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johnny hallyday

  • CHRONIQUES DE POURPRE 243 : KR'TNT ! 363 : CHUCK PROPHET / PATTY VAREN / SISTER MOON /KIRIN DOSHA / JAY JAXSON / BLACK PEARL / / FOUR ACES / JOHNNY HALLYDAY

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 363

    A ROCKLIT PRODUCTION

    LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

    01 / 03 / 2018

    CHUCK PROPHET / PATTY VAREN

    SISTER MOON / KIRIN DOSHA / JAY JAXSON

    BLACK PEARL / FOUR ACES / JOHNNY HALLYDAY

     Prophet en son pays - Part Two

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    Green On Red s’arrêta en 1987. Chuck Prophet allait ensuite entamer une carrière solo absolument passionnante, pour le seul bonheur de nos chères petites oreilles.

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    Baptême de l’air en 1990 avec Brother Aldo. Chuck Prophet s’impose aussitôt, comme le ferait une star. Il en a le physique et le talent. Il place dans «Rage And Storm» un solo d’une conception architecturale originale et nous régale d’une embellie finale. Tout sur ce disque est infiniment supérieur à la moyenne. Avec «Scarecrow», il tape dans une ambiance à la Lanegan. S’il réhausse ce festival hallucinant, c’est bien sûr avec solo d’un classicisme échevelé - son clair et paquets de notes clairvoyantes - Il fait la moitié du morceau en roue libre. La fière allure et la hauteur de vue pourraient bien être les deux mamelles du Prophet. Il chante le morceau titre à la Lou Reed, très laid-back. À l’instar d’André Malraux, Chuck Prophet pourrait déclarer : «Le classicisme sera brillant ou ne sera pas.» Et il n’en finit plus de placer d’élégants solos qu’il dote d’un son clair comme de l’eau de roche. Sa copine Stephanie Finch double sa voix sur la plupart des morceaux. Il aménage dans «Stop Right This Way» de jolies montées vers les cieux éternels et nous sertit ça d’un solo d’une extrême rareté. L’album est si bon que tous les morceaux finissent par sonner comme des classiques et notamment «Face To The Wall», avec un ring that bell qui évoque Chuck, mais l’autre, le grand, le Berry. Si vous cherchez un guitariste prophétique, il est là. C’est Chuck Prophet. Il tape aussi dans la country avec «Tune Of An Evening». Il y saccade ses admirables passations de pouvoir.

    Brother Aldo en traumatisa plus d’un. Le jeu allait donc consister à guetter la parution de chaque nouvel du Prophet.

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    Paru en 1993, Balinese Dancer est un album beaucoup moins dense que son prédécesseur. «Savannah» sonne comme le werewolf of London. Chuck Prophet cajunise subtilement son morceau titre en lui shootant une belle dose d’accordéon. Il nous claque des accords beaux comme des dieux dans «One Last Dance» et nous plonge dans une espèce de romantisme fin de siècle - Of course I am - très sophistiqué. Avec «Angel», il emmène la Stonesy très loin au large et ça donne un cut éclatant de vérité. Il saupoudre sa voix gerbeuse d’une belle pincée d’accordéon et tire une fois de plus l’ensemble vers les ineffables régions de l’expertise sensorielle.

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    Et crac, Feast Of Hearts sort deux ans plus tard. Sur la pochette, Chuck Prophet rivalise de classe Wizard avec Todd ‘A true Star’ Rundgren. Voilà ce qu’il faut bien appeler un album d’anthologie. Lorsqu’il chante «What It Takes», Chuck Prophet dispose d’assez de souffle et d’ampleur pour rivaliser avec Bob Dylan. Il profite d’«Hungry Town» pour non seulement nous régaler du meilleur boogie-rock d’Amérique, mais aussi pour défenestrer son solo. S’il allume un brasier, c’est bien sûr avec une classe qui coupe le souffle. Il a cette désinvolture propre aux seigneurs qui s’ignorent. Et il balance un solo sur le tard, comme ça, sans prévenir. Quelle débine ! Il faut aussi le voir riffer «Break The Seal» à l’anglaise. C’est de la Stonesy à l’état pur - Oh I like to be moved/ And I love to sway/ And watch as the morning/ Turns into day (Oh, j’adore les sensations fortes, j’adore tanguer et voir le jour se lever) - Il gère ça en bon maître de céans, wow ! - Break the seal of the bottle - S’ensuit une fin de morceau aventureuse, percluse d’accordéon et vibrillonnée par une basse démente. Ah, il faut le voir pour le croire. Il revient au Very Big Atmospherix avec «Too Tired To Come» - You conquered my resistance/ I’m too tired to come (Tu m’as épuisé, je suis trop fatigué pour jouir) - Il élève un pont princier et fait monter la sauce. Comme Jackie Lomax, Chuck Prophet tape dans le trop haut de gamme. «Once Removed» nous cueille au menton et nous plonge une fois de plus dans la meilleure Stonesy. Il suit ses mots à la guitare. Épique, furieux, affluant, terrible et perspicace, il fait claquer toutes ses notes, il y croit dur comme fer et se rapproche de Big Star. Encore plus stupéfiant : «Oh Mary» qu’il attaque d’une voix de super star. Écrasant de classe. Son style romantique relève du génie pur - Oh Mary can I give you what you need ? (Puis-je te donner ce dont tu as besoin ?) - Qui penserait à formuler les choses ainsi ? Personne à part Chuck Prophet. On nage dans l’eau bleue d’un mythe rock - Something about you baby has got me hypnotized (Il y a quelque chose en toi qui m’a hypnotisé) - Il déroule à l’infini la pureté de ses intentions - I wanna kiss your mouth until the world is gone (Je voudrais te prendre la bouche jusqu’à la fin du monde) - Et sa musique sert un texte digne des géants de la prose. Comme Mark Lanegan, Chuck Prophet entre doucement dans la peau d’une rock star littéraire.

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    C’est en tremblant qu’on sort deux ans plus tard Homemade Blood de sa pochette. Et pouf, il part en mode Stonesy avec «Credit». Il aimerait bien aller passer un petit week-end à Paris mais on lui a bloqué son compte - They cut me off/ I want some CREDIT ! - Funny et grandiose, avec les chœurs de Stephanie Finch. Il revient au velouté de rêve avec «You Been Gone». Il chante d’une vraie voix, profonde et irisée, ambrée et chaude. Il continue de proposer des atmosphères solidement instrumentalisées et pimentées d’élégants petits chops de guitare. Il attaque «Inside Track» à la manière de Lou Reed et crée vite fait un univers complet dans lequel rien ne manque - Call it what you want to/ It makes perfect sense to me ! - Et ainsi de suite, tout au long de cet album une fois de plus flamboyant. Il whawhate son «22 Fillmore» de façon spectaculaire - Go on take a picture/ Take the whole fucking roll ! - Il finit par nous soûler avec son classicisme hennissant et son port altier de haut rang séculaire. Il tape aussi dans un joyeux son type Pogues avec «Whole Lot More». Il chante ça d’une vraie voix. Il méduse tout le monde avec ce coup-là. Il enfile les hits comme des perles. À part écouter, tout ce qu’on peut faire c’est regarder les hits s’enfiler. Spectacle d’autant plus intéressant qu’il n’est plus si courant. Fabuleux morceau que ce «Textbook Case» - He was a textbook case/ But he couldn’t read at all - Il enroule ça au chant, fait bien monter la sauce sur une énorme bassline, nous riffe ça sec et derrière, ça fait des ye-oooh ! - He was a textbook case/ There was no doctor in the house/ When his aunt said leave/ He quit as quiet as a mouse/ He robbed from the poor/ He gave to himself/ Looked in the glass/ And raised a toast to his health (C’était un cas classique, il n’y avait pas de médecin dans le coin. Quand sa tante lui a dit de se tirer, il a filé aussi discrètement qu’une souris. Il a volé les pauvres. Il s’est rendu à la police, il s’est regardé dans la glace et a levé son verre à sa santé) - Chuck Prophet rocke la littérature et rolle la prosodie. Dans «Til You Came Along», il redonne une petite leçon de puissance festive puis - ah-ahhh - il balance un solo liquide d’antho à Toto.

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    Deux ans plus tard, on repère The Hurting Business. On le sort du bac d’une main moite et tremblante. Sur la pochette, Chuck Prophet porte un seyant costume à carreaux et ressemble au plus cool des playboys. Il chante «Apology» d’une voix fatiguée, très laid-back et s’en prend à El Vez : si Elvis était là, il ferait payer ce sucker. Il tatapoume ensuite «Diamond Jim» à outrance et livre une belle carcasse de rock fumant. C’est en réalité un fantastique hommage à Jim Morrison. Chuck Prophet apporte son écot au moulin rouge de la postérité. Il chante «It Won’t Be Long» d’une voix lente bien intentionnée et enchaîne avec «Lucky» - Who’s gonna get lucky - Cette énorme pièce grise par son extravagance poppy mais elle a des reins d’acier. Monstrueux : il n’existe pas d’autre mot pour qualifier «I Couldn’t Be Happier». C’est monstrueux à tous les niveaux : couplets rimés et refrain honky-tonk. Chuck Prophet nous en fait voir des vertes et des pas mûres. Dans «Dyin’ All Young», il va même chercher le blues rap élégant à la Boz Scaggs.

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    Au fil du temps, notre héros semble conserver toute sa fraîcheur de ton et toute son aisance. Il sort en 2002 No Other Love, un album une fois de plus riche en rebondissements. Il alterne les heavy blues et les balladifs superbes. Il revient à son admiration pour Bob Dylan avec «Run Primo Run». Édifiant. Beau beat. Chuck Prophet sait asséner des couplets fatals avec la gestuelle dylanesque. On se dit : quel puissant seigneur... Dans «Storm Across The Sea», il raconte qu’il vit avec une folle - Hear me laughing with nothing up my sleeve - Il fait monter une sauce terrible dans «No Other Love». Voilà un nouveau coup de génie : «Elouise», fabuleux track-back monté sur une diction du diable - Take off thoses glasses girl/ I wanna feel your pain (Enlève tes lunettes, je veux te voir souffrir) - C’est une véritable énormité cavalante. Il y balance un killer solo flash de trois secondes. Sa fabuleuse énergie revient au grand galop dans cet élégant mid-tempo intitulé «That’s How Much I Need Your Love» - If I was a Cadillac/ You’de be my drivin’ wheel - Et il nous wha-whate un solo de deux secondes. Signé non pas Furax, mais Prophet. Puis il nous fait le plus beau des cadeaux avec un hymne à l’été : «Summertime Thing». Franchement, c’est digne du «Summer Nights» d’Allen Toussaint. Il y raconte une histoire de voisinage - Put the Beach Boys wanna hear Help Me Rhonda/ Roll Down the sides we’ll drive to the Delta, yeah ! - Pur moment de magie. Chuck Prophet ne vous lâchera jamais la grappe.

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    Age Of Miracles paraît en 2004. Rebelote. Il ouvre son bal du samedi soir avec un heavy blues nommé «Automatic Blues». Chuck Prophet traumatise ses power chords. Un invité de marque sur cet album : Eric Drew Feldman, vieux crabe du Magic Band, période Doc At The Radar Station. Drew joue du moog. Il règne sur ce morceau une ambiance mastodontique digne de «Cold Turkey», avec un riff arraché. Chuck Prophet renoue avec la classe céleste en attaquant «Just To See You Smile». Ce cut paraît aussi immense que l’océan - Ah baby just to see you smile - On assiste à une explosion de joie électrique portée par un chant éclatant et secoué d’énergie carbonique. Avec Mark Lanegan, Chuck Prophet est sans doute le dernier grand chanteur américain vivant. On passe ensuite à une autre merveille qui s’appelle «West Memphis Moon». Notre héros envoie sa bordée en fin de premier couplet et secoue son vibrato au moment du break. Voilà encore un rock bien charpenté chanté à la revoyure. Jerry Flowers joue de la basse et Drew du moog. On se retrouve face à une énormité stupéfiante. Stephanie Finch revient au micro dans «You’ve Got Me When You Want Me». Cette jolie pièce ruisselle littéralement d’inspiration. Madame la basse porte bien le heavy rock de «Pin A Rose On Me» et on tombe ensuite sur un stomp ahurissant, «Heavy Duty», doté encore une fois d’un texte sublime - If you want to be a better cook/ But you better be careful with the stuff/ You better be careful with this stuff - S’ensuit une montée fatale qu’il sabre d’un solo clair à la Big Star. Là, on s’enfuit dans la rue, hagard. On croise une connaissance :

    — Que vous arrive-t-il, vous n’avez pas l’air bien...

    — Ah mais si, tout va bien, seulement je viens d’écouter une terrible chanson...

    — C’est une chanson qui vous met dans un état pareil ?

    — Elle s’appelle «Heavy Duty» !

    — Oh, je comprends... Et comment s’appelle le chanteur ?

    — Chuck Prophet !

    — Chuck qui ?

    — Excusez-moi, je dois rentrer chez moi, il ne fait pas chaud !

    Notons qu’à la fin d’Age Of Miracles, Chuck Prophet rend hommage à Keef avec un bel exercice de style intitulé «Solid Gold». Il joue les accords de «You Got The Silver» (qu’on trouve sur Let It Bleed), fait entrer les nappes de violons circulaires de «Walk On The Wild Side» et couaque un énorme solo. Voilà comment le dandy Chuck salue ses héros.

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    Soap And Water ? Nouveau coup de Trafalgar. L’un des pires disques de l’histoire du rock, n’ayons pas peur des grands mots. Un disque dont il faudrait graver le titre dans les falaises de marbre. Un disque qu’on peut écouter à jeun ou pété, ça ne change pas grand chose. Démarrage en trombe avec «Freckie Song», shoot de belle pop drumbeatée à gogo. Il chante toujours ses formules fatales - I just can’t stand myself - d’une voix profonde et chaude et passe des solos d’un classicisme écœurant. Il lâche un couplet dément sur Elvis dans «Would You Love Me». On pourrait qualifier ça de balladif déroutant ou encore de belle claquouille chaperonnée. Final surnaturel. Alors franchement, que demande le peuple ? «Soap And Water» est un joli boogie à l’anglaise - Hot legs cold cash - Même si c’est cousu de fil blanc, Chuck Prophet pompe le dard du mythe, il captive en permanence - Sand mellow/ Oscar Wilde/ Blood Pudding/ Pink ties/ Sweet nothing/ Bitter tears/ Cracked Lips/ Bathroom mirrors - Il riffe «Small Town Girl» sur sa Telecaster et sa copine Stephanie Finch reprend la flambeau. Ce morceau est absolument dément de laid-back. C’est un défi aux dieux de la classe. Attention à ce truc qui s’appelle «A Woman’s Voice» : c’est un blues de juke. Chuck Prophet gratte dans un coin, il est rôti, il passe des notes vaseuses, il emprunte un tempo à Muddy - You start out down the middle - et les violons de Walk reviennent doucement, par petites nappes insignifiantes. Soudain, ça bascule dans le trash du blues électrique perdu sans collier. Stupéfiant ! On le sait, le passe-temps favori du Prophet, c’est d’effarer le petit peuple. On ne répétera jamais assez : ce mec est brillant. Il fait partie des très grands artistes américains qu’il faut suivre à la trace. «A Woman’s Voice» sonne comme une pure giclée de génie - Oh ! Sweet darling !/ Yes a woman’s voice can drug you - Il y bat tous les records d’élégance catchy. Avec sa grosse intro rattrapée à la course, «I Can Feel Your Heartbeat» nous emmène directement au paradis. Ce mec est beaucoup trop fort. On devrait se méfier. Comme le disait Javert à Robert Macaire, les gens brillants peuvent mettre la société en danger. «Naked Ray» rivalise de beauté pure avec le «Pale Blue Eyes» du Velvet. Même niveau d’élévation byzantine et d’inspiration pulsative. Il sort sa voix de Willy the Pimp pour chanter «Downtime». «Happy Ending» referme la marche et cet enfoiré nous démarre un stomp en plein balladif. Il passe du fabuleux à l’étourdissant - It’s too late in the game to start again - Il fait des Ah ! et des Aw ! écœurants de classe déterminante et il finit en déchirant le ciel pour libérer tous les démons de l’apocalypse. C’mon ! Qualifier ça de dément serait livrer un pâle reflet de la réalité objective.

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    Sort en 2012 Temple Beautiful, un nouvel album aventureux. Chuck Prophet affirme toujours plus sa stature de dandy américain - c’est vrai que ces deux mots ne se marient guère, mais on fera une exception pour ce Prophet en son pays. «Castro Halloween» relève du pur dandysme à la Kinks, des petits guitar licks filent dans l’azur d’une pop à la MGMT et comme on s’y attend, Chuck Prophet place un solo d’une incomparable limpidité. Il faut voir comme il embarque son monde. On parle ici de majesté. Le morceau titre se veut beaucoup plus musclé. Roy Loney vient y chanter des chœurs très perchés. Chuck Prophet sait choisir ses amis : près Drew et Dickinson, voilà qu’il fricote avec LE chanteur des Groovies. C’est une façon comme une autre d’alimenter la mythologie du rock américain. Comme Mark E. Smith à Manchester, Chuck Prophet ne s’intéresse qu’aux vrais artistes. Il reprend son rôle de séducteur pour chanter «Museum Of Broken Hearts» et nous refait le coup du hit fatal avec «Willie Mays Is Up At Bat», une histoire de virée nocturne alcoolisée - It’s three on two out under the lights/ Nobody knows who’ll make it home tonight - refrain magistral et bardé de chœurs chancelants. Si tu essaies de trouver ça ailleurs, tu risques de devoir chercher longtemps. Un tel dandysme ne court pas les rues, sauf en Angleterre. Syd Barrett, Kevin Ayers, Peter Perrett ou encore Viv Stanshall ont su cultiver l’héritage de George Brummel. Mais aux États-Unis, c’est plus difficile. Chuck Prophet reste dans le balladif soigné avec «The Left Hand Is The Right Hand». Il nous livre là une nouvelle pièce incroyablement inspirée, tant dans la diction que dans le jeu de guitare. Il profite de «Who Shot John» pour faire l’hendrixien. Il nous chante ça d’un ton ferme, on ne saura jamais qui a tué John, mais on s’en fout, parce qu’il joue comme un dieu.

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    Et puis voilà que paraît Let Freedom Ring qu’il enregistre à Mexico. Il se fait photographier en compagnie d’affiches cruelles. On voit par exemple l’aigle fondre sur le lièvre. Au dos de la pochette, dans un petit texte élégant, Chuck Prophet nous souhaite à tous de prendre autant de plaisir à l’écoute qu’il en a eu à enregistrer cet album. Ça part avec «Sonny Liston’s Blues» qui sonne comme un hit des Doors. Il y place l’un de ces solos en perdition dont il a le secret. Vous aimez le country-rock ? Alors «What Can A Mother Do ?» vous plaira. C’est en effet l’une de ces belles pièces désabusées et violonnées, d’une rare élégance et dignes de Gram Parsons. Puis il revient au riff sec et sauvage avec un «Where The Hell Is Henry» particulièrement morbide. Henry a disparu. Retour à la Stonesy avec le morceau titre, et solo de bottleneck sur deux notes. On a là une compo dépenaillée d’une redoutable efficacité et si profondément américaine, au sens où l’entendent les Drive-By Truckers - Let there be darkness/ Let there be light/ As the hawk criplples the dove (ici, l’aigle chope la colombe) - d’où l’affiche cruelle. Le morceau suivant qui s’appelle «You And Me Baby (Holding On)» devrait se retrouver en tête de tous les charts, ne serait-ce que pour la qualité du couplet - I went to see the doctor/ He said you should be dead/ I said I was doc but now I’m back/ I’m holding on/ yes I am ! (J’ai été voir le médecin qui m’a dit que je devrais être mort, j’ai dit que je l’avais été, mais que j’étais revenu et que je m’accrochais) - Pur panache ! Autre morceau spectaculaire : «American Boy». Nouveau shoot de Stonesy. Chuck Prophet fréquente les bars américains et en ramène des couplets rockants - In the Georgetown bars/ With the prozac kids/ And the Oliver Stones/ And the tabloid smiles - En B, on tombe sur un nouveau balladif inspiré, «Barely Exist» - When you barely exist/ Who’s gonna miss you when you’re gone ? (Quand vous existez à peine, vous manquerez à qui en mourant ?) - C’est une fois de plus très proche de ce que fit Dylan à une époque. Dans «Good Time Crowd», Chuck Prophet se moque des gens qui prennent du bon temps en tirant des coups de flingue dans le plafond, qui vont balancer des motos volées du haut des falaises, ou qui vous envoient des cartes postales de Crète. Il a raison. En plus, ça lui donne une superbe matière pour ses couplets. Il boucle sa puissante affaire avec un rock hautement atmosphérique : «Leave The Window Open». Il réussit à nous bricoler une montée sur des explosions d’accords. Mais ce n’est pas tout ! Il grimpe aussi dans les octaves au moment où il demande à l’autre d’ouvrir la fenêtre. Et là, on ne sait plus quoi dire.

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    Night Surfer ? Arrrghhhhh quel album ! Et dire que dans la presse musicale, des gens se plaignent qu’il ne se passe plus rien ! Il revient à sa chère Stonesy avec «Countryfied Inner City Technological Man». Il nous amène directement à l’effarance des niveaux supérieurs. Quelle énergie ! Ça sonne comme «Live With Me», rien de moins - Give me a holler cause we never close Oh - Oui, crie un coup, mon gars et pendant ce temps Prairie Prince bat le beurre. Et avec «Wish Me Luck», il ouvre les fenêtres et respire l’air à pleins poumons - And I shout look out all you losers/ here I come ! - Il envoie ça avec un fantastique allant décadent. Chez lui, les mélodies et les textes sont d’un niveau tellement soigné qu’il est recommandé de ne pas en perdre une seule miette. On monte encore d’un cran dans la stupéfaction avec «Guilty As A Saint» - My face a little longer, my mind on repeeeeeat - Ce mec ne finira plus de capter l’attention. Il passe au stade de la fantastique élévation avec «They Don’t Know About Me And You». Il y retrouve le chemin du pur génie. On a là du Prophet de la rock-song d’ambition démesurée - Oh baby come on you could be my savior - Encore de l’élan avec «Lonely Desolation» - Come on that’s gonna be hard to arrange - Il lâche ça avec une vieille rage dylanesque. On passe à «Laughing On The Inside» et l’incroyable de la chose, c’est que ça continue de monter en qualité - When you took off your dress/ I couldn’t believe my good fortune - C’est grandiose et élégant à la fois. Tout est absolument superbe sur cet album. Nouveau coup de Jarnac en B avec «Ford Econoline» et ce refrain dément - She pulled over said climb on in/ I did what she said/ She turned the music up real loud - Le problème, c’est qu’ils écoutent Talking Heads dans la bagnole, mais ce n’est pas grave, seule compte la classe mortelle de Chuck Prophet. Ça stompe sec et il balance cette métaphore lugubre de fin de cut - All these memories like dirty plates/ Stacked up in the sink of time - Oui, ces souvenirs qui ressemblent à des assiettes sales entassées dans l’évier du temps. Il revient ensuite à la Stonesy avec «Felony Glamour» et enchaîne avec une fabuleuse leçon de diction, «Tell Me Anything (Turn To Gold)». Il sort des syllabes pour les tordre délicieusement. Il retrouve l’art perdu de Bob Dylan. Il reste dans cette belle veine dylanesque pour «Truth Will Out (Ballad of Melissa And Remy)» qu’il chante à la notule gourmande. Et il finit avec une sorte de glam riffé comme «The Jean Genie». Non seulement c’est l’un des albums de l’île déserte, mais on pourrait aussi très bien apprendre les paroles de certaines chansons par cœur, comme on le faisait jadis avec «Lost In Mobile With The Memphis Blues Again» ou «All Along The Watchtower».

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    En ce qui concerne Chuck Prophet, il n’existe pas beaucoup de littérature. Aussi faut-il en profiter quand on tombe sur un article qui lui est consacré. Surtout s’il paraît dans Vive le Rock qui reste le plus sérieux des canards britanniques. Joe Whyte démarre son article ainsi : Si vous ne savez pas qui est Chuck Prophet, VRL seriously recommands you find out.

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    L’article salue la parution du nouvel album du Prophet, Bobby Fuller Died For Your Sins - Absolute corker, affirme Whyte. Il fait un petit retour en arrière pour rappeler que Green On Red fut le greatest bar band d’Amérique, avec des racines dans Dylan, the 70’s Stones, Gram Parsons et le punk rock des Dead Kennedys qui les mit en route. Il rappelle aussi que Chuck Prophet fit le session-man pour pas mal de gens intéressants : Warren Zevon, Lucinda Williams, Aimee Mann et Alejandro Escovedo.

    Pour qualifier son nouvel album, Chuck Prophet parle de California Noir, the dark underbelly of the Golden State - Doomed love, inconsolable loneliness, fast-paced violence - et il cite Jim Thompson - There’s a million ways to tell a story, but there is only one story to tell - Things are never what they seem - Oui, le choses ne sont jamais celles qu’on croit. Il évoque aussi The Mission Express, son touring-band dans lequel sa femme Stephanie joue des claviers. Pour Chuck, prendre la route après le parcours du combattant que constitue l’enregistrement d’un album, c’est un peu comme prendre des vacances. Joe Whyte trouve que l’album est très Americana and roots rock, à quoi Chuck répond : Sure, it’s all in there, I guess. American rock’n’roll, a little folky, a little greasy. It’s psychedelic ballroom rock’n’roll with a nod to Dylan, The Byrds, The Groovies and Motown, the British Invasion and Bobby Fuller. Chuck dit que pendant l’enregistrement de l’album, le fantôme de Bobby Fuller se penchait par dessus son épaule pour voir ce qu’il écrivait et pour lui rappeler qu’on pouvait faire énormément de choses avec trois accords.

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    Il brosse ensuite un portrait épatant du pauvre Bobby retrouvé mort dans sa bagnole. Dans les années cinquante, ce clone de Buddy Holly avait le plus grand teen dance band d’El Paso. Il enregistrait ses disques chez lui, dans le salon de ses parents. Quand il débarqua à Los Angeles, il se sentit complètement largué : les gens écoutaient les Beatles et portaient des Beatles boots. Il n’avait que 23 ans quand on le retrouva mort dans sa bagnole, avec du pétrole dans les poumons. Suicide ou exécution ? Personne ne sait. Pour Chuck, Bobby is the ultimate rock’n’roll Babylon feel-bad story. Et il ajoute que le mystère de sa mort veut rester un mystère. Il rend aussi hommage à sa hometown, San Francisco. Selon lui, chacun s’y rend à la poursuite d’un rêve - San Francisco is where I invented myself, it has been my education, in the arts and culture, politics and the sexes - Chuck rend aussi des hommages appuyés à Townes Van Zandt, aux Drive-By Truckers et quand Joe Whyte évoque la fameuse rumeur d’un Prophet pressenti à une époque pour jouer dans les Stones, il la chasse d’un geste de la main, comme si c’était une mouche : The Rolling Stones seem like pretty cool guys to me.

    On ne trouve pas moins de quatre coups de génie sur Bobby Fuller Died For Your Sins. À commencer par «Coming Out In Code», pure littérature - Like a bull in a China shop/ My heart beats in my chest - Un hit de plus, Chuck ! - They call me Willie Wonka Boys/ You tell me what it means - Il faut voir avec quelle bravado il lâche ses répliques. Chuck Prophet est le Pierre Brasseur des Enfants Perdus de la Garance. Encore du génie à l’état le plus pur avec «Jesus Was A Social Drinker» qui ouvre le bal de la B - He never drank alone - Forcément et le refrain tombe du ciel - So tell me where it hurts/ And I’ll tell what to feel - Okay, comme dirait Mick Farren, yes I will et il passe un solo arizonien d’une beauté surnaturelle. Les hits de Chuck Prophet sont en fait des historiettes mirobolantes. Encore un coup de bambou avec «Post War Cinematic Dead Man Blues» - I got the post war cinematic dead man blues - Forcément, avec ce côté dylanesque, ça sonne comme un hit planétaire, car en plus, ça chevauche aux clap-hands et ça pulse aux chœurs de ouh-ouh-ouh. Et comme si ça ne suffisait pas, il passe un solo flash fourvoyé. Encore une merveille avec «If I Was Connie Britton» - Man I tell you what to do/ I’d brush my hair every morning/ On the weekend too - Pure boogie motion - Leathers pants in the summertime/ Hot pants in the cold - Tout est taillé sur mesure, dans ce disque épouvantablement bon. Il dédie «In The Mausoleum» à Alan Vega et reprend le beat de Jukebox Baby sur sa guitare. Il fait bien son Vega et shoote au passage une jolie dose de sauvagerie. L’autre hommage qu’il rend est celui du morceau titre, c’est-à-dire à Bobby Fuller - Cruising through El Paso/ Carrying a heavy load - Il rend aussi un dernier hommage à Bowie dans «Bad Year For Rock’n’Roll». Il sort encore une fois sa fantastique élégance de mid-tempo catégoriel. Il prend «Your Skin» au fin garage US infesté de fuzz. Son garage se fête comme le retour du héros. Chuck Prophet passe des solos si délicats et tellement intrinsèques qu’il ne reste plus qu’à se pâmer. Et puis, il ne faut surtout pas oublier d’écouter «Killing Machine», car il entre dans les stores avec un gun, alors ça ne rigole plus.

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    Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule : la parution du nouvel album s’accompagne d’une tournée mondiale et voilà Chuck Prophet & The Mission Express sur scène à la Boule Noire. C’est inespéré ! Il surgit sur scène ultra athlétique, frais comme un gardon, jumping all over, il faut le voir pour le croire. Voilà un homme ravi de jouer. Il n’en finit plus d’exprimer son bonheur. Pour être tout à fait franc, on s’attendait à une prestation moins extravertie. Dans l’inconscient collectif, Chuck Prophet est un dandy, pas un zébulon qui saute partout. En outre, il commet sans doute une petite faute de goût en portant ces horribles chaussures montantes à guêtres, mais son enthousiasme l’emporte et devient vite communicatif.

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    Bien sûr, il voit lui aussi que la salle est loin d’être pleine, mais il met les bouchées doubles. Il prend soin de présenter tous ses cuts, rappelle que cette année fut a Bad Year For Rock’n’Roll : Bowie, Alan Vega sont morts, et ajoute-t-il, democracy in the USA ! Il reviendra saluer Alan Vega et illustrer mythe du cut monté sur un accord en jouant le Jukebox Baby d’«In The Mausoleum». Il salue aussi Jesus avec l’effarant «Jesus Was A Social Drinker» et n’en finit plus de passer des solos surnaturels qu’on ne trouve pas sur les albums.

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    Il tâte même du twin guitar attack à la Gorham/Robertson avec son guitariste James DePrato. Lorsqu’il revient pour le rappel, il commence par raconter une histoire : en plein mouvement punk, lui et ses copains ados déboulèrent dans un club de San Francisco pour voir jouer des groupes. Il se souvient des horribles Mentals. Puis un groupe de chevelus s’installa sur scène et la salle se vida. Sauf Chuck. Le son des chevelus lui plaisait. Il raconte qu’il vissa littéralement son regard dans celui du guitariste. Et là, il commence à gratter les accords d’intro de «Shake Some Action». Chuck Prophet évoquait les Groovies et il leur rend un hommage flamboyant.

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    Bien sûr, il réapparaît après la fin du set pour signer quelques autographes. Il porte un chapeau de dandy à plumeau et un T-shirt. Il déambule nonchalamment dans la salle et échange quelques mots ici et là. Ce mec tient plus de l’écrivain que de la rock star, on sent qu’il adore le contact. Il va naturellement vers les gens.

    — Thank you for the Dickinson days, Chuck !

    — Oh, it was just perfect.

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    Signé : Cazengler, prophêtard

     

    Chuck Prophet. La Boule Noire. Paris XVIIIe. 21 novembre 2017

    Chuck Prophet. Brother Aldo. Fire records 1990

    Chuck Prophet. Balinese Dancer. China Records 1993

    Chuck Prophet. Feast Of Hearts. China Records 1995

    Chuck Prophet. Homemade Blood. Cooking Vinyl Records 1997

    Chuck Prophet. The Hurting Business. Cooking Vinyl 1999

    Chuck Prophet. No Other Love. New West Records 2002

    Chuck Prophet. Age Of Miracles. New West records 2004

    Chuck Prophet. Soap And Water. Yep Roc Records 2007

    Chuck Prophet. Temple Beautiful. Yep Roc Records 2012

    Chuck Prophet. Let Freedom Ring. Yep Roc Records 2013

    Chuck Prophet. Night Surfer. Yep Rock Records 2014

    Chuck Prophet. Bobby Fuller Died For Your Sins. Yep Rock Records 2017

    Joe Whyte : Heavy Duty. Vive le Rock #44

     

    JOUARRE / 24 – 02 – 2018

    LOCAL SIGVALD'S MC SEINE & MARNE

    PATTY VAREN

    40 BIRTHDAY PARTY

    PATTY VAREN + GUESTS

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    Patty Varen fête son anniversaire. Quarante printemps. Les Rolling Stones ont beau nous avoir appris que le time était on our side, ce n'est jamais marrant de voir les jours filer, alors le mieux est encore d'inviter les amis et de montrer que l'on est encore vivant pour faire la nique au destin et arborer la vie, voiles déployées et pavillon haut.

    Les Sigvald's sont les pros de l'accueil chaleureux et cordial. Du monde partout, dehors, dedans, dans le hall, autour du camion à pizza, sur les banquettes, auprès du bar, beaucoup d'enfants occupés à des pliages, un maximum de bikers représentatifs de tous les moto-clubs des environs, les supporters attitrés des bands, de simples amateurs de rock'n'roll, bref le local est comme un verre de jack rempli à ras-bord, qui déborde de gaieté et de bonne humeur.

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    Vaudrait mieux ne pas parler de la scène. Un entassement innombrable de guitares, d'étuis hétéroclites et d'entrelacs tubulaires, un entrepôt d'usine, un capharnaüm sans nom, dans lequel les musicos s'essaient à retrouver leur matos... c'est que la soirée est spéciale, pas une queue-leu-leu de groupes en brochettes, Patty Varen en superstar, avec ses boyz, et une phalange d'amis et d'amies qui vont venir jouer quelques morceaux, sans compter les incessantes permutations de personnel. Pas tout à fait un concert, une soirée spéciale, une rencontre, des découvertes, beaucoup d'éclats de rire et d'amitiés, chacune des prestations comme un cadeau offert, à Patty, et par Patty, à tous ceux qui sont venus, partager cette festivité rock !

    PATTY VAREN

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    ( Photo : Didier Cattieuw )

    Yeux pétillants, cheveux blonds mi-longs, micro en main, tout sourire, échancrure qui dévoile la naissance des seins, aussi sereine que Jean Bart s'apprêtant à mener, sus à l'anglois, son équipage corsaire à l'abordage, véritable maîtresse de cérémonie, rameute ses boyz comme des enfants en retard, gentiment mais avec ce zeste invisible d'autorité naturelle qui fait toute la différence. Vient du Nord comme elle s'en vantera, mais ne le perdra pas de la toute la soirée. De toutes les manières quand elle sourit, vous ne pouvez qu'acquiescer à ses moindres demandes.

    AND HIS GUYZ

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    Sont quatre. Deux guitares, basse, batterie. Un peu mous du genou sur les trois premiers morceaux, question de réglage, c'est Boris de Kirin Dosha appelé à la batterie pour un morceau qui accomplit la soudure nécessaire. Vous black oute l'énergie en moins de trente secondes. Quand il sera parti, l'osmose se fera et la fête commencera. Deux guitaristes, Bruno le grooveur, une facilité déconcertante pour balancer le riff, Eryck spécialiste des sonorités craquelantes, surtout au moment où on ne l'attend pas. A la batterie Phil joue le rôle de l'homme orchestre, donne de l'ampleur au son, repousse les cloisons, distribue du champ et c'est cet espace qu'Alex inonde de la profondeur de sa basse. Jouent un style que j'appelle du hard mélodique, une musique qui demande énormément de puissance sonore, qui ne déploie parfaitement sa majesté que dans des salles bien plus spacieuses que le local des Sigvald's. S'en tirent bien, l'équilibre de leur jeu pallie ce manque d'étendue volumique. Et puis il y a Patty. Pose sa voix crescendo, rien ne la rebute, passe les obstacles comme si de rien n'était. Monte haut sans jamais se perdre et dérailler dans les aigus, les garz la suivent et la soutiennent, n'oublient pas d'en rajouter, s'amusent entre eux tout en restant à ses petits soins. Patty les soude et les emmène où elle veut, mais voici qu'elle laisse la place à :

    SISTER MOON

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    Z'ont gardé Phil à la batterie. Mano, guitare en main, se plante au micro et c'est parti pour trois – uniquement trois ! - morceaux. Ne mettent pas de temps à faire chauffer la colle. Mano apostrophe l'assistance- Hey ! Hey ! Hey ! - desserre la clef à molette et c'est parti pour le rock and roll. L'a fallu un peu de temps pour installer le synthé sur l'estrade, mais on ne regrette pas, un sauvage dessus, s'appelle Rit, joue comme s'il était en rut, une gueule de caraque ébouriffée, l'a les cheveux pétardés qui partent dans tous les sens, un look à la Mink de Ville, vous martyrise une touche, une seule, juste pour que vous sentiez que votre cerveau en frétille d'angoisse, plus tard prendra son harmonica à s'en démantibuler les gencives, à la basse R-One vous pousse des flots noirs aussi impétueux que le Rhône à la fonte des neiges, Mano aboie et vous galope de ces riffs à la vitesse d'un troupeau d'antilopes. Sister Moon vous file un shoot d'adrénaline à structures zépliniennes qui vous expédie dans la lune en dix minutes. C'est là que vous vous apercevez que, contrairement à ce que soutiennent les scientifiques, les fameux cratères sont en éruption continue. Personne n'a envie de redescendre. Hélas, trois morceaux !

    KIRIN DOSHA

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    Eux aussi sont soumis à la loi d'airain de l'infernale trinité. L'on se dit qu'avec le coup de speed asséné par Sister Moon ils n'ont pas intérêt à compter les moutons. Boris Massonnier nous rassure tout de suite. L'a préalablement scalpé la batterie de la moitié de ses toms. N'a gardé que l'essentiel : la force de frappe. Un plaisir de le regarder, l'a les bras qui bougent comme ceux d'une danseuse étoile, z'avez l'impression d'un tutu qui virevolte en apesanteur. A toute vitesse. Ce qui est surprenant parce que Kirin Dosha ne produit pas un rock'n'roll des plus rapides. Sont beaucoup plus complexes et subtils que cela. Ne cherchent pas à faire la course en tête. Possèdent un chanteur, Laurent Baup, une voix particulière, une tessiture inaccoutumée qui induit une musicalité différente. Dès qu'il ouvre la bouche, vous avez l'impression d'une chrysalide qui libère un papillon. Mikko Anquetil à la guitare et Kevin Corrie à la basse, sont comme plaqués aux nuances colorées de ses ailes chatoyantes qui prennent leur envol. Et décrivent d'étranges arabesques. Esquissent des structures inacooutumées, dessinent un monde inhabituel que vous aimeriez visiter un peu plus longtemps, mais, sont déjà en train de remballer le matos. Dura lex, sed lex.

    PATTY

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    Patty Raven et ses boyz ont repris la piste. Mine de rien le répertoire change, davantage appuyé, l'on quitte le hard technicolor pour des morceaux plus rythmés et incisifs. Patty encore plus à l'aise, captivant l'auditoire par cette espèce de désinvolture de ces grandes dames des salons du dix-neuvième siècle qui monopolisaient par leur parole ailée l'attention de tous les beaux esprits, mais sachant mettre en valeur et prêter main-forte aux nouveaux venus. Nous présente – étaient présents dans son premier groupe à son arrivée à Paris - Chouchou – batteur gaucher de son état, ce qui nécessite une inversion des fûts - et Valérie, de noir vêtue, style mystérieuse égérie, irradiant de cette fausse élégance discrète qui attire les regards... Toutes deux nous interprètent un titre de Noir Désir, obscur à souhait, tandis que Chouchou fait preuve d'une frappe franche et sans défaut qui accentue la pointe de perversité du vocal partagé.

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    JAY JAXSON

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    ( Photo : Didier Cattieuw )

    Patty appelle Jay Jaxson. Pour un duo. Dos à dos. La blonde et la brune. Jay pétille de joie et de simplicité. De ces filles que l'on ne peut s'empêcher de trouver sympathiques avant même qu'elles aient ouvert la bouche. Oui mais dès qu'elle ouvre, vous filez tout doux et vous vous précipitez droit sur l'évier pour faire la vaisselle, une voix de rock et de braise, parfaite pour la ballade à grand spectacle qu'elles nous offrent et Patty qui lui donne la réplique sans effort. Un grand moment. Cherche à s'éclipser, mais non, reste seule avec – ce doit être Bruno, mais ma mémoire fatiguée ne peut l'affirmer, à l'acoustique – et c'est parti pour un blues enlevé à la coyote, rythmique répétitive précédée d'une foudre d'harmonica aux piquants de porc-épic soufflée par Jay avant qu'elle n'enchaîne, un vocal aussi cinglant que des coups de fouets. Suivront deux morceaux, Jay toute seule, s'accompagnant à la guitare, deux brûlures au fer rouge, appliquées avec un savoir-faire de bourreau cruel, d'ailleurs elle s'échappe en éclatant de rire, nous laissant sur notre faim, dans notre incomplétude. Une révélation, qui nous vient d'Australie, en Europe depuis quelques années... La grande classe. La grande claque.

    BLACK PEARL

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    ( Photo : Black Pearl )

    Black Pearl - Rock Covers Band, l'autre groupe de Patty, l'en manque un, le batteur, no problem, ce n'est pas ce qui manque et la fête continue, à fond les ballons, de Born To Be wild de Steppenwolf à Highway to Hell d'AC / DC, du gros rouge classique qui tâche et qui ramone sérieusement, et Patty qui mène le bal des ardences... attention, gâteau d'anniversaire, bougies soufflées, applaudissements, bises spéciales aux Sigvald's qui ont agencé la fête et Patty demande si elle peut encore se permettre un petit morceau avec ses perles noires qui ont déjà ceint leurs guitares. Permission accordée, après tout c'est son anniversaire !

    Damie Chad.

    ( Sauf indications contraires, photos : FB : Sigvald's MC Seine et Marne )

     

    WONDERLAND / KIRIN DOSHA

    Laurent Baup : lead vocals, guitars / Mikko Anquetil : lead guitars, vocals / Kevin Corre : bass, keyboards, vocals / Boris Moissonnier : drums.

    Enregistrement, mixage, mastering : Sébastien Langle.

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    Bel artwork by Jo Design. Oeil rouge et cornes noires d'un kirin blanc – espèce de licorne chinoise à écailles dégageant une énergie ( dosha ) bienfaitrice – en lisière de pochette, comme posté à l'orée de notre monde d'une froideur bleutée mortelle. A moins qu'il ne soit au bord de l'univers merveilleux du vide accompli en sa perfection. Pochette ambigüe qui laisse à penser que dans le monde des hommes, celui qui peut se revendiquer d'une nature kirinique est d'une rareté yinique exemplaire. Quoi qu'il en soit, le message induit est à décrypter en tant qu'annonce d'un rock'n'roll qui ne brûle pas ses vaisseaux dans les flammes sans cesse renaissantes de sa propre énergie. Kirin Dosha fait partie – c'est ainsi que je le classe selon mes propres catégories qui ne sont pas celles communément admises - de ces groupes néo-progressifs qui ouvrent le livre mystérieux des légendes prophétiques du présent. Cela peut-être pour noter que le groupe que nous avons vu sur scène à la Patty Varen Party était résolument beaucoup plus primairement rock que celui donné à entendre sur ce CD.

     

    Command and control : tout de suite la différence, l'utilisation dominante des claviers qui classicise la musique. Pas vraiment une symphonisation mais une ampleur sonore quelque peu majestueuse qui donne profondeur et ouvre les perspectives. Ensuite tout repose sur la disjonction de la rythmique et de la voix. La batterie droit devant et le vocal sur une ligne faussement parallèle qui s'écarte insensiblement de cette direction, le reste de l'orchestration ménageant pauses et étapes qui vous envoûtent et vous empêchent de vous apercevoir de cette partition germinative. Evil Twin : la mauvaise part, le reflet de l'unicité qui se donne en tant qu'annihilation de son origine, très belle prestation vocale, barde qui vaticine les grêlons de l'existence, la musique comme fission éruptive et brutale. Surrender : les chants de la déshérence, une longue mélopée interminablement échevelée, jamais finie, toujours reprise, un galop sans fin auquel vous vous abandonnez, emporté, bercé, enlevé, kidnappé, s'entrouvrent les portes d'un ailleurs inconnu, il est trop tard pour reculer, vous n'en avez aucune envie. Sentenza : plus enlevé, dans le vif du sujet, rythmique accélérée, vocal auto-comminatoire, et ces touches cristallines qui laissent présager l'accueil d'un adieu, la voix qui rampe, s'évanouit et enfle comme poche de fiel ou de ciel crevés. Choeurs éloignatifs. Blessed : la voix étirée tel un drame, tout le reste comme accompagnement qui essaie de recouvrir plaintes, paroles et espoirs, plus que le piétinement de la batterie qui s'éteint et qui renaît identique au début du premier morceau. Le cercle se referme sur lui-même de la même manière qu'il s'ouvre...

     

    Kirin Dosha a su créer une atmosphère rockmantique qui n'appartient qu'à eux. Un beau disque pour ceux qui aiment les contes d'orichalque et de licorne unicorne.

    Damie Chad.

     

    WHEN YOU'RE GONE / THE FOUR ACES

    Rock Paradise Records / RPRLP 106

    ( 2012 )

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    Faut farfouiller chez soi. C'est la semaine dernière en cherchant ce que j'avais sur les Four Aces, que je suis tombé sur ce vingt-cinq centimètres tout neuf, encore emballé dans son plastique. Religieusement classé sur l'étagère idoine et oublié là depuis cela doit faire plus de quatre ans. Plus vraiment d'actualité mais le rockabilly étant une musique éternelle, l'on s'en moque. Et puis l'occasion de faire un signe d'adieu aux Four Aces qui ont donné leur dernier concert la semaine dernière ( voir Kr'tnt ! 362 ). Avec en prime quelques photos de cette ultime prestation dues à l'œil aiguisé de Serge Viennet.

    Laurent : vocal & rhythm vocal / Marc : lead guitar / Thierry : upright bass / Carlos : drum.

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    Won't You Stop : voix explosive et la contrebasse qui cliquette comme une crécelle de lépreux. Tout le rockabilly en cette entrée fracassante et toute la suite, la batterie qui grogne en chien méchant qui n'aime pas que l'on s'approche de sa gamelle, un solo de guitare à vous faire tirer dessus par un sniper, pourvu que ça n'arrête pas. Hélas si ! Goin' Strong : pour reprendre aussitôt. Guitare grondante, voix menaçante, batterie hébétante et contrebasse rebondissante. Laurent hausse et ralentit le débit de sa voix comme l'on négocie un virage mortel juste pour que la passagère se serre encore plus près de vous. Chaleur animale. My Baby's Gone : l'a dû avoir trop peur, à la fin de la croisière elle a claqué la portière et s'est tirée de la tire. Pour le blues vous repasserez, juste l'occasion d'être encore plus épileptique que sur les morceaux précédents, les Four Aces quand ça pique ils n'ont pas de coeur. Vous laissent sur le carreau mais c'est beau comme un trèfle à quatre feuilles. Tell Me Baby : avec les filles faut mettre les points sur les I, Marco vous poinçonne le boulot sur sa guitare de main de maître. Quant à Laurent il vous la briffe direct pendant que Thierry et Carlito en rajoutent par derrière. Envoyé de mains de maîtres.

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    I'm Out : atones les Four Aces ? Vous voulez rire, n'ont jamais été aussi in. Un festival instrumental, et Laurent vous remue la salade vocale d'une bien belle manière. When You're Gone : quand la souris est partie, les chats dansent. Pour la dépression, disons que le mental est au plus haut, vous avez Marco qui bouscule les meubles, Laurent qui s'accroche au lustre, Thierry qui tambourine sur la porte et Carlito qui vous siffle les verres de jack à tire larigot. Une espèce de tourbillon à la derviche tourneur, mais frénétique. What Can I Do : l'interrogation métaphysique. Savent très bien ce qu'il y a à faire. Du rockabilly explosif avec des trombes de contrebasse des éclairs de guitare, des hachis de drum et des persillades de vocaux au vitriol.

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    You'll never stop : ces gars-là ne sont pas partis pour s'arrêter, le proclament bien fort, et chacun y va de son bâton de dynamite pour vous en persuader. Y réussissent très bien. Avec une facilité déconcertante. Leaving On My Mind : le côté moqueur rockab, Laurent nasille et les trois autres frétillent du hillbilly, l'on étire le solo de guitare, la upright dodeline de la tête, et Carlito vous sautille le rythme, genre canasson qui clopine pour regagner l'écurie après avoir sailli trois juments dans le pré. Good Show no Go :

    Bon rockab ne saurait mentir, les cats n'engendrent pas des demi-portions, se régalent de jouer les méchants, vous le font à l'intimidation, pour un peu vous auriez peur, mais non sont trop bons pour les coups tordus. Emportent la décision comme le corbeau le fromage. Vous laissent tout penauds quand ils arrêtent les frais ( après avoir été si chauds ! ). Une seule solution remettre le disque !

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    Une petite merveille ce mini trente-trois se révèle être un grand album. Que du rockab, mais jamais d'ennui, vous le déclinent comme les milk-shake, à tous les parfums. A chacun sa saveur. Et vous vous sentez obligé de les goûter tous.

    Damie Chad.

    ( Photos : FB : Serge Viennet )

    JOHNNY HALLYDAY

    Rock & Folk / Hors-Série N° 36 / Janvier 2018

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    Rock & Folk, la revue, n'avait offert que quelques photographies inédites pour rendre hommage à Johnny, dans sa livraison de janvier. Peu, si l'on compare au tsunami de numéros spéciaux consacrés à l'artiste par des canards ( souvent boiteux ) pas spécialement célébrés pour l'intérêt qu'ils portent habituellement à la musique en général, et au rock'n'roll en particulier... On nous avait prévenus, l'on mettrait les petits plats dans les grands un peu plus tard. C'est à la mi-février que le festin a été livré dans les kiosques. Service minimum. Pas de branle-bas généralisé dans la cambuse. L'on n'a désigné qu'un grand-chef. Pas n'importe lequel, le maître-queue spécialiste du old style. Jean-William Thoury. Difficile de trouver mieux. Y a bien dû y avoir une armée de marmitons – les petites cuillères - qui ont disposé les photos sur la maquette et veillé à lisser les titres, mais c'est tout. N'a pas eu le temps de jouer les touristes, Thoury, idem pour les grandes réflexions et les mises en perspectives. L'est parti du principe qu'un chien écrasé n'était qu'un chien écrasé. Tant pis pour ceux qui aimeraient connaître sa race, sa taille, sa couleur, son pédigrée, le nom du conducteur, la marque de la voiture, et qui s'interrogent sur si l'acte était prémédité, intentionnel, la bête est-elle morte sur le coup, a-t-elle souffert, on s'en fout, idem pour le chagrin de la petite fille sur le trottoir devant la marre de sang. Non, les faits bruts, dans leur sécheresse. Un chien écrasé. Point. Passons au suivant.

    Ce qu'il y a du bien avec Hallyday, c'est que les clébards crevés au bord de la route, l'en a laissé des tonnes. Jean-William il écrit un numéro spécial, pas La Recherche du Temps Perdu. Pas une minute à s'attarder. L'a tordu le cou au lyrisme. Style télégraphique. C'est que Johnny, l'a pas roupillé ses journées dans sa chaise-longue à feuilleter des magazines, l'était pas du genre à passer trois jours sur sa pelouse à chercher des trèfles à quatre feuilles. L'a chanté, aimé, baisé, bu, descendu les rivières en radeau, s'est battu, a voyagé un peu partout, tourné des films, fait de la moto et du théâtre, disputé des rallyes automobiles, donné des concerts, enregistré des disques, vaudrait mieux lister tout ce à quoi il n'a pas touché, ce serait moins long. Jugez-en par vous-mêmes, tout compris, textes, photographies, gros titres, Jean-William Toury est arrivé à remplir cent pages. Gros boulot. Belle compilation.

    N'empêche que l'on reste sur sa faim. On attendait au minimum une beau cuissot d'éléphant, un pantagruélique plat de résistance, sept ou huit desserts plus les îles flottantes et leurs océans de crème au beurre, et l'on n'a eu à becqueter que les petits fours de l'apéro. En gros, expression mal venue, l'on a eu la madeleine, mais les rallonges de Proust elles sont restées dans l'encrier.

    Pourtant ce ne sont pas les facettes qui manquent, Johnny vous pouvez l'aborder par tous les côtés... l'on dirait que Rock & Folk a évité les sujets qui fâchent. Les faits, rien que les faits, permettent de ne pas prendre position. Prudence avant tout ! Surtout ne pas décevoir une partie de nos lecteurs, difficile d'établir un consensus entre les fans inconditionnels de Johnny et ceux qui ne le calculent même pas. Adoration ou mépris, ne pas choisir. L'on eût aimé autre chose. D'un peu plus rock'n'roll !

    Damie Chad.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 228 : KR'TNT 348 : STOOGES / BARNY & THE RHYTHM ALL STARS / VINCE TAYLOR / FRANCOIS REICHENBACH / JOHNNY HALLYDAY / MOUSTIQUE

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 348

    A ROCKLIT PRODUCTION

    LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

    16 / 11 / 2017

    STOOGES / BARNY & THE RHYTHM ALL STARS

    ROCKABILLY GENERATION / VINCE TAYLOR

    FRANCOIS REICHENBACH / JOHNNY HALLYDAY

    MOUSTIQUE

    Stoog by me - Part Two

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    Allons bon, encore un livre sur les Stooges ! On le sort de l’étagère. Il pèse une tonne, avec de la bonne vieille stoogerie à toutes les pages. On le feuillette et on le repose. On ne regarde même pas le prix. Vu le look du book, il coûte forcément une fortune. C’est vrai, Memphis Soul coûtait aussi une petite fortune, et on ne l’avait pas regretté. Oh et puis fuck it ! Allons fouiner ailleurs. Tiens, par exemple au rayon presse. Ah tous ces magazines de rock qui te tendent les bras en criant : «Prends-moi ! Prends-moi !». Quelle débauche d’images ! On se croirait devant les vitrines du quartier chaud à Amsterdam. On prend vite le large et comme le destin fait bien son boulot, on repasse devant la fameuse étagère, et hop, on met machinalement le grappin sur le book des Stooges, histoire de lester la cale du brigantin.

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    Le book s’appelle Total Chaos. Joli titre. Couverture parfaite. Quand on l’examine, deux choses frappent immédiatement. Un, la photo d’Iggy est à l’envers, le voilà accroché au plafond comme une chauve-souris. Deux, il dégage quelque chose d’à la fois cadavérique et christique. La peau sur les os, la bouche ouverte, un torse qui sort de l’ombre comme s’il ressortait vivant d’une tombe, un collier de chien remplace la couronne d’épines, ceci est mon sang, kiss my blood, par le sacrifice de mon corps, je rachète cash tous vos péchés, ceci est ma dope, I’ve been dirt, mais comme on est à Detroit et non en Palestine, Iggy s’empresse d’ajouter I don’t care, c’est-à-dire qu’il s’accorde un passe-droit, l’accès direct à l’amoralité, l’état de l’homme sans qualité, bien avant Robert Musil et tout le bordel des religions, bien avant que ne plane sur les cervelles en surchauffe l’ombre de Mircea Eliade, et on se prend à rêver d’une église moderne, avec ce livre posé debout sur l’autel et l’immense foule du dimanche matin qui psalmodierait «No fun, my babe no fun», à la suite de quoi le prêtre lancerait d’une voix forte et douce : «No fun to be alone», alors la foule répondrait «Walking all by myself», et le prêtre lèverait les bras au ciel puis il relancerait la ferveur des fidèles en clamant une nouvelle fois «No fun to be alone», et bien sûr, la foule ferait trembler les colonnes de la nef en tonnant «In love with nobody else !».

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    Dans sa préface, Jeff Gold nous explique qu’il a rassemblé 100 docs des Stooges et qu’il est allé voir Iggy chez lui à Miami. Car à la différence des autres livres consacrés aux Stooges, c’est Iggy qui mène le bal de celui-ci, et comme il fait partie des hommes les plus intelligents de cette terre, on entre un peu dans ce livre comme Fernandel dans la Caverne d’Ali-Baba. C’est bardé de citations de choc. Iggy s’exprime comme un messie : «Je ne voulais pas faire un break total avec la musique d’alors, je ne voulais pas me faire passer pour un musicien, je voulais seulement faire quelque chose de complètement nouveau. Comment ? The answer is it was done with drugs, attitude, youth, and a record collection.» On a là une définition parfaite du rock qu’on aime bien.

    On passe les épisodes Iguanas et Prime Movers qu’Iggy drum drum boy commente dans le détail - il se montre effarant de précision - et on finit par tomber sur la genèse des Stooges. Iggy raconte que Scott Asheton le harcelait pour qu’il lui apprenne à jouer de la batterie - He was just a beautiful kid who looked athletic and would stare at me and say ‘Would you teach me to play some drums ?’ - Iggy va répéter chez les frères Asheton. Il doit commencer par les réveiller, car ils ne se lèvent pas de bonne heure, puis il leur fait fumer un joint, car les frères Asheton ne répètent pas s’ils ne sont pas stoned. Alors voilà les early Stooges : Ron (bass), Scott (drums) et Iggy (keyboard). Ça donne Iggy + Ron the weird guy + Scott de stoned punk - That’s very accurate - Et puis Iggy comprend que Ron doit jouer de la guitare, et non de la basse. Et tout part de là, pendant une répète informelle - Ron jouait un riff hendrixien, bam bam, baa, de, doot-doot, daa, de, doot-doot, doo, exactly how it went - et Iggy se met à danser comme un Chiricahua, à faire le con. Le plus tordant de cette histoire, c’est la remarque de John Cale qui produit leur premier album. Il lance à Iggy : «They don’t play good unless you jump around», alors Iggy saute partout dans le studio pendant que les trois autres Stooges enregistrent les cuts de leur premier album. Iggy fait les voix dans un deuxième temps. Ça s’appelle la naissance d’un mythe. Dans une histoire comme celle des Stooges, le moindre détail revêt une importance considérable.

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    Les Stooges ? Au tout début, Ron n’y croit pas trop. Quant à Scott, il ne dit rien. Ni oui, ni non - He was always ready to drum if you could get him out of bed - Par contre, Iggy n’en finit plus d’y croire - We can do this ! - Il devient la loco des Stooges. Et paf ça part ! On tombe soudain sur une photo des Stooges dressés dans un champ de maïs. Double page. Direct en pleine poire. Iggy commente l’image en disant que les Stooges ressemblent à Nirvana, sauf que c’est en 1968, it’s the whole ethic, and not just the clothes but the whole attitude you know ? And the music - the music, the Asheton brothers - those two wonderful people lived their whole lives in a trance - Iggy fait l’apologie de la transe, bande-son de l’amoralité.

    Il brosse un stupéfiant portrait de Dave Alexander, ce petit mec qui souffre de problèmes de peau, qui boit parce qu’il n’arrive pas à baiser une seule gonzesse à cause de sa mauvaise peau, un petit mec qui adore Love, alors que Ron ne jure que par Jimi Hendrix et les Pretty Things - You could really hear that in the bass playing on Raw Power - Iggy ajoute que John Stax did wonderful walking bass lines. Iggy leur fait aussi écouter le Velvet, évidemment. Ils adorent aussi Stones, bien sûr. Plus tard, Scott ira plus sur Funkadelic, des blacks qui sont aussi à Detroit, ils les connaissent bien. De son côté, Iggy raffole de Jim Morrison et des Doors, et du MC5. Mais surtout de James Brown : il entend un jour «Papa’s Got A Brand New Bag» à la radio - Holy shit what the fuck is this ? - c’est ce qu’il veut faire dans Fun House - A little bit urban blues but a lot of James Brown in there - Et quand Iggy voit Jim Morrison faire n’importe quoi sur scène and still look great doing it, il comprend que ce type de bordel est à sa portée.

    Toutes les légendes se construisent à partir de menues broutilles, que ce soit en Palestine ou a Detroit, et les concours de circonstances historico-sociologiques font le reste du boulot. Tu marches dans le désert et tu wanna be your dog, tu marches sur l’eau et tu call mom on the telephone, tu reviens d’entre les morts et tu don’t care, tu portes le poids du monde et tu gonna have a real cool time, tout est dans tout, rien n’est dans rien, ainsi va cette vie dont nous ne savons finalement pas grand chose et qui va s’achever avant même que nous ayons compris quoi que ce soit. À peine le temps de danser le jerk des Stooges, et on replonge dans le néant dont on vient.

    Pourvu qu’on ait le temps de finir la lecture de ce livre palpitant ! On a beau connaître l’histoire par cœur, on s’y replonge, car Iggy parle et son timbre résonne. On l’a souvent dit ici et là, c’est le meilleur pote qu’on ait jamais eu, le seul en qui on peut avoir une totale confiance. Pas besoin de l’avoir rencontré. Sa seule présence suffit. Pourvu qu’il tienne encore un peu. On se souvient du départ de Gainsbarre. Celui d’Iggy serait encore plus douloureux.

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    Voilà que les Stooges entrent dans le godlike corporate world du show-business : Danny Fields les repère et les recommande à Jac Holzman d’Elektra qui se déplace en personne pour venir écouter trois chansons. Tope-là ! Il signe le groupe pour 5.000 $, et profite de son séjour à Detroit pour signer en plus le MC5 (15.000 $). Fabuleuse anecdote d’achats en gros. Sacré Jac, il fait une bonne affaire, à ce prix-là. Iggy trouve Jac intelligent, alors ça se passe bien. Les Stooges ont du blé, ils trouvent une bicoque sur Packard Road et la baptisent The Stooges Manor, ou Fun House, c’est comme on veut. Et paf, Ron comes up with two riffs that you could start staking a career on. I knew that at the time when I heard «Dog» and «Fun» - Oui, c’est Ron qui s’y colle, car Iggy est trop camé. Ron sort les deux riffs clés des Stooges, ceux de Wanna Be Your Dog et No Fun. Tout va ensuite très vite. Les voilà à New York en studio pour enregistrer leur premier album. Iggy profite de l’occasion pour rappeler qu’il règne une ambiance stoogy dans le studio : John Cale porte une cape de Dracula et Nico tricote - And the two of them it was really like the Munsters - Ça ne te rappelle rien ? Oui, c’est la même histoire que celle de l’enregistrement du premier album des Cramps à Memphis, dont se souvient Tav Falco - The Cramps approached studio recording as if it were a wild live show. Their antics in the studio were astonishing (Les Cramps jouaient en studio comme ils jouaient sur scène, avec la même sauvagerie. Les séances d’enregistrement furent spectaculaires) - Iggy précise un point fondamental : on fait un meilleur album avec un producteur qui est une personnalité plutôt qu’avec un technicien. Parmi les applications de ce théorème, on trouve Andy Warhol (Velvet), Nick Lowe (Damned), David Bowie (Lust For Life et The Idiot) et bien sûr Jim Dickinson.

    Alors forcément, quand on traîne du côté de la Palestine, on finit par tomber sur les pharaons. Quand il ne répète pas, Iggy va fouiner dans les livres d’art de la bibliothèque du coin. Le look des pharaons le fascine - The paraohs with no shirts and I thought ‘It just looks so classic !’ - Et pouf, le voilà torse nu sur scène. Il faut savoir se donner les moyens de sa stoogerie. Mais Iggy connaît aussi le Living Theatre, Nam June Park et John Cage, il est loin d’être l’abruti que l’on croit. Il sent germer les idées en lui, il sait qu’il va bientôt marcher sur les mains des fidèles. Ses apôtres Saint-Ron, Saint-Dave et Saint-Scott se gavent de came. Les Stooges écument les États-Unis d’Amérique et dix ans après Elvis, ils rallument tous les brasiers et réinventent le rock.

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    L’histoire s’emballe. Ils enregistrent Fun House à Los Angeles avec Don Galucci, et donc ils tournent, tournent, tournent, ils deviennent énormes - We were shit hot - Iggy prend de tout, coke, speed, LSD, héro - I would use that heroin to calm me down - et il devient accro - I became a complete drug maniac on and off from late 1970 through the end of ‘74 - et quand Saint-Dave commence à merdouiller sur scène, Iggy le vire comme un malpropre. C’est là que l’alchimie des Stooges se casse la gueule dans les escaliers - When you change a thing in a group like that, it destabilizes everything - Joe Strummer disait exactement la même chose après avoir viré Topper Headon. Les Stooges entament leur déclin, alors qu’ils sont partout dans la presse. Iggy tente de colmater les fuites dans la cale, il engage le dark Williamson, ce sale mec qu’on voit dans une spectaculaire photo des Stooges, assis par terre en slibard noir et en bottes. Il est encore plus stoogy qu’Iggy. Il a même une hépatite A - I’m sick man, don’t bother me - Iggy ne l’aime pas, mais Williamson lui montre des riffs, comme celui de «Penetration» - It had this moody violent vibe - Qu’en pense Iggy ? Ça lui va - We have syncopation a la Fun House, but more sophisticated - Iggy tente de sauver les Stooges car il sait qu’il a le meilleur groupe de rock d’Amérique.

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    Alors direction l’Angleterre. Iggy et ce Williamson, un vautour qui déteste tout et tout le monde, Bowie, les Anglais, tout - Is James malovelent ? I think so - Iggy le sait malveillant. Pas d’auditions à Londres comme on l’a raconté partout, à l’époque, Williamson propose d’appeler Saint-Scott. Iggy rétorque : Saint-Scott ne vient pas sans Saint-Ron. Bon alors okay. Oh la belle ambiance ! - Ron hated me and hated James, but not openly. Scott hated James and hated Ron sometimes in like a brotherly way - Et voilà que le street walking cheetah with a heart full of napalm écume Hyde Park, Iggy porte ces silver-leather pants et ce blouson Cheetah acheté au Kensington Market et il marche, marche, marche pour travailler ses idées - So that was the idea and the I’d always liked the song ‘Heart Full Of Soul’ by the Yardbirds - Et il n’en finit plus d’aimer la vie, le lust de la vie - I actually enjoy food, sex, intoxication, travel and freedom - Et tous ses ennuis, ajoute-t-il, viennent justement de ce mighty lust for life - Which is what I sing about - Il fait de cette fantastique amoralité un fonds de commerce, mais attention, c’est un fonds de commerce stoogien, unique au monde. La cohérence de son goût pour l’amoralité peut faire peur, mais il finit par l’imposer, aussi vrai que le diable règne sur cette terre et que les Stooges sonnent comme la plus grande preuve de l’existence d’un dieu des drogues, on appelle ça le Raw Power, et la presse saute dans le train en marche et s’empresse de titrer «Punk messiah of the teenage wasteland», pas mal, n’est-ce pas ? Mais les Stooges vont mourir - too much drugs, the end of it all - avant de renaître glorieusement. Alors, partout dans le monde, les foules vont aller se prosterner aux pieds des Stooges revenus d’entre les morts.

    Signé : Cazengler, Stoobidoo bidoo bidoo ahh

    Jeff Gold. Total Chaos. The Story Of The Stooges/As Told By Iggy Pop. Third Man Books 2016

    Encore une chose : quand on pose la question à Iggy : «Que doit-on retenir de l’histoire des Stooges ?», il répond ceci qui est le mot de la fin : «Well, I think it’s the eyes of a kid looking at the world» (C’est le regard d’un gamin sur le monde). «That’s what I would say. The feel of the group emanates from looking at everything from a childish perspective» (L’essence du groupe émane d’une vision enfantine du monde). «That’s what I would say. There are good things and bad things to come from that.»

    11 / 11 / 2017TROYES

    LE 3 B

    BARNY & THE RHYTHM ALL STARS

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    Paris-Troyes d'une seule traite. J'arrive juste à temps pour la balance de Barny & The Rhythm All Stars. Sont tatillons les gars, ne laissent rien au hasard. Démarrent au quart de tour, splendide sans se forcer, mais chinoisent, coupent les pousses de bambou en quatre comme Lao-Tseu sur le sentier infinitésimal du Tao, apparemment une mesure en rupture de ban dont l'absence ne se profile guère dans mon oreille. Ce qui est marrant c'est qu'ils semblent y prendre un plaisir fou. Ce qui est précis est précieux affirmait Paul Valéry, certes mais pour les rockers c'est encore mieux quand s'y mêle une pointe de sauvagerie... En tout cas, un excellent hors d'œuvre avant le concert, eux ils auront en prime la raclette que dame Béatrice leur a mitonnée...

    CONCERT

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    Pour des sauvages, commencent doucement, Barny collé au fond devant le rideau noir – une nouveauté – immobile, et le band qui entre sans se presser dans le riff de Claude Placet, monte systématiquement d'un demi-cran toutes les cinq secondes, avec cette régularité inquiétante de l'océan imperturbable qui grignote peu à peu les îlots sableux du Pacifique, mais eux ils vont plus vite, sont patients mais point trop, et dès avant la submersion finale, Barny surgit devant le micro, jeune et sauvage. L'est beau Barny, avec ses yeux noirs pleins de fougue et de gravité, la bandoulière de sa guitare à son nom incrusté de perles, et sa voix de foudre qui se pose en gerbe de feu tel l'alcyon sur les eaux tempétueuses. N'a pas fini son deuxième morceau que déjà une corde désemparée vole au vent. Rien de grave. N'en continue pas moins de frapper son instrument avec cette hargne méthodique et enivrante des outlaws qui mettent le feu à la prairie juste pour précipiter les cavalcades des tribus indiennes. Nous refera le même coup au troisième set, mais ne prendra même pas la peine de changer d'instrument, pas de souci à se faire avec les trois autres pistoleros à ses côtés.

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    Fred est à la contrebasse. Tout contre. L'est droit comme un I, cheveux peignés en arrière, l'a le look de ces serveurs de casino stylés dans les films d'espionnages, de ceux qui vous ramassent sur les tapis verts d'un coup élégant de raclette des milliers de dollars avec cette indifférence dégoûtée des philosophes revenus de toutes les turpitudes humaines, et qui se révèlent dès la première scène d'action la plus fine gâchette de la pellicule. Le croupier est amateur de belle croupe. Connaît la valeur des jetons ronds et des féminines rondeurs. Tient sa big mama fermement, dans sa jupe de bois cirée comme un cercueil, debout, plantée comme un arbre raide comme la justice, balancier immobile, axis mundi de la régularité temporelle. Visage imperturbable et main infiniment baladeuse sur le corsage du cordage. A peine la penche-t-il légèrement que sa volute vous surplombe comme tête menaçante de drakkar effilé qui remonte les fleuves à la recherche d'un village à piller et à incendier. Le rockab est une musique de prédateurs. La contrebasse est tour à tour moutonnement régulier des vagues, ou mouette rieuse qui rase les flots déchainées ivre de vent et de tempêté, la blanche Leucothéa qui s'en vient porter secours à Ulysse sur son radeau disloqué par les coups de boutoirs des lames neptuniennes. Ingratitude humaine, le contrebassiste semble suivre le mouvement, rameur obstiné rivé à son banc de nage, mais lorsque le guépard rockabillien se met en chasse, faut un doigté clitoridien pour épouser les félinités des successives cambrures de son échine, frôlements de velours quasi inaudibles dans les moments d'approches, lentes traînées insidieuses pour les reptations nécessaires aux positions d'affûts, staccati démultipliés pour les fulgurances de l'assaut ; slaps brutaux pour les morsures sanglantes des résolutions finales. Fred, l'impeccable imperturbable, suscite traduit et dessine de ses doigts agiles les scènes technicoloresques de nos imaginations les plus vives. Souligne les contours et avive la couleur amarante des flammes du rockab.

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    Stephane est à la batterie. J'avoue avoir été distrait lorsque Barny nous l'a présenté pour expliquer sa présence – une ravissante bout de chou de trois ans s'étant glissée tout devant la scène à mes mes côtés, Barny s'est d'ailleurs précipité, tombé à genoux pour lui permettre de gratouiller sa guitare – tranquille, pas inquiet, prend soin de vérifier sur sa set-list le prochain titre que Claude ou Barny lui annoncent, et il démarre aussitôt comme s'il accomplissait une formalité. C'est qu'avec les numéros de haute-voltige effectués par les deux trapézistes l'a intérêt à renvoyer le trapèze au dixième de seconde prêt. N'a pas droit à l'erreur. Alors il n'en fait pas. L'a une technique que je qualifierai de couvre-feu, s'agit de modérer brutalement les envolées à coups de cymbales comme si vous tentiez de regrouper les braises éparpillées dans la cheminée à mains nues. Pour mieux laisser s'échapper les flammes, plus hautes, plus vives, plus brûlantes, dès que le morceau en cours nécessite une de ces soudaines bouffées d'énergie dont en les violentes survenues réside l'essence du rockab. D'autant plus remarquable que parfois il improvise, résout les problèmes à la vitesse des ordinateurs qui vous posent les satellites en orbite avec cette tranquille assurance avec laquelle vous remplissez votre verre de liqueur ambrée.

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    Claude est à la lead. Ou plutôt la lead est enchaînée à Claude comme l'esclave soumise à son maître. L'en fait ce qu'il en veut. Une facilité déconcertante. Ne le citez pas en exemple à un guitariste débutant. L'aurait l'impression qu'en un peu moins de trois heures il maîtrisera facilement cet instrument rudimentaire. Vous passe les riffs les plus sauvages avec le tour de main inimitable de Tante Agathe qui repasse votre chemise. Sourire débonnaire et doigts incendiaires. L'air innocent du promeneur distrait qui sort de la pinède en flammes tout étonné des trois cents pompiers appelés en renfort pour éteindre l'incendie qu'il s'est fait un plaisir d'allumer, just for fun. Vous déclenche une catastrophe sonore chaque fois qu'il touche de son onglet une corde. Une espèce de tumulte sonique qui vous emporte au septième ciel, z'avez l'impression de voir Dieu en personne et des anges qui caressent le luth de sainte-Cécile pour en extraire des riffs de fou, mais non, ce n'est que Claude qui médite sereinement l'endroit exactement adéquat où il faut frapper la corde pour qu'elle se détende et libère une note dont l'intensité égalera la morsure du mamba noir ulcéré d'avoir été dérangé dans sa sieste.

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    On a passé l'équipage en revue. Reste le capitaine. Le plus jeune, le plus audacieux. D'abord la voix. Ou plutôt l'art de la poser. Où il faut. Quand il faut. Comme il faut. Avec en plus cette impression de n'agir que dans l'urgence, de s'en débarrasser à toute vitesse, d'avoir commencé trop tard et fini trop tôt, ou de la jeter avec cette désinvolture de grand seigneur comme des pièces de monnaie pour que le personnel s'amuse, du grand art, quoiqu'il fasse la constatation s'impose, c'était là et ainsi qu'il fallait faire. Barny a l'instinct du rockab, l'est habité par, possédé, l'est des moments où il ne s' appartient plus, des montées foudroyantes de speed-stress, n'est plus lui-même mais n'est pas un autre non plus, l'est simplement la musique qu'il est en train d'exsuder de son corps comme de son intimité la plus profonde, n'en voulons pour preuve que cette interprétation démentielle de Run Away dédié à son père Carl, faut dire que derrière les matelots ont hissé la voilure et que le combo file comme l'ouragan, surtout Stéphane avec ses reprises de batteries, ses trois coups de feu qui relancent la bordée de mitraille, un long morceau qui vous conte la libération de l'esprit qui s'envole à la rencontre de l'âme du monde, le cheval noir de l'attelage platonicien a pris le contrôle sur le blanc et vous conduit en une course folle dans l'excessivité exaltante du soleil, un des plus beaux moments que j'ai vécus, un instant d'infinitude folle, une intensité de toute beauté, jamais égalée, l'on ne sort pas indemne d'une telle interprétation, Barny se retire derrière le rideau noir, tel le roi lézard de Jim Morrison dans sa tente à la fin de la cérémonie, laissant l'orchestre improviser un instrumental.

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    Revient pour le troisième set. Comme si de rien n'était. Et l'on peut admirer sa prestance. Certes l'espace du 3 B ne permet pas de grands mouvements mais il nous régalera de ces poses stupéfiantes, instantanés de guitare bloquée en des immobilités hiératiques, morceaux à l'arrache et à l'emporte pièce qui vous dégoupillent la grenade du cerveau. Il se fait tard, la soirée se termine sur deux morceaux époustouflants de hargne rockab.

    Un des plus beaux concerts du 3 B ( et d'ailleurs) chargé d'une émotion à couper au cran d'arrêt.

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    Merci à Barny, au Rhythm All Stars, et à dame Béatrice.

    Damie Chad.

     ( Photos : FB : Fabien Hubert DjRocking Cats )

    YOUNG ' N' WILD

    Wild Records ( USA ) / 2016

     

    Barny Rodrigues Da Silva :vocals, acoustic guitar, / Claude Placet : electric guitar / Fred Bonifacio : upright bass / Pedro Pena : drums.

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    Belle pochette cartonnée avec à l'intérieur des mots simples et percutants qui marquent le passage de témoin de Carl à Barny, du père au fils, l'héritage pleinement relevé et assumé, car le wild rockabilly ne saurait mourir. Tant qu'il subsistera des amateurs pour perpétuer la légende et entretenir la flamme dévorante. Jusqu'à ce qu'elle nous ait tous consummés et qu'il ne reste personne pour s'intéresser à ces cendres froides d'un monde évanoui. Qui fut et qui aura été nôtre.

     

    Run away : l'adieu et l'hommage à Carl, parti trop tôt selon nous, mais selon la destinée qu'il s'est choisie en homme libre. Cordes acoustiques et la voix qui monte et s'interroge, l'élan d'une flamme que le vent couche mais n'éteint pas, se redresse et reprend de plus belle sur cette brève charge de tambour ulcérée, montagnes russes de la douleur et de l'acceptation, les chevaux les plus libres et les plus fous courent d'infinis galops dans les pâturages hauturiers. Magnifique. Une Partenza digne de Viélé-Griffin. Not ready : une deuxième composition de Barny, tous les ingrédients du rockab réunis et réussis, une guitare insistante, une basse grondante et une batterie impitoyable, une voix qui s'impose d'office, naturellement. Bluffant, déconcertant de facilité. I got the bull by the horns : faut toujours chercher la cocarde d'honneur entre les cornes du taureau. Si possible, un vieux vicieux qui a fait ses preuves, c'est ainsi que la jeunesse n'attend pas le nombre des années, Barny et ses stars vous massacrent ce redoutable bison de Johnny Horton de fort belle manière, une danse de scalp indienne comme l'on n'en fait que trop rarement dans nos contrées. I got the river : remettent tout de suite le couvert, un peu plus fort, un peu plus sauvage, la guitare de Claude s'électrifie comme une ligne à haute tension. Barny tient ferme sur la vache folle du rodéo et son vocal qui vous arrache des touffes d'herbes aussi grosses que des balles de foins. Help me to find out : ne s'agit pas de foncer comme une brute, faut encore oser au coeur des tempêtes le détachement moqueur et la voix qui s'amuse, sans oublier que derrière les intruments sont comme le lait sur le feu qui n'attendent qu'un moment d'inattention pour déborder et envahir le monde. Crazy beat : des partisans de la montée continue, vous voulez du sauvage, en voici, en voilà, à profusion, c'est à qui ira le plus vite, la voix ou la musique, passent la ligne d'arrivée à fond en oubliant de s'arrêter. Vous renversent la tribune d'honneur et s'adjugent la coupe d'or promise par les Dieux. Mary Sue : Vous croyiez avoir touché le paroxysme, eh ben non, vous font valser le jupon de la petite Mary par dessus les moulins de Don Quichotte. Vous lui essorent le sexe d'une bien belle manière. Je n'en dirai pas plus mais n'en pense pas moins. Vu les cris, ce doit être particulièrement voluptueux. I don't want to be like you : la voix traîne un peu sur la rythmique endiablée, la guitare en profite pour vous passer un riff dans les replis accordéonesques d'un reptile qui étire ses méandres venimeux. Au point où vous en êtes un peu plus de folie ne peut que vous rendre plus sage. Il faut soigner le mal par le mal. Brutale thérapie. Mais vous file la forme. Mad man : la deuxième et dernière reprise du disque, de Jimmy Wages, le pionnier improbable, l'a connu Elvis à Tupelo, l'a enregistré chez Sun avec Jerry Lee au clavier et Charlie Rich à la guitare. N'a rien vu sortir. Un peu trop sauvage, un peu en dehors des canons – lui qui pourtant tirait à boulets rouges. Plus qu'un symbole, un parti pris. L'enregistrent avec la folie nécessaire. Commencent comme en sourdine et finissent collés au plafond. Crazy about you : tant qu'à être fous, soyons-le jusqu'au bout. Barny traîne exprès sur les syllabes, broute à Charlie Feathers, la vie et l'amour ne sont qu'un jeu de jupe et de dupe. Ce n'est pas pour cela que l'on ne va plus s'amuser. Oh mama : du riff et de la voix. Pas besoin d'ajouter de la persillade sur la lave du volcan qui brûle votre maison. La basse de Fred halète comme un chien qui a couru après tous les chats du quartier, et la batterie de Pedro vous hache le filet de boeuf en purée mousseline. Young and wild : une promesse, un engagement. Tous les deux tenus. Démarrage tout en douceur, mais très vite Barny allume l'incendie, ce sont toujours les pyromanes qui s'égosillent le mieux pour appeler les pompiers. Le plaisir du vice. D'être jeune et sauvage. Dans sa tête. C'est là l'essentiel.

     

    Je me répète : un disque essentiel.

     

    I GOT THE RIVER / OH MAMMA

    ( RIP CARL )

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    Wild 57.

    Je le cite pour mémoire. Les deux morceaux sont sur le CD. Ce quarante cinq tours sorti quelques mois après la disparition de Carl avait fait le buzz dans le milieu rockab. C'était trop beau, trop inespéré pour être vrai.

    Damie Chad.

    ( Photos : FB : Béatrice Berlot )

     

    ROCKABILLY GENERATION N°3

    Novembre – Décembre 2017

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    L'art de la revue est difficile et de longue haleine, tient en même temps du marathon et du cent mètres haies. Faut tenir la distance et paraître à allure métronomique. Sergio Kazh et son équipe ont décidément adopté le bon tempo, celui de la parution régulière et de l'intérêt accru à chaque numéro. Avant d'être une mine d'informations Rockabilly Generation est un bel objet, se feuillette par plaisir, typographie aérée, superbes photos, papier glacé. Plaisir de voir, désir de toucher sont au fondement de l'esthétique et de l'érotique de l'art de la revue. Pin up rockabilly !

    Ce numéro trois nous permet de voyager en Europe, compte-rendu du festival Get Rhythm Go Wild d'Ebelsbach en Allemagne et visite chez Rick & Ruby de The Tinstars, en Hollande. Toute la différence entre un reportage et l'accueil chaleureux dans une maison d'amis. L'on se sent bien, comme chez soi, dans ces pages, une conversation à bâtons rompus mais menée fort intelligemment qui se révèle pleine d'enseignements, Rick donne l'impression d'un guerrier rockabilly qui a atteint la maîtrise absolue de la zénitude. Grand article sur Hot Slap de Rouen qui retrace son histoire, quelques propos alléchants des Memphis Flyers, une rapide évocation d'Israël Proulx originaire du Canada, et une interview des Noisy Boys réalisée quelques minutes avant leur dernier concert... Rubriques habituelles, disques Be Bop Creek à l'honneur, concerts, courriers des lecteurs...

    Nous avons gardé pour la fin, l'hommage à Sonny Burgess placé en tête du fascicule. Honneur aux pionniers – la forêt d'arbres cannibales qui se cachent derrière le séquoia majestueux d'Elvis - sans qui rien ne serait arrivé mais dont l'histoire épouse les contours d'une génération sacrifiée...

    Attention, lecteurs faites vite, les numéros 1 et 2, sont épuisés et vu la qualité et la densité de ce 3, il risque de disparaître rapidement.

    Damie Chad.

    Editée par l'Association Rockabilly Generation News ( 7 hameau Saint-Eloi / 35 290 Saint-Méen-Le Grand ), 36 pages, 3, 50 Euros + 3, 40 de frais de port pour 1 ou 2 numéros, abonnement 4 numéros : 25 Euros, chèque à Lecoultre Maryse 1A Avenue du Canal 91 700 Ste Geneviève-des-bois ou paiement Paypal maryse.lecoutre@gmail.com. FB : Rockabilly Generation News. Excusez toutes ces données administratives mais the money ( that's what I want ) étant le nerf de la guerre et de la survie de toutes les revues... Et puis la collectionnite et l'archivage étant les moindres défauts des rockers, ne faites pas l'impasse sur ce numéro.

    VINCE TAYLOR

    SONORAMA N° 37 / FEVRIER 1962

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    Moins connu que le scopitone, la revue Sonorama. Revue papier et sonore. Chaque article s'étalait sur deux pages, mais la merveille résidait entre, le disque souple glissé entre les deux. Suffisait de poser la revue sur le tourne-disque pour écouter. Sonorama proposait plusieurs sujets d'actualité, mais quand on regarde les sommaires il est facile de se rendre compte que les chanteurs et dans une moindre mesure les artistes de cinéma étaient privilégiés. Entre octobre 1958 et juillet 1962, parurent 42 numéros. Les documents consacrés à Johnny Hallyday ont été réédités par Jukebox Magazine. Pour les curieux, les numéros se trouvent facilement sur les sites à des prix tournant entre 4 et 20 euros... A l'époque la revue était relativement chère ce qui explique son interruption. Le promoteur en était Louis Merlin fondateur d'Europe 1. L'est sûr que le succès de Salut Les Copains ( numéro 1 en juillet 1962 ) a dû lui couper le sifflet. Sonorama a toutefois bénéficié de signatures célèbres comme Jean Cocteau, Pierre Mac Orlan, Louise de Vilmorin...

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    Et de Vince Taylor, ce qui est nettement plus classe. Twenty Fligth Rock d'entrée, rien de tel pour vous mettre de bonne humeur, mais voici qu'une voix féminine se livre à une analyse psychologique de notre rocker (quasi)national N° 1. L'est comparé à Doctor Jekyll et Mister Hyde, à en croire notre demoiselle ( Jacqueline Joubert ) Vince le jour serait un garçon timide et bien élevé, mais hélas quand survient la nuit et qu'il est assailli par les démons du rock... l'ange de la destruction en personne, et hop on lui donne la parole avec surtout cette bonne idée de faire la traduction une fois qu'il a fini de parler et non pendant. Un peu gêné le Vince, tente de raccommoder la vaisselle brisée – c'est trop tard, l'on n'a pas le texte des deux pages de présentation mais l'on subodore que c'est juste après la mise à sac du Palais des Sports du 18 novembre 1961 – rejette la faute sur la centaine de voyous qu'il ne faut pas confondre avec l'ensemble des cinq mille participants, même si le rock comporte un arrière-fond de violence... passons... la speakerine laisse Bobby Clarke dérouler son solo, les guitares s'en donner à coeur joie et Vince déroule en intégralité un très bon Sweet Little Sixteen.

    Tout amateur de Vince écoutera avec plaisir. N'en sort point trop étrillé le Vince, maintenant je ne sais pas comment la majorité des lecteurs de Sonorama devaient recevoir le paquet cadeau quand on pense que le N° 1 proposait Le Soulier de Satin de Paul Claudel... Une étude statistico-sociologique s'impose !

    Damie Chad.

    A LA MEMOIRE DU ROCK

    ( V. Taylor, J. Hallyday, E. Mitchell )

    FRANCOIS REICHENBACH

    1962

    Cinéaste, François Reichenbach est un témoin important de la naissance du rock en France. L'a beaucoup filmé et archivé ( voir KR'TNT ! 312 du 19 / 01 / 2017 ) mais à part le long métrage sur Johnny Hallyday et ce court documentaire qui ne dépasse pas la douzaine de minutes peu d'images ont été montrées au public.

    Réalisé en 1962 ce film mélange entre autres des rushes du premier ( 24 février 1961 ), du deuxième ( 18 juin 1961 ) festival international de rock'n'roll au Palais des Sports de Paris. Notons que Vince Taylor était la tête d'affiche du troisième festival du 18 novembre 1961. La salle chavire avant qu'il ait pu rentrer en scène... La carrière de Vince ne s'en relèvera pas...

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    Fallait du courage pour oser montrer d'un oeil sympathique la furia rock'n'roll en pleine action, François Reichenbach ne se démonte pas et use de subterfuges socio-culturels qui le rangent parmi les manipulateurs d'opinion les plus remarquables. Réalise un agressif et insidieux mélange cinématographique : complaisance d'images-choc enveloppées dans une bande-son des plus séductrices.

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    Bruit de foule déchaînée et lecture en lettres blanches sur fond noir d'un extrait d'un article du 21 novembre 1961 de France-Soir. Assez prémonitoire quand on pense au joli mois de mai 1968, les échauffourées du 18 novembre 1961 ne sont que signes avant-coureurs d'une tempête plus dangereuse qui se profile à l'horizon. Brutal changement d'ambiance, une de magazine offrant un beau portrait de Johnny Hallyday alors que s'égrènent les premières notes du Quintette N° 1 de Luigi Boccherini. Le genre de musique que l'on retrouverait facilement en fond de lecture de La Chartreuse de Parme de Stendhal. Vous allez vous en fader encore quelques instants de ce satané Luigi durant les gros plans sur les visages d'une jeunesse qui se dirige vers les entrées du Palais des Sports. Sont beaux, sont jeunes, nos Rastignac du Rock, n'empêche qu'aujourd'hui ils dépassent les soixante-dix balais et que la réalité a dû raboter sérieusement ce désir de vivre qui les habitait... Du bruit et du noir. Des cris infinis dans lesquels surnage la musique des Chaussettes Noires. Vous ne les entreverrez qu'à peine, la caméra préfère ne pas quitter de son œil de verre ces jeunes fous qui dansent, remuent, crient, exultent... une vague de folie communicante, les Chaussettes têtes coupées pour mieux insister sur la désarticulation des corps et montrer que l'hystérie de la cohue généralisée n'appartient à personne et subitement dans la chienlit surgit le visage extatique de Vince Taylor, apparition dionysiaque, félin cerclé de cuir noir, essentiel, absolu, l'essence même du rock, une vision, une interpolation des plus artificielles puisque Vince n'a pas chanté – je dirais des plans de son spectacle à l'Olympia de décembre / Janvier 61 / 62 – puis par la grâce du montage retomber sur Hallyday qui fut la vedette incontestée et incontestable de la soirée du 24 février. Les images s'éclaircissent comme pour filmer un tour de chant des plus classiques, mais non, pour mieux désigner la descente des flics qui provoquent mouvement de reflux et sur la musique de Boccherini se dessine un étrange ballet de pandores qui marque la mesure de leurs matraques qu'ils abattent sur la tête de cette jeunesse en délire. La caméra se braque comme un fusil sur ces jeunes innocents et nous désigne les coupables qui continuent à danser, à tressauter, à s'agiter infiniment, visages épanouis, corps comme libérés de la pesanteur sociétale, comme si leurs soubresauts épousaient le rythme des violoncelles de Boccherini... manière de dire qu'au-delà des siècles musique de chambre ''classique'' et rock'n'roll sauvage ne sont que la même expression de la rage de vivre.

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    Si je devais donner un titre, ce serait : Tombeau pour Vince Taylor.

    Car les images de François Reichenbach ne sont pas loin de la perfection formelle des sonnets mallarméens.

    Damie Chad.

    Disponible sur Youtube. Tapez les quatre lignes de notre titre. La (re)lecture de Vince Taylor, le perdant magnifique de Thierry Liesenfeld s'avère indispensable pour les esprits curieux et les amoureux du rock.

    Ces deux articles ont été suscités par les posts de Vince Rogers sur son FB. Mine de combustible hautement radio-actif à ciel ouvert.

    JOHNNY

    LA DERNIERE DES LEGENDES

    CLAUDE FLEOUTER

    ( Robert Laffont / Septembre 1992 )

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    Rien que deux livres parus sur Johnny, ces 26 et 27 octobre dernier... J'ai remonté de mon garage – la pièce la plus rock de tout appartement respectable - celui-ci, sorti en septembre. 1992. Un quart de siècle s'est écoulé depuis sa parution. La dernière des légendes a décidément la vie dure. Aussi dure que du bois dont on fait les cercueils. Claude Fléouter n'est pas né de la dernière pluie non plus. L'a réalisé une trentaine de films et écrit une trentaine de bouquins. L'est aussi le fondateur des Victoires de la Musique et des Victoires de la Musique Classique. Je vous laisse seuls juges, n'ai jamais vu puisque que je ne possède pas chez moi cette boite à esclaves que d'aucuns s'entêtent à appeler télévision. L'on sent l'inconditionnel, qui a connu Johnny dans sa jeunesse. Sait de quoi il parle. L'a cette qualité rare, de ne pas se mettre en avant. Raconte Johnny, pas les aventures de Fléouter avec Johnny. A peine si l'on peut deviner sa silhouette dans les coins.

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    Pas d'anecdotes graveleuses. Ne se voile pas non plus les yeux devant les seins qui dépassent et les chattes qui miaulent de plaisir. Ne raconte pas. Dresse un portrait. Qui tient aussi bien de La Bruyère pour les scènes de genre, que de Pascal pour la contemplation des gouffres intérieurs. Pas d'effort de style, mais bien écrit. Un Johnny en noir et blanc. Beaucoup de gris, beaucoup de noir. Peu de blanc. Ce n'est pourtant pas la couleur qui manque. La saga hallydéenne en épouse les teintes les plus vives. De quoi faire le bonheur d'un coloriste. Cléouter ne s'en prive pas non plus, mais toute la quincaillerie rutilante il la laisse en arrière-plan. L'on ne compte plus les journalistes en mal de ressentiment qui ne se sont pas privés d'attacher de multicolores casseroles dans le dos de notre rocker national. L'on reconnaît les écrivaillons du ressentiment à leurs stylos qui bavent.

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    Cléouter décrit le rocker mais s'attache à l'homme. Commence par la douleur. Automne 1966. Johnny ne sera pas sur la scène de la Fête de l'Humanité. L'a craqué, tentative de suicide. Sur la brèche depuis trop de temps. Le succès n'est pas venu trop vite. Il est venu très vite. Bien sûr il y a eu les années de galère, mais cela c'est la ration quotidienne de l'artiste qui s'en vient chambouler le jeu de quille établi. N'ont pas duré trop longtemps et lorsque l'on a seize ans et dix-sept ans cela relève encore du jeu. Idem pour le public qui se colle à lui dès la première émission télé. Et qui ne le lâchera plus. Il est l'allumette qui met le feu à la bonbonne de poudre noire. La jeunesse se découvre en le regardant. Il est n'est pas qu'un simple miroir. Il est un modèle. Il est l'artificier. Tout lui sourit. La gloire, l'argent, les filles et le rock'n'roll. De 1960 à 1965, il est l'idole d'une génération. A peine est-il parti à l'armée, à peine s'est-il marié que tout se désagrège. La vague adolescente qui l'a porté reflue, et la nouvelle guigne déjà ailleurs. Se retrouve seul dans un monde nouveau. Son nom fait encore illusion, il est un symbole, ce n'est pas un hasard si les communistes lui offrent le plus grand podium de France. Mais Johnny n'est pas dupe. L'a vu de près la solitude égotiste de Dylan et celle extasiée d'Hendrix, il le sait, il le comprend, il sera seul jusqu'au bout.

    Quand l'aigle est blessé il ne revient pas chez les siens parce qu'il na pas de chez lui. Ou il crève ou il se métamorphose en phénix. Et Johnny revient. L'a retenu la nuit du désespoir dans sa poche avec un mouchoir dessus pour qu'elle ne ressorte comme le mauvais génie de la lampe. Côté soleil Johnny est imbattable. Fatigue tout le monde, inlassable, increvable, se couche pour ne plus se relever et se réveille le lendemain en pleine forme. Toujours des idées nouvelles, des lubies qu'il lui faut réaliser à la minute. Filles, voitures, musique, tout et tout de suite. Le prince flamboyant du rock'n'roll. Côté lunaire, c'est nettement moins drôle, un insomniaque – ce n'est pas qu'il est trop surexcité pour dormir, ce n'est pas qu'il ne peut pas, c'est qu'il ne veut pas se confronter à ces minutes d'abîme qui précèdent le sommeil, peur du rêve qui vire au cauchemar, peur inconsciente de la mort, de ne pas se réveiller, Johnny est un angoissé. Rayonnant dès qu'il met pied à terre. Mais l'angoisse l'habite, l'angoisse le ronge. Ne le quitte pas, même quand il allume le feu. Celui qui brûle la peau et qui consume le désir.

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    Certains mettront plus de temps que lui à comprendre que le rock est une course avec le devil. Même ceux qui se vantent de sympathiser avec lui. En 69 le concert d'Hyde Park en l'honneur de Brian Jones, si symboliquement pharamineux fût-il, n'était que cinq gars qui essayaient tant bien que mal de recoller les morceaux cassés de leur groupe. En 67, Johnny est au Palais des Sports, ne s'agit pas d'un énième tour de chant dont il sait fort bien s'acquitter, mais d'une mise en scène, d'un spectacle qui en donne plus. Faudra attendre la douche froide d'Altamont pour que les Stones comprennent qu'ils ont mangé le pain bleu du rock'n'roll, que désormais il va falloir voir plus grand, prouver au monde entier que c'est eux qui possèdent le plus gros zizi. Entre temps Johnny est revenu aux racines du rock, l'a son Johnny Circus, une folie entre le barnum originaire du Colonel Parker et la carriole des medecine show, mais revue façon cirque Pinder et Bouglionne. Une catastrophe financière mais il s'en relèvera plus grand, plus fort, le livre s'achève alors que la démesure hallydéenne se met en marche...

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    Je vous passe la tarte à la crème de l'enfant abandonné, Johnny n'est pas Cosette, l'a su se construire sur une situation de départ qui n'était pas jojo. C'est tout. Claude Fléouter ne cache rien, le bon comme le moins agréable, mais pas besoin de sécher vos larmes aux rideaux de la salle à manger. Nous dessine un Johnny timide, secret et sans doute le maître-mot : pudique. L'auteur a eu le trait sûr et perspicace. Un quart de siècle plus tard, Johnny ressemble à ce portrait initial. En vingt-cinq ans frasques et vicissitudes se sont accumulées. Les temps ont changé. Le monde a périclité. Johnny est toujours égal à lui-même. Nous avons pris un sacré coup d'usure. Ce livre antédiluvien de Claude Fléouter nous permet de vérifier qu'à l'intérieur Johnny n'a pas vieilli.

    Essayer de faire pareil. Alors on en reparlera.

    Damie Chad.

    MICHEL GREGOIRE DIT

    MOUSTIQUE

    UNE LEGENDE DU ROCK'N'ROLL

    ( Reportage inédit du 17 novembre 1989 / You Tube )

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    Ma chronique de l'album de Tony Marlow la semaine dernière m'a donné mauvaise conscience. L'on approche la trois-cent cinquantième livraison et Moustique n'a jamais été nommé qu'incidemment. Reste pourtant un pionnier du rock'n'roll français. On passe un peu vite sur lui, on l'écarte comme un moustique indésirable qui s'en vient butiner dans le pré-carré de votre peau. N'empêche qu'il est monté sur scène avec les plus grands, Jerry Lee Lewis, Gene Vincent et surtout Little Richard qui l'a revendiqué comme ami. Ce mini-reportage est à voir. Moustique dès le début y revendique fièrement ses origines prolétariennes, un gosse de Paris, fils de la misère, à jamais traumatisé par l'apparition du rock'n'roll à l'orée des années soixante. Son premier 45 tours enregistré chez Barclay, la firme qui avait à son catalogue Les Chaussettes Noires et Vince Taylor lui apporta la gloire, celle qui survit à tout. N'en emprunta pas pour autant la voie royale d'Eddy Mitchell, comme Vince malgré des raisons différentes, il connut les itinéraires de la déglingue, rejeté par la vague yé-yé sur le sable les plages du dédain et de la non-rentabilité économique. Un avenir aussi sombre que le fond noir de sa première pochette. N'était pas le genre de gars que l'on pouvait calibrer, comme l'énonçait son premier hit Je suis comme ça, la reprise de My Way d'Eddie Cochran, quinze ans avant Sid Vicious, l'avait la sale habitude de n'en faire qu'à sa tête. N'a pas fait long feu chez les requins du showbizz. Alors l'a tout fait, la prison, un stand d'objets africains aux Puces, l'a tenu deux restaurants, bref l'a survécu dans les eaux troubles de la vie. Irrémédiablement rocker jusqu'au bout des ongles. L'est toujours présent, personnage doté d'un optimisme inamovible et pathétique, la foi du rock'n'roll chevillée au corps, toujours prêt à monter sur scène pour répandre la mauvaise parole du early rock'n'roll, cette musique qui vous salit les mains dès que vous les trempez dans son moteur et vous brûle l'âme. Irrémédiablement. Dès la première écoute. Moustique est un survivant. Moustique est un rocker.

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    Damie Chad.

  • CHRONIQUE DE POURPRE N° 207 = KR'TNT ! 326 : PETE OVEREND WATTS / GUIDO & THE HELLCATS / JIMI HENDRIX / JAMES BALDWIN + RAOUL PECK / JOHNNY HALLYDAY / POLYPHONIX

     

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

    Pete Overend Watts, Guido & the Hellcats, Jimi Hendrix, James Baldwin + Raoul Peck, Johnny Hallyday, Poluphonix,

    LIVRAISON 326

    A ROCKLIT PRODUCTION

    LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

    27 / 04 / 2017

    PETE OVEREND WATTS ( II ) / GUIDO & THE HELLCATS

    JIMI HENDRIX / JAMES BALDWIN + RAOUL PECK

    JOHNNY HALLYDAY / POLYPHONIX

     

     

    Overend is over
    Part two

    Pete Overend Watts, Guido & the Hellcats, Jimi Hendrix, James Baldwin + Raoul Peck, Johnny Hallyday, Poluphonix,

    Si vous ouvrez le gatefold du premier album de Mott The Hoople modestement titré Mott The Hoople, vous y verrez Pete Overend Watts photographié de profil et coiffé d’un chapeau. À sa gauche, Buffin semble sortir d’un village de nains du Seigneur des Anneaux. Quant aux autres, ils ne ressemblent pas à grand chose. L’album démarre avec une brillante reprise du «You Really Got Me» des Kinks.

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    Mick Ralph y joue la carte du gras double. Ils en font un instro punk. On sent d’énormes prédispositions. Ils frisent même le Hammersmith Gorillas et le gros solo d’orgue de Verden Allen passe comme une lettre à la poste. Et voilà, terminé.

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    Pour le reste, ils se conforment au plan prévu : sonner comme Dylan. Alors l’Hunter-national y va de bon cœur. Il ne faut pas lui demander ça deux fois. Il en enchaîne trois à la suite : d’abord une reprise de Doug Sahm, «At The Crossroads» qui lui aussi s’évertuait à sonner comme Dylan, puis «Laugh At Me», un balladif tue-l’amour qui brise l’élan du disque, et zy-va Mouloud, les nappes d’orgue Hammond sonnent exactement comme celles d’Al Kooper dans Highwy 61 Revisited, et ensuite «Backsliding Fearlessly», où l’Hunter-continental fait tout bien, exactement comme Dylan. Là, ils exagèrent un peu. Qui avait besoin d’un nouveau Blonde On Blonde à Londres en 1969, soit quatre ans après la bataille ? Personne, sauf Guy Stevens. L’Hunter-rimaire glissera encore une petite giclée dylanesque en B avec «Half Moon Boy». Mott se voulait le plus américain des groupes de Londres et ce n’était peut-être pas une bonne idée que de vouloir singer Dyaln à tout prix, en tous les cas, pas avec quatre cuts sur un premier album.

     

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    Alors avec Mad Shadows, ils tentent de corriger le tir en allant plus sur les Stones, et notamment avec l’énorme «Walking With A Mountain», pur jus de Stonesy. On a là le vrai Mott, bourré d’énergie - It’s a gas/ Talkin’ that fast - Et Overend traverse le flux à grands coups d’empoignades de manche. L’autre gros cut de l’album se trouve en B : «Threads Of Iron», une sorte de jam bien enlevée. Ils semblent jouer leur va-tout, Verden pianote, Overend descend et remonte à contre-courant, Buffin multiplie les facéties rythmiques. On a là la fantastique équipe dont rêvait Guy Stevens, il souffle sur ce cut un véritable vent de folie. Le «Thunderbuck Ram» qui ouvre le bal de l’A vaut aussi le détour, car après des ponts malheureux, Mott vire épique et collégramme, oh ils adorent ça, ils tirent soudain l’overdrive, on entend Overend voyager dans le tumulte, et ça tourne à la pure frénésie. Mott sonne alors comme un fleuve qui emporte tout. Fantastique !

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    Le soufflé retombe brutalement avec Wildlife. Dommage, car la pochette est superbe, les cinq Mott photographiés dans un bois ont des allures de Pretty Things. Mais l’album est un peu mou du genou. Ils démarrent avec un «Whisley Woman» qui n’est pas celui des Groovies, dommage. Ils s’arrangent toutefois pour exploser ce cut insignifiant. Et puis ils vont enchaîner une série de balladifs ineptes, histoire de bien ruiner l’A. L’Hunter-minable n’en finit plus de ramener ses compos, toutes plus insignifiantes les unes que les autres. Overend devait s’emmerder comme un rat mort. Et pouf, l’Hunter-continental refait son Dylan en B avec «Original Mixed-Up Kid». Pour lui c’est facile, il n’a qu’à pomper dans les albums de Dylan. Et le désastre se poursuit avec «Home Is Where I Want To Be», une country-pop de petite bite. Pas la moindre trace d’inspiration à l’horizon. Ce disque tourne à la catastrophe. On se croirait sur un album d’Aerosmith. Ils terminent heureusement avec une petit coup de pétaudière : une reprise de «Keep A Knockin’» bien knockée du bulbe. Il est évident que ces mecs sont taillés pour la route.

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    Si on suit la chronologie, on tombe ensuite sur le fameux Brain Capers. Le hit de l’album s’appelle «Death May Be Your Santa Claus», introduit par un beat à sec, très vite rejoint par l’épais riff de Ralph, et pouf, ils partent en mode Mott, piano, basse, heavy beat et ça tourne à l’aventure, au boogie down production à l’Anglaise avec des chœurs en veux-tu en voilà. L’Hunter de Milan revient faire son Dylan avec «The Journey» et franchement, on s’en serait bien passé. Bilan de l’A : un seul bon cut sur quatre. Les renforts arrivent en B avec «Sweet Angeline», dylanesque, certes, mais musculeux et plein de son, superbement mal enregistré. Il faut remercier Guy pour ça. Ralph claque «The Moon Upstairs» au riff et ça redevient du pur jus de Capers, ils mettent le cap sur la Stonesy. Dommage que Mott n’ait pas joué davantage avec le feu. Ils terminent dans une sorte de chaos avec «The Wheel Of The Quivering Meat Conception». Belle photo du groupe au dos de la pochette : on les voit assis devant un mur de briques peint en blanc.

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    On peut s’épargner l’écoute de l’album All The Young Dudes et consacrer un peu plus de temps à Mott,

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    ne serait-ce que pour examiner la pochette, si on a la chance d’avoir le pressage américain : ils ne sont plus que quatre, Verden Allen ayant jeté l’éponge. Buffin attire l’œil, car il est très beau, mais la star du groupe reste bel et bien Pete Overend Watts, vêtu d’une espèce de tunique en soie ouverte sur la poitrine et d’un pantalon de cuir orange. Avec cet album, Mott passe résolument en mode glam, avec deux excellents cuts, «All The Way From Memphis» et «Whizz Kid». On croirait entendre Ziggy Stardust ! - You look like a star/ But you’re still on the dole - Et Andy McKay prend un solo de sax. On retrouve dans «Whizz Kid» ces climats délétères de familistère. Avec «Violence», Ralph riffe sec et on passe enfin aux choses sérieuses - Nothing to do/ Street corner blues/ Nowhere to walk - Ils reviennent en B à la Stonesy avec l’excellent «Driving Sister». Ils retrouvent enfin leur prédilection pour le Keef System et soudain, tout s’éclaire enfin avec «I’m A Cadillac», un hit fabuleux signé Ralph - I’m a Cadillac/ I’m just holding back - Overend joue de la basse fuzz - You’re a Thunderbird/ Cruising round my heart.

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    On tombe enfin sur le meilleur album de Mott The Hoople, The Hoople et sa pochette emblématique : une jolie femme s’y pâme, et dans ses cheveux bouclés scintillent les mille et un visages de Mott. Mick Ralph a quitté le groupe pour fonder Bad Co et Luther Grosvenor le remplace. Le voici rebaptisé Ariel Bender et au change, Mott y gagne terriblement. Eh oui, un Grosvenor à bord, ça change tout ! Mott a enfin un vrai son, et un cut d’ouverture de bal comme «The Golden Age Of Rock’n’Roll» éclate au grand jour. On voit tout de suite la différence, surtout quand Ariel Bender passe un solo flash, avec seulement trois notes tirées et dégoulinantes de gras. Dès qu’ils tapent dans le boogie rock à l’Anglaise, ils redeviennent singulièrement convaincants. On trouve sur cet album un coup de génie signé Pete Overend Wats, le fameux «Born Late ‘58». Après un faux départ, Ariel riffe et Overend place un superbe glissé de basse. Oh le voilà qui se met à chanter comme le punk qu’on attend depuis le début - She’s a speeder, a leader/ You’re really gotta meet her - D’autres énormités guettent l’imprudent voyageur, comme par exemple «Marionette», cut volontairement dramatique et quand la marionnette parle, on croirait entendre Johnny Rotten. Le problème, c’est qu’on en 1974, et Johnny Rotten n’existe pas encore. Avec «Alice», ils reviennent au Dylanex, mais avec du poids à l’Anglaise. On les sent enfin détachés des amarres, plus libres de leurs mouvements. Il finissent l’A avec l’énorme «Crash Street Kids» - See my scars/ See my blood - c’est stompé il faut voir comme, Buffin bat comme un beau diable et dans ce monster cut, Overend roule pour vous. Ouf, le groupe trouve enfin son vrai son, car Overend est poussé devant dans le mix. En B, il règne aussi une grosse ambiance dans «Pearl’n’Roy». Franchement, l’arrivée d’Ariel beefe bien le son. Ils sortent là une superbe pièce de good time music décadente à l’Anglaise. On est au chœur du haut de gamme des seventies. Ariel joue très lyrique sur le dernier cut de l’album, l’imparable «Roll Away The Stone», une belle pièce de glam pur. Ils terminent sur cette note éclatante de grandeur. Mott sauve ainsi sa place au panthéon du rock anglais. Cet album est à Mott ce que Let It Bleed est aux Stones : un classique insurpassable.

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    Alors que le groupe avait enfin trouvé sa vitesse de croisière, l’Hunter-minable jette l’éponge et se barre aux États-Unis pour aller faire carrière avec Mick Ronson. Overend remonte le groupe avec Buffin, Ray Major, Nigel Benjamin et Morgan Fisher. Mott The Hoople devient Mott et un premier album intitulé Drive On sort en 1975. On voit au dos de la pochette une fantastique photo du groupe. Buffin est habillé comme Oscar Wilde, d’un petit veston noir sur-piqué d’un liseré blanc et passé sur un gilet à dix boutons. Autre fait marquant de cet album : Overend compose tous les cuts. Vous y trouverez deux hits glams absolument parfaits : «I’ll Tell You Something» et «Love Now». Nigel Benjamin chante exactement comme Ziggy Stardust. Ils se situent au cœur de cette mythologie - You’re such a shame - C’est le glam le plus pur qui se puisse concevoir ici bas. Même chose avec «Love Now» qui ouvre le bal de la B : Overend chante, repris au refrain par Nigel Benjamin. Le pote Pete reproduit le coup de génie de «Born Late ‘58» et sa fabuleuse machine ronronne. Avec «She Does It», ils reviennent à un format plus rock’n’roll. Overend ne se casse pas trop la tête pour composer, il va vite en besogne, il faut relancer le groupe, les fans attendent. On trouve aussi en B un heavy groove fantastico intitulé «The Great White Wail», joliment atmosphérique, une bonne aubaine, même si ça frise un peu le prog à la Cokney Rebel. S’ensuit un balladif extraordinaire, «Here We Are». Il faut bien dire que les balladifs d’Overend Watts valent mieux que ceux de l’Hunter-médiaire. Tiens, encore deux merveilles pour finir ce bel album : «It Takes One To Know One», pur jus de glam anglais, et «I Can Show How It Is», encore un fantastique balladif de fin de non-recevoir, une merveille d’habilitation de la paragenèse.

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    Shouting And Pointing, le deuxième album de Mott, accroche un peu moins, dommage. On y trouve toutefois deux petites merveilles, à commencer par «Career (No Such Thing As Rock’n’Roll)». Du pur Ziggy Stardust, encore une fois. C’est dingue comme ce mec Nigel peut sonner comme Ziggy. On a là du glam de rêve, ce qui se fait de mieux aussitôt après Ziggy. L’autre merveille est cette extraordinaire reprise du «Good Times» des Easybeats. C’est Overend qui chante ça - Gonne hava a good time tonite - C’est claqué aux breaks des enfers et Ray Major part en solo laser, il perce les murailles, ouille, quel fin limier ! On trouve sur l’album d’autres cuts solides comme «Collision Course», joliment délibéré et activement recherché de l’intérieur. Et puis aussi ce gros boogie-glam cousu de fil blanc qu’est «Too Short Arm (I Don’t Care)», véritable coup de poker glam à la table du casino, mais c’est un coup de bluff. On se régalera surtout de «Breadside Outcasts», une belle pièce de glam tardif dotée d’un bel élan populaire. Ces diables de Mott résisteront jusqu’au bout. Ils enjolivent leur glam au mieux des possibilités et on admire leur héroïsme.

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    On trouve aussi dans le commerce un mini-album de Mott avec Steve Hyams intitulé World Cruise. Dès «Dear Louise», on sent que Steve amène du sang neuf à un Mott exhausted, comme on dit en Angleterre. On retombe là dans l’ornière du vieux boogie privé d’espoir. Ce mini-album fut le dernier sursaut de Mott avant les British Lions. Il faut bien dire que Steve n’est pas non plus le sauveur de Bethléem. Avec «Hot Footin’», ils boogottent dans les brancards, pas de surprise, silly boy bye bye baby. S’ensuit la reprise du «Wild In The Streets» de Garland Jeffreys. Voilà un cut décent joué au heavy beat, merci Garland. Mott retrouve des couleurs et renoue avec sa réputation de Boogie Lords at war. Et ça se termine avec le morceau titre claqué aux beaux accords catégoriels. On guettait le réveil de Mott et le voilà, sous forme de gros boogie anglais absolument parfait, joué dans le gras de l’expansion. Ils renouent avec une certaine idée de l’admirabilité des choses et recréent leur vieille magie conquérante. Pur Mott sound. Terrific !

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    Dernier round avec The British Lions. Overend tente une dernière fois le coup du grand retour, mais pas de chance, ils tombent en pleine vague punk, et en Angleterre, ils n’intéressent plus personne. John Fiddler de Medecine Head est au chant et ce premier album propose deux reprises de choix : «Wild In The Streets» et «International Heroes». Le cut de Garland Jeffreys est poundé comme il faut, ça sonne très Mott - Your teenage jive is going to workout a mess - et le classique de Kim Fowley emporte tous les suffrages, grâce à son refrain magique - International heroes/ You got the teenage blues - Kim Fowley et Ray Davies même combat, pourrait-on dire ! Les Lions font un joli coup de Diddley beat avec «Break This Fool». Au moins, ils ne s’embarrassent pas avec les arcanes du régurgitage, ils pompent à sec et c’est bien. Il ouvrent le bal de la B avec «My Life’s In Your Hands», un gros balladif épique chargé de son jusqu’à la gueule. Retour sur les terres de Mott avec «Booster», gros boogie-rock chanté au renvoi de lyrics. Pas la moindre ambiguïté là-dedans, on a même du step on the gas.

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    Le deuxième et dernier album des Bristish Lions s’intitule Trouble With Women. Tout un programme. Et dès le morceau titre qui ouvre le bal, on sent que ça va coincer, car John Fiddler chante mal. Dès qu’il sort de Medecine Head, c’est foutu. Overend fait une vaine tentative de retour au glam avec «Any Port In A Storm», mais la voix de Fiddler ne fait pas l’affaire, monsieur le commissaire. Et avec les cuts suivants, on voit que nos amis les Lions flirtent avec le Cockney Rebel Sound System, ce qui n’est pas forcément une bonne initiative. Avec «High Noon,» ils tombent dans le lacustre. Ray Major tente de faire des miracles sur sa guitare, mais la compo ne convainc guère le conseil de guerre. Ils attaquent la B avec «Lay Down Your Love», une ravissante merveille de petite pop invertébrée. Ray Major a beau sortir sa virulence et croiser le fer avec Morgan Fisher, rien n’y fait. Le Lion ne bande pas. Pourtant, c’est tellement bien joué sous le boisseau qu’on y revient. Il se passe quelque chose d’étrange dans certains morceaux. Même sensation d’étrangeté à l’écoute de «Waves Of Love», soutenu aux chœurs sibyllins. Les Lions ont quelque chose d’indéfinissablement tendancieux, comme s’ils refusaient de se prendre au sérieux. D’ailleurs, les chœurs sont marrants. Ils reviennent enfin au glam à la Ziggy avec «Electric Chair». On sent le dernier spasme du glam anglais, d’autant que Ray Major retrouve le son de Mick Ronson. Ils finissent avec un «Won’t You Give Him One (More Chance)». Écoutons-les bien, car c’est la dernière fois qu’ils jouent. Avec cet ultime raout, les Lions tentent de retrouver le filon Mott du chant glam, avec des coulis de piano qui sonnent comme la mandoline d’«I Wish I Was Your Mother». Dommage que ça s’arrête là, car ces mecs avaient quelque chose de terriblement précieux dans leur façon de glammer le rock anglais. Ray Major fait une dernière fois son Ronson et les British Lions disparaissent à tout jamais, engloutis par l’océan. Quelle tragédie !

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    On trouve dans le commerce un DVD Angle Air qui propose un concert des British Lions filmé en Allemagne, en 1978. On s’aperçoit que sur scène, les Lions sont encore plus puissants que sur disque. Ray Major sort un gros son de gras double et il porte un pantalon de cuir noir. Overend porte un pantalon rouge et une sorte de petit marteau attaché à la taille. Mais le problème, c’est la voix de John Fiddler. C’est flagrant avec «Come On», un cut qui demande quand même un minimum de raunch.

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    Si on reste fan de Mott, il faut voir The Ballad Of Mott The Hoople, un film tourné par Chris Hall & Mike Kerry. On le trouve sur DVD. Il s’agit là du meilleur des hommages qu’on puisse rendre au gang d’Overend et de Buffin. Tous les acteurs de cette saga apparaissent un par un, tous sauf Overend qui, à l’époque du tournage, devait être déjà malade. Il brille par son absence. On voit Buffin sur le déclin, Verden Allen plutôt bien conservé, Mick Ralph bouffi, Ian Hunter évidemment, et puis tous les autres principaux acteurs, Stan Tippins qui fut le premier chanteur du groupe, relégué au rang de road manager après l’arrivée de l’Hunter-continental, on voit aussi la veuve de Guy Stevens, puis Luther Grosvenor qui a toujours des allures de rockstar, avec son béret, ses bagues et ses bracelets. C’est Buffin qui sort les choses les plus intéressantes, comme par exemple lorsqu’il parle des premiers albums de Mott : «Lots of recordings were dreadful, lots of songs were dreadful, but there were a few bloody good bits» (les morceaux et les enregistrements n’étaient pas bon, mais il y avait quand même dans le tas quelques petites merveilles). Le problème de Mott est qu’ils remplissaient les salles mais leurs quatre albums sur Island ne se vendaient pas. Bowie les sauve quand il apprend qu’ils vont se séparer, mais ça n’empêchera pas Verden Allen et Mick Ralph de quitter le navire. Luther Grosvenor entre dans la danse, mais il n’aime pas trop les chansons de Mott. Comme il le dit lui-même : «I come from a different sort of guitar category !». Eh oui, Spooky Tooth naviguait à un autre niveau. C’est là que Mick Ronson arrive, mais ça ne se passe pas très bien avec Overend et Buffin : Ronson ne leur parle pas. Ça se termine dans les choux. C’est Buffin qui conclut : «Mott came from nowhere except from Guy Steven’s mind. And it’s quite something !»

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    Et puis si on veut finir de faire le tour du propriétaire, on peut aussi jeter un œil sur Mott The Hoople Under Review. Cette fois, ce sont les critiques anglais qui dépiautent les albums pour nous en vanter les charmes délétères. Au vu de tout cela, on peut comprendre qu’Overend soit resté inconsolable.



    Signé : Cazengler, échec et Mott

    Pete Overend Watts. Disparu le 22 janvier 2017
    Mott The Hoople. Mott The Hoople. Island Records 1969
    Mott The Hoople. Mad Shadows. Island Records 1970
    Mott The Hoople. Wildlife. Island Records 1971
    Mott The Hoople. Brain Capers. Island Records 1971
    Mott The Hoople. All The Young Dudes. CBS 1972
    Mott The Hoople. Mott. CBS 1973
    Mott The Hoople. The Hoople. CBS 1974
    Mott. Drive On. CBS 1975
    Mott. Shouting And Pointing. CBS 1976
    Mott The Hoople Featuring Steve Hyams. World Cruise. Eastworld Recordings 2001
    British Lions. British Lions. Vertigo 1978
    British Lions. Trouble With Women. Cherry Red Records 1980
    Mott The Hoople Under Review. DVD 2007
    Chris Hall & Mike Kerry. The Ballad of Mott The Hoople. DVD 2011
    The Bristish Lions. One More Chance To Run. Live Germany 1978. DVD Angel Air 2007

     

    TROYES / 22 – 04 – 2017
    le 3 B
    GUIDO & THE HELLCATS

     

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    C'était au St Vincent, à St Maximin, près de Chantilly que nous avions, Mister B and me, rencontré pour la première fois Guido Kenneth Margesson. L'avait joué dans l'inter-set des Megatons ( voir KR'TNT ! 120 du 08 / 11 / 2012 ), lui et sa guitare, voici près de cinq ans, l'avait seize ans à l'époque et en entrant dans le 3 B, je me disais qu'il devait avoir bien changé depuis. Doit être physionomiste car il me reconnaît dès que je m'approche de lui pour le saluer. L'est devenu un beau jeune homme, sourire aux lèvres et yeux étincelants. A se côtés Jerry des Megatons est là, nous discutons de Johnny Fay qui dans son Cleveland lointain ne rêve que d'une chose, revenir jouer en France et en Europe. Prêt à soixante quinze ans de faire l'aller-retour avion en deux jours pour seulement un unique concert ! A soixante-quinze balais, notre pionnier ne doute de rien !
    Troisième rencontre, d'un autre type, Duduche tout heureux revenu des USA la veille, frais comme un gardon et n'ayant pas dormi depuis deux jours. Ce n'est pas l'assistance des grands soirs mais l'ambiance est bonne et chaleureuse.

    PREMIER SET

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    Les Hellcats sont sur piste. Guido devant, arbore un magnifique chapeau de cowboy blanc, veste noire à franges David Crockett, tie ombrée sur chemise blanche et Gretsch 1620 l'oronge vénéneuse des amanites césariennes symbole du rockabilly en bandoulière. Légèrement derrière en décalé Miguel Martinez, jean sombre, et collier de barbe, chemise western aux épaulettes ornées de bucranes enguirlandées de plumes d'aigles indiennes, officie à la basse tandis qu'au fond Cameron Howett de noir vêtu s'assoit à la batterie. Démarrent sur Summertime Blues, nous offriront une belle sélection de Cochran toute la soirée, le son de la guitare sera un peu trop grêle sur les premiers titres suite à une défaillance de la pédale mais cela s'arrangera par la suite.

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    Les morceaux sont enlevés à un rythme soutenu, tempo rapide, cela apparaîtra à merveille sur C'mon Everybody, mais de fait le jeu est beaucoup subtil que l'on l'on pourrait le supposer à première oreille. Miguel et Guido jouent à deux, deux complices – se retournent souvent l'un sur l'autre – ne cherchent pas l'osmose, plutôt une envie de dialogue borderline, la basse, s'en allant en un ruisseau tumultueux, suit son chemin, comme si elle ne prenait nullement garde de son compère, mais comme par hasard elle est toujours au rendez-vous pour laisser l'espace au tranchant de la guitare qui s'en vient ricocher sur le dos de lame du courant, tandis qu'à la batterie Cameron maintient un rythme impeccable qui ne souffrirait d'aucune approximation de la part des guitares qui semblent pétarader des quatre sabots comme des broncos en toute liberté alors qu'elles sont soumises aux figures imposées d'une stricte architecture structurante. Fluidité et énergie.

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    Beaucoup de reprises, notamment Johnny Cash, mais les originaux sont encore plus percutants. Ces pièces réalisent parfaitement ce que leur manière d'interpréter les classiques sous-entend. C'est du rythme que proviennent les éléments mélodiques, rehaussés des yodels que ne peut retenir Kenneth. Un rockabilly à deux facettes, historiale et moderniste, des relents country et des touches néo et presque psycho. Un Run Chicken Run à vous mordre les doigts, basse qui glousse comme une poule rousse et les staccato de la Gretsch incisifs comme des coups de bec, aiguisés comme les ergots du coq. Du grand art. Surtout que derrière Cameron vous bazarde de ces coups de pompes à détruire le poulailler. Jerry sera mis à contribution pour un titre, souffle doux, par dessous, en accompagnement.

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    DEUXIEME SET

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    A tout berzingue. Guido donne de la voix, rauque à avaler le micro, de plus en plus forte, de plus en plus violente à chaque morceau, mais sachant s'incurver à volonté, maltraite sa guitare, Miguel Martinez profite de ce qu'il soit si intensément occupé pour lui aussi se lâcher, vous profile de ces maelströms de lignes de basse à vous laminer les sens, pas de swing mais des ondulations infinies qui semblent s'échapper pour filer on ne sait où, de toutes les manières l'on est déjà emmené par la suivante qui vous emporte sur un espèce de toboggan géant. Un style peu canonique mais ô combien efficace et novateur. Comme une vibration souterraine empruntée au metal qui vous verserait de la moelle brûlante dans le squelette du rockabilly afin de le rendre davantage punchy. Les Hellcats sont bien les trois têtes du tigre sauvage qui monte la garde à l'entrée de la chattière infernale. Sont à fond, si bien que l'irrémédiable se produit, Guido casse une corde, et le set s'arrête le temps de réparer les dégâts.
    L'on repartira sur Johnny B. Goode, afin de réopérer le contact avec ces instants de grâce interrompus bien trop abruptement alors que l'on sentait le public de plus en plus pris par l'ambiance. Les Hellcats ont su susciter intérêt et sympathie. L'on ne saurait se séparer si vite.

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    JAM DE FIN

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    Troisième partie. Le paradis des rockers, reprennent le classiques, just for fun, Jerry s'attelle à son saxo et suit la musique comme le chien qui s'attaque aux mollets des moutons pour les pousser vers la bergerie, vous mordillent de temps en temps de ces solos à ne plus avoir envie de quitter les pâturages de toute la nuit pendant que les Hellcats mettent le feu à toute la plaine. N'en peuvent plus, mais le public est une hydre insatiable, Duduche nous livre son Whole Lotta Shakin Goin' On habituel auquel il adjoindra – voyage à Tupelo oblige - un Hound Dog, des plus affamés. Se joindra ensuite à Jean-François pour une longue improvisation sur Lundi Matin, zéro catho, un poil au bas du dos scato, les Hellcats interprètent encore deux morceaux et à la demande expresse de nombreux participants ils donnent à bout de force un dernier Dixie qui pour certains résonne en cette veille d'élection présidentielle comme une profession de foi... ( Perso, je décline la rébellion rock selon une autre couleur. ). Les chats de l'enfer, directly from Brighton, ont bien mérité leur repos. Encore une excellente soirée au 3 B.


    Damie Chad


    ( Photos : FB Christophe Banjac )

     

    JIMI HENDRIX
    LE GUITARISTE FLAMBOYANT

    STEPHANE LETOURNEUR

    ( Oskar Editions / 2010 )

    Pas faire le rachou pour un euro, belle couve, quatre-vingts pages, tout neuf, et puis Hendrix, tout de même ! L'enfant de Seattle ne mérite pas de moisir dans un bac à soldes ! Nous a trop apporté pour subir cette symbolique ignominie. J'ai feuilleté les dernières pages, Oskar ( rien que le nom ! ) une maison d'éditions spécialisée pour les livres à visée culturelle pour un public enfants, ados et jeunes adultes. Cette dernière catégorie est apparue voici à peine quelques années. Comme si les chérubins en âge avancé de plus de dix-huit ans avaient besoin qu'on leur mâche les globos. Quelle société d'infantilisation !

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    Stéphane Letourneur, inconnu au bataillon, l'a déjà fourni un Jim Morisson, un Bob Dylan et un The Clash dans la même collection. Pas lus, je n'en dirai rien. Par contre ce Jimi n'est pas mal foutu. Ecrit simplement, avec des simili-poèmes agrémentés de quelques lyrics ( sans traduction ) en tête de chaque chapitre, l'on a un peu peur au début, le petit garçon malheureux trimballé de droite et de gauche, va-t-on dévier vers une psychanalyse de bazar, mais non le texte a de la tenue. Défile vite, mais rapporte l'essentiel. Passe l'entourage, les sympathiques et les intéressés, systématiquement en revue, la bio avance au galop, parenté, copines, maîtresses, artistes, rencontres, chacun à sa place, mais à chaque fois la silhouette rapidement évoquée en plein dans le viseur. Les faits bruts rapportés sans la vaseline de la moraline. Toute l'Amérique est là, Elvis, le mouvement hippie, la fumette et le LSD, la guerre du Vietnam, et la carrière de Jimi, l'Angleterre, Monterey, Woodstock, les disques, les concerts, un véritable parcours de combattant, le crève-la-faim et la rock'n'roll star. Splendeur et déchéance. Une addiction aux produits qui n'est pas sans rappeler celle d'Elvis...
    L'a aussi son explication quant à la brièveté de cette carrière. Ce n'est pas la pression, le vedettariat qui a tué Hendrix, mais son cul entre deux chaises. La blanche et la noire. Deux couleurs de trop pour un musicien qui voyait le monde en teintes bleues. Azur de rêve et pétrole cauchemardesque. Adulé en tant que musicien rock par la jeunesse blanche et boudé à cause de cela par le public noir, qui ne le connaît guère, davantage focalisé sur la lutte politique de plus en plus radicale prônée par les Black Panthers. Un bluesman sans peuple. Plus la sensation de ne pas maîtriser sa propre trajectoire musicale, d'être devenu dans le mauvais sens de l'expression, une bête de scène, celle que l'on va voir en premier lorsque l'on visite le zoo du rock'n'roll...
    Jusqu'à cette nuit où il prend une dose de somnifères vingt fois supérieure à la normale alors qu'il n'a pas arrêté de boire de toute la soirée. Stéphane Letourneur ne prononce pas le mot de suicide – il ne faut point traumatiser les jeunes esprits – mais le sous-entend très fort... Courageux, vu le public visé. Idéal pour un néophyte. Le rock'n'roll n'est pas un dîner de gala.


    Damie Chad.

     

    JE NE SUIS PAS VOTRE NEGRE
    RAOUL PECK

    ( Diffusé sur Arte le 25 / 04 / 2017
    en salle à partir du 10 Mai 2017 )

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    Pas vraiment un film, plutôt un documentaire. Réalisé par Raoul Peck à partir d'un projet cinématographique non abouti de James Baldwin dont nous présentions, encore, Retour dans l'Oeil du Cyclone – recueil d'interventions politiques - voici à peine deux semaines dans notre 324° livraison du 21 / 04 / 2017. Expatrié en France depuis 1948, Baldwin sera un indéfectible combattant de la cause noire. En 1971 il retourne aux USA en 1979 non pour s'y réinstaller mais pour tourner un film sur l'histoire de la ségrégation des noirs mettant notamment l'accent sur trois leaders qu'il a personnellement côtoyés Medgar Evers, assassiné en 1963, Malcolm X, assassiné en 1965, Martin Luther, King assassiné en 1968... Le projet ne sera pas concrétisé.
    Raoul Peck - cinéaste haïtien né en 1953 - qui a eu accès aux notes inédites de Baldwin le restitue en quelque sorte. Le film est constitué de documents – photographiques et filmiques – d'époque et contemporaines, et notamment d'interventions télévisées de James Baldwin qui en forment l'ossature.
    Des images qui donnent froid dans le dos, strange fruits pendus aux arbres, foules de blancs déchaînés, arborant sans complexe signes et slogans nazis qui s'opposent à l'introduction des élèves noirs dans les écoles jusque là réservées aux blancs, émeutes noires durement réprimées par la police, exactions criminelles de cette dernière... Face à cette violence d'Etat les noirs s'organisent et les plus déterminés n'hésitent plus à proclamer la nécessité de l'auto-défense armée.
    Les propos de Baldwin sont plus ambigus. Sans prôner la nécessité de la violence il prophétise que celle-ci ne pourra inéluctablement que se développer si rien ne change dans un avenir proche. Notons que quarante ans plus tard, si rien n'a fondamentalement bougé la colère noire malgré quelques explosions de grande ampleur a toujours été maîtrisée par l'establishment...

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    Baldwin se présente comme un lanceur d'alerte, l'annonciateur du cataclysme, use d'une arme oblique. Il renvoie l'ennemi face à lui-même. Il n'existe pas de problème noir aux USA. Ils sont simplement des américains qui ont permis l'édification de la civilisation américaine – les murs et les idéaux - chargés des travaux les plus pénibles et les moins rétribués. Incidemment, il remarque que nombre de blancs n'ont pas été logés – à part l'esclavage – à meilleure enseigne. Par contre il y a un problème blanc. Les blancs vivent dans le mensonge et l'ignorance. Leur suprématie repose sur deux génocides, le rouge et le noir. Le reconnaître leur est difficile, ce serait mettre à bas l'hypocrisie de toute leur structuration moralino-psychique. Le retour du bâton du sentiment d'auto-culpabilisation chrétienne. Baldwin ne méjuge pas de la difficulté de la tâche qui attend ses concitoyens à pâle visage. Mais il s'en lave les mains. Cela les regarde. A eux de se dépatouiller avec. Après quatre cents ans d'oppression sur le dos, les noirs ont leurs propres blessures à cautériser.
    Les noirs sont dans la nasse, entre rêve américain de bien-être social dont ils ont intégré valeurs et espoirs et réalités cauchemardesques d'exploitation ségrégative, entre identité noire à laquelle ils sont sempiternellement renvoyés et problématique de classe qui présuppose une alliance envers les couches de population blanche les plus démunies qui n'ont pour toute richesse que leur soi-disant supériorité raciale... Bonjour la quadrature du cercle.
    Raoul Peck pose le problème, ne joue pas à l'illusionniste qui possède bien au chaud dans sa besace le tour de passe-passe qui permettra de le résoudre. Beau montage rehaussée d'un arrière-fond musical particulièrement bluesy et commentaire mis en valeur par la voix grave et sombre du leader de NTM. Ce remake de cette never ending story est à voir.


    Damie Chad.

    JOHNNY INTERDIT
    GILLES LHOTE


    ( Cherche MIDI / Octobre 2016 )

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    Un livre qui porte mal son titre. Rien de moins interdit que le Johnny qui nous est présenté par Gilles Lhote, ce serait plutôt la fabrication d'une idole, mais ce titre renvoie trop aux années soixante, nous sommes au vingt-et-unième siècle, ce serait donc plutôt le lancement du Nouveau Johnny.

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    Gilles Lhote n'est pas un inconnu pour les johnnyphiles, c'est lui qui est derrière l'autobiographie Destroy en trois volumes ( Déraciné 1996, Rebelle 1997, Survivant 1998 ), mais aussi, entre autres, Ma vie Rock'n'roll , Johnny de A à Z, Johnny, le Rock dans le Sang : Journal de la Démesure, 2012, tous réédités sous diverses formes à diverse reprises,mais revenons à ce Johnny Interdit. S'il est vrai que le simple nom de Johnny fait vendre, Gilles Lhote peut se vanter d'avoir témoigné une fidélité à toute épreuve depuis plus de trente ans à la star. Notons que Gilles Lhote qui travailla à Paris-Match, VSD, Télé 7 Jours, a beaucoup écrit, Rolling Stones, Sardou, Coluche, Claude François, Dutronc, mais aussi sur les objets représentatifs ou les univers parallèles de la mythologie rock comme les bottes, les jeans, les blousons de cuir, les Harley-Davidson, le rodéo... cela se sent dans cet ouvrage dans lequel le lecteur se rend facilement compte qu'il recycle quelque peu de nombreux éléments empruntés à ses divers intérêts.


    Le livre n'est qu'indirectement centré sur Johnny, s'intéresse au couple formé par Johnny et sa femme Laeticia, du moins dans les premiers chapitres car insensiblement c'est la personnalité du rocker qui s'adjuge la première place. L'ouvrage traite de la période 2010 – 2016, mais Lhote vous file un peu le tournis. Fait des allers-retours dans le passé. Incessants, un coup vous êtes en 2013, puis en 2010, puis en 2016... ne s'interdit aucune limite, d'un paragraphe à l'autre l'on saute comme un kangorock, des années 80 à l'enfance du rocker, d'un show de 1996 aux mues successives de la carrière passée du chanteur... Toute anecdote est prétexte à digressions, faut bien remplir les pages. L'auteur en profite pour multiplier les références aux vedettes internationales qui ont croisé de près Johnny, de Jimmy Hendrix à Jimmy Page... Le dernier quart du bouquin s'ouvre par un abécédaire hallydayen qui regroupe filmographie et nomenclature des familiers pour la plupart déjà abondamment évoqués dans le reste du volume, est suivi par un Johnny Dixit qui contrairement à ce que nous promet son intitulé donne la parole à tous ceux qui ont croisé la route du rocker de Jean-Paul Belmondo à Elsa Triolet, et se termine par la sempiternelle discographie, l'officielle, sans surprise et uniquement les albums de surcroît...
    C'était fin 2009, sur la route, m'étais arrêté au hasard dans un troquet, difficile de ne pas voir les photos de l'artiste qui envahissaient le bar. Manifestement le patron était un fan, de longue date expliqua-t-il – mais on l'avait déjà deviné – l'on sentait le baroudeur, un ancien parachutiste – la mine était grave, l'air inquiet, sur son lit d'hôpital Johnny venait d'être plongé dans le coma artificiel et dans les salles de rédaction l'on s'activait à réunir les éléments de sa prochaine nécrologie... Le récit de Gilles Lhote nous raconte les péripéties de cet épisode critique et nous permet d'assister à la lente et longue remontée de Johnny vers la lumière et le succès. Sous un angle différent que celui auquel on aurait pu s'attendre. Certes, la remonte à la surface nous est contée, la convalescence difficile, la dépression qui l'accompagna, la perte de sa voix, le repli familial, la peur et les angoisses, et enfin lors de son anniversaire Johnny capable de se servir d'un micro, il y a là de quoi faire pleurer dans les chaumières. Mort et résurrection, le combat d'un homme, contre son destin.

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    Ben non ! Les spots sont braqués sur Laeticia. Prend les choses en main. Tendresse, amour, sollicitude de l'épouse éplorée passent au second plan. Une intimité qui ne nous est montrée que de loin. Ne nous trompons pas de sujet. Nous ne sommes plus au moyen-âge, mais dans l'Ere de la Communication. Tout est question d'image. Les toubibs se chargeront des médicaments et des recommandations. C'est leur job, sont payés pour cela. Une maladie, si grave soit-elle, mérite un tout autre traitement. Il n'existe pas de remède miracle. La véritable lutte se passe à un autre niveau. Supérieur. Laeticia inaugure une nouvelle stratégie, vous pourriez la juger comme une fuite en avant, un déni de la réalité, mais c'est alors que vous vous trahissez, vous réagissez comme un gagne-petit ! Faut savoir prendre des risques et parier sur l'avenir. Si le moteur de la fusée est cassée, au lieu de vous désoler ou de vous acharner à remonter les rouages, préparez plutôt la rampe de lancement, et établissez le plan imminent de la mise à feu et sur orbite. De la rock'n'roll attitude passons à la Be positive Attitude ! Finies les coups de coeur à l'arrache, les impros géniales, les hasardeuses virées déjantées, voici venu le temps des recettes longuement mijotées, des plans de carrière minutieusement fignolés.

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    Les mauvaises langues prétendront que Laeticia en profite pour prendre le pas sur son mari. Définitivement. Lui démontre preuve de réussite à l'appui que sans elle, il n'est pas grand-chose. Se la jouent sociologues, la femme moderne qui s'empare des rouages de la société – l'a existé dans les années quatre-vingt une version alternative de cette montée conquérante du féminisme, une vision davantage réactionnaire, la femelle américaine qui subjugue le mâle, qui corrompt sa virilité, et insuffle dans l'inconscient social de l'american way les valeurs conservatrices d'accumulation et de repli sur soi – et installe peu à peu sa prédominance araknique sur la société.

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    Un petit moment que Laeticia préparait son coup d'état. En douce, mais à la vue de tous. Pose en déshabillé léger dans Pure et nue dans Lui. Ne vous laissez pas subjuguer par la prégnance de ces délicieuses images. Laissez tomber vos jugements moraux. Affichez une femme dénudée et les imbéciles ne voient que la nudité. Ou leurs propres préjugés. Ce qui compte, c'est l'entrée dans le gotha international des femmes sublimes, le lectorat potentiel – ne soyez pas patauds d'esprit, s'agit de faire le buzz, non pas auprès des petits lecteurs qui vont débourser dix euros pour se rincer l'oeil à l'eau trouble de leurs phantasmatiques curiosités inavouables – mais faire signe à tout ce que ce ramdam savamment calculé vous ouvre comme possibilités d'accès à des sphères inatteignables au commun des mortels. Cet affichage permet de pénétrer dans le premier cercle de la jet-set artistique. Ne suffit pas d'avoir l'argent et les moyens. Ce genre de babioles est à la portée du premier riche venu. Il importe de devenir une personnalité indispensable de l'élite aux alouettes miroitantes. C'est à ce moment-là que vous pouvez vous offrir votre caution morale, vous participez au campagne de l'Unicef, vous lancez votre fondation, vous venez au secours des malades et des pauvres. Ne s'agit pas d'engloutir votre fortune personnelle, non mais d'inciter le bas-peuple ému par votre coeur bon comme du pain blanc à verser une obole compatissante...

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    Johnny s'est rétabli. Entreprend de nouvelles tournées, enregistre de nouveaux disques, tout est reparti. L'on est content pour lui, Gilles Lhote plus que nous. Grisé – dans les cinquante nuances, les plus claires - jusqu'aux ongles des pieds, rien n'est trop beau pour le couple national, c'est un déluge qui nous submerge. Du fric, de la monnaie de l'argent. Les plus beaux habits, les fêtes les plus somptueuses, les avions privés, les résidences de rêve, les amis huppés, ne nous épargne rien, les marques, les coûteuses matières, les boutiques les plus prestigieuses, me demande comment le fan de base qui se prive pour acheter le moindre produit estampillé Johnny doit réagir. Peut-être vit-il cette insolente débauche sans réticence. Prend-il plaisir à contribuer à cette gabegie monstrueuse ? L'existence quotidienne lui procure-t-elle si peu de joie que cette vie par procuration lui est-elle indispensable pour se préserver de toute cruelle lucidité quant au vide abyssal de son propre vécu ? A-t-il l'impression que des paillettes de gloire auréolent ses jours ? Le phénomène d'identification est est-il si prégnant qu'il vit réellement comme en une sorte de dédoublement spectralement lumineux les remarquable épisodes de la saga de son idole ? Sans doute est-ce plus agréable que d'avaler un nombre incalculable d'anti-dépresseurs pour éloigner de sa propre inanité la tentation du suicide...
    Gilles Lhote n'est même pas effleuré par cette problématique. Au royaume doré du roi Johnny tout est beau et magnifique. N'a plus grand chose à dire, nous détaille le nom des créateurs des costumes de scène, puise dans ses réserves et celles des copains. L'avant-dernier chapitre est une reprise de Johnny, Vingt Ans d'Amitié ( KR'TNT ! 278 du 21 / 04 / 2016 ) de Michel Mallory. Ne s'en cache pas, en profite pour nous relater l'enregistrement de Toute La Musique que j'Aime, mais c'est le dernier chapitre Dans le Regard «  Brand New Cadillac » Vince Taylor qui s'avère être le plus passionnant.
    Une simple photographie. De 1971. Due à Tonny Frank, journaliste attitré. Palais des Sports, Mois de septembre. Johnny de dos. N'est pas le sujet de la photo. Zoom sur le public. Foule indescriptible. Dans la cohue, l'on aperçoit Jacques Brel, et Charles Gérard ( comédien ). Et des anonymes. Parmi eux... Vince Taylor, en costume de ville. Et Gilles Lhote en profite pour résumer en trois pages des plus compréhensives la vie de l'ange noir. En rajoute quelque peu sur l'amitié qui lia les deux principaux protagonistes du rock'n'roll français... La photo est en très grand format dans le bureau de Johnny. Ces trois ultimes feuillets rachètent tout le bouquin.


    Damie Chad.

    POLYPHONIX
    DEUXIEME ANTHOLOGIE SONORE

    Fawzi Al-Aledy / Tahar Ben Jelloun / Julien Blaine / Peter Blegvad-John Greaves / Eberhard Blum-Hugo Ball / William S. Burroughs / Olivier Cardot / Jacqueline Cahen- Yocho'o Seffer / Henry Chopin / Corrado Costa / Jules Deelder / Caroline Deseille / François Dufrêne / Esther Ferrer / The Four Horsemen / Allen Ginsberg / John Giorno / Giovanna / Edouard Glissant / Felix Guattari / Brion Gysin / Les Hamadcha d'Essaoura / Bernard Heidsieck / Joël Hubaut-Rhizotomes / Tom Jonhson / Dyali Karam / Arnaud Labelle-Rojoux / Jean-Jacques Lebel – Texture / Ghérasim Luca / André Pieyre de Mandiargues / Michèle Métail / Katalin Molnar / Bruno Montels / Angeline Neveu / Peter Orlovsky / Serge Pey / Christian Prigent / Quatuor Manicle / Nathalie Quintane / Louis Roquin / Jérome Rothenberg / Christophe Tarkos / Tran Quang Haï / Sylvia Ziranek.

    Amis rockers prenez un valium et ne vous énervez pas. Je suis gentil, je vous épargne la lecture du livre qui va avec. Pour les plus courageux, sachez que la connaissance du français, de l'anglais, de l'allemand, du latin, de l'espagnol, de l'italien sont nécessaires. Si par hasard la maîtrise d'un de ces étranges idiomes vous échappait, pas de panique, il n'est pas sûr que vous compreniez l'intérêt des textes écrits en la langue que vous jargonnez depuis votre plus tendre enfance. Permettez-moi toutefois, avant d'en venir au CD annoncé, de me pencher sur le bouquin – oui, il y a des images en couleurs – sobrement intitulé :

    POLYPHONIX
    ( Centre Pompidou / Editions Léo Scheer )

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    A l'origine Polyphonix est un festival international de poésie contemporaine, directe, sonore, parlée, performante, fondé en 1979, ce livre édité en 2002 se présente comme le bilan des quarante éditions précédentes et se donne à lire comme un manifeste. Mais quel rapport avec le rock'n'roll ? Les noms de William S. Burroughs, de Gregory Corso, de Bryon Gysin et d'Allen Ginsberg ne sont pas inconnus des amateurs de la Beat Generation, John Giorno qui fut un familier d'Andy Warhol inspira beaucoup de personnalités rock et de groupes tels Debbie Harris, New Order, Sonic Youth et Nick Cave, les amateurs de jazz ne seront pas insensibles à Bern Nix qui officia à la guitare à côté d'Ornette Coleman, et Steve Lassy américain exilé à Paris qui influença une grande partie des musiciens de jazz de notre pays...
    Polyphonix se trouve aux carrefours de nombreuses confluences, poésie, musique, peinture, dessin, dadaïsme, poésie lettriste, surréalisme, et de toux ceux qui au vingtième siècle tentèrent la jonction du poème et des différents modes d'enregistrement rendues possibles par l'évolution des techniques. Nous atteignons à d'étranges confins, expérimentations d'avant-garde, lectures, performances, bruitisme se mêlent et s'entremêlent. Plus de quinze cents artistes sont passés par Polyphonix, des plus traditionnels, aux plus révolutionnaires, la poésie et les textes quittent le livre et tentent d'occuper de nouveaux espaces plus ou moins éphémères, avec plus ou moins de bonheur. Le pire y côtoie le meilleur.

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    C'est un lieu ouvert, qui autorise toutes les facilités, je classerai Julien Blaine ( qui officia dans la revue Jungle qui eut quelque crédit dans les milieux rock'n'roll ) parmi celles-là, certains comme Deleuze qui bénéficient d'une aura de sérieux philosophique viennent y chercher une caution de modernité chaotique, et d'autres comme Serge Pey et ses bâtons de guerre sculptés offrent des performances de toute beauté qui empruntent davantage à la cruauté théâtrale d'Antonin Artaud qu'à de tristes pantalonnades.
    Polyphonix se veut dissident. Mais peut-on encore parler de dissidence nomade lorsque l'institution culturelle du Centre Pompidou vous ouvre ses portes ?

    Mais passons au disque. Très décevant. Peu de folie. Peu de cris tempétueux. Quelques suffocations bien venues, des essoufflements un peu malheureux, des chuchotements prévisibles pas du tout inquiétants, et puis pas grand-chose. Arnaud Labelle-Rojoux a beau s'écrier que «  c'est très rock'n'roll », nous n'y trouvons pas notre compte. Tout cela manque de rythme. Nous sommes en France et l'ensemble sent trop l'intellectuel en goguette qui s'en vient s'encanailler à l'American Center, un petit côté bobos adeptes du fameux second degré qui permet de s'esbaudir joyeusement de n'importe quelle improvisation saugrenue. Eriger le non-sense en un-non art nous semble une démarche qui se réduit à l'énonciation tautologique du réel. Ce qu'il y a de terrible c'est que l'ensemble de ces gens sont aussi sérieux qu'une maîtresse de maison qui organisait une réunion Tupperware chez elle dans les années cinquante. Le plus décevant, c'est que tout cela sonne désuet. Dépassé. Faux.


    Damie Chad.


    P.S. : toutefois le livre nous offre un véritable trésor : la reproduction autographique d'un poème érotique de Pierre Louÿs aussi turgescent qu'un étron tout frais au milieu d'un parterre de fleurs fanées. Indispensable.