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  • CHRONIQUE DE POURPRE N° 209 = KR'TNT ! 328 : JERRY RAGOVOY / HOWLIN' MACHINES / THE DISTANCE / HEADCHARGER / FRCTRD / ACROSS THE DIVIDE / NAKHT / CLAUDE BOLLING

     

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

    jerry ragovoy,howlin'machines,the distance,headcharger,frctrd,across the divide,nakht

     

    LIVRAISON 328

    A ROCKLIT PRODUCTION

    LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

    11 / 05 / 2017

     

    JERRY RAGOVOY

    HOWLIN' MACHINES / THE DISTANCE / HEACHARGER /

    FRCTRD / ACROSS THE DIVIDE / NAKHT

    CLAUDE BOLLING

    Les ragots de Ragovoy

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    Les ragots de Jerry Ragovoy valent leur pesant d’or. Dans son numéro d’avril, Record Collector publie une interview inédite de ce géant du Brill qui eut la chance de travailler avec Bert Berns, en tant que co-auteur et co-producteur. Voilà bien ce qu’il faut appeler un duo de choc. Oui, car avec Jerry et Bert, nous nous trouvons au cœur du mythe de la grande pop américaine, ou pour être plus précis, aux racines du cœur de mythe. Comme le rappelle Al Kooper, Jerry and Bert were known as white kings of soul music. Oui, les rois blancs de la Soul music, ni plus ni moins.

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    Le premier hit qu’ils composent ensemble est le fameux «Cry Baby» popularisé par Garnet Mimms & the Enchanters, un quatuor black new-yorkais. Mais Garnet chante d’une voix trop puissante. On sent en lui le vétéran des gospels choirs, il explore les cimes et redescend avec un timbre terreux de boogaloo qui frise le Howlin’ Wolf. Malgré toute la puissance de ce hit obscur, ça ne pouvait pas marcher. Apparemment, Jerry misait lourd sur Garnet car il enregistra d’autres obscurités frénétiques, comme cet «As Long As I Love You» qu’on trouve sur la belle compile qu’Ace consacre à Jerry. Garnet chante à la poigne de fer, il sort du pur jus de r’n’b new-yorkais des early sixties, on sent une incroyable présence et on se pose la question habituelle : pourquoi diable est-il tombé dans l’oubli ? Son «Thinkin’» relève du pur jus de raw r’n’b, celui que nous affectionnons particulièrement.

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    Bert avait un sens «commercial» beaucoup plus développé que celui de Jerry. Il savait flairer les très gros coups. Il signa Erma, la grande sœur d’Aretha, sur son label Shout et co-écrivit le fameux «Piece Of My Heart» avec Jerry. Ce fut le smash que l’on sait, popularisé plus tard par Janis Joplin, comme chacun sait. Il est important de préciser ici que Janis raffolait des chansons de Jerry. Après «Piece Of My Heart» (qu’on trouve sur Cheap Thrills), elle tapa dans «Try (Just A Little Bit Harder)» pour Kosmic Blues. Jerry fut tellement touché par ces brûlants hommages qu’il composa «I’m Gonna Rock My Way To Heaven» pour elle, mais la pauvre Janis cassa sa pipe avant de pouvoir l’enregistrer. On trouve trois autres hits de Jerry sur Pearl, l’album posthume de Janis : «Cry Baby», «My Baby» et le Tatien «Get It While You Can». C’est dire si Janis avait bon goût !

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    Quand Dan Nooger qui mène l’interview demande à Jerry si Bert n’était pas un peu trop directif en studio, Jerry rigole. Bien sûr que si ! Phil Spector, Shadow Morton, Leiber & Stoller, c’est-à-dire tous le grands producteurs de l’époque, étaient des gens intraitables. Ils donnaient des indications très précises aux interprètes, ils voulaient que les chansons qu’ils avaient composées soient chantées d’une façon extrêmement précise. Ils répétaient énormément avant d’enregistrer. L’interprète n’avait qu’une seule marge de manœuvre, son feeling.
    Howard Tate était aussi l’un des chouchous de Jerry. Ancien collègue de Garnet Mimms dans les Belairs, Howard adorait travailler avec Jerry - We were too good a team - C’est vrai, mais Jerry rappelle aussi qu’Howard était un homme perturbé - a troubled person - Et quand Howard refit surface en 2003 après vingt-sept ans d’absence, qui fut son producteur ? Mais Jerry, bien sûr. Il faut situer le team Ragovoy/Tate au même niveau que le team Bacharach/Warwick, ou encore Berns/Franklin. Voilà ce que les habitués du PMU de la rue Saint-Hilaire appellent des doublets gagnants. Jerry rappelle que l’album Get It While You Can est devenu culte. Il faut entendre l’archange Tate swinguer «You’re Looking Good» d’une voix délicate et partir en piqué vrillé. Tate tâte bien le terrain et des trompettes arrosent ses chutes grandioses. Par contre, il oublie toute forme de sophistication pour chanter «Get It While You Can». Jerry rappelle aussi que tous ces hits étaient enregistrés live, avec l’orchestre au grand complet - no overdubs.

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    Et puis il rend hommage à Lorraine Ellison, qui figure parmi les plus brillantes Soul Sisters d’Amérique. En Europe, on connaît «Stay With Me» grâce à Sharon Tandy, mais la version originale vaut son pesant d’or. Lorraine cœur d’acier percute son hit du petit doigt et l’envoie valdinguer au noooow d’exaction maximaliste. Elle grimpe son can’t believe si haut qu’on le perd de vue. Cette folle atteint les zones érogènes d’un feeling atrocement pur - Remember ! Remember ! - Elle ouh-ouhte sa spectaculaire percée stratosphérique. L’histoire de cette session est assez marrante : un jour, le patron de Warner appelle Jerry et lui demande s’il connaît quelqu’un qui saurait chanter avec un orchestre. Quel orchestre ? Le boss lui explique qu’il a sur les bras un orchestre de 46 personnes payé pour une session de trois jours que vient d’annuler Frank Sinatra. Jerry saute sur l’occasion et dit qu’il connaît quelqu’un. Ça se passe un lundi, et la session débute le mercredi soir. Il contacte Lorraine aussitôt, lui compose un hit vite fait, écrit les arrangements pour les 46 musiciens, deux nuits sans sommeil, et pouf ! C’est «Stay With Me» ! Lorraine chante en direct avec tout l’orchestre ! La version qu’on entend sur le disque est la version stéréo de l’époque, enregistrée en une seule prise, même pas mixée - I didn’t even have to mix - Jerry rend hommage à Phil Ramone, l’ingénieur du son qui enregistra ce monster hit sur un huit pistes. Magie pure de la Soul. Mais il y eut à la suite un léger problème, car de la même manière qu’Aretha, Lorraine refusait de monter dans un avion, pas question de quitter Philadelphie, ce qui coula sa carrière et fâcha Jerry qui voulait faire de la promo. À l’époque, c’était la règle. Pour promouvoir un hit, il fallait tourner.

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    L’un des hits les plus célèbres de Jerry est certainement «Time Is On My Side», popularisé par Irma Thomas, puis les Stones. Jerry l’enregistra en 1963 avec un tromboniste de jazz danois nommé Kai Winding, soutenu par un trio de backing girls de choc : Cissy Houston, Dionne Warwick et sa frangine Dee Dee. Il faut entendre cette énorme version jouée aux trompettes de la renommée et chauffée à blanc par les clameurs des filles devenues folles. Pure démence de la partance ! Irma reprit le hit à Hollywood en 1964 et les Stones un peu plus tard la même année. Tiens justement, puisqu’on parle d’Irma : après le succès de «Time Is On My Side», elle voulut absolument enregistrer une session avec Jerry et vint à New York pour enregistrer quatre titres dont «The Hurt’s All Gone» qu’on trouve sur la compile Ace et qui n’est pas si bon, car elle tente de passer en force. Dommage. Jerry tenta aussi de faire décoller Estelle Brown, l’un des choristes new-yorkaises les plus demandées avec les trois pré-citées et d’autres encore comme Doris Troy et Myrna Smith. Mais son «You Just Get What You Asked For» à la fois captivant, si maladroit et sur-produit refuse de décoller. Estelle voit une girl dans un looking glass who is crying - And this girl is me - On retrouvera Estelle dans les mighty Sweet Inspirations avec Cissy Houston, Sylvia Shemwell et Myrna Smith.
    L’une des grandes révélations de la compile Ace, c’est Pat Thomas qui chante «I Can’t Wait Until I See My Baby’s Face». C’est emmené d’une voix mûre d’Africana à la revoyure, sur fond de groove magique. Jerry crée pour Pat les conditions de l’excellence. Le cut est si bon que Dionne Warwick le reprendra dix ans plus tard sur son album Then Came You, dont la pochette s’orne de son portrait peint. Jerry produisit cet album en 1975, mais il avoue pleurer chaque fois qu’il le réécoute, car il le dit over-orchestrated. Il dit même avoir voulu péter plus haut que son cul - je me prenais pour Burt Bacharach qui, ajoute-t-il, ne sur-produit jamais. Jerry pense que c’est son plus grave échec et confie dans la foulée qu’il aimerait bien pouvoir s’excuser auprès de Dionne. Et pourtant quand on écoute «Move Me No Mountain», on frémit, car Dionne explose ce groove digne de nos rêves les plus humides. C’est atrocement bon. Bizarrement, Then Came You compte parmi les meilleurs albums de Dionne. Jerry pêche sûrement par excès de modestie.

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    On retrouve aussi le fameux «Good Lovin’» des Olympics sur cette belle compile Ace, un hit sixties qui sera popularisé un peu plus tard par les Young Rascals. C’est un pur hit de juke, irréprochable et idéal pour jerker au coin du chrome. L’autre hit universaliste que composa Jerry fut bien sûr «Pata Pata» pour Miriam Makeba. Quand Jerry la reçoit dans son bureau, Miriam lui dit : «What I wanna do Jerry is American ballads !». Wow ! Jerry s’enthousiasme immédiatement. Facile, des American ballads, il en a plein ses tiroirs. Mais comme il est très pro et qu’il ne la connaît pas, il va la voir chanter dans un club et paf, il tombe carrément de sa chaise ! Eh oui, il découvre une reine africaine, un univers musical qui lui est inconnu et qui le fascine. Alors, il laisse tomber les American ballads et demande à Miriam de revenir dans son bureau et de lui chanter des chansons africaines. Miriam est ravie de ce revirement. Elle chante a capella et Jerry l’enregistre. Il écoute la cassette chez lui et Jerry flashe comme un dingue sur «Pata Pata». Il demande à Miriam de l’aider à transcrire le texte en Anglais. «Pata Pata» devient le hit que l’on sait. Miriam chante comme une géante et ne la ramène pas. C’est toute la différence avec Stong. On monte encore d’un cran avec Dusty chérie. Comme Irma, Dusty chérie voulait absolument travailler avec Jerry car il bénéficiait d’une aura de rêve - A r’n’b icon - Pour elle, Jerry co-écrit «What’s It Gonna Be» avec Morty Shuman. Dusty est une bonne, elle ramène là-dedans tout le foncier d’Angleterre et tout le chien de sa chienne - I can’t face it - Encore un pur hit de juke, Jack.

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    Carl Hall est l’autre grande révélation de cette compile. Jerry n’enregistra que quatre singles avec Carl dont l’effarant «What About You». C’est lui la véritable star du Jerry Sound System. Jerry lui fournit le background orchestral de la légende. Carl combine le meilleur groove du monde avec le scream impénitent - What about you mister - Il chante à l’énergétique pur et dur. Tiens, encore un fabuleux coup de Jarnac avec «You Don’t Know Nothing About Love», un softah sirupeux qu’il traite à l’égosillée purulente, il s’y monte impitoyable - One day my friend it’s gonna be your turn - et il développe une fascinante ambiance perfide. Selon, Jerry, Carl Hall est un géant - One of the most mind-blowing vocalists who ever lived - un artiste capable de chanter du gospel, de la Soul et du Broadway, et qu’on retrouve dans les chœurs derrière Bonnie Raitt sur l’album Streetlights.
    Jerry monta son label Rags Records pour promouvoir les disques de Lou Courtney, un mec qu’il aimait bien - I think Lou Courney was a great talent - En effet, quand on écoute «What Do You Want Me To Do», on entend un séducteur croasser dans son micro. Cette fois, Jerry va sur un son plus funky, mais ça reste extrêmement produit. Il connaît bien ses artistes. Il les produit avec les mains d’un cordonnier, comme dirait Léo. Jerry veille aussi sur le destin de Major Harris, un vétéran de la Soul qui fit partie des Delfonics. Avec «Pretty Red Lips», ce bon Major nous croone un groove d’une classe infiniment supérieure, c’est indubitable, et la question de savoir si ce groover est humain ne se pose même pas, puisqu’il groove comme un dieu de l’Olympe. D’où cette réputation non usurpée de divin groover.

    Signé : Cazengler, Jerry rat d’égout

    Roll With The Punches. Interview Jerry Ragovoy par Dan Nooger. Record Collector #465/April 2017
    The Jerry Ragovoy Story. Love Is On My Side 1953-2003. Ace Records 2008

    PETIT-BAIN / PARIS / 04 – 05 – 2017


    HOWLIN' MACHINES / THE DISTANCE
    HEADCHARGER

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    Retour au Petit-Bain. Brrrr ! Le frisson dans le dos quand me revient le froid de loup qui sévissait fin janvier sur Paris, heureusement que Pogo Car Trash Control avait salement relevé la température. Ce soir c'est mieux, seulement la pluie – remarquez de l'eau au Petit-Bain ce n'est pas étonnant – sont sympas nous ouvrent les portes un peu avant l'heure. Pour le voyage pas de problème, la teuf-teuf a tenu la distance en un temps record. A croire qu'ils avaient vidé Champigny de sa population pour nous laisser passer. Bref nous voici au chaud, dans les flancs du navire, le temps de discuter avec un photographe en mission commandé fan de métal à mort.

    HOWLIN' MACHINES

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    Sont trois tout jeunes. N'ont pas de beaucoup dépassé la vingtaine. Basse, guitare et batterie. Et un chanteur. Seulement besoin d'ouvrir la bouche pour que l'on se rende à l'évidence. Une voix. Une vraie. De celles qui s'imposent sans forcer. Noire à souhait. Du moins au début du set trop court. Car elle passera sans effort de la pulsion rhythm 'n' bluesy au phrasé rock'n'rollien avec de temps en temps ce léger décalage qui claque en écho non sans faire penser aux décrochements répétitifs de Robert Plant. Tient entre ses mains une basse Rickenbaker . De Lemmy à Metallica, cette bébête monstrueuse au sustain inimitable, suffit de la mettre au galop pour qu'elle vous garde sans faillir la même allure, pouvez jouer du cimeterre sans souci et éparpiller les têtes sur votre passage en toute tranquillité, genre d'engin de chantier idéal pour un chanteur occupé aux vocales manœuvres. C'est qu'à ses côtés ses deux acolytes ne chôment pas. Tambour battant pour l'un et riff hifi pour l'autre sur les cordes. Les machines hurlantes ne connaissent pas l'immobilité, une fois démarrées rien ne saurait les ralentir. Ne prennent même pas le temps de finir les morceaux. Leur tronçonnent la queue sans préavis d'un coup de hachoir définitif. Un peu comme quand vous terminez votre livre trente pages avant la fin, d'un claquement sec et rédhibitoire, afin de vous emparer au plus vite du tome 2. Sont des adeptes du stoner de Brest, une frégate de soixante canons qui vous court dessus à l'abordage toutes voiles dehors portée par un vent arrière de soixante nœuds. Nous sortent tout de même un blues au milieu de set, The Lies About, mais tellement surchargé d'impédance énergétique qu'il vous roborative les neurones davantage qu'il ne vous éreinte l'âme. Se livrent à une OPA sans défaut sur l'assistance qui se laisse subjuguer et maltraiter avec un plaisir évident.
    Dernier morceau. Les cris de déception fusent. Cette fusée étincelante nous l'aurions bien gardée encore un bon moment. Ils emporteront nos regrets. Une trajectoire éblouissante. Courbe harmonieuse et élégante. Du bas vers le haut. Missile sol-air. Ces jeunes gens sont partis pour atteindre des régions situées dans les stratosphères interdites aux vaches molles du rock'n'roll. Down 'n' Higher proclament-ils, mais définitivement higher.

    THE DISTANCE

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    Se touchent du poing, tous les quatre, tel un rituel vaudique, avant d'égorger le blue red rooster du rock'n'roll. Et tout de suite après c'est la montée en puissance de la fournaise. Le son est là, vous saisit de son ampleur, la lave de Pompéi débordant du cratère assassin et refermant sa gangue mortuaire sur les habitants englués dans un fleuve de feu. Avec un avantage, c'est que vous ne mourrez pas, au contraire c'est une force sonique qui s'insinue en vous, vous porte et vous transcende.
    Trois devant et Hervé tout seul derrière. N'est pas abandonné. Duff lui rend souvent visite, un pied sur l'estrade où repose la batterie. C'est qu'Hervé est attelé à ce que Roger Gilbert Lecomte appelait un horrible travail révélatif. Du tramage forgique de poésie. L'enclume et le marteau. Casser la carapace des rêves pour en extraire l'élixir souverain de la réalité agissante. Œuvre alchimique par excellence. Une large cadence – en ses débuts comme le ressac incessant et millénaire de la mer qui s'écrase sur le rivage – qui peu à peu, insensiblement, s'accélère tout en montant en mouvance sonore. Tout à l'heure finira en fou épileptique, en possédé du démon rythmique, les cent bras de Shiva parcourant les toms sans une seconde d'interruption - un personnage de dessin animé passé à la chaise électrique, vous ne voyez plus, vous n'entendez plus que cette frappe qui passe et repasse, ces bras levés qui s'abattent sans fin, un tambour de machine à laver directement branchée sur une ligne à haute tension - qui tournent et retournent comme les ailes rouges de la guerre des poèmes de Verhaeren.

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    ( Photo : FB : Julien Momusic )


    Et les trois devant qui insidieusement alimentent le foyer. Duff à la base, les cheveux qui coulent sur ses épaules dissimulent son visage, se plante au bord de la scène pour lâcher sur vous les chiens de chasse de ses lignes de basse. N'est plus qu'un émetteur phonique, un dispensateur de noirceur ondulante, qui induit les transes intérieures les plus meurtrières, doit parvenir à certains points d'acmé énergétique indépassables, des chakras d'intensité opératifs, car parfois il se redresse, regarde le public et un rapide sourire énigmatique éclaire ses lèvres.
    Mike est au micro. Utilise sa voix comme un second instrument. Ne domine pas les autres mais la module comme un cinquième élément éthérique dont l'apport se révèle indispensable à la cohésion du groupe. Joue de la guitare. Non pas tout comme Sylvain mais avec Sylvain. Certes ils n'en ont pas une pour deux mais c'est tout comme. Pour sûr il y a des moments où chacun tricote de son côté, mais si j'ose dire cela ne compte pas. Sont comme des jumeaux. Des géants siamois. Plus le set avancera, plus on les verra se rapprocher, corps contre corps, et guitares face à face, emportées dans un tunnel infini d'égrenage grêle de notes fuyantes, l'impression de deux cavaliers galopant de conserve mais perdant leur sang jusqu'à l'évanouissement final, en ces moments la batterie n'en accélère pas moins le tempo, mais moteur coupé, une voiture dévalant un col de montagne sans frein, Duff qui met sa basse en brasse coulée, en apnée, et brutalement alors que l'on croit que le feu va s'éteindre et mourir d'asphyxie l'incendie embrase la forêt, ah ! Ces coups de reins brutaux et fastueux du quatuor qui repart comme un seul homme ! Répétitifs en plus. Car le rock'n'roll est avant tout un art de l'excès, il est strictement recommandé de dépasser la dose prescrite. Et d'en reprendre à foison tout en ayant soin de cambrioler la pharmacie. Pas question de demander poliment et de payer son dû.
    Alors ils nous font la distribution gratuite. Vous en aurez plus que vous ne voulez. Sur les trois derniers morceaux, ils sont devenus fous. Mike et Sylvain ne sont plus que des marionnettes saccadées hantées par de mauvais génies vipérins. Sont cambrés, des automates en délire, opèrent une espèce de parade de paralytiques tétanisés qui marchent en tous sens, la bave du rock'n'roll aux lèvres et leurs guitares atteintes d'une fureur de berserker. Duff ne tarde pas à subir lui aussi les effets de cette transe hypnotique et tous trois se croisent comme des trains fantômes échappés de leur rail. Exultation dans la salle. Sylvain projette sa guitare sur le sol – la fureur de la destruction n'est que l'autre versant de la démesure des dieux - et sur une dernière razzia drumique le combat cessa faute de combattants. Pas de rappel. C'est la stricte application de la réglementation de la salle. Les lumières se rallument. Les meilleures choses ont une fin. Même les sets de The Distance.

    HEACHARGER

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    Distribué à l'entrée du concert, Flyer-Zine Musikoeye N° 33, papier glacé, quatre pages, révélant interview sur l'enregistrement d'Hexagram, leur sixième album, et les voici maintenant sur scène. Sûrs d'eux, l'on sent les vieux routiers rompus – formés en 2004 – qui ne s'en laissent pas compter et qui escomptent bien satisfaire le public manifestement acquis à l'avance. Nous livrent un show impeccable, millimétré, j'aurais toutefois aimé que fût un tantinet plus forte la tonalité du micro sur lequel Sébastien Pierre bondit alors qu'un mur de guitares déferle sur nous. Ne s'économise pas, agite sa grande silhouette dans tous les sens, visière de casquette en avant et bras sémaphoriques qui moulinent l'espace.
    Headcharger charge, un régiment de blindés qui écrase tout sur son passage, juste le temps de ré-accorder entre deux morceaux, l'offensive ne s'arrête jamais. David Rocka et Antony Josse sont aux guitares, ne laissent subsister aucun interstice sonique, aucun répit, aucun essoufflement, aucune fêlure, au taquet, toujours là au moment où il faut y être, les doigts qui filent et l'attitude attendue. Cheveux hirsutes, barbes et visages dégoulinent de sueur, ils donnent plus qu'ils ne prennent. Amassent et dispensent le son, mais c'est Sébastien qui établit la communication avec le public qui s'agite à sa demande, manifestement ravi de s'entrechoquer même si l'étroitesse du lieu canalise quelque peu son exubérance.
    Les guitares filent loin devant, et à la batterie Rudy Lecocq pousse tout près derrière, ne nous dispense pas de simples rudiments, les coups pleuvent sur ses peaux comme giboulées de Mars et grésils de tempête, heavy-stoner-sound, tambours de sable et ronds de feu. Un son qui cherche le point de fuite mais ne s'y engouffre pas sans emmener tout l'orchestre avec lui. Pas question de batifoler en chemin pour compter les pétales des coquelicots, l'on attrape le loup par la queue et on ne le lâche pas d'une seconde. Romain Neveu à la basse doit avoir un sacré boulot, n'aimerais pas être à sa place, c'est à lui qu'échoit le sale boulot, de maintenir la cohérence du groupe et de l'empêcher d'éclater en mille directions et de se disjoindre dans une course éperdue.

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    Headcharger garde le contrôle, de Land of Sunshine qui ouvre le set à Wanna Dance qui le clôt, ils vous tondent la pelouse sans jamais oublier le moindre brin d'herbe, tout en préservant les fragiles corolles des pâquerettes, déboulent sans frémir au cœur de taillis de ronces à la All Night Long ou à la Dirty Like Your Memorie et vous en ressortent sans une égratignure. Vous déchiquettent bien de leurs lames acérées quelques grasses couleuvres alanguies qui dormaient dans les hautes herbes mais personne ne s'en inquiète. Surtout pas le public si j'en crois les regards extatiques de mes voisines qui ne quittent pas des yeux les garçons sauvages magnifiés en pose héroïques de guitar-héros, jambes écartés, corps penchés en avant, statures iconiques du rock'n'roll.
    Une heure, pendule accrochée au mur faisant fois de l'exactitude de ce décompte temporel, l'on ne sait trop pourquoi, tout s'arrête, n'est même pas onze heures, faut pourtant boire le fameux bouillon, qui coupe court à toutes les effulgences de la vie. Headcharger quitte la scène sans rémission. De la belle ouvrage.

    RETOUR


    La teuf-teuf trottine, de vastes pensées s'amassent sous mon front, une découverte : Howlin'Machines, une tuerie : The Distance, et Headcharger de bons combattants mais perso leur trouve un petit côté un peu trop chevalier blanc sans peur ni reproche. Gimme Danger comme dit Iggy. L'auto-radio se bloque sur Ouï FM et diffuse les douces romances de Bring The Noise, arrivé à Provins – hertzienne zone maudite - les ondes décrochent. Tant pis, j'ai eu le temps d'entendre Paroles M'assomment de Pogo Car Crash Control. La boucle est bouclée.


    Damie Chad.

    06 / 05 / 2017 / LE MEE-SUR-SEINE
    LE CHAUDRON


    RELEASE PARTY NEW EP CHAKRA
    NAKHT
    FRCTRD / ACROSS THE DIVIDE

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    Savigny-le-Temple. La teuf-teuf longe l'Empreinte. Etrange, parvis désert à quinze minutes de l'ouverture officielle des portes. Y aurait-il un lézard dans l'horloge ou un homard dans la cuvette WC ? Nécessité absolue d'improviser et d'appliquer un plan B. Inutile de me reprocher d'avoir mal lu le flyer. A vue de nez, Le Mée-sur-Seine n'est pas loin. Essayons Le Chaudron. Presto & bingo ! N'ont même pas commencé. Ça papote à loisir devant l'ustensile à popote.

    FRCTRD


    Noir. Lumière infranchissable pourriture disait Joë Bousquet. FRCTRD va s'adonner à son jeu favori de dissociation de nos photons mentaux. Sample d'entrée, et dès les primes notes ils vous présentent la fracture avec la TVA adjacente du Tout Voulu Atomisé. Musique brutale, happée par elle-même, qui à chaque pas en avant s'écroule dans la fosse commune des pseudo-illusions qu'elle n'arrête pas de creuser. Une tranchée rectiligne qui s'engouffre dans la brisure de sa propre rectitude.

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    Cinq guerriers du néant illuminatif. Anneaux de caraque aux oreilles, zigomatiques saillants, et une voix d'onagre en rut, Vincent Hanulak annule tout, cavale crache et cravache le carnage du grain moulu de sa voix. Remarquez que derrière sa guitare d'une sombreur luisante de lampadophobe, avec ses yeux de braise et sa barbe de prédicateur fou d'évangéliste atterré, Filip Stanic n'a rien à lui à envier...

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    ( Photos : FB : Mlle Lazurite )

    Impossible d'apercevoir le visage interdit de Clément Treligieuse, le dissimule avec une obstination derrière le rideau d'une blonde touffeur, à croire qu'il s'agit d'une attentatoire terreur religieuse qui lui interdit de quitter l'absence de toute présence, Maxime Rodrigues penché sur sa basse, une patience d'insecte, de ceux qui savent que leur race immonde finira par supplanter l'espèce humaine, et Gregory Louzon concentré sur ses fûts à la recherche de l'impossible formule de la dilution finale.
    Tout juste quelques titres. Une poignée de grenades entrouvertes jetées à la face de l'intermittence du monde. Mais assez pour signifier le clignotement du néant dévorateur que tout un chacun feint de ne pas apercevoir. Par sa musique, épurée jusqu'à l'os, qui se dévore elle-même, qui se phagocyte de sa propre viduité, FRCTRD vous plonge le nez dans la vacuité absolue de votre existence, ce filet entrecroisé de cordes emmêlées, ce réseau arachnéen de toutes vos fragilités qu'un coup de vent glacial projettera un jour ou l'autre au fond du gouffre.
    L'on ne peut exprimer le silence que par des bruits implosifs nous rappelle FRCTRD, des pétarades mouillées, des eaux suintantes de la morbidité malfaisante de nos petitesses humaines. Des hachis de guitare et des purées parmentières de batterie qui crapaude en batracien que l'on fait fumer et qui explose en nuage artificiel de fumée létale. Le combo ne nous ménage pas, fait le ménage, passe le délabré plumeau poesque aux plumes de corbeau plutonien sur la toile de nos démissionnaires exigences.
    Un set magnifique. D'amer constat des dégâts occasionnés par l'erreur de vivre. Musique métaphysique. Fractured but no captured.

    ACROSS THE DIVIDE


    Encore des partisans cumulatifs des fissions nucléatiques. Musique à trous taillés à pic dans l'intumescence lyrique des samples omniprésents. Across the Divide découpe au plus court. Sont les adeptes de la fragmentation fractale. Un riff ne saurait aller plus loin que lui-même. Même répété, compressé coup sur coup une dizaine de fois, asséné comme des fureurs de fouets, cinglé comme comme des salves de sangles sur les épaules d'un supplicié, très vite tout se déstructure. Effondrement final. La musique d'Acroos The Divide est une suite dramatique interrompue de points de suspension. Mais le silence ne s'intercale pas entre les abruptifs sonores. Sont remplis par les grandes orgues des samples de toute pompeuse noirceur, un peu comme ces musiques d'enterrement que l'on passe pour cacher en vain le gouffre vital enfermé dans le tabernacle du cercueil.

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    Axel Biodore est à la guitare. Un beau jeu mais pas du tout bio. Martyrise ses cordes à la manière de ces épandages d'insecticides meurtriers qui vous pulvérisent la végétation en quinze secondes et vous provoquent des mues géantes chez les coléoptères venimeux dispensateur de pustules purulentes. Alexandre Lhéritier n'en a guère besoin, sa voix d'écorcheur de chats faméliques se suffit elle-même, vous agonise de ces chuintements boueux de lamentin échoué, pourtant Axel ne peut résister à agrémenter les reptations gosierâles de son chanteur d'une espèce de beuglement caverneux qui diffracte encore plus cette sensation de vertigineux malaise qui s'exsude des découpes rampantes opérées par Maxime Weber sur ses cymbales atonisées.

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    Parfois Jonathan Lefeuvre aussitôt imité par Axel, arrête de jouer de sa guitare, vous donnent l'impression de chuinter les interstices qui séparent les cordes, de glisser leurs doigts comme des chirurgiens qui hantent de leurs assassines phalanges les entrailles d'un patient opéré à vif sans anesthésie, et la basse de Régis Sainte Rose adopte alors la douceur funèbre d'une rapsodie maladive. Et tout cela vole aussitôt en éclats, en tôles de coques d'obus dispersées au moment le plus meurtrier de son impact.

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    ( Photos : FB : Mlle Lazurite )


    Auront droit au set le plus long. Se livreront à un concassage sonique méthodiquement chaotique, l'on sent qu'ils cherchent la fissure ultime, leur musique achoppe la réalité du monde tel un trépan mû par un infatigable et monstrueux balancier qui cherche à s'immiscer dans la matière la plus noire de l'univers.

    NAKHT

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    Les rois de la fête mortelle. Qui pousseront l'élégance jusqu'à se contenter d'un set à notre goût un peu trop court. Nous savons bien qu'indénombrables sont les anneaux d'Apophis, L'assistance aurait bien voulu que l'on en déroulât trois ou quatre de plus...
    Lourdeurs sonores. Trois projecteurs tournoient leurs trois pinceaux de lumière blanche qui n'ont d'autre but que d'aviver la pénombre. Chacun des musiciens, encore invisibles, regagne sa place. L'on entend Danny Louzon qui depuis les coulisses poussent un hurlement rauque de bête traquée. Embrasement de lueurs d'hémoglobine, son sursaturé des guitares qui déchirent les tympans, les têtes des guerriers guitaristes tournent sans fin telles des ailes de libellules rilkéennes folles tandis qu'à la batterie Damien Homet broie le noir des espérances diluées.

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    Danny, déjà si grand, se juche sur le piédestal de fer central, sa tête touche presque les tubulures centrales qui soutiennent les projecteurs, se courbe, s'incline vers nous, brasse l'air de ses bras comme s'il nous faisait signe de s'approcher pour mieux entendre les grognements caverneux qui émanent des profondeurs de ses poumons. Gestes impérieux et déluge sonore. Ronde des guitares qui changent de place, marche des ombres, le temps de recevoir la commotion en pleine figure que Danny nous prédit Our Destiny qui se s'annonce que sous les pires auspices du bruit et de la fureur, faut le voir saisir son micro à deux mains, ponctuer d'un bras impérieux les segments monstrueux de la prophétie, tandis qu'aux guitares, Alexis Marquet et Christopher Maigret sabotent les règles de la sainte harmonie de leur kaotiques giclées cordiques, Clément Bogaert reste perdu dans la transe enivrée d'une danse barbare inachevable. La musique gronde et emplit l'univers pour fêter le réveil d'Apophis le maudit. La musique de Nakht prolifère comme l'infinie reproduction protozoairique de brontosaures géants qui accoupleraient leurs fétides corpulences en des noces de tonnerre et de foudre, sans cesser de piétiner les géantes forêts ante-préhistoriales... La scène est déchirée d'éclairs de lumières blanches plus pâles que des aubes blafardes de fin du monde sur choral de requiems noirs engoncés dans une pachydermique rythmique, une espèce d'halètements syncopés dont on ne perçoit que les brisures mais pas le souffle nauséabond qui pourtant pulvérise les rochers. Béance mortifère, symbolisée par le falzar noir de Danny aux deux jambes soigneusement lacérées d'une large entaille dont on voit s'ouvrir et se refermer les lèvres mouvantes, jumelles bouches muettes d'une pythie delphique qui révèlerait par ce bâillement de batracien inaudible les ultimes malédictions de la future désintégration de la race humaine. Grouillements d'égosillements, martelages titanesques, points d'ogres en ouverture de précipitations nocturnes, Nakht bouscule les montagnes et patauge dans les failles océaniques. Les cités flambent sous les pas des conquérants et la musique brûle, Nakht est un dragon engendré par nos phantasmes les plus masochistes qui n'ayant plus rien à dire finit par s'incendier lui-même pour ne pas être victime de la froideur impie du silence qui corrompt et gangrène l'univers.

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    ( Photos : FB : Antoine Sarda )

    Grondements antédiluviens pour conjurer nos faiblesses. Nakht dépose la rosée mortifère de sa musique comme un feu atomique, il est la nacre préservatrice qui se forme à la surface des roches et le chancre purpural de nos âmes. Cette ambroisie mortelle détient le secret de l'immortalité. C'est pour cela que nous l'écoutons. Epoustouflant.

    RETOUR


    Après une telle soirée il est difficile de rejoindre le monde vide de nos contemporains. Trois groupes réunis en une seule unité tonale. Toutefois distincts et dissemblables. Nakht a méchamment réussi sa Realease Party. Nakht a rouvert nos chakras encrassés. Evidemment si vous n'aimez pas, vous pouvez vous inscrire à un centre de méditation zen. Ce serait même préférable pour vos fragilités. Ce qui vous tue ne vous rend pas plus fort.


    Damie Chad.

    CHAKRA / NAKHT

    INTRO / WALKING SHADES / THE MESSENGERS / HALL OF DESIRE / LXXVII / MIND'S JAIL /

    DANNY LOUZON : vocal / DAMIEN HOMET : drums / Clément BOGAERT : bass / ALEXIS MARQUES : guitar / CHRISTOPHER MAIGRET : guitar.

    On avait beaucoup aimé la brutalité d'Artefact le premier EP de Nakht, autant dire que l'on attendait le deuxième avec intérêt.

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    Intro : grondements annonciateurs de fureur, chants védiques venus d'ailleurs, des gouttes d'eau lourde clapotent, des serpents venimeux rampent dans les canalisations. Frottent leur ventres écailleux sur le plomb saturnien. Arrosages dulcimériques et cymbales qui s'affaissent. Walking Shades : sons sursaturés, instrumentaux phrasés cithariques, la voix de Danny qui s'amplifie et domine le tout, une radio mal réglée qui diffuse des guitares d'orage et la batterie qui compresse les tympans des temples détruits. The Messengers : générique musical, guitares grondantes presque sixties entremêlées de mélopées orientalisantes, oasis d'optimisme vite balayée par le vent froid et mordant des nappées nakhtiques, et le grondement rhinocérique de Danny qui bouscule les palmiers du désir, grandiloquences orchestratives et Danny qui hache le persil des illusions d'un timbre implacable. Les Messengers ne semblent pas apporter de bonnes nouvelles, malgré la danse des guitares à laquelle se mêlent les soubassements saccadés d'une batterie embrochée. Lyrisme concassé. Très fort. Parviennent à rendre le rut de l'inaudible audible. Apophys : poussée de batterie. Corruption de guitares et montée in abrupto de tout l'ensemble, des cordes qui sonnent comme les trompettes du jugement dernier, Danny semble en bégayer comme s'il avait trop de sons à déglutir, Nakht écrase tout. Le serpent Apophys gît désormais dans votre hypophyse. Hall of Desire : des notes de piano trop fortes pour être vraies, reviendront de temps en temps comme des ponctuations ensoleillées pour mieux approfondir le noir de la nuit définitive, les guitares barrissent, la batterie se trémousse en une indécente orgie sonore, et Danny rajoute du gros sel sur les blessures comme l'on passe un rouleau compresseur sur des cadavres putréfiés. Délirium trémens instrumental final. LXXVII : le vent se lève sur les sables du désert et balaie les bribes de votre entendement. Ritournelle du pire annoncé. Mind's Jail : trop tard, vous n'échapperez au courroux des Dieux qui s'offrent une fricassée de cervelles humaines pendant que Cléopâtre essaie de charmer les aspics de la mort afin que leur venin soit encore plus efficace. Elle y réussit parfaitement. Nakht vous assassine à coups de marteaux. Dites merci. Vous n'en avez jamais espéré autant.

    Nakht a réussi l'impossible : se métamorphoser sans se trahir. Changer pour accentuer son idiosyncrasie primale. Continuer sur sa lancée sans se répéter. Se renouveler sans se trahir. Être encore plus violent. Plus insidieux. Le scorpion maléfique à deux dards. Le cobra à deux têtes qui rampe sur le dos. L'horreur cent noms.
    Une démarche qui n'est pas sans rappeler celle du Zeppelin qui cherchait du nouveau dans les sonorités de l'Orient, mais ici il s'agit d'une autre filiation, d'une autre djentry, davantage métallique. Se tiennent du côté obscur de la force. Foudroyant.


    Damie Chad.

    MIND'S JAIL / NAKHT
    ( vidéoclip réalisé par : )

    ALEK GARBOWSKI / YANN GUENOT
    PICTURES & NOISED ABROAD PRODUCTION

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    Figure imposée, combo métal dans un studio, filmez et servez brûlant. Des vidéos de cet acabit l'en existe des milliers, la difficulté consiste à sortir du lot. Sûr qu'il vaut mieux partir avec un groupe et un morceau qui percutent les oreilles, mais une fois ce premier obstacle franchi, faut mettre en scène, intuiter la chorégraphie, et diriger la valse des séquences. En plus, il y a une petite clause, non écrite, en bas du cahier des charges que chaque réalisateur porte en sa tête, éviter à tout prix le piège de l'illustration musicale, fuir comme la peste les images redondantes, la paraphrase cinématographique qui ne sera qu'une redite sans intérêt. Construire un scénario graphique, qui apporte un sens, qui donne davantage de force et d'expressivité à la musique, tel est le but.
    Plongée dans le sombre bleutée d'une nuit spectrale. D'incertaines silhouettes se dessinent dans le vide. Que votre oeil soit aussi rapide que la flèche qui court vers la cible dans les éclats d'un soleil noir. Travelling sur Danny, pose de taureau, corps courbé vers le sol, vous vomit littéralement le chant dessus, entrecoupé des images virevoltantes de la chevelure blonde que Clément agite en tous sens comme s'il exhibait à la terre entière son propre scalp. Des fragments de guitaristes tournoient dans les images. A chaque fois plan serré, corps à corps des représentations avec leurs propres négations, ne jamais montrer l'intégralité d'une attitude, seulement en exposer des nano-secondes de tronçons iconiques, apparition-disparition, la caméra ne se fixe pas, elle enregistre des pièces d'un puzzle qui vous sont présentés une à une mais en un tel écartèlement d'espaces temporels si brefs qu'il vous est impossible d'en reconstituer une image mentale satisfaisante, happé que vous êtes par ce morcellement incessant. La batterie fracassée, pourtant dominée par le grondement de la voix de Danny, un grognement de bête empêtrée dans un combat mortel. Nous conte en d'affreux borborygmes les images cachées dans les tanières de l'inconscient humain. Visions d'horreurs sans nom et de désirs sans frein libérés de leurs gouffres qui remontent comme du fond des mers intérieures, de grosses bulles de suint qui éclatent à la surface et nous éclaboussent de leurs viscosités gluantes. Avec cette apparition d'une silhouette féminine qui s'en vient au travers des champs d'angoisse de la folie. Crispation de flashs fugitifs. Rencontre finale. La parole se fait chair et se retrouve en face de son cauchemar. Rêve et ramdam reconstitués. Androgynie du son et de l'image.
    Magnifique. Original. Figure imposée renouvelée. Réussite totale due à Alek Garbowski et Yann Guenot.

    Damie Chad.


    BOLLING STORY


    CLAUDE BOLLING 
    + JEAN-PIERRE DAUBRESSE

    Ce n'est pas que j'apprécie Claude Bolling, et j'avoue même que je me suis pas mal ennuyé durant au moins les trois-quarts du bouquin que je ne vous conseille pas de lire. A moins que vous ne soyez comme moi, turlupiné par une insidieuse question. Et je dois avouer que je n'ai pas trouvé la réponse dans ces trois-cents vingt pages – réjouissons-nous, près de soixante sont dévolues à la discographie de notre impétrant – et que je n'en suis pas plus avancé... Mais peut-être vaut-il mieux commencer par les faits eux-mêmes. D'autant plus que ceux-ci sont nombreux. Bolling se raconte, dans un ordre à peu près chronologique, l'on sent que le rôle de Jean-Pierre Daubresse a dû se réduire à celui de poseur de questions et vraisemblablement de transcripteur d'entretiens oraux. Un genre d'exercice peu propice à la réflexion, qui privilégie les dates, les anecdotes et les circonstances et qui se refuse à toute introspection historiale.

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    Bolling est né en 1930, suis surpris par le fait que ce patronyme n'est en rien un pseudonyme, son père était un véritable américain dont sa mère divorça relativement vite. Pas un drame. Nous sommes en milieu aisé et Claude aura droit à une enfance choyée et protégée. Entre Paris et la Côte d'Azur. Dessin et aquarelle seront ses premiers hobbies mais il se met comme les jeunes filles de bonne famille au piano, dans lequel il se révèle très vite assez doué. Evoluera de piano en piano, de professeur en professeur, apprendra à déchiffrer, à lire et à écrire la musique. L'on est chez des gens sérieux, pas question de se contenter d'une éducation à l'oreille, travaillera ses partitions de Debussy comme tout élève bien élevé qui se respecte. N'empêche qu'il n'est pas sourd, et qu'il laisse entrer dans ses pavillons largement ouverts les bruits musicaux qui traînent aux terrasses des cafés et à la radio. Le jazz est là, s'insinue en lui en contre-bande et finira par être élu roi... Il a tout juste douze ans lorsque son oncle lui refile un disque de Fats Waller. Illumination ! Il existe donc une autre manière de jouer du piano que l'académique !
    C'est ici que les questions me poussent dans le cerveau comme des bubons dans le pli de l'aine des pestiférés. Voici une génération favorisée des dieux. Ce n'est pas la première qui arrive dans le monde du jazz. Il existe déjà dans notre pays un milieu jazz non négligeable, l'a débarqué chez nous dans les fourgons de l'armée américaine en 1917, le Hot Club de France naît en 1932 et bientôt apparaît Django Reinhardt un musicien exceptionnel de classe internationale, un deuxième étage de la fusée américaine sera mis à feu avec la libération de Paris en 1944, le jazz est étiqueté musique de la liberté retrouvée...
    Mais ce n'est pas tout. Se produit un miracle auquel le rock'n'roll national n'a pas eu droit. Les musiciens noirs débarquent à Paris. Des mythes vivants, l'occasion de les voir, de les entendre, de les écouter. Mieux, de les approcher, de discuter avec eux, de jouer avec eux... et beaucoup plus si affinités qui s'établissent rapidement. Faut lire le récit de la rencontre avec Earl Hines au cours de laquelle le pianiste lui apprend tous ses trucs et la manière d'étirer ses doigts sur l'empan du clavier alors que l'on possède de petites mains. Mais il y aura plus, Bolling entretiendra une véritable amitié avec Duke Ellington in person et même Louis Armstrong. Le Duke l'invite sur scène à ses côtés et se sert de son savoir musical pour la transcription de nouveaux arrangements. Dans le même ordre d'idée l'on pensera à Sidney Bechet s'adjoignant l'orchestre de Claude Luter...
    Certes l'on me rétorquera que faute de grives l'on se contente de merles ( en l'occurrence ici blancs )... Ou alors on insistera sur le ravissement de ces musiciens noirs considérés et fêtés en France comme des génies, une attitude qui devait les changer des continuelles rebuffades subies en leur pays. Là n'est pas mon propos. Lorsque l'on regarde la suite de la carrière de Claude Bolling, l'on reste surpris. On s'imagine que boosté par une telle reconnaissance de figures mythiques du jazz, notre héros allait se propulser en une démarche musicale de haut niveau. Or il n'en fut rien. Ses activités se déployèrent selon deux directions, rémunératrice pour la première et fort honorifiquement agréable pour la deuxième. Bolling écrivit près de quatre-vingt musiques de film, de quoi faire bouillir la marmite, l'est particulièrement fier de Borsalino, cela se peut comprendre. Mais il possède aussi son grand orchestre. L'occasion de donner de multiples concerts en France et dans le monde entier. Et Bolling tout en portant l'accent sur ses talents de compositeur et d'arrangeur de haut-niveau, de son éclectisme qui court de la musique classique à la variétoche la plus franchouillarde, en passant par le jazz le plus pur, tire sur la grosse ficelle du respect que l'on se doit de porter à la musique populaire... Sa contribution jazzistique se réduit à des adaptations grand-public des grandes figures tutélaires du jazz, quand il les aura toutes passées en revue il s'attaquera aux sous-genres ragtime, boogie-woogie, blues...
    Une clef peut-être pour comprendre un tel cheminement. Se livre davantage dans les quinze dernières pages, d'abord sa passion pour le modélisme ferroviaire, et nous sert enfin sa vision du jazz. N'est guère éloigné de la rétrograde position d'Hugues Panassié resté bloqué et crispé en une attitude des plus puristes sur le New Orleans, Bolling regrette que cette musique de danse se soit fourvoyée à partir de la naissance du Bebop dans l'intellectualisme... Le livre s'arrête brutalement sur l'évocation de sa prescience écologique... Très symptomatique de ces gens qui courent après l'histoire et qui restent enfermés dans le bon temps de leur jeunesse. Par contre son témoignage sur le recul de la musique vivante nous agrée, il évoque avec regret cette lointaine époque où la duplication sonore était interdite en tous lieux publics, sur les plateaux radio et à la télévision, cette loi que l'on pourrait juger de draconienne avait pour corollaire la multiplication des formations de tous genres...
    Le livre est entrecoupé de témoignages de divers compagnons de route de Claude Bolling comme Jean-Christophe Averty ou Jacques Deray, la plupart d'entre eux sonnent un peu nostalgeo-ringards, difficile d'avoir été et de n'être plus, le temps dévore tout, l'oubli triomphe des gloires passées, l'acrimonie de la célébrité enfuie ronge les caractères...
    Enfin les rockers seront heureux de savoir que Claude Bolling évite soigneusement de prononcer le mot rock'n'roll, ne le lâche que par trois fois du bout des lèvres, parce que les situations rapportées l'obligent, mais l'on sent le mépris sous-jacent sous l'ignorance affectée.


    Damie Chad.

     

     

  • CHRONIQUE DE POURPRE N° 201 : GALILEO 7 / WASTELAND / NAKHT / ACROSS THE DIVIDE / GUITAR ROCK + TONY MARLOW / PIONNIERS DU ROCK + MICHEL ROSE

     

    KR'TNT !

    KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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    LIVRAISON 320

    A ROCKLIT PRODUCTION

    LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

    16 / 03 / 2017

    PROBLEME !

    AVIS AU LECTEUR

     HAUTETFORT NOTRE HEBERGEUR NOUS A SIGNALE QUE L'ESPACE QU'IL NOUS AVAIT IMPARTI ARRIVE A SON TERME.

    KR'TNT ! A ACCEPTE L'HOSPITALITE DU BLOGUE CHRONIQUES DE POURPRE  CONSACRE A L'ANTIQUITE GRECO-ROMAINE ET A LA LITTERATURE ROMANTIQUE.

    CETTE SOLUTION DE REPLI NE SAURAIT ÊTRE QUE TEMPORAIRE.

    PAR CHANCE NOUS AVIONS ENTREPRIS DE CONSTRUIRE UN NOUVEAU SITE. DES QUE CELUI-CI SERA TERMINE NOUS OPERERONS LE TRANSFERT.

     

    GALILEO 7

    WASTELAND / NAKHT / ACROSS THE DIVIDE

    / GUITAR ROCK + TONY MARLOW /

    PIONNIERS DU ROCK + MICHEL ROSE


    Et pourtant elle tourne

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    En dépit des apparences, Galileo 7 ne doit rien à Galilée. Comme le précisait Allan Crockford après le concert, le Galileo 7 est un vaisseau spatial qui sort d’un film de science fiction bien connu, le fameux Star Treck. Par contre, Allan Crockford ne sort pas d’un film de science fiction mais de la légende du rock anglais des années quatre-vingt et plus précisément des Prisoners. Ces derniers temps, on le vit en France avec les Primes Movers à la Boule Noire, puis avec Graham Day & the Forefathers au Cosmic. Il jouait chaque fois en trio avec Graham Day et Wolf derrière au beurre.

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    Galileo 7 est donc ce qu’on appelle dans le jargon des Argonautes un side-project. Et quel project ! On ne se méfie pas et pouf, on tombe sur le pot-aux-roses. On savait Allan Crockford extrêmement doué, mais pas à ce point. Comme son vieux complice Graham Day, Allan Crockford travaille sa Mod pop au corps, dans un jaillissement continu d’effluves de freakout sixties et d’early Floyd.

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    C’est d’autant plus spectaculaire que le petit batteur (Mole) fait son Keith Moon, c’est-à-dire qu’il dynamite le son, même lorsqu’on ne lui demande rien. Et donc, quand on voit jouer ce quatuor, on a parfois l’impression d’entendre les Who qui accompagneraient Syd Barrett. Ces noms-là n’arrivent pas non plus par hasard, Balthazar, puisque questionné sur ses influences, Allan répond : «Oh, the ‘Hooooo and Syd Barrett !»

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    C’est vrai qu’en matière de pop psyché anglaise, on n’a jamais fait mieux. Allan rappelle aussi que les Prisoners furent les seuls dans les années quatre-vingt à défendre l’idée d’une vraie pop anglaise héritée des sixties. Tant et si bien que ce groupe est devenu culte, et c’est bien là le problème. Le culte ne nourrit pas son homme, tout le monde le sait, à commencer par les premiers concernés. Et on se retrouve une fois de plus confronté à un phénomène paranormal : voilà un groupe de très gros calibre qui joue dans un bar pour environ trente personnes.

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    Et quel set ! Explosif de bout en bout, dynamique en diable, poppy comme un étalon sauvage psychédélique et petite cerise sur le gâteau, ils sont d’une prestance indécente. Allan gratte rageusement sa Rickenbacker et comme Graham, il travaille ses compos au corps, il pousse tout dans les retranchements du Chocolate Soup For Diabetics, il rue dans le rumble de Rubble, on assiste à un festin de freakbeat et derrière, le Moon du jour n’en finit plus de saccager le beat à tours de bras, il pétarade à bras raccourcis, il télescope ses relances et badaboume le beat dans les orties, ce dingue joue sec et donne le vertige, on ne sait plus s’il tient du psychopathe ou du drummer de rêve, mais il fait exactement ce que Keith Moon fit au temps béni des early ‘Hooooo : il joue quasiment en solo. Depuis Toru, le batteur fou de Guitar Wolf, on n’avait pas revu un tel phénomène de foire. Comme Allan apprécie l’ambiance, il fait plusieurs cuts en rappel dont une version admirable de «Him Or Me» de Paul Revere & the Raiders, jadis magnifiée par les Groovies, mais aussi par le Wedding Present.

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    Allan est un personnage d’une extrême gentillesse. Quand on évoque le concert du Cosmic avec les Forefathers, il se souvient que le son était catastrophique et donc il préfère les endroits plus petits. On sent en lui le vétéran de toutes les guerres, mais pas la moindre trace d’amertume. Le son de ses albums est à son image : tourné vers l’avenir et lumineux.

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    Commencez par écouter Staring At The Sound, et vous serez surpris par la qualité des cuts et l’ampleur du son. Dès «Anna Hedonna», on se croit sur The Piper At The Gates Of Town, on retrouve les mêmes dynamiques et les mêmes effets psychédéliques. Et pour corser l’affaire, Allan charge son chant d’accents qui frisent le cockney. Bienvenue au royaume enchanté de la pop anglaise ! Avec «The Man Who Wasn’t There», on passe au pur freakout barrettien et Mole bat ça si sec ! Quant à Viv Bonsels, eh bien elle joue des nappes d’orgue si belles qu’elles semblent encore enrichir l’ampleur de cette fantastique ardeur. Et quand on tombe sur «Paradise», on croit vraiment entendre Syd Barrett. Ils démarrent la B avec le morceau titre, un chef-d’œuvre de psychedelia à la sauce Crockford, il emmène ça au la-la, la-la-la et ça atteint vite l’effervescence de la fascinance. Ils sonnent beaucoup plus américains sur «Not Gonna Miss You» et ça tourne à la mad psychedelia grâce à de faux accents des Byrds et une bassline prolifique en filigrane. Encore plus éclatant, voilà «Don’t Fly Too High», gorgé de véracité psychédélique. Allan Crockford passe un solo de foogy motion indécent de qualité. Voilà encore un classique digne de l’âge d’or. Ils bouclent avec l’excellent «Ella», bouquet d’échos de Bowie et d’Easybeats. Flamboyant !

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    Un cosmonaute se balade sur la pochette de False Memory Lane. Si on commence par la fin, on tombe sur une belle énormité intitulée «Little By Little», un groove furieux solidement harnaché, baveux de son, une véritable révélation. Allan chante ça sous le boisseau, la basse éclate les cartilages et ça avance dans la nuit noire comme une menace. Voilà encore un album bourré de belle pop noueuse. Rien ne vaut les vétérans de toutes les guerres. Ils savent donner de la voix et du son. On se régalera de «My Cover Is Blown», belle pièce de pop déliée et surchargée de chœurs, bien enracinée dans les sixties, avec des accents chantants à la Dave Dee Dozy Bicky Mitch and Titch. Allez, tiens, encore une merveille mirobolante avec le morceau titre qu’Allan chante au sucré des sixties pour mieux nous enchanter, et il enchaîne avec une pièce de psyché délicat intitulée «Nobody Told You». Il recourt aux pah pah pah d’antan et nous voilà tous en chemises à fleurs en train de jerker dans les stroboscopes du Palladium. Il finit l’A en colère avec «Don’t Know What I’m Waiting For». Ça sonne comme une charge de cavalerie qui enfonce les lignes ennemies. Les Popsters sont de retour, back to the sugar lump, baby, la pop sous speed. On s’en doute, le festin se poursuit en B avec l’effarant «I’m Still Here», pop de rêve bien déployée. Allan Crockford chante à la lumière du Swingin’ London, c’est riche et même beaucoup trop riche. C’était d’ailleurs le seul reproche qu’on pouvait adresser aux Prisoners : trop de son, trop de d’exaltation, trop d’harmonies vocales. Puis Allan prend «Tide’s Rising» aux accords revanchards. C’est un coup à tomber dans l’addiction. Allan tire parfois sur sa voix comme le faisait John Lennon en 1966. De toute évidence, Allan a beaucoup écouté Revolver.

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    Leur dernier album s’appelle Live-O-Graphic. Il s’agit d’une sorte de Best Of avec quelques inédits. On y retrouve par exemple le fameux «Not Gonna Miss You» qui se niche sur Staring. Deux cuts tirés du premier album sold-out valent le déplacement : «Never Go Back» et surtout «Orangery Lane», qui sonne encore une fois comme du early Floyd, qui se situe exactement dans la même veine qu’«Arnold Lane». On a là une extraordinaire réminiscence cathartique. Quant à «Never Go Back», c’est tout simplement digne des early ‘Hoooo. Voilà une parfaite apologie du Mod sound. La grosse surprise de cet album est un cut intitulé «Cruel Bird». On renoue avec l’excellence de la partance des Prisoners, ça bouillonne de son et d’énergie. Allan passe ses solos sur de fantastiques nappes d’orgue et on assiste une fois encore au spectacle d’extraordinaires dynamiques internes. Tout est bon sur ce disque, l’amateur de pop psyché y retrouvera tous ses petits. Ils attaquent la B avec l’«Anna Hedonna» tiré de Staring et on s’effare une fois encore de l’indéniable pureté de la mélodie chant. Avec «Nowhere People», on est à la fois dans les ‘Hoooo et les Creation, dans l’exemplarité du son et dans un véritable bouquet de jaillissements énergétiques. Le «Don’t Follow Me» qui suit sort aussi de l’album au cosmonaute. Voilà encore un cut échevelé, nappé d’orgue et secoué de prodigieux coups de Jarnac. On retrouve l’esprit pop des Prisoners dans «Modern Love Affair» : même jus, même énergie, parfaitement digne des early ‘Hoooo et la fête s’achève sur l’excellent «Don’t Fly Too High», avec ses cœurs d’artiche de rêve. C’est tout simplement un hit des temps modernes.


    Signé : Cazengler, galeux 7


    Galileo 7. Le Trois Pièces. Rouen (76). 17 février 2017
    Galileo 7. Staring At The Sound. State Records 2012
    Galileo 7. False Memory Lane. Fools Paradise Records 2014
    Galileo 7. Live-O-Graphic. Fools Paradise Records 2016

     

    11 – 03 – 2017 / VILLENOY ( 77 )
    BRUTAL METAL NIGHT
    WASTELAND / NAKHT / ACROSS THE DIVIDE

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    Logique imparable. Pour aller à Villenoy, surtout ne pas rentrer dans Villenoy, rester sur Meaux, passer devant la gare et continuer tout droit. Ne pas s'affoler si la route s'étroitise, et si la zone s'industrialise, vous êtes sur le bon chemin désertique. Personne, si ! deux jeunes gens qui marchent paisiblement, devinent tout seuls que je cherche le concert, continuer tout droit, m'arrêter quand je verrai les voitures stationnées.
    EightBall Society Studio de loin présente tous les aspects d'un hangar, de fait c'est une espèce de fourmilière musicale, deux studios de répétition, un atelier de lutherie, trois salles de cours dans lesquelles vous pouvez vous initier à de multiples instruments, guitare, basse, batterie, piano... et une salle de concert pas bien grande, relativement basse de plafond mais l'on s'y sent bien. Ce soir l'association Wild Pig Music qui œuvre à la diffusion des groupes metal du département ( voir Kr'tnt ! 296 du 29 / 09 / 2016 ) organise selon de saines habitudes une nuit sonore un tantinet brutale. Le temps de saluer Mlle Lazurite que nous remercions pour les photos qui ont illustré de précédentes chroniques.

    WASTELAND

    galileo 7,wawteland,nakht,across the divide,guitar-rock + tony marlow,pionniers du rock + michel rose


    Les lumières s'éteignent et nous plongent dans l'obscurité. A peine si l'on distingue les trois musiciens. Sample apocalyptique, entre Clément Simanio engoncé dans un parka vaguement militaire, à la main une lampe de mineur qu'il tient haut levée, les joues barbouillées de noir, le visage noyé dans ses cheveux, une expression inquiétante, évoque Silfax le héros vernien des Indes Noires à la recherche de son harfang blanc, mais nous sommes après la grande catastrophe, les hommes survivent sous terre et se battent entre eux pour essayer de s'adapter à ce nouvel environnement peu écologique.
    Clément se saisit du micro et entonne le cri suprême de la désolation. Derrière lui, Simon Tiercelin à la guitare, Thomas Beauquier à la basse, et Kevin Gasparetto à la batterie, fracturent l'épaisseur des ténèbres, nous laissant entrevoir des noirceurs encore plus profondes. Musique, épaisse, dure, sans pitié, un magma fossilisé d'anthracite désespéré aux aspérités astringentes. Sons sans pitié, qui vous glacent l'âme et rompent les dernières attaches avec votre ancienne condition d'hominidé à peu près évolué. Stade post-natal de régression vers une sauvagerie dévastatrice. Ce n'est pas qu'il n'y a plus de futur, c'est qu'il n'y a plus de présent.
    Clément dédaigne la scène, arpente le no man's land qui le sépare des spectateurs et dans lequel personne n'ose s'aventurer, parfois il s'avance, menaçant, et vous jette brutalement, le micro en pleine figure comme s'il tenait une hache d'abordage, mouvement de recul des spectateurs, il chante comme le tigre feule sur les éteules de la cruauté, un infini grognement rauque et bestial qui ne vous incline guère à un optimisme débordant. Wasteland vous tend le miroir de votre avenir. Ne reflète que la noirceur du monde. L'on a l'impression que le groupe est parvenu à coaguler sous forme d'ondes sonores malfaisantes la matière noire de l'univers qu'ils déversent sur vous, elle s'agglutine à vos pieds, monte inexorablement le long de votre corps et vous fige dans une gangue qui vous transforme en statue de suie. Alchimie régressive qui métamorphose la poudre écarlate de vos rêves en ces terres noires détritiques qu'exhument les archéologues lorsqu'ils fouillent les fondements de nos civilisations détruites.
    Mais c'est déjà la fin. Les musiciens quittent la scène, Clément éteint sa lampe tempête et disparaît dans les coulisses. Très belle performance, un peu courte, mais d'une parfaite netteté. Un iceberg de glace noire qui s'en vient percuter la coque titanique de votre existence douillette. Mauvaise promesse et sombre prophétie. Wasteland nous a démontré combien nous sommes fragiles. Une performance assénée comme la matérialisation d'une image poétique de mauvais aloi qui vous enserrerait dans ses mots diffractés pour mieux vous briser. Grosse impression. Très fort.

    INTERLUDE


    Très court. En de rapides minutes Nakht est fin prêt. L'assistance fait un saut quantitatif, beaucoup de monde s'est visiblement déplacé pour voir le groupe. Les forgerons qui trempaient les lames des glaives et des épées nous l'ont appris, il faut battre le métal tant qu'il est chaud.


    NAKHT

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    Elytres de scarabées. Force intrusive et domination. Danny debout déploie sa grande taille vindicative sur le caisson placé devant la scène. Appelle le peuple à se rapprocher car l'on n'édifie pas des pyramides sans main-d'œuvre exaltée. Et docile la foule s'avance pour participer au rituel des pharaons du Metal. Tout le long du set il commandera à ses troupes subjuguées de tourbillonner tel un essaim de guêpes folles acharnées à se rentrer dedans, une espèce de rituel orgiaque selon lequel la fusion érotique s'altère en confusion entrechoquante.
    La musique de Nakht opère comme ces fournaises de vents brûlants qui parcourent les étendues désertiques. Nakht est une torchère, un affleurement de naphte enflammé qui brûle dans la nuit comme la colère de Seth le dieu des désolations trisomiques. Nakht saque et saccage tel le ressac des sables du désert qui dévore la végétation de la vie rampante.
    Clément agite sa crête blonde de guerrier hyksôs en transe, galope sur place comme un cheval fou, il est l'énergie non contenue qui n'obéit qu'à elle-même, élément de cavalerie légère que l'on lance d'abord pour disloquer les rangs ennemis, alors qu'Alexis et Christopher aux guitares érigent des remparts de monolithes qui découragent tout assaut. Damien drume sans faillir, dessine les contours des temples inviolés et les anfractuosités des tombeaux secrets.
    Lyrique de la désespérance entrevue au bout du chemin de la vie. Vous aurez beau faire, vous tomberez toujours dans la chausse-trappe de votre cerveau. Arpentez tant que vous voulez les confins les plus lointains, escaladez les dunes les plus hautes, vous n'irez jamais plus loin que vous-même. La musique de Nakht est solipsiste. Vous offre les fastes des plus belles légendes. Attendez The Messenger, ou croyez en un New Breath, les images les plus chatoyantes défileront à l'intérieur de vous. Elles ont la beauté des peaux de cobras tétanisés mais elles ne sont que des serpents imaginaires qui disparaissent et dont vous ne vous restent dans les mains que les mues vides dans lesquelles vous glissez vos doigts et puis votre bras pour ne saisir en fin de compte que le néant des songes évanouis. Fallen Life et vie foutue. La puissance de Nakht n'est que l'autre face de votre impuissance humaine. L'est un groupe sangsue qui suce votre sang et vampirise votre énergie pour se nourrir d'elle. Nakht a cette troublante particularité de vous prendre plus qu'il ne vous donne. Et cette exfusion de lymphe êtrale palpitante vous rend heureux. Danny hurle dans son micro et l'aboiement d'Anubis résonne délicieusement dans vos oreilles. Vous n'éprouvez plus que l'envie de suivre la sente interdite de l'oasis perdu de Siwa. Celle qui mêne dans les catacombes de votre esprit fatigué et maladif.
    Musique sombre mais brillant des mille feux d'un soleil implacable. Métal noir mais rubescent. Nakht dégage des ondes qui ne sont ni maléfiques, ni bénéfiques, une puissance neutre qui s'impose par sa seule existence, un artefact d'un style inconnu dont vous ne savez s'il procède d'un passé oublié ou d'un avenir mystérieux. Méfiez-vous toutefois des radiations sonores qu'émet cet étrange artefact. Peut-être sont-elles en train de vous coloniser. L'accueil enthousiaste réservé au groupe semble confirmer cette hypothèse.

    ACROSS THE DIVIDE

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    Longue introduction samplique. Dans le noir. Immobiles. Encore un groupe qui se plaît dans les pérégrinations fractales. Qui s'engage dans les failles spatio-temporelles pour en explorer les abords déchiquetés. Mais se retire très vite. Vocal, musique. Musique, vocal. Jamais très longtemps. Chacun jette sa gourme et se retire cinq sec. Les morceaux eux-mêmes se terminent abruptement. Vous surprennent à chaque fois. Vous semblent interrompus comme partagés en deux à la hache d'une manière quasi-aléatoire. Across The Divide privilégie les cassures. Cassent les briques en plein milieu et breakent sans arrêt. Esthétique tranchée. En ce cas l'on préfère le couteau aiguisé au rond de mortadelle. Par ces atermoiements répétés entre les morceaux le groupe réfrène son impact. A rupture franche devraient succéder des démarrages fulgurants. Mais non, ça traîne un peu. Pas longtemps mais assez pour déséquilibrer et parer le choc attendu.
    Alexandre Lhéritier, visière de casquette en arrière est au micro. Tantôt se déplaçant de tous côtés, tantôt juché sur le piédestal. Eructe gravement. Phrasé, net, impeccable, irréprochable mais il ne pourra jamais vraiment formaliser cet ascendant sur le public à cause de ces temps morts entre les titres qui fragmentent le rythme. C'est dommage car la musique souple et violente se prêterait bien à quelques entremêlements festifs de longue haleine de l'assistance.
    Dur travail pour Maxime Weber derrière sa batterie, c'est lui qui marque les brisures et trace les angles saillants de ces morceaux hérissés d'un incessant glacis d'escarpes et contrescarpes. Lance aussi la mécanique et Régis Sainte Rose à la basse, Jonathan Lefeuvre et Axel Biodore aux guitares ne sont jamais plus spectaculaires quand tous trois, jambes écartées, bustes baissés dodelinent de la tête en cadence accélérée. L'éruption du son jaillit droite et violente comme un jet de cendre et de pierres recrachées par un volcan. Les deux guitaristes changeront deux fois en même temps de guitare, l'amplitude sonore de la formation est alors dévolue à un court intermède samplé destiné à ne pas atténuer la puissance du groupe, solution qui paraît tout de même un peu artificielle.
    Les titres se succèdent, XXI, Still the Same, Never Enough, The Lake of Sins, the Escape, propulsés par Alexandre qui bénéficie souvent de la seconde voix d'un de ses guitaristes. Soit le vocal est doublé et le résultat est saisissant soit le chant continue alors que qu'Alexandre ne sert plus de son micro, ce qui produit un effet visuel étonnant pas du tout désagréable.
    Across the Divide n'a pas démérité. Les deux derniers morceaux Nowhere I belong et Back Again furent les meilleurs un peu comme si le groupe parvenait à sa vitesse de croisière. Mais il leur a manqué ce petit quelque chose qui transforme une bonne prestation en instant magique. Peut-être les trois groupes étaient-ils adeptes de genres musicaux explorant un peu trop le même style de metal hardcore quoique je ne pense point que cela ait pu désarçonné le public manifestement friand de cette musique. J'incriminerai plutôt la rapidité avec laquelle les combos se sont succédé. A onze heures trente, les trois concerts étaient terminés. Engloutir des friandises à la va-vite ne vous laisse point le temps de déguster.


    Damie Chad.


    ROCK'N'ROLL GUITARE HEROS
    TONY MARLOW

    JUKEBOX
    ( H. S. Trimestriel N° 37 )

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    Longtemps qu'on l'attendait. C'est une spécialité de la revue Jukebox. La reprise en un Spécial Hors Série de toute une série d'articles regroupés autour d'une thématique commune. Et ce mois-ci, agréable surprise, ce sont les longs topos que Tony Marlow a consacrés depuis plusieurs années aux grands guitaristes du rock'n'roll. Entendons-nous sur ce mot magique de rock'n'roll, car il y a rock'n'roll et rock'n'roll. Mais pour les amoureux de cette musique, il n'en n'existe qu'un, le rock'n'roll des pionniers. Ce n'est pas que toutes les autres sortes de rock'n'roll soient mauvaises. Il en est d'excellentes, mais les pionniers sont arrivés les premiers et ils ont défriché le style. Bien sûr avant eux, il y avait eu d'autres sorciers de la six-cordes, dans le blues, dans le jazz, dans le country, d'extraordinaires figures aux doigts d'or, des personnalités attachantes et des destins exceptionnels, qui ont préparé le terrain, et permis l'éclosion des années cinquante. Et tout compte fait les pionniers ont-ils vraiment mérité la vénération extatique dont on les entoure ? Ont eu la chance d'être là au bon moment, et comme ils étaient les premiers ils se sont servis en abondance. A part qu'ils ont davantage donné que pris.

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    Nous les avons déjà tous lus ces articles de Tony Marlow, certains ont même déjà été recensés dans nos chroniques, mais présentés les uns à la suite des autres, ils acquièrent une importance et une force surprenante. Les quatre-vingt-quatre pages de la revue ne forment pas une simple compilation d'artistes disparates. Tony Marlow nous offre une véritable histoire de la naissance du rock'n'roll, d'autant plus précieuse que si les américains possèdent une incroyable somme de volumes plus pointus les uns que les autres, hélas rédigés en leur monstrueux sabir incompréhensible pour beaucoup, la bibliographie de langue française, ce doux babillage divin universel, qui traite du même sujet est des plus maigres. Photos couleurs pratiquement à toutes les pages, et longues colonnes de textes d'une richesse exceptionnelle. Les faits et les dates, mais aussi une analyse technique de chaque musicien et au travers de cet amoncellement d'éléments biographiques, de descriptions, d'anecdotes, d'interviews, de réflexions, c'est à la lecture séminale d'un véritable roman que nous convie Tony Marlow. Un récit passionnant, qui vous tient en haleine de bout en bout. Une merveilleuse histoire dont aucun épisode n'a été inventé. Joyeuse car elle nous met en contact avec toute une génération animée d'un insatiable appétit de vivre qui se réveille, qui prend conscience que le vieux monde dont elle est issue craque de tous côtés, et triste aussi car soixante-dix années plus tard elle commence à encombrer quelque peu les cimetières, et chose pire, les fruits espérés et cueillis, aussi beaux, juteux, et goûteux furent-ils, n'ont pas tenu leur promesse. Une amère constatation, sur les huit noms en couvertures, tous sont décédés. Si le rock'n'roll a la vie dure, comme le chantait Eddy Mitchell en 1966 dans L'Epopée du Rock, il semble que les rockers ne font pas de vieux os...

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    Elvis et puis Bill Haley. Chronologiquement il aurait fallu inverser. La pendule du rock'n'roll sonne l'heure avant que le train mystérieux n'entre en gare. Oui mais l'origine d'un phénomène ne se situe pas obligatoirement au début de son déploiement. Toutefois c'est chez Elvis que la racine noire du rock'n'roll pousse davantage ses ramilles souterraines. Et puis surtout chez Bill Haley le problème ne se pose pas de la même manière. L'orchestre emmené par son rythme endiablé fait naturellement du bruit serait-on tenté de dire. Chez Elvis et ses deux compagnons, si l'on ne s'aperçoit de rien dans le studio où tout commence, c'est grâce à Sam Phillips qui possède son arme secrète pour combler les vides, sa fameuse réverbe, cette espèce de tremblé sonore qui occupe tous les interstices. Mais en public, c'est une autre affaire, ne sont que trois, une guitare qui pousse les estocades chaque fois qu'il faut tuer le taureau, mais après faut se la mettre en sourdine en attente du deuxième solo, le temps que survienne le moment crucial de la mise à mort du prochain fauve sauvage, pour la voix d'Elvis idem, l'a besoin de respirer de temps en temps le chat des collines qui miaule si bizarrement, d'où ces instants de silence obligatoire, c'est donc à Bill Black le contrebassiste de remplir les blancs, doit étaler la sonorité dans les trous, comme si elle était un chewing-gum, rallonge le son en faisant résonner la corde en la frappant. Fait aussi un peu le pitre et Presley détourne les oreilles du public en s'agitant comme Valentin le Désossé au bon temps du french can-can. Plus tard Buddy Holly et ses Crickets auront le même problème, peut-être pour cela que Buddy adoucira son rock, le rendra plus coulant, trichera en étirant la mélodie. Le Hillbilly Cat et ses deux congénères inventent le rockabilly, la pulsation incoercible, tout cracher et tout de suite. Mais entre deux crachats il faut parvenir à boucher la fente. Dans les studios RCA, l'on intensifiera l'impédence électrique. Le rockabilly électrifié donnera naissance au rock'n'roll. Pas tout-à-fait le boogie de Bill Haley. Plus besoin de Bill Black. Congédié. S'en remettra, deviendra le bassiste le plus demandé de son temps. Qui fut court, un gros méchant fibrome se développera dans son cerveau. 1965, end of the road. Triste histoire. Tony Marlow déroge à son programme. Il n'y a pas que des guitaristes dans le rock.

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    Nous nous contenterons de parcourir hâtivement la revue. Nous ne voudrions pas déflorer les présentations de Tony. Cet article juste pour vous donner envie de lire. Bill Haley, Chuck Berry, Gene Vincent, Eddie Cochran, Buddy Holly, et plus tard Brian Setzer, nous vous laissons découvrir par vous-mêmes. Nous nous sommes penchés sur ces articles lors de leurs premières parutions. Bo Diddley de tous les pionniers le plus méconnu par chez nous. A tort. L'inventeur du jungle beat était aussi un superbe crieur de blues. Plus près de Muddy Waters que Chuck Berry. Tony Marlow s'attarde sur sa discographie qui ne se réduit pas à deux trente-trois tours. Nous parle aussi longuement Lady Bo, la première guitariste rock, que l'on retrouvera plus tard avec Eric Burdon. Car ce qui se ressemble s'assemble.
    Passons rapidement sur Ricky Nelson et James Burton qui rejoindra Presley et restera avec le King jusqu'à la fin. Très belle évocation de Carl Perkins, le véritable roi du rockabilly, Tony s'attarde sur Roland Janes que l'on retrouve sur tous les morceaux d'anthologie du studio Sun dont il devint le musicien attitré. Nous fournit l'occasion d'apercevoir Jerry Lou... Très belle analyse de Luther Perkins, le gars peu doué – regardez ses yeux affolés sur les vidéos lorsqu'il accompagne Johnny Cash - qui surmonte son handicap de départ en se créant un style minimaliste d'une efficacité redoutable.

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    Link Wray et Mickey Baker deux guitar héros dont les cotes sont réévaluées à la hausse ces dernières années. Joe Moretti ( Brand New Cadillac, Shakin All Over ) et Big Jim Sullivan qui préféra tourner avec Tom Jones que de rejoindre Led Zeppelin... Et enfin Danny Gaton, l'on sent Tony ému. Guitariste virtuose qui surpasse tous les autres et qui finit par se tirer une balle dans la tête à quarante-neuf ans, à croire que le rock'n'roll ne fait pas le bonheur de tout le monde.
    Un numéro à se procurer sans faute. Indispensable aux amateurs comme aux néophytes. Certes Tony Marlow parle en passionné de rock, mais il est aussi un de nos meilleurs guitaristes, connaît parfaitement ce dont il parle. A l'écouter détailler le jeu de ces héros de la guitare, il vous donne l'illusion que techniquement vous en connaissez autant que les plus grands maestrocks du manche.
    En lisant cet ouvrage si bien écrit et à la démarche pétrie d'intelligence nous est venu à l'esprit qu'un similaire opus sur les principaux batteurs serait le bienvenu. Justement Monsieur Marlow, vous n'auriez pas débuté en tant que batteur chez les Rockin' Rebels ?


    Damie Chad.

    PIONNIERS DU ROCK'N'ROLL
    MICHEL ROSE


    ( Albin Michel - Rock & Folk / 1981 )

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    Je l'ai retrouvé. Pas l'éternité chère à Arthur Rimbaud, quelque chose de beaucoup mieux. Je signalais au mois d'avril 2015 son enfouissement improbable au fond d'une montagne de cartons, lors du kroniquage de Rockabilly Fever de Michel Rose réédité chez Camion Blanc ( voir KR'TNT ! 232, du même coup filez à la livraison 40 jeter un coup d'oeil à L'Encyclopédie de la Country et du Rockabilly toujours de Michel Rose ), mais le voilà sur mon bureau, comme neuf, tout beau dans son petit format élégant, un des rares livres français consacrés aux Pionniers du Rock. La faute à Tony Marlow qui m'a incité à une sérieuse recherche archéologique dans mon garage. C'est que par chez nous, à part L'âge d'Or du Rock'n'roll de Jacques Barsamian et de François Jouffa ( in KR'TNT ! 42 du 02 / 02 / 2011 ) n'y a pas res comme disent les occitanistes. Bref, j'éprouvais comme un manquement du côté de la recension.

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    M'y replonge plus de trente ans après, je ne suis pas déçu, s'est amélioré avec l'âge. Ce petit ouvrage de près de deux cents pages offrait à l'époque ce qu'aucun autre n'était en mesure d'opérer mais en plus il fournissait une synthèse de l'éclosion du rock'n'roll dont toutes les données ont été depuis confirmées par bien des articles en des revues spécialisées. L'est sûr qu'en 1980 Michel Rose a pu bénéficier des nombreuses rééditions qui ont déboulé en masse chez les disquaires français à partir de 1975. Ne se prive pas d'en faire cas en complément de toutes les éditions pirates entrées en sa possession sans doutes via les fans-clubs et les petits groupes d'amateurs en pleine ébullition. Mais sa connaissance et son intérêt pour le rock'n'roll remonte à bien plus tôt.

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    Aux années soixante. Comme tout un tas de petits français de sa génération, il accède au rock'n'roll par des intercesseurs nationaux. Pour lui ce sera en premier Johnny Hallyday, suivi des Chaussettes Noires d'Eddy Mitchell et des Chats Sauvages de Dick Rivers. Il est de bon ton de nos jours de brocarder nos trois pionniers, mais grâce aux pochettes de leurs disques ils ont permis aux esprits curieux de soulever le coin du voile. Fournissaient de maigres indices qui permettaient de remonter la piste américaine, chaque titre français était agrémenté de sa titulature originale et du patronyme de ses compositeurs. Au début ces noms restaient bien mystérieux, apparemment savoir qu'il existait quelque part de l'autre côté de l'Atlantique des gars qui s'appelaient par exemple Leiber et Stoller n'éclairait guère votre lanterne. Mais on les gardait religieusement dans l'endroit le plus secret de notre mémoire et nous nous les répétions comme des talismans sacrés. Remarquons que Marcel Proust n'a pas agi autrement que nous dans La Recherche du Temps Perdu, l'a chéri Venise et le Nom du Pays avant de pouvoir enfin visiter le Pays du Nom. Nous c'était pas les gondoles qui nous fascinaient, c'était le rock'n'roll un truc qui balance beaucoup plus grave que le Grand Canal, j'ai couvé durant longtemps le nom de Billy Lee Riley avant d'avoir l'occasion d'entendre un de ses morceaux.

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    J'en profite pour tirer à mon grand plaisir une bordée de canons sur Boris Vian – amuseur public de troisième zone, ceci est un jugement personnel – qui en bon jazzman obtus du front s'est répandu en grossières injures sur le Rock et Presley et commis en compagnie d'Henri Salvador et Michel Legrand ce qu'une majorité d'imbéciles s'obstinent à appeler le premier disque de rock français. A cette époque le rock était une chose trop sérieuse pour être compris par les adultes. Surtout ceux à prétentions intellectuelles. C'est dans les fêtes foraines, dans les baffles à plein volume des manèges d'autos-tampons et des toubillonnantes chenilles que le rock est parvenue dans les oreilles – rentrait dans l'une et ne ressortait pas par l'autre - d'une jeunesse populaire en attente d'émotions fortes...
    Ne faut pas mythifier, pour la majorité ce ne fut qu'une mode, ont par la suite entonné l'air vicié et la mesure tempérée du tempo médiatique, extrêmement réticent à cette musique subversive... Mais une minorité active – de celles qui font l'Histoire – ont voulu en savoir davantage.

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    Tout sujet doit ériger ses frontières. Pour les mieux conquérir. Celle du Nord représentée par Bill Haley. Un tiers de swing jazzy, un tiers de rythm'n'blues, un tiers de danse, c'est ce mélange que Michel Rose définit comme rock'n'roll. Celle du Sud cornaquée par Elvis Presley, un tiers de blues, un tiers de country, un tiers de rebel-attitude, cette potion magique mise au point avec l'aide du bon docteur Sam, Michel Rose la nomme Rockabilly. Aujourd'hui cette appellation est une évidence, et le livre de Michel Rose doit y être de par chez nous pour beaucoup, durant des années je ne l'ai rencontrée que de très rares fois et toujours orthographiée Rock-A-Billy systématiquement référencée comme une variante d'ajustement à Hillbilly.

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    Les deux chapitres suivants sont successivement consacrés aux précurseurs noirs et blancs. Ségrégation oblige, aux USA l'on ne mélangeait pas les torchons avec les serviettes. Mais à la mid-fifty les noirs avaient une longueur d'avance. Blues, blues shouters, rythmn'n'blues, en moins de trente ans ils ont mis au point le rock'n'roll. Pas poteau, pas photo. Les blancs sont arrivés après la bataille. Chansons traditionnelles de cow-boys, hillbilly, western bop, honky-tonk, country, les visages pâles ont perdu du temps mais enfin sont arrivés eux aussi à isoler le boson et le boxon du rock'n'roll.
    Deux barils au choix. Lequel choisissez-vous. Si vous n'êtes pas un imbécile vous prenez les deux, même pour le prix de trois, car la marchandise dans les deux cas est des meilleures. Michel Rose nous fait part de ces réflexions, lui qui tressera des couronnes de laurier à Bo Diddley, couvrira de fleurs Little Richard, s'inclinera avec respect devant Chuck Berry, n'hésite pas à dire que son coeur penche pour le rock'n'roll blanc.. Sans exclusive, et surtout sans arrière relent désagréable de racisme primaire ou inconscient. Question de prononciation, les noirs chantent les notes, les modulent, les allongent, les blancs au contraire s'en défont aussitôt en bouche, les jettent sans regret et s'empressent d'éjecter la suivante tout aussi rapidement. Voix mouillée ou voix rêche. Alchimie du verbe selon la voie humide pour les blacks et selon la voix sèche for the whites. Cette vision vaut ce qu'elle vaut. Nous remarquons toutefois que dans son extrême majorité le rockabilly restera une chasse gardée des petits blancs. Des déclassés qui à l'origine ont subi l'exode rural et une fois dans les centres urbains une deuxième relégation sociale à base de chômage et de petits boulots. La colère des noirs prendra une autre forme, celle de la revendication rap.

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    Hommage à Alan Freed, disc-jockey à qui le système ne pardonnera pas d'avoir osé l'impossible mixture. Des spectacles mêlant dans le même programme chanteurs noirs et blancs... Deux chapitres consacrés aux rockers blancs d'abord et noirs ensuite. Je bois du petit lait, Michel Rose préfère Gene Vincent à Elvis Presley, tous deux à leur manières démolis par leur succès, le premier pour avoir refusé de trop pactiser avec le système et le second pour s'être laissé dévorer à force de compromissions. Eddie Cochran mort trop jeune tout comme Buddy Holly, Eddie plein de promesses, Holly semblant se diriger vers un adoucissement de sa musique. Trajectoire empruntée aussi par Johnny Burnette qui passera du rock le plus sauvage à la chansonnette douce. Peut-être la palme de l'intégrité devrait-elle revenir à Carl Perkins. Sans conteste le grain de folie forte échoira à Jerry Lee Lewis.

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    Nous ne reviendrons pas sur la manière dont la phalange des grands pionniers fut décimée : prison, accidents, scandales, crises de foi intempestives... De fait le rockabilly deviendra une musique de niche. Un public d'inconditionnels mais peu nombreux. Les petits pionniers – c'est comme nos petits romantiques, sont parfois plus exaltés et bien moins empesés que les grands - Buddy Knox, Dale Hawkins, Conway Twwitty, Charlie Feathers, et bien d'autres connurent grâce à Elvis Presley une seconde carrière. Souvent européenne. Le NBC Show d'Elvis en 1968 ralluma l'intérêt pour le vieux rock, Le festival de Toronto en 1969, la réunion de Wembley en Angleterre ralluma l'intérêt pour ce bon vieux rock'n'roll. Les rééditions s'empilent, in the old England de Whirlwind à Crazy Cavan un nouveau public générationnel prend fait et cause pour le rockabilly. Les lecteurs de KR'TNT ! ont régulièrement l'insigne honneur de lire des compte-rendus de groupes de french rockabilly issus de cette mouvance aussi initiée par les Stray Cats. Desquels Michel Rose ne pipe mot. Notons qu'il a terminé de rédiger son ouvrage en mai 1980 mais que le premier album des chats de gouttière est paru en 1981 ! Décrochage temporel significatif !

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    Le renouvellement des générations, chacune essayant de se démarquer quelque peu de la précédente n'est pas étrangère à la désaffection et à l'oubli relatif dans lequel sont tombés dans les seventies le rock'n'roll. La concurrence a été rude, les Beatles et l'invincible armada des groupes anglais qui les ont suivis, plus les nouvelles têtes qui ont surgi en masse dans tout le territoire américain ont filé un sacré coup de vieux aux pionniers. Pas tant musicalement, mais l'on a jeté le bébé avec l'eau du bain. Dans les années soixante la musique rock se transforme en culture rock. Toute une jeunesse ne se contente plus d'écouter de la musique, la rebel-attitude ne suffit plus, l'on cherche un nouvel art de vivre. Le rock aborde des problématiques plus sociales, davantage politiques.

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    Michel Rose n'en parle point. Accepte du bout de l'oreille les premiers disques des Beatles et des Rolling Stones, mais se hérisse à l'évocation des Who. Pour lui ce n'est plus du rock'n'roll. Un peu comme ces gens qui vénèrent la République Romaine mais qui détestent l'Empire, alors que le second n'est que la conduite d'une même politique mais sous une autre forme. Cette constation tant soit peu divergente ne remet nullement en cause l'extraordinaire richesse de ce livre. Ne vous énervez pas si je n'ai pas cité Chuck Willis, Johnny Horton ou Charlie Gracie, Michel Rose les présente – en compagnie de bien d'autres - et toujours à bon escient ne se contente pas d'ajouter un matricule à sa liste, il sait les mettre en scène de telle manière que l'on comprenne comment leur apparition individuelle s'articule avec le déploiement historial du rock'n'roll. D'ailleurs le seul défaut de ce livre réside en le manque d'un index.

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    Petite satisfaction kr'tntique, le dernier groupe présenté par Michel Rose s'avère être Jezebel-Rock que nous évoquions dans notre livraison 215 du 08 / 02 / 2017 lors du concert des Ennuis Commencent. Comme quoi les choses se terminent parfois très bien.


    Damie Chad.