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  • CHRONIQUES DE POURPRE 506 : KR'TNT ! 506 : ROCKABILLY GENERATION NEWS 14 / JACK NITZSCHE/ TERRY STAMP / PESTICIDES / STÜPOR MENTIS / NINETEEN / ERIC BURDON BAND / AALON / ROCKAMBOLESQUES XXIX

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 506

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR'TNT KR'TNT

    15 / 04 / 2021

     

    ROCKABILLY GENERATION NEWS ( 14 )

    JACK NITZSCHE / TERRY STAMP

    PESTICIDES / STÜPOR MENTIS / NINETEEN

    ERIC BURDON BAND / AALON

    ROCKAMBOLESQUES 29

     

    Talking ‘Bout My Generation

    - Part Four

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    Ah tiens, un article sur Carl Mann dans le dernier numéro de Rockabilly Generation. Heureuse initiative, car le pauvre Carl fait partie des laissés pour compte du système solaire. En fait, le vrai problème est qu’il est arrivé après la bataille. Craig Morrison indique dans Go Cat Go que le rockab avait rendu l’âme en 1959. Et Carl Mann se pointe chez Uncle Sam en 1960. Mais nous dit Morrison, il amène une nouvelle énergie. Morrison le compare à Charlie Rich, lui aussi arrivé sur le tard, quand Uncle Sam n’y croyait plus. Charlie et Carl même combat ? Oui, car ils jouent tous les deux du piano comme des cracks et se passionnent pour Nat King Cole. Comme l’indique Greg Cattez dans son article, «Mona Lisa» est un vieux hit de Cole modernisé par Carl. Cet excellent pianiste qu’est Carl va d’ailleurs jouer dans le backing band d’un autre Carl, le cat Perkins.

    Uncle Sam crée une filiale de Sun qui s’appelle Phillips International Records et c’est sur ce label que Carl et Charlie sortent leurs hits en 1960, «Mona Lisa» et «Lonely Weekends». Mais il s’agit d’un autre son. Si on veut du rockab, il faut écouter «Love My Baby» d’Hayden Thompson, sorti au même moment sur le même label.

    La bonne surprise de l’article pré-cité, c’est qu’on y trouve une interview de Carl menée par Craig Morrison en 2007. Carl raconte sa vie, et c’est passionnant, car ça grouille de détails qui comme les asticots font le charme capiteux d’un vieux claquos. Il fait bien sûr référence aux deux mamelles du rock’n’roll, l’église et le Grand Ole Opry. D’où cette country flavour qu’on retrouve chez Carl et qui passe plutôt bien. Alors qu’Elvis en pinçait pour les blackos, Carl en pince pour les whiteys, Webb Pierce, Hank Snow, Ernest Tubb et son idole Lefty Frizzel. Il y a toute la collection. Le seul blackos qu’il cite, c’est Brook Benton. Et bien sûr, ce gros veinard de Carl voit Elvis sur scène à Memphis avec Scotty Moore et Bill Black.

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    Alors on ressort de l’étagère les albums de Carl. Oh il n’y pas grand chose, Carl n’est pas aussi tentaculaire que Jerry Lee. Deux albums ont échappé aux purges : le Gonna Rock’n’Roll Tonight cité dans l’article et paru sur Charly/Rockhouse et un Super Saver paru sur Rockhouse Records qui fait un peu double emploi, car on y retrouve dix titres enregistrés en Hollande en 1978 et qui figurent déjà sur le Gonna Rock’n’Roll Tonight, mais on le garde rien que pour cette reprise d’«Ain’t Got No Home» dont parle Cattez, un hit de l’immense Clarence Frogman Henry, down in New Orleans baby ! Frogman et Fatsy même combat ? On y reviendra. En tous les cas, cette version d’«Ain’t Got No Home» et un modèle de swing du Tennessee. Carl rocke avec aisance, il propose un son enraciné dans la country, mais il ramène un tel swagger («Judy») qu’on oublie complètement de bâiller. Ce démon de Carl swingue son swagger avec un talent fou, mais il ne la ramène pas pour autant. On sent chez lui une sorte de réserve naturelle. Just sing, boy ! Son «Bull O The Woods» claque bien le beignet de la country et dans «It Couldn’t Happen With Me», il salue Jackie Wilson et Elvis en développant ce que Jean-Sébastien Bach appellerait un pulsatif bien tempéré. Et on finit par se faire baiser avec «Pretend», une sorte d’ancêtre flamboyant du country rock qui, soit dit en passant, pave le chemin de l’enfer de bonnes intentions. Carl est le roi de l’up-tempo, son «Gonna Drink A Little Beer» reste résolument country, mais avec un gros pétard dans le cul.

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    Sur Gonna Rock’n’Roll Tonight, Carl est accompagné par le Dave Travis Bad River Band. On est là en plein revival rockab des années 80 et Dave Travis accompagnait tous les vétérans du rockab qui débarquaient en Europe pour se refaire une jeunesse et émerveiller les fans. L’album est donc enregistré en Hollande et wow, quel punch ! On est vite subjugué par ce «Why Do I Keep Telling Lies To Me» bien enveloppé de son. Carl n’est pas avare d’élégance naturelle, telle qu’on la retrouve chez les grands artistes américains issus du cru. Il semble chanter «Till I Waltz Again With You» avec du coton dans la bouche, et ça explique en partie que sa voix puisse déconcerter. Globalement, Carl reste très classique, il ne s’éloigne jamais de son swagger et derrière lui, le Dave Travis Bad River Band sonne comme le backing-band de rêve. Ces Anglais connaissent toutes les ficelles. C’est vrai que de ce côté-là, on a aucun mauvais souvenir. Carl tape dans l’excellent «I’m Left You’re Right She’s Gone», un vieux hit signé Stan Kesler, d’abord enregistré sur Sun par Elvis, puis par Jerry Lee dans les année 70, pendant sa période Smash/Mercury. En B, Carl reprend un autre hit magnifié par Jerry Lee pendant la même période, l’excellent «You Win Again». Carl s’en sort avec les honneurs. Pas facile de passer après des géants comme Elvis et Jerry Lee. C’est la raison pour laquelle ce mec attache autant que le sparadrap du Capitaine Haddock. Carl pique sa petite crise d’exotica avec «South Of The Border» - Aïe, Aïe, Aïe - Il fait une mexicana à la Dario Moreno et ça tient debout. Quant au morceau titre, c’est un beau flash de rockab. Le Bad River Band soigne le pulsatif et Carl se met à bopper le blues. Cette belle aventure hollandaise s’achève bien sûr avec «Mona Lisa». Le Bad River Band joue dans la joie et la bonne humeur. On salue donc ce mélange réjouissant de swagger country et d’aisance vocale.

    Ravi aussi de croiser dans l’interview de Gilles Vignal le nom de Jerry Dixie, impeccable rocker de banlieue. Dix ans de relations avec sa frangine. Merveilleuse époque !

    Signé : Cazengler, dégénéré

    Rockabilly Generation. N°17 - Avril Mai Juin 2021

    Carl Mann. Gonna Rock’n’Roll Tonight. Charly Records 1975

    Carl Mann. The Best Rockhouse Tracks. Rockhouse Records 1989

     

    La philosophie de Nitzsche

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    L’histoire de Jack Nitzsche ? Inutile d’aller fouiner chez votre libraire, messieurs les philosophes, on la trouve chez Ace. Il suffit de joindre l’utile à l’agréable en rapatriant les trois tomes de The Jack Nitzsche Story. Les livrets dodus vous diront tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la philosophie de Nitzsche et les compiles vous garantiront pas mal d’allers et retours au paradis, dont l’accès est grandement facilité depuis que Dieu est mort. Car c’est bien de paradis dont il s’agit dès lors qu’on aborde la question nitzschéenne, n’en déplaise aux adeptes de la surhumanité que sont ces messieurs les vampires.

    Passionnante histoire que celle du petit Jack avec sa tête de boche, mais de bon boche : ado il porte ces lunettes à grosses montures d’écaille rondes que portaient tous les militants communistes dans les années trente, Paul Nizan en premier. Comme son nom l’indique, la famille Nitzsche descend du célèbre métaphysicien, mais en émigrant aux États-Unis d’Amérique, ils décidèrent de virer l’e du nom pour brouiller les pistes, vu que l’ancêtre était plutôt mal vu au soit-disant pays de la liberté. Jack naît donc dans un état stoogien, le Michigan, mais il grandit dans une maison où on écoute de l’opéra. Jour et nuit, 365 jours sur 365. C’est une famille de fondus. Chez les Nitzsche, on ne vit que pour la musique. Jack apprend à jouer Chopin pendant que son grand-père pleure de joie à l’écoute de Figaro.

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    Et puis un jour, le jeune Jack se pétrifie : il entend les Penguins à la radio. Puis les Moonglows et Chuck Berry. Alors le ciel s’ouvre au dessus de lui et il aperçoit non pas Dieu parce qu’il est mort, mais sa vocation qui est le rock’n’roll. En vertu de l’efficacité qui caractérise si bien l’esprit germanique, il décide de s’inscrire dans une école qui enseigne ce qu’il appelle the modern harmony, qui précise-t-il, n’a rien à voir avec the traditional harmony. Il n’en existe que deux écoles aux États-Unis d’Amérique : l’une se trouve à Boston et l’autre à Hollywood. Allez hop, direction Hollywood. Mais il ne reste pas longtemps à l’école de musique. En 1956, il commence à composer des chansons et fait du porte à porte pour les vendre. Drring ! Je vends des chansons !

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    Et comme chacun sait, le monde est petit puisqu’il débarque un jour chez Art Rupe. Il ne pouvait pas mieux tomber. Rupe qui est un homme civilisé le reçoit bien et lui donne du boulot. Jack entre au paradis puisqu’il bosse avec H.B. Barnum et Sonny Bono. C’est auprès d’H.B. que Jack apprend son métier d’arrangeur. Nous y voilà. Le Gai Savoir. L’arrangeur est l’un des personnages clés du processus métaphysique d’enregistrement - Stan Applebaum was my hero. Je pense qu’il était le plus grand arrangeur vivant. C’est lui qui a écrit tous les arrangements pour Leiber & Stoller, notamment pour les Drifters. C’est le premier arrangeur auquel je me sois intéressé. Leiber & Stoller furent les premiers à utiliser des grandes chorales, des sections de cuivres et de cordes sur les disques de rock’n’roll, les early Drifters records - Si Jack est devenu tellement légendaire, c’est grâce à Phil Spector qui le prit comme arrangeur.

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    C’est parti mon kiki. Jack rencontre tous ces mecs qui vont faire la légende du rock californien, Kim Fowley, Gary Paxton et il partage même un bureau avec Lee Hazlewood. C’est là dans ce petit bureau que Lester Sill lui présente Phil Spector. Jack dit que Phil avait tout compris au rock’n’roll et qu’il était bien plus en avance que la plupart des gens qui étaient dans le record business et qui n’auraient jamais dû y être, ajoute-t-il. Totor et Jack démarrent ensemble avec «He’s A Rebel». Comme les Crystals sont à New York et Totor à Los Angeles, il enregistre son Rebel avec Darlene Love et les Blossoms. Jack arrange le coup. Rebelote avec «Zip-A-Doo Doo Dah» de Bob B. Soxx & the Blue Jeans : c’est Darlene qui chante avec Bobby Sheen. On est en 1962, ces mecs ont déjà pris de l’avance. Jack commence aussi à bosser avec Jackie DeShannon et Terry Melcher. C’est à partir de là qu’on peut parler d’une philosophie de Nitzsche. Il multiplie les coups de Jarnac, il compose «Needles & Pins» avec Sonny Bono pour les Searchers et produit «When You Walk In The Room» pour Jackie DeShannon.

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    Et plein d’autres trucs terribles qu’on retrouve dans Hearing Is Believing. The Jack Nitzsche Story Volume 1 - 1962-1979, comme par exemple la version de «Needles & Pins» que fit Jackie DeShannon, Jackie & Jack pour le pire et pour le meilleur, over the top, Spectorish en diabolo. On trouvera aussi son gigantic «Lonely Surfer», du surf qui n’est pas du surf. Partout beaucoup de son, même beaucoup trop de son, écouter les 26 titres de la compile d’une traite est impossible, ça monte trop massivement au cerveau. Il faut aussi entendre Doris Day, c’est-à-dire la mère de Terry Melcher, chanter «Move Over Darling» à la délectation du chant d’excellence. Doris Day, c’est la reine de Saba dans le dreamworld de Jack. Un Jack qui reprend aussi le «Rumble» de Link Wray mais qui l’écrase sous des tonnes d’orchestrations. Dans les pattes de Jack, Round Robin s’en sort mieux qu’avec P.F. Sloan, en tous les cas son «Kick That Little Foot Sally Ann» est une pure merveille. On reste dans le Spectorish avec l’«Always Wanted» des Paris Sisters. Pur génie productiviste. On trouve aussi Lesley Gore avec l’excellent «No Matter What You Do», elle est très impliquée dans sa démarche, elle rentre dans le lard du cut à coups de yeah et les filles derrière font yeah yeah yeah.

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    Et puis voilà la rois de la romantica, les Righteous Brothers avec «Hung For You». Eux ne font pas de détails : ils explosent le firmament. Sans doute a-t-on là le pire génie vocal qui se puisse imaginer. On a ici un cut écrasé par les harmonies vocales et les violons, Jack te tartine ça à bras raccourcis, on est un pleine spectorisation des choses. Malheureusement, Jack est embauché comme directeur musical du TAMI Show et il ne peut pas travailleur avec Totor sur «You’ve Lost That Lovin’ Feelin’» et Totor lui en voudra énormément.

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    C’est aussi en 1964 que Jack rencontre les Stones qui l’invitent à jouer quelques coups de piano sur leur deuxième album. Le piano sur «Satisfaction», c’est aussi Jack Flash. C’est encore Jack qu’on entend pianoter dans «Have You Seen Your Mother Baby Standing In The Shadow». Jack nous raconte que les Stones furent les premiers à louer le Studio RCA pour deux semaines à plein temps. Ça ne s’était encore jamais fait à Hollywood. Pas de producteur, ils jouaient quand ils voulaient. Jack ira un peu plus tard à Londres diriger la chorale qu’on entend dans «You Can’t Always Get What You Want». Par contre, c’est avec les sessions de «River Deep Mountain High» que prend fin la relation Totor/Jack. Parmi les autres grands clients de Jack, voici Bob Lind avec «Cheryl’s Going Home», solide rasade de heavy country rock, ah quelle merveille ! Chaque cut est gorgé de vérité apostolique, même l’«I Could Be So Good To You» de Don & The Goodtimes nous renvoie tous aux gémonies des Beach Boys. Mais Jack vois-tu explose le concept Beach Boys pour faire du Don & The Goodtimes. Il leur fait ce cadeau royal. Avec Jack, on voit proliférer les artistes géniaux, tiens comme Judy Henske. Jack la fait sonner comme une reine de Saba avec «Road To Nowhere», même si elle a des accents à la mormoille. Elle gueule dans les cataractes que déverse l’orchestre de Jack, cette femme semble complètement exacerbée, alors avec elle, on explore les mystères de la création. Dans Shindig!, on parle d’emotionally-wracked delivery et d’une clattering production that suggests Nico & the Velvet Underground were listening. Encore un cut de magie pure avec «The Heat Of Juliet Jones» de Garry Bonner. Quand Jack traîne dans les parages, ça ne pardonne pas. Voilà encore un hit invraisemblable, avec tellement de profondeur de champ qu’on en chope le torticolis. C’est explosif ! Pour Jack, c’est le triomphe artistique de 1967. Il devient pote avec Neil Young et produit «Expecting To Fly» du Buffalo Springfield, qui pour une raison x n’est pas sur la compile - To this Days, Expecting To Fly is one of my favorite things - Il s’entend si bien avec Neil Young qu’il part en tournée avec Crazy Horse. Il va aussi bosser sur After The Gold Rush. On croise d’autres noms appétissants dans cette histoire : les Flamin’ Groovies (Supersnazz), Them et Lou Christie dont on peut entendre l’excellent «Wild Life In Season», ultra produit, sans concession, mais fascinant. Merci Ace ! C’est la force des compiles, elles nous embarquent sans discussion, surtout les compiles nitzschéennes.

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    Tiens, voilà P.J. Proby avec «You Make Me Feel Someone». Big singer ! Au sommet du Nitzsche System, là haut, dans ces cimes qui furent si chères à son aïeul. Monté comme un âne, Proby explose la rondelle du Wall. Jack bosse aussi avec Tim Buckley, son «It Happens Everytime» est bardé de barda, c’est impensable de beauté et de voix de rêve, on assiste à la collision de tous les arts. Retour aux Stones avec «Sister Morphine», mais cette fois c’est Marianne qui chante. Jack lui offre sur un plateau d’argent les profondeurs de l’hospital bed. Il a tout compris, Jack se coule dans le mood de Marianne, dans l’excellence du mythe - Tell me sister Morphine, when you’re coming round again - Jack donne aussi de la profondeur de champ au James Gang sur l’album Rides Again et il opère un grand retour aux choses sérieuses avec sa seconde épouse Buffy Sainte-Marie, car il produit l’album She Used To Be A Ballerina et notamment l’excellent «Helpless» qui est un cut de Neil Young. C’est bien que Jack soit allé s’occuper de Buffy. Elle le mérite plus que les autres. Elle bouffe tout le ciel de l’Amérique, elle rayonne dans l’écho du son de Jack. Par contre, le «Mixed Up, Shook Up Girl» qu’il produit pour Mink DeVille est plus pop. Il bosse aussi avec David Blue et revient filer un coup de main à Neil Young sur Harvest.

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    Jack fait aussi son album avec le London Symphonic Orchestra, le fameux St Giles Criplegate. C’est l’époque où il intègre Crazy Horse. Il s’est installé avec sa famille dans le ranch de Neil Young. Le groupe répète pour préparer la tournée et c’est pendant ces répétitions que Danny Whitten fait une overdose. Il produira aussi un album de Graham Parker (Squeezing Out Sparks), un deuxième Mink DeVille (Coup de Grace) et un Ricky Nelson (Playing To Win). Mais en arrivant dans les années 80, il se spécialise dans les bandes originales de films.

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    C’est d’ailleurs avec un extrait de BO que s’ouvre le bal d’Hard Workin’ Man - The Jack Nitzsche Story Volume 2, et pas n’importe extrait, puisqu’il s’agit du «Hard Working Man» de Captain Beefheart tiré de la BO de Blue Collar, un cult movie de Paul Shrader. Certainement l’un des cuts les plus heavy de tous les temps. Jack utilise le two-tons hammer et des musiciens de blues triés sur le volet, Ry Cooder, Jesse Ed Davis, Tim Drummond, Stan Szelest et Jim Keltner, t’as qu’à voir. Puis la foire à la saucisse se poursuit avec Karen Verros et «You Just Gotta Know My Mind», un freakbeat nugget qui démolirait n’importe quel juke. Karen fout le feu. Dans une interview, Terry Melcher explique que le grand secret de Jack est de savoir réunir les bons musiciens. Terry et Jack bossent pas mal ensemble entre 1962 et 1964, avec des gens fabuleux mais tombés dans l’oubli comme Emil O’Connor («Some of Your Lovin’», classic jive avec des filles terribles en backing). Tiens encore un coup de Jack Jarnac avec Tammy Grimes et «Nobody Needs Your Love More Than I Do», elle chante à l’explosif, elle est encore plus balèze qu’Esther Phillips, c’est inespéré de puissance mirobolante, Jack la spectorise jusqu’à la moelle. Et pouf sur qui tombe-t-on à la suite ?

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    Sur Merry Clayton, une copine d’église d’Edna Wright, la sœur de Darlene Love. Edna Wright ? Mais oui bien sûr, Honey Cone ! Le monde est petit. On est en 1963, l’année la plus prolifique de Jack, et Merry Clayton enregistre «It’s In His Kiss». Merry s’entend bien avec Jack. On la retrouve d’ailleurs derrière Buffalo Springfield («Expecting To Fly»), Buffy Sainte-Marie et les Everly Brothers. Sans oublier les Stones, bien sûr. Avec «It’s In His Kiss», Merry est le clou du bec, elle épouse l’acceptance du génie nitzschéen, cette folle chante même par dessus les cimes. On reste dans la magie pure avec les Righteous Brothers qui avec «Just Once In My Life» démarrent en bas de l’échelle des grandeurs et montent aussi sec au big shoot, ça explose, Jack nous emmène au sommet du génie productiviste. C’est le cut insurpassable par excellence. Tous les adjectifs du monde n’y pourront rien. Pareil avec Timi Yuro qui claque son «Teardrops Till Dawn» dans la meilleure prod de l’époque. Ah la vache !, comme dirait Jacques Vachet. C’est Nick Venet qui met Jack sur ces coups-là, Timi Yuro, les Walker Brothers et les Paris Sisters. Jack soigne aussi le «Like Someone In Love» de Bobby Vee, encore une prod de rêve, une prod à se damner pour l’éternité.

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    Jack fait sonner les Satisfactions («Baby I’m So Glad It’s Raining») comme Abba. La chanteuse du groupe n’est autre que Gracia Ann May, la première épouse de Jack. Elle chante sa pop jusqu’à l’extinction des feux de la rampe, my baby ! Et on apprend au passage qu’il existe un album inédit des Satisfactions, même chose pour Tammy Grimes, alors ça nous baver comme des grosses limaces dégueulasses. Humain trop humain, comme dirait Nitzsche. Dans The Gas Co, Greg Dempsey se prend pour Dylan, il attaque «Blow Your Mind» au nez pincé mais avec une pugnacité qui le rendrait presque sympathique. Nouvel exemple de génie productiviste avec Donna Loren et «Woman In Love (With You)», encore une blanche que Jack orchestre jusqu’à l’orgasme, et là on a un pur orgasme pop. Nouveau shoot de heavy prod avec l’«As Long As You’re Here» de Zalman Yanovsky, l’ex Lovin’ Spoonful. Jack en fait un festin imputrescible. Oui, on tombe dans les excès de langage avec des mecs comme Jack, tout avec lui devient tellement inexorable. Il propulse tous ses clients dans des dimensions magiques. Jack est donc un magicien. On tombe ensuite sur une version nitzschéenne de «Mr Soul» par les Everly Brothers. C’est hanté, joli et psyché, volontairement ralenti pour les besoins de la causalité. Et pouf tout ré-explose à nouveau avec les Turtles et «You Know What I Mean». C’est chanté aux bouquets de voix, et donc voilà la pop du paradis. Une pop digne de celle de Brian Wilson, d’une hauteur de vue imprenable, montée en cascades de bouquets d’harmonies. Il faut se souvenir qu’en 1965, les Turtles étaient l’un des meilleurs groupes de pop-folk-rock d’Amérique. Jack bosse aussi avec les Monkees dont voici «Porpoise Song», belle pop-song entreprenante dotée d’un soubassement beatlemaniaque et montée sur des couches de voix caviardées de violons. Signé Goffin/King, «Porpoise Song» est le cut d’ouverture de Head. Shindig! parle de luminescent waves of organ punctuated with chimes, bells ans the trance-like mantra of goodbye goodbye goodbye. Comme on l’a déjà rappelé, Jack intègre Crazy Horse et produit leur premier album, où se trouve cette merveille signée Danny Whitten et rendue célèbre par Rod The Mod, «I Don’t Want To Talk About It». Wow, l’excellence du Whit ! Voilà une nouvelle équation de base : Danny/Jack, c’est-à-dire singer + song + prod. Imparable. Voilà du Jack pur avec «I’m The Loniest Fool», tiré de son troisième album solo mystérieusement passé à l’as. Puissamment orchestré, il ne peut pas s’empêcher de mettre la gomme sur les orchestrations et il chante au beau milieu de tout son bordel de violonades. Pour les beaux yeux des Tubes, Jack recrée le wall of sound et Fee Waybill plonge dans la romance des Ronettes avec une fille pleine de soupirs. «Don’t Touch Me There» a la violence d’un pastiche miraculeux. Ils sont en plein dans le teen soap opera de bas étage, mais que de son, my son ! - I love your sweet sweet lips ! -

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    Et puis Jack atteint le sommet de sa carrière en réunissant Taj Mahal, John Lee Hooker et Miles Davis pour la BO du Hot Spot de Dennis Hopper. Le cut qu’Ace propose s’appelle «Bank Robbery» et Hooky mène le bal des vampires, car c’est bien de cela dont il s’agit, baby, c’est sec et net, avec du Miles dans le groove, cut mythique par excellence, with Taj in tow and Miles on daggers. Puis quand Jack comprend que sa carrière est finie et qu’il faut tourner la page, il commence à rédiger ses mémoires. Mais il découvre CC Adcock, le fils du capitaine. Jack va hélas casser sa pipe en bois avant que ne sortent les précieux albums du fils du capitaine. On trouve à la fin du booklet un long témoignage de CC Adcock, ce kid de Louisiane qui eut le privilège de bosser avec Jack. Il donne pas mal de détails effarants qui nous reposent du discours habituel : «Oh Jack Nitzsche quel génie, blih blih blah blah», non Adcock nous parle d’un Jack parfois défoncé qui s’écroule la gueule dans son assiette, qui s’habille comme un toréador parce qu’il aime bien les belles fringues et qui quand il a quelques verres dans le pif envoie des couteaux dans la lune (throw knives at the moon), et puis il y a toute l’histoire de la connexion avec Willy DeVille et un peu de junk pour faire bonne figure. On ne fréquente pas des junkies notoires comme Danny Whitten ou Keith Richards sans finir par y goûter. Autant Totor aimait les guns, autant Jack aimait les knives. Il lui arrivait d’en sortir un dans un business meeting, ou alors, il demandait une somme faramineuse, mais, nous dit Adcock, c’était toujours hilarant.

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    Justement, c’est CC Adcock qui ouvre le bal du volume 3, Night Walker - The Jack Nitzsche Story Volume 3, avec l’excellent «Castin’ My Spell», reprise d’un grand hit des Pirates. Adcock nous raconte toute l’histoire de cet enregistrement. Ça donne un Spell assez raw, très spécial, pas loin de Moon Martin mais avec un son à casser la baraque. La guitare y fait la pluie et le beau temps. Même genre de rage mortifère que dans «Cold Turkey». Et puis voilà l’épisode Performance dont Jack a composé la BO. Rappelons que le réalisateur Donald Cammell se disait le filleul d’Aleister Crowley et pour s’imprégner d’occultisme, Jack est allé faire un stage chez un occultiste de Laurel Canyon. Californian hell, okay ? Pour Jack pas de problème, sa passion de l’occulte lui vient de sa mère qui en était très férue. On retrouve donc pas mal de clients de Jack dans la BO de Performance : Buffy Sainte-Marie, Ry Cooder et Merry Clayton. Merry est toujours la backing singer que Jack appelle en premier. On reste dans les big voices avec Darlene Love et «A Long Way To Be Happy». C’est elle la reine du Wall of Sound. Elle est l’une des meilleures incarnations de la pop. Nous voilà au cœur du mythe. Darlene rappelle que les Crystals qui chantent «He’s Rebel» sont en réalité elle et sa sœur Edna Wright, Fanita James et Gracia, la femme de Jack. On entend aussi deux cuts de Jack, «Night Walker» et «Lower California». Dans le premier Jack ramène une basse pouet pouet atroce dans sa soupe aux choux, avec des violons à gogo. Le deuxième est exceptionnel de légendarité. Jerry Cole fit partie du Wrecking Crew et donc le voilà avec «Every Window In The City». Ce mec est ce qu’on appelle un pléthorique, il a passé sa vie à enregistrer des instros dans tous les coins.

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    Alors voilà les vraies Crystals avec «Little Boy». LaLa Brooks chante et fait le bonheur du Wall. Quelle chance il a ce frimeur de Willy DeVille d’avoir Jack derrière lui pour produire «Just Your Friends». Jack est très demandé en fait. Sa réputation se base sur la BO de Performance et le premier album de Crazy Horse. Et donc Jack va produire trois albums de Mink DeVille. Willy : «He was like my crazy uncle. I called him my mentor and my tormentor.» C’est au cours de l’enregistrement d’«Is This What I Get For Loving You» des Ronettes que Totor comprit qu’il atteignait la fin de son règne. L’esprit n’y était plus. Le Wall ne marchait plus. Il fallait passer à autre chose. Il cessa de produire les Ronettes et demanda à Jeff Barry de s’en charger. Voilà les Fleetwoods avec «Come Softly To Me» : encore un hit des silver sixties d’une implacabilité sans fin. Avec «June Is As Cold As December», les Everly Brothers passent à la psychedelia rampante. Quel merveilleux artefact ! Pour sa femme Gracia et ses Satisfactions, Jack sort son meilleur Wall : «Daddy You Just Gotta Let Him In» sent bon les sixties, les filles sont sucrées à souhait, voilà le power des girl groups. Énormes dynamiques de son : Jack = sucre + power. Jackie DeShannon bénéficie aussi du power de Jack dans «Try To Forget Him», elle ramène tout son sucre. Elle est assez balèze dans le genre. Elle descend dans la pop yéyé et brasse à gogo. Jackie explique qu’ils forment un couple à trois avec Jack et le producteur Dick Glasser - It was a wonderful musical mariage between the three of us - Le «What About You» de Ramona King date du temps où Jack bossait avec Lee Hazlewood. Shindig! précise toutefois que la pauvre Ramona fut parasitée by some hysterical backing vocals ricocheting of that wall od sound. C’est Lee Hazlewood qui présenta Jack à Phil Spector et ça l’amusait de taquiner Totor en lui disant : «Tu m’as piqué mon arrangeur», à quoi Totor répondait : «Tu n’as jamais rien fait pour lui, moi au moins j’en ai fait quelque chose (I turned him into something)», alors forcément, Lee ne pouvait qu’opiner. Dans le Wall, on retrouve aussi la Mama, Michelle Phillips avec «Victim Of Romance». C’est incroyable de la voir soloter. Elle est bonne en plus. Superbe poulette. Solo de sax et merci Jack ! On reste en plein dans le Wall avec l’un des cuts les plus mythiques de Jack : «Yes Sir That’s My Baby» par Hale & The Hushabyes qui sont en réalité Edna Wright (lead vocals), avec la crème de la crème en backing vocals : Sonny Bono, Cher, les Blossoms et Jackie DeShannon. Jack n’a jamais été aussi loin dans le productivisme. C’est Brian Wilson qui chante les high harmonies. Jack fit aussi cette chanson avec Emil O’Connor puis avec Gracia, pour l’album des Satisfactions qui sortira peut-être un jour. Back to Terry Melcher avec l’«Here I Stand» des Rip Cords. Ça bombarde ! Aw comme ces mecs savaient gérer leur barcasse !

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    Alors bien sûr, l’idéal est d’aller fouiner sous les jupes des albums de Jack. Son premier album solo s’appelle The Lonely Surfer et date de 1963. Comme on l’a dit, Jack orchestre, il ne chante pas. Le morceau titre, c’est du son pour du son et comme ça touche au surf, Jack balance du clong clong de basse dans les vagues. Il ramène des effets orchestraux spectorculaires, c’est du wow de base et de rigueur, car oui wow comme c’est beau ! Big instro pompeux comme Pompée, bien dressé vers l’horizon, pur jus de cinémascope, Jack fait sonner les rrrooo rrrooo des péplums. Il tape son «Stranger On The Shore» à la trompette mariachi pour un résultat quasi-fellinien. Tout est pesé comme chez Totor, peut-être même encore plus. La moindre note semble soupesée, étayée, façonnée, bichonnée. Jack adore les trompettes qui bavent. Le deal de Jack, c’est donc le big intro chauffé à la clameur, avec tous les moyens du bord, violonnades, espagnolades. Il faut attendre «Ebb Tide» pour sentir ses naseaux frémir. Comme Totor, Jack travaille la matière du rêve, il va chercher la profondeur, il développe le même genre de power, «Theme From Mondo Cane» en est la preuve : ils ont tous les deux le même sens de l’élévation congénitale.

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    Paru en 1972, ST. Giles Cripplegate est un album enregistré avec le London Symphony Orchestra. On peut l’écouter, mais il n’y a pas grand chose à en dire. Par contre, un album sans titre pas paru deux ans plus tard sous forme de test-pressing et réédité en 2020 requiert plus d’attention. Dans Shindig!, Grahame Bent chante les louanges de cet album resté coincé depuis 1974. Pourquoi coincé ? Bent dit que dans «Little Al», Jack chante : «Hey Mo where you gonna go with that rock in your back pocket?», une phrase qui n’aurait pas plu à Mo Austin, le boss du label qui du coup aurait envoyé l’album aux oubliettes dans un Warner Bros storage facility in North Hollywwod. Bent parle d’un album filmic, au sens où les cuts se fondent les uns dans les autres comme les scènes d’un film. D’ailleurs Jack l’enregistre avec le filmmaker Robert Downey, un peu dans l’esprit de ce que fait à la même époque Mike Nesmith avec Jack Nicholson et Bob Rafelson dans Head. Bent parle bien sûr de résonances de Brian Wilson, de Jimmy Webb et de Van Dyke Parks, et à ses yeux, c’est l’album qui illustre le mieux l’ampleur du Gai Savoir de Nitzsche.

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    Ce mystérieux pas paru est apparu pour la première fois en 2001 sur une espèce de compile Rhino, Three Piece Suite - The Reprise Recordings 1971-1974. En plus de l’album pas paru et de ST. Giles Cripplegate, on y trouve quatre démos fantastiques. Et là attention, ça ne rigole plus car Jack chante. La première qui s’appelle «I’ll Bet She Knew It» est une pop à la George Harrison extrêmement bien foutue. Sur «We Have To Stay», Jack sonne comme un bienfaiteur de l’humanité. Il s’exprime à travers une voile de beauté purpurine et ça s’achève avec une nappe de violons sous le vent. S’ensuit un «Carly» dédié à Carly Simon - Carly did you hear me calling your name - Il n’en finit plus d’émerveiller. Quant à l’album pas paru, il grouille lui aussi de merveilles, à commencer par «Lower California», belle pop incertaine digne de celle des Beach Boys de Smile, groove à la ramasse de la rascasse. Jack chante et c’est plutôt bon. Il dote «Who Said That To Who» d’une fin orchestrée somptueuse et son «I’m The Loneliest Fool» est stupéfiant de grandeur. Jack va chercher la sensation au piano. Chaque cut sonne comme un exercice de style et on crie de nouveau au loup avec «Hanging Around», un fantastique balladif de fin de soirée avinée. Cette façon qu’il a de ramener des violons dans la mélodie est unique. Tiens encore une merveille avec «Marie», Jack descend dans la romantica, mais avec la puissance d’un fleuve.

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    Dans les early sixties, Lester Sill signe les Paris Sisters et il demande à Totor de les produire. Forcément, Jack est dans le coup. Avec ces trois blondes, on est au cœur du phénomène girl-groups que Totor va ensuite développer avec les Crystals et les Ronettes. L’idéal pour bien prendre leur mesure est de se plonger dans une antho des Paris Sisters et comme toujours, c’est Ace qui fait le nécessaire avec Always Heavenly. Grâce au Wall, elles sont capables de coups de génie, comme par exemple «Always Waitin’», produit par Mike Curb, chanté d’une voix de grosse pute, une vraie bénédiction. Le stomp est celui d’une armée de l’Antiquité en marche. On retrouve ces méchantes allumeuses dans «Why Do I Take From You», toujours produit par Mike Curb. Elles sucrent bien les fraises, on est pleine spectorisation des choses, au cœur de la prod d’extrême onction, une véritable explosion au sommet de l’art, elles grimpent là-haut sur la montagne. Totor ne produit que cinq cuts des Sisters, le plus connu étant «I Love How You Love Me», fabuleux deep chick pop, c’est d’un kitsch qui en bouche un coin. Mais Totor ne fait pas de miracles avec les autres cuts, «Be My Boy», «What Am I To Do» et «He Knows I Love Him Too Much». «Once Upon A While Ago» par contre groove bien, Totor renoue avec la pop magique. Jack produit quelques petites merveilles, comme par exemple «When I’m Alone With You», pure pop de Brill, mais composée par P.F. Sloan. Jack reste dans l’énergie du Brill avec «My Good Friend». Elles sont dans l’éclat de l’éclair avec tout le sucre du Brill, aw yes we’re still good friends, ah les garces comme elles chantent bien leur petit bout de gras. Jack orchestre «I’m Me» jusqu’à l’infini, c’est très tendu dans l’excellence des violons, on voit Jack là-bas au fond du ciel, avec son sourire énigmatique. Elles sont encore magnifiées dans «See That Boy», toujours en plein Brill, Jack orchestre à la racine du son. Il produit aussi une reprise de Burt, «Long After Tonight Is All Over» et puis «You», fabuleux cut car ramassé sous le boisseau, elles chantent comme des garces et collent au train du beat. C’est Jack et Jackie DeShannon qui composent «Baby That’s Me» et c’est Terry Melcher qui produit. Époque Columbia. On est content que Jack soit impliqué dans cette merveille inexorable, c’est du spectorish pur et dur. «Dream Lover» est un hit signé Bobby Darin et comme beaucoup de ceux qui précèdent, il est invincible. Les Sisters sont balèzes, elles chantent du haut de leur talent. Les amateurs de sex-pop se régaleront de «Lonely Girl», chanté dans la chaleur de la nui des cuisses, c’est chaud et humide, on y glisserait bien la langue. Les Sisters sont atroces de Brillitude et c’est noyé de violons. Elles font de la pop d’époque, mais l’amènent avec esprit. One of the earliest 60s girl-group, Albeth, Priscilla et Sherrell Paris auraient dû exploser. Diable, comme le destin peut être cruel. Album Columbia jamais sorti, projet Totorish avorté. Notez bien qu’en 1966, Jack produit Sing Everything Under The Sun, leur seul album paru sur Reprise.

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    Jack a produit une belle ribambelle de bandes originales, la plus connue étant certainement Performance - The Original Motion Picture Sound Track, parue en 1970, avec la tête du Jag sur la pochette. C’est lui le Jag qui ouvre le bal de la B avec l’excellent «Memo From Turner» : vrai son, prod de rêve, parfait enchevêtrement de la slide et de la basse, extrême tension du son et puis bien sûr the voice. Randy Newman ouvre le bal d’A avec «Gone Dead Train» co-écrit par Jack et Russ Titelman, un vieux boogie de pas-de-problème-ça-y-va-tout-seul. C’est Ry Cooder qui joue les coups de mercurial slide guitar et, nous dit Shindig!, indique la voie aux Stones pour la décade suivante. On entend Merry Clayton se plaindre dans le morceau titre et on croise pas mal de cuts dont il n’y a rien à dire. Buffy fait son cirque indien dans «Dyed Dead Red» et en B, les Last Poets font leur cirque urbain avec «Wake Up Niggers». Comme ce film n’est pas le chef d’œuvre du siècle, non seulement on peine à s’effarer, mais on peine aussi à resituer les cuts dans le déroulé du film. Jack donne de la profondeur à Merry pour «Poor White Hound Dog» et ça redevient superbe.

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    En 1970, Jack produit l’excellent Bad Rice de Ron Nagle, un album devenu quasiment culte. On y note de sacrées présences : Mickey Waller qui bat si bien le beurre, Ry Cooder qui gratte si bien sa gratte et Sal Valentino qui couine si bien les chœurs. Très vite, la qualité du son rafle la mise, alors merci Jack. Au dos de la pochette, Ron Nagle commente ses cuts et indique que le cry cry cry de «Frank’s Store» est celui d’un retarted guy with an identity crisis. Il fait aussi preuve d’une grande aisance compositale dans «That’s What Friends Are For» : c’est ce qu’on appelle communément une pop parfaite, written nous dit Ron for Jack and I, two manic depressives. Toujours de l’aisance en B avec «Dolores». La prod de Jack ne pardonne pas - A young guy falls in love with his baby sitter and she likes it - Ron sait aussi gérer les petites pétaudières californiennes, comme on le constate à l’écoute de «Capricorn Queen». Mickey Waller bat ça bien sec et net. Tout sur cet album se veut convaincu d’avance, même le country-rock de «Somethin’s Gotta Give Now». Ça reste léger et printanier, prod de rêve, la patte de Jack. Ron enchaîne avec la belle pop autobiographique de «Family Style», et aussitôt après l’album va coucher au panier.

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    Année prolifique puisque Jack produit aussi 12 Songs de Randy Newman et l’After The Gold Rush de Neil Young. On ne gardera pas un grand souvenir du Randy Newman, même s’il allonge cet «Have You Seen My Baby» repris par les Groovies. Newman est bon mais faible. Pas de rémona. Il chante son hold on à la voix blanche. En fait Jack ne produit qu’un seul cut sur 12 Songs : «Let’s Burn Down The Cornfield», une espèce de soft groove rural, mais pas de quoi se prosterner jusqu’à terre. Le reste de l’album n’est pas facile d’accès. Après tu as des mecs qui aiment ça. Chacun cherche son chat. Randy Newman est bien gentil, mais il manque de crédibilité. Il va parfois chercher des trucs rétro assez beaux comme «Underneath The Harlem Moon», mais on s’ennuie. Sur quoi se base sa réputation ? Va-t-en savoir. «Old Kentucky Home» est encore une preuve de l’inexistence de Dieu, ce qui serait logique, nous dirait Jack. But my God, comme on est loin du compte.

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    Par contre, l’After The Gold Rush va rester dans les mémoires, on le sent dans «Tell Me Why», même si c’est un parti-pris très folk-rock. De toute évidence, Neil Young en pince pour la chanson. Il se passe un truc énorme dans le son, un truc inespéré qui relève de la beauté pure. C’est vrai qu’à l’époque, la voix de Neil Young pouvait insupporter très vite, mais avec le recul, sa voix sonne vraiment très bien. Ce mec chante à l’amphitryon schtroumphique, à la pointe de la glotte de chèvre chaud avec une incroyable pureté d’intention. Il peut exploser n’importe quelle pop, il a du génie. C’est en tous les cas ce que montre «Only Love Can Break Your Heart». Il sait tout faire, même la pop de proximité («Till The Morning Comes»). Il sait remonter une pente de heavy glue dans l’axe du visuel («Oh Lonesome Me») et chanter d’une voix de fille-mère («Don’t Let It Bring You Down»). C’est une façon de chanter l’Americana très spéciale. Il chante sans même se rendre compte qu’il sonne bizarrement. Avec «Birds», il vise la Beautiful Song et il vise bien, il a le compas dans l’œil, il pianote dans la plaine et revient aux guitares électriques pour «When You Dance I Can Really Love». Il fait tout simplement de la psychedelia ravagée. Il finit avec une «Cripple Creek Ferry» bien foutu, hey hey. Comme Dylan, il prend sa carte au parti.

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    En 1971, Jack intègre Crazy Horse comme pianiste et produit leur premier album sans titre, Crazy Horse. On sent sa patte dès «Gone Dead Train», le boogie que chante Randy Newman sur la BO de Performance. Derrière, on a Talbot, Molina et Nils Lofgren. Il faut attendre «Look At All The Things» pour voir trente-six chandelles. Car c’est du heavy psycho-rock à la Danny Whitten. Il se pourrait très bien que Neil Young se soit inspiré du génie fantomatique de Danny Whitten. Car c’est lui l’âme du groupe. Il mène le bal et les autres ne sont rien. Son grand hit est bien sûr «I Don’t Want To Talk About It». C’est pour ça que Jack est là, il a vu le génie de Danny. Un Danny qui monte au sommet de sa maîtrise du chant. Jack le soigne, le génie mélodique se double d’un génie productiviste. «Downtown» est du pur Neil Young Sound, comme si Danny le pré-datait. C’est la même énergie de vieux hippie héroïnomane. Le dernier grand coup de Jack & Danny s’appelle «I’ll Get By». C’est merveilleusement emmené, comme joué dans l’envol, les fondus de voix sont une véritable bénédiction. Après, le Crazy Horse va continuer, mais sans Jack & Danny. Et ça n’a plus aucun intérêt.

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    Étonnant album que cet album solo de Michelle Phillips paru en 1971, Victim Of Romance. Jack ramène quelques amis en studio, parmi lesquels Tricia Johns et Ron Nagle. Et pouf, «Let The Music Begin» crée de l’enchantement. Here comes my baby, c’est de la belle pop de Jack. Et ça continue avec le morceau titre. Jack recrée les conditions du Wall et ça devient spectorculaire. Rien que pour ce bal d’A, on est comblé. Bon, il y a d’autres choses, mais ce n’est pas aussi brillant. Il faut aller piocher en B pour choper «Baby As You Turn Away», une compo signée des frères Gibb. Difficile d’espérer plus réjouissant. Michelle chante divinement, c’est un balladif éclatant de beauté. La mélodie est fidèle au poste et ce surhomme qu’est Jack l’orchestre fantastiquement. Il revient à sa vieille équation : the song + the voice + the sound = bingo. Michelle ma belle finit sa modeste contribution à la beauté du monde avec une chanson de Ron Nagle, «Where’s Mine», qui est une belle pop océanique, idéale pour Jack et cette superbe poulette.

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    La même année, Jack orchestre sa femme, Buffy Sainte-Marie, pour les besoins de She Used To Be A Ballerina, un album Vanguard difficile d’accès, malgré la présence de tous les copains de l’époque, Danny Whitten, Ry Cooder, Merry Clayton et Crazy Horse. Buffy tape dans le «Smack Water Jack» de Goffin & King, mais ça ne marche pas. Elle essaye pourtant de chanter à l’indienne, avec le secours des esprits, mais son élégiaque ne décolle pas. Elle finit son bal d’A avec «Helpless», un cut du vieux Young, mais ça plombe, même si on entend Merry Clayton dans les chœurs. La B est nettement plus politique car c’est là qu’elle reprend la chanson du Partisan, «Song For The French Partisan» - J’ai perdu femme & enfants/ J’ai changé 100 fois de nom/ Mais j’ai plein d’amis/ Sur la terre entière - Jack a raison de soutenir cette cause. S’il en est une qui est habilitée à chanter ça, c’est bien Buffy. Elle enchaîne avec l’encore plus politique «Soldier Blue». Elle revendique la terre de ses ancêtres, elle a raison, c’est la chanson de ce film atroce qui montre le massacre d’un campement indien par la cavalerie - This is my country - Elle demande aux soudards de voir les choses autrement. Mais le vrai coup de tonnerre s’appelle «Maratorium». Buffy est aussi balèze que Dylan, elle harangue avec le même aplomb et elle s’accompagne au piano. Elle est spectaculaire. Sacrée Buffy, que deviendrions-nous sans elle ?

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    En 1977, Jack attaque une série de trois albums avec l’un de ses chouchous, Willy DeVille. Voilà donc Cabretta qui paraît en pleine vague punk et qui bien sûr n’a rien à voir avec cette vague punk. C’est d’ailleurs le côté tragique de son histoire, Willy l’inopportun. Jack amène «Venus Of Avenue D» au petit groove. Quand on écoutait ça en 1997, on ne savait rien - ou peu de choses - ni de Jack ni de la Nouvelle Orleans. Il faut bien dire que Willy screame à la perfection. Il tape aussi dans les grosses compos comme «Little Girl» (Spector/Greenwich). Il nous refait le coup du girl-group du New Jersey avec toute la romantica qu’on peut bien imaginer. Quel album fantastique ! C’est chanté à gogo et plein de son. Que demande le peuple ? Il fait encore des siennes dans «One Way Street», cut de white Soul brûlante, derrière lui ça jive et Jack veille au grain. Willy DeVille allume comme Wilson Pickett, il chante à la voix blanche, il frise le génie en permanence. Puis il s’en va groover son «Mixed-Up Shook Up Girl» dans le sens du poil, alors oui, il peut se permettre de frimer. Il chaloupe bien sa Shook Up Girl. Il boucle son bal d’A avec «Gunslinger», une belle cocote de back-door New Orleans. Il chante son gut out. En fait, Willy et Jack font de la Southern Soul, il faudra attendre un bon bail avant de comprendre ce que ça signifie. Par contre, il se vautre en tapant dans le rock FM de Moon Martin. «Cadillac Walk», c’est un peu comme si Willy suçait Moon et c’est pas terrible. Par contre, on a du son avec «Spanish Stroll». C’est même du son de rêve, avec les castagnettes de Totor et les filles qui font ooh ooh. Willy fait son Lou Reed et il sonne juste. Joli mélange de Rosita et de Brother Johnny - Hey Mister Jim/ I can see the shape you’re in - Pure merveille. Il est de toute évidence sur les traces de «Walk On The Wild Side». Ça donne un mélange sidérant de Lou Reed et de chœurs de filles, de castagnettes et de Wall. Il fait son caballero, avec des guitare de flamenco en contrefort et ça frise le génie en permanence. Il termine avec «Party Girls» dans la romantica de juke. Vraie voix, grosse prod, big backings, quel album !

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    Paru l’année suivante, Return To Magenta est un peu moins bon. Par contre la prod de Jack reste irréprochable, comme le montre «Soul Twist». Méchante attaque ! Ces mecs ont du gusto. Quelle belle niaque de son ! Avec «Rolene», Willy propose un vieux rumble. S’il se fâche, ça peut devenir âpre. Encore un cut de Moon Martin. Jack leur taille un son sur-mesure. Il faut attendre «Just Your Friends» en B pour renouer avec la viande. C’est quasiment un coup de génie. Ils y vont de bon cœur avec les castagnettes. Le pauvre Jack ne fait que répliquer les recettes de Totor. Ils sont en plein Wall, au point que ça finit par sonner comme un hommage, ou un pastiche, si on veut faire sa mauvaise langue. Coups d’harmo superbes et tout est porté par des nappes de violons. À noter que Jack co-écrit cette merveille. Puis Willy fait du Dylan de Highway avec «Steady Drivin’ Man». On y entend un joli riff de déglingue. Mais la fin d’album est assez faiblarde.

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    Le troisième Mink DeVille que Jack produit s’appelle Coup De Grace et date de 1981. Il ne laissera pas de souvenirs impérissables. Willy attaque avec «Just Give Me One Good Reason», une belle Soul blanche bien produite, pas de problème de ce côté-là, des garçons font les chœurs, on est au maximum des possibilités du genre, avec un son sec et assez profond. Puis Willy tape dans Eddie Hinton avec «Help Me To Make It». Pareil, on reste dans la belle Soul blanche. Jack soigne cette voix parfaite. On se doute bien qu’il se régale derrière sa console. Il envoie un gros coup de sax dans le son de «Maybe Tomorrow» et Willy boucle son bal d’A avec une cover du fameux «You Beter Move On» d’Arthur Alexander. En B, Jack injecte de l’accordéon dans «Love & Emotion» est ça devient magique. Plus des cuivres en sortie de couplet, alors t’as qu’à voir ! Willy manie très bien les vieux hits de r’n’b comme «Love Me Like You Did Before». Et même très très bien. Voilà encore un album qui se termine dans l’excellence avec «End Of The Line». Jack ramène toutes ses vieilles recettes, la profondeur de champ, la mandoline, les cordes. Il ne manque que les castagnettes.

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    En 1978, Jack produit le premier album sans titre des Neville Brothers. Il va vite se régaler de la voix d’Aaron, notamment dans «Audience For My Pain». Pour un producteur, cette voix d’ange est une véritable aubaine. Du coup, Jack se demande si Dieu est vraiment mort. Si on écoute les Neville Brothers, c’est essentiellement pour entendre chanter l’ange de miséricorde. Jack y ramène tous les violons du monde. Par contre, quand Art chante, on passe à autre chose. The Neville Brothers est un album de belle pop nevillaise pleine d’énergie. Jack fait sonner les accessoires dans le son, quelques castagnettes et des cymbalums de pataphysique pendant que les frères Neville chantent à gorge déployée. Grâce à «Washable Ink», on ne coupe pas à la romantica chantée au clair de la lune blanche de la cité des morts, près de la tombe de Marie Lavaux. Aaron revient en B faire vibrer son timpani dans «If It Takes All Night», puis Jack donne du volume au diskö-funk d’«I’ll Take My Chances» et va fondre l’exotica de «Vieux Carré Rouge» dans le groove magique d’une gelée de carré louge.

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    Pour un producteur, Graham Parker est l’artiste parfait. Pourquoi ? Parce que voix de rêve. En pouf, en 1979, Jack produit Squeezing Out Sparks. En plus de la voix parfaite, on trouve Brinsley Schwartz et Marin Belmont aux guitares. Bon ça reste du Parker. Jack ou pas Jack, ça ne change pas grand chose. On se demande même ce qu’il vient faire dans cette histoire de surdoués. Il est aussi important de signaler que «Local Girls» est un hit. Disons qu’on l’a beaucoup entendu à la radio. Tout est foncièrement bien foutu sur cet album. Les guitares se fondent bien dans le gras. Il faut voir Parker trousser à la hussarde son «Saturday Nite Is Dead» en B, c’est un homme qui ne traîne pas en besogne et qui ne prend pas de gants. Jack charge au maximum le son de chant, de guitares et de piano. De toute évidence, il se régale. Voilà enfin le hit : «Waiting For The UFOs», un hit pop avec du raunch aux joues et une basse cavalante au fond du son. Tout est beau dans ce cut, les éclats de guitare et le chant. Surtout le chant. Sacré Parker.

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    En 1981, en plus du Mink, Jack produit un album de Rick Nelson, Playing To Win. Oh ce n’est pas l’album du siècle mais deux ou trois cuts font bien dresser l’oreille, tiens comme cet «Almost Saturday Night» d’ouverture de bal d’A. C’est du country-rock, mais quel swagger ! Jack l’orne d’une dentelle de guitare en doublure au long cours, belle basse et donc prod de rêve. Et Ricky devenu Rick chante divinement. L’autre coup de maître s’appelle «Don’t Look At Me» et se trouve en B. C’est visité par des vents mauvais de guitares. Rick peut sortir les crocs. Il est excellent dans son rôle de superstar en colère. Jack barde ça comme il faut avec des basses de rêve et de la profondeur de champ. On tombe aussi en A sur le «Believe What You Say» des Burnette Brothers. Jack en fait un country rock bien ronflant des ronflettes. Rick reprend aussi le «Back To Schooldays» de Graham Parker, il en fait un petit rock trépidant mais c’est très cousu de fil blanc. Pour le reste, il se contente de jouer un country-rock bon chic bon genre, c’est son apanage.

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    Jack croise aussi la route de Dwight Twilley, mais il ne produit qu’un seul titre, «Somebody To Love», qu’on peut trouver sur The Great Lost Twilley LP, une espèce de Loch Ness qui engraisse les spéculateurs. Comme on le sait, Twilley c’est du sérieux, ses deux premiers albums furent de sacrées bombes. «Somebody To Love» est une belle giclée de power pop, une fantastique flambée commitatoire. Jack est dessus, comme l’aigle sur la belette. Maintenant qu’on a rapatrié l’album, on peut écouter la suite. L’amateur de power-pop va adorer «Shaking In The Brown Grass», «Please Say Please» et «I Don’t Know My Name». C’est l’ambiance du premier album, avec un son extraordinaire. Dans «Please Say Please», il va chercher des accents terribles. Et «I Don’t Know My Name» rayonne littéralement, on entend même de l’harmo, c’est une véritable perfection. Vers la fin, on tombe sur la version originale d’«I’m On Fire», hit faramineux tiré du premier album. Et puis tu as aussi «Burning Sand» gratté au power de power-pop, avec la voix de Twilley en orbite. Que de power ! Twilley joue du piano sur «Sky Blue». C’est dire si ce mec est complet. Il va chercher sa pop. Comme Brian Wilson, il vend du rêve. Il redistribue. Il frôle le génie pop en permanence. Il ramène tout l’écho du monde dans «Firefly». Twilley garde son cap de manière spectaculaire. Phil Seymour traîne bien sûr dans les parages. Twilley revient au rockab de Ray Smith avec «Rock Yourself Son» et avec «I Can’t Get No», il sonne comme un géant du Brill. Il aurait pu ensorceler Totor, c’est évident. Twilley fait lui aussi du très grand art.

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    Sur l’album de C.C. Adcock paru en 2004, Lafayette Marquis, Jack ne produit qu’un seul cut, «Stealin’ All Day». C’est une prod à la Moon Martin. On perd l’agressivité du cut d’ouverture de bal, «Y’All’d Think She’d Be Good To Me», un heavy groove de Louisiane, joué au vrai gratté de boogie. Autre coup d’éclat : «Runaway Life», joué en mode cajun, monté sur une carcasse tradi qui a bon dos et ramoné au violon du Bayou. Ces mecs cherchent un son et le trouvent. On les sent influencés par Doctor John («All 4 The Betta») et l’exotica excédée («Blacksnak Bite»). Mais c’est avec «Loaded Gun» qu’il explosent la conjecture, car voilà un cut monté au slap central station, aw Lord have merci, le heavy slap bat comme un cœur. On entend rarement un slap aussi lourd de conséquences. L’ami Adcock a du son et c’est une révélation, il se situe dans l’excellence de la persistance et on comprend que Jack l’ait pris sous son aile. Ce mec est le champion des ambiances, l’atmospherix est son cup of tea, mais un atmospherix sombre et peu amène.

    Un jour, Jack et Totor se trouvent tous les deux dans un avion qui les ramène à Los Angeles. Jack sent qu’une question lui brûle les lèvres. Il se penche vers Totor :

    — J’ai entendu des histoires, Leonard Cohen, les Ramones et deux ou trois autres personnes. As-tu vraiment braqué un gun sur tous ces gens-là ?

    — You know the problem Jack ? Aucune de toutes les personnes que tu mentionnes n’a le même sens de l’humour que le mien.

    En fin de parcours, Jack était sur des coups fumants, notamment une collaboration avec Mercury Rev sur All Is Dream, restée lettre morte, et un coup foireux avec Totor : Linda Ronstadt. Jack qui était alors bien schtroumphé avait écrit des arrangements pour «My Goodbye Song» qui ne fonctionnaient pas et qui ont planté la session. En représailles, Totor lui demanda de prendre les coûts en change. Quand en 1998, Totor sollicita à nouveau Jack pour bosser sur le lancement d’Ashley Ballard que venait de découvrir Ahmet Ertegun, Jack déclina. Il conseilla à Toror de trouver un young kid fresh out of music school. Et puis, une semaine avant de casser sa pipe en bois, Jack proposa à LaLa Brooks de relancer sa carrière avec une chanson de Jackie DeShannon qui bien sûr avait donné son accord au téléphone.

    Signé : Cazengler; Jack Niche (ouaf ouaf)

    Hearing Is Believing. The Jack Nitzsche Story Volume 1 - 1962-1979. Ace Records 2005

    Hard Workin’ Man. The Jack Nitzsche Story Volume 2. Ace Records 2006

    Night Walker. The Jack Nitzsche Story Volume 3. Ace Records 2014

    Jack Nitzsche. The Lonely Surfer. Reprise Records 1963

    Jack Nitzsche. Three Piece Suite: The Reprise Recordings 1971-1974. Rhino Handmade 2001

    Paris Sisters. Always Heavenly. Ace Records 2016

    Performance. The Original Motion Picture Sound Track. Warner Bros. Records 1970

    Ron Nagle. Bad Rice. Warner Bros. Records 1970

    Neil Young. After The Gold Rush. Reprise Records 1970

    Randy Newman. 12 Songs. Reprise Records 1970

    Crazy Horse. Crazy Horse. Reprise Records 1971

    Michelle Phillips. Victim Of Romance. A & M Records 1971

    Buffy Sainte-Marie. She Used To Be A Ballerina. Vanguard 1971

    Mink DeVille. Cabretta. Capitol Records 1977

    Mink DeVille. Return To Magenta. Capitol Records 1978

    Neville Brothers. The Neville Brothers. Capitol Records 1978

    Graham Parker & The Rumour. Squeezing Out Sparks. Vertigo 1979

    Rick Nelson. Playing To Win. Capitol Records 1981

    Mink DeVille. Coup De Grace. Atlantic 1981

    Dwight Twilley. The Great Lost Twilley LP. DCC 1993

    C.C. Adcock. Lafayette Marquis. Yep Rock 2004

    Cazy Rider. Shindig! # 107 - September 2020

     

    Le stomp de Stamp - Part One

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    C’est une devinette : qui est l’homme le plus légendaire du London Underground ? Bon c’était facile. Terry Stamp, bien sûr. Tu aurais pu répondre Dave Kusworth, Larry Wallis ou Jesse Hector qui ont en commun le chic working-class et le no sell out viscéral, mais Terry Stamp est tout de même celui qui préfère aller couper de la canne à sucre pour Castro - Fidel ! Fidel ! Fildel ! - et prêcher la violence sur Stardom Road en grattant sa chopper guitar. L’Hammersmith Guerilla n’était pas une vue de l’esprit, Yobo. Les deux albums de Third World War ont fait dans les imaginaires plus de ravages que tous les albums de Stones, des Pretties et de Jerry Lee réunis. Et comme bien sûr Terry Stamp et son bras droit Jim Avery n’arrivaient pas à vivre de leur musique insurrectionnelle, ils devaient bosser pour manger. Alors Terry Stamp était camionneur.

    En 1968, il écrivit des chansons qu’Helen Shapell enregistra pour Pye, mais cet album produit par Roger Cook n’est jamais sorti - At that time I was still driving trucks to make ends meet and was not of course the cleanest of individuals. Quand on demanda aux musiciens de la session Pye s’ils souhaitaient rencontrer l’auteur des chansons, quelques uns sortirent pour me voir et furent choqués de mon apparence - L’un d’eux s’exclama : «Comment un mec comme toi peut écrire de telles chansons ?» (Food for though on that one, ajoute Terry). Dans cette histoire, Roger Cook est un mec important : il croit au génie de Terry Stamp et rêve de faire un album avec lui.

    Terry Stamp n’a pas encore pondu d’autobio, mais il raconte son histoire sur un site miraculeux, stardomroad.com. Il écrit comme il chante, à l’arrache working class et quand on connaît bien son growl de camionneur, ses récits prennent des allures de heavy talking-blues. Il raconte dans le détail l’histoire de cet album fascinant qu’est Fatsticks, enregistré après la fin de Third World War en 1974. Il rentre alors d’un voyage chez sa sœur dans le Milwaukee, aux États-Unis, avec une Gibson Melody Maker et un Pignose Amplifier achetés 100 $ dans un pawnshop - Try doing that today - dit-il et il entre en studio avec son vieux complice Jim Avery on bass. L’instigateur du projet n’est autre que Roger Cook qui ramène Tony Newman au beurre et propose Steve Marriott à la guitare. Steve qui n’est pas libre suggère Ollie Halsall. Alors voilà l’Ollie qui débarque avec sa SG blanche. Oui, l’Ollie de Kevin Ayers, le fabuleux tisseur de mésaventures métaboliques. Terry Stamp, Jim Avery, Tony Newman et Ollie répètent les cuts de Fatsticks pendant une semaine. Puis Cook les emmène enregistrer au studio Morgan, North London. On a tout le détail des sessions, sur le site. Quand Jim Avery jette l’éponge, c’est Herbie Flowers qui vient le remplacer, puis Alan Spenner, le bassman du Grease Band.

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    Pour des raisons que l’évidence endosse, Fatsticks est resté un album culte, une sorte d’inaccessible étoile du rock anglais. D’autant plus inaccessible qu’il faut aujourd’hui sortir un très gros billet pour s’offrir l’A&M paru en 1975. Gered Mankowitz signe le beau portrait de Terry Stamp qui orne la pochette. Ça démarre avec «Kid», un heavy funk du mighty London Underground. Stamp maintient son haut niveau de shoo-shoo-shooshine. Il a du beau monde derrière lui : Ollie on lead et Spenner on bass. Ils jouent le funk d’Hammersmith, pur génie, touch it ! Stamp garde cette voix qui sent le goudron. Il revient au Third World War boogie down avec «Black Bomber Waltz», le boogie le plus gluant d’Angleterre qu’il chante du fond du pantalon. Énorme boogie brit sous le boisseau d’Ollie, up a lucky lukyola. Il sort aussi un «Motorhead» capable de faire pâlir Lemmy. Stamp dispose déjà de tout le menu fretin, mais avec du piano. Il l’emmène à train d’enfer, go go little motor head ! On est en 1975, bien en avance sur tout le reste - Kick out on the road/ Right behind the wheel/ Four hot tyres/ half a ton of steel - Il préfigure Lemmy - I said you look pretty good/ With a boot full of lead - Terry Stamp est avant toute chose un fantastique lyricist. On entend Herbie Flowers jouer de la basse sur «Stage Of Fools», chef d’œuvre décadent échoué dans le backstage du rock anglais. Stamp is the real deal - The first time we played Britania/ She was wearing the dead man’s shoes I tell ya - Il chante ça à l’extrême retenue - The promoter tried to roll it and fly/ But Willy stuck an arrow in his eye - Il prend «Salvation Army» à la Stamp, loin derrière, dans la cour de l’usine, ça sonne comme un vieux heavy stomp d’Armée du Salut, ce mec pue la misère à plein nez. En Angleterre, il fut l’un des seuls à évoquer la misère des pauvres dans ses chansons. Avec son «Salvation Army» il va encore plus loin que Kaurismaki dans L’Homme Sans Visage. En B, il dégringole le boogie down de «Razor City», soutenu par des chœurs admirables. Ollie et Spenner jouent comme des dieux. Ils perpétuent le vieil art de Third World War - I said oo oo baby down to Alphaville - On entend encore la basse chevroter dans l’imparable «Town Drunk». Stamp chante son ass off, il est encore une fois au bord du dégueulis, oh me oh my. Nouveau coup de Jarnac avec «Dinah Low», une vraie purge de Stonesy - I asked her once if she was my baby/ And she said mister well maybe - Voilà très exactement le hit dont les Stones ont toujours rêvé. Mais c’est Stamp qui le pond, avec un riffing juste en dessous du chant. Il profite d’ailleurs de l’occasion pour exploser la Stonesy, il en a les moyens, vu qu’il est le meilleur groover d’Angleterre, oh oh Dina Low Dinah lay. On n’entend Jim Avery que sur «Motor Head» et le «Itchy Feet» de fin de B, une espèce de cut monstrueux typique d’Hammersmith - Oh mother I need a seat/ I got the itchy feet. Mais le cut le plus étonnant de cet album restera sans doute «Honky Honda», car c’est joué sur un groove de basse harmonique. Une véritable merveille. Stamp n’a plus qu’à s’y couler - You know I’d made a little speed/ Oh papa Honda oh yeah.

    En 2004, Terry Stamp indiquait qu’avec Fatsticks, il avait renoncé à «faire carrière» dans le music biz et avait émigré avec sa femme et son fils aux États-Unis, d’abord dans le Massachusetts où il travaille dans une usine de fabrication de cercueils, puis à Los Angeles où il prend un job in Water & Sanitation. A&M lui envoie quelques exemplaires de Fatsticks qu’il distribue à droite et à gauche. Il apprend que l’album n’est sorti qu’en Angleterre, ce qui en fera une pièce de choix pour les spéculateurs. Il apprend aussi que les albums de Third World War sont réédités en CD et il se demande où est passé le blé. Certainement pas dans sa poche - Yer just have to wonder where the money goes, it certainly never dribbled down to Jim Avery or myself! - Toujours la même histoire.

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    Paru en 2004, Bootlace Johnny And The Ninety Times n’en finit plus d’amener de l’eau au moulin d’Alphonse Daudet : oui, Terry Stamp a du génie, il suffit d’entrer dans «Bootlace Johnnie» pour voir à quel point c’est criant de vérité - Just one of God’s factory fodder - C’est extravagant de classe balladive - Over that/ I’m over that now - et il termine avec ce quatrain fabuleusement autobiographique - He’s done pretty good for a West London boy/ Who’d had it stamped on his forehead - La voix de Stamp se fond dans la trompette, c’est d’une puissance incommensurable, qui peut égaler Stamp dans l’éclat de son désespoir ? Personne. Avec «Wastelanders», il joue sur les espaces - Ahead of the law/ There’s a wastelander’s score/ And hoooooo - Il compte sur l’échappée, c’est noyé d’harmo, il travaille ses fantastiques souvenirs de fouilles à Dover avec les chiens des stups, Stamp décrit ses mésaventures douanières avec une écrasante mélancolie hugolienne. Il laboure la pop de «Cruel Masseur» comme un laboureur de Millet, il creuse son sillon et passe au cajun avec «Tender Guillotine». Mais c’est avec le morceau titre qu’il va décoller - To hell with Shakespeare/ And to hell with Caesar - Il lance une fantastique poussée interne de boogie - Let’s climb up through the Hippodrome skylight - Il continue d’expurger des souvenirs de délinquance extraordinaires. Dans les bonus, on tombe aussi sur un autre coup de Jarnac, une démo intitulée «Down Pentonville Way». Elle vaut vraiment le détour. Il faut aussi saluer le «Christmas The Way I Like It» d’ouverture de bal, cut magnifique et d’humeur dylanesque. Stamp s’y montre éperdu de montagne, il chante à la magnificence de Mayence, il embolit les embolies, il se dresse tel un géant de panier de crabes with the red shoes on. Terry Stamp est l’artiste définitif.

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    Encore un album mirifique avec Howling For The Highway Home paru en 2007. On y entre comme on entre au paradis. Il faut cependant attendre «Voltaire Blues» pour commencer à frétiller. Il s’embourbe dans une espèce de blues intimiste et renoue avec l’intensité - Seventy-five volts/ Seventy-five - Il impose un heavy groove à base de rockabilly night avec un Louie qui kiss his Gretsch goodbye forever. Il enchaîne ça avec un «Immortals» très sombre, il s’enterre dans la déveine mais il CHANTE ! - Ummm God rest you immortals - Il impose une incroyable présence vocale, il pressure le son au maximum. L’écoute de cet album constitue une fantastique expérience. On reste dans l’intensif marmoréen avec «Christmas Eyes», une absolue merveille, une dégoulinade de Christmas eyes way down on my heart. Stamp a le power, comme Zeus, un éclair au poing. C’est embarqué au solo de sax, il chante jusqu’au bout de la nuit célinienne, génie pur, mate ultimate, il est moite et épais, il s’abat lourdement, I’m down on my heart tonite ! Renversant ! S’ensuit un «Standing With The Detaineees» absolument parfait. Stamp élève le balladif au rang d’art majeur. C’est poignant car profondément juste et il gratte ça à la vie à la mort. Il s’enfonce avec le morceau titre dans les bas-fonds de l’Americana et ça lui va comme un gant. Il passe au badass blues de la frontière avec «If You Owe You Will Pay», histoire de prévenir que ça va mal se terminer. Il devient là le dieu du heavy blues d’église en bois. Il développe une sorte de mystique, mais il veille à rester humble. Tiens, voilà «Fatsticks». Il chante chaque syllabe de son Fatsticks à l’extrême - Fat/ Sticks/ It’s just/ For a night/ On the town - Il termine cet album effarant avec «Ancient History Now» qu’il chante dans l’église. C’est puissant. Perdu. Maudit. Il largue tout son art. Balladif religieux et hanté qu’il vient encore orchestrer.

    Et les deux albums de Third World War ? On coulera la barque une prochaine fois.

    Signé : Cazengler, Third World Whore

    Terry Stamp. Fatsticks. A&M Records 1975

    Terry Stamp. Bootlace Johnny And The Ninety Times. Burning Shed 2004

    Terry Stamp. Howling For The Highway Home. Burning Shed 2007

    Satardomroad.com

    RADIUM PESTICIDES

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    Je sais la vie est injuste. Plus de concert depuis un an. Plus moyen de voir les Pesticides. C'est ce que l'on appelle une double peine. Sont comme tous les autres me direz-vous logées à la même enseigne. Pas tout fait, n'ont pas été épargnées par les coups du sort. Z'étaient trois. Ne furent plus que deux. Les anges noirs ont rappelé Djipi, leur guitariste, jouait trop bien. Parti to the other side. De quoi tuer un groupe dans l'œuf. Des larmes, du chagrin, mais ne se sont pas apitoyées sur elles-mêmes. Désormais elles sont cinq. Elise, elle en vaut deux à elle toute seule, John à la basse, Maxime à la batterie et Sébastien à la gratte, évidemment on ne les a pas vus, mais l'on peut faire confiance aux filles pour ne pas avoir choisi des demi-portions à la pâte molle. On les imagine ces trois garçons plutôt Sitting Bull que Vache qui rit.

    Donc pour survivre et diffuser leur musique elles ont imaginé ( comme tout le monde ) le Plan A. Soyons francs rien de nouveau sous le soleil qui refuse de briller, elles campent sur les réseaux, FB, Twitter, Spotify et tous les autres. Pas ce qu'il y a de plus original comme démarche. Alors elles ont enclenché le Plan B, celui-là est démoniaque, en ces temps de covid généralisé, elles ont pris modèle sur l'ennemi, elles ont décidé de s'attaquer au monde entier. Non, ce n'est pas une métaphore, et le plus fort c'est qu'elles sont en train de réussir leur pari. Les Pesticides sont partout. Leur poison s'infiltre bien au-delà de nos frontières, une traînée de poudre, une traînée de foudre. Attention masque inutile, le bacille s'infiltre en vous par les oreilles !

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    L'idée est simple. Puisque l'on ne peut pas les voir, on les entendra. Si tu es dans l'incapacité d'aller aux Pesticides, les Pesticides iront à toi. Un peu comme si les Twin Towers au lieu d'attendre sagement que les avions s'écrasassent sur leur carcasse étaient allées les décaniller dans le ciel à la manière de battes de base-ball envoyant bouler les balles hors champ. Sont comme cela nos tours jumelles pesticidiques. La meilleure défense c'est l'attaque tous azimuts.

    N'essayez pas de les fuir. Elles vous rattraperont. Squattent les playlists des radios, en Allemagne, en Angleterre, aux USA, on Kaotic Radio par exemple, ou on Orange County California et sur Charlie Mason Radio à Norfolk ( ville natale de Gene Vincent ), plus des tas d'interviews, bref vous n'y échapperez pas, une pandémie jouissive !

    Damie Chad.

    Pour ceux qui veulent en croire leurs propres ( ou sales ) oreilles, passez par exemple par leur site, thepesticides.com

     

    FURIES

    ( Extrait de Prometheus Unbound )

    STÜPOR MENTIS / MARKKU NYKÄNEN

    Nous avons déjà présenté en nos livraisons 478 et 495 cinq maillons de Prometheus Unbound de Stüpor Mentis. En voici donc un sixième sous forme d'une vidéo visible sur You Tube. Il s'agit bien d'extraits en langue anglaise  de la pièce de théâtre Prométhée délivré de Percy Bysshe Shelley. Un texte écrit pour être lu et non représenté. L'anecdote visuelle d'acteurs s'agitant sur scène n'aiderait en rien à la compréhension du poème qui s'appréhende avant tout comme un objet mental, gardons la métaphore d'un oiseau cruel qui s'installe en vous pour déchirer vos idées d'être humain sans cesse renaissantes dans votre tête au fur et à mesure que vous poursuivez votre lecture.

    L'on s'attendrait donc très logiquement à trouver par exemple la photographie du CD de Stüpor Mentis figé sur l'écran jusqu'à la fin du morceau tandis que défile la bande-son. Ou alors la retransmission d'un tour de chant, l'on trouve en effet sur la vidéothèque du duo nombre de séquences filmées issues des interventions scéniques de Stüpor Mentis et de sa chanteuse Erszebeth. Il n'en est rien, nous avons affaire à un véritable clip – ce mot sonne très futile quant on l'envisage selon le prospective publicitaire de notre modernité – réalisé par Markku Nykänen, nous n'avons glané que très peu d'informations sur ses réalisations, la langue finnoise nous étant une barrière infranchissable...

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    Une chose est sûre Markku Nykanën n'a cherché à traduire en images ni le texte de Shelley, ni l'interprétation d'Erzsebeth, ni le mouvement de la musique due à Fulcannelli sorcier des manettes. S'est simplement employé à offrir un équivalent poétique de la beauté dégagée, à des titres opératifs divers, par nos deux passeurs en abîme phonique prométhéen. Toutefois rien de moins abstrait que sa réalisation, il a fait avec ce qu'il avait sous la main et dans l'esprit, des paysages et des symboles.

    Les Furies apparaissent au pied du rocher sur lequel Prométhée est enchaîné pour aviver ses souffrances. Elles ont beau promettre les maux les plus terribles et lui révéler l'horreur absolue de la faiblesse de l'Homme, il ne les hait point, il n'en attend pas plus ni moins, ni d'elles, ni des hommes ni des Dieux, il se bat pour un principe plus grand, dépitées elles s'enfuient....

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    Une flamme qui ondoie, une langue de feu, un bougie que le vent chavire, un paysage de neige, des traits incandescents comme autant d'épines rougeoyantes plantées dans les images à la manière des antiques pratiques de sorcellerie, la caméra se rapproche d'infimes détails, une feuille recroquevillée sous le gel, une main crispée, emmêlés d'immensité de paysage enfuie, le tout et le détail, il suffit de changer la focale du regard pour se perdre dans la vastitude du monde ou s'égarer dans la moindre petitesse de minuscules fragments pour percevoir l'infinitude de ses dimensions, la voix d'Erszebeth est devenue innombrable, nuées d'oiseaux qui emportent le temps dans leur vol, l'orchestration n'est plus qu'un battement d'ailes en action qui scandent et précipitent la durée du monde, imprécations sans fin entremêlées à des branches d'arbres, images et musique ne forment plus qu'un tourbillon mortel, un blizzard létal qui s'enroule à l'espace, apparition insistante, est-ce un masque ou le squelette d'une tête d'aigle mort, à moins que la mort ne soit qu'un masque de feu et de neige qui brûle et stérilise la vie qui n'est plus et se perpétue en sa propre absence, car l'être qu'il soit ou ne soit pas n'est que volonté d'être, nous voici perdus dans la tourmente des images et de la voix surmultipliée en une sombre lamentation, se détache une figure hiératique de pierre, ne serait-elle pas plutôt visage imprécatif, qui ne dit plus un mot, ou qui parle à une hauteur que vous ne pouvez atteindre, car tout se mélange, le son, le sens, la voix, la caméra, le verbe et le vertige des dieux rejetés.

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    Splendide réussite graphique, un oratorio de rouge, de blanc, de gris, qui vous coupe de la réalité tangible du monde et vous enferme dans le labyrinthe de votre finitude. Tout en vous laissant déchiffrer les runes des rêves qui vous hantent.

    Damie Chad.

    NINETEEN

    ( 1982 – 1988 )

    ANTHOLOGIE D'UN FANZINE ROCK

    ANTOINE MADRIGAL

    ( Vidéo : SF You Tube )

     

    Ce n'est pas du neuf, cela date de quatre ans, une production de SuperFlux Le Toulousain Indispensable un webzine, l'épicentre radio-actif en est bien entendu la ville rose, mais les problématiques abordées sont loin d'être régionales, culture, livres, disques, films, présentations d'activistes de tous acabits, faites un tour chez eux vous y trouverez de quoi vous nourrir.

    Nineteen a été la revue rock des années 80, en une décennie où Rock'n'Folk battait de l'aile, Kr'tnt l'a déjà présentée, Antoine Madrigal en a été le co-fondateur, la vidéo ne dure que treize minutes, pas le temps de décliner le sommaire de chaque livraison, juste d'exposer brièvement les quatre angles d'attaque du projet.

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    Le premier semble couler de source, causer de rock'n'roll, cela peut paraître la condition sine qua non, toutefois dans les eighties, changements de génération et de paradigme économique et politique obligent, le rock'n'roll était une cause perdue, l'on ne jurait plus que par les synthétiseurs, quant aux survivants punks ils s'enfermaient dans une espèce de nihilisme destructivo-radical qui menait à une impasse... Nineteen s'intéressera à des groupes comme les Cramps, Sonics, Gun Club, Dogs... N'oublions pas, à l'époque la Toile n'existait pas...

    Le deuxième procède d'un principe ultra-simple, le DIY, faites-le vous-même, n'attendez pas des autres qu'ils obtempèrent à vos désirs... Nineteen en ses débuts sera un fanzine plus ou moins traficoté avec les bonnes volontés des amateurs, trouvera ses lecteurs, s'étoffera, grandira, grossira à tel point que nos aventuriers pensent pouvoir changer de statut, le fanzine amateur se métamorphosera en revue ayant pignon sur rue, un mensuel distribué par les MNPP ! Un rêve. Rapidement avorté. Faut avoir les reins financiers solides pour affronter la pieuvre... Nineteen ne survivra pas à l'expérience...

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    Troisième pilier de la sagesse : minimum de photos, maximum de textes. Nineteen ne sera pas remplie d'articulets de quinze lignes, l'on n'hésite pas à balancer des paquebots de dix pages sur un groupe, même s'il est inconnu, vous retrouvez dans KR'TNT , comme par hasard, ce parti-pris dans les articles de fond du Cat Zengler, plongez-vous dans les deux volumes que Les Fondeurs de Briques lui ont consacrés : Nineteen : Anthologie d'un fanzine rock ( 432 pp, Mars 2016 ) et Nineteen 2 : La scène française 1982 – 1988 ( 352 pp, Octobre 2017 ), lectures captivantes.

    Mais il y a un point dans les propos d'Antoine Madrigal qui me plaît encore plus que les trois précédents, la nécessité selon lui d'asseoir le rock'n'roll en dehors du domaine musical strictement rock 'n' roll, de l'appréhender en tant que mouvement culturel dont les racines plongent loin et sont à revisiter, démarches artistiques rebelles de toutes formes, peinture, littérature, poésie, graphisme, cinéma, philosophie, théories et révoltes sociales...

    Antoine Madrigal, parle debout campé dans son antre, une caverne d'Ali Baba qui regorge de trésors, L'Amardillo, boutique de disques rares et obscurs comme titre La Dépêche. De quoi illuminer votre vie. ( 32 rue Pharaon. Toulouse ).

    Damie Chad.

     

    ERIC BURDON BAND

     

    STOP

    ERIC BURDON BAND

    1975

    Sorti en 1975, donc après Sun Secrets paru en 1974 mais enregistré entre 1971 et 1973 avec les musiciens du groupe Tovarich rebaptisé en Eric Burdon Band après le retentissement de Sun Secrets mis en boîte avec en partie un personnel différent. Il est possible de trouver les deux opus dans le même emballage.

    Eric Burdon : vocals / Kim KestersonRandy Rice : bass / John SterlingAalon Butler : guitar / Teddy Ryan : keyboards / Alvin Taylor : percussions, drums / George Suranovitch : drums / Moses Wheelock : percussions.

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    La pochette ressemble à ce que j'appelle une fausse bonne idée, marrante durant les deux premières secondes où elle vous traverse le ciboulot, affligeante dès que vous vous attachez à la mettre en œuvre, accablante lorsqu'elle est finalisée, encore certaines versions aux USA ont-elles été livrées sous la forme hexagonale du panneau de signalisation qui l'a inspirée... Par contre sur le gatefold une belle photo de Burdon clope au bec. Quand je pense que dans les manuels de philosophie, voici déjà dix ans, l'on a supprimé la cigarette que tenait entre ses doigts Albert Camus sur son cliché le plus célèbre, l'on voit la puritaine régression civilisationnelle...

    City boy : stop à quoi ? A l'injustice et à la misère du monde, certes, mais aussi au blues. Le disque est méchamment option rock'n'roll avec guitares à foison. Même si Burdon pensait que le mixage n'était pas assez tonitruant. Le morceau est à écouter comme la la suite de We 've gotta get out of this place, ne s'agit plus de s'enfuir au plus vite, au contraire de revenir, le constat est accablant la situation ne s'est pas améliorée, et puisque le dernier morceau de Guilty ! était d'inspiration gospel, dans le premier du disque suivant Burdon s'adresse à Dieu directement, sûr qu'il pourrait être ailleurs dans un lieu paradisiaque, mais il est juste un city boy. L'on revient toujours sur les lieux des crimes que l'on n'a pas commis mais dont on se sent coupable. Gotta get it on : premières mesures bluesy mais l'on n'est pas sorti de l'auberge espagnole, Burdon nous a apporté une tortilla musicale, une guitare rock, un piano jazz, une rythmique funky, des chœurs soul, ne poussez pas il y en a pour tout le monde et pour tous les goûts, par contre ne vous attardez pas, le morceau est bien court pour un tel contenu, Burdon vous l'optimise de sa petite voix. The man : un morceau culte de Burdon, dans mon souvenir il était sur Sun Secret, mais non il est sur Stop, remarquez c'est plus logique, l'histoire d'un mec qui se fait arrêter par les flics, oui mais c'est filmé à l'américaine, course poursuite in the city, la voix des cops puants filtrée par la CB, sirène hurlantes, musique qui carambole et qui froisse la tôle de vos cauchemars, filles hystériques, des paroles qui font froid dans le dos, si vous en sortez vivant, vous pouvez écouter le morceau suivant, ce n'est pas moi qui le dis c'est la police. I'm looking up : c'est mignon tout plein, chœurs masculins en entrée, orgue qui vous déroule le tapis rouge, des paroles qui ont dû demander moins de temps que l'écriture de La Recherche du temps perdu, ça dure deux minutes, et encore une fois vous écoutez parce que le Burdon vous lui filez trois fois rien et il se débrouille pour faire du trapèze volant et vocal dessus. Rainbow : texte un peu con-con, si tout va bien rainbow, si tout va mal rainbow, heureusement que les guitares s'en moquent éperdument, ronronnent à la manière des tigres mangeurs d'hommes qui vous ont aperçu de l'autre côté de la rue, pas de panique la musique décolle à la manière d'une fusée supersonique, good trip, my brother. All I do : encore un spaghetti de deux minutes, belles guitares, beau vocal, Burdon prend le temps de vous dire qu'il n'a pas le temps de vous attendre, c'est bien mais s'il rallongeait cette super gazoline mazoutée l'on ne s'en plaindrait pas.

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    Funky fever : si vous aimez les guitares qui miaulent comme des chats de gouttière amoureux, ce morceau est pour vous, les paroles sont idiotes mais une fois que vous avez la fièvre funky-rock vous vous en moquez. Une seule objection, on aimerait que le Burdon Band se défonçât dessus pendant au moins dix minutes. Be mine : enfin le blues qui tue, lentement mais on n'est pas pressé, agonie de huit minutes, guitare et orgue de feu en entrance, ensuite c'est du tout lent entrecoupé de quelques coups de hachoir sur les doigts avec dans les intervalles Burdon qui étire la mélodie pour ne pas réveiller les voisins qui dorment, vous excuserez de temps en temps les hurlements et aussi cette guitare qui tirebouchonne un solo long scandé par la batterie de Suranovitch qui rassure nos vies et nos vices. The way it should be : ça part en accordéon, des hauts et des bas qui se chevauchent comme si l'on avait accéléré les bandes, le vocal est dégobillé de la même façon, en une minute tout est expédié et c'est alors que la splendeur commence, un entortillement barbelé de guitares qui court comme un feu de brousse, le vocal survient encore plus azimutant et c'est terminé, vous n'avez rien compris au film, vous le remettez. Stop : un début de session hésitant, la marmelade ne tarde pas à survenir par grosses saccades, la voix est derrière comme si elle n'était qu'un instrument parmi le background général, c'est en ces moments que dans notre tête nous nous repassons le fil de l'album et que tous ses côtés énervants car jamais exploités à fond nous nous apercevons qu'ils ont un côté expérimental non affirmé, comme si le groupe semblait chercher des chemins de non-facilité qui ne le mènent pas directement dans un hard rock de base boogie qui se débite au kilomètre. Burdon veut bien aller au rock'n'roll mais pas comme tout le monde.

    Lorsque paraît Sun SecretsStop n'arrivera que l'année suivante, Guilty ! n'ayant eu qu'une diffusion restreinte – l'on est content de retrouver Eric Burdon, une belle couve, un beau titre, une belle gueule sur la photo intérieure, n'en faut pas plus pour rallumer le brasier ( jamais éteint ) dans le cœur des fans, rien qu'à tenir la pochette l'on est sûr que l'on ne sera pas déçus, l'on a l'impression même si comme tous les précédents il est enregistré en Californie que Burdon est revenu parmi nous. Ces secrets du soleil on a d'autant plus hâte de les déchiffrer qu'une bonne partie de ces hiéroglyphes mystérieux proviennent des Animals et l'on se sent déjà chez soi sans l'avoir écouté.

    SUN SECRETS

    ERIC BURDON BAND

    1974

    Eric Burdon : vocals / Aalon Butler : guitar / Randy Rice : bass / Alvin Taylor : drums.

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    It's my life : sur le premier couplet pas grande différence avec la version animale mais à peine est-il terminé que l'on comprend que ce n'est pas la même musique, la guitare d'Aalon Butler vous boute le feu aux synapses, la batterie d'Alvin Taylor vous transbahute au sommet de l'Everest, le mec ne marque pas le rythme, il est partout à la fois, prend toute sa place et ne la lâche pas, ces deux enragés vous poussent Burdon au cul, il explose en plein vol tel un missile qui vient percuter votre maison. Ring of fire : idem pour l'anneau de feu, l'Alvin vous alevine la rythmique et les autres le suivent sans rechigner, imaginez le début du Boléro de Ravel, aussi lent mais plus fort, et là-dessus le Burdon vous psalmodie les versets secrets qui transforment le monde en un gigantesque incendie, alors ils s'y mettent tous à la manière des chevaliers de l'Apocalypse pris d'une frénésie destructrice non prévue au programme. When I was young / War child : une intro qui vient de loin parsemée de roulements sleipniriens d'Alvin, ambiance orientalisante, la musique se perd en de très brèves séquences qui semblent contenir l'infini, vocal burdonien d'une gravité absolue, parfois il meugle, parfois il s'écrase en hurlant du haut d'un minaret, messe basse de la basse de Randy, long passage qui correspond à ce que Rimbaud nommait le dérèglement de tous les sens, hurlements, aboiements, cris, toutes les bêtes de la création s'y joignent, aucune ne veut monter sur l'arche pour être sauvée, mieux vaut mourir jeune que vivre vieux, une splendide folie. The real me : un rock à tout berzingue droit devant et pas de prisonniers, voyage au bout de la folie, l'on croyait que l'on en avait fait le tour au morceau précédent, mais non Burdon est mort, celui qui chante est un être mythique venu de la nuit des temps, c'est lui et ce n'est plus lui, l'est l'Homme Eternel que nous n'atteindrons jamais. Inclinez-vous. Don't let me be misunderstood / Nina's school : la même optique, reprendre les morceaux sur un tempo plus lent, découper les syllabes et laissez la basse et la guitare occuper les espaces vides tandis que la batterie accélère en cachette tout en faisant semblant d'être en retard, brusquement tout bascule, le chagrin et le désespoir prennent les commandes, Burdon est devenu incontrôlable, Aalon joint les couinements hérissés de sa guitare à sa voix, le monde se confond avec une longue supplique à la Nina Simone, Burdon en plein délirium tremens, et l'on s'enfonce dans une nuit plus noire que l'enfer. Letter from the county farm : un vieux blues revisité par Burdon, spoken words, la basse de Rancy bourdonne telle une mouche épuisée derrière la vitre, Aalon moane et Alvin reste discret, Burdon donne le rythme, vous hisse sur les montagnes du désespoir, Aalon se déchire, Alvin calme le jeu, Burdon écrase la mouche mais la vitre est toujours là, même lorsqu'il travaille dans les champs du pénitencier, le morceau n'avance pas, tourne en rond comme la folie dans la tête du prisonnier, peut crier ou rêver il ne s'échappera jamais du rythme impitoyable marqué par Alvin, Aalon tire sur ses cordes comme s'il préparait une évasion, rien ne changera jamais... Ereintant, désespérant, ne rentrez pas dans ce titre, vous n'en sortirez nevermore. Sun secrets : que dire de plus, rien. Sun Secrets est un instrumental. Cadence lente et lourde comme tout ce qui précède mais la guitare d'Aalon se fait légère, plus claire, un rayon de soleil qui se glisse dans une pièce obscure...

    L'on pourrait reprocher à cet album son manque de nouveauté, se dire que Burdon doit plus à ses musiciens qu'à lui-même, ce ne serait pas faux, mais l'on n'oubliera pas que le soleil de cet album d'une grande cohérence est aussi un soleil noir.

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    C'est bien Damie, tu es un honnête travailleur, me suis-je dit, tu as fini ta chronique, le Seigneur te remerciera malgré ce coupable penchant envers cette musique de nègres et de dévoyés blancs dégénérés, oui mais en fait je n'étais pas content, un truc me titillait, tout de même bizarre que John Sterling soit crédité sur la composition de tous les morceaux de Stop - normal en tant que guitariste qu' il ait emmené ses idées, d'ailleurs le nom d'Aalon Butler n'est-il pas aussi inscrit sur cinq des sept titres de Sun Secrets - z'oui mais le légendaire flair du rocker me tenaillait, alors j'ai fouiné et j'ai fini par trouver, Stop ( l'album ) a d'abord été enregistré à la suite de Guilty ! jusque-là pas de lézard, oui mais c'est John Sterling qui chantait, Burdon est venu après, en écoutant le disque attentivement m'étais dit que sur The Man il y avait vraisemblablement la voix supplémentaire d'un musicien mais cela s'inscrivait dans la logique du scénario, par contre sur le dernier titre Stop, la pensée m'a effleuré que ce n'était pas tout à fait le timbre de Burdon, fausse idée, prémonition, je n'en sais rien. Sterling accompagnera plus tard Burdon en tournée. C'est sur sur forum.stevehoffman.TV que j'ai aussi trouvé les photos des musiciens de Tovarich...

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    Quant à Aalon Butler doué comme il était étrange qu'il n'ait pas donné suite à sa carrière. Il le fit en publiant chez Arista un album soul Cream City avec le groupe Aalon qui n'obtint pas le succès espéré. Abandonna le métier quelques années plus tard pour s'occuper de son fils. Dut recevoir une excellente éducation le fiston puisque Jason Aalon Butler devint le leader du groupe hardcore Letlive...

    Le nom d'Alvin Taylor se retrouve sur de nombreuses pochettes, il accompagna sur scène Little Richard et Jimi Hendrix, son nom est aussi associé à Ron Wood et George Harrison...

    Damie Chad.

     

    CREAM CITY

    AALON

    ( Arista / 1977 )

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    Incroyable mais vrai, c'est le même individu, Thomas Warkentin, qui a dessiné la pochette de Stop et celle de Cream city. Comme quoi l'homme est un animal capable du pire comme du meilleur ! Quand on compare la pochette de Stop et celle de Deliver the word de War, de Warkentin aussi, l'on s'aperçoit qu'il suffit de peu de chose pour qu'une représentation banale s'auréole d'une touche qui confine à l'infinitude.

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    Soyons franc quand on voit la pochette et que l'on lit les titres l'on a envie de traduire Cream City par La Cité du Crime, ne cédons pas à nos instincts criminels, ne serait-ce pas plutôt un groupe de rock attendu par ses fans devant le dancing dans lequel ils vont donner un concert, panneau publicitaire faisant foi, le dos de couve nous le confirme, le style bande dessinée adopté par Warkentin arrache l'œil, si l'aventureuse idée baudelairienne de luxe et volupté vous vient à l'esprit pour le calme c'est raté, belles bagnoles, foule compacte, couleur vive, tout concourt à l'idée d'une vie trépidante et tapageuse.

    Aalon Butler : vocals, guitar / Luis Cabaza : keyboards / Luther Rabb : bass / Ron Hammond : drums / Barbara Beeney, Freddie Pool, Paula Bellamy : backing vocals / + Al Roberts : bass / Alvin Taylor : drums /

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    Cream city : un album de soul sans cuivres ne serait-ce pas comme un repas sans fromage, le groove démarre à la première note, quant aux cuivres vous oubliez très vite que ces instruments ont existé autrefois dans le monde, peut-être avant l'extinction des dinosaures, mais vous avez beaucoup mieux, la crème de la soul, sont trois enchanteresses, le Butler l'est pas fou, ne moufte pas une demi-seconde de lyric, Barbara, Freddie et Paula, mêlent leurs voix, quelle légèreté, quel naturel, quel tact suprême, cet art de ne pas y toucher, un chant d'oiselles, faudrait demander ces fauvettes en mariage toutes les trois en même temps, je ne suis pas sûr qu'Ulysse eût résisté à l'enchantement de ces syrènes. Rock'n'roll gangster : Aalon se dépêche de faire sonner sa guitare, trop tard les divines vous envoûtent, vous vous moquez que le Butler buté essaye de nous la jouer à la Stevie Wonder, ambiance, musicalité, tout le bataclan frime soft qui marche avec est insupportable, vous avez mieux à faire dans votre vie, guetter les moments où les trois stars viennent fredonner la-la-la, faut hausser l'oreille, les ont mixées derrière, mais sans elles du jardin des délices vous passeriez à celui des supplices. Midnight man : z'ont enfermé les filles dans le placard, alors les gars doivent bosser un max, bye-bye Stevie, ce n'est pas non plus AC / DC, mais Aalon mouille les cordes vocales et la guitare, ça balance force trois, mais les filles ont fini par se radiner alors c'est mieux, même que Butler joue au guitar-héros avec un beau solo pour se faire pardonner. Summer love : encore un de ces mid-tempo groovés qui vous donnent envie d'ouvrir la fenêtre, d'abattre une douzaine de personnes rien que pour calmer votre crise de nerfs, et au moment où vous tirez sur l'espagnolette pour commettre votre horrible forfait, les trois fées surgissent et chantonnent tout doux, houhouhou, et votre colère tombe aussitôt, vous êtes heureux, sur trois coups intempestifs de batterie Buttler essaie de se faire passer pour un Wonder-man alors vous guettez sur le tapis d'orgue les précieux instants où on les entend fredonner dans le lointain. Steven Baine's electric train : un petit shuffle n'a jamais tué personne, ce qu' il y a de bien c'est que Buttler se souvient qu'il a aussi joué du rock 'n'roll, alors il nous chouchoute l'arrière-train, et l'on crie choo-choo comme si l'on servait une choucroute royale dans le wagon restaurant. C'est le meilleur morceau du disque et les trois grâces n'ont pas daigné quitter leur banquette. Lonely princess : entrée au clavier, faut être juste, le Cabaza il fait un merveilleux boulot sur tous les titres, l'a un touché miraculeux, a mi-morceau l'on se perd dans le groove et des chœurs masculins ( alors qu'ils ont beaucoup mieux dans le studio ) mais non Cabaza ne cabosse pas le dromadaire, il vous festonne un riff de rêve sur son piano électrique et vous réconcilie avec l'humanité masculine, même Buttler qui chante bien sur ce morceau se tait, signe qu'il a tout compris de la beauté chatoyante du monde. Magic night : plus de sept minutes, orgue et voix, Buttler risque gros sur ce morceau, tout de suite l'on pense à Marvin Gaye et à Stevie Wonder ( rien n'est parfait sur cette planète ), on y va sans se presser, il faut le dire sont tout de même de super-musicos, même si l'on s'ennuie un peu, en fait ça manque d'originalité et les filles qui entrent sur la pointe des pieds ne parviennent pas à insuffler l'énergie nécessaire à faire sauter la banque et la baraque. Jungle desire : rien qu'au titre l'on prévoit le groove fiévreux, et là ils ne loupent ni le coche ni l'accroche, sont en train de réussir le morceau qu'ils ont raté sur la piste précédente. Des surprises partout, une panthère noire ondule sur le clavier, le pas lourd de l'éléphant hante la basse, des galops de girafe parcourent la batterie, le Buttler se déchaîne, vous sort sa voix de post-romantique attardé, entrecoupée de cris d'animaux, et les trois démones viennent enfiévrer la nuit qui tombe, y a même un crocodile qui clapote dans le fleuve à la fin du morceau.

    Le disque est agréable à écouter. Des trouvailles mais pas de trésor. Il est dommage qu'ils n'aient pas tiré les leçons de cet échec et qu'ils n'aient pas enregistré un deuxième album qui nous manquera jusqu'à la fin de notre existence.

    Damie Chad.

    XXVIII

    ROCKAMBOLESQUES

    LES DOSSIERS SECRETS DU SSR

    ( Services secrets du rock 'n' rOll )

    L'AFFAIRE DU CORONADO-VIRUS

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    Cette nouvelle est dédiée à Vince Rogers.

    Lecteurs, ne posez pas de questions,

    Voici quelques précisions

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    Cher Vince,

    Ce n'est pas le traiteur, tu t'en doutes bien, qui s'adresse à toi de cette manière, mais l'ami, je tiens à te rapporter deux faits étranges :

    1° ) Hier soir, dix minutes avant la fermeture, deux clients sont rentrés, plutôt jeunes, pendant que l'un est resté devant la vitrine aux gâteaux sa compagne a engagé la conversation, m'assurant que l'on en avait au moins jusqu'à minuit avant qu'il ne se décide, le ton était enjoué, ajoutons qu'elle avait une mine sympathique, voilà pourquoi j'ai continué la causette, de tout et de rien, au bout d'un moment me suis aperçu qu'elle aiguillait finement la conversation sur la clientèle du quartier, puis elle m'a demandé si je connaissais les propriétaire de la belle villa à trois rues d'ici et si elle était à vendre, j'ai répondu évasivement faisant semblant de ne pas comprendre de quelle maison elle parlait précisément, j'avais toutefois reconnu à sa description qu'elle parlait de ton domicile... sont repartis avec une trentaine d'éclairs au chocolat...

    2° ) Ce matin juste après ton coup de téléphone, deux gars sont arrivés, se sont installés sur une des deux tables ont commandé un café et une corbeille de croissants, je suis sûr que c'étaient des flics en civil, tu sais comment je les renifle, je les ai observés du coin de l'œil, quand l'un a montré une photo à l'autre, me suis faufilé derrière lui pour voir, c'était la photo de ta maison ! Fais attention, t'es surveillé. Sont partis au bout de cinq minutes et quinze secondes plus tard un car de flics s'est stationné juste en face du magasin. Me suis douté que j'allais être suivi, voilà pourquoi tu lis cette lettre.

    Si tu as besoin de quelque chose fais-moi signe ! En souvenir de notre vieille formule d'adolescence !

                                                                                                                                     Ludovic.

    Il y eut un silence, Le Chef en profita pour allumer un Coronado :

      • Cela est bien mystérieux, peut-être pourrions-nous tout de même prendre notre petit déjeuner, je goûterai avec plaisir cette chocolatine au miel, nous avons besoin de sucre rapide afin de phosphorer après ces nouvelles !

    C'était un conseil avisé aussi nous ruâmes-nous tous à table sauf Vince qui déclara qu'il devait vérifier ses mails. Pendant quelques minutes l'on n'entendit plus que le bruit de nos mandibules, une douce torpeur nous envahissait, nos ventres criaient famine et nous sustenter nous fit un bien terrible. Nous engloutissions les délices de Ludovic, à ma grande honte le brain trust projeté se réduisait à satisfaire nos instincts les plus primaires. Un cri subit interrompit le bien-être qui insidieusement nous gagnait...

      • Bordel !

      • Voyons Vince, nous avons des jeunes filles ici, veuillez emprunter un langage un tantinet châtié !

    Mais Vince ne nous entendait pas, tout blanc les yeux exorbités d'une main tremblante il désignait sur l'écran la photographie d'un homme pris de trois-quart devant une vitrine remplie d'éclairs au chocolat ! Il lui fallut presque cinq minutes pour reprendre son souffle :

      • Notre formule d'adolescence... toujours avoir deux sorties à son terrier... sur les mails... Ludo a envoyé une photo prise par son apprentie pour son rapport de stage... mais le gars... c'est... c'est... Eddie crescendo !

    Les filles poussèrent des cris de stupéfaction, les chiens aboyèrent, le Chef alluma un Coronado, quant à moi j'en profitai pour subtiliser le dernier croissant.

    117

      • Pas d'affolement déclara péremptoirement le Chef, si Crescendo est vivant il nous contactera, s'il est mort ce n'est pas lui, ou alors c'est son fantôme – les filles poussèrent des cris d'horreur – dans les deux derniers cas nous le retrouverons sur notre chemin tôt ou tard ! Par contre agent Chad, vous qui vous targuez d'être un GSH, une fois que vous aurez vidé votre bouche du dernier croissant dont vous vous êtes honteusement emparé à notre insu, j'aimerais entendre de votre part une réflexion sagace quant au contenu de cette lettre.

      • Vince, êtes-vous sûr de Ludovic ?

      • On se connaît depuis la maternelle, on a fait les 400 coups ensemble dans notre jeunesse ! Personne au-dessus de tout soupçon, je réponds de lui comme de moi !

      • Agent Chad, pourriez-vous préciser votre réflexion, votre angle d'attaque me convient !

      • Une remarque toute simple Chef, cela fait deux fois qu'un épisode de cette histoire embrouillée se déroule dans une pâtisserie !

      • Très bien Chad, pour vous prouver que je ne vous tiens pas rigueur de votre vol de croissant, j'offre une tournée d'éclairs au chocolat ! Vince conduis-nous !

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    Ce matin-là Vince faillit devenir fou. Il nous emmena tout droit à la boutique de Ludovic. Un seul problème ! Il n'y avait plus de pâtisserie ! Il remonta la rue dans les deux sens, crut qu'il s'était trompé, mais non là où devait s'ouvrir une pâtisserie, l'emplacement était occupé par une étude notariale ! Nous ne nous attardâmes pas, la présence d'une camionnette de la gendarmerie nationale qui vint se ranger à quelques mètres de notre groupe nous dissuada fortement d'échanger nos impressions. Nous pressâmes le pas, notre marche fut ralentie par une jeune adolescente qui tenait par la main un garçonnet de sept à huit ans. Ils marchaient lentement, mais lorsque nous entreprîmes de la dépasser, sans nous regarder, elle laissa tomber d'une voix sourde :

      • Monsieur Vince c'est Ludovic qui m'envoie, je suis son apprentie il m'a fait sortir par derrière quand les flics sont arrivés, deux gros camions en dix minutes ils ont tout déménagé et changé la façade, ils étaient au moins trente ! Rendez-vous à la Villa des Ormeaux !

    Nous les laissâmes derrière nous, le Chef m'intima de voler au plus vite une voiture.

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    Je ralentis à peine lorsque nous passâmes devant la villa des Ormeaux sise sur une crête désertée du Lubéron, à peine avions-nous entrevu l'orme gigantesque qui cachait pratiquement toute la bâtisse et les deux estafettes de gendarmerie qui bloquaient le portail. Ludovic était manifestement tenu au secret dans sa demeure familiale.

      • Parfait ! déclara Vince, Damie tu continues à toute vitesse, tu prends la direction de Nîmes, arrivé devant les arènes tu t'arrêtes, discrétos tu empruntes une nouvelle voiture, et l'on refile à la Villa des Ormeaux !

      • Tant de route pour revenir d'où l'on vient, persifla Brunette !

      • En plus avec la flicaille qui garde l'entrée l'on n'est pas prêt de délivrer Ludovic, déclara Charlotte !

    Vince se contenta de sourire, attendit un long moment avant de laisser échapper :

      • Où va le monde si les jeunes générations ne savent pas compter jusqu'à deux !

    ( A suivre... )

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 238 : KR'TNT ! 358 : WAYNE COCHRAN / LYSISTRATA / POGO CAR CRASH CONTROL / MIKE FANTOM AND THE BOP A-TONES / ROCKABILLY GENERATION NEWS 4 / THOUSAND WATT BURN

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 358

    A ROCKLIT PRODUCTION

    LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

    25 / 01 / 2018

     

    WAYNE COCHRAN

    LYSISTRATA / POGO CAR CRASH CONTOL

    MIKE FANTOM AND THE BOP A-TONES

    ROCKABILLY GENERATION NEWS

    THOUSAND WATT BURN

    Non, Cochran ne crâne pas

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    L’un des géants du r’n’b américain vient de casser sa pipe. C’est l’occasion rêvée de lui rendre hommage. Wayne Cochran faisait marrer certains disquaires qui le prenaient pour un clown. Sans doute à cause de son côté kitsch : sur les pochettes d’albums, on le voyait en effet conduire des motos et porter une grande pompadour blanche.

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    Les moqueurs ne comprenaient pas que le kitsch est l’une des composantes essentielles du statut de shouter américain. Les exemples d’Esquerita, de Little Richard et d’Howard Tate n’en finiront plus de le rappeler. Qui plus est, Wayne Cochran naviguait au même niveau de raunch que les pré-cités. Il était probablement le seul blanc à pouvoir chanter le r’n’b aussi bien qu’Otis ou James Brown. Quand Alec Palao évoque le personnage, il parle de mesmerizing performer, et les disques sont là pour le prouver. On l’a aussi surnommé the White Knight of Soul, ou encore the Blue Eyed Soul Brother. Excepté l’album d’instros High And Ridin’, tous ses disques sont des pétaudières indispensables, à condition bien sûr d’aimer le raw gutbucked rhythm & blues.

    Comme beaucoup d’Américains de sa génération, Wayne Cochran fut un country boy tombé très jeune amoureux du rhythm & blues. Comme il vivait en Georgie, pas loin de Macon, ça facilita grandement les choses, car James Brown qui fut son idole y vivait aussi. Précisons à toutes fins utiles qu’Otis et Little Richard grandirent eux aussi à Macon.

    N’allez surtout pas prendre les gens de Macon pour des cons.

    Wayne Cochran se lança donc à corps perdu dans une carrière de Soul Brother. Il réussit l’exploit spectaculaire de se faire accepter par les géants du genre, Jackie Wilson, James Brown et Otis. Comme le dit Alec Palao, Wayne Cochran was the real deal.

    Nous voilà en 1962. Le jeune Wayne commence par devenir pote avec Otis qui enregistre ses premières démos chez un certain Bobby Smith. À l’époque, Otis chante pour Johnny Jenkins & the Pinetoppers dans des clubs locaux. Puis Wayne va monter son premier groupe et commencer à tourner dans les clubs. C’est l’époque du Cochran Circuit qui va devenir le CC des CC Riders, le nom de sa Soul revue.

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    Il devient ensuite pote avec James Brown qui se balade dans Macon en Cadillac. Wayne Cochran est dingue de Mr Dynamite - The great thing about James Brown was that he was totally, absolutely original - Cochran explique que James Brown a inventé le funk, il ne faisait pas de r’n’b - The way he performed, the songs he wrote, the band arrangements, he created all that: JB was JB - Oui, JB a tout inventé. Et Wayne Cochran se mit à porter les fringues les plus voyantes, il étudia tous les pas de James Brown, et comme il sentait qu’il lui manquait encore un truc pour attirer l’attention, il opta pour la pompadour platinum. L’idée lui vint lorsqu’il vit les frères Winter jouer dans un club de Shreveport en 1965 : avec les jeux de lumière, les cheveux des deux albinos changeaient de couleur. Wayne décida donc de se teindre les cheveux en platinum et copia la pompadour de James Brown. Voilà, c’est aussi simple que ça. On l’a déjà dit : dans le processus de gestation d’un mythe, le moindre détail revêt une importance considérable.

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    Wayne Cochran établit sa crédibilité en jouant dans les fameux black theaters : l’Apollo de Harlem, le Regal de Chicago, l’Uptown à Philadelphie. Partout on l’accepte et on l’ovationne. Sa version d’«Harlem Shuffle» démultiplie l’énergie de la version originale de Bob & Earl. Il fait aussi une version fracassante du fameux «Get Down With It» de Bobby Marchan. Pour se faire une idée de ce que représentent ces pétaudières, il suffit de mettre le grappin sur Goin’ Back To Miami, une compile éditée par Ace. Wayne Cochran fait en effet d’«Harlem Shuffle» une version endiablée, chauffée à coups de c’mon baby. Ah il faut l’entendre hurler dans le feu de l’action ! Il chante «Get DownWith It» à la pire effervescence de la Soul. Il screame dans tous les coins, c’est une horreur. Il relance en permanence. Il propose un traitement différent de celui de Slade mais c’est tout aussi inflammatoire, on a là une sorte de cross over dévastateur qui tient à la fois de James Brown et du rock’n’roll. Et sur cette compile, tout est littéralement chauffé à blanc. Tiens, par exemple, le morceau titre : on a l’impression qu’il est joué aux chaudières, c’est plein de sax et de renvois de chœurs frénétiques, de relances de batterie et de hard beat. Tous les cuts s’enchaînent à un rythme infernal, Wayne fait son Otis dans «Which One Should I Chose» et son James Brown dans «When My Baby Cries». Ce mec est brillant, profondément hanté par la Soul. Quand démarre sa reprise de «Get Ready», on tombe de sa chaise. Ce diable de Wayne est dessus, avec du trémolo de white niggah dans le fond du gosier - Look out baby here I come - Encore plus défenestrateur, voilà «You Got It From Me». Il avance à marche forcée, quelle démesure ! Il avance au gros popotin staxy, il ramone au moins autant que Wilson Pickett et c’est peu dire. Il fait un break de voix éteinte. On croit entendre Nathaniel Meyer ! Il refait son James Brown dans «Think». Il interfère exactement de la même façon que son mentor. Et sa version de «You Can’t Judge A Book By Its Cover» explose littéralement. Cet enfoiré est dessus, il est bien meilleur que ses pairs, ah c’mon ! Il prend ça au meilleur heavy groove de Soul de la planète. Il gueule en amont et en aval, il y revient inlassablement. Il retape dans le popotin staxy avec «The Peak Of Love», il est bon sur tous les coups, il est invraisemblable, cette compile sonne comme un rêve de hot Soul. Il emmène «I’m In Trouble» à la force du poignet et gueule comme un con. Il retrouve les accents fêlés de James Brown pour minauder dans «Little Bitty Pretty One». On croit entendre les retours d’accords de Steve Cropper. Il attaque «Somebody Please» à la pire fournaise qui soit ici bas. Il fait du pur Mr Dynamite ! Quel incroyable rebondissement ! Il roule aussi «Hoochie Coochie Man» dans sa farine. Il en fait une mouture spectaculaire, il y va au gros guttural, il ravage des montagnes et déraille dans le raunch. Ce mec n’en finit plus d’épater la galerie des glaces. Même avec le romantico, il brille au firmament : «Up In My Mind» sonne comme un hit intemporel, allumé par des guitares et des échos de «My Girl». «If I Don’t Fit Don’t Force It» vaut aussi pour un joli blast de good-timey Soul de juke. On s’en étourdit. Il fait monter sa sauce avec un brio incomparable. En lui brûle le feu sacré. Il faut prendre ce mec très au sérieux, car il dispense de très belles apothéoses. Nouveau coup de génie avec «My Machine» : c’est noyé de cuivres et embarqué au drive de jazz. Chez Wayne Cochran, tout et bon. Rien à jeter.

    Il devient vite un phénomène au Barn de Miami où il décroche une residency - He tore up the joint night after night - Eh oui, on comprend ce qui pouvait se passer au Barn quand on écoute le fameux live jamais sorti et que propose Ace sur le dik 2 de la compile pré-citée. Il attaque avec une reprise de «Dance To The Music». Quelle fanfare ! Les CC Riders s’amusent comme des gosses. Wayne fait son Sly, mais trop guttural. On frise à chaque instant l’overdose de Soul. D’autant qu’il enchaîne avec une version surchauffée de «Soul Man». Quelle audace ! Il ose taper dans Sam & Dave. C’est pulsé à outrance. Wayne Cochran fait partie des géants de cette terre. On l’attend au virage pour «Try A Little Tenderness» : il l’attaque avec un courage exceptionnel. Il le prend avec toute sa poigne et en fait une version intensément vécue de l’intérieur. Il devient encore plus viscéral qu’Otis, il déploie des trésors de puissance et de no no no et il arrache tout, absolument tout, il fait basculer le cut dans la folie, yeah yeah yeah, il s’en explose la rate et s’en dilate le fion. Il enchaîne avec une cover de «Can’t Turn You Loose» toute aussi explosive. Ce mec est un diable ! Il faut aussi entendre sa version dévastatrice d’«Hold On I’m Comin’». Avec lui, il faut se méfier, il peut exploser Sam & Dave sans prévenir. C’est trop hot ! Mais comment fait-il pour rebondir de manière aussi superbe ? On se posera la question jusqu’à la fin des temps.

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    Puisqu’on est dans les compiles de burning hell, Raven a sorti en 2005 un 24 titres intitulé Get Down With It qui fait un peu double emploi avec la compile Ace, mais on y trouve des titres comme «Last Kiss» ou «The Coo» qui ne figurent pas sur Miami. On ne se lasse pas de «Last Kiss», cool as fuck, ni de «The Coo», groové jusqu’à l’os. On retrouve donc cette ribambelle de reprises superbes, «Harlem Shuffle», «Get Down With It» et l’infernal «Going Back To Miami» chanté avec toute la bravado d’un pur fan de Soul. On retrouve aussi l’excellent «Some A-Your Sweet Love» chanté à la démesure des enfers et screamé à outrance. On tombe aussi sur une jolie version de «Boom Boom» et son «Peak Of Love» vaut tout Wilson Pickett. «Up In My Mind» sonne comme un hit de Phil Spector. Il faut aussi l’entendre chauffer «Sleepless Nights» à blanc. Non seulement c’est admirablement chanté, mais c’est en plus très inspiré. Wayne Cochran chante comme un dieu. Dans «Sitting In A World Of Snow» et «We’re Gonna Make It», il sonne exactement comme Otis. Il se prélasse dans le lit du fleuve. Son «CC Rider» est terrifiant de santé et derrière, on entend des chœurs de filles soumises. Quelle démence ! Ce mec est increvable. Il ne baissera jamais sa garde. Il charge sa chaudière jusqu’au bout de la nuit. Quel fabuleux shoot de r’n’b américain ! Rien d’aussi parfait sur cette terre ingrate.

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    S’il débarque en 1967 à Muscle Shoals pour enregistrer l’album Wayne Cochran, c’est parce qu’il vient de virer tous ses musiciens. Ils devenaient trop gourmands, alors Wayne fut contraint de s’en débarrasser. L’album va sortir sur Chess sous une belle pochette noire, mais Wayne n’apprécie pas le choix du producteur Abner Spector qui selon lui ne connaît rien au r’n’b. C’est là, sur cet album, que se trouvent ses plus gros coups : «Get Ready», «Boom Boom» (l’idée de ramener du raw de r’n’b dans Hooky est géniale), «The Peak Of Love» (il fait Sam & Dave à lui tout seul), «You Don’t Know Like I Know» (toujours du Sam & Dave). Wayne Cochran ne jure que par la grosse efficacité. Tout est bon sur cet album. En B, on tombe sur sa reprise de «You Can’t Judge A Book By Its Cover», puis sur le «Big City Woman» d’Eddie Hinton, et il ramène toute la hargne de Georgie dans «Hoochie Coochie Man». Quand on écoute «Get Down With it», on voit bien que l’album souffre d’une mauvaise prod. C’est pourquoi la compile Ace vaut le détour. Notons enfin que les photos du dos et de l’intérieur de la pochette sont prises au Barn de Miami.

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    Wayne Cochran raconte qu’il tournait toute l’année, sept jours sur sept. Il avait quatorze musiciens dans les CC Riders, plus trois choristes, un roadie et un chauffeur de bus. Un vrai business - You gotta make that payroll whether you’re working or not - Et quand il s’installe à Vegas, il crée la sensation - Taking the place with a distinctly southern fried soul revue. Vegas was agog - Oui, Vegas tombe sur le cul. Elvis vient le voir et Wayne lui offre ses deux costumes taillés chez Nudie. Puis c’est la consécration : Wayne ouvre pour Elvis à L’International Lounge de Las Vegas. Et pour couronner le tout, la Soul Revue d’Ike & Tina Turner accompagne Wayne sur scène.

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    En 1970, paraît High And Ridin’, un album d’instros. C’est l’époque où Wayne découvre la moto. Les quinze CC Riders posent avec lui sur la pochette, chevauchant des Triumph. Inutile d’aller cavaler après l’album, il ne propose que des versions instrumentales des grands hits de l’époque, «Ode To Billy Joe», «Satisfaction», «Hey Jude». On note cependant que les CC Riders savent jouer, car tout est embarqué au groove de jazz, surtout «Better Get It On Your Soul». Et au dos de la pochette, Wayne pilote la Harley d’Easy Rider, avec le réservoir décoré et stars and stripes. Pourtant, Wayne s’en défend. Il ne voulait pas devenir un hippie outlaw - He was an entertainer, the lounges were his true environment and R&B was his bag - Pour lui, le phénomène hippie n’avait pas d’identité, pas de rien. Il préférait mille fois Sly.

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    La même année paraît Alive And Well, produit par John Wagner. Belle pochette : on y retrouve Wayne sur une bécane. Au verso, on le voit de dos, torse nu, foncer sur une route du Nevada. On entend des motos partout sur cet album. C’est là-dessus que se niche l’énorme «My Machine». Les CC Riders règnent sur l’empire du shuffle américain, au moins autant que le mighty Electric Flag. Et c’est d’autant plus vrai que le bassman qui doit être Artie Glenn joue aussi bien qu’Harvey Brooks. Wayne propose un très joli «Sunday Driver» (il y rappelle qu’il n’est pas un motard du dimanche) et derrière lui roule l’un des meilleurs backing-bands d’Amérique. En B, on tombe sur un spectaculaire et interminable «Let Me Come With You», joué au bassmatic intensif. Cet Artie-là épate vraiment la galerie et on entend pas mal de belles motos dans le voisinage. Ils enchaînent avec l’excellent «CC Rider». C’est un modèle de shuffle et certainement l’une des meilleures versions avec celle d’Eric Burdon. Ils bouclent cet album étonnant avec «Chopper 70», l’un de ces beaux instros dont ils ont le secret, bardé de son, de swing, de shuffle et de cuivres.

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    En 1972 paraît sur Epic son dernier album avec les CC Riders, Cochran. Si on ouvre le gatefold, on tombe sur une photo de Wayne et de ses quinze CC Riders. Spectaculaire image ! Il attaque avec un hommage à Sly Stone intitulé «Do You Like The Sound Of The Music». Il chauffe son funk avec toute l’abnégation du monde, ça grouille de wha-wha et d’escalades de nappes de cuivres. Fantastique ! On se régale aussi de «Somebody’s Been Cuttin’ In On My Groove», admirable groove de good time music, chanté à la force du poignet. Il revient au Staxy Sound System avec l’excellent «Sleepless Nights». Il y rend hommage à Otis à coups de gotta-gotta. Et il boucle l’A avec l’un de ces coups de Trafalgar dont il a le secret : «Boogie», un jive de funk de congestion à la JB, monté au bassmatic de Georgie. Stupéfiant ! Il retire un coup de chapeau à Otis en B avec «Circles» et dans «Sitting In A World Of Snow», il chante ses teardrops à la puissance des bubbles. Il ravage toutes les contrées. Ce mec ne jure que par la puissance intensive. Il fait son Marvin avec «I Will», accompagné à la flûte. Ça a l’air con, comme ça, mais c’est admirable de présence. Et voilà, l’heure de se quitter approche et il finit en beauté avec «We’re Gonna Make It», un slowah à la Otis. Irréprochable. Mais Epic ne l’aide pas. Découragé, Wayne rappelle qu’il doit tourner constamment pour payer ses musiciens. Aucun label ne lui a jamais donné les moyens d’enregistrer. Alors il arrête net sa carrière discographique et reprend la route. Au moins, là il sait qu’il ne dépend de personne en Harley Dacidson.

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    Quand épuisé par quarante années de route, il finit par jeter l’éponge, il fait ce que font ses mentors blacks : il devient pasteur. Amen.

    Signé : Cazengler, Wyane Cocrade

    Wayne Cochran. Disparu le 21 novembre 2017

    Wayne Cochran. Wayne Cochran. Chess 1967

    Wayne Cochran. High And Ridin. Bethlehem Records 1970

    Wayne Cochran. Alive And Well. King Records 1970

    Wayne Cochran. Cochran. Epic 1972

    Wayne Cochran. Get Down With It. Raven Records 2005

    Wayne Cochran. Goin’ Back To Miami. Ace Records 2014

    MAGNY-LE-HONGRE / 19 – 01 – 2018

    FILE 7

    LYSISTRATA / POGO CAR CRASH CONTROL

     

    C'est râlant, mais il y a des soirs où vous ne pouvez pas vous en prendre à la terre entière. Une route déserte, la Teuf-teuf qui vous dégotte un itinéraire ultra-rapide, ultra-simple, et une place de stationnement capable d'accueillir un terrain de foot-ball. Même pas une goutte de pluie alors qu'il est tombé des averses dantesques en fin d'après-midi. En fait quand tout va bien dans votre vie, c'est peut-être encore pire que quand tout va mal. Si l'on vous enlève la possibilité de fulminer contre le monde et les Dieux, l'on vous supprime les trois-quarts de votre déraison de vivre. Et comme un malheur ne vient jamais seul, les Pogo Car Crash Control – sublimation rock – passent au File 7. Le bonheur est une idée neuve dixit Saint-Just, s'est trompé, c'est surtout une idée insupportable.

    LYSISTRATA

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    Trois gars qui ont pris un nom de fille. Pas n'importe laquelle, l'égérie aristophanesque de la grève du sexe. Diable si l'on supprime le premier élément de la sainte trinité du rock 'n' roll que reste-t-il de viable en ce bas monde ? La réponse ne se fera pas attendre : Lysistrata. Ne sont que trois. Font du bruit pour trente. Ont même tout un tas de gadgets électroniques pour en rajouter quelque peu, au cas où. Manifestement ne sont pas venus pour passer inaperçus. Commencent par vous asséner trois monstruosités rythmiques. Le genre de babioles qui réconcilient avec le marteau de Thor et le galop de Sleipnir. Ben Amos Cooper trône derrière sa batterie installée sur piédestal. Tape fort et mitraille vite. Puissance de frappe de cataphracte infatigable. A ses pieds sont deux. Face à face. Séparés par deux vastes plateaux, déposés à leurs pieds, surchargés d'effets soniques clignotants, ressemblent à deux champions qui vont s'affronter pour la place de chef de la harde.

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    Max est le Roy de la basse. Pas question d'accompagnement monocorde, l'est un fervent de l'orchestration tonitruante, à jeu égal avec la batterie, lui vole, une fois sur deux, les breaks échevelés – ceux qui poussent les bricks sur les écueils – ou vous relance la course en pleine mer selon de monstrueuses vagues dévastatrices. Montagnes d'eau forte qui s'écroulent sur les spectateurs ravis.

     

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    Théo Guéneau oscille entre violence et préciosité. Avec ses lunettes et sa coupe blonde au bol, comparé à ses deux grands gaillards de compagnons qui agitent en tout sens de noires chevelures broussailleuses l'a un peu l'air de l'intellectuel du groupe. Question hurlevent, course de côtes et chasse à courre, ne faut pas lui en promettre, tient avantageusement sa place. Mais Lysistrata sont des adeptes des climax. Zones anticycloniques, et aires de dépression. Furiosités et curiosités. Théo sololise. Batterie et basse en appoint, en réserve lorsqu'il enregistre ses propres boucles de guitare et y parsème notes creuses comme gouttes échappées d'un robinet d'eau tiède. Un peu long, parfois. Lui manque une virtuosité blues qui serait comme un fil conducteur avec les grands moments des fureurs métalliques. L'on comprend le nom de Lysistrata, guerre et grève. Guerre napolénonienne et paix tolstoïenne. Cannonades et prairies de brumes ensoleillées. Faut reconnaître que les interventions de Théo ravissent le public goûteux. Perso je préfère les grandes chevauchées de conquérants affamés de splendeurs spadassines. Trop grande disparité entre les différents moments, Lysistrata use d'une alternance trop simpliste, c'est au cœur des plus grands tumultes que devraient s'élever les passages d'accalmie, la rupture n'en serait que forte puisqu'ils bénéficieraient de l'élan vital des frénésies enchâssantes.

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    A chaque fois que Lysistrata revient au cœur de la tourmente, c'est un régal. Rare. Sacré boulot de Ben qui insuffle un groove échevelé, qui ne vous laisse pas un seul instant de repos. Tam-tam sur les toms, bousculade sur les cymbales, Ben remballe grave, tient le groupe sur le bout de ses baguettes. Délimite le champ de l'affrontement cordique fraternel. Max nous fait le coup de la grande menace sur sa basse, vous refile de grands coups de pied en l'air à chaque fois qu'il envoie un riff, la larsène contre l'ampli, finira par un grand pandémonium, descendu dans la foule il en frotte le manche contre le rebord de la scène, l'en tire un grondement apocalyptique du meilleur aloi. Théo est à genoux, tripote les boutons à la manière d'un fakir qui affute les pointes de sa planche à clous. Se lève s'en va taper sur un tambour de guerre, récupère une baguette pour jouer une espèce de slide bâtonné de dynamite qui vous explose le bulbe rachidien. Jettent leurs instrument et s'en vont comme ils étaient venus dans le bruit et la fureur.

    INTERMEDE

    Les Lysistrata nous ont bien maltraités. Juste comme on aime. Ça s'affaire salement pour dégager le plateau. Jamais vu autant de roadies. Vous rembobinent des kilomètres de fil en un tour de main, vous transportent le matos comme les malfrats vous entassent les valises bourrées de billet dans le coffre de leur voiture, vous installent les retours au centimètre près, effectuent un ultime check-point quasi-silencieux pour la sono, tout est prêt ne manquent plus que les Pogo qui se font attendre...

    POGO CAR CRASH CONTROL

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    We want the rock, and we want it now ! Les Pogo ont tout compris. Nous donnent tout, et tout de suite. D'entrée. Et de sortie. Question Grèce antique, ils se sont contentés de piquer deux concepts à Aristote. Pas les moindres. Les deux principaux. Celui du départ et celui de l'arrivée. Energeia et catharsis. Tout le reste n'est que du blabla littéraire. L'énergie et l'extase. Le fouet et la jouissance. Si vous voulez davantage c'est que vous n'êtes pas morts à Eleusis. Relisez Le Puits et le Pendule d'Edgar Poe. Mais après cette introduction théorique, passons à la praxis.

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    D'abord – faites attention parce qu'il n'y a pas d'après – le son. Une terreur phonique qui s'abat sur vous, une onde cataclysmique qui vous étreint et vous tord dans tous les sens. Pogo joue depuis une seconde et déjà ils ont tout donné. Du condensé. Vous n'en n'aurez jamais plus. Vous n'en aurez jamais moins. Atome initial et terminal. Entre temps, trou noir et vortex maléfique. La terre n'existe plus, les Pogo l'ont annihilée. Le temps de vous rendre compte qu'ils ne sont que quatre. Lola Frichet, the only gal. Toute seule, l'ouvre de grands yeux étonnés de petite fille à qui l'on refuse un dix-septième sucre dans son café-au-lait matinal, et qui vient brutalement de comprendre que l'on ne pactise pas avec le monde, qu'il faut le détruire, irrémédiablement. Surtout pas pour le remplacer par un autre. Alors elle se permet de hâter le processus, frappe du poing sur sa basse et l'on a l'impression que tout en bas Cerbère aboie de toutes ses forces de ses trois gueules sanguinolentes. Avertissements sans frais qui fait chaud au cœur. Parfois elle se plante devant Louis Pernot, le provoque, pour qu'il batte plus vite, pour que la fournaise rougeoyante qu'il dégage se transforme en éruption volcanique.

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    L'a les bras qui batifolent dans tous les sens Louis, une pile au radium, torse nu et musclé comme un éphèbe grec, un hoplite spartiate dans toute la splendeur dangereuse de sa beauté, une machine à tuer, un massacreur transphonique, il est la force irradiante des Pogo, la forge des épées fatidiques. Ces épingles cruelles que l'Aphrodite de Pierre Louÿs enfonçaient dans le sein de sa servante. Simon Péchinot n'hésite pas à se hisser sur la grosse caisse de Louis, en statue du Commandeur qui s'en vient ramoner nos âmes. Sinon Simon officie à sa guitare. Etoffe le son.

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    Pousse la sourdine dans le rouge. Glisse de la tonitruance. La fosse aux serpents à lui tout seul. Partisan du riff dangereux, la longue dague qui s'enfonce en vous, vous traverse de part en part sans même que vous vous en soyez aperçu. S'infiltre dans la forteresse par le conduit des égouts. Ne déboule pas en ami qui vous veut du bien. A peine est-il entré en scène qu'Olivier Pernot se débarrasse d'un fort coup de tête de son bonnet Be Ambitious. L'a dépassé cette étape. Mission accomplie. Boule de feu hirsute, surgie des espaces stellaires, secouée des spasmes de rage et de de colère, venue pour les chants de la désolation et de la rancœur revendiquée. Il ne chante pas, il vitupère, comme la couronne de vipères qui nimbe la trogne menaçante de la Gorgonne, il hurle les stances haineuses de Royaume de la Douleur, Hypothèse Mort, Crève, Déprime Hostile, le constat de la faillite de toute une civilisation.

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    Dans la salle c'est la chienlit, une sarabande folle emporte les corps et les esprits. Rien ne sert de pleurer. Joie nietzschéenne sans égal. Sans égards pour la tristesse d'un monde qu'il convient de fouler aux pieds, de piétiner, de réduire en néant dans une suprême exaltation sauvage. La musique des Pogo est un ouragan qui balaie les miasmes délétères des angoisses modernes. Elle est un cyclone festif qui souffle sans à-coups. Un tournoiement sans fin, l'on se cogne sans agressivité, les corps se cherchent et se trouvent comme ces nuages d'orages qui se rencontrent afin que la foudre puisse signifier le monde d'un éclair vengeur. Les Pogo sont venus, les Pogo sont partis. Un barrouf de ouf. Le rock'n'roll a triomphé.

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    Damie Chad.

    ( Photos : FB :  LUCA LIGUORI PHOTOGRAPHIE )

    TROYES / 20 01 – 2018

    3B

    BAR BEATRICE BERLOT

    MIKE FANTOM AND THE BOP A-TONES

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    Fume c'est du Belge. C'est le programme du 3 B, ce soir. Une importation. Du grand Nord. Z'étaient déjà venus l'année dernière, z'avaient fait un tabac, alors dans la série un tiens vaut mieux que deux tu l'auras, ils reviennent. Béatrice Berlot n'est pas écossaise, mais question fantôme elle sait reconnaître les esprits frappeurs.

    MIKE FANTOM

    AND THE BOP-A-TONES

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    Un fantôme ? Inutile de crier au secours. Rien à voir avec une mystérieuse tache sanglante qui apparaît sur le mur de votre salle de bain, un géant, un vrai, bien en chair, visage éclairé d'un franc sourire, pour le moment il se cache, l'a beau s'être enroulé dans le rideau, il dépasse un peu. N'a pas de souci à se faire. Les Bop A-Tones assurent sans lui. Un de ces instrus – titré Fantomas Rock - qui vous trouent la peau encore plus sûrement que trois bastos de colt.

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    Un sacré tireur à la guitare. Un impitoyable. Le genre de maniaque qui n'utilise que les munitions les plus précieuses. Sa marque de fabrique. Un bienfaiteur de l'humanité, vous truffe la cervelle avec des balles d'or fin – cela enrichit vos idées - du vingt-huit carats ciselé. Un artiste. Vous met au diapason tout de suite. Un roi de la gâchette. Précision et beauté du son. Velouté sixty et aileron white-rock de requin affamé. Additionné de surfin' sauvagement raffiné. Se nomme Patrick Ouchene, le genre de gars qui vous tient tout le plaisir du monde entre ses six cordes.

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    N'est pas seul, derrière lui Pascal Lunari, barbichette satanique, regard de renard malicieux, le suit comme son ombre. Quand la guitare explose, il vous fracasse l'étrave d'un brise-glace sur la banquise, quand elle s'envole dans la brise matutinale il vous l'accompagne d'un rythme printanier pour mieux galoper à la tête d'une horde mongole, et sur le côté Bart Crauwels, armoire à glace débonnaire qui surplombe sa contrebasse comme un python des Rocheuses s'enroule autour d'un buffle, une pin-up fuselée tatouée sur son avant-bras, bastonne à tout rompre sans avoir l'air d'y penser.

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    Mais voilà Michel Texier qui s'avance cérémonieusement, se plante sur le micro et tout de suite il nous fusille d'un Too Hot To Bop de la mort qui vous entraîne au pays magique du rockabilly. Sont comme cela, trois sets de quinze morceaux, du meilleur tonneau, de grande cuvée. Avec une facilité déconcertante, une évidence désespérante.

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    J'ai oublié de le dire mais Patrick Ouchene, est un teigneux. L'a le rock à fleur de peau. Le gars le plus gentil du monde entre deux morceaux, se repeigne, plaisante, rit, imite Dalida ou David Bowie, mais deux secondes plus tard, c'est la mue, la métamorphose, changement de registre, le rock'n'roll est une affaire trop sérieuse pour être laissé aux demi-sels, vous balance tout de suite du son de haute précision, aussi racé qu'une calandre de Cadillac, aussi griffu qu'une patte d'ours blanc que vous venez de déranger dans sa sieste sur son glaçon. En plus il chante, l'a tout ce qu'il faut l'urgence dans la voix, la fièvre au corps et cette plasticité émotionnelle qui vous transforme le moindre lyric en témoignage existentiel.

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    Crauwels a les crocs. Ne le montre pas. Mais ça s'entend. Vous refile le swing sans rien dire, par en-dessous, la scansion et la vitesse à train d'enfer, parfois il se contente de slapper avec deux doigts, le gars qui vous frappe avec les deux bois du nunchaku pour mieux vous enchaîner par la suite, quand il arrête vous avez l'impression qu'il vous étrangle. Pendant ce temps je certifie que Lunari ne reste pas dans la lune, bosse comme un dromadaire et vous drosse comme un cachalot, l'a le beat insatiable, genre pendule que vous remontez une fois par siècle mais qui se permet tous les caprices du monde, hache le temps menu, ou vous le dilate à l'extrême. Applique la théorie du Big Band, une explosion initiale et toute la suite n'est que la résolution mathématique de ce grand tapage, l'a l'air de jouer tout seul, le copain qui ne vous refile jamais le ballon au foot, mais non au dernier moment il fait la passe à Ouchène qui vous riffe dans la lucarne, en plus ils en ricanent de plaisir de toutes leurs dents. Nos deux véroles connaissent leur rôle.

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    Je reviens sur Mike. Je vous ai fait attendre. Je n'y peux rien mais il m'énerve. L'est trop bon. Je suis jaloux. Avec lui tout paraît facile. Commence par vous expliquer l'origine du morceau – un max de compositions originales – et puis il se lance. Un peu obligé, parce que Patrick aime bien rentrer dans le vif du sujet pour voir si ses potes sont au taquet, et le Mike vous saisit le trapèze au vol sans même y prendre garde. Ensuite c'est la série des flip-flap arrière, des toboggan de la mort, des sauts de l'ange exterminateur, tout ce qui demande une attention vocale ultime, une précision au millionième de micron, il vous l'exécute avec l'indolence tranquille du gars qui jette une épluchure de banane dans la poubelle, I Bopped the Blues with Mary Lou, il lui en fait de toutes les couleurs, des vertes et des pas mûres, ou alors la petite Justine vaut mieux que je ne vous raconte pas tout ce qu'elle subit. Evidemment l'assistance n'en perd pas une miette auditive, tout le monde se trémousse comme dans une cabine collective de peep show stéréophonique. En plus il ne prend pas toute la galette et la fève pour lui tout seul, en distribue de gros morceaux à ses coéquipiers, des instrumentaux à la tord-boyaux, un Chicken Run brûlant, un Rawhide tout cru, un Jack The Ripper meurtrier, on un dernier Rumble de derrière les pavés, l'appelle Pascal au charbon, lui pique sa place à la batterie, et armé d'une électro-acoustique Pascal nous assène un The Rhythm Of The Train, un Molly Brown et en final un Pick A Bale of Cotton une scie musicale, particulièrement aiguisée et tranchante, qui nous emporte dans le Sud Profond, et qui plonge aux racines les plus traditionnelles du hillbilly. Guitar Breaker et Real Wild Child sont l'occasion parfaite pour Patrick pour vous donner une leçon de guitare inoubliable : sauvage contrôle et éreintement décapsulatoire. Ce mec là est capable de tout, de mener un train riffique d'enfer tout en prenant le temps de s'accorder longuement. Doit avoir cinq ou six doigts en plus que les autres. Termineront sur le Chicken Walk d'Hasil Adkins, vous plument le poulet jusqu'au trognon. Tout le monde aurait bien aimé en reprendre un morceau de plus, mais il faut savoir ne pas exagérer. Nous ont gavés de bonheur. Par les temps qui courent, est plutôt rare. Merci à eux.

    Et à Fabien z3149fab.jpgqui a assuré une sono impeccable, pas de la tarte de calibrer la claironnante guitare de Pascal Ouchene dans le 3 B ! Et à Béatrice qui nous annonce que le 7 avril 2018 nous aurons Crystal & Runnin' Wild, la fille d'un certain Ouchene Pascal. Bon sang ne saurait mentir.

    Damie Chad

    P. S. : trois groupes en deux jours. Lysistrata qui folâtre ( foalâtre serait plus explicatif ) dans l'envergure sonore, Pogo Car Crash Control qui cherche noise au rock'n'roll et Mike Fantom and the Bop A-Tones ( pas du tout atones ) mais qui se cantonnent dans un style que d'aucuns jugeraient dépassé. Les premiers sculptent l'ampleur du son, les deuxièmes expriment une rage et une hargne juvéniles qui sont au fondement du rock, et les troisièmes sont focalisés sur le rock d'avant. Merveilleuse amplitude du rock français si vous me permettez d'annexer la Belgique. After-pionniers, after-punk, after-metal-prog pour faire vite. Et cette constatation que le rockabilly n'apparaît pas comme les parents pauvres du rock. Sans doute faudrait-il oser le concept de la définition du rock'n'roll en tant que bruit subtil chacun se plaçant sur l'un des deux versants... Aussi escarpés des deux côtés.

    Damie Chad.

    ( Photos : FB : Nathalie Metry & Béatrice Berlot )

    ROCKABILLY GENERATION NEWS N° 4

    JANVIER – FEVRIER – MARS 2018

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    Superbe photographie de Crazy Cavan en couverture. Rockabilly Generation News prend sa vitesse de croisière trimestrielle. Le numéro 5 sortira au mois d'avril. S'affine et s'améliore à chaque parution. Cette livraison établit une parfait équilibre entre passé et présent, remémoration et actualité. Le rock'n'roll a la vie dure, cela fait septante piges que ça dure. Hommage au pionnier Fats Domino, qui dans les fifties et les sixties vendit plus de disques que nos légendes bien aimées, à l'exception d'Elvis, roi en toutes choses. Pour ceux qui savent écouter, il existe une filiation entre le phrasé décontracté du gros Fats et l'évidente facilité monstrueuse avec laquelle le King s'appropriait tout morceau qu'il daignait se mettre en bouche. Malheureuse actualité oblige la revue se termine sur un autre disparu : Johnny. Sous-titre, bien choisi : Un Phénomène Rock. Qui ne fait pas l'unanimité parmi les rockers. Mais à l'origine de l'implantation du rock'n'roll en notre pays, bien plus que les sinistres pantalonnades du trio Vian-Salvador-Legrand. Mais il est temps d'entrer dans le coeur de la livraison. Les Teddy Boys dont un article retrace la naissance du mouvement en Angleterre. Ceux qui ignorent leur Histoire se coupent de leur futur. Le rock'n'roll et le rockabilly doivent une fière chandelle aux Teddies, ont préservé cette musique, l'ont portée à bout de bras, l'ont transmise et se sont même permises de la faire évoluer. Certes il existe aussi un revival américain, beaucoup plus dispersé et dont on parle moins, mais en Europe ce sont bien les Teddies qui en furent le fer de lance, les Rockers restant obnubilés par les grands pionniers. Parler des Teddies sans évoquer Crazy Cavan relèverait de l'incongruité. Rockabilly Generation News nous offre la totale, présentation de la carrière du maître, interview inédite collationnée ( merci Bryan Kazh ) lors du concert de Toury, le 18 / 11 / 2017, chronique impartiale du concert, et présentation des Old Teds l'association qui organise les festivités rock'n'roll tourystiques. Profitons-en pour adresser notre salut à Texas, activiste émérite du mouvement Ted Hexagonal.

    La terre arable du passé n'a de valeur que par les jeunes pousses qu'elle favorise : trois pages sont consacrées à Eddie Gazel qui se raconte, son premier groupe les Ol' Bry avec la présence tutélaire de Thierry Gazel ( que vous retrouvez tous les lundis à 18 h. 30 dans Try Rock & Roll sur www.radiolezart.fr ) son père et surtout Eddie and the Head Starts – prochainement de passage au 3 B, le 10 / 02 / 2018 – le nouveau combo qui marque les esprits partout où il passe. Reste encore les chroniques sur le festival Rock'n'Roll in Pleugueneuc et le Rockers Revival de Londres où les Spunyboys se permirent d'atomiser les anglais, juste avant Crazy Cavan and The Rhythm Rockers, impérial !

    Rubriques disques, concerts, courrier dans lequel Vince Rogers nous fait part de la proximale sortie documentaire vidéo : The Real Rockin'Move Project, une hydre tentaculaire ( CD-romique et papier ) qui nous conte l'arrivée et le déploiement du rock'n'roll sur la côte d'Azur...

    Un max de photos d'époques et de superbes photographies de Sergio Kazh, le tout sur papier glacé, pour quatre malheureux euros. Un collector dès sa sortie.

    Damie Chad.

    Editée par l'Association Rockabilly Generation News ( 7 hameau Saint-Eloi / 35 290 Saint-Méen-Le Grand ), 36 pages, 4 Euros + 3, 60 de frais de port pour 1 ou 2 numéros, offre abonnement 4 numéros : 20, 60 Euros, chèque à Lecoultre Maryse 1A Avenue du Canal 91 700 Ste Geneviève-des-bois ou paiement Paypal maryse.lecoutre@gmail.com. FB : Rockabilly Generation News. Excusez toutes ces données administratives mais the money ( that's what I want ) étant le nerf de la guerre et de la survie de toutes les revues... Et puis la collectionnite et l'archivage étant les moindres défauts des rockers, ne faites pas l'impasse sur ce numéro.

     

    THOUSAND WATT BURN

    ( EP 1 * )

    On les a vus sur stage voici un peu moins d'une quinzaine – vous savez ces concerts qui vous grignotent l'âme comme un cancer – nous ne tenons pas toujours nos promesses – les Dieux non plus – mais cette fois-ci c'est fissa !

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    My Darling : puissance, emphase et la voix qui explose, un volcan qui s'envole dans les airs, jet de lave brûlante, orchestration de foudre, et puis plus lointaine derrière un rideau de cendres avant le retour encore plus violent, susurre maintenant tandis que la guitare s'alanguit, mais bouffée d'orgueil tout de suite, et ce désir murmuré tout bas mais avec une franchise charnelle étonnante et tempête finale genre citron pressé à la Led Zeppe. Come to Me : orchestration tumultueuse, vocal en rush, l'on n'est pas loin du Dirigeable III, la voix se fond au background ce qui ne l'empêche pas de briser les verres sur la table. Finit par miauler comme une panthère, la batterie écrase tout et la guitare balaie les débris rageusement. She loves a girl : elle murmure mais vous avez l'impression qu'elle hurle, c'est d'ailleurs ce qu'elle se dépêche de faire, cavale lâchée en liberté après un mois d'écurie. Cymbales baffées, ponctuation rapide, guitare bolide, désir femelle envahit le monde. Panthères en folie. Fin brutale. Assouvissement terminal. Listen : l'on repart dans l'ampleur, la voix en écho et les boys qui ramonent dur. Veulent aussi leur part du gâteau. Alors ils enfournent sec, mais la diva ne se laisse pas distancer, les tient sous le chapiteau de sa robe, ils en sonnent les cloches tandis qu'elle psalmodie la fureur de vivre, renversent les riffs à grands coups de coeur rageurs mais elle vaticine comme le démon des fins ultimes. Ne lâchent pas le morceau? en rajoutent pour la submerger une bonne fois pour toute, la guitare avale le monde, la batterie le digère de coups reptatifs, croient-ils triompher l'avoir fait taire définitivement, non elle surgit comme une torpille et vous détruit le porte-avions en cinq secondes. Mortelles.

    Superbe. L'enregistrement ne déçoit. Moins de réverbe sur la voix qu'en public. Z'ont chassé le hasard. Morceaux finement pensés, équilibre subtil entre la foudre instrumentale et l'épanouissement gravitationnel du vocal. Un groupe à suivre.

    Damie Chad.

    * Cet EP ne se présente pas sous la forme d'un artefact qui dans trois millénaires enchantera les archéologues. Pour écouter : cliquez sur thousandwattburn.bandcamp.com