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cyril jordan

  • CHRONIQUES DE POURPRE 252 : KR'TNT ! 372 : CYRIL JORDAN / MAID OF ACE / ROSEDALE / RHINO'S REVENGE / MILES DAVIS

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 372

    A ROCKLIT PRODUCTION

    LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

    04 / 05 / 2018

    CYRIL JORDAN / MAID OF ACE /

    ROSEDALE / RHINO'S REVENGE

    MILES DAVIS

     Monsieur Jordan - Part Three

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    Back to 1971 avec l’ineffable Monsieur Jordan & the San Francisco Beat. C’est l’année où la radio américaine entre dans son déclin d’AM/FM et où les grands groupes américains entrent dans l’underground : le MC5 lâché par Atlantic, les Stooges par Elektra et les Groovies disent bye-bye à Kama-Sutra. C’est aussi l’année où Cyril Jordan engage un guitariste nommé James Farrell et un chanteur nommé Chris Wilson.

    Quand il apprend que Chris Wilson quitte Loose Gravel pour rentrer à Boston, Cyril l’interpelle :

    — Hey Chris, tu veux chanter dans les Groovies ?

    — Ooh yes Cyril !

    Et pouf, Chris s’installe chez Cyril, at mom’s house ! Aux yeux de Cyril, Chris was a natural-born rocker - Boy what a great time we had ! - Les nouveaux Groovies commencent à jouer en public, mais à cette époque dans la Bay Area, on préférait le rock psychédélique et on huait le vieux rock’n’roll. Cyril décide alors de changer le nom du groupe. Ce sera les Dogs - because we were treated like dogs ! - C’est là qu’ils pondent le fameux «Dog Meat». Puis ils reviennent à la raison et redeviennent les Groovies.

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    Ça tombe bien, car Andrew Lauder de United Artists London répond à la lettre que George Alexander lui a envoyée pour lui signaler que les Groovies étaient libres. Rendez-vous sur Sunset Boulevard avec un ponte nommé Marty Cerf. Mais Cyril peine à trouver une place pour garer sa VW dans le quartier et il arrive avec dix minutes de retard. Cerf le jette. Heureusement, Andrew Lauder vient à sa rescousse et décide de prendre les Groovies sous son aile, c’est-à-dire United Artists London. Shebam ! Cyril saute de joie et se dépêche de composer des hits avec Chris Wilson. Et pow, ils pondent «Shake Some Action». Cyril donne du sens à ses paroles - I will find a way/ To get to you some day - Il veut dire qu’il va trouver le moyen d’entrer à nouveau en contact avec les gens qui aiment le rock ! Grâce à Andrew Lauder, ça redevenait possible de really shaker some action.

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    Alors les Groovies débarquent à Londres en 1972. Ils achètent leur gear sur Denmark Street et vont au bout de King’s Road se fringuer chez Granny Takes A Trip. Cyril devient pote avec les deux Américains qui tiennent la boutique et il chope l’info : dans la cave se trouve un carton avec des pompes faites sur mesure pour Brian Jones. Wizzz ! Cyril fond sur le carton comme l’aigle sur la belette - The hippest gear ever made - Ha ! Il va aussi chez McLaren round the corner. Sa boutique s’appelle encore Let It Rock. Chez Granny, c’est pour les Mods et chez Mal, c’est pour les Teds. Bam-balam ! Cyril devient pote avec Mal et il adore son juke-box - Mal turned me on to some kool sounds like «Wouldn’t You Know» by the great Billy Lee Riley, «Take And Give» by Slim Rhodes, Rocking In The Graveyard» by Jackie Morningstar, «The Shape I’m In» by Johnny Restivo (who lost James Burton to Ricky Nelson).

    Bon les fringues, c’est bien gentil, mais maintenant, il faut enregistrer un disque ! Les Groovies passent donc aux choses sérieuses avec le trip à Monmouth, au Pays de Galles, là où se trouve le fameux studio Rockfield de Dave Edmunds. Ils descendent en train jusqu’à Newport. Kingsley Ward vient les chercher à la gare. Il conduit a fuckin’ little Hillman station wagon. Il faut quatre voyages pour trimballer tous les gros amplis Orange et le drum-kit achetés à Denmark Street. Avec Dave Edmunds, les Groovies enregistrent la crème de la crème du gratin dauphinois : «Shake Some Action», «You Tore Me Down» composé sur le pouce, «A Shot Of Rhythm & Blues» d’Arthur Alexander, «Tallahassie Lassie» et l’infernal «Married Woman» de Frankie Lee Sims. Cyril raconte que le blues authority Mike Leadbitter aurait déclaré que «Married Woman» était the best blues recording by a white group that he’s ever heard. Ils enregistrent et mixent cinq hits planétaires en huit heures. Ils rajoutent vite fait une version de «Slow Death» qu’ils n’avaient pas encore pu mettre en boîte. Ces enregistrements se trouvent sur les deux mythiques singles United Artists parus en 1972 : «Married Woman/Get A Shot Of Rhythm And Blues» et «Slow Death/Tallahassie Lassie». Mais la BBC interdit «Slow Death» qui est pourtant une chanson anti-drogue. Blop ! C’est cuit aux patates. Cyril voulait commencer par sortir «You Tore Me down», mais Andrew Lauder a préféré «Slow Death». Tout s’écroule. C’est aussi con que ça. Cyril dit que c’est la faute d’Andrew Lauder. Il découvrent aussi que les gens de United Artists ne pigent rien à rien - They didn’t know what the fuck they were doing - C’est d’autant plus tragique que Derek Taylor d’Apple Records voulait rencontrer les Groovies, mais Cyril se sentait moralement engagé avec Andrew Lauder et il ne pouvait donc pas entrer en contact avec un autre label. Chez lui, ça ne se fait pas.

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    Bon alors ? Andrew Lauder ne se formalise pas. Let’s keep going ! Et il envoie les Groovies tourner dans tout le Royaume-Uni et en France. Justement, ils tournent en France en 1972 avec les Gorillas de Jesse Hector - They were wild boys and had haicuts and muttonchops that made their heads look like heads of gorillas - Tout va bien jusqu’au fameux concert du Mans - The Gorillas were a loud band. Loud like the Frost from Ann Arbor, Michigan - Pow ! Le courant saute. Black-out total dans tout le quartier ! Les flics ! Riot in the riettes !

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    Pendant ce long séjour à Londres, Cyril rencontre dans la rue Vivian Prince, le batteur fou des Pretty Things. Il fait de lui un portrait très affectueux et note que Dick Taylor jouait sur une Harmony Meteor guitar, celle qu’avait Keith Richards en 64.

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    Cyril évoque aussi le concert du MC5 au Speakeasy, le club le plus branché de Londres. Cyril reconnaît George Harrison dans le public mais il est trop timide pour aller lui parler. Début du concert. Biff ! Bang ! Pow ! La salle est trop petite pour un groupe aussi puissant que le MC5 - They were too loud for the place - Une semaine plus tard, le MC5 débarque dans la maison où sont installés les Groovies, à Chingford. Et puis voilà qu’à 4 h du main, Rob Tyner demande à Cyril de lui appeler un taxi. Wiz ! Rob disparaît. Un quart d’heure plus tard, Wayne Kramer demande à Cyril s’il a vu Rob.

    — Oh Rob just left in a cab !

    — Ohhh nooo !

    That was that. Terminé pour le MC5 - The breakup of the MC5 had occured at four in the morning at our house in Chingford. What a terrible loss to American music !

    Le MC5 finit pourtant sa tournée anglaise sans Rob. Cyril les voit sur scène quelques jours plus tard et ils s’en sortent plutôt bien - Strange, Rob wasn’t really missed. They sounded that good - Alors si ça n’est pas un hommage, qu’est-ce donc Dick ?

    Cyril évoque aussi le souvenir d’un groupe nommé Mr Moses Scholl Band - A freaky union of souls, punks on the backline, and an ex-British Army sergeant with Victorian muttonchops as lead singer - le chanteur a vingt ans de plus que les autres - A fuckin’ weirdo this chap - Et puis Cyril finit par se dire qu’il en a marre de ses conneries et lui met du poil à gratter dans sa veste d’uniforme rouge. Pow ! Quelle rigolade !

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    Cyril rencontre aussi deux girls qui font partie d’un groupe nommé American Spring. Elles reprennent des vieux hits pop comme «Mama Said» des Shirelles, «Sheila» de Tommy Roe et «Peggy Sue». Cyril découvre que Marilyn n’est autre que Mrs Brian Wilson et Diane sa sister. Alors pas touche. What a flash ! À ce moment-là, les Beach Boys sont en Hollande pour enregistrer Holland avec Ricky Fataar et Blondie Chaplin que Cyril connaît bien, puisqu’il avait été les chercher à LAX, à la demande de Brian. Et c’est là que germe une idée géniale dans le cerveau bouillonnant de notre héros : enregistrer à Rockfield avec Brian Wilson et Dave Edmunds. Il en parle à Andrew Lauder qui trouve l’idée intéressante, mais pas à Dave Edmunds à qui il veut réserver la surprise.

    Mais tout cela ne débouche sur rien. Une année entière en Angleterre et seulement deux singles parus ! Ha ! What a no-gas !

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    En 1973, les Groovies rentrent au bercail - the Groovie were in a rut - Ils cherchent un batteur et un nouveau label - Don’t ask me why we kept going - Cyril avoue que ça devenait un style de vie. Il commence par recruter un nouveau batteur, David Wright et lui dit d’écouter la batterie sur trois albums : Meet The Beatles, le premier LP des Stones et le premier LP des Kinks. Puis il réussit à décrocher un rendez-vous chez Capitol. Avec Terry Rae des Hollywood Stars et George Alexander, il enregistre une nouvelle démo de «Shake Some Action».

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    Cyril est marrant quand il resitue le contexte historique d’une époque. Il se sert de la radio pour évoquer l’an 1973 : «The British radio charts were alive with groups like Slade, T. Rex, Gary Glitter, Dave Edmunds, David Bowie et Elton John. USA AM radio charts were dead with Tony Orlando, Roberta Flack, Carly Simon and let’s not forget Kiki Wyonna ! That’s a joke, son.» Il raconte que les groupes qui savaient jouer comme les Byrds had gone underground. Il va plus loin en affirmant qu’après la fin des Beatles, America stopped listening to English music.

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    En 1974, Cyril rencontre un autre dingue, Greg Shaw. Shebam ! Ils passent la nuit à écouter des 45 tours. Greg venait de démarrer son label et il voulait les Groovies. Les démos enregistrées chez Dave Edmunds le faisaient baver. Il décida de commencer par sortir «You Tore Me Down» puis d’enregistrer la fameuse cover de «Him Or Me» au Studio Alambic de San Francisco, là où fut enregistré Flamingo. Les Groovies n’avaient plus rien sorti depuis le single «Married Woman» édité par United Artists en 1972 - Thanks to Greg, this had now happened - Puis tout s’accéléra quand on proposa à Greg le poste de vice-président chez Sire, le label de Seymour Stein et Richard Gottehrer. Stein commença par flasher sur «Tore Me Down» et quand il entendit Shake, il tomba de sa chaise. Boum ! S’ensuivit une audition et comme Cyril n’avait pas de nouvelles chansons, il proposa de jouer «Please Please Me» des Beatles. Pif paf ! En plein dans le mille !

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    Cyril revient longuement sur l’empire de la médiocrité qui s’étend à la surface de la terre : « The new so-called artists and trends that they have shoved down our troats are pretty hard to swallow for those of us who aren’t flat head. But there seems to be enough of them around these days so most of this bilge floats to the surface like scum. The incompetence that passes for talent never ceases to amaze me.» (Si tous ces soit-disant artistes et tendances qu’on essaie de nous faire avaler ne passent pas, c’est parce qu’on n’est pas des beaufs. Mais il y en a de plus en plus, ils flottent à la surface comme des étrons. Ça m’épate de voir qu’on tente de faire passer toute cette médiocrité pour du talent).

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    C’est donc Seymour Stein qui en 1976 va relancer la carrière des Groovies avec l’album Shake Some Action. Cyril rend un flamin’ hommage à Stein qui à l’époque signe les Ramones, Richard Hell et les Pretenders - Excellence instead of incompetence - Cyril va loin puisqu’il affirme que Stein a sauvé le rock dans les années 70, et sans Stein, pas de Shake Some Action. Les Groovies s’installent à New York et comme tant d’autres, Cyril découvre les charmes du CBGB : la bonne odeur de bière et de dog shit. Le chien s’appelle Jonathan et il chie partout dans le club. Wouah ! Puis vient l’heure de retourner chez Dave Edmunds pour enregistrer Shake Some Action, l’album que le monde entier attend. Et pour aller jouer en Europe, Cyril propose à Stein d’emmener ses label mates, les Ramones.

    C’est donc grâce à Cyril que l’Angleterre passe au punk.

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    Signé : Cazengler, Flamine de rien du tout

     

    Ugly Things #41 - Spring 2016

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    Ugly Things #42 - Summer 2016

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    Ugly Things #43 - Winter 2016/2017

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    Ugly Things #44 - Spring 2017

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    13 / 04 / 2018CHÂTEAU-THIERRY

    LE BACCHUS

    MAID OF ACE

    Pour conjurer le sort du vendredi 13, quoi de mieux que d’aller à Château-Thierry dans l’antre où la divinité du vin délivre toutes ses saveurs ? Destination pub le Bacchus en territoire axonais. Mais pourquoi donc, me direz-vous ? Non pour aller voir Jason Vorhees se faire découper en morceaux mais pour s’en prendre plein les esgourdes grâce aux anglaises de Maid of Ace. Ce groupe composé uniquement de filles qui en ont s’est formé à Hastings en 2004 et a deux albums à son actif. Autant vous dire tout de suite qu’elles ne font pas dans la dentelle mais cisaillent l’environnement sonore tel Chuck Yeager à bord de son Bell X-1. Habituées à délivrer leurs brûlots punk rock hautement énervés d’un seul coup, elles doivent s’adapter au lieu en scindant leur show en deux parties. Qu’à cela ne tienne, ça ne remet pas en cause leur pouvoir à faire pogoter les personnes venues assister à cette messe dynamitée. Sur cette tournée, Dora Sandoval du groupe US, A Pretty Mess, remplace leur bassiste Amy. Ah...j’oubliais, les Maid Of Ace sont en fait la sororité Elliott composée d’Alison (chant/guitare), Abby (batterie) et Anna (guitare/choeurs). Eh oui, on fait du punk en famille du côté du pays de God Save the Queen. Elles passent en revue leurs compositions « Minimum Wage » , « Disaster Noise », « Stay  away » etc… le tout avec une hargne, une fougue que beaucoup de groupes mâles pourraient leurs envier! Elles dégainent les riffs tels des boulets de canons haute volée et ne sont pas sans rappeler les Runaways ou L7, le côté nerveux en plus. Ce n’est pas pour rien que les Maid of Ace font la première partie de The Exploited pour certaines dates durant cette tournée car une grosse louche hardcore est ajoutée à leur univers. Les dates s’échelonnent de Kingston au festival Punk & Disorderly à Berlin. Elles en veulent et le font savoir. Leurs chansons sont efficaces : c’est franc, direct, ça ne tergiverse pas trois plombes et c’est ça qui est bon. Pas de fioritures, on est dans le vrai, l’authentique, l’urgence et tout le packaging percutant. Elles maîtrisent bien leurs instruments, mention spéciale à la batteuse, et occupent la scène avec brio. En une heure la mission est accomplie de fort belle manière puisqu’à la fin du show, le public en sueur se presse au stand de merchandising. Si j’ai un conseil à vous donner, ressortez vos Doc Marten’s et suivez de près ce groupe car, à mon avis, on n’a pas fini d’en entendre parler !

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    Alicia FIORUCCI

     

    26 / 04 / 2018PARIS

    LA BOULE NOIRE

    ROSEDALE / RHINO' S REVENGE

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    En avril ne te découvre pas d’un fil ! Ce dicton fit choux blanc le jeudi 26 à la Boule Noire (Paris). En effet, le chauffage marchait bien pour le plateau Rosedale et Rhino’s Revenge. Démarrage de la soirée à 20h tapantes avec les français de Rosedale. D’emblée, nous voilà plongés dans l’univers rock blues à voix féminine. Cette formation n’est pas sans rappeler le duo Joe Bonamassa et Beth Hart . En effet, Amandyn Rose a une tessiture vocale proche de celle de la chanteuse US, dont elle est bien évidemment fan. Quant à Charlie Fabert il dispose d’une dextérité guitaristique semblable à celle du tenancier du manche du combo Black Country Communion. Ce quatuor à la solide section rythmique composée de Philippe Sissler à la basse et de Denis Palatin à la batterie nous emmène vers les sons chauds provenus d’Amérique, la patrie du blues. Charlie a gagné en assurance scénique depuis l’époque où il était le poulain de Fred Chapellier. D’ailleurs, il personnalise beaucoup plus son jeu qu’avant avec fougue donnant un vent de fraîcheur au genre. L’élève aurait-il dépassé le maître ? That is the question, vous avez 2 heures ! Enfin bref, retour sur les planches, les français passent en revue les titres de leur album «  Long Way to Go » sorti en 2017, mais aussi des reprises dont celle de Ike et Tina Turner « Nutbush City Limits » autant dire qu’Amandyn se défend très bien dans la peau de la Queen of Rock N Roll ! Denis Palatin à droit à son moment de défoulement grâce à un solo affûté avec une frappe sèche, directe et élaborée, nous voilà rhabillés pour l’hiver ! Après 45 minutes Rosedale laisse la place aux anglais de Rhino’s Revenge sous les applaudissements du public.

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    Changement de plateau, le temps d’aller au bar pour se prendre une pinte puis, sans crier gare, voilà sur scène ce power trio venu d’outre Manche nous assenant un son à décalquer les sonotones avec « One Note Blues ». Dès les premiers accords, nous voici collés au plafond et c’est ça qui est bon. Le rhinocéros a décidé de sortir l’artillerie lourde et on ne va pas s’en plaindre. Faut quand même que je vous dise que nous avons le bassiste de Status Quo devant nous, John Edwards, ce qui n’est pas rien. Il est accompagné par deux compères du feu de dieu, Craig Joiner (de Romeo’s Daughter) à la guitare et Richard Newman (fils du célèbre batteur Tony Newman) derrière les fûts. Le mammifère à corne ne va pas s’arrêter en si bon chemin, mieux, il ne fait que commencer sa course effrénée. En effet, aucun temps mort dans ce show d’une puissance sans faille. Rhino’s Revenge n’est pas du tout une pâle copie du Quo mais a vraiment son empreinte sonore. En effet, si vous vous attendiez à entendre« In the Army Now » c’est rapé puisqu’ils vont interpréter des compositions de leur cuvée comme « Secretary », « Busy Doing Nothing », « Jungle Love » etc.

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    Ça claque comme il se doit ! Ce qui fait vraiment plaisir à voir, c’est le pied qu’ils prennent à délivrer leurs missives auditives. On est dans l’authentique esprit du rock n roll voire pub rock/punk puisque par endroit leurs brûlots résonnent comme du Eddie & The Hot Rods ou Doctor Feelgood. C’est vraiment la classe ! De plus, sans en faire des tonnes, ils démontrent un savoir-faire et une maîtrise dont les anglais ont le secret. L’assemblée est conquise, saute, danse, s’extériorise corporellement, headbangue, même ceux qui ont perdu leurs cheveux se prennent au jeu…Après 1h40 de concert et une reprise d’enfer de « Born to be Wild », le rhinocéros finit sa course sous une ovation des plus chaleureuses. Le temps au trio d’essuyer sa sueur et hop, le voici derrière le stand de merchandising pour s’adonner aux joies des photos souvenir et des échanges avec les fans.

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    Petite précision et non des moindres, une partie de la recette va à l’association « Save the Rhino International » comme quoi, les rockeurs ont du coeur. En tout cas, une revanche de haute volée sur le monde impitoyable du rock !

    Alicia FIORUCCI

    ( Photos : Alicia Fiorucci / Bruno Quofrance )

     

    MILES L’AUTOBIOGRAPHIE

    ( avec Quincy Troupe )

    ( Presses de la Renaissance / 1990 )

     

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    C’est mon arme secrète de rocker. Quand je tombe sur un jazzeux qui commence à me prendre la tête sur ma musique primaire, j’ai ma botte de Nevers, la ressors au dernier moment quand il entreprend de mal parler de Vince Taylor, plouf entre les deux yeux, z’au moment où il ne s’y attend pas, tiens toi qui aimes le jazz, j’ai vu Miles Davis en concert, du coup le gars il me mangerait dans la main, mais je suis bon prince, devant ses yeux larmoyants et quémandeurs en attente de révélation, je donne les détails, et le gars reconnaissant à jamais me quitte comme s’il avait vu le porteur du Graal. Tout juste s’il ne me couche pas sur son testament. Jouait bien le Miles, mais pas beaucoup, c’était quelques années avant sa mort, un peu à bout de souffle, soufflait peu mais bien. Laissait l’orchestre faire le boulot, mais dès qu’il embouchait le clairon ça s’insinuait en vous comme la lèpre et le choléra. Juste pour vous dire combien c’était bon, une note bleue ravageuse.

    La même impression dès la première ligne du prologue. Nécessaire cette intro, parce que le Miles depuis tout petit il déroge à la lettre. N’est pas né pauvre et misérable, comme tout nègre qui se respecte, but a golden lovin’ spoonfull in the mouth, fils d’un dentiste, noir mais riche. Bourgeoisie noire. Consciente de ses racines. Et qui n’a rien oublié. Ni pardonné. Une mère qui descend de Nat Turner - le meneur de la première révolte noire armée - et un père doté d’une personnalité orgueilleuse. L’en héritera. Et surtout très compréhensif. Laissera son fils partir à New York, lui enverra du fric régulièrement, même lorsqu’il quittera l’école. Pour jouer en free lance. Tout en exigeant de lui qu’il ne soit pas un suiveur, un imitateur, mais pleinement lui-même.

    Le genre de doux diktat qui ne pouvait que plaire à Miles. Car le Miles n’est pas un adepte du doute. Ne croit qu’en une chose, en lui-même. Raconte son addiction à la trompette, comprend très vite qu’il lui reste un sacré boulot, qu’il est loin du compte, que le fossé à combler est un véritable gouffre, même pas peur le Miles, passe les étapes une par une, tout en remarquant qu’à chaque fois il s’en sort haut la main, l’élève a atteint le niveau du maître qu’il s’était donné et maintenant il faut qu’il s’en trouve d’autres qui aient quelques petites choses de plus difficiles à lui apprendre.

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    Vise haut. Dizzie Gillepsie et Charlie Parker, pas plus ( n’existe pas ), ni moins ( ne mange pas de ce pain-là ). Officiellement l’arrive à New York en septembre 1944 pour suivre les cours de la prestigieuse Julliard School, Dans sa tête un seul but : trouver le Bird. Plus difficile qu’il ne le croyait. Invisible dans les clubs, si par hasard il se pose sans préavis dans l’un d’entre eux, le lendemain soir quand il court à sa rencontre, l’insaisissable volatile s’est envolé. En attendant Miles est toujours prêt à remplacer la première trompette défaillante, à taper le bœuf dès qu’on le lui demande. Ne s’en tire pas mal, et même plutôt bien. L’apprend beaucoup, les accords un peu trop complexes il commence à les comprendre en les développant au piano. N’est pas un benêt bleu non plus, à Saint-Louis il a déjà joué dans l’orchestre d’Eddie Randle ce qui lui a permis de côtoyer le deuxième cercle du milieu jazzistique, l’a même eu une proposition ( ses parents refuseront ) de tournée avec Tiny Bradshaw - l’on retrouve son nom dans toutes les histoires qui s’intéressent aux origines du rock and roll - mais la grande claque sera la rencontre avec Charlie Parker.

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    Un Charlie difficile à vivre - sexe, dope, et jazz - partout et tout le temps. Se fait sucer par des putains blanches dans les taxis tout en mangeant du poulet et en discutant avec les copains, tout ce qu’il faut pour apprendre la vie à un jeune homme un peu idéaliste. Maqué et père de famille de surcroît ! Oui mais le Bird qui ne voit jamais plus loin que le fric de sa dose, sur scène l’est un brûlot incomparable, ceux qui l’accompagnent en oublient de jouer à leur tour, et le public en redemande. Si difficile à gérer que Dizzie s’en éloignera. Les nuits de Miles sont chaudes, et les journées à la Julliard deviennent pesantes. Ce n’est pas que les profs soient totalement nuls, c’est que blancs ils ne comprennent rien à l’âme noire, le Miles ne crache pas dessus, regarde avec intérêt les partitions des musiciens classiques, mais rien de ce qui est enseigné ne l’aide dans sa démarche personnelle, dans son rapport intime avec la musique. C’est que quand la veille vous avez reçu une standing ovation pour le chorus que Charlie Parker vous a laissé prendre, le cours théorique du lendemain matin paraît un peu fade… L’on peut juger du chemin parcouru en une seule année, c’est à l’automne 1945 que Parker demande à Miles de se joindre en tant que trompette à sa formation. Comme dirait Rimbaud la vraie vie commence.

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    Fait maintenant partie de l’orchestre de Charlie Parker avec Thelonious Monk, et Dizzie Gillepsie ils enregistrent un disque et filent en Californie. L’expérience se révèlera décevante, le Be Bop y est encore pratiquement inconnu, les clubs sont rares et peu accueillants. Le Bird ne fait rien pour arranger les choses, l’est vêtu comme un clochard, ne fait pas d’efforts particuliers sur scène, avale des bouteilles de whisky et de vin bon marché l’une après l’autre pour pallier l’héroïne dont il essaie de se désaliéner. Finit par être enfermé à l’asile où il subit des électrochocs Pendant ces mois d’inaction Miles matraque le bœuf avec tous ceux qu‘il rencontre, joue avec Coleman Hawkins et Charlie Mingus qu’il juge en avance sur son temps. Pour gagner de l’argent il travaille dans l’orchestre de Billy Ecskine qui tient à tout prix à le garder mais en 1947 il retourne à Saint Louis retrouver sa femme qui lui a donné un garçon qu’il n’a encore jamais vu. Ces deux années sont initiatiques, il touche à l’héroïne et la cocaïne qui lui refilent une super-énergie, accepte pour la première fois de l’argent d’une femme blanche et trompe sa régulière avec la chanteuse Ann Baker. Enfin détail non négligeable, il est conscient d’être à deux doigts de posséder un son bien à lui qui sera sa signature identificatrice dans l’histoire du jazz. Il n’a que vingt-et-un ans.

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    Retour à New York, les clubs les plus prestigieux s’alignent les uns à côté des autres dans la 52° Rue, au bout de quinze jours Miles quitte Dizzie pour le Bird de retour lui aussi, phénix renaissant, plus oiseau de feu que jamais. Miles parle davantage de Parker que de lui-même, de sa manière de se lancer dans des soli acrobatiquement arithmétiques, de retomber toujours sur la mesure au millième de quart de note précise, ne donne aucune indication, Max Roach à la batterie tente ( et réussit ) tout ce qu’il peut pour tomber juste et Miles comprend qu’il ne faut pas attendre mais réfléchir posément, Parker pose des énigmes, à vous de les résoudre avant d’être surpris par leur conclusion. Le jazz est une musique intellectuelle. L’on peut tout jouer, c’est très simple il suffit de trouver la solution. Elle existe obligatoirement. Bird n’explique pas. Il rayonne. Avec Bud Powell qui remplace Duke Jordan au piano, Bird enregistre Charlie Parker All Stars, sur lequel Miles place son premier thème Donna Lee. Miles est doublement satisfait, l’est convaincu qu’il a dépassé quelques anciennes influences et qu’il a atteint le même délié, la même fluidité que Lester Young… Miles enregistre enfin son premier disque sous son nom Miles Davis All Stars avec Parker et Roach…

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    1948 sera l’année des ruptures. Avec le Bird, de plus en plus cabochard, de moins en moins contrôlable, et qui garde tout le fric pour lui. Ne pense plus aux copains, fait le rigolo devant les blancs… excédés Max Roach et Miles finissent par le quitter. Les divergences sont peut-être plus profondes Miles fonde son nonnette pour enregistrer Birth of the Cool. Le titre est à lui-tout seul un oriflamme. Convoquez neuf musiciens il en est toujours deux ou trois qui ne répondent pas à l’appel. Beaucoup d’appelés et beaucoup d’élus, même des musiciens blancs… Ce qui plaira aux critiques blancs. Musique lente, plus fluide, qui se peut fredonner, très éloignée de l’aridité algébrique du Be Bop. Miles est convoité, même par Duke Ellington, mais il voyage en solitaire. Le voici pour quelques concerts à Paris, s’y sent bien, si bien que Kenny Clarkevenu avec lui refusera de rentrer au pays, Miles repart malgré l’amour qu’il porte à Juliette Gréco. Cet arrachement il le paiera très cher, par quatre ans d’addiction dure à l’héroïne.

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    Tout fout le camp. Tous les amis musiciens de Miles sont aussi vampirisés par l’héro. Miles se fait maquereau, se fait arrêter par les flics, perd ses engagements, se sépare de sa femme, vole ses amis, la dégringolade, une seule consolation durant ses deux premières années de galère, il accompagne durant quinze jours Billie Hollyday… ironie du sort, de nombreux jazzmen blancs se font des couilles en or avec cette nouvelle musique venue d’ailleurs; le cool jazz…

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    Essaiera de décrocher à plusieurs reprises avec l’aide de son père… enregistre quelques disques avec Sonny Rollins et le Bird, pour Prestige et Blue Note, chaque fois qu’il remonte la pente, l’est le premier à tout faire foirer, jusqu’au jour où il finit après huit jours d’abstinence totale, seul enfermé dans une chambre comme une dinde dans un frigidaire par se débarrasser de sa terrible accoutumance. L’était temps, il y avait ce Chet Baker qui était devenu le chouchou de la presse spécialisée. Certes il jouait bien - un jeu très inspiré d’un certain Miles Davis - un blanc, un suiveur, pas un créateur. Ce terme réservé aux noirs. Ce qui ne l’empêche pas de se lancer dans d’interminables disputes avec Charlie Mingus qui hait systématiquement tous les blancs…

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    Miles signe un contrat d’exclusivité avec Prestige. Il enregistre régulièrement, mais l’essentiel est ailleurs. Il se reconstruit dans sa tête. Avec des hauts et des bas. Un peu de dope encore, mais pas la submersion. Sugar Ray Robinson est devenu son modèle. Se met à la boxe, un art de haute précision qui n’est pas sans accointances avec le jazz. Miles se durcit, devient méfiant, se comporte comme un mac lorsque Juliette Gréco le retrouve à New York… musicalement il commence à entrevoir ce qu’il veut vraiment, retrouve sa maîtrise d’avant la drogue et subit l’influence d’Ahmad Jamal dont le jeu et la musique l’aident à éclaircir, à débroussailler son flow, à le laisser couler d’autant plus sereinement qu’il a éliminé ses propres obstacles… Passage de témoin, le Bird clamse, standing ovation pour Miles au Newport Festival de jazz de 1955. Les critiques blancs deviennent louangeurs. Donnent l’impression de le découvrir lui qui est dans le métier depuis dix ans… John Coltrane opère le bon choix, quitte Jimmy Smith et son orgue pour jouer aux côtés de Miles.

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    Super appart, belles copines, le succès est là, Miles dicte ses conditions aux patrons des boîtes, enregistre chez Columbia, l’est maintenant dans le plus fort du Maim Stream. L’a voulu, ne le regrette pas, garde la tête froide, refuse d’être dupe, Les salles sont pleines, l’argent coule, la dope aussi, Coltrane et Joe Phyllie le batteur sont au cœur de la tourmente. Miles plus que jamais rebel, hip and cool est obligé de les renvoyer mais Trane fait cold turkey et revient en grande forme. Nous sommes en 1958, le grand jeu peut commencer.

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    Ne s’agit plus de jouer du jazz, celui qui n’est que continuation de Louis Armstrong, Duke Ellington, Lester Young et Charlie Parker, s’agit de jouer autrement, en modal dit Miles, de retrouver quelque chose de plus lointain, de dépasser les racines du blues, de se laisser inspirer par l’Afrique originelle. C’est une gageure, en deux ans Miles et son sextette n’y parviennent que cinq ou six fois, mais la formation est au top, elle enregistre en direct et très souvent elle se contente de la première prise. Ce sera le cas pour Kind of Blue, aujourd’hui considéré avec A Love Supreme de Coltrane comme le plus haut sommet du jazz, reconnu comme un chef d’œuvre absolu dès sa sortie, duquel Miles avoue ne pas être satisfait. D’ailleurs il consacre davantage de pages à la confection du suivant Sketches of Spain qui repose avant tout sur un arrangement par Gil Evans du Concerto d’Aranjuez, l’enregistrement nécessite la participation de musiciens classiques qui n’arrivent pas à comprendre les directives de Miles de ne pas jouer les notes écrites mais de les considérer comme des départs pour figurer les espaces qui les séparent. Comme chez Mallarmé les blancs sont les lieux les plus importants. Tout en reconnaissant - et en connaissant - la force des compositeurs classiques Miles règle son compte avec les musiciens classiques qu’il qualifie de robots incapables d’improviser. Ce sont dans leur immense majorité des blancs… malmené et frappé par la police alors qu’il est en train d’attendre un taxi Miles tombe de haut, s’aperçoit que quoi qu’il fasse il sera toujours un nègre. Cette injuste mésaventure accroîtra sa méfiance, son amertume et son cynisme, alors qu’il pensait que les temps étaient en train de changer…

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    Tout va bien. Trop bien. Tournées à gogo. Gagne des milliers de dollars à chaque concert. Roule en Ferrari blanche. Possède un appartement de roi. Des douleurs dans les articulations et des plus graves dans la tête. Médicaments, coke, alcool, méchante limonade. Mort de son père. Mort de sa mère. Trop pris par lui-même pour être présent à leurs derniers moments. L’on sent la dépression larvée. L’ a des musiciens de rêve Tony Williams à la battterie, Herbie Hancock au piano. Mais le jazz se déplace. La new thing apparaît, Miles n’aime guère le free-jazz, des gens - Archie Shepp, Albert Ayler, Cecil Taylor - qui ne savent pas jouer, ou qui ne connaissent qu’une seule manière, une musique non structurée. Fin 1963 il parvient enfin à mettre la main sur Wayne Shorter qu’il guignait depuis longtemps.

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    Le public décroche du jazz dès l’apparition de la free thing en 1960, et se tourne vers Little Richard, Elvis Presley, Chuck Berry, Jerry Lee Lewis, Beatles, Bob Dylan, Stevie Wonder, Supremes, James Brown, le rock sous toutes ses formes se pose en sérieux outsider. Un peu paranoïaque, Miles pense que les critiques ont intentionnellement poussé en avant le free-jazz pour que les gens se détournent de la musique populaire noire pour favoriser la blanche… l’en profite même pour critiquer l’évolution de Coltrane… N’empêche que Wayne et Tony poussent Miles au cul, certes ils structurent sec mais d’un autre côté ils vous secouent salement le panier à salade, pas absolument free, mais vous ont scié pas mal de barreaux de la cage, et puis cette manière de jouer tous ensemble en se marchant dessus, sans s’en vouloir, en toute confiance. Finis les majestueux soli en solitaire, le combo n’est plus qu’une pulsation rythmique incessante et chacun se hâte d’alimenter le foyer. Le band enregistre six albums en quatre ans, mais le public réclame les vieux morceaux de Miles… Les années soixante s’embrasent, les évènements se bousculent, émeutes de Watts, apparition des Black Panthers, amitié avec James Baldwin, Miles écoute Muddy Waters et James Brown, le son de la guitare lui semble essentiel, dans sa tête règne un peu de folie, beaucoup de pression, coke, alcool, soirées très chaudes, sa femme Frances – celle qu'i aura le plus aimée - s’enfuit… l’est sûr que le monde change et qu’un musicien se doit d’accompagner le mouvement…

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    La mort de Coltrane en juillet 1967 affecte Miles. Lui fut-elle nécessaire pour réaliser que l’œuvre de Trane a bousculé le jazz, qu’elle est à l’origine d’une évolution du jazz, plus révolutionnaire que sa propre contribution, et qu’il est temps pour lui d’emprunter des sentiers sinon plus aventureux du moins davantage novateur ? Miles écoute Sly and the Family Stone et rencontre Jimmy Hendrix. Qui ne sait pas lire la musique mais le dialogue permet à tous deux de mieux comprendre la convergence de leurs chemins. Miles admet avoir été influencé par Jimi et réciproquement. Parle aussi de la proximité de Jimi avec le hillbilly. In a Silent Way fit beaucoup de bruit. Ce nouvel album paru en 1969 est aussi important dans l’histoire du jazz que l’enregistrement de Kind of Blue. Mais si Kind est un album de parousie clôturiale d’une certaine histoire du jazz le Silent Way est un point focal d’ouverture, il est l’origine propulsive du jazz-rock et de la fusion. L’a rassemblé une nouvelle équipe autour de lui, Joe Zawinul qui joue sur piano électrique, Keith Jarrett qui lui aussi électrise son piano, Chick Corea lui aussi au piano, Jack Déjointe à la batterie, et John McLaughlin à la guitare qui débuta dans la première génération rock and roll anglais… Miles accorde davantage d’importance à l’album suivant Bitches Brew qui lui semble d’une complexité mieux aboutie.

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    Miles gagne jusqu’à 400 000 dollars par an mais il remarque que ses concerts ne sont plus sold out, aussi franchit-il le pas et part-il à la rencontre du public rock, passe au Filmore East de San Francisco entre Steve Miller et Gratefull Dead, et en première partie de Santana, une nouvelle frange du public se rallie à lui… fait des efforts abandonne ses beaux costumes trois pièces pour des tenues plus libres, pas tout à fait le débraillé rock, change de coiffure, ne s’agit pas seulement d’un simple relookage, ça bouge aussi dans sa tête, sa compagne Betty Mabry n’est pas pour rien dans cette évolution, il se séparera d’elle au bout d’un an car son allure de rockeuse un peu trop sauvage jure un peu avec le milieu un tantinet compassé du jazz dont il reste tributaire…

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    S’ouvre une période des plus créatrices de Miles, les disques s’enchaînent et surprennent, Miles change sans arrêt de musiciens, Billy Cobham sera choisi pour sa frappe plus rock, Miles insiste beaucoup depuis toujours sur le rôle moteur du batteur dans ses différents combos, c’est sur son jeu que se calent les soli, même si maintenant il fait moins de solo, pour accompagner sa nouvelle manière de trumpet groove il adjoint un percussionniste à sa section rythmique… Miles participe au festival de l’île de Wight, Hendrix meurt alors que rendez-vous était pris pour un enregistrement commun… Miles se sert d’une pédale wha-wha sur sa trompette… se rend compte que les jeunes noirs ne connaissent pratiquement pas Hendrix trop près du rock blanc… Pour se rapprocher de ce public Miles tente d’infléchir la courbe trop free de sa formation vers un groove funk, ce qui n’est pas sans provoquer de nombreuses dissensions avec certains de ses musiciens qui s’accrochent aux patterns du jazz pur… Avec On the Corner, Miles concilie l’inconciliable Stockausen, Sly Stone, James Brown, Bach et Paul Buckmaster, passe aussi à l’électrique intégral pour avoir un son qui soit audible dans les grandes salles. Miles va mal, trop de sexe, trop de drogues, trop de tournées, une prothèse de hanche de plus en plus douloureuse, Columbia ne pousse pas son disque vers le jeune public noir friand de rhythm and blues et le public jazz traditionnel est incapable de comprendre cette nouvelle musique. Un accident de voiture lui brise les deux chevilles, Miles est la proie de ses vieux démons, Fin 1975, Miles arrête.

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    Restera enfermé quatre années chez lui, une longue nuit, entre dope et femmes, entre produits et sexe, vit ses phantasmes, ne sort que très rarement, ce qui est plus prudent vu ses crises de paranoïa et les flics obligés de le déposer à l’hôpital psychiatrique, Cicely une ancienne copine revient vers lui et l’aiguille vers une vie moins excessive, son jeune neveu Milburn fou de batterie lui téléphone souvent pour demander conseil, et Columbia insiste pour qu’il reprenne le combat et accepte qu‘il prenne George Butler, un noir, comme producteur.

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    La santé se détériore mais le succès est là dès les premières gigs. Touche quinze mille dollars par soirée pour un club de 425 places, embraye sur les tournées grassement payées en Europe et au Japon, les critiques sont plus que mitigés, ses deux derniers disques The Man with the Horn et Decoy sont jugés peu aventureux. Miles remarque simplement que le jazz se répète et qu’il faut devenir accessible à l’oreille du public façonnée par le rock blanc… L’a d’autres chats à fouetter, les alarmes des toubibs qui exigent qu’il arrête le tabac et l’alcool, le diabète est devant la porte mais une c’est une crise cardiaque qui frappe la première, lui paralysant les doigts, s’en remet mais fin 1983 la nécessité d’un repos se fait sentir… Détour par la case hôpital, hanche et pneumonie, cette dernière étant le lot ultime d’organismes fatigués, c’est elle qui a emporté Billie Hollyday et Coltrane.

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    En 1984 Miles quitte Columbia pour la Warner, reçoit récompenses et prix prestigieux mais il n’aime pas qu’on lui préfère dans la plupart des cas Wynton Marsalis musicien de jazz et de musique classique, une manière pour les blancs d’honorer un artiste noir formé dans la tradition européenne… Miles a soixante ans, les évènements se répètent, coma diabétique, violentes disputes avec Cicely, un musicien Darryl Jones qui le quitte pour aller jouer avec Sting qui propose davantage de blé, tournées, enregistrement de Tutu, - combat contre l’apartheid et emploi forcené de synthés - grands concerts avec U2, participation à un épisode de Miami Vice Miles, pub Honda, Miles est partout où il faut être et même là où il faudrait ne pas être… Au retour d’une réception organisée par Reagan pour rendre hommage à Ray Charles, Miles excédé par l’ignorance crasse de l’élite blanche casse avec Cicely Tyson qui l’avait embrigadé dans cette galère…

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    L’autobiographie se termine, fait un peu le tour de la question. Vous connaissez la réponse, elle s’appelle Miles. Revient sur le futur de la musique, Prince est le bon cheval, mais Miles ne dédaigne pas le rap et parle même du zouk. Pour lui la musique authentique est noire. Parle de ses rapports avec ses musiciens. Pas de blabla, un musicien respecte les musiciens mais ne parle de musique qu’avec son instrument. Parle de l’évolution de la musique, le monde change, la nature des instruments change, donc la musique change. Il est inutile de regretter le passé, aller de l’avant pour ne pas s’ossifier. Lui-même a évolué, ne serait-ce que par contraintes économiques, l’argent vous permet de rester libre. Avoue sans honte ni regret qu’il a su s’adapter pour survivre. Parle beaucoup des femmes, avec amour et tendresse, mais sans concession, ses préférences et ses choix. Certaines ne savent pas comment faire avec un homme, surtout si c’est un artiste. Le veulent pour elles, l’embêtent, l’agacent. Oui parfois il en a frappé, il le regrette mais c’est ainsi. Passe aux hommes, l’est moins disert, si vous êtes cool tout se passera bien. En vient à la différence entre les blancs et les noirs. Les blancs se croient habilités à être des donneurs de leçons mais les noirs sont les créateurs… Pensent aux morts qu’il a connus de son vivant, sont proches de lui, sent leurs esprits tout proches… Se sent investi de la puissance de la musique. L’est prêt à foncer droit devant dès le premier temps…

     

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    Miles termine son Autobiographie en 1988. Il mourra en 1991. Vous n’êtes pas obligé de tout gober. Vous donne l’impression qu’il force un peu sur les côtés déplaisants de sa personnalité. Ne mâche pas ses mots. Traite ses deux premiers fils de ratés. Se dépêche d’ajouter que c’est un peu de sa faute, mais maintenant qu’ils sont grands, c’est à eux de se prendre en charge. A l’intérieur de leur tête personne ne peut les aider. La vie ne fait pas de cadeau, Miles non plus. L’on décèle chez Miles une certaine coquetterie à se décrire plus noir qu’il n’était.

    Damie Chad.

  • CHRONIQUES DE POURPRE 226 : KR'TNT 345 : CYRIL JORDAN / KIDZ GET DOWN / MERCENARIES / THE BLUES AGAINST YOUTH / NUCLEAR DEVICE / PUNK & ANARCHIE

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 345

    A ROCKLIT PRODUCTION

    LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

    26 / 10 / 2017

    CYRIL JORDAN

    KIDZ GET DOWN / THE MERCENARIES /

    THE BLUES AGAINST YOUTH / NUCLEAR DEVICE /

    PUNK & ANARCHIE

    Monsieur Jordan - Part Two

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    La bonne nouvelle, c’est le dernier album des Groovies, Fantastic Plastic. On les croyait rincés, on les disait dépassés, on les taxait de has-been, on les plaignait d’être si vieux, on les prenait à la légère, on les enterrait vivants, on s’en lavait les mains. Quelle erreur d’appréciation ! Un mec aussi féru de rock que Cyril Jordan ne peut pas décevoir. Comme Lux Interior, Jeffrey Lee Pierce, Peter Perrett et d’autres, il ne vit que pour ça, le rock, et son dernier album n’en finit plus de nous le rappeler. Cyril Jordan fait partie des gens qu’il faut continuer de suivre à la trace, ces rockers de quarante ans d’âge qui sèment derrière eux la poussière d’étoiles dont on se nourrit depuis l’adolescence. Comme tous les gens de sa génération, il est entré dans la phase critique de la soixantaine, mais sur scène, il fait encore illusion. C’est tout ce qui compte. Qu’attend-on de plus d’un groupe de rock ? Un bon concert et accessoirement un bon album ? Dans le cas des Groovies, on est gâtés. C’est même inespéré. Leur set tient sacrément bien la route, Cyril semble ravi de pouvoir encore monter sur scène avec une section rythmique et un chanteur, c’est ce qu’il a voulu faire toute sa vie, et ça continue. Tant mieux pour lui. Pour cette tournée européenne, il a combiné un drôle de petit set, un panaché de cuts du nouvel album et quelques reprises triées sur le volet. Oh pour ça, on peut lui faire confiance, il a toujours eu le bec fin. Les connaisseurs ont pu apprécier son clin d’œil aux Raiders, avec un «Hungry» bien enlevée et poppy à souhait. Cyril a toujours adoré les Raiders, souvenez-vous de sa fantastique reprise d’«Him Or Me». On connaît mal les Raiders en Europe. Ce groupe était une véritable usine à tubes, aussi prolifique que les Monkees, tant dans la qualité que dans la quantité. Leurs albums sont aussi indispensables que ceux des Standells ou des Beach Boys. Cyril tapait aussi dans NRBQ avec «I Want You Bad», une reprise qu’on retrouve d’ailleurs sur Fantastic Plastic. Comme les Raiders, NRBQ est une véritable institution aux États-Unis. Souvenez-vous que les Stones envisageaient d’embaucher Joey Spampinato pour remplacer Bill Wyman.

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    Sur scène, notre pépère Cyril retrousse ses manches, il met du cœur à l’ouvrage, il se campe sur ses jambes écartées pour mieux riffer, il affiche une mine décidée, il s’immerge dans le son, il noyaute bien sa légende. Il tient toujours à ce que les Groovies se distinguent de la masse. Il y a chez lui quelque chose d’élitiste, au sens culturel, l’homme est fin, il cultive une vision, on le sait car il la développe à longueur de pages dans Ugly Things, sa posture relève à la fois de l’érudition et de l’innocence, au sens de l’ado féru, celui qui creuse pour apprendre les choses qui l’intéressent, comme par exemple les accords de guitare, les marques de certains vêtements, les endroits où sont enregistrés certains albums, les noms des gens qui composent les groupes chouchoutés, cette multitude de petits détails qui font la richesse d’un monde magique. Quand on voit Cyril Jordan sur scène, il ne faut jamais oublier qu’il sort d’une caverne d’Ali-Baba, celle qu’il a patiemment fabriquée de ses propres mains pendant toute sa vie. Dans ce cas précis, tout relève à la fois du sacré et de l’illusion. Idéal quand on sait que le monde réel ne vaut pas tripette, n’est-ce pas ?

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    Et comme le public se compose essentiellement de fans, Cyril les soigne en saupoudrant son set de vieux classiques imparables : «Teenage Head» (systématiquement massacré au chant depuis que Roy Loney n’est plus là), «Shake Some Action» (complètement dévitalisé par l’absence de George Alexander - sa bassline faisait partie des modèles qu’on travaillait dans les années soixante-dix quand on voulait apprendre à jouer de la basse), «Slow Death» (même problème que Shake, la bassline de George Alexander amenait tellement de punch - et Danny Mihm amenait tellement de swing - aujourd’hui on a autre chose, une rythmique de dominantes, il faut faire avec) et «Jumping In The Night», histoire de boucler le panorama.

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    Sur scène, «What The Hell’s Goin’ On» fait dresser l’oreille. Avec ce cut tiré du nouvel album, Cyril opère un spectaculaire retour vers la Stonesy. Comme s’il revenait au bercail. L’épisode beatlemaniaque de l’album Shake Some Action sonnait un peu faux. À part le morceau titre, le reste de l’album pouvait laisser sur sa faim, surtout après une triplette aussi parfaite que Supersnazz/Teenage Head/ Flamingo. Avec la Stonesy, Cyril se sent comme un poisson dans l’eau. Il joue son What The Hell à la petite dépouille de son clair et tape dans la collection de riffs du vieux Keef. C’est précisément là que les Groovies reprennent tout leur sens.

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    D’ailleurs, What The Hell ouvre le bal de cet album grouillant de bonnes surprises. Ça gigote autant que dans une rivière à saumons. Un seul déchet à signaler : «I’d Rather Spend My Time With You». Cet instro qui se niche en B n’a ni queue ni tête. Aussitôt après la petite giclée de Stonesy, le spectre des Byrds vient hanter «End Of The World». On croirait entendre «So YouWanna Be A Rock’n’Roll Star», c’est exactement la même tension psychédélique, il se produit là un extraordinaire phénomène d’osmose avec le cosmos des Byrds. Oui, Cyril détient ce pouvoir surnaturel, il recrée cette vieille magie qui semblait figée dans le passé (un passé que Johnny Rogan tente lui aussi de réanimer à coups de bibles). Lors de son dernier passage à Paris, Cyril attaquait son set en chantant «I Feel A Whole Lot Better», mais cette fois, il va beaucoup plus loin, l’esprit des Byrds bouillonne en lui, son coulé de son renoue avec l’alchimie de l’ancien super-groupe californien. Le spectre des Byrds hante aussi «She Loves Me». Attaqué au fondu d’harmonies vocales, ce cut mélodiquement parfait embrase l’imagination. Le clair de lune à Maubeuge se transforme en coucher de soleil sur Malibu. Ce bec fin de Cyril tape aussi dans l’autre mamelle de la légende californienne, les Beau Brummels, avec «Don’t Talk To Strangers», fantastique foudu enchaîné de folk-rock et d’harmonies vocales. Cyril nous gave de cette pop californienne inimitable. Trop de son, trop de perfection. Un peu comme ces vacances au bord de la mer, jadis, quand il y avait trop de soleil, trop de baignades, trop de bien-être. Ça finissait par devenir louche. Suite du festin de son avec l’«I Want You Bad» entendu à la Maroquinerie, un son noyé d’arpèges magiques, solidement soutenu à la mélodie chant et éclaté à coups de poussées de fièvre harmoniques et de gammes poppy. Et quand on passe en B, on croit rêver car «Crazy Macy» semble sortir tout droit de Sneakers. Les Groovies renouent enfin avec leurs racines. Voilà un hit à l’ancienne, admirablement profilé sous le vent et caramélisé dans l’azur psychédélique, un cut irréel, avenant et mystérieux, fin et délicieux, et groové au mieux des possibilités. S’ensuit un autre sortilège pop intitulé «Lonely Hearts», une pure merveille d’androgynité raphaélite. Voilà encore un hit digne des Beau Brummels.

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    Puisqu’on parlait de phénomènes de mimétisme avec les Byrds, en voilà un autre, cette fois avec Canned Heat : «Just Like A Hurricane» sonne exactement comme «Let’s Work Together», avec peut-être un brin de gras double en plus, mais pas tant que ça. Le pompage est probablement inconscient. Il faut savoir qu’une cervelle de guitariste s’encombre facilement de riffs et de gimmicks entendus à droite et à gauche, et comme la nourriture qu’on avale, ça finit par ressortir d’une façon ou d’une autre. Dans le cas d’Hurricane, ça paraît flagrant. La structure boogie du cut ne trompe pas et Cyril joue ça au pur jus de gras à la Vestine. Il s’agit peut-être d’un hommage inconscient, allez savoir. Il n’empêche que cet album continue de sonner comme un festin de roi car voilà «Fallen Star». Cette pop psyché à fort parfum byrdsien tient tous les sens en éveil.

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    Une fois de plus, Cyril tape en plein dans le mille. On croyait les Groovies largués, mais non, au contraire, ils sont en pleine renaissance, avec un album qui sonne déjà comme un classique du genre. Ils bouclent avec un «Cryin’ Shame» qui monte directement au zénith power-poppy. Les Groovies n’en finissent plus d’écumer le vieux triangle des Bermudes californiennes, tel que défini par les Byrds, les Beau Brummels et les Beach Boys.

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    Signé : Cazengler, Flamine de rien

    Flamin’ Groovies. La Maroquinerie. Paris XXe. 14 septembre 2017

    Flamin’ Groovies. Fantastic Plastic. Sonic Kicks Records 2017

     

    MONTREUIL / 21 – 10 – 2017

    LA COMEDIA

    KIDZ GET DOWN / THE MERCENARIES

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    Direction Montreuil, quittons les délices du rockab pour le purgatoire du punk, direction La Comedia, l'antre-soi undergound des groupes les plus improbables. Découvertes en tous genres garanties. Laboratoire expérimental, fusion et recherche. Brocante du (dé)passé, boutures du futur. Entrée libre mais respectueuse. Public fidèle et varié. Tout âge. Tout sexe. Tout ce que voulez. Et ne voudriez pas. Car comme disait Empédocle attirance et répulsion se partagent le cœur de l'homme. Ambiance fervente et sympathique. Mettez un repère sur ce repaire rock.

     

    KIDZ GET DOWN

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    Plus grands que des kids. Surtout Tommy Tall qui gigote et pogote sur place – scène pas exigüe mais un peu juste pour quatre zigues. Donc Long Tall Tommy qui assure aussi la rythmique mène le bal, pile énergétique gonflée à bloc, j'avais adoré ses vocalises durant la balance – rien à voir avec un soprano mozartien, genre picture horror show, mais là l'a domestiqué son organe, un peu moins de turgescence, parfois plus creux, comme la suaverésonance d'un poumon de grabataire tuberculaire. C'est que si l'affiche proclame punk rock, Kids Get Down ne sont pas tout à fait du genre je-joue-à-fond-qu'importe-si-je-me-brûle-la-cervelle. Mêlent du ska ( suffit ! ) et des relents de reggae dans leurs refrains. Ce qui freine. Je ne suis pas un adepte convaincu de ce punk à la Clash qui ne fonce pas jusqu'au bout du crash. Mais je dois reconnaître qu'ils déménagent bien. Neveu Pierre à la batterie amasse la mousse. N'en rase pas pour autant les murs. Aligne les galets comme la mer les roule à Etretat. Pas de fadaises sur les falaises : marée haute d'équinoxe déferlante, infatigable, increvable, inlassable, de la galopade drumique comme on l'aime, le gonze fonce, défonce, enfonce le rythme en zone rouge. Bassiste à l'honneur, centerfield entre les deux guitaristes, Tanguy tangue, houle de mer qui épouse la coque qui se profile, tantôt de force quatre je me gondole à la Marley I Know a Place, tantôt bateau de plaisance je plaisante force 6 à la Special coup de vent It doesn't Make It Alright, enfin avis de tempête étrave de pirate Monsanto World. Le public donne l'impression de préférer les deux premières options. Manu DK n'use pas d'une lead décaféinée, l'enchaîne les morceaux à fond de tombereau, préfère le hachis saignant à la meringue de mérengué, à croire qu'il n'aime pas trop çà, un adepte du passage du riff en force, tout droit et sans s'attarder sur le troisième temps. Refuse de mettre le pied dans la chaloupe du calypso. Kidz Get Down – émane de cette appellation un parfum de rythme sautillant post-Beatles – heureusement qu'il y a kidz pour nous mettre all right – n'ont pas les deux pieds dans le punk destroy, des morceaux comme Nightmare ou Sweat Earn Buy & Dye – titre de leur dernier album dont la soirée est la release party – emportent toutefois notre adhésion.

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    THE MERCENARIES

     

    S'installent sur scène. Aux premières notes de la balance, j'échange un regard navré avec Patrick, rencontré dans l'inter-set à qui vous devez les illustrations de cette chronique prélevées sur Lived-pat sa chaîne You Tube. Du pur reggae ! Je me demande même si je ne vais pas me perdre ailleurs dans la nuit montreuilloise. Mais ce qui suit aussitôt me séduit. Casquette plate sur la tête – l'est vrai qu'il est difficile de la placer ailleurs – Loki se lance dans un rap. Normalement je devrais déraper, mais c'est très beau avec pour seul accompagnement la basse de Franky qui lui tricote une pulsation de velours. Décide de rester. J'eusse commis une belle erreur de m'échapper.

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    Cinq sur scène. Z'ont collé Jo Robine et son clavier sur l'extrême gauche, contre le mur. Dès qu'il ouvre le robinet de son orgue, c'est le jardin des délices de Jérôme Bosch dans les oreilles. Je ne sais comment il a trafiqué son engin, un simple Roland qui au vu de son armature a beaucoup vécu – c'est célestial, l'aigu et la couleur qui ne se discutent pas, une foudre de miel dans vos tympans, en plus souvent il se permet de jouer d'une seule main, laissant son bras gauche levé vers le plafond en signe de profonde jouissance.

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    Z'ont relégué Mad Phil contre l'autre mur de l'angle droit qui abrite la scène, racisme ordinaire dont les batteurs sont les victimes habituelles, cet ostracisme n'a pas l'air de gêner ce grand fou de Phil. L'est à son affaire. Pour lui le monde se limite à ses peaux. Ne lui en faut pas plus. Petit espace et grand parcours. La mise en équation de ce dilemme se résout par la constance V. Comme Vitesse. Joue à toute bourre. Ne cherche pas midi à quatorze heures ni les éléphants au pôle Sud, vous remplit l'espace phonique d'un roulement incessant. Vulcain est à la forge. Frappe tarentelle qui tourne en rond comme l'araignée de l'imagination dans votre cerveau. Le reggae à cette vitesse, ça me convient parfaitement.

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    Surtout que devant ils ont mis en exposition les bibelots les plus précieux. Les bijoux de famille. Trois chanteurs. Pas un de plus, pas un de moins. Franky bien sûr toujours avec sa basse nerveuse et sa voix voilée qui déjante joliment. Loki lui, luit à la lead. Un rocker, un vrai, un pur et dur. Ne peut pas riffer sans donner l'impression qu'il se prépare à bombarder Hiroshima, et quand il donne de la voix, l'est teigneux mes beaux messieurs comme un bas-rouge qui s'est accroché à vos parties et qui n'en démord pas. Chaque fois qu'il ouvre la bouche ou qu'il touche une corde de sa guitare, vous avez l'impression que vous êtes arrivés au plus profond de l'enfer.

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    Ben non, vous êtes au Paradis. Car il y a une Eve au milieu de la scène. Somptueuse, blonde et charnelle. Une géante. Bad Ness. L'ange luciférien. L'a dû avaler le démonique serpent enroulé autour l'arbre. Elle a la voix qui djente et feule à mort. Pas du genre à trainasser sur les syllabes, n'étire pas les mots sur un kilomètre, vous les crache à la gueule, à la punk attitude. Z'ont un morceau qui s'appelle Héroïne, n'en ont pas un qui s'intitule haschisch. Quand ils accentuent le contre-temps vous avez l'impression d'un drakkar Viking qui débarque dans un village normand. Un coup de bélier qui vous pulvérise le pont-levis d'un château-fort en moins de temps qu'il ne m'en faut pour l'écrire, ensuite ce sont les scènes d'égorgement habituelles à l'intérieur des murailles. Je ne sais si c'est parce que tout le monde déteste la police ou parce que le monde entier préfère les voleurs mais quand ils attaquent Police and Thieves – de ces damnés Clash – c'est la folie dans la foule, ça bouge sévère dans tous les azimuts. N'oubliez pas que par-dessus le marché dans ce capharnaüm bordélique Jo Robine vous claironne de ces nappées baptismales d'orgue pour messe noire en rut majeur.

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    Patrick – comme moi un adepte du rockabilly, me regarde et hoche la tête. Ce n'était pas si mal. C'était même très bien ! Alfred de Musset avait raison : Il ne faut jurer de rien. Même pas de la haine imprescriptible que tout rocker se doit de porter au reggae. L'est vrai que l'on a une excuse, celui des Mercenaries est particulièrement enragé.

    Damie Chad.

     

    Retour vers la teuf-teuf qui m'attend au paddock. Je marche dans la nuit noire. Je ne raconte pas d'histoire, mais voici que des bribes d'un chant solitaire de cowboy retentissent au loin. Je ne suis pas fou, l'herbe de la prairie ne croît pas sous mes pieds, je foule un vulgaire et urbain bitume. Et pourtant sur cette vaste asphalte ce n'est pas une hallucination auditive, et voici que des ombres menaçantes se profilent à l'horizon. Seraient-ce des tueurs de la Western Union Bank qui m'attendent pour me faire la peau, moi l'ami des Indiens qui soutient et pétitionne pour la libération de Léonard Peltier arbitrairement en prison depuis quarante et un an ? Je n'écoute que mon courage, et m'avance sans trembler. C'est un beau jour pour mourir. Pas de panique, j'arrive devant L'Armony, ce sont des fumeurs qui tirent sur une clope et pas sur moi, et par la porte entrouverte c'est bien de la chouette musique américaine qui s'échappe. Un aigle s'éveille dans mon coeur.

     

    MONTREUIL / 21 – 10 – 2017

    L'ARMONY

    THE BLUES AGAINST YOUTH

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    Je fends la foule. Et me faufile devant. Toujours pensé que dans les concerts, c'est comme dans la phalange macédonienne où il fallait être en première ligne pour profiter du spectacle. Il est tout seul, plus tard j'apprendrai qu'il se nomme Gianni Tbay et qu'il arbore The Blues Against Youth comme nom de scène.

    Solitaire mais fort occupé. Chante, joue de la guitare, est assis devant un kit de batterie qu'il manipule de ses pieds délatéralisés, souffle dans un kazoo, et comme je n'assisterai qu'aux trois derniers morceaux me dis qu'il j'ai aussi dû rater quelques épisodes instrumentaux. En tout cas j'ai saisi la beauté du chant et compris d'emblée la portée de son entreprise. Retour aux roots. La voix rurale ce qui n'exclut pas la sophistication, et l'instrumentalisation rudimentaire. A part qu'il a un son de guitare fabuleux. Pas étonnant qu'il propose sur la table de son merchandising un T-shirt comminatoire qui porte le portrait de Robert Johnson. Les coupeurs de cheveux en quatre ne manqueront pas de remarquer avec ironie que les trois morceaux entendus sont davantage d'obédience country que blues. Exactly my lords, et je préciserai même qu'ils louchent fort du côté du folk. Sans oublier que Blues et country sont des rivières parallèles qui comme Rhône et Rhin coulent selon les déclivités opposées d'un partage des eaux, mais qui proviennent d'un réservoir commun.

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    Reste à expliciter cette nomination incompréhensible pour les esprits artificiels. Une pure provoc adressée à l'immense majorité de la jeunesse qui écoute de la musique aseptisée et robotisée, et qui dans son ignorance manifeste vis-à-vis du vieil idiome du blues une arrogance méprisante. Dans certains milieux américains ce reproche se larve d'insultes : blues musique d'esclaves, early-country musique de pauvres. L'on n'a que ce que l'on mérite. Si vous n'êtes ni libres, ni riches, ne vous en prenez qu'à vous. Morale classiste libertarienne, dernier avatar du puritanisme biblique.

     

    APPRENTICE

    THE BLUES AGAINST YOUTH

     

    Enregistré à Rome entre février 2014 et février 2015.

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    Keep it goin' : petite intro, music only, juste pour vous montrer comment une guitare sonne, et pleure, si vous ne comprenez pas qu'elle imite le mocassin qui rampe vers vous, vous avez tout faux. Medium size star bound : la même chose mais sur un tempo rapide, les cordes se tassent quand la voix s'élance, et explosent en mille éclats de verres qui se plantent dans vos yeux quand elle se tait, facile, Tbay en siffle de contentement, manière de se moquer de vous, mais ensuite, bon prince éblouissant il vous offre un festival de sons slide serpentifiques. Barbed times : l'on tient le rythme en plus appuyé, l'harmonica imite le train ( sans se traîner ), la guitare prend la relève et une voix de femme vient soutenir l'aède, la grande tradition country, relevée d'un zeste de Dylan. Instead of nothing : plus près de Zeppelin que de Robert Johnson pour l'éparpillement cordique alors que la voix n'hésite pas à yodeler comme un cow-boy dans un film de Roy Rogers ou sur un disque de Jimmie Rodgers. Somebody settles down : plus lourd, plus grave, plus moderne, malgré les cavalcades de la guitare et les lampées de l'harmonica, rudesse du sud. Lonesome whistle blow : la guitare gémit comme le vent dans les roseaux des poèmes de Yeats, erreur s'agit de la reprise du standard d'Hank Williams, ne prend même pas la peine de forcer l'accent du Sud, c'est la guitare qui se charge du l'épineuse plainte. Prend son temps et nous notre plaisir. Call it quits : changement de vitesse, la voix glapit, pulse et marque l'urgence. La guitare tintamarre et les accords s'éparpillent comme fleur de cactus contenue durant un siècle qui explose enfin. Confusion énergétique comme il en règne dans les meilleures réalisations stoniennes. Boundless : l'a encore de l'énergie, le morceau est confit de voix comme le foie gras d'un canard nourri au grain, d'ailleurs la six-cordes picore comme une poule pressée de pondre. Wish pile blues : après deux ébouriffements de guitares, retour au old style, la voix sous le projecteur comme celle d'un vieux film, guitare en sautoir, narquois sifflotements, l'on a dû beaucoup s'amuser à enregistrer cette pseudo ballade pour générique d'ouverture. Got blood in my rythm : démonstration de ce que l'on doit savoir faire si l'on espère jouer dans la cour des grands. Une architecture galopante qui n'est pas sans rappeler la diabolique aisance de Johnny Cash. The lake : tout doux comme une eau dormante. Mais profonde, froide et glacée. Attirante et langoureuse comme une ondine. Mortelle beauté. Sans voix. Basse funèbre. Apprentice : orgue en sus, n'empêche que la guitare scintille, qu'un cliquetis de tambourin s'entête et que la voix coyotise, moane, et beugle pour marquer sa présence. Très fort. Laissez dérouler. Une petite surprise à la fin.

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    A écouter sans fin. L'oreille aux aguets. Y a toujours un truc que vous n'aviez pas remarqué. Le détail que vous n'aviez pas perçu et qui change tout. De ces disques trop riches que l'on est loin d'épuiser en dix fois. Un siècle d'histoire de la guitare blues et de son bâtard nommé rock'n'roll subsumée en douze plages. De toutes les manières, c'est déjà inscrit sur la pochette, iguane et ne perd pas.

    Damie Chad.

     

    45 REVOLUTIONS PAR MINUTE

    NUCLEAR DEVICE / 1982 – 1989

    HISTOIRE D'UN GROUPE

    ROCK ALTERNATIF

    Daniel '' Chéri Bibi '' Paris-Clavel

    Patrick ''Kiox'' Carde & Nuclear Device

    ( Editions Libertalia / Association La boîte à outils )

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    Nuclear Device. Inconnu au bataillon. En plus moi et le rock alternatif français ce n'est pas l'amour fou, ça me hérisse le hérisson auditif... mais c'était le seul livre résolument rock que les courageuses et dissidentes Editions Libertalia avaient en exposition... alors je l'ai pris. Faute de tigre on adopte un chat. Bel ouvrage, couverture cartonnée, bien mis en page, illustrations couleur, question artefact musical n'en suis pas ressorti convaincu mais si tous les groupes qui ont existé pouvaient se targuer d'avoir une rétrospective bouquinière aussi intelligemment agencée ce serait parfait.

    L'est bâti sur un principe simple : l'aventure est racontée par dix-neuf de ses protagonistes. Dans l'ordre chronologique. Je supposons quelques réunions, quelques interviews solitaires et Chéri-Bibi – le numéro 20 - a dû se coltiner le mix. Au final récit vivant et coloré, les anecdotes ne se contredisent point mais les différents point de vue entrecroisés sur un même processus s'allument de reflets réciproques. Très agréable à lire, l'on a sans cesse envie de savoir comment les évènements relatés de page en page vont finir par se goupiller.

    L'histoire est toute simple. Naissance d'un groupe, son itinéraire, sa dissolution. Circulez, il y a encore à voir : ce que sont devenus nos jeunes héros dans les vingt-cinq années qui suivirent. Tous autant qu'ils sont, font preuve d'honnêteté intellectuelle et d'esprit critique. Aucune acrimonie, aucun nauséabond relent de nostalgie mortifère.

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    Quinze ans au moment du punk. Pourraient focaliser sur les Sex Pistols, remonter le courant New York Dolls, Stooges, MC 5, mais non ils prennent le mauvais embranchement, se renquillent sur The Clash, et sur ses aspects les moins mythiques, les plus miteux, les grosses valises de ska et de reggae que les faussaires transportent en douce... A leur décharge, faut préciser qu'ils sortent de nulle part, de la seule ville de France qui ne vit que vingt-quatre heures par an. Du Mans. Je mens en plus : d'Allonnes. Alone dans la cambrousse. Deux frères. Pascal ( chanteur ) et Patrick ( guitariste ). Même pas capables d'être maltraités par leurs parents. Sont aimants, leur filent dans la tête plein d'idées belles et généreuses. Mouvance PCF. Arrive Chris ( batteur ), à eux trois ils formeront le noyau initial. S'adjoindront Charlu ( bassiste ) – un mec bien qui écoutait de Gene Vincent au collège – Loïc ( ami de la première heure ) et plus tard Jean-Marc ( saxophoniste ) qui relèvera le niveau musical de l'orphéon. La galère normale : l'on se rencontre au collège et dans les environs, on forme un groupe, on trouve enfin un local de répétition, les premiers concerts, on est loin d'être des cadors – l'on ne s'inscrit pas pour rien dans la queue de comète du punk – mais ce n'est pas le plus important, Nuclear Device est avant tout une école de vie. L'auberge espagnole de l'éducation populaire, chacun partage ses connaissances, et ce sentiment de rébellion instinctive qui agit comme un ciment englobeur. Une belle aventure, l'ouverture au monde, l'arrachement à la force de la gravité sociétale. Normalement, tout devrait s'arrêter là, ne devraient rester que les beaux souvenirs de l'entrée dans la jeunesse, quand on arrive à vingt ans, que l'on est devenu la petite gloire locale du coin, il est urgent de se dire que ce n'est qu'un rêve, que les copains et les filles qui vous suivent et entretiennent cette douce illusion de fête perpétuelle, tout cela ne durera pas, qu'il faut être réaliste, que ce semblant de mai 68 culturel et intérieur que l'on a suscité n'est qu'une ridelette dans le verre d'eau de vos cerveaux qui se craquèlent comme le poussin qui brise la coque protectrice de son œuf, faudra bien en faire tôt ou tard son deuil, que la société honnie veille sur votre avenir, qu'elle vous chaponnera un de ces jours et que vous passerez bientôt à la casserole des illusions perdues.

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    Nuclear Device possède leur arme secrète. Leur énergie. Sont les premiers à ne pas en mesurer l'importance. Certes ils ne sont pas aussi seuls qu'ils le croient. Sont représentatifs de tout un courant de la jeunesse française encore souterrain et invisible, les choses bougent sans qu'ils s'en aperçoivent depuis leur lointaine province. A Paris l'on s'agite beaucoup plus, une mouvance alternative est en train de se donner les moyens d'apparaître au grand jour. Des groupes similaires voient le jour comme Corazon Rebelde, les Brigades, OTH, Parabellum... N'ont même pas la prime d'être arrivés avant tous les autres... Ne sont pas les meilleurs du monde, mais sur scène, ils arrachent tout. A la suite d'un concert, Rock Radical Records leur propose d'enregistrer un disque. Le genre d'opportunité qui ne se refuse pas. Z'ont le bras dans l'engrenage. Changent de braquet. Enregistrent un maxi 45 Tours, pas un chef d'oeuvre impérissable mais une belle carte de visite qui leur ouvre les portes de la Capitale. Radikal Records se transforme en Bondage. Sera avec Boucherie Productions la principale maison de disques du mouvement Alternatif qui décolle. Les deux auberges illustrent bien les deux branches constitutives du rock alternatif français, Bondage est plus idéologique, politique, critique... Boucherie insiste sur le côté festif, une résurgence du vieux fonds gaulois, la déconnade érigée en principe de révolte... Les Béruriers Noirs seront le groupe phare de l'époque.

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    C'est le grand saut pour Nuclear Device. Leur quotidien change d'échelle. Abasourdis par le public parisien, des punks comme s'il en pleuvait, n'avaient jamais imaginé une telle concentration au mètre carré. Punks très vite doublés sur leur droite par les Skinheads. Nuclear Device n'aime pas les fachos, les éjecte de leurs concerts, font appel au service d'ordre et de protection de Bondage pour écarter les nazillons et interdire la présence des croix gammées sur les blousons. Nuclear a ses convictions et ne cache pas son foulard rouge dans sa poche sous une pile de mouchoirs sales. S'amusent beaucoup. Tournées homériques et aristophanesques. L'on n'est pas sérieux quand on a vingt-cinq ans. Les groupes se bombardent amicalement de farine et d'œufs pourris. L'on brûle les meubles et l'on défèque dans les chambres des hôtels sordides qui vous reçoivent mal...

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    Ne faut jamais oublier que pendant que vous rigolez le monde n'arrête pas de tourner. Ils enregistreront d'autres 45 tours et deux albums dont le dernier dans un vrai studio qu'ils jugent raté. Ne maîtrisent pas la technique et emportés par le tourbillon ils n'ont pas le recul nécessaire, leur faudrait un œil extérieur qui soit capable d'indiquer une direction... La réalité les attend au tournant. Deux défections dans le groupe qui n'avance pas, qui tourne en rond, qui recule. Changement de nom : ND remplace Nuclear Device, rien ne sert de repeindre la façade si la boutique d'en face propose mieux. Les Bérus se sont séparés, la Mano Negra les remplace  allègrement dans le cœur du public. Savent jouer ces satanés travailleurs au noir, sont plus doués, dépassent tous les autres groupes qui visaient la première place. Sont meilleurs en point c'est tout. N'y a pas photo. Les carottes sont cuites. Pour les ND c'est d'autant plus râlant que les cinq doigts négroïdes reprennent une de leurs caractéristiques, mêlent de l'espagnol à leurs fromages sonores... Pire encore  la Mano Negra franchit le Rubicon. Est le premier groupe du mouvement alternatif underground adepte de ce que l'on n'appelait pas encore le Dye ( Do It Yourself ) à intégrer une major. Perdent leur virginité, signent chez Virgin. L'ère d'innocence est terminée, la prostitution marchande exploite le filon, et fait du blé avec le bébé...

    ND splitte d'un commun accord... le dernier chapitre du livre raconte leur retour à la vie réelle, ne se débrouillent pas si mal, musique, imprimerie, graphisme les occupent. Certains montent même des entreprises. Ont préservé l'essentiel, le groupe n'existe plus mais la tribu est toujours là, les ponts ne sont pas coupés, dispersés mais prêts à s'entraider. Ne font pas de beaux mariages mais vivent intensément...

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    Le livre raconte tout cela, donne la parole aux filles qui ne foncent pas tête baissée dans les récriminations féministes habituelles, et à des figures essentielles du mouvement alternatif comme Marsu et Dom. Se dégagent de tous ces interviewes une grande maturité. N'ont peut-être pas concrétisé tous leurs rêves mais ont au moins essayé. Ce qui est déjà beaucoup. Et relativement rare quand on regarde autour de soi. Figures sympathiques qui témoignent avec simplicité et lucidité de leur expérience humaine. Rock'n'roll et amitiés. Que voulez-vous de plus ?

     

    Le livre est accompagné d'un CD.

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    Arriba Espana Abajo la dictatura : un véritable programme politique, Nuclear Device ne vous cache pas ses préférences, une belle intro guitare et batterie, hélas tout cela périclite en un reggae qui avance à la vitesse d'un gastéropode en retraite, les vieux anarchistes n'ont plus la frite de leur jeunesse. A moins que ce soit le contraire. Dans tous les cas c'est dommage. Hariba Grimzi : c'est vrai que ça ressemble à Indochine, les Nuclear s'en préoccupent à plusieurs fois dans le bouquin, ne pas y voir une copie admirative refoulée mais une rencontre hasardeuse due au manque de dextérité instrumentale. Se différencient par une influence ska sous-jaccente. Servitude nationale : apport du saxophone qui repeint les volets. Du coup c'est le vocal qui manque de punch. C'est sûr qu'il ne faut pas donner l'impression de péter une forme olympique quand on milite pour l'abolition du service militaire. Je reconnais qu'il faut être cabourd pour aller se faire tuer pour les bénéfices des marchands de canon. Desperados : refrain espagnol, un peu de désordre musical, une véritable armée mexicaine en déroute, z'auraient pu s'inspirer de La Horde Sauvage de Peckinpah ou de la musique tex-mex plus appropriée que cet ersatz de dub. Lettres de fusillés : rythme sautillant pour accompagner des extraits de lettres de fusillés de la Résistance. Difficile d'en saisir la signification, joie du héros sûr de sa cause ? Rupture ou contradiction avec les paroles de Servitude Nationale? Ambiguïté ou maladresse dialectique ? Pretoria Basement Dub : anti-apartheid en Afrique du Sud, encore des intonations vocaliques indochinoises, se réfugient dans de longs passages instrumentaux. N° 34 48 : dub à train d'enfants surexités, l'énergie des Nuclear Vice s'apparente à de l'enthousiasme festif. Des tics musicaux que l'on retrouve sur les disques de Bernard Lavilliers. Coscorron Steady Beat : instrumental ennuyant. L'aurait fallu doubler le sax par une véritable section de cuivres. Rock steady du pauvre. Mal produit ajouterons-nous parce que nous sommes méchants. Deprisa Vivre vite : ont imaginé leur propre musique d'ambiance pour Deprisa le film italien. Ce n'était peut-être pas la peine vu le pays d'origine de mettre des éclats de flamenco, des orchestrations à la Bella Ciao auraient été mieux indiquées, mais considéré en soi-même le morceau est bien ficelé avec son riff de guitare sixty. C'est encore du côté du vocal que ça pêche le plus. Aïe, Aïe, Aïe ! Ouvea : contre la police – déjà à l'époque tout le monde la détestait – et son intervention dans la grotte d'Ouvéa en Nouvelle-Calédonie qui se termina par neuf morts pour ne pas dire neuf assassinats. Utilisent le même schéma dichotomique : guillerette music pour grave sujet. Quartier noir : moins réussi que les deux précédents malgré de beaux aboiement du sax, mais le vocal trop grossier écorche mes pauvres oreilles. Je suis un évadé : traitement des cuivres à la Muscle Shoals, de tout coeur avec cet évadé que l'on aimerait aider et cacher. Il chante mal, mais l'on fera un effort, notre bon cœur nous perdra. Street Urchin: rythme serré, un effort sur le vocal, l'ont mixé avec le reste, se sont gardés de le mettre en avant. Le morceau y gagne en cohérence et en densité. Des progrès peut-être pas remarquables mais remarqués. Ruski Hata: contre la répression de la révolution hongroise, à écouter en se souvenant de la triste évolution des pays de l'Est libérés de la main de fer soviétique, mais à l'époque ne pouvaient pas savoir, sont contre les ventes d'armes qui servent à écraser le soulèvement des peuples. Sur les murs : appel à la révolte, un beau magma sonore, graphitis phoniques. Desperados : enregistrement public '' in vivo '' en leur fragnol militant, version qui n'apporte rien de décisif, trop de mollesse de décrochage entre parties vocales et musicales. Ont essayé d'équaliser sans y parvenir. Ont confondu avec égaliser. Deprisa : même commentaire que sur le précédent. Partisans : le chant des partisans, débité à toute vitesse. Intentions louables. Résultat hideux. La modernisation est souvent l'autre nom de la régression. Ici esthétique. Frontières : tristement d'actualité. Un des très rares morceaux du cd bien en place. S'écoute avec plaisir. Guantanamera : Joe Dassin l'avait déjà commis, l'ont perpétré une deuxième fois. Mode d'emploi habituel, l'on accélère le tempo même pas pour finir plus vite, car quand ils tiennent un rythme ils ne le laissent pas de sitôt, y mélangent quelques citations de la Bamba.

     

    Si vous aimez la Mano Negra, Zebda et Sergent Garcia, vous allez adorer. J'ai aimé le récit, mais le disque me tombe des mains. Ce qui est effrayant, c'est de penser que presque trente ans après les Chaussettes Noires, ils ne font pas mieux. Je parle des enregistrements, pas des lyrics. Ce qui était pardonnable en 1960 est une faute en 1990. Ne sont pas les seuls responsables. Se sont débrouillés tout seul, ont fait ce qu'ils ont pu. Je ne vois qu'une explication à ces maladresses. Font partie de ces générations qui ont perdu un contact étroit et direct avec la musique populaire américaine. Ont cru qu'ils pouvaient faire aussi bien en écoutant et en mélangeant le tout venant auditif dispensé sur les radios et les catalogues des nouveautés des maisons de disques de l'époque. Ont cru s'ouvrir au monde. Se sont dispersés aux quatre vents des modes. Vous n'êtes pas obligés de me croire, j'ai toujours été épidermiquement, instinctivement, intuitivement rétif au rock alternatif français.

     

    PUNK ET ANARCHIE

     

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    La maison d'éditions Libertalia fêtait ce samedi 14 octobre ses trente ans d'existence. Exposition, vente de livres et diverses présentations d'ouvrages à paraître. Le cinéaste Tancrède Ramonet montrait en avant-première quelques séquences – non définitives - du troisième volet de Ni Dieu Ni Maître. Rappelons que les deux premières parties de ce documentaire consacré à l'histoire de l'anarchie diffusé sur Arte a quelque peu percuté la conscience du grand public à qui pour la première fois était longuement révélé tout un pan de l'histoire du mouvement ouvrier largement méconnu. Genre de babioles que l'on n'enseigne guère dans les lycées, victimes d'une longue conjuration du silence, autant celle de la bourgeoisie aujourd'hui triomphante que des partis communistes de nos jours en perte de vitesse.

    Les deux premiers épisodes relataient l'histoire des luttes et des révoltes depuis la cristallisation de la pensée théorique du mouvement au dix-neuvième siècle jusqu'au désastre de la guerre d'Espagne. Le troisième et dernier épisode en préparation couvre les années années 1945 à 2001. Est intitulé Les Réseaux de la Colère.

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    Le mouvement anarchiste ne s'est pas encore relevé de sa défaite espagnole. Ce ne sont pourtant pas les raisons de se révolter contre les injustices et les inégalités qui manquent... d'ailleurs la nouvelle façade libérale du vieux monde craque de partout. Mais durant la seconde moitié du siècle précédent le mouvement anarchiste ultra-minoritaire n'est pas au rendez-vous. Selon Tancrède Ramonet, ce sont pourtant les ferments des pratiques anarchistes qui sont à l'origine des nombreuses luttes qui n'arrêtèrent pas d'essaimer durant ces cinquante années. Rappelons-nous de la joyeuse année 1968, et surtout surtout ces phénomènes de remise en question qui ont bousculé les jeunes générations. L'en cite plusieurs comme les revendications féministes, la prise de conscience écologiste et l'émergence du phénomène rock, notamment le tsunami punk.

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    Nous sommes gâtés, le projet de séquence rock nous est dévoilé. Rappelons le principe de la série : des interviews de militants oculaires, et une voix off qui fait le lien entre diverses archives cinématographiques. Ces dernières ne sont pas données, exemple concret : une minute de concert de Sex Pistols coûtent cinq mille euros...

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    Donc quelques minutes consacrées au rock pour résumer un mouvement qui court sur cinq dizaines d'années, je conçois que l'on simplifie quelque peu l'argumentation. Un point sur le rêve de fraternité hippie, San Francisco, l'été de l'amour, l'échec du mouvement qui butte sur cette notion de non-violence que la police ne respecte pas, l'apparition des Diggers qui instituent les distributions gratuites de repas, les magasins à prix libre... les rockstars comme David Bowie et Eric Clapton enivrés de leur pouvoir médiatique qui tiennent des propos douteux pour ne pas dire fascisants... la réaction punk expression d'une saine rébellion contre le rock des cadors qui se pompiérise et devient ennuyant, l'on s'attend à quelques images de Yes ou de Genesis, ben non, ce sera Elvis Presley à Las Vegas. Pauvre Elvis, y avait longtemps à l'époque que le public rock s'était détourné de lui, n'intéressait que les nostalgiques, des mères de famille au bord de la ménopause, des ménagères qui se donnaient l'impression de revivre leur jeunesse en s'offrant pour l'anniversaire de leur mariage le spectacle du King... On ne le haïssait pas, on ne s'en gaussait point. L'était considéré comme un destin pathétique mais pas comme un bouffon. Il serait bon que ces images employées à contre-emploi soient écartées. Tancrède Ramonet devrait réfléchir à la différence godardienne entre juste une image et une image juste.

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    Petite mise au point nécessaire, mais ce n'est pas là où je voulais en venir. Un tel docu, nous l'avons vu, demande des moyens financiers importants. Les deux premiers épisodes ont été en partie aidés par Arte, mais étrangement pour celui-ci toutes les chaînes de Télé et autres institutions culturelles sollicitées se détournent... L'on comprend facilement pourquoi, les évènements relatés dans les deux premières parties se déroulent en un passé relativement lointain. Par contre celle-ci est en prise directe avec notre actualité, la naissance des mouvements qu'elle conte sont à l'origine de ces tumultueuses contestations radicales de plus en plus partagées et de plus en plus vindicatives qui bouillonnent de nos jours.

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    Ce n'est pas cette explication que l'on avance à Tancrède Ramonet. Les médiatiques responsables de notre société se targuent de démocratie. Ils détestent toute forme de censure. Surtout politique ! Ce sont des esprits ouverts. Alors ils ont trouvé le reproche adéquat. La séquence punk ! Qui serait trop ceci, trop cela...

    Un prétexte bien sûr ! Une excuse grossière ! Une ruse cousue du fil blanc de la réaction ! Mais le simple fait que certains puissent encore en 2017 se prévaloir de l'épouvantail du rock'n'roll, démontre à l'envie que notre musique n'est pas tout à fait morte !

    Damie Chad.