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  • CHRONIQUES DE POURPRE 375 : KR'TNT ! 395 : GARY MOORE / SPIRITUALIZED / THE HILLBILLIES / JALLIES / ROCKABILLY GENERATION NEWS ( 7 ) / ROCKAMBOLESQUES ( 9 )

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 395

    A ROCKLIT PRODUCTION

    LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

    29 / 11 / 2018

     

    GARY MOORE / SPIRITUALIZED / HILLBILLIES /

    JALLIES / ROCKABILLY GENERATION NEWS ( 7 )

    ROCKAMBOLESQUES ( 9 )

     

    Gare à Gary Moore

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    Dans trois mille ans, les Égyptologues s’interrogeront en découvrant l’album de BBM, Around The Next Dream : qui fait la grandeur de l’album ? Ginger Baker, Jack Bruce ou Gary Moore ? En fait, ils seront obligés de raisonner en termes de Cream et de se dire : finalement, ça ne tient que parce qu’ils jouent ensemble. Jack ne tient que par Ginger et Gary Moore ne tient que parce qu’il se prend pour Clapton, même s’il apporte un son plus riche. Dès «Waiting In The Wings», Jack met le brouet en coupe réglée. Il lie la sauce, alors Gary Moore peut partir en virée wah wah. Il devient viral, mais trop viral. Comme on le remarquait déjà dans Cream, le son semble séparé en trois. C’est la partition, comme au temps de la création du Pakistan.

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    L’un des hits de l’album s’appelle «What In The World», heavy balladif à consonance magique et chanté à l’océanique. Jack et Gary Moore trouvent de bons compromis et ne se préoccupent que de puissance imprescriptible. Allez, tiens on passe directement au coup de génie : «Glory Days». Ils se rapprochent ici de l’époque Disraeli. Jack tremble son chant et sa bassline triomphe. Lui et Gary Moore se partagent les tâches ménagères. Tout va bien lorsque soudain, les colonnes des enfers se forment et Jack plombe l’extraordinaire pathos en donnant une suite métabolique à «Brave Ulysses», au son des trompettes. C’est là que s’ouvre la Mer Rouge pour livrer passage aux chars de Gary Moore. Épopée spectaculaire ! Jack explose le cinémascope en technicolor. On assiste à un fantastique shoot d’extrême rock pulsé par deux démons échappés des bréviaires. On se croirait encore sur Disraeli avec «Why Does Love (Have To Go Away)».

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    Rien d’aussi beau, pur jus de We’re going wrong. Jack chante à l’octave menacée, il crée des mondes à n’en plus finir, il élève des tours de Babel par dessus les toits, il joue la carte des relances infinitésimales, il trempe dans l’horreur de la rédemption absolutiste, Jack chante avec une force indescriptible, tout bascule dans l’envers du décors, tout est saturé de ce génie sonique qui caractérise si bien les Cream de Disraeli, et ça prend de l’ampleur à ce point précis, si précis, oh Lord, alors forcément, ce diable de Gary Moore a une veine de pendu, il peut jouer avec des Jack et des Ginger qui sont les membres fondateurs de l’ORB, c’est-à-dire l’Ordre du Rock Britannique - Set yourself free ! - On découvre ici l’intériorité du rock anglais. Avec un mec comme Jack, tu es en sécurité, il va te créer un monde où tu sera heureux. Tu peux te mette à l’aise, Ginger bat aussi pour toi et Gary Moore amène son avoine pour avoir du son et là c’est vrai qu’il outrepasse Clapton, il le dépasse à plates coutures, il joue des milliards de notes pulvérulentes, il fait pleuvoir des déluges pharaoniques, il fait rissoler la rivière Kwai, il ouvre les vannes du barrage contre le Pacifique, il trashboume uh-uh des myriades de dégoulinades et plie le déluge de Dieu à sa volonté. Il faut savoir que les apocalypses orchestrées par Jack se terminent toujours bien.

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    Ils enchaînent avec «Naked Flame», un extraordinaire balladif léthal que Jack chante au crépuscule des dieux. Ils tapent «I Wonder Why ( You Are So Mean To Me)» d’Albert King au british beat des origines. Jack fait chevroter sa basse, comme au temps de Graham Bond. Ils savent rester effarants de véracité. Ils ne relâchent jamais la pression. «City Of Gold» se rapproche de l’esprit Cream. Jack y prend le taureau par les cornes et Ginger bat au débotté. C’est Gary Moore qui chante, mais avec une voix de petite bite, et là, il ne fait rien pour se rendre sympathique, pendant que la basse de Jack pilonne la zone. Ils enchaînent deux heavy blues à la suite, «Can’t Fool The Blues» et «High Cost Of Living». Gary Moore joue au gras double de Leslie West et passe en force. Ses solos coulent comme l’Or du Rhin dans une lumière à la Murnau, loin là-bas à travers la Forêt Noire. Il joue le sur-jeu jusqu’à la nausée d’ad-vitam eternam ad nauseum sanctus, amen. Son Cost of Living sent le cousu-main de maître, il sur-joue une fois de plus à la dégoulinade prodigieuse. Mais Gary Moore n’est pas et ne sera jamais Thomas Moore. Jack chante à fendre le cœur - Oh the more I have to pay - Gary Moore rajoute des couches par-dessus les couches, il sur-navigue et épitomise le solo de blues, il joue à n’en plus finir. On reste dans le heavy blues-rock avec «Danger Zone» - It’s a shame I don’t know which way to go - Solide et beau, gras et heavy, Gary Moore joue à la régalade. Forcément, avec des mecs comme Jack et Ginger derrière, ce genre de cut frise la perfection, d’autant que Jack et Ginger ne le sur-jouent pas, car ce sont des gentlemen. Gary Moore repart sans fin dans les méandres de ses désidératas, il joue à l’éberluante consommée dans une débâcle de vagues de boue sonique, il joue vraiment à la vie à la mort et ça finit par impressionner. On finit même par comprendre pourquoi des mecs comme Jack et Ginger voulaient jouer avec lui. Gary Moore monte sur les barricades et offre sa poitrine au feu des ennemis de la République. Mais personne ne lui tire dessus, tellement il est bon. Ils reviennent au heavy british blues avec «The World Keeps On Turnin’» signé Peter Green. Alors prosternez-vous mes frères, car c’est chanté à la nobody knows the way I feel, ils sont dans le vieux moule, Gary Moore fait son virulent et Jack le suit à la trace dans le courant du fleuve en crue. Suprême et ultra-joué. Ils tapent à la suite leur vieux «Sitting On Top Of The World». Jack le prend par les cornes. On est au cœur du mythe, d’autant plus au cœur que Jack le chante avec passion. Il soutient les effluves de Gary Moore aux pouets de basse et nous plonge dans la stupéfaction. Et toute cette belle aventure s’achève avec l’«I Wonder Why», d’Albert King, fantastique coup de shuffle. Jack et Ginger shakent le shook comme personne, on est dans l’énergie de Big Albert et on assiste là à une virée de tous les diables.

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    Harry Shapiro rappelle dans un très bel article de Classic Rock que de rejoindre Jack Bruce et Ginger Baker fut pour Gary Moore inespéré - A dream come true - Mais le rêve n’allait pas durer longtemps - It was over almost as soon as it began - Comme un rêve. Déjà fini alors que ça vient juste de commencer. Pfffuiittt, plus rien. Back to reality.

    En 1993, Jack Bruce lui passe un coup de fil :

    — I’m in trouble, Gary. Mon guitariste Blues Saraceno vient de me lâcher pour aller jouer avec Poison, et j’ai des dates bookées à Esslingen, en Allemagne. Steve Topping peut jouer le premier soir, mais pas le deuxième. Ça t’intéresse ?

    — Oh oui Jack !

    Le concert d’Esslingen se passe si bien que Gary pose la question fatale à Jack :

    — Je vais enregistrer mon prochain album solo. Ça te dirait Jack de composer des trucs avec moi ?

    — Oh oui Gary !

    Puis Jack fête ses 50 ans sur scène à Cologne et il invite tous ses vieux potes, Dick Heckstall-Smith, Pete Brown, Clem Clempson, Gary Husband et Ginger Baker.

    — Si tu veux venir, tu es le bienvenu, Gary.

    — Oh merci Jack !

    Et il se retrouve dans les godasses d’Eric Clapton à jouer «NSU» sur scène avec Ginger et Jack. Ils enchaînent avec «Sitting On Top Of The World», «Politician», «Spoonful» et «White Room», la crème de la Cream. Boostés par ce concert, Jack et Gary composent d’arrache-pied : «City of Gold», «I’m In The Wings» et «Can’t Fool The Blues». Quand Jack suggère à Gary de faire appel à Ginger pour enregistrer les nouveaux cuts, Gary avale son thé de travers :

    — T’es vraiment sûr, Jack ?

    — Oh oui, Gary !

    Le monde entier connaît la relation d’amour/haine qu’entretiennent Jack et Ginger. Les voir tous les deux monter sur scène un soir, ça passe encore, mais de là à rester plusieurs jours de suite dans un studio, c’est une autre histoire. On ne peut donc plus parler d’album solo de Gary Moore, avec Jack et Ginger dans les parages. Ça devient le projet d’un groupe à part entière, il faut donc un contrat. On peut même parler de super-groupe. Alors, il faut aussi un nom. Ils sortent des trucs comme Rocking Horse, Mega Bite, Herbal Remedy, Piece Of Cake, Thrilled To Bits et Expanding Universe. Ça se termine avec BBM.

    Et curieusement, l’enregistrement se passe bien. Tout le monde trouve ça louche. Quoi ? Pas d’engueulades entre Jack et Ginger ? Comme Gary est un maniaque du timing, il demande à Ginger de jouer avec un click-clack et Ginger l’envoie chier. No way ! Par contre, Ginger se prête sans problème au petit jeu de l’ange, pour la pochette. L’album paraît en 1994 et le groupe part en tournée. Les gens à l’époque considèrent qu’il s’agit d’une reformation de Cream. «Il n’ont pas pu récupérer Clapton, alors ils ont pris Gary.» Des critiques vont même jusqu’à dire que Gary a out-Gibsonned et out-Marshalled Clapton. Et c’est là, en tournée, que les Athéniens vont s’atteignir.

    Premier set au Marquee et Gary n’amène qu’un Marshall 50 W. Jack fait installer ses trois bass rigs et bham ! It nealy blew me from the stage, s’épouvante Gary. On n’entend plus que la basse ! Après le concert, Gary chope Jack pour lui parler. Mais il tombe sur un os.

    — Je n’aime pas parler après les concerts, I have a rule, t’as pigé Gary ?

    — Oh oui Jack !

    Gary tombe ensuite sur Ginger qui fume sa clope sur le trottoir et qui lui sort, d’un ton acerbe :

    — Tu vois Gary, c’est ça qui a ruiné Cream. Jack joue trop fort.

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    Le groupe tourne en Europe et les meilleurs concerts sont ceux donnés en Espagne. Pour Gary, BBM est un magical band. On évoque dans la foulée la possibilité d’une tournée américaine, mais soudain, Gary se plaint d’avoir mal aux oreilles. Ça ne plait pas du tout à Ginger qui a vu Gary mettre son ampli à fond. Quoi ? Il vient ensuite se plaindre d’avoir mal aux oreilles ? Mais c’est n’importe quoi ! Ginger a raison, c’est n’importe quoi. Mais il n’est pas au bout de ses surprises. Voilà que Gary annule le concert du Zénith à Paris car il s’est blessé le doigt avec une agrafe. Ginger est obligé de se marrer. Il est trop con, ce Gary ! Même s’il se marre, Ginger est à cran. Toutes ces conneries lui tapent sur les nerfs. L’épisode suivant est celui du concert de Brixton : Gary veut répéter, mais Ginger ne veut pas. No way ! Ginger se met en pétard. Il rend Jack responsable de tout le bordel : «I’m gonna kill that Jack Bruce.» C’est là que le magical band BBM disparaît sans laisser de trace.

    Signé : Cazengler, Gary Morve

    BBM. Around The Next Dream. Virgin 1994

    Harry Shapiro. The Impossible Dream. Classic Rock # 243. December 2017

    La voie Spiritualized

    Jason Pierce et Sonic Boom occupèrent dans l’underground des années 80-90 sensiblement le même rang que le Gun Club, Gallon Drunk, les Cramps, The Make Up et les Saints, le rang réservé aux groupes influents. On parle bien sûr d’une influence toxique, d’un impact comato-critico cryptique.

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    Après s’être séparé de son compagnon Sonic Boom, Jason Spaceman mit le cap sur une nouvelle orbite, celle du gospel-trash-boom psychout so far out et il allait s’y consacrer corps et âme, avec Spiritualized. Mais il ne parvint jamais à stabiliser le line-up du groupe, pas plus qu’il ne parvint à stabiliser son hépatite. On ne sait pas combien de fois il a échappé à la mort, mais on sait que sa vie ne tient plus qu’à un fil.

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    S’il existait un hit-parade des albums soporifiques, Lazer Guided Melodies arrivait probablement en tête du classement. C’est d’un lymphatique qui dépasse largement les bornes. Notre pauvre Jason s’y traîne comme une larve. Le temps des Argonautes est révolu ! Le seul cut sauvable de l’album s’appelle «I Want You», car Jason y pique une belle crise de Stonesy. On sent chez lui un goût certain pour le groove fuselé, tu sais, celui qui file dans l’espace psychédélique des perversions chimériques. Il concocte aussi un petit spasme intitulé «Run» avec des petits blurps de Run Run Run pompés dans le Velvet. Dans un souci constant de velouter son son, bien sûr. Ah l’ouate ! Que serions-nous devenus sans l’ouate !

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    S’ensuit un Fucked Up Inside live paru en 1993. Très belle pochette. On y voit les pédales d’effets de Jason Spaceman dans un univers de couleurs saturées (Pomme U dans Psd). Comme on le constate à l’écoute de «Take Good Care Of It», ils sont longs à démarrer. On entend même Charles Bronson jouer de l’harmo. C’est vrai, on attend très longtemps l’entrée de la basse. Par contre, les bassistes se régaleront avec la belle version d’«I Want You». On y entend une bonne ligne de basse anglaise classique, jouée aux notes bien rondes sur de jolis escaliers de gammes de manche, plus quelques enroulés adroits et élégants glissés dans le feu de l’action. Et Jason nous rajoute un coup de sax de fusion au cul du cut. Excellent. Il manie avec brio le jeu des ralentissements et des relances de beat flappy. Dans «Medication», on retrouve les zones de torpeur et les molles poussées de fièvre qui lui sont si chères. C’est révélateur d’un état d’esprit et d’une pente fatale à la facilité. Mais les hauts sont beaux et bien tourmentés, car très bossus et bien gras du bulbe. Jason tape dans un vieux coucou des Spacemen 3, «Walking With Jesus», une pop d’allant maximaliste. On a là une très belle psyché bardée de treble de guitare de tripot de tripe de trappe avec un orgue qui sonne comme un appel au calme entre deux giclées de crème anglaise. De l’autre côté, il tape dans «Shine A Light» mais c’est trop long. Il faut être un hippie pour écouter des cuts aussi interminables. L’aventure se termine avec «Smiles». Jason reste bel et bien le roi des poussées de fièvre. Il connaît bien les ressources de la grimpette. Il fait doubler la batterie et envoie l’orgue se fourvoyer chez les nones, c’est-à-dire les cuivres. Il ne lui reste plus alors qu’à se glisser dans la faille. On assiste à une belle escapade dans le flux du son avec un sax de fusion aussi expiatoire que l’écartèlement de Ravaillac.

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    Sur Pure Phase paru en 1995 se niche une pure merveille intitulée «The Blues». Voilà un cut bien balancé au beat de chemises à fleurs et généreusement arrosé de wah-wah. Pur jus de mad psychedelia. On y retrouve le Jason qu’on admire, Jason le tenace. Il embarque son cut aux guitares de la mélasse et des souffleurs de cuivres injectent de grosses nappes de fusion. Admirable ! En Angleterre, personne n’ose s’aventurer dans ces régions avant-gardistes qui mélangent tous les genres. L’autre perle de cet album trop calme s’intitule «Lay Back In The Sun». Jason nous propose là une belle pop anglaise traitée à la sensibilité et pimpante d’accents chantants. Mais c’est la box du CD qui emporte tous les suffrages : on a là un objet véritable objet, un boîtier en ivoire mat poli et à couvercle coulissant, serti de part et d’autre de pastilles de titre argentées.

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    C’est avec Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space que Spiritualized décolle. En format CD, l’album se présente sous la forme d’une boîte de médicament : boîtage en carton et à l’intérieur, le moule plastique. Il faut décoller la membrane alu pour accéder au CD-médicament. Le tout bien sûr accompagné de l’inévitable notice laborantine indiquant les effets secondaires. Concept graphique génial. Ce n’est pas tout : on ne trouve pas moins de deux authentiques coups de génie lysergique sur ce disque, à commencer par «Electricity», heavy dose de violence sonique à la Spacemen 3, véritable attaque mortelle de la mortadelle. Ce sacré Jason sait faire exploser le concept du so far out. Tout y est : l’Angleterre, le son, l’attente, les épousailles, l’impossible, les descentes de basse imputrescibles et les relances de roller coaster, toute la grande jute du meilleur rock anglais avec les rebondissements apocalyptiques de basses élastiques, oh yeah, tout est yeah, la folie, l’empattement et le psyché dévolu. L’autre effroyable coup de génie s’intitule «Cool Waves», une énormité qui se met en place dans l’espace d’un bruitisme conséquent. Ça monte par vagues, comme la marée, et ça devient vite excessivement stupéfiant. Toute l’énergie du gospel vient fracasser le psyché des druggies d’Angleterre. Jason fait intervenir des chœurs de cités antiques et des trompettes en or massif. Et puis il y a cette horreur nommée «Cop Shoot Cop» amenée sur un petit groove inoffensif et que Jason Spaceman vient fracasser à coups de rafales de guitare, provoquant des désordres purement hallucinatoires. D’autres cuts comme «Come Together» frappent aussi l’imaginaire, car on sent poindre une réelle violence intentionnelle - C’mon come together - Jason cherche des noises à la noise et attaque au gospel de psychout so far out there. Il embarque aussi «All Of My Thought» dans une tempête qui se calme avant de se réveiller. Jason Spaceman joue avec le feu des tempêtes incongrues. Il va même jusqu’à les zébrer de piano bleu. Il fait donner de la trompette dans «No God Only Religion» pour rendre le son ultra-présent et il chante la beauté du crépuscule des dieux dans «Broken Heart». Ce mec a du génie pour dix.

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    Let It Come Down paraît quatre ans plus tard. Cet album est encore plus spectaculaire que son prédécesseur. On dit que ce malade de la perfection qu’est Jason Spaceman a fait jouer plus de cent musiciens sur cet album. Comme Phil Spector, il passe au rang de culte vivant. Jason attaque avec «On Fire» qui n’est autre qu’une charge frontale de power sludge, une vague d’assaut constituée du beat et de tous les instruments du monde. Il procède par jets salement bienveillants. Il est l’homme des idées brillantes et de la poudre aux yeux. S’ensuit «Do It All Over Again», une pop pleine de jus et baignée d’une incroyable lumière, digne des celle des Zombies de bonus. Jason joue une pop dense et merveilleusement fruitée. Eh oui, ce mec a un saint don d’ouverture. Il va bien plus loin que Belle And Sebastian ou Mansun. Encore de la belle pop insistante avec «Don’t Just Do Something», une pop si éblouissante qu’elle paraît se répandre sur la terre entière. Qui saura dire le génie de Jason l’Argonaute visionnaire ? Il est dans l’orthodoxie des moines grecs et dans l’aube du monde. Il échappe à tout. Avec «Out Of Sight», il invente un nouveau genre musical : l’évanescence panoramique. C’est exceptionnel de son et de vision. Jason travaille ses mélodies à l’extrême brillance de l’idée. On sent l’absolution du monde moderne et la création du delta du Nil, à l’ère des êtres nus. C’est bardé de gerbes d’instrus, noyé de brume électrique et cerclé d’exigence philharmonique. Il revient à un son plus musclé pour «The Twelve Steps» et il redevient terrible, mais à l’Anglaise. Il est digne de ses pairs les plus violents, tous Stones et Pretty Things confondus. Il fait en réalité de la pure Stonesy expéditive. Le son est tellement plein qu’il fait sauter toutes les cambuses une par une et il noie tout ça d’harmonica sauvage. C’est vraiment pulsé à la folie. Sur ce disque, tout est merveilleusement bien amené, comme on le constate à l’écoute d’«I Didn’t Mean To Hurt You». Il chante ça au petit accent cassé - I’m broken down and lonely - et il finit par relancer ses grandes vagues philharmoniques. Il engage aussi «Stop Your Crying’» à l’orchestration fataliste. C’est terrible de puissance. On ne résiste pas à l’assaut d’un hit aussi mélodique. Jason Spaceman serait donc le seigneur le plus puissant d’Angleterre ? Mais oui, car ce qu’il propose dépasse de loin ce que les autres proposent. Jason ne vit que pour la démesure de la beauté formelle. «Anything More» confirme que cet album est visité par la grandeur.

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    Amazing Grace fait aussi partie des très grandes heures de Jason Spaceman. Il met le feu aux poudres dès «This Little Life Of Mine», car voilà une extraordinaire stoogerie. Il baigne toujours dans ses antiques fascinations. Il est avec Sonic Boom le mec le plus stoogien d’Angleterre. Il passe au garage avec «She Kissed Me (It Felt Like A Hit)», mais on retrouve de vieux relents stoogy dans les mess around. Il passe une attaque de solo dévastateur, histoire de rester dans l’esprit éruptif des Stooges. Il ne s’en est jamais vraiment éloigné. Il envoie de sacrées tannées, des grosses nappes de son excuriatrices montées sur un beat têtu comme une mule. Toutes ces révolutions intrinsèques roulent comme les vagues au large du Cap Horn. Encore plus fascinant, voilà «Oh Baby», joué à l’atmosphérique. Jason semble travailler l’océan au corps. Il atteint au grandiose d’exception expatriarcale. La mélodie filtre la clameur d’un au-delà phosphorescent. En fait, ce qu’on entend là, c’est la musique du silence de la mort, la traversée du tunnel de lumière blanche. Nouveau coup de génie avec «Never Goin’ Back», une sorte de vieux garage déversé, gratté à la sévère et suivi à la cloche. Pur garage d’antho, avec tout le son du monde au rendez-vous et un solo en surtension. C’est à la fois lymphatique et rampant, infecté et râpeux, terrifiant et délicieux. Jason ramène ses trompettes en or massif pour «The Power And The Glory» : il y salue le diable et les quatre Cavaliers de l’Apocalypse. Avec «Cheapster», il rend un hommage terrible à Dylan, celui du speed sous expansion acide. C’est du «Maggie’s Farm» sous tempérance dévolue, une horreur, un contre-courant artérien, une folie subliminale, un rejet de greffe terminoïdal. Jason peut faire sauter le pavot de rats beiges et le pavé des rues borgnes. Il finit avec «Lay It Down Slow», un joli balladif qu’il explose à coups de guitare exterminatrice. Il gratte ses notes comme la bête de Gévaudan et chante avec les anges du paradis.

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    Quand Songs In A&E paraît en 2008, Jason Spaceman vient tout juste d’échapper à la mort. La pneumonie a bien failli avoir sa peau. On trouve sur l’album un bel hommage à Dylan intitulé «Yeah Yeah». C’est pulsé à la purulence du Maggie’s farm no more et puissant comme un hit des Dirtbombs. D’ailleurs, ce sont les Dirtbombs qui font les chœurs (Mick Collins, Troy Gregory et Ko Melina). L’autre coup de génie de l’album s’intitule «Soul On Fire», un fantastique balladif chargé de son et finement teinté de Stonesy, celle de «Wild Horses», mais le son de Jason est dix mille fois plus puissant - I got a hurricane inside my veins - Fantastique coup de maître piercien. Si on aime le macabre, alors on se régalera de «Death Take Your Fiddle», car Jason Spaceman demande à la Mort de prendre son violon and to play a song pour lui - I think I’ll drink myself in a coma - Mais il est plus vif que mort, car il enchaîne ça avec «I Gotta Fire», un cut qui sonne un peu comme «Gimme Shelter». Il retrouve sa veine mélodique avec «Baby I’m Just A Fool» et le dote d’un final éblouissant car complètement explosé de fusion cabalistique. Il retrouve aussi son cher gospel pour «The Waves Crash In». Jason y crée les conditions du gospel de la mort. C’est vraiment le son de l’au-delà, il sait de quoi il parle, il est déjà dans l’excellence de la partance, et il ne fait que traduire sa vision, comme le font tous ceux qui sont revenus de la mort.

    Eh oui, Jason Spacemen est un miraculé. D’abord une chimio expérimentale pour traiter l’hépatite - It did work - puis une double pneumonie, avec les deux poumons remplis d’eau, le cœur qui s’arrête deux fois et les agents des pompes funèbres qui défilent dans sa chambre. On le croyait mort. Et Jason Spaceman se voit navré d’apprendre que cette épreuve ne l’a pas beaucoup transformé, comme on le dit généralement - I was the same disappointing person I was when I went in - Il n’est pas sorti grandi de cet épisode.

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    Sweet Heart Sweet Light date de 2012. Jason Spaceman est alors sous traitement pour soigner l’hépatite. En réalité, l’album devait s’appeler Huh?, en écho aux effets du traitement. Jason Spaceman dédie l’album à Jim Dickinson, pas moins. Ça semble logique vu qu’on est avec cet album sur Fat Possum. Jason Spaceman tape «Hey Jane» dans l’esprit de Lou Reed - Get no breaks for your rotten life/ hey when you gonna die ? - C’est d’un lugubre sans nom. On le voit revenir après une fausse sortie. C’est un spécialiste des effets de manche - Sweet Jane on the radio - Il parvient à monter une chantilly extraordinaire. S’ensuit la pop envenimée de «Little Girl» - Sometimes I wish that I was dead/ Cos only the living can feel the pain - et ça s’envole vers le soleil des anciens Égyptiens. Jason Spaceman fond sa voix dans l’aveuglante lumière blanche d’un mysticisme inverti. On retrouve plus loin une belle lampée de psyché avec «Headin’ For The Top Now». Une fantastique ligne de basse traverse la chose - We should be headin’ for the top now little girl/ But I’ve been rotting here for years - Jason évoque certainement sa condition de star condamnée à l’underground. Il sort pour l’occasion une pièce de psyché dansante chargée de belle basse bourdonnante et crée l’une de ces fantastiques ambiances dont il a le secret. En C, on tombe sur «I Am What I Am», co-écrit avec Dr John - I’m the tide that pulls the moon/ I’m the planet that lights the sun - C’est chanté au fantastique groove de gospel de la Nouvelle Orleans - I am what I am/ Get it in my hand/ Hear what I say/ See what I am/ You understand - Groove terrible et presque chamanique hanté par chœurs fantastiques. Les deux ultimes merveilles de Jason le moribond se trouvent sur la dernière face, à commencer par «Life Is A Problem», lugubre à souhait. Franchement, on ne peut pas espérer plus glauque - Jesus please drive me away from my sin - Il fait l’apologie du désir de mort - And I won’t get to heaven/ Won’t be coming home/ Will not see my mother again/ Cos I’m lost and I’m gone/ This life is too long/ And my willpower was never too strong - En fait, c’est une confession d’une intensité exceptionnellement dramatique. Jason avoue tout simplement qu’il n’est pas fait pour vivre aussi longtemps. Il poursuit dans la même veine avec «So Long You Pretty Thing» - Help me Lord/ It’s getting harder cos I made a mess of myself - Et il nous sort un final héroïque - And all your dreams of diamond rings/And all that rock and roll/ Can bring you/ Sail on/ So long - Quelle stupéfiante manière de faire ses adieux après avoir régné sans partage sur l’underground britannique.

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    Au cours d’un papotage avec Piers Martin, Jason Spaceman annonce que son nouvel album And Nothing Hurts pourrait bien être le dernier. Avec un humour typiquement britannique, il ajoute qu’il espérait bien voir la maladie interrompre le processus d’enregistrement de cet album - Only to give me a break - Il est en effet tellement perfectionniste que ça n’en finit jamais. Il lui faut un an pour mixer un album. Il indique que pour lui, un album entier représente trop d’investissement. Et dans un terrible éclair de lucidité, il ajoute : «I don’t know if people want music like that anymore.» Eh oui, qui écoute encore ce genre d’album aujourd’hui ? Puis Piers Martin attaque l’exégèse des lieux communs : Pure Phase serait le résultat du montage de deux mixages différents, péniblement assemblés à la main, mesure par mesure. Vrai, répond Jason Spaceman. 155 musiciens auraient joué sur Let It Come Down. Faux. «Too many I think. There are rules for these things.» Tout le groupe viré après Ladies And Gentlemen. Vrai. «Their demands just became kind of... weird.» Il explique aussi qu’il passe énormément de temps sur son ordi à bricoler ses démos. Il avoue avoir utilisé les 260 pistes de Pro-Tools, mais ça finissait par tourner en rond - It was pathetic.

    Jason Spaceman raconte aussi qu’il avait demandé de l’aide à John Cale et à Tony Visconti pour finir Sweet Heart Sweet Light. Cale pas disponible et Visconti trop cher. Puis il s’est tourné vers Youth, mais ça a tourné au vinaigre. Jason Spaceman ne comprenait pas la méthode de Youth qui consistait à enregistrer des bouts et à les recoller. Stop ! On arrête tout ! Mais pour récupérer les bandes, il fallait payer les sessions. Le cirque dura huit mois. Finalement, Jason Spaceman préféra renoncer à tout. La seule idée de devoir retoucher à ces enregistrements l’indisposait.

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    Évidemment, la conversation bifurque et va droit sur Spaceman 3. On célèbre actuellement le trentième anniversaire de Playing With Fire. Piers Martin raconte qu’on a proposé deux millions de livres à Jason Spaceman pour reformer le groupe. Non. Pourquoi ? Parce que ça n’a pas de sens : «Pourquoi aller faire un truc inférieur à Spiritualized ?»

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    Dans Record Collector, Mark Beaumont revient lui aussi sur Spacemen 3, mais de façon plus travaillée, car il branche Jason Spacemen sur ses racines, alors on entre dans la caverne d’Ali-Baba. Mr. Spaceman achète son premier album chez Rugby’s Boots : Raw Power. Uniquement au vu de la pochette. Il ne savait rien des Stooges. Il voit Iggy in his silver pants et la photo du wild cat au dos. Et quand il écoute l’album, c’est le coup de foudre. Il rencontre ensuite une équipe de like-minded sonic adventurers au Rugby Art College, Pete Kember, Pete Bain, Narry Brooker et ils partagent leur monde fait de Cramps, de Gun Club, de Suicide, de Tav Falco, de T. Rex, de Troggs, de Monks, de Captain Beefheart, de Nuggets et de Staple Singers. Ils creusent encore vers Big Star, le MC5, Sun Ra et les Thirteen Floor Elevators. Ils finissent par monter leur groupe en 1982 - We were born of inhability. Nobody wanted to be better on guitar, nobody wanted to learn how to play faster riffs - Comme les Cramps, ils font une force de leurs carences techniques. Pas question d’apprendre à bien jouer. C’est là que Jason Spaceman prend feu : «Quand tu passes la bandoulière de ta guitare électrique sur ton épaule, elle joue déjà, avant même que tu aies plaqué un accord, et quand tu le plaques et que tu le joues assez longtemps, le son que tu sors devient le truc le plus important du monde.» C’est l’évidence. Le principe de base. Le cœur du mythe. C’est bien que ce soit un vétéran des drogues et du drone qui le dise. Il est l’un des mieux placé pour parler de ça.

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    Avec Spacemen 3, Pete Sonic Boom et Jason Spaceman se positionnent tout de suite en marge des modes de l’époque, comme les Mary Chain, d’ailleurs. Ils enregistrent la série d’hypnotic modern psychedelic albums que l’on sait et jouent des anti-gigs un peu partout en Angleterre, le dos souvent tourné au public. Leur cote monte jusqu’au moment où une shoote éclate entre Jason et Sonic à propos des droits d’auteur et de Kate Radley. Sonic trouve qu’elle influence trop le travail de Jason. Fin des haricots. Ils enregistrent le dernier album Recurring chacun de leur côté, chacun une face. En splittant, les Spaceman 3 rataient ce que les concessionnaires appellent une occasion en or : un label américain leur proposait un contrat de plusieurs millions de dollars. Jason Spaceman rappelle qu’il ne mange pas de ce pain-là - I’ve never made music for a financial gain - On appelle ça l’intégrité. Mais il paye ça cher, car il n’a pas de blé.

    Quand en 1991, il voit les Spacemen 3 se désintégrer, il se voit contraint de monter Spiritualized - I didn’t want to - Je n’ai pas confiance en moi. J’étais bien dans ce groupe car Pete avait de la confiance pour deux. Évidemment, Mark Beaumont veut savoir si Jason Spaceman a stoppé the hedonistic life. No more drugs ? Jason Spaceman répond à l’Anglaise. Il explique qu’à l’époque de la parution de Let It Come Down, il tombait du lit chaque nuit, et sa copine menaçait de le foutre à la porte s’il ne trouvait pas une solution pour arrêter ça. Alors il est allé acheter un matelas pour le mettre au pied du lit. Il se souvient aussi d’avoir oublié une bagnole pendant quatre ans à Abbey Road - I forgot about it. I left it at Abbey Road for the recording of that album for four years because I just wasn’t in a fit state to get it home - Oui, Jason Spaceman n’était absolument pas en état de ramener une bagnole à la maison. Il préférait le spaceship. Il ajoute qu’il a en perdu une autre du côté du studio Strongroom.

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    Et puis voilà que Jason Spaceman débarque à Paris. Inespéré. Pas de première partie. Deux heures de poireautage à l’ancienne, avec le cirque des techniciens qui n’en finissent plus d’accorder des guitares déjà accordées. On a beau se trouver dans l’ambiance magique du Cabaret Sauvage, ce cirque est insupportable. Et soudain, il arrive. Grand, maigre, lunettes noires, T-shirt blanc, jean et silver sneakers. Oh, pas tout seul, trois petites choristes black, deux guitaristes, une brillante section rythmique basse/batterie et un petit mec aux claviers dans un coin. Jason Spaceman s’assoit sur un siège haut face à son micro et attrape une Tele rouge à ouies. Présence immédiate. Derrière lui trône l’ampli marqué Mars (la moitié du logo plastique Marshall). Il attaque avec «Hold On», tiré d’Amazing Grace - The gospel according to Mr. Spaceman. On entre de plain pied dans quelque chose d’immédiatement grandiose qui nous dépasse tous autant que nous sommes, on sent quelque chose d’incroyablement puissant se construire couche par couche, les trois guitares se fondent dans les harmonies vocales. Il semble que Jason Spaceman atteigne à cette idée de l’apothéose jadis imaginée par Alexandre Scriabine, la fameuse mystique de l’extase. Jason Spaceman recrée exactement sur scène ce que Phil Spector créait au Gold Star, un mur du son, quelque chose d’extrêmement spectaculaire et beau à la fois. Il règne dans cette charge musicale une intensité de TOUTES les secondes. Chaque morceau semble construit sur le modèle d’une lente montée d’éléments soniques purement sensoriels destinés à fleurir pour se répandre dans le volume du chapiteau. C’est le principe même du gospel, art mystique par excellence. Jason Spaceman n’invente rien, sauf qu’il injecte dans son art tout le rock’n’roll dont il est capable, et un cut comme «Come Together» n’a jamais aussi bien sonné qu’à cet instant précis. On se sent littéralement convié à partager un moment exceptionnel. Ça va très loin. Une sorte de privilège. On croit même vivre un épisode unique et tellement parfait qu’il semble insurpassable. Il joue tous les cuts du nouvel album, il attaque chaque fois sur des phases de chant mélodique imparables, la beauté se confond dans le doux chaos du space-rock spacemanien. N’allez pas croire que cette énergie soit si différente de celle des Stooges. C’est exactement la même chose, le même genre de power viscéral, mais administré autrement. «Shine A Light» monte au cerveau de la même façon qu’un hit des Stooges ou de Sam Cooke. Bon, c’est vrai, ça prend un tout petit peu plus de temps, mais ça atomise les sens de la même manière, ça awsomise et ça trailblaze, ça wonderfulise et ça strike, si on avait la place pour le faire, on irait même jusqu’à se prosterner jusqu’à terre devant un tel shouter de gospel batch psychédélique.

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    Il ressort même le «Soul On Fire» de Songs In A&E, on peut jurer sur la bible que l’«On The Sunshine» tiré du dernier album compte parmi les plus grands hits de l’histoire du rock, mais celui qu’on retrouve sur l’album n’est rien, strictement rien en comparaison de ce qui se passe sur scène au moment où cette merveille sort de la bouche de Jason Spaceman pour se fondre dans l’apothéose sonique de l’avant-rock spacemanien. Tout est spectaculairement hors normes, il joue tous les cuts d’And Nothing Hurt dans l’ordre à partir d’«A Perfect Miracle» jusqu’à «Sail On Thought» et nous fait chaque fois grimper un échelon dans l’extasy cabalistique. Il revient pour un rappel avec «So Long You Pretty Thing» tiré d’Huh et une version faramineuse de l’intouchable «Oh Happy Day» des Edwin Hawkins Singer. S’il en est un qui peut se permettre ce luxe, c’est bien Jason Spaceman. Sans doute est-il le seul au monde.

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    On retrouve toutes ces merveilles sur vinyle. And Nothing Hurt entre dans la catégorie des très grands albums de rock anglais, ne serait-ce que pour ces deux Beautiful Songs que sont «Here It Comes (The Road) Let’s Go» et «The Prize». La première sonne comme un classique d’Americana délié aux triolettes de guitare - Here comes/ The road let’s go/ The radio/ As far as we can go - Cette façon qu’il a de placer son radio dans le creux de sa diction argentée ! On retrouve un fil mélodique à l’état pur dans «The Prize», qui s’apparente à une véritable atteinte aux mœurs, un coup de génie languissant - And I don’t know/ If love is the prize - Belle apothéose aussi, à la fin d’«On The Sunshine». Jason Spaceman et Sonic Boom ont toujours adoré le grand rock américain, il faut s’en souvenir. Il chante ses around comme Iggy, voilà un slab digne de l’âge d’or des Spacemen 3, foncièrement psychédélique, d’une grande violence - Celebrate your finst/ And the music of the spheres - Ça s’achève dans un tourbillon apocalyptique de chœurs de cathédrale et de chorus de sax. Même chose pour «The Morning After», monté sur un tempo plus soutenu et embarqué vers un final d’exaction cathartique de vibrillons de sax et de matière fusionnelle, un pur jus orgasmique d’élévation pentatonique, le cut n’en finit plus de vomir ce son d’anticipation, c’est un retour aux grandes heures de Ladies And Gentlemen, une fantastique excavation d’évacuation d’urgence. Avec «Damaged» qui ouvre le bal de la B, Jason Spaceman se rapproche de Lou Reed, il s’y montre mélodiquement pur, les syllabes s’écrasent mollement dans le time du temps - Darling I’m lost/ And damaged/ Over you - Vraiment digne de «Pale Blue Eyes». Il shoote une petite dose de Ronnie Lane dans «A Perfect Miracle» et enchante son refrain avec des gratouillis dignes de «Mandoline Wind». Puis il prend «I’m Your Man» au timbre fêlé. Il suffit de voir sa tête sur la pochette intérieure : oh la la, ça va mal ! Il porte avec Dan Penn et Ronnie Barron tout le poids de la Soul blanche sur ses épaules.

    Signé : Cazengler, despiritualized

    Spiritualized. Le Cabaret Sauvage. Paris XIXe. 23 septembre 2018

    Spiritualized. Lazer Guided Melodies. Dedicated 1992

    Spiritualized. Fucked Up Inside. Dedicated 1993

    Spiritualized. Pure Phase. Dedicated 1995

    Spiritualized. Ladies And Gentlemen We Are Floating In Space. Dedicated 1997

    Spiritualized. Let It Come Down. Arista 2001

    Spiritualized. Amazing Grace. Sanctuary Records 2003

    Spiritualized. Songs In A&E. Cooperative Music. 2008

    Spiritualized. Sweet Heart Sweet Light. Fat Possum Records 2012

    Spiritualized. And Nothing Hurt. Bella Union 2018

    Piers Martin. The Man Who Fell To Earth. Uncut #257 - October 2018

    Mark Beaumont. Hey Mr. Spaceman. Record Collector #484 - October 2018

    23 / 11 / 2018 – TROYES

    LE 3 B

    THE HILLBILLIES

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    Sale crachin breton sur le pare-brise, des milliers de gouttelettes qui diffractent la lumière des autos que l'on croise à l'aveuglette. Un temps de chien à retourner chez soi, mais l'appel du rock'n'roll triomphe toujours. Pas question de rater le dernier concert de l'année au 3 B, de surcroît les Hillbillies ont une sacrée réputation de jeunes tueurs, alors la teuf-teuf fonce à dans la bouillie de pois-cassés, saluée par les gilets jaunes regroupés depuis huit jours sans faillir sur un terre-plein de Romilly-sur-Seine, petite ville sinistrée de l'Aube...

    THE HILLBILLIES

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    Ne proviennent pas des Appalaches mais de Dijon. La moutarde du rock'n'roll leur monte rapidement dans le nez. N'ont pas commencé depuis quinze secondes que déjà vous avez le son qui tue qui déferle sur vous, le rayon extatique de la petite mort. Ne sont que trois pour se livrer en toute impunité à leurs exactions musicales. Alex, ses favoris en as de carreau lui mangent le visage, est à la contrebasse impeccablement cirée, Dim officie au chant et à la gretsch, d'un vert palmolive inamovible, au fond Maggio derrière sa batterie, l'a un regard d'aigle et d'acier qu'il darde sans arrêt sur ses deux comparses. Les guette à la manière des guerriers Apaches surveillant une troupe de pillards mexicains s'approchant de leur territoire. L'a intérêt à faire gaffe parce que devant ça remue salement.

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    Méfiez-vous des appellations incontrôlées, elles sont souvent trompeuses, les Hillbillies ne font pas spécialement du hillbilly. Pour les senteurs agrestes et campagnardes vous vous adresserez ailleurs. Pur jus rockabilly. Du sauvage, du concentré. Ce qu'il y a d'étonnant et de détonnant avec nos trois moutardiers c'est qu'ils jouent ensemble mais que vous avez l'impression que chacun tout seul se suffit amplement à lui-même. Et qu'à la limite deux sur trois absents l'on ne s'en apercevrait pas. Par contre la sourdine, ils ne connaissent pas, en trois sets, en comptant large, vous avez deux minutes trente durant lesquelles, la big mama et la batterie se sont tapés un petit solo, du genre nous aussi on sait le faire mais c'est encore mieux quand l'on fonce tous ensemble, tous ensemble, tous ensemble...

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    Dim gretsche comme pas un. L'a trouvé un truc qui vous scotche sec. Ne bouge pas les doigts, vous secoue le son comme pas un. Pas de pose à l'artiste inspiré, vous entendez mais vous ne voyez rien. Vous file la preuve avant l'épreuve. Une efficacité de toute éblouissance. L'air de rien, je m'occupe de chanter moi, la guitare c'est une affaire entendue, réglée depuis belle lurette. Pas besoin de convoquer un symposium pour décider de la note qu'il faut jouer. Et vous prenez de ces dégelées dans les oreilles à vous rendre fou. Pas le temps de s'ennuyer, vous plaque les unes après les autres de minuscules séquences sonores qui se succèdent à toute vitesse. Une habileté démoniaque, le gars qui vous croque une fresque de vingt-cinq mètres de long en moins de trois minutes. N'y a que sur le Peggy Sue de Buddy Holly qu'il condescendra à vous répéter l'espèce d'invraisemblable entassement rythmique si particulier du morceau. Sinon, il stride dur. Vous décoche des notes à la façon des carreaux d'arbalète, une dans la pomme posée sur votre tête, l'autre directement dans votre cervelle, parce que le rockabilly est une musique qui s'apprécie avant tout quand elle vous fait du mal.

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    Personne n'aimerait être à la place de Fredo, face à cet énergumène qui trille des oiseaux carnivores de sa guitare toutes les trois secondes, vous diriez qu'il n'y a rien à faire, qu'il se suffit amplement à lui-même, que vous feriez mieux de rédiger votre lettre de démission. Pas Fredo, le genre de mec que vous jetez à la porte de chez vous qu'il est déjà et encore à vos côtés comme s'il n'était jamais sorti. Une sangsue, une ventouse. L'a la big mama imposante. Tchic et tchic et tchac, bisque, bisque, rage, l'est là comme le python articulé de neuf mètres qui s'est enroulé autour de vous et qui vous mord à l'épaule pour vous rappeler qu'il est là tout contre vous au cas ( improbable ) où vous l'auriez oublié. C'est simple se sert de sa double bass comme d'une double batterie. L'est là et n'a aucune envie de décamper. La pustule du rockabilly, il la propulse, vous la catapulte à la manière des fleurs de cactus. En terme plus trivial nous dirions qu'il pousse au cul. Détient une partie du secret énergétique des Hillbillies, le temps perdu se rattrape toujours, suffit de ne jamais le perdre.

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    Donc à la troisième batterie Maggio. Maintenant vous comprenez pourquoi il scrute les deux mescaléros sortis de leur réserve devant lui. Les tambours de guerre c'est justement sa spécialité. La survenue aveuglante de l'éclair et l'ébranlement du tonnerre. S'est institué le point de jonction des deux dératés. Les poursuit, les suit, l'essuie les distance, les dépasse, les devance, tout cela en même temps, faut voir, la prestance impériale dont il se lève brutalement pour clore la charge de chevaux fous, et retenir d'une main une cymbale afin de la murer définitivement dans un silence cyclopéen.

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    Mine de rien Maggio est le chef d'orchestre occulte de ce combo soleil sans pareil. Z'ont trouvé l'épure du rockabilly, z'ont banni le gras, n'ont gardé que le miel, le ciel et le fiel de l'essentiel, sa nervosité, son agilité, sa rapidité. Sa force de frappe, son punch déstabilisateur qui vous envoie valser dans les étoiles. Plus le chant. Le rockabilly n'est pas un film muet. L'est comme les trois mousquetaires, réduit à la portion congrue du rock'n'roll trio, mais agrémenté de l'arme fatale. La flamme sans laquelle le bâton de dynamite n'est qu'une poignée sans valise. Se regardent tous les trois, échangent un sourire complice, Dim le crazy jette un coup d'oeil distrait sur la set list – de Joe Clay à Buddy Holly, de Slim Harpo à Johnny Cash en passant par Carl Perkins et Sonny Burgess – et hop il se jette dans le grand bain depuis le troisième étage du grand plongeoir et dans le temps intemporel de cette chute de l'ange vous avez droit à toutes les figures attendues, les interruptions brusques, les reprises hoquetantes, les inflexions croquignolesques, les exaltations pâmoisantes, les uppercuts glottiques, les inflexions menaçantes, toute la grammaire articulatoire du rockabilly déclinée à folle allure.

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    Les Hillbillies ont enfoncé les convictions. La complicité entre jeunes trentenaires au sommet de leur art et public de connaisseurs s'est installée naturellement. Invitent Alex, puits de science rockabillyenne et habitué du 3 B d'origine dijonnaise, à tenir la basse durant le rappel. S'en acquitte magnifiquement. Terminent sur un de leurs morceaux un blues qui aboie à la manière dont Howlin Wolf hululait les nuits de loup-garou.

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    La saison 2018 du 3 B se termine sur un coup d'éclat. Merci à Fabien pour ses splendides concoctations sonores, et à Béatrice la patronne sans qui rien ne serait possible et qui prépare quelques surprises pour l'année qui vient.

    Damie Chad.

     ( Photos : Béatrice Berlot )

     

    THE HILLBILLIES

    ( Old Rusty Dime Records / 2018 )

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    Crazy Dim : guitar & vocal / Alex Terror : double bass / Maggio : drums / Batman : saxophone.

    Pochette papier classe, glissée dans une pochette plastique transparente : fond noir et lettrage rouge pour le dos agrémenté d'une citation de Jimmie Rodgers, mais le meilleur c'est la couve, un dessin de Ludo, les Hillbillies sur une voie de chemin de fer, ce qui explique la présence de Jimmie Rodgers...

    Satan's train : l'on s'attend à un convoi funèbre qui fonce vers la mort à toute blinde, c'est beaucoup plus rusé que cela. Le Diable vous surprend toujours, n'est pas uniquement le grand cornu dégoûtant, sait avoir la classe, la veste cintrée et le style. Les Hillbillies sont sur les rails, s'ébranlent lentement et soudain le vocal mord le basalte des remblais, la guitare de Dim ne s'arrête jamais dans les gares sinon pour les catastrophes ferroviaires, la big mama de Fredo vous fait le grand écart sur le toit des wagons à l'intérieur des tunnels, la batterie de Maggio se contente de battre le rappel du rock'n'roll. Sober man blues : ( + Flo : chorus / Jimmy : rhythm guitar ) : une promesse d'ivrogne. En tient une bonne couche. Pour le blues vous repasserez. C'est du rockab obstiné qui vous arrive direct sur la gueule comme le crotale qui surgit enfin de la bouteille de Jack dans lequel il était enfermé depuis dix ans. Le pauvre gars l'a avalé tout droit, étonnez-vous ensuite s'il hoquette dans ses socquettes jusqu'à la fin du morceau. Luisant comme ces renards dans lesquels vous pataugiez à la fin d'un bal honky tonk. No title : rumble-surf avec le sax qui s'égosille sans fin. A la fin Dim hurle comme si on lui clouait les arpions sur le plancher. Un truc qui s'écoute tout seul et qui s'écroule comme un tsunami sur votre misérable existence. Roboratif et rotor hâtif.

    Damie Chad.

    TUKA / JALLIES

    ( Tuka-TheJallies-2017 )

    Céline : chant / guitare / caisse claire / percussions / kazoo

    Kross : contrebasse / chant

    Leslie : chant / guitare / caisse claire / percussions

    Thomas : guitra / percussions / chant

    Vanessa : chant / guitare / caisse claire / percussions

    Drame cornélien dans les chaumières. Que choisir ! Vers lequel des deux artefacts se portera votre cœur ! Le vinyle, ou le CD ? Au premier abord une reproduction à l'identique mais miniaturisée. Le premier possède l'avantage de la pochette, le second offre un petit livret en plus. Une seule solution s'impose : les deux. Pas un de plus ( quoique si vous n'avez pas eu la primeur premier CD, vous pouvez vous mettre en chasse car il est détestable de passer pour le blaireau de service ), pas un de moins ( mais un moins qui est un must ).

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    Donc la pochette. Surprise. Z'ont les trois plus belles filles du 77, et pas une sur la couve. Même pas les deux garçons. Par contre, une réussite graphique comme l'on n'en voit peu. Sur fond gris le J majuscule à forme stylisée de fibule romaine avec ce rose princesses aux petits pois blancs. Sur le linéaire du bas, le chat poète qui regarde les étoiles ( les amateurs de Fantômette apprécieront ) plus haut le tampon officiel the Jallies swing'n'roll band, le stigmate distinctif que tous les adorateurs du groupe ont pris l'habitude de se tatouer sur le front à l'encre sympathique en signe de reconnaissance et d'affiliation à une association secrète destinée à dominer le monde, et puis le coup de génie : les lyrics de Turtle Blues de Janis Joplin, car les filles ne sont pas des broutilles, elles ont la langue et la vie bien pendues aussi tranchantes qu'une faucille.

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    Tuka : z'ont des voix qui papillonnent nos princesses, glissent comme emportées par une brise printanière, prennent un peu d'altitude mais pas trop, ont tout de même envie de ne pas s'échapper, elles aiment le risque, sur ce la guitare de Tom se met à miauler comme si elle donnait des coups de pattes, alors faut les entendre avec leurs voix satinées de mijaurées aguichantes, du coup Céline joue du kazoo pour se moquer de vous, et elles vous font enrager toutes en chœur parce que leur cœur à elles il virevolte au soleil. I love you ( but I've chosen rock'n'roll ) : grondements et grincements de guitares, il y a des choses plus importantes que l'amour dans la vie, le rock'n'roll par ( unique ) exemple, Vanessa déclare sa flamme au rock'n'roll et les sœurettes vous font des harmonies pour film emphatiques de série B. Faut l'avouer sur ce morceau les guys vous montrent un peu ce que c'est que le rock. Les gals ont accepté, une fois n'est pas coutume, le rôle d'admiratrices. Elles s'en tirent très bien d'ailleurs. Groupies un jour, Jallies toujours. Du rouge à nos lèvres : rien à voir avec une pub pour les rouges à lèvres, un hymne à Dionysos, tout est vain sauf le vin – remarquez les ronds de verre en filigrane sur la pochette – sont prêtes à tout pour une nuit avec lui, et une fois qu'il a pénétré dans la nacre de leur chair, elles s'animent les pomponnettes un peu pompettes, le kazoo se prend pour une trompette et le tout éclate en une symphonie vocale, mais elles se reprennent toute douces comme si elles soufflaient la chandelle de l'ivresse pour des nuits rouges de désir encore plus longues. Vous avez la permission de rêver. Cry baby : vous n'aurez pas le temps de pleurer. S'amusent comme des petites folles, jusqu'à Kross qui vous tresse des choubidou-scoubidou à grosse voix d'ogre, un véritable dessin animé, le kazoo qui aboie comme un saxophone enragé, la guitare de Tom qui vous enluminure des chinoiseries, et les délurées qui vous font des claquettes sur la caisse claire, et leurs voix entremêlées qui montent et descendent les escaliers de l'impertinence. La vie en rose : au début cela ressemble à une chansonnette d'amour sur des gouttes de contrebasse mais derrière la guitare de Tom se tortille à la Django – normal quand les poulettes au croupion énamouré sont au poulailler le Reinhart n'est pas loin – et en avant la fiesta, le chant s'anime et le monde vous prend des teintes du plus beau rose et les copines joignent leurs timbres les plus suaves, c'est parti pour le bal qui batifole. Paris night : une virée à Paris, attention messieurs nos demoiselles sont des buveuses d'âme. Un véritable drame. Les goules sont de sortie, tant pis pour vous. Parce que pour l'auditeur c'est un régal, une harmonie sans égale entre l'accompagnement et les voix, ensorcelantes, un flot de beauté et de liqueur rouge sang. Rockin' Cats : se la jouent rockeuses, partent à la chasse aux chats. Elles sont la proie et les chasseresses. S'amusent comme des folles, elles ont des voix d'adolescentes perverses, et sourient sans vous regarder. Vous les suivrez jusqu'au bout de la nuit sans avoir à le regretter. Blue drag : une intro de guitare angoissante suivi d'un intermède au kazoo aussi long qu'un gazoduc, les Jallies nous montrent tout ce qu'elles et ce qu'ils peuvent faire, ça défile à toute vitesse, à chacun, à chacune son tour de piste, une démonstration de sport de combat, sans temps mort, en trois minutes un condensé de Jallies le plus pur. Gars efficients, filles scintillantes. Vous ne trouverez pas mieux. Chianteuses attachiantes : autoportrait avec filles. En français pour être sûres que vous comprenez. Se mirent dans les yeux des gars, et puis leur tirent la langue. L'art de la mise en boîte ( aux petits pois ). Un petit air country d'insupportables gamines à la June Carter du temps de ses quatorze ans. Une réussite. Le chat : encore un autoportrait mais déguisé, et avec chat. Les manzelles vous font mille chatteries pour vous annoncer qu'elles vous mènent par le bout du nez, où elles veulent, comme elles veulent, quand elles veulent. A les écouter vous ronronnez de plaisir. Oui, c'est bien chat. The Jallies : on n'est jamais mieux servi que par soir même. Après le dithyrambe à Dionysos, le péan aux trois déesses. L'hymne officiel du Jalliesland. Vous ne pouvez vous empêcher de taper du pied et de le fredonner tout en remplissant votre demande de naturalisation. Les fillettes tirent un feu d'artifice vocal en leur honneur et vous applaudissez à en mourir.

    Non ce n'est pas fini, une dernière pépite. Un dernier verre de rouge pour la route. Le coup de l'étrier. Attention c'est du sérieux. Du lourd. Du grave. Les boys se sont conduits en gentlemen, z'ont mis les filles à l'abri, elles se chargeront des chœurs. Elles font ça très bien ( comme la cuisine et le ménage ). Kross se lancent dans un Tutti Frutti des mieux venus. Avec un solo de dix secondes de Tom pointu comme une aiguille à tricoter qui s'enfonce dans votre œil. Derrière les oiselles piaillent et s'envolent comme si leur vie en dépendait. Revenez-vous vite les tourterelles, sinon l'on va s'ennuyer !

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    Du swing à gogo. Brillance et pétillance. Le groupe arrive à une maturité confondante. Conjugue l'aisance et la joie de vivre. Vigne folle et vendange enivrante. Les Jallies en elles-mêmes telles que nous les aimons. Ce deuxième disque est une rose carnivore qui dévorera votre âme.

    Damie Chad.

    ROCKABILLY GENERATION N° 7

    ( OCTOBRE / NOVEMBRE / DECembre / 2018 )

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    Ils ont osé, ils ont mis une fille en couve. ( Philippe Manoeuvre raconte qu'une gerce en tête de Rock & Folk équivaut à trente pour cent de ventes en moins ). Y en avait déjà une sur le numéro 3, mais ça ne compte qu'à moitié puisqu'elle était avec son boyfriend. Oui mais à voir la plantureuse assurance d'Annie Leopardo, vous comprenez qu'elle n'a besoin de personne pour survivre dans la jungle. Rien qu'à la voir vous zieutez que c'est une bombe à manipuler avec précaution. L'est d'ailleurs la proue chantante des Booze Bombs. Se raconte sans chichi, d'origine sicilienne, née en Allemagne, possède l'assurance tranquille des gens qui ont réussi à faire ce dont ils rêvaient tout petits, pour elle c'était chanteuse. Vous trouverez dans la 352 ième livraison de KR'TNT ! du 14 / 12 / 2017 le compte-rendu du concert explosif de la dame au 3 B...

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    Hommage aux pionniers, cette fois Greg Cattez évoque Buddy Holly. Mort trop tôt. ( Ce qui est déjà mieux que de mourir trop tard. ) Que serait devenu Buddy Holly, comment sa carrière aurait-elle évoluée ? L'eut de grands admirateurs, notamment les Beatles... Buddy portait-il le futur du rock'n'roll ou avait-il simplement une carrière à gérer... n'empêche qu'il avait un son de guitare fabuleux et que son rock relève d'une esthétique très personnelle.

    Suivent un panorama photos, Cavan se taille la part du lion, du Festival Rock a Billy de La Chapelle Serval du mois de juin, un article sur la reformation des Scamps, groupe français des années 80, le gros dossier sur Annie Leopardo, et petit nouveau dans la basse-cour, Dylan Kirk, dix-huit ans, une renommée internationale, et un jeu de pumpin' piano à la Jerry Lou qui accroche les amateurs...

    Page 29, Marlow le marlou, égrène ses souvenirs et se raconte. Pas besoin de poser des questions, n'y a qu'à l'écouter. L'a commencé comme beaucoup par Hendrix et Rolling Stones, mais la commotion c'est Elvis en 1968 – année éruptive – à douze ans d'intervalle le King aura initié deux générations au rock'n'roll, je ne vois pas qui a pu faire mieux ( et même autant )... l'histoire continue avec les Stray Cats en 1981 et la naissance des Rockin'Rebels... Pour ceux qui ne connaîtraient pas, Tony vient de sortir une Anthologie : 1978 – 2018. Je plains les malheureux qui n'ont pas cette merveille dans leur besace.

    Petit détour par la Bretagne, Bourgneuf en Retz début août, 18 ième concentration US & Rock'n'roll Culture avec les Booze Bombs, les Hillbillies ( coucou les revoilou ) et les Naughty Boppers que je n'ai pas encore vus, ce qui est un véritable scandale... Le numéro se termine sur des photos du Béthune Retro.

    Nouvelle maquette plus aérée, le numéro évolue, Sergio Kazh prépare deux nouvelles rubriques pour le 8. En attendant lisez le 7, ne ratez pas l'aventure quand elle est en train de se dérouler. Vous le regretteriez plus tard.

    Damie Chad.

    ( Photo : FB : Sergio Kazh )

    Editée par l'Association Rockabilly Generation News ( 1A Avenue du Canal / 91 700 Sainte Geneviève des Bois), 4 Euros + 3,60 de frais de port soit 7, 60 pour 1 numéro. Abonnement 4 numéros : 30, 40 Euros ( Port Compris ), chèque bancaire à l'ordre de Rockabilly Genaration News, à Rockabilly Generation / 1A Avenue du Canal / 91700 Sainte Geneviève-des-Bois / ou paiement Paypal maryse.lecoutre@gmail.com. FB : Rockabilly Generation News. Excusez toutes ces données administratives mais the money ( that's what I want ) étant le nerf de la guerre et de la survie de toutes les revues... Et puis la collectionnite et l'archivage étant les moindres défauts des rockers, ne faites pas l'impasse sur ce numéro. Ni sur les précédents. Attention N° 1 et N° 2 et N° 3 épuisés.

    ROCKAMBOLESQUES

    FEUILLETON HEBDOMADAIRE

    ( … le lecteur y découvrira les héros des précédentes Chroniques Vulveuses

    prêts à tout afin d'assurer la survie du rock'n'roll

    en butte à de sombres menaces... )

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    EPISODE 9 : PREPARATIFS HÂTIFS

    ( Preparato Estudioso )

    L'on est arrivé au petit matin chez Popol, mais   le Chef et moi  sommes repartis aussitôt accomplir une dernière formalité, me in the teuf-teuf, le Chef dans le fourgon que nous avons jeté dans une gravière de Nogent. Y eut un gros glouglou et puis plus rien, les gravières de Nogent ne rendent jamais leurs carcasses. Durant le retour nous avons quelque peu philosophé :

      • Chef, nous avons les trois cassettes mais nous n'en sommes pas plus avancés, que donc l'Elysée voulait-il en faire ?

      • Agent Chad, votre impatience dénote une personnalité insatisfaite, vous ne savez pas profiter de l'instant présent, apprenez à ne pas vous projeter dans le futur, le sage chinois l'a maintes fois réaffirmé, un Coronado non fumé a autant d'insignifiance qu'un Coronado déjà fumé, mais ce qui est pure jouissance et présence métaphysique de l'Être est le Coronado que l'on est en train de savourer.

    CONSEIL DE GUERRE

    Popol nous offrit un plein verre de moonshine polonais qui nous fit si grand bien que nous en reprîmes quatre ou cinq d'affilée. Assises à une table Darky et Claudine échangeaient des souvenirs, à l'autre bout du comptoir Cruchette et les quatre musiciens – nous les appellerons désormais Eric 1, Eric 2, Eric 3, Eric 4, pour mieux les distinguer, leur prénom danois à consonance gutturale étant difficilement prononçables pour des palais civilisés – s'amusaient follement :

      • Chef, ils sont fous ces nordiques, ils me versent du Moonshine dans la culotte, cela me fait tout drôle !

    Mais nous n'y prenions pas garde, l'heure était aux plus graves décision.

      • Combien de spectateurs avez-vous prévu pour le set de Darky ce soir, s'enquit le Chef.

      • Entre quinze cents et deux mille, pour Darky j'ai fait un effort, ce soir ce sera une soirée open bar, Moonshine Polonais en libre service !

      • Mais Popol, le bar ne contiendra jamais une telle foule, et tu as compté le nombre de bouteilles de Moonshine nécessaires !

    Mais Popol avait tout prévu. L'avait passé un accord – il tenait à en garder pour l'instant les clauses secrètes – avec le cirque ZAVATIPAS qui campait fort opinément à l'entrée de la ville sur un terrain vague. L'arrivée pétaradante de deux gros camions rouges nous convainquit aisément des capacités organisationnelles de Popol. Déjà une équipe de gros bras commençaient à décharger dans la rue de gros madriers qu'ils soulevaient comme des fétus de paille et devant nos yeux émerveillés en trois demi-heures ils eurent tôt fait de monter une longue estrade avec sono et projos... Pendant ce temps, le second poids-lourd cul contre l'entrée du café déchargeait des dizaines de caisses de Moonshine, Popol nous avait demandé de sortir car soutint-il les gars avaient besoin de ne pas être gênés dans leur mouvements pour les entreposer dans la cave...

    A dix heures du matin, tout était prêt. Il n'y avait plus qu'à attendre les réactions des autorités.

    PREMIERE ESCARMOUCHE

    Elles ne se firent pas attendre, quatre gendarmes descendirent d'une estafette et se dirigèrent vers Popol :

      • Monsieur - l'officier avait cette arrogance obséquieuse des fonctionnaires sûr de leur mauvais droit – nous ne doutons pas que vous ayez une autorisation pour installer une estrade aussi extravagante, toutefois la Municipalité nous a fait savoir qu'elle n'en avait délivré aucune.

    Popol sourit avec cet air bête que les commerçants arborent lorsqu'ils présentent une note arnaqueuse au client pigeonné, se contenta de tirer de la poche arrière de son jean une feuille pliée en quatre qu'il tendit au Capitaine. Celui-ci la déplia, entreprit d'y jeter un coup d'œil distrait et désapprobateur, mais eut tout de suite un haut-le-corps, sa face s'empourpra telle une pivoine écarlate, sa main se leva pour un bref salut militaire et d'un pas rapide, suivi par ses sous-fifres silencieux il rejoignit son véhicule réglementaire qui démarra sur les chapeaux de roue. Popol replia soigneusement la feuille et nous sourit :

      • Autorisation préfectorale, mes amis, croyez-vous que je fournisse gratuitement en Moonshine Polonais la préfecture pour les parties fines de ces messieurs censés veiller à la dégradation des mœurs de leurs concitoyens, sans contre-partie ?

    UN REVENANT

    Les amis des animaux trouveront que Molossa ne s'est pas trop montrée depuis deux épisodes, qu'ils ne s'inquiètent point, elle est sous le comptoir devant un grand bol de Moonshine que Popol lui a amoureusement préparé... La vérité historique des faits m'obligent à rapporter qu'elle en a bu de vaste lampées et qu'elle est dans un état semi-comateux. C'est pourtant elle qui poussa le wouaf d'alerte ! Le danger s'approchait, par la glace du café nous ne voyions rien, toutefois au bout de trois minutes, nous entendîmes un léger toc-toc à peine inaudible mais qui allait s'amplifiant... Molossa grogna... il était indubitable que l'ennemi approchait...

    Nous n'en crûmes pas nos yeux, dans l'embrasure de la porte apparut la maigrichonne silhouette de L'Inspecteur Divisionnaire des Douanes, il brandit fièrement sa canne, sa face de cul s'illumina d'un sourire d'extrême jubilation :

      • N'ayez crainte Monsieur Popol, je ne viens pas vous embêter pour quatre malheureuses bouteilles de Moonshine Polonais, une vieille affaire, sur laquelle l'administration des Douanes dans une incompréhensible mansuétude a décidé de passer l'éponge. Toutefois, selon un coup de téléphone d'un informateur secret, en témoignage d'amitié je me permettrai de vous apprendre qu'il s'agit de notre valeureux capitaine de gendarmerie, il paraîtrait qu'un gros camion rouge du cirque ZAVATIPAS – nous nous intéressons depuis quelque temps à ces forains qui se livrent à un étrange va-et-vient de semi-remorques entre la charmante cité de Provins et la lointaine Pologne, mais je m'égare, pourquoi vous livré-je les informations confidentielles de nos services, bref si cela ne vous dérange pas trop Monsieur Popol, j'aimerais visiter, un simple coup d'œil, votre cave, j'espère que vous n'y voyez aucun empêchement ?

    Popol se précipita. Je ne l'avais jamais vu aussi obséquieux, des Monsieur l'Inspecteur Divisionnaire à lécher l'anus d'un bouc dans une cérémonie diabolique, des prévenances à n'en plus finir, des ''je vous ouvre la trappe'' serviles, des ''je vous allume la lumière'' d'une voix chevrotante, des ''attention à la quatrième marche un peu usée'', un esclave qui court chercher le fouet avec lequel le maître lui arrachera la peau du dos... Je ne sais si au dernier moment l'Inspecteur Divisionnaire des Douanes hésita mais lorsqu'il sentit la truffe chaude de Molossa sur son mollet gauche, il descendit prestement les marches, l'on entendit toc-toc-toc-toc-toc-toc-toc-toc et puis plus rien. Au bout du comptoir le Chef alluma un Coronado et Popol se mit à essuyer ses verres en compagnie de Cruchette...

    Une heure s'écoula dans un silence relatif, quatre douaniers en uniforme surgirent brutalement.

      • Nous cherchons Monsieur l'Inspecteur divisionnaire, l'avez-vous vu ?

      • Bien sûr, il est descendu à la cave, il doit y être encore ! Popol était tout sourire...

      • Toutefois il me semble l'avoir vu remonté, j'étais en train d'allumer un Coronado, mais il me semble qu'il est ressorti, laissa échapper le Chef.

    Revenus de leur vérification les quatre uniformes semblaient intrigués :

      • Il n'était pas là, mais nous reviendrons regarder d'un peu plus près ce qui se trouve exactement dans ces centaines de cartons, là nous n'avons pas le temps, mais dès que nous aurons récupéré Monsieur l'Inspecteur Divisionnaire, nous nous livrerons à une visite méthodique.

    Popol leur proposa une tournée mais ils refusèrent, d'un ton rogue, arguant qu'ils étaient en service commandé. A peine étaient-ils sortis qu'il farfouilla dans un placard pour en extraire un vieux Nabuchodonosor vide – je me permets de rappeler au lecteur peu versé en champagne qu'il s'agit d'une bouteille de quinze litres - qu'il entreprit consciencieusement de remplir en y versant quinze litres de Moonshine. Souriait de toutes ses dents le Popol, il rangeait la dive bouteille dans le placard, lorsque Cruchette s'exclama :

      • Vous avez vu dehors !

    L'AVANT-CONCERT

    N'était même pas midi et la rue était déjà noire de monde. Des hordes de punks aux crêtes démentes pactisaient avec des bikers bardés de cuir, toute la faune rock, cats, goths, métalleux, fifties, skins, de la région parisienne s'était donné rendez-vous devant chez Popol. Popol trouva vite de l'aide, dix grands gaillards descendirent avec lui dans la cave et formèrent une chaîne sous les applaudissements déchaînés des assoiffés. Sur la chaussée s'élevaient des pyramides qui atteignaient les étages supérieurs des maisons. L'on avait beau se précipiter pour sortir les bouteilles, il en venait toujours. Popol fut porté en triomphe, les filles se l'arrachaient, l'était couvert de rouge à lèvres des pieds à la tête, faisait le modeste '' Ce n'est rien, un en-cas, j'ai prévu cinquante mille bouteilles, non ce n'est pas beaucoup, je compte sur deux mille participants, un petit Hellffest, une misérable soirée ! Pour ceux qui auraient une petite faim, dans une demi-heure un camion ZAVATIPAS dix tonnes de sandwichs et cinq tonnes de chips !'' Mais il n'était pas seul à connaître la gloire. Lorsque les Eric eurent expliqué en mauvais anglais qu'au Danemark le truc le plus fun consistait à remplir les culottes des filles de tout ce qui vous tombait sous la main, la foule – y avait maintenant près de cinq mille pèlerins - se sentit l'âme danoise, je préfère ne pas vous raconter les scènes de folie érotique qui s'en suivirent, l'on se sentait transporté, dans le Jardin des Délices de Jérôme Bosch, Molossa reçut mille caresses, chacun voulait son selfie avec elle, l'on se disputait pour lui offrir le saucisson des sandwichs, en bonne chienne sage et bien élevée, ne voulant peiner personne, elle s'empiffrait à éclater. L'apparition de Darky provoqua un moment de stupeur. L'on n'avait jamais vu une fille lookée comme cela. Tout de suite elle eut des imitatrices, des filles retiraient leur tampon hygiénique pour décorer leur T-Shirt... une après-midi de rêve. A neuf heures pile les Svart Butterflies montèrent sur scène. L'on comptait déjà quatre ou cinq fan-clubs, devant l'estrade, ils n'avaient pas encore joué une note que c'était une cohue indescriptible, Les Eric ( 1, 2 , 3 ) accordaient leurs guitares, le 4 tapotait doucement la grosse caisse de la fanfare du cirque ZAVATIPAS... C'est à ce moment-là que le Chef me fit signe :

      • Agent Chad, cette nuit va être la plus longue de votre vie !

      • Oui Chef, un concert extraordinaire, la légende du rock'n'roll ! Plus tard, dans les siècles à venir, les lecteurs se précipiteront sur mes Mémoires pour lire un témoignage écrit par un témoin de l'évènement !

      • Agent Chad, ne soyez pas stupide, heureusement que je veille, regardez aux extrémités des deux rues et derrière les vitres des fenêtres des maisons !

    Je jetais un coup d'oeil aux endroits indiqués par le Chef. Mon sang se glaça.

      • Euh ! Chef , si j'étais vous j'allumerai un Coronado !

      • Que croyez-vous que je sois en train de faire, agent Chad !

    ( A suivre ).

  • CHRONIQUES DE POURPRE 242 : KR'TNT ! 362 : Mr AIRPLANE MAN / THE GOON MAT & LORD BENARDO / VELLOCET / THE ATOMICS / THE FOUR ACES / AMHELL & THE CRACK-UPS / JALLIES

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 362

    A ROCKLIT PRODUCTION

    LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

    22 / 02 / 2018

    Mr AIRPLANE MAN / THE GOON MAT & LORD BENARDO

    VELLOCET / THE ATOMICS / THE FOUR ACES /

    AMHELL & THE CRACK-UPS / JALLIES

    Hey Mr Airplane Man play a song for me - Part Two

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    Rien qu’avec un nom de groupe comme celui-là, la partie est gagnée d’avance : Mr Airplane Man, en l’honneur de Wolf. D’ailleurs, dès qu’on prononce le nom de Wolf, Margaret jette les bras au ciel et fait Ahhh ! Margeret et Tara ont eu le bon goût ce choisir le bon nom, comme le fit jadis Brian Jones pour les Rolling Stones, en hommage à l’autre géant du coin, Muddy. Et la partie est encore plus gagnée d’avance dès lors qu’elles tapent quasiment en début de set dans The Unapproachable Pathos Burns d’«Asked For Water».

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    Elles féminisent l’inféminisable, elles brassent le brut, elles oum-kalsoument le loup, elles rawent dans les brancards, elles rallument d’antiques brasiers, elles jouent avec le feu, oui, c’est exactement ça, elles fuckent le fake, elles charment le souvenir du vieux dieu noir et l’ancrent dans notre pauvre actualité deux-mille-dix-huitarde, elles shootent le blues dans le cul d’un temps qui n’en finit plus de rendre gorge, Margaret le chante de tout l’interior de son Luxe de fan, elle l’ondule du genou, elle le fouette en demi-teintes de demi-caisse, elle le plaint et le geint à la bonne mesure, elle ahoooooote sans la ramener, elle fâche deux ou trois accents, mais se prélasse dans le groove d’un blues magique et Tara le bat si soft, si mesuré, si juste qu’on s’en effare à chaque mesure, il faut la voir compter le temps du blues avec les épaules, elle offre un spectacle fascinant à elle toute seule, elle tient le beat de Wolf en laisse, elle chaloupe plus qu’elle ne bat, elle incarne le cœur du blues comme seuls des cracks de la trempe de Sam Lay ou Ted Harvey savaient le faire, et quand Margaret se rapproche de Tara pour communier, alors elles mangent le corps du blues.

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    Elles transmutent le plomb de la Gasoline en galantine d’organdi. Et lorsqu’elles tapent dans un registre plus architectural, elles poppisent l’ambiance, «Not Living At All» relève d’une certaine admirabilité des choses, Margaret le chauffe d’une voix chargée de sortilèges, elle pose son regard clair sur le monde et gratte doucement sa grosse guitare noire. Elle s’échappe par des petites pointes d’aho-ahooo, et Tara la soutient dans les affres de la plus fine complicité.

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    Et comme si réveiller le fantôme de Wolf ne suffisait pas, voilà qu’elles réveillent celui d’Hooky avec «Up In Her Room», aw yeah, Margaret ramène la transe du deep ole niggah dans le champ des blancs, une vibe qui remonte à la nuit des temps et que l’électricité modernise à outrance, c’est le son le plus rock qui se puisse imaginer, un seul accord et des petits riffs insalubres, pas la peine d’aller chercher midi à quatorze heures, tout est là, et cette diablesse de Margaret envoie quelques giclées de bottleneck, histoire de rouler le raw dans la farine, shake it to the one, elle chante à pleine voix et sa langue chuinte dans la croyance primitive. Elles n’en finissent plus d’y croire dur comme fer. Elles hantent si bien leur «Let It Go» qu’on se croirait dans une cabane du bayou encerclée par les alligators au yeux fluorescents.

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    Ou pour aller chercher une image un peu moins tintinesque, on pourrait dire qu’on se croirait dans le juke-joint de Junior Kimbrough, car c’est exactement la même lancinance, celle qui monte au cerveau et qui retourne les yeux au fil de la transe. Elles ressortent le vieux «Black Cat Bone» histoire d’envoyer une nouvelle giclée de jus dans l’œil du cyclone. Bienvenue dans l’enfer du paradis de la slide impavide, Margaret y va de bon cœur, elle n’est pas avare comme le sont les Cauchois, elle rajoute des tournées de sliding à gogo et comme Cochise elle décoche dans la caucherie tout le chaud des champs, cette violence qui date d’un temps où on forçait les nègres à travailler de l’aube jusqu’à la nuit. Alors, sors ton black cat bone, niggah, et maudis le patron blanc. Quand on écoute ça, on comprend que la colère, la seule qui compte et qui consiste à s’élever contre l’injustice, a enfanté des merveilles : le blues d’un côté et l’Internationale de l’autre. Personne ne peut rester insensible au charme des deux, pas même un porc. Elles repartent en mode North Mississippi Hill Country Blues avec «I’m In Love» monté sur un beau riff enroulé et Margaret l’emmène directement au firmament de la rockalama de Rocamadour, ça ne fait pas un pli, Tara nous bat ça des épaules, avec cette espèce de puissance contrôlée qui fait d’elle une batteuse de rêve. C’est si bon que Margaret glousse, on patauge dans l’excellence, hank you so much, elles n’en finissent plus de remercier le public, il règne dans la salle une stupéfiante ambiance de connivence et elles terminent leur set avec un «Travelin’» signé Greg Cartwright, the Memphis connection, histoire de boucler la boucle. Tara bat ça au tambourin, Margaret l’harangue à la volée, ça balance à la java, elles jivent le contexte du travlin’, muent leurs voix en une seule feinte, tous les beats du monde sont dans l’air, Margaret et Tara atteignent à l’universalité.

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    Comme le nouvel album tarde à paraître, on doit se contenter de l’existant, mais quel existant, baby ! Tiens, par exemple The Lost Tapes, un album mis en circulation voici trois ans et qui propose une cassette perdue et retrouvée par Margaret dans sa cave. Cette cassette remonte à leurs débuts.

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    En vraies fans de blues, elles tapent dans le vieux Fred McDowell avec «Sun Sinkin’ Low». Elles enchaînent avec Wolf et «Commit A Crime» qu’on retrouvera sur l’album Moanin’ paru en 2002. Le texte de Tara fait tout le charme de ce disque, car elle raconte les circonstances de leur rencontre avec Matthew Johnson, le boss de Fat Possum : le soir de leur arrivée, il leur fit un petit plan hitchcockien. Il les fit asseoir devant son bureau et il se mit à nettoyer son flingue devant elles. Tara raconte aussi une nuit d’aventures à la Nouvelle Orleans et la rencontre d’un trafiquant d’alcool qui leur vendit une bouteille d’absinthe. Sur cet album, elles tapent aussi dans le Gun Club avec «Love Of Ivy». Margaret s’en sort avec les honneurs, car elle cherche en permanence l’effet de bottleneck enragé. Alors elle gratte comme une folle et secoue ses genoux, comme si elle twistait à Saint-Tropez. La bombe se trouve en fin de B : «Hanging On A Thread», du pur garage avec Bruce Watson aux maracas. C’est enregistré dans son trailer, comme le précise Tara, et dans des conditions extrêmes, puisqu’ils viennent de siffler la fameuse bouteille d’absinthe - C’mon C’mon ! - C’est solide et bardé de viande, ça ferraille dans la déglingue. Elles shootent dans leur boogie du diable toute l’hypno de bastringue du North Mississippi Hill Country Blues, sans doute la meilleur du monde avec celui des Soufis du Riff marocain. Elles ont ça dans la peau. Bruce Watson joue le thème à l’orgue, à la vie à la mort. Rien d’aussi demented.

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    L’autre petite merveille disponible se trouve sur le bandcamp des filles. Cadeau du Professor. Ça s’appelle Bits And Pieces, une collection d’outakes de leurs albums parus sur Sympathy. Dès «Foxtrot», on sent le souffle, celui du riff de notes binaires. Margaret joue ses vagues de trash, mais à volonté. Même principe qu’un buffet de restaurant chinois. On pourrait appeler ça un instro Salvadeur de Salvador. Allende, bien sûr ! Elles tapent dans le vieux «Lil’ Red Riding Hood» de Sam The Sham, idole considérable chez les connaisseurs d’Amérique et elles en font du gluant de petite vertu, un vrai régurgitage de mini-jupe. Et paf, voilà «Over That Hill», tiré d’une session avec Greg Cartwright, un heavy blues explosif chanté à l’ingénue libertine, complètement dyslexé au trash de distorse, on vendrait son père et sa mère pour un son pareil. Rien d’aussi énorme sur cette pauvre terre. Elles tapent ensuite dans le «Blue Lite» de Mazzy Star, Margaret fait sa Hope et ça sandovale à gogo, mais c’est «Back To The Room» qui emporte la bouche et tous les suffrages, oui, car voilà le boogie du raw to the bone, clair à en pleurer, impérissable et magistral. Terminus avec «Slippering», un heavy blues de rock démentoïde. Margaret chante à peine au dessus du bordel, c’est tellement plein de son que le spectacle devient visuel. Le cut se noie dans le trash, help ! et une voix répond Yeah ah ooow, ça paraît con, écrit comme ça, mais c’est exactement ce qui se passe sous nos yeux globuleux. Margaret y va tant qu’elle peut, comme si elle jouait son ultime va-tout, son raout de la fin des haricots, burn baby burn alors oui, elle burn.

    Signé : Cazengler, Mr Planplan Man

    Mr. Airplane Man. Les Nuits de l’Alligator. Le 106. Rouen (76). 8 février 2018

    Mr Airplane Man. The Lost Tapes. Moaning Records 2015

    Mr Airplane Man. Bits & Pieces. Bandcamp delights

     

    Goon Mat the Hoople

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    Aussitôt après le set, the Goon Mat installait son mersch. Comme il parlait français, ça fluidifiait les échanges.

    — On vous a entendu à la radio !

    — Ah bon ?

    — Au Dig It Radio Show !

    Il ne connaissait pas.

    — Le morceau s’appelait «Little Girl», je crois...

    — Non, c’est pas «Little Girl», c’est «Lil’ Girl»

    La conversation prenait une tournure bizarre.

    — D’où venez-vous ?

    — De Liège, en Belgique.

    Le savoir belge, ça détendit aussitôt l’atmosphère.

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    Sur scène, ce mec jouait le blues comme un dieu. Le privilège de l’âge renforçait encore son imposante stature, comme si le fait de porter une belle barbe blanche conférait une sorte d’autorité divine. Comme son mentor Beat-Man, ce vétéran de toutes les guerres jouait de la guitare assis derrière un bass-drum. Il dégageait tellement d’énergie qu’il aurait pu chauffer tout un immeuble. Il jouait ses riffs sur des guitares vintage, réunissait toutes les conditions du régularisme gras et swinguait le beat des deux jambes. Ce blues-rock dude sortait tout droit d’un monde magique, celui du North Mississippi Hill Country Blues. Il avait ce qu’on met parfois une vie à chercher : un son. Cet authentique fan de blues voyageait de ville en ville pour porter la bonne parole, comme jadis les troubadours. Et diable, comme cette parole pouvait se révéler vitale, en ces temps de peste et de médiocrité rampante. Il ne forçait jamais, le blues hypnotique de Rural Burnside et de John Lee Hooker coulait de lui comme de source.

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    — Tu le vends combien l’album ?

    — Vingt !

    — Oh, il est sur Voudou Rythme !

    — Oui, on est sur Voodoo Ryzem !

    S’ensuivit un interminable hommage à tous les géants ressuscités par Fat Possum, T-Model Ford, Rural Burnside, puis the Goon Mat indiqua que Beat-Man l’avait dirigé sur Jim Diamond, d’où le son de l’album, et quel album !

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    Il s’appelle Take Off Your Clothes. Attention, ça mord dès «Because Of You» : sens du beat parfait, voix nichée dans le meilleur écho du temps, ce mec a tout bon. Lord Benardo chevauche side by side, il accumule toutes les virulences, à la meilleure mode d’alerte rouge, il nous refait la pétaudière à Walter Daniels qui refaisait déjà la pétaudière du grand Little Walter Jacobs. On sent le son de la meilleure désaille et dans un genre aussi difficile, ça devient un véritable exploit.

    C’est exactement ce qui se passait sur scène : Lord Benardo instillait des crises de demented harp dans l’hypno tentaculaire du Goon Mat. Quel ballet ! Lord Benardo se transformait en une sorte de tempête à deux pattes pendant que the Goon Mat se dressait comme un phare dans la nuit. Extraordinaire complémentarité. Un ying et un yang d’électrons libres. Tout le bien qu’on peut vous souhaiter est de pouvoir choper ces deux mecs sur scène.

    The Goon Mat cite The Legendary Tiger Man parmi ses chouchous, mais curieusement, il ne connaît pas Chicken Diamond.

    — Pourtant, il a trois albums sur Beast !

    — ...

    — Mais si, un mec de Thionville !

    — ...

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    C’est en lisant la track-list au dos de la pochette que la lumière se fit : le cut entendu à la radio s’appelle «Lille Girl» et non «Lil’ Girl». Ce n’est tout de même pas la même chose. On a là une véritable pépite de trash-punk blues pulsée de l’intérieur du menton et activée à coups de yeah avec une magnanime relance de beat au deuxième couplet. Ce mec a un talent fou. Il sonne si juste qu’on peine à le croire blanc. S’ensuit un «Babe» joué à l’heavyness prévalente. The Goon Mat harangue le petit peuple pendant que Lord Benardo aligne de savantes tortillettes d’harp no more. C’est absolument troublant de justesse.

    The Goon Mat indique qu’il va évoluer sur un son plus «actuel», avec des samples. C’est d’ailleurs ce qu’avait réussi à faire Rural Burnside en son temps, il avait réussi à ramener des machines dans son groove d’hypno pur jus et ça marchait. Au fond, chacun sait que la vraie modernité vient de gens comme Fred McDowell et Rural Burnside, comme elle vient de Miles Davis, de Monk et de Coltrane.

    Toute l’A de Take Off Your Clothes est somptueuse. Avec «Get Down With You», ils restent au niveau d’alerte symptomatique, c’est-à-dire éminent et incendiaire, avec une parfaite aisance et un choix d’angle parafait. De cut en cut, l’album devient passionnant. C’est tellement rare qu’il faut le dire quand ça arrive. Ils se livrent à une petite confession bon enfant avec «Conception Of The Blues». The Goon Mat monte ça sur un vieux riff d’Hooky et le chante à l’accent roulant des festifs liégeois - Oh the bluez - On assiste à de jolies montées en température, bien vibrillonnées par ce diable de Benardo. Comme Sisyphe, ils montent leurs bluez jusqu’en haut de la montagne. Heureusement certains cuts sont un peu moins intenses, ce qui permet au lapin blanc de reprendre son souffle dans la lande.

    Sur scène, the Goon Mat relança son grand beat à deux jambes pour embarquer le morceau titre de l’album au paradis. Il sonnait comme un big band de harp blues à lui tout seul, tout en affichant une sorte de calme olympien. Pas de rivière de smokin’ sweat comme chez Beat-Man, tout l’art du Goon Mat reposait sur un contrôle subtil des éléments. Chacun de ses départs de beat n’en finissait plus d’épater, on le voyait tenir le cap du beat droit sur l’horizon et filer les nœuds comme le plus léger des brigantins.

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    D’autres merveilles guettent l’amateur de blues en B, notamment «Dance With Me», bien hypno, un honey dance witte me en hommage à Rural Burnside, d’une justesse de ton imparable. Ces deux mecs ont repris le flambeau, avec une sorte de classe qui en dit long sur leur passion. Avec Cedric Burnside, Left Lane Cruiser, the North Mississippi Allstars et les deux Liégeois, la relève est assurée.

    Signé : Cazengler, the good mite

    The Goon Mat & Lord Benardo. Les Nuits de l’Alligator. Le 106. Rouen (76). 31 janvier 2018

    The Goon Mat & Lord Benardo. Take Off Your Clothes. Voodoo Rhythm 2018

    BEHIND THE BLACK DOOR

    A ROCK'N'ROLL SESSION

    VELLOCET

    Le rock'n'roll tel qu'en lui-même. Réduit à l'essentiel. Quatre gars, un groupe : Eric Colère ( chant ), Christian Verrechia ( basse ), Hervé Gusmini ( batterie ), Bruno Labbe ( guitare ). Enregistré et mixé en deux jours à la maison. Pas encore artefacté, seulement disponible sur plate-formes, demandez le lien à emarechal9@yahoo.com. Au final un album splendide. Envoûtant. Une musique qui se colle à vous et dont vous ne pouvez vous défaire. Noire et brillante. Sans effet particulier. Si ce n'est cette éblouissance qu'apporte une formation qui joue ensemble, chacun se fondant dans le son collectivisé. Pas d'esbroufe, mais une présence instrumentale indéniable. J'ai écouté trois fois le ''disque'' rien que pour la frappe goûteuse Gusmini sur ses cymbales, des éclats de soleil noir qui trouent la nuit, et ce travail de basse de Verrechia, une menace sourde omni-présente, à vous faire regarder sous le lit et entre les draps le soir avant de vous coucher. Fleur du mal empoisonnée. Quant à Labbe l'a la guitare ensorcelante, pas véritablement de riffs, une longue phrase d'une flexibilité étonnante, faites gaffe, du genre à vous passer le nœud du coulant autour du coup sans que vous vous en aperceviez. Colère, en anglais et en français. Timbre expressif. Vous fout le coup de tampon nécessaire à l'envol des morceaux. Vol de corbeaux sur les toiles de Gauguin. Indispensable.

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    La haine : un serpent noir glisse sur le plancher, ayez peur, l'est-là pour vous, se love sur vos genoux, vous apporte le plus merveilleux des cadeaux celui qui exclut tous les autres : la mort. Un des titres les plus vénéneux du rock français. Rythmique lourde, guitare ensorcelante, vous emmène jusqu'au bout du tunnel. La voix métaphysique d'Eric pose la question essentielle, celle de la finitude humaine. N'oubliez pas qu'il est des interrogations qui sont des réponses. Musique noire, visqueuse, tâche de cambouis excédentaire, marée noire sur votre âme. Cette lèpre insidieuse rigidifie votre cadavre. Vous n'auriez jamais dû passer le seuil de cette porte. Loosing you : vous croyiez avoir traversé l'épreuve suprême, ce qui vous attend est encore plus inquiétant. Cette guitare vous démantibule morceau par morceau. Délitement. Pire que la mort qui est une totalité, le manque, la perte de l'intégrité essentielle, une batterie aussi lourde et solennelle que le Crépuscule des Dieux à elle toute seule, et ce que je n'avais jamais entendu encore, la voix d'Eric qui grogne s'enroule sur elle-même et vous tient le rôle du solo de guitare, les autres autour comme les flammes de l'enfer qui jouent aux papillotes avec la douleur du corps qui se tord sur le bûcher de la souffrance intérieure. Des caillots de basse comme une procession funéraire, et ces coups de cymbales qui vous tailladent la chair sans rémission. Au nom de Dieu : seule la colère, la rage et la révolte permettent de vivre. Vellocet à fond la caisse. Un trait de feu. L'homme ne sera libre qu'une fois qu'il aura égorgé les dieux. Ouragan revendicataire, tout emporter, tout bazarder, bélier de bronze contre les contraintes carcérales des croyances. Coup de pied dans la fourmilière des idées fausses. Vellocet nettoie votre cerveau. Karcher monstrueux dans vos synapses. Si vous l'avez oublié, Vellocet vous le rappelle : le rock'n'roll est une musique violente. Alerte noire : Zone Dangereuse. Au-delà de cette tornade, vous serez livré à vous-même. Monday morning blues : blues vicieusement vitaminé, ça tangue comme une mer qui furieuse précipite la coquille de noix de votre individualité sur les récifs, pas le temps de réfléchir, le mouvement s'accélère, guitare tranchante, basse de fond, batterie implacable, le vocal d'Eric clame la catastrophe annoncée, l'est comme l'écume blanche qui indique le lieu du naufrage. Bloody Monday. Mona Lisa : une basse qui sonne comme les ondes du désir fou qui court sous la peau des hommes. Une batterie qui hache la chair, la guitare klaxonne pour vous avertir du danger. La beauté tue plus sûrement qu'une balle qui vous traverse la tête. Faut entendre Eric répéter le nom de Mona Lisa, l'on dirait qu'il mâche le chewing gum du rut. Le morceau se termine par un rugissement collectif de fureur. Femme, ultime épreuve. De satiété. Sex and rock'n'roll valent autant qu'amour et poésie. Shotgun House : le combo rebondit comme une balle de squash sur le mur des prisons internes. Sept balles dans votre cœur de cible. Un morceau sans pitié. Deux minutes vingt sept secondes de malheur. Et de foudre. Aurions-nous supporter une seconde de plus ? Sniper définitif. Macho : le reptile du mentir-vrai s'insinue vers elle, Vellocet plus visqueux que jamais, sédition de la séduction, Vellocet déroule des anneaux de promesse de stupre paradisiaque, consentement et contentement sont chacun d'un côté de la barrière des relations humaines, la musique s'alourdit et s'arrondit, elle épouse les courbes de la perfide tentation de la voix du Serpent qui tendit la pomme à Eve. Refus ou acceptation. Inutile de se plaindre après. Laisse-moi : plénitude du rêve et sentiment de déperdition. Homme partagé. Blues et idéal aurait dit Baudelaire. Déchirements intimes. La musique de Vellocet embrase la douceur majestueuse des fleuves qui roulent des flots d'une puissance extraordinaire.

     

    Un chef d'œuvre absolu.

    Damie Chad.

    17 / 02 / 18TOURNAN-EN-BRIE

    LE 101 . FERME DU PLATEAU

    RIP IT UP / Party 3

    THE FOUR ACES / AMHELL & THE CRACK-UPS

    THE ATOMICS

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    Préfère ne pas compter les années depuis que je n'ai pas mis les pieds à la Ferme du Plateau. Ce doit être depuis le Rip It Up. Party 2. Ne suis pas le seul à entendre les exclamations qui fusent «  Ah, oui, je reconnais la salle ! » … L'on retrouve les murs et bien mieux encore des têtes que l'on n'avait pas vues depuis longtemps. Accueil sympathique, coiffeur spécialisé es-bananes, et disc-jockey pour les amateurs de danse. Pas mon cas.

    THE FOUR ACES

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    Les quatre as. Le grand jeu. A tous les coups vous êtes sûrs de remporter la mise. Le rockab, tel que vous en rêvez la nuit. Le jour aussi. Entre chiens et loups, encore plus. La foi, le feu, la foudre. C'est juste du rock'n'roll, combien tristes ceux qui n'aiment pas ça ! Honey Bun pour commencer la partie. The party. Un régal. Faut voir Laurent. Droit dans sa veste. Guitare en travers. Jeu d'épaule à la Cochran et c'est parti pour cueillir les marguerites au vibromasseur. Le jeu du fou, le sourire du renard, la hargne du chacal qui s'acharne sur les vieux os brisés et inusables du rock'n'roll. Numérotez vos abattis, Thierry Gazel est à la basse bourdonnante. L'a fait japper tant qu'elle peut, n'arrêtera pas de tout le set, se pend à vos frasques et ne lâche plus le morceau. Carlos est au drumin'. D'une seule main. Temps, contre-temps et tout le tintouin, fin sourire aux lèvres et maracas mexicaine dans sa dextre. Vous donne la mesure exacte, celle qui vous permet de comprendre le sentiment de démesure que porte en lui le rockabilly. Marco est à la lead et à la chemise tahitienne. Vous plante les banderilles à l'instant fatal. C'est cela le rockab, l'art fugace de l'instant, vous avez dix secondes de célébrité dans un morceau mais c'est amplement suffisant pour sortir vos griffes. Si vous ne le croyez pas, rentrez dans la cage aux tigres du rockab, et revenez nous donner vos impressions.

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    Laurent est à la fête. Vous sort les mimiques et les simagrées du rockab. Un art plus difficile que le trapèze. Un clin d'œil trop appuyé, un sourire trop épanoui, c'est raté. Totalement râpé. Un art du mime qui ne s'apprend pas. Cela s'acquiert d'instinct, même pas besoin de voir une vidéo ou des photos. La musique seule vous dicte les attitudes. Et Laurent excelle en cette pantomime. Faut aussi la voix. Sans laquelle vous passez par la case sortie de route. Un timbre et des intonations. Et puis se laisser guider, savoir saisir cet instant magique où l'on cesse d'être en représentation pour se laisser aller, se laisser porter et emporter par cette graine de folie qui pousse dans l'herbe folle du rockab.

    Laurent et sa gueule de corsaire. Verbe haut qui contient toutes les balafres, toutes les gerçures de la vie, et cette fureur joyeuse de vivre malgré tout envers et contre tout. Les titres défilent, I'm Crazy About You, When You're Gone, Baby Take Me Back, I'm Commin' Home, drames, comédies et tragédies. Les mettre en scène, de la voix, du geste, d'un mouvement brusque du corps, d'un regard ombrageux ou complice, ne s'agit pas de chanter, mais de créer l'émotion foudroyante à partir de lyrics d'une écriture assez simple, d'atteindre à l'universel des situations existentielles archétypales. Le rockab n'a qu'une cible, le cœur.

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    Et ce soir The Four Aces ont été impériaux. Pas un gramme de graisse en trop. Les nerfs et les tendons tendus à l'extrême. Et pourtant c'était leur dernière danse. Leur dernière prestation. La dernière date. Le dernier rencart avec leur public. Le dernier baiser de feu. Et pas une once de tristesse. Pas une once de nostalgie. Pas de pleurs. Pas de trémolos. La joie pure. Only rockabilly.

    Merci, les Four Aces !

    AMHELL & THE CRACK- UPS

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    Pour une fois je commencerai par la fin. Après le set. Deux écoles se font face. Celle qui n'a entendu qu'Amhell Barefoot, celle qui n'a vu que Pascal Hammann. Pour le batteur, David Giudicci, pas de problème, tout le monde est d'accord. Faut le dire. A part deux ou trois initiés, personne ne connaissait le groupe. Je ne compte pas les tricheurs qui sont allés glanés sur le net. Dans ces cas-là on craint le pire. L'on a eu le meilleur. Un groupe qui sort du lot. Pas tout à fait comme les autres. Des franco-suisses. Pas spécialement pur rockab mais pleinement dedans. Les deux mecs sont spécialement énervants. Réglons son cas à David. Indubitablement vient du jazz. L'est assis modestement devant ses caisses. Pas le genre de gars qui voue la joue à l'épate, aucune fanfaronnade, entre deux battements il donne l'impression de s'ennuyer, de n'avoir plus rien à faire, vous aimeriez l'engueuler, lui dire de se mettre au boulot fissa, mais non, l'a fait son job, l'air de rien, l'a même balayé et passé la serpillère. Irréprochable. Et sa manie de glisser ses bras comme des serpents nonchalants qui ne sont pas pressés de se mettre à l'ombre, un coup d'œil vers Pascal, ça c'est pour toi, une œillade vers Amhell, ne t'inquiète pas, pas de retard dans la livraison, voici ton dû. Pour lui, rien, David accompagne, déroule le tapis pour les copains, l'aplatit et arrange les franges au mieux pour les deux autres, c'est son trip, vous voulez un batteur, en voici un, attention je ne suis pas un bateleur. Bosse pour vous, mais pour ma promo personnelle, je fais confiance à la qualité de mes prestations, pub inutile, et il vous sourit et vient vers vous dans son costume impeccable ( même pas élimé aux manches ).

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    ( Photo FB : Amhell & the Crack-ups )

    Au début j'ai zieuté Amhell – rocker et Amhell sont des mots qui vont très bien ensemble – mais au quatrième morceau, m'a forcé à m'occuper de son cas. Avec sa guitare jazzy aussi épaisse qu'un dictionnaire je l'avais un peu snobé, mais au cinquième titre j'ai dû dire amen à Ammann. Le mec irritant. Enervant. C'est simple, il peut tout faire. Tout. L'a les doigts clef à molettes, vous accroche les cordes à l'endroit idoinement exact et leur fait rendre la note parfaite. Celle dont vous avez besoin. Celle-là et pas une autre. N'imaginez pas un quart de ton au-dessus ou au-dessous, ou un accord davantage ceci et un peu moins que cela. Une facilité déconcertante. Le mec qui court un marathon sans une goutte de sueur, sans un grain de poussière, sans un cheveu déplacé. Le gars qui survole son sujet. Pouvez passer commande, du jazz ; en voici du pas naze, du country : celui-ci n'est pas contrit, du blues : vous offre le choix du roi, du rhythm'n'blues : en rythme et de toutes les couleurs, pour le rock : c'est choc, pour le hillbilly : c'est pas riquiqui, pour le rockab, toujours du rab. Quand il a sorti un solo à la Sonny Cedrone, j'ai déclaré forfait, trop c'est trop. Trop fort.

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    M'en suis allé pleurer dans les jupes de maman Amhell. Bien trop jeune pour être ma mère, mais elle m'a consolé. De sa voix. Je vous épargne les distinguos des copains, ceux qui affirmaient qu'elle avait une attaque plus forte que Wanda Jackson et ceux qui reconnaissaient des réminiscences de Janis Martin. D'abord elle se distingue de ces deux reines car si elle chante, c'est en se jouant de sa contrebasse. Big Mama et True Fine Mama côte à côte, la première en justaucorps de bois vernis et la deuxième dans sa robe blanche ornée de grosses clefs de sol, une magnifique rose tatouée sur son mollet, d'autres qui dépassent un peu partout, vous aimeriez bien cueillir le bouquet entier, mais non les rockers ne sont pas des sagouins. Tout le monde écoute sagement un sourire béat sur les lèvres. L'a la voix ronde comme les notes qu'elle tire de son instrument, perles que les deux guys enchâssent d'un tapis de percale. C'est le trio des facilités. Elle chante comme l'oiseau sur la branche, avec une aisance naturelle, qui vous rend malade de jalousie. Rire roucoulant et chant de gorge comme gouttes de pluie ruisselante. Ondée bienfaisante. Âme plutôt édénique qu'infernale !

    Grosse impression sur le public qui acclame et applaudit à tout rompre.

    THE ATOMICS

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    Flegmatiques, tous les trois. Un, deux, trois, c'est parti ! Le rockab dans sa nudité électrique. Renaud à la contrebasse, Pascal à la batterie, Raph au chant et à la guitare. Raph à la guitare. Une démonstration éblouissante. Nous avons déjà eu le premier de la classe. Mais là, l'on change de catégorie, l'on passe dans la hors-classe. Jusqu'au bout du rock'n'roll. Eblouissant. Fulgurant. Seuls sont les indomptés. Un mur de glace vertigineux, à escalader à mains nues. Six cordes et dix doigts. Derrière, ça suit.

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    Renaud, le grand Renaud, taciturne, légèrement voûté sur sa contrebasse, sourira à peine lorsque Raph signalera que tel ou tel morceau ont été composés par lui. Pascal, au fond, en pointe inversée du triangle, attentif, pas une seule fois pris au dépourvu par les raccourcis chromatiques de Raph. Appelez Renaud et Pascal, une section rythmique si vous le désirez, moi me font l'effet de cette digue jetée dans la mer par les soldats d'Alexandre pour parvenir à prendre pied sur les remparts de Tyr. Une espèce de rouleau compresseur monstrueux qui s'avance sur vous pour vous apporter la mort et pire encore, ce sentiment de la défaite annoncée, ce goût d'amertume de savoir que l'ennemi vous est infiniment supérieur. Un serpent de feu dont rien n'arrêtera l'avancée. Si évident qu'il faut parfois leur prêter une oreille plus qu'attentive pour saisir cette pulsation continue qu'ils insufflent sans cesse, un speedground infini, une trajectoire idéale, droit devant, sans arrêt, sans reprise, sans étape.

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    Un Raph survolté. Rien qu'à sa manière d'entonner les premiers vocaux, vous comprenez qu'il est venu pour cracher toute la hargne du rock'n'roll. Et cette guitare. Une folie. Une tuerie. Aucune recherche d'effets, ne gambade pas, ne batifole pas après les belles sonorités avenantes qui vous sourient, pour les égards et les jeux de séduction, ce sera la grande déception. Raph joue de la guitare, il refuse de s'abaisser aux courbettes et aux politesses démonstratives. La ligne droite est le plus court chemin du rock'n'roll. Ce n'est pas qu'il joue vite, c'est qu'il a éliminé toutes les courbes qui vous éloignent du sujet, même si c'est pour mieux y revenir, directly in the fire, au cœur du brasier, au centre de la fournaise, l'a trouvé la formule algébrique qui fait que les cordes parallèles d'une guitare se rencontrent toujours selon les points les plus chauds de l'incendie intérieur qui embrasent votre pulsion de vie. Le rock'n'roll n'est pas une musique. Mais un art de vivre plus intensément.

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    Les Atomics ne font pas de quartier. Combo hot-rod. Tout et tout de suite. Dans la salle l'on passe de la jouissance pure à la sidération. Jusqu'où iront-ils ? Comment s'arrêteront-ils ? L'aiguille est dans le rouge. Nous avons dépassé le stade de l'extase et un brouhaha de folie s'amplifie, l'on n'arrête pas une fusée comme l'on descend d'une bicyclette, le set est terminé, mais c'est une fausse nouvelle, un fake, une intox, ne parlez même pas de rappel, une exigence partagée par le groupe et le public, les Atomics galvanisés continuent sur leur lancée, poursuivent leur chemin jusqu'au bout du rock'n'roll. Une prestation hallucinante. Le genre d'expérience dont on ne sort pas intact. Un de ces moments-limite qui permet de prendre conscience que nous sommes constitués de la même semence de feu que les étoiles et les Dieux.

    Les Atomics ont tout donné. On a tout pris.

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    Damie Chad.

    (Sauf indication contraire : Photos : Sergio Kazh : Rockabilly Generation News )

    L'EXTRAORDINAIRE AVENTURE

    ( featuring the Jallies )

    Parfois l'Histoire de l'Humanité se précipite. En quelques heures la science effectue de considérables sauts épistémologiques. Au moment où l'on s'y attend le moins. D'improbables conjonctions aléatoires d'évènements sans relations causales produisent dans les cerveaux des plus grands chercheurs des déclics de compréhension foudroyants qui révolutionnent le monde et hâtent la marche du progrès.

    L'on ne voyait que lui. Un géant. Deux mètres quarante. Cent quatre-vingt kilos. Avec sa tignasse rousse il attirait tous les regards. N'empêche qu'il ne la ramenait pas. L'avait un escadron de quinze flics, pistolets aux poings qui le talonnaient. Plus une quarantaine d'autres qui l'attendaient au bout du trottoir. L'était pris au piège. La souricière se refermait sur lui. Vous connaissez les rockers, toujours prêts à aider la veuve et l'orphelin. Je passais par hasard au volant de la teuf-teuf, j'ai pilé, monte ai-je crié, pas eu besoin de le répéter, s'est engouffré par la porte arrière, et j'ai foncé comme un malade sur le macadam.

    Ogeid a passé deux jours chez moi. Le temps que ses acolytes de la Mafia russe viennent le récupérer. Un mec très sympa. A part qu'il a sifflé en quelques heures ma provision annuelle de Jack. M'a serré sur son cœur lorsque l'on s'est quittés. «  Toi Damie sauver moi. Ogeid oublie jamais ami. Envoyer de Russie, cadeau qui te fera grand plaisir ! ».

    Les mois ont passé. Je n'y pensais plus lorsque voici huit jours le facteur sonne à la porte. Monsieur Damie, un colis pour vous, je récupèrerais avec plaisir les timbres pour la collection de ma petite-fille, ceux qui arrivent de Russie sont rares. Les lui ai refilés et j'ai ouvert le paquet. Douze bouteille de vodka, avec un papier scotché dessus : De la bonne ! Un stick de sucre en poudre marqué de l'inscription QUVIR ! en grosses lettres majuscules tracées d'une main énergique au feutre rouge, et un tube de mayonnaise que j'ai séance tenante enfourné dans le frigo, sans prêter attention à la feuille de papier dont il était entouré. Et ma vie a suivi son cours.

     

    C'est que j'avais mieux à faire. Mon cerveau roulait de vastes pensées. J'avais beau relire le tome 38 de L'Encyclopédie de la Reproduction Naturelle du Lézard, et le Frankeinstein de Mary Shelley, je savais que je brûlais, mais il me manquait encore l'intuition fulgurante qui permet d'unifier les données du savoir théorique avec l'expérience conclusive de la preuve indubitable. Des nuits et des nuits de travail, ardu, fastidieux, passionnant... Il devait être six heures du soir lorsque le téléphone sonna.

     

    • Allo Damie, c'est moi Giroflée, tu as oublié la date !

    • Pas du tout, Giroflette, vendredi seize février 2018, ce soir concert des JALLIES, au Younell's Pub à MONTEREAU !

    • Pas celle d'aujourd'hui ! Celle d'avant hier ! Le 14 ! La Saint Valentin, j'attendais un bouquet de fleurs et une invitation au restaurant, mais non rien, alors ce soir j'ai décidé de forcer le destin, dans une demi-heure, je suis chez toi décidé à t'offrir le plus merveilleux des cadeaux.

    • Excuse-moi, Giroflette, mais je travaille, j'en ai encore pour deux heures et après je file au concert, auquel d'ailleurs, je te le rappelle, je ne t'ai pas invitée.

    • Damie, tu n'as pas besoin de t'excuser, je t'aime et ce soir notre amour va se concrétiser d'une manière exceptionnelle ! J'arrive, prépare-nous un festin d'amoureux !

     

    La porte s'est ouverte, et Giroflée est entrée. Une petite moue de dépit est apparue sur son visage quand elle a aperçu le paquet de chips entamé et les deux saucisses de Strasbourg dans l'assiette pas très propre. C'est tout Damie semblait-elle dire. Ah ! oui ai-je pensé, le tube de mayonnaise russe. Me l'a arraché des mains, l'a examiné scrupuleusement, déchiffré longuement la feuille de papier qui l'enveloppait et alors que je m'attendais à une bordée d'insultes, m'a adressé un sourire radieux, m'a vivement posé deux bises sur les joues et s'est exclamée :

     

      • Damie tu es un véritable gentleman, je passe dans la salle de bain, je reviens dans dix minutes...

     

    J'ai récupéré le papelard dactylographié qu'elle avait abandonné sur la table et j'ai lu.

     

    '' Le lézard de Sibérie résiste à des conditions extrêmes, se promène en toute quiétude sur les lacs gelés par moins de soixante degrés centigrades. C'est l'animal le plus résistant de la planète. Les populations autochtones n'ont pas manqué depuis des siècles d'admirer l'extraordinaire vitalité de ce saurien d'une si belle couleur verte. Le soir de leur mariage, les jeunes filles ont coutume de s'enduire le corps d'une crème de sperme de Lézardus Septentrionus, l'on dit que cette onction irise leur peau de reflets verts qui s'accorde à merveille avec leur blonde chevelure. Mais cette crème lézardienne décuple aussi leur vigueur sexuelle et les rend irrésistibles. Jamais l'amant qui aura connu un tel bonheur ne sera infidèle à sa bien-aimée, assure la légende.

    Pour une Saint Valentine réussie

    Rien ne vaut le lézard de Sibérie !

     

    Se conserve au frigidaire. Ne pas dépasser la dose prescrite. Mise en tube par la société Lezardov. Yakoust. Made in République de Sakha''

     

    Logiquement, devrait s'ensuivre une graveleuse partie de jambes en l'air. Je préviens le lecteur. Un incident apparemment insignifiant modifia la prévisibilité du futur, la petite culotte que Giroflée lança par la porte entrouverte de la salle de bain traversa la pièce pour retomber à mes pieds. Sur le moment je n'y fis pas cas, j'entendais Giroflée chantonner, je ne m'y attendais pas, mais en toute modestie je dois le reconnaître, ce linge intime déposé sur le carrelage devant mes innocentes santiags occasionna en moi le même effet que la pomme qui se détacha de l'arbre sur le cerveau de Newton... Comment n'y avais-je pas pensé plus tôt, je possédais tous les éléments pour faire faire à la science moderne un grand pas en avant ! Une véritable révolution copernicienne, digne d'Einstein. Fallait jouer serré. L'occasion ne se représenterait peut-être pas de sitôt.

     

      • Chérie, prends ton temps, je te prépare un petit cocktail, pour que tu sois en pleine forme.

      • Comme c'est gentil Damie, passe-le-moi par la porte, mais ne regarde pas, je veux te faire une surprise.

      • Promis chérie, je ne suis pas un poète voyeur comme Arthur Rimbaud, moi.

      • Hmmm ! C'est bon, mais c'est fort, accorde-moi deux minutes que je le sirote, c'est ultra sucré, c'est savoureux, c'est quoi ?

      • De la vodka avec du quvir !

      • Je ne sais pas ce que c'est, mais c'est délicieux !

      • Ah oui, ils ne le disent pas sur la notice, mais si tu introduis de la mayonnaise dans ton vagin, c'est un parfait lubrifiant.

      • Mon intuition féminine y a déjà pensé, ne t'inquiète pas,

     

    Ogeid m'avait expliqué la nature du quvir. Mis au point dans les laboratoires secrets de l'armée russe. Un APP, un simple accélérateur de particules physiologiques, aux propriétés énergétiques sans précédent. La mafia le revend sous le nom de Drogue des Ecoliers. Donnez-en à un gamin de dix ans qui a du mal à apprendre sa table de multiplication par trois, en quelques minutes il devient capable de faire un cours de science quantique à des étudiants en master 2. Ogeid m'avait prévenu, c'est du quvir pur que je t'enverrai, pour les gamins on y va mollo, on divise la prise par mille, édulcoration totale qui permet de réussir son interro écrite de math sans ouvrir son bouquin à la maison, mais pour toi cadeau, non coupé. AGPPP, Accélérateur Gigantesque de Particules Physiologiques Pur !

     

    Une tornade m'a subitement submergé, le corps nu de Giroflée s'est collée à moi, je l'entendais gémir Damie, Oh Damie, ses lèvres me dévoraient le visage mais toute mon attention se focalisa sur son ventre qui me semblait se gonfler d'une proéminence excessive, j'y posais la main, foutredieu, elle était enceinte, dans sa démence sensuelle elle ne s'en apercevait pas jusqu'au moment où elle porta ses doigts au bas de son sexe , oh ! J'ai mal, et quelque chose de la taille d'un bébé humain tomba sur le plancher. Elle le ramassa vivement,

     

      • Oh Damie, c'est super, l'on a déjà un beau bébé !

     

    Beau peut-être mais d'une couleur un tantinet verdâtre. D'une apparence un peu bizarre, moitié-homme, moitié-lézard. Se mit à vagir d'une façon désagréable,

     

      • Regarde, le pauvre il a faim, il veut téter, et elle lui tendit son sein.

     

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    Ogeid n'avait pas menti, un terrible accélérateur physiologique. Le bébé glouton assécha les deux mamelles en deux minutes, il me semblait avoir grandi, sauta des bras de sa génitrice, engouffra les deux saucisses de Strasbourg et se mit à ronger la table ! Mesurait déjà deux mètres, il pleurait et hurlait en renversant les meubles, commençait à nous regarder d'un œil vorace, et sa langue n'arrêtait pas d'entrer et de sortir de sa gueule dévoilant une énorme denture de caïman. Je saisis Girofllée par la main et nous dévalâmes l'escalier en courant. Girofllée regimba quelque peu, mais Damie, je suis toute nue ! Nous parvînmes à monter dans la teuf-teuf et à nous enfuir. La bestiole nous courut après. De temps à temps elle remontait à notre hauteur et tambourinait de ses bras sur le toit de la voiture. J'accélérais comme un fou... L'aiguille frôlait les deux cents kilomètres-heure et le monstre suivait sans faiblir.

     

      • Plus vite Damie, il mesure au moins cinq mètres de haut maintenant ! Il y a des clignotants jaunes et bleus derrière lui !

      • Sans doute la police et les pompiers, accroche-toi on entre dans Montereau, ça va tanguer !

     

    La teuf-teuf déboula sur la place du Marché Au Blé, à peine étais-je passé qu'un cordon de tireurs d'élite de la police nationale occupa la chaussée et commença à tirer. Droit au cœur, la bête s'arrêta, elle resta debout un long, très long moment, immobile... J'avais garé la teuf-teuf, nous nous sommes approchés, le monstre qui mesurait maintenant près de huit mètres, vacilla, des larmes coulaient de ses yeux. Plus tard plusieurs témoins affirmèrent qu'ils l'avaient entendu distinctement crier Maman en tendant les bras vers Giroflée. Il y eut une seconde rafale, et l'animal s'effondra inanimé sur le goudron. Une scène très émouvante se produisit, la télé n'en perdit pas une miette et diffusa les images en direct. Je tenais Giroflée par la main, mais brusquement elle fendit la foule et se jeta sur le cadavre de la bête en hurlant : Mon Bébé ! Mon Bébé ! Un cri si déchirant que la France entière en fut émue. Un policier compatissant, jeta une couverture sur sa nudité, et deux infirmiers l'entraînèrent vers une ambulance. Au micro de BFM, un expert-psychiatre expliquait : Nous la conduisons à l'asile, un choc terrible, la peur, la panique, un trauma exceptionnel, je peux déjà dire qu'elle y restera toute sa vie.

     

    Peuh ! Pas de quoi faire rater un concert des Jallies à un rocker, et d'un pas décidé je pénétrai dans le Younell's Pub.

    MONTEREAU / 16 – 02 – 2018

    YOUNELL'S PUB

    THE JALLIES

    Beau bar. Ceci n'est pas un bobard. Comptoir tout au fond, espace Dj dans un coin, bel espace scénique carré pour les groupes, visible de tout le monde, un assemblage hétéroclite et néanmoins harmonieux de sièges et de tables de toutes formes et de toutes dimensions, jusqu'à une grosse barrique, malgré poufs et fauteuils le patron est obligé de sortir les chaises de sa réserve pour juguler l'afflux des clients. Connaissances, bises et exclamations de tous côtés, les Jallies grignotent placidement une pizza, interrompus à chaque bouchée par de nouveaux arrivants qui viennent les saluer... Sont ici dans leur fief.

    JALLIES

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    Sont toutes belles, les tourterelles juchées sur leurs talons hauts, jacassent comme des pies voleuses – ce sont nos âmes qu'elles vont ravir – verres de rouge à leurs pieds, les boys frôlent d'un doigt patient leurs cordages, attendant que les oiselles soient prêtes. Et c'est l'envol subit, sans préavis. Phénix au zénith. Sont-ce là nos Jallies habituelles ? Pas possible, on nous les a changées ! Même caisse claire, même acoustique, même tambourin, même contrebasse, même guitare électrique, mêmes gosiers, mais un son nouveau. A n'y rien comprendre. Z'ont bouleversé l'ordre du répertoire, mais c'est une fausse incidence, faut entendre cette ampleur sonore, qui vous fond dessus telles des bolas de gauchos argentins qui s'enroulent autour des pattes des autruches et vous les renversent à terre sans rémission. Sûr que derrière, les oisons ne sont pas oisifs. Kross sort le grand jeu, virevolte sa grande big mama dans tous les sens, la tourne à toute vitesse sur elle-même, z'avez l'impression de la robe de soirée de la Grande-Duchesse qui tournoyait enivrée de valse folle au grand bal de l'Empereur d'Autriche, mais ce n'est rien, parfois il vous la bloque sec, la ploie en arrière comme une danseuse de tango, l'est penché sur elle, le visage à hauteur du sexe fendu des ouïes et là vous entendez ce vous n'avez jamais ouï dans un groupe de rockabilly, le slap. L'a éliminé toute rondeur, toute vibration, toute harmonique, ne reste que le bruit de la corde raide tendue comme le corps d'un pendu qui rebondit sur la hampe. Un cliquettement phénoménal, un tic-a-tac monstrueux, deux morceaux de bois cognés l'un contre l'autre, la musique réduite au bruit primordial originel, les écailles de deux varans qui s'entremêlent dans la tempête cadencée de l'accouplement, Kross acclamé à chacune de ses interventions. Tom n'a jamais été en reste pour faire vrombir sa six-cordes, une Gitane Testi, vous la pilote à la texane, agrémentée d'une quadruple rangée de mégaphones, à réveiller les morts dans les cimetières, les soirs de pleine lune, mais cela c'est de l'histoire ancienne, l'a remplacée par la machinerie d'un trépan à cônes de quinze tonnes qui s'attaque à de la roche dure. Un bruit d'enfer, une espèce d'obus sonore qui a décidé de pulvériser le magma terrestre afin d'éclater le noyau solide interne et faire exploser la planète, une bonne fois pour toute. Deux galopins qui ont décidé de jouer du tambour jusqu'à quatre heures du matin pour le plaisir d'embêter les voisines du dessus.

    Si vous croyez que ça les dérange... au contraire, nos trois hirondelles ont décidé de caqueter bien plus fort que ces deux coqs de basse-cour de bas étage. Sûr que leur ramage se rapporte à la beauté de leur plumage, elles passent au-dessus de ce brouhaha garçonniers avec le mépris souverain du condor qui d'un seul coup d'aile franchit les neigeux entassements escarpés des Andes, Céline, Vanessa, Leslie, le chœur ensorceleur des anges de l'enfer que Satan nous a envoyés exprès pour nous perdre définitivement. Sans rémission. Pas le temps de respirer. Plus vite et plus fort. Elles ont rockabyllisé leur morceaux à dominante swing et métamorphosé leurs rocks en blessures outrancières, plaies purulentes de plaisir, et hémorragie magiques d'extases, n'ont qu'à ouvrir la bouche pour qu'il vous semble boire l'eau moultement tumultueuse de la fontaine de Barenton. Leslie, sourire canaille et voix de rêve évasif nous envoûte avec son Funnel of Love – et ce vicieux de Tom qui vous prolonge les notes en dards monstrueux d'abeilles qui s'enfoncent sans fin dans les parties les plus secrètes de votre corps – Vanessa met tant d'allant sur la caisse claire qu'elle sème à tous vents les soies de son balai de sorcière, éclate de rire comme Scarbo, le gnome diabolique des poèmes d'Alosyus Bertrand, répandait les louis d'or sur les badauds éblouis, alors pour se venger elle nous éparpille tout azimut un petit Gene Vincent de derrière les fagots en feu. Vous ici, je vous croyais au kazoo psalmodie Céline, et c'est parti pour un Touka au bazooka à ensorceler les toucans dans les volières de la ménagerie du Diable.

    Souvent, elles mêlent leur voix, à deux, à trois, – même que Kross leur prête une ou deux fois son plein-chant funèbre pour les vocalises d'appui et de répulsion – et c'est parti pour des feux d'artifices d'éclaboussures de swing et des copeaux de rock. La salle trépigne, s'hippopotamise d'applaudissements et rhinocérise de joie. C'est la grande exultation. L'énorme tribulation du vendredi soir.

    Hélas, deux sets. Les édiles municipaux ont décidé qu'après minuit-dix le carrosse de nos trois cendrillons se transformait en citrouille silencieuse. Féérie pour une autre fois. Disait Céline.

    Damie Chad.

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    Quand je suis ressorti, il était près de minuit, et des camions-grues se hâtaient d'enlever au plus vite le bébé mort-né de Giroflée. Je ne lui ai même pas jeté un regard. J'avais mieux à faire. J'avais enfin réussi à créer un hybride mi-humain, mi-lézard, je connaissais le processus et étais prêt à le dupliquer de façon industrielle. J'étais le maître du monde. Bientôt avec mes légions d'hommes-lézards je dominerai la planète entière. Peut-être même à leur tête envahirais-je les étoiles lointaines...

    Moi Damie Chad, Empereur Suprême.

  • CHRONIQUES DE POURPRE 232 : KR'TNT ! 352 : PAUL MAJOR / THE BOOZE BOMBS / JALLIES / COLLECTORS / ROSIE LEDET / ASSOIFFES D'AZUR

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 352

    A ROCKLIT PRODUCTION

    LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

    14 / 12 / 2017

    PAUL MAJOR ( + FRIENDS ) / THE BOOZE BOMBS

    / JALLIES /COLLECTORS /

    ROSIE LEDET / ASSOIFFES D'AZUR

     

    On ne tient pas les Endless Boogie en laisse

    ( Part Two )

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    Vient de paraître Feel The Music - The Psychedelic Worlds Of Paul Major, un très beau livre consacré à Paul Major, l’un des héros de l’underground, connu des vinyl junkies du monde entier et entré depuis quelques années dans le rond du projecteur avec Endless Boogie. Comme par hasard, c’est Johan Kugelberg qui édite ce bel ouvrage, en même temps que God Save Sex Pistols et Total Chaos. Pas mal, non ?

    Uncut consacrait une petite page à l’événement. On y voit Paul Major fouiner dans un bac et déclarer : «Je dirais que j’ai consacré 90% de ma vie à écouter de l’obscure weirdness.» Il collectionne les disques depuis l’âge de 12 ans. Comme il est né en 1954, faites vous-même le compte. Il se décrit comme un «fanatical vacuum cleaner», il ramasse tous les disques les plus obscurs : «A homemade album of Jackson 5 covers by a bunch of 15 years-olds from Arkansas, or a backwoods Billy Joel wannabe who gets it wonderfully wrong...» (Un album de reprises du Jackson 5 enregistré à la maison par des morpions de 15 ans quelque part en Arkansas, ou un mec sorti des bois qui se prend pour Billy Joel et qui chante délicieusement faux) - Ce cirque dure depuis quarante ans. Il démarre sa carrière à Louisville, Kentucky, fasciné par les disques qu’il déniche dans les bacs à soldes. Paul Major finit par faire un métier de son obsession et à en vivre, créant autour de lui un réseau d’amateurs d’obscurités patentées. On trouve parmi les membres de ce réseau des gens comme Jello Biafra et Stephen Malkmus. Mais depuis l’arrivée des ventes en ligne et de Discogs, Paul Major avoue s’être recentré sur Endless Boogie.

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    Il raconte dans la préface du livre que son premier coup de cœur fut «Psychotic Reaction», qu’il entend à la radio. Il se goinfre de disques obscurs et psychédéliques, puis il découvre la guitare - Once I heard fuzz guitars, I had to have one - À Noël 67, il y avait une petite guitare avec des cordes en nylon au pied du sapin - More a toy than a Telecaster, but I was thrilled - Il commence par la colorier pour en faire une guitare psychédélique, puis il apprend à jouer les riffs de ses morceaux préférés dessus - But I needed fuzz - Il veut une vraie guitare et sa grand-mère lui promet d’en acheter une s’il se fait couper les cheveux - I went for it. Hair grows back, oui, ça repousse. Il se met à acheter des disques d’occase - Bought every far out record I could - Velvet Underground, Silver Apples, Morgen pour 44 cents, still sealed ! What a rush ! Il a 16 ans quand il découvre l’herbe et l’acide à l’high school. Quand il va dans des surboums, il emmène le Velvet, le MC5 et Morgen, mais ça ne plait pas aux autres. Il découvre l’amour physique avec Beard Of Stars et Loaded en fond sonore. Mais il continue d’écouter la radio - Jimi Hendrix one minute, Petula Clark the next. Frank Sinatra followed by the Doors. I loved a good song, no matter what style - Puis dans le chapitre final, il rappelle que son taste was born of grabbing major label failures (il a développé son goût de l’obscur en ramassant les disques qui ne se vendaient pas) since they were plentiful - Et plus le disque semblait éloigné des critères commerciaux, plus il paraissait attirant - Like a glimpse into a lost world - il s’imaginait découvrir un monde perdu. Il se demandait qui étaient les gens derrière ces mystérieux albums. Fantastique profession de foi ! Voilà ce qu’il faut appeler un esprit curieux.

    Et puis des amis témoignent. Paul ceci, Paul cela. Ils s’accordent tous à dire que Paul est un gentil mec, mais surtout un novateur. Le Suédois Stefan Kéris déclare ceci : «Je considère que la prose de Paul dans ses catalogues est du même niveau que celle de Billy Miller et de Miriam Linna dans Kicks.» Car pour vendre ses disques rares et inconnus, Paul écrit des textes qui tournent parfois au délire psychédélique, et c’est là que ça devient très intéressant - Paul opend doors to other forms of music (...) : private-psych, Real people, Exotica, third eye lounge - Il semblerait que le vrai moteur de Paul Major soit la fascination qu’exercent sur lui tous ces disques.

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    Et paf, on entre dans le vif du sujet, c’est-à-dire les classiques du Real People Sound, avec Attic Demonstration de Kenneth Higney - There’s a guy who was trying to make country demos and become famous and it went wrong in the best possible way where it became deep art - Puis il fait l’apologie de Peter Grudzien et de son album The Unicorn - Of all the records I discovered it’s maybe my favorite - Paul Major ne se contente pas de dénicher les disques dans les junk-shops new-yorkais, il mène l’enquête pour retrouver les gens et s’organise pour les rencontrer. Il tente même de faire un film avec Peter Grundzien. On voit les images dans le livre. Puis c’est l’apologie de Fraction, l’un des albums les plus rares au monde, récemment réédité. On voit aussi Paul se prosterner devant Jr And His Soulettes, un petit guitariste black de 11 ans, accompagné de ses sœurs encore plus petites. Paul indique que «Raven Mad Jam» (qui se trouve sur l’album de Raven) is one of the best white trash hard rock jammers ever. Puis il présente Ray Harlowe And The Gyp Fox, l’un de ses albums préférés - I listened to it and I went crazy - Et quand il évoque les bitures du Masked Avenger, ça tourne à l’hilarité. The Masked Avenger est sur le point de dégueuler et ses copains scandent «Come on Masked, in the bucket, in the bucket» - Et Masked dégueule dans le seau. Le disque se termine avec le bruit du dégueulis. Fantastique commentaire du grand Paul Major : «I like a poet who doesn’t take him too seriously» - Puis voilà Darius - One of my favorite blow-dried hair psychedelic dudes - Il évoque aussi Clap dont l’album Have You Reached Yet a été réédité récemment sur le label new-yorkais Sing Sing - This is the greatest garage rock record ever in my estimation - Et il ajoute : «The title track is one of the best songs I’ve ever heard by anybody» - Il salue aussi Saint Anthony’s Fyre - Just the exact thing you wanna hear if you’re into the first Blue Cheer and wanna jack the vibe - Il trouve aussi l’album de Dark à Londres, il demande au vendeur de le passer et le mec lui dit : You really like this shit ? - Et puis tiens voilà Morgen, comme par hasard - One of the greatest psychedelic hard rock records ever made - Et Josefus, good renegade outlaw Texas hard rock on Hookah Records - Et quand gosse, Paul le sort d’un bac, il s’exclame : «This is future for me !» - Lorsqu’un disque lui paraît trop sérieux au plan psychédélique, Paul dit qu’il lui manque l’essentiel, les brains - I don’t smell real brains behind it. Or enough of a lack of brains - Il adore tout ce qui est vraiment amputé du cerveau. Il salue aussi Randy Holden et le fameux Population II - A heavy guitar monster, still devastating today - Et bien sûr les mighty Moving Sidewalks - Always a classic - Mais il sait aussi descendre un album, par exemple Would You Believe, l’album culte de Billy Nichols - It just doesn’t move me.

    Alors bien sûr, quand Jesper Eklow raconte l’histoire d’Endless Boogie, tout s’éclaire. Jesper explique tout simplement qu’Endless Boogie monte sur scène sans set-lit. Ça va même plus loin : ils vont enregistrer en studio sans savoir ce qu’ils vont jouer. Rien n’est préparé - We hate sound checks - Ils ne répètent pratiquement plus - Just plug in and start hacking at it - Et il ajoute que Paul monte sur le groove pour délirer - With Paul going insane on top - Il ajoute : «And the boogie never stops. It should be stopped but it can’t.»

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    Glenn Terry finit par livrer le pot aux roses : les deux initiateurs du concept Endless Boogie sont Jesper Eklow et Johan Kugelberg. Le nom du groupe vient de l’album de John Lee Hooker, évidemment. Glenn explique que Johan et Jesper, nourris par Paul de musiques diverses et variées, eurent l’idée de développer un in-the-moment style of improvisational jamming held together by a solid groove - Ils jouaient chaque mardi soir. Endless Boogie joua la première fois sur scène en première partie des Jicks de Stephen Malkmus (un bon client de Paul) et prit lentement son envol, attirant un public de gens à la fois curieux et très informés. Il y eut un buzz dans la presse et des tournées dans le monde entier. Glenn vous prévient : une fois pris dans leur groove, Endless Boogie will take you on a trip like no other. C’est exactement ce qui se passe quand on les voit sur scène, a trip like no other.

    Et voilà la chute qui vaut son pesant d’or : «Paul ‘Top Dollar’ Major is living proof that you can be a fan, collector and musician, maintaining the ability to come up with new ideas, by sticking to a path determined by a sense of fun and personal exploration.»

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    En même temps que le livre, paraît Vibe Killer, le nouvel album d’Endless Boogie, illustré par une belle éclipse. Attention, c’est du sans surprise. On retrouve dès le morceau titre le gros heavy blues texan d’essence zizique, un son infesté de serpents. Sale coin, pas bien confortable - Desperation, alteration - Paul y va de mauvaise grâce - Darkness, extinction - et ça part en note à note de Majoration effective. La grande force de ce vieux routier est qu’il ne cherchera jamais à réinventer la poudre. Il ressort sa plus belle voix de cromagnon dans «Let It Be Unknown», pour grommeler Gimme a nickel and I’ll show you down records - C’est joué à la petite menace rampante - I wonder when you arrrrhhhhh - Sur cet album, tout se joue sous le boisseau avec des départs mécaniques en note à note de distorse judicieusement maximaliste. C’est indécent de beauté coulante et puante. Paul Major joue son son à la régalade. Le festival de poursuit en B avec «Bishops At Large». Le problème avec ce vétéran de toutes les guerres est qu’on entre dans sa musique comme dans un moulin et forcément, on se met à penser à autre chose. Et on perd le fil. Donc tout va bien, puisque son son sert à ça : perdre le fil. Avec «Back In 74», il évoque un concert de Kiss - Kiss are on stage at the festival/ 20.000 people here/ I wanted to see Kiss - Il y a quelque chose qui relève de l’obsession chez les collectionneurs de disques. Il boucle cet album fumant et prévisible avec «Jefferson Country», un heavy groove dégoulinant de son et de mauvaises intentions. Il semble même que des accords intermédiaires rampent dans le cloaque.

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    Mais pour bien comprendre qui est Paul Major, le mieux est encore d’écouter les disques qu’il recommande si chaudement, à commencer par l’ineffable Morgen paru en 1969 et considéré à juste titre comme l’un des classiques du psychout américain. Steve Morgen nous embarque dès «Welcome To The Void» dans son monde - Ha ha ha ! - avec un son reconnaissable entre tous, vaguement frénétique, intrinsèquement psyché, sans aucune surenchère. On aimerait que ce soit la bande son du Cri de Munch qui orne la pochette, mais curieusement, il manque le scream. Steve Morgen joue ses cuts au vieux gras liquide. C’est un véritable filet de glisse fuzzy qui s’écoule sous nos yeux et qui file comme une vipère lubrique, mais en sourdine. On parle ici de fantastique présence dyonisienne. En B, on retrouve dans «Purple» cette rythmique en surplomb et le filet de fuzz plus bas dans la vallée. Steve Morgen surveille l’horizon d’un regard d’aigle, mais les délires psychédéliques l’assaillent de toutes parts. Son groove entreprenant ne peut que plaire au petit peuple.

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    On pourrait en dire autant de Fraction dont l’album Moon Blood est ressorti des limbes en 2009. Ces gros Américains y proposent du Christian rock visité par une petite guitare grassouillette. Ils sortent un son assez puissant, force est de le reconnaître. On comprend qu’un tel son ait pu percuter l’oreille de Paul Major. L’«Eyes Of The Hurricane» vaut largement le premier King Crimson, c’est gloomy à souhait - Flames consume the hot blood of Babylon - C’est annonciateur de la substantiation. Mais ils savent aussi prendre leur temps. Encore un disque destiné aux gens qui n’ont que ça à faire. Ils amènent «This Bird» au heavy boogie et nous farcissent tout ça d’intermittences et de petits effets de style psychédéliques. Idéal pour fumer de l’herbe. Le cut part au large, à la drive. Ça se rallume de temps en temps - Then he died for your love - Un semblant de thème ici et là. Ils suivent une sorte de Gulf Stream qui va se perdre dans la notion de Lord - Sky high/ Sure I found the Lord - Nous avons affaire ici à des psychedelic mystics et ça finit même par devenir excellent, car ces gens-là comprennent que pour avancer dans la vie, il faut savoir donner du temps au temps.

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    L’Have You Reached Yet de Clap bénéficie aussi d’une réédition, ce qui permet au profane d’en profiter (sauf si on veut un pressage original, mais dans ce cas, il faut sortir un billet de mille). Ces Californiens sortent une sorte de garage trash joliment approximatif et sans prétention. Ils dégagent une troublante ingénuité. «My Imagination» sent bon la Stonesy, c’est assez fais et bien enlevé. Ils couronnent ça d’un solo de sax ! Une grosse bassline dévore «Middle Of The Road» de l’intérieur et comme dirait Phast Phreddie qui signe les liner notes, c’est cool as fuck. On comprend qu’un tel album ait pu devenir culte. Mais ce n’est pas non plus une raison pour dépenser une fortune. On sent chez ces prétendants au trône une réelle vigueur, et même une extraordinaire santé morale. Tiens, encore un joli coco en B, «Bluff Em All», monté sur un beat popotin et qui s’impose par sa fraîcheur juvénile. La basse chuinte. On a là le garage dans toute son innocence, dans toute son ostentation auto-centrique.

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    z2921zonk.jpgL’album de Saint Anthony’s Fyre paru en 1970 intrigue, d’abord par la pochette : de grosses lettres gothiques s’étalent sur un fond blanc. Et puis on s’y régale d’un son parfois hendrixien («Love Over You»). Ces trois Américains tirent leur nom de groupe du fameux fait divers de Pont Saint-Esprit : un village entier fut accidentellement shooté au LSD par le boulanger. Ça se passait en 1951. Des centaines de gens. Admirable ! Saint Anthony’s Fyre devait signer sur Atlantic, mais le chanteur guitariste Greg Ohm préféra rester loyal à son manager, et le groupe sombra dans l’oubli. Inconsolable, Greg se mit à picoler, mais pour de vrai, à en mourir - He drank himself to death - On entend une énorme bassline dans «Starlight». Et le «Lone Soul Road» qui ouvre le bal de la B vaut pour un heavy rock d’anticipation maximaliste. Ces gens cultivaient un goût sûr pour le heavy rock et excellaient à gérer les épisodes congestionnés. Il bouillonnait en eux une véritable énergie viscérale. Paul Major a bien raison d’affirmer que dans le genre, Saint Anthony’s Fyre compte parmi les plus intéressants.

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    Le Flash des Moving Sidewalks paru en 1968 vieillit plutôt bien. Billy Gibbons y révélait une vraie fascination pour Jimi Hendrix : il pompait les riff de «Fire» pour jouer «Pluto» et chantait exactement comme Hendrix. On retrouvait aussi des traces d’Hendrixité en B dans «Crimson Witch». Comme beaucoup de gens, il avait dû flasher comme des airplane lights sur l’Experience. Avec «Jo Blues», il posait les bases du Zizi sound. On a là le heavy blues texan dans toute sa grandeur, l’un des plus grassouillets du mondo bizarro. Et bien sûr, le «Flashback» qui fait l’ouverture du bal de l’A renvoie au 13th Floor. Pur psyché texan, solide et infectueux comme pas deux. On comprend que Paul Major ait pu adorer ça. Billy jouait quasiment tout au gras double.

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    Par contre, le Round The Edges de Dark et le Dead Man de Josefus vieillissent très mal. Josefus proposait en 1970 un prototype de heavy rock qui manquait tragiquement d’originalité. La version de «Gimme Shelter» qui s’y niche ne fonctionne pas. Josefus sonne comme tous ces groupes américains animés des meilleures intentions, mais privés de réels moyens artistiques. On trouve en B le genre de cut qui ruinait les albums dans les seventies : un «Dead Man» de 17 minutes. Quant à Dark, c’est encore autre chose. On passe carrément à travers. Ces mecs sortent un son qui ressemble à s’y méprendre à celui que produirait une libellule intriguée. Les Anglais vendaient ça une bouchée de pain, à l’époque. Personne n’en voulait. Et pour cause.

    Signé : Cazengler, endless rabougri

    Endless Boogie. Vibe Killer. No Quarter 2017

    Fraction. Moon Blood. Phoenix Records 2009

    Saint Anthony’s Fyre. Zonk Records 1970

    Dark. Round The Edges. Sis 1972

    Morgen. Morgen. Probe 1969

    Josefus. Dead Man. Hookah Records 1970

    Moving Sidewalks. Flash. Tantara 1968

    Clap. Have You Reached Yet. Sing Sing Records 2011

    Feel The Music. The Psychedelic Worlds Of Paul Major. Édité par Johan Kugelberg. Anthology Editions 2017

    TROYES / 10 – 12 – 2017

    3 B

    THE BOOZE BOMBS

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    BAR BEATRICE BERLOT

    Annie Leopardo a du mal à prononcer la lettre B. ''Trois'' sans problème, mais notre ''B'' national la trouble. L'on accourt à son secours, le 3 B bruisse de ''B'' que chacun se complaît à répéter à sa manière. '' B !'', ''B !'', ''B !'', sans bémol, l'on en bégaie, l'on en brait, l'on en bêle... elle y parvient et tout de suite elle nous donne en anglais une définition, des plus justes, du 3 B :  '' It's the house of rock'n'roll''. Difficile de faire plus juste. N'oublions pas que l'antique phonème proto-sinaïque Beth signifie maison, et pour le rock'n'roll, nul doute que le 3 B peut se revendiquer d'un beau palmarès. D'ailleurs ce soir, question B, l'on est gâté, deux B au programme, les Booze Bombs. Atomiques !

    CONCERT

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    Un carré. D'as. Une sphère parmédinienne qui contient la totalité de sa propre plénitude. Rien ne dépasse et rien ne manque. Sound and music. Rien d'autre. Autonomie parfaite. Phénix qui brûle de ses propres cendres. Lucky Steve est à la guitare. Gretsch, pas l'orange cochranique trop moelleuse, trop sucrée, trop juteuse, la duo jet, rouge terreur et noire ténèbres, un son plus métallique, plus strident. Lucky l'a son style. Le riff à trois pointes, celles des coups de poing américains, une pour chaque œil et la troisième pour tout le reste. D'une simplicité extrême. Mais d'un art difficile.

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    Le rockab est une musique de haute précision, ne suffit pas d'émettre, faut placer à l'endroit précis, unique, au millionième de seconde près, un quart de poil avant c'est foutu, un quart de poil après c'est dans le Q ( de Suzie ). Lucke c'est le genre de serial killer qui vous enfonce trois fois son stylet dans le foie. Tchik ! Tchik ! Tchik ! Et au suivant de ces messieurs. Ne vous battez pas, il y en aura pour tout le monde. Structure rockab tripartiste qui aurait enchanté Georges Dumézil. Rockab pointilliste. Le pixel qui tue. Structure le son des Booze Bombs à lui tout seul. Le pire c'est que chaque fois qu'il vous a envoyé la trinité, vous êtes en manque, l'angoisse vous étreint, le prochain shoot d'adrénaline est vital, ne se fait pas attendre, mais durant ce minuscule instant qui le sépare du suivant vous connaissez l'angoisse du vide et du néant.

     

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    Autre particularité de Lucky Steve. L'est toujours présent, mais comme ces soli ne s'étirent jamais ses alcooliques, pardon je voulais écrire ses acolytes, ont le champ libre pour s'exprimer tout à leur guise. En profitent sans exagérer. La sobriété lyrique est une vertu cardinale des Booze Bombs. Rockin' Bende, le batteur, n'est pas derrière. Il est avec. Ne suit pas, n'ordonne pas, réussit ce tour de force d'occuper tout l'espace que chaque interstice pointilleux de Lucky Steve laisse libre, l'a la charley en action constante, charpente le terrain d'un son de base fuyant, jamais en avant, toujours présent, Steve n'est pas seul, et c'est sur cette mer mouvante sans cesse recommencée que Rockin' bâtit ses châteaux de sable catapultés, dur travail, épuisant, de quatre coups de baguettes il construit un édifice qu'il se doit de détruire aussitôt pour rebâtir le suivant, et le remplacer encore une fois. Varie les architectures, voûtes d'ogives nucléaires et glacis à boulets rebondissants. Un travail de titan qu'il effectue avec une placidité remarquable.

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    Sur sa contrebasse Frank Martinez initie un jeu caducéen. Swingue net et stompe fort. L'a comme deux serpents qui s'affairent autour de son upright, l'un qui monte et l'autre qui redescend. A toute vitesse, sans jamais se mordre la queue. Pas question d'empiéter l'un sur l'autre et encore pire de laisser traîner son caudal appendice sur les territoires de Steve et de Rockin'. Faut jouer serré. Chacun respectueux du boulot de ses pairs. L'on colorie sa partie et l'on ne dépasse pas. Imbrication au cordeau. Pas de démonstrationisme ostentatoire. Rigueur classique. Chacun chez soi et le flamant rose du rockabilly sera bien gardé.

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    Vous ai présenté l'épée à l'acier foudroyant. L'excaliburock de tous les combats mais je n'ai encore pas dit un mot de la gemme noire qui irradie la garde de l'arme. Z'avez l'impression que dans l'emboîtement musical de nos trois musiciens vous ne pourriez même pas ajouter le son aigrelet d'un triangle. Vous auriez beau guetter le moment et l'endroit propice où vous pourriez glisser la note discrète de votre isocèle, mais les trois cadors vous ont entassé si parfaitement de tels blocs de pierre qu'entre eux ne passerait même pas un feuillet à cigarette.

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    Et pourtant. Annie Leopardo est au micro. M'attendais à une chevelure germaine des plus blondes, mais non elle est d'un noir méditerranéen les plus sombres. Nous avouera ses origines italiennes entre deux morceaux. Elle ouvre la bouche et vous comprenez le pourquoi du style si resserré des trois boys. Une voix, une musique. Un + Un. Si vous préférez la formule mousquetaire, tous pour une et une pour tous. Parce que parfois miraculeusement Une = Trois. Annie Diva. Leopardo Panthère. Elle chante. Mais elle ne respire pas. Un cas unique. Une excentricité scientifique. Un larynx de bronze. Et surtout l'art de s'immiscer tout naturellement dans le béton sonore de ses compagnons. Elle évolue dans la structuration phonique comme l'engoulevent s'engouffre dans le vent. Aucun effort, pas d'effets, pas de looping vocal, pas de roucoulades exacerbées, mais un phrasé d'une justesse extraordinaire, et d'une facilité déconcertante. La voix cingle comme un fouet, à ras de la peau, vous fouille comme un scalpel de chirurgien sans que vous ayez senti la moindre douleur.

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    Pourrait s'arrêter là. Elle nous aurait comblés, mais non elle est comme Napoléon qui dictait deux lettres à la fois. Elle, elle chante. A la perfection. Mais apparemment cela ne l'intéresse pas. Un geste anodin auquel on ne pense pas tellement il est habituel et naturel, comme quand vous tournez votre petite cuillère dans le café, le matin encore tout embrumés de sommeil. Elle, elle s'intéresse à nous. Ce n'est pas un nous globalisateur et anonyme. L'occulte la moitié du ciel. C'est sur sa face mâle et virile qu'Annie jette son dévolu. Nous les garçons. Nous les Hommes. Œillades, sourires en coin, appels de la main, désignations individuelle du doigt, pas de jaloux, elle sait y faire, la guerre de Troyes n'aura pas lieu, à chacun sa pomme d'or et pas de discorde. Le plus chanceux de tous c'est tout de même Billy qui a dansé le slow – le seul de la soirée - collé à elle comme la moule sur le rocher, et les mains sinon baladeuses du moins promeneuses, mais dans ce bas monde le bonheur a une fin et elle reprend le micro pour terminer le morceau. D'ailleurs l'a ses thèmes de prédilection, l'amour, les boys et les guys. Vous les décline à toutes les sauces, salées Gone Away, Please Just call, ou sucrées I got A Boy, Sweet Love, tour à tour exultante, mutine, désespérée, câline, mais toujours rockin' and boppin'. Reine de la nuit et du rock'n'roll.

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    Trois sets en progression constante. Magnifiquement servis par Fabien Dj Rockin' Cats à la console. Concert explosif. La rigueur et la foudre. Le 3 B, béni des Dieux.

    Damie Chad.

    N. B. : mention spéciale pour Toute la Musique que J'aime, a capella par Jean-François et les chœurs du 3 B ! On a bien essayé de dépasser celle de Johnny, mais on n'y est pas arrivés.

    ( Photos :FB : Fabien Hubert DjRockinCats  )

    ICE COLD WHISKEY

    THE BOOZE BOMBS

     

    ANNIE LEOPARDO : vocals / LUCKY STEVE : guitare / FRANK MARTINEZ : upright Bass / ROCKIN' BENDE : drums.

     

    PART-CD 678.011 /2015 /

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    Yes I know : oui je sais avant d'avoir écouté, un grattellement d'upright bass à la manière d'un rat qui trépigne dans la cloison, puis ils envoient la sauce, d'un coup sec, mais pas trop fort, ce n'est que la première rasade, une mise en train au trot rapide toutefois et Annie qui met vraiment le paquet juste à la fin. Another love : même tempo mais avec la lead qui poinçonne, Annie qui raconte et qui grogne à chaque début de vers et Steve qui nous donne de ces froissés cordiques à vous ôter l'envie d'aller vous faire pendre ailleurs. You got me rockin' : ce coup-ci Annie est avec Marc Valentine, elle prend les choses ( peut-être la chose ) en main et laissez vous dire que ça mousse dur. Duo de choc. Martinez tartine fort sur les drums et tous s'en donnent à coeur joie. Come to my house rockin' : encore une proposition malhonnête, Annie vous a un de ces phrasés accrocheurs – l'en miaule presque - que vous y allez en courant. Vous assène le programme sur une rythmique friponne, sûr que vous n'êtes pas prêt d'oublier l'adresse de la maison, on y rocke trop bien. Pinch your hips : ce coup-ci elle aboie, sûr que vous allez vous remuer surtout avec ce riff qui klaxonne sans arrêt. Y a un certain Dynamite White qui compresse son harmonica d'une bien jolie manière. No other man : attention déclaration en douceur, un petit air jazzy pour une voix qui se fait sensuelle et la lead qui laisse tomber des gouttes d'eau dans le tea for two, un instant de douceur avant de poser une autre bombe. Chilly Willy :la guitare broute à la manière d'un éléphant qui arrache les arbres, l'harmo se promène dans le feuillage, trop vite, trop court, les guys ont laissé Annie sur le quai. My heart is broken : vous ne savez pas comment un cœur cassé peut sourdre de colère et de rage rentrée, ce coup-ci c'est la totale, l'harmo à la manière d'un rabot électrique qui vous arrache la peau, apparemment le combo a le blues brûlant. N'essayez pas d'arrêter le shuffle, n'en finit pas d'accélérer. In the night : surprise Marc Valentine est au vocal, le rockssignol Leopardo lui répond et nous avons droit à un duo romantique, mi-country- mi-sixties, avec la guitare derrière qui vous donne la sérénade. Trop beau, on ne fermera pas les yeux de la nuit. Ice cold Whiskey : un tambour bat l'amble méchamment, rythmique appuyée, jungle alcoolisée, jusqu'à l'écoute de ce morceau je pensais que la glace dans le whisky était un crime contre l'humanité, mais là pas de problème, doit y avoir un ours blanc affamé sur le glaçon. Pazza di te : renaissance italienne. La damzelle vous tord les lasagnes de fort belle manière. Et comme le reste du combo ne s'est pas endormi sur la pizza, l'on se rappelle que les italiens ont renouvelé le western. Set me free : revendication féministe, elle n'a pas le vocal dans la poche et le pistolero à la guitare derrière vous y passe toute la cartouchière. Les cymbales gémissent de bien belle façon, des assiettes qui volent dans une scène de ménage ! Black Cadillac : boogie à fond de train, non seulement elle conduit à toute blinde mais elle hurle à travers la vitre ouverte. Tant pis pour la tôle froissée, les chemins de traverse, les feux rouges, les sens interdits et les piétons. Rock'n'roll tonight : ces gars-là sont obsessionnels à part sauter partout et de crier Rock ! Rock ! Rock ! aux quatre coins de l'horizon l'on se demande ce qu'ils doivent faire le reste du temps. En tout cas ils le turlupinent très bien à la Little Richard, mais c'est l'harmo qui prend le rôle du saxophone, vous pourrit tellement les oreilles que c'en est un délice.

     

    Prenez le temps de réécouter, des petites surprises toutes les trente secondes, de l'imagination et de la finesse, du rythme et de l'énergie. Les Booze Bombs nous proposent un rockabilly des plus enthousiasmants. Le filtrent et l'alambiquent à leur goût. Dégustation de moonshine au sperme de crotale. Un must.

    Damie Chad.

     

    *

    LA NUIT VERTE

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    Des picotements sous la peau. Je connais cette sensation. Maurice Rollinat, l'auteur des Névroses, en parle dans un de ses sonnets les plus secrets écrits en ces heptasyllabes malsains dont il détenait la redoutable puissance invocatoire et dont le grand Verlaine lui-même lui emprunta le modèle :

    Par la fenêtre entrouverte

    S'avance la nuit très verte

     

    Je sais que même la plus haute poésie n'empêchera jamais l'horrible processus en cours. Ce soir la nuit sera verte et personne ne saurait s'y opposer. Déjà je tourne en rond dans ma chambre. Alors je répète mille fois à mi-voix le mantra maudit, la formule propitiatoire aux métamorphoses les plus extraordinaires :

     

    Socrate ne sait rien, Damie le saurien.

     

    Et me voici transformé en lézard d'un vert de vers gélatineux. Une monstrueuse bête gluante de la taille d'un jeune chat de trois mois, à la queue aussi longue que la langue. Par la fenêtre entr'ouverte je me glisse au-dehors. Manque de chance, toutes les rues de FONTAINEBLEAU sont éclairées et la foule se presse aux vitrines de Noël violemment illuminées. Difficile de ne pas se faire remarquer. J'ai ma ruse. Dès que j'entends des pas je m'aplatis sur le trottoir, les pattes sous mon corps essayant de prendre l'aspect d'une chiffon moelleux innocent. Un couple se dirige droit sur moi :

     

    «  Aaah ! Les gens sont dégoûtants, ils auraient quand même pu nettoyer la diarrhée de leur chien, tu as vu la teinte glauque, un excrément cadavérique, ne va pas tarder à clamser le cabot, je téléphone tout de suite à la mairie pour me plaindre ! »

     

    S'éloignent tous les deux tendrement enlacés. Je m'apprête à reprendre mon chemin lorsque des pas se rapprochent brutalement m'obligeant à rester immobile.

     

    «  Bêêêh ! Quelle horreur, encore une vomissure d'ivrogne, un dégueulis sans nom de pochtron, en plus l'idiot s'est cuité à l'Izarra verte, sûr que c'est un basque, j'alerte les flics tout de suite, avec son béret du gâteau pour eux, ils vont le boucler en moins de deux ! »

     

    Ma dignité en est un peu mortifiée. Personne à l'horizon, prudemment je me hâte vers ma destination. Attention trottinement rapide qui se dirige vers moi, je me jette derrière un lampadaire. Tiens un chien, l'est pressé, ne me calcule même pas. Hélas par un instinct atavique en passant près de moi il ne peut s'empêcher de lever la patte et de m'arroser d'un jet de pisse chaude qui me trempe entièrement.

     

    Ô ingratitude humaine et animale ! Me voici transformé en rebut de l'humanité. Monde cruel, n'y aurait-il donc personne pour aimer un pauvre petit lézard innocent ? Lecteurs sachez qu'il ne faut jamais désespérer. Je me hâte de passer en catimini derrière les deux parents, ne peuvent détacher leurs regards de la marionnette du Père Noël qui dans la devanture lève et abaisse sans cesse la main pour les saluer, à leur côté la petite fille baye aux corneilles.

     

    «  Gertrude, mon dieu ! c'est quoi cette horreur que tu tiens ?

    • C'est une peluche Maman, regarde comme elle est mignonne, toute belle, toute verte, je l'ai trouvée par terre, on dirait un vrai lézard, c'est marrant il remue la queue quand je l'embrasse sur la bouche ! »

    •  

    Une poigne solide m'arrache aux câlins douillets et m'envoie valser à quinze mètre de là. Je m'esquive sans demander mon reste, juste le temps d'entendre la mère affolée crier :

     

    «  Chéri, appelle le 15. Le visage de Gertrude se couvre de pustules noirâtres et en plus elle sent l'urine de chien ! »

     

    Ouf ! me voici arrivé sans encombre à la RUE DU COQ QUI GRATTE. Etroite et un peu sombre. Personne ne m'aperçoit lorsque je rase les murs jusqu'au GLASGOW. Je sais que si je parviens à me glisser à l'intérieur du pub aussitôt l'enchantement maléfique cessera et que je reprendrai ma silhouette normale. Les gens ont les yeux fixés sur l'affiche du concert des JALLIES, pour ce soir 27 DECEMBRE, je passe entre leurs jambes sans aucun problème. Revoici ma silhouette fringante et élancée que vous connaissez tout. Je n'ai pas fait trois pas que les trois plus belles filles du monde se précipitent sur moi :

     

    «  Damie, c'est super gentil d'être venues ce soir !

    • Si seulement vous saviez ce que je ferais rien que pour vous voir ! »

       

    Elles éclatent de rire. Elles ne m'ont jamais pris au sérieux. Y a sûrement un lézard quelque part.

     

    CONCERT

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    Ce soir, c'est la soirée sardines, en boîte, Tom et Kross ressemblent à des posters grandeur nature placardés contre le mur, les trois filles bénéficient d'un espace vital de survie minimum, doivent se sentir seules car Vaness nous demande d'avancer encore, total nous sommes à 0,00001 micron des retours, l'est sûr que dans notre dos la porte s'ouvre et des paquets de nouveaux venus s'agglutinent à ce compact compost d'êtres humains. Non ce n'est pas un concert, mais une ambiance, sachez entendre la différence. Ça rugit, ça clame, ça brame de partout. Standing ovation du début à la fin. Les pieds piétinent, les jambes trépignent, l'en est même qui arrivent à danser des rocks endiablés sur place, émulsions de bières et flaques de sang – là j'exagère c'est du vin rouge – sur le plancher.

    Au début les filles papotent entre elles, style salon de thé cosy, s'il te plaît chérie remplis mon verre, tout de suite ma grande, et la bouteille de ja-ja circule entre les verres. Récriminent sur les boys qui attendent sagement depuis cinq minutes, et portent un toast à notre santé. Le public remercie, but please a little bit of music, just to hear yours precious voices, alors Tom vous prend le taureau par les cornes, à la texane, fait vrombir sa guitare comme une escadrille de spitfires et nos trois péronnelles sont bien obligées de se mettre au boulot. Et le Tomitruant ne lâche pas le morceau de toute la soirée. Guitare en leader ship et les filles qui s'entrelacent par dessus. Lui il fonce et elles, elles froncent le tissu, particulièrement swing ce soir nos trois Jallies, goûtez les harmonies, l'on batifole et l'on cabriole dans les herbes folles comme la chèvre de M. Seguin. Kross a choisi le rôle du méchant loup, sa contrebasse halète comme dans un dessin animé de Tex Avery, nous asperge d'arpèges de velours, et nous sature de froissements de satin, tout en douceur mais véloce en diable. Elles ont piqué l'orgueil masculin, z'alors se déchaînent comme le cours de l'or en pleine crise boursière.

    Mais les zamzelles ne sont pas du genre à se laisser mener par le bout du nez, vous font tirer une langue de trois kilomètres au Hound Dog de Presley avant de le transformer en chasse à courre. Les trois belles vous ribambellent les trilles et vous décrochent de ces revers de quadruples croches à vous emporter le filet aux antipodes. Toutes mignonnettes dans leur robes, des furies dès qu'elles entament le moindre morceau. Céline vous fracasse la caisse claire comme vous quand vous tapez sur la tête du précepteur, Leslie vous fait le coup du charme faussement candide, un Funnel of Love des plus plus pernicieux, vous y englue dedans, pas encore que vous ayez envie de voir le bout du tunnel. Quant à Vanessa elle a réuni tous les chiens de l'enfer dans sa voix, les lâche sur le public comme Diane ses meutes sur Actéon.

    Deuxième set. L'est sorti une cinquantaine personnes prendre le frais dix minutes, l'en rentre une centaine, avec la cinquantaine qui est restée sur place, visualisez : l'endroit n'est guère plus grand qu'un studio sans kitchenette. Le deuxième set sera un gigantesque charivari, se permettent tout, Tom nous donne un numéro jazz trad sur La vie en Rose, Kross nous emmène à New York dans un club de jazz pour initiés, on appelle Vincent qui sort son harmonica et c'est parti pour des chorus d 'harmo et de guitare infinis à la cours-plus-vite-que moi-que-je-te-rattrape. Un inconnu surgi du public nous rappelle que toute la musique vient du blues, et cela devient un délire collectif qui a bien dû faire rigoler Johnny sur son Olympe. Et c'est-là que le malheur s'en mêle, juste au début de Stray Cats Strut. Ce n'est pas OSS 117 qui ne répond plus, c'est la contrebasse de Kross qui s'anéantit dans le silence. Un fil cassé ! Parfois la fée électricité se transforme en Carabosse. Kross-road tente de scotcher le filament pendant que Tom fait des prouesses pour jouer les deux partoches en même temps. Les filles miaulent à qui mieux mieux et le public les soutient de ses félines imitations. Kaput la contrebasse ! Tant pis, Kross la jette en contre-bas, se munit d'une électro-acoustique et l'on attaque les trois dernières tranchées à la baïonnette. Es finita la fiesta. Terminado la tempestad. Doux rêveurs vous pensez qu'on arrête un torpilleur en appuyant sur le frein ? Faut encore alimenter le foyer par une série de rocks, le final sera un dernier Gene Vincent, un Jump Giggles and Shout ébouriffant, avec tout le monde à sauter sur place à en faire craquer les solives du plancher. Exultation totale, toute une jeunesse dévergondée se précipite pour papouiller les three gals and the two guys. L'ont bien mérité. Folle soirée.

    Damie Chad.

     

    LA DISCOTHEQUE SECRETE DE

    PHILIPPE MANOEUVRE

    COLLECTOR

    111 TRESSORS CACHES DU ROCK

    ( HUGO / DESINGE / Août 2017 )

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    Comme le monde est bien fait, les marchands ont pensé à vos cadeaux de Noël. Grandes manœuvres sous les sapins cet hiver. Philippe prend soin de vous dans l'introduction. Vous explique la différence entre disques Collector et Culte. Propose un baromètre infaillible. L'épée de l'archange du seigneur qui sépare le bon grain ( à droite ) de l'ivraie ( à gauche ). Pour ceux qui ne sont point des habitués de l'archéologie biblique, je vous fais un résumé. Facile, une galette à la frangipane que vous payez 6000 euros est dite culte. La crêpe à la confiote de fraise faisandée que vous ramassez pour six euros dans le bac à soldes est appelée collector. La majorité de ses lecteurs se situant dans la tribu des bourses plates, l'ancien rédacteur en chef de Rock & Folk nous présente cent onze biscuits collectors qui manquent à votre discothèque et nuisent à votre statut social. Pourquoi croyez-vous que les filles s'enfuient en hurlant dès qu'elles ont mis un pied dans votre chambre ? Attention ne suffit pas de ramasser une rognure d'ongle ou une chiure de mouche à un euro cinquante pour vous enorgueillir de posséder un collector. Malgré son prix modique le collector est un trésor enfoui dans les sables de l'oubli, relève du chef-d'œuvre inconnu, l'atteint au grade de la huitième merveille de mode. Un rocker qui ne possède pas de collectors ressemble à un parachutiste sans parachute. Consolation du pauvre : à défaut de vinyls originaux introuvables, le marché des rééditions vous permet d'entrer en possession de CD pour trois fois rien.

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    Cessons ces considérations bassement économiques pour nous pencher sur l'opus manœuvrien. Grand format, cent onze double-pages dédiées aux cent onze élus. Classés par années ( 1963 – 2015 ) de parution, les seventies trustant à elles seules plus de la moitié des occurrences. Quelques impressions d'ensemble tout d'abord.

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    De visu l'iconographie s'adjuge une part importante de la surface rédactionnelle. L'on à droit aux deux faces de la pochette, verso et recto présenté en deuxième position pour qu'il attire davantage l'œil dés la page précédente tournée. Les textes sont relativement succincts, l'on a fait attention à ne pas fatiguer les nouvelles générations des lecteurs qui ne sont pas des inconditionnels de l'art de lire...

    Aspect triste. Une colonne colorée sur votre droite nous apprend ce que sont devenus les acteurs du disque exploré. La fin est tragique. Il y a toujours un des gars qui s'est débrouillé pour trépasser. Plus vous avancez dans le bouquin, plus vous avez l'étrange sensation de visiter un cimetière. D'éléphants blancs, certes, mais enfin morts de leur belle ( pas toujours ) mort.

    Aspect gai. Qui va vous relever le moral. Beaucoup de ces albums valent leur pesant d'or grâce à l'intervention d'un guitariste exceptionnel. Mais à la longue l'on s'habitue à l'extraordinaire. D'où l'idée qui vous traverse l'esprit, une si nombreuse collection de zicos fantastiques diminue leurs mérites. Tout compte fait, il y en a une telle légion que ce ne doit pas être aussi difficile que vous vous l'étiez imaginé. En bossant dur pendant deux ans, la perspective d'atteindre le niveau juste au-dessous ( un quart de millimètre ) d'Hendrix ou de Jimmy Page n'est plus une utopie. Une possibilité – parmi tant d'autres – qu'un jour ou l'autre – le caprice de votre volonté vous permettra d'atteindre...

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    N'y a pas que des inconnus, Gratefull Dead et Kinks par exemple ont peut-être pu voir un de leurs enregistrements boudés par le monde entier, mais enfin n'exagérons rien. Il y a aussi ceux dont vous connaissez le nom depuis toujours, depuis les pochettes des Stones pour Jack Nitzsche, ou Ginger Baker la crème des batteurs, ou Ray Manzarek un fameux enfonceur de portes entrouvertes, mais l'on aime bien se remémorer les coins les moins évidents de leurs biographies. Des tas de groupes qui sont apparus au firmament du rock – citons par exemple Foghat, Man, Little Feat – et que l'orbite de l'actualité a éloigné de nos regards pour diverses raisons, ceux que vous aimez retrouver parce que ce sont vos chouchous, Variations ou Link Wray pour prendre mon exemple personnel. Mais sur les cent onze, il y en a un qui m'a procuré un plaisir exceptionnel. Longtemps jusqu'à la lecture de ce bouquin m'imaginais le seul à posséder la merveille. De temps en temps j'allais caresser la pochette pour me prouver que ce n'était pas une illusion solipsiste que mon cerveau aurait créée juste pour me distinguer de tous les autres misérables individus qui peuplent de leur petitesse cette planète. D'ailleurs Manœuvre me fait rigoler, l'exhibe la pochette de l'album, lui tresse des dithyrambes, la qualifie de folie, z'oui mais z'ya un blème. Les deux titres auxquels je fais allusion absents sur le 33 Tours sont sur un simple dont il ne pipe mot. Trop sympa vous refile la pochette.

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    C'est un dessin d'une puissance érotique folle. Ne sais pas qui a griffonné cette merveille de suggestion inaccoutumée mais j'aimerais bien connaître son nom pour regarder le reste de son œuvre. Ce Find Yourself Someone To Love a déchiré mon adolescence. Quant au Nobody en Face B, m'a réduit le cerveau en hachis parmentier. Three Dogs Nights le reprit deux ans plus tard.

    Johnny Guitar Watson a traversé toute l'histoire de la musique populaire américaine, l'a débuté dans le blues avec Bobby Bland et bien d'autres, c'est sur son Johnny Guitar Watson ( disque éponyme de 1963) que vous retrouvez Cuttin'It et Sweet Lovin' Mama tous deux enregistrés par Johnny Hallyday qui donne une très belle version du second. A cette époque, en France on le classait parmi les pionniers du rock – l'a aussi produit avec Larry Williams le fabuleux Hurry Sun Down de Little Richard en 1967. Des copains de ma fille ont été très surpris lorsque je leur ai raconté tout cela, z'avaient un blogue rempli de vidéos de Johnny Watson dans sa troisième manière une espèce de mélange disco-funk-rap des plus remuants. Une évolution guère surprenante, Philippe Manœuvre rappelle qu'il est aujourd'hui considéré avec son pote Larry Williams comme l'une des origines clefs du mouvement hip-hop. Mais ce que nos deux acolytes ont le mieux réussi dans leur vie c'est encore leur mort. Sur scène, en plein solo, au Japon pour Johnny. Une idée que Mishima a reprise à sa façon. Une balle dans la nuque, les deux bras menottés pour Larry le proxénète notoire, que la police ( tout le monde la déteste ) a qualifiée de suicide.

    Un petit dernier pour les amateurs de rock'n'roll, une sélection Ricky Nelson... Un livre évocatoire qui fait surgir les ombres d'un passé qui ne veut pas mourir.

    Damie Chad.

     

    *

    Au départ, c'était tout simple, une croix à mettre dans un petit carré, au choix, rock, country, blues, comme la lettre provenait de Daniel Giraud, chanteur de blues, j'ai coché blues. Tiens-tiens, me suis-je dis, j'va hériter d'un vieux bluesman du Delta que personne ne connaît, même pas le Cat Zengler, n'y a plus qu'à guetter la factrice si sympathique sur son vélo électrique... Bref le paquet arrive et les bras m'en tombent des mains, un accordéon en gros plan sur la pochette, j'évite je ne sais comment l'attaque cardiaque foudroyante, what is it cette horreur ! une fille en plus, avec un prénom de grand-mère et un patronyme français, à peine ai-je du bout de mes doigts suspicieux retourné la pochette que le mot Zydeco me mord les paupières, du Zydeco, mais pour qui me prend-on ! pourquoi pas du Zouk tant qu'il y est le Daniel Giraud, la mort dans l'âme je pose la galette sur l'appareil des CD.

     

    COME GET SIDE / ROSIE LEDET

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    Rosie Ledet : vocals, accordion / Andre Nizari : guitars, keyboards, percussions, harmonica, bass, fuzz bass, drums / Chuck Bush : bass / Percy Walker Jr : drums / Damon Dugas : Rubboard.

     

    Les notes de la pochette sont formelles Rosie Ledret n'est pas une embaumeuse. N'est pas de celles qui pensent que pour le zydeco les haricots sont cuits depuis longtemps et dont on ne peut que répéter religieusement la même recette, la fillette ne recule pas devant les adjonctions plus modernes comme le funk, le rock et l'électronique. Vu mon peu d'appétence et de connaissances pour cette musique je me déclare totalement incompétent quant à juger de l'importance et de la pertinence de tels ajouts.

     

    Baby what you do to me : balancé et bien roulé, une fois que c'est parti vous n'arrêtez plus. Vous laisse deviner ce qu'elle veut qu'on lui fasse, ce qui est sûr c'est que l'accompagnement instrumental ronronne de belle façon, les interventions de l'accordéon rivalisent sans effort avec les effulgences des guitares électriques. Pose bien sa voix et l'est sûr que l'on peut parler de phrasé rock. This is gonna take a while : fond d'orgue, un filigrane de rythmique reggae et Rosie vous prend une voix méladramo-country du meilleur effet. Très américain, l'on dépasse le triangle magique d'implantation du zydeco, plus haut que le Texas. Come get some : module bien, quand elle dit come baby come vous regrettez qu'elle ne s'adresse pas à vous directement, l'envie de préparer une valise sans pyjama vous démange, et comme derrière elle l'orchestre s'adonne à un patchwork instrumental des plus juteux, vous sentez que le paradis s'approche de vous, hélas vous ne prêtez aucune attention à ces espèces de sirènes de police qui résonnent en sous-main et le morceau se termine avec une brutalité qui vous laisse sur votre faim. Sexuelle. Incantation voodique de sorcière, vous a jeté un sort. Caffina : tapez dans vos mains et du pied. Piste de danse, remuez-vous un max, prenez quelques pilules speediques car au grand midi vous y serez encore, alternance de voix mutine et d'appuyés d'accordéons. Vous aimeriez que cela ne s'achève jamais. Cette girl Caffina est ensorcelante. Vous n'auriez jamais dû l'inviter. Vous voici pris au piège. For those that like it funky : vous n'êtes plus qu'un pantin désarticulé sur la piste sans fin, Giorgio Moroder doit être aux manettes et notre créole se la joue à la black Diva. Reprenez-vous, n'oubliez pas que vous êtes un rocker, ne cédez pas à ces trémolos allusifs de sirène. Love is gonna find you : ouf, l'on est revenu au pays, un espèce de country déjanté avec la guitare qui miaule comme un chat noir qui n'a pas attrapé de souris depuis quinze mois, surtout n'écoutez pas la diseuse d'aventures, celle qui vous prévoit un merveilleux avenir avec un harmonica qui ricane pour vous avertir de vous méfier. Evidemment vous y croyez dur comme du fer. La faute à cet accordéon qui vous froisse le cervelet. Poison : le flacon vous a une ces belles formes qui vous enivre avant de l'avoir ouvert. L'étiquette vous vante les bienfaits du produit. Vous susurre des mots de rêve à l'oreille, une reine s'adresse à vous et vous montez au dix-huitième ciel du ravissement. Faites gaffe, le background est un peu étouffant, les lianes reptatrices des percussions enserrent votre corps, trop tard vous êtes mort. Saturday in may : renaissance printanière. Ballade au pas de course. Ce n'est pas l'amour juste la germination printanière de la lymphe végétale qui vous émoustille, avec Rosie comme guide dans le bayou vous embrasseriez un alligator sur la bouche. Stop lyin' keep tryin' : avec les filles, l'arrive toujours un moment ou la plus belle des fées se transforme en institutrice à lunettes qui vous met les poins sur les I. Votre pointe ( prononcée ) de masochisme n'est pas insensible à cette fessée morale. Vous opinez de la tête et du corps. Sans vous en apercevoir vous entrez dans une sarabande infernale. Quand le morceau est terminé vous le remettez illico. Keep the faith : la souveraine délivre son message d'espoir. La guitare ricoche sur les remous du fleuve et l'accordéon vous immerge mille fois dans les eaux troubles de vos turpitudes. Qu'importe vous êtes sauvé. Love me like my baby do : la guitare vous poignarde dans le dos et Rosie vous initie aux arcanes du triangle amoureux. Une autre façon d'entrevoir la sainte trinité. L'a pas froid aux yeux, ce que femme veut... Git up on it : dilemme : ou vous focalisez sur le band qui s'en donne à coeur joie ou vous succombez aux propositions ( avantageuses ) de la Dame, l'a le timbre tentateur...

     

    Terminé. Pas vu le temps passer. Accordéon rythmique infatigable et band qui ne débande pas une seconde. D'une oreille distraite cela peut paraître un poil monotone, mais si vous y prêtez un quart de seconde d'attention, c'en est fini de vous. Rosie Ledet vous transforme en zombie zydeco. Z'y décolle à fond. Tant pis pour la tapisserie des certitudes rock'n'roll.

    Damie Chad.

    LES OISEAUX DE PASSAGE

    ASSOIFFES D'AZUR

     

    Zoë Montagu : chant, flûte, triangle / Miguel Gramontain : accordéon, stomp, choeur

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    J'ai raté leur passage. Pas celui des oiseaux, celui des Assoiffés d'azur. Pas de ma faute, à Baulou, village perdu du piémont ariégeois, c'était le 22 juillet 2017, passaient à l'aube, à douze heures exactement. Non ce n'était pas pour la sortie de la messe dominicale mais pour un apéro festif. Miguel Gramontain vous connaissez, c'est lui qui s'était joint avec son accordéon à Juke Joint Band ( voir KR'TNT ! 291 du 25 / 08 /2016 ), le blues ce n'était pas sa musique d'implantation culturelle, mais s'en était très bien tiré, le gars pas rancunier – j'avais promis la veille d'être-là – l'est même allé chercher dans sa voiture le CD qu'il m'a offert. Ce n'est pas du rock m'a-t-il précisé. Certes nul n'est parfait, mais tout le monde a le droit d'exister. Les rockers un peu plus que les autres, mais il ne faut pas le dire.

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    Pour avancer : un beau mariage, le son de l'accordéon et la voix de Zoë, le piano du pauvre avance comme à reculons, l'a l'air de ralentir dans les virages chaque fois que Miguel Gramontain doit le replier sur lui-même et Zoë fonce en avant. Faut refermer les poings sur sa propre histoire, ne plus écouter les antiques antiennes des flammes éteintes, s'arracher aux terres de cendre pour arpenter de nouveaux champs de semence. L'a un peu une voix à la Barbara ( ce qui pour moi n'est pas un compliment ), mais elle a une façon de traîner sur les syllabes tout en les propulsant comme en urgence qui n'est pas sans charme, intermède flûte et bourrade de coups de poings accordéoniques. Fin brutale et reprise en tutti orchestral. Mise à nue : l'on attend Zoë et c'est Miguel qui la-la-lise, et puis Zoë pose sa voix légère et sa nudité d'oiselle face au peintre qui la croque non d'un dard ardent mais du noir dessein de son fusain, grain du papier et de la beauté en éruption intérieure, le viol accepté des regards et le désir ambigu de modeler les formes du dessin. Ambiguïté de l'offre charnelle et de la demande artistique. Introspection ironique d'une situation teintée de déplaisance impudique et d'un subtil érotisme. Une femme se déshabille. Elle a ouvert les portes de la citadelle interdite et vous permet de regarder. Non pas l'extérieur de la féminine silhouette mais l'intérieur de la tête. Joue de sa voix, tour à tour larges à-plats et pointillisme pointu. L'on aimerait que beaucoup de lyrics rock soient entachés d'une même perversité. Ni musette, ni amusette, ni muette. Une fille à voix-nue. Ramage et dommages. Les oiseaux de passage : attention texte. Chanson française. L'amour tiède des bourgeois et les passions sauvages. Oiseaux de basse-cours et envol de migrateurs. La voix se transforme en longs cris pour saluer ces aventuriers au long-cours. Et puis fusent les mots de mépris pour les poulardes engraissées au grain des renonciations intimes. Silence, ça tourne : valse. C'est la tête qui tournoie en-dedans. Le partenaire n'est qu'un piquet mobile. La belle préfèrerait une autre étreinte, quand la danse est terminée, l'on se retrouve encore plus seule. Laissez tourner la musique, l'ivresse tout comme la solitude est intérieure. La belle ivresse : celle de chair, la voix papillonne de pistil en pistil. Qu'importe le flacon pourvu on soit ivrognesse. La flûte tressaute et l'accordéon s'alanguit. Vaut mieux baiser que baisser le rideau de la mélancolie. Petite mort pour survivre au rêve d'une vie plus grande. Sin Saber : en espagnol la vie est plus facile. L'on perd la tête plus facilement sur un air de fiesta. Gramontain y va de sa voix de torero. Rien de tel pour faire succomber les belles. Au plus vite. Ni regret. Ni remords. Au diable le désert, vive le désir.

     

    Vous l'avez compris ce n'est pas du rock'n'roll. S'inscrit dans le filon estampillé chanson française. Mais l'ensemble est agréable. L'accordéon de Gramontain n'est jamais pesant, impulse un rythme imparable et Zoé chantonne de ces ritournelles insidieuses qui étincellent de mille feux. Que voulez-vous quand les diamants se font rare l'on s'habille de bracelets de pacotille. Désenchantement et légèreté. Dans les deux cas, la vie n'est que présence de femme. Assoiffée d'azur et de désir.

    Damie Chad.