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CHRONIQUES DE POURPRE 221 : KR'TNT ! ¤ 340 : NICKE ANDERSSON / LEAVING PASSENGER / GATHER NO MOSS / ELEVENZ / ABSTRACT MINDED / FALLEN EIGHT / INSANE CAMP / WILD MIGHTY FREACKS / F J OSSANG / TOM KROMER / EIGHTBALL BOPPERS

KR'TNT !

KEEP ROCKIN' TILL NEXT TIME

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LIVRAISON 340

A ROCKLIT PRODUCTION

LITTERA.INCITATUS@GMAIL.COM

21 / 09 / 2017

 

NICKE ANDERSSON / LEAVING PASSENGER /

GATHER NO MOSS / ELEVENZ / ABSTRACT MINDED

FALLEN EIGHT / INSANE CAMP / WILD MIGHTY FREACKS

F J OSSANG / TOM KROMER

EIGHTBALL BOPPERS

 

Les contes d’Andersson

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Si on se retrouve à bord du Petit Bain par un beau soir du joli mois de mai, ce n’est sans doute pas un hasard, Balthazar. Il se trouve que Nicke Andersson y donne un concert avec son nouveau groupe, Imperial State Electric. Une belle affiche, dirons-nous.

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En vrai dévot du Detroit Sound, Nicke Andersson s’est taillé au fil du temps une réputation de pur et dur. Il vénère un dieu bicéphale : Stooges & MC5, et parmi ses amis, on compte bien sûr quelques rescapés de cette antique épopée : Scott Morgan (avec lequel il battait le beurre dans les Hydromatics et The Solution) et Wayne Kramer (avec lequel il jouait de la guitare dans DTK MC5). Puis il joua dans les Hellacopters qui ne juraient que par le MC5 et il enregistra le fatidique mini-album Supershit 666 avec son bras droit Dregen et le Wildheart Ginger. Voilà ce qu’il faut bien appeler un joli parcours.

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Avec Imperial State Electric, il prend un virage plus pop, et tous ceux qui espèrent retrouver le high-octane blasty-blasto de Supershitty To The Max seront déçus. Pour être tout à fait franc, on craignait même de s’ennuyer pendant le set d’Imperial. Eh bien pas du tout ! Ces mecs ont assez de métier pour savoir créer l’événement. Non pas qu’ils créent la surprise, car ça reste dans la veine Hellacopters bien énervée d’antan, mais ils sont tellement bons sur scène qu’ils parviennent à transfigurer les cuts et à salement rocker leur pop. Force est d’admettre qu’Imperial State Electric prend tout son sens sur scène. On a même l’impression que ce ne sont pas les mêmes gens, car leurs cinq albums manquent singulièrement de punch.

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C’est un pur bonheur que de voir Nicke Andersson sur scène. Il n’est pas devenu légendaire par hasard. Comme Jim Jones qu’on venait de voir trois jours plus tôt au même endroit, le Suédois sait tenir une scène et chauffer une salle. Il le fait avec un réel panache. Il fait partie de ceux qui sont vraiment nés pour ça. Aucun doute : sa raison d’être est de monter sur scène avec une guitare. Il ne porte que du noir et joue sur une bête à cornes blanche. Il porte aussi la casquette d’officier qu’on voit sur les pochettes d’Imperial et les photos de presse. Il nous gratifie lui aussi d’un ballet exceptionnel ponctué de belles montées de fièvre, il joue tous ses cuts au white light white heat circonstanciel et n’accorde aucun répit à un public qui n’en demandait pas tant. C’est un vrai set de rock électrique, tendu et vif, captivant et diablement mouvementé. De l’autre côté de la scène, Dolf de Borst joue de la basse. Oh vous le connaissez, c’est le chanteur des Datsuns, un groupe originaire de Nouvelle Zélande qui débarqua à Londres en plein revival garage des années 2000 et qui se retrouva subitement à la une du NME. Le seul problème avec les Datsuns, c’est que le pauvre Dolf n’a pas de voix. Il ne manque pas de nous rappeler cette fatalité lorsqu’il prend le lead pour roucouler une ou deux chansonnettes.

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Les Imperial chauffent leur fin de set avec une trilogie impérieuse : «Get Off The Boo Hoo Train», l’«Uh Huh» tiré de Pop War, et un «Reptile Brain» tiré de l’album du même nom, qui atteint des sommets de furiosia. Ils reviendront jouer d’interminables prolongations en rappel, avec au moins dix morceaux, comme ça, juste pour le plaisir. On entendra une fantastique version du vieux «Sonic Reducer» ainsi qu’une reprise bien trempée de l’encore plus vieux «Fortunate Song» de Creedence.

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Hellacopters ! C’est ainsi que les cultivateurs de pavot mexicains appelaient les hélicos qu’envoyait la CIA pour détruire leurs champs. En 1996, nous n’avions pas de champs de pavot, mais nous poussions des cris en voyant arriver ces fucking Hellacopters. Leur mortelle randonnée débute en effet cette année-là avec un Supershitty To The Max torché en 26 heures. Aw baby, quel album... Tout y est blasté au maximum des possibilités, et dès «Now», ouh ! ça part en hurlette indéterminée. Cette jolie fondue suédoise sonne comme l’épitome de l’épître, alors que sonnent au loin les trompettes de l’apocalypse. Encore plus allumé : «Born Broke», qui sent bon l’escalade de conflit, et question viande, ça se rapproche du MC5. C’est excellent, car maîtrisé et en bonne santé. Il y a quelque chose d’irrémédiable sur cet album. On reste dans le maximalisme avec «Bore Me», yeah you fucking bore me, Nicke n’en peut plus, sa poule doit être infecte pour qu’il gueule comme ça. C’est dingue comme ces mecs savent jouer. Mine de rien, ils proposent la plus belle cohésion blastique de Suède. Ce sacré Nicke hurle à s’en arracher les ovaires. Voilà ce qu’il faut bien appeler un fabuleux shoot de non-recevoir. Ils passent au maximalisme de la heavyness avec «TAB». Ces diables ne reculent devant aucune démesure. C’est affreux. Leur heavyness reste saine et bien fondée. On s’installe dans l’effarance avec «How Could I Care» et sa violente attaque d’how could I care. Cet album est idéal si on a besoin de se chauffer en hiver. Tout y est extrêmement puissant et même tellement puissant que ça n’en finit plus d’interloquer. C’est vrai qu’ils tapent dans tous les clichés du genre, mais avec une force de guerriers poilus. Oh il faut aussi écouter «Random Riot», tout aussi explosif. Supershitty To The Max pourrait bien être l’un des albums les plus explosifs de l’histoire du rock. Nicke et ses amis ont le diable au corps. On s’extasie à l’écoute d’un «Ain’t No Time» beaucoup trop solide, nouvelle énormité amenée aux ouh d’uppercut. On arrive à la fin de cet album épuisé et ravi, comme après une nuit chaude au Cap Français. Et là on tombe sur un «Such A Blast» exceptionnel, l’un des sommets du genre, hanté par les guitares du MC5. Avec ce premier album, les Hellacopters créaient un empire.

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Avec Payin’ The Dues paru un an plus tard, ils entraient en terre conquise. On commençait à bien se familiariser avec ces nouveaux héros. Ouverture du bal des Dues avec «You Are Nothing», une jolie déflagration sonico-dingoïdale. L’infâme Dregen entrait dans le lard du cut par tous les trous. À la réflexion, on se disait : Trop bardé ! Beaucoup trop bardé ! Peu de gens allaient alors aussi loin dans le trépidant exacerbatoire extraverti. Si on préférait le trash-punk, il fallait attendre «Riot On The Rocks» pour frémir. Les Hellacopters y redoraient le blason du blast en explosant toutes les rondelles des annales. Et puis on tombait sur le hit du disk, le fameux «Hey» monté sur un vrai thème de guitare, un cut imparable et balayé par des paquets de mer, thaw ! en pleine poire ! Quant au solo, il participait de l’éclat définitif du brasier originel. Tout était sur-saturé, en quête d’un maximalisme dégénéré. C’est avec «Soulseller» qu’ils retombaient dans le MC5 : même attaque et même éclat. Puis ils repartaient de plus belle avec «Where The Action Is» joué à l’extrême de la clameur, au edgy expiatoire, là où on crucifie les atomes. Venait enfin la fin des haricots avec un «Psyched Out & Furious» lancé au ouh! d’uppercut d’undergut et suivi la pire effervescence sonique qui se put imaginer ici bas. On avait là sous les yeux la pire équipe de no-waiters de no dining here tonight. Phew !

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Paru un an plus tard, le mini-album Disapointment Blues sentait la baisse de régime, ce qui semblait logique. Les Hellacopters allaient s’y montrer humains trop humains, c’est-à-dire capables du pire comme du meilleur. On n’y sauvait qu’un seul titre : «Ferrytale», véritable horreur démonologique amenée au gratté sévère. Dregen arrosait ça au solo incendiaire, comme s’il nettoyait une tranchée au lance-flammes. Oh on pouvait aussi écouter «Speedfreak» qui sonnait un peu comme un hommage à Captain Sensible, avec son intro de basse inspirée de «Love Song».

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Retour aux grandes heures du Duc de Berry avec Grande Rock, chef-d’œuvre de blast intemporel. Grande Rock, c’est un peu leur Grande Ballroom. Dès «Action De Grace», on retrouve les clameurs du MC5. Tout y est gratté aux accords délétères. Même chose avec cet «Alright Already Now» complètement allumé. On y assiste à la victoire du chaos. Le cut disparaît dans une fin d’apocalypse. On retrouve les chœurs de «Sympathy For The Devil» à la fin de «Welcome To Hell». Retour au MC5 avec «The Electric Index Eel». Nicke chante sans complaisance aucune. On assiste là à l’un des plus beaux blasts de l’histoire du blast. Les Hellacopters mettent un point d’honneur à dépasser toutes les bornes. Encore un exercice de haute voltige avec ce «Dogday Mornings» bardé d’accords grattés à contre-courant, et puis tiens, écoute un peu ce «6 VS 7» sur-saturé d’entrée de jeu et noyé d’harmo. «6 VS 7» pourrait bien être l’emblème de ce qu’on appelait alors la high-energy. Et comme si tout ce bordel ne suffisait pas, ça wha-whate et ça glougloute. Ils atteignent des cimes. Cet album est l’un des sommets du genre, même si Dregen a quitté le groupe.

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Nouvelle baisse de régime avec High Visibility paru un an plus tard. Dommage, car la pochette est assez belle : on y voit jouer des Copters ailés. On y sauve deux cuts, «Throw Away Heroes» et «Hurtin’ Time». Le premier est carrément joué aux accords du MC5. La rythmique qu’on y entend évoque celle de Fred Sonic Smith. Quant à «Hurtin’ Time», c’est autre chose : Nicke l’a composé avec Scott Morgan. C’est un cut éclair. Nicke connaît son affaire. Sur les autres cuts, on peut dire que ça joue bien, ça chauffe même à blanc, mais il manque l’inspiration. On ne garde aucun souvenir de tout ça. Pour qu’un mec aussi brillant que Nicke Andersson (qui à l’époque s’appelle Nick Royale) puisse s’exprimer, il lui faut soit un Dregen, soit un Scott Morgan dans les parages. On voit qu’il adore le nothing at all dans «Truckloads Of Nothin’» et la sévérité maximaliste dans «A Heart Without Home», deux cuts qui restent malgré tout de sacrés clients. Oh et puis avec «I Wanna Touch», on l’entend lancer un speed-rock de vieille meute.

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Tout au long de leur mortelle randonnée, les Hellacopters ont enregistré des tas de mini-albums avec d’autres groupes, comme par exemple les Flamin’ Sideburns. Ça vaut vraiment le coup d’aller écouter la reprise de «Get Ready» qu’on trouve sur White Trash Soul. Ils mettent toute leur gomme au service du grand Smokey Robinson. Nos vaillants Copters sonnent comme une armée en marche, pas une armée d’aujourd’hui, non, une armée d’avant, du temps où on frappait les glaives sur les boucliers pour vaincre la peur d’affronter un ennemi dix fois supérieur en nombre. Sur ce mini-album, les Copters font une autre reprise de Smokey, «Whole Lot Of Shakin’ In My Heart», complètement hallucinante de véracité suédoise. C’est une véritable révélation. On ne s’en lasse pas, cette idée de trasher la Soul vaut tout l’or du monde.

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Attention ! Ne prenez pas By The Grace Of God à la légère. Quand on écoute le morceau titre qui ouvre le bal, on croit qu’il s’agit encore d’un album raté, mais si on va jusqu’à «Down In Freestreet», on sera bien récompensé, car voilà une pop claquée aux beaux accords étincelants. C’est même un hit plaisant et captivant, monté sur un mid-tempo bien claqué du beignet. Ça se met ensuite à chauffer avec «Better Than You», so c’mon et on retrouve leur enthousiasme légendaire, cette espèce de nature bon enfant et cette énergie de chef de meute. Nicke charge sa barque d’oh yeah ruisselants de jus. De cut en cut, l’album semble prendre du volume, oui, car voilà un «Carry Me Home» joué aux accords de belle syncope. Ils adorent secouer leur vieux cocotier, ils tripotent la pop américaine avec un certain brio, voilà encore un hit qui ne veut pas dire son nom. Nicke chante ça aux myriades miraculeuses de l’unisson du saucisson. Il rend ensuite un hommage terrible à Dylan avec «Rainy Days Revisited». Cet album gagne vraiment à être connu. Il règne dans ce Rainy Days une belle ambiance dylanesque avivée par des chœurs de dingues. Et pouf, ils enchaînent avec l’excellent «It’s God But It Just Ain’t Right», pris à la grande chasse de la chandeleur, ventre à terre après le cerf. Nick Royale s’y fait Comte Zaroff, il fonce avec notre bénédiction, et voilà qu’ils passent un pont à la Melody Nelson, mais une Melody tombée dans la nitro. Ils repartent en mode garage soul avec l’effarant «On Time» poundé jusqu’à plus-soif, pulsé au maximum - I’m on my way - Odin bat son enclume, c’est imparable. Encore du répondant d’outre-monde avec «Go Easy Now». On dirait que tout va s’écrouler dans la fournaise. Voilà encore un hit miraculeux. Nicke Andresson va jusqu’au bout de la nuit.

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Les Hellacopters reviennent trois ans plus tard avec Rock & Roll Is Dead et un bel hommage à Chuck, «Before The Fall». On note au passage cette extraordinaire facilité qu’ils ont de claquer le beignet du rock. Ils embrayent aussi sec sur «Everything’s On TV», encore un cut admirable de ramalama fa fa fa, bien bardé de power-chords et titillé par une petite mélodie sacrément accrocheuse. On s’étonne d’une telle santé et d’une si belle allure. On les croyait vides de sens, certains les prenaient même pour des bourrins, mais quelle erreur ! Encore un cut sacrément intense avec «No Angel To Lay Me Away». Nicke travaille son rock au corps, avec un éclat persistant. Il shoote là un joli coup de power-rock et joue la carte classique. C’est explosé aux chœurs d’Horus, voilà enfin le rock de la grande pyramide d’EP. Jacobs, hanté de l’intérieur et si bien dessiné, vraiment fait pour les fans. Ils prennent «Leave It Alone» à la Stonesy des familles. On y entend les vieux accords de Keef dans le lointain et ils nous salent tout ça aux chœurs de rêve. On ne s’ennuie pas un seul instant sur cet album, même si les Hellacopters opèrent un virage vers la pop. Nicke claque son «Put On The Fire» aux accords pressés. Il est incapable d’attendre un bus. Il passe au glam de prestige avec «I Might Come Se You Tonight». Une vraie sinécure. Ce mec est très fort. À un point qu’on n’imagine même pas.

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Paru en 2008, le dernier album des Hellacopters s’appelle Head Off. On y trouve quatre pures merveilles, à commencer par «Midnight Angels», une pure aubaine directionnelle dotée de toute la puissance du monde. Avec le temps, les Hellacopters sont devenus délectables. On sent chez eux une stature d’exception, quelque chose d’assez mirobolant. Ces mecs qu’on soupçonnait d’être bas du front sont en réalité excellents, talentueux et bourrés d’énergie salvatrice. La deuxième raison de rapatrier cet album s’appelle «Veronica Lake», un cut de pop d’une puissance hors normes. Nicke nique bien son monde, il multiplie les exploits et descend dans des accents pop à l’Anglaise qui défient toute concurrence. Encore de la grosse pop allumée avec «I Just Don’t Know About Girls». Nicke nous chauffe ça sous la paillasse et l’allume au solo définitif. Le cut se répand comme une mélasse de sonic trash inclassable. Les Hellacopters sont un groupe qui vous rend fier d’être fan. Retour au Detroit Sound avec «Throttle Bottom». Nicke ne lâchera jamais la grappe du MC5. Il joue tout son cut aux clameurs de la Saint-Jean. On voit bien que ces gens travaillent à l’ancienne, avec une science du son et un soin du fan qui les honore. Peu de groupes dans l’histoire du rock ont su bâtir des mondes aussi intègres et distribuer autant de blasts d’énervement collatéral. Oh il faut aussi écouter «Another Turn», un strut de pop bien coloré. On n’en finira plus d’admirer ces Suédois huilés de sainteté comme l’étaient les gardiens du temps d’Adonis. On note leur extraordinaire vélocité harmonique de rainbow in your eyes, oh yeah.

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Comme les Hellacopters multipliaient les produits dérivés (singles, maxis, splits, splots, spluts et scoubidous), les deux volumes de Cream Of The Crap sont une bénédiction pour ceux et celles qui n’ont pas réussi à tout récupérer. Sur Cream of The Crap Volume 1, on trouve deux belles reprises, à commencer par «Gimme Shelter», introduit par des glissés de guitares et des chœurs somptueux. Bienvenue en enfer ! - If I don’t get some shelter/ I’m gonna fade away - Ils poundent ça à la suédoise, c’est-à-dire avec la violence de leurs ancêtres les Vikings. On a là la plus belle version de tous les temps. Ils tapent aussi dans l’«I Got A Right» d’Iggy & the Stooges. Ils tentent le coup, mais comme on dit, qui ne tente rien n’a rien. Ils font tout ce qu’il faut pour réussir et mettent en route leur dynamique infernale. On entend toute la mécanique des accords. Ils amènent le solo au scream. On le sait depuis longtemps, le blast leur va très bien. On retrouve leur extraordinaire vitalité dans «Down Right Blues» chauffé au oouh oouh oouh et au crazy drive à la Kramer. On a là une vraie merveille aventureuse. Tiens encore un hit, «Ferrytale», gratté à la violence inexpugnable, comme gratté à rebrousse-poil, d’une sauvagerie hors normes. Il n’existe rien d’aussi définitif en matière de boogie suédois gratté à l’insistance maladive. Le pire, c’est que ça sonne comme un hit planétaire, avec des refrains magnifiquement drapés d’accords princiers, et on voit le solo glouglouter sur les spasmes d’une rythmique en syncope. Ils tapent aussi dans «The Creeps», un vieux hit de Social Distorsion. Ils n’y vont pas de main morte. C’est explosé d’entrée de jeu. Les canards boiteux ? Espérons qu’ils ont réussi à se mettre à l’abri. Cette reprise du grand Ness est d’une indécence à peine croyable. Oh il faut aussi écouter cette merveille intitulée «Makes It Alright», car elle chevauche le beat de «Gimme Some Loving». Excellent initiative. Ça fait plaisir de voir des gens aussi dégourdis se lancer dans une telle opération. Ils montent ça en mayonnaise, une expression qui, rappelons-le, sert surtout de métaphore pour illustrer la montée du plaisir. Cette montée s’accompagne bien sûr d’une pointe de fièvre à la Wayne Kramer et c’est épouvantablement bon. Avec «Killing Alan», ils reviennent aux sources, c’est-à-dire au pur blast, chauffé à blanc et ponctué d’ouhs d’uppercut dans l’undergut. Ils sonnent ici comme les Damned de «Fan Club». Infernal ! Encore du ravagé de presbytère avec «Misanthropic High», joué au fucking blow des USA. Ils ne sortent plus du pré-carré du MC5, c’est-à-dire le get out de shit up incendié par les nettoyeurs de tranchées. Tout ici est systématiquement porté à incandescence. Tiens, encore de l’explosé d’entrée de jeu avec «1995». Ils célèbrent probablement un anniversaire.

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On trouve d’autres reprises géniales sur Cream of The Crap Volume 2. Comme par exemple «Low Down Skakin’ Chills» des Nomads, effarant blast garagiste amené au scream et embarqué sur les accords de Gloria - Don’t you dare ! - Ils tapent aussi dans Love avec «A House Is Not A Motel», puis dans Scott avec «Slow Down (Take A Look)». Ils en font de la charpie et jouent ça au plus blast de Detroit. Ils reprennent aussi le fameux «16 With A Bullet» des Scott Pirates. Rien ne peut les endiguer. Nicke part en raid dévastateur. On trouve aussi une magistrale reprise de «Time To Fall» des Radio Birdman. Oh on le sait, les compos des Birdmen sont moins spectaculaires. Elles sont même un peu âpres, ce qui semble logique car composées par un étudiant en médecine. Mais Nicke et son gang transforment ça en brasier. On se régalera aussi d’«(It’s Not A) Long Way Down», pur jus de glam à la Sweet. Ça produit un effet qui atomise la cervelle. Eh oui, les Hellacopters subliment l’énergie du glam, ils reviennent par vagues et c’est aussi imparable que la botte de Nevers. On tombe plus loin sur «Who Are You», pur jus de garage punk coptérien explosé aux clameurs de pilleurs. Dregen carbonise tout à coups de saillies. Il n’existe aucun équivalent dans l’histoire du rock. Ils tapent aussi dans les Dead Boys avec «Ain’t Nothin’ To Do». Leur version est si brûlante qu’elle vaut vraiment le déplacement. Ces mecs décrochent toutes les timbales inimaginables. Avec «Kick This One Slow», Nicke plonge dans un enfer de wha-wha. On se retrouve une fois de plus au cœur d’une belle énormité. Ils tapent aussi dans les Misfits avec «Bullet», mais c’est trop punk et sans espoir de retour. Avec «Master Race Rock», on a une cover plus intéressante, car il s’agit bien sûr des Dictators. Ils étendent une fois de plus le domaine de la lutte, avant de taper dans Sabbath avec «Dirty Women». On l’aura bien compris, ce disque n’est pas de tout repos.

Le vol des Copters aura quand même duré quatorze ans. Un bail, comme on dit chez les notaires ! Nicke avoue que ça devenait une routine, et donc il fallait arrêter les frais - To be honest we weren’t the happiest of bands by the end.

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Autre épisode d’importance dans la vie de Nicke : les Hydromatics. En 1999, Nicke et Tony Slug voulaient monter un cover-band du Sonic’s Rendezvous et, miracle, Scott Morgan accepta de chanter avec eux. Nicke et Scott se connaissaient car les Hellacopters et le Sonic’s Rendezvous Band avaient tourné ensemble aux États-Unis. Et pouf, voilà qu’arrive l’album Parts Unknown qui remet le feu aux poudres, d’autant que Scott tape dans les vieux cuts du Sonic’s Rendezvous. Ça démarre en trombe avec une version fumante d’«Earthy». On retrouve toute la fournaise rythmique du MC5. D’ailleurs, on ne se demande même pas d’où sort une telle énergie, on connaît la réponse. Dans ce disk, tout est poussé au maximum des possibilités, comme sur Supershitty. Tiens, revoilà «Dangerous», yeah yeah it’s dangerous, toujours le même coup de blast derrière les oreilles de Dieu. Ils rendent aussi hommage aux esclaves marrons avec «Runaway Slaves» et restent dans l’effarance de la fournaise avec «Heaven» qui sonne comme une déflagration atomique, brroaarrr, enfin un truc dans le genre. Ils défoncent tout, ils passent à travers tout, avec la violence d’une charge de hussards. C’est un son unique au monde, un conglomérat d’accords battus comme plâtre. Tout est sur-saturé de puissance riffique et de blastiquage. Nick tente de surpasser Scott Asheton, mais il bat beaucoup plus technique. Tiens, encore une merveille abominable avec «Getting Here (Is Half The fun)» joué au heavy groove carabiné. C’est encore une fois excellent et même au-delà de toute espérance. Scott Morgan pourrait sauver l’humanité, si seulement l’humanité le connaissait. Il agit toujours dans l’intérêt de la fournaise. On retrouve encore l’esprit du MC5 dans «Nailed», explosé au cœur d’accords, joué ventre à terre et imputrescible. Tout l’album sent bon le brûlé. Mais Nicke a des obligations avec ses Hellacopters, et il doit céder la place à Andy Frost que Scott connaît bien : Andy battait le beurre dans Powertrane.

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Nicke et Scott se retrouveront un peu plus tard pour monter un autre projet, The Solution. Cette fois, ils vont opter pour un autre genre de fournaise, celle de la Soul. Ils vont partir d’une idée simple : recréer la magie du studio FAME de Muscle Shoals, mais pas en Alabama, en Suède. Comme ces deux-là sont particulièrement doués, ils vont y parvenir. La preuve ? l’album Communicate paru en 2004. Scott y renoue avec le son des Rationals, quand il chantait du raw r’n’b dans les sixties. Il faut absolument écouter «Get On Back» si on aime le r’n’b surchauffé, car c’est digne de tout ce qui se faisait à l’âge d’or de Stax. La grosse viande se trouve en B, avec notamment «Phoenix», une autre énormité montée au beat de Fender bass. Scott y fait son white niggah et c’est saxé jusqu’à l’os du Stax. Attention, une autre merveille impitoyable vous guette, un plus loin : «Words», un magnifique balladif de hot Soul. Scott le prend à l’arracherie gutturale pure et avec un feeling hors normes. Encore un hit avec «End Of The Day», pur jus de r’n’b bien relayé par les filles. Quel extraordinaire cut de Soul dansante ! Scott chante ça avec une belle extravagance.

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Ils récidivent trois ans plus tard avec The Solution Will Not Be Televised. Il s’agit là d’un album de groove de Soul qui au premier abord ne présente rien d’extraordinaire, sauf que c’est très chanté et littéralement explosé par des backing Sisters déchaînées. On se régale d’un «Somebody» claqué au shuffle de la Solution, bien hot et terriblement inspiré. Les filles montent vite au créneau, you baby you baby, et leurs backings dynamitent la paillasse du cut. Clarisse Muvemba duette avec Scott sur «Pickin’ Wild Mountain Berries». Les voilà au cœur du Muscle Shoals Sound System. Clarisse se bat comme une lionne et se montre fantastique de gueularderie. Scott réussit à transposer les vieilles dynamiques internes du Sonic’s dans la Soul, ce qui relève de l’exploit sportif. C’est frappant quand on écoute «You Never Liked Me Somehow», un cut de Soul agité de tempêtes intestines. Scott chante «Happiness» à la régalade, avec une voix de coffre éclatante, il fait son white niggah et les filles perdent la raison. Il faut voir comme il swingue son happiness ! Et on assiste en prime à un final de cut éblouissant. «Can’t Stop Looking For My Baby» sonne comme un hit de juke bien pulsatif et on revient au groove avec l’excellent «Hijackin’ Love», le vieux hit de Johnnie Taylor. Scott le prend à la gorge en feu et se lance dans une véritable débauche d’exaction. Il finit par l’exploser en le screamant jusqu’au trognon. Il tape ensuite dans les Staple Singers avec le vieux «Heavy Makes You Happy (Shana Boum Boum)». Il duette avec Linn Segelson. Scott la met à l’aise alors elle enfonce bien ses clous. Elle a de la chance de pouvoir chanter avec un génie comme Scott Morgan. Et ça se termine avec l’indescriptible «Funky Fever» qui va en ratiboiser plus d’un et plus d’une.

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Le fleuron de la prestigieuse carrière de Nicke Andresson est sans nul doute Super$hit 666, le quatuor qu’il monta en 1999 avec Ginger Wildheart, Dregen et Tomas Skogsberg, le boss du studio Sunlight à Stockholm. Nicke bat le beurre et Tomas bassmatique. Ils n’enregistrèrent qu’un mini-album sobrement titré Super$hit 666 sur lequel palpitent trois véritables coups de génie orthodoxes, à commence par «Wire Out». Au niveau blastique, ça dépasse tout ce qu’on connaît. Ils jouent au-delà de ce qui est supportable et ça se termine sur un scream dégénéré. Pas la peine de chercher plus barré, ça n’existe pas. Ils re-dépassent les bornes avec «Dangermind», amené au riff sale à poil dru. C’est une infamie de plus à leur actif. Ça super$hite dans les brancards. Voilà le son le plus dévasté de l’intérieur qu’on ait jamais entendu ici bas. C’est complètement nagazaké du ciboulot. Question excès en tous genres, Ginger est le champion du monde. Il ne pouvait pas trouver de compères mieux assortis que Nicke et Dregen. Et paf, ça repart de plus belle avec «You Smell Canadian». Nicke le claque à la charley de défosse et ça part en mode waouuuh ! C’est une pure giclée de Stonesy. Comprenez qu’on est là dans l’un des albums les plus violents du l’histoire du sonic trash. On ne tarit plus d’éloges une fois qu’on a entendu ça. Ginger et ses amis détrônent tous les concurrents, ils explosent tous les cursus du cosmos et le solo d’harmo qui arrive sur le tard achève les survivants. On retrouve dans ce disque toute l’insolente explosivité de Supershitty To The Max. Ils vont même beaucoup plus loin, ils plongent leur hargne dans le sang du Christ, ils développent une mystique sonique complètement tordue, on a là une sorte de pain béni pour tous ceux qui détestent l’ordre établi et la beaufitude. Tout est hurlé à la relance, riffé avec la pire sauvagerie qui soit, tonitrué à la Villon de Montfaucon, c’est opéré à vif, blasté en plein dans la gueule de Dieu, c’est envoyé dans l’œil de la lune et méliessé sans aucune pitié. Ils terminent avec «Crank It Up», qui comme son nom l’indique, te cranke tout cru. T’es foutu d’avance. Une fois que tu es dans ce disque, t’es baisé. Ils te harponnent, tu finis comme ce pauvre Achab, attaché sur le dos du cachalot blanc qui va t’emporter vers le fond, et tu pourras gueuler, personne ne t’entendra. Alors tu vas boire la tasse, un bouillon de son que tu ne seras pas près d’oublier.

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Avec Imperial State Electric, Nick Royale redevient Nicke Andersson et passe à autre chose. En 2010, il enregistre tout seul un premier album sobrement intitulé Imperial Static Electric. On s’attend plus ou moins à un résurgence des Hellacopters, mais Nicke opte pour un parti-pris plus consensuel. Il propose une pop-rock sans identité bien définie. Au dos de la pochette, Nicke pose avec ses guitares et une casquette d’officier de la Wehrmacht, histoire de sauver les apparences des clichés. On aura un mal fou à déterrer un cut excitant sur cet album. «Throwing Stones» plaira aux lapins blancs pour son côté pressé qui ne traîne pas en chemin, mais la pop règne sans partage ici et ça ne semble pas lui correspondre. Quand on écoute «I’ll Let You Down», on croirait entendre du Merseybeat de 1963, du genre Jerry & the Peacemakers, Garry & the Mindbinders, Quarrymen ou Searchers. C’est incroyablement ridicule. Il frôle même parfois le bubblegum. Il finit l’A avec un «I Got All Day Long» un brin garage, voire Mott, mais au fond, il ne fait que flatter l’esprit des seventies en cherchant une sorte d’ampleur. Oui, Nicke cherche à niquer le rock seventies et flirte avec le beau glam londonien. En B, il cède aux sirènes du garage avec «Deja Vu», c’est envoyé ad patres vite fait, avec un solo qui coule comme un camembert trop fait, mais ça reste très poppy quand même. Avec un cut comme «Alive», il va plus sur Kiss ou Mick Ralph. On a même l’impression d’entendre une pop qui ne saurait pas choisir son camp. Il boucle avec «Redemption Gone» joué aux clameurs des Heartbreakers, ceux de Johnny, bien sûr.

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Sur la pochette de Pop War, Nicke chevauche un étalon, en chef de guerre, brandissant l’immense drapeau écarlate de son corps d’armée. Dès «Uh Huh», ils reviennent à cette pop noueuse un peu ennuyeuse qui rappelle les mauvais souvenirs des Cars et de tous ces groupes de rock FM. On croit même avoir un peu de glam avec «The Narrow Line», mais au fond, on en arrive à se dire qu’il vaut mieux aller réécouter Ziggy et Mick Ronson. On croit même entendre Cheap Trick dans «Can’t Seem To Shake Off My Mind». C’est assez courageux de leur part de vouloir jouer les popsters de haut rang. En B, on se régalera du refrain de «Sheltered In The Sand». Ils visent une sorte d’excellence poppy enfarinée, mais l’étincelle leur fait défaut. Ils reviennent enfin à la high energy des Copters avec un «Enough To Break Your Heart» chanté ventre à terre, avec du tonite en veux-tu en voilà et des petits accords à la T. Rex, mais ceux qui pressent la pas, car la nuit tombe et on entend hurler les loups. Nicke se fend de quelques beaux alrite pour ponctuer à la fois sa démarche et ses intentions.

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Il semble vouloir améliorer la qualité des compos avec l’album Reptile Brain Music. Belle pochette illustrée en tous les cas, avec un design graphique au service d’un vieux cliché. Ils sonnent parfois comme Mott The Hoople («Underwhelmed») et comme Bad Co («Faustian Bargains») et ils arrondissent les angles du garage sur le morceau titre. On observe un regain d’intérêt chez le lapin blanc au moment où arrive «More Than Enough Of Your Love». La détermination finit par payer, d’autant qu’on entend bien la basse de Dolf de Borst dans le mix. Elle sonne fraîche comme un gardon et semble vouloir remonter les courant glacés des fleuves d’Écosse. La viande se trouve en B avec «Apologize», joué aux heavy riffs doublés au sableur. C’est du grand art, d’autant que Dolf rebondit derrière. Ils font une espèce de Bad Co d’inspiration divine. On aura encore de la belle pop inspiratoire avec «Eyes». Ils savent recycler toutes les vieilles ficelles de la grande pop américaine et passer des solos à la George Harrison. Leur «Born Again» est sacrément cavalé ventre à terre, voilà le tagada le plus rapide de l’Ouest. Ces mecs pourraient bien être des virtuoses de la contre-façon. Et puis on retrouve les gros accords à la Mott dans «Nothing Like You Said It Would Be». On est au cœur du rock’n’roll platform boots à l’Anglaise.

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L’impression d’une nette amélioration se précise avec l’album suivant intitulé Honk Machine. Ils tapent en plein dans Mott pour «Let Me Throw My Life Away», avec de gros accords joués à la cantonade. C’est dingue ce que ces mecs adorent revenir en arrière ! Avec «Guard Down», ils s’énervent un peu, mais leur écart de conduite n’aura rassurez-vous aucune incidence sur l’avenir du genre humain. On salue ce cut uniquement parce qu’il est monté sur une belle bassline de Dorf. Il fouette ses cordes à une vitesse supersonique. Un cut comme «Maybe You’re Right» requiert aussi l’attention du lapin blanc, car swingué léger et admirable à certains petits égards. On les sent plus à l’aise sur des formules plus swinguy. En B, Nicke s’amuse à passer en force avec «Lost In Losing You», mais il le fait à l’ancienne. Sa pop se veut plus élégiaque avec «Just Let Me Know». Ils adorent exploser les genres, voyez-vous. L’ami Nicke sait se glisser dans la peau des gros balladifs qui ont fière allure. C’est même d’ailleurs la première fois qu’un de ses cuts sonne comme un hit. Ils bouclent avec un «It Ain’t What You Think» riffé sévèrement et qui pourrait aussi sonner comme un vieux hit pop-rock des seventies, grâce à son aimable verdeur. Ils jouent sur un éventail de possibilités assez large et ça ne fait que nous conforter dans l’idée qu’ils peuvent être excellents.

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Leur dernier album All Throught The Night vient de sortir. Nick Tesco est allé rencontrer Nicke en Suède pour Vive le Rock. Il profite de la parution du nouvel album pour faire sa connaissance. Il commence par le complimenter sur la qualité du son. Ça sort d’où ? Un grand studio ? Nicke rigole et lui répond : ma cave. Il explique qu’avec la dernière tournée des Hellacopters, il a réussi à mettre assez de blé à gauche pour équiper un studio. Nicke voulait aller enregistrer chez ToeRag à Londres, mais il n’avait pas le blé nécessaire.

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Il ne jure que par le son de Muscle Shoals, le drum sound, a dry up-front sound qui pour lui a disparu. Et Kiss, qu’il a toujours adoré. Il avoue même que Kiss est son first love. Puis il évoque le blues, Toumani Diabaté et ces chordal structures qui traversèrent l’Atlantique pour chroniquer l’abomination de l’esclavage. Il évoque aussi le punk-rock qu’il découvrit ado grâce au père de son pote Kenny qui collectionnait les Damned et les Ramones. Alors bienvenue dans le seventies sound d’All Throught The Night avec «Empire Of Fire». L’ami Nicke s’englue dans le heavy rock typique des années de braise, c’est joué au gras double, avec des paroles qui collent au papier du charcutier. On retrouve dans cette mise en bouche tous les vieux réflexes de John Du Caan et des autres graisseux de l’âge d’or. On est hélas obligé de supporter quelques mauvais cuts qui sonnent comme ceux d’Aerosmith ou des Eagles et il faut attendre la fin de l’A pour retrouver du Copters sound avec «Over And Over Again». En B, on peut essayer de se régaler de «Read Me Wrong», une sorte de country-rock mélodique assez dense, pas très loin de ce que font les Teenage Fanclub. Ils prennent «Get Off The Boo Hoo Train» au boogie de la hurlette. Pauvre Nicke, il se fourvoie dans toutes les botaniques. Pour se remonter le moral, il faut prêter l’oreille à «Would You Lie», un joli shoot de high energy.

Signé : Cazengler, Andersson of a bitch

 

Imperial State Electric. Le Petit Bain. Paris XIIIe. 13 mai 2017

Hellacopters. Supershitty To The Max. White jazz Records 1996

Hellacopters. Payin’ The Dues. White Jazz Records 1997

Hellacopters. Disapointment Blues. White Jazz Records 1998

Hellacopters. Grande Rock. White Jazz Records 1999

Hellacopters. High Visibility. Psychout Records 2000

Hellacopters & The Flaming Sideburns. White Trash Soul. Bad Afro Records 2001

Hellacopters. By The Grace Of God. Universal. 2002

Hellacopters. Rock & Roll Is Dead. Psychout Records 2005

Hellacopters. Head Off. Psychout Records 2008

Hellacopters. Cream of The Crap Volume 1. Psychout Records 2002

Hellacopters. Cream of The Crap Volume 2. Universal 2004

Hydromatics. Parts Unknown. White Jazz Records 1999

The Solution. Communicate. Wild Kingdom 2004

The Solution. Will Not Be Televised. Wild Kingdom 2007

Supershit 666. Infernal Records 1999

Imperial State Electric. Imperial Static Electric. Psychout Records 2010

Imperial State Electric. Pop War. Psychout Records 2012

Imperial State Electric. Reptile Brain Music. Psychout Records 2013

Imperial State Electric. Honk Machine. Psychout Records 2015

Imperial State Electric. All Throught The Night. Psychout Records 2016

Nick Tesco : High Voltage. Vive le Rock #39 - 2016

SAVIGNY-LE-TEMPLE / L'EMPREINTE /

16 -09 – 2017 - LODEX PARTY

BELLY RAGE / LEAVING PASSENGER / FIN ALTERNATIVE /

GATHER NO MOSS / ELEVENZ / ABSTRACT MINDED /

FALLEN EIGHT / INSANE CAMP / WILD MIGHTY FREAKS

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Font fort à L'Empreinte pour l'ouverture de la saison, neuf groupes d'un coup, un teaming réglé à la minute, une demi-heure par combo, en alternance, une fois dans la petite salle, l'autre dans la grande. Pas de temps à perdre, début des festivités à dix-neuf heures, arrêt à minuit, ce qui permet aux visiteurs qui viennent de loin de rattraper le RER, station à deux cents mètres du local.

BELLY RAGE

Sympathiques. Juste un problème, ont oublié à la maison cette rage au ventre qu'ils projettent dans leur appellation. Jeune femme à la longue chevelure bouclée devant au micro, trio de mecs derrière. Elle a ce charme un peu maladroit qui vous interdit de quitter la salle. D'autant plus qu'elle prend de l'assurance au cours du set. L'arrive à supprimer ces moments d'hésitation peuplé de silence entre deux morceaux qui vous détruisent la mécanique de la mayonnaise qui essaie de cristalliser. L'on a envie de crier aux messieurs derrière d'appuyer un peu plus, nous servent un hard trop incolore, sans trop de saveur, donnent l'impression d'une toute nouvelle formation qui n'a pas encore effectuer les réglages nécessaires. Du boulot en perspective, n'empêche que l'on n'a pas envie de les accabler. C'est en forgeant que l'on devient forgeron.

 

LEAVING PASSENGER

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Nous ont pas fait le coup du passager abandonné sur une île déserte. Nous ont emmené avec eux. Doucement par la main au début puis l'avion a pris de la vitesse et l'on a voyagé dans un beau pays. L'on avait efourché l'oiseau en toute confiance, nous les avions vus pour la première fois au Chaudron du Mée-sur-Seine ( voir KR'TNT ! 263 du 07 / 01 / 16 ). Z'ont salement progressé. Dans leur genre, hard mélodique appuyé, formule qui repose avant tout sur le chanteur. Z'en ont un, et un bon, Julien, collier de barbe qui lui allonge et poétise le visage, m'évoque je ne sais pourquoi la figure d'un renard, pas du tout l'animal rigolard du roman moyenâgeux, mais la bête fauve et inquiétante que l'on retrouve sur certains tableaux des préraphaélites. Scream, Running, Lies on the Floor, trois titres qui se succèdent en prenant à chaque fois de l'ampleur, Vince s'active à la batterie, met la pression, un peu comme les murs de la cellule dans laquelle l'on vous a enfermé qui se rapprochent inéluctablement afin de vous écraser, Jumar à la basse promulgue des climats oppressants d'humidité et à la guitare PC tisse d'épaisses toiles d'araignées équatoriales, lourde musique qui converge vers Julien, l'en apparaît comme l'exsudation phénoménale. Ses camarades le poussent en avant mais lui il les emporte plus loin dans sa voix. L'emmène aussi le public, le subjugue, ne bouge pratiquement pas, mais les regards ne quittent pas ses lèvres qui se posent sur le micro. When it's done, Where to Begin, Dead Inside, clôtureront le set. C'est dommage, l'on serait resté plus longtemps envoûtés, encroûtés dans cette tiède et onctueuse pâte à modeler les âmes, englués comme des mouches qui se seraient fatidiquement posées sur une matière inconnue, mortelle mais qui vous susurrerait aux oreilles une mort si douce que vous en redemanderiez encore. Un instant d'étrange beauté dans notre monde d'aveugles. Mais peut-être est-il plus prudent de ne pas s'exposer trop longtemps à ses radiations venues d'ailleurs.

 

FIN ALTERNATIVE

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Exactement tout ce que je n'aime pas. Un mal fou à supporter le rock alternatif français. Que voulez-vous à chacun ses préventions. Trouve ce genre démagogique. N'aime guère que l'on fasse copain-copain avec moi. Pense que le la scène du monde ressemble plutôt aux théâtres de la cruauté à la Antonin Artaud. Et pourtant ne savent pas quoi faire pour convaincre l'assistance. Huit sur scène, deux choristes, un clavier, un batteur qui frappe fort, un guitariste pas idiot, un bassiste et un grand escogriffe à la dégaine accrocheuse, muni d'un violon électrique, et une chanteuse ( chante en français ) convaincue qui se donne à fond pour vous emmener dans son sillage. Un peu comme ces filles inopportunes qui vous retiennent par les basques alors que vous avez affaire ailleurs. Me suis sauvé au milieu du deuxième morceau, en ai profité pour engloutir une barquette de frites au bar, tenaillé par ma conscience professionnelle j'y suis revenu par deux fois, pour me retirer au plus vite. Ce qui n'est pas facile car ils ont un public qui adore et qui fait masse. Franc succès, je le reconnais. Ensuite je n'y suis plus retourné. Parfois il faut savoir mettre fin aux alternatives.

 

GATHER NO MOSS

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Exactement tout ce que j'aime. Un groupe de rock'n'roll. Un vrai. Deux guitares, basse et batterie. N'amassent pas la mousse comme ils se présentent. Ils ont raison, car avec eux inutile de penser que vous pourrez vous raccrocher aux petites herbes. Mykeul est au chant et à la guitare. Une belle retrouvaille, nous l'avons déjà vu en tant que lead-vocal avec One Dollar Quartet ( voir livraisons 239 et 278 ), mais là ce n'est pas pareil, bye-bye les reprises des pionniers, Gather No Moss est d'une toute autre dissemblable formule, bien plus électrique. L'on ne tarde pas à s'en apercevoir, Mykeul envoie le chant et le riff, c'est parti et bien enlevé et c'est là que le miracle se produit. Par-dessous, en-dessous. Le coupable est aux premières loges. Très grand, mince, peinturluré de toutes les couleurs – notamment ce froufrou orange qui lui entaille la gorge comme s'il venait de se faire égorger, et les bras qui ressemblent à des peaux de serpents venimeux, des tatouages qui ressortent d'autant plus sur sa beau ultra-blanche, l'a une dégaine qui n'est pas sans rappeler la silhouette maladive de Sid Vicious. A part que lui il sait jouer. Avant de venir, je m'étais demandé s'il n'aurait pas mieux valu voir Iggy Pop à la Fête de l'Huma, mais là plus question de regretter, car le son stoogien je l'ai à cinquante centimètres de moi. Ah mes amis quelle décoction, mandragore et nitroglycérine, vous savez quand le son s'infiltre partout, qu'il s'empare de vous et vous lamine jusqu'à la pointe des pieds, z'avez l'impression que l'on vous passe à la gégène, c'est délicieux et vous n'avez même pas besoin d'en redemander, parce que les Gather No Moss, ils ne connaissent que ça. Ne sont pas du genre à s'enfermer trois mois dans un ashram sur les pentes enneigées du Thibet pour donner un titre à leur dernier morceau - ont le bon réflexe des originaux - font au plus immédiat, New Rock Song, difficile de trouver une meilleure définition. Evidemment le contenu est à la hauteur. Côté section rythmique ça ne chôme pas, vous poussent la débroussailleuse à grands rendements. Mykeul assure comme un pro, étaient pressés de commencer, l'on n'était que deux pèlerins aux premiers accords, ça n'a pas fini de s'agglutiner avec de ces applaudissements de plus en plus touffus et approbateurs à chaque morceau. Perso la soirée se serait arrêtée là, je serais parti content. Avec les Gather No Moss vous avez tout ce vous pouvez désirer en ce bas monde. L'essentiel reptilien du rock, la force brute de l'électricité. Pouvez vous coucher tranquille dans votre cercueil. Bande de vampires. Lorsque la nuit sera revenue vous irez boire encore une fois le sang électrique des Gather No Moss. Car c'est ainsi que nous survivons.

 

ELEVENZ

Ne sont que trois mais ont décidé de faire du bruit pour onze. Y réussissent parfaitement nos trois grands gaillards. Pas du genre à chipoter pour un quart de sucre dans la tasse à thé. Vous avalent directement la théière de décoction au piment de cayenne porcelaine comprise, d'une seule lampée. Si vous vous en tenez aux titres, vous êtes dans l'erreur. Se présentent comme des adeptes du surfer-metal. Summers, Holyday, Surfer, Teenagers, un prospectus de rêve, z'êtes des zèbres prêts à filer sur les plages de sable fin de la Californie. Ils ont juste oublié de vous préciser que vous surfez sur des planches à clous tétanosiques rouillés entouré de requins faméliques aux dents dégoulinantes de sang. Rock primaire. Martelé hardiquement. Font penser aux premiers punks qui vous arrêtaient les morceaux dès qu'ils feignaient de dépasser les deux minutes douze secondes. Le batteur a son truc. D'une simplicité biblique. Toutes les deux secondes il abat son bras gauche sur la caisse claire. La colère de dieu qui tonitrue sur Sodome et Gomorrhe. Circulez il n'y a plus rien à voir. De toutes les manières pour ceux qui n'ont rien compris il recommence dans une seconde. Le bras droit est pour les cymbales. Doivent être contentes les malheureuses quand le set touche à sa fin, je préfère ne pas vous parler du traitement réservé à la grosse caisse, vous n'en dormiriez pas cette nuit. Après un tel cauchemar il n'est point besoin de désespérer, le chanteur a de l'humour, rhinocérosique, ne se prend pas aux sérieux, fait particulièrement gaffe à la fin des morceaux qu'il n'hésite pas à faire recommencer s'ils ne sont pas assez grandiloquents. Assène aussi les riffs à coups de marteaux, vaillamment secondé par le bassiste qui tricote des armures dans son coin. Très fruste. Mais quand l'on n'a rien à boire l'on avale sans râler la bouteille d'alcool à quatre-vingt dix degrés sans sourciller. Alors de quoi vous plaindrez vous ? Ce qui ne vous a pas tué vous a rendu plus fort.

 

INTRODUCTION A ABSTRACT MINDED

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C'est comme dans les grands cataclysmes. Ceux qui en sont revenus n'arrivent pas à en parler. A la télé vous voyez les lueurs d'angoisse horrifiées qui brûlent leurs yeux mais il leur est impossible de rendre compte des évènements. En tant que rescapé je vais toutefois tenter de vous donner une idée, certes imparfaite du maelström, mais qui je crois suffira pour définitivement dissuader toute personne censée de se rendre à la moindre des futures apparitions publiques d'Abstract Minded. Notez que connaissant la pernicieuse purulence de la nature humaine je ne me fais guère d'illusion, mes propos alarmistes auront sûrement pour effet d'inciter amateurs et chercheurs de sensations fortes à se précipiter vers le phénomène. J'en décline à l'avance toute responsabilité morale et amorale.

Rien que le nom est problématique. Avez-vous seulement pensé une fois à cette curieuse notion de rock abstrait induit par le nom du groupe ? Voici le genre d'objet mental non identifié qui ne se laisse pas saisir facilement. A première intuition ce genre de concept semble sortir tout droit d'un esprit malade. Votre inquiétude s'accroîtra lorsque vous vous apercevrez que deux éléments de cet étrange quinconce se sont échappés tout droit de l'asile de Klaustrophobia. Rappelez-vous ce groupe de jeunes gens en colère avec la chanteuse Youki, l'avait un regard si méchant quand elle se saisissait d'un micro que vous aviez envie de courir à Lourdes pour allumer un cierge à la Sainte Vierge. Les trois autres pour le moment je ne ne possède aucune information quant à leur provenance. Donc Alexis Ally Godefroy ( dans le dos ) et Zivan Iddy Rasalofo issus d'un des groupes les plus prometteurs de sa génération, aujourd'hui dissous, j'ai entendu ce dernier tenir à un ami des propos qui sembleront étrangement familiers aux habitués des théories gnostiques, suite à une longue période kaotique, Abstract Minded se serait mis au vert toute une année, le temps de se reconstituer au calme, mais cette accalmie se serait révélée encore plus kaotique que l'époque précédente si charivarique qui en avait suscité le besoin, toutefois ce serait au milieu de ce kaos à la puissance 10 que le groupe aurait reconstitué ses forces et sa vitalité créatrices comme s'il avait accédé, grâce cette nouvelle tornade de grande violence, au centre d'annulation des contraires de l'œil de l'ouragan...

 

ABSTRACT MINDED

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Et maintenant sont sur la petite scène. Trop exigüe. Sont cinq, et la colossale stature de Joey Bash Baudrier mange toute la place. Un peu comme ce soir maudit où une souris était entrée par l'oreille dans votre cerveau et s'était emparée de tous vos centres de commandements. Dans la matière grises de vos cellules vos synapses s'étaient mises à tournoyer à toute vitesse. Ainsi réagissent les quatre autres membres du groupe. Bougent sans fin, tournent sur eux-mêmes, s'entremêlent en une ronde effrénée, vous ne savez plus qui est qui, mais ce n'est pas grave car dans le parterre la foule est devenue folle, et vous-mêmes êtes emportés dans le même tourbillon impétueux, les corps se frottent, se cognent, se choquent, s'entrechoquent, vous n'êtes plus qu'une hystérie collective, votre moi se balade de tête en tête, une espèce de capillarité mentale qui trimballe votre esprit de boîte crânienne en boîte crânienne. Attention, vous avez l'image, j'ajoute le son. Musique forte, colérique, composée de noyaux accélératifs qui se succèdent sans arrêt. A peine l'un explose-t-il qu'il est poussé hors du spectre sonore par un nouveau encore plus irique que le précédent. Des boules de feu qui naissent spontanément, des espèces d'étoiles filantes sonores qui s'auto-détruisent à peine nées. Abstract Minded nous délivre un métal neuronal. Nous ne sommes pas loin de certaines outrances de la musique classique d'avant garde, mais ici l'expérience phonique ne se module pas en laboratoire à forte tension technologique, se déroule en vivo, musiciens et spectateurs servent de cobayes. Peut-être dans un futur proche cela tournera-t-il en orgie métaphysique, je n'en veux pour preuve que toutes ces filles qui ont assailli la scène sur le morceau final et se sont mêlées au tournoiement infini des guitaristes. Joey Bash Baudry n'est pas que chanteur. L'a une présence opérative. Dans les deux sens du terme. Dans sa redingote grise il donne l'apparence d'un chanteur d'opéra, le Pavarotti du rock, mais aussi le meneur du rituel qui tente la translation magique des âmes. C'est lui qui pousse le public et l'orchestre au bout d'eux-mêmes, il donne de la voix, il génère l'accélération fabuleuse celle qui déplace non pas les objets et les corps mais leur âme inanimée, porte la tension a son comble. Les deux derniers morceaux seront consacrées à la redescente en soi. Se tient debout, bouche fermée, silencieux, ses bras levés dessinant une coupe de réception, zen terriblement zen. Le bouddha debout qui n'a pas mené l'intrusion collective dans le nirvana et qui agit par sa seule présence pour que les briques mentales du monde reprennent leur place. Abstract Minded nous laisse brisés, pantelants, chancelants, décérébrés. Nous ont promis qu'un jour nous n'aurons plus besoin de catharsis.

 

FALLEN EIGHT

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Heureusement qu'il y a eu Fallen Eight juste après. Nous fallait un médicament fort. Nous l'ont administré illico. Fallen Eight c'est comme le définit exactement le titre de leur dernier CD, Rise and Grow, la rosée étincelante de l'aurore et l'intumescence majestueuse du déploiement sonore jusqu'au fracas métallique des forges des Nubelingen. Ce soir nous ont offert le gros du grow. Une musique âpre, remuée, concassée, un gruau d'avoine folle que l'on donne aux chevaux fourbus après l'effort. Sans concession, juste le rock, sans ajout digestif. Servi chaud et de main de maître. Plusieurs mois que nous ne les avions revus sur scène. Le groupe a gagné en cohérence, l'est comme un poing fermé, chacun des cinq doigts ayant augmenté en force et en souplesse. Cela s'appelle une leçon. Rien à dire de plus. Si ce n'est que s'incliner.

 

INSANE COMP

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Trois sur scène. Vice à la guitare, Valentin Henry à la batterie. Peu de monde, ce qui explique la nécessité de nombreux samplers qui viennent compléter le magma phonique des musiciens. A moins que ce soit le contraire, les musicos qui accompagnent et commentent le trailer d'un film sonore sur Vitaphone. Beaucoup d'espace libre sur la scène pour Vincent Blaster. Micro en main et voix pas dans sa poche. Le set repose sur lui. Parvient à captiver l'auditoire. Rauque organe. Qui jamais ne se casse et dont il joue avec dextérité. Musique dure et qui donne impression de dépouillement malgré l'habillage électronique. Se bat bien, image d'un guerrier infatigable qui ne quitte jamais la ligne de front. Ont laissé sur les tables d'entrée une centaine de CD à disposition du public. Un geste qui dénote un esprit que nous aimons. Nous le chroniquons dans la livraison prochaine.

 

WILD MIGTHY FREE

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Le dernier groupe de la soirée. Bénéficieront d'un public encore nombreux. Nous les avions vus à la troisième session du Wild Pig festival ( voir livraison 296 du 29 / 09 / 16 ). Nous la préférons à cette prestation-ci. Ce n'est pas qu'ils aient été plus mauvais, le show a même gagné en professionnalisme. Sont doués. Crazy Joe évolue dans sa veste et sous un chapeau d'un rose grenat du meilleur aloi qui lui confère une silhouette des plus stylées. Sait s'adresser au public, l'a un jeu de scène ad hoc et sans hic qui se prête à merveille au hip-hop. Un peu gentleman, un peu charlatan. Voici quelques mois j'ai été obligé d'accompagner une amie à un concert de Kery James, pas le genre de truc dont je me suis vanté, j'avais tout de même été déçu par la prestation du rapper numéro 1, extrêmement variétoche et ennuyeuse, très en deçà de sa réputation plus ou moins sulfureuse, Crazy Joe est à mille crans au-dessus. L'a la classe. Américaine serais-je tenté de dire. Trop bien huilée, sans faille, sans faute. Yabby s'occupe des samplers, en dehors du réglage des machines qui ne lui prennent que quelques secondes il ne fait rien, promène son indolence avec décontraction. Flex et sa guitare s'en viennent tourner autour de lui, ce n'est pas son masque blanc de macchabée qui effraiera notre chevronné machiniste. Yabbi présente cette coupe inimitable des employés de bureau débonnaire qui en ont trop vu et que rien ne saurait déranger et émouvoir même la visite inopinée d'un chef de service. Préfère laisser le boulot aux autres. Notamment à Tonton qui arbore au bas du visage un masque de mandibule opératoire qui lui prête un air de cadavre que l'on vient de sortir de la fosse commune et dont toutes les chairs n'ont pas encore fini de se putréfier. En tout cas nos deux morts-vivants pètent la forme, matraquent leurs instruments comme CRS en jour de manifestation. Ce n'est pas ce que j'appelle un set - qui d'après moi se doit de renouer instinctivement avec la dramaturgie du théâtre grec - mais plutôt un spectacle. Une manifestation réussie qui appartient au registre du délassement. Entertainment qui soulage mais ne vous libère pas de vos entailles. En tout cas, nos quatre freaks s'en tirent d'une manière fort agréable. Sont ovationnés par le public. Deux jeunes filles me regardent bizarrement, se demandent pourquoi je ne participe pas au contentement collectif. Désolé, mes demoiselles, comme disait Saint John Perse, à plus amer vont nos songes.

Damie Chad.

GENERATION NEANT

F. J. OSSANG

( Blockhaus & Warvillers / 1993 )

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Le dernier film de F. J. Ossang, 9 Doigts, fut programmé ce mardi 12 septembre 2017 à L'Etrange Festival Paris. Mais nous préférons revenir sur une oeuvre ancienne du cinéaste, le roman Génération Néant sorti aux éditions Blockhaus en 1993. L'était temps d'ailleurs, le tapuscrit datait de plus de dix ans, et les éditeurs tout en reconnaissant l'originalité de l'écriture ne s'étaient pas précipités pour le publier... Facile de présenter le bouquin, Génération Néant est au No Future des Sex Pistols – rappelons fort opportunément que F J Ossang fut aussi le leader du groupe MKB ( Messageros Killer Boys ) - ce qu'un porte-avions de combat est à un radeau perdu au-milieu de l'Océan. Quatre cent pages face à un slogan de deux mots ! Victoire par KO technique pour le petit David face au géant Goliath à la première seconde du first round. Soyons juste, les anglais avaient la rage au ventre et les français vous ont toujours un petit air prétentieux intello qui les dessert bien souvent.

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Un conseil si vous vous lancez à l'abordage du navire amiral. Prenez tout votre temps, restez un max collé sur les quatre premières pages. Dès la phrase initiale vous êtes en pays connu, polar noir sans sucre, vous avez compris à la cinquième ligne que le petit douanier du Panama ne sera pas à l'heure au taf. Elémentaire, cher Watson ! Mais le titre du chapitre suivant vous avertit : La profondeur de l'énigme. Puits sans fond. Attention un mort peut en cacher un autre. Surtout s'il est vivant. Enfin on ne sait pas trop. Heureusement qu'Eurydice perdue s'en vient chercher son Orphée. N'en est pas pour autant sorti de l'enfer. Ce qui n'est pas le plus grave. C'est au niveau de la comptabilité qu'il est difficile de suivre. Notre héros va mourir treize mille fois. L'anti-gang qui ne prend pas de gants est à ses trousses. Entendez les services secrets de l'ordre noir. Attention, dimension internationale. Mais les Messageros Killer Boys sont des apatrides transeuropéens. A peine en avez-vous abattu un qu'un autre prend sa place. Arthur Strike est immortel. Faut bien qu'il soit vivant puisqu'il n'en finit pas de mourir.

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N'empêche que l'intrigue avance. Jusqu'à... à peu près la cent cinquantième page. Après vous n'en saurez pas davantage. Normal parce que résolue elle n'est plus intrigante. Ce qui ne veut pas dire que le lecteur s'ennuie. Oh non, n'en a pas le temps. Dans les puits sans fond voyez-vous ce qui est important c'est le puits puisqu'il n'y a pas de fond. Au fond de tout cela, l'est un mystérieux minerai aux infinies propriétés. Pas le genre de joujou à mettre entre toutes les mains. Quand vous avez la puissance infinie vous tenez à la garder secrète. Surtout que c'est un peu dangereux. Certaines manipulations risquent d'ouvrir une faille dans la croûte terrestre et révéler un monde plus creux que votre cervelle. Si vous voyez dans ce scénario une géniale intuition de l'extraction du gaz de schiste autant que vous arrêtiez la lecture. Vous n'avez rien compris. Z'êtes pas du genre à pénétrer dans la cité interdite de Markan. Ne cherchez pas sur une carte. Non ce n'est pas une invention de l'auteur. C'est simplement qu'elle n'est pas détectable. Si l'analogie avec Le Mont Analogue de René Daumal vous saute aux yeux c'est que vous avez pigé que ce pseudo-galimatias politico-policio-prospectif est un roman métaphysique et vous connaissez le moyen de percer le rideau des rayons protectifs qui vous empêchent de pénétrer dans la ville maudite. Je suis bon prince. Je vous refile le code d'entrée. D'une simplicité enfantine. Vous aurez beau essayer de vous y glisser subreptice, jamais vous n'y parviendrez. Pour une simple et bonne raison. Vous y êtes déjà, dedans. Tout se passe dans la tête. Ce qui n'est peut-être pas la bonne solution. Car tout ce qui sort de vous n'est pas obligatoirement du meilleur effet, l'araignée qui tisse son fil de soie n'en est pas moins un monstre prédateur. Et le problème c'est que si vous vous prenez dans la trame de vos phantasmes bonjour l'angoisse, vous n'êtes pas sorti de l'auberge tauromachique des cauchemars. Z'avez intérêt à analyser la situation au plus profond. Déduction totalement partagée par le héros de notre livre. Pour son identité vous avez le choix entre treize mille noms anonymes. Mais Ossang ne vous laisse pas dans l'expectative. Vous dévoile le fin mot de l'histoire. L'est un mélange d'os et de sang. Remarquez comme cela est croquignol, nous sommes tous faits de ces deux matières.

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Mais ce n'est pas si simple. Parce que c'est plus compliqué. Genre de révélation qui jette davantage un nuage d'encre noire – l'autre côté de l'os blanc de seiche - qu'une grande lumière. C'est que voyez-vous la trace noirâtre porte un nom, elle s'appelle littérature. Pas celle qui s'écrit à la petite semaine, mais celle qui se conçoit comme alchimie, métamorphose du vécu en objectivation littéraire, à l'Antonin Artaud, à la Ezra Pound, à la Stanilas Rodanski... L'oeuvre au rouge du sang de la vie régressée en oeuvre au noir de l'écriture. Génération Néant transforme la vie en caca. Transgression. Oui mais transeuropéenne. Car si there is no future in english dreams ce n'est guère mieux pour toute l'Europe.

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Montée du nililisme dixit Nietzsche. En plein dedans. Dans la merde noire jusqu'au cou ! Ouille, ça fait mal ! Oui jusqu'aux couilles. Car le serpent du sexe n'est jamais bien loin. La femme ne l'écrasera pas de son talon. Soyons un tantinet plus romantique. Orphée se penche sur Eurydice endormie. Est-il la vipère qui désire lui inoculer la seringue de la mort minérale, ou le poète qui s'interroge sur le mystère androgynique de l'union du mâle et de la femelle ? La mort ne serait-elle pas un absolu bien plus fort que l'amour ? Regardez comment se termine Tristan et Iseut. Toutefois maldonne si les héros meurent à la fin du livre. Cette génération n'engendrera-t-elle que le néant ? Roman métaphysique et donc métapolitique aurait dit Jean Parvuleco. Les Messageros Killer Boys tels un ordre de chevalerie auto-chargée de la regénérescence d'une Europe perdue. Génération vouée à l'échec. Génération du vide. La jaquette intérieure se termine sur la citation de Richard Hell : « I'm the blank generation / and I take it or I leave it each time / I belong to the ------ generation / but I can take it or leave it each time ». Le No Future nous renvoie-t-il au présent éternel de notre dépérissement générationnel ? Au sens aristotélicien de ce dernier terme. Selon cette formule ambiguë nous pouvons espérer du désespoir. Roman Noir. Très noir. Pas étonnant que la génération punk ne se soit emparée de ce livre que du bout des doigts, que du bout des lèvres. Ce qui est dommage. Ecrit électrique de haute poésie. Qui dépasse tout ce qui a été produit en le genre. Livre de chevet des légions destriennes.

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Damie Chad.

 

LES VAGABONDS DE LA FAIM

TOM KROMER

( Christian Bourgois Editeur / 2000 )

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Trouvé au fond de ma bibliothèque. Récupéré, voici une dizaine d'années, dans une bibliothèque municipale qui s'en débarrassait. C'est la dernière mode dans les bibliothèques publiques – qui va s'accélérant – l'on offre à l'étal du servez-vous-librement-s'il-vous-plaît les livres sur lesquels les lecteurs ne se sont pas jetés afin de faire place aux fatras de nouveautés affligeantes qui encombrent les rayonnages de plus en plus consacrés aux ouvrages à charges neuronales équivalentes à zéro, au détriment de ceux qui poussent un tant soit peu à réfléchir. Politique de décervelage menée avec tant d'obstination qu'elle ne saurait correspondre à un plan froidement réfléchi d'idiotisation des populations ! Le titre qui puait la chaussette de hobo pas lavée depuis deux mois et la préface de Philippe Garnier, correspondant de Rock & Folk aux States, voilà des arguments de récupération immédiate ! Pas un hasard que Philippe Garnier se soit intéressé à Tom Kromer lui qui a traduit et présenté John Fante au public français. Sans omettre pour autant le travail de fond de Brice Mathieussent. Tom Kromer c'est un peu l'anti-John Fante ou pour être plus précis, un John Fante qui n'aurait pas réussi à se tirer de la gangue de la misère et à atteindre les feux de la rampe de la célébrité. Tom Kromer abandonnera le combat littéraire. Par dégoût, l'en avait trop vu pour espérer une quelconque salvation individuelle. S'éteindra en 1963, mais l'a depuis longtemps renoncé à son deuxième roman, à la rédaction de ses mémoires et à sa carrière de journaliste.

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Rejoint l'anonymat des sans-grades, le corps usé, l'esprit las, vaincu sans gloire. L'a gravité autour du groupe de jeunes loups affamés réunis autour d'Upton Sinclair ( que ma grand-mère révérait ), mais s'en est détaché tout seul comme un fruit qui tomberait de l'arbre auquel il se serait rattaché par erreur.

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Le syndicat Industrial Workers of the World commence à faire parler de lui en 1906, année de naissance de Tom Kromer. Nous sommes une génération après, l'on ne parle plus de hobos mais de stiffs. La Grande Dépression est passée par là. Le ressort de l'espoir est cassé. Rares sont les esprits lucides qui s'aperçoivent que l'on ne sortira de la crise que par l'entrée dans la guerre... Dans Waiting For Nothing, Kromer raconte ses années de faim et de misère. Le scénario nous l'avons déjà rencontré plusieurs fois, une vie de fuite, la montée clandestine dans des trains qui ne vont nulle part, la mendicité, le vol, le chapardage, les combines minables, la violence des flics, les juges impitoyables, les prisons pouilleuses... tout cela Kromer le décline à son tour. Ne rajoute rien. Rabote tout. Dénude jusqu'à l'os. Manger et dormir. Un point c'est tout. L'a tué les mythes. Celui des grands espaces, celui de la camaraderie, celui des jungles accueillantes. Cause du froid et de la pluie. Des souliers sans semelles, du ventre empli de faim et de peur. Les stiffs ne sont pas une variable d'ajustement. Sont de trop. Ont intérêt à disparaître au plus vite. Sont le rebut d'une société qui ne veut pas les voir et qui les chasse de partout. Coups, menaces et insultes sont les seules rations quotidiennes ( toute coïncidence avec l'accueil réservé aujourd'hui aux migrants ne saurait être une erreur de votre réflexion ). Un récit de cruauté. La faim excuse tous les compromis, prostitution homosexuelle, abandon d'enfant dans les jardins publics, et le pire de tout, ces heures à passer à écouter d'interminables sermons et prières dans les missions de charité chrétienne en échange d'une banquette de bois infestée de vermine et d'une soupe à l'eau claire à la rondelle de carotte pourrie. La mort est une grande délivrance. Suicide, roues de train, lotions diverses ( non-garanties bio ), baston, flic qui assure sa prime, un bon stiff est un stiff mort. Ceux qui n'ont ni le courage ni la chance de crever ne s'en prennent qu'à eux-mêmes. Même pas du masochisme, un constat froid comme la mort, comme la neige, comme la pluie, comme la faim, comme la peur. Cercle vicié. Le train qui part vers l'Est et celui qui se dirige vers l'Ouest sont équivalents, ne vous mènent pas jusqu'au bout du rêve que vous ne poursuivez pas. Bouquin tronqué, sans fin. Même pas cent quatre-vingts pages et le lettrage n'est pas des plus minuscules. Kromer l'a griffonné sur des bouts de prospectus. L'a cru un temps qu'il pourrait porter témoignage, mais l'évidence des faits sont têtus. Il n'y a pas de porte de sortie. Inutile de rajouter à l'ampleur du désastre. La coupe est vide. Désespérément vide. La vie qui s'accroche à vous beaucoup plus que vous ne vous accrochez à elle s'avère sans intérêt. Littérature de la misère et misère de la littérature. Impuissance humaine.

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Bizarrement le livre a été édité en France en 1936 à peine deux ans après sa parution aux Etats-Unis et puis oublié. L'on comprend pourquoi, l'est des choses qu'il vaut mieux ne pas trop regarder en face. Merci à Philippe Garnier de nous permettre d'ouvrir les yeux. L'on n'est jamais trop prévoyant.

Damie Chad.

 

BOP TILL YOU DROP

EIGHTBALL BOPPERS

( 8BB Records / 2005 )

 

THE DENTIST / THE HOUSE OF ROCKIN' / GHOSTRIDER / FLEA BRAIN / T-BIRD TAMMY / GOING DOWN TO BIG MARY'S / THE CRODOC / LET'S SURF / MAKE WITH THE LOVIN' / SHUT THE DOOR / BOYS & GIRLS / HOT ROD ROCKIN' / REBEL WITHOUT A CAUSE / SLIP, SLOP, SLIPPIN' / MAKE MY DAY

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The dentist : guitare qui surfe sur vos vieux os, cinglerie de cymbales et l'on part chez le dentiste en chef qui vocalise dans le style cochranesque, les autres font les choeurs juste au moment où il vous arrache les incisives, la guitare gronde pour les molaires, vous repartez contents de vous. Vous reste les incisives pour mordre. The house is rockin' : un titre de Stevie Ray Vaughan, qui ronfle comme les Flamin' Groovies, avec en médaillon un choral a capella estampillage pur style rockabilly, et l'on repart sur les guitares grondantes. Ghostrider : fantôme ou pas ça galope dur, un petit écho à la Rawhide, goserie creuse du début qui s'amplifie et se fait plus vindicative, guitares en force qui taillent la route sans ralentir. Les chœurs qui hurlent, la big mama qui bisonne à l'infini. Flea Brain : retour au bop classique déchiré, des vocaux très Blue Caps, faut être solide et croire en soi pour marcher sur les traces de Gene Vincent, y réussissent parfaitement. T-Bird Tammy : une rythmique échevelée, des appuis à la Jordanaires très middle of the road, la voix qui mène le bal et la contrebasse qui dégomme à la machette, pas le temps de s'ennuyer, il y a toujours un qui se dévoue pour appuyer sur l'accélérateur. Going down to big Mary's : très beau avec ces guitares en même temps sonnantes et fondantes, un truc des Paladins repris à la perfection, un peu de nostalgie sound et la batterie qui empile les frappes, la basse qui résonne, et le singer qui raconte le film. Un aqueduc instrumental monumental, l'on se croirait sur la route de Madison. Attention aux fils de fer barbelés du dernier solo. The crodoc : facétie rockabilesque, la vocalise farceuse et la contrebasse qui remue comme une queue d'alligator en colère, le Doc Crodoc est à la fête, tout le bayou saurien tambourine à sa porte. Connaît tous les plans, un récapitulatif de tout ce qu'il faut savoir faire si vous désirez maîtriser le rockab avant de mourir. Let's surf : milieu du disque, surf-rumble du meilleur effet, la guitare emporte tout, même pas la peine de chanter, l'on se contentera des interventions fragmentaires des choristes, un peu d'Espagne et un solo électrique dévastateur à tuer le taureau, la batterie vous le coupe en tranches saignantes, les guitares le font rôtir et vous l'enfilent dans la gueule tout brûlant. Excellent. Nous reprendrons une dizaine de brochettes. Make with the lovin' : sont allés piocher cette merveille chez Dennis Herold, une surprise électrique toutes les quinze secondes, la batterie qui marque le rythme imperturbable, le vocal qui s'impose, les cordes qui épicent la viande fraîche, l'oesophage minaude son contentement, c'est dans la poche. Emballé, c'est pesé. Shut the door : vous la jette en plein sur le museau, s'y mettent à tous pour vous intimer de la fermer et la guitare vous saupoudre de coups de poings pour vous faire comprendre que vous feriez mieux de le claquer le plus vite possible le satané battant de cette maudite porte. Ne demandez pas pourquoi, ils y tiennent méchamment. Et c'est urgent. Boys and Girls : claquements de mains, z'avez intérêt à tenir le rythme car eux ils n'arrêtent pas. Martin Willems fait le disc-jokey, l'on achève bien les filles et les garçons. En plus ils aiment ça. Accélérons la cadence, plus vite, la musique a trois tours d'avance sur vous. Vous n'êtes pas prêts à la rattraper. Irrespirable ! Hot rod rockin' : encore une pépite des Paladins, l'art du hot rod est d'une simplicité enfantine, droit devant et ne vous inquiétez pas des tournants, filez les yeux fermés et suivez la voiture de tête, pas d'illusion vous ne la rattraperez pas, ils vont trop vite. La caisse claire pistonne, les guitares klaxonnent, la big mama michtonne, la rythmique tronçonne. C'est la faute à personne s'ils sont trop bons. Rebel with a cause : guitares mélodramatiques les rockers en veulent toujours plus, sont pressés, rien ne les arrête, même pas la mort, décrochez vos ceintures et suivez le précipice. Solo à la tôle froissée. L'art immortel de vivre vite. Slip, slip, slippin' : un des premiers morceaux d'Eddie Bond en 1956, du pur rockab bop dont les Eighball se goinfrent sans vergogne. Chacun y va de son petit ouragan, accrochez-vous, ça ne décoiffe pas, ça décapite. Make my day : dernier morceau, pas le moment de faiblir, vous soufflent dans les bronches sans défaillir, ce doit être Willy qui glapit le chant, un renard pris au piège qui préfère se ronger la patte qu'abdiquer sa liberté. Rockabilly libératoire et grande claque.

 

Respirez, c'est terminé. Pas une seconde de repos avec ces diables de Boppers. Ils ont opté pour la formule électrique et les chœurs de tueurs à l'ancienne, qu'ils vous assènent à tout bout de champ comme si votre vie en dépendait. Eighball Boppers réussit l'alliance des contraires. Vocaux tout droit sorti des années cinquante, et torrents de guitares à grands flots.

En même temps, scrupuleusement fidèles à une certaine pureté anthologique du rockab et modernisme outrancier de la masse sonore qui emporte tout sur son passage. Deux aspects si bien entremêlés que vous ne pouvez rien leur reprocher, ni un purisme excessif, ni vous plaindre d'une suspecte trahison. Sont parvenus à stabiliser le mélange détonnant sans lui ôter sa force de frappe. En ont même doublé les effets. Une réussite parfaite.

Damie Chad.

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