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spunyboys - Page 2

  • CHRONIQUES DE POURPRE 245 : KR'TNT ! 365 : DENISE LASALLE / THOUSAND WATT BURN / OSCIL / SPUNYBOYS / KING BISCUIT TIME

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 365

    A ROCKLIT PRODUCTION

    LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

    15 / 03 / 2018

    DENISE LASALLE

    THOUSAND WATT BURN / OSCIL

    SPUNYBOYS / KING BISCUIT TIME

     

    Oh Denise doo be do I’m in love with you

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    Plutôt que de chanter les louanges de Denis, Deborah Harry aurait dû chanter celles de Denise. Deborah devait forcément connaître Denise LaSalle, cette Soul Sister aussi puissante qu’Aretha. Oui, c’est exactement la même : génie vocal, histoire de vie, longévité, capacités compositales, elles ont énormément de points communs. Si vous allez chercher les infos dans votre wiki préféré, vous verrez qu’elle est née dans le Deep South comme Aretha et que sa famille a émigré vers le Nord, comme celle d’Aretha. Detroit pour Ree, et Chicago pour Den. Et pouf, Chess, mais Denise, comme Fontella Bass, refuse de se faire plumer par Leonard. Elle préfère enregistrer sur Westbound, un petit label de Detroit plus discret mais moins rapace. Non seulement Denise a du génie, mais elle a aussi du caractère, et ça la rend infiniment sympathique. Et les vingt-cinq albums qui illustrent sa carrière n’en finissent plus de renforcer cette impression.

    Denise LaSalle vient de casser sa pipe. On ne le verra pas en couverture des magazines pour m’as-tu-vus, car elle n’est pas très connue en Europe. Et comme l’élégance ne fait plus recette, elle n’avait de toute façon aucune chance de plaire. L’occasion est par conséquent trop belle de remédier à ce fâcheux constat en rendant un hommage panoramique à cette femme qui fut, comme le disent si bien les Anglo-saxons, larger than life.

    Longévité veut aussi dire discographie à rallonges. Comme tous les grands artistes noirs de sa génération, Denise LaSalle est passée d’un label à l’autre, au fil des modes : première époque raw r’n’b sur Westbound, puis avec l’âge d’or de la diskö, elle passe chez ABC et MCA, avant de revenir en 1983 dans le giron du Saint des Saints, c’est-à-dire Malaco, pour y enregistrer une dizaine d’albums absolument somptueux. Attention, ces époques sont toutes les trois affreusement consistantes. Un mauvais disque chez Denise ? Ha ha ha ha, comme disent ceux qui se croient malins en riant bêtement, mais c’est tout simplement inimaginable.

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    Si on tape dans la période Westbound, autant taper dans le dur. Il s’appelle A Good Thing Better. The Complete Westbound Singles 1970-1976 et comme son nom l’indique c’est sorti sur Westbound, via Ace Records. C’est à la fois de la dynamite et l’une des meilleures compiles de Soul de tous les temps, richement documentée par Tony Bounce, Ace-man de choc. Ce disk de ding-a-dong propose 24 cuts, c’est-à-dire les 12 singles qu’enregistra Denise avant son premier album. Ça fourmille littéralement de coups de génie, tiens, par exemple ce slowah atmosphérique intitulé «What Am I Doing Wrong». C’est joué et orchestré à outrance, on a là une merveille absolutiste. Ou encore «Good Goody Getter», extraordinaire shuffle de petit popotin, tu danses au coin du juke, elle prend sa petite voix Motown et fait sa coquine avec du getter de rêve, c’mon ! À ce stade des opérations, on peut se demander pourquoi Aretha et pas Denise ? La réponse est évidente : Aretha avait Wexler, c’est aussi simple que ça. Westbound ne pouvait pas rivaliser avec Atlantic. Et pourtant, Denise défonce la rondelle des annales avec «Hung Up Strung Up», c’est aussi hot que du Stax, on a là un classique pur embarqué au pire drive de bassmatic qui se puisse imaginer ici bas. Encore un slab de heavy r’n’b avec «Keep It Coming», une véritable bénédiction de juke, bassmatic devant toutes, solo de trompette. Elle enfile les hits comme des perles, «Now Run And Tell That» sonne comme une révélation, elle saupoudre ses petits hey mr playboy d’oh yeah bien sentis. Nouveau monster hit avec «Man Sized Job», embarqué au rumble de shuffle no more. Hit de juke admirablement cadencé, aussi puissant que du early Ike & Tina. On reste dans l’effarance de la latence avec «What It Takes To Get A Good Woman», même aplomb et même assise qu’Aretha, même popotin de tous les diables, elle a vraiment largement de quoi rendre un homme heureux. Elle tape dans les Detroit Emerald avec «Do Me Right». On nage en plein rêve. Cette compile de singles tue les mouches. Une fois encore, c’est pulsé à l’énergie black et les cuivres jouent le thème, alors Denise y va franco de port et elle couine ses syllabes. Tout est très spectaculaire, ici, on se croirait à la Piste aux Étoiles. Avec «Get Up Off My Mind», on entre dans la période Muscle Shoals. David Hood claque le groove de bassmatic, c’est atrocement bon et Roger Hawkins bat le beat tribal africain. Encore un hit hallucinant de classe, bardé de renvois de chœurs à la Aretha, c’est la fête au village. Avec «The Best Thing I Ever Had», elle passe au slowah d’émancipation, elle règne sur la terre comme au ciel. Elle passe au r’n’b moderne avec «My Brand On You» et rameute tout le génie de Muscle Shoals pour «Any Time Is The Right Time», hanté par des chœurs géniaux. Avec «Here I Am Again», elle passe à la diskö, mais pas n’importe laquelle, celle de Barry White. Il fallait bien qu’elle bouffe. Bien sûr, les gens lui ont craché dessus, mais Denise est une reine. Elle chante comme si elle éclairait le monde. Elle shoote toute l’énergie de la Soul dans la diskö, comme le fit Aretha à la même époque. Elle chante à la vie à la mort. C’est sa force. À la fin de cette compile somptueuse, on entend des pubs radio : «The body & Soul of the Miss LaSalle ! The exciting sound of the Miss LaSalle !»

    Ado, Denise veut écrire des romans. Pas facile. Alors elle se met à écrire des chansons. Elle trouve le nom de LaSalle dans un magazine et pouf, c’est parti mon kiki. Elle travaille dans un bar de Chicago et rencontre Billy The Kid Emerson. Impressionné par sa voix, Emerson la branche sur Chess. Chess la trouve bonne, oui, mais pas encore assez bonne.

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    Denise comprend qu’elle doit redescendre dans le Sud pour s’épanouir artistiquement. Elle ne choisit pas n’importe qui : Papa Willie. Ouvrez la pochette de son premier album Trapped By A Thing Called Love et vous tomberez sur un texte magnifique signé Denise : «J’ai écrit beaucoup de chansons dans ma vie, mais les paroles n’ont aucun intérêt si la musique n’est pas bonne. Je suis arrivée à Memphis avec quelques paroles et des lignes mélodiques, mais ce génie nommé Willie Mitchell (Papa Willie I call him) a donné vie à mes paroles. Willie a tous ses arrangements en tête, il n’écrit rien, et la façon dont il communique avec ses musiciens est fantastique. Ils l’aiment et le respectent. Ils essaient de jouer le mieux possible - everyone tries hard to get the music down just right - Je dois tout mon succès à Papa Willie qui l’a rendu possible.» Et elle finit en dédiant cet album à Papa Willie et à Gene Bow-legs Miller. Sur l’album, on retrouve un paquet de singles, évidemment, ces énormités que sont «Now Run And Tell That», «Good Goody Getter» et «Do Me Right», purs shoots de jerk de gros popotin, Denise swingue le booty comme Ree, elle chante sous le boisseau de Papa Willie, c’est puissant des reins et parsemé de cris de folle, avec un son admirable d’entrain et de subtilité cuivrée. On retrouve aussi l’immense «Heartbreaker Of The Year» et «Hung Up Strung Out». Elle fait aussi une cover du «If You Should Loose Me» de Barbara Lynn. Force est d’admirer sa classe, elle claque sa Soul aux gémonies, c’est nappé d’orgue et digne de Fame. Elle termine cet album passionnant avec une compo de Carole King, «It’s Too Late». Ça sonne comme un hit, ce qui semble logique.

    C’est le DJ Al Perkins qui l’a mise en contact avec Armen Boladian, boss de Westbound Records, l’un des grands labels de Detroit sur lequel on retrouve les Ohio Players, les Detroit Emeralds et Funkadelic.

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    Elle embraye sur On The Loose. Un fantastique portrait d’elle cadré serré orne la pochette. Ses yeux noisette se plantent dans les vôtres et deux petites rides encadrent une bouche rieuse. Une autre photo d’elle orne le verso de la pochette, mais en pied. Denise a de l’embonpoint, comme Ree à la même époque, mais à part Laura Lee et Madeline Bell, a-t-on déjà vu une Soul Sister maigre comme un clou ? Non, évidemment. Cet album tient lui aussi par la force des singles qu’on y retrouve, à commencer par «A Man Size Job», énorme groove popotin. Denise ne rigole pas avec le popotin, c’est son truc. Elle sait manier le beat. Elle passe au funk avec «What It Takes To Get A Good Woman» et nous plonge dans l’heavy Memphis Sound, c’est digne de Stax et claqué aux riffs de fonk. Avec «Harper Valley PTA», un hit de Jeannie C. Riley signé Tom T. Hall, Denise passe à la country pop de Soul, et elle manie ça en experte, elle tient bien la distance, un peu à la manière de Dylan. Franchement, elle excelle dans tous les genres, comme on le voit avec «What Am I Doing Wrong», grosse compo d’elle qui sonne comme du pathos anglais et qu’elle reprend en retour de manivelle wha-wah. Elle injecte un gros shoot de gospel batch dans «Breaking Up Somebody’s Home». Elle chouchoute sa Soul à outrance et n’en finit plus de rivaliser de grandeur pulmonaire avec Ree. On trouve d’autres merveilles en B, notamment ce «Your Man And Your Best Friend» qui groove joliment sous le boisseau et «I’m Over You», sublime slowah sevré de gospel choir experience, qu’elle prend aux accents de féminité chaleureuse. Elle finit avec un nouvel archétype du heavy groove de Memphis Sound, «I’m Satisfied». Les gens d’Hi savent sortir un son : accents funky, guitares subtiles, oui, Mabon Hodges joue comme un dieu.

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    Dernier album sur Westbound : Here I Am Again. Belle photo de pochette. Celle qui orne la pochette de la compile Westbound pré-citée provient de la même session : Denise est tout simplement radieuse, superbement coiffée. Elle porte une robe rouge très décolletée et croise les bras, comme si elle se sentait nue. Le morceau titre sonne un peu diskö de charme, mais Denise règne sur la terre comme au ciel. Elle fait tout simplement de la Southern Diskö, comme en font de leur côté Millie Jackson et Candi Staton. Et puis elle revient à sa chère démesure avec «Share Your Man With Me», monté sur un beat bien épais, et joué comme dans un rêve. C’est du Aretha, mais estampillé Deep South. Denise chante ça à la retenue, et God, c’est épouvantablement bon ! Elle reste dans la Soul de r’n’b à la Aretha avec «I Wanna Do What’s On Your Mind». Elle tartine sa Soul avec un persévérance qui en dit long sur sa soif de vivre. En B, elle explose tout avec «My Brand On You», elle chante ça à la Denise Westbound, et croyez-moi, ça ne court pas les rues. C’est un hit de juke à l’état le plus pur. Et elle entame sa carrière de rappeuse avec l’excellent «Anytime Is The Right Time» - Some folks say/ The night time is the night time - Mais Denise affirme que c’est tout le temps le right time. Le right time de quoi ? Mais de baiser, bien sûr. Au cas où on ne l’aurait pas encore compris Denise est du cul, c’est-à-dire dans la vie. Elle soutient sa thèse avec une puissance hallucinante. Les mecs qui lui tombaient dans les bras avaient intérêt à assurer. Elle finit avec l’excellent jump d’«Hit And Run». Elle finit souvent ses albums en beauté. Ahhh Denise...

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    On entre avec Second Breath dans la période ABC/MCA. Il ne faut surtout pas cracher dessus, car même marqués par l’époque, ces albums tiennent sacrément bien la route. Aretha et d’autres grandes Soul Sisters sont aussi passées par là, et elles ont réussi l’exploit de rester dignes, grâce à leur génie vocal. Le ton des pochettes change aussi, Denise devient une sorte une reine de la nuit, plantureuse et sexy, mais jamais vulgaire. Elle chante essentiellement le cul et la drague, c’est-à-dire la vraie vie. Elle compose quasiment tout ce qu’elle chante et n’en finit plus d’accumuler des hits. Tiens, par exemple, «Freedom To Express Yourself» : elle y rappe son diskö beat. En tant que grande dame, elle peut se permettre toutes les fantaisies. Shake your booty, alors oui, mais avec elle. Elle enchaîne avec un hit de r’n’b intitulé «Get Your Lie Straight». C’est admirable de puissance charnue. Elle chante ça à pleine voix et ne supporte pas les mensonges. Elle revient toujours à son fantastique appétit de r’n’b, comme si elle voulait se montrer invaincue sur ce terrain. Dans «Sweet Soul», elle le prévient, get ready, caus’ I’m comin’ through you. Et voilà qu’elle repart sur un groove violonneux à la Marvin Gaye, «I’m Back To Collect» ferait bander un mort, elle shoote des harmoniques de What’s Goin’ On dans sa diskö de charme. C’est une fois encore admirable de tenue, joué et chanté au maximum de toutes les possibilités du genre. Elle démarre sa B en force avec «I Get What I Want», un extraordinaire shoot de r’n’b heureux de vivre, élégant et libre, un r’n’b qui circule dans les rues d’une ville lumière à l’âge d’or de la vie. Avec le morceau titre, elle prévient son mec qu’elle a trouvé le second souffle - I’ve got a brand new style/ Oooh I’m brand new baby - Elle est fantastique. Dans «Hell Fire Loving», elle affirme qu’elle peut réveiller un mort et pomper un jeune garçon a sec. Elle est tellement investie dans son art qu’on la croit sur parole. La voilà épuisée dans «Sit Down And Hurt Awhile». Elle n’a plus de forces - Let me sit down/ I just don’t believe I can make it baby - Elle souffre trop. C’est vrai, on devient dingue quand on souffre trop. Et elle termine cet album effarant avec une country-song de Soul fabuleusement inspirée, «Two Empty Arms».

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    La voilà au bord de sa piscine pour The Bitch Is Bad. Cet album vaut le détour, ne serait-ce que pour les quatre vénérables énormités qui s’y prélassent. Tiens, on commence avec «Fool Me Good», un groove à la Marvin - Aw sugar/ Just fool me good - Elle règne sans partage sur l’empire du groove de pool. Et en B, elle enchaîne trois super-monsters : «Move Your Body», «A Love Magician» et «One Life To Live». Avec le premier, elle tape dans le meilleur diskö-funk de l’époque. Elle fait de chacun de ses albums un véritable événement, c’est bourré de son et de classe black. Quel cut de fonk, rien ne peut la freiner ! Love Magician est du big ball sound à la Aretha - Aah he works magic/ Magic with my body - Et le troisième vaut pour un slowah séculaire, elle s’y élève comme Aratha, à la seul force de sa glotte d’acier. Et puis elle revient au pur sexe dégoulinant avec «Love Me Right». Elle y prend son pied, mmmmm.

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    Under The Influence paraît sous une pochette de satin mauve. Cette fois, elle enregistre chez Ardent, à Memphis. Elle démarre l’A en trombe avec «Party», gros shoot de diskö-funk. Denise gère ça bien, elle pousse des cris de relance et derrière, les Hot Buttered Soul font des chœurs de rêve - Hey ! - Elle n’en finit plus de relancer, elle épuiserait un régiment de hussards. Quelle énergie ! Avec «Let’s Stay This Way», elle passe au slowah de séduction suprême. Elle propose à son mec de ne rien changer, c’est vrai elle a raison, quand tout va bien, il ne faut toucher à rien. Elle chante comme une femme comblée. Ce n’est pas une vue de l’esprit, ça s’entend. Elle démarre sa B avec «Workin’ Overtime», un groove universaliste balayé par un puissant souffle d’Americana. Elle y aménage de sacrés paysages - You ain’t got nothing left - Son mec travaille tard le soir, il ne bande plus et elle trouva ça bizarre - The same old shit - Peut-on faire confiance à un mec ? Jamais.

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    La pochette d’Unwrapped présente les défauts de l’époque. Les graphistes manquaient alors d’imagination. On voit une main arracher une peau de zèbre rose et Denise apparaît souriant dans l’ouverture. Le «Think About It» d’ouverture de bal d’A donne le ton : diskö-funk, mais bien rebondi. On y entend d’ailleurs le drive de basse de «Miss You». Il n’y a pas de petits profits dans l’art du pompage. Elle sauve l’A avec l’excellent «Too Little In Common To Be Lovers», un slowah océanique. Elle gère ça aussi bien qu’Aretha, à coups de goodbye baby bien sentis. Elle tape en B une reprise de «Do Ya Think I’m Sexy» sur laquelle on passera, pour cause de mauvais souvenirs et elle termine avec un medley superbe de trois slow-grooves languides. Aw, Denise, que deviendrait-on sans toi ?

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    La voilà en reine de Broadway sur la pochette d’I’m So Hot. L’album vaut le détour pour une raison principale : le gospel batch de «May The Funk Be With You». En fait, elle fait du gospel batch diskoïdal, aussi puissant que celui de Candi Staton. On trouve aussi deux hits diskö sur l’album, «Try My Love» et «Tear For Fear». Denise se situe au cœur de son époque, et le pire, c’est qu’elle est bonne. En pure cerbère, elle grogne en rythme sur le diskö beat. «Tear For Fear» sonne comme un hit alerte et vivifiant. Impossible de calmer Denise, elle saute sur dance-floor et bouge son cul comme Aretha dans son restaurant. On trouve aussi en B un slowah d’une rare sensualité intitulé «Sometime». C’est incroyablement bien chanté. Elle vire à l’universalisme des I de baby, comme toutes les grandes Soul Sisters de sa génération.

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    Fin de l’époque MCA avec Guaranteed. Denise n’est pas à son avantage sur la pochette. Comme Aretha, elle est tombée dans les pattes d’une coiffeur qui ne l’a pas arrangée. On trouve un peu de diskö en A, mais comme chante avec une classe renversante, alors on danse avec elle. C’est la moindre des choses. C’est en B que se joue le destin de l’album, et ce dès «Got Myself A Handyman», tapé au bon vieux heavy groove. La voilà de retour sur son vieux terrain de prédilection. Denise adore le beat lorsqu’il est heavy, c’est-à-dire bien gros. Elle enchaîne avec une invitation lubrique, «Make Love To Me One More Time», à laquelle il est difficile de résister. Pas besoin de faire un dessin. On a là un groove bien balancé des reins, admirablement orchestré et soutenu par des chœurs de rêve. C’est d’autant plus torride qu’elle soupire d’aise - Darlinnng... - Voilà encore un cut d’une rare sensualité. Et elle passe sans prévenir au diskö-funk des enfers avec «ERA (Equal Rights Amendment)». Elle fait tout simplement du heavy Funkadelic. Attention, ce n’est pas fini : voilà «I’ll Get You Some Help», une merveille incroyablement dansante, elle y fait un festival, c’est l’un des r’n’b les plus dansants de l’histoire. Elle dégage tellement d’énergie qu’on pourrait qualifier sa Soul d’éruptive, elle s’y montre joyeuse, c’est infernalement bon, dansé jusqu’à l’os du beat, et c’est rien, comparé aux faits réels.

    Comme d’autres géants de la Soul, Denise rejoint Malaco en 1983. Bobby Blue Bland, ZZ Hill, Latimore et Johnnie Taylor font partie de ces géants. Malaco incarne un autre âge d’or de la Soul du Deep South, à la suite de Fame, de Stax et d’Hi.

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    Son premier shoot de Malaco s’appelle A Lady In The Street. Sur la pochette, Denise téléphone. Avec le morceau titre, on entre de plein fouet dans le big Malaco Sound System, soft groove élégant bien équilibré et richement orchestré. On s’en pourlèche les babines. Denise chante comme une vraie pro. Et puis avec «Don’t Mess With My Man», elle avertit la poufiasse qui louche sur son mec - I got news for you babe/ You better check this out - Denise ne plaisante pas avec ce truc-là - I tell you mama/ I can make you all understand - En B, elle tape un «Down Home Blues» au heavy blues de Malaco, coco. Il y met tout son poids, c’est idéal et grandiose. Et avec «Come To Bed», elle propose une invitation au voyage. C’est admirable de deniserie, mais avec de la classe, du satin noir et un parfum discret. Pour attirer le mâle, elle fait sa Marvin.

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    Elle retrouve sa parure de Diskö Queen pour la pochette de Right Place Right Time. Elle duette avec Latimore sur le morceau titre. Ils se situent dans la veine des duos mythiques de Motown, pas de doute. Avec «He’s Not Avaliable», elle passe au heavy funk des enfers. Admirable fonkah boot de Malaco. Quel son ! Et les filles derrières font : «He’s on the telephone !» Denise n’a pas de pot, elle tombe toujours sur des mecs qui lui bourrent le mou. En B, elle revient au heavy blues avec «Your Husband Is Cheating On Us». Encore une histoire de cul qui tourne mal. Denise s’intéresse beaucoup à la psychologie des hommes - He’s lying/ He’s a cheater - Elle n’est pas tendre avec l’husband - He’s not a good man - Et puis avec «Keep Your Pants On», elle tape dans Sam Dees, mais sur un beat à la Proud Mary très typé Tina. C’est excellent, on a là un joli shoot de rock de Soul cuivré et bardé de chœurs du Deep South, les meilleurs du monde. Elle prend ensuite le heavy groove de «Bump And Grind» au timbre fêlé, avec une diction à la Millie Jackson. Ah, on peut dire qu’elle chauffe sa petite affaire avec un art consommé.

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    Joli portait de Denise pour la pochette de Love Talkin’. La ressemblance avec l’Aretha d’une certaine époque est frappante. C’est probablement l’un de ses meilleurs albums, avec une B littéralement explosive : elle l’attaque avec le morceau titre, une sorte de groove de rêve éperdu, puissant et lascif, liquide et gorgé de suc - For life honey/ You and me - Elle passe plus loin au heavy stomp de Soul avec «Too Many Lovers», signé George Jackson. Elle nous drive ça à la poigne de fer. Que deviendrait-on sans elle ? Aretha et elle sont nos mères nourricières, ne l’oublions pas. Denise se fond littéralement dans le génie sonique de Malaco. Elle boucle avec «My Tu-Tu», un hit cajun comme pas deux, admirable d’exotisme louisianais et monté sur un beat salvateur. Oh, il faut aussi écouter le «Talkin’ In Your Sleep» qui ouvre le bal de l’A, car c’est un chef-d’œuvre de heavy funk diskoïdal, avec Jimmy Johnson dans les parages. Rien qu’avec cette supercherie, Denise sauve l’honneur des années quatre-vingt. Elle nous propose tout simplement le beat de fer dans un gant de velours, un son dont on n’ose même pas rêver. Elle passe ensuite au heavy Mississippi blues avec «Someone Else Is Steppin’ In», incroyable slab de steppin’ out. Elle reconnaît qu’elle était folle - I was a fool - Il fallait voir de quelle façon il la traitait. Sur cet album, hormis la voix de Denise, il n’y a que du son. Rien que du son.

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    Pochette plus graphique pour Rain & Fire qui, une fois encore, se présente comme un album classique digne des grandes discothèques. Rien de tel qu’un Southern boogie emmené à tire-d’aile comme «I’m Sho’ Gonna Mess With Yo Man» pour se mettre en appétit. David Hood embarque ça sur un drive de bassmatic élastique et ça vire au festival Muscle Shoals. Au dos, Denise se coiffe comme une lionne, un peu à la Tina. Elle continue de taper dans les compos du légendaire George Jackson avec «What’s Going On In My House». C’est l’avantage d’enregistrer chez Malaco : on y paye George pour composer. Quel fabuleux groove de charme ! Il faut bien dire que TOUTES les compos de George Jackson tapent dans le mille. L’Association Denise/George se situe exactement au même niveau que d’autres associations mythiques du genre Burt/Dionne ou encore Jimmy Webb/Thelma Houston. On est dans le nec plus ultra de l’excellence. Elle récidive en B avec «Dip Bam Thank You Mam», fabuleux groove jacksonien cuivré de frais. Denise l’attaque à l’Aretha et Jimmy Johnson nous barde ça de tortillettes incisives. Elle boucle le bouclard avec «Is He Lovin’ Someone Else Tonight», un slowah magnifico de Malaco coco, joué au petit bonheur la chance du Southerner. Denise nous le distille savamment, au gré du vent chaud qui caresse les fucking champs de coton.

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    Alors attention, It’s Lying Time Again et Holding Hands With The Blues proposent exactement les mêmes morceaux, et pourtant, c’est sorti sous deux pochettes Malaco différentes. Malaco nous prend pour des gogos ? Hélas oui.

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    Notre géante adorée tape «It’s Lying Time Again» au heavy shuffle de groove. Elle chante ça comme Albert King ou Aretha, avec du raunch plein la bouche. Elle entre dans la caste des imparables. Back to the heavy blues avec «It Makes Me So Mad». Denise n’a aucun souci avec le blues. Elle y va franco de port. Mais ça la rend folle, chaque fois qu’elle le voit dans les parages. Encore du haut de gamme avec «You’ll Never Get Your Hooks On My Man». Tout est bon chez Denise, miam miam. En B, elle tape dans Joe Tex avec «Hold On» et revient à la pop de Soul avec «Love Break». Cette femme nous épuise.

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    Attention, voilà un album énorme : Hitting Where It Hurts. «Don’t Cry No More» donne le ton : joyeux et quasi-calypso. On note la belle santé du beat raffiné. C’est tout simplement un fantastique hit de r’n’b monté sur un riff hypnotique. Elle rend un hommage somptueux à Sam Cooke avec une version musclée de «Bring It On Home To me». Elle fait le choix audacieux d’un beat grrovy et ce n’est pas la dernière fois qu’elle nous fait le coup. En B, elle revient à George avec «Eee Tee», comme si elle voulait passer aux choses sérieuses. C’est joyeux, solide et bon comme le pain chaud du petit matin - My man loves me/ He loves me from his heart/ Yes he does - C’est un énorme standard de r’n’b. Encore un fantastique hit de r’n’b avec «If You Don’t Do Me Right», joliment dansant et ultra-orchestré. Denise a du pot, elle a derrière elle tous les cocos de Malaco. Le «See Saw» qui suit n’est pas le hit connu, mais une pop atmosphérique si bien chantée qu’on dit amen. Elle revient à George avec «You Gotta Pay To Play» : solide, en place, chœurs de rêve, nous voilà au faite du Deep Southern Soul System.

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    La pochette de Still Trapped est un peu difficile. Denise n’y est pas à son avantage. Comme Aretha, elle est passée chez un coiffeur de traves. Mais l’album est superbe. On y retrouve toute l’équipe de Muscle Shoals, David Hood, Jimmy Johnson et Roger Hawkins, avec George Jackson qui fait des backings sur «Wet Match». Franchement, que peut-on espérer de mieux ? Avec «Trapped 1990», on glisse dans le plus admirable des slow-grooves. Dorothy Moore chante derrière. On a là une fantastique épopée sensorielle. Denise fait ce qu’elle veut des lapins blancs, de toute façon. Elle les emmène avec «Paper Thin» dans le meilleur beat de slowah de Malaco et rallume les lampions pour un coup de jerk intitulé «Chain Letter». Elle nous rappe ça au talking blues et part en funk de Soul avec toute la puissance des Temptations. Fascinant ! En B, dans «I’m Loved», elle s’extasie sur le fait d’être aimée, et elle a raison, car ça sonne juste. «Kiss It» est beaucoup plus diskoïdal, mais elle fait des folies de son corps. C’est une femme libérée, une extraordinaire rosace effervescente. Et soudain, voilà qu’elle tape dans Al Green avec «Love And Happiness». Cette merveilleuse pêcheresse greene bien son groove, elle en fait un groove de rêve écarlate joué sous le boisseau ardent du dieu des blancs qui n’a rien compris aux blacks. C’est battu au beat d’Al, une merveille d’équilibre et d’intelligence humaine et cette diablesse se fond dans un océan de crème au chocolat.

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    Sur Love Me Right, on trouve une nouvelle énormité signée Jackson : «Fast Hands And Dirty Mind». Encore un fabuleux groove de r’n’b emmené à fière allure. Tout aussi jouissif, voilà «Don’t Jump My Pony». Elle montre une fois encore qu’elle sait driver un beat dans le bon sens. Il ne faut pas lui raconter d’histoires, Denise n’est pas née de la dernière pluie. Les cocos de Muscle Shoals sont encore là, garants du meilleur son local. Un son si parfait qu’il est impossible de s’en lasser. Et Denise continue de chanter comme l’une des plus grandes Soul Sisters d’Amérique. Elle revient à son cher George avec «Don’t Pick It Up». Qui saura dire la classe des cuts de George Jackson ? Hein qui ? C’est d’une élégance qui bat tous les records. Une élégance pulpeuse, pulsée des reins, good timey - If you can’t carry it babe - «Ahhhh comme elle bonne !» (dit avec l’emphase crapuleuse de Jean-Pierre Marielle dans Les Galettes de Pont-Aven, cette fabuleuse ode à la vraie vie). Avec «Love Me Right», il est clair que Denise sort sa meilleure compo pour honorer les dieux de la Soul. Oui, il existe forcément des dieux de la Soul, sinon comment pourrait-on expliquer l’existence d’une femme aussi douée que Denise LaSalle ? En B, elle revient à George avec l’excellent «Too Many Hungry Mouths Around The Table», un heavy grrove d’une importance considérable. Elle maintient le cap du très grand album avec «You Can’t Get Nothin’ Straight Between Us». C’est très impressionnant. Trop de qualité ? Il faut juste se contenter d’écouter et surtout ne pas se poser de questions ou ramener des formules dont raffolent les cons, du genre «trop de qualité tue la qualité».

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    Avec Trapped, on entre dans ce que les disquaires appellent les tardifs. Denise approche de la soixantaine, mais elle ne faiblit pas. Elle retape dans son vieux hit «Trapped By A Thing Called Love», dans une ambiance à la Bobby Bland. Elle tape ça au talking blues et les gens applaudissent. Sacré public ! Les gens l’adorent. Elle fait sa Millie Jackson. Alors elle chauffe la salle et les gens exultent. Avec «I Was Telling Him About You», elle renoue avec l’excellence du groove, mais au-delà de toute espérance. Elle retape dans le vieux «Hold On» de Joe Tex en mode gospel batch et revient au heavy groove de génie avec «You Gotta Pay To Play». Hit signé George Jackson, alors no problemo. C’est immensément bon, claqué au dessus de la surface du r’n’b, subtil mélange de fonk, de Soul et de heavy groove bien monté en température. Elle accepte tout, le cash, American Express & co. Elle tape dans Sam Cooke avec «Bring It On Home To Me» en mode funky. Étonnant parti-pris. Elle rend hommage au père fondateur à sa façon. Elle revient à George avec «Too Many Lovers» et elle l’arrache du sol d’entrée de jeu. Avec George, on ne rigole plus. Voilà un hit de r’n’b assez fondamental. Denise le charge au maximum des possibilités, elle y va au guttural de chef de guerre, elle croit en George, alors ça se transforme en hit séculaire.

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    Dernier coup de Malaco avec Smokin’ In Bed. Denise est dans son lit. Attention, c’est chaudard ! À commencer par «Never Been Touched Like This». Elle rappe. Elle mah-mahte sur fond de groove technologique. Le pire, c’est que ça marche, ça accroche comme un hameçon dans la gorge d’une carpe qui ne demandait rien à personne. Ce groove ensorcelle - I love what you do baby - L’autre énormité nichée sur cet album s’appelle «The Night He Called It A Day», slab de pop rock de juke à la Dionne Warwick. Denise est une aubaine pour l’humanité, mais visiblement, l’humanité n’est pas au courant. Elle chante à la seule force de sa féminité talentueuse. Dès qu’elle tape dans les grosses compos, elle s’élève merveilleusement. Le morceau titre reste du pur jus de Malaco. Derrière Denise, les filles envoient la purée habituelle. Ça groove sec à Jackson, Mississippi - My man is smoking in bed - Tout un programme. Pas question de rater ça. Retour à George avec «Blues Party Tonight» - Tell BB King don’t forget to bring new kicks/ It’s gonna be alrite tonite/ At the blues party tonite - Elle cite aussi Johnnie Taylor et Bobby Rush, wow ! Et Little Walter ! Elle revient au gospel batch avec «Goin’ Through Changes». Elle se sert du gospel pour laver tous ses péchés. C’est de bonne guerre. Au temps de Corneille, on se battait pour moins que ça. Et puis il faut l’entendre éclater «Why Am I Missing You» au firmament des slowahs. Elle travaille bien son groove au corps et cette diablesse tape dans le mille à chaque fois. On dirait qu’elle a fait ça toute sa vie.

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    Beau portait de Denise sur la pochette de Still The Queen. Denise pourrait se contenter d’avoir du charme, mais elle continue de chanter comme une Soul Sister de très haut rang, et ce dès le morceau titre d’ouverture de bal. Fabuleux shoot de funk ! Elle écrase tout sur son passage, impérieuse, the queen is back ! Well give it up baby ! Elle n’a pas besoin de réclamer sa couronne. Elle enchaîne avec un slowah enchanté, «Dirty Freaky Man». Il semble parfois que dans les carrières des grands artistes black, les tardifs soient les meilleurs. En tous les cas, ça se vérifie avec Gladys Knight, Aretha et Denise. Back to the hot r’n’b avec «You Should Have Kept It In The Bedroom». Il y a là de quoi réveiller tous les morts du Chemin des Dames et que quoi recoller le bras coupé de Blaise Cendrars. Fantastique énergie, Blaise et Denise même combat ! C’est rythmé aux clap-hands. Quel festin ! Elle rejoue la carte fatale du heavy blues avec «What Kind Of Man Is This». Elle chante à outrance. Tiens, encore un violent slab de slut de r’n’b : «Funky Blues Kind Of Mood». Effarant de grandeur apoplectique, on est dans la cour des grands de Memphis, man ! Elle nous roule ça dans sa farine, la meilleure du comté. Elle chauffe à coups répétés de guttural et attaque tous ses couplets à la syllabe vibrée. Elle est admirable de A à Z et quand on écoute «Who Needs You», on se dit : «Ah comme les choristes sont bonnes !». Elles réchauffent bien le cœur de Denise. Elle chante comme une reine éternelle. Retour à George avec «In A Midnight Mood In The Middle Of The Day». Heavy groove d’ooh baby. Il plane sur ce cut un sacré parfum de légende. Denise semble surfer sur une vague d’argent et c’est pouetté au bassmatic. Elle termine avec le gospel de la séparation, «There’s No Separation». Elle s’engage politiquement - There’s no separation of church and the state - Diable, comme les Américains peuvent être vieux jeu.

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    Il semble que Pay Before You Pump soit le dernier album qu’elle ait enregistré. Pochette un peu vulgaire, mais les chansons elles ne le sont pas. On est tout de suite effaré par la puissance du beat. On la voit avaler le beat d’«It’s Goin’ Down» et passer à la pire heavyness avec «I Need A Working Man». Heavy as hell ! Elle est tout simplement démente, elle crée une fournaise sous le boisseau et semble réinventer la heavy Soul, elle drive le beat, c’est admirable de démesure, elle chauffe son cut avec toute la puissance d’une reine antique, tout à la poigne de fer. S’ensuit un fantastique schloof de boogie blues, «Mississippi Woman». Elle rend hommage au dieu Hooky, c’est joué au boogie blast d’accord traînard. Et voilà un cut idéal pour les apéros qui dégénèrent : «Hell Sent Me You». Ça glisse vers le dance-floor, La reine a pris un coup de vieux, mais elle reste géniale. Elle explose même le dance-floor. C’est d’une santé insolente, avec un groove orchestré aux marimbas. Elle revient au heavy blues avec «Walking On Beale Street And Crying», elle walk up and down looking after BB King et revient danser avec «I’m Hanging On». Cette diablesse bat absolument tous les records de cordialité, elle nous sort là un coup de pop joyeuse et elle pousse des cris. Elle fait sa mère maquerelle de club avec «I Tried» et il faut se dépêcher d’en profiter, car après c’est fini. Il ne reste plus que les asticots.

    Signé : Cazengler, Denis le sale

    Denise LeSalle. Disparue le 8 janvier 2018.

    Denise LaSalle. Trapped By A Thing Called Love. Westbound Records 1972

    Denise LaSalle. On The Loose. Westbound Records 1972

    Denise LaSalle. Here I Am Again. Westbound Records 1975

    Denise LaSalle. Second Breath. ABC Records 1976

    Denise LaSalle. The Bitch Is Bad. ABC Records 1977

    Denise LaSalle. Under The Influence. ABC Records 1978

    Denise LaSalle. Unwrapped. MCA Records 1979

    Denise LaSalle. I’m So Hot. MCA Records 1980

    Denise LaSalle & Satisfaction. Guaranteed. MCA Records 1981

    Denise LaSalle. A Lady In The Street. Malaco Records 1983

    Denise LaSalle. Right Place Right Time. Malaco Records 1984

    Denise LaSalle. Love Talkin’. Malaco Records 1985 (= My Toot Toot)

    Denise LaSalle. Rain & Fire. Malaco Records 1986

    Denise LaSalle. It’s Lying Time Again. Malaco Records 1987

    Denise LaSalle. Holding Hands With The Blues. Malaco Records 1987

    Denise LaSalle. Hitting Where It Hurts. Malaco Records 1988

    Denise LaSalle. Still Trapped. Malaco Records 1990

    Denise LaSalle. Love Me Right. Malaco Records 1992

    Denise LaSalle. Trapped. 601 Music 1997

    Denise LaSalle. Smokin’ In Bed. Malaco Records 1997

    Denise LaSalle. Still The Queen. Ecko Records 2002

    Denise LaSalle. Pay Before You Pump. Ecko Records 2007

    Denise LaSalle. A Good Thing Better. The Complete Westbound Singles 1970-1976. Westbound 2013

     

    PARIS / 06 – 03 – 2018

    LE QUARTIER GENERAL

    THOUSAND WATT BURN

    OSCIL

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    Sur le sentier de la guerre rock il ne faut pas s'étonner si l'on se retrouve au Quartier Général, ameublement spartiate, peu de chaises, quelques tables, de rares banquettes, par contre luxe suprême en temps de grand froid, un fumoir à l'étage inférieur, peu commode pour écouter les groupes, public nombreux pour un lundi soir, massé devant la scène. Trois combos de mecs avec à chaque fois, une fille en tête de file. Vous n'en verrez que deux, la brune et la blonde.

    THOUSAND WATT BURN

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    Suis venu pour eux, et me voici en pleine crise d'angoisse, si jeune et déjà rattrapé par le syndrome d'Alzheimer, j'aurais juré qu'ils étaient trois comme les Mousquetaires, j'ai beau compté sur mes doigts et me frotter les yeux, les voici quatre comme les Cavaliers de l'Apocalypse. J'ai trouvé l'intrus, je livre son nom aux services de renseignements, Will, et je complète la fiche : bassiste de son état. Voici donc notre trio transformé en quatuor, depuis à peine un mois, puis-je révéler. Mais taisez-vous, la cérémonie peut commencer.

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    Elle – la grande prêtresse noire – effleure d'un geste lent son bol tibétain, la batterie émet quelques râles à croire qu'elle entre en agonie, et derrière un froissement majestueux de guitare prend son jeu. Surviennent les notes noires et profondes de la basse et la musique gonfle comme un cobra royal qui se dresse de toute sa hauteur. Une vibration tellurique emplit la salle et se déploie tel un cauchemar maléfique.

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    Immobile, debout devant le micro, en une pose hiératique, sorcière dans une ample robe de bure noire, sa longue chevelure noire qui fait office de lourde écharpe, et ses lunettes aux grands verres aussi larges que deux pleines lunes de nuit de sabbat goethéen. Et la nuit tombe sur le monde. Elle hurle et les monstres froids et gluants de la démence et des terreurs folles quittent leurs sombres cavernes originelles. Viols de vampires, strettes de strénogoïs et vols erratiques de ptérodactyles efflanqués dans les aubes livides.

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    Un chant d'opéra, qui porte en lui décors d'effrois, rideaux de peur et coulisses de terreur. Plus qu'un chant, de longs spasmes doomiques, qu'elle extirpe du fond de sa gorge, qu'elle libère d'on ne sait quels cachots souterrains, elle n'est déjà plus elle, elle tape du pied, d'un mouvement pratiquement instinctif, une espèce de défense auto-réflexive du corps qui se défait, expulse et exile de telles horreurs innommables. Une attitude qui sans en être une copie n'est pas sans rappeler la tenue de Janis Joplin sur scène. Mais les temps ne sont pas les mêmes, régnait alors une atmosphère de fête libératrice... notre époque ressemble davantage aux âges noirs du Kali Yuga dans lequel l'éternité n'a plus de futur.

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    Lorsqu'elle s'arrête – vous savez ces profondes inspirations toute pantelantes entre deux vomissements – l'on prête attention à l'orchestre qui tisse écrins de somptueux requiems, brocarts de noirceurs, linceuls d'agonie, et suaires de goules sanglantes. Musique lourde moins striée des stridences de la guitare car funébrélisée des rondeurs de la basse. Atmosphère de châteaux en ruines ensevelis sous les frondaisons de chênes multi-séculaires aux branches tordus comme des corps de suppliciés. Et la voix reprend comme immenses et vastes lames de larmes qui se brisent sur de désastreux récifs. Une houle immense qui s'avance, emporte tout, détruit tout. Sans rémission.

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    Thousand Watt Burn, brûle tout sur son passage, un feu glacé, une fournaise froide comme l'enfer de vos meilleures intentions. Neige carbonique. Mais notre prophétesse s'accroche au micro pour lancer les imprécations ultimes, vingt fois elle reprend le combat, comme possédée d'une étrange transe envoûtante.

    Et le rituel sacré s'achève. Quelque part une pierre de la pyramide du monde se lézarde... le public qui acclame et félicite ne le sait pas encore. Il vaut mieux pour lui.

    ( Photos : Sabrina Nana Nuptian Cutter )

    OSCIL

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    Elle porte un perfecto et une robe pied-de-poule flashy-chic, quand je suis arrivé et que je l'ai aperçue je n'ai pas deviné qu'elle était dans un groupe, trop classe avec ses cheveux mi-longs qui encadrait ses yeux bleus – légendaire flair de rocker en faillite – mais quand elle a quitté son perfecto et gardé sa robe – hélas, pas l'inverse - pour se poster devant le micro l'a bien fallu me rendre à l'évidence. J'avoue que j'ai lamentablement séché sur le premier morceau, incapable de dire de quoi il s'agissait, pas vraiment du rock, pas vraiment autre chose, le deuxième était un plus net. Les trois zigotos à ses côtés commençaient à s'en prendre à leur instrument de belle manière, des pointures à leurs façons. Remarquez que sur le moment, j'ai éprouvé un énorme regret, celui de ne pas avoir les pleins pouvoirs divins et de disposer une section de cuivres autour d'Ingrid. Elle a de la voix, l'en fait un peu ce qu'elle veut, la flexibilise, la pirouettise, l'attise, la jazzise et la rytm'n'bluise, à sa guise. Oscil oscillerait-il entre plusieurs genres ?

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    Ben non, z'ont fini par trouver leur voie. Z'avaient dèjà la voix alors se sont resserrés sur elle, les musicos ont tissé un back-ground aussi touffu que la jungle de Bornéo, se sont amusés à un jeu cruel dangereux, une note de trop et le tigre de la batterie lui tomberait dessus comme un python qui se laisse couler de la cime d'un baobab sur sa victime, un demi-bémol erratique et la guitare-tigre lui arracherait une jambes ou un bras, un fa-dièse en moins et la basse orang-dégoûtant s'apprêterait à lui-faire subir les derniers outrages, vous ne pouviez que prendre en pitié et pleurer sur le sort funeste réservée à cette petite-fille confrontée à de tels défis, sans droit à l'erreur, perdue à tout jamais.

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    Deuxième erreur de la soirée. Ingrid aussi à l'aise au milieu de cette bande de malappris que sur sa chaise-longue au bord de la piscine, ah ! les méchantes bébêtes voulaient s'amuser, elle allait leur montrer qu'elle était la plus futée de la futaie. On croyait l'avoir entendue chanter, ce n'était qu'une illusion, disons qu'elle chantonnait, qu'elle fredonnait, qu'elle flûtait ( une demi-baguette ) et brusquement de sa petite robe à motifs émotifs gris et blanc, elle a sorti son organe, une voix de lionne à qui vous venez de tuer son petit, z'avez intérêt à courir vite et à ne pas vous retourner, et les trois musicos ont compris que leur vie en dépendait, vous auriez vu le concours de vitesse, Flo qui drumait sur sa batterie comme s'il descendait les pentes vertigineuses de l'Anapurna en ski, l'on ne voyait que ses bâtons qui tournoyaient autour de ses bras, Vince, sa barbe emmêlée dans les cordes de sa guitare, vous dégoupillait les riffs à la manière d'un ouvreur d'huîtres un soir de Noël, trente quatre notes à la seconde, et Aubry qui malaxait sa basse tel un catcheur en train de jeter sur le public les boyaux de son adversaire qu'il vient d'étriper vivant sur le ring. Un sauve-qui-peut généralisé, mais en un ordre parfait, se talonnaient certes, mais jamais sans se marcher dessus. Un ballet sonore réglé au centième de millimètre, et Ingrid qui n'arrête pas de clamer toute sa féminine hargne, qui vous claque de sa voix de bronze et vous barbaque la chabraque de son gosier d'airain. Le public suit en hurlant et en applaudissant.

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    Z'ont bien tenu une heure à ce rythme-là. Z'ont aligné des syncopes d'un funk-rock-jungle du meilleur bois précieux dont ils se chauffent, et puis se sont arrêtés, tout sourires, Ingrid aussi fraîche qu'un gardon dans les eaux froides d'un torrent de montagne, nous a remerciés d'une voix toute fine, est descendue de la scène pour se saisir de son perfecto. Le style.

    ( Photos : Sasha Ivanovic )

    FIN IMPROMPTUE

    Il y a bien un troisième groupe sur l'affiche. Crash Mighty, se sont dépêchés d'investir la scène dès le set des Oscils achevé. Mais je n'en parlerai pas. Ce n'est pas que je les hais, ce n'est pas que je les ai déjà chroniqués dans la livraison 357 du 18 / 01 / 2018, simplement que j'ai détalé au plus vite comme un caribou à bout d'abus, c'est que voyez-vous les Rockers sont de dangereux oiseaux de proie qui partent en chasse dès que la noirceur de la nuit s'étend sur le monde, peut-être un jour vous raconterais-je, si vous êtes sages, la suite de mes nyctalopiques errances fastueuses dans les ténèbres du Mal, en attendant remettez-vous Thousand Watt Burn, pour calmer vos impatiences.

    Damie Chad

    THOUSAND WATT BURN

    Attention artefact. Objectif objet réalisé. Avis à la tribu des collectionneurs collectant les collectors, existe en deux teintes, pourtour de la pochette en bistre ou en bleu. Aucune indication de noms, de lieu, de titres, de dates hormis l'image. Rond blanc, comme masque funéraire cambodgien, cerclé de noir, avers du disque d'un noir de cercueil, là aussi, nulle inscription.

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    Je ne résiste pas à vous le re-chroniquer ( voir la livraison 358 du 25 / 01 / 2018 ), mêmes titres non indiqués. My Darling : transportés en trois coups de batterie dans une autre dimension, une guitare cathédrale et une voix de voûte grégorienne qui vous prend à la gorge avant de se mettre à marouler comme un chat abandonné sur un toit brûlant, plus tard elle feule et râle et même quand elle murmure vous avez la chair de poule. Eblouissance terminale, avec une pression orchestrale énorme qui annonce le train suivant. Come to me : lancé à toute vitesse, fait la course avec le Dirigeable, la guitare fonce mais c'est la voix qui emporte le convoi. Un beau cyclone de cymbales pour accompagner le roulement. Ah ! ce your mind miaulé à mort, mais qu'est-ce qu'elle veut, lui bouffer l'âme toute crue ? She loves a girl : ( moi aussi, mais ce n'est pas pareil, toutefois pas plus naturel quand on y pense ) Bon pas le temps de philosopher, c'est reparti comme en quatorze, z'ont apparemment une tranchée à prendre, arrêt brutal, plus personne à tuer. C'est dommage. Listen : un vieux fond de blues kramé au kérosène, musique au lance-flamme et voix en tapis de bombes. N'oublient même pas la fumée qui sourd des ruines, pour la fin vous avez l'impression qu'un troupeau de mille éléphants s'avance sur vous dans la manifeste intention de vous écrabouiller et de vous réduire en huile de palme pour la confection des pots de nutella. Les enfants adoreront. C'est comme cela que l'on fabrique les asociaux, les inadaptés, et les légions de révoltés.

    Damie Chad.

    *

    * *

    Journée de la femme, leitmotiv peu wagnérien en boucle sur les média, si les dieux du rock existent, ils vont nous balayer toutes ces simagrées institutionnelles en un tour de main, nous passer le torchon et la serpillère javellisée sur toutes ces rodomontades hypocrites... Bien sûr que du haut de leur Olympe ils veillent au grain, et rétablissent l'équilibre paritaire, la nouvelle tombe sur les téléscripteurs en plein après-midi, ils nous envoient ce soir :

    08 – 03 – 2018

    ,à FONTAINEBLEAU, au GLASGOW,

    THE SPUNYBOYS

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    trois des gars des plus juteux et des plus gouteux du rock'n'roll. Marteau sur l'enclume, c'est la vingtième fois qu'ils viennent semer l'orage et la foudre dans le pub bellifontain, est-il nécessaire de préciser que le public a répondu en masse à l'appel sauvage, the Call of the wild pour parler comme Jack London. Dans le fond à gauche, si vous vous penchez bien, vous reconnaîtrez les silhouettes de Sergio Kahz et de Maryse Lecoultre en mission secrète pour Rockabilly Generation News, à ses côtés ce blouson rouge appartient à Bryan Kazh, jeune pousse du rockabilly dont nous reparlerons bientôt.

     

    Sont là, Rémy arborant sa monstrueuse banane – monument capillaire qui devrait être classé par l'Unesco en tant qu'insigne culturel d'exception - et son sourire charmeur, Guillaume le visage cisaillé de ses favoris angulaires qui sont de véritables accroche-coeurs féminins, et Eddie. Qui nous la joue rock and roll star. Absent. Et la foule, tassée comme grains de sucre dans un stick, qui scande son nom sur l'air des lampions, surexcitée. Le voici enfin qui descend négligemment les escaliers, grand seigneur qui rejoint ses gens - valetaille adorante, damoiselles émoustillées, et piqueurs rockers impatients de courir après le gibier de la grande chasse que tout le monde pressent royale.

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    Ecouter les Spunyboys vous renvoie à votre incomplétude humaine. Il vous manque une oreille. Car ils sont trois et vous n'en possédez que deux. Que voulez-vous nul n'est parfait. Prenons un exemple au hasard : les Spunyboys, justement ils sont là devant nous. Ne sont pas comme les autres groupes de rockab. Chez eux il n'y a pas d'espace. Même pas courbe comme chez Einstein. Sont du genre, premier atome d'hydrogène avant le big band. Concentrés à l'extrême. Chant, contrebasse, batterie, guitare, ne forment qu'un. La sphère parménidienne par excellence. Vous n'y rentreriez pas un grain de poussière. Alors avec vos deux pavillons éléphantesques ( éléphantasques si vous préférez, barrez la mention inutile ) vous repasserez. Les autres groupes, reste toujours un interstice, une fissure à lézard, un trou de souris, une niche à chien, une grotte à ours, une balzacienne rue du chat-qui-pêche, que sais-je ! bref assez d'espace pour que vos deux tympans puissent se promener à l'aise dans toutes les directions et isoler les instruments un à un, suivre celui-ci, vous obnubiler sur celui-là, vous détourner de ce dernier, mais avec les Spuny, vous pouvez prêter l'ouïe tant que vous voulez, ils ne vous la rendront pas. Mélange homogène.

    Inutile de vous lamenter car écouter les Spuny c'est accéder à une plénitude musicale extatique. Pas de quoi glisser un feuillet à cigarettes ( ou à autre chose ) mais en contrepartie, vous les entendez tous les quatre. Sont trois mais comme dans les grandes surfaces vous en achetez trois – profitez-en ce soir l'entrée est libre – et vous en avez un quatrième gratis. Des malins, des vicieux. Même quand ils donnent toute la gomme, tous ensemble, ils se ménagent une place de stationnement à usage exclusif. Pas grand-chose, même pas trois secondes, ici c'est Guillaume qui rattelle sa batterie, z'avez l'impression qu'il jette trois cadavres dans une fosse commune ( et vous aimez cela ), là c'est Eddie qui vous électrifie les parties génitale à la gégenne vincent, maintenant c'est Rémi qui vous frictionne l'épiderme avec la pommade empoisonnée de sa voix, et le voici encore qui arrête si brusquement de tirer sur les cordes de sa contrebasse que vous sentez votre cœur s'arrêter. Ad vitam quasi aeternam !

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    Et pas besoin d'être un amateur chevronné de rockabilly pour ressentir cela. Le public du Glassgow est à majorité festive. De la bonne musique qui envoie, ne demande pas plus. Ne dissèque pas son plaisir. Les boys savent y faire. Vous renvoient la pression à cent à l'heure. Quelques mots suffisent à Rémi pour créer la grande connivence des grands soirs. N'a pas un grand espace pour faire tourner sa contrebasse comme les ailes des moulins de Don Quichotte, n'en fait pas pour autant le cachotier, y grimpe dessus, matelot de vigie hissant l'étendard sémaphorique de son corps, la pose du Christ mis en croix qui se démène de bien peu pieuse manière, la foule se referme sur lui lorsqu'il s'allonge de tout son long sur les éclisses, tout en continuant à jouer avec autant de justesse que le premier violon du Berliner Orkestra. Quoiqu'il nous faille reconnaître qu'il y met davantage de fougue délirante que de grave componction.

    Eddie fait l'unanimité. Contre sa chemise. Personne n'échangerait la sienne avec son chiffon blanc. Par contre, il vous fait de telles sérénades – flor de cuchillo – disait Federico Lorca en su cancion del jinete, que votre petite soeur adorerait qu'il vienne nous donner aubade tous les soirs sous son balcon, pour la discrétion, ne pas compter sur lui, vous délivre de ces giclées spermatoïzidales de notes à faire rougir un archevêque. Guillaume ne reste pas en reste. Le plus grand cogneur de grosse caisse de toute l'Europe. Vous fricasse un boom-boom en introduction comme s'il bazardait deux bombes atomiques sur la maison d'un voisin qu'il n'aime pas, suivies de ce bruit qui ne ressemble à rien mais reconnaissable entre mille, cette espèce de brève rumination métallique de cloche de vache dont vous entrechoquez les cornes pour en tirer des étincelles.

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    Deux sets. Le premier de folie. Le second de furieux. Les gens qui dansent partout, des sommets éblouissants, Teddy Boy Rock'n'roll l'hymne ted par excellence, le I'm down d'Esquerita – comment oublier l'envolée little richardienne de Rémi - plié pile à la démesure du phrasé syncopalement ultra rapide des Spuny, un véritable travail d'artiste. Un Important Words de Gene Vincent dynamité de fond en comble sans rien perdre de l'authentique tristesse originelle, et plus tard cette série de jumpin'countries, cowboys, saloons et winchesters crépitantes...

    Quittons les spuny acclamés comme des héros, entourés de filles extatiques, rock'n'roll quoi !

    Damie Chad.

    ( Photos : Sergio Kazh / Rockabilly Generation News )

    10 / 03 / 2018

    COUILLY-PONT-AUX-DAMES

    LOCAL METALLIC MACHINEs

    KING BISCUIT TIME

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    Toujours m'esbaudit le body de courir à Couilly-Pont-Aux-Dames, à ma connaissance il n'est pas une autre localité hexagonale qui ait réussi à exprimer en sa brève appellation l'attrait sexuel qui aimante l'hominidé mâle à s'irrésistiblement porter vers l'hominienne femelle. J'arrête mes salades salaces, toutefois quoi de plus naturel que je givre de jive grivois quand arrive le temps de tremper son biscuit dans l'origine du monde bleu.

    KING BISCUIT TIME

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    Cuite et recuite à la sauce au bleu, la plus vieille émission hebdomadaire de blues du monde. Première gigue en direct sur les ondes de KFFA à Helena en 1941, dans l'Arkansas pas très loin de Memphis ( Tennessee ). King Biscuit Time diffusée à l'heure des repas fut un instrument idéal de propagation du blues dans l'Amérique noire. Et par contre-coup blanche. King Biscuit Time fut un marqueur privilégié de la transition du blues rural du Delta au blues électrique de Chicago.

    Quatre-vingt ans plus tard, le nom d'un groupe Seine & Marnais qui s'inscrit dans le vecteur du blues électrique cousin incestueux du rock'n'roll. Pas des débutants, ont déjà roulé leur bosse, certains, notamment Sébastien Bizière et Bruno Lombard, dans les Spykers, groupe orienté rockabilly qui, sans surprise, ménageait quelques interludes bleus dans leur répertoire, ce que nous avions chroniqué en notre livraison 164 du 21 / 11 / 2013 lors de leur passage en première partie de Marcos Sendarrubias.

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    Premier concert pour le King Biscuit Time, ne sais comment ils ont trastégé mais le local des Metallic Machines est rempli à ras-bord – l'est sûr que l'accueil est super-sympa – et le public ne décollera pas de devant le combo une seule seconde de tous les deux sets. Vu les applaudissements chacun à dû trouver les gâteaux succulents. Que voulez-vous les chocolatines avec deux barres de chocolat, c'est obligatoirement meilleur. King Biscuit Time applique cette double recette. Possèdent deux guitaristes solistes, avec Bruno Lombard à l'harmonica cela en fait trois. Ne croyez pas que les deux autres pointent au chomdu.

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    Automatic pour lancer la machine bleue. C'est du spongieux à souhait, à chaque pas que vous faîtes z'avez un alligator qui pointe son museau à fleur d'eau, pas très rassurant, mais l'on garde le cap sans faillir. L'on gagne très vite la terre ferme avec It's Hot, c'est vrai que c'est chaud, brûlant même. Faut maintenant détailler. S'est installé à la meilleure place, vue montante sur les rotondités avenantes et charnues de Miss Metallica collée au mur. Une véritable invitation au voyage, qui doit l'inspirer. Un homme discret Marc Rodeschini, souvent caché par la haute silhouette de Bruno Lombard, mais l'on n'est pas prêt de l'oublier. L'a le son bleu, idéal. Une basse puissante, flexible, chaloupée, prenante et souple, rien à voir avec le bruit de fond qui vous embrume la tête, au contraire, cinglante comme un fouet et onctueuse comme une caresse. Vous enveloppe sans vous oppresser, relève du courrier à toute heure, de jour et de nuit, avec une telle assurance-vie rythmique, les copains sont certains qu'ils peuvent prendre tous les risques. A ses côtés Sébastien Bizière, Sébas bastonne à la batterie. L'est l'homme du premier et du dernier recours. Le phare durant la tempête, avant et après aussi. On l'interroge du regard, on lui fait signe du bras et tout de suite il lance la foudre ou vous ralentit la voiture à volonté. File la mesure de trois coups de baguette et accompagne les copains dans la démesure. L'a fort à faire car les autres briscard ne sont pas venus pour mâcher des chamallows. Déjà deux solistes – qui parfois poussent le vice à soleliser en même temps, genre le fil barbelé qui s'en vient s'enrouler autour de la ronce, en prenant soin de ne pas arracher les pétales de la rose bleue. Chacun leur style. D'abord Thierry Leroux, casquette New York sur la tête, l'a un truc, ne se sert que d'un tiers de sa guitare. Le bas de caisse et le haut du manche, de temps en temps un petit tour juste pour vérifier s'ils sont encore là. Son endroit de prédilection c'est au plus bas des frettes et sur le dernier micro. Deux solutions, quand il est sur le bas du manche, il vous poinçonne de ces petites notes à la B. B. King, des espèces de plaintes répétitives qui vous vrillent les tympans, les soutient un quart de seconde de moins que B. B. car il a une préférence pour les dégelées ultra-rapide, descend sa main droite de dix centimètres et vous ne voyez plus ses doigts qui vous envoient de ces grésils enflammés et suffocants qui mettent l'auditoire en joie. Au tour de Patrice Corbière. Une dégaine incroyable avec sa casquette visière sur la nuque, il s'approche du micro et dès qu'il a plaqué deux accords toute la solitude du blues vous tombe dessus. Attention, il est inutile de vous suicider de désespoir, suffit de suivre ses agiles pognes sur le manche pour être à la fête. Un style à l'opposé de la manière de Thierry. Vous avez eu le feu. Voici l'eau. Pas celle qui éteint les incendies. Elle coule mais pas du tout innocemment. Elle grouille de piranhas et de barracudas, au moment où vous vous y attendiez le moins, leurs têtes surgissent du flot bleu et vous arrachent un morceau de chair. Parfois elles s'obstinent, reviennent incessamment à l'assaut et vous bouffent par morceaux jusqu'au squelette. Et le public crie de joie.

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    La guitare blues c'est excellent mais avec l'harmonica c'est comme si vous rajoutez une vipère dans votre lit. Un sacré instrument. Vous tient dans la paume de Bruno Lombard, l'en a une collection pour toutes les tonalités dans l'énorme valise jaune posée sur le devant de la scène, un jouet d'enfant, et en quelques secondes il obtient des stridences d'enfer à rendre Satan jaloux. Pas étonnant que le blues ait été surnommé la musique du diable, Bruno Lombard y perfore dedans ses orgues à bouche à pleines dents, des fournaises riffiques vous tombent dessus, certes l'a du coffre et du souffle mais au paroxysme de l'action il vous semble qu'il va expirer, rendre son âme, là sur le champ tout de suite, mais non, le retire de ses lèvres pour se jeter sans tarder sur le micro et lancer imprécations vindicatives, déclarations de guerre au monde entier, et admonestations sexuelles à la gent féminine, I wanna Be Your Man, Devil Woman, She's Dangerous, I want to be Loved, Scratch my back, le blues ne fait jamais dans la dentelle, même quand il se plaint Help Me, Baby Please don't Go, Time to Cry, cette musique est emplie d'une séminale énergie frustre et sans équivoque. La voix puissante de Bruno Lombard martèle les mots, vous crache le blues en pleine figure, vous ensaigne la cruelle désillusion assumée de la vie.

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    Le King Biscuit Time est généreux, à eux cinq z'ont de quoi remplir les bocaux, les morceaux sont entrelardés de solos de guitare, d'harmo et de chant jusqu'à la gueule, n'en jetez plus, il en reste encore, pas le temps de s'ennuyer, deux sets menés à train d'enfer, des charges héroïques de Sonny Boy Williamson ( Rice Miller ) aux virevoltes folles de Little Walter. Premier concert et déjà – ce qui est le plus important - un son à eux. Le groupe s'impose. Vous tire la moelle des os, vous emmène jusqu'au bout nervalien des nuits blanches et des petits matins noirs.

    Terminent sous une nuée d'applaudissements frénétiques et un orage de clameurs appréciatives. Dans la boîte à gâteaux ne reste plus rien, l'on a tout raflé jusqu'aux miettes. Le roi des biscuits nous a refilé des biscuits de rois. Take a good time, babe !

    Damie Chad.

    ( Photos : FB : Metallic Machines )

  • CHRONIQUES DE POURPRE 225 : KR'TNT 344 : LORDS OF ALTAMONT / SPUNYBOYS / STEVE PEREGRIN TOOK / ( LONG )CHRIS / TRY ROCK & ROLL / TWILIGHTERS / BLUES & CO

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 344

    A ROCKLIT PRODUCTION

    LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

    19 / 10 / 2017

    LORDS OF ALTAMONT / SPUNYBOYS

    STEVE PEREGRIN TOOK / ( LONG ) CHRIS

    TRY ROCK'N'ROLL / TWILIGHTERS / BLUES & CO

    Altamont là-dessus et tu verras Montmartre - Part two

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    Jake Cavaliere semble sortir d’une cour de lycée. En tous les cas, il refuse de devenir adulte. Haut et mince, on ne voit que lui. C’est le but. La rockstar doit se voir comme le nez au milieu de la figure. Et ce plus que dans n’importe quel autre domaine artistique. Quelque chose dans sa physionomie indique clairement une sorte de prédisposition. Dans l’Égypte antique, le paysan qui voyait passer Pharaon sur son char devait se dire la même chose. Ce n’est pas vraiment une affaire de grâce. Parlons plutôt d’une affaire de configuration atypique, d’une stature, d’un certain port de tête, en somme, quelque chose de très concret qui finit par confiner à l’abstraction. Rien à voir avec la beauté. Jake Cavaliere n’est pas beau, loin de là, mais il dégage quelque chose de spécial. Chez lui, la minceur revêt un caractère pathologique puisqu’elle remonte jusqu’au crâne qu’on dirait aplati des deux côtés. Sa coiffure de cheveux plaqués renforce encore cette impression, ses cheveux encadrent son visage comme le ferait un casque de centurion : deux garde-joues de cheveux noirs descendent jusqu’au bas de la mâchoire se fondre dans des rouflaquettes mal fournies. Son visage paraît taillé en sifflet et ses petits yeux renforcent encore l’impression de croiser une fouine humaine. Il n’observe pas la salle du bar, il l’introspecte avidement. Ses cheveux noirs de jais paraissent taillés pour épouser la forme de son crâne étrangement oblong. Jake Cavaliere est ce qu’on appelle chez certains cinéastes une trogne. Quand Federico Fellini et Jean-Pierre Mocky montaient le casting d’un film, ils partaient à la chasse aux trognes. C’est la raison pour laquelle leurs films frappent tellement l’imagination des gens : ça grouille de trognes. Les trognes rendent les situations burlesques. Elles renforcent considérablement le pouvoir d’évocation. Elles donnent du sens à la grandiloquence du trash. Elles rendent certaines scènes inoubliables.

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    Pour consolider ses effets, Jake Cavaliere soigne bien sûr son accoutrement. Il ne porte que du noir : blouson de biker angelino avec le nom du concessionnaire dans le dos (Johnson Motors. Inc. United States Distributor. 36 W Colorado Street. Pasadena. California), jean taille basse et très gros ceinturon à boucle posé sur le bas des hanches, grosse chaîne de portefeuille à la pendouille et du tatouage en veux-tu en voilà. Les ailes d’un aigle remontent de l’encolure du T-shirt jusque sous la mâchoire et confèrent à sa pomme d’adam un statut impérial. Le mot LOVE est tatoué sur les doigts de la main droite et LOST sur ceux de la main gauche. Et quand il ôte son cuir pour jouer sur scène, il montre la suite de son impressionnante collection : sur ses bras, il ne reste pas un seul centimètre carré de peau qui ne soit pas tatoué. Jake Cavaliere ne fait pas les choses à moitié. C’est la raison pour laquelle on l’aime bien. Le ronchonneurs diront qu’il n’invente pas la poudre. Jake pourrait leur répondre qu’il n’est pas là pour ça. Dans un mauvais western spaghetti, il ajouterait qu’il est surtout là pour la faire parler.

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    Les Lords Of Altamont figurent aujourd’hui parmi les rois de la scène. Leur rock plonge des racines avides dans la culture du fameux Californian hell (bikes, death, drugs & Lucifer), dans une tradition garage qui remonte aux Standells et aux Seeds, dans la vampirisation de la Stonesy, dans l’énergie du all nite long typique des surdoués de la défonce angelinote (les Calforniens ont toujours mis un point d’honneur à pulvériser tous les records - hédonisme pour David Crosby, trash éthylique pour Charles Bukowski, wild acid overdride pour Dickie Peterson - et ce qu’on en sait montre que ça va si loin qu’on se demande comment ces gens-là s’y prennent pour agir avec autant de panache. Car vous le savez bien, lorsqu’on est vraiment défoncé, ça peut devenir compliqué de briller en société). Cette notion de démesure est capitale, en ce qui concerne Jake Cavaliere. Tout l’édifice des Lords repose sur cette démesure. Ce serait un château de cartes si Jake Cavaliere n’était pas aussi bon. Il n’en finit plus de consolider son impact scénico-icônique. Il semble qu’avec le temps, les Lords s’améliorent encore. Il se pourrait aussi que les bonnes vibes de l’Escale viennent encore renforcer cette nette impression d’amélioration. Ce bar havrais est un lieu taillé sur mesure pour recevoir un groupe comme les Lords. On peut même parler de conditions idéales : salle sans prétention, public sans prétention et groupe sans prétention. L’essence même du rock - the hardest core of rock’n’roll, dirait Mick Farren - et l’impression toujours plus nette que ce bar havrais devient le lieu idéal pour les concerts de rock. L’anti-thèse de la Gaîté Lyrique.

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    Si tu vas les voir jouer sur scène tu en auras pour tes dix euros. Tu passeras une bonne soirée, ce qui est toujours le but de l’opération. Tu verras opérer la magie d’un groupe américain et tu comprendras que ces gens-là amènent dans le rock une énergie spécifique. Tu comprendras aussi que le garage reste malheureusement l’apanage d’une petite élite. Quand on traîne au Cosmic, on voit trop de groupes misérables se priver d’avenir. Le garage est un genre ô combien difficile. Il ne suffit pas de porter une chemise à pois. Il faut s’appeler Jake Cavaliere, Kid Congo ou Leighton Koizumi pour savoir jouer à ce petit jeu, c’est-à-dire qu’il faut avoir les moyens physiologiques de l’incarner. Comme lorsqu’on parle du punk-rock : il faut s’appeler Steve Jones pour que ça marche, sinon, on voit à travers.

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    Jake Cavaliere s’est voué à son art, comme on entrait jadis en religion. Son set vaut tout l’or du monde, ses albums tiennent joliment la route. Une heure trente de set et pas un seul déchet. Les Lords stompent et blastent à tours de bras, ils n’en finissent plus de réinventer ce vieux garage complètement éculé. En rappel, ils font même une reprise du «Live With Me» des Stones, histoire de rappeler à un public qui n’achète plus de disques que Lords Take Altamont est le meilleur album de reprises des Stones de tous les temps. Mais ça, on l’a déjà expliqué en long, en large et en travers dans le Part One. Sur scène, Jake sort le grand jeu, il secoue la paillasse de son orgue, lui grimpe dessus, prend des poses historiques, il saute, il se cabre, il n’arrête pas une seule seconde, il redonne du sens à l’esthétique de l’art scénique, ça tombe bien, car on est là pour ça. Ce mec pense à tout, il crée des liens avec le public, le remercie d’être venu et Dino, le guitariste aux cheveux crépus, envoie un double blast de giclée riffique, histoire de ratatiner les dernières poches de résistance.

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    Les Lords pulsent un garage jouissif qui ne se prend surtout pas au sérieux. Ils sont à la fête et nous aussi. Ils renouent avec la tradition perdue des grandes fêtes païennes, un temps où les âmes communiaient spontanément dans l’animalité, en dehors de toute contrainte morale et esthétique, comme disait le despote Breton. T’as voulu voir Vesoul et t’as vu Altamont, t’as voulu voit Montmartre et t’es monté là-dessus pour voir les Lords. Bim bam, «Like A Bird» sonne comme l’uppercut de Marcel Cerdan, ah les fesses d’Edith en savent quelque chose, et bam bim boum, tiré de Midnight To 666, «Get In The Car» bingotte en plein dans le mille du bigorneau. Le set des Lords tourne comme une grosse cylindrée de ramalama, la métaphore est si parfaite que ça file sous les étoiles, ils ressuscitent «Action» et «$4,95», deux vieux coucous de Lords Have Mercy, et même ce vieux «Live Fast» qui fit tant d’étincelles, ces mecs jouent les infatigables, comme s’ils transpiraient à peine, ça blaste à qui mieux-mieux, on va de garage drive en garage share, de garage down en garage up, ça shebamme, ça powe, ça bloppe et ça wizze comme au temps béni des sixties, mais avec une dimension cavalierique sourde et profonde, quelque chose qui n’appartient qu’à lui. On parle ici de transsubstantiation garagiste.

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    Le roadie des Lords vendait The Wild Sounds Of The Lords Of Altamont 25 euros. Un peu cher mais qu’est-ce qui n’est pas cher aujourd’hui ? Tiens, tant qu’on est dans les interrogations existentielles : c’est un bon album ?

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    La réponse est dans la question amigo, tu n’as qu’à mettre la galette sur ton pick-up et tu verras arriver «Like A Bird» comme un énorme slab de hard drive monté au beat rebondi car frappé si sec. Tu noteras l’admirable aisance des Lords à pulser le pulmonaire du garage et Dani Sindaco va même te shooter des petites giclées d’adré à point nommé. Jake t’y raconte l’histoire d’une bird qui se prend pour un bird. Alors il la somme de se décider : Stay or go/ Go go go ! S’ensuit un «Been Broken» beaucoup plus énervé, une sorte de petit prodige d’anti-équilibre. Les Lords vont vite et ne craignent pas de se casser la gueule, emportés par leur élan, ils dévalent une forte pente caillouteuse à toute allure. Autre surprise de taille : Jake Cavaliere sonne parfois comme Iggy. Tu en as la preuve dans «Going Downtown» (il retrouve les accents de l’Iggy d’«I Got A Right») et dans «Can’t Lose» (Jake descend les marches chromatiques comme l’Iggy de Let’s go down to my favourite place). Autre bonne raison d’adorer ce disk : «Take A Walk», joué dans la première partie du set au heavy stomping psychhhh, un stormer d’une redoutable efficacité. Jake y bombarde son beat. Voilà un cut bien binaire et donc idéal pour des brutes comme les Lords. La surprise vient surtout d’une reprise d’«Evil», l’un des classiques que composa Big Dix pour Wolf. Jake y joue la carte du guttural. Il a raison, car il peut aller screamer au fond du bois et tu te régaleras de la belle bassline de Rob Zimmermann. Voilà une cover dynamique en diable, ce qui semble logique, vu le titre. L’autre classique garage se trouve en B : «Death On The Highway». Les Lords ne traînent pas en chemin, ils savent trousser un hit de garage pressé. Par contre, les textes de Jake ne volent pas très haut - Blood on the concret/ Better move along - Leurs cuts n’ont d’autre mérite que leur effarante efficacité. Le «Where Did You Sleep Last Night» n’est pas celui de Wolf, ne rêvons pas. Il s’agit d’un simple cut de rock nappé d’orgue et emmené à marche forcée vers le néant luciférien du fatidique Californian Hell.

    Signé : Cazengler, Lord of Altéré

    Lords Of Altamont. L’Escale. Le Havre (76). 10 octobre 2017

    Lords Of Altamont. The Wild Sounds Of The Lords Of Altamont. Heavy Psych Sounds 2017

    12 / 10 / 2017 / LAGNY-SUR-mARNE

    LOCAL DES LONERS

    SPUNYBOYS

     

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    C'est la faute à Totone rencontré par hasard sur le quai de la Gare de l'Est alors que nous étions en train d'attendre un train annulé. Remarquez que si le banlieusard convoi était hors-circuit le billet n'était pas remboursable... Donc Totone qui me remet la pendule mémorielle à l'heure «  On se voit vendredi aux Loners avec les Spuny ? ». Ouf merci, j'ai failli manquer le ravage de l'année ! Première fois que je dois remonter deux fois la longue et large rue pour que la teuf-teuf puisse se glisser dans un interstice stationnaire. Un monde fou, à croire que tous les bikers de la terre et tous les amateurs de cet old style qui never dies, se sont donnés rendez-vous. Qui oserait rater le concert de rentrée des Loners ? A l'intérieur c'est la caque de harengs saurs, d'ailleurs c'est quand on sort pour se rafraîchir entre les deux sets qu'un bouchon d'autoroute du 15 août vous oblige à prendre patience. Pour ma part j'y ai renoncé. Tout compte fait les Spuny me suffisent. Qu'avons-nous besoin de fraîcheur nocturne quand le rock'n'roll flamboie !

     

    POUR UNE APPROCHE SCIENTIFIQUE

    DU SCHEMA FONCTIONNEL

    DES SPUNYBOYS

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    Pas besoin de grand-chose pour monter un combo à la Spunyboy. Suffit d'un batteur. Précisons, pas n'importe quel batteur, pas un qui bat de l'aile, ni un qui branle bas, par contre obligatoirement un qui bat comme plâtre, un qui cherche la bâton pour vous abattre, un qui bataille victorieuse, qui batte de baise ball and chains , qui baratte à mort, qui balourde à bâbord et qui balance des armures d'amure à tribord, ne cherchez pas sur la mercuriale du marché, il n'y a en qu'un, un certain Guillaume qui, par hasard balthazar, bosse chez les boys spuniaques. Suffit pas de battre le beurre rance, faut encore la frappe idoine. Exacte, au pétale de pivoine près. Faut que ça pète sec et que ça loufe lourd. Pas de résonance, pas de réverbération phonique, le coup et c'est tout. Pas doux, plein atout. Pas besoin de s'attarder, l'on passe au suivant sans attendre. La grosse caisse à bout portant, la charley qui ne chuinte pas, les toms à l'atome et la caisse claire très foncée. Bref le Gui-Gui il vous bâtit le squelette, pas le genre femmelette aux bras d'allumette, non des murs de fémurs, des ténèbres de vertèbres, des cumuls de mandibules, des plate-bandes d'omoplates, un stentor pantocrator, un terminator qui vous alligatorise d'une seule frappe.

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    Une fois que vous avez déniché le rapace, vous êtes tranquille. Plus besoin de rien. Ou plutôt deux fois rien. Mais pas de ceux qui foutent rien. Sur la gauche, vous posez un bassiste. Rien de plus simple qu'un bassiste. Prenez le premier qui passe – par exemple celui-ci qui s'appelle Rémi et qui officie chez les Spunic Boys - et filez-lui une contrebasse. Ne confondez pas avec une haute-contre. Rien à voir. D'abord pensez à l'esthétique. Qu'il ait une banane hippopotamique, pharaonique, porte-avionique, supersonique, cela vous habille un rocker encore plus qu'un perfecto, mais ce n'est qu'un détail, qui tue. En plus vous voudriez qu'il sache jouer de la contrebasse ? Non c'est inutile. Sont des milliers de contrebassistes à jouer de la contrebasse dans le monde. Aucune imagination. C'est d'un vulgaire inouï. Ne s'agit pas de jouer de, mais de jouer avec. Verbe du premier groupe à polyvalence variable vous enseigneront les narratologues. Faut qu'il soit comme le gosse à qui vous venez d'offrir un train d'électrique qu'il vous le jette en l'air et qu'il vous le piétine de rage en hurlant. Pas question qu'il commence sagement à assembler les rails, exigez le déraillage immédiat, préférez qu'il plante sauvagement les wagons dans le bras de sa petite sœur avec un sourire d'enfant chérubinique de chœur. Ensuite ne pensez plus à rien. Laissez faire la nature. Elle revient au galop. Pas spunique, hunique.

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    Vous en avez assez avec les deux zigotos précédents ? Je vous conseille tout de même de poster un guitariste sur la droite, ce n'est pas qu'il soit indispensable, mais ça se fait dans le rock. Vous êtes les premiers à rouspéter au resto quand il manque une saucisse de Strasbourg dans votre choucroute. Prenons un exemple au hasard : tiens au pif, Eddie des Spuny. Un prénom rock de chez rock. L'est sur scène, bien sûr qu'il ne sait pas quoi faire, alors pour se donner une contenance, puisqu'il a une guitare entre les mains, faute de mieux, il en joue. Tout pour se faire remarquer. Personne ne lui demande rien. Mais il asperge les arpèges. A tout bout de champ. Dans l'incapacité totale de laisser ses deux camarades philosopher sereinement dans leur coin. Ramène sans arrêt sa fraise. A collerette. Pas le gars charmeur qui laisserait par mégarde s'échapper deux ou trois inoffensives couleuvres à collier, non pas du tout, vous darde d'aspics mortalifères destinés à vous envoyer ad patres au plus vite. Méfiez-vous, souvent dans le rock les guitaristes sont particulièrement venimeux. Celui-ci de la pire espèce. Du genre il n'est jamais crotale pour mal faire.

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    Bon voilà, j'espère avoir été assez clair, la mécanique est remontée. Action !

    THE SPUNYBOYS !

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    Scène un peu étroite pour les Spuny. Guillaume est aux anges, squatte à lui tout seul les deux-tiers du territoire. Trône au milieu, derrière les pièces de son artillerie. Lance la poinçonneuse sans tarder. L'a tous les plans dans ses poings. L'a raccourci les protocoles. Maximum d'efficacité et de force de frappe. Minimum, il ne connaît pas. N'a pas l'article en son rayon d'action. Et l'active dur. Des tours de passe-passe hallucinants. Prend de travers les chemins de traverse, ça les remet droit. Ligne directe. Héphaïstos dans sa forge forgeant le bouclier d'Achille. Du solide, parce que les deux autres héros ils n'apprécient pas le carton-pâte. Leur faut du solide. Leur sert de la tamponnade brevetée. Il pleut des grêlons de la grosseur d'oeufs d'autruches. Ça claque et ça cloque. N'arrête pas une seconde. L'est le démiurge primordial. La grosse aiguille de l'horloge qui indique l'heure d'envol et certifie celle du retour. Décide de tout, du poing final comme du lever du soleil.

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    Rémi s'adonne à son sport favori, le lancer de contrebasse. Maîtrise parfaitement. Le plafond bas ne lui permet pas les envolées lyriques, l'est privé de ses apothéoses altitudinales habituelles. Qu'à cela ne tienne il n'est pas à court d'imagination, sautille et gambade à côté d'elle avec la grâce d'une gamine de dix ans qui saute à l'élastique en cour de récréation, ou alors il saute dessus et tend une jambe bien haut en petit rat d'opéra qui toute fière tente d'atteindre la rampe d'exercice avec son chausson, parfois s'assoit dessus tout en haut et fait le pitre, tout en la faisant tourner sur elle-même, puis l'arrête, vous regarde avec des yeux rigolards, prend subitement la pause du Penseur de Rodin, fauche une casquette du premier rang, fait mine de donner quelques coups de pieds furibards à ses collègues, redescend enfin de son perchoir et continue à plaquer ses accords comme si de rien n'était. Doit avoir un léger creux, se couche par terre et essaie de l'avaler par le manche. Mauvais goût ?

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    L'envoie balader dans le public qui l'emporte on ne sait où, mais la ramène comme le chien fidèle qui rapporte la balle à son maître.

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    Ne partez pas ce n'est pas fini. L'est comme l'Apache que vous croyez tenir dans la poigne de fer de vos bras puissants. Vous pensez le vaincre. Pauvre de vous, sa main glisse et la voici armée d'un large coutelas qu'il vous plante dans le dos. Ce traître couteau qui vous assassine Rémi le sort de sa gorge. Pousse la goualante tout le long. Du nouveau dans le répertoire. Tous les cinq titres un classique de Little Richard. Ma ! Ma ! Ma ! Aoûûûh our souls ! Sauvez nos âmes, c'est trop beau, trop fort, trop puissant, sur ces morceaux de braise les Spuny sont incandescents, batterie, basse et guitare, se collent à la voix, ne forment plus qu'une rythmique folle, l'essentiel de la sauvagerie rock, ne soulignent plus, accompagnent ! Folie noire ! Les alligators sortent de l'eau et vous rongent les pieds. Ne boudent pas pour autant le rock anglais. Vont même jusqu'à exhumer un morceau de Cliff Richard dans la veine de ceux qu'il a commis de mieux du temps d'Apron Strings, en introduction à l'héritage ted qu'ils atomisent sans pitié. C'est là que l'on voit la classe des SpunyBoys, vous démontent les morceaux, mélangent les pièces détachées et vous les restituent selon une géométrie différente à leur guise, encore plus percutants et surprenants. Du rockartb ! Du nouveau sur les formes anciennes. Chamboulement dans les concepts. Idem pour leurs propres originaux. Ne les ont pas améliorés. Ne se sont pas pris la tête en petit comité, les ont mitraillés sur scène, après mille et un concerts à leurs actifs, en sont métamorphosés. Z'avaient des kalachnikovs, sont devenus des missiles. Les Spuny peuvent tout se permettre. Z'ont leur côté country. Un grand amour pour Johnny Horton par exemple. Mais quand ils le mettent en scène, rien ne manque, ni la petite maison dans la prairie, ni les grandes soirées de biture dans le saloon, juste un petit ennui, les sioux sont passés par là, ne reste plus que des cendres et des corps criblés de flèches. L'herbe bleue du Kentucky flambe et le désastre avance.

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    Va falloir télégraphier aux parents de Rémi. On a perdu leur grand garçon, l'a sauté dans la foule avec son instrument et le peuple cannibale des rockers s'est refermé sur lui. Moment d'angoisse, quel gaspillage, une contrebasse toute neuve, blanche comme une vierge de Raphaël, avec le logo des Spuny peinturluré en rouge hyménique sur sa peau ivoirine. Mais non, du fin fond perdu de la salle, il se lance dans un pharamineux solo tumultueux, Gui-Gui a capté le signal lointain, entre en communication avec lui, le guide pas à pas, tels les ingénieurs de la Nasa qui reprennent le contrôle d'une capsule égarée et la ramènent sur sa lampe de lancement. Ovation pour saluer son retour. Du coup il pose son engin contrebassiste sur ma tête, je suis ravi, je fais la promesse de ne plus me laver les cheveux jusqu'à ma mort. C'est qu'être au premier rang d'un concert des Spunyboys n'est pas de tout repos.

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    Un demi-mètre carré pour Eddie, apparemment ça ne lui suffit pas. Ce soir l'a l'âme vagabonde, un nomade insatisfait qui n'arrête pas d'échanger sa place avec Rémi. Le manche de sa guitare est trop long, dépasse de la scène, l'on jugerait qu'il cherche à vous assommer ou à vous éborgner. Prudentes les filles se reculent, reviendront en masse, lorsque Rémi dégoulinant de sueur tombera ses deux chemises successives, glapissent comme des hyènes et ricanent de plaisir en admirant ses pectoraux. Eddie reste insensible à ses frivolités féminines, l'est tout énamouré de sa guitare, ondule de plaisir chaque fois qu'elle miaule sur le toit brûlant de ses persillades riffiques.

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    Vous hache de ces grésils de notes qui vous entaillent le coeur, vous cisaillent le cerveau, que seraient les Spuny sans ses clous dont il vous transperce, il vous strombolise, il vous krakatoatise, il vous pitonise la fournaise. N'en peut plus, nous tourne le dos. Nous présente ses fesses – le monde s'affaisse - et fornique avec sa guitare. L'on ne voit rien, mais l'on entend sa longue plainte éruptive dont les échardes sonores nous déchirent les tympans et nous inondent d'une jouissance jusqu'à lors inconnue des rockers... Eloge de la folie disait Erasme, Eddie se coiffe d'un casque de moto ou se fond dans l'assistance pour que l'on sache de près à quoi ressemble une solophonie de guitare...

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    Difficile descente de scène, sont happés par le public émerveillé qui ne les lâche pas. Un concert de rêve. Le cauchemar des absents commence. N'en n'ont pas fini d'écluser leurs regrets éternels. Deux sets d'intensité incandescente.

    Damie Chad.

    ( Photos : FB : Rockin Lolo / Sergio Kazh Rockabilly Generation )

     

    Took it easy

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    Heureuse coïncidence : dans un numéro de Record Collector daté de mars 2017, Luke Haines rend hommage à Steve Peregrin Took. C’est probablement l’extrême rareté de ce genre d’hommage qui en fait un événement. Lucky Luke rappelle que 1969 ne fut pas une année érotique pour Took, car il la passa au ballon pour possession d’un joint. Il rappelle aussi que Took fit partie de Tyrannosaurus Rex, qu’il joua sur les trois premiers albums du duo, My People Were Fair And Had Sky In Their Hair But Now They’re Content To Wear Stars On Their Brows, Prophets, Seers & Sages The Angels Of The Ages et Unicorn et qu’il fut viré par Bolan à l’issue d’une désastreuse tournée américaine. Alan Vega se souvient très bien d’avoir assisté à cette débâcle lors d’un concert du duo à New York. Si on s’intéresse à ce prince de la désaille que fut Took, il est fortement recommandé d’écouter les trois premiers albums de Tyrannosaurus Rex, car il s’y passe des choses vraiment extraordinaires.

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    My People Were Fair And Had Sky In Their Hair... But Now They’re Content To Wear Stars On Their Brows parut en 1968. Marc Bolan y ramène «Hot Rod Mama» et «Mustang Ford» qu’il jouait déjà dans John’s Chidren, le Mod-band mythique qui l’avait accueilli en 1967, en remplacement de Geoff McClelland. À la fin du groupe, Marc dut restituer la Gibson SG et l’ampli. Pas grave ! Il ressortit aussi sec sa vieille acou Suzuki, se convertit au hippisme et engagea Took pour jouer des congas. Ils jouaient à deux, assis par terre sur des tapis.

    Avec «Hot Rod Mama», Marc invente le rockab hippie et il se met à bêler comme la chèvre de Monsieur Seguin. C’est d’une extraordinaire vitalité hippie. Mais ça marche uniquement parce que Took y croit. Ils se placent tous les deux sous le patronage de William Blake et John Peel les prend vraiment au sérieux. La version de «Mustang Ford» qui ouvre le bal de la B vaut largement le détour. Le parallèle avec le monde magique de Syd Barrett saute aux yeux, gentil monde d’étrangeté et d’innocence. Marc Bolan devient le prince des poètes du paranormal. Dans Bolan - The Rise And Fall Of A 20th Century Superstar, Marc Paytress fait un parallèle avec Donovan - un Donovan que Peely surnomme the prince of loveliness - Et puis avec Piper At The Gates Of Dawn et A Gift From A Flower To A Garden, le premier album de Tyrannosaurus Rex complète la trilogie du summer of love londonien. «Child Star» continuera de fasciner jusqu’à la fin des temps, car Marc chante ça à la savate traînée, avec du child star craché dans l’écume des jours. C’est stupéfiant de présence et complètement licornique. On sent l’ombre de Took planer sur un «Strange Orchestras» gorgé de cette volonté de transe londonienne. On les sent tous les deux déterminés à vaincre. Ils se spécialisent dans les beaux mantras, comme on le constate à l’écoute de «Chateau In Virginia Waters». C’est fou ce qu’à l’époque leur truc pouvait accrocher. Avec Chateau, on comprend les raisons pour lesquelles un bon gars comme Peely a pu craquer. Marc invente le neo-pyschedelic pastoral avec «Dwarfish Trumpet Blues», un fabuleux groove de drone hippie. En B, on tombe sur le fantastique «Knight», une transe épique et translucide. Voilà l’un des sons les plus intéressants du Londres d’alors, gorgé d’une énergie de bongos et de Took attitude. Ils étaient ce qu’on appelait alors des beautiful freaks, des créatures qu’on ne croisait que dans les rues de Londres, certainement pas à Paris. On tombe plus loin sur le joli freakout de «Weilder Of Words» et ils terminent avec un pur mantra, «Frowning Atahualpa», chargé de ces effluves orientales dont Londres raffolait à l’époque. On respirait tout ça chez Biba ou au Kensington market.

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    Avec Prophets, Seers & Sages: The Angels Of The Ages, Marc et Took s’affirment, Tony Visconti les produit et dès «Stacey Grove», ils sortent un son plus sourd et ineffablement judicieux. On sent nettement que Marc Bolan prend son envol, il chante à la corde sensible et bêle à l’occasion. L’amusant de cette histoire, c’est que ce hippie invétéré va devenir une glam-rock idol et même the godfather of punk. N’oublions pas que Captain Sensible le vénérait et que les Damned partirent en tournée avec T. Rex. On tombe en B sur «Salamanda Palaganda», un parfait délire hippie que Mark Paytress taxe de mesmerizing frenzy. C’est vrai qu’à deux ils parviennent à créer les conditions d’une espèce de transe. Quelque chose d’assez fascinant se dégage en permanence de ce concept sonore imaginé par Marc Bolan. En même temps, on ne sait plus si on écoute ces vieux albums pour Bolan ou pour Took. Encore un coup de Jarnac hypno avec «Juniper Suction». Took y prend le contre-chant. Et c’est avec «Scenesof Dinasty» que se joue véritablement le destin de cet album. Ce long poème fleuve joué aux clap-hands est un authentique coup de génie. Marc le chante si bien qu’on croirait presque entendre Dylan chez les hippies. Pur génie de la diction et du travail de souffle. S’il faut emmener un cut de Bolan sur l’île déserte, c’est forcément «Scenesof Dinasty». C’est là que Marc Bolan entre dans la légende.

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    Nouveau bond en avant avec Unicorn, paru en 1969. Il faut dire que les pochettes des trois albums sont particulièrement réussies : la première est une illustration féérique, la seconde nous montre Marc et Took photographiés en noir et blanc dans un parc et la troisième nous les montre tous les deux cadrés en gros plan. Ce troisième album du duo est une véritable pépinière de hits, à commencer par l’excellent «Chariots Of Silk», solide, envoûtant, gorgé d’adrénaline hippie et déjà T. Rexy jusqu’à l’os du genou. Ce cut sonne vraiment comme un hit, avec sa descente mélodique et ses tchoo-tchoo-tchoo à la Mary Chain. Marc Bolan se paye une belle tranche de décadence dans «The Threat Of Winter», une pop-song d’une effarante élégance, pleine de légèreté et de mystery bliss. On monte encore d’un cran dans l’extase avec «Cat Black (The Wizard’s Hat)». Marc Paytress rappelle que Marc est une fervent admirateur de Dion’s Runaround Sue sort of songs. Marc emmène sa mélodie au firmament, voilà un hit visité par la grâce préraphaélite et qui éclôt dans l’azur immaculé des sixties. Le génie de Marc Bolan s’y entend à l’infini. Par contre, la B est complètement ratée. On se consolera en rapatriant la réédition de l’album parue sur A&M en 2014. Il s’agit en effet d’un double album proposant sur le deuxième disque des choses qui ne figurent pas sur les albums officiels, comme par exemple le dernier single du duo Bolan/Took. N’ayons pas peur des mots : «King Of The Rumbling Spires» est pour le fan de base du duo un passage obligé : Bolan et Took s’électrifient. C’est du T. Rex avant la lettre, a riffy, mesmerizing gothic folly, avec Took on bass et Marc qui joue de la fuzzed-up reverberated guitar. C’est énorme et à l’époque, ça passa à l’as ! Voilà un hit qui sonne comme ceux des Move. Le Tyrannosaurus fait de l’œil au Brontosaurus à venir des mighty Move. Pure merveille ! La B-side du single s’appelle «Do You Remember», claustrophobique en diable. On trouve aussi sur ce disk de bonus l’une des ultimes démos du duo : «Once Upon The Seas Of Abyssinia». Mais attention, ce n’est pas fini. Il reste à écouter l’excellent «Ill Starred Man» qui sonne littéralement comme du Ray Davies. Stupéfiant ! Marc se rapproche de la raie de Ray et préfigure Bowie. Il est le maillon manquant du décadentisme dont on se fera les gorges chaudes un peu plus tard. Le dernier cut de la B s’appelle «Blossom Wild Apple Girl», une fois encore absolument brillant et sevré de décadence. La voix de Marc se pose comme une plume dans une lumière de printemps imaginée par Edward Burne-Jones. Ce hit solide, précieux et anglais jusqu’au bout des ongles corrobore les corridors.

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    En réalité, Took ne s’appelait pas Took. Il tirait son nom du Lord Of The Rings de Tolkien. Peregrin Took était un hobbit et un compagnon loyal de Frodo Baggins. Took et Marc ne s’entendaient plus. À l’époque de Unicorn, Took se situait à l’opposé du hippie spectrum - where hard drugs where preferable to softback editions of fantasy fiction and where hardwearing biker leathers and dirty denims were favoured over kafkans and girlish shoes (oui, Took était d’un monde qui préférait les drogues dures aux petits romans de science fiction, un monde qui préférait les blousons de cuir et les jeans sales aux kafkans et aux godasses de gonzesses) - Il est bon de rappeler que Marc ne prenait pas encore de dope et qu’il buvait du thé au jasmin. David Platz rappelle que Took était un mec qui «floated more than walked». Tout est dit, dans cette formule miraculeusement drôle. Et Took voulait enregistrer ses chansons, ce dont Marc ne voulait pas entendre parler. Tyrannosaurus Rex était son concept et Took devait rester à son service. Une amie de Took et de Marc citée par Mark Paytress rappelle que la relation entre les deux amis s’est envenimée à cause des drogues - Basically, Took took too many, though he fonctionned better on acid than most people did. Because he took too much of it, he became slightly immune to its effects (Took prenait trop d’acides, mais il fonctionnait mieux sous acide. Comme il en prenait beaucoup trop, les acides finirent par ne plus avoir d’effet sur lui) - L’anecdote présente quand même un petit côté hilarant. Il faut se souvenir que Syd Barrett faisait lui aussi une sur-consommation d’acides et de mandies, au grand dam de ses collègues du Floyd qui souhaitaient faire carrière. Took devint donc un cosmic punk qui ruina les derniers concerts de Tyrannosaurus Rex aux États-Unis, en se foutant tout simplement à poil sur scène et en performant des bloody-minded acts of musical sabotage. Viré. Marc souhait lui aussi faire carrière.

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    Took échoua donc broke à Ladbroke Grove pour cuver son brouet de mandies et d’héro, en compagnie de ses amis du Pink Fairies Motorcycle Gang & Drinking Club. Il joua sur l’album Think Pink, qu’Haines qualifie de psych masterpiece, et sur un autre album solo, celui de Mick Farren, le fameux Mona - The Carnivorous Circus. Rebaptisé Shagrat The Vagrant, Took y raconte son séjour au ballon en mode spoken-word. On y trouve aussi une version de «Sumertimes Blues» beaucoup moins convaincante que celle de Blue Cheer. Même si on vénère Mick Farren, écouter Mona relève d’une certaine forme de masochisme. C’est l’une de ces aberrations mythiques dont est si friand l’underground britannique, un disque complètement merdique et mal chanté, comme le confirmera plus tard Larry Wallis, lorsqu’il réussira l’exploit de transformer Mick en vrai chanteur.

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    Par contre l’album solo de Twink vaut le détour, mais pour seulement deux raisons. Un, les amateurs de psychout se régaleront d’un «The Thousand Words In A Cardbox» joué au gras double d’anglicité gargouillante et commotionnée. Victor Unitt, qu’on retrouvera dans les Pretty Things, y envoie de belles giclées de glou-glou démentoïde. Deux, «The Sparrow Is A Sign», le cut de fin de B qui sonne comme un stormer psyché relativement digne des Fairies. Le reste de l’album inspire une sorte de vague ennui psychédélique. Avec «Tiptoe On The Highest Hill», Twink paye un lourd tribut au far-outage de psychout. En effet, il stand tiptoe sur the highest hill, il voit le day giver the way to the night. Franchement, on se demande comment font les gens pour trouver ce disque intéressant. Bon, c’est vrai qu’on entend Victor Unitt s’énerver, mais pas assez. Il faut dire que Twink a un don pour le beat, ça on le savait depuis «Baron Saturday». Dans «Mexican Grass War» qui ouvre le bal de la B, il crée les conditions du triple beat on the brat, mais pas avec the baseball bat. Et comme Took rôde dans les parages, ça finit par tourner en eau de boudin avec une chanson à boire, «Three Little Piggies». Ils ne peuvent pas s’empêcher de déconner. Dans les années soixante-dix, pour savoir ce qu’un disque avait dans le ventre, il fallait l’acheter. On ne disposait que de très peu d’infos. Si un journaliste anglais vantait les mérites de Think Pink, on profitait d’un séjour à Londres pour se mettre en chasse. Mais on ne prenait pas un grand risque, car Rock On vendait tous les albums de l’underground (Fairies, Stackwaddy, Broughton, Leigh Stephens, Third World War and co) pour une bouchée de pain. Songez qu’un album aussi affreusement médiocre que Think Pink vaut aujourd’hui 400 euros en ligne !

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    Ces participations aux projets de Twink et de Mick Farren laissaient augurer d’une belle carrière solo qui malheureusement ne vit jamais le jour. Comme il était beaucoup trop untogether, Took ne fut pas invité à rejoindre les Pink Fairies. C’est aussi drôle que l’histoire de Lemmy viré d’Hawkwind pour usage de drogues, s’esclaffe Luke Haines. En conséquence, Took décida de monter Shagrat avec Larry ‘Lazza’ Wallis. Drôle de nom pour un groupe, non ? Took tirait une fois de plus ce nom du Lord Of The Rings, mais cette fois, Shagrat n’est pas le nom d’un gentil Hobbit, mais celui d’un odieux captain Orc. Shagrat ! - Shagrat were phenomenal, the ultimate freakbeat band - Début 70, ils avaient composé ces trois stormers ultraïques que sont «Boo! I Said Freeze», «Steel Abortion» et «Peppermint Flickstick» - Dark druggy Stooges freakouts all - Et Mark Paytress en rajoute une louche, en parlant de Peppermint - Nearly six minutes of stoned agression fuelled by dread wah-wah driven chords that teetered on the edge of feedback and rammed home with a malovelent Took vocal that wavered in and out of key (six minutes d’agression stoned chargée d’accords grouillants de wah-wah qui titubent au bord d’un gouffre de feedback, et Took envenime tout ce bordel en chantant faux) - Et Paytress conclut en affirmant que Shagrat représentait the darker underbelly of Ladbroke Grove alternative culture. On serait tente d’ajouter : au même titre que les Pink Fairies.

    Shagrat monta sur scène pour quelques concerts, mais Took étant Took, il le fit in perfect Took style, c’est-à-dire untogether - Sessions would abort in a chaos of pills or vodka - Alors Larry Wallis mit les voiles pour aller jouer dans UFO. Eh oui ! Même des gens du niveau de Larry Wallis peuvent se vautrer.

    Vous trouverez les cuts mythiques de Shagrat sur Lone Star, paru en 2001. Si vous ouvrez le petit feuillet/pochette du CD, vous y trouverez un fantastique hommage de Larry à son pote Took : «Steve a eu et a toujours une prodigieuse influence sur ma vie, depuis ma consommation massive de LSD jusqu’à la façon dont je compose. Une influence magique. Dave Bidwell qu’on appelait Biddy, était aussi un original. Lui et Steve étaient semblables, et même beaucoup trop semblables. Ces deux-là aimaient bien pousser à l’extrême leurs expériences avec les drogues, ce qui, comme chacun le sait, finit en général assez mal. Si je parle des drogues, c’est parce qu’à l’époque on ne vivait que pour explorer des planètes inconnues, et les vaisseaux spatiaux qui permettaient d’y accéder, c’était justement les drogues. Took était le capitaine de notre vaisseau. Dans les années précédentes, Took avait été salement désavoué. Il avait pourtant joué un rôle aussi important que celui de Bolan dans Tyrannosaurus Rex, un groupe qui sortait de nulle part, et il semble que ce soit Mickey Finn qui en ait tiré les marrons du feu. J’imagine qu’il n’est pas responsable de cette erreur d’appréciation. Alors, il ne vous reste plus qu’à savourer les virées cosmiques de Took, comme il les appelait. J’ajoute que ces chansons dissipent un malentendu voulant apparenter Took et Bolan au monde des lutins de la forêt. C’est entièrement faux. Tout ce qui intéressait Steve était ce qu’il appelait lui-même le kerflicker-kerflash, une sorte de rock’n’roll super-trippant et cosmique, du neon sex fun.» Comme dans le cas d’Hendrix, on se demande ce que Took aurait pondu s’il avait vécu. Aurait-il réussi à perdre le contrôle de son sex fun ? Oui, c’est bien du pur jus de cosmic neon sex fun qu’on entend dans «Boo! I Said Freeze», véritable carnage de druggy dub de freeze joué à l’énergie ralentie, d’autant que Larry balaye tout à la guitare, redevenant du coup l’un des trublions les plus virulents d’Angleterre. Oh, il faut l’entendre déployer sa furia del sol dans les méandres du sex fun de la titube ! On se serait damné à l’époque pour un tel ramdam. On trouve encore de la pure mad psychedelia dans un «Steel Abortion» joué au stone-deaf Wallis of sound, cousu comme le furet, déployé comme une ampleur galvanique, explosé du subitex, situé loin, mais vraiment loin au-delà de toute raison. Larry fait le show, et en bon Wallis qui se respecte, il va là où bon lui semble. Sur cet album aussi miraculeux que miraculé, on retrouve le troisième stormer ultraïque, «Peppermint Flickstick», un cut digne de Syd Barrett, complètement barré, drugtion at the junction, nous voilà projetés au cœur de la pire mad psychedelia qui soit ici bas et Larry se barre en sucette de solo gras. Ah quelles effluves de molles dérives dignes des montres molles du grand Dali délire ! Les Américains férus de psychédélisme feraient bien d’en profiter pour prendre des notes.

    En guise de conclusion brokienne, Luke Haines insinue que Lone Star ne fut jamais mastérisé à la bonne vitesse. Perfect Took style.

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    Est paru en 2003 un autre album de Shagrat, Pink Jackets Required, avec les noms de Twink et Paul Rudolph sur la pochette. Ce disque est une horrible arnaque : Twink aurait overdubbé des percus sur les démos de Took. Sur le Took website, on pouvait lire ceci : «Rest assured, the actual lineup on these tracks was Steve Took, Larry Wallis and Dave Bidwell.» Mais Mick Farren se mit quand même en pétard. Révolté par cette arnaque, il déclara : «What kind of scum robs from the dead, let alone a dead friend ?» (C’est quoi cette bande d’enculés qui pillent un cadavre, qui est en plus le cadavre d’un ami ?). On retrouve d’ailleurs sur Pink Jackets Required trois des cuts de Think Pink («The Sparrow Is A Sign», «The Coming Of The Other One» et «Three Little Piggies»). C’est vraiment du grand n’importe quoi. Twink perdit alors toute crédibilité. D’ailleurs, dans Growing Old Disgracefully, les Pretty Things expliquent qu’ils avaient à une époque dû prendre leurs distances avec ce misérable magouilleur.

    En 1972, Marc Bolan déclarait que Took se trouvait «in the gutter somewhere». La presse ne démentait pas, affirmant que Took n’était plus qu’un day-dreamer in leather, shades and stubble with an appetite for Mandrax (une sorte de clochard céleste en cuir, lunettes noires et barbe, affamé de Mandrax). Ce qui ne l’empêcha pas de s’acoquiner avec Tony Secunda, l’ancien manager des Move et de T. Rex, qu’il surnommait Tony Suck Under. Cette relation ne fit pas que du bien au pauvre Took - Too much cocaine went up to his nose - Secunda installa Took dans un flat transformé en home studio, juste derrière ses bureaux à Mayfair, et lui proposa d’enregistrer quelques demos pour un album solo, mais Took étant Took, il le fit in perfect Took style : nothing ever got finished. Rendu parano par l’abus de coke, Took vivait en reclus dans le flat.

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    Ces sessions finiront heureusement par paraître, mais beaucoup plus tard, en 1995, sous le titre The Missing Link To Tyrannosaurus Rex. Si on rapatrie cet album, ce sera pour deux raisons principales : «Give» et «Syd’s Wine». On voit que ça wha-whate sec chez Secunda. Ah les vaches, ils y vont de bon cœur. Et pouf, ça disparaît, va-t-en savoir pourquoi. Mais ça revient et l’ensemble se veut assez dément, embarqué au big drive. Took est capable de miracles, il ne faut jamais l’oublier. Il prend «Syd’s Wine» en laid-back. Pure druggy song of it all, magnifique, il chante à la titube de bulbe et là, tout Took reprend son sens. On trouve d’autres merveilles sur cet album sauvé des eaux, comme par exemple «Molecular Lucky Charm», trop abîmé pour être pris au sérieux, on n’entend même plus la voix, ça gratte à l’acou devant et ça vire au vieux vaseux. Fantastique «Scorpius» d’entrée de jeu, monté sur un puissant drive de basse : on a Larry Wallis, Twink et Mick Wayne à la basse. La fine équipe habituelle. «Lucky Charm» dégage aussi un charme irrésistible. Took nasille dans le néant de Secunda. Lui et ses amis cherchent des noises à la noise, et le résultat dépasse toutes les attentes. Syd Barrett fait son cirque sur «Flophouse Blues» et «Seventh Sign» vire à l’apocalypse. Le diable cuisine Took, ça se sent. Il sort là un cut de big atmospherix fascinant, un véritable chef-d’œuvre de druggy groove. Il fait son Instant Karma sur «Days». On reste dans le druggy groove d’exception, perdition absolue, une vraie dérive absolutiste, l’équivalent sonique de La Connaissance Par Les Gouffres. Took entre plus dans le vif du sujet avec «I Caution You», une vraie atteinte aux mœurs de la mormoille. Voilà le pur acid rock de Ladbroke Grove, absolument superbe, plein d’allant et brumeux en même temps. Took parvient toujours à ses fins, sachez-le. L’album se termine sur un musculeux «Flophouse Blues (Reprise)», joué dans l’esprit de conquête, au mieux des possibilité du junk punk du Grove. Énorme !

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    En 1974, Took entreprit de composer une cricket song avec Robert Calvert, «Cricket Lovely Cricket», mais le single bien sûr ne vit pas le jour. Quatre ans plus tard, il fit irruption dans la new wave avec Steve Took’s Horns, a tough pub rock bovver boy group, qui enregistra des cuts qui, vous l’avez deviné, ne parurent pas à l’époque. Ils ne firent surface qu’en 2004, chez Cherry Red sous le titre Blow It !!! The All New Adventures Of. Alors oui, il faut absolument écouter cet album, car c’est un chef-d’œuvre de heavy rock underground et ça démarre avec un «It’s Over» dévastateur, extraordinaire de vitalité anglaise, une pure dégringolade d’exaction parabolique. Ah cette façon qu’a Took de balancer l’it’s ohhh/ ver. Quelle classe ! Tout ce qui suit est au même niveau. «Average Man» sonne comme de la Stonesy de flibuste, c’est une régalade de première nécessité. Took défonce la rondelle des annales de la Stonesy. Seuls les Anglais peuvent se permettre de sonner ainsi. S’ensuit «Woman I Need», un balladif complètement décadent, joué à la déconfiture d’accords. Une basse fuzz hante «Ooh My Heart», toute l’énergie des bas-fonds londoniens rejaillit ici, c’est bardé de glissés de basse déments - First she’ll make up her eyes/ Then she’ll make up your mind - Pure démence. Et ce n’est pas fini car voilà «Too Bad», joué au heavy glam de Londres, that’s right, quelle fantastique entrée en matière - Too bad/ Too bad yeah/ Too bad don’t come my way - Monstrueux ! Et il se met à scander Highway Highway driving me - Voilà le heavy glam de rêve, the real Deviant sound, la putréfaction de la stupéfaction, le glam des catacombes. Effarant ! Un peu plus loin, on tombe sur un autre coup de Jarnac intitulé «Wall Of Sound». C’est antédiluvien et plombé aux cuivres. Il s’y passe quelque chose de stoogy, une implosion de brain blast, une pure élévation dévastatrice, complètement inespérée. Voilà le genre de disque qui peut restaurer votre confiance en l’humanité.

    Took et ses Steve Took’s Horns ne montèrent qu’une seule fois sur scène, en 1978 à la Roundhouse, dans le cadre du Bohemian Love-In organisé par un Nik Turner fraîchement viré d’Hawkwind et qui tentait de redémarrer avec un nouveau gang et un album intitulé Sphynx. Ce festival fut le dernier grand événement de l’English hippy underground. Nik surnommait Took ‘a tragic genius’. Steve Took too much.

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    Luke Haines termine son hommage avec une très belle anecdote. En 1980, alors que ses copains d’école écoutaient les Jam, Lucky Luke alla chez WH Smith s’offrir les deux albums de Tyrannosaurus Rex, Unicorn et A Beard Of Stars couplés dans une édition cheap pour seulement £3,99 - I bought it and changed my life for ever - Et c’est en décembre de la même année que Took cassa sa pipe, perfect Took style : il s’étrangla avec un mélange de cocktail cherry, de morphine et de magic mushrooms, des drogues financées par le chèque de royalties qu’il venait de toucher pour Unicorn. Et Luke Haines conclut ainsi : cette fin me fait parfois rêver.

    Signé : Cazengler, tombouctook

    Tyrannosaurus Rex. My People Were Fair And Had Sky In Their Hair... But Now They’re Content To Wear Stars On Their Brows. Regal Zonophone 1968

    Tyrannosaurus Rex. Prophets, Seers & Sages: The Angels Of The Ages. Regal Zonophone 1968

    Tyrannosaurus Rex. Unicorn. Regal Zonophone 1969

    Mick Farren. Mona. The Carnivorous Circus. Transatlantic 1970

    Twink. Think Pink. Polydor 1970

    Shagrat. Lone Star. Captain Trip Records 2001

    Steve Peregrin Took. The Missing Link To Tyrannosaurus Rex. Cleopatra 1995

    Steve Took’ Horns. Blow It !!! The All New Adventures Of. Cherry Red 2004

    Luke Haines : Steve Peregrin Took, the Heavies’ Heavy Head. Record Collector #464 - March 2017.

     

    CHANSONS BIZARRES POUR GENS ETRANGES

    + EP's + inedits

    CHRIS

     

    AUTO-EXTERMINATION / LE PETIT SOLDAT DE PLOMB / HACHISH/ LE REBELLE / ELLE M'APPARTIENT / LA BALLADE DU FILS INDIGNE / LE CHAT REVIENT / NEVRALGIE PARTICULIERE / PREMIERE INTERVIEW / TU NE SERAS PAS MON AMI / BALLADE A MICHELLE / PLAN DE FUGUE / LA PETITE FILLE DE L'HIVER / L'ORPHELIN ET LE TAMBOURIN / ELLE T'ATTEND / A LA COUR DU ROI JOHNNY / LES MURSBLANCS / PARIS SE SABORDE / PRIERE POUR HELLODARKNESS / LA VOIX DU POETE / JE RENTRE.

     

    Rock Paradise Records RPRCD 39 / 2016

     

    Certes Long Chris n'était pas un inconnu pour les rockers lorsqu'il m'est apparu sur l'écran de la télévision familiale. Faisait déjà partie en 1966 de la saga du Golf-Drouot, son amitié avec Johnny Hallyday était légendaire, je possède encore le 45 tours Ma Verte Prairie sur lequel il s'essayait avec les Daltons à un country encore tout engoudronné des cowboys solitaires des derniers westerns. Mais là, l'était métamorphosé, cheveux longs qui lui donnaient une scandaleuse allure de beatnick, répondait aux questions en proie à un tract fou qui le faisait trembler comme une feuille morte, puis s'était lancé dans l'interprétation du Chat qui avait séduit l'ensemble de la famille. Dans laquelle j'étais pourtant considéré comme le mouton noir musical. Preuve qu'il avait su percuter son époque.

    Suis passé régulièrement durant deux ans devant son échoppe au Village Suisse – brocante des bourges – mais n'ai jamais osé entrer... C'est vrai que la version de Génération Perdue de Johnny est supérieure à la sienne mais je préfère l'originale fin de Chris : Tu voudras faire briller le nom Que l'on t'a imposé et non Que ton père t'a donné, qui gomme le côté anarchisant du texte. Heureusement que le grand Jojo na pas effacé le Je peux brûler les églises / Je peux éclater de rire dans Je n'ai Besoin de Personne, hymne stirnérien par excellence, qui se trouve sur le fabuleux Rivière... Ouvre Ton Lit dont Chris écrivit la majorité des lyrics et qui reste le flamboyant et somptueux album du rock français.

    Heureuse initiative de Patrick Renassia et de Rock Paradise de rééditer cinquante ans après sa sortie ces Chansons Bizarres pour Gens Etranges. Beaucoup le recherchaient, peu le retrouvaient. Beaucoup plus authentique que ce que proposait le marché national dans la même catégorie, en dehors d'Huges Aufray plus pop et d'Antoine très commercial n'y avait pas res comme l'on dit en occitan. Me reprends, ne faudrait pas oublier Ferre Grignard, dont plus personne ne parle, mais l'était belge et chantait en anglais.

     

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    Auto-extermination : nudité de la voix et de la guitare. Dylan n'est pas loin, organe moins enroué que le Zimmerman mais texte d'une clarté acide, le premier hymne écologique, paroles peu doucereuses, traits d'harmonica pour souligner l'ampleur du désastre et le message prophétique de la catastrophe annoncée. Le petit soldat de plomb : contraste, de l'apocalypse imminente l'on passe au conte merveilleux d'Andersen, rajoute les feux de l'amour en solution finale. Rondeurs de guitares et courbes vocales. Hachish : fallait oser en 1966, un texte ambigu, une saleté dont on ne peut plus se passer et qui danse dans le cerveau. Dans sa présentation Jean-William Thoury en accentue les aspects condamnatifs, mais parfois faut prêcher le faux pour faire entendre le vrai. Interprétation très expressive, la guitare de Steve Waring écorche les entournures. Le rebelle : avec orchestre pour ballade entraînante, une revisitation du cowboy solitaire transformé en rebelle pacifiste, figure idéale dont le chanteur n'hésite pas à endosser le rôle à la première personne. Elle m'appartient : folk-rock et chanson d'amour à intonations dylaniennes très marquées, avec cette marque de cynisme d'une invisible transparence qui est le sel astringent des lyrics du Bob. La ballade du fils indigne : chanson cousine de La Génération Perdue, mais ici Chris ne se contente pas d'exprimer le mal-être et le malaise, entre de plein fouet dans le conflit, générationnel et sociétal. Crache tout, sa colère et sa haine, cite les noms, précise ses reproches noir sur blanc, la musique partage sa hargne, très belles guitares électriques. La meilleure de la face A de l'album original. Le chat revient : pas d'affolement, Chris nous délivre une fable ésopienne, le chat triomphe de tout. Survit à tous les dangers, et même à l'espèce humaine. Adoptez son indolence native. Névralgie particulière : plutôt cauchemar surréaliste, tout ce qui se passe dans votre tête et que vous n'avez pas le courage de raconter. Les images de la fausse réalité se craquèlent et tout s'embrouille, tout cela parce que votre copine vous a quitté. Mieux vaut en pleurer qu'en rire. Très belle orchestration qui vous pousse le réel au cul. Première interview : plus traditionnel, critique des médias soumis à la vieille idéologie du formatage individuel par le travail. Pas la ronchonnade marxiste de l'aliénation, mais la revendication d'une impertinence bien enlevée. Tu ne seras pas mon ami : des paroles typiques du rock'n'roll français dont Long Chris reste l'un des paroliers les plus aigus, le thème des amis intéressés remis à leur place, une complainte lancinante blues déclinée à toute vitesse, faut que ça valse. Ballade à Michelle : beaux choeurs féminins doublent la voix de Chris, de quoi adoucir les regrets. Cause perdue. L'est trop tard. N'avait pas qu'à. Même s'il ne l'a pas fait exprès. Plan de fugue : la chienlit et le désordre, les déboires de la vie familiale quand elle n'a pas le charme zonderlinesque, revue de fous à lier, l'orchestration sonne en ses meilleurs moments comme du meilleur Dylan, ironie mordante, harmonica en partance, apothéose finale. Cette face B est à la hauteur du dernier morceau de la face A.

    Un demi-siècle après le disque se révèle être un véritable chef d'oeuvre du patrimoine. Mais à l'époque ça se bousculait grave au portillon, y avait du monde rien qu'entre les Beatles et Hendrix... La carrière de Chris n'en a pas été boostée. Grand dommage. Sept titres prélevés sur les quatre 45 Tours suivants de Chris complètent le CD.

    La petite fille de l'hiver : violons à pleurer, une reprise décalée du conte de La Petite-fille aux Allumettes, dommage que Chris n'ait pas eu l'idée – peut-être un projet inabouti ? -de tout un album consacré à Andersen, beau texte qui raconte avant tout la perte irrémédiables des rêves de l'enfance qui s'efface lorsque nous croyons que nous grandissons alors qu'en fait nous rapetissons. L'orphelin et le tambourin : le texte n'est pas sans évoquer la Nuit de Décembre de Musset, je n'insinue pas que Chris a copié, bien au contraire l'a retrouvé une émotion qui appartient à tous, celle du dédoublement de soi-même. Très puissant. Elle t'attend : aigre-doux, masque mortuaire souriant, banjo enjoué, rythme sautillant, polka des mauvaises nouvelles, rendez-vous d'amour au cimetière. A la cour du roi Johnny : Chris au pays des merveilles, Alice a bien grandi, n'est plus la petite fille innocente, mais le monde court à la déglingue surréaliste, une chronique douce-amère vraisemblablement codée. Les murs blancs : finie la féérie, misère de l'amour et amour de la misère, le passé à l'encan, bohème désenchantée, errance solitaire, orgue sifflant, tout passe, certains s'en tirent moins mieux que d'autres. Les chants désespérés font les lyrics les plus beaux. Paris se saborde : l'après-monde. Le cauchemar grignote le passé. Paysage de science-fiction prophétique. Le monde ne court plus à sa perte. Il a déjà franchi la ligne d'arrivée. Celle de l'abîme. Prière pour hellodarkness : prétérition, chanter l'amour pour mieux souligner la cruauté du monde. Egoïsme du bonheur. Tant pis pour les autres. Il faut savoir se renier pour accéder au septième ciel de l'empyrée divine. Très belle envolée de voix féminine à la fin. La voix du poète : montée du nihilisme. Nécessité du poète en nos temps de détresse s'interrogeait Hölderlin, les temps sont incertains, les chansons d'amour valent-elles les fusils ? L'espoir fait vivre !

    Je rentre : titre inédit, enregistré en octobre 2015. Je rentre pour mieux revenir. Chris revient tout du Long. Recolle les morceaux d'une vie diffractée. Pas mal en soi-même, mais je me répète, l'aurait mieux valu le remplacer par La Génération Perdue.

    Un regret : que Chris n'ait pas continué sa carrière. L'est le lyricoeur qui a tant manqué au rock'n'roll français. Certes l'a écrit quelques uns des textes les plus significatifs d'Hallyday mais il nous a privé d'une œuvre qui aurait été exemplaire. L'était en avance sur son temps. S'engageait dans une sorte de pessimisme féérique des plus originaux.

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    Notons que vient de sortir chez Milano Records : Gens Etranges pour Chansons Bizarres, nous les chroniquerons bientôt.

    Damie Chad.

     

    TRY ROCK & ROLL

     

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    Emission rock cornaquée par Thierry Gazel, quarante-deuxième livraison du 09 octobre 2017 en hommage à Gene Vincent disparu le 12 octobre 1971. A écouter en direct sur radiolezart.fr ( tous les lundis à dix-huit heures trente ) ou en podcast sur le FB de Try Rock & Roll.

    Thierry Gazel pourrait reprendre le slogan du président Rosko : Maximum de musique, Minimum de bla-bla, ainsi ce spécial Gene Vincent offre en une heure dix-huit titres entrecoupés par l'essentiel : date, lieu, nom des musiciens présents à l'enregistrement et l'annonce des concerts de la semaine à venir. Pouvez chipoter que votre morceau favori du Screamin' Kid ne soit pas au programme – perso me manquerait Bird Doggin' - mais comme chez Gene tout enregistrement est une petite merveille de précision, la foire d'empoigne risque de tourner au pugilat. Etudiez plutôt la set-list des émissions antérieures qui débordent de perles précieuses et de titres rares. L'en connaît un rayon de miel Thierry Gazel, véritable amoureux et connaisseur de la musique populaire américaine. Rappelons que Thierry Gazel fut le contrebassiste des Ol' Bry dont vous avez intérêt à vous procurer au plus vite les deux premiers albums. L'émission entame sa deuxième année, et Thierry Gazel est devenu par chez nous un des archivistes sonores et des propagandistes ondins les plus importants de la musique des années cinquante. Activiste rockabilly. Bienfaiteur de l'humanité rock'n'roll. A écouter tous les lundis. Sans faute.

    Damie Chad.

     

    THE TWILIGHTERS

    BAD DAMN CATS / KINGDOM OF DELAY / GO ON GIRL / LOOK INSIDE / NOW YOU'RE PSYCHO / RHYTHMBILLY / ILLUSIONS / TWILIGHTERS / SAD &ANGRY / LAMP POSTS / COMMING LIKE CRAZY / SCREAMING / PSYCHO ILLUSIONS

    CHRIS BIRD : guitar & voca: / SAM CHAMROCK : double bass / Jerry Wild : drums, backing vocal & screams

    Driben Records : enregistré entre Août et Décembre 2015 à Kharkiv Ukraine.

     

    Comme vous l'avez lu dans le numéro 2 ( épuisé et déjà collector ainsi que le 1 ) de Generation Rockabilly, en leur début les WiseGuyz étaient un groupe de psycho, après plusieurs changements sont devenus les tueurs de bop que nous connaissons. Mais les premières amours étant inoubliables, Chris Bird n'en continue pas moins de s'adonner dans les Twiligthers à ses originelles psykozoïdales manières.

     

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    Bad damn cats : mettons les points sur le I grec de psycho. De l'autre côté des Carpates les Ukrainiens doivent avoir une définition de ce genre différente de la nôtre. L'on s'en aperçoit dès les premières notes, sonne résolument plus sixties que psychobilly. Ce qui n'est pas en soi désagréable. Cris de mouettes en introduction, je ne sais si ces maudits cats pourchassent les volatiles sur les rives du Dnierp, en tout cas la guitare de Chris souligne à merveille son vocal enragé. Instrumentation marvinienne. Un petit bijou. Kingdom of delay : instrumental, rythmique jazz par en dessous, rappelle tous nos groupes des années soixante, plein d'effets et de surprises tous les vingt secondes. Comme ce n'est pas un débutant qui tient la guitare l'on n'est pas loin de ce à quoi s'amusait Eddie Cochran en reprenant le thème du Quatrième Homme. Go on girl : l'on sort le grand jeu, les filles arrivent, Chris vous prend le ton du gars désabusé qui mâche du chewing-gum et la musique s'emballe d'une manière des plus viriles, le batteur vous pique un cent mètres chrono à décrocher une médaille d'or. Rien à dire, savent s'y prendre avec les gerces, n'oublient même pas de faire les jolis chœurs qui vous filent un air romantique très prisée par la population femelle. C'est du moins ce que l'on dit. Look inside : contrastes, des hachis de guitare, des langueurs monotones, des voix qui agonisent, des accélérations fulgurantes, un peu générique à la James Bond. Tueurs à l'horizon, filles langoureuses dans votre bras. Cherchez l'erreur. Si vous n'avez pas trouvé, c'est que vous êtes déjà morts. Les lèvres pulpeuses étaient empoisonnées. Now you're psycho : non, ce n'est pas le manifeste psycho que vous attendiez. En fait si, mais ça progresse par étapes. Des relents de cat man de Gene Vincent, mais en moins menaçant. Les gars ont le sourire sardonique des tombeurs de filles. Rhythmbilly : ouf ! On est sorti du saloon et on se paie une cavalcade dans la prairie à la recherche des indiens qui ne se montrent pas. Situation idéale pour jouer les fiers-à-bras. Illusions : voix narquoise, contrebasse plissée, guitare moqueuse qui se joue de vos oreilles et Chris qui persifle et fait la grosse voix qui file la trouille quand vous racontez l'histoire du méchant loup aux enfants. On s'y croirait, on a presque peur. Twilighters : la guitare sautille, la voix récite une comptine, la batterie bat le beurre, la six-cordes tourbillonne, valse frénétique. Et l'on refait un tour juste pour le plaisir. Attention cette fois-ci les robes volent plus haut. Penchez-vous et vous entreverrez ce pour quoi vous êtes venus. Sad and angry : ni vraiment triste, ni vraiment en colère, dans l'entre-deux. Le temps monte un peu, las ! le plaisir du baston nous sera refusé. Mais les jeunes coqs jouent la comédie à ravir. La guitare nous file une avoinée finale rien que pour nous montrer combien cela aurait pu faire mal. Qu'on se le dise ! Lamp posts : accords sonores et traînants. La voix s'attarde pendant que l'orchestre tricote. Echos sur les cordes. Taisez-vous et écoutez. Leçon de virtuosité. N'essayez pas d'imiter vous seriez ridicules. Vous le certifie une deuxième fois. Mais vous n'êtes pas aussi stupide que vous en avez l'air. Vous aviez déjà compris. Comming like crazy : bien parti, ça fuse de partout, s'en donne à cœur joie et pas de l'artichaut, du chaud saignant sous le couteau du boucher. Un festival. Screaming : gardez votre souffle, très flegmatique en ses débuts, ensuite vous êtes debout sur le toit du train et la voûte du tunnel se rapproche dangereusement. Quand votre corps rebondit sur le ballast, le wagon éclate de rire. Un morceau interdit aux loosers. Attention deuxième tunnel, à votre tour ! Psycho illusions : gardent le rythme, ça rebondit de partout et sans cesse cette voix atone qui joue l'étonnée alors que toute votre vie défile sous vos yeux en quelques secondes. N'ayez crainte personne ne vous pleurera.

    Si vous aimez la guitare chromée d'or ne manquez pas les Twilighters c'est un régal, vous proposent un étrange psycho-rétro des mieux venus qui vous replonge dans les années dorées sur tranche de ces formations instrumentales des années soixante qui imposèrent les sonorités rock aux oreilles européennes, avec en plus cette remarquable réussite de ne pas sonner passéo-nostalgique. Le secret est bien simple, les morceaux sont construits sur de bonnes vieilles structures rockabilly qui les empêchent de lorgner vers la pop. Deuxième caractéristique, ce sont des instrumentaux avec voix. Ce qui change tout et qui explique les différentes intonations auxquelles le vocal est soumis, déchargé de cette urgence expressive qui est la marque rockab, car l'organe humain est ici traité comme un instrument complémentaire qui se soumet à la fluidité et à la plasticité de la pâte musicale. Chris Bird use d'un timbre caméléon qui s'adapte à toutes les tessitures de l'orchestration. Jamais devant. Tous ensemble. Le fait que la formation ne soit qu'un trio aide à la cohésion du groupe, jouent très près l'un de l'autre, très serrés, extrêmement réactifs, un peu comme ces centaines oiseaux en plein vol qui tous infléchissent en une même seconde leur vol sans qu'aucune collision interne ne vienne perturber l'inaltérable position de chacun. Malgré leur son sixties les Twilighters seraient à envisager en tant que groupe d'expérimentation qui rechercherait une future évolution du rockab. Sans trop le montrer, ce qui expliquerait ce retour vers cette rythmique de base qui s'essaierait à une nouvelle semence, un mix étrange, un extraordinaire hybride, à la croisée de Charlie Christian et de Hank Marvin. Ayez l'oreille raisonneuse.

    Damie Chad.

     

    BLUES & CO

    AUTREMENT BLUES

     

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    Leur slogan n'est pas une formule publicitaire. Correspond à la réalité. Les ai rencontrés à Blues In Sem ( voir KR'TNT ! 338 du 07 / 09 / 2017 ), des passionnés qui vous refilaient les anciens numéros à 2 Euros l'exemplaire et six pour 10. Sont là pour le blues, pas pour le fric. Ont une formule gagnante. La ferveur et rien d'autre. La revue s'est bâtie autour d'un enthousiasme qui a fini par générer l'organisation du Festival Terri'Thouars Blues. Pour ceux qui auraient envie de s'y rendre c'est entre Saumur et Niort. Un groupe de teigneux qui s'accrochent aussi forts que les morpions qui ne quittent pas vos parties génitales. L'air de rien, des émissions sur la radio locale, puis dès 1997 un fanzine – aujourd'hui revue de quatre-vingt pages – puis une association qui commence par organiser des concerts et qui finit par un festival annuel, le prochain du 20 au 25 mars 2018... quand s'arrêteront-ils ? Jusqu'où iront-ils ? Les laisserons-nous faire ?

    Me voit obligé de répondre : Oui ! Sans tristesse. Ai épluché six de leurs numéros. Des fous de blues mais sans œillères. Aiment aussi le country, le rockabilly et l'électricité. L'on y rencontre des gens que l'on aime bien par chez nous. Interviewent par exemple Swinging Dice et The Subway Cowboys, chroniquent les rééditions de Gene Vincent, braquent les projecteurs sur Nico Duportal, vous font des séries sur le Britih Blues, réhabilitent des groupes comme Ten Years After, Spooky Tooth, chroniquent les concerts des Stones et de Clapton, abordent des thématiques diverses comme la naissance du rock en URSS avec les premières duplications des pionniers du rock dès les années cinquante sur des radiographie médicales, ou les campagnes d'enregistrement Alain Lomax dans le Delta et le grand Sud, explorent le passé, de Billie Holliday à Nina Simone, et surtout ne quittent pas des yeux la scène blues vivante en France, en Europe, en Amérique et partout, jusqu'au pays des kangourous, de Fred Cruveiller à Loretta & The Bad Kings, en passant par Eric Bibb à Backsliders.

    Couverture couleur, intérieur noir et blanc un peu spartiate mais aussi efficace que dix rangs d'hoplites massés en formation de combat. Truffé d'informations, de chroniques de disques, de concerts et d'articles de fond. Une particularité que vous entreverrez peut-être comme un défaut mais en laquelle réside sa force : vous ne trouverez pas la revue en kiosque. Se diffuse par abonnements, ont un contingent de trois centaines d'abonnés qui assure la pérennité de l'entreprise.

    D'ailleurs à tout hasard je vous refile les infos nécessaires à votre délestage financier :

    1 an : 4 numéros : 18 Euros. 2 ans : 8 numéros : 34 Euros. ( N'ont pas prévu pour l'éternité ce qui leur permettrait d'engranger des milliard ).

    Règlement : Blues & Co abonnements 31 rue de la Quintinie / 79 100 THOUARS

    Adresses utiles : www.blues-n-co.org et redac@blues-n-co.org plus le FB : Blues & Co le magazine «  autrement blues ».

    Voilà chers kr'tnteurs je n'en ferai pas plus pour vous. Vous ne le méritez pas. Toutefois ces saines lectures ne pourront que vous améliorer.

    Damie Chad.