sound de Totor. Tout le bazar est là, intact, comme chez les Courettes, c’mon, ils tapent en plein dans le génie Totoric. Et Zooey fait sa Ronette dans «I Was Made For You», elle a exactement le même sucre que celui de Ronnie, et M a le son, il gratte une espèce d’heavy surf craze derrière Zooey. Autre coup de génie : la cover du «Should Have Known Better» des Beatles, mais ils tapent ça en mode country, and I doooo - Admirable ! - When I ask you to be mine - C’est M qui murmure ça dans la chaleur du sexe intense. L’idée de passer la Beatlemania en mode country est en soi géniale. Et c’est pas fini ! T’as encore deux coups de génie : «Why Do You Let Me Stay Here» (son fouillé, elle swingue son back-up des hanches, et ça devient sérieux, car M te monte ça en neige) et «This Is Not A Test», dont la qualité t’assomme littéralement. Zooey chante ça à fond de train et M fait les chœurs. Quelle puissance ils développent tous les deux ! Ils tapent une cover désossée du «Really Got A Hold On Me» de Smokey. C’est marrant et ça reste underground. Tous ces cuts ruissellent de power et de lumière, elle chante avec une indéniable grandeur tutélaire. T’es frappé de plein fouet par l’éclat de cette qualité artistique. Et donc tu sautes sur les Volumes suivants.

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             Volume Two est un hommage à la grande pop du Brill. Dès «Thieves», tu sens le souffle. Zooey compose de sacrés hits et M les produit. Pure magie pop avec cette voix éclatante, Zooey est déchirante de pureté évangélique. Elle tortille encore une pop de Brill dans «In The Sun», des chœurs somptueux la stimulent, we’re alright/ It’s okay, M s’y joint, et ça part dans l’extrême brillance du Brill avec une gratte qui fout le feu à Broadway, il pleut de la poudre de perlimpinpin  et t’as un final historique en guise de cerise sur le gâtö. Encore un hit immémoriel avec «Don’t Look Back». S’ils font une cover, ce sera celle du «Ridin’ In My Car» d’NRBQ. M adore NRBQ. Quand ils font de la country avec «Lingering Still», M en profite pour sonner comme James Burton. Encore une pure merveille d’you’ve got to be kind to yourself avec «Me & You» : intensité paradisiaque et guitare Hawaï. Dans «Home», M éclaire la baraque à coups d’interventions insensées et Zooey y va à coups d’I like the way you smile. C’est de si bonne guerre. Encore de la très grande pop avec «Over It Over Again». C’est d’une fraîcheur de ton qui te réchauffe le cœur. 

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             Encore un passage obligé avec Volume 3. On se croirait sur un album produit par Totor. La preuve ? «I’ve Got Your Number Son». Même ampleur, même ambition. Pur génie productiviste. Encore un coup de prod magistral avec «I Could’ve Been Your Girl», car tapé au tatapoum, avec en filigrane les trames de dingue d’M. Et ça atteint des sommets productivistes avec la cover du «Sunday Girl» de Blondie. T’as là une version ultra-dynamique, M fout le paquet avec sa cocote new-yorkaise. Et puis voilà les coups de génie : ça pullule. Zooey t’explose le souvenir des Supremes et de Motown avec «Never Wanted Your Love». Elle a tout pigé, elle tape directement dans la pop de rang princier, t’as du son partout. C’est le genre d’hit qui te chatouille l’intellect. Et ça explose encore avec «Baby», my little baby ! Magie pop des sixties. Elle tape encore dans l’œil du cyclone avec «Somebody Sweet To Talk To». Elle est explosive, elle t’éclate le Sénégal à coup d’I want you ! Elle se lance chaque fois à l’assaut du firmament et elle en a les moyens, la coquine ! Elle compose, chante et s’adjoint les services d’M le crack. Encore un cut de pop lumineuse avec «Hold Me Thrill Me Kiss Me». Elle est la Deschanel du paradis.

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             Comme Totor avant eux, Zooey et M enregistrent leur Christmas album : A Very She & Him Christmas. C’est un album très impressionnant. Elle attaque «The Christmas Waltz» au sucre de cristal. Voilà pourquoi M la veut : pour ce sucre. Il gratte ensuite des poux d’Hawaï dans «Christmas Day» et en fait un hit de fête foraine à la Brian Wilson. Et l’enchantement se poursuit avec «Have Yourself A Merry Little Christmas». L’M gratte les poux du paradis sur sa belle gratte. Il est l’artiste par excellence. On glisse fatalement vers le coup de génie avec «I’ll Be Home For Christmas», oui car ici, l’M renoue avec le génie productiviste de Totor. Ça bascule pour de vrai. Puis dans «Sleigh Ride», il claque un wild solo country. Plus loin, ils duettent comme des dingues dans «Baby It’s Cold Outside», et ça donne une merveille absolue. Ils ne sont pas les premiers à duetter cette antiquité : des tas de gens s’y sont frottés, dont Rod The Mod, James Taylor, Taj Mahal et les Boys sur leur Christmas album. Et pour finir, l’M gratte ses poux magiques derrière «The Christmas Song», et elle chante Christmas avec un chaleur qui te fait fondre comme beurre en broche. 

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             En 2016, ils retentent le diable du Christmas album avec Christmas Party. Grand bien leur fasse, car on retrouve cette version extrêmement musclée d’«All I Want For Chritmas Is You» qu’elle attaque à la clameur de la chandeleur. Fantastique Zooey ! Elle n’est pas loin du gospel, mais un gospel rockalama avec un beat solide et un solo de sax baryton. Ils font littéralement du Totor Sound ! T’as ensuite un «Let It Snow» bardé de son et derrière l’inexorable Zooey, t’as l’M qui gratte des notes liquides. Tout est stupéfiant de pureté, sur cet album. Encore un exemple avec «Mele Kalikimaka», c’est tellement pur qu’il faut rester concentré pour écouter ça, M gratte des notes en forme de boules de noël. Zooey transforme «Christmas Memories» en groove de jazz magique et tout bascule dans le rockalama des Beach Boys avec «Run Run Rudolph», oooouh la la la, merry go round ! M injecte dans son Rudolph tout le power des Beach Boys. «Winter Wonderland» est plus classique, mais chargé de pedal steel et de big voice à ras bord. Zooey is on fire ! Ils tapent ensuite dans le gros classique de Mann & Weil, «The Coldest Night Of The Year», belle pop de Brill, ils y vont au baby it’s cold out there, ils duettent à la vie à la mort. Ils te swinguent «A Marshmallow World» vite fait et M te gratte ça au jazz. Idem sur «The Man With The Bag», c’est jazzé jusqu’à l’oss de l’ass. Tu croises rarement un swing de jazz aussi pur. M se tape son petit quart d’heure Wes Montgomery. Ça te permet de le situer.

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             Comme tous les gens doués, ils proposent un album de covers triées sur le volet : Classics. Alors attention, c’est du sérieux. T’as du Burt avec «This Girl’s In Love With You» (plongée dans le rêve car c’est battu jazz, ça swingue au I need your love, t’as le slap, la trompette, et les accords gloutons d’M). T’as du Goffin & King avec «Oh No Not My Baby», repris par tous les cracks, d’Aretha à Rod The Mod, en passant par Maxine Brown, Merry Clayton et Dusty chérie (Zooey te fait rôtir cette merveille en enfer, elle se jette toute entière ans l’oh no not my baby, c’est tordu de bonheur intense). T’as le vieux «We’ll Meet Again» qu’avait repris Cash sur The Man Comes Around - We’ll meet again/ Some sunny day - T’as quelques duos d’enfer, notamment «Stars Fell On Alabama», un jazz standard de 1934, et «Would You Like To Take A Walk», où M chante d’une voix très rauque. Il faut aussi entendre M gratter «It’s Always You» aux accords de sucre d’orge. Zooey fais un carton avec «It’s Not For Me To Say», un groove de jazz, et ça passe, car elle est puissante, chaude et avenante. M se tape «She» tout seul, histoire d’ajouter une Beautiful Song à son collier de perles, enfin bref, on l’aura compris, cet album est un passage obligé pour qui en pince pour les grandes chansons, les grands interprètes et la grande prod. 

    Signé : Cazengler, M Whore

    She & Him. Volume One. Merge Records 2008 

    She & Him. Volume Two. Merge Records 2010  

    She & Him. A Very She & Him Christmas. Merge Records 2011 

    She & Him. Volume 3. Merge Records 2013   

    She & Him. Classics. Columbia 2014   

    She & Him. Christmas Party. Columbia 2016   

    She & Him. Melt Away: A Tribute To Brian Wilson. Fantasy 2022

     

     

    Inside the goldmine

    - So Farr out

             Avec Gorifor, tout fonctionnait sur le mode télépathique. Il suffisait d’échanger un regard pour prendre une décision. Pas besoin de discutailler. Exemple : nous voilà tous les deux dans un concert parisien de Lee Fields et ça tourne en mode participatif au bout de quatre cuts : le vieux Lee fait chanter la salle. Il se croit dans une église en bois. C’est laborieux et ça pète les reins du show. On échange un regard avec Gorifor et hop, on sort de là vite fait. On déteste les kermesses. On file vers un bar siffler quelques verres de pinard. On a vécu ce genre de mésaventure plusieurs fois. Quand c’est pas bon, c’est pas bon. Pas besoin de demander : «t’en penses quoi ?» Ça marchait aussi très bien dans l’autre sens, notamment avec les groupes de rockab. C’était peut-être notre «genre» préféré, au moins autant sinon plus que le garage. On faisait ce qu’il fallait pour s’en goinfrer, et pour ça, rien de mieux que les festivals de rockab. Gorifor avait épluché les programmes et il savait ce qui était bon et ce qui ne l’était pas. Et il ne se trompait jamais. Il était infaillible. Quand le groupe était vraiment bon, on restait jusqu’au bout. Lorsqu’un groupe se livrait à ce qu’on appelait le «rockab professoral», on décrochait d’un commun accord télépathique. On traînait pas mal ensemble chez les disquaires, il avait son réseau, pareil, il savait trier le bon grain de l’ivraie. On glosait pas mal sur le thème des bacs qui «avaient du jus». Ces bacs se raréfiaient. On remarquait souvent que d’une année sur l’autre, certains bacs ne «bougeaient pas». On les appelait «les bacs de la mort lente». On conseillait au disquaire d’aller s’acheter une corde pour se pendre au fond de son jardin. «T’es déjà mort, de toute façon.» Et comme on traînait dans les bars après les concerts, il est arrivé qu’on fasse des touches sans vraiment le vouloir. Exemple, un soir une belle gonzesse d’âge mur nous invite tous les deux chez elle à siffler des mojitos, alors on y est allés. On a sifflé les mojitos. On sentait qu’elle était du cul. On lui quand même posé la question fatale : «Qui de nous deux veux-tu baiser ?», et elle a répondu : «Les deux.» Alors elle a eu droit cette nuit-là à sa première séance de baise télépathique.

     

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             Pendant que Gorifor nous hante les dédales de la mémoire, Gary Farr hante les corridors de la légende, ce qui revient à peu près au même.

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             On ne pouvait pas résister au charme des pochettes de Gary Farr. Surtout celle de Take Something With You, qui nous le montre cadré serré. Le beau Gary est fils d’un boxeur gallois. Il tape un début de carrière avec les T-Bones et leur impressario Giorgio Gomelski les fait jouer en 1964 dans son Crawdaddy Club, en même temps que les Yardbirds et les Rolling Stones.

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    Barry Jenkins

             Meic Stevens raconte que Giorgio Gomelski avait loué en 1967 une baraque à Holmead Road, en face du Chelsea football club, pour y héberger des musiciens. Meic pouvait y loger à l’œil. Les autres locataires étaient Gary Farr, les Blossom Toes, Barry Jenkins des Animals, Shawn Phillips, des membres de The Action et de Blue Cheer - They were an interesting crowd.

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             Impossible de résister à l’envie d’écouter Gary Farr & The T-Bones. Giorgio Gomelski produit One More Chance, un excellent album. On est tout de suite frappé par le son mystérieux d’«How Many More Times». Bel écho. Gary Farr chante au doux du doux. Les cuts suivants sont très classiques, mais avec un son bien rond. Il faut attendre «Don’t Stop & Stare» pour frémir à nouveau. Gary Farr sait poser sa voix. En B, ils rendent un vibrant hommage à Bo Diddley avec «You Don’t Love Me» et «Dearest Darling». C’est vraiment bien senti. Dans ses liners, John Platt rappelle que 500 groupes hantaient le «club circuit» en 1964. Certains ont connu la gloire et la fortune - il cite les Yardbirds, les Stones, les Pretties et les Animals - et d’autres qui étaient aussi talentueux ont sombré dans l’oubli, comme les T-Bones. 

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             C’est en 1967 que le beau Gary opte pour une carrière solo. Il est accompagné par The Action. Gomelski s’occupe toujours de lui et le fait entrer en studio, avec des tas de gens intéressants : des membres de The Action qui sont devenus Mighty Baby, des Blossom Toes et de Spooky Tooth, pardonnez du peu.

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             Take Something With You est un album remarquable, produit par Reggie King. Au dos, on voit que les Mighty Baby accompagnent le beau Gary. Et on tombe aussitôt sous le charme de  «Don’t Know Why You Bother Child», une pop folky sensible à l’extrême, digne de Geno et de Fred Neil, avec Meic Stevens on guitar. Puis Martin Stone joue sur «The Vicar & The Pope», c’est dire si le beau Gary est bien entouré. C’est encore un cut très fin et très produit. On retrouve la flûte des Mighty Baby dans «Green», et puis Meic Stevens refait des merveilles sur le morceau titre qui vient boucler le balda. Encore un hit en B avec «Time Machine». Oh l’incroyable qualité du balladif ! Du pur Fred Neil ! C’est fabuleusement insistant avec le Meic dans le son. Puis Martin Stone groove le «Curtain Of Sleep» à sa façon, c’est-à-dire magnifique. La red Sunbeam propose deux faces de démos. Le beau Gary y chante à l’éplorée congénitale et renoue avec la magie mélodique dans «Images Of Passing Clouds». Là oui, big Gary so Farr out ! Toutes ces démos sont extrêmement paisibles. Encore une merveille avec «Pondering Too Long», cut lumineux et sourd. Le gratté de poux du beau Gary rivalise de délicatesse préraphaélite avec celui de Fred Neil. En D, on retrouve une démo de cette merveille tentaculaire qu’est «Don’t Know Why You Bother Child», elle est gorgée de lumière et de douceur. Et puis avec «In The Mud», le beau Gary tape en plein dans le mille de Nick Drake.

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             Mais quand Take Something With You sort sur Marmalade, le label est à l’agonie et Gomelski part s’installer en France. Le beau Gary a la poisse. Son deuxième album Strange Fruit va connaître le même sort que le premier : il va passer à l’as. Dommage, car c’est un merveilleux album glissé dans une merveilleuse pochette. Gary pose en famille avec sa gueule de rockstar, sa veste à franges et sa douze. Tu frémis sec dès «In The Mud», un folky folkah d’attaque frontale. Il gratte sa douze. Alors on s’installe pour guetter les miracles. Gary Farr est tellement so Farr out qu’il charge bien sa barcasse. Il passe au country boogie-down dylanesque avec «Old Man Boulder». Il refait le Maggie’s Farm No More à sa façon. Il tape ensuite le «Strange Fuit» de Billie Holiday et là, tu t’inclines respectueusement. Il revient au Dylanex avec «Margie». Comme c’est bon, aw Margie/ Sweet Margie, il y va au nothing to lose. Il a encore Mighty Baby derrière lui, ça s’entend sans «Revolution Of The Season». Et puis voilà «About This Time Of Year» qui sonne comme un hit universel. Puisant et beau, gorgé de son, c’est d’une rare puissance visionnaire. C’est tout de même dingue que Gary Farr n’ait pas explosé. Il atteint des hauteurs dylanesques à coups de good morning sun. Sa douze donne bien dans «Down Among The Dead Men», il sonne comme un Richie Havens blanc, il s’embrase, il te gratte ça à la sévère. Ses balladifs sont d’une classe tellement supérieure, «Proverbs Of Heaven & Hell» préfigure Nikki Sudden et tous les dandys du rock anglais. Back to the old boogie-down de Mighty Baby avec «Old Man Moses». Mais cette fois, il trempe dans la Stonesy. On se croirait sur Exile. Le so Farr Out est à toute épreuve. Il boucle avec un magnifique balladif, «Sweet Angelina». Il sait se montrer fascinant, il sonne comme une superstar, mais avec de l’émotion, il est partout dans le singalong. Magnifique artiste ! C’est de la très haute voltige. Qu’on se le dise. 

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             Comme ça ne marche pas en Angleterre, il décide d’aller s’installer aux États-Unis. Il signe sur Atlantic et enregistre Adressed To The Censors Of Love à Muscle Shoals. Jerry Wexler produit l’album. Décidément, Gary Farr collectionne les producteurs de renom. L’album vaut le détour pour trois raisons. Un, «Breakout Boo-Ga-Loo». Toute la bande de Muscle Shoals est là : Barry Beckett, David Hood, Roger Hawkins, il n’en manque pas un seul. Deux, «John Birch Blues», big heavy boogie down. Il faut dire que Gary Farr a un backing de rêve. Trois, «Rhythm King», très dylanesque. Par contre, sa version d’«I’m A King Bee» ne vaut pas celle des Stones de Brian Jones. Avec «Mexican Sun», il tape un balladif mexicain légèrement bronzé et ramène des trompettes mariachi. Le balladif domine largement sur cet album. Gary Farr est un être doux et paisible.

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             Puis il va disparaître des radars. Il va connaître un dernier spasme carriérique en 1980 avec un groupe nommé Lion et un album, Running All Night. Il propose une pop rock énergétique, avec des hauts et des bas. Il multiplie les tentatives d’envol vers le ciel. Il s’en donne les moyens : voix, son. Ça aurait pu marcher, mais ça ne marche pas. L’album se noie dans la masse des albums très moyens. Avec «Running All Night With The Lion»,  il tente le coup du big American rock à la cloche de bois : grosse énergie et grosse cocote des deux guitaristes, mais ça ne prend pas. C’est «Helpless» en ouverture de bal de B qui sauve l’album. Grosse compo. Gary Farr la tire en longueur et la relance au help help helpless, épaulé par des petits poux funky, et là ça marche. Puis il va couler le reste de l’album avec des tentatives de rock symphonique. Dommage.

    Signé : Cazengler, far breton

    Gary Farr & The T-Bones. One More Chance. Decal 1987

    Gary Farr. Take Something With You. Sunbeam Records 2008

    Gary Farr. Strange Fruit. CBS 1970            

    Gary Farr. Adressed To The Censors Of Love. ATCO Records 1973                   

    Lion. Running All Night. A&M Records 1980

     

     

    L’avenir du rock

     - Les chic types de Cheap Trick

     (Part One)

     

             Boule et Bill se marrent d’avance. Ils savent que l’avenir du rock va les brancher sur Cheap Trick, alors ils se préparent à tout.

             — Quesse tu vas encore nous sortir comme chic truc de choc, avenir du troc ?

             — C’est pas très cheac de ta part, Boule.

             — On te voit venir avec tes chips et ta trique, avenir du trac !

             — Là tu cheap dans la colle, Bill !

             — C’est marrant, tu trouves toujours des petites combines à pas cher pour t’en sortir, avenir du froc !

             — Tu cheapotes, Boule de cheat !

             — Ah cette fois, c’est toi qui deviens insultant. Nous, on prend tes conneries à la rigolade et toi tu montes sur tes grands chevaux... T’es vraiment pas un Cheac type !

             — C’était une cheacknaude, Bill, faut pas te formaliser...

             — T’es trop prétentieux, avenir du truc !

             — Tu deviens cheacheateux, Boule de pus.

             L’avenir du rock en bave avec ces deux cons. Ça fait longtemps qu’il les pra-trick, il essaye de la jouer cheap, mais il sent bien qu’il fatigue. Les cons, ça demande énormément de boulot. Plus ils sont cons, et plus ils sont lourds, alors il faut déployer des moyens considérables pour tenir une conversation. L’idéal est bien sûr de les éviter. Mais c’est pas toujours facile.

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             La presse anglaise salue bien bas la parution d’All Washed Up, le nouvel album de Cheap Trick, un groupe américain qu’on suit depuis cinquante ans, eh oui, depuis la parution de leur premier album sans titre sur Epic, en 1977. Dans Record Collector, John Tucker rappelle que c’est leur 21e album. Il les situe dans la power pop et le bubblegum metal. Et c’est avec Cheap Trick At Budokan que le groupe est devenu une «overnight sensation». Et même avec le succès et les platinum albums, Tucker se plait à dire que Cheap Trick «have continued to be an inventive and entertaining act.» C’est pour ça qu’on les suit à la trace. C’est donc un «band with 52 years on the clock». Tucker qualifie All Washed Up de spunky album, il a raison, ça spunke dès le «strident opener», c’est-à-dire le morceau titre. Il parle même d’un «pugilistic rock’n’roller».    

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             Comme la plupart des albums de Cheap Trick, All Washed Up est un brillant album. Il est même surchargé, et ça s’entend dès le morceau titre d’ouverture de bal, c’est riffé à la Rick et chanté à ras la motte. Pur power ! Avec «The Riff That Won’t Quit», ils cherchent à réinventer la poudre. C’est d’une rare violence et le Rick Rock passe l’un de ces killer solos flash dont il a le secret. Et puis en même temps, tu te dis  : aucune surprise, c’est du Cheap Trick. Ils tentent le coup du balladif d’ampleur collatérale avec «The Best Thing». Le Zander y va de bon cœur. Avec sa gueule de rockstar, il peut se le permettre. Il est encore plus romantique que les blackos. Et ils refont sauter la sainte-barbe avec «Twelve Gates». Ils sont dans leur élément : l’heavy power pop d’allure impériale. Voilà l’hit magique que t’attendais. Puis ils repassent en mode heavy balladif avec «Bad Blood». Le power n’a pas de secret pour ces mecs-là. S’ensuit un big dancing rock, «Dancing With The Band» - an upbeat poppy ooh-ooh funfest - Ils redeviennent les rois du monde le temps d’un cut. La capacité qu’ils ont de submerger le monde à coups d’Oh yeah est unique. On retrouve cette grâce impériale dans «Love Gone». Ils règnent sans partage sur la power-pop américaine. «A Long Way To Worcester» s’étend aussi jusqu’à l’horizon. Robin Zander, «the man with 1.000 voices», claque bien son chant. Il a des légions derrière lui. Et Tucker chute ainsi : «These legendary US funsters still have something to say.»

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             Dans la mini-interview qui suit l’éloge de Tucker, Robin Zander explique que le titre All Washed Up est son idée - It’s more like taking a shower and getting ready for spending time with your wife - Zander dit aussi qu’Oasis «learned their chops from us.» Il reconnaît aussi l’influence de Bowie dans «Love Gone». Zander se souvient d’avoir chanté «Rebel Rebel» et «Ground Control To Major Tom» quand il était plus jeune. Dans Mojo, c’est Rick Nielsen qui prend la parole. Il adore dire que Cheap

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    Trick n’a jamais progressé - We were loud and noisy when we started. We still are - Bill DeMain voit de la «Beatles melancholy and Slade stomp» dans All Washed Up. DeMain rappelle encore que les Trick ont bossé avec George Martin - He made us sound better than we were - et avec John Lennon sur Double Fantasy - Lennon said, ‘I wish I would’ve had Rick on Cold Turkey’, because Clapton chocked up - Rick Rock évoque aussi le saccage de Bun E Carlos en 2010 - He got nasty - Et finalement les Trick sont contents de faire encore claquer au vent leur «freak-flag». Cheap Trick were weird before it was cool to be weird.

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             Le We’re Allright paru précédemment va aussi sonner pas mal de cloches. Voilà en effet un disk produit à outrance, et ce dès «You Got It Going On» noyé de son. Quel déluge ! Ça sonne comme une hécatombe diluvienne. Ils jouent ce hard Trick biter rock qui reste miraculeusement dans le giron de la power-pop, mais avec un ultra-blast de son. C’est tout simplement explosif. Ces mecs sont dingues. On reste dans la démesure avec «Long Time Coming». Ils cultivent la radiation du son. Ils n’ont jamais été aussi puissants. Leur son s’inscrit dans la postérité. Même chose pour «Nowhere», ultra-bardé de bardasse. Rick Rock est un fou du tarabustage. Mais ça finit par donner la nausée. Trop de son. Ils repartent à l’aventure avec «Radio Lover». Rick Rock gratte tout ce qu’il peut, il joue sur plusieurs guitares à la fois. Il remplit le spectre. Les autres ont intérêt à taper fort pour se faire entendre. Et quel killer solo flash ! Tout est dans le rouge, avec des waouh qui accélèrent le débit, et cette canaille de Rick Rond fond sur son cut comme l’aigle sur la belette. Il crache même des flammes, comme le dragon des Hobbits. C’est atrocement bon, ultra-noyé de son. Ça dépasse même la notion de noyade. Il se dégage quelque chose de surnaturel de ce disk. Encore un cut paradisiaque : «Floating Down». Rick Rock se perd dans l’azur des chœurs. Il devient l’espace d’un album le guitariste de l’impossible. Encore de l’énervement patenté avec «Listen To Me». Rick Rock entre dans la danse, mais cette fois, ça ne marche pas. Trop cousu. Ce qui ne l’empêche pas de passer l’un de ces killer solos flash dont il a le secret. Ils terminent cet album somptueux avec un «The Rest Of My Life» joué au plus heavy de la possibilité d’une île.

    Signé : Cazengler, Chip à l’ancienne

    Cheap Trick. We’re Allright. Big Machine Records 2017

    Cheap Trick. All Washed Up. BMG 2025

    John Tucker : All dupe respect. Record Collector # 577 - December 2025

    Bill DeMain : Welcome back. Mojo # 384 - November 2025

     

    *

             Est-ce bête, je viens de marcher sur la queue d’un serpent, il m’a piqué, évidemment je ne suis pas mort, les rockers sont immortels, si vous ne me croyez pas lisez la chronique suivante sur Elvis. Suis quand même triste, Dennis Covington n’a pas eu cette chance, l’est mort le 14 avril 2024, non il n’a pas été mordu par un serpent. L’aurait pu. Il n’a pas réussi. Dennis Covington était écrivain, dans notre livraison 280 du 05 / 05 / 2015, j’avais chroniqué un de ses livres :

    L’EGLISE AUX SERPENTS

    MYSTERE ET REDEMPTION

    DANS LE SUD DES ETATS-UNIS

    DENNIS COVINGTON

    (Latitudes / Albin Michel / 2003)

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    I’m the lizard king

    I can do anything !

    Plus facile à dire qu’à faire. L’histoire commence in the borders. Ne cherchez pas sur la carte des USA, c’est en Europe. Au sud de l’Ecosse ou au nord de l’Angleterre, une région frontière, peuplée de sauvages. Des populations qui n’ont que des herbes et des rochers à manger. C’est dur et c’est maigre. Vraisemblablement des résidus des farouches tribus pictes que les Romains ne parvinrent jamais à mater. Des fortes têtes, des crève-la-faim patentés, vivaient en village refusant toute autorité étatique, communale. Des missionnaires chrétiens les avaient visités, les avaient chassés mais ils avaient gardé le Christ, avaient un peu perverti le message, le dieu d’amour l’avaient transformé en dieu de défi ce qui correspondait mieux à leur vision du monde.

    Au bout de quelques siècles de survie se sont vus obligés de trouver un territoire un peu moins âpre. Z’étaient pas des intellos, l’Irlande leur a paru être une terre de Canaan. Erreur funeste, pour ne pas irrémédiablement être au nombre des victimes de la famine, ont suivi le million d’Irlandais qui ont émigré en Amérique.

    Sont restés groupés. Pas fous ils ont tourné le dos au delta - une espèce de marécage infestés de serpents - ont plutôt lorgné vers les riches terres de la Virginie. Un look encore trop sauvage, pas de quoi rassurer un employeur. Les riches propriétaires des plantations de coton ont refusé de les embaucher, les noirs paraissaient bien plus dociles que ces bandes de racailles affamées aux regards meurtriers. L’était manifeste qu’ils n’étaient pas désirés.

    Alors ils ont continué le chemin et ont commencé à gravir les premières pentes des Appalaches. Se sont tout de suite sentis comme chez eux. Un paysages qui rappelait les Highlands et une terre presque aussi pauvre.   Personne n’en voulait, alors ils se sont installés heureux comme des papes. Excusez l’expression malheureuse pour ces méthodistes protestants ultra-rigoristes, mais à leur manière.

    Le conte aurait pu s’arrêter là : ils se marièrent, eurent beaucoup d’enfants (comptez trois morts pour deux survivants), et furent très heureux. Vécurent en quasi-autarcie, parvinrent à édifier un modèle économique d’autonomie de survivance, qui correspondait assez bien à leur mentalité. N’embêtaient personne, et ne demandaient rien à Dieu. En plus, eux, ils avaient une préférence pour Jésus.

    En bas des collines le monde tournait un peu plus vite. Le progrès technique bousculait la civilisation jusqu’à lors essentiellement agraire. Les villes offraient des emplois moins pénibles que les travaux des champs avec salaire fixe. Eldorado urbain. Au début, sur les hills on fit semblant de ne rien voir. Puis les jeunes commencèrent à déserter, puis les hommes allèrent chercher du boulot, rentraient le soir ou en fin de semaine. A la ville ils prirent de mauvaises habitudes, burent du whisky, fréquentèrent les dames de petite vertu,  commencèrent à prendre des maîtresses, à tromper leurs femmes… Nous nous garderons de leur jeter la première pièce, mais l’introduction de ces nouvelles habitudes, dynamitèrent l’antique ciment de cette société d’auto-suffisance patiemment bâtie durant tout le dix-neuvième siècle.

    Cela ne pouvait plus durer comme cela. Y eut comme une crispation identitaire et culturelle. N’avaient qu’une seule richesse : le christianisme. Mais tout le monde était chrétien. Fallut donc prouver que le Seigneur était de leur côté. Qu’ils bénéficiaient d’un accès direct et personnel à dieu. Le mouvement méthodiste se scinda en 1906, les pentecôtistes déclarèrent que l’Esprit Saint leur rendait de temps en temps une petite visite. Régulièrement pour certains. Vous pouviez le remarquer : durant les réunions les fidèles s’évanouissaient, piquaient des crises d’épilepsie, se traînaient par terre, déliraient, parlaient d’étranges langues logorrhéiques, bref un ramdam de tous les diables. Ce mouvement s’étendit un peu partout, c’est alors que dans les Appalaches l’on décida de faire mieux : l’on mania des serpents. Des vrais, des venimeux, des méchants, des crotales, des mocassins et parfois même des mambas. Dès que l’Esprit Saint vous tombait dessus, vous plongiez votre main dans votre boîte à reptiles en attrapiez un et selon vos intuitions vous l’agitiez de toutes vos forces ou le faisiez circuler en toute liberté sur votre corps ou vous vous essuyiez le visage avec sa tête… L’existaient aussi d’autres facéties telles que ramasser à pleine mains des charbons ardents dans le poêle de l’Eglise, et si vous éprouviez une légère soif boire une bonne bouteille de strichnine… C’est en 1909 que le premier manieur de serpents se livra à cette activité somme toute aléatoirement dangereuse. Roulette ruse. De serpent.

    DENNIS COVINGTON

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    Le livre commence en 1992. Dans un endroit que les lecteurs de KR’TNT ! connaissent très  bien, puisque lui a été consacrée dans notre livraison 235  du 28 / 05 / 2015 toute une chronique. A Scottsboro, bourgade perdue de l’Alabama  où se déroula l’infâme procès des boys de Scottsboro, huit petits nègres injustement condamnés à morts pour avoir prétendument violé une jeune femme noire. Depuis apparemment le tribunal de Scottsboro ne désemplit pas puisque nous assistons à l’audience de Glenn Summerford. L’est vrai qu’il a fait fort : l’a tenté de tuer sa femme (ce qui peut arriver à tout homme marié, j’en conviens) à l’aide d’un revolver, ce qui paraitraît la marque certaine d’un manque d’imagination, si au lieu de l’abattre froidement d’une balle, il  ne l’avait forcée, à l’aide de son menaçant calibre, à se faire piquer par un de ses serpents… Non seulement son épouse survivra mais le malheureux sera condamné à quatre-vingt-dix-neuf années de prison.

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    Dennis Covington est le journaliste de Birmingham (grosse ville du coin) chargé de couvrir l’affaire. L’a intrigué auprès de son rédac-chef pour être sur l’action. N’est pas venu là par hasard. Depuis tout petit, l’est obnubilé par l’emprise psychique que la religion peut avoir sur les esprits. Un croyant qui refuse d’être dupe mais qui reste fasciné par ce mystérieux pouvoir plus ou moins charlatanesque qu’une Eglise peut avoir sur les individus. Les manieurs de serpents l’attirent : enfant il adorait attraper les reptiles, les inoffensifs comme les venimeux… l’a l’impression d’un retour aux sources, les recherches généalogiques paternelles semblent indiquer que sa famille tirerait ses origines de ces villages écosso-irlandais où est née cette tradition des manieurs de serpent. Un retour sur soi-même, un peu comme le serpent qui se mord la queue.

    La recherche d’une plénitude en quelque sorte. L’a déjà vu la mort de près dans un reportage sur la guerre civile au San Salvador. C’est peut-être cela qui le guide, cet instant suprême ou l’absolu de la mort vous frôle… Désir des plus troubles, d’autant plus qu’il a trouvé le bonheur auprès de sa femme Vicky et de ses deux petites filles.

    N’est en rien un exalté, mais quelqu’un qui est attiré par les limites de la vie. Nous raconte deux années de sa vie. L’arc-en-ciel au-dessus de l’abîme. Toute frontière est intérieure. Le rêve américain consiste à la repousser. Nous n’avons plus qu’à suivre Dennis Covington, dès la première cérémonie à laquelle il nous entraîne nous nous retrouvons en pays de connaissance, ne nous présente-t-il pas Oncle Ully Lynn qui écrivit des morceaux pour Loretta Lynn, la reine emblématique de la country music. Plus tard il nous donnera une acception du terme revival que nous ne connaissions pas : des assemblées religieuses de plein air qui pouvaient regrouper plusieurs milliers de personnes où l’on assistait à des présentations de manieurs de serpents. Une sorte de liturgie à la Morrison Hôtel.

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    Nous pénétrons en un monde étrange, une petite communauté en marge des lois et de la vulgate sécuritaire du modernisme. Dennis Covington ne se contente pas de relater les aspects les plus superficiels des phénomènes auxquels il assiste et participe. Possède l’œil du sociologue qui pose toujours une grille d’interprétation sur le réel auquel il se confronte. Mais une fois qu’il a accompli son analyse la plus froide, il se hâte d’enlever cette armature de protection. Décrire un homme, décrire un serpent en toute objectivité est relativement facile, mais il arrive un moment où il faut bien toucher du doigt et le serpent et se frotter au corps de l’homme.

    De la femme aussi. Car toucher le reptile est un geste éminemment érotique. Inutile de vous dessiner le serpent du sexe. L’animal du péché. Vous pouvez le décliner sous forme d’auto-érotisme. Masturbation reptilienne. Mais cela n’intéresse que vous et le petit Jésus. L’acte se complexifie lorsque la femme s’en mêle. Le désir devient tentation. Le seigneur descend en elle et vous jouissez de son halètement extatique. Communion christique des plus étranges. Le livre se terminera lors d’une cérémonie de mariage. Où est Jésus ? Qui est la femme ? Où est le désir ?  Vicky, l’épouse de Covington, l’accompagne dans cette ultime rencontre avec les manieurs de serpent. Elle connaît alors l’illumination grâce à l’imposition des mains effectuée par Celle même dont Dennis nous a vanté la beauté et relaté la béatitude gémissante et ophidienne qui l’étreint lors d’une séance précédente. Te perdre pour mieux me retrouver.

    Covington paye de sa personne. Devient un manieur de serpents. L’obscure envie de faire partie du club des initiés certes, mais aussi de se rendre compte et de rendre compte de lui-même. N’écrire, ne parler que de ce que l’on a connu. Une expérience mystique. Qui lui pose davantage de problèmes qu’elle n’en résout. Le retour parmi la petitesse des hommes est décevant. L’on manie les serpents comme l’on devient chanteur de rock. Pour être devant et attirer les regards. Des filles et des hommes. Être le plus fort. A celui qui aura et manipulera le plus gros des serpents et le gardera le plus longtemps. Bouffissures d’orgueil.  Jusqu’à la mort. Car le reptile mord. Refuser le médecin et toute espèce de médicament. Rien de mieux que de rejoindre au plus vite Jésus quand il vous appelle. Entre la pulsion de mort et le vouloir vivre, Covington choisit de rester auprès de sa femme. Il cueille la rose de l’éros et délaisse l’asphodèle de la mort.

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    Vicky Covington

    Entre le corps de Jésus et la chair de la femme, il a opté pour le mauvais choix. La congrégation le pousse dehors. Entre le compagnonnage guerrier des apôtres et la splendeur de la pècheresse, un seul chemin est possible. Le livre s’achève ici. Tout choix est politique nous prévient Covington. Les manieurs de serpents appartiennent à un vieux monde patriarcal dépassé. Triomphe de la femelle petite-bourgeoise américaine ? Covington a retrouvé ses origines pour les nier. Le serpent finit par manger le serpent. Un livre étonnamment construit.  Dennis nous précise que Vicky a arrêté de travailler à son roman pour l’aider  terminer. Son livre Est-ce pour cela qu’il laisse en suspend au cours de son récit l’histoire familiale de ces deux adolescents privés de testicules devenus manieurs de serpents. Vision androgynique des jumeaux opératifs des menées alchimiques ?

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    Un livre qui ne recherche jamais le sensationnel. Un parcours êtral. J’ai même l’impression que Dennis Covington se retient. N’a pas tout dit. Mais a beaucoup suggéré. Une plongée sans précédent dans l’Histoire américaine, une subtile radiographie de la religiosité américaine, une vision politique de la mentalité des petits-blancs américains typiques, et une descente ophite et orphique dans les confins métaphysiques de l’individuation américaine. Un livre qui vous en apprendra davantage sur le pays du rock and roll que beaucoup d’autres.

    Damie Chad.

    Le titre anglais du bouquin paru en 1995 aide à mieux comprendre, me semble-t-il, l’état d’esprit de notre écrivain : Salvation on Sand Mountain: Snake Handing and Salvation in Southern Appalachia.

    Je pense qu’il s’agit du seul livre de Covington qui soit traduit en notre langue. Redneck Riviera, si j’en juge par le titre à rallonge et la couverture qui montre un homme portant sur ses épaules un énorme armardillo lové sur son cou donne envie. Il a aussi rédigé un roman sobrement intitule Lizard. Un bestiaire très rock’n’roll !

    Vicky et Dennis se sont mariés en 1977 et séparés en 2005.

    Je n’aurais certainement pas exhumé cette Kronic des oubliettes du blog si je n’avais reçu ce matin une piqûre de rappel.

    Un disque paru sur le label Sublime Frequencies un catalogue à rendre fou les amateurs de musique ethnologique qui vient de sortir : West Virginia Snake Handler Revival “They Shall Take Up Serpents” . La couve de l’opus est explicite :

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     Voici en traduction-Google la copie in-extenso de la presentation de ce disque sur le site Sublime Frequencies : 

     Le film « They Shall Take Up Serpents Revival » de Virginie-Occidentale marque l’arrivée d’un disque historique, documentant la dernière église pratiquant la manipulation de serpents dans les Appalaches. Avec ses guitares hillbilly rock, ses rythmes hypnotiques et ses vocaux hurlants, cet album a été enregistré intégralement en live, sans aucun overdubs, par Ian Brennan (Tinariwen, Ramblin' Jack Elliott, Zomba Prison Project), producteur et auteur lauréat d'un Grammy Award.

    Premier album de Sublime Frequencies à sortir aux États-Unis, Brennan déclare : « J'ai beau avoir parcouru le monde, explorant des régions reculées comme les Comores, le sud-est du Sahara ou les Appalaches, rares sont les endroits qui m'ont paru aussi étrangers, voire plus exotiques. » Cet enregistrement représente à bien des égards un pendant et un contrepoint – l'autre facette du Sud profond, en quelque sorte – à la musique explorée sur les albums de Parchman Prison Prayer.

    L'album « The Snake Handler » était une tentative d'écoute par-delà ce fossé – un fossé qui n'a jamais été complètement comblé et qui continue de hanter et de menacer les États-Unis à ce jour. L'enregistrement a eu lieu lors d'un office religieux de plus de deux heures, un dimanche, dans les montagnes de Virginie-Occidentale. Brennan raconte : « J'avais juré de me tenir loin des serpents pendant l'office, mais au lieu de cela, on me les agitait sous le nez, enroulés dans les mains du pasteur, et je me suis accroupi au pied de l'autel pour m'occuper du matériel. Le pasteur a rapidement été mordu et du sang a giclé, formant une flaque sur le sol. Les paroissiennes se sont précipitées pour nettoyer, et on a tout de suite compris à quoi servaient les rouleaux d'essuie-tout empilés sur la chaire. » On peut entendre ce moment précis vers la fin du morceau « Don't Worry It's Just a Snakebite (What Has Happened to This Generation?) ». L'assemblée s'est levée d'un bond et un mini pogo s'est formé. Les prédicateurs, se relayant, inhalaint des mouchoirs imbibés de strychnine en tournant en rond comme des chanteurs enragés, tandis qu'une fidèle âgée tenait la flamme d'une bougie contre sa gorge, fermant les yeux et se balançant. Le système de sonorisation de l'église sifflait sous les cris, tandis qu'une femme âgée coiffée d'un bonnet s'acharnait sur une batterie qui la dominait de toute sa hauteur. C'était la chose la plus metal que j'aie jamais vue, faisant passer Slayer pour un jeu d'enfant. Les fidèles prétendent être la première église à avoir fusionné le rock and roll avec des sermons enflammés, que la musique leur a été volée par Satan, qu'ils en sont les créateurs. Étant donné que des ministères pratiquant la manipulation de serpents remontent au moins à 1910, il y a peut-être une part de vérité dans cette affirmation.

    Le père et le frère du pasteur sont tous deux décédés après avoir été mordus par des crotales des bois, et le pasteur lui-même a beaucoup souffert il y a quelques années : son avant-bras a doublé de volume et est devenu d'un vert visqueux. Il a alors perdu connaissance et il a fallu l'inciser du poignet au biceps pour soulager la pression. Malgré cela, le pasteur Chris affirme avec conviction que « Jésus est notre antidote ». « Certains pensent que nous sommes des adorateurs du diable, une secte. » Mais la manipulation de serpents ne représente qu'une petite partie de nos activités. Dans les années 1970, on recensait environ cinq cents églises pratiquant la manipulation de serpents dans les Appalaches, mais il n'en reste plus qu'une seule aujourd'hui, en Virginie-Occidentale, le seul État où cette pratique demeure légale.

    On estime qu'au cours du siècle dernier, plus d'une centaine de prédicateurs sont morts de morsures de serpents venimeux reçues lors de ces offices. Cela inclut le fondateur du premier groupe de manipulation de serpents, George Went Hensley, illettré et condamné pour vente d'alcool de contrebande pendant la Prohibition. Sa mort a été officiellement considérée comme un suicide, car il avait refusé tout traitement médical. La population du comté a chuté de plus de 80 % suite au déclin de l'industrie charbonnière de Virginie-Occidentale dû à la mondialisation, et la région affiche désormais le taux de mortalité liée à la drogue le plus élevé des États-Unis par habitant, tout en étant la plus pauvre de l'État. Quelques minutes après être entrés dans un état de transe lors du service présenté sur cet album, les deux prédicateurs étaient trempés de sueur. Plus que de simples récitateurs de textes sacrés, les prédicateurs sont des improvisateurs de talent, capables de s'exprimer pendant des heures. Brennan raconte : « Le pasteur Chris plaisantait : “Vous ne voulez surtout pas m'entendre chanter !” Mais en réalité, c'est un chanteur exceptionnel, doté d'un phrasé unique. » À l'instar de nombreux classiques, leur musique semble jaillir simultanément du passé et du futur, comme venue d'un univers parallèle où, au lieu de découvrir les amphétamines, les Damned auraient trouvé Dieu (ou peut-être les deux) et connu une renaissance spirituelle. L'édition vinyle comprend un long morceau bonus de 13 minutes et un livret de 4 pages orné de superbes photos des rituels de la congrégation.

    Faut voir. A suivre.

    Damie Chad.

     

    *

             Elvis Presley n’est pas mort. Ils toujours vivant : soyons clair : je ne veux pas dire qu’il est toujours vivant dans notre cœur, dans notre esprit, dans notre âme, dans n’importe quelle autre partie de notre corps, simplement qu’il aussi vivant que vous lecteur qui êtes en train d’entamer la lecture de cette chronique.

             D’ailleurs pourquoi aurais-je acheté ce livre à l’époque de sa parution puisqu’il était déjà encore vivant. Pour être franc tout simplement parce que la modestie de ma bourse m’obligeait à des choix draconiens. Il sortait tellement de disques indispensables en ces mêmes moments…

             Je me dois toutefois vous prouver la vérité de l’assertion par laquelle débute cette chro pas magnon mais magnanime.

    ELVIS PRESLEY

    W. A. HARBINSON

    (Albin-Michel / Rock&Folk1975)

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    Quand j’ai saisi le livre, après l’avoir succinctement examiné, j’ai éclaté de rire intérieurement. N’ont pas fait fort chez Rock & Folk, z’auraient pu attendre l’annonce de sa mort pour filer le bon à tirer, n’ont pas su prévoir la fin tragique de l’idole et encore moins capitaliser sur le futur proche.

    N’ont pas été les seuls, l’auteur du bouquin non plus. La critique est aisée et les commentaires sarcastiques après coup trop faciles. W. A. Harbinson est bien connu aux Etats-Unis, il a publié une cinquantaine d’ouvrages, romans, science-fiction, biographies. Dernièrement nous avons présenté sur Kr’tnt ! deux autobiographies sur Elvis. Mais leurs auteurs étaient dans la même position que la nôtre, ils connaissaient la fin de l’Histoire, cela permet de circonscrire une trajectoire humaine, avant même d’en avoir écrit la première ligne. Le cas de W. A. Harbinson est plus intéressant. Certes Elvis avait déjà beaucoup vécu mais il était vivant. A peine avais-je lu les quatre ou cinq premières pages qu’une évidence s’est imposée : notre auteur sait écrire. A la dixième j’ai dû préciser mon constat : ce n’est pas qu’il sait écrire, c’est qu’il sait réfléchir. Quelques pages plus loin, diable, notre escritor ne joue pas sur la facilité, prenez n’importe quelle des rubriques relatives à la vie du King et très facilement vous rentrez en possession de multiples documents évoquant à cette tranche du vécu Presleysien. L’est sûr qu’au début des seventies, Internet bla-bla-bla n’existait pas, mais il y avait eu des centaines d’articles et de revues consacrées au Roi du Rock, notre Harbinson ne mange pas de breackfast-là. Il est anglais, irlandais de surcroît. Deux exemples au hasard : question détails affriolants il ne dresse pas la liste interminable des conquêtes féminines – ou de celles qui ont su conquérir – le cœur du chanteur. Pire, le nom de Priscilla n’apparaît qu’une fois, sur la romance en Allemagne ou la vie matrimoniale aux States pas un mot. Et toutes les autres thématiques à l’avenant. Dans ses remerciements, pour les concerts il cite les coupures de presse, les témoignages des fans, les actualités… bref il essaie de coller au plus près à l’évènement dans sa dimension historiale. Tel qu’il a été vécu, ressenti, et rapporté en son temps.

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    Harbinson, est comme l’araignée, il tire sa toile de lui-même et ne se préoccupe que de sa proie. Mot mal choisi, Elvis n’est pas sa victime mais son sujet d’étude. Il essaie de comprendre comment Elvis fonctionne. Il évite de déduire hâtivement. Il analyse longuement. Il ne retient que les détails significatifs. Il ne surfe pas sur l’écume des choses ou sur la mousse qui se forme sur la crête des vagues dégagées par un hors-bord lancé à toute vitesse. Sa caméra reste bloquée sur Elvis. Au tout début, Elvis, sa mère, son père, la misère en arrière-fond, c’est tout. Les enregistrements chez Sun : exit le couplet laudatif d’au minimum une demi-page sur Sun et Sam Phillips, il cause d’Elvis avant tout. L’est le cœur du livre. Le seul problème digne d’intérêt.

    Comment résoudre le mystère Elvis. Dans l’équation Elvis n’est pas l’inconnue, puisque notre Elvis sait très bien qui il est. Vous non. Mais vous n’êtes pas le sujet du livre. Elvis est un phénomène, comme toute chose qui apparaît au monde. Un brin d’herbe ou une girafe par exemple. Je déteste qu’on m’interrompe quand j’écris, mais j’entends vos récriminations, s’il n’y avait pas eu le Colonel, Elvis ceci, Elvis cela. Mais le titre de ce bouquin n’est pas : Le Colonel Parker. Le Colonel, Harbinson le considère comme un trouffion de dernière classe, un bleubite pour reprendre une expression militaire, lui octroie une quinzaine de lignes. Le problème ce n’est pas le Colonel, c’est ELVIS et le colonel, ne vous trompez pas de grandeur.

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    D’abord Elvis c’est une dichotomie ambulante, un garçon sage qui exprime d’instinct et à merveille les rêves velléitaires de sa génération. Va les secouer et leur donner le (mauvais) exemple, celui de la révolte pour la conquête de l’indépendance. Ne nous lançons pas les foutaises psychanalytiques, laissez dormir en paix dans son tombeau le pauvre jumeau Aaron qui occuperait la moitié vide de la psyché d’Elvis. Oui Elvis est double. Vous avez l’artiste, celui qui réussit et qui en profite, et puis l’autre qui n’est autre qu’Elvis lui-même, Elvis est le premier qui ne prend pas Elvis au sérieux, l’a toujours un fort sentiment d’auto-dérision, certes il est le King mais le roi n’est que la résultante de ceux qui s’assujettissent à lui… Et comme il ne croit pas tout-à-fait en lui-même il n’accorde à son entourage que la confiance dont il se juge lui-même digne. Si le Colonel, et toutes les huiles qui l’entourent l’ont si facilement ‘’manipulé’’ ce n’est pas parce qu’il était un esprit faible mais une espèce de philosophe relativiste qui condescendait à se mettre au niveau de leurs volontés.

    Harbinson, décrit à merveille l’emprise managériale qui petit à petit, minutieusement transforme le rocker en artiste de variété. Disque après disque, film après film il décrit la longue transformation. Elvis n’est pas dupe, il n’y croit pas plus qu’à son personnage de rocker rugueux, mais il s’ennuie davantage dans ce rôle subalterne, il préfère s’enfermer dans sa solitude à Graceland. Il vaut mieux être seul que mal accompagné. Que l’on soit rocker ou artoche. De temps en temps un coup de tête. En 1968, c’est le retour, me voici une nouvelle fois rocker et je suis toujours le Roi, les années suivantes il revient à Las Vegas chaque fois un peu moins rocker, l’est l’american trilogy à lui tout seul, l’est l’Amérique non pas à lui tout seul mais sans personne d’autre. Harbinson arrête son livre à cette époque, pour lui c’est une espèce d’apothéose, des shows spectaculaires  qui marient et expriment toute l’americana, un point d’acmé du haut duquel Elvis Presley représente et incarne l’Amérique. Une espèce de nouvelle Statue de la Liberté, vous ne voyez que lui lorsque vous pensez ou regardez du côté de l’Amérique. 

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    De tous les livres que j’ai lus sur le King, c’est le plus profond. Celui qui donne le plus à réfléchir. Qui a su saisir Elvis de son vivant. Qui nous le restitue alors qu’il n’est pas mort, tel qu’il a été. Et tel qui n’était pas. Toute la différence entre l’existence et l’être. Qui n’a rien à voir avec l’être et le néant.

    Juste un dernier mot sur l’iconographie, en noir et blanc. Ne vous fiez pas à la couverture. Un noir et blanc qui privilégie le noir au blanc. Peut-être grâce à l’épaisseur du papier. Pas glacé, cru.

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    Ceci est ma lecture, j’en ai une autre qui me semble beaucoup moins subtile. Sans avancer que Presley était neurasthénique, beaucoup de personnes, qu’elles soient artistes, travailleuses ou rentières sont sujettes après d’intenses périodes à des retombées d’énergie que l’on nomme communément dépressions nerveuses. Ce genre de désagrément, surgissent tout aussi bien, enfin tout aussi mal, durant des périodes existentielles ennuyeuses. La carrière d’Elvis a connu des hauts et des bas, il serait peut-être intéressant de les analyser selon cette perspective. Il me semble que la mère du King a connu aussi montées et descentes d’adrénaline. Trop de misère et trop de richesse nuisent vraisemblablement au maintien d’un certain équilibre nerveux.

    Damie Chad.

     

    *

    Je n’ai jamais été très fan des Beatles, dès Sergent Pepper’s Heart’s Club Band… j’ai entendu mais je n’ai plus écouté, à l’époque j’étais plutôt branché Sones, Yardbirds, Animals, Jeff Beck… mais ceci est une autre histoire. La vidéo, très courte, que nous allons regarder, ouvrez l’œil mental, ne fait pas partie de la série des quinze précédentes (voir VanShots – Rocknroll Videos).

    Concernant Gene Vincent j’ai quelques préventions envers les Beatles, ils ne lui ont guère renvoyé l’ascenseur durant les années noires, c’est mon idée que je partage à cent pour cent.

    Il me semble que cette vidéo est tirée De l’émission The Ronnie Wood Show Radio sur Absolute Radio, dans laquelle il reçoit durant une heure nombre d’artistes, souvent de sa génération, elle daterait du 25 juin 2012. Et serait intitulée Sir Paul McCartney Special.

    Ron et Paul : sont tous deux assis, je rassure notre lectorat féminin, ils étaient beaucoup plus beaux dans les années soixante, toutefois Ronnie avec sa figure en lame de couteau a encore de l’allure.

    Paul McCartney's first record,

    Gene Vincent 'Be Bop A Lula'

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    Ron : Je pense que nous allons parler de ces premières influences et de ce qui nous a permis de démarrer, parce que je sais ton premier choix : tu t’es d’abord procuré un disque de Gene Vincent. Paul : oui c’est le premier disque que j’ai acheté, et vous savez en ces temps-là, je partage cet avis avec les Beatles, nous avons réalisé combien était important pour les gens d’acheter un disque, car nous n’avions pas beaucoup d’argent, vous réfléchissiez à cet achat vraiment précieux, c’était tout votre argent de poche de la semaine qui partirait dans ce disque, Ron : il circulait de main en main chez vos potes, Paul : exactement, où est mon disque, et tu me le rends quand, vous ne le revoyiez pas toujours, Ron :d’accord moi-même je ne le rendais pas toujours, Paul : mais tu sais, j’aimais tellement Gene, c’était dans le Film The Girl can’t help it (La Blonde et Moi), aujourd’hui encore un de mes films favoris, nous l’avons enfin vu chanter avec les Blue Caps, et j’ai tellement aimé ce truc, c’était juste un disque

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    magnifique, Ron : tu sais j’étais au Hall of Fame à Cleveland, les Blue Caps étaient intronisés, c’était réellement mérité, j’ai pensé alors à cette époque, à ces vieux et fabuleux Blue Caps et aussi aux Comets de Bill Haley, et les Miracles, et tout ce tas de petits groupes géniaux,  ils comptaient beaucoup pour moi, ils nous ont  vraiment marqués et influencés, Paul si tu voulais nous jouer Be Bop A Lula, (séance coupée ) Paul : quand as-tu joué avec Gene, Ron : je l’ai vu dans un  Aim Court Ballroom, (chaîne de clubs de danse) loin dans le Cumberland, en pleine cambrousse, quand je suis rentré dans le vestiaire, il  m’a raconté des histoires sur Peter Grant, qui  était portier ,dans les escaliers Gene avait un revolver, Grant était à genoux, à lui lécher les bottes, ‘’tu pouvais lui faire lécher les bottes’’ en tout cas une histoire vraiment

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    hilarante, à me faire sortir du vestiaire ! Paul : nous avons assisté à un incident de ce genre quand nous étions à Hambourg, il pensait que sa girl-friend le trompait, il nous a demandé de rentrer avec lui à l’hôtel, il frappe à la porte ‘’Margie, Margie’’, nous lui conseillons de parler un peu plus fort,  Gene avait sa petite voix, tu vois, il était en train de tapoter à la porte de Margie, ‘’tu es là, je le sais’’   il frappe un peu plus fort  puis encore plus fort,  il crie ‘’ elle est  là, je suis sûr qu’elle est là avec un homme’’, finalement elle ouvre la porte, il n’y a personne avec elle, elle tient un rouleau, il est en plein délire, il entre, il se calme, Ron : on a dit qu’il était paranoïaque  Paul : oui, on a parlé d’une paranoïa précoce, il se rapproche de la table de nuit, il sort un pistolet, ‘’ Salut Gene à la prochaine, on te laisse chez toi, on se tire tout de suite, on adore ta musique !’’.

    Transcription Damie Chad.

     

    *

             Au mois de mars 2021, mon œil de lynx a été attiré par une couve. On n’y voyait pas grand-chose. Ce n’est qu’en y retournant que j’ai aperçu quelques minuscules points blancs. J’ai des excuses, hormis deux espèces de trucs indéterminés sur les côtés, c’était tout noir. Une noirceur absolue. Une espèce de gouffre sans nom. Soit, vous partiez en courant. Soit, vous y retourniez. Au début, j’ai cru que les points blancs devaient être un pointillé de poussières indues sur mon écran. J’ai essayé de les décoller avec mon index. Echec, ils faisaient donc partie du dessin. J’ai enfin pris le temps de déchiffrer le nom du groupe, fasciné par cette noirceur métaphysique je ne l’avais même pas remarqué. Tout de suite, j’ai compris. Ces six points blancs étaient les yeux de la bête canine qui défend les portes de l’Enfer. Vous êtes peut-être comme moi, chaque fois que l’on m’interdit d’entrer, il faut que vous alliez voir. Je n’ai pas été déçu de mon voyage. Or, voici une double surprise, je retrouve le groupe que j’avais apprécié, mais il n’est pas seul. Un split ! Partant du principe : qui s’assemble se ressemble…

    MALEMORT & CERBERE

    AIMLESS / GLACE MERE

    ( CD-Vinyl /  2025)

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    Un petit conseil : si vous avez le nez collé sur la couve vous vous demanderez ce qu’elle représente, reculez-vous, glissez un regard de biais et tout s’éclairera. Pardon, tout s’assombrira. Une tête de mort. Inutile d’attendre un clin d’œil, ses yeux vides ne font même pas semblant de vous regarder. Une présence. Un signe. Cette couve est signée de Thom Dezelus. Dans la série on n’est jamais mieux servi que par soi-même  nous le retrouvons tout de suite.

    Thom Dezelus : bass / Baptiste Reig : drums / Baptiste P : vocal, guitare.

    Nos trois lascars participent aussi à d’autres groupes : Frank Sabbath, Ragequit, Hallebardier.

    Viennent de Paris, sont partie prenante du label collectif : Chien Noir. Excellent nom pour un label doom. Rappelons que Chien Noir nous le rencontrons dans L’Île au trésor de Stevenson, Chien Noir est le pirate qui vient rendre une visite amicale au vieux Capitaine Billy Bones, sa visite annonce la tache noire que plus Blind Pew remettra au capitaine… doom, piraterie et mort imminente sont des mots de couleur noire qui vont très bien ensemble.

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    Glace Mère : (Face B) : est-ce du vent ou quelque chose de plus profond, serait-ce le blizzard sur les étendues du pôle Sud, nous opterons pour les solitudes glacées intérieures, l’extérieur n’est-il pas une simple projection, une image incertaine loin des abysses qu’elle est censée représenter, klaxons d’icebergs et souffles rauques des colères rentrées lorsque agrippées aux parois verticales glacées l’on a plus la force d’avancer, nos poings battériaux  frappant sans répit la croûte de glace dans laquelle nous sommes bloqués en nous-mêmes, qui nous empêche de nous extraire de nous-mêmes alors que nous savons très bien qu’il n’y a pas d’issue car nous sommes dans

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     notre capsule temporelle et que nous sommes nous-mêmes non pas notre propre lieu mais le lieu en lui-même, chappes de guitares isolantes qui tombent comme ces grandes gelées subites qui ont emprisonné en une fraction de seconde les mammouth colossaux que l’on retrouve dans les étendues sibériennes la bouche encore pleine de feuilles qu’ils s’apprêtaient à mâcher, la guitare sous forme de sirène de bateau qui hurle en vain dans l’étau d’une banquise fractale, la basse s’acharne, nous savons bien qu’ailleurs l’herbe n’est pas plus verte, pour la simple et seule raison qu’il n'y en a jamais eu sur cette terre qui elle-même n’existe pas, que les mammouths ne sont que nos icebergs intérieurs que nous manipulons comme des jouets, car nous aimons jouer avec nos phantasmes, l’on croyait que ce n’était pas possible de ressentir l’imminence rampante d’un danger qui se rapproche, le vent, le vent, rafales de mort

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     qui déferlent et nous glacent d’horreur, pourquoi tant de cauchemars, puisque nous sommes seuls et ces hurlements quels sont-ils, des clameurs sauvages à imaginer que nos pensées sont devenues vivantes qu’elles se ruent sur nous, qu’elles nous attaquent, qu’elles montent à l’assaut de notre citadelle intérieure, qu’elles tournoient autour de nous comme  vols de corbeaux enivrants, nous voici maintenant enkystés dans nos rêves d’évasion impossible, puisque nous sommes notre propre évasion, que nous modelons l’irréalité de nos songes comme de la neige molle qui coule dans nos doigts, le monde se défait et se reconstruit indéfiniment comme le sable d’un sablier qui s’enfuit ou s’amasse selon que nous le retournons,  nous y prenons plaisir, même si le sable lui-même gèle et reste coincé dans son goulot d’étranglement, qui nous ressemble tant, de même que ce que nous   proférons dans nos délires les plus surréalistes, selon lesquels, dehors, ceux qui meurent de froid ressentent une douce et bienheureuse chaleur les envahir, est-ce pour cela que la musique monte en ébullition et nous rend heureux. Retour dans le ventre maternel. Qui n’est que nous-mêmes.

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    *

             Première fois que nous rencontrons Malemort. Se dénomment aussi The True Malemort. Viennent de Rouen, ils sont soutenus par le label La Harelle un collectif qui regroupe les formations : Sordide, Mòr, Void Paradigm et Iffernet. Rappelons que la bonne ville de Rouen connut en 1382 une violente révolte contre la rapacité de l’augmentation royale des impôts indirects sur le sel et le vin… qui dégénéra très vite  en une espèce (prémonitoire) de ce que plus tard Marx, théorisa sous le concept de guerre de classes. Charles VI y mit bon ordre…  Comme quoi la révolte vient de loin. Félicitations à ce label local d’avoir choisi cette appellation très rock’n’roll…

    Derelictus : bass, voval / Ausrah : guitar, vocal / Nemri : drums, vocals.

    Ils n’ont sorti qu’un album quatre titres en août 2017, nommé : Individualism, Narcissism, Hedonism… tout un programme… Nos trois âmes sans but participent à plusieurs groupes aux noms charmants : Sordide, Ataraxie, Mhönos, Monarch.

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    Aimless : (face A) : une note, ô joie, n’exultons pas, les suivantes ne se pressent pas pour arriver, silence entre elles jusqu’à ce que ne tombe une espèce de lame de guillotine grandiloquente qui se répète au même rythme que les premières notes, une voix s’élève, peu ragoûtante, comme quelqu’un qui retient son vomi glaireux dans sa bouche, l’est comme un crapaud perdu sur une feuille de nénuphar sans fard, quand il se tait, l’on n’en  est pas plus soulagé car le doom-stuff se traîne à terre comme une vomissure qui coule sur le sol, d’abord très lentement puis plus rapidement, elle prend de l’épaisseur, une langue immense sortie de son palais natal pour proférer des paroles de haine et de malheur, une espèce d’égosillement de gosier qui dégueule son

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     gésier dans l’évier du monde qui peu à peu se remplit de cette laideur, de cette hideur, coups de batterie, bruits de fond de la basse, grésillements de guitares, c’est toute la tristesse du monde qui dégueule sur vous, une véritable douche fétide, la croûte s’enroule autour de vos jambes, elle grimpe, toute visqueuse elle s’accroche et adhère à votre torse, une trompe mugit, vraisemblablement pour vous avertir du danger, mais peut-être veut-elle clamer sa propre perdition, l’on n’entend plus qu’elle mais voici des pas lourds qui s’approchent, se dirigent-ils vers vous ou simplement vous ignorent-ils, juste pour vous donner une idée de votre insignifiance, et le dégueulis vous submerge, il entre dans votre bouche, ne serait-ce pas le seul

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    endroit qu’il connaisse, son berceau natal en quelque sorte, tout se précipite, peut-être pour être un témoin oculaire votre noyade, votre asphyxie mentale ne dure-t-elle que quelques secondes mais ils tentent de nous donner à entendre comment vous la vivez, un truc cataclysmique qui n’est pas autre chose que votre rencontre avec l’éternité, une espèce de triomphe, un acte victorieux, quelque chose qui submerge le monde entier et le recouvre de son propre accomplissement dont vous êtes le vecteur. C’est terminé, mais la musique ne veut pas cesser, elle prend son temps, elle veut une belle mort dont les auditeurs seront les témoins assermentés.

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             Plus noir que noir. Certains jugeront l’écoute de ces deux morceaux difficiles. C’est parce qu’ils ne savent pas discerner l’horrible beauté du monde. Deux groupes underground sans concession.

    Comme nous les aimons.

    Damie Chad.