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  • CHRONIQUES DE POURPRE 722: KR'TNT ! 722 : MICK FARREN / SPUNYBOYS / LEN PRICE 3 / EVIE SANDS / BASS DRUM OF DEATH / THE RED RIDING / SANS ROI

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 722

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    05 / 02 / 2026

     

      

    MICK FARREN / SPUNYBOYS

    LEN PRICE 3 / EVIE SANDS  

    BASS DRUM OF DEATH

    THE RED RIDING / SANS ROI  

     

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 722

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http ://kr’tnt.hautetfort.com/

     

     

    The One-offs

     - Farren d’Angleterre

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             «Screwed Up» occupe un rang particulier dans la petite mythologie personnelle. Non seulement Mick Farren inventait le trash-punk frénétique, mais il réussissait en plus à swinguer sa chique sur cet excellent groove robotique. Sans doute avait-on là le meilleur single punk de l’an de disgrâce 1977. Mick Farren est aussi l’auteur d’un classique littéraire, Gene Vincent: There’s One In Every Town, sans doute l’un des books les plus parfaits en matière de rock culture. Bizarrement, personne n’avait songé à le traduire en français. Incompréhensible ! L’idée de le traduire germa et proliféra au point de devenir une obsession. Le contact éditorial pour la publication des Cent Contes Rock se fit à Marseille avec Dom, et quand il me demanda ce jour-là si les trads étaient dans mes cordes, je sortis aussi sec du sac le Gene Vincent de Mick Farren.

             — Il faut absolument traduire ça en français !

             Grâce à Dom, le contact se fit avec Mick Farren. Voici l’échange que nous avons eu, dans  sa brève intégralité.

             De pat@triplebuzz.com à byron4d@msn.com - Sunday, June 05, 2011 6:27 PM

             Hey Mick

             Dom, the guy who’s going to publish your great ‘Gene Vincent’ in France gave me your mail. I’ve just finished the translation of your book in French and it was a real pleasure from the first word to the very last one.

             I’m a longtime fan of you, as I bought the 3 Deviants records in the seventies. As I used to read every page you set on fire in the NME. ‘Give The Anarchist A Cigarette’ is one of my all-time faves. To my taste, it’s pure literature. And my favorite punk record from 1977 is of course Screwed Up.

             Anyway, I read your Gene Vincent when it was published, in 2004. I started with Gene when I was a kid and your book sounds unbelievably true but I’m a bit sad caus’you forgot to set the light on Bird Doggin’, the very last skidmark of Gene’s raw genius.

             Would you like to write a few lines about Bird Doggin’? We could add them to the french version of your book, as some kind of explosive appendix

             thank you Mick

             pk

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             Mercredi 8 juin 2011

             Dear Patrick,

             Thanks for all the kind words.

             Yeah. It’s a good idea to give a mention to Bird Doggin’. It’ll take me a couple of weeks. Since I moved back to the UK, I don’t have any of the Challenge material.

             All the best,

             Mick

     

             Le temps a passé. Pas de nouvelles. Osera-t-on relancer Mick Farren ? Oh yeah...

             Hey Mick

             In June, you told me you were okay for writing a few lines about Bird Doggin’, in the forthcoming French edition of your great Gene Vincent. Could you find any Challenge material ? I’m sorry for that mail, but the book is about to get printed (next month).

             By the way, I’ve read your great pages about Hawkwind in the last issue of Classic Rock. You’re still the best of them all.

             All the best

             pk

     

             Dear Patrick,

             I feel I have rather let you down on this. For last couple of months I have been incapacitated by a collapsed lung and -- along with a lot of other things -- have not had the strength to order the challenge material. I feel kinda bad about this and am really sorry.

             All the best,

             Mick 

    Signé : Cazengler, Mick farine

    Mick Farren. Screwed Up. Stiff Records 1977

     

     

    Rockabilly boogie

     - The Spunyboys are back in town

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             Le book de la semaine n’est pas un book, mais un Hors-série de Rockabilly Generation  consacré aux mighty Spunnyboys, les rois de la stand-up volante, les gardiens du temple rockab, les pourvoyeurs de bop éternel. T’aime bien bopper ?, alors les Spuny c’est pour toi. Si t’aimes pas bopper, c’est pour toi quand même.

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             L’Hors-série vaut largement un bon book : 48 pages, des images fabuleuses ET une préface. Pas n’importe quelle préface. Signée Chad Damie, alias Damie Chad, un texte solide et orienté sur l’avenir, avec un gros clin d’œil à Baudelaire. En deux pages, tout est dit : les Spuny, c’est une fête. Une fête qui dure depuis 20 ans. Plus rien à prouver. Hommage à «l’escogriffe» Rémi Spuny, Damie rappelle que «son chant griffe». Et oui, ce qui frappe le plus quand on les écoute, c’est la qualité du chant, l’effarante qualité du posé de voix. Ce mec est extraordinairement brillant. Pas étonnant qu’on le voie duetter avec un autre crack du boom-hue, Don Cavalli. Les Spuny sont on fire, et comme le dit si bien Damie, «l’aventure ne fait que commencer». Alors tu tournes les pages.

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             Tu pars à la pêche. Dans une première interview, les Spuny citent quelques noms : Johnny Horton, Little Richard, Larry Williams, Charlie Feathers, George Jones, Grady Martin, Joe Clay puis des noms de Teds anglais. Comme les boas, ils digèrent les cracks et puis ils jouent. Dans une autre interview, ils évoquent leurs tournées dans le monde entier, ce qui te fait une belle jambe, quand tu ne vas pas dans le monde entier. Et puis soudain, voilà qu’arrive Dédé des Hot Slap dans la conversation. On tourne la page et on tombe sur une petite photo d’Eddie avec Don Cavalli. C’est tout ce que t’auras à te mettre sous la dent. Tu tombes aussi sur une grande image plein pot de Rémi qui vient de lancer da stand-up à six mètres de hauteur. Il bat le record de Jake Calypso qui sait lui aussi lancer sa stand-up en l’air, mais pas aussi haut. Il faut savoir la rattraper. Une autre photo nous montre Rémi au sol, sur le dos, tenant sa stand-up par le manche debout entre ses dents.

             Dans une dernière interview, ils se disent toujours à la recherche d’un son. Voyons tout cela de plus près. 

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             Moonshine est un bon petit album. Pas d’hit, mais tout est bien, rien à jeter, les Spuny taillent leur route, ils n’ont besoin de personne en Harley Davidson. T’en es convaincu dès «Natural Born Lover», solidement claqué du beignet. Énergie considérable. On retrouve ce Natural Born Lover à la fin, et là, grosse surprise, Rémi Spuny duette avec Don Cavalli, donc ça prend du poids. C’est tout de suite supérieur à tout. Les Wild Cats sont de retour avec «None Of My Business». C’est du bon vieux real deal. Dommage que le slap ne soit pas monté plus haut dans le mix, comme chez les Hot Slap. Ça manque de tacatac. Et puis on va se perdre pendant quelques cuts dans les méandres de la culture rockab, avec des cartes postales du genre «Moonshine», même si la voix reste bien en place. Ils perdent encore le rockab sur «Lights Out» qui est trop rock’n’roll. Le slap monte enfin au-devant du mix dans «Too Young To Cry». Rémi Spuny chante vraiment comme un crack. «Gotta Get Drunk» sonne comme un mid-tempo de real Wild Cats, bien contrebalancé au slap. Quelle classe ! Gros clin d’œil à Bo avec «Get Wild With My Child» et un autre gros clin d’œil à Chucky Chuckah avec «Peter Borough». T’es en plein Johnny B Goode ! S’ensuit un «Gone With The Wind This Morning» bien slappé derrière les oreilles, il y va au coming back no more, et ça passe comme une lettre à la poste.

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             Sur Just A Little Beat, t’as un gros coup de génie nommé «Another Farewell». Les Spuny cassent la baraque. Ce cut hyper classique traversé de part en part par un solo de clairette est digne des géants. Tu craques aussi pour «Bop For Your Life». Comme l’indique le titre, c’est du pur bop. En fait, ce qui t’émerveille le plus chez les Spuny, c’est la chant de Rémi Spuny. Il sait poser sa voix, même quand ça part en trombe («Losing At Your Own Game»). Il fait merveille sur «Trouble Town». «Glad To Be Home» sonne comme un mid-tempo de classe intercontinentale, avec du petit slap d’entre-deux eaux. Ils n’ont pas d’hit, ils n’ont que du bon esprit. Ils tapent leur «Rockabilly Legacy» à la Bo. Bel ancrage.    

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             Rémi Spuny fait encore des étincelles sur Destination Unknown, et notamment sur «King Of The Royal Street». Belle embellie, beau beat rockab et il chante comme un dieu, bien contrebalancé par l’hard slap. Mais c’est avec «Dang Me» qu’il rentre dans la caste des grands chanteurs américains. Il entre en compétition avec les meilleurs jivers de l’âge d’or. Les Spuny redeviennent des Wild Cats de choc avec un «Fame In Vain» attaqué au slap. Ils ont le feu sacré et tapent le rockab à leur façon. Un rockab fin et direct, éclatant de santé, un rockab moderne aux joues roses. T’en reviens pas de les voir réinventer le genre. Wild Cats encore avec «Coffee Tox», Uh ! Big push, ils foncent dans le tas à coups d’I’m a coffee tox, ça file sous le vent. Ils font aussi du Stray Cats de fête foraine avec «Blowing In The Howling Wind». Easy going de Stray Cats en camors. Retour en force des Wild Cats avec «Do Right Do Write», ils tapent en plein dans le mille du real deal. Pur beat rockab.

    Signé : Cazengler, puni boy

    Spunyboys. Moonshine. Not On Label 2020            

    Spunyboys. Just A Little Beat. Not On Label 2020    

    Spunyboys. Destination Unknown. Ba Zique 2024

    The Spunyboys 2006-2026. Rockabilly Generation Hors série #7 - Décembre 2025

     

     

    L’avenir du rock

     - Pure Len vierge

     (Part Two)

             — Comment t’as dit ?

             — Len Price 3 !

             — Laine comme laine, bon d’accord, price comme leaderprice, et tri comme tri postal ?

             — Non, Boule, tri comme 3.

             — Comme le tree, alors !

             — Non, Bill, tri comme 3. Comme 3 Dog Night !

             Boule et Bill se regardent, consternés. Boule reprend :

             — Faut toujours que t’essaye de nous rabaisser, avenir du froc.

             — C’est plus fort que toi, pas vrai ?, renchérit Bill. T’es vraiment un sale mec... En plus t’uses de ta condescendance pour mieux nous embrouiller la dialectique.

             — Et nous comme deux pauv’ cons, on t’écoute pérorer..., soupire Boule.  Non mais t’as pas honte ? Tu t’prends pour quoi ?

             L’avenir du rock comprend que Boule et Bill ont tellement honte de pas connaître les Len Price 3 qu’ils tentent de retourner la situation à leur avantage.

             — Le prenez pas comme ça les gars. En plus, chuis sûr que ça vous botterait. Si vous voulez, j’peux vous prêter les disks ! Faites gaffe, c’est de la dynamite !

             — On n’a pas d’platine. Y sont-y sur Amazon ?

             — M’étonnerait. Y font pas d’la musique pour les cons. Y font du vinyle...

             — Bon, ça va ! Arrête avec tes anathèmes ! Tu commences à nous essorer la méningerie. Comment qu’y s’appellent déjà tes tri-machins ?

             — Len Price 3. Comme one two tri.

             Boule éclate de rire :

             — Non seulement t’es un sale con, mais tu sais même pas prononcer l’anglais. On dit pas tri, avenir du troc, mais frit. One two frit !

     

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             Il s’en passe des choses à Clochemerle ! Voilà que sort le nouvel album des Len Price 3 et ça plonge le petit hameau dans l’exaltation. Eh oui, comment peut-on espérer un album plus excitant que ce Misty Medway Magick ?

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             T’es hooké aussitôt «Margate Sand». C’est sans appel ! The Len Power ! Blow out total. T’as pas d’infos sur la pochette, alors tu te débrouilles avec les cuts. Tu tombes ensuite sur l’éclatant «Emily’s Shop». Ça joue dans tous les coins. Si tu cherches les grands albums, en voilà un ! Ils tapent en plein dans l’œil de la cocarde avec «Misty Medway». Ce sont les accords des Who, ils rentrent en plein dans le chou du lard-power de maximum r’n’b, t’as tout le raw de Pete Townshend. Rien de plus Whoish que ce Misty Medway. Ils entrent en concurrence directe avec les Spartan Dreggs de Wild Billy Childish. T’es encore effaré par cet «Arthur’s Whirlwind» tapé sec en mode wild Mod craze, c’est de la dynamite combinée à de l’Edgar Broughton Band et finalement, ça ne marche pas. Ils s’éloignent de leur pré carré. Ils amènent «Strange Love» en mode jerk de fuzz et tout rebascule dans la Mod craze avec «Gyspsy Magick». Ils mettent le paquet et t’as le killer solo de service. T’entends un riff de Dave Davies dans «Haw Haw’s Daughter». Terrific ! Ça explose au cul du Kent, et ça dégénère avec des accords des Stooges. Ils terminent avec un coup d’éclat nommé «If I Could Cheer You Up», une nouvelle crise de pure Mod craze. Wow, ça sent bon la cocarde bien fraîche.

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             Andy Morten qui a le bec fin leur consacre deux pages dans Shindig!. Il rencontre le frontman Glenn Page pour célébrer le 20e anniversaire du groupe et la parution du fringuant Misty Medway Magick. Et pouf, le Page y va franco de port : «I like The Beatles, Who and Kinks as much as the Ramones, Pistols and Clash, so there’s a variation in sound and textures.» Il ajoute qu’il écoute aussi du jazz, du blues et du dub. Le Page n’en revient pas d’exister depuis 20 ans. Il dit avoir survécu à un premier gig qui était un disaster : problème technique plus trous de mémoire.  Il détaille aussi sa relation de travail avec le boss de son nouveau label Wicked Cool, le gros Steven Van Zandt. Mais le cœur du sujet reste bien sûr Chatham, le fief de Wild Billy Childish. Le Page dit avoir joué avec les Buff Medways, Graham Day’s Gaolers et The Len Bright Combo. Il se dit aussi dingue de l’énergie des Headcoats - I wanna do THAT! - Il ajoute que Big Billy a dit du mal de Len Price 3 dans un book sur Medway, mais il s’est ensuite rapproché pour s’excuser. Coup de chapeau aussi à Graham Day qui est venu les féliciter un soir après un gig. Ils ont enregistré ensemble l’album Picture en 2010 et ils vont jouer avec les Prisoners dans le Nord du Kent en février 2026. This one is for Jacques.

    Signé : Cazengler, Laid Price 3

    Len Price 3. Misty Medway Magick. Wicked Cool Records 2025

    Andy Morten : Play Misty for me. Shindig! # 168 - October 2025

     

     

    Wizards & True Stars

     - Ce n’est pas l’Evie qui manque

    (Part Two)

     

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             On a croisé Evie Sands l’an passé inside the goldmine, le temps de lui trousser un petit hommage et d’explorer sa discographie. Et éventuellement d’éprouver un enchantement bien réel. Vient de paraître I Can’t Let Go, une belle compile Ace qui rassemble tous les singles qu’elle a enregistrés entre 1963 et 1970, et là, attention, c’est de la dynamite. Pas tout, mais la période Blue Cat est explosive.

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             Pour mémoire, Blue Cat est le petit frère de Red Bird, label mythique fondé par Leiber & Stoller au Brill Building. Et donc Evie se retrouve dans les pattes des gens qui comptent parmi les plus intéressants de cette époque : Leiber & Stoller, Chip Taylor & Al Gorgoni. Sur Blue Cat, Leiber & Stoller ont déjà les Ad-Libs et Alvin Robinson. Chip indique qu’à l’époque, Evie a 15 ans. Elle se pointe au 1650 Broadway et monte directement au huitième étage pour enregistrer des bricoles. Coup de pot, Chip entend sa voix et s’exclame : «Wow! This girl can sing!». Alors avec Al ils décident de lui composer des hits. Chip trouve même qu’elle sonne comme une black - To me it was the ultimate find, just to be working with Evie Sands - Pendant la première session, Evie claque deux smashes épouvantables : «Take Me For A Little While» et «Run Home To Your Mama». Sur ces deux hits de forever, Evie a le raw d’Aretha et elle peut grimper là-haut, pas de problème. On se croirait chez Motown, ça monte extraordinairement bien en neige. Avec le Mama, elle fait de l’hard pop de Soul. C’est un petit chef-d’œuvre de rentre-dedans. Manque de pot, Leonard le renard chope un test-presssing de «Take Me For A Little While», flaire le jack-pot et l’enregistre aussi sec avec Jackie Ross sur Chess. Et ça sort avant le single d’Evie. La pauvre Evie est catastrophée. «Welcome to the music biz!», s’exclame-t-elle.

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             Evie, Chip et Al décident alors de retenter leur chance avec un autre hit single, «I Can’t Let Go»/«You’ve Got Me Up Tight». Evie rentre à nouveau dans le chou du lard d’«I Can’t Let Go», ça sonne comme un hit Motown et ça se développe merveilleusement, ça gratte à la cocote de basse et Evie décolle. Elle a encore une niaque incroyable sur «You’ve Got Me Up Tight». Dans ses liners, Jai Rathbone parle de «driving soul-pop masterpieces» et, pour la B-side, d’une «rocking and rhythmic little slice of garage soul». Pour tout le monde, ça devait être un hit. Mais Leiber & Stoller sont en train de se désengager du music biz et ce sont les Hollies qui vont décrocher le pompon avec leur cover d’«I Can’t Let Go». Evie sent qu’elle est poissarde : ces singles sont fabuleux, mais ce sont les autres qui tirent les marrons du feu.

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             Comme Blue Cat n’existe plus, Chip et Al vont bosser pour Cameo-Parkway qui a des hits avec Chubby Checker et Dee Dee Sharp. C’est Neil Bogart qui signe Evie. «Picture Me Gone» est encore une compo de Chip Taylor & Al Gorgoni. Evie te chante ça comme une reine. On l’entend dans son grand studio. Encore un flop, même si le single devient culte dans la Northen Soul anglaise. 

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             Chez Cameo, elle enregistre aussi une cover du «Love Of A Boy» de Burt, mais ça retombe comme un soufflé. Et puis voilà «Angel In The Morning». Bon ça va ! C’est pas non plus l’hit du siècle ! C’est l’heavy slowah de la catapulte orgasmique. En backing vocals, elle a Nick Ashford et Valerie Simpson. La pauvre Evie est en pleine phase sentimentale. Elle a perdu le rauch du Little While. Rathbone rappelle qu’«Angel In The Morning» fut proposé à Kathy McKord et à Connie Francis qui ont eu peur du côté tendancieux des paroles. Mais c’est Merrilee Rush qui aura du succès avec l’Angel. Et en Angleterre, PP Arnold va entrer dans le Top 30 avec l’Angel. La pauvre Evie est dépitée.

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             Par contre, «Billy Sunshine» sonne comme du full blown de Swinging London - A breezy and vibrant dancefloor classic - C’est heavy on the beat et tu jerkes. Mais Cameo se casse la gueule et Allen Klein l’avale. Evie, Chip et Al repartent à l’aventure.

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             Les voilà chez A&M. Le paradis. Les artistes y sont bien traités. C’est l’opposé de Chess et des autres rats d’égout. Evie est ravie - Artists and staff were treated fairly, honestly and well supported. Imagine that! - Tu te régales encore des arrangements de «Shadow In The Evening», gratté à l’ancienne avec une basse bien ronde. Elle chante encore l’«Until It’s Time For You To Go» de Buffy Sainte-Marie d’une voix de reine - I’m not a queen - Il y a Toni Wine dans les backings, la future femme de Chips Moman. L’Evie navigue dans les mêmes eaux que Sharon Tandy.

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             Et puis voilà l’autre hit faramineux d’Evie, «Any Way That You Want It», toujours du Chip & Al - If it’s love that you want/ Baby you’ve got it - L’Evie jette toute sa fabuleuse niaque dans la balance. Tu ne peux pas faire mieux. Evie dit qu’elle y gratte ses poux. Tina Mason avait déjà enregistré sa version d’Any Way en 1966, et la version des Troggs fut un smash en Angleterre. Evie finit par avoir un peu de succès aux États-Unis. Avec «Crazy Annie», elle se donne encore à fond et force l’admiration. La Crazy Annie en question est une personnage de Midnight Cowboy, où joue John Voight, le frère de Chip Taylor (qui s’appelle James Voight dans le civil). Elle crée encore de la magie dans l’écho du temps avec «Maybe Tomorrow», un hit signé Quincy Jones. C’est complètement hors de portée, elle éclate littéralement au firmament. Ce sera son dernier single pour A&M.

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             Elle dit alors qu’elle n’a pas encore enregistré d’album. Tous les hits qui précèdent sont des singles. Elle enregistre son premier album Any Way That You Want Me en 1970. On l’a salué inside the goldmine, Et puis ça explose encore avec «But You Know I Love You». C’est du pur jus de Mad Dogs & Englishmen. Elle revient ensuite dans Motown avec une nouvelle mouture de «Take Me For A Little While», histoire d’enfoncer son clou dans la paume du beat. C’est monumental, elle fait la nique aux Supremes. Elle est encore astronomique avec «It’s This I Am I Find», soutenue par des tempêtes de violons extrêmes. Tout dans cette période A&M est saturé de luxe, de beauté et de volupté. 

    Signé : Cazengler, Evie pressante

    Evie Sands. I Can’t Let Go. Ace Records 2025

     

     

    Killed by (Bass Drum Of) Death

     

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             Comme tu te méfies un peu de ce nom de groupe un peu ronflant, tu testes un album de milieu de parcours : Say I Won’t. Un bon point et deux mauvais points. Le bon point : ça sort sur Fat Possum, gage de qualité. Les mauvais points : la pochette n’est pas belle et c’est le binoclard des Black Keys qui produit l’album. Ces mecs des Black Keys n’en finissent plus de fourrer leur nez partout. Ils sont pires que Bono.

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    Maintenant qu’il est là, t’es bien obligé de l’écouter, le Say I Won’t. Au bout de deux cuts, tu comprends que t’auras du mal à les prendre au sérieux. C’est pas bon. Pourquoi c’est pas bon ? La voix n’est pas bonne. Les compos ne sont pas bonnes. On entend des échos d’un riff à la Spencer Davis Group dans «No Soul». Et puis, ils flirtent avec la new wave. Globalement, ça sonne comme de la mauvaise pop-rock. Il y a cependant des idées de son. Avec une vraie voix, ça passerait. Ils montent «No Doubt» sur un heavy bass drum of death, mais la voix est trop verte, trop vertueuse. On entend enfin un riff sexy dans le morceau titre, alors ils s’enfoncent dans le chou du lard et ça finit par sonner (enfin) comme une bénédiction, ça sonne bien gras et bien malencontreux. Ils regagnent la sortie avec un «Too Cold To Hold» de bonne stature, ce mec parvient à transformer sa voix et il riffe sans peur et sans reproche sur sa gratte. Ils ont un son très seventies, réactualisé par le big beurre. Ils savent faire bonne figure, after all.

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             Par contre, le premier album sans titre de Bass Drum Of Death est une petite bombe. John Barrett peut sonner à la fois comme les Pistols («Bad Reputation») et Nirvana («No Demons»). Eh oui, il sort les accords du Teen Spirit sur «No Demons», et il fait son p’tit Pistol avec «Bad Reputation», il y sonnerait presque comme l’early Johnny Rotten et derrière, ça cisaille à l’ancienne. Dès le «Wanna Be Forgotten» d’ouverture de bal, t’es fixé. T’as le vrai son, pas la daube des Black Keys  qu’on entend sur Say I Won’t. Ce «Wanna Be Forgotten» est saturé de power viscéral, c’est bardé à ras-bord de toute la bardasse du monde, un vrai chef-d’œuvre de blasting blast. T’en as le souffle court. John Barrett a une voix tellement verte qu’il a des accents de Marc Bolan sur «Fine Lies». Il renoue avec son fier ramshakle dans «Shattered Me». Puis il gratte «Such A Bore» sur les accords de «Gloria», l’animal connaît bien ses classiques, puis ça se barre dans le bush, les poussées de fièvre n’ont aucun secret pour lui. Il attaque «Crawling After You» à la bonne franquette, il chante dans la clameur de l’écho, mais le beurre new wave ruine un peu ses efforts. La structure de «White Fright» n’est pas bonne, trop pop indé, par contre, son solo se concasse atrocement, et ça se noie dans le son. T’applaudis des deux mains. Il pompe encore le riff du «Cannonball» des Breeders pour son «Way Out». Il te chante ça à l’écho sec. C’est de bonne guerre.    

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             Tu retrouves sensiblement les mêmes tenants et les mêmes aboutissants sur Rip This. John Barrett fait sonner son Bass Drum comme Nirvana avec «Sin Is In 10» : c’est submergé de power chords, t’as tout le grain du grunge. Et t’as pas mal d’énormités qui rôdent dans les parages, comme cet «Electric» d’ouverture de bal qui reste bien raw to the bone, avec toute l’ampleur de la petite clameur underground. Car c’est bien de cela dont il s’agit : l’underground. Son «Black Don’t Glow» a deux défauts : un, trop classique pour être honnête, et deux, déjà entendu 1000 fois. Mais le solo est incendiaire. Et malgré tous ses efforts, John Barrett peine à créer la sensation. Il regagne la sortie avec l’excellent «Route 69 (Yeah)». Il a quand même un truc qui force la sympathie. Il sait se montrer insistant. Pour en avoir le cœur net, il faut bien sûr écouter les autres albums.

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             Pas grand-chose à dire du Live And Let Die. C’est l’archétype du live qui ne fonctionne pas. On est aux antipodes de No Sleep Till Hammersmith, d’At Budokan et de Live At Leeds. On sent pourtant les affres du power trio dès «I Wanna Be Forgetten» et «No Soul». Ils savent te percuter l’occiput et gratter une cocote sévère. Ils visent la grosse déflagration. Le p’tit Barrett a de l’énergie, mais il reste dramatiquement prévisible. Ah c’est sûr qu’ils font remuer les têtes en concert, mais ça s’arrête là. Quand t’écoutes ce live, tu sais que ça va être long en concert. Il faut t’y préparer. Le mec n’est pas vraiment bon, mais il insiste, c’est sa seule chance de l’emporter. Et puis te retrouves le «No Demons» pompé sur le Teen Spirit de Nirvana. Leur truc ne marche pas.

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             T’arrives au cinquième album qui curieusement s’appelle Six et t’es toujours pas convaincu. Le p’tit Barrett cherche à créer la sensation, mais il n’a pas les épaules. Il cherche en permanence à passer en force, mais c’est dur d’écouter ça après Wednesday. S’il fallait résumer Bass Drum Of Death en une seule formule, ce serait ‘dru pour des prunes’. Ils n’inventent rien, mais ils tapent dans le dur. «Do Nothing» sonne comme du Dave Edmunds, tellement la structure est classique. T’as partout de la grosse énergie, mais pas de compo. Ça végète. Pas d’hit. Et puis soudain, l’album se réveille avec «Like A Knife» et sa belle entrée en matière. Enfin un cut qui sonne comme un hit, c’est une petite merveille de mid-tempo saturé de disto. Et un killer solo flash éclate au beau milieu du Sénégal. Le p’tit Barrett ramène enfin des éclairs de Zeus. Puis il traîne son «Zeroed Out» dans la boue et «Day Late Dollar Short» rappelle des bons souvenirs. Encore un killer killérique ! Le p’tit Barrett finit en mode 13th Floor avec «Night Ride», et t’es en plein dans le groove des Texans, les plans en escalier sont bien ceux de Stacy Sutherland.

             Par ici, on appelle ça un «travail préparatoire» : tu rapatries 5 albums, et tu les écoutes méticuleusement pour préparer le concert. Comme te l’a indiqué le Live And Let Die, tu t’attends au pire. Mais tu fanfaronnes en clamant que «sur scène c’est parfois mieux qu’en studio».

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             Les voilà qui arrivent sur scène. Ils appliquent la formule deux grattes/batteur. Mais ils ne sont pas les Gories. Et comme tu t’y attendais, tu passes à travers tous les cuts, un par un. Ça tourne en rond. T’as pas un seul cut qui décolle. Ils grattent leurs poux à la vie à la mort, mais ils n’ont ni la voix, ni les compos, ni le charisme. Ils n’ont rien. Ils te désespèrent. Tu te demandes ce que tu fous là. Si au moins le p’tit Barrett se roulait par terre, si au moins il tapait des covers du diable, si au moins il claquait des killer solos d’antho à Toto, si au moins il screamait à s’en arracher la glotte, fuck, tout ça pour rien ! Quel magnifique miroir aux alouettes ! C’est important de voir des groupes qui ne fonctionnent pas. Ça permet de mesurer l’écart qui existe avec ceux qui fonctionnent. Choisis bien ton camp, camarade.

    Signé : Cazengler, dream of death

    Bass Drum Of Death. Le 106. Rouen (76). 23 janvier 2026

    Bass Drum Of Death. Bass Drum Of Death. Innovative Leisure Records 2013    

    Bass Drum Of Death. Rip This. Innovative Leisure Records 2014

    Bass Drum Of Death. Say I Won’t. Fat Possum Records 2023

    Bass Drum Of Death. Live And Let Die. Cobraside Distribution Inc 2024

    Bass Drum Of Death. Six. Cobraside Distribution Inc 2025

     

     

    *

             Certains groupes arborent fièrement leur couleur, ils hissent le drapeau rouge ou l’étamine noire, parfois les deux ensemble. Bref, ils ne chichitent pas, ils dédaignent poser leur cul entre deux chaises, ce sont des radicaux, bientôt pour se débarrasser d’eux on leur accolera l’étiquette de terroristes. Les menottes aux mains, les pieds entravés, un bâillon sur la bouche et une balle dans le cœur. Avant que cela n’arrive, écoutons-les, soutenons-les. Car ils seront le dernier rempart.

    A FEU ET A SANG

    THE RED RIDING

    (Bandcamp / Janvier 2026)

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                    Ni pochette design, ni couve dessin, un oriflamme  dessein,  l’est simple comme un uppercut, taper : votre comprenette direct à la gueule, ne vous méprenez pas ce n’est pas le petit chaperon rouge qui s’en va batifoler dans les prés, c’est le méchant loup, le vrai, celui qui arpente les grands boulevards insurrectionnels, celui qui fait peur aux adultes, et qui enchante les esprits rebelles. Le message est clair : Frappez d’abord, Prévenez ensuite.

    En avant ! : méfiez-vous z’y vont mollo-rock au début, petite rythmique imitation sixties, z’avez le chant qui déboule vite, c’est un peu la mémoire des luttes, les années quarante, les quatre-vingt, les quatre-vingt-dix, toujours le même combat contre les fascistes, le ventre de la bête n’est pas mort. Ils parlent du passé pour mieux évoquer le présent. A feu et à sang : en pleine insurrection, on se croirait en 68 chandelles, ou en des années postérieures, l’envie de tout changer, le désir de tout détruire, chantent en chœur pour se donner de l’allant, la batterie ne presse pas le pas, elle martèle les pavés, pourquoi se presser, la fin est connue, au final ce sont les enragés qui vont trinquer, prenez garde parfois les cendres froides se métamorphosent en semences. Désolé ! : rythme endiablé, imaginez des couleurs vives pour peindre la misère de la vie quotidienne, un hymne à l’insoumission individuelle toutefois exemplaire. Haine du travail, mépris de la vie conjugale étriquée, refus des idéologies castratrices qui  passent une muselière à votre révolte. Faut-il trouver étrange que ce morceau soit plus explosif que le précédent qui nous plongeait en pleine insurrection. Non nous sommes à l’intérieur de la marmite qui accumule la poudre noire de la révolte. C’était mieux demain : comprendre que hier n’a pas disparu, non pas un adieu à ceux qui sont tombés, les noms des camarades et des compagnons sont égrenés, mais un salut à la vie, le rythme est vif même si une guitare larmoie discrètement, rappel des heures chaudes, des grands flamboiements, aujourd’hui disparus, faut vivre avec la grande histoire qui  s’immisce dans nos vies étriquées. Tout va bien : c’était mieux demain mais aujourd’hui c’est pire, de l’anti-phrase c’est parfait, ça commence comme anti-fachisme, anti-police, anti-patrons et anti-multi-nationales, z’y mettent du coeur pour balancer leur désespoir joyeusement désespéré. C’est peut-être parce qu’en creux ils inscrivent les têtes de chapitre d’un anti-programme à écrire et à mettre en application… Sans tarder.

             Un opus roboratif, du rock à textes vindicatifs, ne cherchez pas le dernier solo qui tue destiné à révolutionner le rock’n’roll. C’est dans votre tête qu’il faut activer le changement et changer de cap. De préférence choisissez celui des tempêtes !

    Damie Chad.

     

    *

    C’était il y a longtemps, j’avais quatorze ans. Je lus Le Chef-d’œuvre inconnu de Balzac. La lecture me transporta. Encore aujourd’hui ce bref roman continue à me hanter. J’ai tout de suite cherché à comprendre, non pas le sens littéral, l’histoire est assez simple, mais l’impression qu’elle suscita en moi. J’ai cherché, je n’ai rien trouvé. Ce récit imaginaire, il vaudrait mieux dire ce récit imaginal, restait comme auréolé d’un étrange mystère. Je ne fus pas sans tarder après quelques recherches à m’apercevoir qu’un de ses personnages avait vraiment existé. Il s’agit du peintre : Nicolas Poussin. Le dictionnaire Larousse n’était guère bavard à son sujet. Toutefois j’eus la chance, c’était peut-être une malédiction, de trouver la représentation d’un de ses tableaux dans un livre de  classe : la toile du tombeau nommée Et ego in Arcadia. Cette inscription latine même traduite m’intriguait. Que voulait-elle dire au juste ?

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    L’année suivante, j’étais en classe de troisième, le professeur de latin nous initia à l’œuvre de Virgile. Une intuition me vint de je ne sais où : selon moi il existait un rapport évident entre les Bucoliques de Virgile et cette inscription. Qui bien entendu n’est présente dans aucun des ouvrages du poëte romain.

    Plus tard j’appris que ce tableau de Poussin est un élément de ce que l’on a appelle ‘’ Le mystère du trésor de Rennes le Château’’. L’existence hypothétique de ce trésor ne m’intéresse guère, mais le mystère : oui. Pour ceux qui connaissent cette affaire je rajouterai deux faits : Paul Valéry a traduit les Bucoliques de Virgile. Stéphane Mallarmé, que Valéry vénérait, fit paraître en 1877 un étrange ouvrage, alimentaire et pédagogique, intitulé Les Mots Anglais

    Nous n’irons pas plus loin. Or un groupe de metal français, de Clermont-Ferrand, a consacré un album un peu plus qu’allusif à Rennes-le-Château…

    LE RÊVE ET LA VIE

    SANS ROI

     (Chapitre XII Productions / Octobre 2025)

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    Pour s’en convaincre il suffit de regarder la couve de cet album.  La silhouette de la tour qui en occupe la partie droite n’est autre que celle de la Tour Magdala du domaine de l’abbé Saunière. La comparaison avec quelques photos de Rennes-le-Château sur le net  vous en apportera la preuve. Pour l’individu et le serpent nous verrons plus loin.

    Par contre le lecteur ne pourra pas rester insensible au monogramme du Christ, ce signe qui apparut à Constantin (In hoc signo vinces = par ce signe tu vaincras) qui représente les lettres grecques : Chi = X et Rho = P, les deux premières lettres de Christ en grec. Sur l’insigne de Constantin s’étalent les lettres Alpha et Omega la première et la dernière lettre de l’alphabet grec d’où la célèbre parole du Christ : ‘’Je suis le début et la fin’’.  

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    Notre groupe n’a pas hésité à remplacer l’Alpha et l’Omega par ses propres initiales S(ans) R(oi). Ne criez pas à la profanation, réfléchissez plutôt ce que peut signifier Sans Roi lorsque l’on fait allusion au Christ-Roi…

    Enfin cerise sur le gâteau, cette espèce de vitrail qui représente un navire : certains affirmeront que la relation est évidente entre la tour Magdala(= Madeleine) et Sainte Madeleine qui aurait débarqué pas très loin de Rennes-le-Château après la crucifixion du Christ… Pour moi je renverrai au recueil des Poésies de Mallarmé, ne cherchez pas bien loin, lisez juste le premier poème : Salut.

    Si cette présence christique vous interroge, souriez : l’affaire de Rennes-le-Château n’est-elle pas parfois nommée : le mystère des trois curés !
    Arnaud Ranty : vocals / Adam DSX : bass, vocals / Pierre "U" Librini : guitar /  Manon Chatillon : Guitar / Gustave "Zweihänder" Heitz : drums, vocals.

    Love’s Secret Domain : vous attendez de la musique, vous avez droit à un discours, vous vous croyez dans un film du seizième siècle avec un astrologue, il aurait un accent à la Léonard de Vinci qui garderait ses intonations italiennes en s’exprimant en notre langue, il nous enseigne la paix et la sagesse que nous prodiguera la contemplation des étoiles… se lève alors une déferlante sonore de bon aloi qui emporte tout, une batterie tape-à-l’œil, qui peu à peu impose un rythme binaire que des giclées de guitares sauvages rompent et finissent par emporter le morceau, que d’inventions, un serpent qui se tortille dont vous vous demandez quelle direction il va finir par prendre. A première écoute nous sommes loin de Rennes-le-Château, il est inutile de vous raccrocher aux petites branches en déclarant que le domaine est celui de l’Abbé Saunière et l’amour dont il est question serait celui des rapports sexuels qu’il entretiendrait avec Marie Denarnaud, sa jeune servante peu morganatique… D’autres pontifieront que cette interprétation ancillaire est trop terre à terre parce que le texte est trop ‘’poétique’’ pour se rapporter à une simple femme de chair et d’os, ils parleront d’éternel féminin et de Marie Madeleine et de son étreinte cosmique avec le Christ, tirons vite la sonnette aux sornettes ! Revenons aux fondamentaux : nous sommes d’emblée dans un texte gnostique, de ces sectes proto-chrétiennes baignées d’influences platoniciennes et néo-platoniciennes qui partaient du principe que tous les chemins sont bons, sans aucune assistance ecclésiale, pour s’élever vers la divinité. Ce désir actant est symbolisé sur la pochette du CD par la présence du serpent aux anneaux d’or qui s’entremêle avec les pas du personnage.  La voie du serpent serait-elle le chemin… Metanoïa : En tout cas vous avez une guitare qui s’entremêle à la batterie comme un motif oriental, comme un serpent qui progresse sur son chemin. Etrange comme ce chant  très marécageux se révèle comme l’élément fondamental du morceau, la parole, ici le vocal, n’est-elle pas le logos qui explicite le monde. Amusons-nous, traduisons metanoïa qui signifie coupure conceptuelle par après l’inouï, ici le changement intellectuel, la rupture spirituelle est nommée comme une chute. Laissez le pauvre diable sous son bénitier dans l’Eglise de Rennes-le-Château, il s’agit d’une chute en soi-même, notons que dans l’infinité de toutes choses, la chute désigne tout aussi bien une ascension. Mais tout aussi bien, une dilution, symbolisée par la mort du Christ, celui qui comme Gérard de Nerval a traversé deux fois vainqueur l’Achéron de la mort. Bain lustral qui vous invite à une grande humilité, à un dépouillement total.

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    Liber novus : autant le dire d’emblée ce morceau est totalement fou, une pierre, une gemme, une améthyste arrachée à la couronne de l’Ange déchu, ou pourquoi pas au trône de Dieu ? Pas du tout, un rubis sculpté dans le rouge de la couverture d’un livre écrit et dessiné par un être humain des plus respectables. Carl Gustav Young. Auteur du Livre Rouge, dont la réalisation a succédé à celle du Livre Noir, nous reconnaissons les deux couleurs fondamentales de l’alchimie… L’on ne résume pas la pensée de Jung en quelques lignes. Disons que pour Jung au fond de nous gît l’immémorialité de notre présence mutique et mythique au monde. L’individu se doit de pénétrer en ce lieu pour accéder aussi bien à sa  connaissance qu’à celle du monde. Ci-dessous vous trouvez une image tirée du Livre Rouge, la ressemblance avec le personnage de la couve du CD,

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    pour ne pas dire l’inspiration, est flagrante. Nous y revenons plus loin. La fin du morceau est une parfaite introduction au morceau suivant. Lecture d’un passage de Jung, cette fois lu sans cet accent italien que maintenant toutefois  nous mettons en relation non plus avec Léonard de Vinci mais avec Dante, avec sa Divine Comédie un bouquin qui descend au plus bas pour arriver au plus haut, dans lequel nous sommes accueillis - quelle surprise ! - par Virgile. Le rêve et la vie : musique joyeuse, elle irait très bien pour accompagner la nef des fous. Le vocal nous arrache aux certitudes. La vie est un cirque, le rêve est le seul chemin qui nous permette d’ordonner le monde en entrant en communication avec l’infrangible structure du monde. Encore une fois pensons à Nerval, au chaos de sa vie et à la lumière noire irradiant de ses Chimères qui nous mène aux rivages idéens de la réalité mythique d’un monde en perpétuelle migration vers lui-même. Sur la couve ce n’est pas l’homme qui regarde la forteresse de l’âme mais la forteresse qui dirige un œil de lumière vers lui. Un va-et-vient entre nous et nous. Terribilis est locus iste : cette inscription est inscrite au-dessus de l’entrée de l’église de Rennes-le-Château. Ici l’on ne rit plus. L’on hurle de désespoir et d’incompréhension, grêle de growl, malgré toutes nos connaissances, la mort est au bout du chemin, quel que soit le chemin que l’on ait choisi, le vocal semble s’étrangler est-ce de peur ou de rage, sarabande folle, ronde interminable, les initiés n’ont pas un sort plus enviable que les autres, l’ascèse de la recherche ne nous épargne pas de mourir. Peut-être parce que nous sommes déjà morts, et nous sommes revenus, ce qui ne nous empêchera point de mourir une seconde fois. Serait-ce parce que nous sommes déjà immortels... Vivre avec l’Invisible : le côté positif des choses, musique un tantinet grandiloquente, l’on rentre dans le dur, notre première mort ne nous at-elle pas  doté de pouvoirs magistraux, Jim Morrison cet enfonceur de doors n’a-t-il pas clamé qu’il était le roi lézard ( voie du serpent) et qu’il pouvait faire n’importe quoi, tous les chemins de l’Ether nous sont ouverts, nous pouvons pénétrer au cœur du microcosme comme celui du macrocosme, la musique sans parole gorgée de savoir devient sentencieuse, pour revenir à une satiété tourbillonnaire, nous sommes un miroir du monde qui se mire en nous. La voix italienne revient, elle nous apprend que puisque nous sommes en communication avec l’Invisible, nous recevrons des informations de l’Invisible. Jouons à Jacque Chancel et sa fameuse interrogation : Et Dieu dans tout ça ? J’espère qu’il a gardé mon numéro de téléphone ! The art of dreaming : j’ai été un peu goguenard, je reçois une réponse, pas de dieu mais du groupe. Un peu didactique dans sa formulation comme dans son vecteur musical, l’on martèle les mots autant que la musique, l’on rajoute un peu de majesté et quelques arabesques sonores. Le final est particulièrement réussi. Le message est clair, il faut savoir rêver. Surtout ne pas céder aux stupides et prétentieuses  interprétations freudiennes des images qui se bousculent dans votre tête durant votre sommeil. L’art du rêve n’est pas un rêve d’art, l’art du rêve est un art comme l’art équestre  ou l’art de la danse. Une discipline qui maîtrise votre esprit en le mettant au contact de ce que Jung appelle l’âme. La molécule de l’esprit :  bousculade de basse, cliquetis clopinant, ondées phoniques mouvante, la voix nous ramène aux origines humaines, il est une manière de pousser les portes de l’invisible, depuis des millénaires l’Homme a utilisé des substances psychotiques, le groupe n’hésite pas à citer en toutes lettres  la  diméthyltryptamine, hallucinogène ancestral qui permet de voyager dans les étoiles, celles du ciel et parmi les nôtres intérieures, certains racontent qu’elles les transportent jusqu’aux rivages de la mort, mais chacun traduit ses expériences avec ses propres mots et connaissances singulières, Sans Roi parle d’ascension vers le divin, le morceau s’achève sur des cliquètements de plus en plus incertains, censés signifier l’infini de la nuit cosmique qui effacerait toute l’humanité résiduelle qui émanerait de nous. Viduité absolue de notre conscience en osmose totale avec le vide absolu.

             Un album surprenant. Paul Valéry nous enseigné que le sens et le son doivent tous deux céder la place à son alter égo.

             Le motif de Rennes-le-Château n’est guère prépondérant, il est employé comme un marqueur énigmatique. Il y aurait une autre manière de chroniquer cet album, l’on peut analyser chacun des huit – chiffre de l’infini -  morceaux  en tant qu’étape du long processus alchimique.  Une troisième manière consisterait à s’en référer amplement à la pensée jungienne.

             Mais cet opus ne sort pas de nulle part. Il est le troisième élément qui clôt une trilogie. Nous avons affaire à une démarche raisonnée. Que certains, jugeront déraisonnée. Tout dépend si vous avez l’esprit ancré dans la terre ou dans les étoiles. Quoi qu’il en soit, nous reviendrons très prochainement sur les deux premiers tableaux de cette trilogie. A savoir : L’esprit et la Matière (2023) et Alchimie du Scorpion (2024). Mais ce n’est que le début d’un plan prémédité, cette première trilogie sera suivie de deux autres.

             La semaine dernière nous avons employé la notion de meta-metal, Sans Roi colle parfaitement à ce concept.

             Une entreprise follement originale. Prométhéenne. Mais le feu qu’ils dérobent produit une couronne de flammes noires. De lumière noire.

    Damie Chad.

     

    *

    Chose promise, chose due ! Nous passons au deuxième volet de la première trilogie de Sans Roi. Dans certains rituels marcher à reculons n’est en rien une marque de recul !

    ALCHIMIE DU SCORPION

    SANS ROI

    (Bandcamp / 2024)

             Il existe un autre rituel, celui du franchissement des cercles. De la périphérie vers le centre. Parfois il faut rebrousser chemin. Car les cercles voisins ne communiquent pas obligatoirement. Un labyrinthe possède des chambres hermétiquement closes par lesquelles il faut absolument passer. Ainsi dans ma chronique de Le rêve et la vie, je me suis focalisé sur la couve du CD. Ensuite j’ai sauté dans le disque lui-même oubliant tout en haut de la couverture les deux mots en lettres majuscules qui crèvent les yeux. Sans Roi. Quel drôle de nom, quelle bizarre prétention de se prétendre sans roi tout en faisant remarquer cette absence de monarque. Serait-on en présence de nostalgiques royalistes ! Une revendication politique en quelque sorte.

             Les gnostiques posent l’existence de deux Dieux, le premier est inconnaissable et inatteignable. Mais son existence n’en est pas moins la possibilité de ses hypostases, totalement séparées de lui. Pour la petite histoire, nous ne sommes pas très loin d’une espèce de personnification, d’une divinisation, du moteur immobile d’Aristote. C’est donc un deuxième Dieu souvent nommé le Démiurge qui aurait créé la matière. Certains le vénèrent, d’autres le haïssent de les avoir englobés dans ce sale pétrin matériel.

    Beaucoup de gnostiques révèrent le premier Dieu, totalement impuissant puisque totalement refermé sur sa propre puissance. Il est dans l’incapacité totale de porter secours aux hommes enchâssés dans une gangue de matière extrêmement gluante. Ce premier Dieu est comme un Roi sans couronne, sans royaume, sans armée, sans sujet. Les gnostiques sont comme leur Dieu, pire ils n’ont même pas de Roi. Une espèce d’identification par la négative qui leur a permis de se définir sans prononcer le nom de leur Dieu qui évidemment n’a pas de nom. Ils ne pouvaient pas s’auréoler de l’appellation ‘’sans dieu’’ qui aurait été au pire une absurdité, au mieux une déclaration d’athéisme. N’oublions pas que les sectes gnostiques se forment dans les milieux juifs sensibles au message de  l’annonce de la venue du Christ. Or ce Christ qui n’était qu’un homme ne pouvait pas être en même un dieu, car il aurait été un dieu mortel, c’est-à dire un mortel… D’où la nécessité d’un Dieu qui ne soit habité d’aucune tare humaine et même de toute attache avec la création entrevue non pas comme la fabrication par un dieu de la matière inférieure à sa propre divinité, mais comprise comme une diminution, un amoindrissement de la puissance divine. Une espèce de dieu en toc, peu satisfaisant pour les assoiffés de Dieu !  L’Eglise catholique instituera le Christ en Dieu d’amour, les gnostiques préfèrent le sexe à l’amour !

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    Nous avons, voici une dizaine d’années et même plus chroniqué un livre de Pacôme Thiellement sur Led Zeppelin. Soyons précis : sur les aspects occultes du Dirigeable. Car si les riffs de Jimmy Page sont étincelants sa pensée est beaucoup plus obscure…En 2017, Thiellement a sorti un livre qui fera tilt dans les lecteurs de cette chronique : La Victoire des Sans Roi. Révolution Gnostique. Je résume grossièrement : la pop culture n’est que la continuation et le triomphe sous une autre forme de l’expression de la pensée gnostique. Thiellement est très sympathique mais il n’est pas Carl  Gustav Jung. Il est toutefois l’un des rares à faire référence aux écrits de Raymond Abellio.

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    Il est temps de nous pencher sur la couve du CD. Artworkée à partir d’une gravure intitulée L’âme du Scorpion de Pierre-Yves Trémois. Né en 1921, mort en 2020, Trémois appelé à devenir peintre et dessinateur a eu la chance de naître dans une famille de bonnes accointances avec le monde de l’art… Son œuvre est immense, elle mérite le détour. Il a notamment illustré L’Après-midi d’un Faune de Stéphane Mallarmé.

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    Il est intéressant de regarder le traitement que Sans Roi a fait subir à l’œuvre de Trémois. Ne déplorons pas l’étrange grille d’hiéroglyphes sur laquelle ils ont déposé le dessin du peintre réalisé, quel hasard, à l’encre noire. Ces motifs de fond ne sont pas étrangers à la manière de Trémois, qui n’hésite pas à employer l’écriture mathématique, pour signifier que nous ne regardons pas l’univers mais que nous le décodons avec notre propre langage.  Autrement dit nous ne percevons pas l’univers mais notre propre interprétation phénoménale. Pour la figure elle-même une ressemblance s’impose : ne sommes-nous pas face à la face de la lune.  Malgré sa pâleur l’on a envie  de dire lune noire. Noirceur  magnifiée par le scorpion. Animal porteur de mort. Que fait-elle notre bestiole peu ragoûtante, ne s’apprête-telle pas à dévorer l’étoile noire. Il n’est pas inutile de penser au dernier, l’adjectif ultime conviendrait mieux, album de David Bowie intitulé Blackstar. Manque de respect de Sans Roi envers la douce et printanière Phoébé, elle est aussi le symbole de la peu ragoûtante Hécate, ne voici-t-il pas notre pleine lune dument enchaînée. Ce qui lui donne un peu  l’aspect d’une araignée à six pattes, et je ne sais pas pourquoi  à une amibe. Dans le premier cas pensez à notre engluement dans la matière, et dans le second à la chaîne de transformation du vivant qui part de l’amibe pour réaliser un être humain. Bref à un processus d’extraction ou d’amélioration. Deux opérations marquées du sceau de l’alchimie. Pour faire la jonction entre Pierre Yves Trémois et Sans Roi, forgeons le mot valise : âlmchimie. Cette bestiole répugnante aurait donc  une âme !

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    Soyons balzacien, ou ne soyons rien. Le lecteur lira La Recherche de l’Absolu du grand Honoré avant de se lancer dans une quête alchimiste. Dans la vie, parfois il faut des garde-fous pour s’accrocher à sa propre folie. Profitons-en pour nous approcher des recherches de Josef Hoëné Wronski, le mathématicien dissident.

    Prima materia : première surprise, le morceau ne commence pas en musique mais par une introduction parlée. Deuxième surprise, le titre nous met sur la voie de l’alchimie traditionnelle, nous pensions à la matière noire. Celle qui doit servir de base aux différentes manipulations de l’Adepte, quelle est-elle cette première matière noire : d’infinies propositions ont été proposées, elles vont des résidus solidifiés de lie de vin au fond des barriques de vin jusqu’aux excrément humains, certains préfèrent les différents liquides sécrétés par les corps  lors de copulations sexuelles, sans doute sont-elles plus faciles à trouver et plus agréables à susciter, ce dernier exemple vous ravit-il, notre professeur n’en dit mot, le matériel de base dont il conseille l’emploi sont les vingt-deux arcanes du tarot, l’alchimie est avant tout un travail intellectuel. Un parcours initiatique, vous êtes la première carte du tarot, le fou, l’innocent, l’idiot utile, nommez-le comme vous le voulez, de fait la materia prima c’est vous, qui vu votre état larvaire avez intérêt à vous améliorer, et votre parcours consiste en cette métamorphose, le voyage n’est pas sans danger, case Treize bonjour la Mort, case seize, je la cite par rapport à la couve du troisième album de la trilogie Le Rêve & la Vie : c’est la Tour, qui représente le chaos et la révélation, au bout du chemin vous avez atteint la pierre philosophale qui n’est autre que vous-même qui êtes devenu le miroir dans lequel Dieu peut vous regarder. Dans ses nuits durant lesquelles il creuse le vers des Noces d’Hérodiade au bout desquels il trouve le néant, Mallarmé confie à un ami que regardant dans le miroir, il s’aperçoit que l’image de son visage que le miroir devrait lui renvoyer est absente. En conclurez-vous que Dieu est mort… Comme par hasard le texte qui transcrit cette expérience est Igitur( = donc) à vous de tirer la conséquence et l’expérience est relatée sous le sous-titre : La folie d’Elbehnon. Il est temps de passer  à l’écoute de la musique : oui la violence du morceau est surprenante, et le vocal semble dégurgiter le monde entier, la musique frôle le noise, ce morceau est une terreur, que nous conte-t-il, nous le résumerons en un seul mot, un des plus courts et des plus communs de la langue française : la copule ‘’et’’ : parce que le tout et le rien, la paradoxale alliance des contraires, le voyage du serpent dans les herbes mouillées de la rosée du chaos, le protocole de toutes les étapes alchimiques qui se succèdent, chacune étant le néant de l’autre, qu’elle soit antérieure ou postérieure, tout est mêlé et chacun des ingrédients factuels vise à sa solitude phénoménale. Donc : nécessité de la séparation. Alchimie du scorpion : ambiance sombre, les guitares tissent des voiles funèbres, plaquent des panneaux funèbres, à la gloire du scorpion, le grand dissociateur -  Valéry usait du terme de Gladiator, Rimbaud prophétisait la venue des Horribles Travailleurs – acte de destruction nécessaire, défloration de ce qui est,  nécessité des vierges folles, pensez aux Noces d’Hérodiade,   Narcisse brise son propre miroir pour échapper à son reflet,  Narcisse n’est que le double du scorpion, qui n’est que notre double, après cet ouragan, doctement le professeur conclue cet épisode brutal : ‘’ Le plus grand travail du scorpion c’est la désidentification’’, il continue son discours, il a dit l’essentiel, il cause des scories psychiques qui encombrent votre cerveau, mais notre attention est retenue par ce glas qui ponctue son exposé, et la tornade reprend en plus violente, en plus échelée, une véritable chevauchée de

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    Walkyries électriques. Knight of cups : arcane mineure dévolue aux destins individuels, le type du chercheur anonyme qui se met en route vers un royaume mythique qui serait, que l’on ne trouvera qu’au fond de soi, le moment de sa mort. Une musique, pas reposée, celui qui vit dans son rêve n’est-il pas heureux, le vocal s’emballe, l’on sent l’enthousiasme et la fureur car tout compte fait il faudrait ne pas rester enfermé en soi-même, que les pinces du scorpion viennent cisailler cette carapace protectrice qui nous empêche aussi de triompher. Sarabande déjantée, personne ne va plus loin que soi-même. All flows, nothing stays : discordances, elles vous tombent dessus comme le couperet de la guillotine, combien de fois devons-nous mourir à nous-mêmes, nous séparer de nous-même, dur combat, dur duel, contre le dragon qui n’est que le serpent ondoyant de nos métamorphoses successives, nous pourrions ne plus avoir la force de nous relever, de passer le seuil, de rester bloqué en nous-même, chaque victoire peut être suivie de la défaite la plus amère. Enfin rentrer à la maison, celle qui n’est pas nous-même qui nous permet de nous perdre en l’altérité charnelle du monde. Ora et labora : l’on entend une voix serait-ce celle de Janus qui dans la pièce de Villiers de l’Ile Adam instruit Axel, et tout de suite au travail, l’on se précipite, l’on refait le chemin, on épuise le possible de chaque arcane, quel amoncellement sonore, quelle somptuosité, c’est comme si nous courions sur la crête du serpent ouroboros en lui arrachant les écailles une par une, intense labeur que de faire le tour du monde et un tour dans sa tête. Que ne faut-il accomplir pour être le grand dissociateur ! The lovers : danse sacrée, brouhaha, exubérance amoureuse, vocal et background luttent pour prendre la meilleure place, luxe de la luxure, l’amour ne suffit pas il doit cohabiter avec le désir, deux chemins différents, ce n’est la copule et mais la copulation avec, se réunir c’est aussi affirmer la bipolarité, dans l’étreinte pour mieux s’appartenir, c’est jouir autant du feu de l’embrasement bilatéral que se retrouver dans la solitude de son feu personnel,  ronde de sorcières, guitares en folie, la batterie essaie de suivre le rythme qu’elle a impulsé tant la tête lui tourne. Débordement euphorique. Heptalion : on avait le couple l’on ne s’attendait pas si rapidement à nous retrouver à écouter un prêtre conseillant les époux.  L’est vrai que sept est un chiffre sacré et que Seth est un Dieu puissant. Laissons-là nos élucubrations, l’officiant est bien gentil mais il semble davantage se préoccuper de la mère que du père, et bientôt son regard se tourne en exclusivité vers l’enfant à naître. Nous avons adoré le scorpion séparateur et voici que les deux se sont réunis et ont donné lieu à un, à un tout-un, faudra-t-il appelé maître scorpion pour qu’il dissocie une fois de plus cet homonculus avant qu’il soit homologué en tant qu’être parfait. Prépondérance pianistique, hurlements ou braillements d’enfant en bas-âge, folie générale dans la nurserie, quelle est cette ribambelle de gosses hurleurs, est-ce que la multiplication équivaut à  un démembrement.  Multiplié par sept égale-t-il mutilé par Seth. Occult love phenomena : nous ne sommes pas sortis des tourments amoureux. Un pied dans l’infini, un pied dans la vie, le tout en hurlant à plein poumon, ne suis-je pas deux en un seul, c’est ainsi que moi, que je, j’ai traversé les deux mondes, l’exotérique et l’occulte, à l’autre bout de moi-même ne me se suis-je pas retrouvé, un autre homme bien plus chargé de souvenirs et de connaissances que  celui que je suis et que je ne suis pas. Pourquoi croyez-vous que le vocal étire si longuement les syllabes, sans doute parce qu’il n’y a pas de mot assez grand pour contenir mes deux postulations. La neuvième arcane : nous avons déjà parler de Led

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    Zeppelin, c’est le moment de ressortir le IV et de l’ouvrir pour nous trouver face à la reproduction du neuvième arcane du tarot, ce vieillard courbé, un peu bringuebalant, l’on a envie de lui glisser un banc, et pourquoi marche-t-il avec cette lanterne allumée, est-il comme Diogène, cherche-t-il un homme, non il l’a déjà trouvé, c’est lui-même deux en un puisqu’il y a lui et la connaissance figurée par cette lanterne, chant de triomphe,  farandole métaphysique, victoire du scorpion, il a réussi à séparer l’homme et la connaissance, défaite du scorpion, il sont tout de même unis en un seul, l’Adepte est réalisé, par le chemin initiatique qu’il a suivi, par le chemin opératif qui l’a unifié en lui-même. Quelle puissance secrète porte-t-il ?

             Rock’n’rollement parlant je préfère ce deuxième tome de la trilogie au troisième. Une outrance sonore beaucoup plus forte. Il est davantage complexe, il court sur deux cimes à la fois : le tarot et l’alchimie. Les deux titres peuvent être commentés selon ces deux modalités.

             Difficile de trouver mieux dans la production française actuelle !

    Damie Chad.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 621 : KR'TNT 621 : MICK FARREN / ALGY WARD / HOWLIN' JAWS / GUS DUDGEON / DWIGHT TWILLEY / SHANNA WATERSTOWN / CORAL FUZZ / THE CASTELLOWS / ALEISTER CROWLEY

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 621

    A ROCKLIT PRODUCTION

    FB : KR’TNT KR’TNT

    23 / 11 / 2023

     

    MICK FARREN / ALGY WARD

    HOWLIN’ JAWS / GUS DUDGEON

    DWIGHT TWILLEY / SHANNA WATERSTOWN

      CORAL FUZZ / THE CASTELLOWS

      ALEISTER CROWLEY

     

     

    Sur ce site : livraisons 318 – 621

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http ://krtnt.hautetfort.com/

     

     

    Wizards & True Stars

     - Farren d’Angleterre

    (Part Two)

     

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             Difficile de trouver Star plus True que Mick Farren. L’admiration qu’on éprouve pour lui se mesure à l’échelle d’une vie. Voici les grandes étapes : 1970, séjour à Londres pendant les vacances de Pâques et ramassage pour une bouchée de pain - budget lycéen oblige - des trois albums des Deviants - Disposable, Ptooff enveloppé dans son poster, et celui qu’on appelle la bonne sœur - dans un secondhand record shop de Goldborne Road, au bout de Portobello. 1977, flash sur ‘The Titanic Sails At Dawn’, texte fondateur de Mick Farren paru dans le NME. 1977, killer flash sur «Screwed Up», le meilleur single punk de London town. 2001, flash sur Give The Anarchist A Cigarette, l’une des plus fastueuses autobios de l’histoire des rocking autobios. 2004, flash sur Gene Vincent: There’s One In Every Town, véritable chef-d’œuvre de littérature rock qu’on s’empressera de traduire en français en 2012 (Merci Dom). Ce fut bien sûr l’occasion d’entrer un contact avec Mick Farren et de lui demander un «épilogue explosif» sur «Bird Doggin’», mais il n’était déjà plus en condition et ne disposait pas du «Challenge material», pour reprendre son expression - Quand un mec comme lui t’écrit, tu as l’impression que Dieu t’écrit, il y a du son dans ses mots - Et lorsqu’il a cassé sa pipe en bois en 2013, un bel hommage lui fut rendu ici-même, sur KRTNT. L’autre grand prêtre du culte de Gene Vincent, Damie Chad, avait lui aussi préalablement salué la parution de Gene Vincent: There’s One In Every Town. Ce qui est important avec ce blog, c’est qu’on reste en permanence dans les choses sérieuses. Encore une fois, le rock est un art trop sacré pour être confié à des betteraviers.

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             Bon on ne va pas revenir sur Give The Anarchist A Cigarette, ni sur Gene Vincent: There’s One In Every Town, il faut simplement rappeler que ces deux books se doivent de trôner sur l’étagère d’une bibliothèque rock digne de ce nom. On va se pencher cette fois sur un recueil d’articles rassemblés par Mick Farren et paru l’année de son cassage de pipe en bois, en 2013, Elvis Died For Somebody’s Sins But Not Mine: A Lifetime’s Collected Writing. Couve avenante, avec Elvis et une belle poule, pagination aussi dodue qu’une retraitée réactionnaire qui se gave de foie gras, et, petite cerise sur le gâtö, mise en page originale, puisque les textes sont justifiés au tiers de page et agrémentés de colonnes annexes dans lesquelles Mick Farren fait coulisser des commentaires. Comme les textes sont anciens et parus dans divers supports de presse, l’idée était d’en éclairer le contexte pour les rendre plus comestibles. Car s’il est une chose qui vieillit très mal, avec le corps humain, c’est l’article de presse.

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             Bien sûr, on se régale, mais en même temps, on sort déçu de ce fat book. Mick Farren est un spécialiste de la science-fiction et il faut être fan de ce sous-genre littéraire pour entrer dans ses délires. Si tu n’es pas fan, tu n’entres pas, c’est aussi simple que ça, même si la langue est joliment rock. Si l’imaginaire sci-fi ne correspond pas au tien, t’es baisé. Va savoir pourquoi tu accordes du crédit à Céline et à Stendhal, et zéro crédit à Philip K. Dick. Il s’agit simplement d’une question d’affinités électives, ou plus bêtement de structure mentale. Si un book te tombe des mains, tu n’insistes pas. La lecture doit rester source de plaisir. Dans son recueil, Mick Farren consacre un chapitre entier à la sci-fi : «Two Thousand Light Years From Home». Malgré le titre qui fleure bon la Stonesy, c’est de la pure sci-fi. L’autre gros problème avec ses anciens articles de presse, c’est le regard politique qu’il porte sur son époque. Certains écrivains commettent l’erreur de dater leurs propos en ciblant des personnages politiques, et ça vieillit très mal. Aujourd’hui, personne n’a plus rien à foutre ni de Nixon, ni de Reagan, ni de la CIA. L’actualité politique naît et meurt aussi sec. Tu ne peux pas faire de littérature avec tous ces guignols politiques. Encore moins avec Tony Blair. Le traitement de l’actualité politique participe d’une dérive journalistique. Les journalistes écrivent dans des quotidiens, ce qui veut bien dire ce que ça veut dire. Le quotidien ne mène nulle part. On le jette. Autrefois, on se torchait le cul avec. Par contre, tu peux faire de la littérature avec Elvis, Gene Vincent, John Lennon et Dylan. Et c’est là où Mick Farren retombe sur ses pattes. Et c’est aussi pour ça qu’on lisait et qu’on relisait les textes qu’il publiait jadis dans le NME.

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             Dans une courte intro, Charles Shaar Murray salue son ancien collègue de travail, «as his Own Cosy Leather-Jacket Gin Joint, 24-Hour Global House Party And Medecine Show, offering sharp conversation, bad ideas, cheap stimulation, dirty concepts and links to revolution...» C’est un résumé de 4 lignes qui dit tout. Le Shaar conclut ainsi : «The greasy ‘oodlums are at your door.» C’est le book qui entre chez toi, avec son odeur, le son de sa voix et son univers. Un deuxième préfaceur nommé Felix Denis décrit Mick Farren en six mots : «talent, style, idiot savant, outlaw, friend.» C’est l’outlaw qui frappe le plus. On sent comme une sorte de parenté intrinsèque. Felix illustre plus loin l’extraordinaire polyvalence de Mick Farren : «doorman, editor, journalist, rock star, rabble rouser, critic and commentator, charlatan, jester, c’est-à-dire bouffon, impresario, gunslinging cross-dresser, icon, author, songwriter, poet and - perhaps strangest of all - the Godfather of Punk.» Bien vu Felix ! Pas de punk-rock en Angleterre dans les Social Deviants.        

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             On retrouve bien sûr au cœur de ce recueil le fameux ‘Titanic Sails At Dawn’. Dans son commentaire annexe, Mick Farren rappelle que des tas de gens ont considéré son Titanic comme le texte fondateur du mouvement punk - I disagree - Pour lui, le mouvement était encore trop underground et ne touchait pas grand monde. Il utilise le Titanic comme une métaphore du rock d’alors, «the big time, rock-pop, tax exile, jet-set showbusiness». Il considère que le rock mainstream est dégénéré - For Zsa Zsa Gabor read Mick Jagger, for Lew Grade read Harvey Goldsmith. Only the names have been changed, blah blah - Il parle de turgid mainstream, c’est-à-dire un mainstream en décomposition. Il s’en prend au rock jet-set, il est même en colère quand il voit «les kids qui ont fait son energy and roots faire la queue sous la pluie». Mais les Stones, les Who et Bowie sont bien au chaud - It’s okay if some stars want to make the switch from punk to Liberace as long as they don’t take rock’n’roll with them - Mick Farren considère que le rock doit rester un partage, au sens marxiste du terme. Le rock comme les richesses, sont faits pour être partagés. Le rock appartient à tous ceux qui l’ont fait, et aux kids en premier lieu. Il développe : «Si le rock devient safe, c’est foutu. Cette musique vitale et vibrante est depuis son apparition une explosion de couleurs et d’excitation, une lutte contre la platitude et la frustration sociales.» Pour que tu comprennes mieux, il développe encore : «Si on retire cette vigueur et ce côté calleux du rock, il ne reste plus que la muzak. Même si elle est artistement interprétée et élaborée avec raffinement, elle n’a plus d’âme et ça devient de la muzak.» Mick Farren prêche pour sa paroisse, le proto-punk, mais aussi pour Syd Barrett, Dylan, Elvis et Gene Vincent. Il conclut son Titanic ainsi : «Remettre les Beatles ensemble ne sauvera pas le rock’n’roll. Par contre, quatre kids jouant pour leurs contemporains dans un dirty cellar club pourraient le sauver. And that, gentle reader, is where you come in.» En juin 1977, Mick Farren prêchait la révolution du rock. Il est donc logique que les lecteurs y aient vu un texte fondateur du mouvement punk. Les Sex Pistols allaient faire exactement ce que prônait Mick Farren : sauver le rock. Mais le Titanic du mainstream n’allait pas couler. Les Stones et les Who sont encore là, et ce ne sont pas les pires. Tous les autres atroces vieux crabes sont encore là. La prédiction a donc fait chou blanc. C’est pourquoi Mick Farren a voulu que figure sur la couve de son book cette déclaration de John Lydon : «You cannot believe a word Mick Farren tells you.»  

             À travers tout ça, Mick Farren te demandait simplement de choisir ton camp. C’est sa vraie dimension politique. Et c’est ce qu’il fallait comprendre à l’époque. Alors tu as choisi ton camp. Avec Nick Kent et Yves Adrien, Mick Farren est devenu une sorte de maître à penser, l’équivalent rock de ce que furent pour la génération précédente Sartre et Raymond Aron. Bien sûr, tu devais faire l’effort de lire l’Anglais, et ça venait naturellement, semaine après semaine, à la lecture du NME et du Melody Maker. Puis de Sounds.  

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             Il consacre un chapitre entier à Elvis, qui, comme l’indique le titre du recueil, est mort pour racheter nos péchés, «mais pas les miens», s’empresse d’ajouter l’outlaw Mick Farren - Elvis, de toute évidence l’homme le plus célèbre du monde, apparut so fucked-up par la célébrité qu’il entreprit de se suicider à petit feu en overdosant à coups de Percodan, de graisses animales, et de sucre. Quand il est mort en 1977, et avec tout ce que sa mort a révélé, il apparut que la célébrité n’était pas une forme d’immortalité. Elle prouvait au contraire qu’elle pouvait être a stone killer - C’est le style de Mick Farren : abrasif, il racle la langue, il leste ses mots de plomb, comme le ferait un scaphandrier pour mieux descendre en eaux troubles, pour faire éclater la vérité. C’est sombre, lourd de conséquences. Il rend un hommage faramineux à cette incroyable superstar que fut Elvis : «Elvis Presley était beaucoup plus qu’un entertainer. Il était différent de Frank Sinatra ou Bing Crosby. Il avait repris l’étendard teen lâché par James Dean. Non seulement il l’a repris, mais il a couru avec. Rien qu’en se donnant un coup de peigne, en arborant son rictus et en secouant les genoux, il déclencha la rébellion.» Tout le monde voulait être Elvis. Et le temps a passé, simplement Mick Farren et tous les fans de la première heure sont restés fidèles : «N’importe qui d’autre saurait été oublié, mais pas Elvis. He was just too big for that. En écoutant les vieux disques au milieu de la nuit, je sentais que le magnétisme restait intact, ainsi que the first careless rush. C’était un havre de paix dans un monde de ‘Visions of Johanna’ et d’Have Seen Your Mother Baby’.» Il monte encore d’un cran avec cette formule en forme d’hommage suprême : «Sans Elvis, le monde aurait été sûrement différent, Jagger serait devenu agent immobilier, Dylan un rabbin, Lennon un maçon et Johnny Rotten un juge.» Il a aussi une façon purement farrenienne, c’est-à-dire brutale, de démystifier : «La légende nous dit que le truck driving boy s’est arrêté chez Sun Records pour enregistrer un cadeau d’annive pour sa maman. Sam Phillips le rappela un plus tard et Elvis se révéla être un mauvais crooner. C’est pendant le coffee break que le rock’n’roll fut découvert accidentellement.» Et il grossit le trait : «La légende veut qu’Elvis soit un mec simple qui avait les manières de James Dean, mais il avait aussi sans qu’il s’en doute le pouvoir de réveiller the teenage America qui la porta aux nues dans une mouvement d’hystérie collective.» Attentif au moindre détail, Mick Farren revient sur le style vestimentaire, affirmant qu’Elvis was probably a little weird, son goût pour les costards roses et les chemises noires - the entire hoodlum drag - l’a rendu célèbre. «Ce dont personne ne parle, c’est de la source de son style vestimentaire. En fait, il s’est inspiré des maquereaux black des années 50 qu’il voyait dans les quartiers noirs. Ils étaient les seuls à porter des costards roses comme celui dont se souvient Scotty Moore à la première répète.» Mais pas seulement les black pimps : il s’intéressait aussi au black R&B, avec comme cerises sur le gâtö James Dean et Marlon Brando - His mannerisms are straight from Dean and Brando - Et de là, on passe aux filles assises au premier rang, dans les concerts, qui basculent into screaming hysteria - They fought to get at the larger than life stud in the gaudy suits and longer sideburns than any hot rod punk - Oui, c’est cela qu’il faut retenir, Elvis, the definitive hot rod punk. Encore une fois, tout vient de là. Le rock anglais lui doit tout. Et nous aussi. Plus loin Mick Farren revient sur l’aspect «religieux» des choses. Il commence par affirmer que les religions sont basées sur très peu de choses - Est-ce que ça pourrait être le secret d’Elvis ? Est-ce ça explique le fait qu’il ait été plus qu’un entertainer, ou encore le fait qu’il ait réveillé dans la conscience collective quelque chose d’atavique et très ancien ? Ou sommes-nous simplement victimes de notre délirante imagination ? (out to the ludicrious edge of fantaisy) - The Elvis Universe is one tricky cosmic neighbourhood.

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             En 1975, Mick Farren rendait un bel hommage à Jimbo dans le NME : «La première fois que je l’ai vu, ce fut at the Roudhouse. C’était un Middle Earth all-night spectacular avec les Doors et le Jefferson Airplane - le projet le plus ambitieux mené par les flower punks and psychedelic wheeler-dealers qui géraient what was laughingly called London’s underground rock business.» Mick Farren jette toute son ironie grinçante dans la balance, puis il revient à Jimbo : «Sur scène, pendant les rares moments où Morrison avait le contrôle total, on perdait toute notion d’objectivité. Son théâtralisme, ses longues pauses insolentes, sa façon de se jeter sur le micro, et ses bonds spasmodiques cessaient d’être absurdes. Il emmenait son public au firmament et lui révélait des territoires inexplorés.» Chacun sait que si Jimbo n’avait cassé sa pipe en bois aussi tôt, il aurait été aussi célèbre qu’Elvis, John Lennon et Dylan. Il n’était pas Lizard King pour rien.

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             Par contre, Mick Farren garde un souvenir cuisant de Chucky Chuckah. Il le rencontre pour une interview et l’interviewé ne fait preuve d’aucune commisération pour l’intervieweur. Farren est choqué, car Chucky Chuckah ne se comporte pas en greatest black folk poet of the twentieth century - He doesn’t act that way - Quand l’intervieweur pose son magnéto sur la table, Chucky «tapote dessus de son très long doigt, affiche un sourire espiègle et secoue la tête : ‘Uh-uh. Use the pencil and paper.’» Mick Farren lui demande s’il n’aime pas les magnétos et Chucky secoue de nouveau la tête. Farren est contrarié. Mais ce n’est que le début de ses déconvenues. Chucky répond à côté ou ne répond pas aux questions. Chaque fois que Farren lui pose une question, Chucky répond par un mot de la question. Feel What ? Material ? Problems ? En fait, il ne veut pas entrer dans les détails. Quand Farren lui demande quel effet ça lui fait - what do you feel - d’apprendre que Jimi Hendrix reprenne «Johnny B. Goode», Chucky répond : «I don’t feel nothing». Farren conclut qu’interviewer Chucky est une perte de temps. Excédé, il tente une dernière fois de le faire sortir de ses gonds :

             — Vous avez fait de la taule...

             — No.

             — No ?

             — No.

             Mick Farren sort de l’interview dépité : «J’avais été face à face avec l’un des early giants of rock’n’roll et je m’étais conduit comme un flic qui interroge un petit délinquant.»

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             Dans un bel article paru dans le NME en 1977, il fait un petit retour sur le proto-punk : «Les Dolls tentèrent de s’imposer, échouèrent et essayèrent encore. Brian Eno avait rejoint les Warm Jets et en bavait pour devenir a permanent fixture in the night gallery. Même les Pink Fairies ont essayé de laisser leur marque, mais la seule marque qu’ils ont laissée était celle du sang de Russell Hunter sur le plafond des chambres d’hôtel. Lemmy s’est conformé, comme des millions d’autres anonymes. A band that went by the name of Third World War even preached the philosophy of machine guns in Knightsbridge a good four years before it was at all cool.» Tu as là la meilleure évocation du proto-punk.

             Et puis il y a le fameux ‘Don’t’ qui nous servit de pense-bête pendant un temps. Il s’agit d’une série de commandements, il y en a 3 pages pleines, on ne les a pas comptés, et ça commence bien :

             — Don’t trust anyone who is always on TV.

             Ça s’est vérifié. On ne peut pas faire confiance à ces gens-là. Ils sont pourris de l’intérieur, comme empoisonnés par l’insidieuse mormoille médiatique. Mick Farren dit aussi qu’il ne faut pas faire confiance aux gens qui écoutent Neil Diamond ou Billy Joel. 

             — Don’t trust anyone who thinks Paul McCartney is art.

             Et ça, qui est encore plus farrenien :

             — Don’t trust anyone who thinks Elvis Presley is irrelevant.

             — Don’t trust anyone who’s never heard of Arthur Lee.

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             Deux de ses grands sujets sont les Who et John Lennon. Il rappelle qu’au début, les Who «were badder than any bad-ass teen I ever witnessed.» Ils sont arrivé au bon moment «in both rock technology and the drug culture» - There was a shimmer of juvenile angst and metamphetamine on the band, particulièrement chez Townshend et Keith Moon - et Mick Farren sort l’une de ses bottes de Nevers, la désinvolture fatale du Godfather of Punk : «They were a part of the dark, angry, sometimes psychotic side of swinging London that the tourist brochures always neglected to mention.» Son hommage aux Who est sidérant : «Ce qui fait la force et la malédiction des Who, c’est qu’ils sont trop complexes pour rester seulement un bad-ass teen band avec le même volume sonore et la même violence. Ils ont absorbé toutes les influences à mesure qu’elles se présentaient. Pendant un instant, ils étaient psychédéliques, puis ils sont allés dans ce qui fut Townshend’s inflated idea of big art.» De Tommy, ils sont allés à Woodstock et de là, «on to the ballparks and stadia of the American heartland». À ses yeux, «c’est dans ce teenage wasteland qu’ils ont commencé à pourrir.» Il conclut ainsi cet article daté de 1982 : «Comme je l’ai dit au début, The Who are so damned lovable. Mais il y a une chose que je tiens à dire : s’ils se reforment dans les deux ans à venir, I shall be extremely upset.» Pauvre Mick, s’il savait ! Les Who n’en finissent plus de se reformer. I wanna die before I get old.

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             En 1980, Mick Farren rendait hommage à John Lennon de façon comme toujours impériale - Pour des millions d’entre-nous, les moments les plus importants de notre vie se sont déroulés sur fond sonore de «She Loves You», «Paperback Writer» ou «All You Need is Love». Tout ça sortait d’un poste de radio. John Lennon se trouve dans toutes nos histoires. On s’est tous approprié une partie de lui. Malheureusement, un particular maniac a cru bon de prendre plus que sa part - Il fait bien sûr référence à la balle dans la tête, au pied du Dakota. Et là il se lance dans un parallèle terrifiant : «Il y avait une certaine logique dans le fait qu’Elvis soit mort dans ses gogues avec l’estomac rempli de Quaaludes. Au pire, il était victime de sa faillite spirituelle. Mais il n’y a aucune logique in John Lennon being gunned down outside the Dakota. La faillite spirituelle est celle du fan vampirique qui n’avait d’autre solution que d’abattre l’homme dont la musique le hantait. Et c’était John Lennon. John the cynic, John the lout, John the iconoclast, John the genius, John the working class hero. John Lennon who gave us ‘I feel Fine’, ‘Good Dog Nigel’, ‘Cold Turkey’. Personne n’irait jamais trouver Paul McCartney avec un flingue.» Et Farren, fidèle à lui-même, en rajoute une couche démente : «L’ironie suprême est que parmi les so-called superstars of rock’n’roll, Lennon semblait avoir surmonté les pressions et les peurs qui ont eu la peau d’Hendrix, de Morrison, Joplin et Presley.» Il conclut cet hommage farrenien ainsi : «Christ, I loved the man, and I only met him once», et ajoute un peu plus loin : «The evil that killed Lennon has killed part of all our memories and all our fantasies. Thet self-serving little son-of-a-bitch has killed a part of all of us.» Mick Farren forever. 

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             Tu as d’autres gros textes déterminants sur Bowie, Cash et Dylan - Le problème que j’ai avec Bowie : chaque fois qu’il arrive dans une conversation et que les mecs qui sont au bar se montrent enthousiastes, il y a une petite voix qui chante au fond de ma cervelle : This is the man who recorded «The Laughing Gnome» - Il admet que Bowie a fait pas mal d’erreurs dans sa carrière, comme tout le monde. «Mais chez Bowie, c’est la qualité de ses erreurs qui donne à réfléchir.» Cash, il se fout un peu de sa gueule, dans ‘The Gospel According To J.C.’, publié dans le NME, en 1975 : «Il défend ouvertement les valeurs conservatrices du mariage, du foyer et de la famille. Il chante en duo avec sa femme tout en lui tenant la main. Il est selon ses propres termes, un ancien speedfreak alcoolique qui a laissé Jésus entrer dans son cœur et qui a tourné le dos à la vie sauvage. So far, so tacky - Farren dit que c’est vraiment moche - Et, mon cher lecteur adoré, c’est bien là le problème.» Il le traite en plus d’«arrogant bigored redneck turned holier than thou with diamond rings and a smooth line of Jesus partner.»  C’est le côté américain des riches délinquants convertis au Catholicisme qu’épingle Mick Farren. Il a raison de cibler sur la bigoterie, la deuxième moitié de l’autobio de Cash est en infestée. Une horreur.

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             Son texte sur Dylan paru en 1976 dans le NME s’appelle ‘B-O-B’. C’est un hommage sur-mesure, taillé dans la marbre farrenien. Il évoque la grande époque et «One Of Us Must Know» : «The ponderous ascending cathedral chords do, at times, grab me by the gut in non-verbal uplift.» Et il rend plus loin hommage à Bonde On Blonde - In a way, Blonde On Blonde was in the pits. It was the deepest shaft rock’n’roll had ever sunk in its journey to the center of the psyche - Les pages qu’il consacre dans son autobio au légendaire concert de Dylan à l’Albert Hall comptent parmi les plus belles pages de la rock littérature. Il termine son ‘B-O-B’ ainsi : «Was Dylan the therapist, Machiavelli messing with our heads or just an unwilling caralyst? As I said earlier, That’s the one we don’t get an answer to. Rosebud. Blonde On Blonde is a mnemonic for Bob.»

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             Comme dans tant d’autres grands rock books, le personnage principal pourrait bien être la dope. Elle est partout, surtout dans les histoires des gens qu’il vénère : «La vérité, c’est que Jerry Lee jouait avec une mitraillette dans sa chambre d’hôtel, que Gene Vincent et les Blue Caps entraient dans un patelin redneck dont ils ne se souvenaient pas du nom et avalaient des pillules qu’ils rinçaient avec du Wild Turkey ou du Rebel Yell Confederate bourbon, et tentaient de convaincre une serveuse ou une high school girl de venir avec eux au motel pour voir si the South could rise again.» L’article s’appelle ‘Sex Drugs & Rock’N’Roll’, évidemment. Farren voit son style exploser littéralement : «A thousand Brian Joneses picked up the Futurama guitars and a thousand Johnnies started mixing up the medecine. Once again, rock’n’roll had to move back onto high octane fuel. Yes, you guessed it. A new speed cycle had started up.» Et il embraye sur les mohair suits et les purple hearts. Vroom vroom ! Il rend plus loin hommage aux Blue Cheer - A new wave of suitably demented music. Favorites among the San Francisco speedfreaks were an outfit called the Blue Cheer - Selon lui, la légende veut qu’un chien qui se trouvait sur la scène est tombé raide mort d’une hémorragie cérébrale - 2.000 watts of guitar amplification - Pour Mick Farren, the speedfreaks’ favorite recording reste «Sister Ray» - Partout à travers le monde, dans des grungy basements, with four amps of meth, and an auto-charger set to repeat, ‘Sister Ray» played again and again. On sort un peu sonné de certains articles, tellement sa langue est heavy. On pourrait même qualifier son style de stoner style. Mick Farren a la main lourde. Dans l’intro de son premier chapitre, ‘A Rock’nRoll Insurrection’, il se présente ainsi : «Depuis que j’étais en âge d’acheter mes cigarettes, j’affichais une mine d’adolescent en colère - a snarl of teenage resentment - comme on porte a philosophic motorcycle jacket.» Cette définition qu’il fait de lui-même contient deux clés : «Teenage resentment» et «Motorcycle jacket», dont il va bien sûr faire des livres, Speed-Speed-Speedfreak - A Fast History Of Amphetamine et Black Leather Jacket. Mick Farren est certainement l’auteur britannique qui a su le mieux explorer les mythes de la culture rock. Tout passe par le cuir et la dope. Et les stars - Choqués par ce qui venait de se passer à Altamont, les Stones s’étaient réfugiés dans la chambre 1009, où ils se plaignaient qu’ils n’arrivaient pas à s’envoyer en l’air. Elvis avait revêtu du cuir noir pour essayer de prouver une dernière fois qu’il était un être humain, et comme je l’ai déjà dit, Dylan faisait tout ce qui était en son pouvoir pour se faire passer pour the very first all-jewish country cousin.

             Côté son, des petits labels underground entretiennent la légende de Mick Farren & the Deviants et ont fait paraître quelques albums intéressants.

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             Pas mal d’énormités sur le vaillant Dr Crow qui date de 2004, et notamment le «When Dr Crow Turns On The Radio» d’ouverture. Mick Farren a toujours su s’entourer du meilleur son d’Angleterre. En voilà encore la preuve. C’est un son plein de beat et de guitares, un son qui transcende les morts pour les rendre éternels. Andy Colquhoun veille au grain de la tempête sonique - No direction home/ A complete unknown/ Like a rolling stone - Mick reprend les choses qui l’ont traumatisé à vie. Pure monstruosité aussi que sa reprise de «Strawberry Fields Forever» avec le let me take you down qui nous donne envie d’y retourner encore et encore, et Mick charge ça avec la voix pâteuse d’un pilier de bar, et c’est complètement ravagé par Andy le pyromane. Mick en fait une déconstruction à la Zappa. On sait qu’il a toujours adoré Frank le rital. Nouveau festival d’Andy sur «Bela Lugosi 2002». Extraordinaire partie de purée sonique, terrible épopée. Tout est dense, tout est chapeauté de folie sonique, Andy a tout compris, il rampe dans les limbes de l’ombilic avec une ardeur arachnoïde. Quelle ambiance extravagante ! On trouve une bassline de rêve dans «Diabolo’s Cadillac», le boogaloo farrenien par excellence. On voit Mick Farren traîner un groove dans son terrier pour le bouffer tout cru. C’est de la jute du démon. Farren ne plaisante pas. Il a le discours qui va avec. C’est définitif, énorme et supérieur en tout. Ils terminent avec un hallucinant «What Do You Want» amené aux dégoulinures d’Andy, si bien vu qu’on en reste désarmé. Quel beau heavy blues, bien caverneux, bien infernal, plein de son et Jack Lancaster part en vrille de sax. On se soûle de toutes ces effluves.

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             Paru en 2013, Black Vinyl Dress est l’album posthume de Mick Farren. On y trouve un coup de génie : «If I Was A Hun On My Pony». L’écrivain Farren s’exprime dans son micro - Me serais-je aperçu que j’étais au service de l’apocalypse ? - Il raconte comment il va détruire cette vieille civilisation - A system of supposed civilization/ And ushering in dark ages/ And centuries of war pestilence disease and ignorence - Il se dit que finalement, c’est un jour de boulot en plus - As just another day on the job - Il fait aussi une terrible reprise de «Tomorrow Never Knows». Comme Lemmy, Mick vénère les Beatles. C’est extrêmement significatif de leurs toquades de mad psychedelia. On sent les vétérans de tous les trips et Andy en fait un psychout de rêve. C’est une pure merveille d’exaction écarlate, le summum d’Herculanum. On trouve d’autres goodies sur cet album comme «Cocaïne + Gunpowder», joué aux tambours de guerre - We survived on cocaine & gunpowder - C’est presque une histoire de pirates. Comme Lemmy, il sait décrire les ambiances des cambuses mal famées. Fantastique cut aussi que le morceau titre car c’est chanté par un pur écrivain - And the twisting vortex of fury & dead flowers/ is there significance that it comes 18 hours/ Before I have agreed to the recital? - On sent la puissance du verbe. Mick chante comme un dieu, c’est-à-dire à l’édentée.

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             L’année suivante paraît The Deviants Have Left The Planet. En plus d’Andy Colquhoun, on y retrouve deux vieux compères, Larry Wallis et Paul Rudolph. Ça démarre sur «Aztec Calendar», brûlé à l’énergie des réacteurs, terrific sound, Andy joue dans l’interstellaire, il lâche dans la modernité farrenienne un vent brûlant. Mais c’est la version de l’«It’s Alright Ma» de Dylan qui t’envoie au tapis. Heavy Andy l’attaque de front. C’est électrifié à outrance. Andy arrose tous les alentours. Ils profitent de Dylan pour sortir la pire mad psyché d’Angleterre. Andy est aussi dévoué pour Mick que Phil Campbell l’était pour Lemmy. Andy revient toujours avec la niaque d’une bête de Gévaudan. Saura-t-on dire un jour la grandeur de cette énergie, et la grandeur d’un Farren d’Angleterre ? «God’s Worst Nightmare» est un cut co-écrit avec Wayne Kramer. Mick fait son guttural et Adrian Shaw, l’expat d’Hawkwind, ramène son bassmatic. Retour au groove des enfers avec «People Don’t Like Reality». Andy adore jouer comme un démon - Turn & look at me - On se noie dans l’essence de la décadence. Puis ils retapent dans le vieux classique des Deviants, «Let’s Loot The Supermarket», en compagnie de Paul Rudolph et de Larry Wallis. Andy joue de la basse. Là, on tape dans la légende. Ils font du punk de proto-punk et brûlent d’une énergie d’exaction fondamentale. L’autre merveille de ce disque est bien sûr «Twilight Of The Gods», avec son extraordinaire ouverture de fireworks. Ça sonne comme du Monster Magnet, avec un sens de l’extrapolation du néant cher à Mick Farren. Il bâtit une dérive mirifique au fil d’une poésie crépusculaire chargée d’orient et de pourpre anglaise. Il rime les mass contraction et la satisfaction. On sent le poids d’un génie qui ne s’invente pas. C’est somptueux, digne des funérailles d’un pharaon au soleil couchant, c’est le disque d’or de toutes les mythologies antiques, et brille au cœur de cet univers sacré le firmament d’une guitare, celle d’Andy Colquhoun.

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             La même année paraît un live des Deviants, Barbarian Princes - Live In Japan 1999. Dans ce live, on retrouve tous les gros hits des Deviants, notamment «Aztec Calendar». Mick y déclame son texte et ses mothafukah, et la chose prend une tournure fantastique avec l’«It’s Alright Ma» de Dylan, gorgé de grattes et d’un bassmatic excessifs. Sur «Disgruntled Employee», Andy joue quasiment en solo continu. C’est l’histoire du mec qui va au boulot - And I’m going to the plant tomorrow morning - Mick Farren raconte une vraie histoire, comme s’il avait bossé à l’usine toute sa vie. Belle pièce aussi que ce «God’s Worst Nightmare» - Shebazz is raging and Ophelia wheeps/ Desemona’s going down on the kid who nerver sleeps - Et dans «Leader Hotel», il raconte l’histoire d’une fille qui enfonce des nine inch nails pour couvrir les cris. Belle pièce de poésie trash. Tout est excitant chez Mick le cadavre. C’est le meilleur groove de psyché qu’on puisse trouver sur le marché. Avec «Thunder On The Mountain», Andy vole le show. On se demande soudain qui, à part les derniers fans de Mick Farren, va aller écouter ça. «Lurid Night» est trop textué. Mick Farren adore les poèmes fleuves. Ils finissent avec un extraordinaire «Dogpoet». Mick est au bar et il dit à un mec de laisser son billet de vingt sur le comptoir. C’est bien pire que «Sympathy For The Devil», c’est un vrai texte de zonard, bourré de visions terribles. Défoncé au bar, Mick Farren raconte. 

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             Bel album que ce Human Garbage des Deviants, car Wayne Kramer et Larry Wallis accompagnent Mick Farren qui à cette époque porte le cheveu court. Et pouf, les voilà partis en mode mid-tempo pour «Outrageous Contagious». Wayne Kramer y joue un solo perceur de coffre. Mick Farren n’a pas de voix, on le sait, mais c’est l’esprit qui compte. On retrouve l’énorme bassman Duncan Sanderson dans «Broken Statue». En fait, c’est lui qui fait le show, hyper actif et lancinant à la fois. On tombe plus loin sur une excellente version de «Screwed Up», le hit de Mick, certainement le plus punk des singles punk d’alors, et là c’est visité en profondeur par un solo admirable et porté par la bassline de Sandy le héros. Ils attaquent la B avec «Taking LSD», un vieux boogie de Larry, et ils enchaînent avec le grand hit wallissien, «Police Car» sorti aussi en pleine vague punk, avec un son qui reste d’actualité. C’est joué à l’admirabilité des choses, dans tout l’éclat d’un rock anglais datant d’une autre époque, avec tout le punch des grattes et le brouté de basse. On a là une version un peu étendue, puisque Larry la joue cosmique, avec son sens inné du lointain. Ils terminent avec cet incroyable garage-cut de Zappa, «Trouble Coming Every Day». N’oublions pas que Mick Farren admirait Zappa, ce qui nous valut quelques mauvaises surprises sur les trois premiers albums des Deviants.

    Signé : Cazengler, Mick Farine

    Mick Farren. Elvis Died For Somebody’s Sins But Not Mine: A Lifetime’s Collected Writing. Headpress 2013

    The Deviants. Dr. Crow. Captain Trip Records 2004

    Mick Farren And Andy Colquhoun. Black Vinyl Dress. Gonzo Multimedia 2013

    Deviants. The Deviants Have Left The Planet. Gonzo Multimedia 2014

    The Deviants. Barbarian Princes. Live In Japan 1999. Gonzo Multimedia 2014

     

     

    Third World Ward

     

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             Quand Algy Ward a cassé sa pipe en bois, Vive Le Rock fut le seul canard à lui dérouler le tapis rouge en lui consacrant quatre pages. S’il n’avait pas joué sur deux des grands albums classiques du rock anglais, Eternally Yours et Machine Gun Etiquette, Algy Ward serait passé complètement inaperçu. Mais à l’époque, les fans des Saints et des Damned l’ont repéré.

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             Il eut en effet le privilège de jouer sur cet album qu’il faut bien qualifier de révolutionnaire, Eternally Yours. Eh oui, «Know Your Product» semble conçu pour réveiller les morts du Chemin des Dames. Difficile de réécouter cette dégelée via Algy, on tente le coup, même si Chris Bailey domine le mayhem. Algy bassmatique comme un damned, c’est puissant de what I want. Algy buzze bien dans la fournaise. Il refait des siennes en fin de balda, dans «No Your Product», ça joue au pounding délibéré et au big bass buzz. Idéal pour un bombardier comme Algy Ward. C’est lui qui propulse le cut dans l’avenir. On l’entend aussi se balader dans le fast punk de «Lost & Found». Il multiplie les échappées belles. Il est encore comme un poisson dans l’eau avec «Private Affair» - We got new thoughts new ideas/ It’s all so groovy - et puis il fait son grand retour en B avec «This Perfect Day», il sature littéralement les couplets de basse et le Bailey tombe à bras raccourcis sur le cut à coups de perfect/ Day. Tout le reste est bombardé d’Algy vertes, tout est chargé de la barcasse.

             Algy s’appelle en réalité Alasdair Mackie Ward. C’est un kid de Croydon, et comme le Captain et Rat Scabies, il bosse tout jeune au Fairfield Halls.

             Débarqués en Angleterre en février 1977, les Saints font le carton que l’on sait, mais durant l’été 1977, leur bassman Kym Bradshaw se fait la cerise. Les Saints ont besoin d’un remplaçant vite fait et ça tombe bien, leur roadie Iain Kipper Ward en connaît un : son petit frère Algy, qui n’a que 18 ans. Coup de pot, Algy connaît bien les cuts des Saints et il passe l’audition les deux doigts dans le nez. Les Saints le rebaptisent Algernon et ça se termine en Algy. Ed Kuepper : «We didn’t audition anyone else, he was that good.» Algy joue aussi sur Prehistoric Sounds, mais quand les Saints se séparent, Algy se retrouve tout seul, le bec dans l’eau.

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             Pas pour longtemps. Les Croydon punks ont repéré Algy. «C’est qui ce local bloke que personne ne connaît et qui joue avec les Saints ?», se demande le Captain. Comme Algy aime boire un coup, le Captain devient pote avec lui - We bonded instantly - Après leur deuxième album, les Damned ont implosé, et au moment où ils décident de redémarrer sans Brian James, ils cherchent un bassman permanent - Croydonian Algy was the obvious choice - Il colle parfaitement avec «the merciless dog-eat-dog philosophy» des Damned. En fait ils louchent sur son «Norton Commando bass sound». C’est Algy qui gratte l’intro demented de basse sur «Love Song», l’un des outstanding tracks de l’outstanding Machine Gun Etiquette. Captain Sensible dit qu’Algy grattait ça with a coin. Oui, on l’entend cogner ses cordes à la pièce de monnaie, just for you/ It’s a love song, et le Captain passe un solo à la Wayne Kramer. It’s okay ! Te voilà calé d’entrée en jeu. Nouveau coup de génie avec «Melody Lee», fast Damned trash-punk, ça joue au pire du pire, au beat de London town. Ils font pas mal de pop sur cet album mais tout explose en B avec une cover magistrale de «Looking At You», l’un des smashers intemporels du MC5, les Damned l’avalent tout cru au doin’ alrite et le Captain Moïse grimpe à l’assaut de l’Ararat Kramer avec toute la tension dont il est capable. On entend Algy bombarder dans «Liar», il bombarde partout -  his thunderous bass is all over Machine Gun Etiquette - et ce fantastique album s’achève avec «Smash It Up» plus poppy et pointé à l’orgue. Algy bourdonne dans le son comme un gros bouzin affamé. Il joue gras. C’est un Bomber, comme Lemmy. Vieille école anglaise.

             Et puis crack, le management des Damned vire Algy au jour de l’an 1980. Aucune explication - I wasn’t happy, it was a surprise - Le Captain dit que Rat et Algy picolaient trop et qu’ils se battaient à coups de bouteilles vides pendant le tournage d’un vidéo pour «Smash It Up», ce qui fait bien marrer le Captain. Algy lèche ses plaies et monte Tank avec les frères Brabbs de Croydon. Algy s’inspire de Motörhead et le manager de Motörhead, Doug Smith, prend groupe Tank sous son aile. L’ironie de l’histoire, c’est que Doug Smith a viré Algy des Damned. Alors attention, ce n’est plus tout à fait le même son. On a testé deux albums de Tank. Power Of The Hunter et Filth Hounds Of Hades, parus tous les deux en 1982.

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             C’est Fast Eddie Clarke qui produit leur premier album, Filth Hounds Of Hades. Algy et les frères Brabbs sonnent comme les Damned sur le «Shellshock» d’ouverture de balda. Ils amènent ça au ouhma de la tribu et boom patatrac, ça bascule dans l’enfer des Damned, revu et corrigé par Motörhead. Peter Brabbs sonne exactement comme Fast Eddie Clarke. D’ailleurs, le «Turn Your Head Around» qu’on croise plus loin semble sortir tout droit de No Sleep Till Hammersmith. Brabbs a le diable au corps, il gratte fast and hard, et son frangin Mark bat le beurre du diable. Belle fournaise ! Algy tape là un rock solide et rougeoyant. Tout l’album est monté sur ce modèle. On peut voir des photos d’eux en clones de Motörhead, avec les ceintures de cartouches. Mais on perd complètement les Damned. Au bout de trois cuts, ça commence à tourner en rond. C’est le problème des groupes de power rock anglais, à l’époque. Et dès qu’il sort des Saints et des Damned, Algy est foutu. Il retombe dans l’anonymat. Il bombarde du gros bassmatic, c’est sûr, mais il n’a pas les compos. Ils amènent «That’s What Your Dreams Are Made Of» au riff délétère et ça tient bien la route. On commence à baver à l’approche de «Who Needs Love Songs», mais il faut déchanter : rien à voir avec le Love Song des Damned. Et puis la surprise vient du dernier cut, «(He Fell In Love With A) Stormtrooper» : c’est l’hit de Tank. Ça s’écoute et ça se réécoute sans modération.

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             Avec Power Of The Hunter, Algy va droit sur Motörhead. «Walking Barefoot Over Glass» est du pur jus de Fast Eddie Clarke, c’est exactement le même son, avec l’Algy qui claque son bassmatic au coin par derrière. Ah quelle équipe ! Au plan commercial, ils n’avaient alors aucune chance, ce qui les rend d’autant plus sympathiques. Et puis voilà qu’ils enchaînent les cuts comme des rafales, tu n’apprendras rien de plus que ce que tu sais déjà, ils proposent un son bien ramoné de la virgule, bien crade, avec un Algy qui s’encanaille et qui chante comme un malfrat. Les Tank campent sur leur position, ils roulent sur des chenilles, avec un son cousu de fil blanc, on commence à s’ennuyer et ce n’est pas bon signe. Privé des Saints et des Damned, l’Algy est paumé. Et soudain, un bel instro dévastateur nommé «T.A.N.K» leur sauve la mise et du coup l’album renaît, ce que vient confirmer l’excellent «Used Leather (Hanging Loose)» gratté à la Fast Eddie, tapé au beat rebondi et gratté à la grosse cocotte, on reste dans le Mondo Bizarro de Motörhead, avec les cartouchières. Ils tapent ensuite une reprise étrange, le «Crazy Horses» des Osmonds. Ça gratte dans la couenne et ça donne une belle envolée poppy poppah. On entend l’Algy bananer son bassmatic dans la plaine en feu de «Red Skull Rock» et ce brave album s’achève en beauté avec «Filth Bitch Boogie», bien gratté au coin. Algy adore mettre son bassmatic en évidence, c’est du meilleur effet. C’est lui qu’on entend et Brabbs se balade derrière le son. Crade, oh si crade !

             Algy enregistre ses deux derniers albums tout seul : Breath Of The Pit en 2013, et Sturmpanzer en 2018. Poussé par la curiosité, on s’est amusé à les écouter. Alors bravo Algy, car c’est du bon boulot de one-band band.

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             Dur à dire, mais avec le morceau titre de Breath Of The Pit, il surpasse Motörhead. Il jette tout son Tank dans la bataille, il est complètement fou, il pulvérise tous les records de Motörhead, la cavalcade infernale et tout le reste, le strumming de la marche forcée, il joue tous les tenants et les aboutissants de la fournaise. Algy est héroïque. Puis il avale «T34» tout cru. Après tu peux chipoter sur la qualité des cuts, mais Algy réussit son coup : full power post-Motörhead. Il est écrasant de power et de T34. Avec sa Tele noire, il est virtuosic. Et ça continue avec «Kill Or Be Killed», il bombarde comme un fou, il joue tous les gros accords de la concasse et passe des breaks de bassmatic, tout est chauffé à blanc, y compris le killer solo. Sur «Healing The Wounds Of War», il lèche ses plaies dans sa tanière. Il joue d’incroyables parties de gratté de poux. Il fait encore des étincelles sur «Stalingrad (Time Is Bood)». Sa gratte sonne comme les orgues de Staline, il mitraille toute la plaine gelée. L’épouvantable Algy s’amuse bien dans son studio, il explose la rate de tous ses cuts. Il adore prendre feu en chantant. Algy est un fakir. Ce qu’il adore par dessus tout, c’est arroser la tranchée : rien n’en sortira vivant («Crawl Back Into Your Hole»). Algy est un vieux fou à l’anglaise. Il crée les conditions de l’enfer dans son trou à rats. Toute la frénésie de Motörhead est là, sans la voix, bien sûr. Plus les cuts défilent et plus il s’enflamme. Il peut faire du Fast Eddie Clarke à la puissance dix. Pure hell ! Wow, quelle évanescence comminatoire ! Sur cet album, tout est calé sur le volume 12. «Conflict Primeval» est un cut explosé du chou-fleur, la peau pantelante, les organes diversifiés, Algy ne respecte rien, ni les harmonies de l’univers ni les règles de politesse. On finit par tirer la langue, avec un mec comme lui. Il termine avec «Circle Of Willis», un vieux balladif bien gras, une vraie barquette de frites. Il s’en donne à cœur joie. Il vit dans son lard et lui donne corps. Admirable Algy ! N’aura-t-il tant vécu que pour cette infamie ?

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             Sturmpanzer est donc son dernier album. On le voit à l’intérieur du digi, assis dans son salon, avec des longs cheveux blancs et des lunettes noires. On ne s’habitue pas à l’idée qu’Algy ait les cheveux blancs. Dans l’imaginaire, il reste le jeune Algy de la grande époque, avec ses petits cheveux en épis. Sturmpanzer grouille de cuts intéressants, à commencer par le «2000 Miles Away» d’ouverture de bal. Il bombarde ça tout seul dans son salon et se noie dans sa heavy storm. L’autre poids lourd de l’album s’appelle «Little Darlin’», il y passe un wild killer solo flash qui épouvante la populace. Ce mec est vraiment passionnant. Il a un sens inné de la profondeur de champ, comme le montre encore «Sturmpanzer Pt 1 & 2», sa cocotte sourd des profondeurs du heavy rock anglais, il sonne comme une suite à Motörhead, avec ses éclairs à la Fast Eddie Clarke. Il charge bien sa barcasse. Il dépote comme un Panzer, il est héroïque, il faut le voir écraser ses pâquerettes et arroser les alentours au lance-flammes. On se demande comment il parvient à développer un tel ramdam tout seul. On pense bien sûr à Nick Salomon, l’one-man operation de Bevis Frond. Algy tape ses heavy shuffles de grosse cocotte tout seul et ça se tient («Lianne’s Crying»). Il retombe en plein Motörhead avec «First They Killed The Father». Il parvient à reproduire la pétaudière de Lemmy avec le beurre de Mikkey Dee. Avec «Living In Fear Of», il montre qu’il connaît toutes les ficelles de la débinade, il est capable de fouiller les entrailles d’un killer solo flash. Nouvelle surprise de taille avec «Which Part Of FO Don’t U Understand». Le FO, c’est Fuck Off, il te demande si t’as bien compris. Il passe encore un beau solo à la Fast Eddie et son gratté de poux explose. Il n’en finit plus de faire ses miracles avec ses imitations de Fat Eddie. Il termine avec un superbe instro, «Revenge Of The Filth Hounds Pt 1 & 2». Il attaque ça au Oumbah Oumbah tribal, il ramène du son, un vrai Niagara. Il crée son monde, alors on l’admire.

    Signé : Cazengler, Algue verte

    Algy Ward. Disparu le 17 mai 2023

    Saints. Eternally Yours. Harvest 1978

    Damned. Machine Gun Etiquette. Chiswick Records 1979

    Tank. Power Of The Hunter. Kamaflage Records 1982 

    Tank. Fiith Hounds Of Hades. Kamaflage Records 1982

    Tank. Breath Of The Pit. Southworld Recordings 2013

    Tank. Sturmpanzer. Dissonance Productions 2018

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    Gerry Ronson : Hold on your toupées. Vive Le Rock # 104 – 2023

     

     

    L’avenir du rock

    - Hey Jaws

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             Comme tous les amateurs d’émotions fortes, l’avenir du rock aime bien voir des vampires et des zombies radiner leur fraise sur grand écran. Cette façon qu’ont des mecs comme George A. Romero et Murnau de jouer avec la mort flatte durablement l’intellect chatouilleux de l’avenir du rock. Il s’autorise même à claquer des dents quand glisse sur un mur l’ombre longue de Nosferatu. L’un des jeux favoris de l’avenir du rock consiste à aller acheter une dizaine de grandes tresses d’ail au marché et annoncer d’une voix grave à la marchande qu’il va les accrocher à ses fenêtres pour éloigner les vampires. Comme la marchande ne sait pas si c’est du lard ou de cochon, elle se force généralement à sourire. Quel cabotin, cet avenir du rock ! Il raffole aussi du White Zombie de Jacques Tourneur, mais il ne va pas trop sur les zombie movies plus contemporains, la surenchère d’effets spéciaux l’ennuie profondément. Par contre, il applaudit bien fort l’Only Lovers Left Awake de Jim Jarmush, car c’est un exercice de style des plus réussis. Jarmush établit un lien évident entre deux mythes contemporains : le rock et le vampirisme. Et bien sûr, Adam le vampire vit à Detroit et s’en va reconstituer ses réserves de sang à Tanger, autre ville rock par excellence.  Ce petit chef-d’œuvre d’ironie vampirique entre en concurrence directe avec l’excellent Dracula de Coppola, que l’avenir du rock ovationne. Gary Oldman y fait de délicieux ravages, sous sa perruque de Casanova fellinien. L’avenir du rock apprécie aussi beaucoup Hitchcock pour ses fins de non-recevoir, celles qui laissent l’Hichtcocké bouche bée à la fin des Oiseaux ou de Psychose. Personne ne saurait dire comment vont réagir les milliers oiseaux rassemblés devant la maison au moment où Mitch Brenner fait monter les trois femmes dans la bagnole. Personne ne s’attend à voir Anthony Hopkins parler d’une voix de vieille femme. Hitchcock te laisse imaginer la fin de l’histoire. Pas besoin de coups de tronçonneuse pour te mettre sous pression. L’avenir du rock déteste cet esprit gore américain, les fucking requins blancs et quand on le branche sur Jaws, il hausse les épaules. Il préfère mille fois les Howlin’ Jaws.

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             Contrairement à ce qu’indique le titre de cette rubriquette, les Howlin’ Jaws ne reprennent pas «Hey Joe», mais «Down Down» des Status Quo. Comme déjà dit ailleurs, on a les titres qu’on peut. Même si on ne garde pas un souvenir impérissable des Status Quo, la cover que font les Jaws de «Down Down» est une belle bombe atomique. Ils te lâchent ça en plein cœur de set, et boom, tu te retrouves à Nagasaki, mais un gentil Nagasaki, pas celui qui te brûle la peau, celui qui te brûle la cervelle pendant trois ou quatre minutes. Les Jaws te jouent ça à la pure fusion nucléaire, ils disposent des dynamiques qui font le panache des très grands groupes de rock sur scène, ils fonctionnent en mode tight power trio, avec tous les ingrédients nécessaires, alors tu n’en perds pas une seule miette.

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             On les voit chaque fois jouer en première partie, mais cette fois, ils volent le show pour de bon. Malheur au groupe qui monte sur scène après eux. Il fut un temps où les Jaws sonnaient plus rockab, d’ailleurs Djivan Abkarian slappait jadis une stand-up. Il gratte maintenant une Fender bass et, coiffé comme l’early McCartney, il fait illusion. Ce petit mec est absolument brillant. Il sait placer sa voix, il swingue sa pop comme un vétéran du Mersey Beat, il saute en l’air, il tire le trio dans l’énergie des early Beatles et des Hollies, et c’est vraiment très impressionnant.

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    De l’autre côté de la scène, tu as Lucas Humbert, wild as fuck sur sa Ricken, il entre en transe aussitôt arrivé sur scène, il prend des pauses just for the fun of it et t’éclate le Mersey Beat au Sénégal. Il gratte ses poux à n’en plus finir et ramone son rock comme Johnny Ramone, mais en plus British, en mille fois plus catchy, comme si c’était possible. Et puis au milieu, Baptiste Léon bat le beurre du diable. Il propulse la bombe atomique.

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    Avec les Howlin’ Jaws, le rock ne traîne pas en chemin. Ils tapent le morceau titre de leur quatrième album, «Half Asleep Half Awake». La version live est nettement plus balèze que la version studio, et ils font bien sûr mouche avec «Healer», un big timer glam tiré lui aussi d’Half Asleep Half Awake. Ils montent glam power en épingle. Sur scène c’est imparable. T’en as la jaw qui se décroche et qui te pend sur la poitrine comme une lanterne (l’une des expressions favorites de Jean-Yves, empruntée à Lux Interior).

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             L’autre gros coup d’Half Asleep Half Awake s’appelle «It’s You», un heavy rumble noyé de son. Comme le précédent, cet album est produit par Liam Watson, le Toe Rag Boss. Les Jaws n’ont jamais sonné aussi British.

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    Le «Mirror Mirror» d’ouverture de bal s’orne d’un superbe solo de psychout so far out, avec un chant complètement extraverti. Au moins, on sait où on est : au paradis. S’ensuit un «Bewitched Me» encore plus poppy poppah. Quelle régalade, quand on aime ce genre de débinade. On se croirait à London town en 1966. Ils ont définitivement abandonné leurs racines rockab. Pas facile de s’imposer en France avec une pop anglaise aussi pure. Avec «Blue Day», ils se prennent pour Nick Waterhouse, c’est de bonne guerre, et ils bouclent l’album avec un «See You There» amené au petit psyché de réverb et lesté d’un wanna see you there bien appuyé. Djivan Abkarian chante au petit sucre intentionnel - Won’t you come on down - et Lucas la main froide place un gros shoot de vrille à la Yardbirds, ils s’enfoncent tous les trois dans les bois de la vape, c’est assez spectaculaire, ils cherchent leur voie avec l’énergie du désespoir, c’est une voie qui passe par le freakout. Dommage qu’ils n’explosent pas. Les Who et les Creation n’auraient pas raté une telle occasion. 

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             L’album précédent s’appelle Strange Effect et date de 2021. Encore enregistré et produit par Liam Watson. Bingo, dès «Safety Pack», un cut qui tourne à l’énergie des early Beatles, mais revue et corrigée par les Jaws. Fantastique réinvention du genre, avec un superbe pounding de bassmatic et bien sûr le wild killer solo flash. Cut solide, accueilli à bras ouverts et convaincu d’avance. Châpö les Jaws ! Deux coups de génie se nichent sur ce Stange Effect : «Heartbreaker» et «Love Makes The World Go Round». Le premier est poppy as hell, gorgé d’énergie, celle du British Beat. Ça sonne tout simplement comme un hit planétaire, avec un brin de tension rockab dans le background. On retrouve le sucre candy du chant et les départs en trombe de Lucas la main froide. Plus stupéfiant encore, Djivan Abkarian attaque «Love Makes The World Go Round» à la Lennon. Son incroyable swagger te fout des frissons partout. Il chante vraiment comme un dieu beatlemaniaque. Cet album est une révélation. Ces trois petits mecs échappent à tous les clichés, par la seule force de leur talent. «The Seed» sonne comme un petit boogie vite fait, mais ils le plient à leur volonté - Seed of love ! - Encore du British flavor avec «Long Gone The Time». Son de basse à la Watson, c’est quasiment un hit beatlemaniaque, avec des chœurs Whoish de la la la et un solo à la George Harrison. Ils vont plus sur les Byrds avec «My Jealousy». C’est dire l’ampleur de leur Howlingness.

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             Leur premier album sans titre date de 2012. C’est un pur album de rockab, c’est même du Rockers Culture, avec le nom de Tony Marlow dans les remerciements. L’amateur de rockab s’y retrouve, Howlin’ Jaws est un pur album de wild cats. Avec «Get The Thrill», ils sonnent exactement comme les early Stray Cats. Même énergie. Leur «Babylon Baby» renvoie directement au Stray Cat Strut, et Djivan te bombarde ça à la stand-up. Il chante comme un cake. Les Jaws restent dans la veine Stray Cats avec «Dollar Bill» et une belle descente au barbu. Les Jaws ne traînent pas en chemin. Wild & fast. Et puis voilà le coup de génie de l’album : une cover du «Shake Your Hips» de Slim Harpo. Ils te tapent ça au heavy slap - C’mon move your hands/ C’mon move your lips - Ils jouent à la sourde. On tombe plus loin sur une autre cover de choc, le «Sixteen Tons» de Merle Travis, tapé à coups d’acou, joli swing de deeple and dat - I lost my soul to the company soul - Encore un fantastique shoot de wild as fuck avec «Walk By My Side». Le gratté de poux rôde dans le son comme un fantôme, et avec «What’s The Thing», ils déferlent littéralement en ville. Sur «Danger», Djivan fait le blblblblblb de Screamin’ Jay, il connaît toutes les ficelles, et dans «Why Are You Being So Cruel», Lucas la main froide gratouille du Mick Green par derrière. Ils sont admirables. Fin de party avec le classic jive de «Lovin’ Man». Dans leurs pattes, c’est excellent, plein de jus. Avec les Jaws, c’est la fête au village Rockab, tout le monde saute en l’air.

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             Paru en 2018, le mini-album Burning House est un peu moins dense. Dommage. Le hit rockab se planque en B et s’appelle «Three Days», bien slappé derrière les oreilles. Ils tapent leur morceau titre à la Jody Reynolds et vont plus sur le rockn’roll avec «You Got It All Wrong», comme s’ils prenaient leurs distances avec le rockab. Ils vont sur quelque chose de plus allègre, presque anglais, très Mersey dans l’esprit. Djivan drive bien son «She’s Gone» au walking double-bass. Et son aisance vocale est confondante.

             Pourvu que le mainstream ne les détruise pas.    

     Signé : Cazengler, Howlin’ jawbard

    Howlin’ Jaws. Le 106. Rouen (76). 3 novembre 2023

    Howlin’ Jaws. Howlin’ Jaws. Rock Paradise 2012

    Howlin’ Jaws. Burning House. Badstone 2018

    Howlin’ Jaws. Strange Effect. Bellevue Music 2021      

    Howlin’ Jaws. Half Asleep Half Awake. Bellevue Music 2023

     

     

    Inside the goldmine

    - Magic Gus

     

             Il avait du charisme et il savait. La première rencontre fut un entretien d’embauche. Il était impossible de ne pas être frappé par l’extrême décontraction de Gusto. Rien à voir avec les autres responsables, ces gens qui aiment jouer au chat et à la souris avec les candidats. Gusto semblait au contraire s’inquiéter pour eux, avec des questions du genre : «Ne craignez-vous pas de vous ennuyer avec nous ?», auxquelles il fallait s’empresser de répondre : «Oh non non non, pas du tout !», ce qui avait le don de le faire sourire. Ça devenait troublant, car il souriait comme une movie star. Il avait un charme fou, ce qu’on appelle le charme italien, qu’il rehaussait par une moustache bien fournie. Rencontrer un tel décideur dans ce circuit, ça ressemble à un conte de fées. On finit par avoir une vision détestable du marché de l’emploi, à force de tomber sur des cons. Surtout dans ce domaine d’activité qui est celui de la com, censé être un domaine réservé en partie aux artistes, mais qui en réalité ne l’est pas du tout. Ce marché, comme le sont probablement les autres, est devenu un marché aux bestiaux, avec des procédés d’une violence inouïe. Alors forcément, quand on tombe sur un Gusto, on se demande si c’est un gag. Ce type de rencontre relève du surnaturel. Le plus troublant est qu’il ne jouait pas un rôle, le rôle du mec bienveillant qui accueille les candidats. On sentait au ton de sa voix qu’il était authentique, et ce fut d’autant plus probant qu’il donna son accord très vite, évitant de faire durer le suspense. Dans les jours qui suivirent, ce fut un régal que de le fréquenter. Il traça les grandes lignes du job, fit l’inventaire des quelques clients, montra ce qu’il fallait montrer sur les ordis, accompagnant toutes les consignes de remarques assez hilarantes. Il resta en doublon pendant quelques jours, puis un soir, juste avant la fermeture, il me demanda de venir dans son bureau pour annoncer qu’il quittait Paris : «Je vais vivre à la campagne. Tiens voilà les clés. Je te confie la boutique. Je fais les devis, tu les recevras par fax et c’est toi qui feras les factures. Tu les donnes ensuite à la secrétaire. Voilà tu sais tout. Fais gaffe de ne pas bouffer la grenouille ! La France compte sur toi ! Tu m’as pas l’air trop con, je crois que t’as tout compris». Et il éclata de rire au spectacle de ma consternation.

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             Alors que Gusto inventait le concept du job surréaliste, Gus Dudgeon inventait celui du producteur-enchanteur. Il paraissait donc normal qu’Ace lui rende hommage avec l’une de ces délicieuses compiles qui font depuis disons quarante ans sa réputation. Cette compile s’appelle Gus Dudgeon Production Gems et date de l’an passé. C’est l’une des manières les plus élégantes de revisiter l’histoire glorieuse de la pop anglaise, d’autant que ça démarre avec le «She’s Not There» des Zombies qui n’en finit plus de fasciner la populace. Gus signe la prod de ce chef-d’œuvre tapi sous le boisseau, de belle basslines traversières remontent le courant du couplet, Gus image le son, il soigne la voix de Colin Blunstone, on assiste à une fantastique foison d’excelsior, couronnée par un solo de piano faramineux.

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             John Kaufman attaque le booklet. Il commence par saluer le lecteur - Dear music lover - puis il rappelle que cette compile était prévue pour le soixantième anniversaire de Gus qui hélas cassa sa pipe en bois trop tôt, donc le projet est allé au placard. C’est lui Kaufman qui avait eu l’idée de cette compile pour en faire la surprise à Gus, mais il dut quand même lui en parler, car Gus savait mieux que quiconque ce qu’il fallait choisir. Gus donna donc son accord. Le projet avançait, et au petit matin du 21 juillet 2002, Kaufman reçut un coup de fil lui apprenant et Gus et sa femme Sheila s’étaient tués en bagnole au retour d’une party.

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             Le projet refait surface 15 ans plus tard. Richie Unterberger prend la suite. Il raconte l’histoire de Gus, un gosse qui a commencé comme tea-boy et tape operator au studio Olympic de Barnes. Puis un jour, on demande à Gus de remplacer l’ingé-son Terry Johnson qui enregistre les Zombies, car il est complètement bourré. Pour Gus, c’est le baptême du feu. Il verra par la suite arriver dans le studio des luminaries comme Lulu et Tom Jones (Hello Gildas). Il assistera aussi à l’audition du Spencer Davis Group qui n’est pas encore signé, et Gus les trouvera tremendous. En 1968, il va quittee Decca pour monter sa boîte de prod, et va démarrer avec le Bonzo Dog Band et «Urban Spaceman». Pas mal, non ? 

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             Gus donne aussi de l’écho à Mayall pour «All Your Love», et quel écho, mon coco ! On ne savait pas à l’époque que cet enchanteur de Gus emmenait Mayall sous son boisseau d’argent. On a là l’un des plus beaux échos du British Blues, personne ne bat Gus à la course à l’échalote. Alors forcément, Clapton a du son, plus que dans Cream. C’est aussi Gus qui produit l’A Hard Road des Bluesbreakers de Peter Green, puis Crusade avec Mick Taylor. Il co-produit aussi le premier Ten Years After avec Mike Vernon. L’«Oh How She Changed» des Strawbs sonne comme la sinécure d’Épicure et Gus nous fait avaler une couleuvre avec la prog de The Locomotive, «Mr Armageddon». C’est pourtant excellent, plein de trompettes, on se demande même d’où ça sort. Retour aux choses sérieuses avec le «Space Oddity» de Bowie, le grand control to Major Tom, c’est Gus, il a compris le génie de Bowie, alors il lui donne du champ, tout est soigné, le solo s’écoule dans l’espace, une génie + un génie, ça donne de la grande pop anglaise. On avait encore jamais vu l’espace s’ouvrir ainsi. Unterberger nous apprend que Tony Visconti qui devait le produire n’aimait pas «Space Oddity» et qu’il a demandé à Gus de s’en occuper. Gus n’en revient pas de bosser avec un génie pareil. Mais ce sera le dernier cut qu’il produira pour Bowie, qui préférera travailler par la suite avec Visconti, mais nous dit Unterberger, Bowie s’en excuse auprès de Gus, pensant l’avoir blessé en choisissant de continuer avec Visconti. Gus va donc se consoler dans les bras d’Elton John, toujours aussi insupportable.

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             Gus produit aussi des gens comme Ralph McTell, Ola & The Janglers, Elkie Brooks, Wynder K. Frog et Menswear. Bizarrement, le grand absent de cette compile est Michael Chapman pour lequel Gus fit des miracles. Il fait aussi des miracles avec le «Tokoloshe Man» de John Kongos, typique de l’époque, mais c’est la prod qui fait tout, comme sur les hits de Dave Edmunds. Gus fait entrer les guitares dans «Tokoloshe Man» comme des entourloupes révélatoires. Quant à Joan Armatrading, elle se situe au niveau de Nina Simone, avec «My Family». L’un des cuts les plus faramineux est le «Whatever Gets You Through The Night» enregistré par John Lennon avec l’Elton John Band et les Muscle Shoals Horns. Quel power ! Quel solo de sax ! Et un bassmatic dévore le cut de l’intérieur. On retrouve aussi l’excellente Kiki Dee avec «How Glad I Am», une belle Soul de pop, elle y met tout le chien de sa petite chienne, c’est encore une fois bardé de son. Gus = Totor. Voilà, c’est pas compliqué. Avec «Run For Home», Lindisfarne somme comme un groupe pop incroyablement sophistiqué. Plus rien à voir avec le folk anglais. C’est beaucoup plus ambitieux. Encore une prod de rêve pour Chris Rea et «Fool (If You Think It’s Over)». Tout aussi révélatoire, voici Voyage avec «Halfway Hotel», chanté à la larmoyante de lonely way, ce mec est né pour émouvoir, il y a du Bowie en lui, mais avec un autre timbre. C’est assez énorme, grâce à Gus.

    Signé : Cazengler, Gugusse

    Gus Dudgeon Production Gems. Ace Records 2021

     

     

    Le Dwight dans l’œil

    - Part Two

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             C’est en 1976 que Dwight Twilley nous a tapé dans l’œil pour la première fois avec Sincerelly. Non seulement les chansons de l’album battaient tous les records de magnificence - même ceux de Big Star et d’Arthur Lee - mais le Dwight Twilley qu’on voyait poser en compagnie de son collègue au dos de la pochette était beau comme un dieu. Il ajoutait l’insult à l’injury, comme on dit en Angleterre. Comment pouvait-on être à la fois aussi beau et aussi doué ? Oh bien sûr, Elvis et Bowie étaient déjà passés par là, et ça n’en devenait que plus indécent, car ce petit mec sorti de nulle part, c’est-à-dire d’Oklahoma, s’installait automatiquement au firmament.

             Le rock servait à ça, autrefois, à alimenter la pompe à coups de Jarnac. Les kids du monde entier ne se nourrissaient que de légendes dorées, et donc le destin avait du pain sur la planche, car il fallait alimenter ces millions d’oisillons affamés. Alors le destin n’y est pas allé de main morte :  Elvis, Brian Jones, Vince Taylor, Ray Davies, Iggy, Bowie et Dwight Twilley, pour n’en citer que  sept.

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             La provenance du buzz est depuis longtemps oubliée - probablement Creem - toujours est-il qu’un jour on s’est retrouvé avec Sincerelly dans les pattes, le pressage anglais fabriqué par Island pour le compte de Shelter, en 1976, l’année de tous les dangers. Pif paf, dès «I’m On Fire», Twilley the twilight nous transforme en terre conquise, d’un seul coup de pop lumineuse. C’est encore autre chose que Big Star ou les Beatles, Twilley the twilight propose une pop rayonnante, électrique et radieuse à la fois. L’amateur d’essences légendaires s’y retrouve immédiatement. Le romantique encore plus, avec notamment «You Were So Warm», une pop si belle et si pure qu’elle paraît élevée. On pourrait même dire visitée par la grâce. Mais c’est en B que se niche la merveille définitive : «Baby Let’s Cruise», d’une réelle splendeur mélodique, un crève-cœur pour tous les romantiques, Twilley the twilight chante ça au développé suspensif. L’artisan du son s’appelle Bill Pitcock IV. Il éclaire chaque cut de son lead, just like the sun. En B, on croise aussi l’excellent «TV» et son beat rockab - A pretty good company - Twilley the twilight et Phil Seymour illustrent ainsi le pendant rockab de cette incroyable odyssée qui les a jetés dans les bras de Ray Smith, un vétéran de la scène Sun de Memphis.

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             L’année suivante paraissait l’encore plus spectaculaire Twilley Don’t Mind. On en prenait plein la vue dès la pochette. Comment ces deux mecs pouvaient-ils être aussi beaux ? Et comment pouvait-on résister à «Looking For The Magic» ? Évidemment, ça entrait en résonance avec les sentiments amoureux de l’époque, qu’ils soient de nature excitants ou douloureux. Twilley the twilight prenait cette merveille au tremblé de voix et nous couvrait de frissons. Avec ses gros accords de boogie, Bill Pitcock IV faisait des ravages d’entrée de jeu avec «Here She Comes». Mais la magie était encore à venir, notamment via «That I Remember». Twilley the twilight montait son chant en épingle mélodique et Pitcock tissait un prodigieux réseau d’arpèges. Du coup, ce Remember devenait le hit caché de l’album, emporté par de fabuleux moteurs. On voyait ensuite le chant du Dwight dans l’œil se fondre dans la crème de «Rock & Roll 47» et cette A historique s’achevait sur un autre moment de magie blanche, «Tryin’ To Find My Baby». Une fois de plus, Twilley the twilight nous transperçait le cœur et c’est avec cet air en tête qu’on promenait son spleen dans les rues de la ville. Et bizarrement, la B restait lettre morte. Twilley the twilight avait vidé son sac en A. Donc, inutile de perdre ton temps à écouter la B.  

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             En 1979, Dwight Twilley continuait d’exploiter son mythe. Comment ? En couvrant Twilley d’une myriade de portraits qui le rendaient chaque fois plus irrésistible. Il cultivait à outrance l’arcane du beau ténébreux et bien sûr, ça influençait l’écoute. D’autant qu’il attaquait avec le mélodiquement parfait «Out Of My Hands», revenant à ses vieilles amours et laissant flotter autour de lui la poussière d’étoiles dans la brise tiède des orchestrations. Toutes ses compos restaient soignées, mais ça finissait par tourner un peu en rond. Heureusement, Bill Pitcock volait à son secours dans «Alone In My Room» et la pop se remettait enfin à scintiller. Pitcock n’en restait pas là, car dès le «Betsy Sue» d’ouverture de bal de B, il revenait casser la baraque en ultra-jouant. On voyait bien que Twilley the twilight peinait à rallumer son vieux brasier, et il fallait attendre «It Takes A Lot Of Love» pour frémir enfin. En clamant ses clameurs, il livrait là l’une de ses plus belles œuvres.

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             Trois ans plus tard, il revenait dans le rond de l’actu avec Scuba Divers. Il amenait la power pop à son apogée dès «I’m Back Again». Bill Pitcock s’y illustrait avec un solo très condensé, comme ceux de Todd Rundgren. Il se livrait ensuite au petit jeu des rafales, et cette pop éclatait au grand jour. En fait, Pitcock allait continuer de voler le show de l’A avec «10.000 American Scuba Divers Dancin’», même si Twilley the twilight s’entêtait à chanter à la revoyure. On comprenait confusément que sa principale qualité était l’entêtement. Sa power pop plaisait par petites touches, son «Touchin’ The Wind» devenait une merveille touchy. En B, il chargeait «I Think It’s That Girl» de tout le poids du monde, avec ce démon de Pitcock en contrefort. Il lui arrivait aussi de se fâcher, comme le montrait «Cryin’ Over Me», nettement plus musclé, quasiment rock, gorgé de basse et de cocote sourde. Et puis après l’avoir cherchée - «Looking For The Magic» - il la trouvait enfin avec «I Found The Magic», et malgré tous les éclats pop et l’habituelle ténacité, on comprenant que Twilley the twilight n’avait plus rien à dire.   

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             Paru en 1984, Jungle pourrait bien être son album le plus faible. L’impression de tourner en rond persiste et signe. Il retrouve ses marques avec «Why You Wanna Break My Heart» : belle tension pop et jardins suspendus de Babylone. Il se remet aussi à ahaner avec «Cry Baby», il a toujours adoré ça, ahaner. Mais la B se perd dans les méandres de la carence compositale.

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             Paru en 1986, Wild Dogs n’aura aucune incidence sur l’avenir de l’humanité. Bon, comme d’habitude, c’est bien joué, bien enregistré, mais ça reste un brin passe-partout. «You Don’t Care» ne sort pas de l’ordinaire du twilight. If you’re looking for the magic : tintin. Malgré de beaux efforts, «Hold On» ne veut pas démarrer. Difficile de surpasser la perfection des deux premiers albums. La B tente de sauver l’A avec un «Baby Girl» assez bien foutu, fougueux comme un étalon sauvage. Ça pulse et ça hennit le beat à l’air. Twiley the twilight tente de retrouver le chemin du magic cut et «Ticket To My Dream» pourrait bien être celui qui s’en approche le plus. Ce mec est un vrai cœur d’artichaut, un romantique incurable. Il ne veut pas lâcher la grappe de la romance. Son «Secret Place» est néanmoins excellent. 

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             Daté de 1993, The Great Lost Twilley Album sonne comme un passage obligé. L’amateur de coups de génie s’y régalera de deux cuts : «Somebody To Love» et «Dancer». Le son est là tout de suite, avec des éclairs dans le gratté de some place in the sun et des oh oh au sommet du refrain, la magie est intacte, le développé d’accords d’une douceur incomparable. «Dancer» trône donc au sommet de l’art pop, c’est un tenant de l’aboutissant explosif. D’autres merveilles encore, telles ce «Burning Sand» bourdonnant et gorgé de soleil, doté de tous les charmes de l’embellie, ils restent pourtant dans leur vieux son, mais «Sky Blue» tape dans l’excellence. Ils emmènent «Chance To Get Away» à vive allure. Dwight dans le nez chante parfois à ras des pâquerettes, mais le spectacle continue sans fin, de courts éclairs de pop traversent «I Love You So Much». La pop magique reste l’apanage du Dwight dans l’œil et avec «I Don’t Know My name», il crée de l’enchantement, il taille ça dans un cristal d’arpèges. Il règne sur l’empire de la pop lumineuse, certaines chansons semblent suspendues à ses lèvres. Intrinsèque et littéral, «The Two Of Us» tisse une toile d’ersatz Pound et la voix du Dwight dans le nez s’enroule autour d’un soleil d’arpèges lumineux. «I Can’t Get No» sonne comme un hit de Brill. Peu de choses planent aussi haut. Ce mec-là ne s’arrête jamais.

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             La première chose qu’on remarque en fouinant dans les infos de Tulsa, c’est la présence de Bill Pitcock IV. Il faut donc s’attendre à du powerfull power-poppisme. Et comme prévu, on a tout de suite du son, du bien amené, du Dwight dans le nez. Il mène son biz prodigieusement orchestré à la pogne. Du haut de sa légende, il domine la ville, les mains sur les hanches. Il fait la pluie et le beau temps avec «It’s Hard To Be A Rebel», une authentique merveille étoilée, dotée de toute la persistance dont est capable la prestance. Son «Baby Got The Blues Again» est une magnifique romance, une Beautiful Song dirigée vers l’avenir. On se voit contraint de dire la même chose de «Way Of The World». Dwight dans l’œil a le compas dans l’œil. Il renoue avec son vieux génie romantico, celui qui irriguait ses deux premiers albums. Terrific ! Le morceau titre nous sonne bien les cloches, lui aussi - You’ve always been there - Dwight dans le nez rend hommage à sa city, ça prend vie avec de l’eau, Dwight & Bill forever ! Le Dwight bourre bien le mou de «Miranda» et au passage, il nous en bouche un coin, une fois de plus. Tout est solide sur cet album, vraiment très solide. Il faut voir le Dwight embarquer son «Miracle» au doigt et à l’œil. Bill veille au grain et les chœurs font «miracle !». En prime, c’est battu sec et net. Ce démon se dirige vers la fin avec «Goodbye», un balladif dwighty doté d’une énergie fantastique et nous fait ses adieux provisoires avec «Baby Girl». Un truc qui n’a rien à voir avec le Dwight : la gonzesse qui vendait cet album a mis son parfum dans le booklet et du coup, ça devient très capiteux. Les parfums de femmes sont parfois très capiteux. Alors Dwight Twilley peut claquer son Baby Girl, un hit violent et sexuel à la fois.  

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             Paru en l’an 2000, Between The Cracks Volume One est comme son nom l’indique une collection de fonds de tiroirs. Comme tous les grands compositeurs, Twilley the twilight collectionne les fonds de tiroirs, et comme le font tous ceux qui veulent soigner sa postérité, il se retrousse les manches et fouille. Dans l’insert, il commente chacun des 16 cuts de la compile et salue bien bas ses principaux collaborateurs, le scorching Bill Pitcock IV et la cool Susan Cowsill aux backing vocals. Pas de surprise, les 16 cuts restent bien dans la ligne du parti, c’est-à-dire la power pop à laquelle il nous habitue depuis 1976. On retiendra le «Living In The City» qui se planque en B, car Twilley the twilight indique qu’il l’écrivit pour son collègue Phil Seymour au temps de Twilley Don’t Mind, et ajoute-t-il, Bill Pitcock on devil guitar. En fin de B, on tombe aussi sur l’excellent «No Place Like Home», un heavy boogie d’Oklahoma qu’il joue les Dwight dans le nez.

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             Paru en 2001, The Luck est un solide album de power pop, donc rien de surprenant. Il attaque avec une sacrée triplette de Belleville, «Music», «Holdin’ On» et «Forget About It». On voit même Dwight se fâcher dans «Music». On le croit gentil, mais au fond, ce mec ne rigole pas. Il se livre aux joies tatapoumesques du heavy stomp. Son «Holdin’ On» est une merveille de holdin’ on. Le heavy beat de la power pop prédomine, il crée son monde depuis vingt ans et il est devenu imparable. On reste dans la heavy power pop avec «Forget About It», son énergie poppy descend sur la ville - The way I love you/ I’ll find a new way to forget about you - Il chante ça mais n’en croit pas un mot. Il se pourrait bien ce que Luck soit l’un de ses meilleurs albums. Il claque son «No Place Like Love» à la folie. Il vire même glam avec «I Worry About You». Pour un cador comme Dwight, c’est plutôt heavy. Puis il revient à son fonds de commerce, la petite pop bien foutue à laquelle il nous habitue depuis Sincerelly. Il y va toujours de bon cœur. Son «Suzyanne» est assez balèze, force est de l’admettre. C’est exactement le son de Sincerelly. Il vit sur ses réserves et pardon de l’avouer, on bâille un peu aux corneilles, car ça sent le réchauffé. Il oscille toujours entre le puissant («Leave Me Alone») et le plan-plan («Gave It All Up For Rock’n’Roll»). Ah ces Okies !

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             Comme Totor et d’autres fans du Père Noël, Dwight Twilley s’est fendu en 2004 d’un beau Have A Twilley Christmas, un mini-album qu’il faut bien qualifier d’enchanté. Dwight dans le nez ramène le soft du Christmas time dans son soft rock étoilé. Il fait aussi le show avec «Rockabilly Christmas Ball» - The rock/ The rock/ A Billy/ Christmas - Bien vu, Dwight dans l’œil. Il profite de «Christmas Night» pour renouer avec le power du Dwight, c’est-à-dire les power chords, et ça continue avec l’énorme «Christmas Love» - Oooh baby I want you - Il finit toujours par ramener du power dans son Christmas stomp. Et bien sûr Bill Pitcock IV veille au grain.

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             On est très content de rapatrier Green Blimp, car on voit sur la pochette que Twilley the twilight va bien. Il a un certain âge, mais il conserve son look de jeune premier. De là à penser qu’il est lui aussi un vampire, c’est un pas qu’on franchit avec allégresse. Globalement l’album est bon, et ce dès le coup d’envoi et la fantastique allure de «Get Up» - Get up/ I’m tired of being down - Il incite ses fans à se lever. La bonne nouvelle, c’est que Bill Pitcock IV est de retour. Twilley the twilight sonne comme les Beatles avec «Me And Melanie» et il se fend d’une Beautiful Song avec «Let It Rain». Plus que jamais, Twilley the twilight est dans la chanson, il n’y a que ça qui l’intéresse. Il cherche chaque fois à renouer avec «Looking For My Baby». Mais on sent chez lui une tendance plus pop, comme le montre le «You Were Always Here» d’ouverture de bal de B. Il chante toujours au sommet de son lard, c’est un indéfectible, un arpenteur, un passeur d’ordres, un émetteur de missions, et Bill Pitcock IV vient envenimer les choses, comme au bon vieux temps. Avec «Ten Times», on se croirait sur Sincerelly. Même son d’accords impavides. Son «Witches In The Sky» reste lui aussi fidèle au passé : pop alerte de gorgée de son, avec un Pitcock en contrefort, l’inestimable roi des cocotes et des subterfuges. Et puis pour finir, Twilley the twilight nous fait non pas le coup du lapin, mais le coup du coup de génie avec «It Ends». Twilley don’t mind, avec ses méchants relents de psychedelia, et Pitcock s’en donne à cœur joie.    

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             En vieillissant, Twilley the twilight se bonifie, comme certains pinards. Il suffit d’écouter ce Soundtrack paru en 2011 pour en avoir le cœur net. L’album est comme pris en sandwich entre deux grosses tranches de pop géniales, «You Close Your Eyes» et «The Last Time Around». Il est là et même plus que là, au coin du déroulé de guitares, comme au temps de Sincerelly - So you you close your eyes - Bill Pitcock IV rafle encore la mise. Il va chercher le power dans l’essence même de cette vieille power pop qu’il cultive depuis 1976, depuis la nuit des temps du rock. Ça reste très fascinant, très dense, d’une rare ampleur et bien sûr, Pitcock transperce le cœur de «The Last Time Around» d’un solo dément. Tout au long de l’album, Pitcock descend dans la bedaine des cuts et taille dans le vif. «Tulsa Town» surprend par sa puissance. S’il est un puissant sur cette terre, c’est bien Twilley the twilight. Il drive ses chansons d’Okie à l’extrême onction. Les coups d’harmo de Tulsa valent bien ceux de Charles Bronson. Twilley the twilight enfonce encore son clou avec «Skeleton Man» et refait battre le poumon d’acier de Sincerelly avec «My Life». Ce mec étend son empire en permanence, chez lui c’est une manie. Il crache du power jusqu’à la dernière seconde. «Out In The Rain» pourrait aussi figurer sur Sincerelly, la vieille magie est intacte, c’est encore une fois une merveille d’équilibre entre la pop et l’harmonie. De toute évidence, Twilley the twilight a du génie. Il te voit dans le noir et il chante pour toi. Il te balade dans un monde parfait, le sien. On tombe sur un autre cut monumental, «The Lonely One». Il chante ça au power pur de la grande pop instrumentale. Il est grimpé au sommet de son art, un art qu’il faut bien qualifier d’unique en Amérique. Tous les cuts de cet album sont remarquables.  

    Signé : Cazengler, Dwight Eiso-nowhere

    Dwight Twilley Band. Sincerelly. Sheter Records 1976

    Dwight Twilley Band. Twilley Don’t Mind. Arista 1977

    Dwight Twilley. Twilley. Arista 1979

    Dwight Twilley. Scuba Divers. EMI America 1982

    Dwight Twilley. Jungle. EMI America 1984

    Dwight Twilley. Wild Dogs. CBS Associated Records 1986 

    Dwight Twilley Band. The Great Lost Twilley Album. Shelter Records 1993

    Dwight Twilley. Tulsa. Copper Records 1999  

    Dwight Twilley. Between The Cracks Volume One. No Lame Recordings 2000

    Dwight Twilley. The Luck. Big Oak Recording Group 2001

    Dwight Twilley. Have A Twilley Christmas. Digital Musicworks International 2004

    Dwight Twilley. Green Blimp. Big Oak Records 2010

    Dwight Twilley. Soundtrack. Varèse Sarabande 2011

     

    *

    Chouah ! chouah ! chouah ! ce n’est pas un chien asthmatique qui nous accueille lorsque nous poussons la porte du 3 B, mais le bruit caractéristique de la charleston jazz qui ruisselle de partout, juste le temps de reprendre nos esprits, nous arrivons deux minutes après le début du concert, impossible de comprendre pourquoi la route a été si lente ce soir, une nuit foncièrement noire mais the road n’était pas chargée, ce n’est pas mon habitude je déteste rater le début d’une prestation, par respect pour les artistes.

    TROYES / 17 – 11 – 2023

    3 B

    SHANNA WATERSTOWN

                    Désolé pour les amateurs de rockabilly mais ce soir Béatrice la patronne innove, elle a saisi l’opportunité d’une tournée entre Suisse, France et Belgique pour accueillir une chanteuse de blues. L’occasion de se remémorer les ariégeoises et estivales heures bleues du Festival de Blues de Sem entre Patricia Grand et Daniel Giraud, coup de blues dans mon âme ces deux amis chers ne sont plus depuis quelques mois de notre monde.  Everyday I have the blues, fredonne comme par hasard Shanna Waterstown.

             Pas un petit calibre elle a joué en première partie de James Brown… Bien sûr elle est accompagnée par trois supers musicos issus du fin fond du Sud. Devinez d’où : de Memphis ? de Clarksdale ? de Chicago ?  Erreur sur toute la ligne, ce trio infernal vient de tout en bas, de Floride ? Presque, c’est Shanna qui est née là-bas, eux sont des natifs du sud… de l’ Italie, Naples par exemple.

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             Sont trois. A droite le bassiste. Coiffé d’un bonnet et assis de profil, ne quittera pas sa chaise de tout le set. Le mec qui ne fait rien pour attirer le regard des gens. On ne l’entend pas. Comprenez ce que je veux dire, vous vous promenez sur la plage, les cris des mouettes vous percent les oreilles, les enfants se chamaillent en hurlant, les ploufs des baigneurs résonnent comme des coups de canon. Pour une promenade au calme, c’est raté. Pas de crainte, au contraire votre subconscient lui a totalement conscience du bruit de fond, l’écroulement insistant des vagues qui se brisent sur le rivage. Un extraordinaire vacarme tellement habituel que l’on n’y prête pas attention, faudrait que les êtres vivants s’immobilisent et se taisent d’un seul coup pour que l’on puisse se rendre compte de cette sourde rumeur inapaisée. Ces instants de silence les trois autres membres le lui accordent de temps en temps, le temps d’un solo, alors une pulsation profonde se colle à vos tympans et vous fait entendre le bruit primordial de la vie.

             Sont encore trois. A gauche le guitariste.  C’est pas le boss, donc il bosse. Le mec multi-fonctionnel. Il joue de la guitare ce qui n’est en rien significafif pour un guitariste. Mais il joue après. Après tout le monde. Particulièrement après Shanna, nous en reparlerons plus tard. S’appelle Massino, parce qu’il fait le maximo. L’est comme les paléologues, vous leur portez un informe fragment d’os que vous venez de dénicher dans la glaise du champ de fouilles et tout de suite il vous explique que cette esquille osseuse de trois centimètres de long provient de la patte arrière gauche d’un dinosaure, exactement d’un brachiosaure qui vivait à l’époque bénie du Jurassique supérieur. Ces collègues ont fait ce qu’ils ont voulu, lui il rajoute un truc, un lick drôlement bien foutu, ou étrangement biscornu, l’est comme ces maîtres de la Renaissance qui soulignait d’un coup de pinceau l’œil du portrait que venait de terminer un de ses élèves, et tout de suite le tableau acquerrait une force qui vous aurait échappé sans son intervention.

             Sont toujours trois. L’est au centre. Lui il rayonne comme le Roi Soleil. Depuis son trône il illumine la galaxie. Grand, costaud, solide. Il ne joue pas de la batterie. Il frappe, il cogne. Vous fait des démonstration sonores. N’insiste jamais. Tape uniquement les coups strictement nécessaires. Avec une telle conviction que vous entendez le superflu. L’est comme ces génies de la mathématique qui donnent en trois secondes le résultat d’une multiplication à dix-huit chiffres, sans jamais se tromper. Un ordinateur. Qui n’en fait qu’à sa tête, qui n’obéit à aucune préprogrammation, qui ne suit aucune logique, dont la justesse de ses improvisations s’impose par l’évidence de leur présence.

             Quand on y pense ces trois énergumènes sont des larrons en foire taillés sur le même type. Fonctionnent sur le même modèle, dans telle situation, la meilleure solution que pourrait proposer un algorithme génial serait celle-ci, et ils vous la sortent d’instinct. Avec un petit sourire satisfait qui semble dire, si par un hasard extraordinaire la solution idoine ne marchait pas, pas de panique j’ai encre mieux en magasin. Voici. Imaginez que vous avez cette équipe de cadors et que vous seriez chanteuse. N’imaginez plus rien, par chance nous avons Shanna Waterstown !

             Tout devant, au premier rang. Shanna, vous ne voyez qu’elle. Belle, grande, charismatique, micro en main, elle bouge un peu, on ne peut pas  dire qu’elle danse. Quand on a une voix comme la sienne, il est inutile de se contorsionner pour attirer l’attention.  

             Elle commence piano, un peu cabaret jazz, vous avez un peu ce genre de blues middle-class huppée parfois chez BB King, Shanna nous la fait en grande dame, un peu entraîneuse sur les bords, un Dock of the bay si bien modulé qu’on aimerait un coup de vent, un Stay with me sans l’angoisse du timbre de Bene King et un Summertime au soleil pas vraiment estival. En tout cas la voix est chauffée. Il est temps de passer aux choses sérieuses.

             Elle annonce un blues, une de ses compositions. La voix est montée d’un cran, mais elle n’accapare pas le devant de la scène, elle chante pour permettre à ses musiciens se s’exprimer. Ils ne s’en privent pas. Vous font la totale. Un peu de blues, un peu de shuffle, un peu de ryhthm ‘n’blues, un peu de groove, un peu de funk, par pincées, n’exagèrent pas non plus, vous démontrent la différence entre une bicyclette électrique et une grosse cylindrée, vous en déduisez qu’il ne faut pas les classer dans la première catégorie, n’en bombent pas pour autant le torse… Tous les quatre préparent le piège dans lequel on va tomber. Le premier set s’arrête sous les applaudissements.

             Second set. Changement de décor. Nous étions sous un vent fore 7, nous allons connaître la catastrophe planétaire. Par la faute de Shanna Waterstown, elle sort les gros calibres, propres compositions en compagnie de Buddy Guy, Freddy King, Koko Taylor, Big Mama Thornton pour qui elle a manifestement un faible. Avez-vous déjà entendu chanter une chanteuse de blues. Non, au début ce n’est pas grave, elle chante comme vous et moi, enfin presque, ensuite il suffit de chanter comme Shanna. Plus de voix, une tonitruance, sans préavis, on ne s’y attend pas, elle est déjà au sommet de la montagne, la suite est ravageuse, elle pose les mots les uns sur les autres comme les Titans empilaient les blocs cyclopéens pour grimper jusqu’aux demeures divines de l’Olympe. Vous imaginez qu’un lanceur de foudre jupitérien va la calmer à coups d’éclairs, mauvais scénarios, c’est elle qui lance la foudre et le tonnerre. Cataclysmique, elle a le blues-Stromboli éruptif, il déferle sur vous, et vous succombez sous le poids des mots et le choc du vocal.

             Vous n’avez pas vu le temps passer. Shanna sonne la fin des jouissances. Béatrice la patronne, qu’elle soit remerciée pour tout ce qu’elle fait pour la musique que l’on aime, se précipite pour un petit supplément. Nous n’aurons droit qu’à un unique et dernier morceau. De quoi nous refiler le blues !

    RETOUR

    Ouah ! Ouah ! Ouah ! cette fois-ci ce sont des chiens, les miens, tout heureux de m’accueillir après cette nuit bleue !

    Damie Chad.

    *

    Mes chiens me regardent avec reproche, je n’y suis pour rien, l’heure de la promenade est passée depuis longtemps, il pleut à verse, je ne peux rien faire pour eux, sinon appuyer sur cette image d’une plage ensoleillée :

    FATA MORGANA

    CORAL FUZZ

    ( AlbumNumérique / Novembre 1923)

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    Entre nous, le genre de couve, un peu trop brésilienne à mon goût, que je n’aime guère, un bon point les chiens se sont recouchés et prennent leur mal en patience, je regarde de plus près, tiens des grecs, vu le dessin ils n’ont pas l’air d’être portés vers la mythologie, enfin faisons confiance un peuple qui engendré des zigues de la taille d’un Aristote ou d’un Cavafy ne peut pas être entièrement mauvais. J’ai donc cliqué, et je ne le regrette pas.

    J’ai remonté tout l’Instagram de Mariano Piccinetti, l’est argentin, aurais-je été distrait je n’y ai pas trouvé la couve du disque, ce n’est pas le meilleur de ses artworks, vous le comprendrez mieux lorsque vous aurez compris qu’il oppose la bestiole humaine, avec ses us et coutumes modernes, à l’immensité cosmique, et que nous apparaissons en ses œuvres comme un animalcule épisodique… Je m’aperçois qu’il est suivi sur son Instagram par Paige Anderson de Two Runner, que nous suivons depuis plusieurs années, la vie est pleine de connexions surprenantes.

    George Papakwastas : vocals, guitar, Farsifa / Manos K : bass / Argyris Aliprantis : drums, percussions.

    Shiny days : le titre est sorti au mois de juillet 23, la couve n’est pas créditée, elle pourrait être de Mariano Piccinetti, ces personnages en suspension sur les aiguilles de hautes montagnes sont bien dans son style, avec peut-être un petit clin d’œil avec Le voyageur de Gaspar David Friedrich : je ne connais pas les débuts du rock grec, ceux qui auront un peu planché sur la couverture auront reconnu un album de surf, mais il ne me semble pas inspiré par Dick Dale et consorts made in USA, semble plutôt avoir pris pour modèle les premiers groupes de rock instrumental français, voir nos chronics sur les Vautours, les Fantômes et les Fingers, leurs disques seraient-ils parvenus en Grèce ou fait des émules, en tout cas c’est le même son, pas très épais, un peu aigre mais porteur d’une terrible nostalgie… laissez-vous emporter par les premières notes, ricochets d’une belle guitare, une rythmique qui ose pointer à plusieurs reprises le bout de son nez par la portière, cerise sur le gâteau un vocal qui ne dépare en rien l’ensemble, alors que chez les groupes français… Oui mais George chante en anglais. Certes il triche mais il sort gagnant, personne ne lui en veut. Andalucia : quand vous avez une arène en Espagne vous y poussez un taureau, dans les instrumentaux on ne peut pas faire le coup de la vache folle à tous les coups mais une belle espagnolade aux relents de fandango emporte toujours les faveurs du public. Guitare banderille et batterie estocadante, le taureau est envoyé ad patres en deux minutes. Trop vite fait, mais extrêmement bien fait. Run n’ hide : groovy groovy, la basse se régale, la batterie bat de l’amble et la guitare se fait légère comme une brise d’été, le chanteur chante, on n’écoute pas ce qu’il dit, on s’en fout, sa voix nous accompagnera jusqu’au coucher du soleil. Saw you in my dream : cette guitare en chevauchée western nous emporterait jusqu’au bout de la nuit, devrait se taire, il la voit dans ses rêves, l’en fait tout un fromage, m’étonnerait qu’elle cède, en plus il n’arrête pas, enfin si, mais il tient à terminer. Entre nous soit dit le morceau aurait été meilleur en instrumental. My babe’s gone : évidemment elle est partie, la déception a du bon, z’attaquent plus fort, et nous font de ces floutés soniques dont on se souviendra toute la semaine. Pour un peu il se prendrait pour Robert Plant, heureusement que la musique vous balaie le chagrin comme le vent l’écume sur la mer.  Scorching sun : soleil brûlant et combo vent en poupe, pas de problème, personne ne pousse la roucoulante, l’on bondit au sommet des vagues et l’on chevauche les abîmes. Que voudriez-vous de plus. Les chevaux de Neptune sont nos amis. Fata Morgana : le morceau le plus long, ils s’appliquent, tiennent la cadence, cette fille est une fée, sont sages mais ils tiennent à se faire remarquer, la guitare tire la langue d’une façon impertinente, le batteur tient le bon bout, en fait ils veulent s’en débarrasser alors ils s’éloignent sur la pointe des pieds. Bien joué ! Not your type : basse grondante, tout ce que l’on peut faire avec des cordes ils vous l’offrent, du coup George y va mezzo voce, l’a raison mais les autres ne l’entendent pas ainsi joignent leurs organes au sien, ouf ils n’insistent pas, ils ont un si beau son quand ils se taisent. Ils ont compris, sur la fin ils montrent tout ce qu’ils savent faire. Guitar radiation : avec un tel titre vous avez intérêt à assurer. Comme des bêtes. Ce qu’ils font.  Rien à redire, si ce n’est que l’ensemble les dix titres auraient dû être des instrumentaux. Connaissent beaucoup plus de plans qu’ils ne croient eux-mêmes. Techniquement le titre le plus au top. Un régal. Back again : ne lâchent pas le morceau, un petit côté Apache mais pour que l’on ne confonde pas, George se met à chanter et vous change la physionomie de l’objet, vous le fait un peu à l’anglaise, se débrouille même bien, un peu pop, mais brillant.

             Extrêmement agréable à écouter. A réécouter aussi. Le disque n’a pas plus d’une semaine et déjà l’on attend le suivant.

     

    *

    Dans notre livraison 615 du 12 / 10 / 2023 nous nous penchions sur les premières vidéos de trois jeunes filles présentées comme des figures montantes du country, The Castellows, nous les avons suivies depuis leur enfance et les avons quittées sur leur départ pour Nashville nous doutant bien qu’elles ne laisseraient pas insensible le monde musical de cette cité reine de la country.

    Ce 10 novembre l’officialisation de la signature des Castellows avec le label Warner Music Nashville / Warner Records n’a surpris personne. Dans les heures qui ont suivi deux premiers clips officiels n’ont pas tardé à être mis en ligne sur toutes les chaînes de streaming.

    Cette première vidéo étonnera ceux qui ont regardé et écouté les Silo Sessions. Certes l’on retrouve Eleanor Balkcom à la guitare, Lilian au chant et Powell au banjo. Elles ne sont plus seules : Andy Leftwich, fiddle and mandolin, les accompagne. Jerry Mc Pherson est à la guitare électrique, Jimmy Roe aux drums, Steve Macky tient la basse.

    Le morceau est co-signé par les trois sœurs mais le nom d’une quatrième personne apparaît : Hillary Lindsay. Pas tout à fait n’importe qui, depuis vingt ans ses compositions se retrouvent systématiquement en tête des hit-parades country. 

    Les Silo Sessions étaient un peu spartiates, trois jeunes filles assises jouant et chantant en acoustique. Certains reprocheront la monotonie de cette mise en scène, seront-ils pour autant ravis par ce clip qui rappelle un peu trop l’esthétique tik-tokienne…

    N0. 7 ROAD

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             Certes l’on reconnaît les Caslellows, le vocal si particulier de Lily et le fredonnement de leur chant, l’accompagnement entraînant sait se faire discret quand elles chantent pour revenir au galop dans les passages musicaux. Visuellement on se croirait devant un décor peint de théâtre poético-réaliste tel que l’on en présentait au dix-neuvième siècle, une route agreste bordée d’arbres, c’est beau vous avez envie de vous y promener, nos trois adorables princesses s’amusent comme des petites folles, elles courent, elles bondissent, elles dansent, elles rient, une fois par-ci, une fois par-là, si l’on suit les lyrics, l’on peut affirmer qu’elles ont la nostalgie joyeuse…

             Quand l’on regarde le nombre de vues, l’on se dit que le produit Castellows manufacturé par l’industrie de l’entertainement nashvillien est des plus efficaces. 

             Oui, mais voilà il y a la deuxième vidéo, dix fois moins prisées que la précédente puisqu’elle ne bénéficie que de 21 000 vues. L’on y retrouve la même distribution mais ce coup-ci Andy Leftwich est au banjo, Steve Mackey au fiddle, Jerry Mc Pherson a laissé sa guitare électrique à Eleanor et se charge de la basse, en plus de la batterie Jimmy Roe rejoint Eleanor et Powel aux backin vocals. Changements typiques de la dextérité instrumentale des musiciens country.

    Il ne s’agit pas d’une reprise de l’Hurricane de Dylan mais d’une composition de Tom Shuyler + Keith Stegal, + Stewart Harris qui fut créée en 1980 par le chanteur Leon Everret et repris par beaucoup d’autres. You Tube en propose toute une gamme d’interprétations, associées à des images chocs accompagnés de phrasés mélodramatiques… qui portent un peu à rire. Même si l’on a encore le souvenir de l’ouragan Katrina de 2005 qui dévasta la Nouvelle Orleans.

    HURRICANE

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             D’une esthétique totalement différente de NO. 7 Road. Un fond rouge froissé uniforme sur lequel viennent s’incruster en blanc les vues mouvantes des Castellows en train de chanter. On a envie d’écrire qu’elles ne chantent pas qu’elles susurrent, ce qui est faux, mais la rythmique lenteur de l’accompagnement infuse cette impression d’inéluctabilité menaçante, d’une catastrophe imminente, on reste suspendu aux paroles qui s’inscrivent sur l’arrière-fond du rideau cramoisi, les gouttes de pluie du banjo, les plaintes du violon, le suintement percussif créent une ambiance délétère angoissante. La voix de Lily vous entraîne jusqu’au bout de la nuit de l’intranquillité  humaine assumée.

             Une réussite exceptionnelle. Agit sur vous comme l’inoculation d’un poison mortel dont vous ne pouvez vous passer.  Une espèce de tragédie antique dans lesquelles trois sybilles d’Apollon, aux lèvres de de pierre froide et ardente dévoilent ce que nous ne devrions pas savoir.

    ATHENS GA ENTERTAIMENT MUSIC

    6 / 10 / 2023

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             Non, les Castellows n’ont pas encore atteint une renommée internationale qui leur permettrait une tournée européenne. Nous ne sommes pas au bas des pentes de l’Acropole, seulement en Georgie, séparée de la Russie, mais en l’Etat américain de Georgie dont elles sont originaires. Les voici toutes trois sur le devant de la scène, au centre Lily arbore un chapeau de cowboy et une tunique aux couleurs du drapeau américain, leurs longues et fines jambes enserrées en le bleu soutenu d’un jeans.  Derrière les gars sont habillés d’un similaire grimpant, c’est le moment de mesurer si la voix somme toute fluette de Lily peut surmonter la puissance sonore d’un combo, violon, guitare, basse, batterie. Vous trouverez facilement l’ensemble du concert filmé et édité par Gregory Frederik, nous commentons seulement, la vidéo finale, notamment parce que l’on y retrouve Hurricane, c’est exactement la même voix mais les guys derrière devraient jouer un bémol au-dessous, il est nécessaire de se focaliser sur le chant si l’on ne veut pas perdre la magie qui vous saisit à l’écoute de la vidéo précédente… Terminent par une reprise sur un tempo rapide de House of the rising sun, à la fin de laquelle elles offrent aux garçons l’occasion de démontrer leur virtuosité. Sur l’ensemble du concert, elles s’en tirent assez bien, il est indéniable qu’il y a encore des détails à revoir, mais l’on sent qu’elles sont à l’aise et qu’elles apprennent vite.

             La chro était terminée depuis deux jours que viennent d’être annoncées les premières dates d’une première tournée : vingt dates entre février et avril 2024, la machine se met en route.

    Damie Chad.

     

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    Nous avons déjà présenté à plusieurs reprises des traductions françaises de textes théoriques et magickes d’Aleister Crowley opérées par Philippe Pissier. Par exemple dans notre livraison 592 du 16 / 03 / 2023 une Anthologie Introductive à l’œuvre d’Aleister Crowley qui parmi différents types d’œuvres en prose, proposait quelques Poèmes érotiques de la Grande et sommitale bête britannique.     

    En sa jeunesse Crowley a débuté par l’écriture de plusieurs recueils de poésie. Phillipe Pissier vient de traduire en notre langue l’un d’entre eux en intégralité. Qu’il en soi remercié.

             Ceux qui ne comprendraient pas pourquoi en notre blogue rock nous nous obstinons à chroniquer les livres de Crowley au dos de la couverture sont cités pas moins de treize (serait-ce l’arcane tarotique majeur) groupes et personnalités irrémédiablement constitutifs de la culture rock.

    NUEES SANS EAU

    ALEISTER CROWLEY

    Traduction de Philippe Pissier

    Préface de Tobias Churton

    Illustrations d’Anja Bajuk

    HEXEN PRESS / 2023

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             Magnifique couverture, reproduction du peintre Howard Pyle ( 1853 – 1911), illustrateur de livres pour la jeunesse, cette période de l’existence où tous les potentialités de la vie sont ouvertes, mais aussi créateur d’une série de toiles ultra-romantiques entachées d’un absolu pessimisme dont cette Sirène qui nous conte et exalte l’impossibilité néantifère de la réalisation amoureuse entre deux êtres. Notons que Nuées sans eau est paru en 1909. Le choix de cette couverture n’est pas uniquement guidé par des appréciations strictement esthétiques, il témoigne aussi, que l’éditeur en soit remercié, de la recherche d’une concomitance de sensibilité imaginative et réflexive entre des artistes ayant vécu dans de mêmes latitudes temporelles.

             Crowley ne revendique pas son livre, il s’agirait d’un manuscrit anonyme présenté par le Révérend C. Verey pour mettre en garde les âmes pieuses qui abandonneraient la foi transmise par leurs aïeux. Le moindre écart de conduite les mènerait à la mort et à la damnation éternelle… Crowley s’amuse et se moque, il n’en oublie pas pour autant les mésaventures survenues à Oscar Wilde. 

             Le manuscrit est dédié par son auteur présumé inconnu à Marguerite Porete (1215 -1310) béguine mystique qui finit par être brûlée vive (quelques jours après les templiers) pour son livre : Le Miroir des Âmes Simples, qui demeurent en vouloir et en désir de Dieu, il sentait d’après moi un peu trop le gnosticisme, est-ce un hasard si le dédicataire ‘’ inconnu’’ dédie non pas son ouvrage mais son contenu défini comme le ‘’ compte-rendu de nos amours’’ …

             Le livre est divisé en huit chants composés de quatorze quatorzains, à l’exception d’un seul qui en offre quinze, précédés d’un Treizain qui vient après un ensemble de cinq quintils. Ce n’est pas un texte facile – à intensité égale la poésie de langue anglaise est davantage close sur elle-même que la nôtre. La savante préface de Tobias Churton tente de l’éclairer en braquant sur lui les projecteurs de l’existence Crowleyienne et les influences littéraires. Notamment celle d’Axel magnifique pièce de théâtre de Villiers de l’Isle Adam, dans laquelle entrés en possession d’un immense trésor deux amants préfèrent se donner la mort que de survivre au rêve de l’absolu de leur rencontre zénithale destinée à être jour après jour grignotée par l’usure du temps. Notre préfacier ne l’évoque pas mais en plus de la lecture d’Axel que j’ai si ignoblement résumé, le lecteur aura intérêt à se pencher sur le poème Le phénix et la colombe de Shakespeare que Crowley ne pouvait ignorer.

             Les quintils jouent aux quatre coins, les dieux, le rire, l’amour, la mort. Autrement dit l’étrange quadrilatère du rapport de l’expérience de la vie avec l’idée de l’immortalité. Suit une espèce de sixième quintil de quelques mots, un semblant de formule rituellique magique et phonétique, dont la visée n’est autre pour le poëte que d’entamer sous des auspices favorables son voyage de poésie. Le treizain rebat en quelque sorte les dés. Averti par la préface, le lecteur remarquera l’acrostiche de Katlheen Bruce qui désigne une des maîtresses de Crowley, lors de leurs ébats érotiques elle lui infligea le cruel refus de se donner entièrement à lui. Faut-il, maintenant que les choses se sont déroulées ainsi, en rire ou n’en pas pleurer…

             Chaque chant possède sa propre figure. Le premier porte le masque de L’Augure : la prédiction est nette et sans bavure. La chose la plus heureuse qui pourra arriver à nos amants sera la mort. Les Dieux et les Puissances ne sauraient proposer meilleure solution. Attention, se donner la mort est une insulte à l’immortalité des Dieux, l’apparition ici de l’arrière-fond chrétien de l’éducation puritaine reçue par Crowley refait surface, nous touchons à la la psyché métabolique de Crowley qui sans cesse invoque les Dieux pour retrouver une présence unitaire. L’Alchimiste : ici, même lorsque les Dieux nous rappellent notre honteuse et prochaine fin, les contraires s’annulent la vierge peut se donner à son amant, le chant deux est celui de l’ivresse physique de la donation et de la possession, à leurs lèvres les amants boivent le vin de la volupté, mais cette ivresse charnelle n’est-elle pas semblable à celle de la poésie. Le processus alchimique est une chose, mais l’alchimiste est tout aussi important, malgré toutes les pâmoisons s’il y a poésie et poëte, reste-t-il une place pour l’amante… L’Ermite : d’ailleurs elle n’est plus là, us et coutumes sociales les voici séparés, ils ne sont pas morts ensemble et la vie les a disjoints, toute cette absence, toute cette incomplétude, comme par hasard évocation blasphématoire des fêtes chrétiennes… la voix du poëte s’élève jusqu’au rire des Dieux. Le Thaumaturge : le miracle du retour, faut-il pour cela en appeler au Seigneur de la Bible, il est vrai que l’amour vient et s’en va comme Dieu se rapproche et s’écarte, de quoi perdre confiance et de ne plus croire en lui, le concile d’amour se mue en monologue sarcastique, l’incroyant se retrouve seul, ne lui reste que le souvenir de la foi des ardences perdues, les retrouvailles seront désormais intermittentes, miracle de la sagesse de l’acceptation. La messe noire : l’œuvre au noir de l’amour, l’instant où la femme se révèle succube, le désir atteint son paroxysme de dévoration, de destruction de l’un par l’autre, de l’autre selon l’un, une grande violence, viol consenti de l’intégrité de soi-même à l’autre-même, se déposséder de la possession par la possessivité de l’autre, l’amour entre masochisme et sadisme pour sa plus grande exultation, l’impie est impitoyable, l’impie est im-pitoyable, après la monstruosité de l’exaltation, viennent les brises du repos des chairs alanguies et brisées. De l’esprit reposé. L’Adepte : tout se passe dans la tête, autant dire dans la solitude du solipsisme, je suis l’unique, j’englobe le tout et le rien, l’être et le néant, l’immortalité et la mort, je suis Dieu et faiblesse humaine de toi, si je te veux égale à moi tu es déesse, mais peut-être te préfèrerais-je prêtresse de mon culte, nous serions alors  séparés, dans tous les cas l’union de nos solitudes se résoudra dans la mort. Est-ce parce que ce chant pourrait être qualifié d’Egyptien qu’il possède une strophe de plus que les autres ou seulement parce que nous sommes au sommet de l’acmé solitaire de l’amant et du poëte. Tout n’est-il pas déjà écrit, le dernier vers n’est-il pas ‘’ Donne-mou ta bouche, ta bouche, et mourons !’  Ce n’est plus une prophétie mais un ordre en quel sens est-il inclus dans l’ordre du monde. Qui n’est que l’autre face du désastre du monde. Le Vampire : si je suis le seul Dieu quel but donner à ma flèche, tu n’es plus, tu n’es rien, mais comme je suis aussi le rien  tu es le vampire qui vient sucer le sang de mon désir, si Dieu est tout, vers quoi, vers qui étendra-t-il son amour, sur qui pourrais-je tirer sinon sur moi-même, le Dieu de la Bible n’a-t-il pas eu besoin d’un peuple pour lui manifester son amour, le poëte a besoin de lecteurs, lorsque le mirage du théâtre se termine, Shakespeare ne s’en remet-il pas au  public pour être ce qu’il est. Désillusion cosmique est aussi désillusion comique. L’initiation : il faut savoir être logique, les dieux comme les hommes sont mortels, il ne nous reste plus qu’à parfaire notre nature, qu’elle soit divine ou humaine en la mort, du même coup nous nous séparerons de cette commune humanité qui pleurniche devant l’inévitable, qui préfère décliner que regarder le soleil noir de la mort, face à face, afin d’accomplir par ce geste la seule survivance qui nous soit accessible. Les amants qui sont morts ne peuvent plus mourir. L’acte est significatif, non pas pour les autres, mais en lui-même. Endormons-nous pour ne plus jamais nous réveiller. Mais les Dieux dorment-ils du même sommeil que les hommes…

             J’ai juste résumé l’architecture conceptuelle de recueil. Nous ne sommes pas ici dans un blogue consacré à la littérature, toutefois nous attirons l’attention sur ce fait étrange : chaque chant - nous ne dénions pas à ce recueil l’adjectivation d’épique même si le héros ne combat que ses propres faiblesses, que lui-même – peut être lu en tant que récit avec un début et une fin, plus le rejet d’une suite au chant suivant… Il est une autre manière de le lire : chacune des strophes qui forme à elle seule un poème hermétiquement refermé sur lui-même peut aussi être considérée comme la répétition de la strophe précédente. Nous en tirerons deux conclusions : oui elles sont dissemblables,, mais le retour du même n’est pas le même. Mais retour.

             Deuxième conclusion, il reste donc les entailles des huit chants qui correspondent à huit moments différents. Huit points de vue d’un rituel magique en train de se dérouler point par point. Le lecteur aura intérêt à se pencher sur la structure de L’anneau et le Livre de Robert Browning.  Il y est bien question de mort, celle de l’infortunée Pompilia et celle d’Elizabeth Barret Browning. A l’époque où Aleister Crowley rédige et compose Nuées sans eau, Marcel Proust se débat avec la mise en place de la structure de La Recherche du Temps Perdu… Proust, grand admirateur de L’Anneau et le Livre de Browning.

             Croiriez-vous en avoir fini ? Non une seconde lecture s’avère nécessaire. Quinze collages d’Anja Bajuk parsèment le volume, ils n’ont pas été réalisés pour illustrer le recueil Nuées sans eau, pensez-vous que les couleurs qu’employa Gustave Moreau pour ses tableaux aient été créées à l’origine pour ses toiles !

             A l’origine ces collages ont été conçus pour rendre hommage à la figure de Diana Orlow ( 1971 – 1997 ) qui traduisit pour la première fois Le Livre de la Loi de Crowley en langue polonaise. Lilith von Sirius nom de guerre charnelle et spirituelle de Diana Orlow

             Ce sont des images, des lames à s’enfoncer dans le dos. L’art du collage est un art de grande précision, au travers de débris l’on se représente soi-même ou plutôt la vision que nous avons de tel ou tel concept. De concept agissant. Rien à voir avec une idée morte ou une nature morte. Il s’agit de recomposer à partir de mor(t)ceaux éparpillés, tel le cadavre de Dionysos, le vivant afin de le modeler, nous irons jusqu’à dire modeler le regard de celui qui regarde. De là surgissent les archétypes originels que l’on veut potentialiser ou détruire. Ces collages d’Anja Bajuk sont à regarder comme les scènes d’un opéra statique et silencieux – ce n’est pas pour rien qu’Anja Bajuck est une spécialiste des musiques extrêmes, le silence ne contient-il pas l’ensemble des bruits de l’univers portés à leurs paroxysmes, un peu à l’image des papiers déchirés d’Anja Bajuk qui ouvrent une porte sur l’effroyable beauté souveraine et souterraine du monde. Autrement dit de la femme sphinge et de l’homme singe.

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             Ces images sont comme le levain qui fait lever la pâte. Attention, prenez garde, ce livre est opératoire.

    Damie Chad.

             Ce livre est dédié à Olivier Cabière, éditeur du recueil d’Aleister Crowley Rodin in Rime (2018) traduit par Philippe Pissier.